Les Frappés Les Frappés
Saison 5 EP·204 Montagne #escalade #Alpes #Monaco

25 mars 2025

Mettre en lumière les femmes des Alpes, avec Zoé Lemaitre

Durée · 49 min · Transcription disponible

Zoé

Le récit

De juillet à octobre 2023, Zoé Lemaitre a marché 2150 kilomètres en 120 jours, traversé les huit pays de l'arc alpin et monté 135 000 mètres de dénivelé depuis la Slovénie jusqu'à Monaco, afin de documenter le travail de femmes qui ont choisi la montagne comme terrain de vie : gardienne de refuge, guide de haute montagne, skieuse professionnelle, bergère, monitrice d'escalade, formatrice en secours de haute montagne.

Son but : dresser le portrait de femmes inspirantes et recueillir leur expertise sur un milieu en pleine mutation ; se confronter à la solitude et vivre un rêve hors de toutes attentes.

Via Alpina, sur les pas des pionnières sera le film documentaire issu de cette aventure à la rencontre de ces femmes professionnelles de la montagne et d'elle-même.

🔎 La page Ulule de Zoé est ici.

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👉 Épisode 195 - "Tu vas te consumer et puis tu vas t'éteindre, tu guériras et tu reviendras" avec Perrine Rambeau

👉 Épisode 49 - Apprendre à écouter ses émotions avec Julia Virat, guide de haute montagne et navigatrice

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Transcription

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Zoé Et là, c'était les 8 km de crête les plus longs de ma vie. J'ai eu tellement froid, je me voyais de l'extérieur. Et je me voyais… Enfin, en fait, je pleurais. Et j'ai vraiment tout fait pour arriver à cette cabane. Là, j'ai dû déployer une force mentale comme jamais dans ma vie. Je suis arrivée dans la cabane, j'étais frigorifiée. Là, je me suis dit, là, il me reste quelques pourcents. Il faut que je cherche de l'aide.

Loïc Hello, hello ! Vous écoutez Les Frappés, le podcast de celles et ceux qui se dépassent. Je suis votre hôte Loïc, ancien sportif de haut niveau en judo, coach, préparateur mental et amoureux d'activités outdoor en tout genre. Ma conviction, c'est qu'on a tous une petite étincelle de folie et d'audace, une version un peu frappée de nous-mêmes au potentiel exceptionnel qui sommeille en nous. J'ai créé ce podcast pour vous faire découvrir des femmes et des hommes qui ont osé le réveiller. Mes invités sont des athlètes de tous niveaux, des aventuriers professionnels, des voyages aux eaux longs cours, des entrepreneuses ou encore des militaires, des forces spéciales. Leurs témoignages au micro du podcast sont de puissantes invitations à passer à l'action. Attention, une écoute régulière peut entraîner des changements positifs irrévocables dans vos vies. Eh bien, écoute, bienvenue sur les frappés Zoé. Je suis absolument ravi de te recevoir et merci d'ailleurs à Périne, Périne Rambeau, qui était l'invité de l'épisode 195, qui m'a écrit, qui m'a dit « il faut absolument que tu parles à Zoé, c'est incroyable ce qu'elle fait ». Et je pense qu'elle avait raison. En tout cas, quand j'ai vu le projet que tu avais mené récemment, je me suis dit que ça pouvait être super chouette d'échanger. Merci à Périne et merci à toi Zoé pour ton temps.

Zoé Merci à toi, Louis, de m'accueillir. Avec grand plaisir.

Loïc Donc Zoé, il y a un peu plus d'un an maintenant, tu t'es lancée dans un grand projet, une grande aventure. Tu as traversé tous les pays de l'Arc Alpin, c'est ça, les huit, même les plus petits, le Liechtenstein, tu as fait les huit pays de l'Arc Alpin à pied ?

Zoé Oui.

Loïc Incroyable.

Zoé Exactement, oui. Je suis partie de l'Est et je suis arrivée jusqu'à Monaco.

Loïc Jusqu'à Monaco, fabuleux. Donc, si je ne me trompe pas, plus de 2000 kilomètres, 135 000 mètres de dénivelé, histoire de donner un peu l'échelle dont on parle. Et à travers cette grande randonnée, cette grande marche, tu es allée à la rencontre de femmes qui ont choisi la montagne comme terrain de vie et comme cadre professionnel. Et ton but, c'était de dresser le portrait de ces femmes. Et il y a donc un documentaire qui est… Tu vas nous dire… J'ai plein de questions pour toi sur plein de sujets différents, mais entre autres sur le documentaire. Si j'ai bien compris, parce que j'ai vu que la page est encore active sur Ulule, le documentaire est à sortir, n'est pas encore finalisé, c'est ça ?

Zoé Exactement, oui. Oui, on est en campagne de financement pour payer la post-production, financement participatif. Et ensuite, là, on va attaquer le montage dans deux petites semaines. Le montage, puis après le mixage son, l'étalonnage, le graphisme, etc.

Loïc Oui, tout ce qu'on ne voit pas quand on regarde un beau documentaire, qu'on se dit « waouh, magnifique ! » Tout ce qu'on ne voit pas, exactement. On ne doute pas qu'il y a des centaines d'heures de travail derrière et des milliers d'euros.

Zoé Oui.

Loïc Oui. En tout cas, j'ai essayé d'apporter ma petite pierre à l'édifice. J'ai contribué hier sur la page Ulule. C'est bien, je ne savais pas qu'on pouvait continuer à contribuer une fois que les périodes de collecte étaient bouclées. Je pensais que c'était…

Zoé Il y a des prolongations, en fait. Ulule définit avec les personnes qui peuvent être prolongées ou pas. Du moment où tu as atteint l'objectif, le premier palier, disons que généralement, tu peux être prolongé.

Loïc D'accord. Ok. Excellent. Fabuleux. Merci beaucoup pour ta contribution.

Zoé Très précieuse pour le film.

Loïc Donc, le projet s'appelle, en tout cas le documentaire s'appelle « Via Alpina ». Moi, je serais curieux de t'entendre nous raconter un petit peu comment tout ça est né. Comment est-ce que tu l'as imaginé, ce projet d'envergure ?

