Les Frappés Les Frappés
Saison 4 EP·171 Montagne #haute altitude #parapente #record

25 juin 2024

Voler à plus de 8000m d'altitude en parapente 🪂 avec Antoine Girard

Durée · 1h02 · Transcription disponible

Cet épisode est cité dans notre dossier · La peur de l'abandon en ultra : la gérer, décider, et rebondir

Antoine

Le récit

Aujourd’hui on a quasiment tout vu, tout fait, tout découvert.

Les explorateurs, au sens historique du terme, sont devenus extrêmement rares. Croiser l’un de ces véritables pionniers qui s’aventurent dans des terres vierges et qui permettent à l’Homme d’étendre le champ de ses connaissances est un privilège et une chance unique.

Mon invité de la semaine est l’un d’entre eux.

Antoine Girard est le 1er homme sur Terre à avoir dépassé l’altitude de 8000m en parapente. Reconnu comme aventurier d'exception par le National Geographic, il détient plusieurs records mondiaux et il a réalisé des expéditions en parapente dans les endroits les plus reculés de la planète, là où personne n’avait réussi à passer ou à revenir vivant avant lui.

Et pourtant, son message est celui de la prudence, du progrès lent, qui permet de maitriser tous les paramètres avant de se lancer dans l’inconnu. Ce qui le maintient en vie, c’est justement la peur que ses projets font naitre chez lui.

Un échange fascinant avec un homme aussi extraordinaire qu’humble 🤩

Allez c’est parti, on part voler au dessus des plus hautes montagnes du monde avec Antoine !

🔎 Les livres écrits par Antoine sont disponibles sur son site internet ici et ici, ou bien sur le site de l'éditeur ici et ici.

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Transcription

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Antoine Même si j'ai peur, j'y vais. Je sais que ça va être bon, je ne vais pas abandonner mon rêve. Si j'ai des doutes qui sont trop forts, effectivement, ça m'est arrivé plusieurs fois de faire demi-tour, à dire je ne suis pas encore assez sûr, il faut encore que je le prépare, j'y retournerai plus tard. La peur, pour moi, c'est quelque chose qui est très important parce que c'est ce qui va me maintenir en vie. Dès que j'ai peur, en fait, moi je me transcende et je suis en alerte. Tous mes sens sont là, je suis prêt à réagir, je suis... Et je pense que le jour où j'ai plus peur, je suis mort en fait.

Loïc Vous écoutez Les Frappés, le podcast de celles et ceux qui se dépassent. Je suis votre hôte Loïc, ancien sportif de haut niveau en judo, coach préparateur mental et amoureux d'activités outdoor en tout genre. Ma conviction, c'est qu'on a tous un frappé au potentiel exceptionnel qui sommeille en nous. J'ai créé ce podcast pour vous faire découvrir des femmes et des hommes qui ont osé le réveiller. Mes invités sont des athlètes de tous niveaux, des aventuriers professionnels, des voyageuses au long cours, des entrepreneuses ou encore des militaires, des forces spéciales. Toutes et tous partagent à mon micro des récits inspirants qui vont vous faire passer à l'action. Attention, une écoute régulière peut entraîner des changements positifs, irrévocables dans vos vies. Aujourd'hui, on a quasiment tout vu, tout fait, tout découvert. Les explorateurs, au sens historique du terme, sont devenus extrêmement rares. Croiser l'un de ces véritables pionniers qui s'aventurent dans des terres vierges et qui permettent à l'homme, avec un grand H, d'étendre le champ de ses connaissances, est un privilège et une chance unique. Mon invité de la semaine est l'un d'entre eux. Antoine Gérard est le premier homme sur Terre à avoir dépassé l'altitude de 8000 mètres en parapente. Sélectionné pour devenir aventurier de l'année par le National Geographic, il détient plusieurs records mondiaux et a réalisé des expéditions en parapente dans les endroits les plus reculés de la planète, là où personne n'avait réussi à passer ou à revenir vivant avant lui. Et pourtant, son message est celui de la prudence, du progrès lent qui permet de maîtriser tous les paramètres avant de se lancer dans l'inconnu. Ce qui le maintient en vie d'ailleurs, c'est justement la peur que ses projets font naître en lui. Un échange fascinant avec un homme aussi extraordinaire qu'humble. Allez, c'est parti, on part voler au-dessus des plus hautes montagnes du monde avec Antoine. Et juste avant ça, un immense merci à toutes celles et ceux qui soutiennent financièrement le podcast sur Tipeee. Si vous souhaitez les rejoindre, le lien est en description. Autrement, rendez-vous sur tipee.com. Merci à vous. Eh bien écoute, bienvenue Antoine sur le podcast. Je suis super content de te recevoir en direct de, alors pas encore du Pakistan, en direct de Valence pour le moment, c'est ça ? Exactement, juste à côté de Valence dans la campagne. Excellent. Antoine, franchement, merci beaucoup de t'être libéré. Je sais que c'est une période bien bien chargée pour toi, préparation finale, j'imagine, d'expédition, tu vas nous en parler. Mais merci beaucoup de t'être libéré. Pour la petite histoire, on s'est rencontré au Festival 360 degrés d'aventure à Millau, qui est un festival de films d'aventure, où tu projetais Air Caracorum. Et d'ailleurs, tu as fait partie des films qui ont été récompensés. Et c'est à ce moment-là que moi, j'ai découvert ton parcours. Franchement, je ne connaissais pas du tout, déjà un, le paralpinisme. Donc, on va en parler. Et deux, je n'avais jamais vraiment écouté de podcast ou lu d'articles sur ton histoire. Et on s'était dit que ça pourrait être cool d'en parler sur les frappés. Donc, merci encore d'avoir accepté. Et une nouvelle fois, bienvenue.

Antoine Bonjour à tous. Et encore, merci de m'avoir accueilli. Quoi de m'accueillir maintenant et qu'on

Loïc puisse discuter un peu tous les deux. Yes. Du coup, Antoine, en guise d'introduction, ce que je te propose, c'était de nous expliquer dans les grandes lignes quel a été ton parcours, et notamment sportif, et comment est-ce que tu en es arrivé à faire ce que tu fais aujourd'hui,

Antoine c'est-à-dire du paralpinisme. Eh bien, alors, j'ai un parcours un peu classique où j'ai commencé, étant jeune, à faire plein de sports, évidemment, un peu tout ce qui était dehors. Et en particulier de l'escalade où j'ai pratiqué quasiment dix ans de Coupe du Monde d'escalade. Alors ça, c'était plutôt sport indoor, où moi, j'allais par contre pour le loisir dehors, énormément grimper. Et l'escalade m'a doucement amené à faire de l'alpinisme. Et puis, assez rapidement, j'ai laissé tomber, quoi, laissé tomber, non pas complètement l'escalade, mais j'ai basculé sur l'alpinisme dehors, allé faire des gros sommets. Commencé par des 4000, puis doucement tenté en Himalaya des 8000. Et puis, parallèlement à ça, en fait, j'avais une carrière plus classique. En fait, je suis devenu enseignant à l'université. Et j'ai jamais voulu réellement travailler dans le sport. Pour moi, c'était un loisir. C'était juste par plaisir et envie, quoi. Et en fait, quand j'ai basculé au niveau de l'enseignement, j'ai décidé d'un peu arrêter les expés. Et puis, je me dis, un sport tranquille qui peut être cool, ça peut être le parapente. Et je me suis mis au parapente. Et en fait, le parapente a tout de suite pris le dessus. J'ai commencé à en faire pas mal. Ça a progressé très vite. Rapidement, j'ai fait une ou deux très grosses compétitions qui ont très bien marché, la Red Bull X Alpes, où je fais un podium à la première participation. Et à nouveau, ça m'a catapulté, en fait, sur le devant médiatique. Et forcément, on fait des grosses compétitions. On a des sponsors. On a des sponsors. On a un petit peu d'argent. On veut faire des projets. Les projets amènent encore plus de sponsors, plus de choses. En fait, ça grossit. Malgré moi, en fait, ça m'a tiré vers le sport. Et tout doucement, j'ai arrêté l'enseignement, où j'en fais encore un tout petit peu. Et c'est le sport qui prédomine. Et maintenant, je vis de ça depuis quelques années. Et forcément, en étant amateur de sport, j'ai pratiqué autant le parapente que l'alpinisme et l'escalade à haut niveau. Et là, j'ai voulu mixer tout ça. Et ça a donné ce nouveau sport qui est le paralpinisme. Excellent. Excellent. Alors, j'ai découvert,

Loïc j'ai lu un de tes livres qui est le dernier sorti ou il y en a eu un autre après ? Moi, c'est le dernier sorti. OK. Donc, parapente, alpinisme et vol bivouac autour de la planète aux éditions du Chemin des Crêtes. Et dedans, il me semble que tu expliques qu'en fait, le paralpinisme, il y avait déjà eu un peu des tentatives précédemment de mixer parapente et alpinisme, mais qu'à cause du matériel, de la technicité des voiles, etc. à l'époque, ça ne s'était pas vraiment fait et qu'il y a eu une sorte de renouveau depuis que toi, tu as décidé de mixer, de tenter à nouveau de mixer ces disciplines.

