Les Frappés Les Frappés
Saison 5 EP·211 Montagne #alpinisme #escalade #champion du monde

24 juin 2025

"L'escalade sur glace m'a permis de faire sauter mes propres croyances limitantes" - Ilona Serrar

Durée · 51 min · Transcription disponible

"L'escalade sur glace m'a permis de fair

Le récit

Amoureuse de montagne et déterminée à exercer le métier de guide dans ce milieu, Ilona a découvert lors de ses études en Savoie l'escalade sur glace. 

Lorsqu'elle se lance dans la discipline, elle y voit surtout un super complément à l'alpinisme. Mais en réalité, c'est une révélation. Elle accroche complètement et se lance dans la compétition, avec à ce jour de très belles performances en France et à l'international.

À tout juste 20 ans au moment de l'enregistrement de cet épisode, Ilona nous partage tout ce que l'escalade a pu lui apporter. Pour elle qui admet qu'elle s'est souvent posé la question de sa légitimité dans un sport où la majorité de ses concurrentes sont plus âgées, l'escalade sur glace ou encore le dry toolking lui ont permis de prendre confiance en elle, de faire sauter ses propres croyances limitantes !

Excellente écoute.

🔎 Ilona est ambassadrice de la marque outdoor française Cimalp.

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Transcription

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Invité 1 Sur 16 heures d'effort, on a forcément des coups de mou, mais l'autre prenait le relais et puis après ça s'inversait. Pour le coup, c'est vraiment une cordée qui marche bien, un copain avec qui j'ai l'habitude de sortir. Donc je pense que ça, ça m'a vraiment aidée dans le truc de... Bon ben voilà, je suis capable de faire ce genre de choses. Il suffit de se faire confiance au final.

Loïc Hello Hello, vous écoutez Les Frappés, le podcast de celles et ceux qui se dépassent. Je suis votre hôte Loïc, ancien sportif de haut niveau en judo, coach, préparateur mental et amoureux d'activités outdoor en tout genre. Ma conviction, c'est qu'on a tous une petite étincelle de folie et d'audace, une version un peu frappée de nous-mêmes au potentiel exceptionnel qui sommeille en nous. J'ai créé ce podcast pour vous faire découvrir des femmes et des hommes qui ont osé le réveiller. Mes invités sont des athlètes de tous niveaux, des aventuriers professionnels, des voyages aux eaux longs cours, des entrepreneuses ou encore des militaires, des forces spéciales. Leurs témoignages au micro du podcast sont de puissantes invitations à passer à l'action. Attention, une écoute régulière peut entraîner des changements positifs irrévocables dans vos vies. Bienvenue Ilona sur le podcast. Je suis absolument ravi de te recevoir au micro défrappé. Merci beaucoup à Victoria de chez Simalp d'avoir coordonné tout ça. Moi, j'adore travailler avec eux, avec Simalp en général, avec Victoria et Marie en particulier, parce que c'est systématiquement des profils bien frappés qu'elle m'envoie. J'ai hâte qu'on puisse échanger sur ton parcours à toi.

Invité 1 Eh bien, salut ! Merci, oui, comme tu dis déjà à Vic de nous avoir mis en contact. Et puis, merci à toi aussi pour l'invitation. Je suis super tendante d'être là.

Loïc On va se régaler ! Ce que je te propose Ilona, c'est de nous expliquer dans les grandes lignes ce que tu fais aujourd'hui, en quoi ça consiste et qu'est-ce que tu y trouves ?

Invité 1 Oui, avec plaisir. Alors, du coup, en parallèle, je fais quand même des études, mais en parallèle de ça, je fais de l'escalade sur glace en compétition. Donc, du coup, pour ceux qui ne connaissent pas, c'est un dérivé de l'escalade, comme on a pu voir, par exemple, au JO, mais avec du matériel d'alpinisme, donc des piolets dans les mains et des crampons aux pieds.

Loïc Excellent. Excellent. Et donc, si je ne me trompe pas, il y a plusieurs types d'escalade sur glace, c'est ça ? Tu as de l'escalade effectivement sur glace, glace, mais tu fais aussi, toi, une variante qui est le dry tooling, si je ne dis pas de bêtises.

Invité 1 Exactement.

Loïc Donc, tu as le même équipement, mais pas sur la glace.

Invité 1 Oui. En fait, à l'origine, donc, ce sport, il se pratiquait uniquement sur la glace. Et puis, en fait, au fil des années, le niveau a augmenté et la glace a plus suffi à départager. Les grimpeurs entre eux. Donc, du coup, maintenant, on grimpe aussi sur des prises en métal ou en bois ou alors en résine. Ça permet de faire des voies qui sont plus techniques, plus variées et aussi plus physiques que la glace. Du coup, souvent, nos voies, elles sont coupées en deux parties. Par exemple, on part sur la glace et puis après, on passe en dry tooling. On peut même refinir sur la glace. Enfin, ça dépend les murs. Mais voilà. Du coup, c'est un peu deux disciplines en une. Excellent.

Loïc Et donc, comment est-ce que vous vous départagez ? Est-ce que c'est uniquement le chrono final ? Est-ce qu'il y a des passages obligatoires, des sortes de un peu comme en patinage, des figures imposées ? Oui.

Invité 1 Alors en fait, dans ce sport, ce qu'il faut savoir déjà, c'est qu'il y a deux disciplines. Il y a la vitesse qui s'apparente à la même chose que la vitesse en escalade où tu as un mur de glace et il faut monter le plus vite possible en haut. Celui qui est le plus rapide gagne. Moi, je ne pratique pas du tout cette activité-là. Et ensuite, il y a la difficulté. Donc, tu as une voie, un temps imparti et tu dois monter le plus haut possible dans cette voie qui a été ouverte exprès pour la compétition. Donc, personne n'y a grimpé auparavant.

Loïc Ok. Sachant que quand tu dis personne n'y a grimpé auparavant, tout le monde le découvre le jour de la compétition ou vous avez quand même le droit d'aller repérer en avance ?

Invité 1 Alors, c'est une bonne question. Tout le monde, ça dépend les formats de compétition. Mais par exemple, en Coupe d'Europe, on reçoit une vidéo la veille des voies de qualification. Et donc, c'est un grimpeur. En général, c'est le grimpeur qui a ouvert la voie, qui réalise cette voie. Donc, comme ça, on repère tous les mouvements, toutes les prises en avance. Et du coup, le travail à faire la veille, c'est vraiment d'apprendre tout au millimètre près. Comment tu vas te placer ? Quand est-ce que tu vas clipper les dégaines ? Etc. Et puis ensuite, le lendemain, on part dans la voie. Soit on part dans les premiers et du coup, on n'a vu personne grimper dedans. Soit on part plutôt dans les derniers et du coup, on peut regarder tous les grimpeurs avant nous. C'est aussi chouette. Et par contre, après, quand tu passes en finale, là, tu es complètement ce qu'on appelle à vue. Donc du coup, tu as juste un moment où tu repères au pied de la voie les prises, les mouvements, etc. Et ensuite, tout le monde part s'isoler et tu vois personne grimper dedans. Donc, c'est un peu différent.