Zoé Alors, le film s'appelle « Via Alpina sur les pas des pionnières » pour avoir le titre complet. Comment je l'ai imaginé ? Je l'ai imaginé un peu sur un coup de tête. Enfin, j'ai un peu parti du jour au lendemain quand même, il faut le dire. Suite au fait que j'ai gagné une bourse qui s'appelle la bourse EXPE by Cabesto qui n'existe plus aujourd'hui, mais qui a accompagné des projets d'aventure. Donc, j'ai gagné cette bourse, j'ai démissionné et je suis partie. Et j'avais, par contre, tracé un itinéraire idéal parce que je voulais absolument passer par les plus hautes routes. Je voulais être en altitude, absolument. Donc, j'avais prévu des points de passage le plus possible à 3000. Dès le premier jour, en fait, je n'ai pas du tout suivi mon itinéraire idéal. Et je me suis dit mais vive la liberté, en fait. J'ai envie de ne pas savoir où je vais dormir le soir. J'ai envie de choisir mon chemin en fonction des paysages qui m'inspirent ou qui ne m'inspirent pas. Tout en essayant de contenir quand même tout ce voyage dans quatre mois. Parce que, étant partie le 5 juillet, je voulais arriver avant la neige. Parce que je n'étais pas équipée pour la neige. Autant partir le 5 juillet, ce n'était pas un souci. Autant arriver après novembre, ça a commencé à être vraiment juste en termes de météo. Excellent.

Loïc Et donc, dès le début, c'était clair pour toi que l'aventure… Enfin, tu t'as rencontré évidemment plein de gens sur ta route. Mais c'était quelque chose que tu voulais faire en solo ?

Zoé C'est quelque chose que je voulais absolument faire en solo. Parce que justement, la solitude, c'est quelque chose qui m'angoissait. Enfin, honnêtement. C'est quelque chose que je n'avais jamais expérimenté. Je n'avais jamais marché plus de trois jours seule. J'avais fait une mini traversée de Belle Donne en solitaire l'année d'avant. Mais là, me confronter à la solitude sur quatre mois, je n'avais jamais fait. J'avais envie d'expérimenter pour appréhender ça. Et puis, pour m'y confronter vraiment de plein fouet. Donc oui, en solitaire, c'était vraiment très important. Je n'ai jamais imaginé faire ce projet à plusieurs. Enfin, ce n'était pas du tout une question.

Loïc Et par curiosité, tu disais que quand tu as obtenu la bourse, tu as démissionné. Tu faisais quoi comme job avant ? Et est-ce que le projet que tu as mené, c'est le projet que tu as défendu ? Enfin, comment ça se passe ces bourses ? Tu avais réalisé ce que tu avais présenté ou pas forcément ?

Zoé La bourse, en fait, c'était… Tu présentes un projet d'aventure et tu envoies un dossier. Et après, le dossier, s'il juge que c'est prometteur, il demande une vidéo de présentation du projet. Donc là, on avait fait un petit tournage pour faire trois minutes, quoi, avec la monteuse actuelle du film. Et j'avais envoyé ça. Mais avant, j'étais dans la culture. Enfin, j'ai travaillé surtout à Rome et à Venise. J'ai fait des études d'administration du spectacle. Et donc là, je travaillais à la Villa Médicis et après, à la Biennale de Venise. Ouais, je travaillais dans la presse et aussi le mécénat partenariat sponsoring. Le but, c'était de donner de la visibilité aux artistes, de financer leurs créations, qu'ils développent des projets à l'international, qu'ils puissent faire leurs spectacles, etc. Donc, ça m'a beaucoup intéressée, mais je crois que j'en ai eu un peu marre de la sphère cérébrale, on va dire. Et sur un coup de tête, pareil, je suis rentrée en France et j'ai commencé à travailler. J'ai fait la récolte des châtaignes, en fait, au fin fond de l'Ardèche, sans connexion. On a cueilli 13 tonnes de châtaignes à 4, donc c'était bien physique. C'était un peu du tout au rien, ou du tout au tout d'ailleurs. Et voilà, à partir de là, j'avais vraiment envie de remettre du sens aussi dans mes projets et dans ma vie. Donc, j'ai commencé à faire des boulots alimentaires pour pouvoir porter mes propres projets personnels en parallèle. Donc, quand j'ai démissionné, j'ai démissionné d'un magasin bio dans lequel je travaille en tant que vendeuse. Voilà.

Loïc Ok. C'est intéressant parce que j'imagine que dans ton travail dans le milieu de la culture, du coup, toi, tu devais être habituée de l'autre côté à recevoir des dossiers et des demandes de mécénat. Oui.

Zoé C'est ça, ou alors je les faisais pour les autres plutôt. Je les faisais pour les artistes qui avaient besoin de financement pour leurs projets. Et là, c'est vrai que je porte mon propre projet. Je n'ai pas mal de, comment on dit, d'atouts dans ce côté-là parce que c'est un milieu que je connais aussi. Mais porter mon propre projet, c'est vrai que c'est une envergure qui est complètement énorme parce qu'habituellement, quand on est dans le salariat, on a une mission spécifique. Et tous les autres travailleurs et travailleuses ensemble font que l'institution ou la structure fonctionne. Mais là, dans le projet, je fais tout de A à Z quoi. Donc, de la recherche de financement à la communication en passant par l'écriture du film, le tournage qui a été itinérant et 100% écolo. Et voilà, les interviews, tout. Sauf le montage et le mixage son. Parce que j'ai considéré que je n'avais pas du tout les compétences pour faire un travail propre, que c'est des métiers à part entière et que j'avais envie de rémunérer des personnes qui feraient ça bien. Et les rémunérer à leur juste valeur parce que je considère que tout travail mérite rémunération digne. Donc, c'est pour ça que je recherche des financements. Voilà, je n'ai pas voulu faire un petit projet où je ne rémunérais personne. Parce que, à la fois, je comprends, il y a beaucoup de petits projets comme ça qui vivent comme ça. Mais je ne sais pas, j'avais envie que les personnes se sentent aussi valorisées et qu'elles puissent en vivre aussi de tous ces petits projets-là.

Loïc Très clair. Pourquoi cet angle ? Donc, tu as évoqué tes motivations à réaliser ce projet en solo. Et qu'est-ce qui, toi, t'intéressait dans cet angle, tu vois, rencontre avec des femmes qui ont choisi la montagne pour vivre, pour travailler ?