Antoine En fait, oui, le paralpinisme, en vrai, ça existe depuis les années 80. On voit très bien Boivin descendre de l'Everest en parapente. Mais à cette époque-là, jusqu'au début des années 2000, même 2000-2005, le paralpinisme, c'était monter à pied et redescendre en parapente. Et en fait, avec l'évolution du matériel, qui est de plus en plus léger, de plus en plus performant, on permet non pas de descendre des montagnes, mais ça nous permet de monter. Et pourquoi pas utiliser le parapente pour accéder aux montagnes ? Et moi, mon idée, c'était vraiment... Moi, j'aime bien un petit peu tout ce qui est, on va dire, entre guillemets, écologique, ce qui est nature et tout ça. Et pour moi, elle est en montagne, elle est au Mont-Blanc. On va prendre un téléphérique, on va aller au milieu de la montagne, on va grimper. Je me suis dit, mais pourquoi utiliser les moyens mécaniques ? Et en fait, ça, ça m'énerve. Et j'ai eu l'idée d'utiliser le parapente pour remplacer ce téléphérique, aller poser au milieu des montagnes avec mon parapente et après, à partir de là, aller faire des activités, que ce soit du ski, de l'escalade, de l'alpinisme et tout ça. Et ça, c'est vraiment dû à l'évolution du matériel qui permet ces choses-là. Et bien sûr, il faut apprendre des nouvelles techniques parce que aller poser en montagne, ce n'est pas facile. Le vol à entrée à haute altitude est encore plus difficile. Là, je parlais du Mont-Blanc, mais moi, c'est des choses que je fais en Himalaya sur des sommets de 7000 mètres. Ouah. Oui.

Loïc OK. Oui, OK. Donc, j'imagine qu'en termes d'enjeux, on en parlera un peu plus tard, mais il doit y avoir des spécificités assez marquées d'aller voler à 7000 et au-delà. Aujourd'hui, du coup, tu disais que c'est clairement l'activité qui occupe la majeure partie de ton temps. Qu'est-ce qui fait, tu dirais, avec un peu de recul que tu as accroché à ce point ? C'est ce côté un peu éthique, un peu, j'ai l'impression, pure de la pratique de la montagne que te permet le parapente, enfin le paralpinisme ? Ou est-ce qu'il y a aussi des notions de sensation ? Est-ce que c'est grisant, finalement, le fait de pouvoir voler, de se poser, de redescendre en volant ? Ça a été quoi qui fait que tu as accroché aussi fort ?

Antoine Alors moi, ce qui m'a vraiment accroché depuis le début, en fait, de ma carrière de sportif, c'est plus l'exploration. Moi, quand j'étais petit, j'étais bercé par les livres d'exploration d'explorateurs, particulièrement en montagne. Il y a des Messner qui vont explorer les premiers 8000, ils ne savaient même pas s'ils pouvaient monter en haut sans oxygène, ils tentent de faire le premier 8000 sans oxygène, ça passe, ils ne savent même pas s'ils reviendraient vivants. Pour moi, c'est de l'exploration, aller voir les capacités du corps. Et à ce jour, beaucoup de choses ont été faites, réalisées, et quelque chose qui est nouveau, justement, ça va être de mixer, par exemple, le parapente et l'alpinisme, où on va faire de l'exploration. Et effectivement, il y a plein de contraintes, je suis tombé sur plein de murs sur lesquels je ne pouvais pas passer, que ce soit au niveau de l'oxygène, de la climatation de ces choses-là. Et vraiment, si cette exploration-là, moi, qui m'intéresse, ce n'est pas la performance. Alors la performance, on est obligé d'en avoir pour avancer, mais ce qui me motive avant tout, moi, c'est la recherche, cette exploration de nouvelles choses. C'est vraiment mon moteur.

Loïc Oui. On en avait parlé à Millot, et tu avais quelque chose qui m'avait marqué, c'est qu'en fait, tes records, puisqu'on en parlera aussi, mais tes détenteurs de pas mal de records. En fait, les records, ils viennent de cette volonté d'exploration. Ce n'est pas le but recherché, mais c'est une conséquence, finalement, de la manière dont tu pratiques le paralpinisme.

Antoine Exactement. Le record type que j'ai, le record du monde, un de ceux que j'ai, j'en ai plusieurs, mais qui est le record de gain d'altitude, c'est un record où je ne suis absolument pas allé chercher. Il est simplement venu parce que pour mon projet, m'amener à battre ce record-là. Et même, on l'a dit, parce que moi, je n'y ai pas pensé sur le coup. C'était le record de gain d'altitude, parce qu'en fait, je voulais, mon rêve, c'est traverser la cordillère des Andes, utiliser ce qu'on appelle le parcours des avions postaux, qui à l'époque traversait du côté est-ouest des Amériques du Sud. Et l'idée, c'est de le reparcourir en parapente, personne ne l'avait fait. Et voilà, on décolle, on est bas, on décolle à 1000 mètres. Et pour passer cette cordillère, moi, je voulais le faire de façon un petit peu grande. Et si je traversais la cordillère, je voulais le faire à l'endroit le plus haut de la cordillère pour ne pas aller au point de faiblesse. Et en fait, je survole dans ce cas-là la Concagua, qui est quasiment 7000 mètres, 6960 je crois. Et bien au final, la différence d'altitude entre 1000 mètres du décollage et le sommet, parce que j'ai survolé la Concagua à 7100 mètres, ça fait presque 6000 mètres d'écart, et ce qui correspondait au record du monde de gain d'altitude. Mais voilà, pour moi, c'était l'objectif 1, c'était traverser la cordillère, mais pour y arriver, je voulais survoler la Concagua parce que c'était un rêve aussi, je ne suis pas allé là-bas par hasard, je suis fan de montagne, donc passer au-dessus de la plus grande des montagnes, c'est un rêve. Et bien ça passait par un record du monde. Et c'est comme mes records du monde, mon premier record du monde d'altitude, vraiment le plus haut, mon premier record c'était 8157 mètres. C'est pareil, mon rêve c'était de survoler le Broad Peak, un des 8000, en particulier le Broad Peak parce que je l'avais tenté de le gravir deux fois, et le survoler c'est un rêve. Mais pour survoler un 8000, il faut passer la barre des 8000 mètres, et encore une fois, c'est encore du monde d'altitude. Mais ce n'est pas ça qui va me motiver, c'est le rêve qui me motive, et ce rêve me fait passer par des records.

Loïc Ouais. C'est dingue, en fait, t'es vraiment, là on est dans une phase où le paralpinisme, on est encore à la phase où il y a des pionniers, en fait, qui réalisent, enfin comme toi, c'est ce que tu fais, qui réalisent des premières, des trucs qui n'ont jamais été faits, ce qui n'est pas commun quand même en 2024, où globalement tout a été exploré, tout a été vu, tout a été réalisé. Et là, ce n'est pas le cas, c'est un peu terre à explorer, j'ai l'impression.

Antoine Ah mais complètement, c'est ça qui me motive et qui m'intéresse. Alors, s'envoler un 8000, oui, c'était une première, ce n'est pas encore du paralpinisme, où on parle vraiment de paralpinisme, c'est par exemple la première fois où j'ai fait un 7000 en paralpinisme, pour se rendre compte de ce que c'est, il faut voir qu'est-ce que c'est qu'une expédition sur un 7000. Une expédition sur un 7000, c'est arriver en Himalaya la plupart du temps, parce qu'ils sont presque tous en Himalaya, on arrive là-bas, on fait un trek pour aller au pied de la montagne, on s'acclimate, on grimpe, on fait le sommet, on rentre, et ça va prendre à peu près un mois, pour faire un 7000. Donc en un mois, on a fait un sommet de 7000 mètres. Moi ce que je fais, c'est que je vais là-bas, je fais du parapente, je m'acclimate un petit peu rapidement, et quand j'ai décidé d'aller faire mon 7000, je suis à l'hôtel, posé tranquillement, je prends mon parapente, je vais décoller, alors le premier 7000, je décolle à midi, je suis allé me poser sur le spantique, à 6000, je ne sais plus, 6200, 6300 mètres, j'ai posé mon parapente, j'ai pris mon mattois alpinisme, piolé, crampons, j'ai gravi ce 7000 là, et le soir je suis redescendu, j'ai repris mon parapente, et je suis rentré à tomber de la nuit, et en une journée, j'ai fait un sommet de 7000 mètres, au lieu d'avoir pris un mois, et ça je peux en enchaîner plusieurs fois dans la même semaine, si je veux. Et c'est ça qui est complètement magique, complètement nouveau, mais effectivement, comme tu le dis, il y a beaucoup de contraintes derrière en fait, et l'exploration de ces

Loïc contraintes est super intéressante. Alors justement, les contraintes, moi je ne connais pas du tout l'univers du parapente, pour être tout à fait honnête, donc il y aura peut-être des questions un peu enfantines, ou qui vont te paraître méga simples, mais globalement, côté matos, quand tu pars en expédition sur du paralpinisme, tu as quoi en fait ? Tu as plusieurs voiles, tu as une voile, et au-delà de la voile, qu'est-ce qu'il y a de particulier pour faire ce que tu fais avec un parapente ?

