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Saison 5 EP·205 Expédition #haute altitude #Everest #Arctique

08 avril 2025

Rêves d’enfance, sommets du monde : le voyage de Jérôme Brisebourg jusqu'au point culminant de chaque continent

Durée · 1h19 · Transcription disponible

Rêves d’enfance, sommets du monde : le v

Le récit

Que se passerait-il si nous écoutions nos rêves d’enfants ? Si nous laissions la place à ce qui nous faisait vibrer avant que nous ne devenions des adultes ? Si nous faisions sauter les barrières de “grandes personnes” que l’on érige soi-même et qui viennent brider notre imagination ?

Jérôme, lui a écouté ses rêves d’enfant. Ses rêves de sommets enneigés, d’aventures lointaines dans des paysages d’exception. Ce sont ces rêves qui l’ont amené jusqu’au plus haut sommet de chaque continent, puis au pôle Nord et au pôle Sud. Une aventure de plus de 15 ans qui l’a façonné en tant qu’Homme et qui a changé son regard sur la suite qu’il compte donné à ses expéditions.

Allez, on part en expéditions en haute altitude avec Jérôme, n’oubliez pas votre oxygène.

Excellente écoute à vous les Frappés.

🔎 Pour en apprendre plus sur l'Explorer Grand Slam c'est ici.

🎙 Les épisodes qui pourraient vous intéresser :
👉 Épisode 86 - Jérôme Brisebourg & Pierre Legendre - Quand Mer et Montagne se rencontrent

👉 Épisode 125 - Regarder la mort dans les yeux et atteindre le sommet de l'Everest avec Orianne Aymard

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Transcription

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Invité 1 Après j'ai été choqué parce que j'avais vu quand même quelques cadavres. Forcément dans la question de la motivation tu te dis qu'est-ce que je fous là quoi, parce qu'il n'est pas mort d'une erreur technique. Si tu vois qu'il est mort d'une erreur technique, tu dis oula il faut faire attention quoi. Là il est là, en fait j'étais deuxième, j'étais derrière mon Sherpa, puis Sherpa à un moment donné il change sa frontale, il met une nouvelle pile, ça marche pas, et puis il me dit Jérôme passe devant. Donc je suis arrivé le premier de notre petit train là, au sommet de l'Everest.

Loïc Hello hello, vous écoutez Les Frappés, le podcast de celles et ceux qui se dépassent. Je suis votre hôte Loïc, ancien sportif de haut niveau en judo, coach, préparateur mental et amoureux d'activités outdoor en tout genre. Ma conviction c'est qu'on a tous une petite étincelle de folie et d'audace, une version un peu frappée de nous-mêmes au potentiel exceptionnel qui sommeille en nous. J'ai créé ce podcast pour vous faire découvrir des femmes et des hommes qui ont osé le réveiller. Mes invités sont des athlètes de tous niveaux, des aventuriers professionnels, des voyages aux eaux longs cours, des entrepreneuses ou encore des militaires, des forces spéciales. Leurs témoignages au micro du podcast sont de puissantes invitations à passer à l'action. Attention, une écoute régulière peut entraîner des changements positifs irrévocables dans vos vies. Que se passerait-il si nous écoutions nos rêves d'enfants ? Si nous laissions la place à ce qui nous faisait vibrer avant que nous ne devenions des adultes ? Si nous faisions sauter ces barrières de grandes personnes que l'on érige soi-même et qui viennent brider notre imagination ? Jérôme, lui, a écouté ses rêves d'enfants. Ses rêves de sommets enneigés et d'aventures lointaines dans des paysages d'exception. Ce sont ses rêves qui l'ont amené jusqu'au plus haut sommet de chaque continent, puis au pôle Nord et au pôle Sud. Une aventure de plus de 15 ans qu'il a façonné en tant qu'homme et qui a changé son regard sur la suite qu'il compte donner à ses expéditions. Allez, on part avec Jérôme en haute altitude. N'oubliez pas votre oxygène. Excellente écoute à vous les frapper. Fabuleux. Écoute, Jérôme, un grand merci de t'être rendu disponible. Absolument ravi de te recevoir à nouveau sur le podcast. Cette fois en solo, puisque la dernière fois, c'était avec Pierre Legendre. On avait fait un super épisode croisé mer et montagne. Absolument fascinant. Allez l'écouter. Le lien est en description si vous l'avez raté. Et à l'époque, on avait évoqué certains, forcément, certains de tes projets, Jérôme. Mais bon, comme vous étiez deux, on n'avait peut-être pas pu autant rentrer en détail que lors d'un échange en solo. Donc moi, je suis très, très content que tu reviennes cette fois-ci pour qu'on puisse vraiment, vraiment parler de tes aventures.

Invité 1 Merci, Loïc, de me recevoir à nouveau. Donc avec grand plaisir pour faire un focus cette fois-ci sur tout ce qui est montagne et zone polaire. Et puis, il y aura sûrement un clin d'œil aussi à la voile, notamment avec le nouveau projet que je prépare, où je compte utiliser le vent pour avancer.

Loïc Excellent. Jérôme, moi, je parle souvent de toi. En tout cas, récemment, tu vois, il y a plusieurs personnes qui ont découvert le podcast, qui me demandaient, mais alors c'est quoi le prochain épisode que tu fais ? Et donc, en sachant que ça allait susciter des questions, je leur dis, ben là, j'ai quelqu'un qui arrive, on va parler de l'exploreur Grand Slam. Ils me disent, de quoi ? Et donc, à chaque fois, je leur explique, ben voilà, c'est l'exploreur Grand Slam, c'est ça, c'est faire le sommet le plus haut de chaque continent, le pôle Nord, le pôle Sud. Et généralement, les gens sont, tu vois, immédiatement, ils accrochent. Ils disent, ah bon, mais comment c'est possible ? Mais combien de temps ça prend ? Donc, je sais que ça suscite systématiquement beaucoup de questions. Donc, ce que je te... Ben, la première question pour toi, c'est, voilà, je l'évoquais très rapidement en quoi ça consiste, mais comment est-ce que toi, tu as découvert l'exploreur Grand Slam ? Mais est-ce que tu as un peu quelques stats sur, tu vois, quand est-ce que... C'est un club non officiel, si j'ai bien compris, mais quand est-ce que ça a été mis en place ? Est-ce qu'on sait à peu près combien de personnes arrivent au bout de cette aventure complètement hors norme par an, par décennie, je ne sais pas ?

Invité 1 Alors déjà, Loïc, tu mets le doigt sur quelque chose d'avéré, c'est que l'exploreur Grand Slam, ce n'est pas très connu. Comme tu l'as dit, c'est plutôt un challenge, en fait, officiel, mais pas médiatique. Ce n'est pas comme le Vendée Globe, en l'occurrence. Mais pour autant, le point commun avec le Vendée Globe, là, tu vois, le dernier Vendée Globe, ça y est, enfin, 100 skippers ont fait le Vendée Globe. Mais nous, sur l'exploreur Grand Slam, on est à 70, en fait, dans le monde. On est deux Français, alors c'est par ordre d'apparition à l'écran, ce que je suis en train de te dire. Il n'y a pas de classement comme tu pourrais avoir sur le Vendée Globe. Il y en a qui ont démarré plus tôt, et puis il y en a qui le finissent au fur et à mesure. Donc voilà, on est moins de 70 dans le monde, et c'est très peu médiatique parce que c'est assez difficile, effectivement, d'amener des caméras, etc., sur place. Et surtout, ce n'est pas une course où chacun part en même temps et puis arrive le plus vite possible. Comme tu l'as dit, Loïc, il y a en fait deux challenges dans l'exploreur Grand Slam. Tu as les Seven Summits, donc le sommet le plus haut de chaque continent, et puis le pôle Nord et le pôle Sud. Et en fait, en réalité, il n'y a pas d'ordre. Tu peux commencer par le pôle Nord, faire quatre des Seven Summits, puis le pôle Sud et finir par trois des Seven Summits, peu importe. Ce qui est important, c'est de cocher toutes tes cases. Et ensuite, tu as trois catégories d'exploreurs Grand Slam, et ça se distingue, si tu veux, sur ta façon d'aller au pôle Nord et au pôle Sud. Tu as l'exploreur Grand Slam pur, qui consiste à faire les Seven Summits, et rejoindre le pôle Nord et le pôle Sud depuis la rive. Ce qui veut dire que tu pars depuis la rive au pôle Sud, et voilà, tu fais, selon d'où tu pars, 700 km, ou 600, ou 1000, etc. Et pareil pour le pôle Nord, sachant que le pôle Nord, soit tu pars des rives du Canada, soit tu pars des rives de la Russie. Donc ça, c'est le pur. Après, tu as le mixte, donc ça veut dire que tu as fait ou l'un ou l'autre des pôles depuis la rive, et puis tu as fait ce qu'on appelle le dernier degré. Le dernier degré, c'est-à-dire que tu es déposé à 111 km du pôle, que ce soit le pôle Nord ou le pôle Sud, et donc tu atteins ce pôle de cette façon-là. Et tu as la troisième catégorie, où tu fais le pôle Nord et le pôle Sud, uniquement en faisant le dernier degré. Donc ils ont fait cette petite différence, qui effectivement, après, fait une distinction entre les 70 qui ont fait l'exploration Grand Slam. Parce que c'est une chose de faire un degré, c'en est une autre de partir depuis la rive. Et c'est extrêmement compliqué aujourd'hui pour le pôle Nord de partir depuis la rive, parce que tu pars ou du Nord du Canada et tu as la banquise qui dérive contre toi, ou tu pars de la Russie. Mais comme tu sais, avec ce qui se passe en Ukraine, il n'y a personne qui part actuellement pour des raisons politiques depuis la Russie. Donc c'est quelque chose qui n'est pas accessible actuellement comme genre d'aventure. Voilà, donc ça, c'est pour te donner un peu les ratios.

Loïc Et donc toi, tu as fait quoi ?

