Les Frappés Les Frappés
Saison 5 EP·212 Montagne #highline #record #champion du monde

03 juillet 2025

Marcher là où volent les oiseaux : l’univers de la highline avec Benoît Brume

Durée · 58 min · Transcription disponible

Benoît

Le récit

Benoît marche là où les oiseaux volent. Il est un Highliner, une discipline dérivée du funambulisme qu'il pratique depuis plus de 10 ans.

En 2022, il a établi un record du monde de distance, en marchant sans chuter une ligne de 2710m de long en Auvergne 😳. Benoît est également sacré champion du monde du 60 mètres chronométré à Laax (Suisse). 

Benoît est aussi un rescapé, survivant d'un accident grave en montagne survenu en 2024 qui a mis un coup d'arrêt à sa pratique sportive. 

Excellente écoute à vous.

🔎 Benoît est ambassadeur de la marque outdoor française Cimalp.

🎙 Les épisodes qui pourraient vous intéresser :
👉 Johanne Humblet - Artiste funambule - Persévérer, innover et se construire grâce à l'échec

Pour suivre Benoît c'est par ici 👇🏼
📸 Instagram
🌏 Site internet

Pour soutenir Les Frappés 👇🏼
❤️ Deviens Tipeur sur Tipeee
✅ Follow le podcast sur ta plateforme d'écoute
🙂 Parle du podcast autour de toi et partage cet épisode
⭐️ Laisse une note et un commentaire sur Apple Podcasts ou Spotify

Pour prolonger l'épisode 👇🏼
📖 Découvre le Journal des Frappés : les enseignements de mes invités, dossier par dossier
💌 Abonne-toi à la newsletter
📸 Suis-moi sur Instagram

Des suggestions ou envie de partager ton avis ? Envoie-moi un email.

Transcription

Lire la transcription intégrale

Loïc Hello, hello ! Vous écoutez Les Frappés, le podcast de celles et ceux qui se dépassent. Je suis votre hôte Loïc, ancien sportif de haut niveau en judo, coach, préparateur mental et amoureux d'activités outdoor en tout genre. Ma conviction, c'est qu'on a tous une petite étincelle de folie et d'audace, une version un peu frappée de nous-mêmes au potentiel exceptionnel qui sommeille en nous. J'ai créé ce podcast pour vous faire découvrir des femmes et des hommes qui ont osé le réveiller. Mes invités sont des athlètes de tous niveaux, des aventuriers professionnels, des voyages aux eaux longs cours, des entrepreneuses ou encore des militaires, des forces spéciales. Leurs témoignages au micro du podcast sont de puissantes invitations à passer à l'action. Attention, une écoute régulière peut entraîner des changements positifs irrévocables dans vos vies. Merveilleux, merveilleux. Benoît, bienvenue au micro défrappé. Je suis absolument ravi de te recevoir et merci avant toute chose. Merci beaucoup à Victoria de chez Simalp d'avoir coordonné tout ça et surtout de m'avoir suggéré qu'on se rencontre. Bienvenue Benoît, une fois de plus.

Benoît Bonjour Loïc, merci.

Loïc Benoît, j'ai un paquet de questions pour toi. Principalement motivé par, un, le fait que je connais assez peu ta discipline. Deux, motivé par le fait que tu es quand même clairement un des meilleurs français, tu évolues à très haut niveau à l'international. Je ne sais pas s'il n'y a que la compétition, tu nous diras, en tout cas principalement la compétition qui te motive, ou s'il y a aussi une démarche artistique qu'on retrouve souvent quand même dans ce que tu fais. Mais voilà, énormément de questions pour toi. Je pense que la toute première, ce serait tout simplement, est-ce que tu peux nous expliquer ou expliquer à ceux qui ne connaissent pas du tout ce que c'est que la Highline, de quoi il s'agit ?

Benoît La Highline, en fait, c'est assez simple. Vous avez tous déjà vu, je pense, la Slackline. C'est le fait de marcher sur un fil. Généralement, ceux-là, on les retrouve dans les parcs, entre deux arbres. La Highline, c'est exactement la même chose, sauf que ça se fait entre deux montagnes ou en hauteur, entre deux points en hauteur, qui implique de devoir s'attacher pour ne pas s'écraser au sol en cas de chute. Excellent.

Loïc Excellent. Alors, j'en profite, j'étale le peu de connaissances que j'ai, un peu comme la confiture, sur une tartine. J'avais reçu, je ne sais pas si tu la connais, je ne sais pas à quel point ton univers est grand ou pas, mais Johan Humblé, je ne sais pas si ça te parle, qui est funambule et qui m'avait expliqué la différence à l'époque entre les fils de féristes et les funambules, qui n'est pas tout à fait la même chose. Donc, s'il y en a qui avaient écouté l'épisode, peut-être qu'ils s'en rappelleront. Pour les autres, la petite nuance, et tu me dis, Benoît, si je raconte n'importe quoi, je te dis ça de tête, mais c'est que les fils de féristes, il y a une notion de hauteur qui est finalement relativement faible, quelques mètres maximum, alors que les funambules, finalement, c'est un peu nos limites. Et je pense que tu vas nous confirmer tout ça dans le récit de ce que tu as déjà pu réaliser.

Benoît Alors, effectivement, les funambules, c'est nos ancêtres, c'est les anciens, comme on les appelle. C'est une discipline qui a ses cousines. Les funambules, effectivement, ils évoluent sur un câble en métal, donc il y a aussi une notion de matériel par rapport à la slackline, alors que nous, en slackline, on va évoluer sur une sangle textile plate, alors que les funambules vont évoluer... Enfin, les funambules, en fait, c'est le fait de marcher sur un fil. Après, effectivement, les anciens funambules, eux, évoluent sur un câble en métal et avec l'aide d'un balancier.

Loïc Exactement. Ah, et c'est vrai qu'elle avait un balancier qui faisait plusieurs mètres.

Benoît Oui, c'est de plusieurs mètres et entre 10 à 20 kilos en fonction des personnes. Et du coup, ça permet vraiment de centrer, de descendre le centre de gravité et de leur conférer une grande stabilité. Et ensuite, donc, je n'ai pas envie de dire que c'est plus facile, je n'ai jamais essayé. J'aimerais bien, d'ailleurs, un jour. Et la différence aussi, qui est quand même non négligeable, c'est qu'au niveau de la tension, eux, ils vont se retrouver sur des câbles qui vont être très, très, très tendus grâce à l'aide de Cavaletti. Donc, en gros, c'est des câbles qui rattachent le fil au sol tous les 50 mètres. Et ça permet que le câble ne bouge pas du tout. Tandis que la slackline et la highline, nous, on est attaché uniquement du point A au point B et on est soumis aux éléments. Au vent, on va beaucoup plus bouger. Le fil, il est beaucoup plus détendu. Donc, on a des tensions qui sont moins importantes et ça nous permet de plus flotter. Et par contre, la grande différence aussi, pour la souligner quand même, c'est que nous, on est attaché et les fils de ferris, pas forcément, voire pas du tout.

Loïc Oui, exactement. Et Joanne, en l'occurrence, c'était avant tout une pratique artistique qu'elle avait. Et elle m'avait expliqué qu'elle avait déjà fait des spectacles, des performances à 55 mètres et que même à cette hauteur, elle n'était effectivement pas sécurisée. Ce qui est assez hallucinant. Mais OK, donc voilà pour la petite introduction sur la discipline en question. Toi, donc, c'est bien la highline. Comment tu tombes là-dedans, toi ? C'est quoi un peu ton histoire avec ce sport ?