Antoine Alors, là si on parle de paralpinisme pur, oui, alors moi je vais partir avec, alors c'est des choses que j'ai élaborées avec le temps, j'ai fait plein d'essais, j'ai fait 4 ans d'essais, de tentatives, d'échecs, de voir le danger, de voir tout ça. Aujourd'hui, j'ai une procédure qui fonctionne assez bien, dans la façon de faire, et cette façon de faire dit qu'il faut prendre un parapente, donc une sellette, c'est là où on va s'asseoir pour voler, et avec nous on va prendre du matériel qui va être adapté de la montagne qu'on va gravir. C'est-à-dire que plus c'est technique, plus on va prendre du matériel d'alpinisme classique, là je ne vais pas revenir là-dessus, ça peut être des cordes, beaucoup de cordes, ce qu'on appelle des broches, et tout ça, ou on ne prend que du matériel pour la neige. La plupart du temps, moi c'est des sommets sur lesquels je vais qui ne sont pas très difficiles, je prends juste des piolets et une paire de skis de rando pour monter. Et en plus de ça, c'est ça qui m'a amené à avancer là-dessus, c'est que dans cette sellette, je vais mettre plein de matériel, que je ne vais pas porter au final, puisque c'est le parapente qui va le porter, l'amener à la montagne, et dans ce matériel-là, c'est le matériel de secours. Typiquement, une tente pour dormir, si je reste plusieurs jours, la nourriture pour une semaine, parce qu'on y va en parapente, mais il faut pouvoir redécoller, des fois les conditions de météo elles changent, etc. Il faut pouvoir patienter une semaine ou des fois plus de temps dans la montagne, de quoi dormir, après tout ce qu'on peut amener en alpinisme et bivouac pour plusieurs jours, et tout ça que je ne porte pas, donc je peux l'emmener, donc j'ai souvent 25-30 kg de matériel, juste au cas où. Et à partir de là, quand je me pose sur la montagne, c'est mon camp de base, c'est-à-dire que le parapente et le matériel restent là, je vais faire de l'alpinisme, je peux mettre la tente, mais je peux partir 2-3 jours si je veux en alpinisme, je peux partir quelques heures, et je repars avec le parapente. Ça fait que ce matériel-là a été amené, mais je ne le porte pas. Au début, je ne faisais pas ça, je prenais vraiment au gramme près ce qu'il me fallait, mais je me mettais en danger, parce que plusieurs fois je ne pouvais pas redécoller, et je te retrouve bloqué en montagne, si tu n'as pas de nourriture, de quoi t'abriter, etc., et bien c'est la mort qui t'attend. Et donc là, c'est mes expériences qui m'ont amené à dire, il faut faire comme ça. Et là, ça fonctionne maintenant très très bien. Comme au début, les premiers sommets comme ça, c'était, ben non, j'y vais en parapente, je plie mon parapente, et je monte au sommet avec mon parapente, pour décoller du sommet. Mais en fait, quand on réfléchit, de faire ça sur un 7000 mètres, monter avec son parapente au sommet, c'est vite 10, 15, voire 20 kilos de matériel, à 7000 mètres, c'est énorme à monter, c'est vraiment, ouais, c'est presque insurmontable. On le fait, mais il faut des heures et des heures. Et quelque part, où est l'intérêt, puisque on va passer au sommet. Qu'on y soit à pied, qu'on décolle du sommet, ça n'a pas changé grand-chose, en fait. Et en fait, j'ai mis du temps à me rendre compte de ça, qu'il n'y a aucune utilité de monter le parapente au sommet. Et depuis que je fais ça, ben j'amène plein de matériel, je le pose, et pour la sécurité, c'est beaucoup mieux. Voilà comment je fonctionne, et les expériences m'ont amené à faire ça.

Loïc Mais du coup, ta voile, ça reste une voile, enfin c'est une voile que quelqu'un pourrait utiliser, je ne sais pas, à Mio ou n'importe où ailleurs en France, il n'y a pas de spécificité dans les voiles pour des vols en haute altitude ou du paralpinisme.

Antoine Non, c'est le matériel le plus classique qui existe, qu'on trouve chez nous, je ne fais que très très peu de modifications. Sur la voile en elle-même, il n'y a pas de modifications. Sur la sellette, il y a un peu des modifications, mais c'est plus des modifications parce que je vais amener jusqu'à 30 kg de matériel, donc j'allais un peu agrandi, il y a des rangements un peu améliorés, que j'ai bricolé moi. Mais hormis ces petits détails, c'est exactement le même matériel qu'ici.

Loïc Ok. Ok. Finaise, incroyable. Ok. Ça va être fascinant de, enfin j'allais dire de vivre de l'intérieur, d'être l'acteur en fait de, il y a d'autres personnes dans le monde qui construisent la discipline, je ne sais pas si c'est le bon terme, mais tu vois qui font évoluer la discipline en même temps que toi avec le type d'expédition que tu réalises. Parce que tu vois, je ne sais pas, demain tu veux te mettre au parapente, il y a des écoles pour ça, tu regardes des vidéos sur YouTube, toi capter que se poser sous le sommet avec ou sans sesquilles, plier la voile ou pas, en fait c'est ce que tu disais, c'est le fruit de l'expérience. Mais est-ce qu'il y a quand même une sorte de cercle très restreint de gens qui font ce que tu fais un peu partout dans le monde où tu es vraiment en mode complètement à l'avant-garde, défriché solo à la machette,

Antoine tu vois, un coin complètement inconnu ? Alors, pour l'instant il n'y avait que très très peu de personnes, il y a quelques années, il y en avait quelques ans en Himalaya comme John C. Bluster qui avait commencé à défricher ça, mais c'est à l'époque où le matériel n'était pas comme aujourd'hui, il ne pouvait pas faire ce qu'on fait aujourd'hui. Ensuite, il n'y a pas eu grand monde, il y a eu un tout petit peu dans les Alpes, 2-3 personnes qui ont testé et en fait ça m'a donné des idées et puis j'ai commencé à aller le faire en Himalaya où là j'étais vraiment seul à essayer de lancer ça, c'était un peu fou les défis, à l'époque on ne connaît rien du tout au paralpinisme, c'était un gros défi et depuis que j'ai compris les choses et je sais comment ça fonctionne, mon idée c'est justement de former des gens. Alors, un, faire des films pour que l'on sache ce que c'est, qu'est-ce que c'est, que ça donne envie et ensuite former des gens, pour que les gens testent, aient envie de le faire, le test en sécurité avec déjà passé mes connaissances pour faire avancer la discipline. Maintenant, je pense que rien qu'en France, il doit y avoir 50 ou 100 personnes qui le pratiquent régulièrement. Alors, je ne parle pas encore au Himalaya, mais en France ça a déjà énormément pris parce que ça donne des idées, j'ai pas été le tout premier à faire ça. Dans les Alpes, loin de là, il y avait déjà des groupes qui avaient essayé sur des 3000 de le faire. Moi, j'ai simplement amené dans l'Himalaya sur des très hauts sommets. Ce qui l'a fait connaître. Et en fait, l'idée, moi je me rends compte, parce que je développe depuis bientôt, ça fait faire 8 ans, 10 ans que je suis là-dessus, c'est que chaque année, j'apprends un petit peu et c'est très long d'apprendre. Parce qu'on fait des erreurs, on apprend de ses erreurs, on avance, on réfléchit comment les résoudre. C'est long. Si on veut que la discipline avance, pour moi, l'idée, c'est ne surtout pas garder ces informations pour moi en disant je suis seul à pouvoir le faire, etc. L'idée, c'est l'inverse, c'est dire j'ai ces connaissances, je veux les partager. Donc j'ai appris, ça c'était l'expédition de 2021, c'est le film que tu as vu à Millau. Donc en 2021, je suis parti avec 6 copains. Et l'idée, c'était que j'apprenne à ces 6 copains à faire du paralpinisme à très haute altitude. Et donc j'ai appris ça, mais dans le but qu'eux, ils apprennent encore à d'autres personnes. Et comme ces personnes-là auront appris le paralpinisme, ce qui est une méconnaissance, qui peuvent se passer assez rapidement au final, parce que c'est des années de recherche et on les communique assez vite. Et derrière, eux-mêmes vont apprendre des choses, parce qu'ils vont tester des nouvelles choses, et ils vont me réapprendre des choses. Et en fait, c'est cet apprentissage de groupe qui permet d'avancer beaucoup plus vite en sécurité et de faire avancer la discipline. Et moi, mon objectif, c'est vraiment ça, c'est que la discipline avance. Et pour ça, c'est le partage d'informations et de formations. Et donc j'essaie de former chaque année maintenant un peu des gens autour pour que ça avance. Excellent.

Loïc Oui, et puis par rapport à ce que tu disais, le fait que la discipline progresse, j'imagine qu'il y a quand même... Enfin, tu ne peux pas vraiment te permettre de griller certaines étapes, je suppose, quand tu es en mode exploration un peu, tu vois, des limites de ce qui est faisable ou pas, parce que tu n'as pas les deux pieds sur la terre ferme. Donc, c'est quoi le facteur... Enfin, comment est-ce que tu prends en compte le facteur sécurité quand tu es dans une position comme la tienne, où tout est à faire, tout est à tester, tout est à découvrir ?