Invité 1 Alors moi, j'ai fait mixte. Je suis dans la catégorie mixte. On est 21 ou 22 à ma connaissance. C'est-à-dire que j'ai fait le dernier degré pour le pôle Nord, et puis je suis parti de la rive pour le pôle Sud. Le dernier degré, sachant que notre projet était de faire les deux derniers degrés, donc 222 kilomètres, être déposé à deux degrés et partir. Seulement deux jours avant de partir sur le projet, on a reçu l'information suivante, c'est que notre expédition était annulée. Parce qu'en fait, en termes de logistique sur place, sur la banquise du pôle Nord, les Russes organisent, si tu veux, une piste d'atterrissage qui fait entre 600 et 900 mètres, et tu as deux hélicoptères aussi qui sont amenés sur place, puisque en fait, tu as une base juste temporaire, sur la banquise évidemment, elles font l'été, ou en tout cas les moins épaisses. Donc tu as une base temporaire entre mars et avril, et c'est là qu'ils amènent les scientifiques, les aventuriers, et aussi quelques militaires qui vont s'entraîner. Et malheureusement, deux jours avant de partir, il y avait un des deux hélicoptères qui avait craché, donc juste des dégâts matériels, et pas de pertes humaines. Et ce qui faisait que ça remettait en cause complètement la saison. Et donc ils ont réhabilité en catastrophe une nouvelle compagnie d'hélicoptères, et finalement, plutôt que de passer 20 jours sur la banquise, on a pu passer 10 jours, et donc on a pu faire un degré. Voilà, donc ça aurait fait une petite catégorie mixte, plutôt que de faire un seul degré, ça aurait fait deux degrés. J'aurais préféré, sérieusement, évidemment. Et je suis quand même content d'avoir pu faire ce projet-là, parce que c'était en 2018, et ensuite, depuis 2019, enfin depuis 2018, du reste, personne n'a pu aller au Pôle Nord, puisqu'il y a eu cette guerre en Ukraine, il y a eu le Covid, etc. Et donc ils ont du mal à réinstaller cette base sur la banquise entre mars et avril. Voilà, donc une chance que j'ai pu saisir. En tout cas, ça fait partie de l'aventure, ces aléas du dernier moment.

Loïc Comment tu l'as découvert, toi, cette Explorer Grand Slam ? Parce que tu ne nous as pas encore dit combien de temps ça a pris, mais j'ai souvenir que c'était très long. Avec tout ce qu'on voit aujourd'hui, les records, qu'il y a des gens qui font les 7 sommets en 8 heures, ou bon bref, j'exagère, mais j'ai souvenir que toi, tu n'avais pas du tout eu cette approche-là, donc je suis curieux de savoir comment tout ça a démarré.

Invité 1 Donc juste pour répondre à ta question sur la rapidité, le record actuellement, c'est l'Export Grand Slam en 11 mois. Donc ça veut dire que là... Ah oui, quand même. C'est un vrai Tetris, parce qu'il faut que tu prévois en fait les zones d'accès à la montagne et au pôle, donc en fonction des saisons. Le pôle sud, il va plutôt en été pour eux, c'est-à-dire c'est décembre, janvier pour nous. Le pôle nord, il va plutôt en mars, avril, etc. Voilà, et moi, ça m'a pris... Ça m'a pris, si tu comptes le premier qui est... du coup, le Kilimanjaro 2004-2020, donc moi, ça m'a pris 16 ans, mais je ne l'ai pas fait dans une optique de battre un record de vitesse, Loïc. Et pour répondre à ta question, en fait, je ne savais pas que ça existait. J'ai le même déficit de notoriété que tout un chacun sur ce projet. En fait, moi, ce qui m'a lancé, le déclencheur à proprement parler, c'est l'envie de concrétiser trois rêves d'enfants. Et je m'y suis mis à l'âge de 30 ans. Et les rêves d'enfants que j'avais, moi, c'était l'Everest, le pôle Nord et le pôle Sud. Et en plus, je peux te partager, si tu veux, la représentation que j'en avais quand j'étais gamin. Moi, je lisais plein de livres d'aventuriers, ça me faisait juste rêver. Et je me dis, waouh, il faudrait que je monte au sommet de l'Everest parce que ça fait comme King Kong. Tu es presque à la hauteur du vol d'un avion, tu peux les attraper. En tout cas, tu ressens, parce que tu es presque à 9000 mètres. Tu te dis, tu ressens un peu ce qu'on pourrait ressentir. plutôt que de voir le monde derrière le hublot, tu le vois pour de vrai. Donc ça, c'était pour l'Everest, pour le pôle Nord. Les deux images que j'avais en tête quand j'étais gamin, c'est de me dire, déjà, c'est le seul endroit sur Terre où tu marches sur l'eau. C'est vrai, tu marches sur l'eau, tu marches sur la banquise, mais quand tu suis les pages GPS, tu es sur l'eau, parce qu'en fait, la banquise n'est pas représentée. Et puis après, je me suis dit, tiens, quand tu arrives au pôle, si tu fais le tour, est-ce que tu remontes le temps, est-ce que tu rajodis ? C'est exactement ce que j'ai fait quand je suis arrivé au pôle. Je t'assure, on a planté les bâtons parce que c'est le seul endroit, le pôle Nord, où tu n'as pas de représentation de ton objectif. C'est virtuel, c'est assez compliqué parce que quand tu arrives au sommet d'une montagne, tu sais que tu es au sommet. Quand tu arrives au pôle Sud, tu as un mât qui te montre que tu es vraiment au pôle Sud. Mais au pôle Nord, tu trouves le pôle Nord avec le GPS. Il n'y a pas une buvette qui t'attend en disant, c'est bon, vous êtes arrivé, etc. Comme ça dérive. Et puis surtout,

Loïc il bouge, non ? Il bouge, exactement. Mais un quart d'heure plus tard, tu n'y étais plus.

Invité 1 C'est ça, exactement. C'est juste pour te donner une idée de la dérive de la banquise. Tous les soirs, avant de s'endormir, on prenait notre position GPS. Et le matin, le premier truc qu'on faisait, c'était évidemment de voir la dérive. Et en une nuit, on dérivait de 2 km. Et nous, en plus, c'était à contre. Donc ça veut dire que tous les matins, en fait, on avait 2 km à récupérer. C'est à peu près trois quarts d'heure de marche juste pour revenir au point où tu étais la veille. Tu vois, tu n'as rien gagné. Tu récupères juste ce que tu as perdu pendant la nuit. Donc effectivement, ta remarque, elle est juste. Pôle Nord géographique, moi j'ai fait le géographique, pas le magnétique. Donc l'axe de rotation de la Terre, moi j'ai dû y rester finalement peut-être 5 minutes. Après, on a dérivé. Et d'ailleurs, on n'a pas trouvé avec les GPS, on n'a pas 90 000, on a 89, 59, 59. Donc on a même, on a essayé dans tous les sens. On n'est pas exactement au pôle Nord, contrairement au pôle Sud où là j'ai 90 000, donc je suis vraiment sur l'alignement de la rotation de la Terre. Et justement, le troisième rêve que j'avais, Loïc, c'est d'aller au pôle Sud. Parce que quand tu prends un planisphère, tu le regardes comme ça et puis tu te dis, en fait, c'est vraiment le seul endroit sur Terre où on a vraiment la tête en bas. C'est vraiment le truc où on a la tête en bas. Là, vu de la France, vu de nous, tu dis, là on a la tête en bas. Bon, écoute, tout ça, maintenant que je l'ai fait, je vais te dire, c'est une vaste escroquerie. C'est-à-dire que c'était mes rêves. Mais bon, voilà, je n'ai pas vu d'avion à 9 000 mètres quand j'étais au sommet de l'Averest. Il faisait juste moins 35 et tout et donc tu es quand même mieux derrière un hublot. J'ai remonté le temps mais je n'ai pas du tout rajeuni. Et puis, quand tu arrives au pôle Sud, en fait, tu marches à plat. C'est-à-dire, tu as la même sensation que si on était ici dans une forêt, dans un pré ou autre. Mais en tout cas, c'était mes rêves. Et en fait, pour répondre à la question comment j'ai découvert l'Explosion Grand Slam, j'ai d'abord découvert les Seven Summits. C'est-à-dire que j'ai commencé par le Kilimanjaro, ça c'était en 2004. J'avais fait le Mont Blanc, donc ça c'était à chaque fois avec ma femme. Et après, comme le Kilimanjaro est un vrai test pour voir comment ton corps peut s'acclimater à l'altitude parce que tu dépasses tous les paliers. En fait, tu passes de 2 000 à 6 000, quasiment 6 000. En 4 jours, ce qui est, tu ne respectes aucun palier d'acclimatation. En tout cas, ça te permet de découvrir le potentiel d'adaptation de ton corps. Donc moi, ça m'a plu. J'avais en tête, effectivement, d'aller sur l'Everest. Donc après, j'ai enchaîné sur d'autres projets, 6 000, 7 000, 8 000. J'ai découvert, en fait, une équipe. Et donc, on a fait l'Everest en 2011 par le versant nord. Pas par le sud, pas par le départ, mais par le Tibet. Ah, tu l'as fait par le Tibet. Par le Tibet. On pourra en parler parce que c'est quand même une sacrée épopée, en fait, de le faire par le Tibet. Et donc là, j'ai découvert une équipe. Et dans cette équipe, une fois qu'on a fait l'Everest, il y en avait un qui voulait faire les Seven Summits. Moi, ce n'était pas dans ma tête. C'est-à-dire que, une fois que j'ai fait l'Everest, j'avais envie d'enchaîner sur le pôle nord et le pôle sud. Ça s'appelle les trois pôles. Si tu fais l'Everest, le pôle nord et le pôle sud, c'est un challenge qui s'appelle les trois pôles. Et donc, comme j'aimais bien l'alpinisme, je suis parti sur les Seven Summits. Et une fois que j'ai fait les Seven Summits, j'ai dit, bon, maintenant, il va falloir aller au pôle nord et au pôle sud. Donc, il va falloir enchaîner sur ce que j'ai découvert qui s'appelait l'Explorer Grand Slam, en fait. Mais je ne connaissais pas. Ce n'est pas un truc. Et puis, il y a très peu de livres sur ça. Donc, je ne connaissais pas. En fait, tu as deux catégories, Louis. c'est peut-être pour ça que ce n'est pas connu. C'est que tu as d'un côté les alpinistes et de l'autre, les aventuriers qui font les expéditions polaires. Et le point commun, c'est le froid. Mais ce ne sont pas les mêmes approches du milieu. Tu vois, quand tu fais une ascension, tu as une logique d'acclimatation. Donc, tu vas passer du temps dans les camps. Et c'est du temps passif mais à la fois actif puisque c'est le temps qui te permet finalement à ton corps de créer les globules rouges pour monter plus haut. Quand tu es en expédition polaire, tu es tout le temps en mouvement en fait. Et pour avoir questionné les uns les autres, les explorateurs polaires, ils n'ont pas trop envie de se dire « on attend un jour, deux jours, trois jours pour faire des globules rouges ». Non, on s'est rouges où, on avance, les conditions sont top, on optimise, etc. Après, tu as peut-être aussi des logiques de méconnaissance entre les deux milieux mais tu vas chercher quand même deux domaines de compétences un peu différents et deux approches différentes.

Loïc Super intéressant. Tu es la première personne du coup que je rencontre qui a fait l'Everest côté tibétain. Oui. Comment ça se passe ? Parce que j'ai lu quelques récits qui semblent dire que c'est extrêmement compliqué d'un point de vue logistique et d'ailleurs, je ne sais pas si aujourd'hui, enfin aujourd'hui, depuis quelques années, si c'est toujours possible d'obtenir les autorisations du gouvernement chinois pour partir le faire du côté tibétain et j'ai aussi lu que c'était peut-être moins dangereux que du côté népalais parce qu'il n'y a pas ce passage du Kumbu Icefall avec tous les Seracs, etc. et que c'était, alors attention, je ne sais plus si c'est les termes exacts mais le souvenir que j'ai de ce que j'avais lu, c'est que c'était finalement une grande randonnée mais engagée à très haute altitude mais que tu n'as peut-être pas les dangers qui existent du côté népalais.

