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Saison 3 Bonus Parcours de vie #haut niveau #funambule

07 mai 2023

Johanne Humblet - Artiste funambule - Persévérer, innover et se construire grâce à l'échec

Durée · 48 min · Transcription disponible

Johanne Humblet

Le récit

Johanne est funambule et directrice artistique de la compagnie des filles du renard pale.

Être funambule pour Johanne, c'est imaginer, préparer et réaliser des spectacles à grande hauteur (jusqu'à 55 mètres !) pour faire vivre des émotions à son public.

Et son approche et finalement la même que celle des plus grand sportif et des aventurières les plus engagées que j'ai pu accueillir sur le podcast : atteindre des objectifs ambitieux demande du travail. Encore et toujours plus de travail.

Finalement c'était son message le plus fort : la persévérance est la clé, qu'elle que soit votre discipline. Et comme dans le haut niveau, elle valorise l'échec.

Bref, un échange passionnant avec une passionnée adepte d'innovation en quête de libertés.

Merci Johanne !

🔎 Pour en découvrir plus sur la compagnie de Johanne, c'est par ici.

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Transcription

Lire la transcription intégrale

Johanne Le spectacle c'est ça, c'est rassembler des gens. Un spectacle c'est rassembler. Et du coup c'est se questionner, se questionner ensemble. C'est réfléchir avec des gens qui n'ont pas forcément les mêmes façons de penser. Moi je suis souvent confrontée à des gens qui ne comprennent absolument pas ce que je fais, mais c'est ça aussi qui est intéressant.

Invité 1 Bienvenue sur Les Frappés, le podcast sur le dépassement de soi et l'aventure. Je suis Loïc Blanchard, entrepreneur, coach et préparateur mental certifié. J'ai été pendant plusieurs années sportif de haut niveau en judo avant de quitter les tatamis pour me consacrer à des sports de plein air comme le triathlon ou partir m'évader sur des treks engagés. Récemment je suis devenu finisher de la PTL, un ultra trail de 340 km autour du Mont Blanc organisé par l'UTMB. Depuis la création des Frappés en 2020, j'ai deux objectifs. Le premier c'est de vous faire découvrir des univers fascinants qui font rêver. Avec mes invités, on ira naviguer sur toutes les mers du monde. On participera à des expéditions dans les régions polaires ou en Himalaya. On découvrira l'envers du décor de l'entrepreneuriat et du sport de haut niveau et on partira en mission avec des membres des forces spéciales. Le deuxième c'est de vous aider à croire en vos propres rêves et à passer à l'action grâce au partage de ces invités exceptionnels. On sous-estime largement ce dont on est capable physiquement ou mentalement et je suis convaincu qu'une petite conversation peut déboucher sur de grands changements. On a en moyenne 4000 semaines à vivre sur terre alors autant les vivre à fond. L'échec fait partie de la construction. C'est sans doute le message que je retiens de mon échange avec Johan Emblé, mon invité de la semaine, qui est funambule et directrice artistique de la compagnie des filles du Runners-Pal. Le métier de Johan, c'est de faire naître des émotions à travers des spectacles physiquement et techniquement exigeants qu'elle exécute à des hauteurs allant jusqu'à 55 mètres. Vous l'entendrez, on parle tout autant de résilience, de dépassement de soi et de détermination dans cet épisode que dans ceux des plus grands sportifs et aventurières que j'ai reçus. Merci Johan de nous avoir fait découvrir ton univers. Excellente écoute à vous les frappés. Salut Johan !

Johanne Salut !

Invité 1 Ravi de te recevoir sur le podcast. C'est une première, je crois que je te l'avais dit en off, mais je n'ai pas encore vraiment reçu d'artiste au sens propre du terme dans la profession. Je suis très très très content que tu sois là avec nous aujourd'hui pour nous partager ton parcours. Et ce que je te propose, c'est peut-être de commencer par ça, par te présenter, de nous expliquer qui est Johan.

Johanne Qui est Johan ? Vaste question ! Vaste question pour commencer. Je vais déjà parler de... Je vais surtout parler de mon métier. Yes ! Et de ce que je fais dans la vie. Bah du coup, moi je suis funambule. Donc voilà, du coup j'ai créé ma compagnie Les Filles du Renard Pâle et j'exerce ce métier depuis toujours. J'ai toujours fait ça, je fais du fil depuis que j'ai l'âge de 8 ans. Voilà, donc à la base j'étais fil de ferrice et maintenant je suis funambule. Donc je vais préciser la différence. Tu anticipes.

Invité 1 Tu anticipes la question.

Johanne Du coup, la différence entre les deux, c'est que fil de ferrice, c'est à moins grande hauteur, c'est à petite hauteur. Et avec, bah soit on est sans rien sur le fil, soit avec une ombrelle. Donc une ombrelle, c'est une espèce de parapluie, goutte d'eau ou autre qui appuie sur l'air pour aider à tenir en équilibre. Donc moi je faisais sans rien. Et funambule, c'est un travail à plus grande hauteur et avec balancier. Donc la grande barre qu'on a dans les mains qui nous aide à tenir en équilibre. Donc voilà, c'est deux métiers différents, deux façons de travailler l'équilibre différentes. Et voilà, donc moi j'ai fait ma formation surtout en tant que fil de ferrice, mais aujourd'hui je me considère beaucoup plus funambule. C'est vraiment ce que je développe. Voilà, avec ma vie. Excellent. Génial.

Invité 1 Donc les filles du renard pâle, génial. Et j'imagine qu'une question qu'on me pose souvent, c'est comment est-ce qu'on tombe dans l'univers du fil ? Que ce soit funambule, fil de ferrice, qu'est-ce qui fait qu'à huit ans tu t'es lancée là-dedans ?

