Les Frappés Les Frappés
Saison 4 EP·175 Montagne #ski-alpinisme #trail #Alpes

23 juillet 2024

Récit d'une double traversée des Alpes 🏔️ avec Olivier Goujon (Trail & Ski)

Durée · 58 min · Transcription disponible

Olivier

Le récit

Olivier est accompagnateur en moyenne montagne et surtout un amoureux d’outdoor.

Il a réalisé 2 traversées des Alpes, une en trail depuis le Lac Léman jusqu’à Menton, l’autre en ski de randonnée.

Dans cet épisode, on parle de l’adaptation du corps à l’effort, d’une fête du citron sur la plage et en habits de ski, et des aléas météorologiques en montagne.

C’est parti pour un épisode qui risque bien de vous donner des idées.

🔎 Le livre sur la Trans'Alpes est dispo ici. Voici un debrief écrit par Jérémy Bigé.

🎙 Les épisodes qui pourront vous intéresser :
👉 Épisode 145 - Gravir les 5 plus hauts sommets 🏔️ de chaque continent avec Jean-Christophe et Éloi
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👉 Épisode #100 - Mike Horn - Apprendre à sortir de sa zone de confort pour se sentir vivant 🔥

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Transcription

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Olivier Et je vois une maison avec de la lumière. Et je me dis que c'est le refuge, c'est le refuge bon gardé mais il y a déjà des personnes qui sont. Là il y a des gens qui sortent, qui parlent anglais, c'est des hollandais et ils disent non c'est pas le refuge ici, c'est chez nous. Et là en fait ils nous montrent le refuge, ils nous accompagnent et tout. Il se passe 5 minutes et là ils reviennent, hé les gars on vient te faire à manger, en fait il y a largement trop, venez manger avec nous. Après une telle journée, ils se partagent, c'était hospitalité, c'était vraiment chouette moment.

Loïc Vous écoutez Les Frappés, le podcast de celles et ceux qui se dépassent. Je suis votre hôte Loïc, ancien sportif de haut niveau en judo, coach préparateur mental et amoureux d'activités outdoor en tout genre. Ma conviction c'est qu'on a tous un frappé au potentiel exceptionnel qui sommeille en nous. J'ai créé ce podcast pour vous faire découvrir des femmes et des hommes qui ont osé le réveiller. Mes invités sont des athlètes de tous niveaux, des aventuriers professionnels, des voyageuses au long cours, des entrepreneuses ou encore des militaires, des forces spéciales. Toutes et tous partagent à mon micro des récits inspirants qui vont vous faire passer à l'action. Attention une écoute régulière peut entraîner des changements positifs irrévocables dans vos vies. Olivier est accompagnateur en moyenne montagne et surtout un amoureux d'outdoor. Il a réalisé deux traversées des Alpes, une en trail depuis le lac Léman jusqu'à Menton, l'autre en ski de randonnée. Dans cet épisode on parle de l'adaptation du corps à l'effort, d'une fête du citron sur la plage et en habit de ski et des aléas météorologiques en montagne. C'est parti pour un épisode qui risque bien de vous donner des idées et juste avant ça je tiens à remercier chaleureusement toutes celles et ceux qui soutiennent les frappés sur Tipeee, la plateforme de financement participative. Si vous aussi vous souhaitez les rejoindre c'est à à partir de 1€ par mois, le lien est en description. Et bien écoute Olivier en tout cas je suis super content de te recevoir sur le podcast en direct tu me disais du coin de Chamonix. Oui c'est ça, merci de me recevoir. Yes, avec grand plaisir et puis on va rester dans le thème du coup des Alpes puisque tu m'avais envoyé un message, alors honte à moi et en plus ça fait plusieurs épisodes d'affilée que je le mentionne et tu m'avais envoyé un message il y a très longtemps, enfin il y a très longtemps, quasiment deux ans, juillet 2022, un peu après juillet 2022 pour m'expliquer que tu venais de traverser les Alpes occidentales en trail et rebelote, tu l'as refait cette année mais cette fois-ci en ski donc un amour pour les Alpes a priori mais tu vas nous en parler et puis très certainement plein de chouettes anecdotes sur ce que tu as pu vivre et surtout moi je suis un peu curieux de savoir pourquoi et comment tu as organisé tout ça. Donc bienvenue une fois de plus sur le podcast et écoute ce que je te propose c'est de commencer par nous en dire plus sur toi, en dehors de ces deux

Olivier expériences, quel est ton parcours ? Alors écoute moi comme toi je suis originaire du sud de la France, en dehors exactement rien à voir avec la montagne et pour autant très très jeune j'étais attiré par comment dire l'outdoor en général, plus particulièrement la montagne donc je crois que j'ai découvert Chamonix donc là où je vis maintenant à l'âge de 9 ans. Grâce à tes parents ? Non mes parents n'ont pas du tout la culture de l'outdoor, par contre mes grands-parents ils étaient passionnés de Chamonix tu sais le genre de touristes qui vient tous les ans au même endroit et qui connaissent tout sur la vallée etc et donc à un moment ils nous ont pris mon frère et moi pour découvrir, pour nous emmener en vacances à Chamonix

Loïc et comment dire je suis tombé amoureux quoi. Et Tuvart tu es originaire d'où ? De Draguignan exactement.

Olivier Draguignan ok ouais un peu ouais. Donc suite à ces vacances à Chamonix alors déjà on m'a emmené à l'aiguille du midi, j'ai fait un mal aigu des montagnes et on m'a dit tu pourras jamais faire de montagne. Bon en fait c'était faux évidemment. Et suite à ça je me suis vraiment mis dans les sports outdoor, particulièrement le VTT, disons que c'est ce qui avait de plus simple, de plus logique à pratiquer quand on vient du Var. Et j'ai fait mes études donc à Grenoble à l'âge de 19 ans j'ai quitté le Var pour aller à Grenoble et là j'ai découvert la montagne un peu plus en profondeur et notamment le ski puisque j'ai toujours été hyper hyper attiré par le ski. J'ai touché des skis pour la première fois de ma vie, j'avais 19 ans et surtout même me mettre à fond dans la course à pied. Disons que j'ai toujours grandi, je me suis construit autour du VTT, notamment du VTT longue distance mais pour moi c'était un moyen d'être dans la nature et j'ai toujours voulu courir, j'ai eu beaucoup de mal à m'y mettre puisque j'ai enchaîné des blessures, à l'époque il n'y avait pas forcément tout le contenu qu'on a actuellement sur la course à pied. Donc c'est vrai que j'ai carrément galéré quand même et finalement j'ai pu trouver les clés, peut-être qu'on en reparlera et pour devenir entre guillemets, devenir un coureur quoi. Et pour moi la course à pied c'était un moyen d'être beaucoup plus au contact de la nature qu'avec un VTT qui peut faire un peu interférence, disons qu'on ne va pas au même endroit non plus. Et voilà donc parallèlement à ça j'ai travaillé très jeune comme commercial dans le milieu du sport. J'ai énormément travaillé, peut-être trop, à un moment j'ai envie de me poser donc j'ai déménagé sur Chamonix. Puis à ce moment-là j'ai arrêté les compétitions de VTT après un objectif accompli. J'ai revendu tous mes vélos et je me suis mis sur quelque chose de totalement différent c'est-à-dire la haute montagne, l'alpinisme. Je ne savais pas faire un E8 à l'époque, je ne connaissais rien et j'avais à cœur de découvrir ça. Donc d'où mon déménagement à Chamonix. Et j'en ai déjà dit pas mal sur qui je suis. Petit à tout voilà, à fond de la course à pied, la haute montagne, etc.

Loïc Et comment du coup le projet de la première traversée des Alpes, cette fois-ci en trail, est né ? Et à quel moment, enfin combien de temps il y a eu entre le moment où tu l'as imaginé et le moment où tu t'es lancé pour de bon ?

Olivier Alors ça s'est fait, vraiment ça a mis du temps. Disons que c'est beaucoup de choses qui se sont ajoutées jusqu'à avoir l'idée de le faire. Mais globalement, disons que j'ai beaucoup voyagé par le passé. Donc c'est un peu l'esprit de découverte, d'aventure. Et surtout, je crois que ce qui m'a motivé le plus, c'est comme je te disais, je me blessais énormément quand je courais. Quand j'ai commencé la course à pied, je me souviens que ma limite, c'était trois fois une demi-heure dans la semaine avant de me dire que mon corps n'accepte plus. Donc j'ai toujours été curieux de se dire, mais comment on fait ? Comment on fait ? Il y en a qui arrivent, comment on fait ? Donc voilà, j'ai dû me documenter, etc. Et j'avais parallèlement envie de grandes aventures. Et mon projet initial, pour me motiver finalement à me dire, ah ben non, je peux être solide et ne pas me blesser. Mon projet initial, un peu ambitieux, était de traverser tout l'Arcalpin. Donc de la Slovénie à Monaco.