Loïc Ah, génial ! Et du coup, ces voies, toi, tu disais que tu as choisi l'option de la difficulté plutôt que de la vitesse. Est-ce que ces voies, elles sont conçues pour être terminées ? C'est l'idée ? Ou même si c'est extrêmement dur ? Ou est-ce que ça arrive que des fois, même le grimpeur qui ait créé la voie, il sait que potentiellement personne n'arrive à enlever ?

Invité 1 Oui. Alors, l'objectif des ouvreurs, c'est qu'il y ait en général au minimum un top. Donc un top, c'est quand un grimpeur réussit la voie, on dit qu'il a topé la voie. Donc du coup, l'objectif de l'ouvreur, c'est qu'il y ait un top et après que ça se départage progressivement. Donc qu'il y ait des grimpeurs qui tombent un peu à chaque niveau. Il faut éviter en général qu'il y ait un gros pas dur qui fasse tomber tout le monde. Parce que même pour les spectateurs, ce n'est pas intéressant. Pour les grimpeurs, c'est aussi hyper frustrant. Donc en général, les voies, elles sont assez progressives. Et les mouvements un peu aléatoires, ils sont plutôt vers le haut. Après, des fois, il y a des ratés. Personne ne réussit les voies ou tout le monde réussit. C'est aussi hyper frustrant d'être départagé. Parce que du coup, quand tout le monde réussit une voie, tu es départagé au chrono. Et ça, quand tu t'entraînes toute l'année pour être le plus fort et que au final… Bon, je n'ai pas ce problème. Mais qu'au final, tu finis… Enfin, que tu ne peux pas être départagé vraiment à ton juste niveau, c'est aussi frustrant.

Loïc Ok. Sur la difficulté, peut-être pour que ça parle… Alors, moi, je suis complètement un novice dans ta discipline. Dans l'escalade en général, j'ai eu quelques invités qui pratiquaient de l'escalade. J'avais eu le plaisir notamment de recevoir Liv, qui est double championne du monde d'escalade entre autres. Et si je ne dis pas de bêtises, qui était la deuxième femme au monde à avoir réussi une 8C+. J'espère que je ne dis pas de bêtises, je crois bien que c'est ça. En termes de difficulté, est-ce que… Enfin, ça se situe où, toi, les compétitions quand tu parles ? Les murs qui sont considérés comme étant difficiles versus les murs de vitesse. C'est quel niveau de difficulté que vous avez ?

Invité 1 Alors, en fait, on ne peut pas du tout parler en cotation d'escalade parce que ça n'a rien à voir, en fait. Ce ne sont pas les mêmes cotations. En dry tooling, il y a des cotations pour la falaise, pour l'extérieur. Par contre, pour la compétition, pour le moment, en fait, c'est quand même un sport qui est encore en train de s'institutionnaliser. Et du coup, il n'y a pas… Enfin, les ouvreurs font un peu au feeling pour le coup. Ils connaissent les athlètes et ils connaissent à peu près le niveau qu'il a besoin pour faire tomber les grimpeurs. Mais voilà, c'est encore en cours de développement. Donc, difficile à dire. OK.

Loïc OK. OK, OK. Bon, et en tout cas, visuellement, pour ceux qui n'y comprennent rien comme moi, j'imagine que ça t'arrive de te retrouver sur des murs complètement avec des passages en dévers ou ce genre de passage un peu technique hyper impressionnant ?

Invité 1 Ah oui, bah, c'est un peu le propre du sport et… Enfin, en tout cas, moi, c'est ce que j'aime bien. Mais je comprends que ça apparaisse impressionnant pour quelqu'un qui ne pratique pas du tout. Après, dès que tu mets un peu un pied dedans, ça démystifie quand même vite la chose. OK.

Loïc Et en parlant de mettre un pied dedans, comment t'es arrivée dans cet univers, toi ? Et qu'est-ce qui fait que t'as accroché ?

Invité 1 Alors, à la base, en fait, je ne connaissais pas du tout… Enfin, je ne savais pas du tout que c'était possible de faire de la compétition en escalade sur glace. Je viens des Pyrénées et je voulais me professionnaliser dans le milieu de la montagne. Donc, je suis venue dans les Alpes au lycée à Moutier, en Savoie, qui était un lycée sec sur montagne. Et en fait, à Champagny-le-Haut, donc à une heure au-dessus de Moutier, en parenthèse, il y avait une équipe jeune d'escalade sur glace. Et du coup, c'est par le biais de cette équipe que j'ai découvert ce sport. À la base, c'était vraiment… Enfin, l'idée de faire de la compétition, c'était vraiment pas mon truc ou… C'était pas quelque chose qui me faisait envie. Mais par contre, je me suis vite dit que c'était un super bon entraînement pour la montagne, pour l'alpinisme, qui, à la base, est quelque chose qui me plaît vraiment. Voilà. Et puis, au final, quelques années plus tard, je me suis rendu compte que ça pouvait être une activité à part entière. Et même si j'aime bien toujours ramener ça aussi à la montagne, ça me donne plus de sens. Enfin, ça donne plus de sens à ce que je fais, on va dire. Mais maintenant, il y a plein d'athlètes qui font de l'escalade sur glace en compétition et pas de montagne à côté. C'est vraiment deux choses quand même qui peuvent être indépendantes.

Loïc Et c'est quels aspects de la discipline que tu apprécies le plus ? C'est le fait d'imaginer la manière dont tu vas pouvoir passer sur un mur ? C'est les sensations que tu trouves quand ça devient vraiment difficile ? Ouais.

Invité 1 Bah, je pense que c'est difficile à dire. C'est sûrement un mélange de plein de choses. Ce que j'aime le plus, je pense, c'est vraiment me battre dans l'effort. C'est quand même des efforts qui sont assez courts et intenses par rapport à, par exemple, l'endurance. Et ouais, c'est vrai que j'aime bien vraiment sentir que... Bah, tu penses que tu vas tomber. En fait, non, tu peux faire un mouvement de plus, encore un mouvement. Bah, vraiment, bah, contre la gravité. Ça, j'aime bien. Et je pense aussi se sentir un peu... Bah, quand tout va bien et que tu te sens un peu volé dans les voies, tu te sens en forme, c'est trop satisfaisant.

Loïc Alors, j'ai plein de questions qui me viennent. Mais la première, en règle générale, c'est quoi le chrono que tu fais pour arriver en haut d'un mur ? On se rend un peu compte, tu vois, de la durée de l'effort.

