Liv Les frappés de sport de haut niveau Quand on bascule dans le sport de haut niveau, il y a quand même un gros changement qui se fait. Si on veut réussir, on doit être dédié à 100%, à 110% à ce qu'on fait. On va dormir escalade, on va rêver escalade, on va manger escalade, on va aller au lycée en pensant à l'escalade. Et c'est vrai que quand on s'inscrit dans une démarche de haut niveau, on doit vraiment se tenir à une certaine rigueur.
Loïc Hello, hello ! C'est Loic Blanchard, le créateur et host du podcast indépendant Les Frappés. Je suis un ancien sportif de haut niveau, aujourd'hui reconverti en sportif aventureux, mais aussi entrepreneur, coach et préparateur mental certifié. Passionné d'outdoor et de défis en tout genre, j'ai voulu créer une communauté autour des valeurs de résilience, de dépassement de soi et de détermination en vous offrant chaque semaine des conversations inspirantes avec des invités incroyables issus d'univers très variés. J'ai reçu aussi bien des athlètes olympiques que des entrepreneurs à succès, des aventurières professionnels ou encore des anciens des forces spéciales. Leur point commun, la passion pour leur projet et l'audace de se lancer. Alors fonçons ensemble découvrir mon invité de la semaine. Excellente écoute à vous Les Frappés ! Les Frappés Eh bien écoute, bienvenue Liv sur le podcast.
Liv Merci.
Loïc Je suis ravi qu'on arrive enfin à faire cet enregistrement. Ça a pris du temps, je crois que c'était en avril la première fois qu'on a échangé, avril 2022.
Liv Oui, c'est ça. On peut dire qu'on a des vies très actives et des journées bien chargées, c'est pas toujours fait.
Loïc C'est ça, c'est ça.
Liv De prévoir trop à l'avance les journées où on va être à la maison derrière un ordinateur. Exactement, exactement.
Loïc Surtout que toi tu vas nous en dire un peu plus, mais tu as un paramètre quand même important à prendre en compte pour ton activité de tous les jours qui est la météo. Exactement. Parce que tu ne travailles pas sur une chaise derrière un écran. Ecoute, ce que je te propose, c'est tout simplement de commencer par le commencement, te présenter, nous expliquer un petit peu qui tu es et quel est ton parcours.
Liv Ok, très bien. Alors, je m'appelle Liv Sansose. Liv, c'est un prénom norvégien, mais je suis française. Je suis née en Savoie, à Boursin-Maurice et j'ai grandi en skiant sur le domaine des arcs, en fait, qui fait partie de la ville de Boursin-Maurice. Donc, la montagne, le ski ont toujours été des choses très présentes. J'ai eu des parents qui nous ont assez vite appris à aimer et à protéger aussi la montagne, à mon frère et à moi, mais qui n'étaient pas forcément des alpinistes ou des grimpeurs. Mais moi, petite, j'ai commencé à lire des livres de montagne et j'ai eu envie de faire de la montagne, de grimper. Mes parents m'ont inscrite à un club d'escalade quand j'avais 14 ans et je suis tombée vraiment amoureuse de cette activité qui m'a amenée à faire de la compétition. Et de fil en aiguille, j'ai intégré l'équipe de France, j'ai été plusieurs fois championne du monde d'escalade, aussi bien chez les jeunes au début qu'en seniors. J'ai gagné trois Coupes du Monde en général et j'ai dû faire une cinquantaine de podiums internationaux. Donc, j'ai un gros, gros vécu en tant que compétitrice et athlète de haut niveau derrière moi. Mais maintenant, aujourd'hui, en 2022, je finis ma formation de guide de haute montagne et je vis à Chamonix où j'emmène des gens aller en montagne, réaliser leurs rêves. Et je trouve ça, c'est une très belle façon de vivre la montagne aussi.
Loïc Génial, génial. Et cet été, ça n'a pas été trop compliqué du coup d'emmener les gens avec la sécheresse, la canicule en montagne ?
Liv Cet été, disons que c'était un été très particulier qui était un peu, comment dire, inquiétant. En fait, on s'est dit mais ça va être quoi la suite ? Si tous les étés sont comme ça, ça va être très compliqué. Après, en fait, on s'adapte. Le mot mettre dans notre métier, c'est adaptabilité. Et on s'adapte si les glaciers deviennent trop dangereux, il faut aller dans des zones où il n'y a pas de glaciers, il faut refaire du rocher, on s'adapte. Mais il ne faudrait pas que ce soit tous les étés, des étés aussi caniculaires, avec des températures aussi élevées.
Loïc On croise les doigts. Ok, donc escalade. Alors, je ne connais pas grand chose à l'escalade pour tout te dire. Est-ce qu'il y a plusieurs catégories ? Est-ce qu'il y a plusieurs types d'escalade ? Comment est-ce que c'est organisé d'un point de vue compétition, fédération ?
Liv Alors, l'escalade est fédérée, bien sûr. Il y a une fédération qui s'appelle la FFME, Fédération Montagne et Escalade, qui est organisée comme tous les autres sports, avec des clubs, des comités, avec des dirigeants. Les compétitions se passent toujours sur murs artificiels, tout simplement parce que, quand une compétition est organisée, il faut que des ouvreurs puissent venir une quinzaine de jours à l'avance pour ouvrir des voies nouvelles. Si on organisait les championnats du monde dans le Verdon, tous les grimpeurs français, on serait vraiment plus avantagé que les grimpeurs étrangers qui n'auraient jamais grimpé là-bas. Donc, en fait, les compétitions se font souvent à l'intérieur, dans des halls de sport, aux Zeniths à Paris, enfin, ça peut être dans plein d'endroits différents, dans toutes les villes du monde, et sur des murs qui sont montés de façon provisoire pour la durée de l'événement. D'accord. Ça fait que tout le monde pourra être, un, l'événement pourra avoir lieu, quelles que soient les conditions climatiques, on va pouvoir faire venir aussi des médias, et tout le monde sera à égalité, puisque les voies vont être tracées par des ouvreurs que personne ne connaît, et donc on aura un vrai format de compétition.
Loïc D'accord. Et le niveau de difficulté, pour rentrer un peu dans les détails, je vois en tout cas sur Wikipédia que t'es la deuxième grimpeuse à avoir réussi un 8C+, ça correspond à quoi les chiffres, les lettres, le plus ? J'imagine que c'est un rapport avec la technicité, mais concrètement, un 8C+, ressemble à quoi dans les faits ?
