Dossier · Vélo
Se lancer dans le bikepacking : ton premier voyage à vélo
Budget, matériel, itinéraire, seul ou accompagné : les enseignements de celles et ceux qui pratiquent le bikepacking, pour réussir ton premier voyage à vélo.
LOÏC BLANCHARD · 05 juillet 2026 · 12 MIN
Ici, pas de règles universelles : mes invités et moi partageons ce qu'on a vécu et ce qui a fonctionné pour nous. À toi de piocher, de tester, et de garder ce qui marche pour toi.
À force d’échanger au micro des Frappés, parfois pendant des heures, avec des gens aguerris qui roulent aux quatre coins du monde, j’ai eu envie de m’y mettre moi aussi. Pour le moment, le format qui me correspond bien, c’est de partir sur deux jours et une nuit. Et crois-moi, on peut déjà vivre de belles aventures comme ça, rien qu’en partant de chez soi. Mais même après toutes ces conversations, j’avais pas mal de questions avant de me lancer, sans doute les mêmes que toi si tu me lis. Quel budget pour le vélo ? Quel équipement vraiment indispensable ? Comment se préparer physiquement ? Comment construire sa trace ? Alors autant les poser directement à celles et ceux qui ont les réponses, et qui sont eux aussi forcément partis de zéro !
La bonne nouvelle, c’est que c’est beaucoup plus accessible qu’on ne le pense. Le bon vélo, c’est souvent celui que tu as déjà. La bonne distance, c’est celle qui te fait un peu peur mais reste faisable ce week-end. Et le vrai obstacle, tu vas le voir, n’est ni le matériel ni le budget. Il est dans ta tête. Du coup je te préviens, le risque en lisant la suite et en écoutant les épisodes auxquels je fais référence, c’est que tu prennes bientôt toi aussi le départ d’une aventure à vélo. Si tu acceptes le risque (je t’aurai prévenu), continue la lecture !
🚲 Il te faut beaucoup moins que tu crois
Le premier réflexe, c’est de croire qu’il faut le bon vélo, le bon équipement, le bon niveau. À ce compte-là, on n’est jamais prêt. Jean-Lin Spriet, qui a fait un tour de France de 5 000 km à vélo, résume l’inverse : « Dans un milieu qui te semble a priori hostile avant de partir, en fait, tu n’as pas besoin de grand-chose. » (Jean-Lin Spriet, Tour de France à vélo) C’est le premier élément à intégrer : partir à vélo, ce n’est pas une question d’équipement, c’est une question… de départ !
Mais maintenant qu’on a dit ça, il faut quand même garder en tête qu’il y a globalement deux approches au bikepacking, que j’ai découvertes au fil des épisodes avec mes invités. La première, le cyclotourisme, c’est l’image classique : une randonneuse ou un VTC solide, deux grosses sacoches à l’arrière, parfois deux à l’avant, du confort, et le vélo que tu as déjà dans le garage. La seconde, plus récente, c’est le voyage à vélo léger : rouler sur des vélos typés route, comme les gravel, sans porte-bagages, avec juste une sacoche de selle, une sacoche de cadre et une sacoche de guidon. Plus rapide, plus minimaliste. Visiblement, d’après les experts du milieu, c’est cette approche-là qu’on devrait appeler le bikepacking. Comme le raconte Angèle Paty, partie de Montpellier jusqu’en Écosse à 20 ans pour son premier gros voyage, la plupart des gens mélangent en fait les deux selon leurs envies. (Angèle Paty, ultra-cycliste)
Le vrai message des deux écoles reste le même : chacun aborde le voyage à vélo à sa manière, selon le niveau de confort auquel il aspire, ses objectifs et son budget. Certains emmènent une petite chaise de camping et une cafetière pour le café du matin. D’autres coupent les étiquettes de leurs vêtements pour gagner trois grammes. Il n’y a pas une approche qui est mieux que l’autre. Il y a ton approche à toi !
🧭 Commence petit, et près de chez toi
La plus grosse erreur du débutant, c’est de viser trop grand, trop vite. Mon tout premier bikepacking, c’était deux jours entre Aix-en-Provence et Annecy, en partant de chez moi. Rien d’héroïque, et franchement c’était largement suffisant pour se sentir en vrai voyage 😅. J’ai pu emprunter une partie de la ViaRhôna, dormir dans une ancienne gare reconvertie en hôtel, rencontrer le gérant qui m’a préparé au dernier moment un plat de folie, passer par de petites routes oubliées… C’est tout le principe : tu n’as pas besoin d’un projet énorme pour vivre une vraie aventure, juste d’une nuit dehors et d’un point de départ.
Le parcours d’Angèle est un bon modèle de progression : d’abord des sorties à la journée autour de chez elle, pique-nique dans le sac, 100 puis 130 kilomètres. Puis, en Écosse, trois jours dans les Highlands en dormant en gîte. Puis un premier bivouac en solo. Et seulement ensuite, le grand voyage de deux mois. Chaque étape a préparé la suivante.