Invité 1 Alors, tu as tout à fait raison Loïc, c'est du coup pour ça qu'on l'a choisi. Ok. Oui, c'est-à-dire que tu avais les deux passages. Nous, quand on le fait en 2011, on est des pères et mères de famille, c'est-à-dire qu'on est des alpinistes amateurs engagés, je ne sais pas comment dire, mais on n'a rien à prouver, c'est-à-dire qu'on n'a pas un record à établir ni rien. On a une approche de la montagne qui consiste à dire c'est un rêve pour chacun ou en tout cas, c'est une envie, une ambition. Mais bon, on n'a pas envie, en termes d'engagement, d'y laisser notre peau. Si tu veux, on a mis quand même le curseur plutôt du côté de la sécurité que de la performance. Et donc, effectivement, si tu le fais côté népalais, tu as le icefall à passer entre le camp de base et le camp de base. et c'est là où tu as le plus d'accidents. Et ensuite, quand tu arrives au camp 3 et avant le col sud, tu as aussi des avalanches des pendules au C. Donc, tu as deux passages avec des dangers objectifs où c'est un peu la loterie et il y a toujours des accidents. Je ne te parle pas du rapport à l'altitude puisque ça, c'est commun. Par rapport à ça, tu as le côté tibétain. Donc, côté tibétain, tu as un passage véritablement difficile où tu as des CERAC, c'est entre le camp de base avancé qui est à 6400 et monter au col nord qui est à 7000. Et une fois que tu es à 7000, tu as complètement raison, c'est une course d'arrête. Donc, tu n'as aucun danger objectif, tu ne vas pas avoir un CERAC qui te tombe dessus, tu n'as pas une pierre qui te tombe dessus. En revanche, tu as un côté aléatoire qui est lié à la météo. C'est-à-dire que le taux de réussite n'est pas lié à la difficulté technique, mais il est surtout lié à la météo. Et je te donne un exemple, quand nous, on l'a fait, c'était le 21 mai 2011, je t'en parle comme si c'était hier parce que j'ai tellement vécu le truc que ça ancrait en moi. Nous, on l'a fait le 21 mai. De l'autre côté, côté Népal, ils avaient leurs fenêtres météo depuis le 4 mai et le 15 mai, tous ceux qui devaient tenter le sommet l'avaient fait. Donc, tu es extrêmement frustré parce que tu es en liaison radio et tu te dis, on est le 15 mai, nous, on n'a toujours pas de fenêtres météo et eux, de l'autre côté, ils ont tous fait le sommet. Donc, c'est juste pour te donner le côté un peu aléatoire. C'est une course d'arrête, donc tu es exposé au vent. Donc, s'il y a du vent, tu n'y vas pas. Le deuxième élément que tu soulèves, c'est obtenir l'autorisation. On s'est dit, voilà, on mise sur la sécurité. Par contre, du coup, on était surtout sur des logiques d'incertitude par rapport à l'autorisation puisque les Chinois, gentiment, te prennent pour des espions, en fait, en réalité. Il s'était passé deux, trois événements les années précédentes où tu avais des Tibétains qui essayaient de passer la frontière, des alpinistes les ont filmés, c'est passé sur les réseaux sociaux. Donc, voilà, ça a un peu traumatisé les autorités chinoises et donc, nous, on bénéficie de cet état d'esprit par rapport aux alpinistes. Donc, ce que je suis en train de te dire, c'est que tu as ton autorisation, nous, on a eu l'autorisation de monter sur l'Everest trois semaines avant de partir.

Loïc Ah oui, d'accord.

Invité 1 C'est tendu, c'est-à-dire que tu as organisé ta vie personnelle, professionnelle, tu as mobilisé des sponsors, tu es entraîné, tu es prêt à jouer, mais trois semaines avant de partir, tu ne sais toujours pas si tu vas jouer. Alors que si tu demandes une autorisation au Népal, tu l'as quasi immédiatement. Voilà, donc, ça te renvoie cette incertitude-là. Aujourd'hui, je sais que ça reste toujours très compliqué comment avoir ces autorisations-là, mais en tout cas, c'est ce qui fait que, et nous, c'est ce qu'on voulait aussi, qu'il y a moins de monde sur la montagne, et nous, on n'a pas eu à gérer les files d'attente, en fait, comme tu peux voir sur le reçot Hillary côté Népal, parce que tu as beaucoup plus de monde côté Népal que côté Tibet. Nous, on était 80 alpinistes, en fait, à tenter, plus 15 chinois, donc tu vois, on était une centaine d'alpinistes, tu rajoutes autant de Sherpa, donc ça fait 200 personnes, alors que de l'autre côté, tu as 500 alpinistes, plus 500 Sherpa, etc., etc., quoi. Donc voilà, c'était l'arbitrage qu'on avait fait à l'époque, et bien, écoute, c'est passé, ça s'est bien concrétisé, donc on était bien contents, quoi, d'avoir joué, mais ça ne m'a pas donné envie, Loïc, j'anticipe une question que peut-être tu avais envie de me poser ou pas, mais ça ne m'a pas donné envie de le faire de l'autre côté, en fait, en l'occurrence. Je sais qu'il y en a qui le font de deux côtés, c'est un challenge, moi, ça ne m'a pas donné envie, en fait, et là, avec ce que je vois, avec le monde qu'il y a, et tout, ça me motive un peu moins, en fait.

Loïc Ouais. Ouais, j'imagine que, je suis surpris qu'il y ait déjà eu, enfin, des chiffres que tu évoques, je ne pensais pas qu'il y avait déjà autant de monde qui tentait l'Everest il y a finalement, quoi, une quinzaine d'années.

Invité 1 Ouais. OK. J'ai des chiffres à te donner, Loïc, qui t'expliquent l'augmentation exponentielle du nombre de prétendants. Moi, je l'ai fait en 2011, l'Everest, et donc, tu sais, tout est noté, qui il a fait, quelle année, quelle nationalité, etc., tu as des quotas, enfin, des ratios, pardon, par nationalité. Donc, il a été fait, on va dire, en 1953, la première fois, je ne reviens pas sur le sujet Hervé de Mallory, où on ne sait toujours pas, ça a été fait, donc, en 1953, moi, je le fais en 2011, et 1953, 2011, on est 5000 dans le monde à avoir été au sommet d'Everest. Donc, par le versant tibétain où on n'est pas allé, et Sharpa, inclus. OK, tu as 5000 personnes, voilà. Donc, 1953, 2011, on va dire que ça fait 60 ans, et donc, tu as 5000 personnes au sommet. 2012, 2022, 5000 personnes. Ah ouais. C'est devenu un business aussi, après, tu as plein de prétendants, machin, etc., mais c'est un business côté népalais, on ne va pas le renlever, on a la même chose, nous aussi, avec le Mont Blanc, si tu veux, mais là, tu vois, en 10 ans, tu en as autant qu'en 60 ans, quoi. Et avec une logique où on était au XXe siècle sur des logiques de grosses expéditions, bien lourdes, bien, en termes de logistique, à maintenant, effectivement, une montagne qui est équipée, des Sharpas qui préparent la montagne, qui t'aide, etc., etc., quoi. Donc, avec une ouverture, entre guillemets, à un niveau plus faible d'alpinisme.

Loïc Mais là, je ne sais pas si tu as vu les... Il y a deux news qui me font dire que ça ne va pas ralentir. J'ai vu qu'ils ont ouvert une piste jusqu'à Loukla, maintenant, piste pour les 4x4, alors qu'avant, c'était uniquement avion. Avion, oui. Donc ça, je pense que ça va... Ça va pas aider... Enfin, ça risque d'accélérer encore les choses. Et alors, je n'ai pas trop creusé le sujet, peut-être que toi, tu auras plus d'infos, mais j'ai vu qu'il y a une nouvelle technique, entre guillemets, l'utilisation d'un nouveau gaz qu'on a découvert, le xélon, quelque chose comme ça, qui permet de skipper, d'éviter l'acclimatation, en fait. Tu respires ce truc et boum, ça y est, t'es acclimaté immédiatement.

Invité 1 Ouais, tu fais l'avraste... La promesse commerciale, c'est de faire l'avraste en 8 jours, je crois.

Loïc Ah ouais, fabuleux. Là où il faut, normalement, un bon mois et demi ? Ah, enfin, il te faut 8 semaines. 8 semaines, ouais.

Invité 1 8 semaines, c'est un projet, si tu le fais, entre guillemets, en logique lente, c'est-à-dire permettre à ton corps de t'acclimater avec cette logique de palier, etc., tu consacres 8 semaines. On avait déjà divisé par 2 avec l'utilisation des chambres hypoxiques chez toi, donc tu commences à t'acclimater quand tu dors. Donc ça avait réduit pour certains, déjà, 8 semaines, ils passent à 4 ou 5 semaines. Donc tu arrives à climater sur la montagne parce que tu as déjà passé 200 heures en dormant, si tu veux, dans ta chambre hypoxique qui a commencé à t'aider à créer les globules rouges. Et effectivement, j'ai lu comme toi ça en une semaine. En fait, je me dis, il y a un vrai sujet sur l'approche de ces milieux-là. On est encore, il me semble, et moi ça m'interroge véritablement, en logique de domination de la nature. C'est-à-dire, tu dis, la nature te permet de monter là-haut avec le relais d'oxygène. Moi, je l'ai fait avec oxygène, il y en a très peu qui le font sans oxygène, mais en béton, il y en a quand même qui ont réussi sans oxygène. Donc la nature te permet d'aller aussi haut en respectant un certain nombre de rythmes et donc de lenteur et donc laisser le temps à ton corps de t'acclimater. Et nous, on y met derrière une logique de performance, de domination, des plus forts que tout, etc. Donc ça m'interroge un peu. Moi, je considère déjà que j'ai bénéficié entre guillemets d'un dopant, c'est-à-dire que j'ai pris l'oxygène. Donc quelque part, j'ai fait comme les premiers, les premiers l'ont fait avec oxygène, mais j'ai déjà entre guillemets utilisé l'oxygène. Donc voilà, ça n'a pas été moi tout seul, humain, vulnérable, etc. et puis 8 848 mètres et puis peut-être trois mois, etc. Mais maintenant, on est sur des trucs qui sont incroyables dans la vitesse. On n'est pas dans je suis dans le milieu, j'en profite, je m'imprègne, je laisse le temps à mon corps de s'acclimater, etc. Ça marche, ça marche.

Loïc Une approche différente, effectivement.