Invité 1 Ouais. En fait, donc, c'est un temps qui est imposé par l'équipe des ouvreurs et qui dépend de la taille du mur et de la longueur de la voie. Donc, en fait, entre les Coupes d'Europe... Enfin, déjà, le championnat de France, les Coupes d'Europe et les Coupes du Monde, les murs, c'est pas du tout les mêmes. Donc, en fait, ça varie vraiment... Ça peut aller de... Ouais, 3 minutes 50 pour les garçons en général, c'est assez rapide, à 6, 7, 8 minutes pour des longs murs.

Loïc Ok. 8 minutes, ça commence à faire long, là.

Invité 1 Ça commence à faire long, ça dépasse rarement 8 minutes.

Loïc Ouais.

Invité 1 Mais c'est vrai qu'entre des efforts de qualif, parce que souvent, du coup, les qualifications, elles sont plus rapides, entre des efforts de qualif et des efforts de finale, c'est quand même pas vraiment les mêmes efforts.

Loïc Hum hum. Hum hum. Physiquement, t'es dans quel état... À quel niveau est-ce que c'est exigeant, du coup, quand t'arrives, tu vois, au bout des 4, 5, 6, 8 minutes ?

Invité 1 Hum... Bah... Difficile de répondre, parce que, bah, ça dépend des personnes. Il y en a qui vont être limitées, surtout chez les filles, je dirais, en force plutôt max, tu vois, force biceps, et du coup, qui vont tomber plutôt parce que les mouvements sont durs, isolés. Et il y a d'autres profils de grimpeurs qui vont plutôt être limités sur la durée, et du coup, qui vont tomber parce que, bah, c'est... En escalade, on dit, on tombe en résille, enfin, on monte en résille, et puis du coup, après tu lâches, t'as les mains qui s'ouvrent, t'as plus assez de force parce que, bah, t'as consommé toute ton énergie sur la durée, quoi. Moi, je pense, je suis plutôt dans ce deuxième type de cas où j'ai un assez bon physique de base pour passer des mouvements qui sont blocs, qui sont intenses, mais par contre, sur la durée, je peux vite m'effondrer. Et étonnamment, chez les filles, on a plutôt l'autre profil qui est, bah, celui très résistant sur la durée, et un peu moins physique. Hum...

Loïc Voilà. Du coup, tu surveilles ton poids ou pas ? C'est un sujet, ça, dans l'escalade sur glace, le dry tooling ?

Invité 1 Euh... Je pense, dans l'escalade et l'escalade sur glace, c'est encore un gros sujet, parce que, forcément, t'es toujours confronté à ton poids, en fait, ramené à ton poids. Tu peux pas, tu peux pas l'ignorer et faire comme si tu sentais pas que t'as 2 kilos en trop. Euh... Après, moi, j'essaye de pas trop jouer dessus. Euh... Enfin, je fais attention à ce que mon poids, il soit stabilisé. Euh... Je sais à peu près à combien est mon poids de forme. Euh... Mais par contre, j'évite vraiment de jouer dessus. Euh... Je sais qu'il y a des athlètes qui font des sèches avant les compètes, euh... Etc. Euh... Moi, je pense, ça impacte... Enfin, ça impacte rapidement mon moral, et du coup, après, au final, je peux vite faire des contre-performances, parce que je suis pas bien dans ma tête. Voilà. Pour l'instant, peut-être que... Au final, là, je suis encore hyper jeune et assez nouvelle dans la discipline. Peut-être que ça sera un facteur sur lequel je jouerai plus tard. Mais là, je pense que j'ai déjà plein de choses sur lesquelles travailler qui sont beaucoup plus importants pour... Bien sûr, je fais attention à bien manger, mais perdre du poids, c'est pas trop un sujet.

Loïc Hum... Ok. Euh... Tu viens de dire, du coup, t'es encore jeune et récente dans la discipline. C'est... Donc, t'as 21 ans. C'est quoi le... 20 ans même. 20 ans ? Ah ! Tu vois, avec Victoria, on t'avait donné un an de plus. 21. Ok. Donc, 20 ans. Hum... C'est quoi la moyenne d'âge ? Enfin, est-ce que t'es effectivement... Tu vois, relativement aux autres, est-ce que t'es effectivement jeune aussi ?

Invité 1 Ouais.

Loïc Euh... Ou pas forcément ?

Invité 1 Eh ben, là, en fait, c'était ma première année en senior. Donc, c'est ça qui est assez fou. C'était à la fois ma première année à l'international, enfin, sur les Coupes d'Europe, et aussi ma première année en senior. Donc, c'était vraiment plongeon dans l'inconnu. Euh... Donc, ouais, c'est un sport... Enfin, je dirais que c'est quand même un sport à expérience, dans le sens où... Bah, par exemple, là, en escalade, on voit émerger quand même... Enfin, pour comparer avec l'escalade sportive, on voit émerger des grimpeurs très forts, très vite, enfin, très jeunes, bah, comme Mesh D ou Orion Burton, par exemple. Et c'est vrai que pour l'instant, en dry, il y a moins ça. Et les athlètes qui percent, en tout cas chez les femmes, je dirais que c'est... Elles ont plus vers... Ouais, 20, 25, même 30. Et il y a même des athlètes encore plus âgés. Donc... Donc... Bah, oui, je pense que c'est sûr que l'expérience, elle joue quand même un gros rôle dans ce... dans cette activité-là.

Loïc Et toi, c'est quoi ton... ton ressenti, ton... ton expérience de la compétition et de la discipline pour le moment, euh, en étant... Bah, est-ce que t'es la plus jeune, une des plus jeunes du circuit ?

Invité 1 Euh... Bah, en senior, du coup, là, je fais partie des premières années... Enfin, oui, quand t'as 20, 21 ans, tu fais partie des plus jeunes seniors, mais on est quand même plusieurs à être nés entre... Ouais, 2004 et... et 2000, on va dire.

Loïc Oh là là, 2000 et 2004, en finesse ! Je prends un coup de vieux, là !

Invité 1 Mais, euh... Bah, mon ressenti par rapport à ça, euh... C'est sûr qu'il a pas mal évolué cette année. Je savais pas du tout à quoi m'attendre avant de partir en compétition. Euh... Et j'étais hyper excitée à l'idée de grimper avec des filles super fortes, super expérimentées. En fait, en France, on a quand même pas beaucoup de repères, il y a pas beaucoup de... de femmes, hein, en sachant qu'en plus, cette année, Marion, qui est la numéro une française, elle était enceinte. Donc, en fait, euh... J'étais un peu, euh... Enfin, au milieu des gars, et c'était hyper cool pour s'entraîner. Par contre, pour avoir des repères, c'était plus compliqué. Et euh... Et euh... Et au final, bah, j'ai été hyper surprise de voir que, bah, c'était... Enfin, les... Alors, pas les meilleures, mais que c'était accrochable, c'était faisable. Et euh... Et du coup, je finis un peu la saison, euh... Bah, hyper motivée pour la suite, euh... Et en ayant pris pas mal d'expérience cette année.

Loïc C'est quoi, pour le moment, ton palmarès, si on rentre un peu dans le détail ?

