Les Frappés Les Frappés
Saison 1 EP·009 Vélo #vélo

24 novembre 2020

Jean-Lin Spriet - Un tour de France à vélo ou 5000km pour apprendre à faire le choix de la liberté

Durée · 1h01 · Transcription disponible

Cet épisode est cité dans notre dossier · Se lancer dans le bikepacking : ton premier voyage à vélo

Jean-Lin Spriet

Le récit

Jean-Lin Spriet s'est récemment lancé sur un tour de France à vélo, en autonomie et en suivant les frontières et les côtes. Les chiffres sont hallucinants 🤯

20 jours
5 000 kilomètres
60 000 mètres de dénivelé positif !

Le plus fou dans tout ça, c'est que ce projet est né suite à l'annulation, en raison du COVID, d'une course à laquelle il devait participer aux États-Unis. Jean-Lin nous explique comment, en quelques jours seulement, il a su rebondir, mettre le doigt sur sa motivation profonde qui l'avait poussé à se lancer dans ce challenge initialement et à trouver un "Plan B" qui réponde à ses attentes. À l'heure de la morosité ambiante, c'est déjà en soi un message super inspirant !

Au delà de l'aspect sportif, Jean-Lin partage également les apprentissages de cette aventure. Entre apprendre à se détacher de ses besoins matériels superficiels, créer un partenariat solide pour cette aventure sans renoncer à son autonomie ou encore faire le choix de la liberté en écoutant ses émotions, cette expérience aura été pour lui un véritable tournant personnel.

Une conversation pleine d'énergie qui vous fera réfléchir à coup sûr !

L'épisode du podcast "Ultra Talk" auquel nous avons fait référence est :
Arnaud Manzanini et Jean-Lin Spriet - Le Plan B > 5000 km à vélo !

Vous pouvez suivre Jean-Lin ici ⬇️
💼 LinkedIn
📸 Instagram

Pour soutenir Les Frappés 👇🏼
❤️ Deviens Tipeur sur Tipeee
✅ Follow le podcast sur ta plateforme d'écoute
🙂 Parle du podcast autour de toi et partage cet épisode
⭐️ Laisse une note et un commentaire sur Apple Podcasts ou Spotify

Pour prolonger l'épisode 👇🏼
📖 Découvre le Journal des Frappés : les enseignements de mes invités, dossier par dossier
💌 Abonne-toi à la newsletter
📸 Suis-moi sur Instagram

Des suggestions ou envie de partager ton avis ? Envoie-moi un email.

Transcription

Lire la transcription intégrale

Jean-Lin Qu'est-ce que tu te dis ? Parce qu'à ce moment-là, tu te dis mais en fait, c'est la peur de mourir de faim en l'occurrence qui me fait bouffer avant d'avoir faim. Le vélo est une expérience à cet endroit-là pour te rendre compte que, en fait, dans un milieu qui te semble a priori hostile avant de partir, en fait, t'as pas besoin de grand-chose.

Invité 1 Bienvenue Jean-Lin sur le podcast, très heureux de t'accueillir. Merci beaucoup, merci de ta proposition aussi à toi Loïc. Je t'en prie, ça fait plaisir, ça faisait un moment qu'on ne s'était pas retrouvés donc très content d'avoir l'opportunité d'échanger sur tes dernières aventures. Tu vas nous en dire plus, je ne vais pas faire de spoil mais ça s'annonce croustillant. Je salue d'ailleurs Arnaud. Il va vraiment falloir que j'arrive à lui mettre la main dessus pour qu'on fasse un épisode mais l'aventure que tu vas nous partager entre autres, c'est quelque chose que tu as vécu avec lui. Absolument. Ça sera vraiment intéressant de voir un peu comment vous avez monté ça. Écoute, sans faire plus de spoil encore une fois, je te laisse peut-être commencer par te présenter.

Jean-Lin Oui. Donc moi, je m'appelle Jean-Lin, j'ai commencé le vélo il y a 7 ou 8 ans à peine, même pas. Je ne sais pas. J'ai un profil commercial, je travaille dans le retail comme toi d'ailleurs, on a un employeur en commun. Et puis depuis, on a un peu vagabondé chacun de notre côté. Et moi, j'ai réalisé en juin 2020 un tour de France en suivant les frontières et la côte française. Donc, ça fait 5000 kilomètres à vélo en toute autonomie. Et puis, pas sur un coup de tête avec un projet derrière tout ça. Alors, comment… C'est pour la présentation un petit peu brève. Je ne suis pas un sportif de haut niveau, loin de là. Mais je me suis entraîné en fait pour réaliser ce challenge. Vraiment.

Invité 1 5000 kilomètres que vous avez fait avec Arnaud en une vingtaine de jours, c'est ça ?

Jean-Lin Oui, 21 jours. Donc, peut-être qu'on peut dire quand même que Arnaud, toi et moi, on avait un employeur en commun et on a travaillé dans le même magasin il y a quelques temps de ça. On a en commun quand même des profils… On a des profils un peu sportifs et un peu des trucs un peu de frappadingue pour être clair. Toi, tu as un niveau haut professionnel sportif et puis tu aimes quand même courir. Arnaud, il a traversé les US dans une course qui s'appelle la Race Across America, la RAM. Et moi, j'avais comme projet en fait cette année. J'ai pris un peu de temps pour ma vie perso et puis réalisé un projet qui me tenait à cœur, qui était un peu fou, qui était de traverser les États-Unis d'ouest en est sur une course qui s'appelle la Trans-American Bike Race, qui fait 6800 kilomètres et qui traverse les US. Juste le tas, tranquille. Voilà, la vie dimanche. Voilà. Ça fait pour le dimanche après-midi devant un café. Et puis, la pandémie arrivant, ma course a été annulée. J'annonce ça à Arnaud avec qui on avait roulé un peu l'hiver pour s'entraîner ici et là. Il me dit « Ah, je suis désolé, Jean-Lin. Bon, remets-toi bien, remets-toi bien. » Et je savais que lui devait participer notamment à la TCR, la Trans-Continental Race, qui est une course de vélo aussi, sans assistance, qui traverse l'Europe, qui fait globalement 4000 bornes. Et malheureusement aussi pour lui, deux semaines après, dix jours après, je ne sais plus, la TCR est aussi annulée, la North Cape, qui est une autre course de 4000 bornes, qui est annulée aussi. Bref, on met un peu de temps à s'en remettre, on discute, on échange, patati patata. Et comme j'avais un petit peu d'avance sur lui dans mes émotions, à passer la frustration et puis l'exaspération. Je veux dire, ça faisait quand même un an que je me préparais physiquement et matériellement parlant pour ce projet-là. Et subitement, du jour au lendemain, en fait, on t'annonce que ciao, bye bye, quoi, en gros. Oui. Donc, j'avais, voilà, par ma curiosité, en fait, j'avais eu vent d'un autre truc qui s'appelait le Tour de France de l'US Métro. Et je n'en ai pas parlé à Arnaud tout de suite. En fait, je lui ai dit écoute, remets-toi ton truc de ta frustration, de tout ça, la tristesse, tout ce que tu veux. Et puis, on en reparle ensemble.

Invité 1 Alors, peut-être déjà sur ce point, je te coupe, mais c'est hyper intéressant parce que, bon, ça, c'est vos projets. Vous avez vécu, on va dire, les... Comment on appelle ça ? Side effect. Oui. Les effets... Oui, exactement. Les effets secondaires du Covid dans vos disciplines à vous. Mais je pense que c'est intéressant de voir un peu comment est-ce que toi, tu as géré. Tu disais que tu as eu un peu d'avance sur lui par rapport à ta frustration, la gestion émotionnelle, etc. mais il y a plein de... Enfin, on est un petit peu tous impactés par ça. Donc, je suis curieux de savoir comment ça s'est passé, en fait, cette digestion de la nouvelle de l'annulation de la course. Je crois que la première chose que j'ai faite, c'est déjà de bouffer.