Zoé Déjà, c'est un milieu qui est extrêmement masculin, celui de la montagne. Quand on sait qu'il y a 2% des guides des hautes montagnes qui sont des femmes, c'est quand même un chiffre qui frappe, qui m'a fait réagir du moins. Et j'avais lu aussi l'autobiographie de Marion Poitvin, qui a écrit « Briser le plafond de glace » et qui raconte son parcours, en fait, jusqu'au CRS montagne, où elle l'exerce encore actuellement et elle est aussi guide de montagne. Et j'ai trouvé son témoignage très inspirant, mais qui faisait aussi beaucoup d'écho en moi, en termes d'invisibilisation des femmes ou même de syndrome de l'imposteur aussi, enfin, voilà, beaucoup de barrières mentales, entre guillemets, qui étaient à faire tomber aussi pour ces femmes qui veulent faire de la montagne leur métier, et aussi beaucoup de barrières à surmonter, même dans un milieu extrêmement masculin qui n'a pas l'habitude de voir des femmes. Une des personnes que j'ai interviewées, qui est formatrice en secours de haute montagne au PGHM, enfin au Nizag, du coup au PGHM de Chamonix, qui me disait que quand elle a reçu son ordre de mission, son ordre de mission, c'est écrit secrétaire dessus. Donc c'est vraiment que le milieu n'est pas habitué à voir des femmes. Et même, enfin voilà, et puis du sexisme organitinaire, il y en a beaucoup dans ce milieu. Oui, notamment de considérer, quand on voit une cordée encadrée par une femme, de considérer que la nana, c'est pas la leader, que c'est pas la guide de haute montagne, mais que c'est la personne qui se fait accompagner. On fait toujours le postulat de la femme qui est toujours l'élément le plus faible de la cordée, d'une équipe. Et donc j'avais envie de donner de la visibilité à ces femmes qui pour moi sont particulièrement fortes, pas parce qu'elles ont réussi dans ce milieu en tant que femmes, mais parce qu'elles ont réussi dans ce milieu, et en plus, elles sont femmes. Je veux dire, c'est pas anodin.

Loïc Et donc, tu avais tout planifié avant de partir ? Tu savais quelles femmes tu allais rencontrer ? Sur quelle thématique tu allais échanger avec elles ? Comment ça s'est passé, le pré-projet ?

Zoé Le pré-projet, j'avais écrit à des femmes pour organiser les interviews le long de mon chemin. Et il y a une autre partie des interviews qui a été réalisée de manière complètement improvisée, notamment celle de Ramona Picholi, qui est bergère en Suisse, dans le Ticino, dans le Tessin. Et les interviews planifiées, finalement, sont celles qui ont été le plus compliquées à gérer, parce qu'entre le planning de la marche, les interviews, leur disponibilité à elles, finalement, j'ai dû retourner après coup, pour certaines les voir. Donc, je suis retournée à vélo et en bus pour garder l'idée d'un voyage majoritairement décarboné.

Loïc Et au final, tu as pu faire combien de portraits de femmes ?

Zoé Il y a cinq femmes professionnelles de la montagne que j'ai interviewées. Il y a Ramona, qui est bergère suisse. Il y a Elisabeth Geidzen, qui était championne de ce qu'il y a, ski-freeride suisse aussi, donc skios professionnel. Alice Coldefi, qui est formatrice en secours en montagne au CNISAG, qui est aussi guide de haute montagne et qui a exercé au PGHM en tant que secouriste pendant des années. Marjorie Juarez, qui est monitrice d'escalade en milieu naturel. Voilà. Et Federica Mingola, qui est guide de haute montagne et ex compétitrice d'escalade, qui ouvre maintenant des voies en libre ou pas en libre d'ailleurs, des très belles voies en Italie comme en Patagonie. récemment, elle a fait partie de l'expédition Cap Adwe. C'est une expédition italo-pakistanaise, 100% féminine, qui a tenté l'ascension du cadeau cet été, qui ne l'a pas réussi, mais qui l'a tenté. Excellent.

Loïc Excellent. Ça a été quoi, du coup, ton expérience de la solitude ? Tu disais un peu plus tôt que c'est quelque chose que tu avais un peu de mal appréhendé, que tu n'avais jamais fait plus de trois jours de rando en solitaire. In fine, avec du recul maintenant, à quoi ça a ressemblé cette expérience seule en montagne ?

Zoé C'était beaucoup de... C'était très galvanisant, en fait. Galvanisant et apeurant un petit peu aussi, de se dire qu'on ne peut compter que sur soi-même, en fait. Parce que finalement, j'ai croisé très peu de personnes aussi sur mon chemin, en particulier à cause de la météo en juillet, qui a été exécrable, mais vraiment exécrable. Donc là, j'ai passé vraiment des jours entiers seule dans la forêt autrichienne sous la pluie. Ça confronte à soi-même. Ça permet de réfléchir aussi sur sa place dans la société. Moi, ça m'a permis vraiment de... Ça m'a ouvert beaucoup de perspectives, parce que pour moi, tout était possible. À partir du moment où je suis rentrée aussi en France, je me suis dit, du moment que je considère que j'ai les ressources en moi, et que je fais confiance à l'instant présent, et que je ne regarde pas le futur et que je ne m'en apporte pas, qu'on est vraiment ancré dans le moment présent, je trouve que c'est très porteur, en fait, de se dire qu'on peut le faire. Il y a des choses que tu as osé...

Loïc Pardon, Zoé. Je t'interromps. Je suis curieux de savoir, du coup, sur ce point, est-ce qu'il y a des choses que tu as osé lancer à ton retour en France grâce à cette expérience de la solitude en montagne ?

Zoé Le film. Oui, parce que je n'ai pas une formation d'audiovisuel. Je me suis dit, tout est possible, je vais apprendre. Donc, je suis allée voir des professionnels du cinéma. Je me suis formée auprès d'eux, prendre des conseils, comprendre un peu l'environnement artistique, économique dans lequel j'allais évoluer ensuite. Vraiment, je ne sais pas, de me dire que tout est possible. ça m'a permis ça, finalement, de me lancer dans ce projet qui était déjà XXL, mais qui, maintenant que j'y suis, est encore plus grand, puisque le travail, il est sans fin. C'est génial. Oui, mais c'est génial. J'apprends plein de choses et puis c'est génial de travailler aussi, de rencontrer des personnes parce que, finalement, je fais des rencontres qui sont géniales aussi à travers ce projet de personnes que je n'aurais jamais rencontrées autrement. Et puis, c'est… Oui, donc, la chose que j'ai osée en rencontrant de voyage, après un petit temps quand même de latence et de réflexion, parce qu'en fait, quand je suis rentrée de voyage, j'avais encore tellement la tête dans le guinombe, entre guillemets, que je n'avais aucun recul sur mon voyage et sur ce que je voulais en tirer, ce que je pouvais en raconter, quelle chose je retenais. C'était une expérience tellement globale et tellement immersif que je n'avais pas le recul nécessaire. D'ailleurs, quand il a fallu écrire le premier article pour Alpinemag, qui est en fait partenaire des Bourses Expé, et qui s'était donc engagée à publier mon rapport d'expédition, comme ils appellent ça, j'ai eu le syndrome de la page blanche pendant longtemps. Parce que vraiment, synthétiser ce que j'ai vécu là-haut, dans les montagnes, seule, et à rencontrer ces personnes authentiques, fortes, courageuses, c'était vraiment un beau défi, que je relève, mais il y a encore du travail.