Invité 1 Alors, euh... Eh ben, justement, je suis arrivée sur les premières compétitions. Comme je te disais, je savais pas à quoi m'attendre. C'était difficile de fixer des objectifs en début d'année avec mon entraîneur. Euh... Ce que je savais que j'avais envie de faire, c'était podium au championnat de France. Euh... Au final, ça, c'était en novembre. Donc, je fais vice-championne de France. Euh... C'était hyper cool, mais mentalement, c'était quand même... Je suis une cracotte mentale. Je peux très vite m'effondrer. Et les championnats de France, c'était... J'étais mitigée. J'étais contente du résultat, mais pas très contente de ma grimpe. Euh... Et ensuite, bah, je suis partie dans la foulée en Coupe d'Europe avec toute l'équipe. Et donc là, première Coupe d'Europe, énorme surprise, je passe en finale. Donc, il faut être dans les huit premiers pour passer en finale. Euh... Je fais huitième. Donc, euh... C'était... C'était fou pour une première Coupe d'Europe. Et au final, euh... En finale, je crois qu'après, je fais sixième. Quelque chose comme ça. Donc, euh... Pas si pire. Enfin, assez étonnée. Euh... Et en fait, toutes les Coupes d'Europe se sont un peu déroulées comme ça. Où... À chaque fois, bah, je termine en finale. J'ai fait les finales de toutes les Coupes d'Europe. Et j'avais toujours l'impression, euh... Un peu syndrome de l'imposteur d'être là au milieu de... De filles qui étaient tellement fortes. Et euh... Et bon, bah... En fait, c'était trop bien. J'ai essayé de profiter juste euh... De prendre ce qu'il y avait à prendre. En étant un peu... Enfin, tu vois, sans trop réaliser euh... Ouais. Qu'il y a eu ce qui s'est passé. Et euh... Et euh... Et la cerise sur le gâteau, ça a été la dernière. Parce qu'il y a eu, donc, je crois, cinq étapes de Coupe d'Europe. Donc, où je rentre en finale à chaque fois. Je fais entre six et huit, il me semble. Et... Et... Et cerise sur le gâteau, dernière Coupe d'Europe. Alors, c'était la plus dure à gérer mentalement. Parce qu'au final, bah... Les premières, j'avais aucune attente. Et au fur et à mesure, forcément, tu rentres en finale à chaque fois. Bah, à la fin, euh... T'as envie de faire des... T'as envie de rester en finale. Je savais aussi qu'il y avait le classement général, euh... Enfin, le podium du classement général qui se jouait. Donc, euh... Du coup, beaucoup plus de pression. Un peu des attentes. Enfin, que je m'avouais pas vraiment. Mais elles étaient là. Et euh... Et donc, je fais des qualifs... Horribles. Enfin, je me sentais trop mal dans ma grimpe. Il y avait des demi-finales. Je rentre dernière qualifiée de... En demi. Je fais les demi. Ça se passe trop mal. Je passe dernière qualifiée en finale. Et donc là, euh... En finale, enfin... Mais... Mes coéquipiers, euh... Ils me disaient, mais là, enfin, faut tout donner. Maintenant, t'as plus rien à perdre et tout. Et en fait, j'étais dans... Du coup, je suis partie en finale. J'étais dans un super bon état d'esprit. En me disant, bah là, enfin... C'est trop bien ce qui s'est passé. J'ai eu de la chance. J'ai une bonne étoile. Continuons dans cette lancée. De toute façon, j'étais huitième qualifiée. Donc, je pouvais pas faire moins bien. Au pire, j'étais huitième. Et puis au mieux, bah... Ça marchait, quoi. Et au final, bah... Je fais deuxième de cette étape. Et c'était une énorme surprise. Dans ma tête, je me sentais tellement pas capable de monter sur un podium de Coupe d'Europe que c'était une trop bonne leçon de voir qu'en fait, tout est possible et ça sert à rien de partir avec... En se mettant des barrières, quoi.

Loïc C'est clair. Superbe l'apprentissage, là.

Invité 1 Ah bah là, j'ai l'impression d'avoir plus évolué en une année qu'en dix ans de vie.

Loïc Et c'était où cette Coupe d'Europe où t'as fini deuxième ?

Invité 1 C'était en Angleterre. En Angleterre, ok. Ouais, c'était pas très loin.

Loïc Ok, ok. Très fabuleux. Et du coup, tu disais un peu plus tôt que toute la discipline est en train de se structurer et que finalement, c'est encore assez récent. Mais est-ce qu'il y a déjà des gros rendez-vous internationaux que t'as en ligne de mire comme, je sais pas, dans l'univers du trail que je connais un peu plus, l'UTMB, tu vois, qui est devenu vraiment de manière non officielle un peu la finale des championnats du monde d'Ultra Trail. Est-ce que t'as des grandes dates comme ça que tu vises pour d'ici un an, deux ans, trois ans ?

Invité 1 Bah déjà, à plus court terme, l'objectif, ça va quand même être de participer aux Coupes du Monde. Cette année, j'ai fait que la France et la Suisse. Et là, pour le coup, mentalement, je me suis effondrée. Il y avait trop de... Enfin, j'avais trop de pression. Tout était trop... Bah en plus, en France, t'es à la maison, il y a tout le monde. C'est difficile. Enfin, pour moi, c'est plus difficile que quand t'es à l'autre bout de l'Europe et que tu connais pas grand monde. Du coup, bah ça va être vraiment de participer, de faire mon expérience vraiment en Coupe du Monde, sur les murs de Coupe du Monde. Donc, bah l'année prochaine, il devrait y avoir la France et la Suisse encore. Il y a aussi la Corée, les Etats-Unis et le Canada. Voilà. Je sais pas si je vais faire tout... Enfin, si je vais prendre le départ de toutes les Coupes du Monde. Mais en tout cas, je vais en faire plus que cette année.

Loïc Ça fait plusieurs fois que tu parles, t'évoques l'aspect mental. Ouais. Encore une fois, avec mon œil de novice, de tout ce que tu me racontes pour le moment, moi, l'image que j'ai en tête, tu vois, surtout quand tu parles de la... Ah, je t'ai perdu. ... des murs que vous découvrez au dernier moment et pour lesquels vous pouvez pas regarder ce que font les autres concurrents. Enfin, j'imagine que là, l'aspect visualisation est méga important. Ça me fait un peu penser, tu vois, à des pilotes de Formule 1 ou des pilotes d'avions de chasse qui, les yeux fermés, se refont leurs manœuvres, etc. Tu dirais que ça... Avant qu'on rentre en détail sur toi, comment... Où est-ce que tu te vois sur cet aspect force mentale, tu dirais qu'elle a quelle part la visualisation dans ta discipline ?

