Les Frappés Les Frappés
Saison 3 Bonus Parcours de vie #commando #armée #Mont-Blanc

14 juillet 2023

Se reconstruire grâce au sport avec Sabrina & Pierre-Clément (armée de Terre 🇫🇷)

Durée · 59 min · Transcription disponible

Sabrina

Le récit

En partenariat avec l’Armée de Terre 🇫🇷 et à l’occasion des 30 ans de la Cellule d’Aide aux Blessés, voici un épisode spécial dans lequel j’accueille Sabrina Daulaus et Pierre-Clément Le Tellier.

Sabrina est une ancienne militaire du 503e régiment du train, qui a perdu l’usage de son bras en 2012. L’Adjudant-Chef Pierre-Clément a notamment comme mission la mise en place d’actions pour favoriser la reconstruction des blessés par le sport.

En juin 2023, Sabrina et 4 autres militaires se sont lancé dans l’ascension du Mont Blanc. Un défi de taille pour Sabrina en n’ayant qu’un seul bras, notamment sur les sections techniques.

Vous l’entendrez, tout ne s’est pas passé comme prévu, mais ça fait partie de l’aventure et vous le verrai, on retrouve chez mes deux invités l’état d’esprit du soldat : on s’adapte et on se remet en mouvement.

Merci à l’Armée de Terre pour cette opportunité, merci et bravo à Sabrina et Pierre-Clément, excellente écoute à vous les frappés !

🔎 Pour découvrir les actions des cellules d'aide aux blessés c'est par ici.

🎙 Les épisodes de podcast auxquels nous avons fait référence sont :
👉 Épisode #40 - Louis Saillans - Ancien Commando Marine (Forces Spéciales) - S'engouffrer dans l'inconnu et affronter le danger
👉 Épisode #110 - Se relever après avoir été amputé de ses deux jambes avec Cyrille Chahboune, ancien du CPA 10 (Forces Spéciales)
👉 Épisode Bonus - Emmanuelle Halioua - Combattre les Troubles de Stress Post-Traumatiques

Vous pouvez suivre Sabrina & Pierre-Clément ici ⬇️
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Transcription

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Sabrina En restant actif et en se mobilisant même si on peut être au fond du saut, on voit qu'on peut faire des choses et que le corps est clairement sur une machine.

Invité 1 Concrètement, mon accident, pour moi ça a été une révélation sur une nouvelle vie, des nouvelles possibilités. En fait, tout ce que je fais depuis que j'ai mon handicap, je ne l'aurais jamais fait avant.

Pierre-Clément Bienvenue sur Les Frappés, le podcast sur le dépassement de soi et l'aventure. Je suis Loïc Blanchard, entrepreneur, coach et préparateur mental certifié. J'ai été pendant plusieurs années sportif de haut niveau en judo avant de quitter les tatamis pour me consacrer à des sports de plein air comme le triathlon ou partir m'évader sur des treks engagés. Récemment, je suis devenu finisher de la PTL, un ultra-trail de 340 km autour du Mont Blanc, organisé par l'UTMB. Depuis la création des Frappés en 2020, j'ai deux objectifs. Le premier, c'est de vous faire découvrir des univers fascinants qui font rêver. Avec mes invités, on ira naviguer sur toutes les mers du monde. On participera à des expéditions dans les régions polaires ou en Himalaya. On découvrira l'envers du décor de l'entrepreneuriat et du sport de haut niveau. Et on partira en mission avec des membres des forces spéciales. Le deuxième, c'est de vous aider à croire en vos propres rêves et à passer à l'action grâce au partage de ces invités exceptionnels. On sous-estime largement ce dont on est capable, physiquement ou mentalement. Et je suis convaincu qu'une petite conversation peut déboucher sur de grands changements. On a en moyenne 4000 semaines à vivre sur Terre, alors autant les vivre à fond. En partenariat avec l'armée de terre et à l'occasion des 30 ans de la cellule d'aide aux blessés, voici un épisode spécial dans lequel j'accueille Sabrina et Pierre Clément. Sabrina est une ancienne militaire du 503e régiment du train qui a perdu l'usage de son bras en 2012. L'adjudant-chef Pierre Clément a notamment comme mission la mise en place d'actions pour favoriser la reconstruction des blessés par le sport. En juin 2023, Sabrina et quatre autres militaires se sont lancés dans l'ascension du Mont Blanc. Un défi de taille pour Sabrina en n'ayant qu'un seul bras, notamment sur les sections techniques. Vous l'entendrez, tout ne s'est pas poussé comme prévu, mais ça fait partie de l'aventure. Et on retrouve chez mes deux invités l'état d'esprit du soldat. On s'adapte et on se remet en mouvement. Merci à l'armée de terre pour cette opportunité. Merci et bravo encore à Sabrina et Pierre Clément. Excellente écoute à vous les frappés.

Invité 1 Je me suis engagée en 2000. Ma spécialité, j'étais radiographiste, donc je faisais du morse. Et donc je suis partie trois fois en opération, deux fois au Kosovo, une fois à Mayotte en détachement avec les légionnaires. Et puis après, en 2008, j'ai été mutée. Donc je suis partie deux ans à Saint-Mexembre. Après, je suis partie au 503e Régiment du train qui était avant à Bordeaux, à Martignas, sur Jeanne, à Souge. Actuellement, le 13e RDP. Donc en 2011, j'ai été là-bas. Et après, le Régiment a déménagé. Donc en 2011, il a déménagé à Garon. Et après, donc en 2012, c'est là que j'ai eu mon accident de trajet. En fait, le matin, me rendant au travail accident de moto.

Pierre-Clément Accident du coup en termes de gravité, qu'est-ce que… Donc, euh…

Invité 1 Alors, j'allais pas vite. C'était pas un problème de vitesse, en fait. C'est une voiture qui m'a coupé la route pendant que j'étais en train de le doubler. Et donc, j'ai fini de l'autre côté de la route sous une voiture qui est arrivée de l'autre côté. J'ai eu traumatisme crânien, trois fractures ouvertes du bras gauche plus multiples fractures du bras gauche. Et en fait, dans ma… dans ma chance, entre guillemets, j'ai que mon bras gauche, en fait, qui a appris. Et le problème, c'est que, en fait, mon bras gauche est resté crispé, en fait, sur le guidon de la moto. Sauf que moi, je suis passée par-dessus le guidon. Et en fait, ça a tellement été tendu, en fait, entre le bras qui restait accroché et mon corps qui partait de l'autre côté, que, en fait, ça sectionnait le nerf directement au niveau de la racine du rachidon. Et donc, j'ai eu un plexus brachial complet, donc mon nerf qui a été sectionné complètement. Donc, j'ai été à l'hôpital. Bon, après, je me rappelle de rien. J'ai eu traumatisme crânien et je me rappelle de rien. Je me rappelle quelques brides quand je me réveillais de temps en temps à l'hôpital. Et puis après, à l'opération où je me suis réveillée. L'opération a pris 12 heures parce qu'en fait, j'ai eu la chance de tomber sur le spécialiste du bras qui, en fait, il s'est servi de mon cas comme un cas à école. Il a filmé l'opération et, en fait, il s'est décidé à sauver mon bras. Sinon, c'était amputation. Parce que c'était très complexe entre tous les os qui avaient été fracturés, tous les morceaux. Et donc, lui, il s'est amusé, entre guillemets, à tout faire pour récupérer mon bras. Donc, j'ai eu cette chance. Donc, voilà.

Pierre-Clément Donc, ça, c'était, tu as dit, pardon, en 2014, c'est ça ?

Invité 1 Non, 12 septembre 2012. 2012.

Pierre-Clément Ouais. Ok, d'accord. Ok. Ok, donc accident de trajet. Donc, tu disais la blackout. Est-ce que tu te rappelles d'un souvenir en particulier au moment où tu as tapé ?

Invité 1 Ah non, aucun. Alors, sincèrement, je dirais que même avant mon accident, mon cerveau, il a fait reset complet, quoi.

Pierre-Clément D'accord.

Invité 1 Je ne me rappelle de rien. J'en ai parlé avec les médecins. Ils m'ont dit non, c'est… Quand c'est violent, quand il y a quelque chose de violent comme ça, parfois, le cerveau, il décide d'oublier. Et d'un côté, c'est mieux. C'est ce qui aide à avancer plus rapidement, en fait. Donc, non, je n'ai pas du tout de souvenir.