Jean-Lin J'ai pris une bière et je crois que j'ai bouffé. Je dis ça sur la plaisanterie, mais il y a un peu de ça. Parce que finalement, ça a été un moyen de relâcher et de sortir, en fait, une frustration. Alors, en la bouffant aussi, mais il y a quand même de ça. Ça a été un exutoire, quoi, véritablement. Parce que sincèrement, lorsque tu fais gaffe à ce que tu bouffes, tu fais gaffe à bien faire tes exercices que ton coach t'a filé pour préparer ceci ou préparer cela, les exercices spécifiques, le renforcement musculaire, le machin, le ceci. Enfin bref, mine de rien, tu te mets quand même une sacrée pression parce que la Transamerican Bike Race est une course. Donc, tu as envie de faire quand même bonne figure, même si je ne prétendais pas du tout à un top 10. En tout cas, j'avais l'intention de faire une bonne figure, voilà. Mais tu te mets quand même... Il y a une certaine... Il y a une dose de plaisir parce que moi, c'est un... J'ai toujours voulu réaliser un truc complètement dingue depuis que j'étais gamin. Donc, il y a vraiment cette dose-là. Et cette dose-là te dissu... Enfin, cette dose de plaisir que tu es prêt à prendre et le shoot de kiff que tu es prêt à prendre, eh bien, il n'a plus lieu. Oui. Et là, tu as un espèce de... Tu vois, dans le... Ça s'entendra, je pense, à l'enregistrement, mais tu vois, il y a cette espèce de blanc. Du coup, tu n'as plus rien. Tu n'as plus de projet. Et donc, tu as un vide. Et en fait, arrivé dans ce vide-là, je me suis dit, mais qu'est-ce que... Qu'est-ce que je fais là-dedans, quoi ? C'est quoi ? Et ça m'a reposé la question, mais pourquoi est-ce que je voulais faire la Trans-American by Grace ? Parce que c'était un truc fou. Ok. C'était aux US en plus de ça. Je ne connaissais pas les US. Ça me permettait de voyager au milieu. Ok. Il y avait plein de choses qui venaient de se greffer, qui étaient plutôt sympas et cool. Et je me suis dit, mais en fait, est-ce que c'est les États-Unis qui est important ? C'est quoi ma priorité ? Ma priorité, est-ce que c'est les États-Unis ou c'est le fait de faire un truc qui est ouf ? Pour moi, en tout cas, pour mon niveau d'expérience, ma préparation et tout ce que tu veux. Et en fait, je me suis raccroché à cette priorité, à mon sens de priorité qui m'a dit, bah moi, ma priorité, c'est de faire un truc ouf. Et coup de bol, dans mon entourage, quelqu'un m'avait, je ne sais plus qui, m'avait parlé du Tour de France randonneur de l'US Métro. Et donc, c'est une épreuve qui est reconnue auprès de la Fédération Française de Cyclotourisme. Ça, c'est la première chose. C'est une épreuve qui existe depuis la fin des années 50, début des années 60. Donc, c'est une épreuve qui fait partie du paysage et de l'héritage cyclotouristique français qui est extrêmement important et qui a inspiré beaucoup d'autres à travers le monde. Il faut juste avoir ça en tête. Et à partir de ce moment-là, je me suis dit, je me suis penché un peu sur le parcours pour comprendre de quoi il s'agissait. Donc, suivre les côtes et les frontières de la France, on voit globalement à quoi ressemble notre hexagone. On voit à peu près de quoi il retourne. Mais si je te dis signes rébelli, ou bien si je te dis, j'en sais rien, moi, arc la bataille, ça va pas te dire grand-chose. On perd vraiment. Et là, ça commence à devenir intéressant. Je me dis, mais où sont ces petits points reculés de la France ? Et tu commences à ouvrir un... Juste... Tu ouvres une carte ou quoi. Donc, tu vas sur Google et tu tapes ta carte et tu regardes ce qui se passe. Et puis, tu te rends compte que le projet est quand même pas mal. Le voyage a l'air top. La distance, 5000 bandes, un tas de temps voyager. C'est pas une course, mais tu peux le faire en mode sportif. Tu fais un peu comme tu veux. Donc, il y avait un défi sportif qui était présent. Et puis, 5000 bandes, quand même, lorsque tu as fait 1200 bandes dans ta vie au maximum, finalement, ça fait quand même un beau gap. Et c'est comme ça, en fait. Donc, tu vois, il y a eu ce phénomène de frustration, de digestion de la frustration. Je me suis retrouvé un peu dans le vide sans projet en disant tout ce que j'ai fait, à quoi... Comment j'utilise ce que j'ai préparé pendant le reste de l'année pour... Comment je l'utilise ? Comment je le mets en œuvre ? Comment je le mets en action, en forme ? Et c'est là où ça m'a véritablement aidé. C'est de passer l'étape d'après. C'est de me dire, bah tiens, après, c'était de rebondir sur mon acquis, sur mes priorités, et de me dire, bah tiens, ça, ça peut être pas mal. Et ça rentre en plus. Ça, c'est dans la... En France, donc il n'y a pas besoin de passer de frontières. Donc, au niveau des... Et de la pandémie, ça correspond... Ça matchait bien aussi avec ce truc-là. Et puis... Et c'est comme ça, en fait, que je me suis dit, ça, c'est un beau projet. Il y a quand même 5000 bornes. On a rajouté deux, trois cols au milieu avec Arnaud. En fait, j'ai proposé à Arnaud, et puis moi j'avais rajouté des cols avant. Et puis, on a... C'est une fois qu'on l'a fait. Et c'est... Et je regrette absolument rien, quoi. C'est somptueux. C'est somptueux.

Invité 1 C'est somptueux. C'est génial de voir que... Oui, comme tu dis, en fait, t'as su rebondir. Alors moi, ce que j'ai entendu, c'est quelque part... Enfin, ta motivation profonde, c'était quoi que tu as rattaché à ce projet de course aux Etats-Unis, de traverser les Etats-Unis en autonomie ? Et comment t'as su, tu vois, identifier ça ? Et une fois que tu l'as identifié, bah, trouver le projet, le projet qui pouvait répondre à tous les critères que tu mettais derrière ce rêve, mais qui soit plus réaliste compte tenu de la situation avec le coronavirus. Hyper intéressant. Et il t'a fallu combien de temps avant qu'on rentre dans le détail du projet, du coup, pour digérer, on va dire, la nouvelle ? Eh, écoute, je crois que j'ai appelé Arnaud 4-5 jours après. Ah ouais, ouais, donc ouais. T'es allé vite, t'as pas perdu du temps, quoi. Non. Ouais. Ouais, c'est une bonne leçon, je trouve. Tu vois, rebondir tout de suite. Ouais.

Jean-Lin Ouais, je crois que ça m'a pris 4-5 jours. Ouais. Peut-être si, enfin, tu vois, une petite semaine, quoi, en gros. Ouais, ouais, ouais. Je ne sais pas si exact, mais globalement, un peu moins d'une semaine. Parce qu'Arnaud a eu sa réponse, a eu l'information 10 jours après, et moi, je lui en avais parlé déjà 2-3 jours avant, tu vois. Donc, c'est ça, entre 5 et 6 jours, enfin, entre 5 et une semaine, entre 5 et 7 jours, quoi.

Invité 1 Ouais, hyper intéressant. Hyper intéressant. Surtout, comme tu dis, j'imagine que la frustration devait être intense parce que t'avais passé un an à préparer cette course.

Jean-Lin Ouais.

Invité 1 Ouais, ouais. T'es allé vachement vite pour tourner la page.

Jean-Lin Ouais, ouais. Ouais, ouais, ouais, je suis d'accord avec toi, en fait. Je ne m'en rends pas complètement compte, mais en fait, le recul, en t'en parlant là, effectivement, ouais.

Invité 1 Ouais. Bon. Et si on parle du projet ? 5 000 kilomètres, une vingtaine de jours, le dénivelé, tu l'as encore en tête, à peu près ?

Jean-Lin Je crois qu'on a fait un peu plus de 60 000 mètres de dénivelé. Ah ouais, oh la vache. Ok.

Invité 1 Ouais. Ok, ok. Ouais. Donc, ok. Donc, 5 000 mètres, 5 000 kilomètres, 60 000 mètres de dénivelé, vingt jours. Ça a été quoi, du coup, les… Alors, peut-être a priori, c'est-à-dire avant que vous vous lanciez dans le projet, c'était quoi pour vous les gros points, peut-être pas d'inquiétude, mais ouais, les aspects du défi, on va dire, qui vous faisaient un peu peur ?