Loïc Excellent.

Olivier Par l'itinéraire de la Via Alpina, donc on traverse les huit pays de l'Arcalpin. Et donc ça a mis plusieurs années pour, entre guillemets, ça devait aboutir à ça. Donc j'ai dû trouver des solutions pour ne plus me blesser. Ça a carrément marché. Jusqu'à, en fait j'ai un problème au pied depuis des années. Une inflammation que la médecine visiblement n'arrive pas à traiter. Donc j'ai dû voir des dizaines de médecins. J'ai galéré avec ça. Aucun traitement n'y fait. Et donc quelque part, deux ans avant ce projet, je me suis dit, ok, il ne me reste que ça à traiter. Il faut vraiment que je trouve les moyens. Donc là je me suis mis à lire beaucoup de livres sur la physio, sur le renforcement musculaire, etc. Donc l'avantage c'est que ça m'a beaucoup, j'ai beaucoup appris grâce à ça. Et en fait à une semaine, allez à deux semaines du départ, pardon, à deux semaines du départ, tout était calé. Je vois que ça n'avait pas progressé. Donc à ce moment-là je pouvais enchaîner deux jours à 40 bornes en montagne. Mais je sais que le troisième j'étais collé en fait, que mon pied ne tenait pas quoi. Et c'était assez frustrant je dois dire. Et là, en discutant avec un gars, totalement par hasard, j'entends parler de la Transalpe. Donc un itinéraire, donc la haute route qui fait du lac Léman à la Méditerranée. Donc là ne pas confondre avec le GR5. Je vais parler de ça vraiment par hasard à quelques jours du départ. Et là je switch totalement, je me dis mais si mon corps n'est pas capable de m'emmener de la Slovénie à Monaco, un itinéraire qui est plus court, plus technique, qui me correspond plus, puisqu'à ce moment-là je faisais beaucoup d'alpinisme, c'est quelque chose qui me motivait en fait plus que le projet de départ en fait. Et donc là j'ai eu quelques jours pour totalement switcher mes plans. Et voilà comment je suis parti sur cet itinéraire. Et avec du recul, je me dis qu'en fait c'est tout un engrenage qui s'est mis en place pour m'emmener là où je devais être à ce moment-là.

Loïc Excellent. Et c'était quoi plus précisément les blessures ? Tu disais que tu te blessais systématiquement quand tu as commencé à courir, c'était quoi ?

Olivier C'était des inflammations, beaucoup de tendinites, d'inflammations. Je crois que mon corps n'a pas été... Je ne crois pas être doué pour ce qui est de l'adaptation du corps en fait. D'ailleurs, la première course que j'ai faite, la première compétition de course à pied, donc j'étais un gamin, c'était les courses draguignons justement pour les enfants, j'ai terminé dernier, chez dernier, que les parents, les adultes, là ils sont là limite à t'engueuler et dire allez là on a envie de fermer. Alors qu'en fait j'étais au bout de ma vie quoi. Donc non, je pense juste que mon corps n'est pas adapté à la course à pied. Et pour autant, c'est possible de se faire plaisir et de faire des belles choses.

Loïc Excellent, je suis assez d'accord. Du coup, si on rentre un peu dans le détail, c'est la Transalpe, tu dis ?

Olivier Oui, la Transalpe, ça s'appelle aussi la Haute Route des Alpes.

Loïc Ok, et c'est quoi les grosses différences avec le GR5 ? Parce que c'est même point de départ, même point d'arrivée, non ?

Olivier Oui, alors le GR5 lui, il part de quasiment tout au nord de l'Europe en réalité, mais la partie qui est connue du GR5, c'est effectivement la partie entre le lac Léman et la Méditerranée, donc les Alpes quoi. Là, la Transalpe, c'est un itinéraire qui, comme l'autre nom l'indique, donc la Haute Route, qui, alors attends, comment c'est dit d'ailleurs ? Sous les glaciers, au-dessus des GR, en dessous des glaciers.

Loïc D'accord.

Olivier Donc on n'est pas sur l'alpinisme, par contre on est très souvent sur du hors-sentier, sur du scrambling, comme diraient les Anglais, donc là il faut mettre un peu les mains, crapahuter, c'est hyper sauvage quoi. En général, tu ne croises personne, les quelques personnes que j'ai croisées, peut-être 4 personnes, tu sais, qui font aussi la Transalpe, il n'y a pas de raison d'être sur une ligne de créate complètement paumée, autre que de suivre cet itinéraire en fait.

Loïc Ok.

Olivier Vraiment, c'est un itinéraire absolument incroyable.

Loïc Et donc en termes de distance, de dénivelé, pour qu'on ait un peu une idée, ça a représenté quoi ?

Olivier Alors c'est 650 bornes et 45 000 mètres de dénivelé.

Loïc Ah oui, quand même.

Olivier Mais franchement là-dessus, il ne faut pas raisonner sur de la data. C'est tellement technique, il y a tellement de caillasses, c'est plus le terrain en fait qui a un impact sur la progression que le dénivelé, le kilométrage quoi.

Loïc Ok. Et d'un point de vue logistique, tu as comme sur un GR classique, entre guillemets, des refuges, des villages qui sont à peu près accessibles, ou c'est un peu plus technique ?

Olivier Non, alors l'avantage qu'on a dans les Alpes, c'est que c'est truffé de refuges. Vraiment, on a un réseau de refuges qui permet une liberté vraiment absolument incroyable. Donc en gros, moi j'avais... Alors il existe un livre qui décrit l'itinéraire de la Transalme, donc un topo. Donc moi j'avais trouvé une trace GPS. Alors après je sais aussi bien lire une carte, c'est en partie mon métier d'ailleurs. Donc j'ai téléchargé la trace, j'ai vraiment étudié, et quelque part je me suis dit, ok Olivier t'as 60 jours pour le faire, puisque quelque part moi j'avais posé 60 jours pour partir sur l'intégrale de l'arc alpin. Et bien, suis l'itinéraire en fonction de ce que ton corps accepte de faire. Parce qu'à tout moment je vais avoir mal aux pieds, etc. Donc je prends le départ et je verrai. Donc je regardais sur la carte les refuges au fur et à mesure, et je les réservais environ un jour ou deux à l'avance. L'avantage c'est que j'étais seul. Comment dire, tu veux réserver un refuge pour un groupe de six, en général tu t'en prends pas du jour au lendemain, tu n'auras pas forcément de la place. Là en étant seul, ça me permettait cette liberté, et ça l'a toujours fait. Des fois c'était effectivement un peu chaud, mais j'ai toujours réussi à réserver. Et donc au niveau logistique, comment te dire, c'est la liberté absolue. Parce que je n'avais pas de point de rendez-vous à l'avance. Simplement, comme je te dis, je suivais l'itinéraire en fonction de ce que mon corps acceptait de faire. Et c'était parfait, sans pression. Et c'est là où ça permet de faire les choses de manière encore plus grande finalement, quand tu t'enlèves d'une certaine pression.

Loïc Et donc tu m'avais écrit que tu avais un sac de trail de 8 litres, donc j'imagine qu'il n'y a pas de tente là-dedans.

Olivier Non, il n'y a pas de tente là-dessus, je comptais uniquement sur les refuges. Ça aurait été hyper sympa de le faire en bivouac également, mais ce n'était pas la manière dont j'avais envie de le faire. Moi j'avais envie de le faire, alors j'adore les bivouacs, mais j'avais envie de cette liberté qu'apporte le trail en termes de fluidité, de mouvement, d'être dépouillé aussi de certaines choses. C'est-à-dire que tu ne pars qu'avec l'essentiel et donc il fallait que j'aie tout dans un sac de 8 litres. Alors ça ne veut pas dire que j'ai pris des risques en prenant moins que ce qui était prévu, etc. Moi quelque part j'avais tout ce que tu peux mettre dans un sac de trekking, simplement c'était optimisé. Donc avec une doudoune, un t-shirt de rechange, un sous-vêtement de rechange, une Gore-Tex, pantalon Gore-Tex, un autre pantalon. Par contre tout optimisé et le matériel actuel permet de le faire en condition de bien choisir les choses et en étant pragmatique. tout doit être utilisé. Tu ne dois pas partir avec du au-cas-o.

