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Montagne #Groenland #vélo #réalisation

26 novembre 2024

De contrôleur aérien à guide polaire : 3 ans de voyage à vélo et sommets à travers le continent américain, avec Arnaud de Laveleye

Durée · 2h03 · Transcription disponible

Cet épisode est cité dans notre dossier · Se lancer dans le bikepacking : ton premier voyage à vélo

Arnaud

Le récit

Contrôleur aérien en Belgique pendant 10 ans, Arnaud vivait une vie confortable. Mais peu à peu, une évidence s’imposait : il ne trouvait plus de sens dans ce qu’il faisait.

Il décide alors d’entreprendre un grand voyage. Après des années de questionnement, en quelques jours seulement il réserve un billet d’avion sans retour. C’est le début d’un périple qui durera finalement 3 ans et pendant lequel il a parcouru à vélo les roules du continent Américain, tout en réalisant l’ascension des plus hauts sommets de chacun des pays traversés.

Un voyage comme celui-ci, c’est un véritable rite de passage. On en revient profondément changé.

Aujourd’hui, Arnaud est l’un des rares guides polaires, capables d’emmener ses clients parcourir de vastes étendues de glaces désertiques, comme c’est le cas lorsqu’il se lance pour 30 jours de traversée du Groenland.

Excellente écoute à vous !

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Transcription

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Arnaud J'apprends à chaque expédition. À chaque expédition, j'ai appris quelque chose sur moi, sur des petites choses. Il ne faut pas se reposer sur ses acquis. Se reposer sur ses acquis, c'est très très dangereux, parce que tout évolue constamment. Il faut avoir l'humilité de pouvoir accepter qu'il y a toujours de la place pour s'améliorer. Et c'est ça qui me fait me sentir si bien là-haut. Dans ces endroits, c'est un antidépresseur ces voyages.

Loïc Hello, hello, vous écoutez les Frappés, le podcast de celles et ceux qui se dépassent. Je suis votre hôte Loïc, ancien sportif de haut niveau en judo, coach, préparateur mental et amoureux d'activités outdoor en tout genre. Ma conviction, c'est qu'on a tous une petite étincelle de folie et d'audace, une version un peu frappée de nous-mêmes au potentiel exceptionnel qui sommeille en nous. J'ai créé ce podcast pour vous faire découvrir des femmes et des hommes qui ont osé le réveiller. Mes invités sont des athlètes de tous niveaux, des aventuriers professionnels, des voyages aux eaux longs cours, des entrepreneuses ou encore des militaires, des forces spéciales. Leurs témoignages au micro du podcast sont de puissantes invitations à passer à l'action. Attention, une écoute régulière peut entraîner des changements positifs irrévocables dans vos vies. Contrôleur aérien en Belgique pendant 10 ans, Arnaud vivait une vie confortable. Mais peu à peu, une évidence s'imposait, il ne trouvait plus de sens dans ce qu'il faisait. Il décide alors d'entreprendre un grand voyage. Après des années de questionnement, en quelques jours seulement, il réserve un billet d'avion sans retour. C'est le début d'un périple qui durera finalement trois ans et pendant lequel il a parcouru à vélo les routes du continent américain tout en réalisant l'ascension des plus hauts sommets de chacun des pays traversés. Un voyage comme celui-ci, c'est un véritable rite de passage. On en revient profondément changé. Aujourd'hui, Arnaud est l'un des rares guides polaires capables d'emmener ses clients parcourir de vastes étendues de glace. désertiques, comme c'est le cas lorsqu'ils se lancent pour 30 jours de traversée du Groenland. Excellente écoute à vous. Bon, et bien après cette petite introduction technique, ce que je te propose Arnaud, c'est de se lancer. Merci. Merci beaucoup en tout cas de t'être libéré aussitôt après ton retour d'Islande. on va parler de tout ça et de plein d'autres choses très certainement moi je suis très très content de t'accueillir en direct de Québec et puis ce que je te propose c'est tout simplement de commencer par dans les grandes lignes parce que sinon vu ton parcours ça va être très très long et puis on va en parler plus tard mais dans les grandes lignes qui est Arnaud et qu'est-ce que tu fais aujourd'hui ?

Arnaud Bonjour Loïc d'abord c'est je te renvoie la balle à moi de te remercier de me consacrer ce temps de parole, c'est un plaisir d'être ici et de pouvoir enfin échanger avec toi en l'attendre de ce temps-là donc voilà, qui est Arnaud ? c'est une très bonne question, il faudrait que je demande ça à d'autres personnes je suis né, j'ai grandi à Bruxelles, en Belgique j'ai commencé une carrière de contrôleur aérien avant de prendre en fait un tout autre chemin. Alors évidemment, ça a mis du temps. J'ai fait un long voyage à vélo. À cette époque, je pense avoir été le premier à grimper le plus haut sommet de tous les pays du continent américain, donc nord, central et sud, en utilisant le vélo comme seul moyen de transport. Ça m'a gardé occupé quelques années, trois ans. Et puis voilà, en rentrant, j'ai décidé de faire un tout autre choix de carrière et de consacrer mon existence à la montagne. Et donc je suis devenu guide, guide d'abord de montagne et de haute montagne, avant de tout doucement dévier ces dernières années vers le guide polaire, dans les régions polaires, essentiellement au nord du cercle arctique. Et donc voilà, et là, j'échange avec toi depuis la Nouvelle-Écosse au Canada où on s'est installé avec mon épouse et nos deux petites filles qui ont deux ans et quatre ans et demi. On a bien choisi la journée, elles sont à l'école aujourd'hui. C'est pour ça que c'est aussi calme à la maison parce qu'elles ont de l'énergie. Et donc voilà, on est ici, c'est provisoire, c'est pas notre endroit de vie. mais voilà, pour des raisons pratiques, on a décidé de s'y installer pour quelques années. Excellent.

Loïc Et donc voilà. Excellent. Écoute, ça fait un paquet de sujets dont on va pouvoir parler. Désolé, d'ailleurs, je pensais que tu étais au Québec, mais non, Nouvelle-Écosse, ce n'est pas tout à fait la même chose. Pas très loin. C'est pas très loin.

Arnaud C'est ça.

Loïc Côte Est, on est toujours sur la côte Est, mais encore plus à l'Est que le Québec.

Arnaud Ah ben, plus à l'est, c'est le Grondman. C'est ça.

Loïc On ne peut pas plus à l'est.

Arnaud De voir.

Loïc Excellent. Punès, donc sacré parcours déjà. Question, alors vraiment une question de détail, mais ça se passe comment en Belgique pour devenir contrôleur aérien ? On parle de quoi comme type d'études, comme sélection ?

Arnaud Très bonne question. Alors, c'était à l'époque où on parle des années 2000. C'était un écolage privé. C'est toujours le cas, je pense. Donc, c'était un écolage privé organisé par l'entreprise. Et donc, il y a un examen d'entrée qui est très, très sélectif, évidemment. Encore plus sélectif parce qu'en Belgique, on a deux langues nationales. Et donc, ils essayent de garder la parité. donc on prend je me souviens quand j'ai fait les examens on était à peu près 700 et il n'en prenait que 24 12 francophones 12 néerlandophones donc je pense que ça c'est la partie la plus difficile arriver à mettre un pied dans l'engrenage une fois qu'on est dedans en général on doit être quand même assez passionné ou très investi c'est pas évident parce que c'est un condensé de matière dans un temps très court, puisqu'on est rémunéré, puisqu'on commence à travailler pour l'entreprise. Donc, ils nous payent pour étudier. C'est génial. Mais du coup, on essaye de faire ça, voilà, de faire ça le plus court possible. Et donc, il y a énormément de matière en un laps de temps très court. Et une matière qui, il n'y a pas beaucoup de compréhension. on étudie un espace aérien, on étudie une régulation, donc voilà, c'est blanc ou c'est noir, il n'y a pas vraiment de... Donc, ce n'est pas évident. Ça met à peu près, dans mon cas, ça a mis à peu près six mois de cours théoriques et puis on commence vraiment ce qu'ils appellent le on-job training. Donc, on travaille sous la supervision de quelqu'un et donc, il y a différents... J'ai travaillé, j'ai commencé d'abord comme assistant. Ça, c'est la manière dont c'était organisé en Belgique à l'époque. donc on commençait comme assistant donc pas de contact avec les pilotes on est un peu le secrétaire du radariste de la personne qui elle est en contact avec les pilotes donc on s'occupe des coups de téléphone de tout ce qui doit se faire en amont et puis voilà après un an ou deux en fonction de de l'entreprise et des disponibilités on passe ce qu'on appelle le court tour à l'époque donc ça c'est pour travailler dans une tour de contrôle Bruxelles étant l'aéroport principal mais il y a d'autres aéroports en Belgique plus petits et puis après ce court tour on devient radariste donc ça met plusieurs années avant d'arriver au stade ultime de la formation en tout cas pour le système belge je pense que ce n'est plus comme ça je pense que maintenant alors j'espère ne pas dire de bêtises qu'en 2-3 ans on devient radariste mais non c'est un écolage mais oui donc c'est compliqué et encore une fois je pense le plus compliqué c'est d'y rendre après après on fait sonner mais souvent les gens qui y rentrent sont forcément passionnés ou ont envie donc je pense que voilà

Loïc ça allait être ma question du coup qu'est-ce qui t'a amené vers ce chemin, t'avais une passion pour l'aviation ?

Arnaud ben quand je compare avec mes anciens collègues non moi j'ai toujours non parce que là il y a des réels passionnés moi j'ai toujours voulu je rêvais quand j'étais plus jeune des pilotes d'essai et donc j'en ai bien le côté encore une fois aventure dans l'aviation puisque maintenant l'aviation civile il n'y a plus beaucoup de place pour l'aventure et donc moi je rêvais de tester des nouveaux appareils d'avoir ce côté un peu l'inconnue et en Belgique à ce moment là pour être pilote d'essai il fallait passer par une carrière militaire pilote de chasse et puis à la fin d'une carrière militaire après avoir fait ses heures de vol et éventuellement certains heureux élus pouvaient devenir pilote d'essai malheureusement il fallait 10-10 à chaque oeil donc il fallait une vue parfaite la Belgique étant pas une nation militaire de haut plan ils peuvent se permettre d'être très très sélectifs puisqu'il y a une très forte demande de pilotes en tout cas et donc moi je remplissais pas toutes les cases même après opération ça suffisait pas certains pays acceptent après correction, en Belgique c'est pas le cas, ils ont pas besoin, ils ont assez de candidats et donc j'ai dû revoir mes ambitions à la baise et l'aviation civile m'intéressait pas je voulais pas du tout être pilote commercial encore une fois je trouvais que tout était régulé et donc il fallait trouver à 18 ans il faut 18-19 ans il faut trouver ce qu'on veut faire et donc le contrôle aérien était un peu une manière pour moi dans une période où je savais pas trop de garder un pied dans quelque chose qui me plaisait où j'étais sûr que ça me plaisait en tout cas et donc voilà voilà comment j'ai atterri là-dedans à 18-19 ans ce qui est très jeune j'étais à ce moment-là un des plus jeunes applicantes en anglais postulants ouais excellent donc c'est très jeune surtout avec le système actuel si effectivement si je ne me trompe pas et qu'il faut 2-3 ans ben t'imagines tu rentres à 18 ans et à 21 ans t'as quand même de très lourdes responsabilités donc voilà

Loïc oui parce que pour terminer sur cette partie de ta vie où tu as été dans le contrôle aérien, tu parlais de responsabilité. À quel point est-ce que c'est automatisé tout ça aujourd'hui ? Enfin, je veux dire, si on enlève les contrôleurs, est-ce que vraiment les aéroports s'arrêtent de fonctionner ou est-ce qu'ils sont plutôt là en garde-fouche pour prévenir, tu vois, d'éventuels, en plus, je veux dire, de systèmes automatisés ?

Arnaud Bah, techniquement, on pourrait tout automatiser et on n'a plus besoin de l'apport humain. C'est, voilà, ça c'est quelque chose du domaine possible ça ne se fera pas ou en tout cas quand quand je travaillais c'était quelque chose qui était mis de côté il était hors de question de décharger l'humain de cette tâche pour le simple fait que si l'informatique plante, si tout plante et bien là il n'y a vraiment plus de backup et donc maintenant il garde des systèmes où on garde quand même l'input de l'humain assez important parce qu'on imagine bien que si l'humain s'assied devant un écran qui gère tout, c'est difficile de garder son attention. Et le jour où l'écran s'éteint parce qu'il y a un bug, on n'a plus du tout d'image du trafic. Donc, il faut essayer de garder justement le contrôleur assez actif, assez intéressé, impliqué par son trafic pour que si justement tout plante, il ait une image globale de ses avions dans son espace aérien. donc oui techniquement on pourrait ça se fait pas pour ces raisons là après on a de nombreux backups on est jamais seul on est toujours à deux devant une console donc on a déjà le collègue comme backup et puis il y a plein de systèmes informatiques et de filtres informatiques qui sont là pour nous aider aussi c'est rassurant oui oui je pense voilà je pense il faut pas c'est très rassurant d'ailleurs les crashs ou en tout cas les très peu incidents qui ont été imputés au contrôle aérien c'est malheureusement parce qu'on a étudié ça c'est malheureusement la conjonction de plusieurs petites choses qui ont mal tourné et donc qui ont amené à une éventuelle catastrophe mais c'est jamais la responsabilité d'un contrôleur tout seul il y a tellement de backups que ça peut pas arriver même s'il s'endort devant sa contrôle il y a des backups aussi dans les avions les avions communiquent entre eux maintenant donc même si le contrôleur s'endort les avions vont communiquer entre eux et vont éventuellement éviter l'éventuelle catastrophe donc c'est relativement safe

Loïc et donc toi tu te retrouves dans cet univers ça devient ton quotidien pendant combien de temps et à quel moment est-ce qu'il y a une sorte de déclic qui se fait et la transition qui s'amorce vers ta nouvelle vie ?