Pierre-Clément Tu dirais que cette blessure, sur le moment, qu'est-ce qu'elle a changé pour toi d'un point de vue déjà, enfin, perso, évidemment, mais ensuite, par rapport à ta carrière militaire ?

Invité 1 Ben, concrètement, au début, ça a été dur quand j'ai compris. En fait, pour moi… OK, j'avais encore mon bras. Donc, pour moi… Enfin, au bout de deux mois, je voulais reprendre mon travail, je voulais remettre l'uniforme, je voulais repartir, quoi. Et quand le médecin militaire m'a dit que non, concrètement, ce n'était plus possible, que je ne pourrais plus porter l'uniforme, là, ça a été un grand coup de massue, parce que je me suis engagée par pure vocation. Donc, pour moi, ça a toujours été ça, quoi. Donc, là, ça a été dur, et je me suis dit, putain, mais qu'est-ce que je vais faire, quoi ? Je me suis… Enfin, je me suis engagée pour ça, j'ai toujours voulu faire ça. Qu'est-ce que je vais faire ? Et puis, j'ai eu la chance que, en fait, mon ancien chef de corps de mon régiment, il… On a pas mal discuté ensemble, et il m'a proposé de me garder en tant que civile de la défense, en fait, de me récupérer, et de continuer à travailler un petit peu comme avant, sans l'uniforme, forcément, mais de rester dans l'institution, quoi. Et rien que de savoir ça, ça m'a fait un bien fou. Après, grâce à la CABAT, en fait, deux ans après mon accident, ils m'ont proposé, en fait, un stage de sport adapté, en fait, c'est les RMBS, où on part une semaine, et en fait, tous les blessés militaires handicapés, ils nous proposent de l'accessibilité au sport. Donc, c'est là qu'on découvre, en fait, que, concrètement, on a plein de possibilités. Et en fait, au bout de ce stage, j'ai un adjudant-chef de la CABAT qui m'a proposé d'intégrer l'équipe de France des blessés de l'armée de terre pour partir aux États-Unis, aux trials. C'est une compétition qu'organisent les Marines. Et là, ça a été le point de départ de tout ce que je suis maintenant, en fait. Excellent.

Pierre-Clément Excellent. Alors, tu as utilisé plusieurs termes, peut-être qu'on va clarifier. Déjà, les civils de la défense, qu'est-ce que c'est exactement ?

Invité 1 En fait, il y a certains postes qui sont proposés à des civils qui ne sont donc pas forcément militaires, pas du tout. Ils sont recrutés comme des personnes normales et ils occupent des postes, en fait, au sein de l'armée.

Pierre-Clément D'accord. OK. Donc, du coup, en termes d'accréditation, etc., tu travailles sur des sujets qui sont 100% des sujets de l'armée. Tu es dans les mêmes locaux que l'armée. Ouais. Par contre, d'un point de vue administratif, tu ne portes pas l'uniforme. Ouais, voilà.

Invité 1 Je ne porte pas l'uniforme. Je ne peux pas partir en mission, par exemple, en OPEX ou quoi que ce soit. Même s'il y a quelques séjours qui sont proposés, mais sinon, non, tout ce qui est OPEX et tout ça, non. Ça, je ne fais plus et je ne porte plus l'uniforme. Voilà.

Pierre-Clément OK. OK. Et alors, ensuite, tu as mentionné les KABAT et les RMBS, si je n'écorce pas le deuxième acronyme.

Invité 1 Alors, la KABAT, c'est la cellule des blessés de l'armée de terre qui se trouve à Paris aux Invalides. Donc, voilà, c'est eux qui récupèrent. Donc, ça, c'est la partie armée de terre. Donc, c'est eux qui s'occupent de tous les dossiers, en fait, qui sont envoyés dès qu'il y a des blessés militaires, en fait. Et puis après, qui leur proposent justement des stages de reconstruction. Donc, il n'y a pas forcément par le sport, mais il y a divers stages qui sont proposés. Et après, les RMBS, c'est les rencontres des militaires blessés. Et donc, ça, c'est justement l'une des activités qu'ils proposent où, pendant une semaine, en fait, il y a tout un panel d'activités sportives qui sont proposées en fonction des handicaps. D'accord.

Pierre-Clément Et donc, est-ce que c'est là que tu as croisé pour la première fois le légendaire Cyril Chaboun que j'ai aussi accueilli sur le podcast ?

Invité 1 Cooper, je l'ai rencontré en 2018. Cooper, je l'ai rencontré quand on a fait un stage de voile ensemble pour les Invictus Games à Sydney en 2018.

Pierre-Clément Énorme. Ok, ok, ok. C'est en là qui n'ont pas encore écouté cet épisode. Franchement, foncez. Cyril Chaboun. Je ne sais plus si j'ai mis son alias dans la description, je ne crois pas. Alias Cooper, ancien du CPA10, qui a perdu ses deux jambes après avoir explosé sur un… pas très loin d'un bronze plégé par Daesh. Un bronze plégé. Et qui nous parle de résilience et là, pour le coup, de vraie résilience. Je ne sais pas s'il y a une vraie ou une fausse résilience, mais lui, c'est vraiment hallucinant la manière dont il a rebondi. Et ce qu'il fait aujourd'hui, c'est hyper inspirant.

Invité 1 Je sais que l'année dernière, par exemple, il a fait le Mont Ventoux à vélo, en fait, avec mon régiment. C'est moi qui lui ai dit de venir le faire. Donc, j'aime bien l'emmener à chaque fois dans des activités.

Pierre-Clément Ton bras, tu disais que Sabrina, le protocole médical, on va dire, classique, si tu n'avais pas eu la chance de tomber sur ce chirurgien, ça aurait été l'amputation. Concrètement, aujourd'hui, tu as toujours ton bras, mais est-ce que tu peux t'en servir ? Quelles sont les limitations qui découlent de la blessure ? Enfin, de l'accident, pardon.

Invité 1 Alors, ouais, il est toujours là, mais non, je ne peux rien faire du tout avec, en fait. J'ai juste l'utilisation de mon trapèze gauche et après, c'est touché que ça. Donc, je n'ai plus de sensibilité en dessous du coude.

Loïc D'accord.

Invité 1 Ok. Je n'ai plus rien. Il est juste là, quoi. C'est tout. C'est déjà pas mal.

Pierre-Clément Alors, tu en parles, c'est finalement à la fois récent et pas si récent que ça. 2012, ça fait 11 ans. Donc, en termes de reconstruction, je crois que Cyril, c'était à peu près pareil, 7-8 ans. Ouais. Moi, je suis vraiment à chaque fois admiratif du détachement avec lequel vous arrivez à partager ces accidents. Tu dirais que t'as fallu combien de temps pour passer de, on va dire, de victime d'un accident à survivant d'un accident, d'un point de vue, tu vois, état d'esprit, c'est-à-dire à accepter la chose, à tourner la page, à te projeter sur la reconstruction, je vais de l'avant, plutôt que de, pas de t'apitoiler sur ton sort, évidemment, pas du tout, mais plutôt que d'être, tu vois, dans une attitude plutôt passive ou te dire, ah là là, mais comment je vais faire, etc. Tu vois ce que je veux dire ? À quel moment est-ce que t'as repris en main, si tu veux, ta vie ?