Invité 1 Bientôt, on fera l'export à Grand Slame en 15 jours, comme tu l'as dit tout à l'heure.

Loïc Oui, c'est ça. Hélicoptère, tu fais ton sommet avec ton gaz, tu redescends hélicoptère. Écoute, ouais. Alors là, on vient de pas mal évoquer l'Everest. Pour les gens qui, souvent dans le, j'ai envie de dire les milieux non initiés, pas forcément alpines, etc. L'Everest, je pense du fait de son statut de plus haut sommet du monde, c'est la montagne qui fascine. Les gens pensent que c'est, au-delà d'être le sommet le plus haut, c'est le plus difficile à atteindre. Alors, moi, je te dis ça, le plus haut que j'ai fait, c'est le Calapatard en face du camp de base à 5006. Donc, ce que je te dis là, c'est juste les récits d'aventures que j'ai lus que visiblement, ce ne serait pas du tout le sommet le plus technique, le plus difficile. Toi, ton expérience, comme tu as fait, finalement, tu as fait le plus haut de chaque continent, ça a été quoi pour toi le plus gros challenge en termes d'ascension physique, mentale, météorologique ? Belle-Everest,

Invité 1 justement. Ah ouais, c'est vrai, c'est vrai, ok. Donc, je vais t'expliquer pourquoi, j'ai fait un certain nombre d'erreurs qui m'ont, et puis il y avait un certain nombre de paramètres qui ont fait que, oui, c'était un peu dur. Donc, je reprends, d'ailleurs, c'était, j'ai oublié de te le dire tout à l'heure, tu dis c'est une grande randonnée, oui, c'est-à-dire que, moi, j'ai pris mon piolet, je ne m'en suis jamais servi, il y a une corde fixe, tu es sur une arrête, voilà, je vais vous dire sérieux, ce n'est pas du tout technique. Côté tibétain. Côté tibétain, oui, c'est côté tibétain, je suis sur le côté tibétain, l'autre, je ne le connais pas. Ce n'est pas technique, en revanche, tu as beaucoup de paramètres à prendre en compte, ce qui est connaître ton corps et sa capacité à s'acclimater, tu vois, tu as d'autres points de repère, gérer le froid, parce qu'il va faire du moins 30, moins 35, etc. Donc, tu as d'autres éléments qui font que, voilà, il faut être super attentif, ce n'est quand même pas la balade du samedi. Si on l'a vraiment réussi, non mais, Loïc a précisé, nous, on l'a vraiment réussi, c'est que, le travail qu'on a fait avant de partir, c'est d'interroger, en fait, les Français qui l'avaient fait, de ce côté-là et avoir, en fait, leur tracé, ou en tout cas, leur stratégie d'acclimatation. Et pour moi, ce qui a fait qu'on a réussi, c'est qu'on était extrêmement bien acclimatés. Et donc, du coup, on était dans notre meilleure disposition de performance pour faire le sommet. Tu vois, donc là, il y en a des fois qui se crament au début, parce que tu es bien au début. Là, vraiment, on a respecté tout ce qu'on a pu engranger comme information de ce qui était avant nous, en fait. Donc voilà, ça, c'est pour le côté facile, techniquement. Après moi, ce qui était dur, si tu veux, c'est d'abord les conditions. Donc comme je t'ai dit tout à l'heure, le 15 mai, de l'autre côté, ils avaient fait le sommet et nous, il y avait trop de vent. Donc on était exposés sur l'arête, donc ça ne passait pas. Et donc tous les jours, moi j'étais le chef d'équipe, tous les jours, j'allais dans la tente du responsable de camp chinois. Et donc, on faisait un peu un tour de table des météos du monde entier, puisqu'on avait des routeurs. Nous, on avait un routeur suisse, après tu avais américain, russe, etc. Et donc tous les jours, on a attendu, si tu veux, cette fenêtre, huit jours, c'est sept ou huit jours, je ne sais plus, à 6400. Tu vois, on est sur le camp de base avancé, le camp de base avancé est très très haut, parce que tu vois, sur l'Everest, côté Népal, tu pars de 5002, là tu pars de 6400 en fait, parce qu'il y a deux jours pour redescendre au camp de base qui est à 5200. Donc une fois que tu te mets à 6400, tu y restes. Donc chaque journée passée à 6400, c'est quand même des chances en moins de monter au sommet, donc on attendait, on attendait, on attendait. Et jusqu'au jour où, bah oui, toutes les météos, les prévisions météo s'alignent, et donc là, c'est 20 et 21 mai, c'est bon, toutes les météos disent, c'est ok, on peut y aller. Avec 21 mai, vers 4 heures, tu avais une forme de précision quand même, c'était retour du vent sur la montagne, donc il fallait avoir redescendu de tous les camps d'altitude pour se mettre à l'abri. Et premier choc, si tu veux, c'est justement le chef de camp chinois qui dit, bah alors maintenant, je vais vous expliquer la règle. Il dit, le 20 mai, c'est les Chinois sur la montagne, et le 21 mai, c'est le reste du monde. Voilà ce qu'il dit. Et là, t'as un chef d'expédition d'un côté qui a la présence d'esprit de dire quand même, mais vous êtes combien et on est combien ? Donc t'as le Chinois qui répond, bah nous on est 15, plus 15 Sherpas, ça fait 30, et vous, vous êtes 80, plus 80 Sherpas, bah ça fait 160. Et là, tu dis, bah alors eux, ils ont un jour plein, et ils sont 30, et nous on est 160, et on a trois quarts de journée en fait pour faire le sommet. Et là, de façon autoritaire, il dit, attention, moi le 20 mai, je veux personne sur la montagne, il n'y a que les Chinois. Donc là, t'as cet élan nationaliste qui fait que, bah chaque saison, c'est d'abord un Chinois qui est au sommet de l'Everest avant que ce soit quelqu'un d'autre. J'avais pas mesuré ça avant de le savoir, mais là, c'est ça. Donc, on part pour le 21 mai, on monte, machin, etc. et puis on décide, au camp 3, donc t'as 8200 m, un peu de se répartir les temps de départ pour être sûr d'éviter les embouteillages. Tu vois, côté Tibet, t'as trois ressauts à passer, qui sont pas forcément durs et techniques, mais qui créent les embouteillages parce que, évidemment, t'as qu'une corde, donc soit t'es derrière quelqu'un qui n'avance pas, soit en plus on se croise, etc. Donc voilà, t'as trois possibilités d'avoir des embouteillages. Normalement, tu pars à 11h du soir et puis nous, comme on était plutôt dans la logique de sécurité, on dit, on va partir à 8h30, on sait qu'il y a 9h de montée, donc on sera là-haut au lever du soleil, on aura un magnifique point de vue, etc. Donc les Russes sont partis à 5h30, je m'en rappelle. Nous, on a pris la deuxième position à 8h30, je crois que c'est les Allemands qui ont suivi à 9h, et ainsi de suite, se départent toutes les demi-heures. Voilà, donc tu pars de nuit. Et j'ai fait une première erreur, moi si tu veux, c'est de ne pas mettre assez hydraté, mais quand je te dis ça, c'est que je m'en rends compte après. Et en plus, on n'a pas réussi à mettre en place le protocole qu'on avait décidé entre nous. C'est-à-dire que là, nous, on était trois alpinistes français, trois Sherpas, et on s'était dit, toutes les heures, on s'arrête et on boit un coup. Quand tu es dans ces altitudes-là, tu es dans des milieux extrêmement secs, il faudrait boire peut-être juste 2 ou 3 litres d'eau, parce que tu te désirates juste par la respiration, tu vois, donc même pas par l'effort physique et la transpiration, là je te parle juste de la respiration. Et bien, on ne s'est pas arrêté toutes les heures, personne n'a pensé à s'arrêter. On s'est arrêté à Moucherombroque, ça s'appelle, c'est-à-dire c'est au moment où tu changes tes bouteilles d'oxygène que tu en prends une pleine pour faire le sommet et redescendre. C'est là qu'on a commencé à s'hydrater. Voilà, donc première erreur et donc, deuxième erreur, c'est ma décision que j'ai prise, donc là, on est quasiment à 100, 150 mètres du sommet en altitude et en fait, à chaque pas, moi j'activais mes orteils dans les chaussures puisque les chaussures d'alpinisme, elles sont plutôt plates, donc tu vois, ce n'est pas comme des chaussures de randonnée où à chaque pas que tu fais, ça active quand même la circulation, pas du tout. Donc là, l'idée, j'étais très à l'aise avec ça, si tu fais un pas puis tu remuiopées les orteils, etc. Et à 100 ou 150 mètres du sommet, j'avais très mal aux orteils, et notamment le gros orteil gauche et là, je me dis, bon ben, c'est sommet, c'est orteil, c'est sommet, c'est orteil, c'est sommet, si proche, c'est sommet quoi, c'est évidemment sommet. Donc là, victime d'un biais cognitif qui est l'escalade de l'engagement, c'est-à-dire que le but est tellement proche que tous les paramètres que tu t'étais donné de dire sécurité, machin, etc., t'oublie. Et j'en veux pour preuve aussi qu'on n'est pas très lucide. L'exemple de s'arrêter toutes les heures et boire un coup, ben, personne ne s'est arrêté, donc on n'a pas la notion du temps. Donc, tu vois, on est un peu cotonneux, en fait, en termes de réflexion. Et donc, j'arrive aussi.

Loïc Sachant que, parce que 100, 150 mètres du sommet, en termes de chrono, ça représente quoi ?

Invité 1 Une heure, une heure et demie. De montée, une heure et demie de descente. Par moins 35.

Loïc Ouais, voilà.

Invité 1 Après, j'étais choqué parce que j'avais vu quand même quelques cadavres. Et donc là, forcément, dans la question de la motivation, tu te dis, qu'est-ce que je fous là ? Parce que tu vois un cadavre au milieu d'une voie, tu vois qu'il n'est pas tombé d'une plaque ou n'importe quoi. Il est mort, crise cardiaque, AVC, froid, je ne sais pas, mais il n'est pas mort d'une erreur technique. Tu vois, si tu vois qu'il est mort d'une erreur technique, tu dis, oula, il faut faire attention. Donc,

Loïc tu en as aussi côté tibétain, alors ?