Loïc Oui. Tu as eu de mauvaises surprises côté matos ?

Olivier Alors, est-ce que j'ai eu de mauvaises surprises niveau matos ? Oui. Alors, j'avais un filtre à eau. Tu sais les filtres que tu vises sur les flasques de trail.

Ski Oui.

Olivier Et en fait, le pas de vis s'est pété. Ça devait être au bout de la première semaine. Donc il fallait que je boive énormément. C'était vraiment une astuce pour pouvoir tenir la distance. Énormément boire. Le filtre haut s'est cassé. Donc j'ai recommandé un filtre à eau que j'ai fait livrer dans un magasin où je passais quelques jours plus tard. Donc ça l'a fait. Mais bon, c'est aussi l'avantage d'être dans les Alpes quelque part. C'est, comme je disais, il y a quand même un gros réseau logistique. Tu n'es pas livré à toi-même au milieu de l'Orient. Donc non, c'est possible de parer à ces aléas.

Loïc OK. Et puis en plus, été 2022, c'était un été caniculaire.

Olivier Oui, c'était incroyable la canicule. D'ailleurs, les Alpes ont perdu plus de 6% de leur masse glaciaire pendant cet été-là. J'ai appris ça, ça m'a choqué. Ah oui. Effectivement, c'était extrêmement chaud. Et je suis parti avec maximum 1,5 litre d'eau. Oh, bien. Et c'était limite un peu trop, je dois dire. C'est vrai ? Ça suffit. Même dans des massifs calcaires qui sont des massifs karstiques où l'eau ne reste pas en surface, même dans ces massifs-là, je pense notamment au chablé, j'ai trouvé suffisamment. Alors l'astuce, c'est que dès que tu trouves de l'eau, tu ne sais pas quand sera ta prochaine zone, ta prochaine recharge en eau, alors là, tu bois, tu bois au maximum.

Ski Ouais.

Loïc Quelque part, c'est peut-être pas plus mal que là aussi que tu es bifurqué sur l'itinéraire de la Transalpe parce que tu étais un peu plus haut que le GR. Donc, c'était peut-être aussi un peu plus judicieux côté température d'être en hauteur.

Olivier Ouais. Et pour autant, j'ai bien cramé. Et encore, ça devait être un peu plus frais plus frais que plus bonne altitude. Évidemment, ouais.

Loïc OK. Et... OK, OK. Attends, j'allais te poser une question par rapport à ce que tu as dit. Oui, ça fait deux fois que tu t'envoies quelques petits teasings. Tu disais que du fait de ton métier, tu es quand même assez calé en carteau. Et là, je ne sais pas, dans ta description du type de massif et de l'eau, etc., tu travailles dans quoi ? Tu as un rapport avec l'outdoor ou la course d'orientation, un truc comme ça ?

Olivier Ouais. Alors, moi, je suis accompagnateur en montagne.

Loïc Ah, voilà. Très bien.

Olivier J'emmène des groupes en montagne. Alors, c'est difficile de décrire rapidement mon métier parce qu'en fait, c'est hyper varié. C'est ça que j'adore. Alors, moi, je propose notamment des stages de trail, mais ça va jusqu'à l'éducation, l'éducation de l'information autour de la biodiversité, apporter de la sécurité pour des shootings, pour des marques. des tracking. Voilà, c'est extrêmement varié. Et donc, en tout cas, tout le temps dehors. Tout le temps dehors. Je peux partager ce qui m'anime, tout simplement.

Loïc Et tu l'as passé quand, l'AMM ?

Olivier Je l'ai passé... Alors, j'ai passé le probatoire de l'AMM en 2019, en mai 2019.

Loïc OK. Excellent. Excellent. Je suis en plein dans les révisions pour le QCM.

Olivier Oui, on en parle après, si tu veux. Volontiers.

Loïc Yes, yes, yes. Mais quand tu t'es mis à parler de, tu vois, du type de rush, etc., je me suis dit, ah, là, je suis dessus en ce moment, il y a de la chance qu'il soit à l'AMM.

Olivier En fait, tu vas peut-être me rejoindre là-dessus. J'ai toujours pratiqué, enfin toujours, si, quasiment toujours pratiqué l'outdoor. Et il a fallu que je me motive pour ce métier, pour apprendre vraiment à propos de la montagne, à propos de la biodiversité, etc. Et en fait, j'ai découvert avant de faire ce métier que je ne connaissais rien. Et je me suis senti, alors pas nul, mais je me suis dit, mais quel dommage, en fait, c'est que tu passes à côté de tellement d'attraits supplémentaires quand tu focalisais uniquement sur le sport, et ce qui est déjà énorme, mais connaître effectivement l'origine des apps, les interactions entre chaque espèce, etc. Là, en fait, quand tu sors en montagne, après, tu as un regard d'enfant. C'est juste que tu ouvres des tiroirs et tu es d'autant plus intéressé à aller dehors.

Loïc Je suis complètement d'accord. Mais des trucs tout bêtes, la météorologie, apprendre à lire les nuages, comme tu dis, un peu l'histoire des massifs, des trucs tout bêtes, mais les différences entre les parcs nationaux et les PNR, les parcs naturels régionaux. Moi, je ne connaissais pas la différence avant. Et effectivement, apprendre, ou le type de roche, tu vois, je passe beaucoup de temps dans les Alpes de Haute-Provence, bon, je découvre maintenant, en fait, je comprends certains phénomènes, tu vois, les rovines, par exemple, ou les ravines, ou les robines. Les noms changent un peu, mais bref. Et du coup, c'est super intéressant. Donc, oui, complètement d'accord avec toi.

Olivier En tout cas, moi, le message que j'ai envie de faire passer, c'est que pour tous les passionnés d'outdoor en général, ça ne vient pas forcément à tout le monde, naturellement, de s'intéresser à ce qui nous entoure à propos de la biodiversité. Et pour autant, mais j'invite à vous pencher là-dessus, parce que ça décuple l'intérêt qu'on a à aller là-haut.

Loïc C'est clair, c'est clair. Pour terminer la parenthèse sur l'AMM, s'il y a une, enfin, sur la formation en compagnon intermédiaire en moyenne montagne, et tout le contenu qui est associé, tu recommanderais quoi, toi, comme site, comme livre, pour quelqu'un qui voudrait, justement, en apprendre un peu plus ?

Olivier Alors, il y a un livre qui s'appelle La vie de la montagne. Ouais, yes. La Bible. La Bible, ouais, la Bible. Je ne sais pas si c'est exhaustif concernant la compréhension de l'environnement montagnard, mais en tout cas, c'est quasi exhaustif, quoi. Et ça se lit facilement, ça ne se lit pas comme un roman, c'est-à-dire t'ouvres une page et puis tu les tournes au fur et à mesure, sinon t'ouvres au hasard, et voilà, tu te plonges dedans, quoi. Alors, c'est un groupe AV, et le bon livre à laisser dans les WC pour se documenter, tu vois.

Loïc Ouais, yes. Excellent. Et c'est en là qui veulent un site internet, moi, je vous donne celui sur lequel je suis en ce moment, ça s'appelle ma-boîte à QCM, ma-boîte-a-qcm.fr. Et en fait, là, il y a, bon, c'est très spécifique à accompagnateur en moyenne montagne, mais il y a énormément de contenu sur le milieu montagnard, le milieu montagnard enneigé, la profession d'accompagnateur en moyenne montagne, et c'est juste passionnant. Donc voilà, excellent. Donc tu es AMM. OK. Si on en revient à cette première traversée des Alpes en trail, donc tu l'as dit, sac de 8 litres sur un itinéraire plutôt en altitude. Au final, tu as mis 21 jours, c'est ça ?

Olivier Ouais, j'ai mis 21 jours, exactement. Alors, c'était pas, moi, comme je t'ai dit, le but, c'était pas de le faire le plus rapidement possible, c'était pas une performance. Contrairement à ce qui est souvent véhiculé par l'image du trail, le côté perv, data, etc. Ouais, j'ai vraiment pris le début de l'itinéraire en me disant, voilà, j'ai envie de m'arrêter de faire l'assiette dans un Alpa, je le fais, j'ai envie de faire une petite baignade dans un lac, je le fais. Et au final, petit à petit, mon corps s'est adapté, j'avais plus de douleur, ni même au pied. Ah oui, non, parce que, attends, les deux premiers jours, je crois que le troisième matin, je me lève, j'ai cette inflammation-là qui me revient sur le pied, je me dis, wow, ça va être dur, quoi, la suite. Et tu vois, je continue à faire un peu de renforcement musculaire le soir au refuge, etc. Bon, après, après, je relativise, je sais que mon corps me permet de courir jusqu'à 100 bornes d'un coup, je relativise cette inflammation, quand même. Et là, le corps s'est adapté, etc. et c'est après où je me suis dit, enfin, je me suis dit, non, j'ai eu l'opportunité de le tourner un peu plus en mode de challenge la dernière semaine. Mais à la base, ce n'était pas du tout l'idée de le faire rapidement, pas du tout.