Arnaud J'ai travaillé certainement pendant une dizaine d'années et alors j'aurais aimé que le déclic se fasse plus vite ça a été très très lent à se mettre en place comme beaucoup de gens nés à Bruxelles dans une grande ville j'ai un peu été formaté j'ai grandi dans ce moule et comme je disais un peu plus tôt à 18 ans il faut prendre un peu une décision de ce qu'on va faire de sa vie et de son avenir et puis finalement c'était un très bon compromis j'ai apprécié ces 10 années parce que j'avais surtout beaucoup de temps libre c'est toujours amusant de dire ça mais c'était un travail en shift donc on travaillait le matin, l'après-midi ou la nuit donc ça laissait pas mal de temps libre à ce moment-là je me suis consacré au triathlon je faisais beaucoup de sport et donc j'avais le temps de m'entraîner j'avais le temps de faire pas mal de choses quand j'étais en Belgique et j'avais surtout la chance de pouvoir prendre jusqu'à 3-4 mois de congés payés sur une année et donc probablement ce qui m'a gardé aussi longtemps en travaillant de manière assez de manière conséquente les autres 8 mois mais comme je disais quand on fait un matin on a l'après-midi de libre, le lendemain on fait l'après-midi on a le matin de libre donc on n'a pas l'impression d'être tous les jours au boulot même si on travaille 28 jours par mois mais voilà j'étais tout doucement arrivé en grandissant j'étais arrivé à un point où ça n'avait plus de sens de profiter d'un tiers de mon existence, voilà, que je profite d'un tiers de mon existence et que les deux autres tiers soient un peu plus pesants. Je trouvais que ça devait être le rapport inverse. Je pouvais mettre ma vie entre parenthèses pendant un tiers du temps pour en profiter les deux autres tiers. ça me semblait pour moi quelque chose de plus qui me correspondait beaucoup mieux, alors tout ça s'est mis en place très lentement sur ces 10 ans de boulot, il y a eu une année sabbatique où j'ai fait un voyage, un long voyage en Amérique du Sud et puis il y a eu ce long voyage à vélo de 3 ans où je savais je savais qu'au retour rien ne serait tu le savais avant de partir ça ? ah oui oui je le savais, j'avais partagé avec mes proches d'ailleurs je ne savais pas si je partais pour un an, deux ans, trois ans, quatre ans j'avais pas de date de retour et ça c'est le plus grand luxe je pense qu'on peut avoir dans le voyage c'est justement de ne pas avoir de date de retour parce que très vite on pense à ce retour et finalement on planifie le voyage en fonction de cette date de retour moi j'avais cette liberté de un an, deux ans, trois ans, quatre ans finalement ça m'aura pris trois ans et puis j'y avais prévenu j'avais dit voilà il est très probable que je rentre pas en Belgique trop pinaise

Loïc mais alors attends parce que ce voyage tu parlais de ton voyage en Amérique du Sud l'année sabbatique où là pour le coup il y avait je suppose dans le cadre pro il y avait forcément une date de fin mais là j'ai l'impression que la vraie transition elle s'est faite ou la vraie révélation je sais pas trop comment quel terme utiliser tu le sauras mieux que moi mais j'ai l'impression que ça a été ce voyage qui in fine a duré 3 ans à vélo donc comment à quel moment est-ce que tu t'es dit que c'était le type de voyage que tu voulais vivre le moyen de transport vélo et sans date limite et pourquoi est-ce qu'à ce moment là t'expliquer un peu, il y a eu un long cheminement jusqu'à ce que tu te rendes compte que le 1 tiers, 2 tiers il n'était pas équilibré comme tu voulais mais à quel moment est-ce que tu t'es dit je passe à l'action tu vois parce que bien souvent on est dans des situations qu'on n'apprécie pas mais il y a un monde entre faire le constat qu'on n'est pas 100% équilibré et passer à l'action et oser tout quitter pour partir sans date de retour donc comment ça s'est mis en place tout ça avant qu'on parle du voyage en lui-même

Arnaud ouais c'est c'est une question très intéressante et j'aimerais pouvoir y apporter une réponse précise ça a été lent ça a été très lent il y a eu il y a eu une période une période où j'étais simplement pas bien où on se pose pas mal de questions en Belgique on n'a pas encore toutes ses réponses j'ai pris ce voyage d'un an je pense qu'on voyage toujours pour une raison on voyage ou bien on sait pourquoi on voyage, on va chercher ses réponses, ou bien justement on sait pas trop pourquoi on voyage et les réponses tombent dès le même on comprend vite pourquoi on est là où on est et donc j'ai fait ce premier voyage d'un an, une année sabbatique ça paraissait déjà beaucoup à ce moment là au retour je me suis rendu compte que c'était pas assez et puis il y a une énorme frustration qui est née de ce voyage et que j'étais parti pour grimper tous les sommets de nombreux sommets d'Amérique du Sud et puis très vite j'ai dû déchanter et passer au plan B mais je n'avais pas de plan B à cause d'une blessure assez importante au genou et donc voilà ça m'a pas aidé je pense que je dis ça maintenant avec le recul mais je pense qu'il y a une raison pour tout ça. Je pense que je n'étais pas très serein, j'étais parti pour me tester. Je pense que j'allais me mettre dans des situations peut-être très compliquées, voire dangereuses parce que je me connais. Je pense que ça a rassuré tous ceux qui me connaissent, notamment la famille, de savoir que finalement cette blessure allait d'une certaine manière m'empêcher de prendre les risques que j'étais prêt à prendre. J'ai failli rentrer plus tôt et puis je me suis dit, mais c'est stupide, j'ai la chance d'être ici, il n'y a pas que la montagne non plus. Et donc voilà, j'ai improvisé un plan B, j'ai voyagé, finalement j'ai fait du stop pour redescendre sur la Patagonie depuis l'Amérique centrale. Voilà, à mon aise, en stop. Et puis au retour, le malaise était toujours un peu présent. Je pense que j'ai fait une petite dépression, enfin une petite, une longue dépression. ça aussi ça met du temps à mettre des mots il faut accepter de mettre ces mots là et donc voilà je suis reparti de ce premier voyage, de cette première frustration de voir tous ces sommets d'en bas je savais que j'allais revenir je voulais revenir et les regrimper seulement je voulais faire quelque chose je ne voulais pas juste venir pour les grimper et être une sorte de consommateur j'avais envie de faire quelque chose qui colle plus à la personne que j'étais. Et du coup, le vélo s'est très vite imposé comme moyen de transport. Je voulais un voyage écologique, limiter mon empreinte carbone. Et puis, je trouve surtout qu'avec le vélo, à pied, c'est un peu trop lent. Je trouve qu'on avance parfois pas assez vite, surtout sur des longs projets comme ça. En voiture, en bus, ça va trop vite.

Loïc C'est vrai, c'est vrai.

Arnaud On passe à côté de tout ce qui est chaud. et je trouve vraiment que le vélo donne cette vitesse de déplacement parfaite où on a le temps de s'imprégner de tout ce qui nous entoure autour de nous sans que ce soit trop rapide, sans que ce soit trop lent au quotidien on avance, on a le sentiment d'avancer donc je trouve que c'est la vitesse de déplacement en tout cas pour moi qui était idéale il se trouve qu'en plus que sur mes trois ans de voyage il y a des saisons aussi à respecter sur certains sommets et le vélo me permettait d'arriver juste à temps, à chaque fois pour la bonne saison sans que je doive pousser sur mes pédales comme un dératé pendant des jours ou des semaines pour arriver à temps donc c'est vraiment amusant de se dire que le vélo finalement était la vitesse de déplacement idéale dans le voyage que j'avais imaginé et puis il a fallu le préparer et j'en parlais beaucoup mais je faisais j'ai même des amis qui se sont qui se moquaient de moi de manière très gentille en me disant toi tu vas jamais partir tu vas jamais partir et puis un jour sans explication je me suis levé un matin et j'étais prêt j'ai en un week-end j'ai écrit le dossier sponsoring pour essayer de trouver quelques fonds et puis à partir de là tout s'est mis en place et quelques semaines plus tard je vais partir on partait il y a aussi le billet d'avion ça s'est fait encore une fois j'étais pas très bien c'était pas une période où j'étais très bien donc effectivement on se pose beaucoup de questions c'est partir pour 3 ans même si c'est quelque chose qu'on a envie de faire on laisse voilà ce qui nous offre on laisse derrière soi des choses qu'on connait et puis je prenais un chemin qui était diamétralement opposé de tous mes amis et ma famille

Loïc comment ils ont réagi d'ailleurs quand tu leur as dit que tu partais à vélo pour une durée indéterminée autour du monde ?

Arnaud Je pense qu'il y a eu beaucoup de... Alors, pas d'incompréhension, mais j'ai ressenti beaucoup, parfois, une certaine admiration que j'avais du mal à accepter parce que finalement, moi, je faisais quelque chose que j'avais envie de faire. Pour moi, c'était plus difficile à ce moment-là de rester dans ce quotidien qui me rendait plus heureux. donc pour moi c'était plus facile de partir et puis je me suis rendu compte de cette admiration en fait c'est que finalement les gens n'avaient pas vraiment envie de le faire parce qu'il y avait chaque fois quelque chose qui les qui les empêchait de faire le pas j'ai entendu à de nombreuses reprises oh j'aimerais tellement pouvoir faire ça mais on vient d'avoir une nouvelle voiture il y a eu de la voiture j'aimerais tellement faire ça mais on a l'appartement et en fait j'avais une voiture, j'avais un appartement et tout ça, je m'en suis libéré. Donc, voilà, je me suis rendu compte que pour beaucoup de gens, en fait, on aime bien, on vit un peu par procuration. C'est bien ce que je fais, c'est sympa. Sur papier, c'est sympa. Après, c'est vrai que d'être sur le vélo pendant trois ans, ce n'est pas toujours de l'amour. Il y a des moments un peu plus compliqués aussi. Mais moi, ces moments-là, plus compliqués à gérer sur le vélo, était beaucoup plus facile que gérer un quotidien qui était devenu beaucoup trop pesant et donc voilà l'incompréhension des proches surtout l'incompréhension au retour du voyage et à la volonté de ne pas revenir en Belgique parce qu'à ce moment là j'ai fait des choses de manière très simple j'ai fait un choix de vie où j'allais gagner moins de ma vie dans un pays où tout était deux, trois fois plus cher. Et donc, pour beaucoup de gens, c'est, mais attends, t'es confortable ici, t'as un métier, un appart, une voiture, voilà, j'étais dans le moule, j'étais bien dans le moule. Et je quittais ce moule, et là, oui, même ma famille, parfois, ne comprenait pas. Donc ça, ça a été un peu difficile de devoir même, parfois, devoir se justifier devant les gens qui devraient nous connaître le mieux. parce que finalement on a vraiment l'impression d'être un vieux petit canard puisqu'on prend un chemin un peu seul et autour de moi j'étais pas entouré de ces gens là donc c'est probablement pour ça aussi, pour répondre à ta question que ça a mis longtemps à se mettre en place parce que j'ai dû trouver toutes ces réponses un peu seul et pendant longtemps je pensais que c'était moi le problème et que Parce qu'avec mes amis, avec la famille, j'avais parfois du mal à trouver ma place. Et donc, je me dis, le problème, ce n'est pas spécialement eux, c'est probablement moi aussi. Et donc, il faut arriver à trouver ces réponses. Oui, ça n'a pas été une période. Finalement, maintenant, je regarde en arrière et c'est bien, j'ai vécu un voyage extraordinaire. Et j'ai eu envie de repartir. mais voilà les raisons les raisons du départ comme je disais il y a souvent on voyage pour une raison et moi je connaissais ces raisons c'était une sorte de fuite en avant j'avais besoin de fuir de fuir cette vie une vie qui ne convenait plus mais voilà je savais que j'allais me poser les bonnes questions et je partais pour me poser les bonnes questions et pour retrouver ces réponses là donc finalement c'est ce que j'appelle une fuite en avant toutes les fuites sont plus négatives à condition de savoir pourquoi on fouille. Et donc, voilà. Et donc, ça a mis plusieurs années, plusieurs années à se mettre en place. Mais le départ et l'achat du billet d'avion, ça s'est fait en... Il y a eu, je pense qu'on était un jeudi. Je me souviens bien, un jeudi matin. Et je vais partir le lundi. Je vais partir pour le lundi. Donc, c'est le moment où j'ai décidé, OK, maintenant, je suis prêt. J'ai fait ce que je devais faire ici. Je m'en vais. Et ça a été très vite.