Antoine Eh bien, c'est exactement ça. C'est pour ça que c'est très long, étape par étape. C'est-à-dire qu'il y a des paramètres qu'on connaît, que l'on maîtrise, et derrière, il y a des paramètres qui sont probables, et d'autres qui sont inconnus. Et donc, on va rajouter jamais plus d'un paramètre à la fois. Donc, à chaque test, on rajoute un paramètre, on le teste, et souvent, le tester une fois ne suffit pas, parce que des fois, il peut y avoir un coup de chance ou quelque chose qui fait que ça fonctionne, alors qu'en réalité, ce n'est pas le cas. Et donc, on va tester plusieurs fois chaque paramètre, et quand il est validé, tant au niveau scientifique, parce qu'il y a des théories scientifiques, tant qu'au niveau physique, quand les deux fonctionnent ensemble, et on va considérer que c'est acquis, et on va aller en chercher un suivant. Et c'est pour ça que ça met des années pour aller dedans. À des moments, on trouve ça trop long, on veut griller des étapes, donc des fois, on fait deux, trois paramètres d'un coup, et en fait, c'est toutes ces fois-là où moi, je me suis retrouvé en danger, plusieurs fois, je voyais même ne pas m'en sortir, très clairement, pour des erreurs, parce que justement, on va trop vite, on a grillé ce qu'on appelle, moi, j'appelle ça la zone tampon, parce que quand je rentre dans la zone tampon, ça veut dire que c'est la zone danger. Et la zone tampon, elle est assez grande, et à la fin de la zone tampon, il y a la mort. Et dès que je rentre dans la zone léger danger, pour moi, il y a un problème, il faut résoudre. Et heureusement que cette zone tampon existe, parce que sans cette zone-là, je pense qu'il y a longtemps que je ne serais plus là. J'ai vraiment frôlé la mort à plusieurs reprises par des méconnaissances, qu'on ne pouvait pas savoir, clairement, on ne pouvait pas savoir, il faut le découvrir sur place, et voilà, c'est comme ça qu'on avance.

Loïc Tu peux nous parler peut-être d'un exemple ? Alors, il y en a un que j'ai en tête dans ton livre, l'Odème, mais je ne sais pas si ça fait partie de ceux que toi, tu avais en tête quand tu disais que tu as frôlé la mort plusieurs fois, mais je serais bien partant pour que tu nous partages une anecdote en particulier qui illustre ça.

Antoine Alors, je pense que l'anecdote, c'est sur l'acclimatation en altitude. Oui. En fait, ce qui se passe, c'est qu'on connaît très bien le fonctionnement du corps en altitude pour un alpinisme. C'est-à-dire qu'il va partir du bas, qu'il va monter, dormir en altitude, redescendre à pied, remonter encore plus haut, et il va monter par palier pour s'acclimater. Et là, le corps, il est prêt à monter à 8000 m, on peut aller à 8000 m. Ça, c'est des choses complètement connues, mais ce que vous ne connaissez pas, c'est l'acclimatation du corps. Quand on se déplace, par exemple, à l'aide d'un parapente, c'est-à-dire qu'on ne fait pas d'effort, on prend le parapente, on pilote, alors ce n'est pas un gros effort, on va monter à 7000, à 8000, on va redescendre, et puis même, on peut monter à 6000, dormir à 6000, et redescendre. Et pour moi, si on dort à 6000, on est acclimaté pour faire des choses à 6000. Si on monte à 8000, on est acclimaté, si on dort là-haut, on fait des choses à 8000. Et en fait, j'ai réalisé cette acclimatation-là sur une expédition, où j'ai dormi plusieurs nuits à 6400 m, plusieurs nuits à 5500 m, j'étais monté à 8000 m en parapente, pour moi, j'étais parfaitement acclimaté, je peux même aller faire un sommet de 8000 m sans risque. Clairement, c'est l'acclimatation théorique pour un sommet de 8000 m, ok, ça fonctionne. Et quand je suis allé sur le Spantik, donc à 7000 m, je fais une nuit à 6200 m, je grimpe un petit peu de 300-400 m, et là, oedème cérébral, je suis en un état pas possible, bon, je redescends un petit peu par miracle, on a utilisé un petit peu de chance, un peu de médicaments, un peu de tout qui a fait que je m'en sors. Et derrière, il a fallu comprendre pourquoi j'ai fait un oedème cérébral, et en fait, là, c'est en discutant avec les médecins-chercheurs en altitude, qu'il y avait une théorie qui disait qu'il y a deux types d'acclimatation. Un type d'acclimatation à l'altitude, on va dire, c'est tout ce qui est sanguin, pression des fluides dans le corps, etc., que j'avais atteint. Il suffit de dormir en altitude, monter haut, donc je pouvais aller dormir à 8000 mètres sans avoir de soucis. Par contre, l'acclimatation qu'on appelle l'hypoxie, je ne l'avais pas eue. C'est-à-dire qu'il faut acclimater les muscles à faire un effort avec un manque d'oxygène. Et en fait, le fait de ne pas l'avoir préparé, alors qu'en alpiniste, on fait les deux en même temps parce qu'on marche pour aller dormir, alors qu'en parapente, on ne fait pas d'effort pour aller dormir et on va dormir très haut. Et en fait, on ne se prépare pas à l'hypoxie. Ça fait que quand moi, je me suis mis, donc j'ai dormi à 6200 mètres en arrivant en parapente, j'ai voulu grimper le 7000 mètres, j'ai mis mes muscles en marche, hypoxie, mon corps n'était pas prêt, création d'un œdème cérébral. Et ça, c'était une théorie qu'on a pu vérifier, mais on n'était pas sûr avant que ça arrive. Maintenant, on sait que c'est le cas. Donc, il y a deux types d'acclimatation, il faut bien préparer les deux pour ne pas avoir de soucis. Et ça, c'est des inconnus qu'on peut difficilement prévoir à l'avance et le comprendre. Punaise.

Loïc Alors, dans les inconnus, si j'ai bonne mémoire, il me semble que tu m'avais dit que voler à 8000 mètres, avant que tu le fasses, il y avait une sorte de consensus scientifique disant que ce n'était pas possible. C'est ça ?

Antoine Eh bien, en fait, oui, scientifique, parce qu'on a relevé que très très peu d'oiseaux, voire presque aucun, à 8000 mètres. Bon, il n'y a pas de sens d'aller là-haut, parce qu'est-ce qu'ils vont faire là-haut ? Entre le froid et tout ça, il n'y a pas de sens. Et surtout, ça faisait plus de 20 ans que les parapentistes essayaient de monter. Et on n'y arrivait pas. Et on n'était pas sûr que les thermiques purs montent là-haut. Alors, il y a d'autres façons de monter en altitude, comme font les planeurs, qu'on appelle sur des vols d'ondes. Mais en thermique pur, on ne savait pas si c'était possible. Et donc, les scientifiques, après 20 ans d'études, d'études de personnes qui vont essayer, études météorologiques qui ne concordent pas forcément, disent que certainement, ce n'est pas possible de monter à 8000 mètres.

Loïc D'accord. Mais plutôt, du coup, pardon, je te coupe, plutôt pour le coup, du fait de facteurs vraiment thermiques, en fait. C'est-à-dire, rien à voir avec les capacités physiologiques de l'homme à être à une altitude pareille en montant en parapente. C'était vraiment...

Antoine Alors là, oui, c'est purement physique. Le côté physiologique, on sait que l'homme pouvait monter à 8000 mètres puisque, à pied, même sans oxygène, il arrive à monter jusqu'à 8800 mètres. Donc, il n'y a pas de souci là-dessus. C'était vraiment sur les conditions physiques aérologiques qui permettent de monter à 8000 mètres.

Loïc Ok.

Antoine Et puis après, il faut savoir comment se comportent les voiles et tout ça. Bon, ça, c'est au niveau scientifique. Sur le papier, ça fonctionnait très bien. On l'a aussi vérifié sur le terrain.

Loïc Ok. Mais du coup, donc, si on fait une sorte un peu de rétro-pédalage, tu commences par l'escalade. L'escalade t'amène à l'alpinisme. Le parapente s'immisce dans tout ça. Tu décides de marier les deux. Tu commences à partir dans les Himalayas pour tester ta théorie, ta vision du paralpinisme. Ça fonctionne. À quel moment est-ce que tu te dis, et encore une fois, tu l'as précisé tout à l'heure, pas dans un objectif de performance, mais dans un objectif d'exploration. À quel moment tu te dis, je vais aller me frotter à cette barrière des 8000 ? Et entre le moment où tu te le dis et la réalisation, ça a été quoi les grandes étapes et combien de temps tu as eu besoin ?