Le luxe, quand on débute, c’est qu’on n’a pas besoin d’aller au bout du monde. « En France, il n’y a pas besoin de passer de frontières », rappelle Jean-Lin. Tu as des milliers de kilomètres d’aventure à portée de roue. Ton premier voyage peut être un week-end à deux heures de chez toi. L’important n’est pas la distance, c’est de dormir une nuit dehors, de te débrouiller, et de rentrer en ayant appris que tu en es capable.
Un dernier point sur la préparation physique : ne surestime pas ce qu’il faut. Adrien Charle n’était pas un aventurier professionnel quand il s’est élancé pour 13 560 kilomètres à travers l’Europe, en 200 jours, afin de sensibiliser à l’autisme. C’est même ce qui rend son récit aussi parlant : on n’a pas besoin d’un niveau d’athlète pour aller loin. Le corps s’adapte en route. C’est même une grande partie du voyage. (Adrien Charle, 13 560 km à travers l’Europe)
🗺️ Choisir son itinéraire quand on débute
Pour un premier voyage, le terrain compte plus que la distance. Le meilleur ami du débutant, ce sont les voies vertes : souvent d’anciennes voies ferrées reconverties, sans voitures, sans grosse difficulté, et magnifiques. Des itinéraires balisés comme la ViaRhôna ou la Vélodyssée font tout le travail de tracé à ta place.
Côté outils, j’utilise OpenRunner depuis 2012 : une solution française, basée à Annecy, d’une efficacité redoutable pour construire sa trace. Ma méthode est toute simple : je me fixe un objectif à une journée de vélo, puis je retouche le tracé pour passer par les routes les moins fréquentées possible, voire par des chemins de gravel.
Je suis aussi un chasseur de carrés sur StatsHunters, un site qu’on connecte à son Strava et qui découpe la planète entière en petits carrés d’environ 1,5 km de côté. Chaque carré se colore dès qu’une de tes traces le traverse. C’est addictif 🤩, et c’est une façon ludique de partir découvrir de nouveaux coins : tu prends la route juste pour aller chercher le carré qui te manque. Attention, là aussi l’essayer c’est l’adopter.
Un dernier principe pour ne pas se dégoûter dès le départ : évite de viser trop de dénivelé au début. Tu grimperas quand ton corps aura pris le rythme.
💶 Le budget, et comment le financer
Parlons argent, parce que personne n’en parle et que ça bloque plein de gens. Il y a deux budgets à distinguer. Le budget quotidien, sur la route, est étonnamment bas : autour de 15 à 20 euros par jour, nuits en bivouac et cuisine maison aidant. Sur ce plan, le voyage à vélo est l’une des aventures les plus accessibles qui soient.
Le vrai coût, c’est l’équipement. Le matériel bikepacking, très à la mode, revient cher : compte autour de 100 euros minimum par sacoche étanche de qualité, sans parler du matériel léger et compact qu’il faut pour tout faire rentrer. C’est là que le cyclotourisme reste souvent plus abordable, avec le vélo et les sacoches qu’on a déjà.
Mais ce budget se contourne, et Angèle en a fait la démonstration en partant de zéro, étudiante. Trois leviers, cumulables :
- Les bourses de voyage. Il existe des bourses pour les jeunes, comme la bourse Zellidja, qui financent un premier voyage en solo (jusqu’à plusieurs centaines d’euros) en échange d’un carnet ou d’un sujet d’étude libre. C’est comme ça qu’elle est partie photographier la vie des îles écossaises.
- Les partenariats de test de matériel. Plutôt que de démarcher les marques dans le vide (« j’ai galéré quatre mois à envoyer des mails sans réponse »), passer par un blog spécialisé qui, lui, a déjà des demandes de tests. Tu testes le matériel, tu écris l’article, tu gardes le matériel. Un article qui reste en ligne vaut, pour une marque, bien plus que trois posts Insta.
- Le crowdfunding. Une petite cagnotte auprès des amis et de la famille complète le tout.
🚗 La sécurité sur la route
Autant le dire franchement : en France, la route est le point noir. Angèle, qui a roulé en Irlande et en Écosse où « il y a un respect des cyclistes totalement opposé à celui de la France », a eu ses plus grosses frayeurs sur les routes françaises. Ça ne doit pas t’empêcher de partir, mais ça se gère.
Deux réflexes concrets : rouler avec une lumière rouge ou un radar type Garmin à l’arrière, sur les routes fréquentées, et privilégier les itinéraires calmes, voies vertes et petites routes, quitte à passer au gravel pour t’éloigner du trafic. C’est d’ailleurs ce que j’ai décidé de faire. Je n’ai qu’un seul vélo, un gravel, et j’apprécie énormément de pouvoir quitter les axes partagés avec les voitures pour aller m’enfoncer sur des sentiers, en pleine nature. Moins de kilomètres sur du calme vaut mieux que du rendement dans le danger.
🏕️ Où dormir : du bivouac au confort
C’est la question qui angoisse le plus avant un premier départ, et c’est souvent la plus simple une fois sur place. Là encore, tout un spectre existe. À un bout, l’autonomie totale, comme Émilie Poudroux qui a traversé l’Afrique de l’Ouest à vélo : « J’ai toujours avec moi de la nourriture, ma tente, vraiment tout le matériel pour être en autonomie à 100 %. » (Émilie Poudroux, traversée de l’Afrique de l’Ouest) À l’autre bout, dormir en gîte ou à l’hôtel, comme Angèle pour ses tout premiers jours en Écosse, sac allégé.