Johanne Après, comment on tombe dans cet univers ? Je ne peux pas répondre à la place des autres, mais je peux répondre pour moi. Moi, c'est très simple en fait. C'est un stage, un stage que ma mère m'a proposé de faire, comme je pourrais faire n'importe quoi, du handball ou du poney, peu importe. Je m'ai proposé de faire un stage de cirque et donc j'ai fait un stage d'une semaine de cirque. Ça m'a beaucoup plu. On m'a inscrit à l'année et en fait, ça m'a vraiment plu. On m'a tout de suite proposé d'aller dans une académie un petit peu plus poussée de cirque qui était plus proche de la maison. Et directement, j'ai choisi ce que je voulais faire et c'était du fil, enfin de l'équilibre, du fil et de l'acrobatie. Donc, j'en fais depuis l'âge de 8 ans et j'en fais intensément. C'est vraiment une passion. Alors, voilà, c'est ce qui m'a plu directement. Voilà, j'ai pas fait vraiment les autres agrès dans le cirque. Généralement, les petites filles, elles aiment bien l'aérien, le trapèze, etc. Moi, ça n'a pas été le cas. C'était vraiment le fil, l'équilibre. Je pense que ça demande aussi beaucoup de persévérance, beaucoup d'entêtement certainement. Je pense qu'on laisse l'empêcher. Voilà, et puis ça apporte quand même beaucoup de choses dans la vie. Il y a un parallèle qu'on peut faire beaucoup avec la vie. Voilà, le fil nous renvoie beaucoup de choses et je pense que voilà, c'est un combat avec soi-même, pas contre, mais avec. C'est voilà, de la persévérance, c'est aller toujours plus loin. Voilà, et c'est ce qui me plaît, c'est ce qui me plaît dans la vie et dans tous mes projets, c'est ce que je défends aussi. C'est pousser les limites, aller plus loin, prendre des risques pour avancer. Et je pense que j'avais déjà ça à l'âge de 8 ans. Génial.

Invité 1 Ouais, ça allait être ma question. Du coup, est-ce que tu arriverais aujourd'hui avec quelques années de recul à dire ce qui, à 8 ans, fait que tu as tout de suite accroché sur cet agré-là en particulier ?

Johanne Ben voilà, c'est compliqué, je pense que j'y ai répondu. Je pense que c'était cette persévérance, cette concentration aussi, parce que quand on est sur un fil, il y a quelque chose de centré. On est obligé d'être centré et dans la vie, moi, je suis plutôt très active, très ouverte, voilà, assez folle à donf. Et sur le fil, il y a quelque chose de centré, on n'a pas le choix aussi. On est obligé d'être dans l'instant présent, on est obligé d'être dans ce qu'on vit au moment même. Et du coup, je pense que c'est ça qui me fait beaucoup de bien. Je pense que le fil permet de guider ma vie quelque part, permet de me poser. Je pense que c'est pour ça que le fil a accompagné toujours ma vie.

Invité 1 Ok. Parce que peut-être pour qu'on se rende compte, si ça ne parle pas trop en termes concrètement de performances d'exécution, donc quand tu réalises, comment tu qualifies, c'est quoi ? C'est des projets artistiques, des représentations, ce que tu fais pour utiliser les bons termes ?

Johanne Alors, il y a plusieurs choses, mais donc il y a des spectacles. Des spectacles, ok. Des spectacles. Donc là, moi, je crée pas mal de spectacles, mais aussi des performances. Il y a les deux. Alors moi, je distingue un peu les deux. Donc un spectacle, c'est comment moi je le définis par rapport à ce que je fais moi. Mais voilà, c'est un spectacle écrit avec d'autres artistes. De toute façon, dans tout ce que je fais, performances ou spectacles, je ne suis jamais seule. Ça, c'est très important. C'est vraiment un travail d'équipe. Mais voilà, dans les spectacles, c'est des choses que j'écris en amont. Et puis voilà, il y a tout un travail de création avec des résidences de création. C'est un travail sur du long terme pour aboutir à une forme finale qui est un spectacle et qu'on joue soit en rue, soit en salle ou en espace public ou peu importe. Dans n'importe quel lieu, quel qu'il soit. Et les performances, c'est des choses. Alors moi, je les définis comme ça, plus atypiques, plus ponctuelles, plus uniques. Elles peuvent être répétitives, mais c'est des choses qui sont plus in situ. D'accord. Et puis, j'aime explorer, j'aime découvrir, j'aime rechercher dans tout ce que je fais. Il y a beaucoup de recherches et d'innovations, aussi bien dans la technique pure de fil que dans l'ingénierie technique construction d'agrès, que dans la façon de développer mon travail. Enfin voilà, il y a beaucoup de nouveautés et c'est ce qui me plaît beaucoup dans la vie. Génial.

Invité 1 Et donc, moi, j'ai découvert ça en préparant le podcast. Et donc, le fil, pour entrer un tout petit peu dans les détails de manière à être un peu plus terre à terre, il y en a qui ne connaissent pas comme moi l'univers. Le fil, il a un diamètre qui est toujours le même, qui est toujours 12 millimètres, c'est ça ?

Johanne Alors, le fil de fil de ferriste, il est, oui, généralement, c'est 12 millimètres de diamètre. Après, il y a plusieurs choses. Il y a le fil en câble, donc d'acier, qui est généralement 12 millimètres de diamètre. En fil de ferriste, c'est quand même une longueur généralement autour de 7 mètres généralement. OK. Voilà. Après, le fil de finambule, moi, aujourd'hui, je travaille sur du textile, donc c'est un matériau différent. qui a un... Alors, moi, j'aime bien travailler avec un diamètre fin. Donc, je suis sur du 12, d'ailleurs, ou du 13, non du 13. Mais souvent, on utilise du plus gros. Ça peut être du 16 ou ça peut être... Voilà, le câble de finambule, il est généralement sur du 16 millimètres de diamètre. Voilà. Moi, je suis sur du fin parce que j'aime ça. Après, ça dépend des résistances, etc. Mais en tout cas, là, c'est un matériel différent. Après, tout ça, c'est la technique. OK.

Invité 1 Mais tu parlais de hauteur qui est un peu la principale... Enfin, ce qui différencie principalement le fil de ferrisme et le finambulisme. Je ne sais même pas si ça se dit. Mais donc, toi, tu évolues à quels hauteurs aujourd'hui, maintenant que tu es finambule ?