Liv Alors, effectivement, en escalade, on a une échelle de cotation. Quelqu'un qui commence va commencer dans du 5, quelqu'un qui grimpe un peu plus va être dans du 6, et puis après, si on grimpe régulièrement, on va atteindre le 7e degré, et si on grimpe vraiment beaucoup, le 8e degré. Donc, pour être plus précis dans ces cotations, on a rajouté des chiffres et des plus. Donc, quelqu'un qui commence, il va être dans le 5A, 5B, après il y aura le 5C, ou le 5C+, et après on passe au 6A, 6A+, 6B, 6B+, 6C, 6C+, et ainsi de suite. En 2000, à l'époque, en fait, il y avait les meilleures cotations, enfin, il y avait une femme qui avait réussi un 8C+, et moi, la même année, j'ai aussi réussi un 8C+, qui était la cotation la plus élevée qu'on pouvait trouver à ce moment-là chez les femmes. Aujourd'hui, chez les femmes, il y a une Autrichienne qui a réussi un 9B, par exemple. Donc, en 20 ans, le niveau a vraiment augmenté, ce qui est une super belle chose. Et puis aussi, ce qu'il faut voir, c'est que comme l'escalade est un sport très technique et bien sûr physique aussi, mais la technique est très importante, les femmes arrivent quasiment au même niveau que les meilleurs hommes. Il y a assez peu d'écarts entre les meilleures femmes au monde et les meilleurs hommes au monde. Et ça, c'est assez chouette, en fait. C'est un des rares sports où on retrouve une différence aussi assez peu marquée. Et un 8C+, ben, un 8C+, maintenant, les femmes font du 9A assez assez… Plein de femmes font du 9A. À l'époque, on était deux à pouvoir grimper du 8C+, et puis après, il y en a eu dix qui ont fait du 8C+, puis maintenant, ben, elles sont dans le 9A, 9A+, 9B. Voilà, ce sont des voies qui sont très dures physiquement, qui demandent une excellente maîtrise, une excellente mémorisation. En fait, tous les mouvements, on les a répétés, on les a travaillés peut-être des quinzaines ou des trentaines de fois. Ils sont tellement présents dans nos têtes, tellement mémorisés, on est tellement précis au millimètre près sur comment prendre la prise, sur comment placer son pied, sur comment placer son bassin, sur le rythme qu'il faut donner, sur la vitesse d'exécution des mouvements, qu'on va arriver à faire ces voies qui sont très dures. Ça va être des voies qui vont être raides, déversantes, souvent dans des gros dévers, voire pour certains dans des grottes, avec des prises pas toujours très grosses, avec des mouvements très dynamiques, très éloignés. Voilà, il y a plein de voies différentes. Il n'y a pas un type de voies dures, mais plein de types de voies dures qui correspondent aussi au type de rochers sur lesquels on est.
Loïc D'accord. Et toi, en l'occurrence, cette 8C+, elle s'est faite où ?
Liv C'était aux Etats-Unis, dans l'état du Nevada, en fait. J'étais là-bas avec un ami français qui voulait travailler en 9A et qui m'a dit, il y a un 8C+, je pense que tu es capable de le faire. Moi, je ne m'étais jamais dit que je serais capable de faire un 8C+, mais il avait plus confiance en lui que moi en moi. Je me suis dit, ok, ça vaut quand même le coup d'essayer, on y va. Et donc, on s'est encouragé mutuellement. Moi, je le soutenais pour son 9A et lui, pour mon 8C+.
Loïc Génial. Génial. Combien de temps tu restes engagé dans le… comment est-ce qu'on appelle ça ? Dans la paroi, du coup ? À partir du moment où tu commences un… tu vois, en train, on dirait une trace, mais en escale, ça a quel nom ?
Liv Quand on commence…
Loïc Une voie, une voie, exactement. Oh là là. Une voie, évidemment.
Liv Non, ça peut durer 40 minutes, ça peut durer 20 minutes. Il n'y a pas de…
Loïc Il n'y a pas de… Ok.
Liv Il n'y a pas de règle générale, puisqu'une voie peut faire 25 mètres comme elle peut en faire 50 ou plus. Ce sont des voies assez courtes, en général, ce ne sont pas des grandes parois de 1000 mètres. Mais quand on est en escalade dite sportive, c'est-à-dire dans la très haute performance, voilà, ça va être des voies assez courtes. D'accord. Quand on est en montagne ou en big wall, par contre, on va être sur des voies qui vont faire 1000 mètres de haut. Et là, on peut passer plusieurs jours en parois. Mais là, on est dans une autre partie de l'escalade. Ce qui fait la richesse de l'escalade, en fait, c'est que c'est vraiment une activité à multifacette. On va avoir du bloc, comme à Fontainebleau, par exemple, des blocs de graisse. Donc, on n'a pas de cordes, on a juste des chaussons, on a un crash pad pour se réceptionner en cas de chute. Et on va faire 5, 7, 10 mouvements très intenses, très durs. On va être vraiment sur de la force, de la force explosive. Et ça, ça s'appelle du bloc. Après, on a l'escalade sportive en voie, ce qu'on appelle la difficulté. Donc là, on va être encordé. On va faire 25 à 50 mètres de hauteur. Et puis après, on a l'escalade qui est plus de l'escalade de Big Bowl ou de l'escalade alpine, comme en montagne, ce qu'on retrouve, où on va partir pour des grands voyages sur plusieurs jours ou même que sur un jour. Mais ça va être des voies entre 300, par exemple, dans le Verdon, des voies de 300 mètres ou plus selon les endroits. Voilà, c'est ce qui fait toute la richesse de ce sport. C'est que c'est une activité extrêmement variée. On peut décider de se spécialiser que dans le bloc ou que dans la difficulté, comme on peut décider de s'ouvrir à toutes les pratiques. Je n'ai pas parlé non plus du psychobloc, du water deep soloing, qui est une activité où on grimpe sans être encordé au-dessus de l'eau. Et si on tombe, on tombe dans l'eau. Il y a aussi cette activité qui s'est développée. Donc voilà, l'escalade, c'est très riche dans le sens où on peut la pratiquer sous plein de formes différentes.
Loïc Oui, génial. Oui, on avait eu la chance d'avoir Julia, Julia Vira, que tu connais du coup, qui était venue nous parler de son, entre autres, de son ascension de El Capitan. Et de mémoire, c'était, je crois qu'elle a passé 12 jours sur la paroi, toute seule, 12 ou 13 jours, avec, bah oui, plus de 1000 mètres de dénivelé. Donc ça avait l'air assez exceptionnel comme expérience.
Liv Julia est une très bonne amie. Elle était partie, elle était partie donc en solo, en solo auto-assurée, faire cette voie d'artif au Yosemite, sur une paroi de 1000 mètres. Et elle a effectivement resté entre, j'allais dire 11 jours, mais peut-être que c'était 12. Il faut savoir que quand on part comme ça en paroi et en plus seule, on doit, c'est vraiment un très gros travail. C'est une grosse mission parce qu'il faut hisser son eau pour 11 jours, il faut hisser sa nourriture pour 11 jours. On hisse tout, en fait. On ne retouche plus seul pendant une dizaine de jours, comme elle a fait. Ça veut dire qu'il faut de l'eau pour tenir 11, 12 jours. Il faut de la nourriture pour toute cette durée. Il faut avoir son duvet, ses vêtements. On hisse son portaledge. Le portaledge, c'est cette plateforme qu'on ouvre tous les soirs pour dormir dessus en paroi. Donc c'est vraiment un voyage extraordinaire. mais c'est un voyage qui est dur. Il faut être vraiment solide.