Invité 1 Ouais. En fait, déjà, de nature, je suis assez indépendante et autonome, donc j'aime bien me débrouiller toute seule. Et en fait, je vais te dire, quand le médecin est venu me voir, le chirurgien est venu me voir, donc il m'a expliqué, parce qu'au début, je ne savais pas, j'avais mon bras, il était dans un plâtre, donc pour moi, bon, il était là, ok. Et c'est là qu'il m'a expliqué, en fait, enfin, il me l'a dit un peu avec humour, en fait, il m'a dit, bon, alors, il me dit, vous connaissez Jamel Debbouze ? Je lui dis, oui. Il me dit, bon, ben maintenant, vous serez comme lui. Je lui dis, putain, merde, je ne comprends pas, je ne fais pas de humour, je n'ai pas prévu. Et il me dit, non, mais ce n'est pas ça. Il me dit, non, mais vous êtes paralysé du bras, quoi, comme lui. Ah, je lui dis, ok, d'accord. Et après, je réfléchis et je lui dis, mais sinon, quand est-ce que je peux reprendre le travail ? Et là, il rigole, il me dit, non, mais vous n'avez pas compris, en fait. Je lui dis, ben, mon bras, ok, mon bras gauche, il ne fonctionne pas, mais je vois ce qu'on va droit. Donc, c'est bon, je peux reprendre le boulot. Donc, il a rigolé, il m'a dit, bon, écoute, vous verrez ça avec vos chefs. Moi, je dis, je ne sais pas. Après, moi, je ne suis pas restée longtemps au hôpital, vu que je n'avais que le problème de mon bras gauche. Au bout d'une semaine, je suis sortie, je suis rentrée chez moi. Et en fait, je n'aime pas du tout. Ouais, je ne suis pas, je ne suis vraiment pas restée longtemps. Je n'avais que ça comme souci, que mon bras. Après, il était dans le plâtre, il n'y avait plus rien à faire. Donc, voilà, je pouvais sortir et tout. Mais bon, arrivé chez moi, je me dis, putain, qu'est-ce que je fais maintenant ? Je ne peux pas conduire, je ne peux pas sortir. J'étais encore sous les cachets, mais je les ai très rapidement arrêtés parce que ça me rendait malade plus qu'autre chose. Donc, j'ai vite arrêté. Et en fait, je m'ennuyais. Je m'ennuyais. J'ai dit, putain, ça ne va pas être ça, ma vie. Ce n'est pas possible. Et puis, petit à petit, j'ai commencé à ressortir. J'ai mes amis du régiment qui m'invitaient à des activités au régiment. Donc, je retournais, je retournais les voir. Ça, ça me faisait bien fou, en fait, de retourner dans l'institution. Et c'est là qu'en discutant avec mes chefs, ils m'ont dit, bon, OK, viens, tu vas aller faire un stage avec l'armée, là, sur le sport. Et donc, c'est une fois que cet adjoint chef, il m'a proposé d'intégrer l'équipe de France DPC de l'armée Terre pour partir en compétition. Je me suis dit, OK, moi, je ne veux pas y aller pour faire de la figuration. Donc, je veux revenir avec des médailles. Donc, du coup, je vais m'entraîner. Et donc, à Nîmes, j'ai cherché tous les clubs où je pouvais m'inscrire pour m'entraîner. Donc, je participais là-bas à l'athlétisme. Je faisais du tir au pistolet et je faisais de la natation. Je me suis dit, OK, eh bien, voilà, vu que je n'ai rien à faire de mes journées, je vais partir m'entraîner. Donc, du coup, toutes mes semaines étaient remplies par les entraînements. Et franchement, ça m'a fait un bien fou de ressortir pour trouver une vie sociale, de m'entraîner. Non, voilà, je suis partie à la compétition. Je suis rentrée avec 12 médailles. Donc, ça va, j'étais plutôt contente. Et du coup, ça m'a mis le pied à l'étrier pour continuer. Ça m'a mis le pied à l'étrier pour continuer. En fait, je me suis dit, OK, après cette compétition, c'est quoi le niveau au-dessus ? Et le niveau au-dessus avec l'armée, c'était les Invictus Games. Donc, j'ai passé les sélections pour partir à Toronto. Donc, c'était en 2017. Et pareil, j'ai été sélectionnée. Hop, j'ai continué les entraînements. Voilà, je participais. Et c'est comme ça que tout a commencé, en fait. C'est grâce concrètement à l'armée de terre et à cette proposition, quoi. Et depuis, j'arrête plus, en fait. J'arrête plus.

Pierre-Clément Génial. Écoute, franchement, super impressionnant. C'est très intéressant ce que tu dis par rapport à, tu vois, le fait que l'activité physique t'a fait du bien. Et que finalement, chez toi, tu tournais un petit peu en rond. Et tu vois, je viens de finir une formation de deux jours sur, en gros, les gestes de premier secours psychologique. Donc, l'équivalent, c'est quoi ? C'est le PSC1 ? Oui, PSC1. Les premiers gestes, tu vois, PSC1, voilà. Là, j'ai fait l'équivalent, mais pour le cerveau, en gros. C'est un protocole israélien à la base développé par l'armée israélienne qui est maintenant utilisée par les civils. Et qui te permet, qui permet en gros de diviser par deux les risques de PTSD. Donc, de troubles de stress post-traumatique suite à des incidents violents, imprévus et soudains. Et en fait, le postulat de base, c'est de dire, pour éviter les traumas, en fait, il faut être dans l'action. Donc, il ne faut surtout pas demander aux gens de s'asseoir, tu vois, d'être en posture passive, de les renvoyer chez eux, de leur dire prendre quelques jours, etc. Non, il faut tout de suite les mobiliser, être dans l'action. Et c'est ça, en fait, qui fait que du coup, tu réactives la partie de ton cerveau cognitif plutôt que de laisser la partie de ton cerveau émotive qui est en mode, tu vois, tourner à plein régime. Et c'est malheureusement comme ça qu'on installe des traumas sur le long terme. Ouais, c'est clair. Est-ce que c'est un retour, d'ailleurs, alors c'est peut-être l'occasion du coup de basculer vers Pierre Clément, mais est-ce que c'est un retour que tu as fait à l'armée, tu vois, sur toi, la manière dont le fait d'être dans l'action, de tout de suite, tu vois, t'inscrire dans le nouveau projet, la manière dont ça t'a aidé à tourner la page, même si ce n'était pas une blessure de guerre, mais quand même, tu es blessé, tu as été militaire, au moins c'est arrivé. Donc, est-ce que c'est un rétex, entre guillemets, que tu l'auras fait ?

Invité 1 Moi, en fait, quand on m'a proposé ça, d'intégrer l'équipe de France, pour moi, c'était la manière que je pouvais continuer à servir mon pays, en fait, à représenter la France. Et c'est ce qui me manquait, c'est ce que je voulais, en fait.

Pierre-Clément Excellent. Et donc, toi, Pierre Clément, puisque vous êtes deux sur cet épisode, à quel moment est-ce que, du coup, tu as croisé le chemin de Sabrina, et quelle est ta mission au sein de l'armée, de manière plus générale ?

Sabrina Alors, moi, du coup, j'ai croisé Sabrina en 2021, quand j'étais affecté au 503e région du train à Nîmes. Bon, du coup, je n'étais pas du tout destiné à bosser avec les mitaires baissées. Moi, je me suis engagé en 2002, à l'époque, on n'en parlait pas énormément. Il y avait des actions de fête, mais ce n'était pas vraiment démocratisé. Et en fait, le jeu des différentes affectations a fait que j'ai été affecté en 2019 aux Invalides, du coup, au cercle sportif de l'Institution Nationale des Invalides, et j'ai été mis en contact directement avec le milieu du handicap. Donc, là-bas, en fait, en tant que mitaire, j'étais détaché dans cette association. Il y avait plusieurs volets. Donc, on bossait au profit des pensionnaires des Invalides, qui peuvent être de handicapés. Donc, c'était vraiment du sport très adapté. On animait des clubs sportifs adaptés, par exemple, le paratir que j'animais. Et on montait également des projets au profit de mitaires blessés ou de victimes d'attentats. Donc, moi, j'étais dans le bain directement. Je n'avais aucune qualif dans le milieu du handi. Et puis, ça s'est fait assez naturellement. Je me suis retrouvé à monter des stages de sport pour des personnes paraplégiques, des stages de ski, par exemple, à montagne ou amputés ou aveugles. C'était vraiment hyper varié. Et on apprend, en fait, sur le tas. C'est en parlant vraiment avec les gens, aux emprunts d'empathie, etc., qu'on n'arrive pas vraiment à se mettre à leur place. Mais on comprend un peu les tenants et les aboutissants. Et on voit ce dont ils ont besoin. Et on voit là où ils peuvent aller. Et du coup, voilà, cette expérience de deux ans aux Invalides a été hyper enrichissante de ce côté-là. Et une fois arrivé à Nîmes, je me suis dit qu'est-ce que je pourrais monter comme projet dans le cadre des opérations pour les militaires blessés. Voilà. Du coup, 2021, j'arrive au régiment. Je prends mes marques. Et 2022, on fait l'opération avec nos blessés. On n'est pas loin du Mont-Ventoux. Donc, je propose au chef de corps, Jion Connel, j'aimerais qu'on fasse l'ascension du Mont-Ventoux. Donc, nous voilà partis à faire le Mont-Ventoux. Du coup, avec Cyril Chaboun qui nous rejoint, qui rejoint l'équipe. Avec un militaires blessés qui est au 503 également, qui n'avait jamais fait de handbike. Donc, l'ascension, elle a fait handbike. C'est du vélo à bras. On se retrouve avec trois militaires blessés à faire ça. Donc, deux paraplégiques et un double ampute éphémoral. Et on attaque les préparatifs pour l'ascension du Mont-Ventoux. Bon, donc, grosse expérience. grosse préparation. Et l'ascension a été hyper complexe. On s'est tapé des vents énormissimes. Tout le monde l'a monté. Donc, il faut savoir que le Mont-Ventoux, c'est une usine à gaz. Il y a plein de monde qui va. Il y a toujours des activités, des compètes, etc. C'est énormément de monde qui va. Et toutes les activités prévues le jour J ont pété, sauf la nôtre. Nous, on s'est dit non, pas question, on ne peut pas lâcher. On a monté ça, on ne peut pas lâcher. On va arriver en haut. Et en haut, il y avait des rafales à 100. Donc, on était tout un staff à rouler à côté des handbikes. Et on se faisait projeter du vélo avec les rafales de vent. Donc, on se pétait la gueule. Et on a quand même voulu… Oui, c'était assez incroyable. Donc, on s'est dit, on ne lâche pas. On a monté tout ce projet. Et pour les blessés, il faut qu'ils arrivent en haut. Donc, finalement, le staff en vélo, on a mis nos vélos dans les camions. Et on a fini le dernier kilomètre en courant avec nos trois blessés handbikes. Et on est tous arrivés en haut du mouvement. Donc, c'était une expérience assez exceptionnelle. Waouh.