Invité 1 Ouais, bien sûr. Moi, j'en ai vu pour le coup 4. Donc, voilà, ça t'amène mentalement, là, j'étais en train de me dire qu'est-ce que je fous là ? Mais plutôt que de redescendre, tu vois, je suis victime de l'escalade de l'engagement et je continue, quoi. Et j'arrive au sommet, donc j'étais le premier, c'est ça qui m'a sauvé parce que, en fait, j'étais deuxième, j'étais derrière mon Sherpa, puis Sherpa, à un moment donné, il change sa frontale, il met une nouvelle pile, ça ne marche pas, et puis il me dit, Jérôme, passe devant. Donc ça, ça m'a sauvé parce que tu vas à ton rythme. Les Sherpas, ils vont vite, en fait, ils ne savent pas marcher doucement. Sherpa, tu vois, il part devant toi, il t'attend, donc toi, tu as la pression pour le rattraper, puis dès que tu le rattrapes, il repart et t'attend. Voilà, donc ils ne savent pas vraiment aller doucement. Donc comme j'étais devant, j'allais doucement, et donc je suis arrivé le premier de notre petit train, là, au sommet de l'Everest. Mais, Loïc, au sommet de l'Everest, plutôt que de mettre 9h, en fait, on a mis 7h, donc il était 3h30 du matin alors qu'on avait prévu d'arriver à 5h30 du matin, ce qui veut dire que tu arrives par la nuit noire, tu ne vois rien. Alors, c'était plein de lunes, donc on voyait bien la chaîne de l'Himalaya, machin, etc., mais moi, j'ai zéro photo où, tu sais, c'est comme tu vois aujourd'hui, il fait beau derrière, tu vois le Lotse, tout ça, le Makalou, rien du tout, on les voyait. Les photos qu'on a faites, c'est avec le flash, tu t'es dit, ils ont fait ça en studio, c'est pas possible. Donc, tu as cette déception, mais c'est comme ça, tu vois, on a été trop vite par rapport à comment on tente qu'on met habituellement. Tu as cette déception, puis là, tu as la prise de conscience de dire, bon, alors, c'était mon rêve d'enfant, je suis au sommet d'Evrest, c'est pas aussi bon que j'ai imaginé ou que j'avais vu sur Internet, et puis là, j'ai très mal aux orteils.

Loïc Oui, sachant que là, tu ne te dis pas que c'est absolument impossible de passer 3 heures au sommet pour attendre que le soleil se lève.

Invité 1 Ah non, il aurait fallu passer 2 heures par mois 35, c'était, personne ne l'a envisagé, moi encore moins, parce que comme je suis arrivé, je me suis sécurisé, et moi, on est resté 20 minutes au sommet, et pendant 20 minutes, j'étais là, putain, maintenant, il va falloir redescendre. Et je me dis, alors, je vais te dire ce que j'avais en plus, donc j'avais, bon, les orteils pas très bien, la déception, que le paysage n'était pas celui dont j'avais rêvé, croiser les cadavres qui t'amènent à te dire qu'est-ce que je fous là, et en plus, j'y voyais plus que d'un oeil, en fait, et tout simplement parce qu'on avait enlevé le masque pour protéger les yeux, parce qu'avec le masque à oxygène, en fait, ça faisait de la buée dans le masque visuel, et évidemment, ça gelait tout de suite, donc on avait préféré enlever le masque, et donc sur l'arête, tu vois, le vent revenait de côté, et moi, j'avais l'œil droit qui avait pris, puis l'œil gauche était sûrement protégé par l'arête du nez, donc j'y voyais plus que d'un oeil, et j'ai dit, bon, maintenant, c'est les minutes ou les heures les plus importantes de ma vie qui arrivent, donc c'était dur parce que je n'étais pas prêt à tout ce qui m'est arrivé, en fait, en l'occurrence, donc ce n'était pas technique, tu vois, c'était plutôt mental et physique, puisque là, il y avait quand même des choses qui t'arrivent, qui montrent que tu es sacrément diminué, donc voilà, ça a été le plus dur pour cette raison-là, en fait, c'est pour ça que ça ne m'a pas donné envie d'y retourner, en fait, même pour créer un souvenir plus positif, mais ça ne m'a pas donné envie d'y retourner. Je suis content, on l'a fait, on est 4 sur 7 à l'avoir fait et on est revenu, il y a eu des petites gelures, tu vois, au doigt ou au pied, mais rien de grave, tu vois, donc nous, on a rempli le contrat qu'on s'était donné, c'était jouer notre chance si elle se présente et surtout, zéro accident, quoi, donc voilà, on est content sur l'ensemble du projet, quel que soit le résultat, si tu veux, des uns et des autres, en fait. Je ne sais pas si ça va donner envie à tes auditeurs de faire le reste.

Loïc Écoute, je ne sais pas, en tout cas, c'est un récit authentique et je pense que c'est ça qui est vraiment intéressant, je pense que ce genre de défi, chacun le vit un peu à sa manière finalement, avec ses propres motivations, ses propres aspirations et c'est intéressant, déjà super chouette parce que je te dis, c'est la première fois que j'échange avec quelqu'un qu'il a fait côté tibétain et puis 2011, même si, après je ne sais pas, tout à l'heure je te disais, je suis surpris qu'il y avait déjà autant de monde à l'époque, honnêtement, je ne sais pas du coup, je ne sais pas combien de gens font le Mont-Blanc donc j'ai du mal à voir si vraiment on sent qu'il y avait, tu vois, si 160 personnes sur une montagne pour une ascension, ça se ressent ou pas mais voilà, intéressant d'avoir le récit de quelqu'un qui l'a fait peut-être avant que ça devienne la folie actuelle en termes de... Tu as deux chances à prendre en compte

Invité 1 sur les images que l'on voit des files d'attente, la première c'est le nombre, donc plus tu es nombreux et forcément plus il y a de chances qu'il y ait de files d'attente et la deuxième c'est la fenêtre météo, si tu as deux jours de fenêtre météo, tout le monde tente sa chance en même temps, si tu as dix jours de fenêtre météo, les gens vont se répartir. La première image, tu vois, c'est ça qui m'avait un peu fait réfléchir, la première image que tu vois d'une file d'attente, c'est comment Nibsdaï fait son projet, il fait une photo et quand il se retourne, quand il descend, il fait une photo et il montre la file d'attente. Écoute, moi je suis en contact avec pas mal de Sherpa et il y en a un qui a fait la photo même heure le lendemain et il n'y a personne sur la voie. Donc tu vois, ça fait un effet loupe quand tu ne connais pas, tu te dis, waouh, ils ont raison, il y a trop de monde, c'est une chose, mais en plus, tu as cette concentration qui est liée au fait que si tu as une fenêtre météo très courte, tout le monde y va en même temps, au point. C'est un peu comme les soldes, tu vois, les soldes, ça dure six semaines, on va dire, mais les meilleures affaires, c'est tout de suite et donc tout le monde y va tout de suite. Donc ça crée une espèce de folie, etc. Mais on est quand même trop nombreux à la base. Mais ce qui va te grossir et accentuer le phénomène, c'est ça aussi. c'est la durée de ta fenêtre météo, donc les chances qu'on a d'y aller ou pas.

Loïc Dans la liste des sept sommets, j'en ai souvent entendu deux en particulier qui étaient cités comme des sommets particulièrement difficiles d'un point de vue météo ou extrêmement compliqués d'accès, c'est le Denali, plutôt pour la météo et le froid. Tu me diras, toi, ton expérience, ce que ça a été. Et le, alors là, je suis désolé si je le prononce mal, le Punka Kjaya.

Invité 1 Ouais, la pyramide de Karten. Yes.

Loïc Là, plutôt pour le, à l'inverse, les conditions tropicales plus, plus, plus, c'est très, très, très, très difficile d'accès. Ouais. Tu le confirmes ?

Invité 1 Oui, oui, oui. Écoute, on peut commencer par la pyramide de Karten. Donc, tu es en Papouasie. Donc là, tu es dans une zone, alors moi, je l'ai faite, la pyramide de Karten, ça devait être 2015. 2015. Donc, tu es dans une zone où l'Indonésie revendique les territoires Papou et tu as certains mouvements indépendantistes Papou. Cette pyramide, en fait, elle a trois voies d'accès à pied et ils ouvrent les voies en fonction des événements qui viennent de se passer. Donc, en fait, nous, sur les trois, il n'y en a qu'une qui était ouverte parce que les deux autres, malheureusement, ils s'étaient entretués entre les indépendantistes et les Indonésiens. Donc, tu as déjà cette règle-là. Ce qui fait que parfois, il y en a qui sont obligés de prendre l'hélicoptère et d'être déposés au camp de base en hélico. Donc, de ne pas passer par la jeugle depuis les petits villages Papou. C'était un deuxième élément et moi, c'était une première pour moi et il n'y a aucune fierté là-dedans et ça faisait surtout très bizarre. C'est que la montagne d'à côté, c'est une mine. C'est une mine de diamants, je crois, et puis je ne sais plus quel autre minerai qui est exploité par des Canadiens et donc, tu as une protection de cet environnement-là. Donc, c'est une mine à ciel ouvert, c'est-à-dire qui creuse la montagne en cône inversée. Ça veut dire que quand tu fais l'ascension de la pyramide de Carthens, tu as la montagne d'à côté qui t'éclaire. Je t'assure, ça fait vraiment bizarre. D'accord. Voilà. Et là, tu as une règle de sécurité. Les quatre jours que tu passes dans la jungle pour accéder aux camps de base, en fait, tu fais un détour, tu fais comme un arc de cercle et tu évites la mine, en fait, en l'occurrence. Bon, il pleut tout le temps. C'est 24 heures sur 24 de la pluie. Donc, on rigolait, nous, mais pour la redescente, on dit, on va couper, on va passer par la mine. Tu vois, si tu t'es dit, plutôt que de faire quatre jours dans la jungle, 24 heures sur 24 dans la pluie, dans la boue, etc., maintenant qu'on l'a fait, c'est bon, on coupe. Et là, les papous, on avait des guides indonésiens aussi, ils disaient, mais jamais de la vie. Donc là, il y avait un japonais, un américain, il y avait deux français, il dit, jamais de la vie, vous allez faire sept jours de prison dans un conteneur. Ah ouais. c'est bon, c'est les Canadiens, donc si c'est les Canadiens et vous le laissez passer, non, non, non, non, vous allez faire sept jours de prison et donc ils vont raconter le nombre de fois où il y en a qui avaient voulu le tenter et donc voilà. Donc, tu n'as que les papous qui peuvent y aller et eux, ils y vont, ils sont juste à la, au niveau de l'entrée quoi, plus ou moins et ils récupèrent en fait des vieux équipements, des personnes qui travaillent là, donc des bottes, des cirées, etc., pour se protéger. Donc voilà, tu as à la fois un mouvement politique et puis après, tu as cette, voilà, réserve un peu économique qui fait que ce n'est pas facile et ensuite, il faut que tu prennes en compte que tu vas te faire rançonner. C'est-à-dire que tu atterris dans la ville la plus proche, en fait, c'est uniquement un aérodrome, c'est-à-dire que tu n'as aucune piste qui t'amène à cette ville autre que l'avion. Voilà. Et donc, ils sont ravitaillés par l'avion, y compris pour les matériaux, si tu veux faire du béton, tout ça, si tu veux un vélo, si tu veux une voiture, ils arrivent aux pièces détachées, etc., c'est l'avion qui te l'amène. Et partant de là, si tu veux, on va jusqu'au village Papou le plus proche, on y va plus ou moins en moto, et donc on traverse d'autres villages Papou, et donc à chaque village que tu traverses, tu te fais rançonner. et c'est pour de vrai, c'est-à-dire que nous, on était prévenus, on a donné de l'argent en cash, et il est hors de question de faire le fier à bras et dire, écoutez, c'est bon, nous, on passe, machin, etc. D'abord, un, ils sont armés, à chaque stop, on s'est fait rançonner quatre fois. Donc, t'en as un arc de deux mètres, plus un fusil, tu vas t'arrêter une demi-heure, trois quarts d'heure, une heure, le temps qu'ils définissent le prix de la rançon, etc. Et si tu respectes pas le truc, en tout cas, c'est ce qu'ils nous ont dit, ne les connaît pas, parce que la fois d'avant, t'en as trois qui ne voulaient pas payer au premier barrage, ils se sont fait prendre leur passeport et là, c'est terminé. Donc, voilà, t'es un peu...