Loïc OK. Et ces 21 jours, je veux dire, uniquement de trail effectif ou tu as inclus aussi des jours de repos là-dedans ?

Olivier Alors, j'ai eu un jour où j'étais malade, je ne sais pas si on peut dire un jour de repos. Ouais, alors, arrivé, donc côté, juste après le massif du Mont Blanc, là, j'ai dû manger un truc qui n'est pas passé, tu vois, et j'ai dû m'arrêter pendant toute une journée. Donc, je me suis littéralement vidé, tu vois, donc là, on va te dire que les réserves en glycogène pour repartir étaient au plus bas. Et quand je suis reparti, mais celle-là où tu dis que le corps est absolument incroyable, c'est que j'étais, à la base, j'étais déshydraté, je veux dire, je ne vais rien manger, etc. Et je me dis, OK, ce n'est pas grave, on va faire ça sur la lipolyse. Fais confiance en ton corps effectivement, ça passe, quand tu es vraiment dans ce mode-là, ça passe.

Loïc Bien. Excellent. Est-ce que tu peux nous parler peut-être d'un moment en particulier qui t'a marqué, si tu as une anecdote croustillante, qu'elle soit, tu vois, d'une galère ou de quelque chose d'incroyable que tu as vécu ?

Olivier Ouais, alors il y en a quelques-unes, mais il y en a une qui me vient spontanément, c'est arriver dans le Mercantour, alors incroyable le Mercantour, incroyable aussi, incroyablement rempli de cailloux, que ce soit vraiment. Je pensais avoir en termes de pierriers, de densité de cailloux, etc., je pensais déjà être au maximum et là je suis arrivé dans le Mercantour, j'ai compris. Et il y avait, donc c'était que du hors-sentier, j'avais une étape de 35 bornes ce jour-là et en fait, les 10 premiers kilomètres, et je me suis employé, les 10 premiers kilomètres, je les ai faits en 4 heures et là je me suis dit, ah ouais, le 35 à fait aujourd'hui, c'est chaud là quand même. Et après ça, je crois que c'était le lendemain ou le surlendemain, il y avait une portion goudronnée, oh mais, tu vois moi j'adore courir en montagne, mais là je n'ai jamais été aussi content de courir sur du goudron quoi.

Loïc Ouais, j'imagine. Mais parce que tu étais sur des sections hors-sentier ou même pas ?

Olivier Ouais, en fait c'est ça, alors c'est pas que du hors-sentier la Transalpe, mais disons que les sections, les sentiers, sont des liaisons pour aller vers du hors-sentier, tu vois.

Ski D'accord.

Olivier Et d'ailleurs, c'est assez marrant, tu regardes la carte et tu vois une montagne en fait où il n'y a aucun sentier, qui a l'air abominable, ligne de crête, etc. Et puis tu vois le GR qui passe à côté, qui contourne la montagne et toi tu dis, bon bah,

Loïc ok, on va. Mais donc c'est quoi en fait ? C'est une trace que tu télécharges et que tu suis ou tu as ? Non,

Olivier à la base, j'ai du mal quand même à recommander de dire, ah bah télécharger une trace GPS et allez-y, non, il y a quand même des compétences à avoir pour ça, c'est vrai que les technologies nous offrent une certaine autonomie en montagne, par contre ça n'empêche pas de savoir lire un fond de carte, s'adapter, etc. Avoir la réflexion qui va avec. A la base, la Transalp, c'est un livre, un livre, un topo quoi, qui décrit un itinéraire et après à soi de tracer par facilité, par commodité, de tracer sur une carte, donc là, une carte numérique, donc ça fait une trace GPS. C'est beaucoup plus simple à suivre, tu veux, je n'ai pas couru avec le livre quoi.

Loïc D'accord, ouais, oui, non, bien sûr, attention, c'est bien, on voit tout de suite la posture d'accompagnateur au même montagne. Être capable de lire une carte, ne vous lancez pas dans un truc comme ça sans rien y connaître. Non, mais ouais,

Olivier parce que je n'ai pas envie de passer le message à vous prenez une trace GPS et vous la suivez, encore une fois, c'est super, moi-même, j'utilise beaucoup cette technologie, mais formez-vous quoi.

Loïc Ouais, c'est clair, je suis d'accord, apprenez à lire une carte, ça fait clairement la différence, mais si, pour celles et ceux qui voudraient, parce que je n'arrive pas à trouver là, je suis sur internet en même temps, il y a un site officiel ou quelque chose ou c'est vraiment, c'est quelqu'un un jour qui a fait ça ?

Olivier Non, mais c'est hyper confidentiel ce truc. En gros, il existe la haute route des Pyrénées qui est un peu plus connue.

Loïc Ouais, c'est ce que j'allais dire, j'ai l'impression que c'est la HRP des Alpes en fait.

Olivier Exactement, exactement. Et il y a un gars qui avait fait la HRP, dont j'ai oublié le nom, et qui s'est dit, vas-y, il faut faire la même chose pour les Alpes. Donc, il a créé un itinéraire pour les Alpes occidentales, pour le coup. Et non, c'est assez confidentiel, je pense que ce ne doit pas être évident de trouver des infos sur internet, mais le mieux, je pense, c'est d'acheter le livre.

Loïc Ouais, ok, je mettrai le lien. Ah, Jérémy Biget l'a fait, ok.

Olivier Ouais, et d'ailleurs, incroyable Jérémy, incroyable, parce que Jérémy, on est en contact un petit peu, notamment sur Instagram,

Loïc ok,

Olivier et notamment pour des projets, pour d'autres projets, et Jérémy me dit, ah ouais, j'aimerais trop faire la haute route des Alpes et tout, ok, bon, et moi, à ce moment-là, alors, on ne s'était pas tenu au courant de quand il partait, etc., et moi, l'été dernier, j'ai voulu, sur un weekend, revenir un peu à mon premier amour, c'est-à-dire le VTT, et je pars faire le tour des combins, donc en VTT, sur deux jours, et là, j'arrive côté, donc vers le refuge Bonatti, l'autre côté du Mont-Blanc, en Italie, et je suis à Contresens, sur le tour du Mont-Blanc, il y a plein de personnes et tout, puis là, qui je vois arriver, je vois arriver Jérémy, tu vois, il me dit, ouais, je suis sur la Transalpe, en fait, effectivement, la Transalpe, à un moment, pour contourner le Mont-Blanc, prend un petit morceau de tour du Mont-Blanc, et là, on se croise à ce moment-là, donc on reste une demi-heure, une heure sur le bord du chemin à discuter de nos aventures respectives, etc., mais c'est marrant, du coup, que tu me parles de Jérémy, le fait qu'il ait fait aussi la Transalpe, ouais.

Loïc Ouais, en fait, je viens de tomber sur un article de Experience Outdoor, où il, je crois que c'est un article, alors c'est lui qui l'a écrit, ouais, c'est ça, c'est lui qui l'a écrit, et en fait, Jérémy, alors moi, je ne le connais pas, mais j'ai vu son film, j'étais juré à un festival de films d'aventure à Millau, début d'année, il y avait son film Fils du Vent, où il parle de sa traversée, alors, plus que je dise de bêtises, là, du Kyrgyzstan, je ne sais plus quand il a fait ça, et il est guide de haute montagne, si je me souviens.

Olivier Il est à M.M. Il est dans le cursus. Il est à M.M.,

Loïc ah ouais, ok, j'avais guide en tête, ok, à M.M., et donc, voilà, c'est comme ça que du coup, j'ai son nom en tête, mais je ne savais pas qu'il avait fait la Transalpe.

Olivier J'imagine que tu pourrais largement l'inviter sur le podcast, d'ailleurs. Yes, il aurait des sens à dire.

Loïc Yes, yes. Ok, donc, Transalpe, je mettrai, au moment où, pour celles et ceux qui écoutent, là, il y aura les descriptions, enfin, il y aura les liens, pardon, dans la description de l'épisode, vers le livre de, alors, c'est Jérôme Bono qui a écrit le livre Transalpe, voilà, donc, je mettrai le lien vers ça, vers un ou deux articles, donc, s'il y en a qui sont intéressés, qui veulent aller se renseigner, eh bien, vous pourrez, tout est en description. qu'est-ce que, qu'est-ce que tu as appris, toi, du coup, sur cette première traversée des Alpes, en trail, c'est quoi, tu vois, les grands apprentissages que tu en retires ?