Loïc Moi, c'est vraiment ce que j'avais retenu de cette expérience. Elle nous expliquait, je crois que c'était le dernier jour ou l'avant-dernier jour, elle a passé la journée à pleurer. Littéralement, la journée à pleurer, visiblement. Tu vois que c'était une vraie expérience physiquement très difficile, mais aussi intérieurement, il y a plein de choses qui s'étaient passées. Donc c'était un super récit. Donc voilà, s'il y en a qui sont intéressés, Julie Avira, l'épisode, je ne me rappelle plus du numéro, mais je mettrai tout ça. Je mettrai le lien en description du tien aussi, s'il y en a que ça intéresse. Excellent. Donc tu disais, début de ta pratique de l'escalade à 14 ans. Qu'est-ce qu'il fait maintenant avec le recul ? Tu penses que tu as accroché aussi fort ?
Liv Je pense qu'avant tout, c'est la personne qui nous a encadrées au club, qui était un guide d'Haute-Montagne, passionné d'escalade, qui venait des Calanques de Cassie, et qui a su nous transmettre, en tout cas me transmettre, son amour pour l'escalade. Et je pense que c'est ça qui a fait vraiment des clics en moi. Il nous a emmenés, après quelques semaines au club, la rentrée était en septembre, après quelques semaines, on va aux vacances de la Toussaint avec lui, dans les Calanques. Et là, vraiment, je suis amoureuse de ce sport, où je me dis, mais l'escalade, c'est la liberté. On est trop heureux, on est trop les rois du monde, d'être là sur ces rochers, sur ces vires, à grimper des voies qui sont magnifiques, au-dessus de l'eau. Et puis à chaque jour, je faisais des gros progrès, donc c'était très encourageant pour moi. Il y avait vraiment cette dimension de nature, de liberté qui était très forte. Et en même temps, c'est ce côté, aujourd'hui, j'ai fait du 6B, demain, je vais faire du 6C. Et puis j'y arrivais, j'avais vraiment envie. Donc c'était que des feedbacks positifs. Et ça m'a encouragée à grimper de mieux en mieux, à grimper plus. Et ce qui m'a permis de passer vraiment un cap, en fait, c'est qu'à 14 ans, j'ai eu mes premiers championnats de France jeunes. Et je les ai faits la veille. Alors c'était un contexte un peu particulier. Et tout l'été, j'avais demandé à mon papa de m'emmener au faire le Mont-Blanc. J'avais vraiment envie de faire le Mont-Blanc, avant ma rentrée au lycée. Et en fait, on n'avait pas trouvé de créneau, il travaillait, on n'avait pas vraiment eu la possibilité de le faire. Et les quelques jours avant la rentrée de septembre, il m'a dit, allez, on y va, on y va. J'ai le temps, on prend deux jours, on monte au Mont-Blanc. Donc on va faire ce Mont-Blanc dans des conditions qui n'étaient pas forcément faciles. Il y avait énormément de vent, il y a eu du brouillard. À un moment, on s'est un peu perdu sur le dôme du goûter, à la redescente dans le brouillard. C'était difficile de voir les traces, il neigeait. Mais on est rentré sain et sauf. Et le lendemain, je commençais mes championnats de France en étant un petit peu fatiguée quand même du Mont-Blanc. Et surtout, pas vraiment bien entraîné, puisque pendant l'été, le guide qui faisait le club n'avait pas vraiment le temps de nous faire des séances d'entraînement. Et malgré tout, je termine troisième à mes premiers champions de France sans avoir grimpé l'été, en revenant du Mont-Blanc. Donc c'était pour moi vraiment une excellente surprise. Je ne m'attendais pas du tout à ça. Et en discutant avec les copines qui avaient fait la compétition avec moi, qui n'étaient pas de mon club, j'entendais parler de, ah, moi, j'ai un pan d'escalade chez moi, ou moi, mon papa, il m'a construit un pan d'escalade. Donc je suis rentrée dans ma famille et j'ai dit à mes parents, bon, ben moi, je vous mets un pan d'escalade à la maison. Alors ils m'ont un peu regardée en se disant, mais c'est quoi un pan d'escalade ? Et puis qu'est-ce que tu veux ? Tu veux le mettre où ? Mais quand même, ils ont toujours vu que j'étais une petite fille très décidée, très volontaire et que je ne demandais pas des choses qui allaient durer juste l'histoire d'un jour. Ils se sont dit, bon, elle a l'air d'y tenir, elle a l'air d'insister à ce pan d'escalade, on va quand même regarder avec elle. Du coup, mon père m'a dit, mais tu veux qu'on le mette où ? Comment tu vois les choses ? Alors on est allé un peu en bas dans la cave, je trouvais que ce n'était pas très haut, on est monté au grenier. Ben au grenier, c'était intéressant puisqu'il y avait les pans du toit de la maison qu'on pouvait équiper. Alors j'ai dit, ben on va le faire là au grenier. Et on est allé chercher des planches chez mon grand-père, on a fait un gros carré de 4 mètres par 4 qui a été le premier pan d'escalade. Et comme on n'avait pas vraiment de prise d'escalade à mettre dessus, on est allé dans le torrent derrière la maison, on est allé chercher des pierres et puis on perçait les pierres pour les visser sur le pan en bois qu'on avait construit. Et quand on perce une pierre, on la casse une fois sur deux, on casse la pierre. Donc ça a été vraiment compliqué d'arriver à mettre quelques prises d'escalade sur ce pan. Mais voilà, j'avais mon premier pan d'escalade et j'étais tous les jours dessus à travailler des mouvements, à essayer des choses sans vraiment savoir parce que je n'étais pas vraiment guidée à 14-15 ans, on n'est pas bien guidée, enfin toute seule, je n'étais pas vraiment guidée pour savoir comment m'entraîner, savoir quoi faire. Mais comme des adultes de Boursin-Maurice ont entendu qu'il y avait un pan d'escalade chez moi, ils sont venus grimper, ils ont apporté des prises, il y en a qu'on en fait en bois, ils m'ont donné aussi un peu des idées pour l'entraînement et ainsi de suite, de fil en aiguille, on a agrandi le pan d'escalade, on l'a enrichi, on l'a vraiment amélioré et puis il y avait une vraie dynamique sur ce pan d'escalade avec tous les copains qui venaient à la maison, on s'entraînait tous les soirs. Génial. Et voilà, cette dynamique, elle a fait que ça m'a permis de gagner du niveau, de vraiment m'entraîner correctement et à 16 ans de pouvoir intégrer l'équipe de France parce que senior, j'ai intégré l'équipe de France senior en étant vraiment jeune. Maintenant, quand je vois des ados de 16 ans, je me dis, ah ouais, moi je partais à Prague, je partais à l'étranger avec l'équipe de France et j'étais quand même, finalement, j'avais l'impression d'être une adulte, d'être grande mais quand je vois les gamins de 16 ans, je me dis, en fait, j'étais encore une petite gamine.