Pierre-Clément Super inspirant.

Sabrina Voilà.

Pierre-Clément Super inspirant. Et donc, ça, c'était 2021, t'as dit.

Sabrina 2022.

Pierre-Clément Oui, 2022. 2022, ok. Oui, 2022. Et là, à ce moment-là, c'était… Est-ce qu'il y avait déjà un agenda à plus long terme par rapport à d'autres projets, tu vois, de défis sportifs ?

Sabrina Alors, il n'y avait rien d'officiel, sachant que l'opération avec nos blessés, elle se fait, en fait, elle se fait tous les ans, en juin. Donc, il y a une portion centrale qui est menée à Paris, en général. C'est vers le 23, 24 juin. Une portion centrale là-bas. Et après, chaque régiment en France, à l'étranger, etc., en OPEX, monte sa propre opération. Donc, on a assez de liberté, voilà. On a assez de liberté. Il faut avoir l'aval du chef de corps. Et après, on peut monter le projet. Tant qu'il est cohérent, on peut le monter. Et du coup, moi, dans un coin de ma tête, je me dis, le Mont Ventoux, c'est cool. Mais l'an prochain, je ferais bien autre chose de… Ouais, d'un peu plus haut, quoi. Donc, voilà, le Mont Blanc. Le Mont Blanc me vient en tête. Et j'en parle à droite, à gauche. Et on dit, déjà, on fait le Mont Ventoux. On aurait déjà essayé de faire ça. Et puis, on verra après. Il ne faut pas s'emballer. Mais voilà, le côté difficulté, c'est vrai que ça m'attirait quand même énormément. Et pour ces projets, il y a une chose à prendre en compte, c'est qu'il faut que le handicap de la personne, enfin, du blessé qui vient avec nous, du coup, il faut que ça matche avec l'opération qu'on monte, en fait. Donc, mes trois blessés en bike, ça matchait bien pour le Mont Ventoux et pour le Mont Blanc, je me suis dit, Sabrina, pour moi, elle a le profil. Elle a un bras non fonctionnel, mais tout le reste, ça se passe bien. Elle est très sportive. Donc, voilà. Donc, je lui ai dit, Sabrina, allez, qu'est-ce que tu en penses ? On va faire le Mont Blanc. Voilà. Et voilà. Donc, le chef de corps valide le projet. Il me dit, tu gères ta mission, ton budget. Il n'y a pas de souci, tu montes ton projet. Donc, c'est comme ça qu'est né déjà le projet en 2022. Génial.

Pierre-Clément Génial. Alors, peut-être juste avant qu'on parle du Mont Blanc, par rapport à ta mission de deux ans aux Invalides, je suis super curieux parce que je pense que ça doit être le musée à Paris dans lequel j'ai passé le plus de temps. Ouais, je pense que ça ne va pas peut-être se compter en jours. Et j'y suis repassé il y a d'ailleurs assez peu de temps. Et c'était la première fois que je voyais un blessé qui se déplaçait aux Invalides. Et en fait, moi, je ne savais pas du tout que c'était encore… Tu me dis si je me trompe, mais je crois que historiquement, ça a toujours été un hôpital militaire. Oui. Par contre, je ne savais pas que c'était encore ses fonctions. Donc, je l'ai découvert un peu par hasard récemment. Quels sont les blessés du coup qui sont résidents aux Invalides ? Comment est-ce que se fait la sélection ? Je ne sais pas quel terme utiliser, mais qui se retrouve là-bas ?

Sabrina Alors, moi, je ne maîtrise pas tout le type de sélection de personnes qui vont, mais toutes les victimes de guerre, les militaires blessés, etc., déjà, ils ont accès naturellement. Donc, c'est aussi une grosse boutique avec beaucoup de spécialistes, parce que ça a de la petite pathologie aux gros handicaps. Donc, c'est vraiment… C'est un public très, très varié. Et de mémoire, c'est le plus grand club handisport de France. Donc, il y a cette partie où on s'occupe des pensionnaires des Invalides et cette partie club sportif civil, où il y avait de la natation, du vélo pour personnes aveugles, il y a de la muscu, du tir. Enfin, il y a vraiment tout type d'activité.

Pierre-Clément D'accord. Et donc, la partie pour les résidents qui sont blessés de guerre, sur Yvan d'attentat, etc., elle est vraiment dans le bâtiment des Invalides, là où il y a le musée, en fait ?

Sabrina Alors, il y a la partie logement et la partie hôpital. Et nous, on a une partie, enfin, là où j'étais, il y avait une petite aile sur le côté, où il y avait un plateau, plateau sportif, où là, on a plein d'appareils sportifs adaptés, où on peut vraiment faire du cas par cas. Par exemple, il y a beaucoup de personnes âgées qui résident aux Invalides et on les met sur des… L'important, tu parlais tout à l'heure de l'action, qu'il faut toujours se mobiliser, le cerveau, le physique, etc. Par exemple, il y a des vélos, on les met assis, il y a un système qui entraîne automatiquement les jambes. Voilà, ça maintient quand même une mobilité. C'est hyper important, déjà, pour ces résidents d'avoir un lien social, de voir du monde et de continuer à se bouger, même si de même, c'est plus compliqué. Donc, c'est vraiment cet intérêt.

Pierre-Clément Ok. Bah écoute, merci pour les précisions. Donc, le Mans Ventoux, c'est fait, c'est dans la poche. En dépit des vents à 100 km heure, vous êtes les seuls sur la journée à atteindre le sommet, en tout cas par rapport à ce qui était prévu. Et là, tu te dis, bon, le Ventoux, c'était sympa, mais on va monter en gamme, entre guillemets. Ça va être le Mont-Blanc pour l'an prochain. Donc, 2023, objectif Mont-Blanc. T'as pensé à Sabrina, mais c'était pas la seule, il me semble. Il y avait cinq militaires, enfin anciens militaires ou militaires qui étaient dans l'ascension.

Sabrina Ouais. Alors du coup, je pense à Sabrina, parce que le projet, en gros, on le montre pas pour nous, on le montre pour eux, pour les blessés.

Loïc Ouais.

Sabrina Donc moi, je simule mon blessé, je me dis, bon, ça marche. Tout fait que ça peut être un projet ultra intéressant pour Sabrina et pour également les autres blessés, parce que tout ça, c'est des manips en profit des militaires blessés. mais au-delà de ça, l'exploit que fait Sabrina, pour moi, c'est aussi un exemple pour tout un tas de personnes, des blessés civils, comme des personnes 100% valides, de se dire, merde, je m'impose des... J'ai des facteurs limitants qui m'empêchent de faire ça, mais en fait, pourquoi elle, elle le fait ? Pourquoi moi, je ne pourrais pas le faire, en fait ? Ouais. Donc je cible Sabrina, et puis j'associe du coup à l'ascension des collègues du bureau des sports et un major du régiment qui termine bientôt l'armée et qui monte du coup avec l'étendard du 503. Voilà, comme clap de fin, c'est assez extraordinaire aussi. Donc on part sur une équipe de 5, voilà, accompagnée du coup de 3 guides de montagne.