Antoine Le paralpinisme est venu après le vol de parapente en montagne parce que j'ai commencé vraiment le parapente pur et doucement, je suis allé faire ce qu'on appelle du vol bivouac. Le vol bivouac, c'est partir avec sa tente, sa nourriture, etc. On va décoller en parapente et on va se déplacer d'un point A à un point B, souvent des voyages que je faisais qui faisaient 1200 km où je ne me déplace que en parapente ou en marchant. Et ça, c'est magique. Pour moi, c'est la définition de la liberté d'aller se balader dans les montagnes parce que, oui, on part un mois en autonomie, on n'a besoin de rien de personne, liberté, on vole, le soir, on mange, on dort, on fait un petit feu, on repart le lendemain et ça dure très longtemps comme ça. Moi, j'ai adoré faire ça et j'ai voulu aller explorer les hautes montagnes en faisant cette méthode-là de vol bivouac et aller explorer les hauts sommets. Puis, comme j'ai grimpé des 8000 mètres, j'ai dit je vais aller survoler un sommet de 8000. Et là, c'est en... Alors, moi, j'ai commencé à faire ça en 2013 et en 2016, donc trois ans après, c'est là que j'ai dit je vais aller au Pakistan et je vais créer mon vol bivouac qui va tourner autour des 5 sommets qui va relier les 5 sommets de 8000 mètres du Pakistan en espérant en survoler un au-dessus du 8000 sans savoir si c'est possible et si je vais y arriver. Mais je vais me donner l'opportunité, la chance, ça se provoque. Donc, si on ne va pas tenter, on n'y arrivera pas. Alors, c'est quelque chose que j'ai assez caché en disant je vais voler à 8000 mètres parce que dès que j'en parlais, on me prenait un peu pour un fou et tout ce que l'on veut. Donc, je n'ai rien dit, je souhaitais faire mes choses et dans ma tête, c'était je survolerai un sommet de 8000 mètres. Et effectivement, en 2016, dès la première tentative, pas le premier sommet parce que j'ai essayé avant le Langa Parbat, ça n'a pas fonctionné, mais sur le Broad Peak, ça fonctionnait tout de suite. Je me suis retrouvé à 8150 mètres. Après, on m'a pris un peu plus au sérieux. et avec le temps, c'est après que j'ai voulu faire du paralpinisme en me disant tiens, je suis monté à 8000 mètres, j'ai fait zéro effort, c'était trop bien, une journée, hop, tranquille, sommet. Pourquoi ne pas servir du parapente pour aller faire plus facilement ou différemment des sommets de 8000 mètres ? Parce que moi, ce qui m'a fait arrêter les sommets de 8000 mètres, clairement, c'est que ça prenait un mois et demi. Il faut aller sur place, tu passes un mois au camp de base à attendre le bon créneau, tu montes doucement, c'est fatigant, puis en un mois et demi, tu as vu un sommet, je trouve que c'est dur mentalement. Alors que là, en une journée de vol, je fais une vie d'un alpinisme, d'un alpiniste. Je fais 30 sommets en une journée et je peux en faire ça tous les jours. Vraiment, ça m'a motivé. J'ai compris tout de suite qu'il fallait que j'arrête l'alpinisme pur et que je mélange les deux. Excellent.

Loïc J'avais pas en tête cette nuance parce que le premier vol à 8000, donc ton premier vol à 8000 et en l'occurrence le premier vol de l'humanité à 8000 en parapente, j'avais pas en tête que tu l'avais fait avant de vraiment te lancer dans le paralpinisme. Je pensais que c'était au début.

Antoine C'était une autre étape parce que pour arriver au paralpinisme, il faut quand même vraiment bien, pour se lancer quelque chose qui est inconnu parce que maintenant on peut se lancer dans le paralpinisme sans avoir un niveau de parapente excellent mais quand on va dans l'inconnu, il fallait vraiment que je sois excellent en parapente et excellent en alpinisme. Et là, on peut commencer le paralpinisme parce que c'est la découverte. Encore une fois, quelqu'un qui serait moyen en parapente, moyen en alpinisme, maintenant, je me sens très bien de l'emmener à aller faire des choses parce qu'on sait où sont les risques, les dangers, etc. On n'a pas besoin d'un niveau exceptionnel. Mais pour le débuter, si. Quand c'est l'inconnu, on a besoin de ça. Donc oui, j'ai pris un très bon niveau avant d'aller faire du paralpinisme.

Loïc Oui. C'est important que tu le précises parce que comme tu parles de tout ça avec vachement d'humilité, on pourrait croire que c'est accessible. Mais loin de là. Loin de là. Encore une fois,

Antoine je pense que c'est accessible. Ce n'est pas si extrême que ça. Ce qui était vraiment... Pour moi, ce qui était extrême, c'est cette découverte, ce qui est nouveau. C'est pour ça que je dis que maintenant, je suis prêt à emmener des gens et à faire découvrir des gens qui ont un niveau moyen dans les deux parce que ce n'est pas si extrême que ça. C'était la découverte et trouver ses erreurs et ne pas les commettre qui pour moi était extrême. C'était un peu fou de partir comme tous les explorateurs si on allait faire des choses, traverser un océan quand on ne sait pas ce qu'il y a de l'autre côté, on ne sait pas où on va. Quand on l'a fait, on dit c'est facile, viens, on y va. Et on le sait, il faut un mois pour traverser, ok, on part pour un mois. Là, c'est pareil.

Loïc Ok. Alors, ça m'amène une question sur l'engagement en fait, ou plutôt sur la peur parce que quand j'ai lu ton livre, en fait, plusieurs fois, tu dis que tu te retrouves dans des situations, notamment pour tes traversées en Amérique du Sud où une fois que tu es en l'air, tu sais que si tu passes un col, une montagne en particulier, en fait, tu te retrouves dans une zone de non-retour. Donc, tu n'as plus le choix, il faut y aller. Et en te lisant, j'ai eu l'impression qu'en fait, il y avait un peu… En fait, c'était deux peurs qui s'affrontaient. C'est la peur de l'engagement total et de te dire, ok, est-ce que j'y vais sachant que personne ne l'a fait avant moi donc il n'y a pas d'infos, il y a limite des cartes pas très détaillées, etc. Donc, la peur de t'engager et de l'autre côté, la peur de rater une opportunité incroyable et de vivre une expérience de dingue. Alors, je ne sais pas si je me… Enfin, qu'est-ce que tu en penses ? Est-ce que tu dirais qu'il y a un peu de ça dans ce qui te drive ?

Antoine Eh bien oui. Alors déjà, la peur, pour moi, c'est quelque chose qui est très important parce que c'est ce qui va me maintenir en vie. Dès que j'ai peur, en fait, moi je me transcende et je suis en alerte. C'est-à-dire, tous mes sens sont là, je suis prêt à réagir, je suis… Et je pense que le jour où je n'ai plus peur, je suis mort en fait. Je ne suis plus alerte, je ne suis plus prêt à ce qui va se passer et même si je vais faire un vol à côté de chez moi à 3 km et que je vais faire un petit vol, j'ai peur. Et je pense vraiment et je cultive cette notion de peur pour rester en vie sans non plus passer dans la panique parce que la panique fait faire n'importe quoi et là, c'est la catastrophe aussi. Et c'est vrai que quand je pars en expé, donc là, je faisais référence quand j'ai traversé la Côte d'Ire des Andes, en fait, il faut le ramener à l'état des choses à l'époque. En fait, il n'y a eu qu'une traversée, c'est moi qui l'ai faite. Avant, plein ont tenté, que ce soit en delta, en parapente et tous ceux qui ont tenté, soit ont fait demi-tour, condition, ils ont trouvé ça trop dur en parapente, ils sont rentrés et ceux qui ne sont pas rentrés, on ne les a jamais retrouvés. Donc, ils sont morts, on ne sait pas comment, on ne sait pas pourquoi et du coup, quand on se lance dans cette traversée-là où on se dit on va passer des cols où il y a le vent qui nous pousse donc on ne pourra pas revenir en arrière et on sait que si on s'engage, il n'y a pas de retour en arrière, c'est-à-dire qu'il faudra sortir par le devant, c'est comme faire une voie d'escalade à un moment donné, on s'engage pour sortir par le haut. Là, c'est pareil et déjà, il faut oser y aller. Voilà, il y a toujours l'idée de faire demi-tour mais faire demi-tour, c'est exactement ce que tu dis, c'est abandonner un rêve, en fait. Moi, j'avais vraiment le rêve de traverser la cordillère et de survoler la concagua et abandonner un rêve, c'est dur, surtout quand on ne voit pas, on a étudié les choses, alors c'est vrai que je passe des semaines et des mois avec certains projets, c'était plus d'une année de travail pour le préparer, pour essayer de voir où sont les dangers, quels sont les risques, est-ce que c'est réel, tout analyser, de tout mettre sur papier, de voir qu'est-ce qu'il y a et qu'on a tout analysé, on voit que la fenêtre est ouverte, le danger, il est acceptable, mais ça, c'est sur le papier que c'est acceptable. Est-ce qu'en vrai, il n'y aura pas un paramètre que j'ai oublié et entre dire, non, c'est faisable, je l'ai vu, je l'ai étudié, je suis sûr de moi, mais j'ai peur, donc je fais demi-tour et le rêve qu'on abandonne, c'est dur de trancher et le curseur, il est clair, c'est qu'avant de partir, je sais que j'ai tout étudié, que tout est ouvert, même si j'ai peur, j'y vais, je sais que ça va être bon, je ne vais pas abandonner mon rêve. Si j'ai des doutes qui sont trop forts, effectivement, ça m'est arrivé plusieurs fois de faire demi-tour à dire, je ne suis pas encore assez sûr, il faut encore que je le prépare, j'y retournerai plus tard. Mais c'est vrai que ça se bat, mais c'est ce rêve-là qui va m'amener à la surpasser, cette peur, à condition qu'elle soit maîtrisée. Donc avant de partir, ce n'est pas quelque chose qu'on va prendre en dernière seconde à se dire, j'y vais, je n'y vais pas. C'est juste que quand, je ne sais pas, si par exemple, on va faire un saut dans l'élastique, on est au-dessus, on sait que l'élastique, il est solide, on va sauter, c'est facile à dire, oui, c'est facile, mais au moment de faire le pas dans le vide, il est dur. Et là, il faut débrancher le cerveau pendant une seconde juste pour le faire. Et là, dans ces projets-là, c'est la même chose, c'est qu'il n'y a pas à passer, il faut le passer, on sait qu'il n'y a pas de risque, mais s'il y avait un risque, je pense que je n'oserais pas passer ce pas-là. Donc oui, c'est un affrontement entre ces différentes peurs, peur du danger et peur d'abandonner ses rêves. Il faut trouver l'équilibre.