Loïc Et ton rapport à ta pratique, à la pratique de l'escalade, comment est-ce qu'il a évolué une fois que tu intègres l'équipe de France et je te pose la question parce que, tu vois, tu parlais de cette notion de liberté qui t'a vraiment marquée quand t'as découvert l'escalade mais est-ce que t'as réussi à le retrouver dans le monde du sport de haut niveau ou est-ce que, tu vois, les contraintes des compétitions, de l'entraînement, etc. ont fait que ça s'est peut-être un peu dissipé ?
Liv Quand on bascule, c'est une très bonne question parce que quand on bascule dans le sport de haut niveau, il y a quand même un gros changement qui s'opère. On est à 100% à ce qu'on fait. On doit être dédié, si on veut réussir, on doit être dédié à 100%, à 110% à ce qu'on fait. On va dormir escalade, on va rêver escalade, on va manger escalade, on va aller au lycée en pensant à l'escalade. Et c'est vrai que quand on s'inscrit dans une démarche de haut niveau, on doit vraiment se tenir à une certaine rigueur, on doit s'entraîner beaucoup plus. Mais il faut savoir que le côté liberté est toujours resté là, présent dans ma tête, même si du coup, je m'entraînais plus en intérieur, je voulais prendre moins de risques. Par exemple, je me souviens, à un moment, je me suis dit que je ne vais pas forcément aller skier aujourd'hui parce que je n'ai pas envie de me blesser. Donc c'est vrai qu'on pense que dans les taux de sport, alors que le ski a toujours été quelque chose d'important pour moi et un grand plaisir, une grande source de plaisir, je me suis dit qu'il faut que je fasse attention à ne pas me blesser. Donc on commence à faire plus attention à certaines choses où avant, on ne se posait pas la question et puis, on se spécifie, on s'auto... On vient des formules 1, en fait, on va vraiment très précisément dans le haut niveau qu'on ne peut pas s'éparpiller sur d'autres choses. Mais il faut savoir que ça, c'est une période de la vie, le haut niveau. Ça ne dure jamais toute une vie et après, soit on veut rester dans du haut niveau en escalade, c'est possible, en faisant des voies très dures en rocher, soit on s'ouvre à d'autres disciplines et pour moi, ça a été de revenir à la montagne. en fait.
Loïc C'est un super point, tu as cette notion de transition du haut niveau vers la suite. Est-ce que c'est... Est-ce que la phase post-haut niveau, vous y étiez préparée un petit peu grâce à la FEDE ? Tu vois, en plus, toi, tu étais hyper jeune, 16 ans en équipe senior. C'est quand même, comme tu l'as dit, très jeune. Est-ce que dès le début, on vous expliquait qu'on vous sensibilisait sur le fait que ça n'allait durer avec un temps, que c'était important, je ne sais pas, de continuer ses études, par exemple, d'envisager la suite ou pas du tout ?
Liv Oui, c'est encore une fois une autre très bonne question. Alors, l'après-carrière, je pense que c'est ce qu'il y a de plus compliqué à gérer, peut-être même plus compliqué qu'une blessure pour un sportif de haut niveau. Bon, une blessure, on a une idée, un skieur, il se fait un genou. Maintenant, on a une idée très précise de quand il va reskier ou de quand elle va reskier. On connaît très bien les protocoles de rééducation. C'est toujours très embêtant une blessure et c'est toujours quelque chose de difficile à vivre. Mais l'après-carrière, c'est beaucoup plus compliqué, je trouve, et dans quasiment tous les sports. Il y a peut-être des fédérations qui sont mieux organisées pour encadrer ces athlètes sur la fin de carrière, mais globalement, en fait, globalement, ce n'est quand même pas le cas de la majorité des fédérations qui ont personne pour accompagner. En fait, tout simplement, un athlète, il s'est donné presque corps et âme sur toute la durée de sa carrière, des fois avec beaucoup de succès, des fois avec moins de succès, mais il faut savoir que quelqu'un qui n'aura pas été champion du monde dans sa vie, il se sera quand même entraîné huit heures par jour, comme les autres, comme celui qui aura été champion du monde, et que derrière, quand ça s'arrête, ce n'est pas facile. Ce n'est pas facile. Donc, l'après-carrière est un moment vraiment délicat. Je crois qu'on se dit oui, un jour, ça va s'arrêter dans sa tête, mais on n'a aucune idée de ce que ça veut dire et de ce que ça entraîne. moi, la question des études, elle ne s'est pas posée puisque j'ai mis mes études, j'avais envie d'en faire. Donc, j'ai poursuivi des études en même temps que je faisais le haut niveau. Mais c'est vrai qu'après, quand on a vécu cette vie assez incroyable, assez riche, même presque excitante et pleine d'adrénaline, en fait, ce n'est pas toujours évident de se dire tiens, mais qu'est-ce que je vais faire là ? Alors, souvent, on a des réseaux avec les marques avec lesquelles on a travaillé, souvent, on a aussi d'autres envies à côté, mais parfois, on se cherche aussi pendant quelques années, ce n'est jamais trop évident. Voilà, je pense qu'on pourrait faire mieux au niveau de l'accompagnement des athlètes sur leur fin de carrière et ce serait vraiment bien parce qu'une personne qui a été dans le haut niveau, c'est vraiment une personne, je ne dis pas ça pour nous jeter des fleurs ou quoi, mais voilà, c'est une personne qui est capable de se dépasser tout le temps, c'est une personne qui est capable en situation où il y a un problème, que ce soit dans une entreprise ou quoi, de se dire, allez, je prends le taureau par les cornes et je résous le problème, ça ne veut pas dire que les personnes qui n'ont jamais fait de haut niveau ne sont pas capables de le faire, mais ce que je veux dire, c'est que systématiquement, dans le haut niveau, on trouve quand même des gens qui vont aller chercher loin, qui ont de la ressource, qui vont réfléchir, qui vont vraiment se dépasser parce que dans le haut niveau, on a toujours appris à se dépasser et on est capable de le faire aussi dans d'autres domaines de la vie par la suite.