Benoît Moi, la slackline, j'ai commencé ça au sol, comme la plupart des gens. J'ai commencé ça à l'UNS est escalade. C'est le professeur d'escalade qui avait posé une ligne dans la salle un jour. Là, j'ai fait, ça a l'air rigolo. J'ai jeté les chaussons et j'ai dit, aujourd'hui, pas d'escalade, je me mets là-dessus. Et puis, du coup, j'en ai essayé comme ça. Et en fait, la slackline, ça a ce côté très ludique où tu commences sur 10 mètres de long, à 1 mètre du sol ou même pas à 1,5 mètre du sol à 50 cm. Et puis ensuite, tu as envie d'aller plus long. Donc, 20 mètres, 30 mètres, ainsi de suite. Sauf que la highline, en fait, moi, j'ai découvert ça dans le sens où si tu veux faire de la slackline plus longue au sol, tu es obligé de la mettre plus haute. Parce qu'il y a forcément un moment où tu vas toucher le sol au milieu. Donc, tu es obligé de la lever au niveau des ancrages. Et puis, je m'étais cassé le pied en escalade, d'ailleurs. Et puis, je n'avais vraiment pas du tout envie de retomber sur mon pied. Et au-delà de 20-30 mètres, la ligne se retrouve déjà à quasiment de 1,5 mètre aux ancrages. Et je me demande, c'est trop haut. Mais j'ai vu, en fait, que la highline, ça existait. Donc, tu vois, c'est super bien et tout. Mais c'est la solution parfaite, en fait, pour pouvoir faire plus long sans risquer de se faire mal. Parce que si je tombe, je suis attaché, je n'aurai aucun contact. En fait, pour moi, la highline m'est apparue dès le début comme une évidence d'un sport plus sécurisant que la slackline au sol, en quelque sorte.

Loïc Ce qui, pour les gens qui n'en pratiquent pas, pourrait paraître un peu contre-intuitif. Tu vois, vu la hauteur.

Benoît C'est effectivement assez contre-intuitif parce qu'il y a cette notion de hauteur qui, du coup, nous classe dans la catégorie sport extrême. Mais en réalité, j'aime bien le dire, la highline, c'est le sport extrême le plus safe du marché. Parce qu'effectivement, on ne fait que marcher sur un fil. Et puis, si on tombe, on tombe dans des nuages et il ne se passe rien. Et puis, du coup, j'ai tanné un peu. J'avais trouvé des gens qui en faisaient sur Strasbourg. C'est là où j'habitais à l'époque quand j'étais enfant. Et puis, je les ai tannés. J'ai dit, vous m'emmenez, vous m'emmenez, vous m'emmenez. Ils ont dit, oui, d'accord, allez, on y va ce week-end. Et puis, du coup, j'ai essayé. Alors, la première fois que je me suis retrouvé sur un fil à 20, 30 mètres de haut, théoriquement, je savais que c'était sécurisé, etc. Mais une fois dessus, mon cerveau, il n'a pas compris.

Loïc D'ailleurs, ça annonce, je ne sais pas exactement comment le qualifier, cette sorte d'illusion, de jeu du cerveau. Je ne sais pas si tu as déjà fait ce type d'activité, mais avec mon boulot, on avait fait une sortie un peu team building, machin, etc. en Suisse, et c'était un parcours en réalité virtuelle. Donc, tu arrives dans un immense hangar. On te met un casque sur la tête, donc tu ne vois plus rien d'autre que ce qui s'affiche sur tes lunettes. Et il y avait un moment donné, en fait, on devait traverser un truc virtuel, un énorme précipice avec une toute petite, enfin, une planche de bois extrêmement fine, enfin, pas large du tout. Et donc, il fallait mettre un pied devant l'autre. Et en sachant pertinemment, tu vois, qu'on était dans un hangar, que la planche en bois qui, pour le coup, était réelle, était posée à même le sol, en fait, ton cerveau, il vrille complètement, tu vois. Tu n'as plus aucun équilibre. Tu dis non, mais là, je risque de tomber. Alors qu'encore une fois, rationnellement, tu sais que tu ne risques absolument rien. Je ne sais pas s'il y a un terme, tu vois, qui est...

Benoît Je dirais l'instinct de survie, sûrement, ou la...

Loïc Ouais, peut-être.

Benoît Non, je pense que le cerveau est suffisamment bien fait, il nous a conditionné pendant des années pour nous dire que hauteur égale chute égale mort. Du coup, cette peur, en quelque sorte, elle est naturelle. Et c'est ce qui maintient beaucoup de personnes en vie, j'imagine.

Loïc D'ailleurs, il y a une... Enfin, qu'est-ce qui définit la highline ? À partir de quelle hauteur au sol ? Est-ce qu'il y a une sorte de consensus là-dessus ? À partir de quelle hauteur au sol ? Est-ce qu'on n'est plus sur la slackline, mais bien sur la highline ?

Benoît À partir du moment où il faut s'attacher. D'accord. Et généralement, on considère que c'est une dizaine de mètres, parce qu'en fait, en dessous de 10 mètres, tu ne seras pas assez haut pour pouvoir t'attacher avec la sécurité et un rôle, parce qu'en fait, avec la flèche, le rebond de la ligne, etc., ou potentiellement la rupture de ligne principale et la mise en action du système de sécurité, tu fais un retour au sol quand même. Donc en gros, faire une highline de 5 mètres, ça ne sert à rien, parce que tu vas quand même te faire le bobo. Donc voilà, on dit qu'à partir de 10 mètres, c'est de la highline, et ensuite, ça peut monter autant que tu peux trouver de hauteur. Sachant qu'après, il y a plein de sous-disciplines. La slackline, en fait, c'est le sport général. Après, tu vas avoir du coup la highline, tu vas avoir la midline, si tu as besoin de t'attacher, mais qu'elle n'est pas vraiment très très haute. Donc là, c'est entre tout ce qui est 10 et 40 mètres, on va dire. Tu vas avoir la waterline quand on fait au-dessus de l'eau, la rodeo line quand elle est très détendue, enfin bref, de la jump line aussi, ça c'est quand c'est très très tendu, tu fais du rebond dessus, c'est des figures, etc. Highline freestyle, enfin bref, c'est un peu comme le vélo, le BMX, le vélo de descente. Oui, ça se décline. De sous-discipline.

Loïc Oui. J'ai vu de la highline entre deux montgolfières.

Benoît Voilà, par exemple. Là, c'est très haut, ça. Ça peut monter jusqu'à 3000 mètres de haut, les montgolfières, c'est assez sympa.

Loïc Question très précise de quelqu'un qui ne connaît pas du tout ton milieu. Comment, et je me la pose systématiquement quand je vois des lignes tendues, tu vois, dans des endroits improbables, comment tu te débrouilles pour tendre la ligne initialement ? Parce qu'il y a des, j'ai déjà vu des lignes tendues, tu vois, entre des endroits, je me dis, mais ils n'ont pas pu passer par la terre parce qu'il y a des arbres, des rochers, des précipices. Comment ils se sont débrouillés pour tendre ce machin ?

Benoît Alors, il y a deux solutions. Généralement, on appelle, la première solution, c'est de faire la connexion en manuel. Donc, généralement, tu as une équipe de chaque côté, enfin même toujours. Et puis, tu vas ajouter une ficelle si tu es d'une part et d'autre d'un précipice ou d'une falaise ou d'une montagne. Donc, tu jettes une ficelle en bas de la falaise ou en bas de la montagne. Et puis ensuite, tu en as un troisième au milieu qui va récupérer la ficelle et qui va connecter les deux ficelles ensemble. Ensuite, tu lèves la ficelle qu'on appelle un ficellou. Et ensuite, seulement, tu fais passer la ligne avec un diamètre de ficelle de plus en plus important pour résister au poids de la ligne. Ça, c'est quand ton terrain au milieu, il est praticable. Après, des fois, tu vas voir des ravins, des rivières, des forêts. Donc là, c'est plus compliqué. Et en fait, on triche. Raconte, vas-y. Tout simplement, un drone.

Loïc Ok, je me posais la question si ça se faisait avec des drones.

Benoît Un drone avec un fil de pêche. Donc, on essaie d'avoir le diamètre le plus petit possible, mais quand même le plus résistant possible. Donc, on fait voler les fils de pêche. On récupère la ficelle. Et ensuite, on fait passer petite ficelle, moyenne ficelle, grosse ficelle, la sangle et ainsi de suite. Je dois s'imaginer que pour tirer un kilomètre de ligne au final, on a dû tirer sur 4000 mètres de ficelle au total. Wow, ok. Voilà. Et ça, c'est génial parce que les drones, c'est une technologie qui est arrivée récemment en quelque sorte. Ça fait moins d'une dizaine d'années qu'on les utilise. Moi, quand j'ai commencé la Highline, les drones, ça n'existait pas ou ce n'était pas forcément imaginable d'utiliser ça comme outil. Mais du coup, avant, eh bien, avant, on galérait.