Olivier La troisième semaine, encore plus, c'est la troisième, alors là, j'explose tout ce que j'ai jamais fait, en termes de volume de sport, tu vois, et en fait, si on suit les préceptes d'entraînement, etc., clairement, j'avais tout qui me disait, là, tu es en surentraînement, tu es censé être éclaté, quoi, tu vois, et en fait, ça allait bien, et en fait, parce que j'ai mangé énormément, alors par contre, à la s'enmer, dans tous les refuges, ah, j'ai mangé, quoi, je pense que c'était un peu ça, la clé, ouais, les capacités du corps, ça m'a énormément surpris, et notamment, voilà, le corps s'adapte, les douleurs disparaissent, alors, je ne te cache pas que j'ai eu quand même pas mal de petites tendinites, etc., à droite, à gauche, mais voilà, il faut faire confiance, ça passe, alors, ça ne veut pas dire qu'il faut faire n'importe quoi dès que tu as mal continué, non, c'est assez subtil, c'est assez fin, en fait, à sentir, mais là, c'était sur un effort assez lent, et, et ouais, tu vois, quand je suis arrivé, donc, à Menton, ouais, j'avais, clairement, je n'ai pas spécialement pris de repos derrière, alors, peut-être que j'en aurais eu besoin, mais je ne le ressentais pas, tu vois, je ne pensais pas que ça serait, je ne vais pas dire que c'était facile pour le corps, parce que ça serait un peu amusé de dire ça, mais, encore une fois, quand on a un projet, qu'on y consacre du temps, de l'énergie, et qu'on est vraiment motivé, qu'on mange suffisamment, qu'on boit suffisamment, ben, le corps nous porte jusqu'au bout.

Loïc Tu dirais qu'il t'a fallu combien de temps pour t'adapter ? Ça a été l'histoire de quoi, 24 heures, 48 heures, une semaine ?

Olivier Non, alors, je m'étais quand même beaucoup entraîné, préparé avant, donc, c'est pour ça aussi que, alors, le corps, voilà, le corps peut s'adapter, à condition qu'on ait quand même une base, par rapport à ce qu'on projette de faire. La première, je vous dirais que ça m'a pris une semaine, à Tignes, je ne sais plus, c'était au bout d'une semaine, où j'étais à Tignes, à Tignes, il y a un ami qui m'a rejoint, Jean-Baptiste, et là, on a fait 2, 3 jours ensemble, et, effectivement, le premier jour, il m'a dit, mec, en fait, tu boites quoi, c'est vrai que j'étais percutant d'énite, tu vois, et moi, je me suis dit, non, mais ça va passer, ça va passer, le lendemain, on s'est obligé à ne plus courir, à faire une journée de rando, et après ça, c'est passé, alors par contre, tous les soirs, je me mettais les pieds dans l'eau froide, je continuais à faire du renforcement, je m'étirais, je faisais de la mobilité, etc., et par contre, au bout, le lendemain, justement, c'était en énite, etc., ça a commencé à aller mieux, et, ouais, je dirais, au bout de 10 jours, j'étais parfaitement adapté, ouais.

Loïc Incroyable.

Olivier Et c'est là où j'ai commencé à me motiver, à me dire, eh, il y a peut-être moyen d'allonger un petit peu plus la distance, par curiosité, en fait, voilà, et du coup, voilà, qu'est-ce que ça donne si on pousse un peu plus la machine ?

Loïc Mais du coup, tu avançais à la carte au, pendant tout ce temps, ou tu avais une trace sur une montre ?

Olivier Non, j'avais une trace, alors, en fait, c'est ça, j'avais la trace sur la montre, mais surtout, j'avais toutes les cartes dans le téléphone.

Loïc Ok. Voilà. Tu avais rien en forme de papier, pas de boussole, rien ? Non, non, rien du tout. Ok. Ok, ok. Ouais, après, en même temps, j'imagine que sur, en kilomètre, ça fait combien ?

Olivier Quoi ? En kilomètre par jour, en moyenne ? Non,

Loïc au total ?

Olivier Au total, 650.

Loïc Ah oui, voilà, 650. Donc, 650 dans le deux cartes, laisse tomber. Ouais, ouais, ouais, ouais, ouais, 25 millièmes, laisse tomber. Ouais, exactement. Ok. Et mentalement, est-ce que tu dirais que, enfin, est-ce que pour toi, ça va de pair, l'adaptation physique et mentale, ou est-ce que tu as eu des phases où physiquement, tu étais adapté, ou peut-être pas encore, et où le mental était à un stade différent ? Je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire, si ma question est très claire. Tout à fait.

Olivier Non, alors en fait, c'était que du plaisir, quoi. C'est vrai ? Ouais, ouais, non, mais ça peut sembler tirer par l'influcteur et cheveux, dit comme ça, mais j'ai eu des super conditions, j'étais dans un environnement que j'adore, je n'avais pas de contraintes, de challenge, etc., c'était vraiment que pour le kiff, quoi. Donc, non, le seul moment qui était un peu dur mentalement, mais pour te dire à quel point, à quel point, ce n'est pas grand-chose, c'est en remontant sur Tigne, j'ai eu le malheur de trouver un camion en pizza, tu vois, plein après-midi, gros soleil.

Loïc Je vois ce qui arrive, je crois.

Olivier Et la montée à Tigne, c'était un peu dur, tu vois, mais voilà, c'était vraiment plus dur, alors c'est te dire.

Loïc Ok, ok, ok. tu n'as pas eu de soucis, météo, gros orages sur des crêtes, tout ce genre de choses ?

Olivier Si, alors par contre, ouais, il y a quand même eu, j'ai eu une belle période pour réaliser, donc il y avait un grand anticyclone, par contre, justement, arrivé dans le Mercantour, j'ai eu une journée où l'orage était extrêmement menaçant, alors que, comment dire, tu es sûr des crêtes en hors sentier, etc., tu ne redescends pas facilement, quoi.

Loïc Ouais.

Olivier Tu vois, tu es sur un GR, tu es un peu en forme, etc., tu vois le mauvais temps arriver à une demi-heure, même un quart d'heure près, tu arrives à te mettre à l'abri, à vraiment redescendre, tu t'adaptes. Tu es sur un terrain technique en altitude, ce n'est pas la même. Là, j'ai eu de la chance à ce moment-là, c'est que je suivais une frontière, la frontière entre l'Italie et la France, et c'était parsemé de post-frontières de l'ancienne guerre mondiale, la dernière guerre mondiale. Et donc, voilà, j'avançais de point d'appui en point d'appui, comme ça. C'était effectivement un peu plus, voilà, le côté un petit peu stressant, mais quelque part, entre guillemets, encore une fois, parce que c'est les ailes de la montagne, et quand on est conscient, tu arrives à t'adapter, quoi.

Loïc Ouais. Voilà, génial. Et le ressenti à l'arrivée, quand ça y est, tu fais le dernier pas ?

Olivier Ah, mais c'est incroyable. En fait, je suis arrivé. Ah, mais alors là, je m'en souviens de toute ma vie, mais c'est obligé, quoi. Alors, le dernier refuge où j'ai passé la nuit, c'est le refuge des Merveilles, donc dans la vallée des Merveilles. Et donc là, le lendemain, il me restait une cinquantaine de bornes pour arriver à Monton. Et donc, je mets mon réveil assez tôt, puisque je voulais arriver avant 15h à Monton. Comme j'étais parti à 15h du Léman, je me suis dit, bah nickel, là, ça va plus le faire trois semaines si j'arrive avant 15h. Et en fait, j'ai vu la mer et j'ai attendu presque le dernier moment avant de voir la mer, quoi. Et c'était pendant le lever de soleil. Et là, t'arrives, ouais, j'ai passé une journée un peu comme ça dans le flot et quand t'arrives sur la plage de Monton, tu vois, je sortais d'une autre planète, là. Mais, ouais, j'ai un peu oublié ta question, mais en tout cas, voilà, mon ressenti de la dernière journée, c'était ça, non ?

Loïc Ouais, c'est ça. C'est ça. Excellent. Fabuleux. Bah, écoute, en tout cas, ça fait envie cette traversée estivale et en trail via la Transalpe. À quel moment, du coup, est-ce que la deuxième traversée, cette fois-ci, hivernale et en ski, ski de rando, j'imagine,

Olivier oui, oui, tout à fait.