Johanne Alors, il n'y a plus... Moi, je suis montée jusqu'à 55 mètres de haut. C'est ce que... Ah, ouais. Après, pour moi, le plus important, ce n'est pas la hauteur. C'est ce qu'on fait sur le fil. C'est ça qui est intéressant. Je trouve que 55 mètres, c'est chouette. Enfin, c'était plus quelque chose de très personnel. Enfin, moi, j'ai beaucoup aimé être montée si haut. Mais j'aime bien... Moi, la hauteur, en tout cas pour les grandes traversées finambules, la hauteur que j'aime bien, c'est plutôt 30, 35 mètres, quelque chose comme ça. Parce qu'on reste quand même proche des gens. Et parce que, en fait, les traversées que je fais, ce n'est pas juste une prouesse technique. C'est vraiment quelque chose d'artistique. On raconte une histoire, on développe quelque chose et on vit quelque chose avec le public, avec les gens. Il y a toujours de la musique en live dans tout ce que je fais. Les musiciens sont là, sont sur place. Et il y a vraiment quelque chose qu'on raconte sur mon fil. Il y a plusieurs parties. Je développe un travail avec plusieurs balanciers différents, avec des formes géométriques différentes dans le ciel. Et il y a une histoire, il y a vraiment une cape que j'ai au début, que j'enlève. L'idée de la traversée, donc dans Respire. Le spectacle Grande Traversée que je propose s'appelle Respire. Et dans Respire, il y a vraiment une histoire d'enlever les peaux petit à petit, s'assumer en tant que femme, parce que je suis une femme, s'assumer en tant que femme et retirer ses peaux, se dévoiler. Puis alors, les rigueurs, les cordistes, les personnes qui m'accompagnent dans l'installation de l'Ambule, sont en scène. Ce sont des loups, des personnages qui sont représentés par des loups. Et du coup, ils sont là, ils sont présents. Et puis, à la fin, j'ai une rencontre avec le loup de l'arrivée, de l'objectif. Et finalement, je n'atteins jamais mon objectif. Je ne vais jamais jusqu'au bout. Parce qu'une traversée finambule, on part d'un point A pour arriver à un point B. Et moi, dans mon envie de toujours déjouer les attentes, justement pour surprendre le public et puis raconter des choses, en fait, je n'arrive jamais à ce point B. Et en fait, j'ai cette rencontre avec ce loup qui finalement arrive sur le fil. Et en fait, je descends avec lui par un moyen d'évacuation. Je descends avec lui, j'arrive au sol et je dompte mon loup. Donc, on finit par quelque chose où je dompte mon loup, j'arrive au sol. Et en fait, pour moi, c'est chouette cette fin parce que cette fin, donc j'arrive au sol et ça montre aussi aux gens que, en fait, quand je redeviens à taille humaine, proche des gens, ils voient que je ne suis pas quelqu'un de surhumaine du tout. Je suis comme vous, moi, comme n'importe qui. Voilà, et que je ne suis pas une surhumaine, pas du tout. Être flambule, c'est un travail, c'est quelque chose que j'ai travaillé pour arriver. Enfin voilà, c'est une pratique, c'est de la persévérance, comme je le disais tout à l'heure. C'est vraiment une pratique avec beaucoup de technicité, mais qui est quelque part à la portée de tous et toutes, en tout cas tous ceux qui ont envie de le faire. Et dans les messages que je veux dire, c'est de dire, ben voilà, en fait, si on a envie d'atteindre un objectif, il faut se donner les moyens pour y arriver, et on peut y arriver. Et dire que, ben voilà, moi, là, j'ai fait une grande traversée qui paraît folle pour pas mal de personnes, mais en fait, c'est possible. Et je suis humaine, comme tout le monde. Et voilà, et donc voilà, c'est un peu tous les messages que je fais passer durant cette traversée. Donc voilà, c'est pas juste une prouesse technique. La prouesse technique, elle est là, elle est clairement là, parce qu'en plus, je vais très loin dans ce que je fais techniquement, mais elle sert un propos artistique, et elle sert un message que je veux faire passer à chaque pas que je fais sur le fil. Plus que pas d'ailleurs, parce que je ne fais pas que marcher sur le fil.

Invité 1 Et ce que t'évoquais, le fait de faire prendre conscience aux gens que finalement tu es humaine, que, enfin, de peut-être souligner l'importance de, quand on a un objectif, on peut l'atteindre si on s'en donne les moyens, etc. C'est finalement la mission des filles du Renard Pâle, quand tu l'as créée, ou pas forcément ? Est-ce que tu vois cette notion d'éveil, d'encourager à passer à l'action, de croire en ses compétences ?

Johanne Mission, je ne sais pas. Je ne sais pas si c'est une mission, mais réellement une mission. En tout cas, c'était peut-être pas très conscient. Mais j'ai créé la compagnie, enfin, pour juste retracer, donc j'ai créé la compagnie Les filles du Renard Pâle il y a 6 ans et demi à peu près, en 2016, en août 2016. Et je l'ai créée dans l'objectif premier à la base de créer mon premier spectacle qui s'appelle Résiste. Donc voilà, il y a déjà le mot, le nom de spectacle est important. Et en fait, c'est un triptyque. Résiste, le premier volet du triptyque. Respire, dont j'ai parlé, les grandes traversées funambules, qui est le deuxième volet du triptyque. Et Révolte, qui est le vrai titre, c'est Révolte ou tentative de l'échec, qui est le troisième volet du triptyque, qui est aujourd'hui un spectacle en création, qui sortira en octobre 2023. Et donc, ces mots-là racontent déjà beaucoup de choses. Donc, résiste, respire, révolte. Et du coup, c'est sûr que ça... Alors, ce n'est pas une mission, mais c'est des choses que moi, je veux raconter. C'est... En fait, je pense que c'est juste... En fait, ces spectacles, c'est moi qui les écris. Les projets de la compagnie, c'est moi qui les écris. Et du coup, c'est une énergie qui sort de moi. Et du coup, ce qui sort de moi, c'est cette volonté-là de faire partager aux gens une énergie, un engagement qu'on peut avoir dans la vie. Je suis quelqu'un de plutôt très optimiste, de très engagée dans la vie, en tout cas dans l'engagement physique, certain, mais aussi moral. Voilà. Et j'ai envie de partager cette énergie et de dire que dans la vie, en fait, mes messages premiers à chaque fois que je vais faire passer, c'est ça. C'est dire que dans la vie, il faut prendre des risques pour avancer. Et alors, sur le fil, évidemment, c'est très clair et très symbolique. Et je l'exprime de manière très visuelle. Mais en tout cas, pour moi, j'ai vraiment envie de dire que dans la vie, il faut prendre des risques pour avancer, quels qu'ils soient. Et un premier... Souvent, ce que je dis, une phrase que je dis tout le temps, c'est... Pour moi, un des plus grands risques dans la vie, c'est aimer. Et pourtant, on prend tous ce risque-là. Et je le dis de manière très sincère. Parce que voilà, parce qu'on a peur de souffrir, on a peur de pas mal de choses. Mais pourtant, c'est tellement beau et on vit tellement de beaux moments que finalement, on prend ce risque-là. Et bien, voilà, c'est à plus grande échelle ou pas. En tout cas, voilà, il faut risquer la rencontre, risquer l'inconnu pour avancer. Et aujourd'hui, encore plus que tout, c'est un message que je veux faire passer parce qu'on vit dans un monde qui est de plus en plus aussi autour de la sécurité, sécuritaire. On nous retire quand même beaucoup de liberté de plus en plus. et moi, ces libertés, je veux les prendre. Et je veux pas qu'on me les retire. Et souvent, on me dit, mais là-haut, mais on t'empêche pas de faire ça. Tu mets pas de longe de sécurité. Je fais non. Non, je refuse de travailler avec une longe de sécurité parce que c'est pas mon travail. Enfin, en tout cas, moi, ce n'est pas ce que je veux faire. Alors, il y en a qui le font très bien, mais moi, c'est pas ce que je veux faire. C'est pas que marcher sur un fil. Donc, la longe, elle m'empêcherait de faire tous les mouvements que je veux faire. Et puis, dans ma tête, il y a vraiment quelque chose d'important. En fait, si je m'accroche, ça veut dire que je me laisse la possibilité de tomber. Et c'est pas le même engagement. Je suis pas dans le même état d'esprit quand je suis sur le fil. Alors, évidemment, quand je travaille les figures avant, ben voilà, je les travaille avec toutes les sécurités qu'il faut, etc. Mais quand je suis là-haut et que j'exécute ce que j'exécute, je suis sûre de moi à 100%. Et je ne me mets pas en danger. Jamais. Je ne me mets jamais en danger. Je prends des risques, mais ils sont toujours calculés. Et avant même d'imaginer la chute, il y a tellement d'étapes que non, la chute n'est pas envisageable.