Loïc Ouais, j'imagine.

Benoît On le faisait à l'ancienne. S'il y a une forêt, tu prends ta ficelle, tu t'attaches un caillou, tu la jettes 30 mètres plus loin. 30 mètres, c'est déjà un beau lancer pour une ficelle. Et ça vient se tanker dans un arbre. Du coup, tu descends, tu vas dans l'arbre, tu escalades l'arbre, tu démêles tout, tu refais une bobine, tu relances 30 mètres plus loin, tu désescalades ton arbre, tu remontes dans l'arbre 30 mètres plus loin, tu recommences et comme ça, sur 500 mètres.

Loïc Ouais, donc la journée pour installer le truc et quelques minutes ou secondes pour traverser.

Benoît Les connexions pouvaient prendre plusieurs jours, parfois, pour les installer les plus compliqués. Et maintenant, avec un drone, c'est fait 10 minutes, ça, c'est incroyable. Et par contre, effectivement, après, une fois que le pont est tendu, des fois, c'est assez rigolo quand tu as ta ligne qui passe à travers d'un canyon, qu'il faut à peu près deux heures de voiture pour atteindre un point à l'autre en faisant tout le tour, redescendre dans la vallée et remonter, avec ta ligne, tu as un pont, en fait, qui est construit 10 minutes plus tard, tu es en face. Incroyable.

Loïc Incroyable. Bon, ben voilà, maintenant, je saurais, ça répond à une question que j'ai dans la tête depuis, je pense, une bonne dizaine d'années. Merci, merci Benoît. Tu mentionnais un peu plus tôt que ce qui t'a amené sur la slackline à la highline, c'est cette notion de sécurité à un moment donné où tu t'étais blessé. Mais qu'est-ce qui fait que tu as accroché par la suite ?

Benoît Eh ben, du coup, j'avais tanné, comme dit mes amis, pour monter sur cette ligne pour qu'on installe ensemble, etc. Je me retrouve sur ma ligne à 30 mètres de haut en train de me demander mais qu'est-ce que je fais là ? Parce que quand même, ce n'est pas du tout comme dans les simulations. Là, ça fait vraiment peur. Mais la ligne, elle bouge vraiment beaucoup plus que les petits essais que j'avais essayés dans le parc en me disant de me lever sans le sol parce que quand tu démarres une slackline au sol, tu démarres du sol et tu montes une marche et d'un coup, tu te retrouves sur le fil. Quand tu es sur une outline, en fait, il n'y a pas de sol. Du coup, il faut que tu fasses ce qu'on appelle un départ assis. Donc, tu sois capable de te lever uniquement à partir de la ligne sans aucun autre élément. Et du coup, j'essaye de me lever, je pousse sur mes jambes. Réguleusement, elle répond, j'arrive à me lever et là, en fait, je chute parce que forcément, c'est généralement ce qui se passe quand tu commences. Tu chutes la tête de la première et puis j'ai déjà fait de l'escalade. Donc, moi, la confiance matos en soi, je l'avais. Je sais que ça tient. J'ai vu l'installation. Je sais qu'il y a de sécurité. C'est pas ça qui me faisait peur. Mais j'ai déjà fait des plombs aussi en escalade. Mais quand tu chutes d'une outline, en fait, tu chutes tête première. Tu perds tous tes repères. Le monde s'inverse et tu plonges vers le vide et là, tu dis ah ! La première fois, j'ai crié. Je pense que toute la vallée m'a entendu. Et après, par contre, j'étais suspendu dans mon leash, là, pantelant. C'est bon. Ça fonctionne comme prévu. Je suis toujours vivant. Il n'y a plus qu'à. Allez, on recommence.

Loïc Oh, punaise. OK. Parce que t'as... Comment t'appelles ça ? T'appelles ça une longe ? Ce qui te maintient en sécurité ?

Benoît On appelle ça un leash. Un leash, c'est la longe de sécurité. C'est le glissisme, tout ce qui est de plus que beaucoup du vocabulaire et anglais. Et le leash, il fait quelle longueur, à peu près ? Il fait de la longueur de tes jambes, plus 30-40 cm pour avoir un peu de mou.

Loïc Ah, punaise. En même temps que tu me racontes tout ça, je suis sur le site de Simalp, et j'ai une photo sous les yeux. Alors, je ne sais pas où c'était, mais où il y a une... Enfin, t'as l'air d'être quand même très, très haut. Pour le coup, il y a des oiseaux qui volent autour de toi. Et t'es globalement à la hauteur des nuages dans les montagnes en face.

Benoît Avec une falaise sur la gauche. Oui, exactement. C'est ça. C'est où ça ? À côté de Grenoble, sur le secteur MHP. Donc, Marmotte Alliance Project, c'est un festival qui existe depuis 10 ans. Et puis, cette ligne-là, elle s'appelle Vive la violence.

Loïc Oui, OK. Génial. Ce qui m'a mené...

Benoît Oui, elle est très caractéristique parce que t'es ancré sur une falaise. Et en fait, t'es ancré sur un éperon rocheux qui fait une avancée et du coup, ton ancrage, il est accroché au plafond en quelque sorte, ce qui fait que sous les pieds, t'as rien du tout. Quand t'as rien vers le bord, t'avances vraiment vers du vide complet.

Loïc Ouais. Du coup, c'est exactement ce que j'allais te demander. Comment tu sors d'une highline comme ça où à l'arrivée, le point d'ancrage, comme tu dis, est complètement au-dessus du vide ?

Benoît Là, tu fais demi-tour et tu vas de l'autre côté. En franchement, tu pourrais sortir en faisant une remontée sur corde parce qu'il y a 20 mètres de remontée sur corde pour l'équiper. Mais généralement, tu ne viens pas avec ta grigri et ton poignet quand tu vas sur la ligne. Donc, tu fais demi-tour et tu rentres à l'ancrage maison qui, lui, est beaucoup plus de fil. Ok.

Loïc C'est quoi le rôle de… Est-ce que quand tu es sur une highline comme celle-ci qui… Je ne sais pas d'ailleurs si techniquement c'est les plus compliqués ou si c'est juste qu'elle est impressionnante. Tu vois, souvent, quand tu ne connais pas un sport, tu as l'impression que quelque chose… Comme tu ne connais pas, tu as des repères qui sont très différents. Tu te dis, oh punaise, ça a l'air hyper dur alors qu'en fait, pas forcément et c'est plutôt des passages qui ont… Quand tu vois quelqu'un le réaliser et qu'il le fait de manière très smooth, tu te dis, ah ben, c'est là que c'est le plus tendu. Des lignes comme ça, c'est juste impressionnant ou il n'y a pas vraiment de différence finalement, quels que soient les points d'ancrage, etc. Ça reste… La highline, ça reste à peu près le même effort à fournir que ce soit mental, physique.

Benoît La hauteur n'a aucune influence technique. Le fait que ta ligne, elle fasse… Qu'elle soit attachée à 10 mètres de haut ou bien à 500 mètres de haut, ça reste la même ligne. Donc en fait, techniquement, ça ne va rien changer. Elle sera toujours aussi facile ou difficile. Ce qui va changer, en fait, ça va plus être au niveau du mental et du visuel. Ça, on ne va pas se le cacher. Ça va jouer. Quand tu es à 10 mètres, tu as des points de repère. La seule chose qui va peut-être un peu changer, c'est au niveau du visuel. Quand tu es à 10 mètres de haut, tu as un visuel qui t'entoure, qui est vraiment très proche. Donc ton sol va plus facilement s'adapter à ça. Quand tu es à 500 mètres, ta falaise, elle est tellement loin que de toute façon, ton sol, tu ne le prends plus en considération. Donc tu évolues vraiment uniquement sur ta ligne. Mais globalement, c'est... En fait, oui, et puis pareil, ça ne va rien changer d'être à 10 mètres ou à 500 mètres. C'est vraiment une question de peur, de vertige et d'abréhension du vide. Après, ce qui va faire la difficulté d'une ligne, c'est effectivement la longueur, le poids de la ligne, la tension, le vent, le matériel et ce genre de choses.