Loïc À quel moment est-ce que le projet, le projet, t'es venu et même question, en fait, et combien de temps t'as mis avant de pouvoir le réaliser ? D'ailleurs, on n'en a pas parlé sur la première expérience, mais financièrement, je serais aussi curieux de savoir ce que ça représentait, tu vois, ces deux expériences.

Olivier Ouais, alors, on peut en parler direct, mais c'est moins que des vacances, peut-être, ouais, les vacances moyennes de quelqu'un qui va à l'hôtel, etc. Si tu veux, un refuge en demi-pension, c'est environ 60 euros, 60, 65 euros, selon où tu es dans les Alpes. Donc ça, c'est de la demi-pension. Il faut rajouter de la nourriture, bien sûr, pour le midi, parce que tu, si tu veux, sur la Transalpe, tu croises extrêmement peu de villages, donc tu ne peux pas forcément te ravitailler dans une boulangerie ou autre, donc ça veut dire que tu dois manger en refuge et beaucoup manger, crois-moi. Donc, oui, c'est un petit budget, mais quelque part, quand c'est vraiment un rêve et que tu mets un petit peu ce qu'il faut de côté, ça passe, ça reste accessible pour beaucoup de personnes. Moi, ce qui m'a plus coûté, il faut le dire, c'est que mon métier, la grosse saison, c'est entre autres, juillet et août.

Ski Donc,

Olivier j'ai pris trois semaines où je n'ai pas travaillé et ça, c'est plus ça qui personnellement m'a coûté que le coût en lui-même du projet.

Loïc Oui, oui.

Olivier OK. Oui, exactement pareil pour l'hiver d'ailleurs. Voilà. Et oui, tu me demandais quand est-ce que ça m'est venu l'idée de cette deuxième traversée, mais en fait, elle m'est venue avant la Transalpe. Totalement par hasard, je rencontre un gars qui me dit qu'il avait fait ça. Alors, lui, il l'avait fait il y a quelques années auparavant dans le sens nord-sud et en fait, j'ai bugué. Mais comment ça, tu as traversé les Alpes en ski, mais je crois que je n'ai plus dormi pendant deux, trois jours derrière. Tu vois, j'avais un petit ventre et c'est incroyable. Mais c'est incroyable. Moi, j'ai toujours été attiré par le ski, comme je te disais, tout en m'y mettant extrêmement tard et surtout, toujours attiré par l'itinérance, l'autonomie, la beauté d'un itinéraire, tu vois, où tu es toi avec ton petit cerveau et comme je dis, ton autonomie. Donc, forcément, j'ai été attiré par ça et une fois que j'ai fait cette première traversée des Alpes, ça me paraissait assez logique d'enchaîner sur la même en hiver. Donc là, sur cette deuxième traversée, on est parti du sud, on est remonté au nord.

Ski Ok.

Olivier Alors, à la base, j'aurais, ma première intention était de le faire dans le sens nord-sud, mais finalement, pour des considérations niveau logique, c'était plus intéressant de le faire tel quel et on a bien fait.

Loïc Ok. Et donc, le départ, c'était quoi ?

Olivier Le départ, c'était de menton.

Loïc Ah, vraiment ? Exactement.

Olivier Exactement. Ce n'était pas voulu, mais ça s'est fait de menton. Alors, autant te dire que quand tu es à menton, en plus, on était pendant la fête du Citron. Autre ambiance, on arrive avec nos pantalons de skis, nos skis sur la plage, tu vois. Autre ambiance, c'était assez cocasse.

Loïc Excellent. Et tu dis on, du coup, tu ne l'as pas fait en solo celui-ci ?

Olivier Ah non, là, je l'ai fait avec un ami, avec des amis d'ailleurs, ça a été carrément partagé. Alors, il y a deux choses, à la fois, plus ça va, plus j'ai envie de partager. Tu vois, j'ai fait beaucoup de voyages tout seul, j'ai fait la Transac, enfin, beaucoup de choses que je fais solo et plus ça va, plus ma motivation vient dans le partage avec les amis. Et là, qui plus est l'hiver en ski, etc., pour des considérations de sécu, c'est bien d'être deux, même au-delà de ça, pour le partage, c'est incroyable. Donc, je l'ai fait avec un ami, donc Lucas, qui lui est médecin, donc il ne pouvait se, il ne fait que des remplacements, donc il pouvait se libérer un peu comme il voulait. C'est quelqu'un qui, tu sais, c'est assez rare en fait, les personnes avec qui tu pouvais partager ce genre d'aventure.

Ski Oui.

Olivier Ce que je veux dire, il faut quelqu'un qui a la tête sur les épaules, en qui tu as une entière confiance, quelqu'un avec qui tu t'entends super bien, parce que tu pars quand même pour trois semaines, 24 heures sur 24 ensemble. Il y a beaucoup de prises de décisions, il y a potentiellement du stress, de la fatigue, etc., plus quelqu'un de dispo, et bien là, tout l'engrenage s'est mis en place pour que Lucas et moi, donc un ami de, ça fait des années qu'on se connaît, on a fait beaucoup d'alpinisme. Et donc, on est parti avec un autre ami au début qui nous a rejoint pendant quatre jours, pour les quatre premiers jours. Et après, pour traverser le massif du Mont Blanc, il y a deux autres potes qui nous ont rejoints, pareil, un petit peu dans le Chablet. Donc non, c'était plus sous le signe du partage et franchement, vu les conditions qu'on a rencontrées, tant mieux.

Loïc Justement, les conditions. Alors, j'ai cru comprendre que ça n'avait pas nécessairement été grand soleil et ciel bleu tous les jours. Ça correspond, c'était quoi ? Vous avez vécu quoi ?

Olivier C'était, comment dire, autant j'ai bien profité du paysage des Alpes l'été, autant le paysage des Alpes l'hiver, ça se résume au bout de mes spatules de ski, tu vois. Mais vraiment. Oh,

Loïc punaise, du début à la fin ?

Olivier Alors, sur 18 jours, donc on a fait 18 jours de traversée, on a eu 4 jours de beau et jours de mauvais, c'était franchement dégueu. Ouais. Donc, ça rajoute de l'aventure. Mais après, au-delà de se dire il n'y a pas de soleil, ce n'est pas forcément agréable, etc. Non, là, l'hiver, c'est une toute autre considération. Ça veut dire que si tu ne vois rien, il faut s'orienter dans le brouillard. Dans le brouillard hors sentier, bien évidemment, c'est l'hiver. C'est l'hiver, on ne suit pas les sentiers, donc tu es dans la neige, tu n'as pas de brouillard, tu n'as aucun point de repère, tu es dans un massif que tu ne connais pas. Ce n'était pas seulement du brouillard, ça veut dire qu'il y avait énormément de chutes de neige aussi, c'était clairement la tempête. On a traversé les Alpes pendant une dépression. Donc, il a fallu s'adapter et surtout gérer le risque avalanche et la navigation dans le brouillard. Et là, c'était sport, c'était l'aventure.

Loïc Vous étiez toujours en navigation électronique, entre guillemets, téléphone, montre ?

Olivier Alors, montre, un peu moins sur la montre parce que là, on était plus sur des azimuts avec la carte du téléphone. Une bonne application. D'ailleurs, chacun avait une application différente donc on a pu vraiment tester les différentes applications de cartographie. Et non, ça suffit. Après, on avait aussi une batterie externe, chacun un téléphone donc ça fait deux en cas de pépin. Donc, tout sur le téléphone.

Loïc Ok. Et pourquoi pas papier par curiosité parce que là, vous aviez moins d'enjeux côté poids, non ? J'imagine, en étant un ski.

Olivier Ouais, on pourrait croire qu'il y a moins d'enjeux côté poids mais même par praticité en fait, comment dire, au quotidien, donc dans l'avancée, le téléphone, c'est super pratique, tu le sors, t'as pas déballé de ta carte, etc. Par contre, c'est sûr que pour planifier, c'est galère.

Ski Ouais.

Olivier Ça, on a dû planifier, replanifier, etc. pour s'adapter aux conditions. Après, tu sais, j'entends souvent dire ouais, mais si t'as plus de batterie dans ton téléphone, etc. t'es un peu la montagne à l'ancienne mais en fait, s'il pleut, t'es comme un con quand il pleut et des cartes qui s'envolent, j'en ai vu quelques-unes.

Loïc Ouais, ouais, ouais.

Olivier Par contre, mes téléphones sans batterie, j'ai pas encore vu et quand bien même, on a quand même des plans B entre deux téléphones, une batterie de secours, la montre et puis notre bon sens aussi de retrouver la vallée, de revenir sur nos pas, etc.