Pierre-Clément Excellent. Et donc ça, une fois, entre le moment où tu l'as proposé du coup, en tout cas, tu as eu l'idée pour la première fois que ça a été approuvé par ton colonel et on va dire les premiers stages ou les premiers vrais événements de préparation, il s'est passé combien de temps ? On se rend un peu compte, tu vois, à quel point c'est exigeant en amont.

Sabrina Alors moi, j'ai cette idée, ouais, ça devait être juin, juin 2022. Je vois le chef de corps, c'est un nouveau chef de corps qui arrive. Je crois que je le croise l'été, peut-être en juillet. Je lui propose le projet, il me dit banco, voilà. Et puis, à partir de là, c'est l'argent, c'est l'ère de la guerre. Donc c'est les dossiers de sponsoring pour pouvoir monter le projet. Donc moi, j'ai plusieurs choses qui me coinçaient. C'était déjà le budget, les logements, parce qu'il faut savoir que le Mont-Blanc, c'est, je crois, 20 000 ascensions par an, tentative d'ascension, 50 à 60 % de réussite. Et les refuges sont pris d'assaut dès que les réservations sont bloquées. Donc moi, il me fallait vite de l'argent, vite arriver à bloquer mes refuges, vite arriver à bloquer mes guides. Donc la prépa, elle est surtout très administrative au début. Donc voilà, dès septembre, retour de vacances, c'est parti sur les recherches de partenaires. Et le combat, l'objectif était donné à tout le monde. Chacun devait se faire une préparation, voilà, PPG classique. Donc tout le monde se préparait en sport. Voilà, ça devait s'appuyer du footing, du vélo, du ramer, de la natation. Chacun se faisait du cross-suite. Chacun se faisait sa préparation individuelle. Et à partir du début d'année, début 2023, on attaquait la préparation spécifique. Donc là, on était vraiment sur des marches en terrain vallonnée, on partait en équipe, ce qui permettait de vraiment souder le groupe parce qu'on avait vraiment besoin d'avoir un temps pour nous. Donc dès le début d'année, on attaque cette préparation et puis on part marcher tous les 15 jours. Après, on se fait une semaine de préparation aussi dans un chalet militaire de montagne, là, au Trans, où on fait, on bouffe des bornes et on bouffe du dénivelé. Et puis après, arrive le Mont Blanc, on part là-bas une semaine avant pour faire le travail technique et le travail d'acclimatation. Et puis c'est parti pour l'ascension, du coup.

Pierre-Clément Waouh ! Donc c'est quand même un sacré taf de préparation. Mais bon, quand on est dans le régiment du train, du coup, c'est surtout de la logistique que vous faites normalement, donc c'est parfait. Ouais, c'est de la logistique,

Sabrina c'est le régiment, le régiment, effectivement, c'est la log. Après, moi, je suis BDS, bureau des sports, donc je garde ma SP à prof de sport. Donc la logistique, je suis moins dedans. Après, ça se fait assez naturellement, disons que mon expérience, du coup, aux Invalides, où on était chacun chef de projet, on montait notre... on montait, ben voilà, la semaine de ski, il faut trouver tout pour monter une semaine de ski pour 10 ou 15 personnes en 10. C'est hyper formateur, en fait. Donc tout s'est fait assez naturellement. Mais voilà, effectivement, c'est un an de prépa. C'est plus compliqué que monsieur tout le monde qui arrive une semaine avant au Mont-Blanc, qui a son petit guide, qui achète son matos et qui monte. Elle avait quand même une grosse coordination à gérer, une grosse préparation parce qu'on voit l'échec, minimiser le risque d'échec. Donc c'est quand même pas mal.

Pierre-Clément Et ça aurait été possible de tout faire au sein de l'armée, c'est-à-dire les préparations spécifiques, par exemple, d'aller, je ne sais pas, avec les chasseurs alpins, les guides, prendre des guides qui sont l'école militaire de haute montagne. Ça, ça aurait été envisageable ou ça aurait rajouté un degré de complexité pour coordonner tout le monde ?

Sabrina Alors non, du coup, la semaine qu'on a fait au chasseur militaire de montagne, ça s'est très bien passé. Donc on a été encadré par des militaires spécialistes qui nous ont orientés sur du travail à faire sur place. Et après, l'école militaire de haute montagne ne pouvait pas nous encadrer pour l'ascension du Mont-Blanc parce que nous ne sommes pas qualifiés montagne. Donc en fait, c'est une histoire de réglementation. D'accord. Quand on a des qualifs montagnes, ils ne peuvent pas nous encadrer. Donc on était obligés de passer par des guides civils. Donc le MHM nous a soutenus avec du matériel, etc. Donc ils nous ont bien aidés mais n'ont pas pu libérer de guides pour ça. D'accord.

Pierre-Clément Toi, Sabrina, au moment où tu entends parler du projet, je pense que je connais déjà la réponse, mais ça a été quoi ta réaction immédiate ?

Invité 1 J'aurais préféré faire le Montpellet à la Réunion mais bon, ok, le Mont-Blanc, non, le Montpellet, c'est vraiment pas mon délire. Alors là, pour le coup, c'était vraiment, comment dire, c'était vraiment dépasser mes limites là pour le coup. C'est pas ma zone de confort. Donc, bon, ok, un nouveau défi à relever, bon allez, pourquoi pas. Bon, ok, bon, voilà.

Pierre-Clément Donc la réflexion sur, enfin, ton premier réflexe en termes d'enjeux, c'était pas du tout par rapport à ton handicap et ton bras, c'était plus par rapport au milieu en fait.

Invité 1 Ouais, c'est ça, c'est tout à fait ça.

Pierre-Clément Ok, excellent. Tu dirais que ton passif de militaire et même, tu vois, globalement la blessure, enfin, l'accident, tout ce par quoi t'es passé, etc., en quoi est-ce que ça t'a préparé à réaliser ce type de défi comme le Mont-Blanc ou d'autres à venir ou, tu vois, ou des activités sportives que tu fais aujourd'hui d'un point de vue mental, gestion de l'effort, de la douleur, persévérance, résilience, comment est-ce que tout ça te permet de faire ce que tu fais aujourd'hui ?

Invité 1 Je dirais essentiellement que, enfin, j'ai toujours eu un mental à vouloir essayer des choses et à ne pas me fixer de limites, en fait. Avec l'armée, j'ai beaucoup appris avec mon travail qu'en fait, on pouvait toujours se dépasser et au moins essayer et ne pas se dire que ce n'est pas possible, ne pas baisser les bras avant, en fait. D'abord, tu essayes, tu bois, tu te prépares et puis bon, après, ça passe, ça passe, ça passe pas, au moins, tu auras essayé. Donc, avec l'armée, j'ai eu ça et après, j'ai le mental de me dire, ouais, ok, on va essayer, je ne vois pas pourquoi je n'y arriverai pas de toute façon. voilà.

Pierre-Clément Ouais. Yes. Du coup, l'ascension, est-ce que vous pouvez nous expliquer un petit peu en détail comment tout ça s'est passé une fois que la préparation a été derrière vous, qu'il est l'heure de s'attaquer au Mont Blanc ? Comment est-ce que ça s'est déroulé ? Conformément au plan, pas du tout ? Est-ce qu'il y a eu des péripéties ? Racontez-nous un petit peu dans le détail.