Loïc Parce que la longueur, plus il y a de longueur, je suppose, plus t'as de ce phénomène de balancier quand tu te retrouves plus au milieu de la ligne, j'imagine.

Benoît Alors, les lignes, on va dire, augmentent en difficulté avec la longueur jusqu'à 100, 150 mètres. C'est-à-dire qu'une ligne de 20 mètres, ça fera plus facile qu'une ligne de 40 et ainsi de suite jusqu'à peu près à 100, 150 mètres. Et à partir de 150 mètres, il y a quelque chose de magique qui se crée. Tout ce qui est lignes de 200 mètres et plus deviennent, je ne sais pas pas dire, faciles, mais n'augmentent plus en difficulté.

Loïc D'accord.

Benoît C'est-à-dire qu'en fait, une ligne qui fait 600 mètres, c'est tout aussi simple qu'une ligne qui en fait 200 ou même 1 kilomètre. En fait, ce qui va, techniquement parlant, je ne sais pas, c'est-à-dire qu'en fait, marcher une portion de 20 mètres sur ces trois lignes, ça va être strictement la même chose, à peu de choses près. ce qui va changer en fait, c'est l'engagement physique et mental de la traverser. Parce qu'il faut que tu saches que tu sois capable de la traverser, d'en revenir et dans un temps, on va dire, relativement court parce que les conditions météorologiques peuvent changer et plus tu es alignée grande, plus elle est exposée aux conditions et au vent. Ah,

Loïc je n'avais pas pensé à ça. Ah, ok, ok. Parce que typiquement, c'est quoi ? Alors, je ne pose pas la question à la bonne personne parce que je sais que tu as des records de vitesse et des premières places en compétition qui sont aussi basées sur le chrono. je ne sais pas si tes temps à toi sont représentatifs, mais 100 mètres, un eyeliner classique, il met combien de temps pour faire 100 mètres ?

Benoît Un eyeliner classique, quand il débute, il va mettre une heure et puis maintenant, les records du monde, c'est aux alentours dès 55 secondes.

Loïc What ? Attends, quoi ? Attends, une heure pour faire 100 mètres pour un eyeliner qui débute ou on va dire qu'il y a un niveau amateur mais à peu près… Non,

Benoît la première fois que tu arrives à traverser une ligne de 100 mètres, tu mets ton heure.

Loïc Ok, et des champions du monde de vitesse comme toi, moins d'une minute ?

Benoît Oui.

Loïc Attends, mais tu cours en fait du coup, quasiment ? Oui, c'est le principe

Benoît de la speedline de la vitesse.

Loïc Oh mais sérieux ? Ok, d'accord. Et donc, on n'en a pas encore parlé mais tu as le record du monde de distance. Alors, plus maintenant. Plus maintenant ? Aïe, aïe, aïe. Il a été battu. Aïe, de combien ?

Benoît Mais du coup, j'ai passé le record du monde de distance en 2022 sur 2,7 kilomètres.

Loïc Sachant qu'avant, c'était 2,1, c'est ça ? Si j'ai bien noté. C'est ça,

Benoît exactement, oui. Et il a été battu l'été dernier par une équipe américaine et ils sont montés à 3 kilomètres. 3,1 kilomètres. Ok.

Loïc Ok. Donc, ex-détenteur d'un record du monde qui a duré quand même deux ans du coup.

Benoît Il a tenu deux ans. Il a tenu deux ans. On était huit à l'avoir validé. C'était vraiment un projet collectif où on était toute une équipe à avoir monté ce projet et on est huit de l'équipe à avoir validé le record.

Loïc Ok. Et donc là, typiquement, combien de temps il t'a fallu pour faire ces 2,7 kilomètres sans chuter ?

Benoît Moi, 1h16.

Loïc Waouh. Rampire. Ok. Mais alors, attends, là, il faut que tu m'expliques, t'évoquer. Donc, je pense que pour pas mal de gens, on peut à peu près imaginer, enfin, imaginer, j'en sais rien, mais on peut concevoir un peu l'effort physique, tu vois, avec le mouvement de la ligne, tout est instable. Donc, j'imagine que tu dois travailler aussi bien les bras qui te servent de balancier que les jambes, les abdos, le dos. Enfin, tout doit être à peu près mobilisé. Par contre, mentalement, comment tu te prépares à un truc comme ça ?

Benoît Comment je me prépare à un truc comme ça ? Pour s'entraîner au record, on avait fait des longueurs des piscines. C'est-à-dire qu'on s'installait des petites lignes, entre guillemets, de 400, 500 mètres, ce qui, à l'époque, enfin, à une certaine époque, était un record du monde. Et puis nous, maintenant, on se posait ça pour le week-end et on faisait du volume. Donc, on allait dessus et puis on marchait, on faisait des retours jusqu'à être capable de marcher minimum 3 kilomètres, de savoir que ton corps, en tout cas, moi, c'est comme ça que je l'ai fait, j'avais besoin de savoir que mon corps tiendrait l'effort qu'il en était capable. Et en fait, à force d'être dedans, ton mental, il suit, il va avec, parce que tu te concentres sur tes pas et après, en fait, c'est à la fois une grosse concentration et à la fois, moi, j'aime bien dire que justement, le secret de la highline, ce n'est pas d'être capable de se concentrer à fond pendant une heure puisque c'est épuisant, c'est d'être capable de se déconcentrer, au contraire. En fait, c'est un peu comme quand tu étais à l'école, en classe et que tu rêves assez et puis que la maîtresse te surprenait et te pose une question, eh bien, tu es quand même capable d'y répondre. Et bien là, c'est la même chose. Tu es sur ta ligne, tu es dans un état un peu de flow. Tu enchaînes les pas, tu penses à d'autres choses, tu regardes le paysage, ce que tu as mangé hier, à tes proches, vraiment à plein de choses. Tu laisses un peu libre cours à ta pensée et au moment où la ligne va vibrer, t'envoyer un peu une contrebalance ou un mouvement, paf, il faut qu'en un quart de seconde ou même moins, tu sois capable de l'absorber, d'y répondre et d'être présent et ne pas t'aisser surprendre.

Loïc OK.

Benoît Parce que si tu me le plies à côté, tu tombes et puis du coup, tu continues à traverser. Ça restera un beau voyage mais tu n'auras pas validé d'être à traverser. Et après, du coup, c'est ce qu'on appelle faire un send, marcher du début à la fin sans tomber. Il y en a pour qui c'est un objectif, il y en a pour qui ce n'est pas important en fonction de l'objectif de chacun. Sur ce record du monde, là où j'ai dit on est 8 à l'avoir validé, on était une équipe de 25 et il y en a une vingtaine qui ont traversé la ligne sans la valider, donc avec plusieurs chutes. mais pour qui ça reste un exploit incroyable et qui leur fait beaucoup de plaisir.

Loïc Ok. En fait, c'est toujours passionnant d'échanger avec des gens comme toi qui ont poussé leur pratique à un niveau extrêmement élevé et en même temps, il y a toujours un peu de frustration parce que je me dis mais je suis sûr qu'en fait, j'arrive à concevoir peut-être un dixième, un vingtième de ce qu'ils vivent vraiment, de ce que ça demande, de ce que ça implique parce que je ne l'ai jamais pratiqué moi-même. Mais là, par exemple, physiquement, je suis passé hyper rapidement dessus, mais tu es dans quel état quand tu sors ? Alors, peut-être que là, 2700 mètres, c'était vraiment extrême, mais quand tu sors d'une ligne qui est particulièrement longue, tu mobilises quoi comme groupe musculaire et physiquement, tu as quel niveau d'énergie une fois que tu as fini de traverser ?