Loïc Question d'équilibre, fascinant. Du coup, là, sur l'expédition que tu prépares, alors déjà, est-ce que tu peux nous en dire plus et ensuite, tu nous parleras justement de tous ces facteurs que tu as essayé de maîtriser puisque je suppose qu'il y a à nouveau une dimension exploration dans ce que tu es en train de faire. dans ce que tu t'apprêtes à faire au Pakistan ?

Antoine Alors, ce projet au Pakistan, il a plein de facettes. Il est très loin, il dure presque trois mois, c'est pour ça. C'est pour moi, c'est la fin de mon cycle du paralpinisme où pour moi, la performance en paralpinisme n'a pas d'importance. C'est plutôt ouvrir la voie, la montrer et montrer ce qu'on peut faire. Après, les vraies performances je laisse pour les générations futures. Donc, je pense que j'arrêterai, si je réussis cette expédition-là, j'arrêterai là. où la première partie du projet, c'est faire du paralpinisme encore, monter plus loin le paralpinisme, je montrais qu'on peut faire des sommets de 8000 mètres à la journée. Donc, c'est décoller de la ville, aller poser sur un sommet de 8000 mètres, grimper à la journée au maximum de jours, reprendre le parapente et rentrer. C'est maximum 24 heures, en fait. Quand je dis deux jours, c'est arriver au milieu d'après-midi, passer la nuit sur la montagne et rentrer le lendemain matin. Donc, faire des sommets de 8000 mètres depuis la ville à la journée. En réalité, sur ce projet-là, ce ne sera pas un 8000, ce sera un 7900 mètres pour la simple raison en question de budget. En fait, faire un sommet de 8000 mètres, rien que l'autorisation toute seule, c'est 15 000 euros. On peut avoir le droit d'aller sur la montagne. Un 7900 mètres, c'est quelques centaines d'euros. Mais si on fait un 7900, très clairement, un 8000 accessible. Moi, ce que je veux montrer, c'est la possibilité de le faire. Pour moi, de faire un 8000 ou pas en paralpinisme, quelque part, je m'en fous, c'est des chiffres, c'est 100 mètres de plus. OK. Donc, voilà. C'est ce projet-là. Puis, je veux aussi aller un peu plus loin. C'est qu'il y a le plus haut sommet vierge du monde, qui est actuellement à 7400 mètres. Dès qu'ils sont faits, c'est un plus petit qui prend le plus haut sommet vierge du monde. qui s'appelle le Mouchouchiste, qui est au Pakistan, vers là où je suis, vers 7400 mètres. Et l'idée, c'est d'aller réaliser ce sommet-là en paralpinisme. C'est-à-dire, être réalisé le plus haut sommet vierge actuel, grâce aux parapentes. Ça, c'est une des secondes facettes de ce projet-là. Donc, qui est assez intéressante. On ne pourra pas dire que j'ai gravi le sommet en alpinisme, parce que le paralpinisme n'est pas d'alpinisme. C'est une combinaison. Donc, on ne pourra pas dire que je suis le premier ascensionniste de cette montagne-là. Mais en tout cas, le sommet. Et puis, pareil, toujours dans l'idée de montrer que le parapente peut remplacer le téléphérique, c'est aller skier plusieurs sommets de 6000 mètres en parapente et en ski. C'est-à-dire que je décolle avec mon parapente, j'ai les skis avec moi, je pose un sommet de 6000 mètres, je range le parapente, je descends en ski, et quand je suis au milieu de la montagne où il n'y a plus de neige, je redécolle et je rentre à l'hôtel le soir et je fais ça plusieurs jours. On peut même en enchaîner deux dans la journée si les conditions sont bonnes. Donc là, c'est vraiment l'idée de montrer qu'on peut remplacer le téléphérique en Himalaya par le parapente, qu'on n'a pas en Himalaya justement par le parapente. Voilà, c'est ces trois domaines-là que je vais surtout travailler dans la première partie du projet. Et la seconde partie du projet, en fait, j'aimerais survoler, mon rêve, c'est survoler le K2, qui est la seconde plus haut au sommet du monde. C'est aussi une montagne que j'ai tentée il y a quelques années. et le sommet à 8600 mètres. Et si je monte à 8600 mètres, pourquoi pas pousser à 9000 mètres ? Alors mon vrai rêve, c'est sûr que vous voulez le K2, mais je me dis pourquoi pas aller plus loin et dire, ben, 8600 mètres, c'est pas évident, mais il y a des grandes chances que ça monte à 9000 mètres. Et dans ce cas-là, montrer qu'on peut aussi passer la barre des 9000 mètres en parapente. Alors, on m'avait dit que 8000, c'est pas possible. j'ai montré que c'était possible et je peux maintenant me montrer que 9000, c'est aussi possible. Et je pense qu'en réalité, il n'y a pas vraiment de... La limite, elle est très loin. Mais moi, après, ça ne m'intéresse pas d'aller plus loin. C'est juste pour montrer qu'on peut continuer. Mais voilà, pourquoi pas passer la barre des 9000 mètres cette année.

Loïc Excellent. Mais attends, il est à quelle altitude à peu près le... C'est quoi ? C'est le Jetstream ? Comment il s'appelle ? Oui,

Antoine le Jetstream, c'est des courants d'altitude qui est au-dessus, dans la stratosphère. C'est des courants d'air qui sont à plus de 200 km heure. Donc, il est régulièrement à atteindre 200, voire 250. Et effectivement, on ne peut pas rentrer dedans en parapente. En parapente, ça vole théoriquement à 40 km heure. À 8000, ça va voler à 60, à 70 km heure parce que l'air est beaucoup moins dense. Donc, on vole plus vite. Mais on ne volera jamais à 100 km heure ou 150 dans un Jetstream. Donc, effectivement, il faut être dessous. Et ça, c'est les... On va prendre la météo, les prévisions chaque jour et voir à quelle altitude est le Jetstream. Mais normalement, quoi, il se situe normalement entre 8000 et 9000 ou 10 000 mètres l'été. Donc, on tenterait les records quand le Jetstream monte un petit peu. Donc, ça, c'est vraiment une prévision de météo et de... pour checker, effectivement, si je vais prendre là-dedans, je ne préfère pas imaginer même ce qui se passerait. Ce n'est pas des ventes transitoires dans le sens où on passe de 30 km heure à 200. Si ça va faire 30, 40, 50, 60, etc., quand on voit que le vent monte trop, c'est-à-dire qu'on se rapproche trop du Jetstream, on arrête. Donc, ce n'est pas un vrai danger à proprement dit. Dans le sens, on le sait qu'il arrive. Ok, tu le sens. Ce n'est pas du on-off.

Loïc Oui, ok, d'accord. Parce que, alors là, c'est la question bête, mais en lisant ton livre qui est quand même... qui se lit très, très bien, mais pour quelqu'un qui n'a aucune notion de parapente, deux, trois fois, j'ai quand même dû aller regarder, tu vois, les termes que tu utilisais quand tu t'écrivais, quand tu parles des vents, forcément, c'est un poil technique sur l'aérologie. Tu as moyen de modéliser, c'est-à-dire un endroit où tu n'es jamais allé voler, tu peux modéliser différents scénarios de vent selon la météo, tu vois, ou une période de l'année ?

Antoine Complètement, oui. C'est de l'aérologie, ça, ça se fait très bien. On a des grosses connaissances, après, c'est la connaissance personnelle, il y a d'autres... Il y a plein de paramètres qui peuvent rentrer en jeu, mais à 80, 90 % des cas, quand on fait une estimation de comment va être l'aérologie en fonction de la météo du jour, on va avoir juste. On arrive à se tromper, il y a toujours une part d'incertitude, mais à 80, 90 % on a juste et plus on est bon en parapente, d'ailleurs, parce qu'en fait, le parapente, c'est techniquement, il n'y a pas grand-chose à faire, on tourne à gauche, on tourne à droite, ça va bien, c'est la lecture de l'aérologie et s'en servir. Et un bon parapentiste va très très bien comprendre l'aérologie et il se trompe très peu. Par contre, ce qui est beaucoup plus compliqué, c'est comprendre l'aérologie, ce qui m'a pris beaucoup beaucoup de temps, comprendre l'aérologie à 8000 mètres parce qu'on n'a pas de retour d'expérience, on n'a pas de balises météo qui vont enregistrer, qui vont nous apprendre des choses parce qu'en fait, les balises météo, elles vont enregistrer des choses et sur les phénomènes, elles vont nous confirmer ou affirmer un phénomène. À 8000 mètres, on n'a pas de balises météo qui vont dire si le vent, il est comme ça, il va passer à gauche, à droite, il va descendre, il va monter, on n'a pas de confirmation. Donc, il faut aller voir par nous-mêmes parce qu'il n'y en a aucun appareil qui enregistre et ça prend du temps. Et donc, si j'ai réussi à monter à 8000 mètres, à quoi le réitérer, la première fois, c'était un petit peu par chance, les fois d'après où je suis remonté, c'est uniquement parce que j'ai fini par comprendre l'aérologie à 8000 mètres et à trouver les... voir comment ça fonctionne, ce qui me permet de trouver les ascendants et les courants qui me permettent de monter à 8000 mètres et ça a pris beaucoup de temps.