Loïc Ouais.

Olivier Pourtant, c'était largement suffisant.

Loïc Parce que j'aime bien faire et bon, je fais pas en ski où j'imagine que tu couvres des distances quand même plus importantes mais depuis que je me suis lancé dans ce cursus AMM il y a un an, deux ans, deux ans, un an, je sais plus, j'aime bien partir avec les cartes papier mais pas les cartes, en fait, je vais sur Open Runner, c'est le petit planif que j'utilise et comme j'ai la version payante, j'ai les fonds de cartes IGN Topo 25 et donc en fait, je me fais des captures d'écran de tout le parcours que je rassemble dans un document Word que j'imprime et que je fous dans une pochette plastifiée. Mais bon, après, je fais ça quand je pars à la journée ou sur maximum 4-5 jours.

Olivier Ouais, puis après, tu me diras ce que t'en penses mais je pense que c'est aussi le plaisir de lire une carte.

Loïc Ouais, aussi, clairement.

Olivier Au-delà d'efficacité, etc., c'est, alors moi, comme je te dis, je suis fan du téléphone pour avoir le fond de carte et pour autant, le plaisir de lire une carte papier, c'est très bien. Ouais, c'est clair.

Loïc Ok, et du coup, est-ce que, la grande question avec des conditions pareilles, est-ce que vous vous êtes paumé ?

Olivier Non, on ne s'est pas perdu. À aucun moment, on ne s'est pas perdu. Bien joué. Par contre, ouais, j'avoue, on a pensé à abandonner. On a pensé à abandonner parce que clairement, là, le sort s'acharnait, quoi. si tu veux, avec Lucas, où j'étais content de le faire avec lui, c'est que on n'était pas là pour prendre des risques inconsidérés.

Ski Voilà.

Olivier Par contre, on n'était pas là à la base pour le faire dans le brouillard et dans la tempête non plus.

Ski Ouais.

Olivier ça, c'était un peu la surprise. Et au fur et à mesure, voilà, ça veut dire qu'on passait deux heures environ par soir à réétudier l'étape du lendemain pour trouver des points de passage safe. Et dans le brouillard, franchement, le brouillard, c'est une chose, ça rajoute un challenge, mais c'est surtout quand tu mélanges le brouillard et le risque avalanche. Tu vois, le vrai challenge. Parce qu'en gros, un risque avalanche qui est là, qui est prononcé, etc., on peut, selon, on peut le gérer en choisissant exactement sa trace. Alors, ça joue à 20 mètres près. Par contre, tu mets du brouillard là-dedans, alors là, les 20 mètres, il faut être sûr. Et donc, il a fallu gérer les deux. Et c'était vraiment ça l'expérience de ce raid à ski entre le... Ouais, à travers les Alpes occidentales.

Loïc Qu'est-ce qui fait que vous n'avez pas abandonné ?

Olivier En fait, en arrivant dans le Kera, alors là, on avait 60 centimètres de neige à travers les Mélès, on a trop bien skié. Par contre, clairement, on voyait les... Vous voyez là, les cartes, la suite, on était en risque 4 sur 5. On a quasiment tout fait en risque 4 sur 5 à niveau avalanche. Ah ouais. Encore une fois, j'insiste, sans prendre de risques inconsidérés. Il y a vraiment des... il y a des pentes, il y a des choses où tu peux te dire que c'est OK. Donc, on est resté vraiment sur nos préceptes un peu de sécurité. Et donc, à chaque fois, on trouvait des points de passage, mais des fois, on n'en trouvait pas ou ça venait pas spontanément. Et donc, là, on se disait, mais tu sais quoi, on va arrêter là, ça ne veut pas, ça ne veut pas. on va retourner dans le KIA, on va se prendre un forfait de ski, on va juste se faire plaisir. Et en fait, à chaque fois, on arrivait à trouver un point de passage, mais après 2 heures sur la carte, à faire des trucs, mais tiens, par les cheveux, des détours de malade. Et franchement, heureusement qu'on n'a pas abandonné parce que l'expérience était incroyable.

Loïc génial. Et d'un point de vue, d'un point de vue là aussi, pratico-pratique, très précis, côté logistique, ma question, pour manger, pour dormir, vous faisiez comment là ?

Olivier Alors, là, on a moins pris de refuge que sur ma première traversée. Disons qu'on était à la fois en gîte, des fois en hôtel, des fois en refuge gardé, des fois en refuge non gardé. On avait dans notre matériel de quoi faire, de dormir dans des refuges non gardés. Donc, on avait notre sac de couchage, réchaud également. Et donc, quand il fallait, on trouvait un village, on trouvait de quoi manger le soir, de quoi manger, tu vois, des pâtes instantanées, des trucs de bivouac, entre guillemets. Donc ça, et puis sinon, comme je te disais, dans des gîtes.

Loïc Ouais. Et vous aviez combien de nourriture sur vous ? Vous aviez une sorte de buffer en permanence, genre 2-3 jours de repas ?

Olivier Non, maximum une journée. Ah ouais,

Loïc maximum une journée. Ah ouais, carrément, ok.

Olivier Ah ouais, non mais, la légèreté, comment dire, la mobilité, c'est aussi la sécurité en montagne.

Loïc Ouais, ouais. Non mais ça veut dire que c'est faisable de se réapprovisionner en cours de route facilement, quoi.

Olivier exactement, mais c'est les Alpes,

Ski quoi.

Loïc Ouais, ouais, ouais.

Ski Ok, c'est l'avantage. Ouais. Super intéressant.

Loïc Et là, un peu même question que tout à l'heure, c'est quoi toi, le moment qui t'a le plus marqué dans cette expérience partagée, du coup ?

Olivier Alors là, le moment qui m'a le plus marqué et on en a discuté avec Lucas, je pense qu'il dirait certainement la même chose. Justement, c'est en quittant le Kira où là, on a un risque 4 sur 5 niveau avalanche. Ça pose des quantités de neige, mais incroyables. Et encore une fois, on est dans le brouillard. Et là, on a une grosse journée. Je crois qu'on avait plus de 2600 mètres de dénivelé à faire.

Ski Ah ouais.

Olivier À brasser la neige, etc. Et on est loin de tout. Ça ne capte pas. Alors, j'avais une radio de secours quand même. Et on a une pente à passer où on s'était dit celle-là, normalement, elle ne craint pas parce qu'on est sur des degrés de pente où ce n'est pas censé partir. On dit, en neige sèche, sous 28 degrés de pente, ça ne part pas. C'est scientifique. Et là, la pente en question, ce n'était pas 28 degrés, c'était 27. Puis là, on est dans le brouillard et ça veut dire qu'on ne peut pas prendre de la distance entre nous, ce qu'on appelle des distances de sécurité. Donc, on prend maximum 10 mètres pour qu'on soit toujours à vue. Et cette pente, elle est censée passer mais à 20 mètres près. Il ne faut pas aller trop à droite, trop à gauche. Et là, ça ne veut pas dire que même si on serait allé dans 5 degrés de plus au niveau de la pente, ça ne veut pas dire que ça serait parti. Mais clairement, c'est des endroits où tu n'as pas envie d'être. Tu n'as pas envie d'être dans ces conditions. Et là, à ce moment-là, on a un peu salé les fesses et en fait, arrivé au col, donc c'était un col, cette pente, moi j'étais devant et là, j'arrive au col, encore une fois, je ne vois rien, je ne vois que mes skis et je me dis mais attends, en fait, il y a une corniche, ça se trouve, je n'en sais rien moi. À tout moment, on pète une corniche, enfin, aucune idée quoi. Et donc, ça, c'était le moment le plus marquant. Alors finalement, il n'y avait pas de corniche, tout s'est bien passé. Derrière, il y avait tellement de neige à la descente qu'on a dû garder les pots de phoque et je crois, pour faire 700 mètres de dénivelé à la descente, on a dû mettre deux heures avant de rejoindre un refuge non gardé et là, c'était incroyable parce que si tu veux, c'était une journée, une très longue journée, assez stressante, dans le froid, etc. Et là, on arrive au fond de Servière et les fonds de Servière, ce n'est pas accessible l'hiver et c'est un petit village qui fait un peu village abandonné et je vois une maison, une maison avec de la lumière et je me dis, ben voilà, c'est le refuge, c'est le refuge non gardé mais il y a déjà des personnes qui sont, quoi. Donc nous, on se précipite là-bas et on se précipite, on y va. Là, il y a des gens qui sortent qui ne parlent pas français, donc on parle anglais, c'est des Hollandais et ils disent, non, ce n'est pas le refuge ici, c'est chez nous. Ok, donc vous pouvez nous indiquer le refuge s'il vous plaît et aussi, on a carrément la dalle, vous n'avez pas vite fait un truc à nous dépanner. En fait, on était censé dormir encore plus loin, pas forcément dans un refuge. Et bon, on avait de quoi manger, etc. En fait, mais tu vois, moi, j'ai toujours peur d'avoir faim, quoi. Et là, en fait, ils nous montrent le refuge, ils nous accompagnent et tout. Il se passe cinq minutes et là, ils reviennent, hé les gars, on vient te faire à manger, en fait, il y a largement trop, venez manger avec nous, quoi. Et après une telle journée, ils se partagent, c'était hospitalité, c'était vraiment un chouette moment. Excellent.