Benoît Physiquement, nous, on va utiliser, c'est un sport de gainage. Donc, on est vraiment, on est très tanké gainage, on n'est pas comme les grimpeurs avec des gros biceps, etc. On est plutôt des sticks, au contraire. Ça va mobiliser beaucoup le gainage abdo, bas du dos. J'avais un dos extrêmement musclé à l'époque, c'était incroyable. Et puis, les épaules, les bras, parce que du coup, tu es toujours effectivement avec les bras levés, mais le but, c'est aussi de ne pas se bouteiller, tu vas te reposer, tu vas descendre un bras délayé. Moi, la première traversée, sûrement sur la 2,7, j'étais resté bras tendu, levé du début à la fin et en sortant, j'étais rincé, je n'arrivais plus à lever mon bras à un moment, quelqu'un qui me donne un verre d'eau, une gourde, je lève le bras pour la prendre et je fais, oh, ça fait mal. Et du coup, sur la deuxième traversée, je n'ai pas fait la même erreur, j'ai bien pensé à tous les 50 mètres descendre un bras, faire quelques petits moulinés et remonter tout de suite. Après, physiquement, oui, c'est un effort, évidemment, c'est un effort physique parce qu'on est concentré qui est pendant une durée assez intense. Quand je regarde des ultra trailers qui courent pendant quasiment 24 heures d'affilée, des fois, je me dis que ça va, à côté, on n'est pas les pires.

Loïc Ouais. Après, je ne sais pas, comme tu dis, mentalement, c'est super intéressant ce que tu expliques sur le... Finalement, ce qui est crucial, c'est d'arriver à rester en état d'alerte mais détendu. Mais je pense quand même que, dis-moi si je me trompe, j'imagine que tu dois quand même être aussi rincé nerveusement et mentalement à la fin du ligne. Ce qui est peut-être moins le cas, enfin remarque, je n'en sais rien, sur un ultra trail où tu es peut-être moins dans cette vigilance permanente, nerveusement. vraiment,

Benoît cet état de flow, en fait, qui est un espèce d'état où tu rentres, tu n'as plus trop besoin de réfléchir, ça découle naturellement, ça existe, il y a des recherches qui ont été faites là-dessus et en fait, justement, c'est un peu le but du jeu sur ce genre de longues traversées, c'est de rentrer là-dedans où tu ne vas plus être en train de te concentrer, de te battre à chaque pas, d'essayer de vraiment contrôler tout ce que tu fais, ça coule un peu plus naturellement, c'est ça qui est agréable et je pense, en discutant avec pas mal de sportifs, justement, les trailers ont beaucoup ça parce qu'ils ont ce côté avec le chemin qui défile sous les pieds, c'est un geste finalement assez simple de faire un pas, c'est tout le temps, c'est très répétitif, c'est monotone, même le même et en fait, ils ont pareil, le chemin, le nez dans le guidon, les cyclistes aussi où ils sont malgré tout censés être concentrés, regarder où ils mettent les pieds, mais ce n'est pas non plus, ce n'est pas de les maths astrophysiciennes, ce n'est pas de la concentration très dure en quelque sorte et en fait, c'est ça qui fait rentrer dans l'état de flot, cet aspect assez monotone et régulier de ton effort qui va te faire rentrer dans cet état et ça, c'est ça qui est agréable en fait, il y a des moments où tu réalises que tu es dedans et tu es là, justement même presque des fois quand tu réalises que tu es dedans, c'est un peu comme quand tu fais ah mais je suis en train de rêver, paf, bah t'en sors.

Loïc Ouais, c'est fini,

Benoît c'est avec la tabule. de rester dedans, tu vois.

Loïc Ouais. T'as une routine toi d'ailleurs que tu mets en place avant ou pendant tes traversées qui te facilite, tu vois, l'accès à cet état de flot ?

Benoît Je vais essayer après pour les grandes traversées, ouais, je ne sais pas comment expliquer, ça va être, tu vas te préparer, tu vas te mettre en condition à faire un peu de visualisation, écouter une musique ou deux que tu aimes bien, voir le vent, etc., faire un échauffement et puis après, c'est plutôt une fois dessus en fait, pour entrer dedans. Si tu commences à rentrer dedans, à marcher et puis que la ligne, elle vibre beaucoup et puis elle te renvoie des ondulations et en fait, tu te dis mais ben non, en fait là, il ne faut pas se battre, tu n'es pas là pour, c'est toi qui slack la ligne et ce n'est pas la ligne qui te slack. Et en fait, tu sais, moi j'ai un petit mantra, c'est je sais le faire, je sais que je suis capable justement parce que je me suis entraîné pour ça et je sais que j'aime ça et c'est ça qui me plaît et après, ben tu te concentres sur ta respiration, tu respires avec le ventre, tu essayes de ralentir et pas d'hyperventiler et en fait, à partir du moment où tu te calmes, tu arrêtes de faire des pas saccadés, tu essaies de ralentir un peu ton rythme, d'avoir un rythme de pas plus smooth et une fois que tu as de nouveau capté de nouveau ce rythme plus régulier, ben là, éventuellement, tu peux te mettre à accélérer si tu as envie de faire de la vitesse ou simplement d'avoir un rythme très régulier et donc, il y a les kilomètres.

Loïc C'est une fois que tu es en état de flow que tu te mets à trottiner sur tes lignes et que tu fais 100 mètres en 55 secondes.

Benoît Ouais, moi j'ai du mal à rentrer sur la ligne et puis faire un départ, arrêter, paf, me mettre à ma vitesse mat, c'est pas facile ça.

Loïc Incroyable. Il faudrait que j'aille regarder des vidéos de speedline, du coup, incroyable. Benoît, j'imagine que comme dans beaucoup de disciplines, moi j'ai fait du judo au niveau pendant longtemps et donc, c'est venu, je pense que quand tu pratiques quelque chose de manière un peu intense, il y a toujours un peu un revers de la médaille, tu vois, une usure physique, psychologique, je me suis cassé tous les doigts des deux mains sauf les pouces au moins une fois, enfin, voilà, ça laisse un peu des traces. La headline, tu disais en intro que c'était sans doute le sport extrême le plus safe. Là, tu viens de nous expliquer que bon, voilà, physiquement, c'est exigeant, engageant, mais tu prenais l'exemple du trail, il n'y a peut-être pas cette notion d'impact qui peut être préjudiciable à long terme. C'est quoi les, les, les, les, pas les inconvénients, mais les, les, les traces que pour le moment cette pratique, ouais, a pu laisser chez toi.

Benoît Les gros sacs lourds qu'il faut porter pour monter en montagne. C'est vrai. Ouais. Le problème, c'est que, putain, les grimpeurs, ils font de la grande voie, ils ont un sac, ils peuvent tout faire avec. Nous, plus la ligne, elle est longue, plus il faut porter des sacs. Ouais. C'est abominable.

Loïc Parce qu'une ligne de, de, je ne sais pas, 500, 600 mètres, ou 400 mètres pour reprendre la longueur, tu disais que tu t'étais entraîné sur des lignes de 400 mètres pour votre corps du monde. En termes de matos, ça représente quoi ? Il faut combien de highline reliée entre elles, etc. Et le poids, puisque tu évoquais le poids là, pour qu'on se rende un peu compte, tu vois, la line, elle pèse combien sur 400 mètres ?

Benoît On va dire qu'on compte toujours en setup parce qu'en fait, une ligne de highline, c'est une ligne principale sur laquelle on marche et une ligne de backup. Avec la ligne de backup, donc si la ligne principale casse, on se retrouve dans la ligne de sécurité. D'accord. Donc, on compte toujours en setup et généralement, un setup, ça va peser, les plus légers, ça va descendre jusqu'à 50 grammes au mètre et sinon, généralement, on est plus autour des 70, 80, sur des setups un peu plus classiques. Après, tout ce qui est longueur, généralement, on essaye d'avoir justement des choses légères parce que le poids de la ligne sur plusieurs centaines de mètres, voire kilomètres, ça a une influence sur la tension, la sécurité aussi. Et oui. Donc, le plus léger, c'est le mieux. Et voilà, donc, ça fait que sur des lignes, je ne sais plus, la ligne de 2,7 kilomètres, elle faisait à vide, sans tension, juste posée au sol, il y en avait pour 120 kilos de matos. Waouh ! Sachant que là, c'était que la ligne. Après, il faut monter les ancrages, les élingues, les pieux, les matos de sécurité, la bouffe, le bivouac. Voilà.