Sabrina Conformément au plan, non, pas du tout. En gros, on fait nos quelques jours d'acclimatation et de prépa technique, donc on fait du cramponnage la semaine précédente parce qu'on marche avec des crampons, du coup, sur la mer de glace. On bosse crampons piolets, on bosse tout ça, on fait de l'acclimatation pour s'habituer à rester un peu en altitude sans subir le mal des montagnes. Donc, on arrive, nous, on est 100%, les guides sont confiants, on nous dit, ok, vous avez fait une bonne prépa, pas de souci, tous les voyants sont verts, et donc, le premier jour, on se retrouve à une gare pour prendre un petit train qui nous amène au Nideg, en fait, ce début de l'ascension. Et là, les guides commencent à parler du vent et disent, en levant, ça peut être un truc qui conditionne l'ascension. Donc déjà, il y a un petit voyant dans nos têtes qui s'allume, on se dit, merde, il y a un petit souci. Et effectivement, ça commence à souffler fort, assez haut. Donc, on fait le départ, on prend le petit train et après, on attaque la marche, on attaque la marche et on est accueilli par la pluie, déjà. Donc, ça nous met, voilà, ça nous met dans le match, mais c'est pas grave, ça laisse des souvenirs. Et on marche jusqu'au premier refuge, le refuge de tête rousse où on passe une première nuit. Donc là, l'ascension du premier jour, elle se passe bien, mis à part qu'elle est humide. Mais on sent que le vent commence à souffler et on passe la nuit là-bas et on repart le deuxième matin, du coup, pour repartir, pour arriver au deuxième refuge, le refuge du goûter qui est un peu plus de 3 800 m d'altitude. Et là, on sent que quand on monte, ça souffle quand même de plus en plus. Et on arrive au refuge du goûter et là, c'est le délire, ça souffle dans tous les sens. Donc, nous, on se dit que ça va être compliqué d'aller tout en haut. On va temporiser un petit peu, mais ça va être compliqué. Donc, on essaye de faire un peu de photos de com au-dessus du refuge parce qu'on dit, il faut quand même, moi, j'ai fait une banderole partenaire, je vais quand même faire des petites photos pour leur envoyer. C'est pareil, les photos avec l'étendard pour la symbolique, on les fait, mais on monte un peu au-dessus. Déjà, on ne tient pas debout. Voilà, le vent souffle et on se fait arracher. Donc, on a dit de faire des photos à genoux, de refaire les photos avec les banderole plus bas à l'abri du vent. C'est déjà la folie. Donc, là, on comprend qu'il y a un peu de plomb dans l'aide sur notre projet. on en parle aux guides qui font un point météo le soir, là, tous les soirs. Et là, ils nous disent, bon, les mecs, soit, voilà, soit on redescend demain, soit on attend encore un petit peu pour voir et donc, on lui dit, bon, nous, on attend et puis on voit ce qui se passe. Donc, on passe une nouvelle nuit au refuge et là, le lendemain, au réveil, voilà, on apprend que ce n'est pas possible. Donc, en gros, il y avait, nous, on était à notre refuge, on était à moins de 4000 mètres, il devait y avoir dans les 80, 80 kilomètres heure de vent, c'était déjà compliqué parce que debout, ça passe simplement, mais on a quand même tout le matériel sur nous donc, c'est, voilà, c'est un peu plus chiant et ils annonçaient 110 à 130 kilomètres heure de vent à 4000 mètres donc encore plus à 4000 mètres. Donc, là, ils nous disent, c'est impossible. Clairement, il ne faut pas le faire. C'est impossible. Donc, tout le monde, tout le monde a besoin de ses projets et nous, on voit arriver dans la nuit deux personnes qui avaient tenté l'ascension qui arrivaient du côté italien et, voilà, ça nous confirme qu'on a eu raison d'être prudent, qu'ils tombent une première fois dans une crevasse. Ils sortent de la crevasse, ils retombent dans une deuxième crevasse et, bon, là, ils appellent les secours qui leur disent, bon, les mecs, vous mettez un piton dans la glace, vous sécurisez, vous attendez là, on viendra vous chercher. Donc, les mecs se sont faits récupérer au petit matin par des équipes de secours et ils ont passé toute la journée au refuge avec relotté en hypothermie avancée et ils ont eu, voilà, énormément de chance et il faut aussi voir les signes quand ils arrivent, il faut aussi voir les signes et se dire, j'ai envie de le faire, j'ai bossé pour mais, raisonnablement, voilà, c'est trop dangereux. Donc, sachant qu'il y a quand même des morts tous les ans à Mont-Blanc, le but, c'est pas de se foutre en l'air, c'est, voilà, c'est de se dépasser, de dépasser ses limites mais, raisonnablement. Voilà.

Pierre-Clément Ouais, complètement d'accord avec toi d'autant plus que le Mont-Blanc, tu vois, donne cette impression d'être super accessible, finalement un peu, tu vois, les Anglais, ils diraient walk in the park, quoi, c'est le truc facile à faire, on peut le faire en, il y en a qui le font en courant, machin, mais en réalité, t'as bien fait de donner le chiffre, c'est 50%, moi j'avais 50% en tête, je savais même pas que c'était un peu plus haut, ouais, ouais, c'est ça, j'avais 50% de réussite sur les ascensions, principalement à cause du facteur, bah ouais, météo effectivement, donc ouais, je suis assez d'accord avec toi sur être capable de lire les signes et de mettre en pause quand c'est nécessaire, ça, vous en aviez parlé avant, Sabrina, même entre vous, tu vois, dans le groupe de blessés, est-ce que vous étiez au clair sur, voilà, c'est un objectif ambitieux, c'est challengeant, mais la réalité, c'est aussi que peut-être à un moment donné, il faudra qu'on soit capable de dire stop, on arrête,

Invité 1 ouais, moi de toute façon, je m'étais renseignée avant, je m'étais informée, et donc je savais que de toute façon, c'était les risques de la montagne, comme avec l'ascension du Mont Ventoux qu'ils avaient fait en handbike, concrètement, enfin, la météo, on ne peut rien y faire, on ne peut pas la prévoir, donc on n'est pas tributaire de tout et on accepte, et puis c'est tout, quoi.

Sabrina Après, on sait que dans les échecs, je rebondis un peu là-dessus, principalement, sur le Mont Blanc, c'est la météo, ou c'est le mal et les bubis, les montagnes, qui peut commencer à nous claquer un peu à partir de 4000 mètres, voilà, c'est quand même rarement la blessure, il y a une petite partie accidentologie également, mais c'est, moi, de tous les rétextes que j'ai vus, c'est surtout météo, voilà, et mal des montagnes.

Pierre-Clément Ouais, clairement, ouais. Mal des montagnes, ouais, un autre sujet, je crois que les tout premiers symptômes, alors, pas le mal aigu des montagnes, mais le premier symptôme lié à l'altitude, c'est autour de 2000, 2004, je crois, donc déjà, 3008, ça fait quand même bien haut, vous deviez le sentir, je pense, même un poids lac climaté, je ne suis pas sûr que tout le monde était capable de sprinter tranquillement autour du refuge.

Sabrina Ouais, non, alors, on marche lentement, du coup, parce que, même sans parler du mal des montagnes, manquent d'oxygène, donc on est soufflé plus vite, donc on marche lentement, et, en fait, chaque fois qu'on fait une pause, on repart très lentement, donc nous, ça nous fait enrager, en fait, parce qu'on dit, allez, il faut envoyer du steak, on y va, et voilà, sur les premières marches, on ne peut croire pas, le guide nous explique, effectivement, en octantitude, dès qu'on fait une reprise de marche, on y va tranquillou, pour que le corps se remette, se remette en marche tranquillement, et, effectivement, on se fatigue moins en faisant ça, donc nous, la partie mal des montagnes, on l'avait bien apprivoisée, parce qu'on est fait de l'altitude les jours précédents, donc ça passait bien, mis à part de la petite mine graine, mais rien de bien méchant, et, voilà, du coup, c'est vraiment la météo, la météo qui nous a, qui nous a stoppé net. Oui,

Pierre-Clément pour autant, est-ce que sur, même si tout ne s'est pas déroulé, comme prévu initialement, est-ce que sur l'ascension, en tout cas, jusqu'au refuge du goûter, il y a des éléments de la préparation, où vous avez pu vous dire, ok, là, on a été super efficace, on s'est vraiment super bien préparé, parce que dans l'exécution, ça tourne, soit, je ne sais pas, technique, même le rythme, même si vous n'alliez pas aussi vite que ce que vous vouliez, mais, voilà, est-ce qu'en tout cas, d'un point de vue rétex, il y a des choses que vous pourrez reprendre, pour de futurs projets, parce que ça a été super bien fait ?

Sabrina Ouais, alors, moi, j'ai trouvé, je pense, pour l'équipe, c'était, on avait à peu près tous le même ressenti, c'était, physiquement, c'était, je ne vais pas dire, c'était assez facile, parce que ça fait un peu flambeur, mais, physiquement, on n'a pas ramassé, voilà, clairement, on s'était bien préparé, on est bien marché, on n'a pas eu de soucis physiques, là où c'était plus compliqué, c'est sur le deuxième jour, donc là, il y a pas mal de parties en escalade, où là, forcément, je laisserai Sabrina intervenir là-dessus, c'est ce qui la concerne plus, où à un bras, clairement, c'est hyper compliqué, et moi, des fois, j'essaie de faire des passages à un bras aussi, pour mettre dans sa peau, et, effectivement, c'est, voilà, c'est un peu le bordel, au niveau de l'équilibre, de la prévention, de la poussée, etc., c'est assez pénible, mais je pense que la prépa était vraiment adaptée, après, on a été bien aiguillé par les guides, qui nous avaient bien remonté avant, donc la prépa était bonne, et on n'a pas été en difficulté là-dessus, voilà, après, le plus compliqué, c'était la partie escalade, qu'on avait travaillé aussi un petit peu avant avec les guides, mais où, voilà, pour Sabrina, c'était plus complexe, parce qu'on est encordé, du coup, on a un sac à dos, on a les crampons aux pattes, on a le piolet, et Sabrina, elle a un bras pour se tenir, quoi, donc forcément, là où nous, on est plus à l'aise, c'est plus complexe, le poil, là.