Jean-Lin Arnaud avait une deadline qui était au 28 ou 29 juin, je ne sais plus, parce qu'il devait suivre une formation. Et en fait… Donc, son inquiétude à ce moment-là était de dire, est-ce que je vais arriver en temps ? Moi, je… mon inquiétude… elle n'est pas arrivée avant de partir, elle est arrivée plutôt… enfin, c'est pas bon… non, c'est faux ce que je dis. La première inquiétude que j'ai eue, c'est de dire, oh… dans quoi je me lance, tu vois, l'inconnu, s'il vous plaît. J'ai l'impression, tu sais, d'être un… euh… de voir une carte postale de la France devant moi, en disant, je vais vraiment faire tout ça ? Il y a un côté un peu enfantin, tu vois, ou naïf, voilà, plutôt naïf. Ouais. En fait, devant l'immensité de ça, Arnaud avait déjà, tu vois, réalisé ce genre de distance, mais moi, pas du tout. Donc, il y avait un côté un peu naïf en disant, mais tiens, comment ça se passe après, tu vois, après… mais après quoi ? Après le deuxième jour, le huitième jour, le quinzième, le vingtième, avant ? Enfin, tu vois… Ouais. Donc, c'est un peu… il y a un côté… et c'est ça que moi j'ai trouvé délicieux aussi, hein, c'est… de retrouver dans cette forme d'innocence, parce que même si tu t'es préparé et tout ce que tu veux, il y a de retrouver cette petite espèce d'innocence de la découverte qui est absolument… enfin, pour moi en tout cas, un goût merveilleux, quoi, après chacun son truc, mais… voilà, pour moi, ça a été un bonbon, quoi, vraiment.

Invité 1 Ouais, je me reconnais bien là-dedans aussi, et ouais, c'est clair que ça devait être… enfin, hyper excitant de dire, bon, voilà, c'est parti, je vais découvrir… enfin, je vais faire quelque chose que j'ai jamais fait, et peut-être de le partager en même temps, j'imagine, parce que vous connaissiez déjà avec Arnaud, donc il y avait, j'imagine, cette notion derrière.

Jean-Lin Ouais, absolument, et je crois qu'il y a eu plusieurs… la notion de partage est une évidence, mais il y a aussi le fait d'arriver à une forme d'essentiel, c'est-à-dire que tu… au fur et à mesure du parcours, en fait, on s'est dit… tu vois, au début, on avait pris des sacs de couchage, un matelas, des vêtements un peu plus chauds, patati patata, et puis au fait, au troisième ou quatrième jour, on les a renvoyés par la poste, on se dit non, ça sert à rien, on prend du poids pour rien, et tu… lorsque tu fais ça, un, ça veut dire que tu as suffisamment confiance, parce que tu sais que tu trouveras un lieu pour pioncer, pour pioncer, pour pioncer, j'arrive plus à parler, pardon, pour dormir, j'ai dit un autre mot pour pioncer et pour dormir, donc facilement, donc ça c'est l'expérience qu'on a eue sur les premiers jours, et donc tu lâches une partie de contrôle que tu as amené avec toi aussi.

Invité 1 Ah, intéressant.

Jean-Lin Donc tu lâches complètement ça, et tu te dis, ben je sais que… je suis convaincu que dans les jours qui viennent, je ne vais pas m'en trouver dans la panade parce que j'aurais lâché mon sac de couchage. Parce que je crois…

Invité 1 Et vous avez réussi vraiment sur les 17 jours suivants, après les avoir renvoyés, à trouver à chaque fois un toit, un lit ? Ah ouais ! Ah ouais ! C'est hallucinant ça !

Jean-Lin Donc tu vois, tu… et c'est là où tu te rends compte que finalement tu es accroché, si tu extrappoles un tout petit peu et on sort juste un instant du cadre du vélo, en fait le vélo est une expérience à cet endroit-là pour te rendre compte que, en fait, dans un milieu qui te semble a priori hostile avant de partir, en fait, tu n'as pas besoin de grand-chose. Hum… Bien sûr, tu as un vélo, bien sûr tu as des pompes, bien sûr tu t'es entraîné, bien sûr tu as de la flotte, bien sûr tu as de la bouffe, bien sûr tu as une carte bleue, tu as un téléphone… Voilà, mais lorsque tu y penses, lorsque tu fais le chemin inverse et que tu regardes un type qui s'appelle Pascal Plein, qui est décédé malheureusement, qui a fait le tour de France je ne sais plus combien de fois, 10 ou 15 fois, il faisait tout ça sans téléphone, sans GPS et avec des cartes. Donc, et en revanche, lui avait gardé son matelas et un sac de couchage pour faire le tour de France. Donc, ça mène exactement au sens inverse de nous, on a gardé nos GPS, nos téléphones et on a lourdé le reste. Donc, ça veut aussi dire, tu vois, ça prouve encore à quel point on était quelque part un peu attachés à nos téléphones, alors on était tous, tous les deux ravis, lui, d'avoir ses enfants en FaceTime et moi d'avoir nos fames au téléphone. Et puis, eux avaient été heureux quand même d'avoir de nouvelles pour leur dire qu'on allait bien, tout simplement. Oui. Mais ça te pose encore des questions sur qu'est-ce que tu es prêt à lâcher.

Invité 1 Oui.

Jean-Lin Alors, justement, il n'y a pas une…

Invité 1 Pardon, vas-y, vas-y.

Jean-Lin Et quelle est la force de l'environnement, c'est-à-dire ta femme, tes enfants, tes potes, si tu n'es pas marié ou ton copain ou ta copine ou peu importe, sur toi, c'est-à-dire jusqu'à quel endroit tu es prêt à lâcher ça ? C'est une autre histoire, hein ?

Invité 1 Oui. Oui, clairement, oui. Tu vois, là, spontanément, si je m'imagine sur des tripes un peu longues que j'ai faites, s'il avait fallu que je lâche mon matelas, mon duvet, ma tente pour… Je n'ai jamais fait un truc comme ça, mais du coup, que je dépende quelque part… C'est comme ça que je vois spontanément, que du coup, je dépende de l'aide d'autrui. Eh oui. Oui, j'avoue que ce n'est pas évident, tu vois. Il n'y a pas eu une forme de pression associée à ça ? Comment vous vous organisiez, du coup, vous rouliez jusqu'à une certaine heure et après, vous cherchiez un toit ou ça se passait comment ? Oui, oui.

Jean-Lin Oui, tout à fait. Et après, tu as de merveilleuses applications, Booking, pour ne pas la nommer, pour trouver un truc rapido, et tu te rouves, en fait. Ok.

Invité 1 Ah oui, d'accord. Ok, ok. Donc, vous ne comptiez pas uniquement sur la générosité de gens qui vous hébergeaient comme ça, spontanément ? Non.

Jean-Lin Non.

Invité 1 Ok, ok.

Jean-Lin Et là aussi, qu'est-ce que tu lâches, tu vois ? Qu'est-ce que tu laisses tomber ?

Invité 1 Oui.

Jean-Lin Donc, il y a plein de choses… Là, on parle d'un matelas et d'un sac de couchage, mais maintenant, tu peux aller un peu plus loin parce que… Est-ce que tu as vraiment besoin de trois shorts ou deux shorts, peu importe, et de maillot ? Est-ce que tu peux en garder qu'un seul et trouver un moyen de faire une machine quoi t'en entend ? Qu'est-ce que tu décroches de toi ? De quoi n'as-tu pas besoin ? Ou de quoi as-tu besoin ? Formule-le comme tu veux, mais dans les deux et les deux cas, c'est ce que tu gardes à l'essentiel.