Loïc comme quoi des fois on peut être prêt logistiquement physiquement, financièrement et il peut y avoir simplement une petite latence du côté du cerveau et une fois que ça c'est fait, une fois que c'est digéré finalement il n'y a plus aucun fascinant c'est quoi tu viens de le dire ce grand départ pour un grand voyage c'était de ton point de vue aujourd'hui sans doute plutôt une fuite en avant, en tout cas la tentative de laisser derrière toi une situation qui ne te convenait plus mais qu'est-ce qui te faisait rêver toi dans ce tour du monde qui approchait en tout cas dans ce grand voyage, je ne sais pas si tu avais prévu vraiment un véritable tour du monde mais est-ce qu'il y avait des pays en particulier que tu attendais avec impatience, est-ce qu'il y avait le fait de se déplacer à vélo ou la rencontre de certaines cultures qu'est-ce qui te mettait des étoiles dans les yeux au moment de monter dans l'avion

Arnaud ouh moi c'est d'abord la comment dire cette notion de temps tout d'un coup j'avais du temps je m'étais rendu compte et c'est pour ça que ça m'a amené à cette décision là j'en parlais un peu plus tôt je passais deux tiers de mon temps à finalement profiter du dernier tiers et ce dernier tiers était consacré à la montagne, à la nature au milieu, outdoor, j'allais grimper, j'allais faire du vélo, j'allais, voilà, j'étais, c'était pas un tiers du temps passé en Belgique à regarder Netflix et donc, et donc, en changeant de rapport, ben, il fallait, j'ai, tout ça, encore une fois, s'est mis en place doucement, il y a eu des mois de voyage et puis le mois s'est transformé en deux mois et puis ces deux mois se sont transformés en un an, cette année sabbatique et puis même, même cette année, c'était pas assez, j'avais pas envie de rentrer après un an. Et donc, cette idée de voyage, il n'y avait pas de date de retour. Il fallait que je me mette un défi, il fallait que je me mette un challenge parce que c'est ça qui me rend heureux, c'est comme ça que je fonctionne aussi. J'ai besoin de me, voilà, en quelque sorte, tester mes limites. Pas toujours de manière extrême, il ne faut pas à chaque fois virer dans l'extrême, mais en tout cas faire de l'inconfort, mon confort au quotidien. donc, j'avais besoin d'avoir cette ligne de mire, ce challenge sportif qui était de grimper. C'est pour ça que j'avais décidé de grimper le plus haut sommet de chaque pays en utilisant le vélo comme seul moyen de transport. Ça peut paraître, évidemment, pour quelqu'un de sédentaire, ça peut paraître quelque chose de complètement fou. Le vélo a de ça que la machine impose la technique. On ne se blesse pas vraiment sur le vélo. et puis on est libre de faire le kilomètre qu'on a envie ça va être 30 kilomètres par jour pendant une semaine, puis on fait 40 chacun le vit à son rythme tout en avançant en ayant cette impression d'avancer moi j'avais besoin de mettre la montagne parce que c'est un terrain de jeu qui depuis très jeune me rend heureux dans lequel je m'épanouis j'ai besoin de la montagne c'est pour ça que j'ai fait ces choix de vie plus tard il fallait que je m'en rapproche ce sont des terrains de vie extraordinaires où on peut se tester où j'ai appris beaucoup de choses pas seulement au niveau technique mais aussi humainement parce qu'on partage des moments en montagne avec beaucoup de gens et là tout d'un coup je retrouvais my people souvent en anglais des gens avec qui je me retrouvais connecté, qui partageaient les mêmes envies, parfois les mêmes rêves, ou en tout cas le même état d'esprit, tout d'un coup je n'étais pas un étranger, je n'étais pas un alien. Et puis pourquoi l'Amérique du Sud ? J'ai toujours été attiré par le Nord chilien, le Chili, l'Argentine, la Colombie, de mon premier voyage en fait, de mon premier voyage en 2005, je suis resté avec beaucoup d'endroits où j'avais envie de revenir. Et donc oui, j'ai grimpé, le voyage que j'ai fait, j'aurais pu le faire en un an et demi seulement. Parce que voilà, ma ligne de conduite, c'était ces sommets-là, mais j'avais aussi envie de passer du temps, c'était ma vie, c'était pas qu'un voyage, c'était aussi devenu ma vie. et donc j'avais je prenais plaisir à partager du temps j'ai appris l'espagnol pendant ce voyage donc j'étais capable de communiquer avec les gens que je rencontrais sur la route pendant un voyage j'ai payé à peu près 45 de mes nuits donc sur 3 ans de voyage ça veut dire que je suis à peu près 45 nuits dans des petits hôtels en 3 ans en 3 ans donc le reste c'était sous la tendre, camping sauvage ou bien chez l'habitant parce que j'y étais invité et donc voilà les gens m'ont souvent demandé mais tu as fait ça seul comment est-ce qu'on peut faire ça comment est-ce qu'on peut voyager seul et ma réponse était souvent la même d'abord qui a envie de passer 3 ans de son existence en montagne et quand j'étais pas en montagne j'étais sur le vélo parce que finalement j'ai passé 80% du temps sur le vélo donc c'est une vie quand même relativement inconfortable tout ce que je possédais était sur le vélo j'avais vendu tout ce que j'avais et puis j'étais pas seul parce que l'avantage de voyager seul c'est que quand on veut pas être seul c'est très facile parce que justement on est seul donc on se tourne vers les gens qui nous entourent les gens qu'on croise et quand on veut être seul c'est très facile là où dès qu'on voyage avec quelqu'un d'abord on veut être seul, c'est très difficile parce qu'on a cette personne avec nous et je l'ai vécu cette expérience qu'on a beau essayer d'expliquer qu'on veut passer un moment seul c'est souvent perçu de l'autre côté par on le prend de manière personnelle au lieu d'entendre je veux être seul on entend « il ne veut pas être avec moi ». Et du coup, ça crée une sorte de tension. On se pose des questions. Mais qu'est-ce que j'ai fait ? Pourquoi il ne veut pas être avec moi ? Pourquoi il veut être tout seul ? Et donc, moi, au moins, j'évitais ce genre de conversation. Je voulais être seul, c'était très facile. Et puis, je voulais être avec quelqu'un par le simple fait d'être seul. Quand on est à deux, c'est plus difficile d'accepter une troisième personne dans cette petite communauté de deux parce qu'on a nos habitudes, on se connaît et c'est très difficile pour une troisième personne d'y rentrer, là où par contre quand on est tout seul les portes sont grandes ouvertes donc voilà le voyage seul ce serait à faire je le referai seul pour ces raisons là et puis je pense que c'est important on vit surtout dans une société où beaucoup de gens ont peur on n'a pas envie d'être seul parce que bien souvent on est peur, on est bombardé d'informations ça arrive dans tous les sens les réseaux sociaux et en fait on prend pas le temps d'être seul et on sait plus d'être seul et on a peur et donc voilà moi j'aime bien être seul et mon épouse sait ça aussi et donc j'ai besoin de ces moments avec moi-même voilà et ce voyage du coup ça a été une réussite et et j'en garde un très très bon souvenir parce que finalement rien ne s'est mal passé une des premières questions c'était passer le cap de ah mais t'es tout seul et la famille et les amis, la deuxième question c'était l'accent sur la sécurité ah mais t'es rien arrivé 3 ans sur la route tout seul avec ta tête de gringo en Amérique du Sud mais oui parce qu'on est une cible évidemment européen blond forcément on est une cible, moi je visais j'étais pas sur les routes principales c'est aussi pour ça que ça m'a pris autant de temps je visais les routes secondaires et pas seulement les routes secondaires mais les routes secondaires des routes secondaires avec parfois comme seule carte, c'était un dessin fait par la personne du village chez qui j'avais passé la nuit donc là je savais que j'allais me perdre c'était illusoire de penser que son dessin allait m'amener à destination et c'est d'ailleurs amusant parce qu'il y a beaucoup d'énervement et de frustration au début du voyage parce qu'on part avec son compteur sur le vélo, on part avec cette mentalité un peu européenne ou nord-américaine où tout est chiffré, calculé. Et puis, quand on n'arrive pas à une destination, on s'énerve. Je n'ai pas fait mes 100 kilomètres aujourd'hui, je voulais faire 100. Et puis, c'est amusant de très vite, on se rend compte, mais en fait, c'est moi qui m'impose ces barrières-là, ces restrictions-là. Qu'est-ce qu'on me sent pas ? de faire 100 km ou 60. À ce moment-là, j'ai jeté mon compteur. Je n'avais plus besoin de compteur. Non, pardon, j'ai gardé le compteur, j'ai jeté ma montre. Je ne voulais plus de montre. Je vivais avec le soleil puisque finalement, ça n'avait aucune importance de l'heure qu'il était. Mais donc, c'est amusant de très vite. Et puis, l'Amérique du Sud, c'est une autre culture. On ne se parle pas de la même manière. Nous, on parle de distance en kilomètres. eux ils parlent de distance en temps en bus donc quand on leur demande combien de kilomètres pour le prochain village et que la réponse c'est à peu près 3 heures de bus après avec l'expérience je suis avec 3 heures de bus, c'était pas très loin de 3 heures à vélo parce que les bus là-bas ils s'arrêtent un peu partout mais voilà tout ça pour dire que c'était des j'étais sur des routes qui me faisaient avancer parfois très lentement des pistes, 80% du temps j'étais sur des pistes, pas sur de l'asphalte et donc voilà, ce facteur temps, je pense le fait d'avoir cette liberté, ça a mis quelques semaines à se mettre en place mais d'avoir plus de montres plus de date de retour, la seule chose qui me faisait avancer c'est, il y a une saison de grimpe, le prochain sommet là il faudrait que j'y arrive avant mars par exemple et donc voilà je faisais en sorte de quand même avancer mais j'étais libre de... Je voulais m'arrêter une semaine quelque part. Je pouvais m'arrêter une semaine quelque part. J'étais vraiment... Et c'est pour ça aussi que j'avais très peu de sponsors parce que je voulais garder cette liberté de faire un voyage qui me convenait à moi d'abord. Et donc ça, c'est malheureusement pas toujours compatible avec des partenaires et des sponsors qui veulent surtout un produit... qui investissent dans un produit fini. Et moi, je n'étais pas sûr de le terminer. D'ailleurs, je ne l'ai pas terminé. théoriquement, il me faut encore grimper le plus haut sommet du Paraguay, Uruguay, Brésil, et toutes les îles des Caraïbes. Mais voilà, en arrivant à Santiago, au Chili, j'avais plus envie de pédaler en Patagonie que d'aller grimper des sommets qui ne sont pas vraiment des sommets. C'est des grosses collines au Paraguay. Les Caraïbes, c'est des deux. ça correspondait plus non plus ça aurait été très compliqué trouver des bateaux, mettre le vélo dans le bateau et je me dis est-ce que c'est ce que j'ai envie de faire maintenant après trois ans de voyage est-ce que c'est pas la montagne telle que je l'aime là on est plus dans la voilà terminer un produit un voyage mais est-ce que c'est ça que je veux faire maintenant non, je préfère aller faire du vélo et descendre jusqu'au au fin fond de la Patagonie, chilienne et argentine. Et donc voilà, je n'aurais pas pu prendre cette décision si j'avais des partenaires. Il aurait fallu que je termine ce voyage. Donc voilà, j'étais vraiment très très libre. Et cette liberté, ça a été un bonheur. Un bonheur total. L'essentiel, c'est vraiment ce retour à l'essentiel. L'essentiel, c'est se nourrir et se reposer. Et donc, à partir, dès que le soleil commençait à descendre assez bas, il fallait être sûr que j'ai assez d'eau. parce que c'est de l'eau. L'eau, c'était mon or au quotidien. Il fallait de l'eau. Il fallait de l'eau pour cuisiner, pour boire, pour pouvoir pédaler. Et donc, c'était ma seule préoccupation, c'était de trouver de l'eau. C'est génial. C'est clair. Quel luxe. C'est dans la vie de m'éloignement. Le luxe, c'est de se dire, il faut que j'ai de l'eau. Et j'ai de l'eau, tout va bien. Et donc, voilà. Et là, ouais, ça m'a... Pour en revenir au début de la question, c'est des endroits, la montagne c'est des endroits ce retour à l'essentiel ce besoin de retourner qui nous fait aussi apprécier les choses simples une douche une douche chaude

Loïc l'ampoule qui s'allume quand t'appuies sur l'interrupteur

Arnaud le chauffage l'ampoule, la lumière le chauffage, il fait chaud pouvoir se tenir debout dans une pièce puisque dans la tente on est toujours un peu accroupi pouvoir se tenir debout dans une pièce éclairée. Je me souviens. Du beurre. Du beurre, puisque sur le vélo, évidemment, je ne voyageais pas avec du beurre. C'est impossible de garder ça au frais. Donc, le beurre était devenu, par exemple, un aliment qui... Enfin, je n'aurais jamais cru avant mon voyage. En tout cas, je n'aurais jamais pensé que le beurre serait devenu un peu... Les gens pensent à des aliments beaucoup plus sophistiqués. Non, c'est le beurre. Parce que je ne savais pas voyager avec du beurre. Et que j'avais bien le beurre. Et donc, le beurre était devenu une denrée de luxe. à mon voyage et donc non mais voilà ce retour à des choses simples vraiment à l'essentiel dans une nature en tout cas là où moi je voulais être et voilà c'est vraiment ça qui m'a qui m'a fait choisir ce type de voyage j'avais besoin de m'éloigner de mes semblables encore une fois j'avais besoin d'être seul et donc j'avais besoin de l'avantage aussi de ces régions là c'est que j'ai parfois choisi des options de route ou pendant une semaine c'est arrivé quelques fois et alors par volonté parce que j'avais aussi envie de me déconnecter et de me réconcilier plutôt peut-être avec la race humaine c'est des mots un peu forts mais c'est c'était un sentiment à ce moment-là qui prédominait aussi beaucoup de colère aussi en moi et donc ce voyage m'a réconcilié avec beaucoup de choses, en tout cas m'a fait beaucoup de bien

Loïc Est-ce que tu dirais qu'il y a des phases du voyage ou des expériences en particulier qui ont aidé peut-être à cette réconciliation ? Euh