Loïc L'aventure.

Invité 1 Ouais, t'es un peu dans l'aventure. encadré, parce qu'on avait des guides indonésiens et c'est par eux qu'on était passés et ils sont connus, tu vois, etc. Là, c'était la bonne ressource pour nous avancer. Mais autant te dire qu'entre un Japonais, un Américain et deux Français, on n'est pas du tout habitués à ça, quoi. Ouais, ouais. Donc, voilà, t'arrives, on avait rendez-vous et là, on dit, bon, on ne sait pas encore quelle voie on va prendre parce que là, il y a eu un mort sur cette voie, pour l'instant, il n'en reste qu'une ouverte mais on espère que, etc. Tu te dis, wow, je suis soi-disant venu faire un peu d'alpinisme où je suis, quoi. Ouais. Où je suis, quoi. Donc, effectivement, là, tu as difficulté d'accès à politique, économique, enfin bon, etc. Et après, t'as le temps, donc il faut accepter d'être tout le temps mouillé pendant les 15 jours d'ascension. Après, le fait que tu fais la phase somitale, c'est Davia Ferrata, t'as une tyrolienne à passer où tu fais le cochon pendu et voilà, t'as 1000 mètres d'un côté, 1000 mètres de l'autre. Donc ça, c'est un peu sportif mais bon, c'est sécurisé. Mais voilà, après, c'est du plaisir, c'est même pas de l'alpinisme, il n'y a même pas besoin de pioler, c'est vraiment de la Via Ferrata. Alors, c'est pas équipé comme Via Ferrata à la française, tu as des cordes, etc. Mais en tout cas, voilà, ça s'apparente à ça. Ok. Et donc, à l'opposé, t'as le Denali. Le Denali, j'ai fini par ça sur les Seven Summit.

Loïc Volontairement d'ailleurs, enfin, je veux dire, t'avais une stratégie avant qu'on parle du Denali sur l'ordre dans lequel tu les as faits ?

Invité 1 Oui et non. C'est à dire, mon point de départ, c'est l'Everest. Donc, à un moment où je rencontre quelqu'un qui veut faire les Seven Summit que je ne connaissais pas et que tu as fait l'Everest ou c'est là où tu as le côté le plus aléatoire en fait, et le plus cher. Voilà, après, c'est avec les Français que je connaissais, qui veut faire quoi, est-ce qu'il y a une opportunité, etc. Tu vois, il n'y avait pas vraiment de stratégie en termes de difficultés ou autre. D'accord. Ça m'a plu de finir par l'épaule parce que c'est les plus chers et donc pour trouver les sponsors, c'est plus facile quand tu leur dis, il ne me reste plus que le possible à faire pour compléter l'export en grand sable plutôt que de dire, je veux faire l'export en grand sable et je vais commencer par le plus cher. C'est un peu, voilà, mais je sais qu'il y en a qui tentent comme ça et donc c'est beaucoup plus dur. Donc non, il n'y avait pas de stratégie. Il y avait toujours cette logique d'apprentissage, quoi qu'il en soit, mais il n'y avait pas de stratégie de dire tac, tac, tac, voilà, il y a créer les opportunités pour le faire. Le Dénali, en plus, ça a été mon point d'inflexion parce que tu es en zone polaire en fait et après le Dénali, moi, j'ai dérivé sur le polaire. Le Dénali, c'est chouette parce que tu es posé en avion à 2000 mètres et tu vas marcher pendant 4 jours, tu remontes un glacier, etc. pour aller à ton camp de basse qui est à 4 minutes. Tu as même 5 jours, et tu es avec la poulka. C'est-à-dire que tu es en autonomie et tu commences à être avec ta poulka. Donc, nous, on était 5, on avait 2 approches. Il y a ceux qui étaient en raquette et ceux qui étaient en ski d'approche. Donc, c'est des petits skis, ce n'est pas des skis randonnés ni des skis randonnés dans le DIC, c'est des skis d'approche. C'est-à-dire que tu mets tes chaussures d'alpinisme avec des sangles et c'est un ski qui fait 1m, 1m10, 1m20 et qui a une peau de foc dessous. Donc, à la montée, il n'y a pas eu de différence. Moi, j'avais les raquettes. À la montée, il n'y a pas eu de différence. À la descente, nous, en raquette, on s'est fait atomiser. Ce n'était pas la bonne stratégie pour ça. Donc, tu as 4 jours ou 5, je ne sais plus, où tu montes et tu tires ta charge puisqu'on était chargé, puisque tu es en autonomie, tu montes tes tentes, etc. Là, il n'y a pas de Sherpa, il n'y a rien. Tu es vraiment en autonomie. C'est chouette. Et donc, tu fais ça. Vous aviez un guide quand même malgré tout ? Non, on a fait ça avec un chef d'expédition français, Bertrand Roche, Zeb, qui lui, il avait déjà fait. Lui, il a déjà fait les Seven Summits et les redescendus de chacun des sommets en parapente bi-place avec sa femme de l'époque. Et donc, lui, il connaissait le truc. Évidemment, tu n'as pas le droit d'être accompagné par un guide autre qu'un guide américain. Ce n'était pas lui le chef d'expédition, c'était l'un d'entre nous. Et si tu veux, quand on est passé chez les Rangers, ils font une petite étude sur toi et on s'est dit qu'il ne va pas monter avec nous. Après, tu fais le site internet, tu googles chacun et tu te rends compte qu'eux. Il n'a pas le droit d'accompagner, sauf si tu prends un guide américain. Donc, c'est quand même passé. Ça faisait longtemps qu'il l'avait fait. En plus, il était redescendu en parapente, ce qui n'était quand même juste pas autorisé. Il s'est dit que je suis grillé par les Américains. Il n'y avait pas les bases de données, donc ils n'en sont pas souvenus. Après, on a fait lecture de cartes, etc. Tu as un suivi d'itinéraire pour monter à 4800. Tu fais la même approche que tout le monde. C'est vrai que quand on est arrivé au camp de base, on s'est installé à côté d'Américains et ils ont dû rester plus de 10 jours d'affilée au camp de base parce qu'ils attendaient la fenêtre météo. Et comme il n'y a jamais eu de fenêtre météo idéale, alors que nous, on a fait le sommet entre temps, qu'ils ont considéré comme étant idéal, ils n'ont pas fait le sommet. Et moi, quand je suis redescendu, figure-toi, ça c'était assez rigolo, j'ai recroisé l'Américain avec qui j'étais à la pyramide de Carthens. C'est marrant, c'est marrant ta question. Et lui, tentait avec le Denali de finir les Seven Summits. C'était sa troisième tentative. Et à chaque fois, il a échoué à cause de la météo. Voilà. Et pour te dire, nous, on a fait le sommet. Et le meilleur jour pour faire le sommet, c'était le lendemain, en fait, de notre sommet à nous. Quand on est au sommet, tu as des vents à 100 km heure, il fait moins 30. Donc, tu as un col à passer avec un effet venturi. On s'était dit, si on arrive à passer ce col, après, on fait le sommet. On a réussi à passer le col et donc, on a fait le sommet. Donc, il faisait beau au sommet, mais tu avais beaucoup, beaucoup, beaucoup de vent. Et quand on est redescendu, en fait, on a vu pas mal d'alpinistes monter et, écoute, le vent s'était calmé et eux l'ont fait dans des meilleures conditions que nous. C'est-à-dire qu'il faisait aussi beau mais pas de vent. Donc, c'est assez aléatoire, effectivement, côté météo. Et après, il fait bien froid. Enfin, tu te réchauffes pas dans les camps de base comme tu pourrais te réchauffer dans d'autres places.

Loïc Attends, mais du moins 35 avec du 100 km heure de vent, on ressentit, ça doit être une violence extrême.

Invité 1 Ah oui, oui, t'es pas fier.

Loïc Sachant que j'ai ce chiffre en tête, je ne sais plus, j'avais lu ça, qu'un vent à 120 km heure, tiens, pas debout.

Invité 1 Moi, je suis tombé deux fois sur l'arête. Ah oui, ok, d'accord. Je suis tombé deux fois, tu vois, alors je suis tombé parce que je ne voyais pas très bien avec le masque, donc je n'ai pas assuré mes appuis, c'est sûr, et puis j'ai dû être un peu balancé par le vent aussi. Donc, non, non, c'était pas les meilleures conditions pour le faire. Donc, on s'est dit, on tente, on avance, on verra bien. Pas eu de gelure, ni rien. Mais ce n'était pas les meilleures conditions. Après, c'est toujours la même chose, c'est que tu prends une décision à l'instant T avec les paramètres qui s'offrent à toi et après, tu peux juger la pertinence de ta décision qu'à posteriori. C'est aussi un biais cognitif, c'est un biais d'irrétrospectif, c'est-à-dire que tu juges que ta décision était bonne ou pas avec les informations que tu as dans les jours qui suivent. Donc, évidemment que quand on a vu les autres faire le lendemain, on s'est dit, c'est le lendemain qu'il fallait le faire et puis après, on s'est regardé, on dit, nous, on a tenté notre chance, on avait des paramètres de sécurité en tête, on n'a pas dépassé ces paramètres de sécurité donc on peut être content. C'est-à-dire que il ne l'aurait pas fait le lendemain, nous, on aurait été satisfait en disant, c'était le jour pour le faire. Un autre qui est difficile aussi, c'est la Concagua. La Concagua, moi, je l'ai réussie la deuxième fois. Je l'avais tentée une première fois, c'était en 2013, je crois. On ne l'avait pas réussi, on était au dernier camp qui s'appelle Cholera et donc là, c'est la montagne qui était en colère puisque là, il y avait des rafales à 140 km heure. Et là, effectivement, c'est pour ça que je rebondis sur cette information, c'est que nous, il y avait une femme avec nous et donc elle est sortie, elle s'est fait balayer deux fois par une rafale, elle est tombée par terre donc on s'est dit, bon, on n'est peut-être pas plus fort que le vent donc on va redescendre et ça m'a donné un enseignement, si tu veux, j'avais prévu le projet sur trois semaines et donc très peu de temps finalement de réserve pour faire le sommet donc tu rentres extrêmement frustré parce que tu te dis, je suis acclimaté, donc tu te dis, là, c'est pas le bon truc, on serait resté une semaine de plus, on aurait pu tenter après parce que le vent se calmer donc moi, ça va amener après sur tous les projets à accentuer la marge de réserve pour te laisser le maximum de chance pour prendre en compte ces paramètres-là et bizarrement, quand on l'a fait deux ans après, il n'y avait pas de vent d'être resté une heure au sommet il n'y avait pas de vent du tout et l'Argentin qui était avec nous dit, moi, ça fait sept fois que je fais la concagoise la première fois qu'il n'y a pas de vent donc profitons-en il est dur pour ces conditions-là lui, il n'est pas dur techniquement du tout mais il est sur un couloir aérien et tu as souvent du vent voilà pour les Seven Summit Loïc excellent