Invité 1 C'est vraiment intéressant, comme tu dis, ce retour à l'essentiel. Et ça, c'est quelque chose que vous aviez anticipé tous les deux ou ça a été une espèce de découverte, une prise de conscience après quelques jours ? De façon générale, parce que tu as dit que le matelas est arrivé au troisième jour et visiblement, c'était plutôt… Vous l'avez réalisé à ce moment-là, mais de façon plus générale, ça s'est

Loïc passé comment ? De façon plus générale, en termes d'organisation,

Invité 1 tu veux dire ? Oui, cette notion de retour à l'essentiel, c'est quelque chose que vous avez cherché à faire au-delà du matelas et du duvet que vous

Jean-Lin avez renvoyé ? Pour moi, c'est vraiment… En tout cas, en ce qui me concerne, c'est vraiment apparu au fur et à mesure. Et je me suis dit, en fait, tu vois dans les choses essentielles, bien sûr, ma femme, bien sûr, ma famille, bien sûr, mes potes, bien sûr, ceci, bien sûr, cela. OK. Mais en fait, ce qui m'a été surtout important, c'est de dire, mais en fait, lorsque tu fais un effort physique aussi important, au début, par exemple, je vais te prendre un autre exemple, on parle de la bouffe. Parce que lorsque tu fais un effort physique de 250 bornes ou 300 bornes, peu importe, en fonction des journées, ou 150 en fonction des journées avec beaucoup de dénigelés, tu bouffes. Parce que tu as peur de crever la dalle. Ouais. Et d'être en niveau une heure et demie après le début de ton col. Ou bien parce qu'il va faire froid ou parce que tu vas monter ou en attitude ou pour une raison ou pour une autre. OK, très bien. Et puis, subitement, tu te rends compte parce que tu as une expérience que tu as eu l'expérience suivante la veille ou l'avant veille. Finalement, tu as fait 100 bornes en bouffant beaucoup moins que la veille. Et puis, finalement, tu n'es ni tombé dans les pommes. Tu n'as pas été moins performant. Et puis, ça se passait bien. C'est intéressant comme expérience. Parce qu'à ce moment-là, tu te dis mais en fait, c'est la peur de mourir de faim, en l'occurrence, qui me fait bouffer avant d'avoir

Invité 1 faim. Ça me fait penser à ce qu'Arnaud disait dans l'épisode que vous avez fait tous les deux sur son podcast. Lui, c'était le froid, je crois. C'est pareil. C'était fascinant de l'écouter dire qu'il s'est surcouvré. En fait, sa peur à lui, sa terreur, c'était le froid. Et il avait déjà partagé aussi qu'il voyait comme il organise la Race Cross France. Pour ceux qui ne connaissent pas, c'est une course de vélo qu'Arnaud Manzani organise en France avec plusieurs formats. Mais je crois que le plus long est à 2200 ou 2400 kilomètres ? 2006, oui. 2006, oui. Les 200 de plus comptent. Et il expliquait en fait que très rapidement au départ, pour les gens qui avaient peu d'expérience, c'était assez flagrant de voir qu'après 100, 200 kilomètres, il y avait pas mal de participants, encore une fois peu expérimentés, qui étaient complètement saturés en sucre. Parce que le réflexe était, tu vois, j'aurai pas d'énergie, ça va pas y aller, je bouffe, je bouffe, je bouffe. Alors qu'en réalité, ça a plutôt l'effet inverse. Le pouvoir du cerveau, c'est fou.

Jean-Lin C'est fou. Et c'est là où, tu vois, il y a toute… Toi qui fais un peu d'études en coaching et toutes ces choses-là, mais ça peut être pris comme surmonter une peur connue type Arnaud, j'ai peur d'avoir froid. Mais ça peut être aussi quelque chose dont tu prends conscience au fur et à mesure que tu as l'expérience de ton aventure. Repartir à l'essentiel pour moi, c'est-à-dire mais en fait, qu'est-ce que je prends dans la vie de tous les jours dont je n'ai… Ou qu'est-ce que j'achète ou qu'est-ce que je mange ou qu'est-ce que j'ingurgite d'une manière ou d'une autre. Ça peut être des fringues, des vélos, des je sais pas quoi, enfin, ou des planches à voile, enfin, tu vois. Mais qu'est-ce que je… de quoi je m'agrège ou de quoi je m'alourdis et dont finalement je n'en ai pas besoin ?

Invité 1 Et qu'est-ce que ça a changé pour toi, si t'es ok pour le partager après cette expérience du coup ?

Jean-Lin Ah ben j'ai… j'ai vendu plein de trucs dont je n'avais pas besoin, tu vois, je me suis séparé de… Ah ouais ? Ouais ouais, ouais. J'ai arrêté de bouffer plein de trucs, je bouge beaucoup moins, j'ai pas maigri pour autant, mais j'ai beaucoup… Mais ouais ouais, il y a des choses dont je me délaisse.

Invité 1 Ah c'est génial de voir qu'il y a eu des enseignements et tout de suite de la mise en pratique après l'expérience.

Jean-Lin Ouais ouais, et puis là, tu vois, pour te donner une idée, tu vois, je cherche du boulot en l'occurrence. Et je suis ravi d'avoir eu des expériences professionnelles que j'ai eu auparavant, mais là je cherche quelque chose de plus essentiel, tu vois. Il y a deux choses qui me tiennent à cœur, j'ai un projet de boîte de vélo, et puis de trouver un truc dans lequel je me retrouve, tu vois, clairement. Et qui soit essentiel à la vie. Voilà, c'est plutôt ça. Il y a une forme de simplicité, en fait, qui dans mon cas, Arnaud te le dira autrement, mais pour moi, dans ma situation, en tout cas, ça a été vraiment une forme de transformation au niveau de la simplicité, de qu'est-ce que je garde dans ce que j'ai vécu. J'ai appris que je n'avais plus forcément besoin d'énormément de choses pour vivre tous les jours que ce que j'arrête de faire. Est-ce que j'ai besoin de partir, j'en sais rien moi, une semaine au ski, deux semaines à Ténérife pour faire de la planche à voile, et puis une semaine, je ne sais rien moi, deux semaines en Martinique pendant les vacances. Ce que je n'ai jamais fait. Je n'ai jamais fait ces trucs-là auparavant, mais est-ce que j'en ai vraiment besoin ? Est-ce que c'est indispensable ou pas ? Est-ce que j'ai besoin de ça pour vivre ? Est-ce que ça me nourrit ? Ou pas ?

Invité 1 Waouh ! À quel moment tu as eu justement cette prise de conscience que ce Tour de France, il a été plus qu'un élément sportif ? Mais visiblement, j'ai l'impression, carrément un milestone perso.

Jean-Lin Ouais, il y a eu deux ou trois moments. Un des premiers, ça a été avec Arnaud qu'on l'a vécu. Je crois que c'est le troisième jour lorsqu'on arrive du côté au nord de Metz. On est accueilli par une personne qui s'appelle Pascal Semet, qu'on connaissait absolument pas, que Arnaud ni moi n'avions rencontré, qui vient d'un autre rencontre. Il fait nuit, il est 22h. Il vient d'un autre rencontre. On avait vécu un coucher de soleil extraordinaire sur les hauteurs. La nuit tombe et Pascal Semet arrive en vélo avec sa lampe, sa dynamo et tout ce qu'il faut. Il nous a dit « Ah, je vous attendais, je vous attendais ! Venez, on vous a préparé un repas à la maison avec ma femme ou vous venez dormir à la maison ? » Authentique, un gars extraordinaire et depuis on a resté en contact évidemment, et qui nous a accueilli comme ça. Et ce moment-là, alors que tu t'y attends pas, il est 22h, tu t'es pris du vent dans la tronche pendant 320 bornes ou 340 bornes, je ne sais plus, et quelqu'un vient t'en rencontre, t'as un phare qui s'allume juste en face de toi dans la nuit profonde et qui te dit « Débouffé à la maison, tu te dis waouh ! » Mais t'es touché, t'es touché. Tu te rends compte, tu vois. Je veux dire, Renaud et moi, on fait du vélo, on aime ça, on organise des courses, ok, très bien. Tu te rends compte de la gentillesse ?

Invité 1 Ouais, c'est plus que du vélo, c'est de l'humain.

Jean-Lin C'est de l'humain, ouais. C'est du cœur, point barre. Ça, ça a été un des premiers moments. Un des seconds moments, ça a été dans la descente du Ventoux. On arrive en haut du Ventoux avec deux Marseillais dont l'un d'entre eux, Seb, avec qui on s'est bien marré, on a raconté des conneries tout du tout du long de la montée, et qui arrivaient en haut, on les laisse, on les salue et tout, ils nous avaient accompagnés pendant, je ne sais plus, 150, 180 bornes. Et on les laisse juste au moment où le soleil va tomber, ouais, tombe. Et dans la descente du Ventoux, moi, j'en ai pleuré d'émotion, et vraiment des larmes aux yeux, de voir la beauté du soleil en train de descendre. J'en ai gardé des photos, c'est somptueux, absolument somptueux. Je me suis arrêté, je ne sais plus, deux ou trois fois avec Arnaud pour voir le soleil se coucher, c'est tout.

Invité 1 Oui. Bon, je ne suis pas surpris, c'est dans le Sud. Le Sud, c'est magnifique. Enfin, c'est à la frontière Sud, mais bon.