Loïc Est-ce que tu as des situations quand tu voles à 8000 qui sont complètement contraires avec des cas d'école qu'on t'apprend, je ne sais pas, dans des écoles de parapente ?

Antoine Non, c'est assez similaire. La chose la plus... En fait, c'est assez similaire mais c'est dans une autre dimension. Un exemple tout bête, c'est que si on voit la formation d'un nuage dans les Alpes, un nuage, il va se former, comme on appelle le nuage de beau temps, on appelle le cumulus. Donc c'est un petit nuage en haut d'un thermique, il y a un petit nuage qui se forme, c'est-à-dire une petite boule qu'on voit dans le ciel l'été et ce nuage-là, il va commencer à se former à 4000 mètres. Et puis ce nuage, il va grossir. Si le thermique est fort, il va grossir, il va devenir ce qu'on appelle un congestus. Ça devient un petit nuage blanc qui commence à devenir un peu noir, qui peut donner des fois un petit peu de pluie, qui est encore un nuage sans danger. Ce nuage-là, il monte entre 4000 et 6000 mètres. Quand ce nuage-là grossit encore, il va se transformer jusqu'en cumulonimbus, ces nuages qui montent à 8000 à 10 000 mètres. Et là, c'est un nuage d'orage. Typiquement, c'est celui qui fait les éclairs, qui fait tout ça. Et donc, quand on a un joli cumulus qui est à 4000 mètres, avant qu'il se transforme en cumulonimbus, donc en orage, il faut qu'il monte de 4000 à 5000 mètres de haut, ce qui est très long. Ça prend plusieurs heures, des fois un peu moins, des fois ça prend une demi-heure, une heure, mais ça prend en tout cas plusieurs minutes, voire plusieurs heures, se transformer en cumulus à cumulonimbus. Donc, le nuage le plus dangereux. Si on va en Himalaya, les thermiques s'arrêtent à 7000 mètres, en voie moyenne. Ça fait qu'un cumulus, il est à 7000 mètres. Donc, tu as une petite boule blanche qui est très belle pour voler, on va aller chercher pour monter, trouver le thermique et monter. Mais cette boule blanche, quand elle va grossir, si elle grossit de 1000 mètres, ce qui est très rapide, tout de suite, c'est 8000 mètres, c'est un cumulonimbus. Donc, un nuage va se transformer de jolis nuages cumulus de vol à un nuage très dangereux d'orage cumulonimbus en espace de 5-10 minutes. Donc, le danger, il est extrême. Il faut être très vigilant sur les nuages parce que ça, on n'y pense pas, cette cause-là.

Loïc OK. Et la portance n'est pas la même, j'imagine, non ? La pression atmosphérique à 5000 mètres, c'est 50% au niveau de la mer. Donc, je suppose que ça aussi, tu le prends en compte, non ? Tes vitesses de déplacement, de descente ?

Antoine Oui. La seule chose qui va changer, c'est la vitesse de vol. Donc, chez nous, on est environ à 40, au niveau de la mer, on est environ avec un parapente à 40 km heure. En altitude, on est vite à 65, voire 70 km heure. Par contre, tout le reste est pareil. Donc, il faut juste se rendre compte quand on va piloter, tout va aller très, très vite. Donc, il va falloir être très opérationnel parce qu'à la fois, tout va plus vite. La vitesse de vol, c'est multiplié par 2, donc plus de réflexes. Mais en même temps, avec le manque d'oxygène, donc en altitude, on est plus lent. Du coup, ça empire les choses, donc ce n'est pas évident. Une chose que j'ai appris qui est assez intéressante, c'est que, en fait, en altitude, ça va, dans la tête, tout se passe plus doucement. Je vais donner un exemple, comme ça, on va comprendre ce qui se passe. Exemple, quand on vole, si la voile, elle part devant, il faut l'arrêter pour ne pas, si elle va trop devant, elle va fermer parce qu'elle ne va plus être dans le niveau du vent. On va faire ce qu'on appelle une fermeture frontale. pour empêcher ça, on va freiner sur les deux commandes, ça empêche la voile de partir devant. Et en fait, à 8000 mètres, il y a un jour où la voile part devant très fort et là, je la vois partir et je me dis, il faut réagir. Je prends mes freins, je freine, hop, et je me dis, tout se passe bien. et en fait, quand j'ai réalisé ce qui s'est passé, j'ai vu la voile partir devant, elle est partie devant, j'ai eu la chance, elle ne s'est pas fermée, elle est revenue en place et quand ma voile était en place, j'ai freiné, elle est partie en arrière. Ça veut dire que j'avais presque trois secondes de retard entre le moment où mon cerveau a dit freine et la réaction, ce qui est énorme, trois secondes. Et à l'inverse, si je ne regardais pas ce qui se passait, c'est-à-dire que mon cerveau ne réfléchissait pas à ce qu'il fallait faire, ma voile restait toujours parfaitement droite au-dessus de la tête. C'est-à-dire que, en fait, dans les sensations qu'on a l'habitude, c'est les réflexes, comme en voiture, on a des réflexes, quand on a les réflexes, le corps réagit et les réflexes ne sont pas altérés en altitude. La réflexion est altérée mais pas les réflexes. Donc, ce que j'ai appris, c'est qu'en haute altitude à 8000 mètres, il faut arrêter de réfléchir sur la façon de piloter et laisser les réflexes qu'on a acquis fonctionner. C'est-à-dire qu'il faut, et eux ne seront pas altérés et te feront bien voler. Par contre, quelqu'un qui va réfléchir à ce qu'il faut faire, il aura toujours trois secondes de retard et ça devient très dangereux.

Loïc Ok.

Antoine Finaise. C'est des choses dues à l'altitude mais qui sont assez intéressantes. Les scientifiques le savent, ça. Mais le découvrir et l'appliquer aux parapentes, c'est super intéressant.

Loïc Ouais. Ouais, effectivement, hyper intéressant. Alors, ma question, elle était... En fait, il y avait une question derrière la question. Je ne sais pas si tu te rappelles mais quand tu avais fait... Donc, tu avais projeté ton film à Millau et tu avais fait une conférence et il y avait dans l'assistance pas mal de gens, pas mal de parapentistes. Et tu as partagé... À un moment donné, bon, c'était la session des questions-réponses. Il y a eu une question sur la manière dont tu as redécollé, je crois que c'était du spantique. Et la réponse que tu as fait que, bon, moi, c'était une réponse... Enfin, elle ne m'a pas interloqué parce que je ne connais pas les... Je ne sais pas voler. Mais je me rappelle que la réaction de l'audience des parapentistes, ils étaient genre mais éberlués. Je ne sais pas si tu te rappelles ce dont il s'agissait.

Antoine En fait, là, sur un décollage sur le spantique où j'avais fait le 7000 m à pied, je redescends et je vais redécoller. Et quand je vais redécoller, en fait, le vent qui vient du mauvais côté, c'est-à-dire que le vent descend du sommet. Le vent venait de l'autre côté de la montagne donc il descend du sommet et il m'empêche de pouvoir redécoller parce que pour décoller, il faudrait que je décolle face à la montagne ce qui est l'opposé de là où je veux aller. Et en fait, la solution que j'ai réussi à trouver pour décoller, c'est que je me suis mis dans la neige avec les crampons ancrés bien profondément, donc allongés dans la neige. J'ai vu les crampons plantés dans la neige qui me bloquent. Je gonflais ma voile au-dessus de la tête face à la montagne et dans le sens complètement inverse. et en fait, j'étais dans un endroit où forcément si on est sous le vent, c'est-à-dire que le vent vient derrière la montagne, ça crée des rouleaux de vent. Les rouleaux de vent, c'est un peu comme si on regarde dans une rivière, si on voit l'eau qui s'écoule sur une pierre, derrière la pierre, ça fait du courant qui va dans tous les sens. Le vent va faire pareil. Et donc là, j'ai attendu d'avoir une rafale de vent qui était un peu plus dans l'axe et quand j'ai eu une rafale de vent qui était à peu près perpendiculaire à la pente, j'ai enlevé simplement, j'ai levé les pieds des crampons, lâché les prises et je me suis laissé emporter ce qui m'a permis de quitter le sol et de m'éloigner progressivement de la montagne et de prendre l'air. Une fois qu'on est à 10-20 mètres de la montagne, il n'y a plus vraiment de danger. Mais oui, j'ai attendu un moment comme ça, complètement à l'envers et sans savoir en plus si ça allait marcher parce que c'était un test. Voilà.

Loïc Excellent. Excellent. Dernière question pour toi, Antoine. c'est par rapport à la place de la mort. Alors, j'en parle souvent avec mes invités qui viennent de la haute montagne. Moi, je n'ai pas cette expérience mais je suis allé une fois au Népal pour faire un trek à plus de 4000 pendant presque trois semaines et moi, j'ai eu l'impression que partout où je posais les yeux, il y avait un kern, un truc à la mémoire de machin, une histoire sur une cordée emportée. toi, tu disais que tu as eu plusieurs fois des expériences où ce n'est pas passé loin. Comment est-ce que tu le… Enfin déjà, quel est ton avis là-dessus ? Est-ce que tu as aussi… Est-ce que c'est aussi ta lecture des choses ? Et comment est-ce que ça peut impacter, par exemple, ta longévité plus mentale dans une pratique comme celle-ci où en haute montagne, il y a des accidents ?