Arnaud Oui, certainement. D'abord, de voir que la cible que j'étais, en fait, je n'ai jamais été une cible, je n'ai aucune mauvaise expérience à raconter. Et les deux expériences qui sont minimes, où on m'a volé quelque chose, je suis pratiquement certain que ça a été fait par des voyageurs, donc des Nord-Américains ou Européens, même pas des locaux. la Colombie par exemple qui est un pays qui fait peur à beaucoup de gens qui a malheureusement une très mauvaise réputation pourquoi ? Parce que chaque fois qu'on entend parler de la Colombie c'est parce qu'il s'est passé quelque chose avec les narcotrafiquants les FARC des enlèvements et en fait le Colombien est de loin et de loin de mon voyage en Amérique du Sud la personne la plus gentille et je prends toujours cet exemple là alors dans tous les pays je vais demander de l'aide je vais demander un endroit où je peux dormir si la personne avec laquelle je m'adresse est capable de m'aider elle va m'aider si elle n'est pas capable de m'aider elle va me dire écoutez je ne peux rien faire je suis désolé bonne chance c'est super ce que tu fais allez ciao et bon j'essaye quelqu'un d'autre et bien en Colombie non si la personne à qui je demande un service n'est pas capable de m'aider elle va tout faire pour trouver quelqu'un qui est capable de m'aider parce que c'est sa manière qu'elle a de m'aider je ne sais pas si c'est clair donc j'étais arrivé à un moment et je ne l'ai vécu qu'en Colombie où je m'asseyais sur cette petite place de village avec mon vélo et la première personne qui venait qui était intéressée je faisais part de mon histoire et je lui ai expliqué, j'ai besoin d'un endroit pour dormir ce soir. Cette personne partait et revenait dix minutes plus tard avec un endroit où je pouvais dormir. Chez le cousin de la sœur, du frère. Chez lui, ça n'allait pas, mais il allait trouver sa manière de m'aider, c'est de trouver quelqu'un qui pouvait, par exemple, m'héberger. Et ça, c'était partout en Colombie. Des enfants qui m'offrent un petit bracelet, un dessin, quelque chose qu'ils ont avant de partir je ne l'ai vécu qu'en Colombie et là je ne peux pas croire que ce sont les parents qui eux ont conscience de la mauvaise réputation du pays je ne peux pas croire qu'un enfant de 6 ans ait conscience de la mauvaise réputation de son pays et j'ai vu les enfants les plus heureux dans le sud en Colombie donc c'est un pays, ce sont des gens qui sont foncièrement heureux et dans un pays où le quotidien n'est pas toujours facile et donc là on apprend beaucoup on est forcé de se remettre en question et de mettre de côté ces petites frustrations d'Européens sur son vélo parce que voilà il y a beaucoup de choses à apprendre de ces gens là et donc je me suis toujours senti en sécurité j'ai jamais alors ça fait c'est parfois très naïf de dire ça et c'est quelque chose de très important pour moi. Je comprends que beaucoup de gens ne le comprennent pas, mais à partir du moment où on ne voit pas le danger, où on ne conçoit pas le danger, on n'imagine pas que ça peut être dangereux, on ne crée pas ce danger-là.

Loïc Complètement d'accord.

Arnaud Le danger ne vient pas. Et j'y crois profondément parce que c'est ce que j'ai vécu. Et quand je dis, ce n'est pas de se dire, ça peut être dangereux, mais je vais refouler ces pensées-là et me convaincre que c'est safe. Non, moi je ne pensais même pas. La pensée de se dire que ça peut être dangereux n'émergeait pas. À aucun moment, j'ai planté l'attente et consciemment je me disais ça peut être dangereux, mais j'espère que tout va bien se passer, ça va aller, il n'y a pas de raison que ça se passe mal. Jamais, jamais. Alors c'est facile de dire ça en tant qu'homme. On n'est pas égaux face au danger, évidemment. je pense que j'en ai beaucoup discuté avec mon épouse qui elle évidemment puisque c'est une femme elles font face à d'autres dangers mais voilà moi dans mon cas j'ai jamais pensé que ça pouvait être dangereux donc j'ai jamais donné la place à un danger potentiel et pourtant j'ai dormi dans des endroits et rien on m'apportait le café parfois le matin vous portez le café sous la tente alors voilà quelqu'un vient frapper à la tente le matin en Colombie d'ailleurs avec le café c'est génial ça et donc donc voilà donc je pense que voilà c'est quelque chose de l'Amérique du Sud elle souffre d'une très mauvaise réputation certains pays plus que d'autres parce que quand on en parle c'est pour souligner les choses qui se passent mal et malheureusement bien souvent 80-90% de la population sont des gentillesses ils sont des gens dont on a beaucoup à prendre une relation au temps beaucoup plus relax auquel moi aussi j'ai dû m'habituer donc voilà je ne sais pas du coup je pense que je me suis un peu éloigné de ta question initiale je pense que je suis parti un peu

Loïc C'était très intéressant, mais je rebondis juste sur ce rapport. Autant, j'ai fait un échange universitaire au Pérou, à Lima, et j'étais dans... Je pense que c'était une des meilleures facs du pays, enfin, école de commerce du pays. Il y avait des fils de ministres, des filles d'anciens présidents, enfin bon, bref. Et je me rappelle, ma première semaine sur place, on avait des travaux de groupe à faire. et donc on était généralement un étranger par groupe de périviens et donc on avait défini une heure pour se retrouver sur le campus qui était à côté de l'ambassade américaine de l'autre côté de la ville donc il fallait traverser tout Lima c'était un peu la galère pour moi en tout cas et donc je me pointe les premières fois tu vois je sais plus on avait dit 10h du mat 11h du mat et en fait les premiers se pointaient mais littéralement j'exagère pas 45 minutes une heure une heure et quart plus tard donc les premières fois je me disais attends mais c'est pas possible j'ai mal compris les échanges enfin j'ai pas compris l'heure c'est pas possible qu'il y ait autant de retard de tout le groupe sauf moi et en fait je finis par poser la question et ça les a fait beaucoup rire en disant qu'en gros il me disait que bon c'était généralement quand on donnait une heure c'était pour avoir un peu une idée approximativement de quel moment il fallait se mettre en route pour potentiellement se retrouver sur le campus et j'étais là ah d'accord ok bon bah très bien le rapport au temps était différent

Arnaud c'est tout à fait ça au Chili par exemple les interviews, on demande d'embauche les gens se pointent là ce que nous on appelle en retard ce qui dans la culture chilienne c'est pas du tout en retard et ça va pas leur porter préjudice c'est très intéressant cette relation au temps ça me fait sourire parce que c'est ouais c'est exactement ça il faut vraiment avoir c'est aussi pour ça que j'ai mis ma montre de côté parce que quand ils me disent ouais je reviens dans 10 minutes alors ça peut mettre 2 heures ça peut mettre 2 heures ça peut mettre le montre de côté voilà et accepter qu'il va revenir parce que s'il a dit qu'il revenait il allait revenir ça par contre il faut lui en laisser et donc voilà simplement voilà on attend

Loïc on apprend à... Il y a beaucoup, j'ai beaucoup appris. Surtout que tu le retrouves à tous les niveaux, en fait, comme tu dis, quand on te dit qu'il y a un bus qui va arriver à 10h, peut-être qu'il arrive à 11h15 et ça ne choque personne. Donc, il faut s'habituer dans la manière dont tu voyages. Je pense que c'est le genre de pays où tu ne peux pas prévoir à l'avance, te dire, je prends le bus de Cusco à Lima, j'ai une demi-heure pour aller à l'aéroport, à l'aéroport, je vais... Ça ne marche pas, en fait.

Arnaud vraiment pas puis le bus s'arrête il n'y a pas d'arrêt de bus il s'arrête ou toi tu veux descendre donc si les gens s'arrêtent là où ils veulent descendre si le bus s'arrête 100 mètres avant pour quelqu'un d'autre ils ne vont pas ils descendent non plus ils vont demander qu'ils s'arrêtent 100 mètres plus loin là où eux veulent s'arrêter les départs aussi le bus ahorita si tu parles un petit peu espagnol moi ça m'a fait sourire aussi ahorita ahorita donc ahora ça veut dire maintenant et Ahorita ça veut dire vraiment maintenant ça veut dire un petit maintenant vraiment très proche non Ahorita c'est entre 5 minutes et 12 heures et ça voilà une fois qu'on le comprend au début encore une fois c'est une frustration qui naît d'autant plus que moi je venais d'un métier par contre ça c'était l'inverse tout à la seconde près le temps était quelque chose qu'on devait maîtriser donc c'était très important donc là c'était le jour et la nuit donc il m'a fallu quand même un petit temps d'adaptation mais voilà c'est important aussi encore une fois de ce que je disais un peu plus haut c'est d'être capable justement d'apprendre d'évoluer de se fondre de grandir dans ce nouvel environnement sans rester bloqué et aveuglé par ces amis qui ne sont pas spécialement mieux là je n'ai même pas envie d'ouvrir le débat du c'est mieux, c'est moins bien c'est différent et donc voilà il y a des choses à apprendre et moi j'ai beaucoup appris au point que maintenant j'ai du mal avec le temps et oui j'ai du mal quand nos journées sont trop remplies au quotidien et qu'on est vraiment il faut déposer les enfants, il faut faire ça j'ai vraiment du mal voilà parce que justement je me sens pressé et j'en oublie la notion de de profiter du moment c'est une discussion que j'ai souvent eu mais qui malheureusement dans nos sociétés c'est difficile d'éviter de regarder sa montre à plusieurs reprises tous les jours c'est toute la difficulté aussi des expéditions polaires aussi où on essaye d'instaurer une discipline parce que quand on est seul ou quand on guide des expéditions avec des gens qui ont d'autres projets en solo qui sont là pour apprendre c'est difficile parfois de leur inculquer cette discipline qu'il faut avoir avec le temps justement parce que c'est tellement facile quand on est seul de se lever 5 heures plus tard d'avoir des breaks un peu plus long mais à la fin de la journée tu perds une demi-heure de ski et sur un voyage d'un mois ou de deux mois ce sont des journées de ce que tu perds des journées de nourriture en plus que tu dois porter ça peut avoir d'autres conséquences aussi donc c'est pas évident le temps est omniprésent et là pendant ce voyage ça a été le plus beau relâchement pouvoir mettre ma montre dans ma poche et vivre en fonction du soleil

Loïc pour terminer sur l'Amérique du Sud moi j'ai une question assez précise sur la Patagonie tu disais un peu plus tôt que finalement t'as pas fini ton projet initial parce qu'arriver en Patagonie bah tu as préféré continuer à rouler dans cette région c'est comment de rouler en Patagonie est-ce que c'est vraiment une sensation de bout du monde les paysages est-ce que c'est complètement différent de ce que t'as vu ailleurs moi je te demande parce que c'est un de mes grands regrets de ne pas avoir pu j'irai un jour mais de ne pas avoir pu quand j'étais en Amérique du Sud aller en Patagonie parce qu'il y avait des contraintes avec les cours etc. pas avoir trouvé le temps pour le faire mais c'est un coin qui m'attire énormément donc je suis un peu curieux de savoir qu'est-ce que ça fait de rouler en Patagonie ?

Arnaud Ah ben tes prochaines vacances je pense que je sais où t'iras c'est magnifique après niveau paysage bon moi c'est des paysages qui me parlent alors la Patagonie c'est d'abord c'est le Chili et l'Argentine donc c'est plutôt une zone qui en général ils s'accordent à dire que c'est tout ce qui est au sud de Bariloche qui est un peu une ville plus ou moins importante côté argentin donc c'est Bariloche et tout ce qu'il y a au sud alors il y a la Patagonie chilienne qui elle, ça ressemble un peu au fjord norvégien c'est très vert très escarpé il pleut énormément beaucoup puisque toute l'humidité qui vient du Pacifique ce sont les premiers contreforts que les nuages rencontrent donc tous déversent côté ouest côté chilien donc c'est une végétation luxuriante très dense il fait souvent mauvais, il pleut beaucoup et puis côté argentin quand les nuages ont traversé les Andes et arrivent côté argentin il ne reste plus grand chose donc c'est très sec par contre, ce qu'on appelle la pampa souvent on parle de la pampa dans ces régions là c'est des régions désertiques où il fait balayer par les vents où il fait souvent très chaud moi c'est des paysages qui me parlent aussi ces grands horizons j'ai eu la chance de traverser côté chilien et argentin et ça m'a souvent frappé côté argentin tu t'arrêtes au bord de la route, tu fais un petit break si tu tournes trois fois sur toi-même t'es incapable de dire où est-ce que tu viens et là où tu dois aller la même chose voilà après au plus on s'enfonce côté chilien, au plus c'est sauvage d'ailleurs la route s'arrête à un moment où l'armée chilienne était en train de travailler depuis des années à essayer de rejoindre Puerto Nathales pas Puerto Nathales, c'est Puerto Williams qui est la ville le village chilien le plus au sud c'est au sud d'Ushuaia, c'est sur une île qu'ils appellent Isla Navarino parce que maintenant pour aller par là tu dois passer par l'Argentine bon, Chiliens et Argentins ne sont pas les meilleurs amis du monde, donc il y a cette volonté des Chiliens de pouvoir rejoindre toute leur ville ou leur village du sud en restant au Chili. Donc voilà, l'armée travaille depuis de nombreuses années, je ne sais pas où en est le projet. Je vois-t-il qu'actuellement la route s'arrête encore à un fjord et là on est obligé de prendre un bateau passer par une quinzaine de kilomètres de marche pour rentrer en Argentine continuer via l'Argentine pour éventuellement re-rentrer au Chili plus tard. ce qu'ils appellent la carrière australe, elle est, c'est très sauvage, c'est de plus en plus visité, de plus en plus de cyclistes, d'ailleurs, chaque fois que j'y retourne, je suis frappé par le nombre croissant de cyclistes, de vélos, d'autostoppeurs, parce qu'il y a un service de bus qui est très limité, voire inexistant, donc beaucoup d'autostoppeurs, mais c'est une nature magnifique des paysages magnifiques ça reste encore très peu développé et puis voilà ton prochain voyage si tu ne sais pas quoi faire tu peux faire le quotidien et tu remontes côté argentin et tu vas te régaler mais rappelle-toi donne-toi le temps

Loïc le temps

Arnaud le temps je crois que c'est le luxe le plus moi c'est le plus grand luxe que j'ai je me suis rendu compte que j'avais dans mon voyage de ne pas avoir une date de retour de pouvoir vivre vraiment le moment et l'instant pleinement parce qu'il n'y avait jamais cette petite voix qui dit oui mais il faut que tu avances parce que dans trois mois tu as ton avion dans un an tu as ton avion là-bas et dans trois semaines tu as ton avion voilà mais je suis conscient aussi que c'est malheureusement la chose la plus difficile à acquérir en tout cas avec laquelle on peut voyager.