Jean-Lin Il faut que je ne te l'ai pas vu venir. Non, mais c'était absolument… Enfin, tu vois, il n'y a pas beaucoup de moments où ça m'a pris d'un point de vue émotionnel comme ça. C'est une larme physique, ce n'est pas une expression au second degré, c'est au premier degré. Parce que c'est beau, c'est autre chose pour moi. Ça, c'était un second très très grand moment. Et le troisième moment, c'est lorsque j'ai retrouvé des copains dans les Pyrénées qui sont venus rouler avec nous le col d'Aspin. Qu'est-ce qu'on a fait ? On a fait le col d'Aspin, Tourmalet, et on en a fait un troisième juste avant, Père Sourde évidemment. Et qu'on a fait avec eux, c'est des copains que je n'avais pas vu depuis deux ans facilement. Et on s'est retrouvé… J'avais la joie d'un enfant qui retrouve vraiment la spontanéité d'un enfant. Tu ressens ça véritablement. C'est assez magique. C'était un grand moment de bonheur pour moi de la retrouver. Et ça fait aussi… Tu vois, je te parlais des choses essentielles. Ben ça, c'était essentiel. C'était vraiment… Clairement. Clairement. Clairement. Après… Donc voilà, c'était toi ces trois choses, trois moments en tout cas qui m'ont clairement vraiment marqué. Ouais. Ouais, vraiment. Super. Ouais, c'est…

Invité 1 On sent quand tu les évoques que ces trois moments-là, ça a été… Émotionnellement, ça a été quelque chose. Ouais.

Jean-Lin Et je trouve que c'est ce… Dans mon cas, en tout cas, ça aurait été vraiment d'être capable d'apprécier et de laisser de la place aux émotions, tu vois, dans mon corps, si je puis dire, pour les laisser vivre. Et tu vois, tu peux le conceptualiser, tu peux l'intellectualiser, tu peux le machin, mais te sentir pris par la beauté d'un spectacle, que ce soit avec des personnes ou bien juste devant un coucher de soleil, ben ouais, c'est pas la même expérience, quoi.

Invité 1 Tu penses que tu aurais eu cette capacité à laisser la place aux émotions et à les écouter si vous aviez été dans un état d'esprit plus compétition, faire un chrono, faire un record ? Non.

Jean-Lin Ouais. Non, mais dans ce cas-là, tu ne regardes pas le coucher de soleil, en fait. Ouais. Ah, mais c'est intéressant. Ouais, ouais, c'est… Ou tu le regardes d'un courant d'œil en disant « tiens, c'était pas mal », et puis après tu te restes la route, quoi. Mais tu t'arrêtes pas. Ouais, tu t'arrêtes pas, quoi. Tu… À un autre moment… Je vais donner un autre exemple. Lorsqu'on part du Mont Ventoux pour aller en direction de Saint-Chignan, donc c'était une journée… C'était la première journée de grosse chaleur, vraiment. On s'est pris du vent, grosse chaleur, et Arnaud commençait à avoir sacrément mal aux pieds, pieds droits notamment. Même pied gauche aussi, tu me diras. Et on arrive dans un patelin qui s'appelle Saint-Martin de Londres, que tu connais peut-être, toi, du côté de Montpellier. Tu m'entends ?

Invité 1 Non.

Jean-Lin Ouais, ouais, mais non, je connais pas. Ouais, je connais ça parce que mon truc, c'est… J'ai arrêté. Et… En fait, on voit une énorme route droite, droite, droite, droite, qui arrive dans un patelin, et on devine trois énormes platanes au fond. Il fait 30… Un bon 30-35 degrés. On… On nous est pris pas mal de voitures, on est un peu fatigué quand même. On arrive au… Un peu avant le dixième jour de course, ou à peu près, ou tu vois, de rando. Et… On voit trois énormes platanes, une fontaine d'eau fraîche, un trocée à l'ombre, et une boulangerie.

Invité 1 J'imagine déjà la suite, là.

Jean-Lin Tu… Donc, le… Que tu fais lorsque tu t'arrives, d'abord, c'est… Un, lorsque tu vois ça, tu t'arrêtes. T'as pas pris le temps, tu t'arrêtes. T'as pas pris le temps, tu t'arrêtes. Deux, t'enlèves tes pompes, tu fous tes pieds dans l'eau, et tu te détends. Et je peux te dire qu'on avait… On a juste… Tu vois, on a… C'est le moment où t'as envie de t'ouvrir une binouze avec ton pote, c'est le moment où tu le fais pas. T'en as juste rien à secouer. T'es juste le moment. T'es un espèce de paradis pour un cycliste qui arrive ici. Et après, tu vois, la première partie de journée qui était un peu violente. Ouais, ouais, on était content d'avoir ça. Et c'est pareil. Là, en mode chrono, ben, même si tu vois ça et que ça t'embave, ben, tu peux t'arrêter si tu veux et mettre plus en temps chrono dans ce cas-là. Ouais, ouais. Ça, c'est… Tu peux… Christophe Edgar, t'as un autre… Un autre… Un grand cycliste d'ultra distance qui a gagné quatre fois la Transcontinental. C'est des choses… C'est des choses… C'est des choses-là. Euh… A fait le Tour de France, je crois, en… En 12 ou 13 jours, tu vois, en mode chrono. Ah ouais, ouais. Vraiment, chrono, quoi. Donc, tu… Voilà, c'est pas le même niveau d'engagement. Et là, tu t'arrêtes pas, quoi. Tu… Tu sautes la première nuit. T'avances aussi long que tu peux. Tu dors un peu après. Tu dors deux heures par nuit ou trois heures par nuit. Et puis, tu… Tu te poses pas de question, quoi. Qu'ils fassent jour ou nuit, peu importe. Là, c'était pas du tout l'esprit de notre truc. Notre… Ouais, de notre Tour. Ouais, notre Tour, c'était vraiment… On voulait en profonde… On voulait pas que j'aie de sportif. On a fait quand même 250 d'or par jour en moyenne. Donc, c'est quand même pas trop mal. Euh… On a bouffé du dénivelé. Et puis, ouais, on s'est… On a profité aussi, quoi. Il y a des jours où on s'est posé une heure ou deux dans un café parce qu'il faisait beau, que la bouffe était bonne et qu'on était trop contents d'être au soleil, quoi. Non mais c'est vrai. C'est aussi ça, hein.

Invité 1 Ouais, ouais. Et comment vous avez géré ça, d'ailleurs ? Parce que, bon, vous connaissant tous les deux, sportivement, vous êtes plutôt… Voilà, entreprenant, un peu des battants, quand même, en termes d'état d'esprit, il faut le dire. Donc, comment ça s'est passé, la collaboration… Enfin, la collaboration, c'était plus qu'une collaboration, mais l'aventure à deux comme ça. En termes d'efforts, vous rouliez à la même vitesse, la fatigue… Peut-être que les deux n'étaient pas fatigués en même temps. Donc, comment ça s'est passé ?

Jean-Lin Euh… En fait, euh… On peut quasiment diviser en deux la route. Les 8, 9 premiers jours, moi, j'étais pas au top. Arnaud roulait plus vite que moi. J'avais un vélo aussi qui était plus lourd que le sien. Euh… Et euh… Et j'avançais moins vite que lui, clairement.

Invité 1 Ok.