Antoine Alors, très clairement, moi, j'ai été impacté par ça à être plus jeune quand je fais des alpinismes, j'allais faire des 8000 et tout ça. Moi, j'ai fait, je ne sais plus, 4 ou 5 expés sur des 8000 et il n'y a pas eu une seule expédition où il n'y avait pas eu un mort autour. Donc, c'est quelque chose qui m'a choqué. J'ai la majorité de mes copains de l'époque qui sont morts, qui ne sont plus là aujourd'hui. Et, avec un peu de recul, c'est le recul que j'ai eu à l'époque, c'est me dire mais en fait, c'est un peu de mort, à part un ou deux, c'est tous par malchance. C'est-à-dire que, des fois, on est ensemble et c'est le mec qui est 10 mètres devant moi, hop, il se prend la coulée d'avalanche sur la tête, il part, pas toi, une pierre qui tombe au mauvais endroit, une chute dans une crevasse invisible, toujours quelque chose, un paramètre qu'on ne peut pas prévoir ou très difficilement prévoir. Une avalanche, on sait plus ou moins les prévoir mais il y a un côté aléatoire, une chute de pierre, c'est pareil, surtout ça. Et en fait, c'est ça qui m'a bloqué, cette injustice, c'est-à-dire qu'à chaque fois que j'allais en montagne, même dans les Alpes, je me dis, mais en fait, c'est lancer une roulette et voir sur quoi elle tombe et en fait, ça, ça m'a bloqué. Et c'est ce qui m'a fait aussi arrêter la montagne à l'époque et depuis, je n'ai jamais repris, j'ai repris, je continue à faire de la montagne mais ce n'est pas mon sport principal, je vais un petit peu de temps en temps pour garder le niveau parce que j'aime ça aussi mais c'est comme traverser la route, plus on y va, plus il y a des chances de mourir donc j'essaie d'éviter et dans le parapente, on peut dire, oui, il y a beaucoup de morts, il y a des morts. Alors, il n'y en a pas beaucoup, il y en a quelques-uns mais ce que je me suis rendu compte, c'est que quasiment 95, 99% des morts en parapente sont dues à une erreur humaine, une erreur qui aurait pu être évité, que ce soit par le pilotage, par plein de choses, il n'y a que très, très, très peu d'accidents qui n'auraient pas pu être évitées et ce qui me rassure, c'est de me dire, oui, je ne peux pas dire que je ne mourrai pas en parapente, je ne mourrai pas comme ça mais ce que je peux dire, c'est que si je meurs en parapente, ça sera parce que j'aurais fait mon erreur, donc je n'aurais pas mérité mais j'avais qu'à être meilleur, donc c'est de ma faute si je meurs. Alors que si je suis en montagne, si je me prends une pierre, je me prends une avalanche, ça ne coûte pas de chance et en fait, je refuse de mettre ma vie entre les mains de la chance ou de la pas de chance et c'est pour ça que je suis mis au parapente et que je continue le parapente même s'il y a des morts autour, ça arrive, j'ai perdu plein de copains, c'est parce que j'ai fait ou ils ont fait une erreur et c'est ce qui me rassure. Mais on ne peut pas vivre sans la mort, très clairement. Moi, j'ai perdu mon coéquipier il y a un an et demi, on est partis tous les deux, je suis rentré seul, c'était une épreuve absolument terrible. Donc, ça existe toujours la mort en parapente. Mais, voilà, quelque part, il faut aussi l'accepter sinon on ne fait plus rien. Mais, oui, moi, je n'accepte plus la mort par... quoi, la mort ? Que ça arrive par chance ou malchance.

Loïc Oui. En tout cas, oui, je comprends ce que tu veux dire par rapport au fait que les paramètres sont sous ton contrôle ou pas en fait. Si en parapente, tu dis que, à part peut-être te prendre un condor en pleine face, c'est globalement des erreurs de pilotage et autres. Mais même ça,

Antoine on s'en sort en fait. En parapente, c'est vrai. En fait, on a un parachute de secours qu'on peut ouvrir alors qu'il ne marche pas très bien à haute altitude parce qu'on va tomber trop vite. Mais, hormis des erreurs très très proches du sol qui auraient pu être évité par des erreurs de pilotage, on ne risque rien. Moi, les seules morts que je connais où il n'y a pas d'erreur humaine, c'est quand il y a ce qu'on appelle un dust. Un dust, c'est les mini-tornades qui commencent près du sol. Donc, à 10 mètres du sol, tu peux prendre un dust. Donc, c'est une sorte de mini-tornade. Et bien là, même en étant le meilleur pilote du monde en pilotage, tu ne t'en sortiras pas. Mais, toutes les autres accidents, c'est une erreur humaine. C'est-à-dire que, hormis la casse du matériel ou ça, mais ça, encore une fois, c'est à contrôler. Le matériel, il est fait pour tenir. S'il casse, c'est qu'on n'a pas contrôlé son matériel, donc c'est encore humain. Ou pas fermer sa sellette, ou pas s'accrocher, mais tout ça, c'est humain. Mais, il n'y a pas d'erreur de pilotage près des falaises. C'est parce qu'on ne devait pas se trouver là si on a un accident. C'est très très très rare. Il y a des cas rares, mais non, on sera en cause.

Loïc Ok. Bon, je t'avais dit que c'était la dernière question, mais en fait, j'en ai vraiment une toute dernière promis. Qu'est-ce qu'il va y avoir ? Tu disais que cette dernière XP, ce sera sans doute, voilà, ça va marquer la fin de ton chapitre paralpinisme qui t'occupe quand même pas mal depuis pas mal d'années. Qu'est-ce qu'il y aura après ça ? Tu as déjà un autre plan ?

Antoine Alors, là-dessus, moi, je vais répondre de deux façons différentes. La première, c'est que oui, c'est mon dernier cycle où je vais faire de l'exploration du paralpinisme. Mais, en même temps, j'en profite dans cette expédition pour emmener des gens. Là, j'ai une équipe de 11 personnes réparties dans le temps que j'emmène là-bas ou que je vais leur apprendre, je vais leur expliquer et tout ça. Donc, je continue à faire de la formation. Je reviendrai faire de la formation au Pakistan, emmener des gens d'Europe ou d'ailleurs au Pakistan pour découvrir le paralpinisme parce que je veux que ça grossisse encore. Et surtout, ce serait trop dommage de, voilà, s'il m'arrive quelque chose ou quoi que ce soit, que mes connaissances se perdent. J'ai mis longtemps à les acquérir donc autant les partager. Mais derrière, pour moi, là, c'est juste un cycle qui se ferme. Des cycles, j'en ai eu plein. Et je pense que le prochain cycle, je vais repartir sur un cycle qui était déjà existant sur le vol bivouac où j'aimerais faire des gros vols bivouac comme traverser les Etats-Unis, le Canada en une traite en parapente en plusieurs mois, en autonomie complète en vol bivouac. Voilà, c'est en ce moment ce qui me remotive. Trop bien.

Loïc Excellent. Eh bien, écoute, Antoine, on s'organisera un épisode quand tu auras fait ça pour parler cette fois-ci de vol bivouac. Merci énormément pour tout ce que tu as bien voulu nous partager sur le paralpinisme et ton parcours avec autant d'humilité. C'était vraiment passionnant. Bonne fin de préparation pour l'Exp. C'est quand le départ, du coup ?

Antoine Le départ, c'est le 19 mai. Ça se rapproche. Ah ouais !

Loïc Oh punaise, c'est demain, au moment où on enregistre.

Antoine En tout cas, merci beaucoup de m'avoir écouté et de m'avoir reçu.

Loïc Écoute, avec grand plaisir. Bonne séjour au Pakistan puisque tu dis que ça va durer trois mois donc tu vas être un bon moment sur place. Et puis je te dis à une prochaine du coup.

Antoine Avec plaisir, à bientôt.

Loïc Merci à vous d'avoir écouté cet épisode avec Antoine jusqu'au bout. J'espère qu'il vous aura plu. Si c'est le cas, n'hésitez pas à le partager autour de vous et plus particulièrement à toutes celles et ceux qui apprécient les sujets d'aventure, d'exploration et pourquoi pas, s'il y en a, de paralpinisme. De manière générale, si vous souhaitez soutenir le podcast, si vous appréciez le contenu que vous y trouvez, eh bien, là encore, parlez-en. Parlez-en un maximum de personnes autour de vous. C'est comme ça qu'on amènera encore plus de gens à oser se lancer dans leur propre projet et qu'on donnera de la visibilité à ces invités incroyables qui prennent du temps pour venir partager leurs histoires au micro du podcast. Si vous souhaitez soutenir financièrement cette fois-ci le podcast, je vous le disais en introduction, ça se passe sur Tipeee, t-i-p-e-e-e.com slash les-tirez-frappés, autrement, le lien est en description. Merci une fois de plus à toutes celles et ceux qui ont fait l'effort, chaque euro compte. Je vous remercie pour votre fidélité et je vous dis à la semaine prochaine pour un nouvel épisode dans lequel on va partir surfer des grosses vagues au Portugal. nauseons, Sous-titrage ST' 501 Sous-titrage ST' 501

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