Invité 1 Elle a vraiment un impact énorme. En fait, il y a non seulement la visualisation, donc te voir, faire les mouvements, comprendre les mouvements, les intégrer, mais il y a aussi tout l'aspect mémorisation. Comme je te disais, quand on reçoit les vidéos la veille, on a entre une et trois, quatre voix de qualifs. En général, c'est deux, mais on peut en avoir quatre sur les Coupes d'Europe. Deux voix à mémoriser. Donc, c'est des vidéos qui font environ 5-6 minutes. Ça fait beaucoup d'informations à traiter. C'est sûr que quelqu'un qui arrive rapidement à enregistrer les mouvements et puis qui peut après les reproduire sur le mur... En fait, il y a des grimpeurs qui arrivent à... Ils apprennent la vidéo, ils se voient la faire, et une fois qu'ils sont vraiment dans la voie, ils ont l'impression d'avoir déjà grimpé les mouvements. Ça, c'est un peu le Graal, quoi. Autant dire que j'y suis pas du tout. Mais c'est l'objectif. Ok. Non, c'est hyper important, ouais. Et en fait, même plus largement, l'aspect mental dans ce sport, je trouve... Tu vois quand même l'hiver se motiver pour aller s'entraîner dans le froid par moins de 10, tu prends l'onglet, ça fait peur. Enfin, c'est pas hyper naturel de tomber, de grimper avec des piolets, tu vois, des objets quand même tranchants. Tout ça, je trouve, pour faire aussi à côté de l'escalade en salle, parce qu'on s'entraîne beaucoup en escalade, en fait, c'est un engagement qui est vraiment différent. Et... Enfin, gérer cet aspect-là aussi, la peur, c'est vraiment quelque chose... Il faut réussir à passer au-dessus si tu veux progresser dans cette discipline.

Loïc Et comment tu arrives à le faire, ça, toi ?

Invité 1 En fait, déjà, je pense que c'est un peu des tempéraments. Il y en a, ils vont juste pas comprendre qu'on se fasse du mal. Non, je dis ça, mais... En fait, j'en sais rien. Moi, j'ai l'impression que c'est un effort sans vraiment l'être. Alors que je prends du plaisir aussi dans cet effort-là. Aussi, peut-être le fait de faire de la montagne à côté. Bah, de toute façon, en alpinisme, t'es forcément confronté à des conditions... Enfin, t'es rarement dans des conditions de confort, tu vois. T'as froid. C'est quand même rare que tout aille super bien, sauf quand t'es en train de grimper au soleil sur du bon rocher. Mais sinon, bah, t'as souvent froid, t'as aussi peur, t'as des doutes. Au final, là, après, quand nous, on est sur nos structures d'entraînement, ça reste plus facile... Enfin, je trouve que quand t'es au milieu de ta voie en montagne, un peu au milieu de nulle part. Après, si tu viens de l'escalade sportive et que tu t'entraînes en salle, je comprends complètement que ça soit hyper déroutant de venir t'entraîner dehors. Enfin, voilà.

Loïc Oui. Et qu'est-ce qui te fait dire, toi, que t'es, pour reprendre ton terme, une cracotte ? C'est par rapport à quoi ? Des feedbacks que t'as eu ? Est-ce que t'as l'impression que les autres athlètes... Enfin, qu'est-ce qui te fait dire ça, par curiosité ?

Invité 1 Alors, déjà, ça va te paraître assez étonnant, mais je pense pas être hyper compétitive à la base comme personne. Et du coup... Je pense qu'il y a des personnes qui sont vraiment animées par la compétition et en fait, moi, non. Moi, là, ce qui me plaît dans ce sport, déjà, c'est l'activité en elle-même vraiment au plus profond de moi. Et je sais que c'est un levier... La compétition, c'est un levier pour que je devienne meilleure, pour me tirer vers le haut. Mais c'est pas du tout instinctif et naturel. Donc, du coup, on fait un gros travail sur ça en ce moment. Et en ce moment, j'ai commencé la prep mentale en fin de saison, là, parce que le bien de mon prep physique de mon entraîneur à la fin de l'année, avec lui, on a fait le bilan et c'était bon, prends une prep mentale. Tout va bien physiquement. Tu progresses et tout. Mais en fait, j'ai du mal à grimper à mon niveau en compétition. Donc, en fait, je grimpe toujours moins bien en compétition qu'à l'entraînement. Et ça, c'est hyper frustrant. Et en même temps, je sais que c'est un levier vraiment qu'il faut que j'actionne pour progresser à tout prix. Voilà. Aussi, le stress, en tout cas, là, en escalade en dry tooling, dès que t'es stressé, tu serres beaucoup plus les piolets, t'es beaucoup plus tendu dans les mouvements, beaucoup moins relâché. Donc, en fait, ça a un vrai impact sur ta performance parce que tu te fatigues beaucoup plus vite et tu tombes.

Loïc Et oui. Et ouais. Parce qu'en termes d'effort, du coup, pour qu'on se rende compte, tu dirais que c'est quoi ? C'est un effort qui est extrêmement… Enfin, tu en as un petit peu parlé tout à l'heure, mais c'est plutôt des mouvements qui demandent de l'explosivité plutôt que d'être… Enfin, je veux dire, est-ce que tu dois parfois rester sur des prises pendant une, deux minutes, ta muse complètement tétanisée ou c'est finalement des sauts de chat d'une prise à une autre qui te demandent d'avoir un peu de puissance, mais surtout de l'explosivité ?

Invité 1 Bon, tu restes rarement une minute sur une prise ou alors c'est mauvais signe parce que tu n'arrives pas à faire le mouvement suivant. Et ça arrive, il y en a qui n'arrivent pas à faire le mouvement suivant, qui pendant une minute vont bloquer, bloquer, pas trouver la solution et puis au final finir par faire le mouvement. Mais bon, c'est quand même des situations assez rares. En général, tu montes quand même relativement vite dans la voie. Et par contre, il y a des mouvements ou des prises qui demandent de s'y attarder un peu plus parce que c'est plus technique, plus fuyant, c'est des pressions qu'il faut que tu exerces dans certains sens, du coup ça prend du temps. Et après, avec l'expérience, encore une fois, tu arrives à réduire ou à accélérer dans les voies. Moi, c'est quelque chose que je travaille encore là, d'avoir un bon rythme dans les voies et de ne pas être trop lent. Du coup, ça dépend vraiment, c'est variable en fonction de ton niveau, en fonction des voies, des profils, etc.

Loïc T'expliquais un peu plus tôt que ce qui t'a amené dans la discipline, c'est ce souhait de te professionnaliser dans l'univers de la montagne. Est-ce que c'est toujours quelque chose que tu as en tête ? Et avant ça, d'ailleurs, par curiosité, c'était quoi que tu visais ? Guide des hautes montagnes, autre chose ?