Invité 1 Ça, c'est un aspect, enfin, je ne sais pas si c'est une spécificité, si vous êtes nombreux, finambule à évoluer sur le fil sans longe. Mais oui, quand j'avais découvert ça dans ta pratique, moi, ça m'avait vraiment marqué. D'autant plus, comme tu dis que tu es quand même, enfin, tu es vachement haut, quoi. 20, 30, 50 mètres, s'il y a une chute, c'est compliqué.

Johanne 20, 50, c'est pareil, même à 10.

Invité 1 Ouais, bah ouais.

Johanne Même en tombant d'une marche, on peut…

Invité 1 Ouais, non, mais clairement, tu vois. Clairement, tu vois. Et c'est vrai que spontanément, je me suis dit, punaise, mais c'est hyper risqué. Et en fait, par rapport à ce que tu viens d'expliquer, que l'engagement n'est pas du tout le même et que, évidemment, tu es préparé, etc. En fait, tu vois, la première fois que je l'ai vue, je me suis dit, punaise, est-ce que ce n'est pas limite irresponsable, tu vois, devant un public, etc. Et en fait, avec ce que tu viens d'expliquer, ça me fait penser à une autre personne, alors que je n'ai jamais eu la chance d'avoir sur le podcast. Peut-être que tu connais qui s'appelle Alex Honnold. Non. qui fait du free solo, donc de l'escalade solo, free, donc c'est-à-dire…

Johanne On a beaucoup de parallèles avec ça, bien sûr. Ouais.

Invité 1 Qui a zéro sécurité et qui est… Alors, je ne sais pas si c'est un record ou si ça a été le premier à le faire, mais il a gravi El Capitan, qui est un peu une face mythique, en free solo. Donc… Mais il expliquait… Donc, quand tu vois ça, tu vois, la première fois, tu te dis mais le mec est fou, quoi.

Johanne C'est-à-dire que… Non, c'est pas pour battre des records ou pour… Enfin, il n'y a rien de tout ça. Ce n'est… À chaque fois, j'explique, enfin, c'est ce que j'expliquais, c'est que ce n'est pas pour la prouesse technique ou pour la performance. C'est vraiment quelque chose que je partage avec le public et qui est dans une forme artistique avant tout. Et justement, je suis là pour rassurer les gens, pas pour leur faire peur. Enfin, je vis les choses avec eux et tout ce que je propose est amené, est réfléchi. Et c'est vraiment pour passer un moment poétique avec des messages derrière, enfin, et plus que poétique. Évidemment que je joue avec les émotions, voilà, enfin, je joue avec les émotions des gens et je… Mais je fais attention au public, je sais que j'ai une responsabilité énorme. Et ce n'est pas pour faire souffrir les gens, pas du tout. Et ce n'est pas juste dans un but de… uniquement de se dépasser. C'est vraiment pour vivre un moment ensemble et qui est aussi dans la réflexion. Mais je pense qu'il ne faut pas… il ne faut pas s'arrêter juste à la notion de longe, pas longe. En fait, finalement, plus important, on s'en fout de ça, vraiment. Ce qui est important, c'est ce qu'on vit là-haut et c'est ce qu'on vit ensemble avec le public. Et d'ailleurs, ce qu'on vit là-haut, parce que les gens se projettent aussi beaucoup. Et pour moi, là-haut, c'est vraiment un endroit de liberté. Quand je suis là-haut, je me sens libre. Et c'est ça que je voulais dire avant tout. C'est que… enfin, souvent, on dit… ah, voilà, enfin, c'est pour ça que je voulais parler de la longe de sécurité. C'est que souvent, pour rassurer les autres, on me demande de mettre une longe. Moi, une longe, quelque part, me met plus en danger parce que je ne peux pas exécuter les bons mouvements. Ou alors, si j'ai une ceinture autour de moi, en fait, elle me gêne. Et du coup, pour rassurer les autres, on me dit « bon, alors tu vas mettre une longe » parce qu'ils croient que du coup, je serai plus en sécurité, alors que ça me met plus en danger. Et on fait ça un parallèle avec la vie. Aujourd'hui, on nous restreint dans toutes nos libertés pour, soi-disant, notre sécurité. Mais finalement, est-ce que c'est vraiment pour nous ? Est-ce que c'est vraiment pour notre sécurité ? Est-ce que ça ne nous met pas plus en danger ? Et voilà, et ça, c'est une vraie question qu'on peut se poser. Et finalement, moi, je pense que apprendre à gérer notre espace, moi, là-haut, c'est mon espace. Je suis en liberté, je gère mon espace. Et si jamais on vient vouloir le contrôler, on va me mettre en danger. J'ai appris à vivre dans cet espace. Je me suis confrontée à des difficultés, à des endroits, mais j'ai appris mes limites. Et comme j'ai appris mes limites, je connais mon espace et finalement, je suis en sécurité. Parce que moi, je gère mon espace. Mais si jamais on ne me laisse pas expérimenter, si on ne me laisse pas essayer de me confronter aux limites, à essayer de dépasser les limites, à apprivoiser mon espace, et bien finalement, là, je suis en danger. Et je risque des choses. Donc voilà, c'est facile de faire le parallèle avec la vie. Oui, c'est clair.