Loïc Qu'est-ce qui a changé du coup pour toi à ton retour ? On y arrive, tu l'évoquais un peu en introduction que c'était une sorte un peu de voyage initiatique quand même, en tout cas de voyage transition. Comment est-ce que tu as décidé de... En tout cas, quelle vie est-ce que tu as décidé d'adopter une fois rentré du voyage ? Et d'ailleurs, qu'est-ce qui fait qu'à un moment donné, tu t'es dit que tu allais rentrer ? Pourquoi est-ce que ça a duré trois ans et pas deux ou dix ans ?

Arnaud ouais ça aurait pu voilà c'est une question très intéressante j'ai en fait j'ai fait le voyager à un moment je me suis rendu compte que peut-être je profitais j'avais plus le même regard sur les choses qui m'entouraient j'avais surtout envie d'éviter l'overdose de oh mais c'est une chute d'eau c'est pas grave j'en ai vu c'est pas grave si je vois pas celle-là j'avais envie de garder l'émerveillement comme des petits enfants de garder l'émerveillement intact et j'avais l'impression d'arriver à la fin de ces trois ans que j'étais peut-être un peu fatigué aussi de vivre sur un vélo finalement sous-tente j'avais aussi envie de voir d'autres choses de faire d'autres choses pendant ce voyage j'étais bloqué par l'hiver au Chili alors bloqué par l'hiver non les routes que je voulais prendre étaient fermées c'était évidemment l'école entre l'Argentine et le Chili qui me faisait passer par la cordillère des Andes donc là l'école était fermée parce qu'elles étaient enneigées et moi j'étais pas intéressé de faire du vélo sur la côte c'est pas ça qui me faisait vibrer et donc au lieu d'attendre à ce moment là j'avais toujours rêvé d'aller en Islande alors il faut remettre dans son contexte à ce moment là l'Islande personne ne connaissait quand je parlais d'Islande les Andes me disaient quoi ? en Irlande ? non non non non c'est pas l'Irlande il y a un pays qui s'appelle l'Islande, on parle de 2011, là où maintenant, à l'heure actuelle, on connaît tous quelqu'un, on a tous quelqu'un de la famille, ou un ami qui a été en Islande. En 2011, ce n'était pas du tout le cas. Et donc, j'avais toujours envie d'aller en Islande. Donc, je dis, c'est parfait, quand c'est l'hiver au Chili, c'est l'été en Islande. Donc, j'ai mis le vélo dans l'avion et j'ai passé deux mois et demi à pédaler un peu partout en Islande. Je suis tombé amoureux du pays. Et donc, je savais à ce moment-là que j'allais y revenir. Et donc, je suis retourné à Santiago. J'ai terminé mon voyage. J'avais déjà pris des contacts en Islande pendant ces deux mois et demi. Parce qu'à un moment aussi, il fallait, bon, j'avais un budget. Je vivais avec 8 euros par jour. 10 dollars US par jour. Avec un petit peu d'argent de côté pour les dépenses, les billets d'avion éventuellement. un appareil photo, parce que j'ai dû remplacer deux, trois fois mon appareil photo, je n'avais pas de smartphone à cette époque, on utilisait encore les bons petits appareils photos, donc voilà, j'avais un petit peu d'argent de côté, mais sinon je vivais avec 8 euros par jour, donc voilà, il y a le besoin à un moment, il va falloir que je retravaille, en tout cas, si je veux pouvoir continuer à voyager, il va falloir que je refasse le plein, entre guillemets et donc voilà l'Islande il n'y avait personne en Islande à ce moment là et donc moi j'avais bien ce côté île perdu un peu au bout du monde ça a bien changé maintenant évidemment j'ai pu voir tout ce développement et tout ce changement c'est assez intéressant mais pardon je m'éloigne de ta question du coup ma question c'était

Loïc c'était le initialement c'était pourquoi trois ans et pas deux ou dix et surtout qu'est-ce qui a changé à ton retour quelle vie est-ce que tu as décidé d'adopter après tous ces apprentissages réalisés en voyage

Arnaud justement au retour il était clair que je n'allais pas retrouver ce qui me rendait pas heureux et donc là j'étais vraiment dans ma logique la plupart de mon temps et de mon existence doit être consacrée à quelque chose que je veux faire. Je pense que trop de gens, je pense intimement que trop de gens passent leur existence à apprendre à aimer ce qu'ils font ou à accepter ce qu'ils font parce qu'on est amené à faire des choix très jeunes, à 18-19 ans, qui conditionnent tout le reste de notre existence. Ces choix nous amènent dans une situation relativement confortable, qu'on n'a pas envie de lâcher pour plein de raisons et donc on essaye de se convaincre que finalement ce qu'on fait c'est ce qu'on a envie de faire et c'est ce qui nous rend heureux et moi j'avais pas envie de ça, j'avais pas envie de passer mon existence à me convaincre que non c'est bien c'est bien, c'est le moule, c'est ce que tout le monde fait donc c'est forcément ce que je dois faire et donc non, j'avais envie de passer mon existence à faire ce que je voulais faire et donc voilà, ce que je voulais faire c'est être en montagne vivre le plus simplement possible être en nature profiter de ces moments là profiter du silence c'est quelque chose que je value en anglais

Loïc que tu chéris j'imagine que tu apprécies

Arnaud voilà le silence et et donc l'islande probablement pour ça c'est imposé à ce moment là comme un choix petite île, perdue, tranquille 350 000 habitants il ne se passe rien, une nature aussi belle qu'exigeante parce que l'Islande, il faut c'est pas facile, les hivers en Islande il n'y a rien de glamour c'est une météo très très capricieuse parfois très difficile, souvent très difficile donc il faut vraiment trouver sa connexion avec le pays pour s'y installer parce que sinon je pense qu'on ne fait pas long feu et voilà c'est ce que j'avais besoin et donc maintenant à partir de ce moment-là, toutes mes décisions ont été prises en tenant compte de ce que je viens d'expliquer. Est-ce que c'est quelque chose que j'aime bien faire ? Parce que c'est compliqué, ça veut dire aussi quitter un appartement, un métier où je gagnais très très bien ma vie, les contrôleurs aériens gagnent très très bien leur vie. J'allais au restaurant deux ou trois fois par semaine, ma petite voiture, mon petit appartement. Voilà, sur papier, c'était extraordinaire, c'était très bien. Seulement, ce n'était pas ce qui me faisait vibrer. Et à passer 30 ans, je me retrouve en Islande à dormir à l'arrière d'une voiture, à vivre dans mon snackado, à travailler un petit peu, mais sans avoir l'impression de travailler. Et ça, c'était pour moi quelque chose de très important. C'était que tout d'un coup, je travaillais, c'est-à-dire que je répondais à des horaires, il y a des choses que je devais faire, mais ces choses-là n'ont jamais été pesantes, elle se passait de manière très naturelle et c'est là où je me suis c'était évident pour moi que là c'était quelque chose que je voulais faire je n'avais pas l'impression de travailler même si je travaillais et donc c'était cette vie là que je voulais et à partir de là à commencer un peu une autre carrière qui est celle de guide arriver à faire faire un métier de ce qu'on aime même si c'est moins confortable financièrement ou même physiquement c'est loin aussi de la famille et des amis donc voilà c'est pas toujours facile mais je regrette pas du tout ce choix vraiment pas

Loïc comment ça se passe le cursus du coup pour devenir guide puis guide spécialisé je sais pas si c'est une spécialisation ou si c'est quelque chose d'encore différent mais pour devenir guide polaire on passe par quoi comme cursus, comme formation pour y arriver ?

Arnaud Alors, guide en général, chaque pays organise sa formation à la manière des contrôleurs aériens. Chaque pays a son club alpin qui organise un peu ses formations. Alors évidemment, en Belgique, pays assez plat, la montagne n'est pas omniprésente. Donc, le mieux, c'est de s'exiler. Donc, il y a l'Ainthin, en France, qui a quand même une républicaine mondiale. Moi, j'ai fait, j'ai beaucoup appris seul, enfin seul ou avec des amis, mais de manière autodidacte. Pendant toute cette période, je partais voyager, grimper et faire des choses qui me plaisent. J'ai pris une partie de la formation en Alaska. J'ai passé quelques temps en Alaska, parce que j'avais à cœur de découvrir une autre école, il y a l'école un peu européenne et l'école nord-américaine, il y a des petites différences et puis j'avais à cœur aussi de grimper et de guider le dénard donc voilà et puis et puis après en Islande il a fallu passer par le club alpin islandais pour des raisons évidentes, quand on travaille en Islande il faut montrer les qualifications qu'on a acquises dans le pays. Bon, ça, ça s'est fait très vite et très rapidement. J'ai très vite passé tous les échelons en Islande. Alors après, ça reste une reconnaissance nationale. Il y a des reconnaissances internationales qui sont, c'est des processus beaucoup plus longs, beaucoup plus complets, beaucoup plus onéreux aussi. Mais c'est des qualifications qui sont reconnues de manière internationale. et là les guides sont vraiment du top parce qu'ils sont aussi bons grimpeurs sur le glace que grimpeurs sur le rocher, que skieurs que voilà au niveau national on met l'accent plutôt sur ce que le pays a à offrir donc voilà et puis pour être guide polaire, c'est assez récent je pense qu'il y a une dizaine d'années j'espère qu'ils ne vont pas me reprendre je ne me trompe pas mais ça a été créé sous l'instigation de deux passionnés qui se sont rendus compte que les pôles sont de plus en plus, on ne va pas dire fréquentés, mais de plus en plus de demandes, et on y voit de plus en plus de gens, alors ça reste de nombre insignifiant. Et donc, ils s'étaient dit que ça serait bien d'essayer de réglementer ça. Et donc, ils ont créé l'association des guides polaires internationaux. Et là, il n'y a pas vraiment de formation. on est accepté sur ses acquis donc il y a une liste d'acquis qu'il faut avoir et donc dès qu'on pense les avoir on peut postuler et on est accepté ou pas et si on ne l'est pas évidemment ils vont nous dire ce sur quoi on doit travailler ce qui nous manque les points sur lesquels on doit travailler ou gagner un peu en expérience et donc voilà ils n'appartiennent à aucune c'est un organisme tout à fait indépendant qui n'appartient à aucun pays

Loïc c'est une évaluation par ses pairs en fait

Arnaud du coup qui est libre de toutes les compagnies les gens dans l'industrie du tourisme dans les pôles sont libres ou pas de faire appel à un guide IPGA il y a cette volonté d'essayer de réguler au moins on sait que le guide polaire international à ces qualifications-là, parce que c'est le minimum qu'il a dû remplir pour pouvoir avoir ces qualifications-là. Et donc, on n'est pas nombreux, on a une trentaine, on a une je pense une quarantaine, mais une trentaine d'actifs qui guident encore. Et donc, voilà, parce que je pense que c'est surtout, il y a d'autres personnes qui sont capables, il y a bien sûr beaucoup d'autres personnes capables, mais il leur manque une ou deux choses dans cette liste de prérequis et qui les empêchent d'avoir la qualification complète, mais il y a beaucoup, il n'y a pas que 30 guides, il y a beaucoup d'autres guides parce qu'il y a de plus en plus de gens. J'ai l'impression parfois que le pôle sud devient un peu le nouvel Everest et donc voilà. Donc voilà, c'est pas évident mais c'est pas évident je pense surtout parce qu'il faut un certain nombre de kilomètres de voyage sur glace. Donc, il y a un kilométrage minimum de voyage sur glace. Et je pense, si j'ai des pas de bêtises, c'est à peu près 1000 kilomètres. Donc, c'est quand même conséquent. Ce qui est tout à fait normal, c'est pour bâtir une expérience personnelle. Il faut, voilà, ce n'est pas en un voyage de 10 jours. Et donc, ils sont assez souples. On peut être assistant guide, on peut être guide. ils acceptent qu'un pourcentage de ces 1000 kilomètres soit en tant que client parce qu'ils considèrent que c'est peut-être comme ça qu'on a le virus et que c'est comme ça on commence avec une expédition qui est guidée et puis petit à petit on organise sa propre expédition et puis éventuellement mais voilà et je pense que l'aspect financier encore une fois c'est souvent les expéditions en milieu polaire c'est très très onéreux ça coûte très cher la logistique, le permis, l'assurance et donc ça freine beaucoup de gens avoir 1000 kilomètres de voyage c'est minimum de traversée du Groenland par exemple alors si on doit les faire assez frais c'est pas donné

Loïc on parle de grosses fourchettes de quelle somme à peu près là pour qu'on se fasse une idée

Arnaud alors en individuel j'avoue que je je suis pas sûr des chiffres je sais que les entreprises qui vendent le voyage alors il faut compter à peu près je pense un bon 20 000 ah ouais quand même alors tous les vols, logements, logistiques c'est un mois, c'est une expédition une traversée d'un mois donc ouais 20 000 euros je pense que je travaille pour je pense que c'est la référence en Norvège j'ai mis du temps à pouvoir y mettre un pied c'est une fierté de pouvoir travailler pour eux maintenant, je pense que ce sont les leaders Ausland, pour ne pas les citer mais Ausland Explorer et eux je pense c'est à peu près 12 000 euros mais voilà tous les vols avant après logement avant après l'hélicoptère qui vient nous chercher donc tout ça n'est pas compris donc je pense quand on additionne tout on a plus le matériel si on l'a pas il y a un matériel spécifique donc on est à plus de 20 euros

Loïc ok

Arnaud sachant que pour le Groenland ça reste assez Loïc parce que si tu veux aller au pôle sud alors là tu peux mettre si peu plus ça le pot sud c'est encore réservé à une petite élite

Loïc parce que si j'ai bonne mémoire le Groenland et tu me dis si je me trompe il y a une période pour les traverser de avril à peut-être la fin de l'été

Arnaud exactement le gouvernement Groenlandais ne veut pas d'expédition hivernale. Donc, voilà, donc, ils délivrent, les premiers permis sont délivrés dans le cours en début mi-année.