Invité 1 Depuis que je suis toute petite, je voulais être guide. Ok. Et voilà, dans les Pyrénées, c'est vrai qu'il y a moins de structures. Enfin, il n'y a pas de structures, en fait. Il y a des sections montagnes, mais qui ne sont pas aussi poussées, structurées que ce qu'il peut y avoir dans les Alpes. Là, à Moutier, tu vois, pour t'expliquer un peu, c'était un bac en quatre ans au lieu de trois. Et du coup, on avait des horaires aménagés où on passait beaucoup de temps en montagne tout l'hiver. Et puis après, on était en cours pas beaucoup, mais le reste du temps. Et là, en ce moment, du coup, je suis à la fac à Chambéry et c'est un peu pareil. Je suis en STAPS, mais en études aménagées aussi. Donc, c'est super. Ça me laisse beaucoup de temps à la fois pour m'entraîner pour le dry tooling et aussi pour avancer ce projet guide, passer beaucoup de temps en montagne et progresser dans les deux aspects. Et c'est aussi ce qui me permet d'avoir un équilibre. Pour le coup, je serais incapable de faire que de l'escalade sur glace. Et là, le fait d'avoir la montagne à côté. Alors, en pleine saison, c'est sûr, quand il y a les compétitions, c'est difficile de faire les deux. Mais par contre, tu vois, la saison, elle se termine et de pouvoir aller dehors, faire un peu... Il y a plein de voix qui me font rêver, etc. C'est sûr que c'est hyper motivant aussi. Ça fait un peu soupape de décompression.

Loïc C'est génial, en tout cas, que guide, ce soit toujours l'objectif affiché pour toi.

Invité 1 Ça va prendre du temps. Je ne pense pas du tout y aller bientôt. Enfin, j'ai envie d'avoir une bonne expérience, un bon vécu en montagne avant d'y aller. Mais c'est sûr que c'est un peu le truc qui a drivé ma vie jusqu'à maintenant.

Loïc Tu as déjà réalisé des voix, du coup ? Il y a une liste... Il y a combien ? Il y a 30 courses à faire, c'est ça ?

Invité 1 Là, maintenant, ils l'ont changé depuis deux ans et il y en a 55.

Loïc Ah ouais, ok.

Invité 1 Après, je pense qu'il faut aussi démystifier la chose. Si tu fais de la montagne depuis un petit moment, la liste se fait quand même assez vite. Et souvent, on a l'impression que c'est quelque chose d'énorme parce qu'il y a beaucoup de gens qui prennent un an ou deux ans pour faire toute leur liste. Et du coup, c'est sûr que là, c'est un peu la mission. Moi, j'ai la chance d'avoir mis le pied dedans depuis que je suis toute petite, d'avoir rencontré aussi les bonnes personnes. Et du coup, au final, la liste s'est faite un peu au fur et à mesure, sans même y faire trop attention. Voilà. Et donc là, il me reste, je ne sais pas, je crois 3-4000 parce qu'il y a des... Maintenant, il faut faire des sommets de 4000 mètres imposés. Et c'est vrai qu'en venant des Pyrénées, c'est un peu compliqué. Mais non, la liste, du coup, globalement, elle est quand même bien avancée. C'est plus tout ce qu'il y a autour, aussi se sentir prêt dans la tête.

Loïc Excellent. Ah là là. Excellent. Sachant que tu grimpes aussi pas mal... Enfin, en tout cas, pas mal, je ne sais pas, mais je suis allé faire un tour sur ton blog qui est en description, d'ailleurs, de l'épisode. Donc, allez voir si vous voulez lire et surtout voir des photos de ce que Ilona grimpe. L'article que j'ai lu, c'est le dernier, c'est celui où tu es parti en Grèce, dans un coin que je ne connaissais pas, les météores. Ah oui, exactement. Et les murs, il y a une photo en particulier. Alors, je crois que c'est ton... Je ne sais pas si c'est un pote ou ton compagnon, Ah oui, c'est mon copain, oui. Ton copain qui grimpe avec toi et tu prends la photo d'au-dessus. Et quand je vois cette photo, je me dis, mais c'est mort, pas possible, jamais de la vie. Je pourrais faire un truc comme ça. Pour ceux qui n'auront pas le temps d'aller voir ou qui sont en déplacement, en gros, c'est un mur complètement vertical. Absolument, complètement vertical. Alors, je ne sais pas combien il fait de hauteur.

Invité 1 Tu l'es en tête ? Celui qu'on a grimpé 200 mètres. C'est assez court pour une grande voie. Ah oui.

Loïc Ça, typiquement, c'est quoi ? C'est le genre de parois que tu aimes bien ou c'est finalement pas assez technique parce que tout vertical et basta ?

Invité 1 Eh bien, là, c'était les vacances. Donc, je venais de finir ma saison de dry, enfin, ma saison de compét. Et le but de partir en Grèce, c'était vraiment de partir sans objectif, juste voyager, enfin, mettre un peu le nez dehors et voyager sans se prendre la tête. Donc, les météores, c'était incroyable pour ça. C'est qu'on a grimpé, mais tu vois, sans se faire peur, sans... Je comprends que pour des gens qui ne pratiquent pas l'escalade, ça paraît fou. Mais après, encore une fois, dès que tu mets un peu le pied dedans, pour une grande voie de 200 mètres, c'est pas énorme. Enfin, c'est... Voilà, rien d'extraordinaire. Et voilà. Après, des fois, c'est sûr que quand je pars en montagne, c'est pas la même, c'est pas les vacances comme ça. Et c'est un peu plus éprouvant physiquement et éprouvant mentalement. Là, pour le coup, la Grèce, c'était juste vraiment trop chouette. On a rencontré des personnes incroyables, vécu des trucs vraiment cool et on a été bien dépaysés. Donc, c'était plus l'objectif du voyage, pour le coup.

Loïc Ok. J'ai une question par rapport à un autre de tes tripes en Écosse, celui-ci, sur le Glen Nevis.

Invité 1 Là, c'est pas la même ambiance, par exemple.

Loïc Ouais, ben exactement. Alors, moi, j'ai jamais eu la chance d'aller en Écosse. Par contre, j'ai échangé avec pas mal de gens. Il y a un challenge, alors je sais plus comment il s'appelle, où il y a trois... trois pics à rejoindre en moins de 24 heures. C'est un invité qui s'appelle Nahuel Passerat qui l'a fait. Ok. Alors, je sais plus comment il s'appelle, mais je crois... Je suis quasi sûr que dans la liste, il y a le Ben Nevis. Et c'est vrai qu'assez souvent, quand je dis à des gens que j'aimerais bien aller faire un tour en Écosse, que les conditions sont difficiles, je leur parle de la Spine Race. Je sais pas si ça te parle.

Invité 1 Pas du tout.