Loïc si ça te tente une dernière question sur ce gros pan de ta vie quand même comment est-ce qu'au fil des sommets ta vision de l'alpinisme de l'aventure a évolué

Invité 1 elle a évolué pour répondre à ta question définitivement après avoir fait l'Explore Grand Slam c'est-à-dire que comme j'avais l'Explore Grand Slam en tête j'étais plutôt dans une logique de performance quand je te dis performance c'est bien sûr on respecte les conditions de sécurité parce qu'à nouveau moi je suis père de famille j'ai un boulot etc je suis amateur enfin moi j'ai rien à revendiquer je ne suis pas sponsorisé par des marques de soda pour ne pas les citer où il y a de la taurine et tout ce machin donc le mais c'était la performance c'est-à-dire c'est faire remplir ce challenge aujourd'hui je suis plutôt sur la logique de profiter de ces espaces et prendre conscience du niveau de privilège que j'ai de pouvoir en fait y être donc là c'est après l'Explore Grand Slam en fait que ça a évolué ok voilà moi ce que j'ai vu parce que tu vois ça s'étale sur plusieurs années c'est que tu as un engouement sur l'alpinisme tu as de plus en plus de monde dans les camps de base tu as des conditions de vie dans les camps de base que moi j'ai vu évoluer c'est-à-dire qu'avant on n'avait pas internet on avait le téléphone satellite et puis tu passais un appel par semaine à ta famille et puis c'est tout aujourd'hui tu as internet dans une tente et puis tu peux faire tes réseaux sociaux et tous tes trucs en même temps donc le rapport a évolué je ne dis pas que c'est bien ou que c'est mal c'est un rapport qui a évolué et qui fait qu'aujourd'hui tu vois je préfère aller sur les zones polaires qu'en montagne même si j'ai encore plein d'autres projets montagne tu vois c'est un un endroit ou en tout cas un environnement qui a changé de par ce qu'on en a fait en fait pour l'occurrence voilà moi c'est ce que j'ai vu ça dans la durée j'étais content aussi c'est sûr qu'au début quand tu dis je peux envoyer un petit message à ma petite famille t'en profites aussi et puis après c'est la dérive et les réseaux sociaux etc et donc tu te dis on n'est pas dans un combat en train de s'acclimater aller voir les autres expéditions les autres pays parler entre nous partager nos doutes et tout ça t'es tout seul avec ta communauté en fait en l'occurrence ça crée un isolement de chacun alors que alors que t'as plus l'esprit entre guillemets de cordée c'est à l'expédition on est tous ensemble voilà on prend des décisions ensemble on partage nos doutes on s'entraide etc ça individualise un peu les projets et sans te dire que derrière il y en a qui racontent n'importe quoi entre ce qu'on voit vivre et puis ce qu'ils racontent quand tu lis après leur truc tu dis ils ont écrit qu'ils allaient mourir à chaque instant alors que tu prenais le thé avec eux que tout allait bien

Loïc ça c'est aussi un aspect que j'ai découvert de l'aventure plus j'échange avec des aventuriers plus j'entends des histoires comme ça où finalement tu te rends compte que peut-être que dans certains cas il y a aussi une approche très marketing peut-être la réalité décrite avec un filtre un peu différent

Invité 1 ouais moi je me rends compte tu vois dans les échanges que j'ai les conférences ou autre t'as quand même une méconnaissance de ces milieux là voilà donc tu vas pas raconter n'importe quoi si t'es à Chamonix parce que t'es entouré d'alpinistes etc mais si t'es dans une grande ville les gens ils connaissent pas ou ils connaissent qu'à travers la montagne où t'as un storytelling pardon à travers la télé où t'as du storytelling etc bon ben voilà tu peux raconter ce que tu veux déjà je sais que quand je suis en conférence que je pose la question à tout un chacun qu'elle a la différence entre le pôle Nord et le pôle Sud je suis quand même assez effaré c'est vrai oui mais oui mais t'as une méconnaissance je veux dire c'est pas quand je te dis ça il n'y a aucun jugement je suis juste effaré par le fait que c'est pas des c'est pas l'actualité de tous les jours c'est pas des informations communes donc c'est pas des des sujets sur lesquels les gens se questionnent tu vois il y a prophétie donc à part quelques initiés enfin voilà c'est pas donc je dis ça c'est pas un jugement moi il y a plein de j'ai plein de zones d'ombre sur plein de sujets de la vie de tous les jours et voilà quoi en tout cas ça te prouve que tu peux raconter voilà tu peux rejoliver ton histoire et personne te dira ah ouais enfin bon c'est possible enfin voilà

Loïc bon c'est vrai qu'ils veulent en savoir plus sur le pôle Sud en particulier l'épisode qui sortira la suite de celui de Jérôme c'est avec Claire Laine qui revient là aussi sur le podcast qui est une médecin médecin en milieu milieu extrême qui est parti pour une très longue mission au pôle Sud donc écoutez elle est restée

Invité 1 combien de temps ?

Loïc alors c'est comme toi en fait elle est venue une première fois sur le podcast évoquer son parcours de vie en général donc on a parlé de plein de choses mais entre du pôle Sud en fait la mission qu'elle avait faite c'était une mission de logistique donc elle est partie d'une des bases les plus proches de la côte et elle a eu si je dis pas de bêtises 24 jours de tracteur chenille pour rejoindre la base de destination ok ouais très bien voilà donc avec toutes les PIP je crois qu'elle a mis 17 jours avant d'arriver au pôle Sud enfin sur le continent 7 avions enfin c'était une expédition mais bon voilà donc c'était juste un petit teasing pour celle-ci c'est très bien très chouette et maintenant ce que je te propose Jérôme parce que je regarde aussi le chrono on a un peu moins de temps que prévu à cause de moi donc désolé pour ça mais c'est qu'on passe sur la suite donc tu l'as évoqué ta vision de l'alpinisme de l'aventure en général a quand même bien évolué après l'expérience de Grand Slam aujourd'hui tu consacres à peut-être une approche un peu moins orientée performance et là tu travailles sur un projet au moins en enregistre donc en février 2025 un projet qui arrive dans quelques mois et qui s'annonce exceptionnel d'aventure et d'exploration

Invité 1 on verra Loïc on verra en tout cas au stade tu as raison on est en février donc il me reste encore deux mois j'ai encore quelques doutes par rapport à ce projet ce projet en fait c'est faire la remontée du Groenland sur 1500 km en ski kite donc entre deux villes Kangar Lusak et sortir à Kanak Kanak étant au nord nord-ouest en fait du Groenland en fait ça combine deux choses d'abord les zones polaires c'est à dire qu'une fois que j'ai fini l'export Grand Slam j'ai pu enchaîner sur d'autres projets en zone polaire j'ai pu faire le passage du nord-ouest donc voilà là t'es au nord du Canada et c'était sur les traces d'Amunsen je voulais finir l'histoire avec Amunsen puisque j'ai pris la voie qu'il a utilisée lui pour aller au pôle sud j'étais vraiment dans les traces d'Amunsen d'ailleurs même sur mes skis de randonnée nordique j'avais la tête d'Amunsen en disant il est passé par là lui donc s'il a réussi au moins quelques années après donc lui il a fait le pôle sud en 1911 et en 1906 il a réussi à ouvrir le passage du nord-ouest et donc là nous on l'a fait dans l'autre sens lui il est passé de l'est vers l'ouest et nous notamment il a hiberné avec son bateau dans une ville qui s'appelle Joah Avon du nom d'ailleurs de son bateau et après il a été à une autre ville inuite qui s'appelle Cambodge Bay donc nous on l'a fait dans l'autre sens donc tu vois ça c'est 400 km en autonomie donc avec un mix banquise et traversé traversé d'îles donc ça ça m'a extrêmement plu parce que là juste pour te caractériser le polaire puisqu'on parlait de monde sur les montagnes le polaire tu vis un huis clos avec l'équipe avec laquelle tu es dans l'immensité tu vois Loïc c'est à dire qu'on est 2 on est 3 on est 4 on est 5 on a 0 barrière autour de nous mais il n'y en a aucun qui va dire bon moi cet après-midi je passe par la gauche et puis on se retrouve ce soir tu vois donc tu es un huis clos c'est à dire qu'on va rester tout le temps ensemble tu as vraiment le fonctionnement d'interdépendance entre nous mais pourtant chacun pourrait partir où il veut voilà donc ça c'est extraordinaire et puis pendant la durée de tes projets tu vois personne en fait sur les 20 jours on a vu personne on a été presque effaré quand on est arrivé à Joahavon parce que là tu as tous les inuits avec leur motoneige ils font un bruit un rafu incroyable ils n'ont même pas de casque ils ont les enfants ils ne sont même pas protégés derrière ils sont en train de fumer sur leur motoneige tu te dis waouh où j'arrive là alors que pendant 20 jours j'étais dans un calme absolu et donc j'ai enchaîné aussi l'année dernière par la traversée sud-nord du Spitsberg je ne sais pas si tu vois où c'est le Spitsberg c'est au nord de la Norvège et donc là on a fait que je ne te dise pas de bêtises 608 kilomètres en 32 jours avec plus de 7000 mètres de délivré donc tu vois on parlait de performance et je te dis je ne suis plus dans la performance mais je suis quand même capable de te dire les ratios parce qu'en fait il faut être précis tu es quand même dans la performance c'est à dire que tu es lâché à un endroit il faut quand même arriver à l'autre et si tu n'y arrives pas ça veut dire que tu déclenches les secours ou d'autres solutions mais ça m'importe moins tu vois j'y mets moins d'attachement que de dire tu vois on se serait arrêté un peu avant et puis voilà c'est des motoneiges qui seraient venus nous chercher je n'aurais pas eu la même frustration que si c'était je tente le dénali et puis il faut le cocher pour faire l'exploitation tu vois voilà et donc je dois t'avouer que j'anticipe ma retraite Loïc parce que j'ai quand même 52 ans aujourd'hui et je me dis des projets comme ça marcher 32 jours 10 heures par jour te traîner 80 kilos c'est chouette mais bon ça demande beaucoup de préparation et puis c'est coûteur d'énergie quand tu le fais sur 30 jours tu perds 8 kilos même si tu manges 7000 calories par jour enfin je veux dire tu dégustes moi j'ai le le corps il est moins élastique que ce qu'il pouvait être quand j'avais 30 ans et donc je me suis dit plutôt que d'utiliser la force de mes jambes qu'est-ce qui pourrait m'aider quoi qu'est-ce qui pourrait m'aider et bon t'es pas sans savoir qu'effectivement il y a cette nouvelle discipline qui est sortie depuis quelques années le ski kite je crois que t'avais interrogé Mike Horn aussi et lui il a fait la traversée du pôle sud en ski kite t'as Mathieu Torder aussi et Heidi Sevestre qui ont fait d'ailleurs le même projet que je serais sur leur trace sur le Grand-Nord puisqu'ils l'ont fait l'année dernière cette traversée donc voilà le ski kite sur les calottes polaires se développe tu peux en faire en montagne j'ai fait une petite initiation bien sûr sur le col du Lotaré dans les Alpes mais on a dit ok on va tenter et ça rejoint deux domaines le ski le polaire et puis après l'utilisation du vent je faisais de la voile quand j'étais jeune et puis tu vois le projet Mer Montagne avec Pierre Lejan ça m'a aussi ouvert l'idée de dire tiens on peut utiliser d'autres forces que la force musculaire en fait donc c'est la nouveauté pour moi trêve de plaisanterie pour la retraite c'est la nouveauté pour moi c'est-à-dire que je rajoute un paramètre d'incertitude que j'avais pas jusque là qui est le vent c'est-à-dire le vent s'il est trop fort on peut pas s'il est trop faible on peut pas donc c'est un peu la condition de réussite de notre projet c'est déjà est-ce qu'il y aura le vent qu'il faut par rapport à nous c'est pas un raisonnement que j'avais jusque là c'est-à-dire que nous quand tu fais ça à pied tu te lèves t'as des routines tu te lèves à 7h boum à 9h t'es prêt et puis tu fais ta journée et puis si le vent était contre toi plutôt que de faire 20 km on aura fait 17 15 et puis le lendemain le vent va t'aider et puis tu seras mieux en pickstrate en frais 22 etc et tous les jours tu joues ta chance sauf si c'est la tempête évidemment quoi donc là s'il y a la tempête bon ben on est à égalité entre un pied et un ski kite s'il y a pas de vent par contre ça sert à rien de marcher sérieux moi ça va être dur pour moi c'est-à-dire que s'il y a pas de vent ben tu te reposes