Pierre-Clément Sabrina, tu l'as vécu comment, toi, du coup, cette ascension, par rapport à ce que Pierre Clément vient d'expliquer, le fait d'avoir un seul bras ?

Invité 1 Ah oui. Alors, moi, clairement, en fait, c'est clair que la partie escalade, c'était mon objectif, en fait, c'était vraiment le point que je redoutais le plus, quand on avait fait la semaine de préparation à Autrance, on avait fait une via ferrata, et là, déjà, j'avais bloqué, en fait, concrètement, il y a un moment où je me suis retrouvée, et en fait, la possibilité de, je me tiens à un bras, de devoir le lâcher pour attraper une prise plus haute, je ne pouvais pas. Donc, ça avait été un échec pour moi. Maintenant, le guide qu'on avait eu à ce moment-là, il m'avait dit, non, mais rassure-toi, au Mont-Blanc, ce n'est pas aussi vertical, ça sera plus facile, je me suis dit, bon, ok, j'attends de voir. Donc, la semaine de préparation juste avant de Mont-Blanc, on a fait encore de l'escalade. Cette fois, c'était moins raide, ok, c'est moins raide, parce que j'ai réussi, c'est passé, mais franchement, il y a certains moments où c'est galère, en fait, et là, je crois que c'est, je crois que c'est bien l'une des premières fois, et je me suis dit, putain, mais, non, peut-être un bras en moins, c'est franchement galère, quoi, et du coup, je ne redoutais pas, enfin, ce n'est pas que je le redoutais, mais j'attendais vraiment de voir si j'allais réussir le deuxième jour, c'était mon objectif, et puis, et puis, il y a eu des moments, sincèrement, dans l'ascension, ça paraît interminable, on a fait, je ne sais pas, trois heures, je crois, de monter, il y a des moments, j'en avais marre, je n'en pouvais plus, quoi, et puis, je sais que mon guide, il était devant, il me dit, non, ça va, si tu te débrouilles bien, tu avances bien, derrière, il y avait, il y a eu un chef et le major qui disaient, mais vas-y, tu n'es pas pressé, t'inquiète, on a tout notre temps, et en plus, en même temps, il y a des gens qui redescendent, pendant qu'on est en train de monter, alors déjà que ce n'est pas large, franchement, je me dis, putain, il faut en plus, il faut que je me décale, bon, c'est la merde, et il y a même un moment, un italien qui était en train de descendre, qui m'a regardé, alors je ne sais pas si les gens, ils comprennent, où ils se disent, bon, elle n'est pas bien, elle fait ça avec une main dans la poche, je ne sais pas ce qu'il y a là, mais il s'est assis, il m'a regardé, et il m'a applaudi, je me suis dit, je ne sais pas si, je ne sais pas s'il a compris, mais je pense qu'il avait dû comprendre, il m'a laissé passer, il m'a dit bravo, bravo, et tout, bon, ça m'a fait plaisir, je me suis dit, bon, allez, maintenant, on va jusqu'au bout, quoi, et puis, et puis, voilà, quand je suis arrivée, j'ai dit, putain, enfin, enfin, et voilà, pour moi, c'était réussi, voilà.

Pierre-Clément En termes de dynamique de groupe, la décision, du coup, d'arrêter, bon, elle semblait assez évidente, j'imagine que personne n'a essayé de forcer, en disant, non, mais on y va quand même, on le tente ?

Sabrina Non, on a, alors, en fait, il nous a laissé le choix, en arrivant au second refuge, le guide nous a dit, bon, il faut qu'on parle, vous voyez bien que dehors, ça commence à être compliqué, donc soit on redescend aujourd'hui, soit on passe une nuit en refuge, pour voir ce que ça donne demain, sachant qu'ils annonçaient, avant croissant, sur les deux jours suivants, et nous, du coup, les refuges, ils sont réservés, mais pour une durée limitée, donc on savait qu'on pouvait gratter un jour de plus, mais pas éternellement, parce qu'après, il y a d'autres personnes qui arrivent, donc on se dit, tous, on est d'accord, on n'a pas fait tout ça pour rien, on passe une nuit, on attend un peu, on va au réveil, et au réveil, bon, le guide était très pédago, il nous a dit, bon, voilà, on en parle, vous donnez tous votre avis, nous, on tranchera, s'il faut trancher, pour l'aspect sécuritaire, parce qu'il peut toujours y avoir des casse-cou, chez les clients, mais, je connais cette discussion, tous ensemble, donc ça, c'était vraiment, vraiment bien, et ça permet aussi à chacun, de, de mesurer le poil contre, et de réfléchir, et de se dire, voilà, je suis, je peux, si je dis, j'y vais, bah j'y vais, mais il faut savoir que, il y a du monde avec moi, etc., est-ce que je veux y aller, en étant un casse-cou, ou est-ce que c'est mesuré, etc., donc chacun a pu réfléchir, sur le sujet, et, voilà, tout le monde était d'accord, on se dit, bah ouais, ça fait chier, ça fait vraiment chier, mais, on n'a pas le choix, voilà, c'est comme ça, la montagne est plus forte, et c'est aussi, bah c'est aussi une belle leçon, pour tous, c'est de se dire que, on ne peut pas, la nature est plus forte que le reste, quoi, donc on ne peut pas dompter, tout, tout le temps, tout maîtriser, et cette part d'inconnue, effectivement, on avait parlé des risques, de, de succès ou non, de notre opération, on savait tous qu'on était prêts, physiquement et techniquement, et la moise météo, on en avait parlé, mais on ne s'était pas vraiment, enfin, moi je ne m'étais pas focalisé dessus, je ne voulais pas vraiment se focaliser dessus, et, voilà, ça m'a rattrapé, assez, assez rapidement.

Pierre-Clément C'est finalement un peu, à l'image de, globalement, de, de l'environnement de travail, si, si, si on peut dire ça, que les gens retrouvent, dans l'armée, parce que le facteur, inconnu, enfin, imprévu, il est toujours, fort, enfin, en mission en tout cas, jamais à l'abri, d'une tempête de sable, qui fait que les hélicos, ne peuvent pas décoller, pour aller, je ne sais pas où, d'un retournement de situation, du fait que, on n'a pas toutes les infos, sur, des hostiles, sur, sur une certaine zone, bref, c'est quand même, la capacité, à prendre des décisions, qui ne sont pas conformes, au plan, ou à s'adapter, au dernier moment, c'est un peu, ce qu'on dit, une qualité importante, j'imagine, pour le soldat,

Sabrina ouais, complètement, et c'est ce qui fait, que le soldat français, est mondialement reconnu, c'est qu'on s'adapte, voilà, le soldat français, c'est s'adapter, il a parfois, moins de moyens, que d'autres, d'autres armées, mais, on s'adapte, voilà, comme on dit chez nous, s'adapter, c'est dominer, système D, et on essaie d'imaginer, souvent, on fait des plans non conformes, donc si ça, ça ne marche pas, qu'est-ce que tu peux faire, etc., pour ne pas être pris au dépourvu, et, voilà, on s'adapte, on s'adapte en permanence, et quand on peut, on contourne le problème, on trouve une solution, et, voilà, et parfois, on ne peut pas, donc, voilà, c'est comme ça.

Pierre-Clément Du coup, donc, pas d'ascension pour le moment, est-ce que ça veut dire que l'année prochaine, vous y retournez, ou est-ce que vous vous focalisez sur un nouveau projet ?