Loïc C'est un ultra... Je sais même pas si on peut appeler ça un ultra trail. Un ultra qui a lieu en janvier au départ de Fort Williams. Ah ouais. Et donc, c'est en plein hiver. C'est vraiment abominable. Tu dors, il faut s'orienter. Je vois bien l'idée. C'est vraiment infernal. Et les gens me disent, ah mais c'est l'Écosse, c'est plat. Donc systématiquement, je leur dis, mais je crois que c'est pas très... Il n'y a pas des aptitudes de fou, mais je crois qu'en termes de météo, c'est complètement dingo. Donc toi qui es allé, c'est quoi les conditions que tu as trouvées là-bas ? Parce que sur les photos, si tu sais pas que c'est en Écosse, ça pourrait tout à fait être au cœur des Alpes en fait, ce que je vois là.

Invité 1 Ouais. Bon, les photos, on partait... En fait, c'est si mal, juste pour la petite histoire. C'est un de mes sponsors maintenant depuis six ans, je crois. Et du coup, on leur a... Quand on a eu ce projet pour le Ben Nevis, on leur en a parlé et tout de suite, ils se sont hyper motivés. Et du coup, ils nous ont aidés à financer le voyage en échange de photos. Donc toutes les photos que tu vois sur le blog, c'est des photos qui avaient vocation à vendre les produits si mal. C'est pour ça qu'on n'a pas mis les photos où il y a de la neige partout, où il y a du vent, où il pleut, parce que c'est pas très vendeur, tu vois. Mais sinon, les conditions là-bas, c'est quand même vraiment difficile. Enfin, ça n'a rien à voir avec le climat des Alpes. Bah, juste pour te raconter une petite anecdote, le premier jour, donc on part de Fort William, et on arrive au parking du Ben Nevis. On était à fond en fait, on est allés là-bas en voiture. Donc du coup, on s'est quand même tapé, je crois, 26 heures de voiture ou un truc comme ça. Et c'était incroyable parce que, bah, avec des super copains. Voilà, c'était trop chouette. Mais on est arrivés là-bas, on était vraiment gonflés à bloc, on avait envie de prendre l'air, quoi. Et donc, on voyait la météo catastrophique, la pluie, et on se disait un peu, bon, on y va, on n'y va pas. Au moins, on va faire un tour, même si c'est pour pas grimper au final. Mais tu vois, on va voir la face, on va voir un peu repérer les voies. Et en fait, on arrive là-bas au parking, et on se dit, avant d'arriver au parking, on se dit, de toute façon, il n'y aura personne. Enfin, il fait trop mauvais, quoi. Et on arrive là-bas, et le parking était plein. Et là, on se dit, bah, hyper étonnant, on va peut-être croiser des gens avec cette météo. Il pleuvait des cornes, hein. On sort de la voiture, et en fait, on fait toute l'approche. Donc, je crois qu'il y a deux heures et demie de marche. On arrive au refuge. Il y a une petite cabane, on se met à l'abri. Et puis là, pareil, bah, la cabane pleine, les Écossais qui partent grimper comme si de rien n'était.

Loïc Ah ouais.

Invité 1 Et nous, on était là, mais c'est qui ces gens bizarres qui grimpent sous la pluie et sous la neige ? Et bah, en fait, on les a imités, hein. On est partis grimper comme si de rien n'était. Et c'était hyper déroutant parce que c'est vrai qu'en France, c'est pas du tout notre mentalité. Dès qu'il y a un millimètre de pluie sur la météo, on sort pas pour pas être mouillé. Et là, vraiment, c'est fou, ça se comptait plus en millimètres. Enfin, c'était vraiment... Il pleuvait tellement. Et au final, bah, première journée, on fait le sommet du Ben Nevis et c'était assez fou de se dire que... un peu tout, tu vois, on était venus en voiture, tout était, je pense, un peu décuplé. On était hyper contents. On a fait une toute petite voie le premier jour, mais le fait d'arriver au sommet après tout ce trajet, avec cette météo, quand même... Enfin, voilà. C'était hyper drôle et c'était une bonne leçon. Et au final, bah, les jours suivants, on s'est rendu compte que c'était vraiment la météo normale de l'Ecosse. On a pas grimpé un seul jour sans pluie. Mais on a eu du soleil aussi. Franchement, on a eu quelques hold-up, des moments dans la journée où une fois on est arrivé au sommet plein, couché de soleil, c'était incroyable. Mais bon, pour vivre ces moments-là, il faut accepter après de passer tout le reste de la journée dans le froid, le vent, la pluie. Et non, franchement, c'était trop trop chouette comme voyage. Hyper enrichissant.

Loïc Tu recommandes l'Ecosse ?

Invité 1 Alors, je recommande pour ceux qui sont prêts à être... Enfin, il faut être assez au clair avec les conditions que tu vas trouver, quoi. Par contre, franchement, c'est hyper formateur, même en termes d'alpinisme. Avant, c'était assez à la mode parce que c'est pas du tout équipé. C'est assez difficile de se protéger. Enfin, voilà, c'est... En fait, c'est une montagne qui est toute petite et qui a, j'ai envie de dire, pas trop d'allure. Et au final, ces lignes... Enfin, c'est assez fou. Les voies que tu y trouves... Ouais, c'est hyper chouette. Quand tu reviens après dans le massif du Mont Blanc où... qui est très équipé, très fréquenté, etc. C'est sûr que c'est pas vraiment la même chose. Ouais.

Loïc Et du coup, ça t'a donné envie de repartir sur ce genre de destination, tu vois, un peu plus sauvage ou finalement le côté bien équipé de nos Alpes à nous te va bien ?

Invité 1 Non, bah moi, quand même, j'aime bien... Tu vois, en venant des Pyrénées en plus, j'aime bien qu'il y ait pas trop de monde, qu'il y ait pas trop de matériel en place. Enfin, voilà. Après, bah, le Mont Blanc, c'est sûr que ça a aussi plein d'autres... plein d'autres aspects positifs, l'accessibilité, etc. Et c'est sûr que là-bas, tu peux faire des 4000... Enfin, t'es hyper vite haut en altitude. Tu... Là où, ailleurs, il faut faire deux jours d'approche pour grimper. J'aime bien les deux, mais je passerai pas tout mon temps dans le Mont Blanc. Alors que je pense que je pourrais passer toute ma vie dans les Écrins ou dans les Pyrénées, voilà, dans des massifs un peu plus sauvages.

Loïc Bon, bah, a priori, le jour où tu seras guide, ce sera plutôt par là-bas que tu iras guidée.

Invité 1 Ouais, bon, c'est pas encore fait. C'est pas encore fait. Mais, bah, j'espère. Yes, trop bien.

Loïc Excellent. On a parlé de plein de choses positives. Là, tu viens de nous raconter une expérience qui a été bien formatrice, entre autres parce que c'était difficile et pas vraiment les conditions que tu avais habituellement. Est-ce qu'il y a une course, une expérience, ou même une expérience en général, en dehors de l'escalade sur glace ou du dry-to-ling, que tu as vécu en montagne, particulièrement difficile, dangereuse potentiellement, mais qui a été finalement hyper formatrice ?