Loïc Ouais. Ouais. Et toi, quand tu pars sur la ligne les plus longue, avec toi, tu as quoi ? Tu emportes du matériel ? Tu as, je ne sais pas, des chiffons pour t'essuyer la transpi, de l'eau, des glucides ?

Benoît Un chapeau. Ouais. Un grand chapeau. Parce qu'en fait, la seule onde que tu trouveras, c'est sous la ligne et ce n'est pas un endroit où tu as envie d'aller. Donc, ouais, non, pour moi, c'est bien s'hydrater avant, voyons boire mes 1 litre, voire 2 litres de flotte dans la matinée avant d'y aller. Et puis ensuite, par contre, il y en a qui vont avec des sacs d'eau, des gourdes à tuyaux pour s'hydrater. Des camelbacks, ou des camelbacks pendant la traversée ou des petites gourdes. Moi, généralement, j'avais essayé une fois, ce n'est pas quelque chose qui me va parce que quand j'arrive à faire des traversées assez rapides, finalement, la rapidité, en quelque sorte, c'est une manière de réduire ton effort physique aussi parce que du coup, je reste concentré et sur la ligne que pendant une heure tandis que certains vont rester dessus pendant 3-4 heures dessus. Et ça, là, par contre, tu as besoin de flotte parce que souvent, s'il reste aussi longtemps, c'est qu'il tombe et se relever, c'est aussi fatigant. Ouais. Donc, moi, je vais juste prendre une chemise et en fait, je vais me protéger du soleil et de la chaleur et m'hydrater bien en avance et savoir que je suis capable d'en sortir rapidement. Et ensuite, pour en revenir un peu aux blessures, en fait, je disais ça en rigolant sur le sac lourd, mais globalement, tu fais des allers-retours et puis ça ira. Non, moi, j'ai des trous dans les pieds.

Loïc Tu as des trous dans les pieds, d'accord. Alors, explique. tu poses ton pied

Benoît de manière assez précise, toujours au même endroit, sur la ligne, pendant des kilomètres et puis moi, en fait, pour gagner un peu en vitesse, j'ai une technique où je fais glisser mon pied, en fait. C'est-à-dire que sur chaque pas, je vais le faire glisser un peu en avant d'une dizaine, quinzaine de centimètres parce qu'en fait, 10 centimètres, ça paraît pas beaucoup, mais fois 10 000 pas, ça fait vite gagner beaucoup de temps. Et du coup, la friction, en fait, du textile contre la peau, au bout d'un moment, ça fait des ampoules, ça fait des trous, des blessures au niveau des doigts de pied, particulièrement en speedline où tu essaies d'aller vraiment le plus vite possible et en fait, du coup, à chaque fois, j'arrive avec mon pied, je le cale entre le gros doigt de pied et le majeur du pied, en quelque sorte, l'index, pardon. Et du coup, là, je la cale, je la fais frotter pendant que je fais le transfert de poids et du coup, ça découpe. Donc, je mets des tapes, j'ai des petites chaussures pour pallier à ça et puis sinon, après, ce qui revient souvent, c'est les genoux aussi, les blessures de genoux parce qu'on force dans les départs assis beaucoup d'efforts sur le genou qui est plié à 180 degrés et puis du coup, tu forces en charge là-dessus donc ça, c'est le genre de chose qui va impacter pas mal aussi à la longue.

Loïc Ok. Je n'avais pas du tout en tête le fait que ça se faisait pieds nus mais du coup, j'imagine que la friction, ça doit être terrible. Tu n'as pas de la corne ? Tu as de la corne quand même au bout d'un moment, je suppose, non ? Je ne sais pas,

Benoît mon colloque justement à chaque fois, il se fout de ma gueule, il dit je ne comprends pas, moi je ne vais jamais trop les pieds, j'ai de la corne et tout, ce n'est pas le problème. Moi, je ne corne pas aussi bien que lui, on n'a pas la même génétique et du coup, j'ai des petits pieds de bébé sensible. Tu n'as pas des pieds de hobbit qui peuvent marcher pieds nus sur tout terrain ? Non, malheureusement pas. En tout cas, quand je le fais, j'essaye à chaque fois, début d'été, j'essaye de marcher pieds nus tout l'été, à un moment, j'ai mal aux pieds, je me mets des chaussures, pour de quoi vos histoires ?

Loïc Je suis toujours sur le site de Simalp et je serais curieux de savoir ce qui t'est arrivé en 2024, c'est rapidement évoqué, tu as eu un terrible accident, pour reprendre le terme du site, et qu'aujourd'hui, tu aspires à revenir à la compétition. Tu disais un peu plus tôt aussi que tu avais avant un dos hyper musclé, donc si tu l'as perdu, j'imagine qu'il y a eu des raisons à ça. Est-ce que tu es chaud pour nous expliquer un petit peu ce par quoi tu es passé ?

Benoît L'année dernière, j'ai utilisé un joker, on va dire ça. J'étais en randonnée, et puis j'ai eu la mauvaise idée de tomber d'une falaise, faire une chute de 20-30 mètres, et du coup, ça ne fait pas du bien. J'ai cassé fémur, rotule, bassin, vertèbre, ligament, cibital, donc pas mal de choses. Et puis, je me suis retrouvé vivant, en bas de la falaise, déjà, c'est pas mal. vu le point de départ, ce n'était pas forcément une évidence. Et puis, du coup, j'ai fait l'année dernière, globalement, à l'hôpital et en convalescence. J'étais... Ouais, vas-y.

Loïc Non, j'allais dire, forcément, j'avais en tête que c'était un accident sur une highline, mais... Mais non, malheureusement, tout le monde est en train de faire

Benoît chaque fois. Non, parce que sur une highline, je fais attention, je m'attache, je suis super... T'as ton leash, etc. T'avais pas ton leash

Loïc en randonnée.

Benoît J'avais pas mon leash en randonnée, j'avais pas mon casque non plus. Heureusement, j'ai pas tapé la tête, donc ça servait de toute façon à rien. Non, c'était une rando au Néron, qui est un peu une montagne entre la limite entre la randonnée engagée et le début de l'alpinisme. Certains le font avec des cordes, moi je l'avais fait sans cordes. J'avais lu le topo un peu le matin, je connaissais pas le site, je suis parti tout seul. Donc il y a certaines erreurs qui ont été faites de mon côté. Et puis à un moment, je me suis engagé dans la lecture de cartes et c'était assez compliqué, il n'y avait pas forcément de bon balisage, donc je suis parti dans une vire en me disant bon, au pire, je retrouverai le chemin juste derrière qui fait un S et puis ça le fera. Et en fait, il y a un caillou qui est parti au niveau des mains et puis ça m'a déséquilibré, je me suis repoussé et puis sauf que j'ai commencé à glisser et j'étais pas à un bon endroit pour glisser et puis à un moment, j'ai vu le vide. Je me suis senti partir, je me suis dit là Benoît, soit tu te réveilles et c'est un mort et rêve, soit tu restes. Et après, la gravité a fait son travail et puis je me suis retrouvé 20 mètres plus bas mais je me suis pas réveillé parce que je suis resté conscient et je ne suis pas mort. Du coup, ça c'est le côté positif de la chose. Wow.

Loïc Et du coup, comment ça s'est fini ? Enfin, je veux dire, dans le moment, il y a des gens qui t'ont vu, tu as réussi à appeler les secours toi-même ?

Benoît Dans le moment, mon téléphone s'est fracassé dans la chute, j'étais tout seul et il y a des gens qui m'ont entendu tomber et qui étaient sur le chemin 30 secondes un peu plus haut que là où je les ai rejoints, je pense, un minute après si je n'étais pas tombé. Et puis, ils ont dit, allô, ça va ? Qu'est-ce qui se passe ? Et puis, ils ont dit, non, ça ne va pas, là, il faut appeler les secours. Et puis, du coup, ils ont appelé les secours pour moi, c'est super sympa. Du coup, encore un ange gardien supplémentaire et beaucoup de chance de ce côté-là. Et puis après, l'hélico est arrivé et ils m'ont sorti de là et puis après, une demi-heure plus tard, une heure plus tard, ça s'est passé assez rapidement le secours pour le coup. Vraiment, très efficace et beaucoup de chance de vivre dans un pays où un secours hélico est quelque chose qui est envisageable, possible et aussi rapidement. C'est clair. Et gratuit. Et gratuit. Et ouais, non, ça c'est incroyable. Et du coup, je me suis retrouvé... C'était le PGHM qui est venu te chercher ? C'était la CRS, le centre de... OK. OK, OK. Parce qu'il faut un jour sur deux, c'est le PGHM, l'un de l'autre jour, c'est la CRS. Donc, je n'ai pas eu l'hélico rouge et bleu, enfin, j'ai eu le jaune.