Loïc C'est super bien dit et tu vois, alors moi, je ne suis pas resté aussi longtemps que toi à haut niveau, mais j'étais pendant quelques années en équipe de France de judo et bon, pareil, personne ne nous a préparés à la suite, en tout cas, on était peut-être trop jeunes, je ne sais pas, mais il y avait un parcours un peu classique que tout le monde suivait qui était de devenir kiné, je ne sais pas pourquoi en judo, mais voilà, c'était kiné, mais sinon, la suite, et en fait, ce que je trouve dommage, c'est comme tu dis, il y a plein d'expériences qu'on vit en tant que sportif de haut niveau qui nous permettent d'engranger, de vraiment, tu vois, apprendre à se dépasser au quotidien, à devenir hyper résilient et ce que je trouve dommage, c'est qu'en fait, en n'étant pas accompagné, on ne s'en rend pas forcément compte en tant que sportif et moi, ça m'a pris peut-être 5-6 ans, tu vois, avant d'intégrer le fait que, voilà, cette expérience de sportif de niveau, en fait, elle m'a vraiment permis, tu vois, de gagner en expérience sur ces points-là, c'est quelque chose que je peux mettre en avant, que je peux mettre en valeur dans mon entreprise mais c'est dommage, tu vois, parce qu'il y a peut-être plein de jeunes qui n'ont pas eu des expériences qui leur ont permis, tu vois, de gagner en confiance en eux et de réaliser qu'ils pouvaient vraiment valoriser leur passif de sportif, sportif de niveau. Enfin bon, bref, on s'écarte du sujet mais hyper intéressant. Quelque chose qui a, alors, j'allais dire qu'il n'y a rien à voir mais si quand même, tu as fait des études en psychologie, c'est ça ?
Liv Exactement. En fait, j'étais hyper intéressée par le côté mental dans le sport et dans la compétition. Je me suis assez vite rendu compte, à 16 ans, je pense qu'on pouvait être super fort physiquement, vraiment très, très bien entraîné, très bien préparé. Celui qui gagnait quand même, c'était, ou celle qui gagnait, c'était quand même celle ou celui qui avait le plus de force dans la tête. Au final, on gagne la compétition dans sa tête avant tout. En tout cas, de mon expérience et de ce que j'ai pu voir autour de moi, on gagne la compétition dans sa tête. Et ce côté-là m'a toujours intéressée, m'a toujours plu. J'ai toujours été quieuse de cet aspect-là des choses. Et donc, je suis allée voir une conseillère d'orientation qui m'a dit « Oui, il faut que tu ailles en psychologie ». Et puis, j'ai suivi un cursus un petit peu particulier parce que finalement, le champ de la psychologie, c'est un champ qui est assez large. Il y a bien sûr la psychologie clinique, mais il y a aussi la psychologie sociale et la psychologie cognitive. Et j'ai vraiment accroché avec la psychologie cognitive et la psychologie sociale. Donc, au final, j'ai fait un master recherche en modélisation cognitive, mais j'ai quand même poursuivi le côté de l'aspect mental en faisant mon stage de fin d'études à l'INSEP à Paris où j'étais dans l'unité d'aide à la performance avec un maître de stage qui était hyper, hyper bon dans ce qu'il faisait. Ça a été une expérience vraiment riche. J'ai pu côtoyer plein de sportifs de plein de sports différents et c'était vraiment très intéressant. Et en parallèle, j'ai fait un DU coaching et performance mentale à Dijon pour aussi entendre d'autres sons de cloche et puis, voilà, avoir d'autres outils. Et finalement, finalement, je ne travaille pas vraiment avec ça puisque je travaille dehors dans la nature en montrant, mais ça n'a pas été du temps perdu parce que quand on est guide de haute montagne, on accompagne des gens et en fait, il faut être quand même, savoir se mettre à leur niveau, savoir trouver les bons mots qui leur parlent, savoir les encourager. Des fois, la montagne, c'est dur. En fait, la montagne, ce n'est pas un plaisir immédiat, c'est un plaisir qu'on a après coup. Quand quelqu'un veut faire le Mont Blanc, ça va être dur. Le Mont Blanc, c'est 4008, c'est presque 5000 mètres. Il y a de l'altitude, il fait froid, il y a du vent, il ne fait pas toujours beau. Les gens vont fatiguer et en fait, il faut trouver la bonne façon de parler qui résonne dans les gens pour les encourager. Il faut trouver les bonnes façons de faire. Des fois, on peut être hyper inquiet. Les gens peuvent être hyper inquiet, hyper anxieux. Il faut savoir les rassurer. Il y a plein de choses que j'ai apprises lors de mes études dont je me sers aujourd'hui.
Loïc Et donc, pardon,
Liv pas sur de la performance et pas sur du haut niveau, mais ça reste quand même intéressant.
Loïc Oui, carrément. Parce que j'allais te demander si du coup, tes études de psychologie, tu t'es lancée dedans une fois que tu as eu, je suis sur ta page Wikipédia pour tout te dire, c'est pour ça, une fois que tu as eu plus ou moins fini ta période de sportif de haut niveau, c'est ça ?
Liv Non, j'ai commencé pendant et puis, comme je ne pouvais pas être tout le temps en cours, en fait, j'ai quasiment fait, j'ai dû faire le DEUG en 3 ans, la licence en 2 ans, la maîtrise en 2 ans. Donc, j'ai étalé mes études et j'ai fini quand j'ai fini ma carrière de compétition.
Loïc D'accord.
Liv Mais j'ai commencé pendant.
Loïc Ok, très bien. Très bien. Et donc, tu nous disais aujourd'hui, 2022, tu te concentres sur devenir guide de haute montagne. Oui, exactement. Tu en es où là, du coup, dans ton parcours ?