Jean-Lin Euh… Et donc… Donc là, vous ne roulez pas ensemble, du coup ? On a roulé ensemble, en fait, euh… Jusqu'à… Euh… Avant Céselles. Donc, au pied, tu vois, des Alpes. Euh… Et moi, je me suis arrêté à Céselles. Arnaud était devant moi, il est arrivé… Il a fait 40… 30, 40… 30, 40 ? Peut-être un petit peu moins. Je ne sais plus. Euh… Il est arrivé à Annecy, en fait. Moi, je me suis arrêté à Céselles. Euh… Et euh… Et euh… Et c'est comme ça qu'on l'a joué. On s'est dit, bah, c'est pas grave, t'es plus rapide que moi. Moi, je partirai plus tôt demain matin, et puis on se retrouvera. Ça, c'était un… C'était un des trucs qu'on a fait. On l'a fait une deuxième fois, le jour suivant aussi. Où, euh… Moi, j'ai… J'ai… Dans le col de la Madeleine, donc c'est 26 km de montée, pour se faire plaisir. Euh… J'ai redescendu, je suis redescendu de l'autre côté. Arnaud, lui, euh… Il a… Il allait plus vite que moi. Il était bien dangereux à ce moment-là. Et… Il est arrivé au col du Vieux Télégraphe le soir même. Et moi, je me suis arrêté juste en bas. Euh… À Saint… Non, Saint-Michel-de-Maurienne, je crois. Euh… Et je l'ai repris le lendemain matin, tu vois. Ok. On a fait… On a fait ça ces deux fois-là. Et après, on a dormi… On a toujours dormi ensemble. Euh… Il y a deux nuits-là durant lesquelles on n'a pas dormi ensemble. C'est tout. Ok. On s'est dit, bah c'est pas grave. Ben, Arnaud va plus vite que moi à ce moment-là. Ben, moi je repartirai plus tôt demain matin et puis je me remettrai dessus, tu vois. Et puis c'est comme ça qu'on s'est fait. Ok. Mais ce qui était… Ce qui veut dire, si on prend un tout petit peu de recul, c'est qu'on s'est donné cette liberté-là. C'est-à-dire… Ouais, exactement. Ouais, ouais. Ouais, ouais. Et de la même manière, tu vois, lorsque Arnaud, lui… Moi, j'ai… En fait, j'avais des problèmes… J'avais un problème de hauteur de selle où je ne trouvais pas… Tu vois, je ne me reconnaissais pas, quoi. Je savais que j'étais capable de plus s'appuyer sur les pédales. J'en étais… J'avais beau essayer, en fait, je m'équisais plus qu'autre chose. Et en fait, j'ai réglé un peu ma hauteur de selle différemment. Un peu le recul à droite à gauche. Et c'est comme ça, en fait, que j'ai retrouvé de la forme et de la puissance, en fait, pour appuyer sur mes pédales. Et lorsque j'ai retrouvé ça, j'étais reparti, tu vois. Et lui, Arnaud, avait des problèmes de pieds, comme je sais, il le savait depuis… Avant de partir, je l'avais déjà rencontré aux U.S. et ainsi de suite. Et sauf qu'on est arrivé à Saint-Chignan, c'était… Il se demandait à chaque fois… Il a dit dans le podcast qu'on a fait ensemble… Il disait… Mais je demandais si… Où était la prochaine gare ? Où était la prochaine gare ? Au cas où j'ai arrêté, quoi, complètement. On peut remonter sur Paris. Et puis, en arrivant à Saint-Chignan, on était flingués. Il faisait chaud. On était arrivé à la mi-parcours, en gros. Et on se tape un resto de ouf. Une énorme pizza et tout, trop bien. On se requinque vraiment. Et soi-même, Arnaud m'a dit… Et Jean, il faut vraiment qu'on trouve une solution. Sinon, c'est plus possible, quoi, en fait. Et puis, ok. Et puis, on commence à trouver des solutions. Et tu vois, c'est aussi ça qui a fait qu'on a duré… Et ça a marché aussi entre nous. C'est qu'on s'est entraîné à un certain moment. On s'est donné la liberté de pouvoir avancer à notre rythme aussi à un moment. Et tu vois, après, dans les Pyrénées… C'est juste pour dire que là, tu vois, à ce moment-là, on l'a entraîné pour trouver une solution. Et on en a trouvé une qui l'a aidé pour le reste de la course. Et un peu plus tard, dans les Pyrénées, moi, j'étais bien, tu vois. Donc, j'avançais et tout. En sortant des Pyrénées, moi, j'étais bien entre Dax et en remontant vers… C'est Dax, oui, c'est ça. De Dax, en remontant toutes les Landes, moi, j'ai avalé les… J'ai avalé les kilomètres… Tu vois, Arnaud s'est mis derrière moi. Et puis moi, j'ai roulé, en fait, vraiment à fond pour avancer le plus vite possible. Je trouvais ça extrêmement pénible, ce point-là. Donc, j'ai tiré tout droit. Et on a avancé vraiment, tu vois. Et puis, à d'autres moments, en Bretagne ou en Normandie, tu vois, j'avais bien un peu avancé à droite à gauche et puis on se retrouvait à un autre endroit et ainsi de suite, tu vois. Mais c'est… Voilà, on se donnait cette liberté de rouler ensemble à certains moments. Et puis, à d'autres moments, on n'était plus ensemble et puis on se retrouvait le soir. Donc, voilà, c'est… Enfin, il y a une grande liberté, je trouve, en fait.

Invité 1 Et ça, vous l'aviez défini avant le départ ? Pas du tout. Ok. Ça s'est mis en place naturellement. Ouais. Cool.

Jean-Lin Ouais, c'est ça. C'est comme ça qui a marché, en fait.

Invité 1 Ouais. Et par curiosité, c'est quoi la solution que vous avez trouvée pour son pied ?

Jean-Lin Ouais. En fait, Arnaud a des orteils, en fait, qui sont plus hauts que le plat du pied. Donc, ce qui fait qu'il y a une tension en permanence sur ses orteils et qu'ils sont beaucoup plus hauts. Et en fait, lorsque tu appuies en dessous des phalanges, ça permet de détendre les orteils. Les orteils retombent. Et donc, en mettant… en roulant une chaussette, on s'est aperçu, en fait, que ça soulageait les orteils d'Arnaud. Et donc, le lendemain matin, ça c'était un dimanche soir, le lundi matin, la pharmacie du Petelin ouvrait, de Saint-Chignon en l'occurrence, ouvrait. Et à 8h ou 8h30 ou 9h, enfin bref, peu importe. Et Arnaud était rentré dedans pour retrouver des espèces de petits coussinets ou des coussins, tu vois, que tu enfiles et qui permettent de soulager tes phalanges. Enfin, d'avoir un appui supplémentaire sur tes phalanges pour soulager tes orteils. Ah ouais.

Invité 1 Ok.

Jean-Lin Ouais.

Invité 1 Voilà. Ok, bon. Merci pour le petit détail anatomique d'Arnaud. Ouais. Intéressant.

Jean-Lin Ouais, ouais. Non, mais tu… T'es livré à toi-même, donc à un moment, il faut trouver des solutions, quoi. Ouais, ouais. C'est quoi la mécanique, quoi. C'est quoi le processus qui est en place pour kiffer qu'eux, quoi.

Invité 1 Ouais. Ouais.

Jean-Lin Ouais, bon, quoi. Plus créatif, quoi. Il y a toujours une solution, il faut… Je trouve qu'il y a… Ouais, il y a beaucoup de solutions qui sont possibles. Et puis, parfois, t'as besoin d'aide d'autres personnes pour t'aider, pour arriver à tes fins, quoi. Ouais. Ouais. Il faut trouver les ressources.

Invité 1 Ouais, clairement, c'est une belle leçon, ça aussi. Tu vois, le fait de… Je trouve ça vachement inspirant de t'entendre raconter comment vous avez… Quelque part, vous vous êtes donné suffisamment de liberté pour… Bon, ok, le projet, vous l'avez fait à deux, mais en réalité, en tout cas, au début, vous ne rouliez pas forcément ensemble, mais vous étiez ok avec ça, ça s'est mis en place naturellement. Et après, par contre, quand les galères… Il y a des galères qui sont arrivées, vous ayez réussi à les surmonter tous les deux. Je trouve que c'est beau en termes de partenariat et d'intelligence, voire un peu quelque part d'intelligence émotionnelle, j'ai l'impression. Ouais, ouais.

Jean-Lin Mais je crois qu'il y a un autre phénomène aussi qui est arrivé, et naturellement, c'est que je crois qu'on a co-construit ce truc-là ensemble. C'est-à-dire que moi, je n'ai pas dit à Arnaud « Non, non, tu m'attends », et lui, il m'a dit « Allez, accélère ». Tu vois, ça aurait pu être ça. Ouais. Voilà, c'est pas comme ça que ça s'est mis en place du tout. Du tout, du tout. La manière dont ça s'est mis en place, c'est de dire « Attends, vas-y, avance ». Et puis voilà, on se tient au courant, on avait des téléphones, on pouvait se retrouver plus tard s'il y avait besoin. Mais on ne l'avait pas du tout anticipé. Et je crois que ça a été en fait… Je crois que c'est quelque chose qui nous a fait… Qui a permis… Parce qu'on n'avait pas pensé à ce genre de truc-là et parce qu'on n'en avait pas du tout parlé en fait. On avait parlé uniquement du parcours avant. Ouais. Et qu'on s'était dit « Bon voilà, si on arrive à faire 250-300 bornes dans la journée, c'est très bien quoi ». Tu vois, c'est à peu près ce truc qu'on avait en ordre de bataille dans notre tête, dans un coin de notre tête. Ouais. Et en fait, le fait de ne pas avoir… d'avoir laissé beaucoup de vide, là où ça peut être anxiogène pour certains, pour nous en fait, ça nous a permis de créer ce qu'on voulait. De co-créer même quelque chose qui nous a aidés en fait. Tu vois, ça a été l'inverse. C'est-à-dire que le fait de laisser de la place à la créativité et l'imagination au moment où ça allait arriver, finalement, t'es pas en train de te dire « Oh là là, et s'il nous arrive ça, qu'est-ce qui se passe ? » Donc, t'es déjà en train de te mettre dans une spirale un peu négative. T'es au contraire en train de te dire « Ben, on va laisser du vide ». Alors, ça peut être hyper dit comme ça, ça fout les pétoches. Mais en fait, dans la réalité, tu te rends compte que 1, tu te bourres le mourichon en disant « C'est juste ton mental qui va te rattraper en disant « Mais qu'est-ce que tu fais pour avoir un minimum de contrôle sur quelque chose ? » Et en fait, tu gaspilles de l'énergie. C'est tout ce que tu fais.