Loïc OK. Les dragons, les jaunes et rouges.

Benoît Ouais, voilà.

Loïc C'est ça. Excellent. OK. Enfin, excellent. OK. Donc, tu disais bilan quand même très sérieux. Comment... Ouais,

Benoît bilan, alité pendant 45 jours sans avoir le droit de m'asseoir même, allonger 45 degrés maximum. Ah ouais. À partir du moment où j'ai pu commencer à m'asseoir, ça allait mieux. Et puis, après, ouais, reprise de marche puisqu'on m'a dit que je pourrais remarcher. Du coup, j'ai dit super, j'ai accroché une photo de Highline dans ma chambre d'hôpital. Elle était en face de mon lit et puis tous les jours, non, non, mais je... Le docteur, mais vous n'allez pas recommencer et tout, les infirmiers, mais vous allez vous calmer maintenant. Je ne sais pas. Non, vous m'avez dit que je pourrais remonter. Je vais remonter dessus. Excellent.

Loïc Et 45 jours, c'était... C'est pourquoi ? Parce que dans toute la liste que tu as énumérée, il y avait le bassin aussi ? Tu avais un truc au bassin où c'était le vertèbre ?

Benoît Le bassin est décacé. Donc, en fait, la position assise appuie sur le bassin et comme on n'a pas mis de vis dans le bassin ou quoi que ce soit, c'était vraiment un traitement orthopédique. juste à temps que ça se ressoude tout seul. Donc là, finalement, on va mettre du poids dessus. Et donc, pendant 45 jours, tu es alité et tu es allongé.

Loïc Ouais, le bassin, c'est abominable. Moi, je me suis fait taper par une voiture sur un entraînement à vélo et j'ai eu bassin fracturé aussi. Et franchement, en fait, c'est là que tu te rends compte. En tout cas, moi, c'est là que je m'étais rendu compte dans l'île d'hôpital. Je n'avais pas fait 45 jours, mais j'avais fait une bonne dizaine de jours. C'est là que tu te rends compte à quel point le bassin est mobilisé pour absolument tout. Et ce qui m'a fait prendre conscience de ça, c'est que je pense peut-être le deuxième jour après mon arrivée à l'hôpital. C'était au printemps, donc il y avait un peu du pollen, etc. J'ai éternué. Mais je n'ai pas pensé une seule seconde, tu vois. J'étais allongé dans le lit. À aucun moment, je me suis dit, il faut que je me retienne, ça va me faire mal. La douleur abominable d'un éternuement quand tu as le bassin fracturé, c'était incroyable. Je pense qu'en moins de 10 secondes, j'étais intégralement trempé de sueur. Je voyais des étoiles et tout juste parce que j'avais lâché un éternuement sans me retenir, tu vois.

Benoît Ouais, t'as un rôlo de choc et tout, c'est rigolo.

Loïc C'est terrible, terrible, terrible. Donc 45 jours, punaise. Et ça a été 45 jours, c'était le diagnostic initial, ils t'avaient recommandé de faire ça ou parce que tu as été rapidement actif avec cette optique de je vais y retourner, je vais y retourner, c'était finalement plus rapide que ce qu'on t'avait dit ?

Benoît Non, non, 45 jours, on les a fait allongés et puis après, c'était juste pour rester allongés. À partir de ce moment, je vais le voir de m'asseoir. Derrière, j'avais toujours le fémur et le genou pété et puis la vertèbre aussi. j'étais assis dans mon fauteuil roulant et du coup, au moins, je pouvais me déplacer genre, oh, trop bien. Mais non, j'étais toujours pas... J'avais le droit de manger à une table avec les copains à l'hôpital mais uniquement allongés dans mon lit. Mais derrière, je suis resté trois mois à l'hôpital au complet et après, en sortant, je suis rentré chez mes parents et j'ai encore fait trois mois d'hôpital de jour avec quatre séances semaine. Et même encore aujourd'hui, j'ai bien récupéré, je retourne sur une ligne, je marche, j'ai refait un peu de ski de rando, de la rando et j'ai commencé le parapente. Donc, je fais déjà énormément de choses et plus de choses que certaines personnes n'en font certainement jamais de leur vie. Et ça, je réalise que j'ai une chance incroyable de m'en tirer aussi bien et d'avoir une récupération aussi rapide. Par contre, comme je disais, mon dos, j'ai toujours huit vises dedans. au niveau de l'endurance, dès que je fais plus de 10 kilomètres de rando, je suis mort. Sur une highline, j'arrive à marcher maximum un kilomètre alors qu'avant, une bonne journée d'entraînement, ça en était quatre. Et là, enfin, il faut que je me ménage encore et puis je suis loin d'avoir récupéré à 100%.

Loïc En même temps, vu ce que tu décris, vu ce par quoi tu es passé, on peut clairement dire que tu reviens de loin.

Benoît Oui, j'ai cramé pas mal de jokers, comme dit là. J'ai eu beaucoup de chance et plusieurs bonnes étoiles qui sont alignées au bon moment.

Loïc Je pose toujours la question quand il y a des... J'ai eu beaucoup d'invités dans des sports de haut niveau, l'aventure, etc. et malheureusement, la probabilité qui t'arrive une galère comme ce que tu décris quand tu es actif, très actif, elle est peut-être un peu plus élevée que pour le français lambda qui ne bouge pas trop. Qu'est-ce que tu dirais ? Est-ce que tu as suffisamment de recul aujourd'hui pour mettre le doigt sur ce que cet accident t'a apporté ? Là, tu viens de l'évoquer rapidement. Peut-être que tu réalises plus aujourd'hui que tu as énormément de chance de pouvoir faire ce que tu fais mais finalement, on a un peu... C'est peut-être une question un peu cliché mais est-ce que tu arrives à mettre le doigt sur des choses positives que ce soit en termes de prise de conscience, de relations que ça a pu créer avec des gens que tu n'aurais jamais rencontrés autrement que cet horrible accident t'a amené ? Elle est quoi,

Benoît t'as dit ? Cette question, elle revient tout le temps. C'est compliqué parce qu'il y a un avant, il y a un après. Clairement, j'étais déjà bien content d'être en vie avant et j'en avais conscience aussi. je dirais que je suis moins pressé. En fait, si les choses ne se font pas maintenant, elles se feront plus tard et j'ai en quelque sorte un peu arrêté d'être pressé. j'ai pris mon mal à la conscience et j'ai réalisé aussi, je le savais un peu en quelque sorte, mais on aura toujours besoin des gens. J'ai vraiment été dépendant pour survivre. À 100%, en fait, s'il n'y avait pas eu d'autres gens pour m'aider, je ne serais pas là aujourd'hui. et j'ai toujours essayé un peu voulu, on a toujours un peu cette idée, enfin toujours, je ne parle pas à tout le monde, mais d'indépendance, de force, d'être capable de faire les choses soi-même, qu'on a envie de faire les choses tout seul, de se prouver, etc., de ne pas avoir besoin d'aide, c'est faux en fait. On aura toujours besoin de quelqu'un. Et ça, je pense que, ouais, ça c'est important. Et puis ouais, après, juste, quand je tire la gueule, que j'ai mal au dos ou au genou et tout, je me dis bon, allez, souris, regarde, il fait beau, t'es dehors, t'es toujours vivant, et tu peux marcher, tu peux faire plein de choses. Et ça aurait pu être bien pire, j'ai des connaissances, des gens qui n'ont pas eu la même chance que moi, qui sont tombés d'une falaise, et qui sont restés. J'ai des connaissances des gens qui sont tombés d'une falaise et qui sont maintenant en fauteuil roulant. Donc, ouais, ça fait relativiser. C'est sûr.