Invité 1 Et tu vois, finalement, pour boucler la boucle avec Alex Honnold, en fait, quand tu lis un peu l'histoire, parce que c'est pareil au début, tu vois, quand son record a été annoncé, c'était « Ah, mais il est complètement fou, à quel intérêt de faire ça ? » En fait, il expliquait qu'il a travaillé ça pendant des années et des années et des années, pas dans un recherche de performance. qu'il connaissait chaque prise absolument par cœur. Il pouvait se faire l'ascension complète, les yeux fermés. Et donc à ce titre que finalement, l'accessoire de sécurité, un peu comme tu le dis, aurait été plus une entrave qu'autre chose, parce que c'est la façon dont il fait de l'escalade depuis des décennies.

Johanne C'est un travail, c'est quelque chose qu'on travaille énormément, qu'on développe. On y passe des années et des années et des années d'entraînement. Évidemment que si quelqu'un qui ne connaît rien, il veut faire la même chose que nous, évidemment, il ne faudra pas marcher. Mais ça, c'est pareil pour tous les métiers, pour tout en fait. Évidemment que quand on veut aller loin quelque part, c'est de l'entraînement, c'est beaucoup de persévérance encore une fois. Voilà, ce n'est pas du jour au lendemain qu'on l'acquiert. Et du coup, les personnes qui arrivent et qui disent « Bon, moi je connais c'est quoi les règles ? Du coup, je vais t'empêcher de faire ça, ça, ça, ou tu vas le faire de cette manière-là ? » Ben non. Ben non, ça ne marque pas. Oui. Donc voilà. Et puis voilà, dans la vie, il faut arrêter de vouloir contrôler les autres. Je pense que… Enfin voilà, on est en train d'infantiliser tout le monde. Et ben non, je pense qu'il faut qu'on responsabilise les gens, et puis qu'on laisse vivre les gens leur vie, et qu'on laisse assumer les choix de chacun et chacune, et qu'on arrête de vouloir contrôler ce que chacun et chacune veut faire dans la vie en fait. Allons-y, enfin… Allons-y ensemble. Et puis c'est aussi dans un… Enfin c'est se confronter aux autres encore une fois, dans cette prise de risque, etc. Et puis le spectacle c'est ça, c'est rassembler des gens. Un spectacle c'est rassembler. Et du coup c'est se questionner, se questionner ensemble. C'est réfléchir avec des gens qui sont pas forcément… Qui ont pas forcément les mêmes façons de penser. Moi je suis souvent confrontée à des gens qui comprennent absolument pas ce que je fais. Mais c'est ça aussi qui est intéressant. C'est d'aller dans… voilà, de confronter nos avis qui divergent, y réfléchir, nous faire avancer, aller toujours plus loin en fait. Mais pour ça, il faut garder une ouverture, il faut garder… voilà, une envie de diversité, et puis pas imposer aux autres nos choix. Et puis surtout prendre des risques dans la vie quoi.

Invité 1 Alors c'est plusieurs fois que tu évoques, tu vois, la prise de risque, la persévérance. Tu dirais que… qu'est-ce qui est… quelle qualité, en tout cas, qu'est-ce que t'as su développer toi qui fait qu'aujourd'hui t'es capable d'exécuter le type de performance que t'exécutes. Que ce soit d'un point de vue physique, alors forcément, je connais rien à ton univers. Mais spontanément, je pense à l'équilibre. J'imagine que voilà, c'est un truc que t'as dû apprendre à gérer de mieux en mieux. Mais je suppose qu'il y a plein d'autres choses, notamment sur le mental. Comment est-ce que t'appréhendes, tu vois, le fait, encore une fois, t'as pas ce fil de sécurité, t'as pas cette option de tomber. Donc, tu dirais que ça a été quoi ?

Johanne C'est… bon, déjà, c'est évidemment un travail physique intense, ça c'est sûr. Il faut une forme physique et des capacités physiques, enfin voilà, qui sont propres à ce travail qui est spécifique. Tu peux être lourd et finambule d'ailleurs ?

Invité 1 Oui, oui, oui.

Johanne Oui, oui, tout à fait. Après, on fait pas tous les mêmes choses en fait. En fait, tout dépend de notre corps et de… Après, on développe les choses qui nous plaisent et puis… et puis notre morphologie, on la travaille. C'est voilà, c'est quelque chose qu'on travaille. On va dans le sens de notre corps, mais on développe notre corps pour aller là où on a envie d'aller. Donc voilà, le corps, il s'adapte pour aller là où on lui dit d'aller.

Loïc Oui.

Johanne Donc voilà, évidemment qu'on façonne physiquement notre corps. Après, oui, je pense qu'il faut avoir la tête dure ou je sais pas très bien quoi. Après, moi je l'ai pas appris, je pense que c'est quelque chose qui s'apprend. Moi je l'ai appris sur le tas, avec l'expérience. Mais c'est sûr que quand on est là-haut, il faut pas laisser nous envahir ni par des pensées négatives, ni par des pensées positives. Souvent je dis qu'elles sont tout aussi dangereuses l'une et l'autre, parce que souvent on pense qu'à des pensées négatives. Mais on peut avoir des montées d'angoisse ou des petites choses, mais il faut vite les contrôler et vite les mettre de côté. Enfin voilà, il faut être dans l'instant présent, il faut pas commencer à réfléchir à ce qui peut arriver, que ce soit une angoisse, quelque chose de négatif, ou même quelque chose de positif, où on est trop à l'aise là-haut, on fait « waouh, c'est trop bien », et qu'on commence à réfléchir à ce qu'on va faire demain, tout à l'heure, enfin peu importe. C'est tout aussi dangereux, parce qu'il faut être à ce qu'on fait. Et c'est ce que j'aime là-haut, c'est qu'on vit l'instant présent, je peux pas l'expliquer autrement.

Invité 1 Et ça, comment tu le fais ? T'es là-haut, tu vois que ce soit… tu te rends compte déjà que t'as des pensées négatives, ou au contraire peut-être un relâchement parce qu'euphorie machin. Comment t'arrives à tout de suite te recentrer ? Parce que je suppose que ça va être fait en 1 millième de seconde.

Johanne Oui, c'est très rapide.

Invité 1 Comment ?