Loïc Tu penses qu'elle serait possible techniquement, physiquement, une expédition hivernale ? Ça serait possible ?

Arnaud Je pense que tout est possible. Est-ce que tu as... C'est amusant parce que il y a beaucoup d'expéditions qui se font et je n'ai jamais été impressionné par bon nombre d'expéditions. C'est toujours quelque chose où en lisant les récits ou c'est quelque chose que je pourrais faire. Donnez-moi ces milliers d'euros-là et je serais ravi de le faire parce que c'est quelque chose que j'aime bien faire. Donc, j'ai rarement été impressionné. Alors, il y en a une qui m'a impressionné. C'est pour répondre à ta question des hivernales. C'est Borgué, Ausland. Je ne sais pas si c'est un noir qui était familier. Voilà, c'est probablement la version vivante de Nansen ou de Amundsen maintenant pour les régions arctiques. c'est un explorateur extraordinaire qui a fait des choses extraordinaires, il a plus de 30 expéditions à son actif, Pôle Nord, Pôle Sud et il s'est couplé avec Mike Horn Mike Horn qui est un peu plus, c'est deux personnalités quand même très différentes, Mike Horn est un peu plus m'as-tu vu, m'as-tu entendu mais bon c'est comme ça qu'il arrive aussi à financer ses expéditions ensemble ils se sont lancés dans quelque chose quand même d'assez extraordinaire la première traversée complète du pôle nord en autonomie complète et en hiver je pense que on peut difficilement faire plus difficile ça leur a mis 3 mois alors c'est la nuit polaire donc on a des moyennes de moins 40 degrés sur ces trois mois il y a eu six, sept semaines de noix, de nuit complète les premières semaines et les dernières semaines ils ont eu un peu le twilight un peu la lumière du soleil qui reste sous l'horizon mais qui diffuse une petite lumière mais sinon c'est presque deux mois dans un froid glacial et dans la pénombre dans l'obscurité totale sur une banquise ils ne sont pas sur un continent ils sont sur une banquise qui bouge, qui casse, qui dérive. Et donc voilà. Donc là, par contre, je ne pense pas être capable de faire ça. Mais tout ça pour dire que le Groenland en hiver, c'est tout à fait possible. Seulement, l'ouvrir, c'est s'exposer à des gens qui n'ont parfois pas ou peu d'expérience. et dans la course du toujours des premières, dans la course à l'heure des réseaux sociaux où on veut être le premier qui a fait ça, le premier qui a fait ci le premier qui a fait ou qui a fait ça le plus vite, ou qui a fait ça je pense qu'ils veulent voilà, il y a une volonté d'éviter parce que les secours sont difficiles du coup en hiver forcément, les conditions sont parfois très rudes il y a des vents très très violents surtout à la fin de l'hiver côté est de la calotte glaciaire ce qu'on appelle des pithéraques donc voilà il faut vraiment je suis pas sûr que si je pense que si Borghais-Osland demande un permis pour une traversée hivernale je pense qu'on va lui donner je pense voilà mais on veut éviter parce que oui c'est la nuit qui s'est fait noir il n'y a pas de lumière c'est l'obscurité complète et donc voilà ils veulent limiter même en été c'est suffisamment compliqué de la traverser en été

Loïc que c'est bien comme ça on n'aura pas du coup tout de suite d'influenceurs qui tentent la traversée hivernale du Groenland bref ça va venir ils arrivent mais du coup je rebondis sur ce que tu disais par rapport à ce que tu penses être les motivations du gouvernement à ne pas ouvrir les permis d'hiver est-ce que toi tu le dans ta pratique du coup de guide est-ce que tu le tu le vois ça cette sorte de recherche de toujours plus être le plus jeune, le plus rapide tu vois enchaîner enchaîner les 14 sommets les plus hauts du monde en 3 semaines ou des trucs comme ça est-ce que dans le type de client que tu reçois ça se retrouve ça ?

Arnaud ouais ouais même dans le type de client même dans le milieu polaire c'est compliqué je pense à ces explorateurs polaires, ils doivent aussi venir avec des nouvelles choses ceux qui vivent voilà moi je ne suis pas du tout explorateur je suis guide mais ceux qui se veulent j'aimerais bien être explorateur je n'ai ni la patience ni l'envie parce que c'est beaucoup beaucoup beaucoup de temps à travailler justement avec des partenaires qui ont travaillé sur des logistiques de voyage, ce sont des voyages très très onéreux, donc ou bien on a les fonds personnels, ce que je n'ai pas, ou bien on est prêt à passer du temps à essayer de les récolter, ce que je ne veux pas j'ai envie de faire d'autre chose donc j'ai la chance de pouvoir quand même aller passer du temps dans ces milieux dans lesquels je m'épanouis et d'en faire mon métier mais même ces explorateurs là, c'est la courses à traverser la plus rapide, nouvelles traversées, voilà. Les derniers exploits de vitesse, par exemple, qui ont été récemment par un ami, Vincent, qui a explosé le record de vitesse au pôle sud.

Loïc Ce qui est assez drôle d'ailleurs, parce que Vincent Colliard, c'est Vincent Colliard dont tu parles, sachant que le record féminin est détenu par sa femme. par Caroline. Oui,

Arnaud Caro, on a guidé ensemble, Caro, il y a deux ans, enfin, il y a deux groupes séparés, mais on bossait pour la même boîte. Excellent. Oui, on a guidé ensemble et, oui, c'est une petite communauté, c'est un peu, c'est une petite famille. On se connaît très vite tous, on n'est pas nombreux et, mais voilà, Caro explose, et Caro, elle n'est pas comme ça, enfin, je ne vais pas parler pour eux, mais c'est, C'est des gens que j'aime beaucoup, Vince aussi, mais ils sont obligés. Ils sont obligés à partir du moment où on se targue d'explorateurs, le Covid en plus ayant mis un frein à pas mal de projets, on est obligés de venir avec des nouvelles choses. Et maintenant, l'aspect, encore une fois, vitesse et temps, il est omniprésent dans notre société, dans tout ce qu'on fait. La vitesse, le temps, l'heure est présente. Et donc, ils sont obligés de venir avec des nouvelles choses et donc des nouveaux records, des nouveaux défis. Et souvent, ces nouveaux défis sont en relation avec le temps. Après, chapeau, ce que Vincent a fait, il a explosé le record de deux jours qui était détenu aussi par un très chouette gars, un Norvégien, un Christian. Aussi un gars qui n'est pas trop à la chasse au record. Mais voilà, on est un peu obligé. On commence à avoir explosé. Oui, ce que j'allais dire,

Loïc il y a quand même beaucoup de choses qui ont été faites

Arnaud et donc il reste la pomme là, il reste plus on commence à la grignoter dans tous les sens il reste plus grand chose de la pomme de notre monde à découvrir, alors on est obligé de l'aspect exploration passe dans des défis temps voilà c'est pas dommage, c'est très bien parce que ce qu'il a fait j'en connais pas beaucoup qui sont capables de le faire ce que Caro a fait avant aussi c'est chapeau quoi mais moi c'est quelque chose dans lequel j'ai pas envie de m'aventurer ça me correspond pas je vis pas ces voyages là pour en faire des courses contre la montre après c'est un choix personnel aussi je vis de mon métier de guide je vis pas de mon métier d'explorateur je suis pas sur les réseaux sociaux par choix personnel j'ai pas Instagram, j'ai pas Facebook je n'utilise pas donc c'est un choix je ne suis pas l'ambassadeur d'aucune marque parce que je n'ai pas la visibilité qu'une marque demande d'un ambassadeur c'est un choix du coup ça me coûte un peu plus d'argent de m'équiper par exemple mais parce que voilà je n'ai pas envie de mettre un doigt dans cet engrenage cet engrenage-là qui ne correspond pas et mais donc il faut accepter aussi les inconvénients de telles décisions c'est que sans visibilité forcément on n'intéresse pas les marques voilà dans une société dans laquelle justement on veut être vu et si je décide de faire ce pas je dois accepter de jouer le jeu de post régulier sur Instagram et non j'ai pas envie

Loïc je comprends

Arnaud l'anonymat c'est un choix personnel et voilà j'accepte les inconvénients qui vont avec ça aussi

Loïc mais pour finir sur la parenthèse il y en a qui sont intéressés j'avais eu la chance c'est le plaisir de recevoir et Caro et Vincent sur le podcast donc les liens sont en description allez-y, allez écouter c'est de superbes échanges, Caro on avait parlé je crois de on avait parlé de tout ce qui est de plusieurs expéditions qu'elle avait faites de son travail de vidéaste photographe d'expect et Vincent on avait parlé de leur traversée en couple du Svalbard

Arnaud oui là aussi ils sont venus avec quelque chose de nouveau il ne fallait pas qu'on apporte c'est une traversée complètement autonome là où beaucoup de traversées on dépose en motoneige la nourriture au départ on se fait déposer au départ et on commence ils ont fait leur dépose eux-mêmes tu as certainement très bien expliqué tout ça et donc voilà il a fallu trouver ils ont cherché, trouvé quelque chose et ils sont finalement les premiers à avoir fait qui est pour moi quelque chose de très difficile simplement par la mixité du terrain l'île de Svalbard c'est Grönland, c'est un gros glacier donc finalement c'est techniquement assez facile la traversée du Svalbard en hiver vous avez des sections presque de haute montagne, des cols à passer du glacier, de la banquise il y a des pentes c'est une île qui est aussi balayée par les vents et par une météo plus que capricieuse donc ce qu'ils ont fait à deux c'est chapeau, c'est pas prêt d'être fait tout de suite

Loïc c'est quoi toi les je change complètement de sujet mais c'est quoi les premières choses que tu dis à tes clients quand tu les retrouves pour un départ d'une grosse expé polaire

Arnaud facile l'ego mettez votre ego c'est vrai c'est ça que tu veux c'est vrai c'est vraiment travailler sur oui je trouve que c'est le plus le plus grand ennemi des expéditions en général haute montagne l'expédition polaire c'est arriver à gérer les égos. Je pense que c'est important d'avoir un égo, il faut trouver le bon dosage. C'est souvent ces égos, les égos très forts sont souvent des gens qui ont une volonté, une envie, ceux qui ont un certain charisme, une personnalité. Souvent c'est une force dans ce genre d'expédition, en tout cas face à l'adversité. Mais voilà, c'est très difficile, surtout quand on a des gens qui ne se connaissent pas et qui tout d'un coup sont amenés à passer du temps ensemble dans un environnement restreint et dans des conditions difficiles. De mon expérience, ce sont l'aspect humain et la partie la plus compliquée, parce que moi non plus, je ne les connais pas. Et on apprend tous à se connaître pendant l'expédition, et c'est souvent la cause d'éventuelles tensions, d'erreurs, de mauvaises décisions, de blessures, blessure de ces légo. En toile de fond, c'est toujours légo. Parce qu'on n'a pas envie d'être le maillon faible, on n'a pas envie d'être le plus faible ou qu'on pense être le plus faible, on n'a pas envie d'être celui qui éventuellement ralentit le groupe, on n'a pas envie d'être celui qui a le traîneau le moins lourd. Et curieusement, dans le métier de guide, en général, on n'est pas formé à ça. On est très bien formé sur l'aspect technique dans tous les pays du monde, haute montagne, polaire, l'aspect technique, matériel, l'aspect sécuritaire, on va dire, mais il n'y a aucun cours, en tout cas, moi, de toutes mes formations, il n'y a aucune formation qui était dirigée sur les facteurs humains et l'aspect humain et la gestion de groupe dans, justement, ce genre d'environnement clos, des gens qui ne se connaissent pas, qui sont forcés à passer du temps ensemble. Alors, ça peut très bien se passer, comme ça peut ne pas bien se passer. Et donc, toute la difficulté, c'est d'arriver à faire de son groupe une équipe. Pour moi, il y a une très grosse différence entre voyager avec un groupe et voyager avec une équipe. Et donc, toute la difficulté, je trouve, du guide, c'est d'arriver à faire cette transition et de transformer son groupe en équipe où chaque individu travaille au bien-être de l'équipe, du team, et pas seulement son unique bien-être. Et ça, ce n'est pas évident, parce qu'on est tous là pour différentes raisons et on en parlait précédemment. Beaucoup de gens sont là dans l'optique, de plus en plus de gens sont là dans l'optique de préparer un voyage au pôle sud, souvent en solitaire et en autonomie complète. Donc, le Grand Land, c'est le terrain d'entraînement idéal. C'est une petite version du pôle sud. et donc voilà il y a des égos là derrière les gens sont là parfois pour juste tiquer la box le groundland c'est fait je dois faire le groundland pour pouvoir être accepté au pôle sud donc il y a un peu la motivation n'est pas foncièrement bonne on n'est pas au groundland parce qu'on a envie d'être au groundland on est au groundland parce qu'on doit y être pour un autre projet et donc ça fait une différence dans la motivation et dans la gestion des problèmes, de la fatigue de rencontrer dans une expédition mais oui, l'ego en général, tout le reste on peut y travailler problème de matériel soyons inventifs, les problèmes sont là pour qu'on les résout et il y aura toujours des problèmes, il y aura toujours de la casse il y aura toujours mais l'ego c'est quelque chose sur lequel moi j'ai le guide en général on a peu d'emprise on a beau dire les choses finalement le travail doit être fait par le client et souvent mon discours qui précède l'expédition je dois très souvent le répéter ou le rappeler parce que voilà parce que c'est comme ça mais ouais en général pour répondre à ta question je ne m'attendais pas à ça

Loïc ok mais en même temps j'imagine bien enfin je comprends tout à fait l'impact que ça peut avoir et je ne suis pas trop surpris par ce paradoxe du fait que les guides sont extrêmement bien formés sur tous les aspects techniques mais au final le facteur le plus compliqué à gérer qui est peut-être l'humain actuellement les formations manquent peut-être d'outils là-dessus exactement

Arnaud surtout pour se jouer le manque d'expression quand on prend mon guide pour l'ascension du Mont-Blanc et ses deux jours on peut bien s'en tirer deux jours mais voilà quand on est forcé de partager une tente avec quelqu'un qu'on ne connait pas pendant 30 jours c'est parfois difficile

Loïc et tu te rends compte le troisième jour qu'il t'a mangé tes tablettes de chocolat

Arnaud ah ben moi je peux t'en raconter des histoires ils sont assises qui vont voler la nourriture de leur propre nourriture parce qu'ils ont encore faim enfin bon bref j'en ai vu en expédition voilà mais ça c'est le pire je pense que le pire c'est d'avoir un groupe de mâles donc d'hommes dans la trentaine entre 30 et 40 ans qui ne se connaissent pas et donc là c'est très difficile parce qu'il n'y en a aucun qui voudra admettre une faiblesse face aux autres et donc là dans ce cas là avoir des groupes privés ou des gens qui se connaissent déjà des amis qui voyagent ensemble c'est beaucoup plus facile l'ego est beaucoup plus facile à gérer parce qu'on est beaucoup plus enclin à dire à un ami qu'on est fatigué qu'on a mal là que ça va pas là où en général quand on connait pas les autres personnes surtout quand ce sont tous des hommes dans la trentaine de quarantaine on n'a pas envie d'être celui qui éventuellement ferait ralentir l'expression et donc ça c'est très compliqué parce qu'en général quand on en parle ou quand on décèle le problème il est trop tard

Loïc c'est quoi la situation la plus compliquée que tu aies eu à gérer en tant que guide ?