Loïc À quoi tu penses quand tu passes une journée, deux journées, ou plus, vraiment seule en montagne, que tu n'as pas l'occasion de quelque chose de tout bête, de parler à voix haute avec quelqu'un, de croiser le regard d'une autre personne ? Est-ce que tu avais une sorte de schéma, de type de réflexion par lesquelles tu passais systématiquement quand tu étais dans ce genre de situation, dans la durée, je veux dire ?

Zoé Tout d'abord, c'était très sensoriel, en fait, comme voyage. C'est-à-dire que je n'étais pas forcément dans mes pensées, enfin forcément, mais j'étais aussi surtout connectée vraiment à toutes mes sensations, le chaud, le froid, la rosée sur le mollet, enfin, vraiment toutes les sensations, les odeurs, les odeurs du rhododendron, les odeurs des fleurs, d'observer la nature, d'observer les crêtes, les lumières, vraiment, c'était très immersif comme sensation. Et en termes de pensée, je suis allée très loin comme je ne suis allée pas du tout loin dans ma réflexion. C'est-à-dire que des fois, je me demandais pourquoi j'avais jeté la boîte de camembert dans telle poubelle au lieu du tri. Ça, c'était très prosaïque. Et d'autres fois, je partais dans des espèces de réflexions sur la société, de me dire que... Il y a une chose notamment, c'est que je croisais des personnes dans les Dolomites et qui me demandaient ce que je faisais, donc je racontais mon parcours et tout de suite, il y avait un grand blanc. Et j'étais frustrée de cette espèce de barrière que ça mettait le fait de raconter d'où je venais, où j'allais. Moi, j'avais vraiment envie d'échanger dans ces moments-là et puis il y avait une espèce de... Waouh, on n'est pas pareil, quoi. Ah ouais ? C'est marrant, ça. Ouais, en fait, l'expérience que j'ai vécue dans les Alpes qui n'étaient pas françaises, elle est vraiment différente de ce que j'ai pu expérimenter dans les montagnes chez nous. C'est-à-dire que dans certains pays, le bivouac notamment, là où il est quand même autorisé, c'est quand même perçu comme... Je ne sais pas, ce n'est pas perçu du tout de la même manière qu'en France. C'est perçu négativement ? Tu as l'impression que... Ouais, assez négativement, un peu comme... Je ne sais pas, si tu plantes ta tente et que tu... Je ne sais pas, comme si économiquement, tu ne leur apportais rien, donc tu n'étais pas intéressante. Et ça, c'était dur parce que finalement, je vivais un peu le rejet, quoi. Dans certains endroits, j'ai vraiment vécu comme... J'avais payé ma nuitée dans des moments où il y avait vraiment eu de l'orage. Par exemple, j'étais allée dans un refuge et je mangeais ma nourriture parce que quitte à la porter, autant la manger, quoi. Ce n'était même pas par souci d'économie ou de... je ne sais pas. Et du coup, par contre, pour manger, il t'envoyait à perpète les oies, quoi. Tu ne pouvais pas manger dans le refuge ou même sur la terrasse, quoi. C'était... Donc, c'était un peu particulier dans certains endroits. Ok, étonnant. Oui, je me suis un peu confrontée à... Je ne sais pas, l'envie d'identification des personnes. J'avais envie qu'on discute de montagne, de rencontrer un bivouacœur ou une baroudeuse avec son barda de quatre mois, avec sa peau complètement burinée. Enfin, j'avais envie de partager ça. Et finalement, il y a très peu de personnes avec qui j'ai pu vraiment le partager. Donc ça, c'était un peu rude.

Loïc Ça devait faire un gros contraste, du coup, avec ces femmes que tu rencontrais versus ces gens que tu croisais qui avaient, à priori, de ce que tu dis, pas l'air particulièrement curieux, voire même qui avaient un regard un peu négatif sur ce que tu faisais.

Zoé Oui, c'est vrai que les femmes rencontrées, c'était très authentique. Et justement, je trouve que la montagne relie vraiment ce qui la parcourt. Parce qu'il y a un espèce de sentiment de proximité qui était extrêmement fort. Et c'est comme ça, d'ailleurs, que j'ai fait cette rencontre avec Ramona, qui était extrêmement touchante. En fait, je l'ai rencontrée, elle était en train de monter dans son alpage pour récupérer tous ces moules à fromage, tout son travail, enfin, tout son matériel de travail. Parce qu'elle était déjà descendue dans la vallée, parce qu'on était en septembre. Et elle a tout de suite accepté qu'on discute de son travail, de montrer aussi son lieu de vie, etc. C'était très ouvert, très authentique. Et ça m'a beaucoup touchée. C'était vraiment une belle rencontre. D'ailleurs, cet été, fin 2024, je suis retournée la voir. Et j'ai passé une semaine en alpage avec elle. Et c'était...

Loïc Ah, génial.

Zoé C'était vraiment génial. J'ai gardé de très bons contacts avec les personnes que j'ai rencontrées. Ces femmes professionnelles que j'ai interviewées, c'est vraiment fort, quoi. C'est vraiment beau.

Loïc Tu dirais qu'il y a quelque chose de... Il y a un point commun entre toutes ces femmes qui t'a paru évident, qui t'a sauté aux yeux, que ce soit les motivations, les valeurs, l'approche de la montagne ?