Johanne C'est très rapide. En fait, là-haut déjà tous les sens sont en éveil. Il y a quelque chose de… le corps il est en alerte, donc il y a un état de corps et d'éveil qui est assez énorme, qui est trop beau à vivre. Et puis oui, le temps il est pas le même quand on est là-haut. Après, comment… je sais pas, je pense que c'est juste… voilà, on sent une pensée qui nous envahit, c'est… Non, hop, soit ce que tu fais, puis voilà, puis on est à ce qu'on fait. Mais je sais pas, je peux pas expliquer comment… ce que je me dis pour y arriver, en tout cas, il faut y arriver parce qu'il n'y a pas le choix.

Loïc Ouais.

Johanne Et du coup, je sais pas, c'est l'expérience. Je sais pas, à force de le vivre que ça s'est construit comme ça. Voilà, c'est pas quelque chose qu'on m'a appris. C'est pas quelque chose qu'on m'a appris. C'est quelque chose…

Invité 1 Ok. Et tu dirais que… quel est le rôle de la respiration dans tes performances ?

Johanne Euh… moi, je suis pas très douée pour tout ça. Ok. Même si le spectacle s'appelle « Respire », justement, je pense que c'est une touche de respiration pour moi, parce que je suis plutôt quelqu'un de très actif dans la vie et d'assez speed. Et… mais… mais quand je suis là-haut, je respire et je suis bien. Mais… je suis pas quelqu'un qui pratique ni de la méditation, ni du yoga, ni tout ça, pas du tout. Ok. Je suis vraiment pas douée pour tout ça. Faut que… d'ailleurs, ce serait bien que j'apprenne un peu. mais… mais je pense que ma pratique m'oblige. C'est un peu ce que je disais au tout début de… que je pense que le fil, c'est pas pour rien que je fais du fil et qu'il m'accompagne dans la vie. Euh… je pense que quand je suis sur le fil, euh… de manière naturelle, euh… c'est quelque chose qui m'apaise et qui… et qui… enfin voilà, qui… voilà, je suis dans ce que je fais. Et… dans la vie, pas trop. Je suis plutôt très active à réfléchir à plein de projets et à monter plein de projets et… et… et… et… et voilà. Donc du coup, c'est pas quelque chose que je pratique à côté. Mais quand je suis sur le fil, pareil, je pense que c'est la pratique qui m'oblige à… à respirer. Mais… voilà, je… je suis la très mauvaise personne pour… Ok. …parler de tout ça.

Invité 1 Alors, je te posais la question parce que quand… quand t'expliquais, euh… tu vois, cette notion de… d'être focus dans… dans l'instant, d'éliminer les pensées parasites, qu'elles soient négatives ou pas… En fait, j'avais un peu l'impression d'entendre… enfin c'est comme si j'entendais un… tu vois, un… un… un… un maître d'art martial t'expliquer ce qu'il faut faire avant de tirer une flèche, tu vois, au tir à l'arc. au tir à l'arc. Et très souvent dans les arts martiaux, la respiration elle doit être consciente parce qu'elle a un rôle hyper important que ce soit surtout pour la...

Johanne C'est complètement lié, c'est juste que moi je ne sais pas en parler parce que je pense que je le fais de manière naturelle mais ce n'est pas quelque chose encore une fois qu'on m'a appris ou ce n'est pas quelque chose que je conscientise à côté de ma pratique voilà donc c'est un peu difficile pour moi d'en parler mais c'est exactement ce qui se passe là-haut et c'est ce que je fais et je pense qu'il y a plein de ponts à faire avec les arts martiaux, avec plein d'art et plein de prêtes en effet

Invité 1 et ton public est-ce que tu arrives à avoir des retours comment est-ce que tu fais pour jauger la réaction, voir les émotions que ça suscite, sachant que tu es assez haut, donc est-ce que tu arrives quand même à avoir ce lien, à avoir des retours ?

Johanne Oui, il y a un lien indéniable entre le public et moi et oui, et même si je suis à grande auteur déjà, moi, le public m'impressionne, c'est pas moi qui m'impressionne le public c'est le public qui m'impressionne par exemple quand tu as 10 000 personnes qui sont là reliées dans une place ou plus d'avoir un silence ou d'avoir une espèce de tension qui est palpable, qui est même plus que palpable c'est hyper impressionnant et on entend, on foint les gens respirer et puis comme je disais, je joue avec les émotions parce que c'est un spectacle donc on joue avec ça on manipule les émotions dans le sens beau du terme de la manipulation mais en tout cas, on le travaille pour raconter une histoire ensemble et pour vivre des choses ensemble et du coup, ben oui les émotions, elles sont elles sont guidées amenées pour aller dans un même chemin ensemble et du coup, oui c'est complètement palpable on est ensemble quand je suis là-haut je suis avec les gens avant tout et je me rappelle quand je suis là-haut je ne suis pas concentrée sur moi je suis concentrée sur ce qui se passe et ce qu'on est en train de vivre encore une fois l'instant présent mais je ne suis pas concentrée sur moi pas du tout je ne suis pas en train de réfléchir à ce que je pense que je fais comment je le fais je suis en train de vivre ce que je fais voilà et du coup, ben dans le vivre il y a ce qui se passe autour de nous je ne suis pas dans une bulle pas du tout ma bulle, elle est totalement éclatée je suis attentive à tout ce qui se passe et justement encore plus enfin comme je disais on est en éveil encore plus les sens sont beaucoup plus en éveil si jamais il peut y avoir un bruit très lointain ou une brise de vent ou une mouche ou quelque chose tout ça le corps il est en éveil donc on est sensible à tous ces petits éléments donc le public ce n'est pas un petit élément pour eux aussi donc du coup et puis avec les musiciens aussi les musiciennes avec qui je travaille on est enfin ils font aussi le lien entre le sol les airs enfin il y a et même plus qu'un lien parce que ils envoient de la dynamique puis à un moment des moments il me calme puis des moments il le reçoit enfin c'est voilà ce sont des ce sont des mots pour guider aussi l'histoire quoi donc voilà les rigueurs aussi qui sont là enfin voilà c'est comme je disais pour créer un spectacle il y a une équipe derrière une équipe qui est qui est énorme c'est beaucoup de monde beaucoup beaucoup de monde parce que nous on est les personnes qui sont en lumière mais il y a beaucoup de gens dans l'ombre pour pouvoir créer un spectacle il y a toute la partie administrative que ce soit voilà presse machin enfin aussi voilà la presse la prod la diff enfin bon bref il y a beaucoup beaucoup beaucoup de monde dans toute la partie bureau associatif et autres de la compagnie après il y a toute la partie technique que ce soit les différents régisseurs son lumière les rigueurs cordistes que ce soit les ingénieurs constructeurs parce qu'on travaille aussi avec des nouveaux matériaux avec des nouveaux agrès parce que moi j'aime innover construire donc du coup voilà il y a toute cette partie aussi technique et enfin voilà après et des études aussi bureaux de contrôle études etc après il y a toute la musique voilà donc tous les compositeurs musiciens musiciennes voilà etc après il y a il y a il y a d'autres circassiens circassiennes avec qui je je travaille aussi que je voilà j'emmène assez loin aussi dans dans des envies de spectacle après il y a il y a qui d'autre il y a tout ce qui est com donc tout ce qui est teaser photo tout ce qui est voilà toute la partie communication et autres après j'en oublie plein plein plein mais il y a il y a aussi toute la partie illustration graphisme puis dans la prochaine création on crée aussi une BD en parallèle donc voilà là c'est encore plus mis en avant après il y a ouais il y a enfin voilà les régisseurs général il y a énormément de monde qui qui qui oeuvrent pour que un spectacle puisse être monté quoi