Arnaud compliqué que j'ai eu à gérer ? alors d'un point de vue personnel c'est une situation ben voilà une situation qui est pas du tout la météo pas du tout les conditions parce que là finalement on est formé pour ça même si c'est compliqué on a d'abord on est guide on aime bien ça, on a une expérience et un bagage qui fait qu'on arrive à gérer les problèmes et que moi j'ai eu une fois, j'ai eu un groupe très compliqué avec très peu de respect donc on a été alors c'était une traversée du Grandland et voilà, très peu de respect, mais curieusement ils s'entendaient tous à ne pas avoir de respect donc en général, quand il y en a un qui, en général, les autres le corrigent un peu, ou en général, on a peur, justement, on ne se connaît pas, on n'a pas envie d'être celui qui est en retard, ou qui fait ci comme ça, ou qui n'écoute pas, ou qui, voilà. Là, il se trouve que j'en avais plusieurs du même calibre, c'est pas de chance, très très égoïste, donc ils étaient là d'abord pour eux-mêmes, donc je n'ai jamais réussi à les avoir comme une équipe, on a passé un mois, un groupe, où chacun finalement faisait les choses qui lui faisaient qui leur servaient à eux d'abord et puis éventuellement au reste de l'équipe et donc ça a été d'un point de vue personnel, ça a été très difficile quand j'ai très vite compris parce que j'ai, voilà, après un certain temps j'ai compris il fallait que je garde mon énergie et ma patience à d'autres choses que je n'allais pas pouvoir changer cette dynamique là et donc voilà il faut accepter de guider d'une autre manière, peut-être d'être un peu plus dans la... un peu plus de type professeur, parce que moi j'aime bien expliquer les choses et puis laisser les gens apprendre. L'idée c'est qu'ils prennent un voyage guidé et le deuxième voyage ils savent le faire tout seuls, ils ne doivent pas reprendre un guide. Ils ont acquis assez d'expérience, donc je n'aime pas dire c'est comme ça. J'aime bien les aiguiller, leur offrir des options ils testent leurs options tant que c'est safe évidemment et puis ils décident parce qu'il n'y a pas toujours une seule manière de faire on a chacun il y a différentes manières de faire et j'aime bien qu'ils trouvent leur façon de fonctionner qui leur convient à eux surtout s'ils ont d'autres projets ben là j'ai très vite compris qu'il fallait plutôt être un peu comme le professeur à l'école voilà, là on va faire ci, là on va faire ça c'est un rôle que j'aime pas beaucoup avoir

Loïc surtout quand tu dois le faire pendant 30 jours du coup

Arnaud surtout quand tu dois le faire pendant 30 jours tu dois jouer, t'es un agent de police tu vois, tu dois et je suis pas un agent de police, je suis comme eux et c'est moi qui peux avoir des moments plus durs ça fait partie aussi de mon briefing pré-expédition on est tous des humains moi comme les clients moi je vais avoir des moments plus durs la légende du guide qui a jamais faim qui a jamais froid, qui a jamais fatigué ça il faut mettre de côté, ça n'existe pas je vais avoir froid, je vais être fatigué je vais avoir faim, je vais parfois pas avoir de patience, parfois j'aurai envie de pas vous parler voilà, parce que j'ai besoin de ce moment là et je vais vous le dire aujourd'hui, voilà, j'ai besoin d'un moment pour moi et c'est important justement de partager ces moments là, sinon tout le monde se pose des questions oh qu'est-ce qui se passe, qu'est-ce qui se passe pourquoi il est comme ça, qu'est-ce que je lui ai fait imaginez vous partagez votre temps avec quelqu'un et cette personne pendant la journée est un peu en recul quelques raisons que ce soit envie de profiter seul besoin d'être un peu plus seul et voilà on s'interroge, on se pose des questions qu'est-ce que je lui ai fait, qu'est-ce qui se passe c'est ce que je t'expliquais pendant le voyage à vélo c'est la même chose, on ramène tout à soi et donc on prend tout de manière très personnelle et ça il faut éviter dans un voyage comme ça il faut crever l'abcès ou en tout cas, il faut éviter qu'on arrive à un problème. le meilleur moyen, c'est d'en parler très, très vite. Très, très vite. Aujourd'hui, je trouve que je n'ai pas aimé ça, je n'ai pas aimé ci, je n'ai pas aimé quelque chose, peu importe ce que c'est. Mais il ne faut pas sous-estimer, il ne faut pas penser que notre problème, finalement, ce n'est pas grave et qu'on va pouvoir y remédier parce que ça ne va pas aller mieux. Deux semaines, trois semaines, quatre semaines, dans ces environnements, ça ne va pas aller mieux. Et donc, curieusement, c'est l'aspect humain qui m'a rendu une expédition, probablement celle où j'ai le plus mauvais souvenir ou qui a été la plus compliquée d'un point de vue personnel.

Loïc Aujourd'hui, est-ce qu'il y a des expéditions en particulier, des lieux, des destinations qui, toi, t'attirent en tant que guide ou d'ailleurs à titre à titre purement perso sans encadrer personne

Arnaud alors intéressant ça merci de me poser cette question une fois qu'on a une famille on met un peu tout ce qu'on a envie les endroits où on a envie on les met un peu de côté puisque du coup c'est la famille un peu d'abord et donc laisse moi oui j'ai toujours rêvé d'aller en métier

Loïc ok

Arnaud la Mongolie m'interpelle la Tasmanie

Loïc on n'est pas vraiment dans du polaire

Arnaud non on n'est pas dans du polaire on est dans des voyages dans le polaire moi le polaire est venu un peu assez tardivement j'ai plutôt un background de guide de haute montagne donc Denali j'ai guidé sur le Denali, sur le Mont Blanc alors sur le Mont Blanc je n'étais pas censé c'est compliqué toute la législation qui est mise en place très protectionniste par tous ces pays pour éviter justement d'éventuels débordements mais Denali aussi j'étais pas censé j'étais pas autorisé à y guider d'ailleurs officiellement j'étais pas le guide mais parce que chaque pays Denali il y a 6 compagnies qui sont autorisées à y guider et donc voilà enfin bref, tout ça pour dire que moi j'ai doucement drifté vers il n'y a rien qui s'est imposé, par exemple on parlait de Vincent lui très petit, très tout petit je ne sais pas si tu te souviens mais tout petit ça s'est imposé à lui il voulait faire ce qu'il fait maintenant à 16-17 ans il savait ce qu'il voulait faire c'est ça qui l'a amené là où il est maintenant moi c'est quelque chose qui s'est mis en place doucement pendant mon voyage j'avais l'autre, j'ai rencontré une dame d'un certain âge, enfin tout ça pour dire qu'elle avait une expérience que je n'avais pas, et on a passé plusieurs jours ensemble, et puis au coin du feu, elle m'a dit, mais tu sais, toi tu seras, elle avait appris un peu à me connaître pendant plusieurs jours, elle m'a dit, mais tu sais, toi tu seras en fait, tu ne seras jamais bon en rien, mais tu seras riche de tout. Et ça m'a interpellé, alors elle m'a dit ça en anglais, je ne sais plus exactement comment elle m'a dit ça en anglais, mais c'était très positif, c'était en fait, je lui faisais part de plein de rêves et d'envie. Je voulais faire du parapente et du mountain bike et je voulais aussi faire de l'ultra trail et en même temps faire de la montagne. Et en fait, elle me dit, mais tu touches à tout. Donc, oublie tes projets de devenir bon dans un domaine parce que tu as besoin du temps à consacrer dans les autres domaines. Mais par contre, ça va te rendre très riche. Toutes ces expériences vont te rendre très riche. Et donc, j'ai toujours gardé ça en tête parce que j'ai dû accepter de jamais être bon. Donc toi, tu fais de l'ultra-trail, tu sais le temps que ça demande. Mes expériences, moi, ne se sont jamais terminées de manière très positive. J'ai voulu faire la Diagonale des Fous plusieurs fois, à chaque fois une blessure. À chaque projet que je me lançais, c'est une blessure. Pour différentes raisons, parce que j'avais un style de vie, c'était difficile de m'entraîner de manière... Comment dire ? Avec le métier de guide, tu ne vas pas t'entraîner pendant deux mois, et puis tu vas essayer de rattraper le tempo au but, donc tu vas te renfermer et puis tu connais peut-être Nicolas Lebrun qui est un bon ami qui lui m'a toujours dit mais toi t'es un super moteur mais ton châssis il est pourri donc j'ai un coeur qui me permet de faire des choses extraordinaires, mais il dit tu seras toujours blessé tant que tu ne sois pas mieux encadré et que tu ne fasses pas toi, tu ne sois pas plus discipliné dans ta pratique il faut arrêter de vouloir essayer de rattraper le train perdu il faut rester essayer de rester constant, enfin bref tout ça pour dire que voilà j'ai doucement drifté vers le monde polaire il y a quoi il y a 7-8 ans en venant du monde de la haute montagne, peut-être aussi parce qu'en haute montagne maintenant ça devient de plus en plus difficile de trouver des endroits vierges cette course à l'Everest cet aspect commercial cet argent qu'il faut mettre pour pouvoir grimper une montagne tout récemment maintenant avec on a brièvement fait allusion avec ces instagrammeurs et youtubeurs qui grimpent l'Everest je suis forcément très critique vis-à-vis de ça donc du coup les polls on retrouvait j'ai l'impression que le pôle sud d'ailleurs, probablement pour ces raisons-là aussi, devient un peu le nouvel le pôle sud devient un peu le nouvel Everest, on a un peu tout fait maintenant sur l'Everest à part le grand P en crocs on a un peu tout fait

Loïc elle ne donne pas d'idées

Arnaud mais on y arrive tu vas trouver des gars qui vont mais maintenant le pôle sud on retrouve cette terre vierge, ce no man's land ces territoires hostiles où l'homme n'a pas sa place, il n'est pas censé être. Moi, c'est ce qui me fait vibrer d'être là-bas, c'est d'arriver à s'épanouir dans un environnement où, mais qu'est-ce qu'on fait là-bas ? L'homme n'est pas fait pour vivre sur l'épaule. Et finalement, on arrive à y passer du temps et à même en profiter et à se régaler. Et donc, voilà. Moi, c'est ce que j'aime beaucoup. Du coup, j'aime bien, pour répondre à ta question, il y a le pôle Nord. Le pôle Nord m'attire. je n'y ai pas encore été et je ne sais pas si j'irai c'est très difficile maintenant l'accès au pôle Nord est très très difficile d'un point de vue logistique et puis avec le réchauffement climatique maintenant il y a beaucoup d'interrogations cette année la base n'a pas ouvert parce que la banquise s'est ouverte s'est déchirée juste à l'endroit où se trouvait la piste d'atterrissage et de décollage temporaire puisqu'il y a une base qui est mise là-bas qui est ouverte par les russes d'ailleurs Barneo ça s'appelle et donc il crée une piste d'atterrissage puisque pour tous ceux qui arrivent au pôle Nord c'est le seul moyen d'en repartir et cette année la base a fermé parce que ce sont des images assez impressionnantes et donc voilà il y a beaucoup d'interrogations sur le futur et l'avenir du pôle Nord donc on verra, mais là c'est vraiment on touche à la Mecque de l'exploration polaire on est sur une banquise le pôle sud, l'Antarctique c'est un continent c'est un continent fait de roches, de rochers recouverts d'un énorme glacier, recouverts de glace là où le pôle nord c'est de la mer gelée, donc ça bouge ça craque et en dessous c'est de l'eau donc c'est avec énormément d'humidité là où l'Antarctique c'est quand même très sec donc c'est des froids qui sont beaucoup plus faciles à gérer là où l'Arctique c'est beaucoup plus humide puisqu'on est sur une mer gelée donc là c'est encore le froid et la gestion de l'humidité c'est encore un autre problème