Invité 1 Euh... Bon, je pense qu'il y a eu plein de... Forcément, à chaque sortie, quand même, t'apprends des choses. Je pense, pour l'instant, la course qui m'a le plus marquée, c'est un projet qu'on a eu l'année dernière. Enfin, en fait, c'est le projet d'un copain, à la base, qui était de faire Coste Rouge, qui est une voie à l'aile froide centrale, dans les écrins. Je ne sais pas si tu connais.

Loïc Alors, je connais l'aile froide, vers le près de Madame Karl, mais je ne sais pas si c'est là.

Invité 1 Eh bien, ouais. L'aile froide, c'est un sommet qui est au-dessus, à côté du Pellevou, et de la barre des écrins, quoi. Pour s'y tu un peu. Et donc, un jour, il m'a appelée et tout, et c'est une course qui me faisait rêver, qui n'est pas spécialement très technique et très difficile, c'est juste assez long. Et bon, engagé, quand même. Parce que le caillou n'est pas bon, l'itinéraire est assez complexe, et aussi, tu es un peu loin de tout, tu n'as pas de réseau, donc tu es quand même bien vite isolé. Et donc ça, en deux jours, c'est le genre de course, je savais très bien que j'en étais capable. Et par contre, lui, son projet, c'était de faire ça à la journée. Donc en fait, ça faisait quand même, sur les topos, alors je ne me rappelle plus exactement, mais je crois que tu as 4 heures d'approche, 4 ou 5 heures d'approche, quelque chose comme 10 heures de grimpe, et encore 5 heures, voire un peu plus de descente. Donc, ça fait une bonne journée, avec je crois 2005 ou 2006 de dénive. Et c'est vrai, et en plus, moi du coup, je pense que tu l'auras compris, j'ai plutôt un profil technique qu'endurant. Et donc, j'avais plus l'habitude, dans ma pratique, j'avais plus l'habitude de faire plutôt des voies verticales, en grimpe ou en glace ou en mixte, pas trop longues, enfin voilà. Et du coup, quand il m'a parlé de ça, au début, je lui ai dit, franchement, je crois que ce n'est pas possible, je ne suis pas capable, c'est trop dur pour moi, je ne suis pas la bonne personne. Et puis, il me dit quand même, il me dit, mais si, si, en fait, je suis sûre que tu en es capable, réfléchis-y. Et puis en fait, les jours suivants, j'arrivais limite pas à dormir, parce que je me disais, mais en vrai, le projet est tellement fou, et si je m'entraîne, c'est sûr que je peux y arriver, quoi. Tu vois ? Donc, tout le printemps dernier, quand même, j'ai pas mal axé sur, justement, l'endurance, faire plus du plus facile, mais plus long, des trucs à la journée, pas trop dur, etc. on a fini par faire coste rouge à la journée, qui s'est trop, trop bien passé. Et je m'étais tellement mise la pression, en fait, en me disant que je n'allais pas y arriver, j'allais trop en chier et tout, que je suis arrivée là-haut au sommet, franchement, je pouvais encore continuer. Il me restait des forces. Je lui disais, à Hubert, il s'appelle, je lui disais, mais en fait, ça va, c'est ok, je crois, tout va bien. On était tous les deux hyper étonnés que ça se soit passé aussi bien. Enfin, on s'était tous les deux, tu sais, tu t'attends quand même à ce que ça soit dur à des moments, et en fait, forcément, sur 16 heures d'effort, on a forcément des coups de mou, mais l'autre prenait le relais, puis après, ça s'inversait. En fait, c'était hyper, pour le coup, c'est vraiment une cordée qui marche bien, un copain avec qui j'ai l'habitude de sortir. Donc, je pense que ça, ça m'a vraiment aidée, tu vois, dans le truc de, bon ben voilà, je suis capable de faire ce genre de choses. il suffit de se faire confiance au final.

Loïc Et d'accepter de partir pour un effort de 22 heures sur une journée de 24.

Invité 1 Ouais, exactement. De se lever à minuit et demi alors que tu t'es couché à 23h30. Mais oui, clairement. Excellent. Donc, je pense, pour finir sur ça, je pense juste que tu vois, c'est le genre de course, il y en a eu d'autres, mais qui m'a permis d'ouvrir un peu mon... mon champ des possibles, tu vois. Je me mettais des barrières et là, clairement, de faire ça, c'est rien d'extraordinaire, mais en tout cas, pour moi, ça a eu un impact, enfin, ça a eu l'impact de faire tomber quelques barrières et de me dire, bah ok, en fait, bah là, du coup, j'avais 18, 19 ans. Bah j'ai 19 ans, mais là, je suis complètement... Enfin, je suis à ma place dans ce genre de voies, quoi. ça,

Loïc c'est fabuleux des expériences comme ça, parce que comme tu dis, c'est ce qui permet de repousser, d'amener cette espèce de plafond de verre qu'on s'imagine tous avoir un petit peu plus haut, un petit peu plus loin. Carrément, ouais. C'est une super anecdote. Excellent. Et bah écoute, un immense merci Ilona, c'était un plaisir de, bah déjà un, d'en apprendre plus sur ta discipline, et puis bien sûr, de comprendre un peu mieux ton parcours, tes motivations, ce qui te plaît dans ce que tu pratiques aujourd'hui, et tes aspirations pour la suite. Donc bah moi, je, voilà, une nouvelle fois un grand merci, puis je te souhaite tout le meilleur pour la suite. Et je te propose qu'on se retrouve, bah écoute, quand tu seras guide, quand tu auras gagné encore un peu plus d'expérience, que tu viennes nous raconter un petit peu comment tout ça se passe. Et bah j'espère, avec grand plaisir, revenir. Merci beaucoup Ilona. A très bientôt. Merci, à bientôt. Merci d'avoir écouté cet échange avec Ilona jusqu'au bout. J'espère que vous l'aurez trouvé aussi intéressant que moi, si vous ne connaissiez pas l'univers de l'escalade sur glace, du dry tooling, et tout ce qu'on a pu évoquer ensemble. N'hésitez pas à partager cet épisode autour de vous. Vous le savez, je vous le répète à chaque épisode, c'est une excellente manière de remercier ces invités qui prennent un peu de leur temps pour venir nous parler de leur parcours. J'en profite également pour remercier du fond du cœur toutes celles et ceux qui soutiennent financièrement le podcast sur Tipeee. Si vous souhaitez les rejoindre, ça se passe sur le site internet Tipeee, T-I-P-E-E-E.com slash les-frappés. C'est à partir de 1€ par mois et je vous garantis que chaque euro aide énormément. Merci à toutes et à tous pour votre fidélité. Je vous dis à très bientôt pour un nouvel épisode. Ciao les frappés ! Ciao les frappés ! Sous-titrage ST' 501 et à tous pour votre soutien. Sous-titrage ST' 501 et à tous pour votre soutien. Sous-titrage ST' 501 et à tous pour votre soutien. Sous-titrage ST' 501 Sous-titrage ST' 501

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