Liv Alors, dans mon cursus, j'aurai mon final de guide l'année prochaine, en 2023. Aujourd'hui, comme on dit, je suis aspirant guide, donc je peux déjà emmener des gens, encadrer des gens en montagne, mais je suis limitée par, je suis limitée géographiquement, je ne peux pas aller dans tous les pays du monde, je suis limitée par la difficulté des courses, on ne peut pas faire des courses encore très dures quand on est aspirant guide. Voilà. Et l'année prochaine, je passerai le final du guide de ski en mars et avril et le final du guide était en août et septembre et à l'issue duquel, à l'issue de ça, je serai guide d'hôte montagne où je pourrais exercer dans tous les pays de l'eau et avec toutes les difficultés. Ce qui m'a amenée à ce métier-là parce que c'est un métier qui me faisait rêver quand j'étais adolescente que je lisais les livres de Bonatti, les livres des Rebuka. La montagne, c'est toujours quelque chose qui m'a attirée et quand j'étais adolescente, quand j'avais 15 ans, 16 ans, je me disais, un jour, je serai guide d'hôte montagne. Et puis, j'ai fait de la compétition et finalement, je me suis dit, non, c'est un métier hyper physique, ce n'est pas forcément ce qu'il me faut. peut-être qu'il vaut mieux continuer à faire travailler son cerveau. J'étais vraiment partagée en fait par rapport à ce métier que je trouve à la fois magnifique. C'est un métier de passion mais qui est aussi un métier dur, qui est un métier où on s'expose, on s'expose à des dangers, on a plein d'amis qui peuvent partir dans des accidents, dans des ascensions. Donc, c'est un métier qui est dur. Mais en 2017, je me suis lancé ce petit challenge de gravir les 82 4 millimètres des Alpes. Donc, dans les Alpes, en Europe, on a 82 sommets qui sont de plus de 4 millimètres qui sont répartis entre la France, la Suisse et l'Italie. Et après une année, une série de plusieurs années de blessures quasiment permanentes, tous les six mois, j'arrivais à me casser un bras, une jambe, quelque chose. Je me suis dit, non, là, il faut que je parte sur un projet qui m'a où il y a du challenge qui me remotive, qui me remette sur les rails. Et donc, je me suis dit, mais finalement, pourquoi je pars au Pakistan en expédition, je pars en Patagonie, je vais dans les montagnes du Kanshan en Chine, pourquoi est-ce que je ne me ferais pas un projet plus local à la découverte des Alpes puisque au final, je connais peut-être 20% ou 30% de nos Alpes. Et donc, je me suis dit, allez, je vais gravir les 82 montagnes de plus de 4 millimètres qu'on a autour de nous. Et voilà, ça a été un projet transformatif parce que quand on part comme ça sur une année pour gravir tous ces sommets avec une vingtaine de compagnes et compagnons de cordée qui m'ont rejointe, je n'allais pas toute seule sur les montagnes, j'étais à chaque fois encordée avec un ami ou une amie. Et donc, chacun m'avait donné un peu ses dates et quand je finissais avec un ami, je repartais avec un autre ami et j'ai enchaîné comme ça sur toute l'année l'ascension de ces sommets. Et ça m'a donné, en fait, je me suis dit, non mais en fait, la montagne, c'est trop important pour toi, c'est trop quelque chose que tu aimes, c'est quelque chose qui t'anime, c'est quelque chose qui est ton moteur, qui te donne le sourire tous les matins. Pourquoi est-ce que tu n'irais pas à la formation du guide de haute montagne ?
Loïc Génial ! Et donc ça, ce cursus, tu l'as commencé quand ?
Liv Alors, c'est un cursus que j'ai commencé en 2020, l'année du Covid, avec beaucoup d'incertitudes puisqu'on ne savait pas si on allait avoir les examens. Et puis, heureusement, ils ont maintenu les examens. Notre examen de ski a été annulé en mars puisque le confinement a eu lieu en mars. Le premier confinement le plus dur a eu lieu en mars. l'examen de ski n'a pas pu avoir lieu. Donc, on s'est dit bon, ça va être décalé d'une année. Et en fait, ils nous ont fait l'épreuve de ski en juillet, en même temps que les épreuves d'été. Et c'est une formation qui dure 4 ans et demi. Donc, on commence en juin 2020 et on finit en septembre 2023.
Loïc D'accord. Waouh. C'est super long. Ok. Ok. Donc, 2023, tu rejoindras, si je ne dis pas de bêtises, tu viendras l'une des 40 et quelques femmes guides des hautes montagnes en France.
Liv Ah oui, tu connais le chiffre mieux que moi. Je ne sais même pas si on était 40, mais c'est bien, c'est bien, c'est plus que ce que j'imaginais.
Loïc Ok.
Liv Mais encore assez peu par rapport au nombre de guides masculins, mais c'est une profession, je pense qu'il y avait beaucoup de barrières pour les femmes à se dire à aller faire ce métier et maintenant, on voit de plus en plus de femmes qui s'inscrivent au cours du guide, qui sont d'ailleurs très, il y a de très bonnes techniciennes, il y a des femmes vraiment très fortes et c'est hyper, hyper encourageant et hyper motivant d'avoir cette communauté de femmes rayonnantes autour de soi et d'en faire partie.
Loïc Yes, je connais les chiffres grâce à Julia pour être tout à fait honnête, je crois, mais ça m'avait marqué parce qu'il me semble qu'il y a 1800 guides de haute montagne en France, si je ne dis pas de bêtises, pour, enfin, il y a 40 femmes, donc c'est clair que le ratio n'est quand même pas, n'est quand même pas, enfin, voilà, peut-être pas représentatif de la pratique, quoi, je ne vais pas souvent, souvent en montagne, mais j'étais pas mal à Chamonix là, cet été, et bon, je n'ai pas l'impression qu'il y ait 99% d'hommes en montagne, voilà.
Liv Oui, mais encore, on voit quand même quand on est en refuge sur 80 personnes, il y a peut-être trois femmes au refuge.
Loïc Ah oui ?
Liv On est assez, enfin, moi, en fait, je vois ça sur les refuges principalement, quand je dors en refuge, je me dis, bon, on n'était que deux.
Loïc Ok.
Liv C'est un peu normal, je veux dire, la femme, c'est aussi la maman qui reste à la maison avec les enfants, elle va partir beaucoup moins facilement en montagne qu'un homme qui se posera moins de questions par rapport aux enfants, à les laisser en bas ou quoi, enfin, je pense qu'il y a quand même un fait sociétal là-dessus, et puis après aussi que les femmes ont souvent moins confiance que les hommes et donc se lancent peut-être aussi moins facilement dans des ascensions ou des choses comme ça. Il y a plein de facteurs différents. Et en tout cas, pour ce qui est de la profession, on va avoir de plus en plus de femmes qui vont devenir guides de haute montagne et je pense que, voilà, ça apporte un plus, ça apporte un plus à la profession et il y a plein d'hommes qui apprécient en fait d'être guidés par des femmes et il y a plein de femmes qui apprécient aussi d'être guidées par des femmes.
Loïc Yes.
Liv L'approche est un peu différente.
Loïc Alors, tu nous parlais, donc tu t'évoquais le fait que tu as passé quand même un certain temps dans le haut niveau. On a parlé de la transition, de comment est-ce que ça se gère, que ce n'est pas forcément super évident. Aujourd'hui, plusieurs années après avoir raccroché, je ne sais pas, les dossards, si on parle de dossards, en tout cas, après avoir arrêté le haut niveau, par quoi est-ce que tu l'as remplacé ? je veux dire, comment est-ce que tu as, tu vois, si on considère que le haut niveau occupait vraiment une grosse place dans ta vie, qu'il y a une espèce de vide qui s'est créée, en termes de sensations, en termes d'émotions, comment est-ce que tu arrives à retrouver des choses qui te, tu vois, qui alimentaient la flamme de l'escalade quand tu étais en équipe de France ?