Zoé Pas tant que ça, finalement. Je trouve qu'il y a une diversité de motifs qui t'amènent en montagne qui est vraiment intéressante. Parce que finalement, de ces femmes, à part qu'elles vivent en montagne, elles ont toutes des trajectoires qui sont différentes, des positions aussi différentes. Souvent, on a un peu le cliché de la personne qui veut s'éloigner de la modernité, de la civilisation, etc. Mais en fait, il y a aussi beaucoup de choses qui se passent en montagne en termes de vie, en fait, et d'engagement même politique. Et donc, de points communs, peut-être la capacité à s'émerveiller vraiment et le besoin de la nature et le besoin de la montagne. Ça, c'est vraiment quelque chose qui les relie, en tout cas.

Loïc Est-ce que toi, ça a changé quelque chose dans ton approche de la montagne ou même de la solitude, tu vois, en outdoor en tant que femme ?

Zoé Pas tant que ça. Disons que j'ai beaucoup plus confiance, en tout cas, dans ma capacité et ma technicité en montagne. Parce que quand on pense que... C'était il y a déjà 10 ans, 15 ans. J'avais pleuré en faisant le Grand Vémont, quand même, c'est quand même pas... C'est quand même pas... J'étais apeurée par le vide. J'étais... Alors que je ne suis pas une trouillarde, vraiment, de manière générale, mais là. Et là, vraiment, d'évoluer comme ça, en pleine montagne, sur des terrains techniques, j'ai vraiment gagné en confiance et je sais aussi mon niveau maintenant. Je suis plus solide, on va dire.

Loïc Oui. Ça serait quoi le meilleur tips que tu partagerais ? En tout cas, le tips le plus intéressant, le plus improbable que tu as appris sur ces 120 jours au total, c'est ça ?

Zoé Oui. Tips en termes de bivouac. En termes de... Oui, bivouac.

Loïc Et je te le demande parce que je le fais régulièrement maintenant quand j'ai des gens qui, comme toi, ont passé de longs moments en plein air. Je raconte toujours cette anecdote. J'avais reçu sur le podcast Vincent Colliard, qui est un explorateur polaire français, et qui m'expliquait que l'accessoire absolument indispensable, question de vie ou de mort pour toute expédition polaire, c'est la brosse, la brosse à dents. Lui, il avait une brosse à dents pour brosser les fermetures éclaires qui s'engivrent en fait.

Zoé OK.

Loïc Et je trouvais ça assez rigolo, tu vois, c'est clairement pas un accessoire quand tu ne connais pas le milieu, c'est clairement pas, tu ne vas pas penser à la brosse à dents.

Zoé Ah bah, effectivement.

Loïc Ça me fait rire systématiquement de poser cette question aux gens comme toi. Tu veux savoir, tu vois, s'il y a quelque chose en particulier que tu conseillerais à quelqu'un qui se lance sur du long cours comme ça.

Zoé Ouh là là.

Loïc En termes d'accessoires, pour rester sur les accessoires.

Zoé En termes d'accessoires, c'est vrai qu'en termes d'accessoires, je n'étais pas vraiment très accessorisée. j'étais... Un bout de corde, un bout de ficelle qui sert à tout, d'étendage à linge, pour apistoler, pour... Ou alors un petit tube en plastique pour si jamais un arceau casse et qu'on puisse l'enfiler pour pouvoir rigidifier la structure. Ça, c'est pas mal.

Loïc Selon l'attente que tu as, effectivement, ça peut faire la différence.

Zoé Ouais, ouais. Voilà. T'as vu,

Loïc parce que j'ai regardé, ça me fait penser à ton trailer. J'ai regardé ton trailer sur Ulule. Ouais. Il y a un moment où il y a pas mal d'images où on voit que la météo est loin d'être clémente et il y en a une où tu es sous t'attente et on voit que la paroi se fait un peu malmenée par le vent et je pense la pluie. T'as eu des moments que tu... T'as... Enfin, des moments, on va dire, critiques, ou en tout cas, que t'as perçus dans l'instant comme étant potentiellement vraiment critique ?

Zoé Oui, il y en a un. Clairement, il n'y en a qu'un. Enfin, non, il y en a deux dans le voyage. Un à cause de la météo, l'autre à cause de l'itinéraire mal choisi. Celui de la météo, en fait, j'ai été prise dans une tempête d'alerte rouge, en fait, sans le savoir. Donc, j'étais partie... En fait, j'étais dans les montagnes côté italien et je suis redescendue dans la vallée pour acheter à manger et tous les commerces étaient fermés. C'était en octobre et tous les commerces étaient fermés. En fait, c'est même pas que les commerces étaient fermés, c'est qu'ils étaient tous partis à Haost. Les commerces, il n'y avait plus rien dans ce petit village et je croise un militaire qui me dit, ah bah non, effectivement, la boulangerie qui est indiquée sur Google, elle n'existe pas. Donc, je me dis, bon, bah mince, j'ai plus rien à manger, quoi. Et là, je vois quelqu'un qui tape son tapis dehors et secoue son aspirateur. Donc, je vais le voir et je dis, bah, excusez-moi, mais vous me confirmez que la boulangerie est bien fermée ? Il me dit, oui, oui, absolument, mais qu'est-ce que tu fais ? On est en 3 mois d'octobre. Et bah, voilà, je suis en train de traverser les Alpes et je n'ai plus rien à manger. Et en fait, et surtout, je lui demande s'il a une prise pour pouvoir charger mon téléphone parce que ça faisait des jours et des jours qu'il faisait mauvais et que je n'avais plus d'électricité avec mon panneau solaire. Or, toutes mes cartes étaient sur mon téléphone. Donc, il me dit que j'ai de la chance pour nettoyer l'auberge et qu'elle est fermée depuis un mois. Je me dis, effectivement, j'ai beaucoup de chance et je fais charger mon téléphone. Il me donne un litre de lait, il me donne un litre de soupe et un peu de pain et des barres énergétiques. Voilà. Et je repars de bon chemin. J'avais pris la météo, tout allait bien et je repartais pour, normalement, deux jours d'autonomie. Et le premier soir, je pars, je mange, et le deuxième jour, il pleut, il pleut, il pleut, mais je me dis, de toute façon, mon objectif, c'est une cabane. Donc, après, je serai à l'abri, il n'y a pas de souci, etc. Sauf qu'en fait, je suis tellement frigorifiée cette deuxième journée que je préfère poser la tente avant et avant que d'être dans un état critique. Je préfère en avoir toujours sous le pied plutôt que de me mettre dans des états pas possibles et d'arriver à la cabane dans un état vraiment, vraiment dangereux. Donc là, je me pose dans ma tente et c'est là que cette vidéo a été prise, là, de la tente qui s'agit dans tous les sens. En fait, le vent, il était fou. Ça allait dans tous les sens. Ce n'était pas un vent comme j'avais l'habitude de voir qui va dans une direction et qui souffle fort. Là, ça brassait dans tous les côtés. L'eau, elle s'abattait. C'était impressionnant. Et je n'ai pas pris la pluie, enfin, je n'ai pas pris l'eau. Ça, c'est de la chance aussi. Et le matin, je me dis, coûte que coûte, il faut que je rejoigne la cabane. Je n'ai pas de réseau parce qu'en plus, j'allume mon téléphone et la date avait changé, l'heure n'était plus la bonne, les photos étaient mélangées, plus rien fonctionnait sur mon téléphone. Et je me dis, là, ça craint, je n'ai pas de réseau, je n'ai averti personne, je n'ai même pas la carte. Enfin, il faut que j'avance, quoi. Et j'avais regardé l'itinéraire la veille, donc je savais très bien où j'allais. Donc, je pars. Et là, c'était les 8 kilomètres de crête les plus longs de ma vie. J'ai eu tellement froid, et je me voyais, enfin, en fait, je pleurais et je m'entendais de l'extérieur, c'était comme si ce n'était pas moi. Et j'ai vraiment tout fait pour arriver à cette cabane, parce que je savais que si je m'arrêtais, c'était fini, quoi, parce que personne, ouais, ce n'était pas du tout la bonne chose. Donc là, j'ai déployé une force mentale comme jamais dans ma vie. Je suis arrivée dans la cabane, j'étais frigorifiée, là, je me suis dit, là, il me reste quelques pourcents, il faut que je cherche de l'aide. Donc là, je me suis rappelée qu'une personne, quand j'avais fait le GR5 en 2020, que j'avais croisée, qui était accompagnatrice de Maïne Montagne, elle m'avait dit, parce que j'étais au col d'Isola 2000, enfin, au col d'Isola, juste au-dessus, le passage entre l'Italie et la France, et elle, elle habitait à Saint-Etienne-de-Tinet, donc vraiment pas loin. Je me suis rappelée d'elle, ça faisait cinq ans, elle m'avait proposé son aide il y a cinq ans, si jamais j'avais des soucis ou quoi, elle m'avait dit, tu te rends à la gendarmerie de Saint-Etienne-de-Tinet, tu auras de l'aide. Là, donc, j'ai composé son numéro, elle ne m'a pas répondu, mais après, elle m'a envoyé un message. Elle m'a dit, oui, Zoé, effectivement, je comprends que tu sois en détresse parce qu'on est en alerte rouge, en fait, il y a un couvre-feu, là, tout le monde doit être chez soi.