Invité 1 Tu sais quoi ? Ça me fait penser à… C'est vraiment marrant que tu partages ça. Il y a plusieurs projets que j'ai démarrés en simultané. Du coup, je m'étais dit « Écoute, il faut que je structure vraiment tout ça. » J'utilise une appli qui s'appelle OmniFocus qui permet de faire des listes de tâches avec potentiellement des séquences, etc. Et en fait, il y a un de ces projets où je me suis dit que j'allais aller vraiment dans le détail de la planification. Vraiment dans le détail. Et en fait, il s'est passé exactement ce que tu dis. C'est-à-dire que au bout d'un moment, je cochais des boîtes sur le… J'éliminais des lignes de tâches à faire, mais d'un point de vue fun, créativité, j'ai clairement vu une différence. Il ne se passait plus grand-chose. Je courais après mes tâches. C'est chiant. C'est chiant. C'est vraiment une bonne leçon, je trouve, que vous avez réussi à… Enfin, quelque chose que vous avez réussi à mettre en place dans ce projet, mais qui, à mon sens, s'applique dans la vie pro, la vie perso. Arriver à lâcher prise quelque part et à laisser de la place à l'imprévu, à la créativité, comme tu dis. Et quelque part, ça permet de vivre plus pleinement, j'ai l'impression.

Jean-Lin Dans notre cas, oui. Dans le cas d'une boîte, tu as un environnement qui te dit qu'il faut quand même gagner de l'argent à la fin du mois.

Invité 1 Oui.

Jean-Lin Ce qui ne veut pas dire que ça ne soit pas rentable. Parce que, en fait, ton staff est aussi hyper heureux de participer à un projet, de mettre leurs pattes, et ainsi de suite. Il y a plein de manières de le voir. Ce que je veux dire, c'est qu'on était deux, tu vois. On n'était pas une équipe de 10 ou 15 collaborateurs. Peut-être que ça marche très bien. J'en ai juste pas l'expérience. Et peut-être que ça marche très très bien. Il faut juste faire l'expérience, c'est tout. Mais ce que je veux dire, c'est que la liste de tâches te permet une productivité où le plaisir est moindre, en revanche l'efficacité est maximale. Nous, on était à l'inverse. C'est-à-dire que si tu prends la balance opposée, nous, on était plutôt complètement à l'opposé de ça. Ce n'était pas moins bien, ni mieux, ni quoi que ce soit. C'est juste qu'on l'a fait différemment. Mais c'est une forme qui nous correspondait. Peut-être que dans une autre équipe, la forme de la planification de la tâche, ainsi de suite, est beaucoup plus ajustée. Oui, oui. Donc, je crois que ça aussi est un environnement.

Invité 1 Et puis, c'est peut-être aussi une question de balance à trouver. C'est-à-dire que si je reprends ce projet en particulier que j'évoquais, clairement, la création de ces listes, etc., a aidé. Mais c'est peut-être le niveau de détail dans lequel je suis allé. Donc, comme tu dis, c'est vrai que c'est peut-être contextuel, mais aussi une question de dosage en matière.

Jean-Lin C'est bien d'avoir une expérience-là parce que c'est comme ça que tu l'as appris aussi.

Invité 1 Oui, exactement. Bon, écoute, super intéressant. Et qu'est-ce que tu en retires, toi ? Je vais faire plusieurs questions dans la question, mais peut-être déjà d'un point de vue, même si on l'a un petit peu évoqué, d'un point de vue humain, parce que ce défi, comme tu disais, vous l'avez co-créé à deux. Donc, qu'est-ce que toi, tu retiens de tout ça ? Et avec quoi est-ce que tu repars ? Que ce soit en termes de collaboration, de communication, notamment. Et deux, c'est quoi la suite ? Qu'est-ce que ça a déclenché comme envie à venir, que ce soit sportif ou pas, pour toi ? Pour moi, il y a une étape de priorité qui est remontée à la surface. C'est-à-dire, est-ce que j'en ai vraiment besoin ? Est-ce que c'est l'essentiel ?

Jean-Lin Est-ce que ça me nourrit ? Autrement dit, pas forcément en termes alimentaires, mais aussi en termes d'émotion, de satiété, de réconfort, de bonheur, de joie, de larmes, de ce que tu veux. Mais comment ça me nourrit ? Est-ce que j'ai besoin de cette nourriture-là ou pas ? Ça, c'est un vrai sujet. Ça, pour moi, c'est le genre de truc où tu changes... En ce qui me concerne, c'est vraiment un changement un peu de paradigme où j'étais plutôt dans l'excès de tout avant. Et là, je me dis, tiens, si je me concentre sur l'essentiel, c'est quoi ? Mon essentiel à moi. Je ne suis pas en train de donner de l'essentiel moral, ce n'est pas le sujet. Oui. Mais de quoi j'ai envie ? De quoi j'ai vraiment besoin ? Est-ce que j'ai vraiment besoin d'avoir 10 vélos ? Alors, je n'en ai pas 10, mais où est-ce que juste 2 me suffisent ? Oui. Voilà. Et ça, ça sous-entend de ressentir un besoin physiologique, pour le coup. Lorsque tu as faim, tu sens que ton ventre gargouille. Tu as la sensation de la faim. Est-ce que lorsque tu achètes ton quatrième vélo, tu as la sensation d'un quatrième besoin ? Ou est-ce que c'est une conception mentale ? Je suis désolé, tu es un peu caricatural, mais j'essaie simplement…

Invité 1 Non, mais tu sais quoi, ça me parle beaucoup parce qu'à l'époque où on travaillait ensemble, en fait, je me suis retrouvé à un moment donné avec 4 vélos dans mon petit 32 mètres carrés parisien. Donc, quand je repense la situation, je vois très, très bien ce que tu évoques.

Jean-Lin Voilà. Mais c'est pareil après, ça tu le décuples à tous les niveaux de ta vie après, dans tes potes. Est-ce que tu as besoin de tout ce qu'on a ou pas ? Est-ce que tu as besoin de gagner autant… Je vais être un peu franc, mais est-ce que tu as besoin de gagner autant d'argent ou pas ? Est-ce que tu… Je ne sais rien moi… Est-ce que tu as besoin… On a beaucoup parlé et échangé sur l'environnement, l'écologie ensemble, et c'est un sujet sur lequel on se retrouve à beaucoup d'endroits. Est-ce que j'ai besoin de… Je ne sais rien moi… De prendre un avion pour partir en vacances. Est-ce que je peux y aller en vélo ? Oui. Je tire le trait volontairement… Mais c'est juste pour… Voilà comment moi ça m'interpelle. De quoi j'ai vraiment besoin ? Est-ce que j'ai besoin d'acheter plein de merdouilles qui ne me servent à rien ? Est-ce que juste cultiver mon potager, ça me suffit ?

Invité 1 Oui. Donc ce retour vraiment à l'essentiel, ou en tout cas… À l'essentiel… En tout cas, à ce qui apporte une valeur ajoutée à ta vie, une vraie valeur ajoutée. Oui, exactement. Complètement. C'est du minimalisme en fait, non ?

Jean-Lin Exactement, c'est comme ça que je cours. Oui. Oui, mais absolument. Il y a une forme de minimalisme, pas pour tomber sans des excès de radinerie, au contraire, j'ai de l'argent pour des enfants autistes, pour mon fille qui a atteint une maladie, donc c'est pas du tout… De faire le moins possible, c'est pas ça, mais de faire le nécessaire. Mais pour des… Oui, pour faire le nécessaire. C'est pas… Non, c'est pas… Consommer parce que c'est disponible et parce que j'en ai des moyens, c'est parce que j'en ai besoin.