Liv Alors, bon, je la retrouve assez facilement avec les projets, les projets que j'ai en montagne, les projets que j'ai envie de faire en escala d'ailleurs, ça ne va pas être dans le haut niveau, ça ne va pas être poussé, poussé à l'extrême comme on peut le pousser dans le haut niveau, mais voilà, il y a la même excitation à préparer une expédition, il y a la même motivation, la même envie à s'entraîner pour un projet où on sait que, ben voilà, ça va être un projet qui va être quand même costaud, donc il faut vraiment bien s'y préparer, bien s'entraîner. Moi, j'aime bien avoir des objectifs, en fait, j'ai appris avec le haut niveau à fonctionner avec des objectifs et dans ma vie de tous les jours, je me mets encore des objectifs sans me mettre de pression, mais je me dis, bon, là, j'aimerais bien réaliser cette voie ou j'aimerais bien faire cette course en montagne et pour pouvoir faire cette course en montagne, il faut que je m'améliore là ou que je sois vraiment super bien préparée à tel niveau de technicité ou à tel niveau physique. quand j'ai décidé de faire le projet des 82 4000 mètres, comme je l'ai dit, je sortais d'une longue période de blessure et j'ai pris un coach pendant neuf mois avant le projet, je me suis entraînée six jours sur sept, presque comme quand j'étais en haut niveau au final parce que je savais que ça allait être un projet qui allait être très dur physiquement, j'allais enchaîner les journées les unes après les autres, les amis qui me rejoignaient, ils seraient à chaque fois frais parce qu'ils venaient sur une période d'une semaine ou de quelques jours ou de deux semaines parfois, mais moi, j'enchaînais à chaque fois toutes les courses. Donc, pendant neuf mois, je me suis préparée à ce projet avec un coach et en fait, c'est comme ça que je fonctionne quand j'ai un gros projet, je me prépare pour ça, je m'entraîne. Du coup, je retrouve un peu ce que j'avais dans le haut niveau de façon beaucoup moins comment dire, forte et sans pression parce que demain, ce n'est pas les championnats du monde auxquels je vais, je vais faire un projet pour moi qui me tient à cœur et si je n'y arrive pas, c'est que soit je n'étais pas prête, soit on n'a pas eu de chance, mais ce ne sera pas très grave. Même si on peut se dire non, mais pas réussir à gagner les championnats du monde, ce n'est pas très grave. En fait, quand on est sportif de haut niveau et qu'on est dedans, quand on s'en entraînait toute l'année pour ces championnats du monde, c'est quand même, on ne peut pas dire que ce n'est pas très grave parce que c'est dur à vivre de ne pas atteindre l'objectif qu'on s'était donné. En montagne, du coup, je retrouve un peu les mêmes modes de fonctionnement, mais par contre, sans pression de résultat et avec d'autres données aussi qui rentrent en compte puisque quand on fait de la compétition, finalement, on grimpe sur un mur artificiel ou quand on fait une voie dure en rocher, on grimpe en falaise, il n'y a pas vraiment de risque, il n'y a pas vraiment de danger. En montagne, on l'a encore vu là avec les événements récents du Manaslu, les avalanches, en montagne, on a toujours des dangers qui sont là. Il y en a certains qu'on peut contrôler et donc qu'on va éviter, mais il y en a certains qu'on ne peut pas vraiment contrôler et donc pas vraiment éviter. Une chute de pierre à un endroit où on se trouve, ça peut être vraiment la catastrophe ou une chute de serac quand on passe dessous, c'est aussi la catastrophe et ça, on ne peut jamais savoir quand est-ce qu'une pierre va se déloger ou quand est-ce qu'un serac va décider de tomber.
Loïc Oui, ça, c'est un très bon point. En tout cas, c'est un point qui m'intrigue beaucoup. Comment tu fais pour le prendre en compte ? C'est-à-dire que même si tu ne contrôles pas, il y a plein de choses qui ne sont pas du tout dans ta zone de contrôle que tu ne peux d'ailleurs pas non plus vraiment influencer. Si une pierre est délogée à un moment donné, il n'y a pas grand-chose que tu peux faire si tu es en dessous. Mais ce rapport, enfin ce rapport, j'ai l'impression en tout cas qu'en haute montagne, la mort est beaucoup plus visible. Et je te dis ça parce qu'encore une fois, je n'ai pas du tout une grosse expérience de la haute montagne, mais les quelques fois où je m'y suis aventuré, j'ai fait un trek à haute altitude au Népal pendant un peu moins d'un mois. Tous les jours, on passait devant un kerne à la mémoire d'une cordée emportée, une section de chemin qui s'appelait la section des Français parce qu'il y avait neuf Français qui avaient été ensevelis sous des pierres. Et tous les jours, il y avait une espèce de rappel de attention, on est à 5000 mètres, enfin attention quoi. Et ça m'a vraiment ouvert les yeux en fait sur la haute montagne et le fait que, voilà, comme tu dis, c'est pas, ça reste un environnement hostile. Donc j'ai envie de savoir, tu vois, quand ça s'apprête à devenir l'environnement dans lequel tu vas le plus évoluer en tant que guide de haute montagne, comment est-ce que tu le prends en compte ça ? Est-ce que tu le laisses de côté ? Est-ce que tu as une analyse, alors c'est pas du tout péjoratif, mais tu vois froide ou je ne sais pas, tu regardes des statistiques, des probas, tu t'adaptes par rapport à la météo ? Comment tu le gères cet aspect-là ?