Loïc Wow.

Zoé D'accord. Descends tout de suite à Isola 2000, tu passes par la route, si jamais il y a un souci, au moins, on te retrouvera. on ne passe pas par les sentiers. Et puis, j'appelle l'office de tourisme d'Isola 2000 et on va te trouver un logement. Et donc, je suis descendue en courant à Isola 2000 et effectivement, à l'office de tourisme, Olivia m'a adorablement mis à disposition un appartement de station de ski qui, en fait, était vide à cette période. Et là, j'ai pu prendre une douche chaude et décongeler et me remettre de tout ça et ça, c'était vraiment incroyable. C'était vraiment incroyable. Donc,

Loïc il pleuvait ou tu avais aussi, c'était alerte rouge par rapport à quoi ? Au volume de précipitation ? Tu avais de l'orage ?

Zoé Volume de précipitation et vent. Les deux. En fait, ils annonçaient un peu comme la tempête Alex. D'ailleurs, elle a un nom, cette tempête. Elle s'appelle la tempête... Je ne sais plus le nom de cette tempête, mais elle a eu un nom, cette tempête. Mais ce n'était pas agréable d'être dedans, en tout cas. Et surtout que moi, je n'avais aucune information comme quoi il y avait une tempête qui était en arrivant. Parce que franchement, je m'y serais prise vraiment autrement.

Loïc Oui. Comment tu aurais pu faire pour éviter... Je suis en train de réfléchir. Moi, ça m'est arrivé une fois sur le GR20 où on l'avait fait la deuxième fois, je crois que c'était en août, si je me souviens bien. Il y a souvent, tu sais, au mois d'août, les orages de fin d'été.

Zoé Violent.

Loïc Oui, assez violent. Et le GR20, tu es vraiment sur les crêtes tout le temps. C'est un peu l'idée. Et je me souviens qu'il fallait qu'on accélère. On partait très tôt le matin parce que systématiquement, au début d'après-midi, ça a éclaté.

Zoé Oui.

Loïc Et il y a une fois où on a fait trois étapes en une journée. Enfin, trois journées en une. Trois étapes en une. Et du coup, forcément, on est arrivé un peu plus tard. Et donc, on se l'est pris. Et je me souviens de cette sensation abominable où en fait, l'air vibrait autour de nous et où je me disais là, on va se faire, là, on se prend la foudre, c'est sûr. Et c'était terrible. Et du coup, depuis, je fais vraiment une fixette sur mes randos. J'essaie de regarder en avance la météo. Je vais sur des sites comme des sites de météo, les modèles arpèges, etc. Où je regarde un petit peu. Mais c'est vrai que si tu es au long cours, tu n'as pas de connexion. C'est quand même très compliqué. J'ai un peu du mal à imaginer comment tu aurais pu prévoir ça du coup.

Zoé Bah, effectivement, moi, je considère que j'ai fait à peu près tout ce qu'il fallait dans le sens où je me suis rapprochée du réseau. J'ai fait en sorte de charger mon téléphone, de jamais partir vraiment dans la montagne sans téléphone. Je me suis arrêtée avant que ce soit critique. J'ai toujours fait en sorte d'avoir chaud. J'ai changé mes vêtements. En fait, je visais la cabane. Je me suis rapprochée de la civilisation. J'ai appelé cette personne. Et c'est vrai que je ne vois pas trop ce que j'aurais pu faire autrement à ce moment-là. Parce que, ouais.

Loïc Ouais. Ça fait peut-être partie des choses qu'on ne peut pas éviter en montagne quand on part aussi longtemps que toi. les épisodes de météo un peu scabreux.

Zoé Ah oui. Oui, oui. Carrément.