Invité 1 Oui. Et un vrai besoin, je veux dire, c'est ça que j'entends. C'est un besoin quasi vital. Exactement.

Jean-Lin Vital et puis… Tu vois, tu peux amener un peu… Évidemment, le confort n'est quand même pas désagréable, mais tu vas pas… Bien sûr, j'ai un frigidaire, un four, des trucs un peu évidents comme tout le monde. Tu vois, c'est utile, ça m'est utile, ça m'apporte quelque chose, voilà. Mais je fais de cuire ma viande, je ne suis pas un paléo, je ne sais plus quoi, qui vous savait non cru, voilà. Mais il y a un peu de ce côté-là, c'est de se dire de quoi j'ai vraiment besoin, est-ce que j'ai vraiment besoin du dernier téléphone d'une grande marque connue, ou est-ce que je peux me barasser, est-ce que je peux m'en passer, est-ce que je peux attendre la quatrième ou cinquième génération qui suivra ? Est-ce que… Je n'en sais rien, tu vois, est-ce que j'ai besoin de partir aux huit endroits de la France ou de la planète pour partir en vacances ? Et peut-être que tu en as besoin, ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas le faire. Ça veut juste se poser la question. D'en dire, mais à quoi ça m'apporte ? En quoi ça me nourrit ? Et c'est dur de faire ça, c'est vachement dur.

Invité 1 Ouais, parce qu'il y a un paquet de croyances associées à tout ça, tu vois, puis on ne va pas faire du marketing de bas niveau, mais on est aussi exposé à une quantité de messages qui peuvent faire penser qu'on a tout le temps besoin de plus, mieux. Puis tu vois, dans le cadre du sport, si je regarde… Dans le sport, c'est très facile de tomber dans… Est-ce que j'ai besoin d'acheter un nouveau vélo pour aller plus vite ? Ouais, exactement. Exactement, ouais. Mais ouais, non. Clairement, écoute, super intéressant comme message. Et sur la suite alors, qu'est-ce que ça t'a donné ? Dans quoi est-ce que tu te lances pour pouvoir revenir sur le podcast défrappé et nous partager la prochaine aventure complètement folle ? Ce serait quoi le teasing que tu nous fais aujourd'hui ?

Jean-Lin Non. Non. Non. Il y a quelques courses, en fait, de vélo en France qui me font très envie. Donc, j'y participerai. Ce n'est pas forcément des trucs des courses de 5000 bandes, loin de là, bien au contraire. Mais c'est de repasser dans les traces d'anciens cyclistes notamment qui ont fait des courses extraordinaires, qui étaient des athlètes de très, très haut niveau dans les années 1910, 1920, 1930, qui ont fait des courses mais hallucinantes en pignon fixe, en simple pignon ou en double pignon et qui ont traversé des massifs. Il y a d'ailleurs un Suisse qui l'a refait il y a quelques années de ça, Patrick Seabase, qui a fait une étape de 310, 320 ans, je ne sais plus, à travers les Pyrénées, en pignon fixe et sans frein. Donc, voilà, il y a des petits trucs comme ça. Ah ouais.

Invité 1 Sans frein, mais quoi ? Si on ouvre une petite parenthèse, comment il gère ça sans frein ?

Jean-Lin En dérapant. En bloquant sa voie arrière. Ah ouais, à la vraie quoi. Ah ouais, là c'est… Mais je ne le ferai jamais, tu vois, je mettrai des freins dans le vélo et je recommande à personne de faire ça, vraiment sur des longues distances et en descendant d'autres fois en compte de ça. Non, non, il faut vraiment être entraîné, quoi. Il y a des auditeurs, donc il ne faut quand même pas raconter tout et n'importe quoi. Oui, oui. Il faut quand même être un peu prudent, je veux dire, c'est dangereux. Le mec a l'expérience, il est physiquement extrêmement affûté, il n'y a aucun sujet là-dessus, mais il faut quand même être un peu prudent, quoi. Donc voilà, donc il y a des petits projets comme ça. Il y a l'année prochaine, il y a aussi une superbe traversée qui est organisée d'un point de vue cyclotouriste, qui est organisée par Stéphane Gibbon, qui s'appelle La Réconciliation et qui part notamment des plages du débarquement en Normandie pour finir et passe au travers notamment des plaines de la Première et Seconde Guerre mondiale, en traversant évidemment la Somme, la Marne, Verdun et terminant en faisant un tour en Allemagne, pardon, pas en Allemagne, pardon, mais en Alsace et terminant à Belfort en gros. En passant, donc tu prends la Première et Seconde Guerre mondiale et tu prends les terrains de bataille de la Première et Seconde Guerre mondiale. Donc ça, ça ne va pas être piqué des hannetons. Il y a des petites choses comme ça qui me parlent et qui me font plaisir. Il y a des courses qui sont vraiment avec ses performances, mais qui ne sont pas du tout organisées avec un organisme et ainsi de suite. Donc, c'est plutôt des routes que je sais de faire le plus rapidement possible, en tout cas pour mon niveau et ma condition physique. Et puis, il y a des routes que j'ai envie de voyager, de prendre pour effectuer un parcours, quoi, véritablement. Waouh !

Invité 1 Voilà ! Écoute, ça donne envie. Si tu devais, on arrive à la fin, si tu devais peut-être, fort de ton expérience de ce Tour de France avec Arnaud, et surtout des enseignements que tu as attirés, qu'est-ce que tu aurais envie de partager ? Alors, c'est un peu la question classique, mais le conseil que tu donnerais du coup, ce serait lequel ?

Jean-Lin Trouvez un truc fou dans votre tête, préparez-vous et puis allez-y sans me poser de questions, quoi. Vraiment, il y a un endroit où on imagine toujours la solution, enfin on imagine la solution au problème avant de poser la question. Bref, moi je commencerai par la question et puis on me lancerait.

Invité 1 Commencer par la question est censée. Ouais !

Jean-Lin Ouais, tu... C'est vraiment ça, c'est... Se laisser cette... C'est vraiment le choix de la liberté. Ouais. C'est vraiment le choix de prendre le temps de choisir ce que je veux faire différemment.

Invité 1 Bah écoute, on retiendra ça, savoir faire le choix de la liberté. C'était génial de... Bah de... D'écouter... J'ai bu tes paroles, hein. Il faut définitivement que je recontacte Arnaud pour... Pour avoir son histoire aussi de son côté, mais... Ça avait l'air incroyable comme expérience. En tout cas, ça fait plaisir pour tous les deux que vous ayez réussi à la... À la co-construire ensemble. C'est vraiment génial. Encore merci d'être venu... Bah d'être venu la partager avec nous. Et hâte de diffuser tout ça. Je suis sûr que ça inspirera un paquet de gens. On a échangé pas que sur l'aspect sportif. C'est ça que j'ai trouvé vraiment passionnant dans la conversation. Plein d'enseignements. En tout cas, moi, il y a plein de choses avec lesquelles je repars. Tu vois, j'ai pris des petites notes pendant qu'on échangé. Donc, encore merci pour tous ces partages Jean-Lin. Et puis, je te souhaite tout le meilleur pour la suite, pour tes prochains projets. Et je te dis, j'espère à bientôt. Avec grand plaisir Loïc. Merci à toi. Merci d'avoir écouté cet épisode du podcast Les Frappés jusqu'au bout. J'espère qu'il vous aura intéressé, même inspiré pour vos différents projets, qu'ils soient pro ou perso. Je vous invite à nous faire parvenir vos commentaires, vos feedbacks, vos suggestions d'invités également, directement par email à contacte-lesfrappés.com Et enfin, si vous souhaitez nous soutenir dans cette aventure, N'hésitez pas à nous laisser une note sur les différentes plateformes d'écoute que vous utilisez, ainsi qu'un commentaire. Et je vous dis à la semaine prochaine pour un nouvel épisode. Ciao !

Transcription automatique relue · susceptible de contenir des imprécisions.

À écouter aussi · Vélo

Dans le même univers.

  • Arnaud
  • Stéven
  • Émilie
  • Nicolas Leroux

Reste dans la boucle

Le podcast dans ta boîte mail.

À chaque nouvel épisode, l'histoire à écouter et deux-trois trucs qu'on ne met pas ailleurs. Désinscription en un clic.

S'abonner →