Liv Oui, alors je pense qu'à la montagne, il y a à la fois un environnement, un milieu qui est vraiment magique mais qui est aussi hostile comme tu l'as dit. Je pense que le mot est bien adapté. Alors il y a ces dangers qu'on connaît, il y a ces dangers qu'on connaît qu'on va essayer d'éviter et puis après, en fait, c'est plus une forme d'acceptance, bah oui, je suis là en montagne, je dois traverser ces serraques, soit j'accepte de le faire et quand on est là en tant que professionnel et qu'on amène quelqu'un, il faut vraiment avoir expliqué avant la personne, voilà comment on va se passer la course, on va partir à 2h du matin, on va passer là, on va remonter un couloir, on va prendre cette pire sur le glacier et à un moment, on va devoir passer sous une barre de serraques et on ne peut pas garantir que la barre de serraques, elle va tenir ou pas, certainement que la barre de serraques, elle n'aura pas du tout été active depuis un grand moment et on sait qu'il y a assez peu de probabilités pour que ça s'effondre mais il y a quand même une petite probabilité pour que ça s'effondre quand on passe et soit on l'accepte et on prévient vraiment la personne avec qui on doit emmener de comment ça se passe, soit on se dit ben non, en fait, je n'accepte pas de passer sous cette barre de serraques avec cette personne-là, on va faire une autre course. Donc voilà, c'est plutôt un choix comme ça, une course très facile de débutants qui passent sous une barre de serraques, ben personnellement, je ne suis pas motivée d'emmener des gens dans cette course. Une course engagée avec une personne qu'on a déjà guidée peut-être pendant des années avant et qu'on connaît bien et qu'on sait qu'elle a très envie de faire cette course, que nous, on a déjà fait cette course plein de fois, on dit ok, on accepte le risque, on tente, on sait qu'on va essayer de passer très vite sous cette barre de serraques mais on n'est quand même pas à l'abri qu'il se passe quelque chose. Mais c'est, est-ce que j'accepte le risque ? Oui, non. Je ne l'accepte pas, je fais demi-tour ou dès le départ je prévois une autre course, je l'accepte et ben ok, je ne traîne pas sous la barre de serraques, je ne traîne pas là où il y a du danger objectif et il faut espérer que ça se passe bien parce que la montagne, il fait cette course, il passe sous une barre de serraques et il ne s'est jamais rien passé puis ben, une fois, une fois, quelqu'un va passer et il y a un serraque qui va tomber ou alors même il ne peut y avoir personne et d'un coup, les serraques deviennent actifs et ils tombent et on voit tous, on a tous l'info que les serraques à tel endroit sont tombés on sait qu'il ne faut pas aller dans cette zone-là tant que c'est actif comme ça. Donc, c'est plutôt un choix, une acceptance, est-ce que j'accepte ce danger ? Est-ce que je prends le risque oui ou non ? Est-ce que je vais prendre le risque à m'accorder oui ou non ? Et ça, c'est vraiment des décisions qui sont personnelles et propres à chacun. On ne met pas tous le curseur au même endroit par rapport à la prise de risque. Donc, chacun est libre et fait son estimation avec ses propres filtres, ses propres expériences. Quelqu'un qui a déjà eu un accident ou qui a vu quelque chose se passer, ben, voilà, il va traiter l'information différemment par rapport à quelqu'un qui, toujours, tout s'est toujours très bien passé et où il n'y a jamais de problème. Je crois que c'est vraiment à chacun, c'est aussi du ressenti, c'est aussi du feeling, c'est basé à la fois sur la probabilité pour qu'une chute de pierre se passe dans cette paroi, elle est quasiment de 0,01%. Il peut y avoir un côté mathématique et au final, il y a quand même un aspect de feeling, de se dire, je le sens bien ou je ne le sens pas. Et puis, se dire, ok, on va faire ça, on accepte que, ou entre nous, entre amateurs, on accepte que là, on va passer, on va être exposé pendant peut-être 3 minutes ou peut-être 10 minutes. Est-ce qu'on accepte cette exposition au danger ? Oui ou non ? Et si on ne l'accepte pas, on change de course, si on l'accepte, on y va.
Loïc Oui.
Liv Voilà.
Loïc Super intéressant. Ok. Waouh. Écoute, Liv, on arrive, on se rapproche doucement de la fin. Je me posais la question, comment est-ce que toi, tu l'abordes ? Donc, tu disais que tu as commencé ce cursus Guide de haute montagne 2020 avec toutes les contraintes liées au Covid, etc. Comment est-ce que tu te projettes pour la suite, pour ce qui te reste à accomplir les épreuves qui te restent à effectuer ?
Liv Je me projette bien, c'est de la montagne, c'est du ski, je vais me préparer, je vais arriver à entraîner, je vais continuer à emmener des gens en montagne pour gagner en expérience, je vais bien me préparer et puis, en fait, ce qu'on nous demande de faire, c'est ce qu'on fait tous les jours avec les gens, donc, il faut être bien concentré comme on est avec les personnes, toujours être très vigilant, être bon techniquement, être en forme physiquement, être bon mentalement et puis, ça va bien se passer.
Loïc Top ! Tu nous disais qu'il y avait un certain nombre de, enfin, il y a des courses qui ne sont pas encore accessibles tant que tu n'es pas breveté, guide. Voilà. Est-ce qu'il y a une course en particulier à laquelle tu auras accès en tant que guide qui te fait rêver que tu as hâte de pouvoir faire avec des clients une fois guide ?
Liv Il y a plein de courses qui font rêver et qu'on se dit tiens, j'aimerais bien, c'est vrai que je me suis souvent dit tiens, j'aimerais bien un jour pouvoir guider l'intégrale de Petrait avec quelqu'un, avec un client avec qui on s'est préparé pour ça. L'intégrale de Petrait, c'est une grande course en face sud du Mont-Blanc qui est une longue arrête technique qui sort au sommet du Mont-Blanc qui est une course dite engagée parce qu'une fois qu'on a dépassé un certain point, on ne peut pas faire demi-tour en fait, il faut vraiment sortir au sommet. Voilà, moi je ne suis pas trop face nord, le grand froid, les faces austères, c'est des grands voyages et des souvenirs assez fous mais j'aime bien les voies en face sud en fait, il y a plus de soleil où le rocher est de meilleure qualité et plus, comment dire ?
Loïc Accueillant.
Liv On parle d'hostilité, d'austérité, voire le rocher est beaucoup plus accueillant et c'est vrai que les courses en face sud du Mont-Blanc c'est des courses que je trouve vraiment belles et j'aimerais bien pouvoir guider certaines de ces courses en face sud du Mont-Blanc. Trop bien. C'est des belles grandes courses d'alpinisme.
Loïc Génial. Excellent. Super. Le mot de la fin, est-ce qu'il y a quelque chose que tu aurais envie de partager par rapport à tout ce sur quoi on a échangé ?
Liv Il y a beaucoup de choses que j'ai envie de partager. Alors, qu'est-ce que je pourrais dire ? Non, je pense qu'un mot d'encouragement à tous ceux qui se disent tiens, j'aimerais bien essayer de faire de la montagne ou tiens, j'aimerais bien essayer de faire, je fais déjà de la montagne mais j'aimerais bien essayer de faire tel ou tel sommet. oui, il faut oser, il faut passer à l'action, il faut croire en soi et puis se lancer et c'est valable pour toute activité en fait, pour à la fois toute activité sportive mais aussi toute chose dans la vie. Oser se lancer, se faire confiance et y aller avec la joie, avec la bonne énergie en soi pour que les choses se passent bien.
Loïc génial, super, un grand merci Liv, c'était un super échange, je me suis régalé, j'en sais maintenant un peu plus sur l'univers de l'escalade, merci pour ça, je pourrais faire le balin et expliquer qu'en fait, il y a des catégories, les chiffres, les lettres, les plus, etc., que j'ai même eu un échange avec la deuxième femme à avoir fait un 8c plus, trop bien, j'ai appris plein de choses mais au-delà de ça, c'était vraiment super intéressant d'avoir un peu ta perspective sur le monde de l'escalade, d'en savoir plus sur ton approche de la haute montagne et puis écoute, je te souhaite une excellente continuation, une excellente fin de cursus jusqu'à ce que tu deviennes guide et puis écoute, peut-être qu'on se refera un épisode une fois que tu auras fait cette fameuse intégrale, tu dis comment ?
Liv Intégrale de Petrae.
Loïc Intégrale de Petrae, voilà, pour nous expliquer ce que ça a donné la première fois avec un client.
Liv Très bien.
Loïc Merci beaucoup Liv.
Liv Bonne fin de journée. Au revoir. Sous-titrage ST' 501
Transcription automatique relue · susceptible de contenir des imprécisions.