Pour un premier voyage, tu n’as pas à choisir un camp. Tente ou bivouac quand tu le sens, toit et douche quand tu en as besoin. Le premier bivouac en solo impressionne, puis devient vite le meilleur moment de la journée. Et si le doute te prend, souviens-toi qu’à vélo, tu n’es jamais vraiment seul : il y a presque toujours quelqu’un sur le chemin pour t’aider.
🤝 Partir seul, et la magie des rencontres
« Tu n’avais personne avec qui partir ? » C’est la question qu’on a posée cent fois à Angèle. Sa réponse : partir seule était un choix, pas un défaut. Et c’est sans doute le plus contre-intuitif du voyage à vélo : la solitude ouvre au lieu de fermer. Seul, tu es abordable, tu vas plus facilement vers les autres, et surtout, les autres viennent vers toi.
Le vélo y est pour beaucoup. C’est un objet universel et désarmant : il fait tomber les barrières. Angèle en a tiré ses plus beaux souvenirs, comme ce tisserand de Harris Tweed de 70 ans, croisé par hasard dans un village écossais au bout d’une route, qui lui a offert un mètre de tweed, l’a hébergée dans sa caravane pendant la tempête et lui a raconté toute sa vie autour d’un thé 🥹.
Et ce n’est pas qu’une histoire de campagne écossaise. Émilie Poudroux a fait de l’hospitalité le fil rouge de sa traversée de l’Afrique de l’Ouest, accueillie village après village par des gens qui n’avaient presque rien à offrir mais offraient quand même. Deux voyages que tout oppose, un même constat : ces rencontres-là, tu ne les provoques pas. Tu te contentes de rouler, de t’arrêter, et elles arrivent. C’est peut-être la vraie raison de partir.
🧠 Le vrai frein est dans la tête
Au bout du compte, ni le vélo, ni le budget, ni l’itinéraire ne sont le vrai obstacle. Le seul frein sérieux, ce sont les limites que l’on s’impose, les barrières que l’on érige pour soi-même. Écoute Angèle sur ce qui lui a permis de partir : « Je ne me suis pas trop posé de questions avant de partir, et je pense que c’est ce qui m’a permis de partir. Si je m’étais posé trop de questions, je ne serais jamais partie. » Elle est même partie un peu malade, poussée par ses parents pour ne pas repousser le départ. Deux semaines avant, elle n’avait toujours pas tout son matériel.
C’est exactement la philosophie d’Axel Carion, ultra-cycliste et fondateur du BikingMan, résumée en trois mots : mettez-vous en mouvement. (Axel Carion, philosophie du cyclisme longue distance) On peut passer des mois à peaufiner un projet parfait qui ne partira jamais. Ou on peut poser une date, boucler ses sacoches avec ce qu’on a, et régler le reste en roulant. Florian Coupé, qui fait l’éloge du voyage lent, dit la même chose autrement : le plus important n’est pas d’aller loin ou vite, c’est de prendre la route et de prendre son temps. (Florian Coupé, éloge du voyage lent)
Et si tu doutes que ça vaille le coup, regarde où ça peut mener : Arnaud de Laveleye est parti de sa vie de contrôleur aérien pour trois ans de voyage à vélo à travers le continent américain, avant de devenir guide polaire. (Arnaud de Laveleye, 3 ans de voyage à vélo) Tout ça a commencé par un premier tour de roue.
✅ Ce qu’il faut retenir
Chacun bricole sa formule de voyage, et tu bricoleras la tienne. Mais pour te lancer, voilà les repères que je garderais.
Pars avec le vélo que tu as, ne surestime pas le matériel, et choisis ton style (bikepacking léger ou cyclotourisme confort) selon tes envies et ton budget. Commence petit et près de chez toi, un week-end avec une nuit dehors avant de rêver plus grand. Trace ton premier itinéraire sur des voies vertes, avec OpenRunner par exemple, en évitant le gros dénivelé au début. Sur la route, fais en sorte d’être bien visible et privilégie les routes secondaires. Pour le budget, 15 à 20 euros par jour suffisent si tu évites hôtels et restaurants, et l’équipement peut se financer (bourses, test de matériel, crowdfunding) ou s’acheter d’occasion. N’aie pas peur de partir seul, c’est ce qui ouvre aux rencontres. Et surtout, ne te pose pas trop de questions : le vrai secret, c’est de poser une date et de partir !
Et souviens-toi qu’aucun de ces cyclistes n’était un expert au départ. Une étudiante, un type qui voulait juste apprendre la liberté, des gens partis de zéro. Le voyage à vélo est sans doute l’aventure la plus démocratique qui soit : elle ne demande presque rien, sinon d’oser le premier coup de pédale.
👉🏼 Alors mets-toi en mouvement, pose une date, et va écouter celles et ceux qui l’ont fait avant toi 👇🏼
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