Loïc fascinant comme univers je me rappelle à chaque fois que j'échange avec des gens qui comme toi partent évoluer dans ce milieu là il y a des anecdotes des partages sur des choses à faire à ne pas faire auquel on ne penserait absolument pas Vincent me disait tu vois par exemple le meilleur outil qu'il ait jamais emmené sur ses premières expéditions c'était une brosse à dents ou une brosse mais pourquoi une brosse pourquoi une brosse et donc il expliquait tu le dis bien que moi que les zips se prennent sont pleins de glace en fait et que sans brosse au bout de quelques jours peut-être tu ne peux plus ouvrir ta tente ouvrir ton duvet ou tes vestes

Arnaud en fait on les a le couchage dès qu'il y a de la converse c'est fascinant les petites choses auxquelles effectivement parce que ça paraît simple j'ai souvent eu des clients qui viennent du monde de la montagne et donc ils ont grimpé des 8000 et donc voilà, nouvel objectif après avoir grimpé quelques 8000 on se voit le pôle sud c'est bien et donc pour ça, ils doivent traverser par exemple le Grand Line, donc ça fait partie aussi de mon briefing, c'est d'essayer de leur expliquer que c'est deux mondes complètement différents parce qu'ils arrivent avec la mentalité on a grimpé l'Everest on a fait ce qu'il y a de plus dur le reste ça peut ne être que plus facile parce qu'on glorifie un peu l'Everest parce que oui il y a des morts sur l'Everest alors pourquoi il y a des morts sur l'Everest c'est parce qu'il y a beaucoup de gens qui n'ont pas leur place là-bas donc voilà et puis au plus t'as de grimpeurs le pourcentage d'accidents est forcément plus élevé au plus de gens le grimpent enfin tout ça pour dire qu'ils pensent que en ayant fait l'Everest on est un peu immunisé et on a fait le plus dur et en fait une expédition polaire c'est plus dur et pour faire court c'est que l'Everest sur 6 semaines en montagne ils vont peut-être bouger pendant 2 semaines le reste, on se repose sur ces 2 semaines où on bouge où on se déplace de camp à camp tout est fixé, les cordes fixes sont fixées il n'y a pas de recherche il n'y a pas de navigation on arrive au camp la tente est mise, parfois les repas nous sont apportés en fonction de la compagnie avec laquelle on grimpe on vient nous apporter à manger et puis il y a une journée, il y a une journée qui est difficile la journée sommitale et là on est préparé, on est mentalement préparé on est prêt, on sait que ça va être une journée difficile il y en a une, on s'y est préparé là où l'expédition polaire c'est tous les jours, au quotidien, 8, 9, 10 heures de ski, ça dépend du groupe, ça dépend des conditions, ça dépend de beaucoup de choses, mais c'est toute la journée où on est en mouvement à tirer un traîneau qui a un certain poids. On arrive au camp, les tentes ne sont pas mises, c'est nous qui devons les mettre. Le camp est mis, il n'y a personne pour nous apporter à manger, c'est à nous d'aller chercher de la neige, pour en faire de l'eau, pour pouvoir manger. Et puis après seulement on peut se reposer. et puis il faut se lever plus tôt parce qu'il faut ranger la tente, il n'y a personne pour la ranger pour nous. Et ça, fois deux semaines, trois semaines, quatre semaines, dépend. Et donc, après, très souvent, ils ont quand même la maturité et l'humilité de me trouver souvent, de trouver le guide, pas seulement moi, et de dire, ouais, finalement, vous aviez raison, les gars, c'est plus dur, je suis fatigué, je suis fatigué au quotidien, parce que c'est une approche complètement différente mais de leur expliquer ça on voit dans le regard c'est gentil sur la calotte glaciaire je vois pas où est le problème il faut en général moins d'une semaine pour qu'ils viennent ils admettent très souvent finalement t'avais raison c'est plus dur que ce que je pensais parce qu'on est en mouvement tous les jours parce que si on n'avance pas c'est l'hélico qui va venir nous chercher parce qu'on porte un certain nombre de journées de nourriture et donc il faut avancer il faut avancer, c'est là où la notion d'équipe aussi joue parce qu'on peut, s'il y en a un qui est un peu plus lent, parce qu'il est plus fatigué on prend un peu de poids de son traîneau on va le mettre dans le traîneau de ceux qui sont plus en forme et donc il y a ce jeu de chaise musicale entre guillemets pour essayer de trouver la vitesse de déplacement la plus adaptée et la plus efficace par rapport aux forces en présence. Et ces forces en présence varient tous les jours. Un jour, ça peut être moi, le plus fait, parce que pour des raisons X, Y, Z, je n'ai pas bien dormi, je suis fatigué, mon traîneau m'a l'air super lourd aujourd'hui. Voilà, ça ne dure jamais, en général, ça ne dure jamais. Ça dure une journée, deux journées, et puis tout d'un coup, on se sent de nouveau mieux. Mais sur un mois, ça arrive à tout le monde. ça arrive à tout le monde, c'est inévitable. Voilà, c'est une grande différence. L'expédition polaire et les expéditions alpines, le haut de montagne, c'est deux mondes complètement différentes.

Loïc Fascinant. Fascinant. Écoute, Arnaud, un très grand merci pour tout ce que tu as partagé avec nous. C'était vraiment fascinant, très intéressant d'en apprendre plus sur ton parcours, sur ce qui t'avait amené à réaliser ce long voyage initiatique et l'impact que ça a eu sur ta vie aujourd'hui. En tout cas, ça soulève plein de questions et interrogations sur cette notion d'équilibre, de ce qu'on est vraiment à sa place et puis si on se rend compte qu'on n'y est pas forcément, qu'est-ce qui se passe en fait ? Toi, tu es passé à l'action et c'est incroyable de voir tous les changements que ça a déclenché après derrière dans ta vie. donc bravo

Arnaud je crois que c'est ouais s'il y a un message à faire passer enfin je pense c'est quelque chose il ne faut pas avoir peur on vit dans une société qui glorifie le succès la vitesse l'argent et la célébrité les réseaux sociaux sont là pour malheureusement pour en témoigner mais et du coup on a on a peur on a peur d'échouer on a peur de tenter des choses et je pense c'est quelque chose de très important de ne pas avoir peur de se planter, de ne pas avoir peur de l'échec, parce que c'est quand on rate quelque chose que finalement on apprend. Quand tout se passe bien, ou c'était trop facile, ou on n'a rien appris, puisqu'on ne s'est pas trouvé challengé, on n'a pas été testé, on n'a pas été forcé de réfléchir, d'apprendre, d'évoluer. Et donc, c'est important de se planter, je pense que c'est important simplement de se planter. alors il ne faut pas partir en expédition en short et en tongs exprès mais je pense qu'il ne faut pas avoir peur le regard des autres ce n'est pas grave si on doit mettre sur ses réseaux sociaux sur Instagram j'ai tenté ça, je n'ai pas réussi non, parce que la prochaine fois ce sera beaucoup mieux et moi ça m'a mis du temps à faire ça parce que j'ai grandi dans un move j'étais conditionné aussi par ça le chemin que je prends, ce n'est pas le chemin que tous mes amis prennent est-ce que c'est le bon chemin ? est-ce que c'est je me suis longtemps senti comme le seul mouton noir un peu de de la bande, un petit canard et en fait je me suis planté j'ai fait des mauvais choix mais j'ai beaucoup appris de tout ça et donc je pense c'est quelque chose et j'essaye d'apprendre ça à mes filles aussi, c'est essayer ça marche pas, ça marche pas je compare souvent l'existence à une ascension en montagne où en fait il se suffit de... Il y a des choses qu'on ne contrôle pas, c'est la météo. Donc il faut parfois accepter qu'il y a des choses qui sont plus fortes que nous et voilà, il faut faire demi-tour. Et c'est Messner qui disait que sa plus belle victoire, c'est d'être toujours en vie. Je pense qu'il a tellement raison, c'est cette humilité par rapport à la montagne qu'on peut avoir au quotidien, accepter qu'il y a des choses sur lesquelles on ne peut pas agir. Par contre, il y a beaucoup de choses sur lesquelles on peut agir. et ces choses-là, il suffit de se relever une fois de plus que ce qu'on est tombé pour atteindre son sommet et ce qui est interpellant et c'est dans le monde de la montagne, c'est la même chose vous arrivez à un sommet, vous pensez déjà au prochain et c'est ce qui se passe dans notre vie, on pense que ce qui nous rendra heureux c'est ce sommet-là quel qu'il soit, et puis on arrive à ce sommet-là, on pense que c'est cette position-là dans notre métier on pense que c'est cette maison-là, dans ce quartier-là dans ce pays-là et finalement on y arrive et finalement on veut autre chose dès qu'on a on obtient ce qu'on a envie très vite parce qu'on a besoin de ces challenges l'homme est fait comme ça pour avancer pour s'épanouir on a besoin tous d'une manière plus ou moins prononcée on a besoin de ces challenges on a besoin d'évoluer c'est à dire d'aller explorer des choses qu'on ne connait pas d'aller tester ses limites de manière positive moi je n'aime pas dire tester ses limites j'aime bien dire les repousser, pas trop les tester, mais les repousser. Donc voilà, simplement, je pense que, voilà, pas refuser et pas avoir peur de l'échec, parce que c'est dans l'échec qu'on... Les échecs sont souvent riches d'enseignement, et je pense que c'est important, il faut passer par des échecs, et ces échecs nous rendent plus forts. Moi, maintenant, je me sens... Alors, ça peut être prétentieux, ce que je dis, mais je me sens fort. Alors, c'est pas physiquement, mais c'est surtout mentalement j'ai cet état d'esprit, c'est plutôt un état d'esprit où voilà on n'a pas peur de rien, je sais que si j'ai un problème si je suis face à un problème voilà, j'ai les armes et l'état d'esprit pour y faire face il n'y a aucun problème qui est insurmontable il faut juste trouver sa manière et c'est pour ça que ces environnements et ces expéditions sont toujours, c'est un régal parce qu'on est testé. Moi, j'apprends à chaque expédition. À chaque expédition, j'ai appris quelque chose sur moi, sur des petites choses. Il ne faut pas se reposer sur ses acquis. Se reposer sur ses acquis, c'est très, très dangereux parce que tout évolue constamment. Et il faut avoir l'humilité de pouvoir accepter qu'il y a toujours de la place pour s'améliorer. Et c'est ça qui me fait me sentir si bien là-haut dans ces endroits c'est un antidépresseur ces voyages quand je reviens à la maison je suis une meilleure personne je le sais je le sens ma femme le voit et voilà et donc j'en ai besoin moi parce que j'ai parfois même encore maintenant du mal à trouver ma place dans un monde qui n'est pas le mien enfin que j'ai pas vraiment choisi dans lequel je suis forcé de vivre qui ne correspond pas toujours à ce qui ce qui me plaît et donc ouais finalement tous ces voyages c'est une bonne dose d'antidépresseurs on va trouver l'essentiel il n'y a plus de réseau on est avec soi-même et avec nos clients on a le temps d'échanger d'apprendre de vivre le moment présent et c'est des c'est des bouffées d'air ouais enfin c'est voilà c'est très personnel ça c'est pour ça que ça voilà j'ai besoin de ça et c'est pour ça que je vais continuer à guider dans ces environnements là parce que je pense que j'en ai besoin.

Loïc Excellent. En tout cas, c'est une vraie invitation à minima au voyage et dans tous les cas à l'introspection, à la réflexion sur ce qui est important pour soi. Merci énormément une fois de plus Arnaud. Et puis, écoute, qu'est-ce qu'on peut te souhaiter ? Une bonne prochaine saison d'Expé ?

Arnaud Oui, une bonne... Toujours, voilà. Je dis toujours, je pense que ce serait le meilleur métier du monde si on pouvait choisir nos clients. Et je dis ça souvent à la blague, je dis ça souvent à la blague, mais ça fait une telle différence de finalement se retrouver avec des amis, puisque si on a des personnes qui fonctionnent bien ensemble, finalement, on est un groupe d'amis qui voyagent ensemble, plutôt que justement d'avoir des gens qui ont du mal à être ensemble et où c'est un combat au quotidien juste pour gérer justement ces facteurs humains. Oui, juste des bonnes expés, mais voilà, pour ça, des bons groupes, des gens avec des bonnes mentalités. Parce qu'avec la bonne mentalité, tout le monde peut faire une traversée. Il ne faut pas aller aussi loin que le Groenland. Il y a l'Islande, il y a des glaciers en Norvège, il y a des glaciers dans les Alpes, en Alaska, où on peut faire des beaucoup plus petites traversées. Il ne faut pas faire du glacier pour retrouver l'essentiel. mais ouais

Loïc du coup c'est ce que je te souhaite

Arnaud c'est ça que j'aime bien aussi voilà

Loïc un grand merci Arnaud une fois de plus et puis écoute peut-être à une prochaine au micro d'un podcast ou sur un glacier qui sait

Arnaud ce sera avec plaisir ou en Grönland ou en Patagonie sur le vélo si t'as besoin d'un dingue mon vélo tu fais signe et j'y arrive excellent, merci beaucoup Arnaud un grand merci à toi au revoir

Loïc merci d'avoir écouté cet échange avec Arnaud jusqu'au bout, j'espère que vous l'aurez apprécié autant que moi, n'hésitez pas à partager l'épisode à un maximum de personnes autour de vous et de manière générale vous le savez, à parler du podcast parler des frappés, c'est comme ça qu'on arrivera à emmener encore plus de gens dans la réalisation de leur projet pour soutenir financièrement le podcast je vous rappelle que c'est possible sur tipeee.com slash les-frappés un immense merci d'ailleurs à tous les tipeurs et les tipeuses qui soutiennent déjà les frappés depuis de nombreux mois et à toutes les ceux qui viennent de nous rejoindre un grand merci à vous toutes et à tous pour votre fidélité, je vous dis à la semaine prochaine pour un échange avec une ultra cycliste de renom qui revient pour la deuxième fois sur le podcast à bientôt Sous-titrage ST' 501 Sous-titrage ST' 501 Sous-titrage ST' 501

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