Invité 1 et alors justement le le quand tu pars d'une page blanche au moment de la création d'un spectacle c'est quoi les grandes étapes par lesquelles tu passes au tout début est-ce que tu commences par l'objectif par c'est-à-dire l'impact que tu veux qu'il ait sur le public est-ce que il y a d'autres choses des messages que tu veux faire passer c'est quoi le point de départ

Johanne je peux parler du triptyque donc du triptyque que j'ai donc résiste respire et vote moi je suis partie d'une envie d'une envie de base j'avais résiste j'avais des sentiments une envie de partager une émotion de la résistance je voulais au début que là c'est un spectacle où le fil tombe il tombe de 2 mètres il s'incline il bouge c'est une structure nouvelle qu'on a créée pour ce spectacle j'avais envie que le message que je voulais passer c'est que quoi qu'il arrive on tient bon on résiste et quand tout s'effondre autour de nous il faut juste voir les choses d'une autre manière parce que les paramètres ont changé mais on peut continuer d'avancer et donc ce spectacle c'est ça ça raconte ça donc du coup est venue l'idée de cette structure nouvelle est venue enfin voilà donc je pars d'une envie de raconter quelque chose et après avec ma technique et avec une technique qu'on peut inventer et des nouvelles figures etc on réfléchit à comment le mettre en scène et l'exprimer donc je passe par une par exemple pour Evolt j'ai fait une semaine de résidence d'écriture où vraiment j'ai passé du temps à écrire le spectacle etc et puis après je me fais aussi accompagner en aide à la mise en scène aide chorégraphique etc enfin quand on est en résidence de création où là on travaille la réalisation du spectacle et là je me fais aussi aider parce que je suis dans le spectacle aussi donc je ne peux pas être à l'intérieur et à l'extérieur en même temps donc du coup voilà on crée ensemble et pour être sûr que l'histoire que je veux raconter est assez claire parce que c'est des histoires qui sont du coup mises en image il n'y a pas de texte parce que je ne fais pas du théâtre je fais du cirque et il y a de la musique aussi mais du coup voilà du coup c'est voilà c'est une façon d'écrire qui est voilà qui est par le corps voilà

Loïc c'est des mots

Johanne mais en fait à chaque fois ce que je dis c'est que comme on crée un vocabulaire circassien nouveau donc il y a des nouvelles structures techniques enfin voilà j'aime innover et du coup souvent ce que je dis c'est qu'on commence par des labos etc et que du coup on commence par créer des lettres donc voilà puis après on crée des mots avec ces lettres et puis après on crée des phrases et puis après on écrit un texte pour arriver finalement au livre final qui est le spectacle voilà donc on le fait avec les corps avec le corps et les corps aussi voilà

Loïc ok excellent

Johanne à côté de ça il y a aussi je fais aussi des performances par exemple j'avais fait une performance de 24h sur le fil où je suis restée 24h sur le fil et ça c'est une autre écriture c'est pas une résidence d'écriture etc ça part d'un projet fou d'une envie qui du coup est lancée comme ça et qui finalement va se réaliser et puis après on se dit ah bon bah ok on a lancé ça mais on va le faire on va le faire on va le faire et après ben voilà je m'entoure de super personnes qui me permettent de réfléchir à toutes les questions pratico-pratiques techniques et autres pour pouvoir réaliser cette performance folle enfin voilà celle-là ou plein d'autres mais souvent ça part de ben en fait toutes les envies les idées partent de rencontres d'échanges avec des gens et puis et puis quand une idée me souten voilà quand une idée reste dans ma tête et reste présente ben du coup je me dis bon ben si elle reste là c'est qu'il va falloir la développer et donc je mets tout en oeuvre pour aller au bout de mon idée

Invité 1 génial

Johanne et je m'entoure parce que encore une fois je n'irai nulle part

Invité 1 ouais ça t'as été bien clair dessus je pense que c'est hyper important aussi parce que c'est vrai que dans le spectacle j'imagine qu'on te voit surtout toi en l'occurrence on entend peut-être un peu enfin on entend un peu on entend les musiciens mais effectivement par rapport à tout ce que t'expliques de avant la partie immergée de l'iceberg je trouve ça toujours intéressant de rappeler que finalement il n'y a pas grand chose qui se construit seul

Loïc non

Invité 1 et j'avais une question par rapport à l'aspect technique est-ce que dans tes spectacles dans la manière dont tu l'exécutes dont tu le mets en place est-ce que t'es au maximum techniquement de ce que tu peux faire ou t'as une marge tu vois pour rester je sais pas 70-80% du max