Loïc Yes. En termes de rencontres, alors tu as évoqué le fait que tu as officiellement, on va dire, dressé le portrait de cinq femmes en particulier. Mais je suppose qu'il y a eu beaucoup, beaucoup d'autres rencontres. Est-ce qu'il y en a quelques-unes en particulier qui t'ont vraiment marquée ?

Zoé Oui, celle avec Annalisa qui, c'est en fait, elle est aussi alpiniste et elle fait aussi du secours en montagne. Et j'avais un peu lancé après des jours excécrables de météo, pareil dans les Dolomites, j'avais vraiment besoin de me mettre au chaud. Et j'avais envoyé un message sur un groupe Facebook de femmes en montagne italien en disant, ben voilà, on échange de crêpes et de photos. Si quelqu'un a un petit lit douillet à me prêter, ce serait bien volontiers. Et c'est comme ça que j'ai fait la rencontre d'Analisa et c'était vraiment une très, très chouette rencontre. On a parlé, on a parlé, on a parlé pendant des heures, etc. Et on était tellement émues de se séparer le lendemain. Enfin, on était toutes les deux en pleurs. Enfin, c'est vraiment des rencontres qui frappent, quoi. Et ben, on est toujours en contact. Et voilà. Annalisa, ouais, ça a été une très chouette rencontre. Elle a écrit un texte sur notre rencontre aussi. Et ce qui m'a touchée, c'est qu'elle m'a dit, ben là, ça m'a donné envie de vivre mon rêve, quoi, tant qu'il est en portant, etc. et je me dis, c'est hyper touchant, en fait, de voir, je ne sais pas, elle a 50 ans, je pense. Et elle m'a dit, mais j'ai tellement appris de toi, petite gamine, quoi. C'était vraiment, c'était vraiment excellent, quoi. Et puis, j'ai énormément appris d'elle aussi, parce qu'elle a fait des expéditions vraiment beaucoup plus engagées que ce que j'ai fait. Elle était d'une humilité assez incroyable, quand même, parce que, ouais, vraiment une belle personne.

Loïc C'est toujours fascinant d'entendre des témoignages comme le tien, où il y a des rencontres comme ça, qui se font, ben finalement, vous n'avez pas passé énormément de temps ensemble, mais où la connexion est extrêmement forte.

Zoé Oui.

Loïc Et ça me fait penser à, j'avais eu un invité, Eric, je ne sais pas s'il a toujours sa chaîne, je suis en train de regarder en même temps, son projet s'appelait Ciel mon bivouac.

Zoé D'accord.

Loïc Et lui, il avait fait Strasbourg, Strasbourg, le Portugal à pied, je crois, en plein Covid, donc c'était un peu compliqué, il avait mis, enfin c'était un très très long voyage, et il en avait fait un film aussi, et dans ce film, finalement, il a vécu, il a eu la chance de vivre à peu près la même chose que ce que tu viens de raconter, il a rencontré une personne vraiment complètement par hasard, il me semble que c'était en Espagne, et finalement, au bout de quelques heures, quelques jours maximum, il a dû repartir, et c'était dans le film, tu as l'impression vraiment que c'est un déchirement absolu de gens qui, enfin, tu pourrais croire qu'ils se connaissent depuis 20 ans et qui savent qu'ils ne vont plus se revoir, tu vois, alors que finalement, l'abse de temps était assez court, mais la connexion était extrêmement intense.

Zoé Ah bah oui, je comprends tout à fait, ouais. C'est génial en tout cas

Loïc que tu sois encore en contact avec ces personnes-là.

Zoé Ah bah oui, bah c'est, ouais, ça me porte beaucoup, oui, de savoir qu'elles sont là, que, ouais, et puis on a des beaux échanges encore, Ramona qui m'envoie les photos de ces petites chèvres dans l'alpage en ce moment, enfin, c'est fou, quoi, c'est des réalités complètement différentes et qui se croisent et qui communiquent, et c'est, ouais, c'est fort.

Loïc Ça doit être assez complexe de, quand t'as rencontré ce genre de personnes et que t'as vécu finalement de manière assez isolée, quand même relativement coupée des sujets, on va dire, du quotidien classique, de revenir à un rythme normal, tu vois, occidental, hyper connecté, etc., ça doit pas être évident.

Zoé Bah, moi je croyais, enfin, à partir du moment où j'ai vu le lac Léman, pour moi, c'était quasiment la fin, quoi, alors que j'avais encore toutes les Alpes françaises et italiennes. Oui, c'est long encore. pendant ce, oui, mais c'était une infime partie finalement par rapport au reste, mais c'est surtout que je me suis sentie immédiatement chez moi, quoi. Les règles de bivouac, c'était ma langue, enfin, en fait, c'était beaucoup plus familier, en fait, comme environnement, plutôt que de parler allemand ou italien. le retour en France m'a permis une grande familiarité, donc me sentir comme chez moi et à partir de ce moment-là, j'ai vraiment pris, enfin, particulièrement la dernière semaine, j'ai vraiment pris mon temps avant d'arriver à la mer. Je passais deux nuits à chaque endroit parce que j'avais pas du tout, du tout envie d'arriver. Donc, j'ai aussi participé à un chantier participatif de rénovation d'un gîte à Sospel. Enfin, non, pas Sospel, n'importe quoi. J'ai oublié le nom du village. À Sarge, voilà. Et, bah, c'était fou, quoi, de prendre le temps aussi des rencontres et de prendre le temps avant d'arriver. Donc, en fait, quand je suis arrivée à Monaco, j'avais un peu préparé cette arrivée et je me disais, là, il faut arriver aussi parce qu'il y avait de la neige, les conditions devenaient vraiment hivernales, aucun magasin n'était ouvert pour faire leur habito, je devais porter à chaque fois que j'achetais de la nourriture, j'achetais 15 kilos de nourriture parce que j'avais une faim aussi. Wow ! Ah, j'avais une faim, mais ça me rongeait. En fait, à partir du premier tiers du voyage, j'avais faim, j'avais super faim parce que j'avais plus de réserve, je mangeais jour et nuit tout le temps, tout le temps. Ah, les petits tips, si, c'est les cacahuètes. Les cacahuètes, c'est plein de gras et ça, ça m'a ça me tenait au corps un peu. Mais le matin, je mangeais de la polenta, une plâtrée de polenta avec des raisins secs. Ah, mais c'était monstrueux. Franchement, j'étais monstrueuse à voir. J'ai fait peur à mes parents quand je suis revenue à ma famille. J'avais toujours un régime de banane sur moi ensuite parce que j'avais trop peur d'avoir faim. J'étais invitée chez des gens, j'avais mon régime de banane parce que je savais que je ne mangerais jamais assez à ma faim.