Loïc Je raconte souvent cette anecdote. Il y a un auditeur du podcast, Nico, si tu nous écoutes, Hello, qui me racontait, qu'il écoutait justement un épisode avec un invité qui s'appelle Cyril Chaboun, qui est un ancien militaire des forces spéciales, qui a sauté sur un drone piégé de Daesh, et qui a perdu ses deux jambes. Et il m'expliquait qu'il était en train d'écouter cet épisode où, vraiment hallucinant, tu vois, Cyril t'explique qu'il a fait plusieurs mois de coma, il se réveille, il découvre qu'il a été amputé de la deuxième jambe, alors que quand il s'est endormi, il l'avait toujours. Enfin bon, histoire vraiment abominable. Aujourd'hui, il va aux JO paralympiques, il fait plein de choses incroyables. Donc, vraiment quelqu'un qui a fait preuve d'une résilience folle. Et cet auditeur m'explique qu'il est en train d'écouter l'épisode et au moment où il écoute l'épisode, il court en forêt et il s'éclate le pied à quelques kilomètres de chez lui et il se rend compte immédiatement qu'il s'est cassé les doigts de pied. Il m'écrit, il me dit, bon, en fait, je suis rentré à la maison, le sourire relève en me disant, il y a pire quoi. Clairement, c'est rien du tout. Donc, je suis assez d'accord avec toi que c'est souvent le genre d'histoire qu'il faut un peu relativiser, en tout cas, prendre conscience que malgré tout, on a quand même beaucoup de chance d'être, un, en vie et de pouvoir faire globalement à peu près ce qu'on veut.

Benoît Oui, c'est sûr, il y a pire. Après, à l'hôpital, c'est assez rigolo, on est, tout le monde est là pour une raison, il y a des gens qui se cassent les jambes en tombant dans leur cuisine, il y a des gens qui se font rouler dessus par des camions caristes, il y en a qui tombent parce qu'un ascenseur il y a des parapentistes, des skioriats, tout. Et en fait, c'est ça aussi qui est assez important, tu disais tout à l'heure, par rapport au France et au Canada, on prend plus de risques en quelque sorte. Pas forcément, je pense que la vie, en fait, c'est dangereux et je vois, il y avait un vieux, il est tombé dans sa cuisine, il a chuté contre sa table de cuisine et puis il s'est retrouvé à l'hôpital au centre de rééducation. Il y en a un qui avait 94 ans, lui c'est mon modèle, 94 ans, il passait le motoculteur dans son jardin et il s'est fait broyer la jambe. Mais moi, si je peux voir sa forme et être capable de passer le motoculteur à 94 ans, je pense que je suis prêt à y laisser ma jambe. C'est clair. Et puis, après, je pense qu'aussi le fait d'être actif dans la vie de tous les jours, de faire autant de sport, derrière, ça nous épargne pas mal de blessures que des Français lambda qui ne font pas de sport auront plus facilement en quelque sorte parce qu'on est plus alerte aussi, plus... meilleure proprioception et meilleure capacité à retomber sur nos pattes en quelque sorte. donc... Ouais, non, je ne vais pas arrêter de faire de la montagne, je vais continuer à me balader et d'ailleurs, c'est assez rigolo, je crois que je n'ai jamais autant fait de rando en solo que depuis que j'ai eu... C'est vrai ? Ouais. Je fais plus attention et je ne me mets pas dans les falaises, mais... mais ouais, ouais, non, j'ai envie de continuer à faire ce que j'aime, en fait.

Loïc Ce que j'allais te demander du coup, en guise de transition et de conclusion, c'est quoi tes objectifs ? Pas forcément, tu vois, compétition sportive, mais sur quoi est-ce que tu te concentres là pour les mois et l'année à venir ?

Benoît Eh ben... Quand j'étais à l'hôpital, c'était assez rigolo, c'était une évidence que j'allais refaire de la slackline et qu'en quelque sorte, j'allais tout refaire comme avant. Et en fait, en sortant, j'ai réalisé que ce ne serait pas forcément possible de refaire tout comme avant, qu'il y aura forcément des ajustements à faire, que ça allait prendre plus de temps que prévu. Et en fait, maintenant, ben oui, je refais de la slack et ça, c'est génial juste de pouvoir y refaire, remonter sur mon fil. Par contre, effectivement, la compétition, c'est plus compliqué. J'ai recommencé à faire des compétitions, je me suis qualifié pour la coupe du monde, mais alors qu'avant, j'avais l'habitude d'être plutôt sur les podiums, là, je suis 13ème sur 15. Donc, c'est plutôt un peu pour le principe de dire je me suis qualifié quand même et je vais y participer, mais j'ai peu d'objectifs de résultat parce que le niveau, les autres, ils ne m'ont pas attendu, clairement, le niveau, il a explosé. Et là, je n'ai plus du tout la capacité, en tout cas cette année, à compéter contre le top niveau. Mais juste de pouvoir y retourner, de dire, en fait, je refais de la compétition malgré mes blessures, etc., c'est encourageant. Et après, ouais, me concentrer sur, je ne sais pas, prendre des vacances en quelque sorte, prendre un peu plus de temps et être moins pressé d'enquiller les projets, etc. Pareil, professionnellement, en fait, moi, je suis professionnel de Highline, maintenant, donc j'ai décidé de faire ma passion, mon travail. Et donc, je vais faire, tu m'en parlais un peu de la dimension artistique, je fais des spectacles, des shows, des représentations, des démonstrations sportives pour du public. Et ça, c'est quelque chose qui me plaît énormément. Et en fait, effectivement, avant mon accident, je m'étais lancé là-dedans, ça a commencé à fonctionner, c'était génial. Quand je me suis blessé, je n'ai pas pu le faire, j'avais ma chance de commencer, mais j'ai envoyé tout le monde, enfin, des remplaçants, des amis, des collègues qui sont allés me remplacer sur mes spectacles. Donc ça, c'était super de voir que je pouvais compter sur eux et de voir aussi que j'avais une capacité en quelque sorte managériale pour, en fait, même en étant blessé au fond de l'hôpital, de continuer à vivre de ma passion d'une manière différente. Et après, maintenant, que je peux remonter dessus, il faut que je réfléchisse si j'ai toujours envie de le faire, sachant que ce n'est pas forcément moi qui vais assurer le spectacle et de le faire pour les copains. C'est des questions qui se posent. Donc voilà, là, en quelque sorte, je réétalonne un peu mes valeurs et savoir ce que j'ai envie de faire dans la vie.

Loïc C'est génial. C'est des phases, c'est fabuleux comme phase.

Benoît C'est instructif. Je m'en serais passé. La leçon, j'apprends des trucs, ça c'est sûr. C'est cher payé la leçon quand même. Oui. Mais de toute façon, je n'ai pas le choix. Donc, c'est comme ça.

Loïc Excellent. Eh bien, écoute, plein de belles choses à venir en tout cas. Merci énormément, Benoît, pour cet échange. C'était passionnant d'en apprendre plus sur ton parcours, le LILI en général. et puis, forcément, on s'était mis d'accord qu'on n'en ferait pas le cœur du sujet, mais des anecdotes comme celles que tu viens de partager, c'est toujours très intéressant de comprendre comment les gens se relèvent quand ils font face à des vraies grosses galères. Donc, vraiment, merci beaucoup, Benoît, pour ton temps. C'était super. Et puis, écoute, peut-être à une prochaine pour, j'en sais rien, une initiation à la High Line ou pour que tu viennes m'expliquer finalement sur quel projet tu es parti. Ok,

Benoît écoute, avec grand plaisir. Merci beaucoup, Benoît. Ça, ça suffit. Parfait. Merci, Benoît. À bientôt. Merci à toi. Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada

Transcription automatique relue · susceptible de contenir des imprécisions.

À écouter aussi · Montagne

Dans le même univers.

  • "L'escalade sur glace m'a permis de fair
  • Zoé
  • Arnaud
  • Marie

Reste dans la boucle

Le podcast dans ta boîte mail.

À chaque nouvel épisode, l'histoire à écouter et deux-trois trucs qu'on ne met pas ailleurs. Désinscription en un clic.

S'abonner →