Johanne ça dépend de ce qu'on fait quand je suis à grande auteur je suis en deçà enfin en deçà non je suis là où je dois être à l'endroit où je suis mais je ne prends pas de risque incalculé encore une fois donc tout ce que je fais là-haut est totalement maîtrisé et je suis sûre de ce que je fais parce que je le maîtrise totalement après moi je réalise enfin c'est ce que j'aime c'est que dans mes spectacles à chaque fois je vais toujours plus loin et donc pour aller plus loin on invente des nouvelles figures des nouvelles choses etc et donc à chaque fois j'y réalise beaucoup de crash tests enfin c'est ce que j'appelle les crash tests c'est que bah du coup pour faire enfin voilà les crash tests ils sont voilà là je mets une longe de sécurité on est moins haut on est machin et tout ça et là on y va on y va on y va parce que j'ai une idée de figure ou d'une envie en tout cas en tête et donc bah on sait pas du tout comment ça va être si ça va être possible ou pas et techniquement et techniquement dans l'agré dans la partie technique outillage quoi physique et techniquement dans la partie corporelle physique aussi et du coup bah du coup on y va progressivement pour atteindre l'objectif et donc bah au début bah on rate on rate on rate on rate on rate encore ah il y a une petite lueur d'espoir et puis après on rate et puis voilà et en fait c'est ça l'apprentissage aussi c'est l'apprentissage l'apprentissage par l'échec et il faut bah le prochain type du spectacle c'est révolte ou tentative de l'échec ça veut bien dire aussi pas mal de choses c'est que faut pas avoir peur de l'échec et l'échec fait avancer et donc du coup bah on va on va voilà on va se confronter à à quelque chose qui ne va pas forcément réussir tout de suite mais on y retourne on y retourne parce que bah parce qu'en fait finalement on a l'espoir d'y arriver et puis et on fait bien parce que c'est ça qui permet d'aller plus loin et d'y arriver quoi donc donc voilà l'échec fait partie de la construction et il faut pas l'oublier parce que encore une fois dans la vie on nous apprend de plus en plus voilà à dire bah l'échec c'est quelque chose qui est raté bah non bah non l'échec ça nous apprend à se remettre enfin voilà à se construire en fait tout simplement et on prend de l'échec donc donc voilà moi je fais beaucoup de crash test donc je vais à l'échec de manière très volontaire mais parce que au final non parce qu'au final ce n'est pas un échec parce qu'au final après on arrive à faire des nouvelles figures et puis quand on y arrive c'est juste génial et extraordinaire quoi donc il faut persévérer encore une fois c'est ce mot là qui ressort persévérance

Invité 1 persévérance clairement on y revient toujours là encore une fois question peut-être vraiment de novice mais est-ce que est-ce que t'envisages avec ta compagnie moi je pense à compagnie je pense du coup à plusieurs personnes tu vois qui sont dans l'exécution du spectacle est-ce que c'est faisable d'avoir de coordonner plusieurs finambules sur le même fil ou c'est impossible techniquement

Johanne oui oui c'est tout à fait possible déjà j'ai fait des spectacles avec d'autres finambules donc c'est tout à fait possible et surtout dans la prochaine création j'emmène quelqu'un avec moi sur le fil qui n'est pas finambule ni fil de féeriste

Invité 1 génial

Johanne donc du coup moi j'aime créer en fait je pars de la contrainte pour en faire une force et du coup donc j'impose ça aussi aux personnes qui travaillent avec moi bon elles le veulent c'est de leur plein gré elles sont tout à fait conflitantes mais du coup j'emmène donc Bavio Violaine Garros je l'emmène avec moi sur le fil alors qu'elle c'est pas du tout son endroit où elle est à l'aise et du coup il y a vraiment un travail de confiance il y a un travail d'apprivoiser cet espace là et c'est très très beau la confiance qu'elle m'accorde et voilà elle vient dans cet univers qui n'est pas le sien et elle le découvre et du coup on réalise des choses qui sont beaucoup plus sensibles que je ne ferai évidemment pas seule et puis et encore une fois du coup on raconte des choses qui sont très proches aussi de la vie du réel en fait là les gens quand ils voient cette fragilité ils voient cette personne qui ne sait pas faire du fil et qui monte sur le fil et qui fait confiance à l'autre et qui y va en fait tout ça c'est des messages symboliques très très très très forts et ils sont perceptibles parce qu'ils sont vrais parce qu'en fait on ne joue pas enfin on ne joue pas des rôles on est dans le réel dans la réalisation d'actes physiques mais qui sont voilà très très clairs très symboliques donc donc ouais non c'est beau et donc oui évidemment que c'est possible et puis tout est possible de toute façon il faut juste se donner les moyens pour y arriver mais voilà

Invité 1 yes j'adore le message super et s'il y a des gens qui sont intéressés justement par rapport à ce tu vois la suite de tes de ce triptyque respire respire attends ne le dis pas je vais y arriver respire non c'était pas résiste respire révolte

Johanne exactement voilà

Invité 1 donc s'il y a des personnes qui sont intéressées pour en savoir plus le plus simple c'est ton site internet lesfillesdurenarpal.com

Johanne voilà ouais le site internet lesfillesdurenarpal.com il y a toutes les informations sur les spectacles performances agenda voilà il faut pas voilà on est en tournée partout dans le monde donc voilà faut pas hésiter à nous voir et nous rencontrer

Invité 1 trop bien et bien écoute Johan un grand merci c'était passionnant de découvrir cet univers avec toi et puis surtout tout ce que tu associes les émotions que tu y trouves que tu veux les messages que tu veux faire passer moi j'ai vraiment été bluffé finalement tu vois de t'entendre parler de alors forcément n'étant pas un artiste moi-même tu vois j'ai peut-être cette tendance à considérer l'art c'est avant tout tu vois quelque chose de très créatif peut-être un peu loin de cette notion de dépassement d'échec de tu vois de finalement de volonté de discipline et c'était méga intéressant de t'entendre évoquer tout ça finalement dans un cadre artistique

Loïc oui

Invité 1 et innovant franchement merci beaucoup passionnant

Loïc merci à toi

Invité 1 je te souhaite une excellente fin de programmation fin de préparation du coup pour le dernier dernier volet du triptyque

Loïc oui

Johanne on en a pas

Invité 1 peut-être à bientôt sur un spectacle qui sait

Johanne avec plaisir

Invité 1 merci Johan

Johanne merci

Invité 1 merci d'avoir écouté l'épisode dans son intégralité j'espère que vous avez pris autant de plaisir que ce que j'en ai eu à l'enregistrer si vous avez des feedbacks vous pouvez me contacter sur le compte instagram du podcast lesfrappés.podcast ou par email à hello lesfrappés.com je fais mon maximum pour que vous viviez de super expériences audio avec mes invités chaque épisode demande beaucoup de temps et d'énergie si vous appréciez mon travail la meilleure façon de me soutenir c'est de partager cet épisode à au moins 3 personnes qui aiment se dépasser si vous écoutez le podcast sur apple podcast ou spotify prenez quelques secondes de votre temps maintenant pour m'y laisser une note 5 étoiles et un commentaire merci beaucoup pour votre fidélité à la semaine prochaine pour un nouvel invité où !

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