Loïc C'est énorme. Tu as perdu du poids du coup ?

Zoé Ah, bah ouais, j'ai perdu du poids, oui. Mais, bah, je pense que j'ai perdu 6 kilos parce que je m'étais pesée en Suisse et j'avais déjà perdu 5 kilos. Et ensuite, je pense que, bon, ça, c'est pas fini.

Loïc Ouais.

Zoé Ah ouais, ça, ça, ah bah ça m'a, j'ai pleuré devant un plat de pâtes avec une sardine. C'était, ah, c'était fou, quoi. Ouais. Ouais. Je me suis perdue parce que je racontais autre chose avant. Ouais,

Loïc on était sur la fin de projet où tu disais que finalement, en fait, tu l'avais énormément anticipé et que c'est là où on est arrivé à la nourriture que tu sentais qu'il était temps de finir.

Zoé Voilà, il était temps de finir et je me suis dit que j'aurais dû, je sais pas, si je repars aussi loin, aussi longtemps surtout, comment je gère cette fin, quoi. Enfin bref, en tout cas, je suis arrivée à Monaco, je savais que c'était le temps d'arriver et donc, je l'ai pas mal vécu et puis, ce qui m'a permis de relativiser aussi, c'est que je savais que j'avais le projet de film, donc je savais qu'une autre aventure m'attendait pour raconter ce périple, donc ça, c'était pas une rupture brutale et surtout qu'en plus, j'habite à Grenoble et je sais que les montagnes, elles sont toujours là, donc ça, c'est vraiment, c'est un grand réconfort. Je les vois depuis ma fenêtre et je me dis, en quelques heures de pédalage et quelques heures de marche, je suis dans un endroit vraiment magnifique et serein et en paix, donc ça, vraiment ça, ça m'aide.

Loïc Et ça t'a pas donné envie de partir t'installer, toi aussi, dans les montagnes, de devenir, je sais pas, secouriste CRS en montagne ou éleveuse de chèvres pour du fromage ?

Zoé Ça m'a surtout donné envie de faire d'autres projets comme ceux-là et de réaliser des films sur ces aventures. mais je suis aussi attachée à toute la vie militante, culturelle, etc., que je connais moi ici à Grenoble, donc non, finalement, j'ai pas eu envie d'y vivre au long terme.

Loïc Tu viens de l'évoquer, le fait que ça t'a donné envie de te lancer dans d'autres projets, est-ce qu'il y a déjà du teasing qui est possible ? Est-ce que tu prépares autre chose ? Ou là, pour le moment, c'est le documentaire et on verra ensuite ?

Zoé Là, c'est à fond documentaire. Le prochain environnement dans lequel j'aimerais me plonger, c'est la haute mer.

Loïc J'en étais sûr. Il y a tellement de ponts entre la haute montagne, la mer, c'est vraiment fascinant. Le nombre d'invités qui sont sur ces deux univers, c'est assez fou. Je ne suis pas vraiment surpris.

Zoé C'est deux environnements qui invitent vraiment à repenser sa place dans le monde en tant qu'humain et qui nous rendent vraiment vulnérables et à la fois humbles. C'est vraiment, je trouve, des environnements qui remettent les choses à leur place. Les priorités, l'essentiel.

Loïc Il faut absolument, je te filerai sur mon contact, que tu échanges avec Julia Vira. C'est une invitée que j'ai reçue. Je ne sais pas si tu la connais.

Zoé Tu la connais ? Mais bien sûr. Bien sûr, quand même. Excellent. Elle est incroyable, Julia.

Loïc Elle est incroyable.

Zoé Elle avait dématé sur une de ses aventures-là. C'était impressionnant à voir aussi. Parce qu'en haute mer, perdre son masque, c'est quelque chose.

Loïc Oui, c'est clair. Julia, s'il y en a qui la découvrent en nous écoutant, Julia Vira, c'est une des rares femmes guides de haute montagne en France. Je crois qu'il y en a une quarantaine. En tout cas, c'est le chiffre que j'avais en tête au moment où on avait échangé avec Julia sur plus de 1000 guides de haute montagne. Donc, elle est guide de haute montagne et navigatrice. Je crois que maintenant, elle fait du solitaire, il me semble.

Zoé Oui, oui, oui.

Loïc Quand on avait échangé, elle préparait un projet en équipage. Mais maintenant, elle fait du solitaire. C'est une femme incroyable qui a fait notamment... On avait beaucoup échangé sur son ascension de El Capitan qu'elle a fait en 12 ou 13 jours. une expérience

Zoé incroyable.

Loïc Extrêmement intense et très belle et à la fois terrible. il y a le lien en description de cet épisode. Allez l'écouter. Mais bon, écoute, du coup, je ne pourrais pas te fier son contact. Tu la connais déjà. Tu as déjà échangé.

Zoé Je n'ai pas son contact. Ah, je pensais qu'il avait échangé. Ce n'est pas une amie. Je l'admire énormément.

Loïc Mais quand tu me dis mère montagne et que le prochain projet, c'est la mère, je pense qu'elle aura plein de choses. Vous aurez plein de choses à vous raconter.

Zoé C'est bien, super.

Loïc Fabuleux. Eh bien, écoute, Zoé, un immense merci. C'était passionnant d'en apprendre plus sur déjà un peu qui tu es et puis tes motivations à te lancer sur un projet de tête envergure. Je rappelle du coup à toutes celles... Ah, ben attends, d'ailleurs, parce que là, on enregistre tout début mars. Est-ce que la prolongation sur Ulule sera encore active d'ici quelques semaines ?

Zoé Ah oui, absolument. Oui, oui.

Loïc OK. Génial. Bon, eh bien donc, si vous souhaitez en apprendre encore plus sur le projet du documentaire, il y a le lien vers le site Ulule en description de l'épisode. Et si vous souhaitez contribuer, allez-y. rejoignez-moi, je l'ai fait juste avant l'échange avec Zoé. C'est vraiment un très, très beau projet. Donc, merci encore Zoé.

Zoé Merci à toi, Louis.

Loïc À très bientôt.

Zoé À très bientôt. À très bientôt. Sous-titrage ST' 501 Sous-titrage ST' 501 Sous-titrage ST' 501 Sous-titrage ST' 501

Transcription automatique relue · susceptible de contenir des imprécisions.

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