Loïc Pour en revenir à ce que tu racontais avec la potentielle corniche, enfin le fait que tu ne voyais rien, comment toi, ou pas, mais comment est-ce que tu prends des décisions dans des situations qui sont, qui peuvent être un peu sensibles, tu vois, type gros changement météo ou s'engager sur un terrain qui peut être un peu craignos. Et en tout cas, pour toi, quand tu es seul, pas quand tu encadres un groupe.

Olivier Ouais, alors je dirais que c'est la gestion de la frustration.

Ski Ok.

Olivier Accepter de ne pas faire ce qu'on a envie de faire parce que ce n'est pas en condition. Et c'est plus ça. Il y a toujours quelque chose qui sera en condition pour s'amuser en montagne. Il faut juste chercher ce que c'est. Par contre, avoir en tête « Ah, on va faire tel itinéraire, tel jour, etc. » C'est compliqué. Donc, non, être pragmatique, être ok avec ses valeurs dans le sens, le niveau de risque que tu acceptes. Donc, non, le renoncement, ouais, tout simplement. Le renoncement et au final, c'est la montagne qui, comme j'aime bien dire, c'est un échange entre la montagne et nous et puis, des fois, voilà, on s'apprivoise et puis, elle nous laisse passer ou différemment. C'est peut-être aussi une part d'humilité, peut-être.

Loïc Ouais. Ça t'est déjà arrivé peut-être de manquer un peu d'humilité ou en tout cas de prendre la décision de continuer alors qu'avec du recul, tu aurais dû arrêter ?

Olivier Prendre la décision de continuer alors que non. Non, par contre, ça m'est déjà arrivé d'être dans un endroit où clairement, je n'aurais pas dû être. Mais ça, je l'ai su qu'à posteriori. C'était il y a quelques années avec un ami, on grimpait la Dents Blanche en Suisse, donc un sommet de 4000 mètres. Donc, on voulait le faire par l'intégrale de l'arête de Ferpec. En fait, l'arête s'était effondrée quelques temps auparavant mais sauf que ce n'est jamais parcouru cet itinéraire donc on n'avait pas l'info. Et j'avais appelé au refus et il me disait ouais, ça passe. Quand il s'était mal compris, lui, il ne pensait pas forcément de l'intégrale et là, on s'est retrouvés sur une arête à 4000 mètres qui s'effondre donc on ne pouvait pas forcément redescendre ni en rappel ni en arrière. On ne pouvait pas forcément avancer non plus et en fait, voilà, là, c'était un peu chaud.

Loïc Et vous avez fait comment ?

Olivier Alors, en fait, on aurait pu continuer, on avait fini la partie rocheuse donc il restait toute l'arête de neige mais il faisait tellement chaud dans le sens où on n'a pas pu respecter l'horaire avec des telles conditions sur l'arête qu'on était en plein après-midi, ça chauffait, ça partait quasiment en avalanche un peu continue, c'est découlé. Donc, on s'est dit bon ben là, l'idée, c'est de passer la nuit pour que ça refroidisse et repartir au petit matin et là, au loin, on voit des nuages noirs, bien noirs qui arrivent, qui n'étaient pas forcément prévus donc on a eu l'idée d'appeler les secours suisses juste pour avoir des infos un peu sur les conditions météo et en fait, ils nous ont dit ah mais non, ne vous inquiétez pas, on est à côté, on vient vous chercher et au final, on s'est fait litreiller et heureusement qu'ils étaient là parce que c'était une journée un peu stressante de grimper sur une arête qui s'effondre continuellement, ouais.

Loïc Wow.

Olivier Mais oui, je ne sais pas pour répondre à ta question, après, est-ce qu'on aurait dû, une fois que tu es engagé dedans, ce n'est même pas la question de se dire comment on continue, est-ce qu'on continue ou pas, c'est comment on s'échappe, c'est plus ça, tu vois.

Loïc Ouais. Bon, et maintenant que tu as ces deux traversées des Alpes dans les jambes, c'est quoi la suite pour toi ?

Olivier Oh, il y a toujours des belles idées de traversées, le problème, tu sais, c'est comme les voyages, c'est-à-dire que les idées viennent de manière exponentielle. Au début, il va y avoir cette traversée puis il y aura celle-là et puis une fois que tu es sur le projet en cours, tu commences à avoir dix autres idées, en fait, les idées viennent plus vite et donc, encore une fois, ça dépend des conditions de la montagne mais là, ce printemps, j'aimerais bien, j'aimerais beaucoup faire une traversée du Mont-Blanc partant de Courmeilleur arrivant à Chamonix en passant par le Mont-Blanc, ça, ça me battrait beaucoup mais comme je disais, j'évite de mettre ça, j'évite de mettre trop ça en tête, ça va dépendre si les conditions sont là, la météo et après, il y a des grandes traversées dans d'autres massifs mais pour l'instant, je préfère garder les idées précises pour moi, sinon ça met une pression si je commence à faire un planique là,

Loïc je vois très bien,

Olivier juste pour les autres en gros, tu vois,

Loïc yes, yes, yes, ben écoute, on va garder ça en mode teasing pour le moment sans en dire plus, s'il y a des gens qui veulent te contacter, alors pourquoi pas pour que tu les accompagnes en montagne pour échanger sur la Transalpe, c'est quoi le mieux ? C'est Insta ?

Olivier Ton site ? Ouais, sur Instagram, je suis assez réactif sur Instagram, c'est Olivier tiré du bas Emotions Alpine, j'ai aussi un site internet donc Emotions Alpine.fr mais sur Instagram, ouais, je suis assez réactif.

Loïc Ok, Emotions au singulier ? Au singulier, ouais. Ok, Emotions Alpine. Ok, de toute façon, les liens seront en description. Fabuleux, ben écoute, merci Olivier, c'était passionnant. Est-ce qu'il y a un message que tu voudrais faire passer pour conclure cet échange ?

Olivier Ah ben, le message, je dirais, c'est que quelles que soient ses prédispositions, quelles que soient les excuses qu'on peut se trouver, je pense qu'on a tous à gagner à partir bouger dans la nature et ouais, c'est bateau dit comme ça mais c'est tellement sincère quoi.

Loïc En tout cas, c'est clairement moi ce que je retiens de notre échange donc merci beaucoup pour ton temps une fois de plus. Merci pour toi. Bonne continuation, bonnes aventures en montagne et puis je te dis très certainement à une prochaine pour le débrief de nouvelles aventures.

Olivier Ouais, avec plaisir et ben toi, je te dis bon courage pour passer ce diplôme d'accompagnateur en moyenne montagne.

Loïc Yes.

Olivier C'est peut-être que dans pas longtemps on sera collègue alors.

Loïc Yes, j'espère, je crois que j'ai le droit je touche du bois. Merci beaucoup Olivier. Allez, salut. A bientôt. Merci d'avoir écouté cet échange avec Olivier jusqu'au bout. J'espère bien que ça vous aura donné des envies d'évasion dans les Alpes ou dans d'autres massifs. Quoi qu'il en soit, si vous avez apprécié l'épisode, n'hésitez pas à le partager à fond autour de vous. Si vous souhaitez soutenir les frappés en général, eh bien, faites de même, parlez-en, parlez-en à un maximum de personnes pour qu'encore plus de gens osent se lancer. Vous pouvez également laisser une note ainsi qu'un commentaire sur votre plateforme d'écoute, celle que vous utilisez là tout de suite maintenant. Et enfin, encore une fois, je vous le disais en introduction, si certains parmi vous souhaitent soutenir financièrement Les Frappés. C'est à partir de 1€ par mois et c'est sur tipeee.com slash les-frappés. Merci beaucoup pour votre fidélité et je vous dis à la semaine prochaine pour un nouvel épisode. etonsons Sous-titrage ST' 501

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