Sabrina Alors, l'année prochaine, je ne sais pas encore ce qu'on fera, donc, moi, je... C'est le Montpellier, l'année prochaine, c'est ça ? Ah, peut-être, il faut voir. L'an prochain, j'adapte, je prépare ma conversion, donc, je ne sais pas si je serai aussi disponible pour me lancer sur un projet de cette ampleur. Dans tous les cas, il y aura un projet Profit des Militaires blessés, ça, c'est clair. Après, qu'est-ce que ce sera ? Je n'en ai aucune idée pour l'instant, mais l'échec du Mont-Blanc qui n'est pas un échec malgré tout, parce que c'est... Sabrina s'est surpassée, elle a fait des choses qu'elle n'était pas sûre de pouvoir faire et qu'on n'était pas sûr qu'elle puisse faire, et même si on n'a pas atteint le sommet, on a quand même fait un truc top. Et comme nous disaient les guides, le Mont-Blanc, le sommet, c'est la cerise du gâteau. C'est la cerise du gâteau, voilà. C'est la finalité, mais il y a toute une partie avant qui est ultra intéressante et en gros, les parties où elle aurait pu être en échec, elle ne l'a pas été et passée notre refuge et c'était uniquement de la marche qui montait pour atteindre le Mont-Blanc, c'était beaucoup plus simple. Donc, elle a fait vraiment le plus dur là où on l'attendait et en ce sens, c'est quand même une réussite, même si on n'est pas allé tout au bout. Donc, le Mont-Blanc, on verra, personnellement, il sera refait à titre civil et pour l'armée, je ne sais pas encore. Ok.

Pierre-Clément Sabrina, toi, le fait d'y retourner, qu'est-ce que tu en penses ?

Invité 1 Eh bien, écoute, je l'ai proposé à quelqu'un que tu connais qui vient du CPADIS, je lui ai donné le défi qu'on le repasse ensemble donc en 2025, on va voir.

Pierre-Clément Mais non, génial !

Invité 1 Ah ouais,

Pierre-Clément énorme !

Invité 1 Et comme lui, comme un débile, il ne dit jamais norme.

Pierre-Clément Et alors, il était partant ?

Invité 1 Ben oui, il ne dit jamais norme. de toute façon.

Pierre-Clément Trop bien. Rapunel, ça serait exceptionnel, ça. Cyril et toi sur l'ascension du Mont-Blanc, fabuleux.

Invité 1 Voilà, trop objectif.

Pierre-Clément Et par rapport à ce que Pierre Clément disait, tu vois, sur le fait que tu t'es dépassé, en tout cas, que tu as réalisé des actions, que tu es passé sur des zones techniques que tu ne pensais pas pouvoir passer, ta vision des choses à toi, Sabrina, c'est quoi ? Parce que c'était assez récent, finalement, non ? C'était il y a moins d'un mois, tout ça, au moment où on enregistre. Est-ce que tu considères aussi que, est-ce que tu as déjà digéré l'événement, entre guillemets, et que tu te dis, effectivement, c'était, voilà, j'ai passé un cap, j'ai repoussé certaines limites avec cette ascension, même si on n'est pas allé au bout. Ou est-ce que tu dirais que c'est encore un peu trop frais et que tu ne le réalises pas forcément, pour l'envoi ?

Invité 1 Ah non, pour moi, concrètement, vraiment, l'objectif, c'était le deuxième jour, c'était la partie escalade, c'était celle que je redoutais le plus, et c'est celle qui me posait le plus de soucis. Après, je sais que c'était de la marche, alors je ne dis pas que ça aurait été facile, mais je sais que c'était de la marche, bon, c'est quelque chose que j'arrive à faire, donc voilà. Là, c'était vraiment l'inconnu, l'escalade, même en tant que valide, j'en avais rarement fait parce que j'ai le vertige et que je n'aime pas ça. Donc là, d'être arrivé en haut, sincèrement, pour moi, une partie du défi a été le relevé, donc je suis contente de l'avoir fait, et puis je sais que, de toute façon, il y a une suite à tout ça, donc voilà, ce n'est pas fini.

Pierre-Clément Excellent. Écoutez, curieux de savoir ce que ça va donner pour la suite, que ce soit d'un point de vue civil pour Pierre Clément avec une nouvelle tentative d'ascension, que ce soit 2025 pour Sabrina et Cooper, Cyril, c'est énorme, il ne m'en avait pas parlé de ça. C'est vraiment génial de vous accueillir sur le podcast à nouveau, tous les deux, après une ascension, ce serait énorme. Ah ben yes ! Comment, si on prend un peu de recul par rapport à cette notion, cette idée de reconstruction par le sport, quel message est-ce que vous, vous aurez envie de faire passer en conclusion, on va dire, de cet échange ? Peut-être on peut commencer par Pierre Clément.

Sabrina Ouais, alors la reconstruction par le sport, le message que j'aimerais faire passer, c'est que, en restant actif et en se mobilisant, même si on peut être au fond du saut, comme l'a dit Sabrina au début d'interview, on voit qu'on peut faire des choses et que le corps, clairement, c'est une machine, on peut faire tout un tas de choses et c'est surtout les barrières qu'on se met qui nous bloquent et c'est génial en termes de reconstruction par le sport, pourquoi ? Parce qu'on voit qu'on se dépasse, on voit qu'on progresse, on continue à avoir du lien social parce que l'isolement, c'est assez compliqué et moi, je suis ultra convaincu par la construction, par le sport. Moi, j'ai vu quand j'étais aux Invalides, on avait un militaire qui était à bug, je crois qu'il a pris des éclats dans les yeux et il faisait du ski de descente, c'est quand même assez dingue. Donc, il avait son guide qui le dictait à la voix, donc le guide était devant, droite, gauche, droite, gauche, attention, ça glisse, il y a de la glace, etc. Il lui faisait 100% confiance et un sourire aux lèvres incroyable et voilà, c'est redonner une possibilité à des gens de faire des choses qui leur semblaient impossibles, en fait. pour moi, c'est extraordinaire. Sabrina ?

Invité 1 Moi, concrètement, mon accident, pour moi, ça a été une révélation, en fait, sur une nouvelle vie, des nouvelles possibilités. En fait, tout ce que je fais depuis que j'ai mon handicap, je ne l'aurais jamais fait avant. je rencontre des personnes que je n'aurais jamais rencontrées avant, je fais des choses que je n'aurais jamais fait, donc je suis complètement épanouie et bizarrement, c'est grâce à mon accident, c'est grâce à mon handicap et c'est grâce à l'armée, en fait, donc je ne regrette rien, sincèrement, je ne regrette rien du tout.

Pierre-Clément Ça, c'est un super message, hyper inspirant, finalement, tu vois cette capacité, enfin, ce n'est pas une capacité, mais si on remarque cette capacité à considérer le positif qu'il y a dans cet accident, ce qui t'est arrivé et le fait que tu aies perdu un bras, je trouve ça, ça fait vraiment remettre les choses en perspective, tu vois, et finalement se dire que c'est peut-être ça la clé, c'est d'arriver à avoir le positif dans tout ce qui nous arrive, puisque c'est vraiment notre perception de la réalité qui impacte tout le reste, donc super inspirant. Moi, je voulais vous remercier, Sabrina et Pierre-Clément, je me suis vraiment régalé, c'était super intéressant d'échanger avec vous sur, déjà, Sabrina a forcément ton parcours, Pierre-Clément aussi évidemment, mais Sabrina notamment sur ta blessure, comment est-ce que tu le gères aujourd'hui, puis ce projet du Mont-Blanc, la reconstruction par le sport en général, je trouve ça génial de voir qu'il y a des initiatives comme ça qui sont mises en place, donc bravo Pierre-Clément, qui contribuez, bravo Sabrina de t'inscrire là-dedans, et puis je vous dis, j'espère à une prochaine pour de nouveaux épisodes pour qu'on puisse échanger sur vos expos individuels à venir.

Sabrina Oui, avec plaisir et puis merci pour ta bienveillance.

Pierre-Clément Avec plaisir, merci beaucoup Pierre-Clément, merci Sabrina, à bientôt. Merci, au revoir. Merci d'avoir écouté l'épisode dans son intégralité. J'espère que vous avez pris autant de plaisir que ce que j'en ai eu à l'enregistré. Si vous avez des feedbacks, vous pouvez me contacter sur le compte Instagram du podcast lesfrappés.podcast ou par email à hello.lesfrappés.com Je fais mon maximum pour que vous viviez de super expériences audio avec mes invités. Chaque épisode demande beaucoup de temps et d'énergie. Si vous appréciez mon travail, la meilleure façon de me soutenir, c'est de partager cet épisode à au moins trois personnes qui aiment se dépasser. Si vous écoutez le podcast sur Apple Podcast ou Spotify, prenez quelques secondes de votre temps maintenant pour m'y laisser une note 5 étoiles et un commentaire. Merci beaucoup pour votre fidélité. A la semaine prochaine pour un nouvel invité. Sous-titrage ST' 501 Sous-titrage ST' 501

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