Loïc parce qu'en plus j'imagine que le kite te permet aussi de partir avec plus de poids je suppose donc là pour le coup t'es vraiment bloqué s'il y a pas de vent déjà on aura

Invité 1 4 voiles donc on va avoir une petite j'en prends une de 5 après une de 8 de 11 et de 15 mètres carrés donc déjà les voiles bon ben tu t'es mis ça après c'est des skis non pas de randonnée nordique mais plutôt des skis là on va prendre des skis de descente tu vois un peu l'eau est bien parallèle t'as des fixations plutôt lourdes en fait tu cherches pas à gagner du poids et si t'as une journée où il n'y a pas de vent ben tu vas marcher alors admettons que tu gagnes 15 kilomètres bon t'es content quoi mais en fait 15 kilomètres c'est ce que tu peux faire le lendemain ça se trouve en 1h30 de kite donc autant te reposer et peut-être attendre le coucher de soleil et kiter parce que peut-être ça peut faire un effet thermique et kiter 2h à ce moment là donc t'es vraiment à l'affût du vent donc ça m'intéresse parce que ça c'est un truc nouveau en fait on est à l'affût de la fenêtre météo mais sur le polaire t'es pas à l'affût de la météo tu traces sauf quand c'est la tempête donc voilà la météo a pas la même influence tandis que là voilà t'auras ça et après le deuxième élément de la certitude c'est mon niveau technique on a vu on sera en vent arrière j'ai vu ça avec la personne avec qui je pars c'est Michael Charavin qui a déjà fait alors lui il a fait la plus grande distance sur le Groenland il a fait le tour une circumnavigation donc il a fait plus de 5000 km lui c'était en 2014 2015 2016 je sais plus donc voilà lui l'historique sur le Groenland qui fait que après ça c'est mon approche aussi moi j'essaie toujours d'avoir des gens qui ont un temps d'avance par rapport à moi c'est à dire qu'ils connaissent le milieu de façon à avoir une lecture différente d'uniquement une lecture d'expertise qu'il faut avoir donc voilà écoute on a déjà fait un petit stage ensemble en Norvège début février j'en refais un autre en avril donc voilà il m'aide à être à l'aise sur toutes les allures avec des conditions de vent différentes mais moi je me pose la question parce que voilà je n'en sais rien c'est est-ce que je serai suffisamment prêt en fait en l'occurrence il n'y aura que la vérité du terrain qui nous le dira on n'est jamais sûrement assez prêt sur toutes les expéditions c'est toujours été la question que je me suis posée et voilà je rajoute ce paramètre nouveau qui est la technique ce que je n'avais pas ce que je n'avais pas et si tu te souviens d'ailleurs c'était un point qui m'avait interpellé quand on avait fait le podcast avec Pierre Lejean il parlait beaucoup de son bateau tu vois l'élément technique qui était prépondérant c'est vrai moi je n'ai pas du tout parlé de mon piolet de mes crampons mais de ma corde tu vois c'est bien sûr que tu choisis de mon matériel et puis après tu fais avec enfin on va dire waouh j'ai le dernier piolet machin on s'en fout alors que lui c'est comme s'il faisait la course à deux quand il a fait ça ça prend ça en solitaire c'est lui et son bateau il faut qu'il ménage le bateau etc

Loïc c'est vrai que l'aspect technique en mer est quand même absolument essentiel

Invité 1 donc moi c'est un paramètre nouveau ça me tente bien donc moi je m'y prépare comme d'hab à fond mais voilà j'ai un gros point d'interrogation sur la réussite évidemment de ce projet donc voilà c'est ça qui le rend complètement excitant non pas que ce soit extrême surmontable etc c'est juste moi par rapport à ça voilà c'est pas c'est pas le truc qui a jamais été fait enfin moi je suis pas ce genre d'aventurier avec un niveau d'engagement de prise de risque au delà de l'acceptable pas du tout mais en tout cas voilà moi c'est mon niveau et mon expérience par rapport à ce challenge donc Loïc voilà je suis plein de doutes j'ai des ressources bien sûr par rapport à ça mais bon c'est comme toi les challenges que tu as fait tu pars avec plein de doutes et après tu déroules puis tu actives tes points forts et puis tu t'adaptes aux situations nouvelles et puis s'il faut renoncer tu renonces et puis si tu vas au bout t'es super fier donc voilà c'est ça que j'ai en tête

Loïc excellent et puis comme tu dis je pense que se lancer dans une aventure en ayant le sentiment qu'on est absolument parfaitement prêt du coup ça enlèverait peut-être un peu de charme à la chose tu vois c'est peut-être parce qu'il y a le doute que ça nous amène à nous dépasser et que ça crée finalement des souvenirs incroyables

Invité 1 et c'est dangereux de partir dans les certitudes c'est absolument dangereux moi je te donne un exemple très concret tu vois avec Pierre Le Gendre on avait fait le Mont Blanc donc moi le Mont Blanc c'est quand même un sommet que j'ai dû tenter alors je sais plus si c'est six ou sept fois je l'ai réussi quatre fois et pourtant je suis de plus en plus compétent mais à un moment donné les conditions ne sont pas là donc il faut renoncer tu vois avec Pierre on a eu la chance du débutant moi aussi quand je l'avais fait la première fois j'avais eu la chance du débutant Pierre en a un excellent souvenir et peut-être il dit autour de lui c'est facile et c'est ce que j'ai dit moi la première fois j'avais fait le Mont Blanc voilà écoute j'ai l'ai tenté en juin dernier pareil avec un débutant et on s'est arrêté au Dôme du Goûter donc à 500 mètres du sommet parce qu'on n'y voyait rien et il y avait du vent et donc c'était plus prudent de redescendre et pour autant tu vois dans la cordée Thibaut qui était avec moi qui était débutant il avait tout à fait le niveau pour monter jusqu'au sommet et les conditions n'étaient pas là tu rentres à la maison et puis c'est tout donc si t'arrives à des certitudes en disant ben non c'est bon je connais le chemin j'écoute pas les paramètres tu te mets sacrément en danger gardons le doute en fait c'est plutôt entre guillemets un salvateur oui

Loïc excellent et donc est-ce que est-ce qu'on va pouvoir suivre enfin est-ce que tu penses pouvoir communiquer juste avant le départ à ton retour j'imagine pas pendant alors si ah ouais tu vois il y a un excellent

Invité 1 si si ouais les traversées alors depuis que moi je fais les traversées à chaque fois je mets en place le site Live Explorer peut-être tu connais là c'est un gars qui est au Mans et donc ben moi j'ai un tracker GPS sur moi et donc tu peux suivre l'avancée et ensuite alors moi j'aime bien alors je sais pas si je le ferai cette fois-ci mais j'arrive à mettre à faire des postes en fait sur le Live Explorer donc c'est pas du tout interactif c'est-à-dire qu'il y en a qui mettent des commentaires et tout mais c'est ma femme qui après m'envoie un petit SMS justement par ce système là de tracker qui me dit tiens t'as une question est-ce que tu veux bien répondre parce que j'ai pas le retour en fait quand j'envoie le post ou la photo on est à 2 KO par seconde si tu veux en termes de débit et ça s'arrête dès que t'as un des 3 satellites qui passent derrière donc enfin voilà pour envoyer d'abord les photos que t'envoies elles sont à 100 KO tu vois elles sont réduites au maximum elles sont à peu près qualitatives mais voilà moi pour faire ça c'est une heure tous les soirs entre le texte c'est vite mais il faut l'envoyer puis après les photos donc oui il y aura un suivi je le mettrai sur les réseaux sociaux l'adresse du Live Explorer moi ça me plaît beaucoup parce que du coup ça m'occupe tu vois sur le sens aussi est-ce que je vais rechercher est-ce que je peux partager tu vois de ce projet là puis finalement c'est un petit rendez-vous que j'ai avec moi-même parce que j'en ai pas la portée en fait à l'instant précis c'est après en discutant donc du coup il y aura ce suivi sur le Live Explorer

Loïc super bah écoute génial on fera finalement comme avec le Vendée Globe un peu de dot watching tu vois regarder le point qui bouge et s'il bouge pas

Invité 1 tu pourras tu pourras tu pourras me dire bah non qu'est-ce que tu fous tu aurais pu quand même marcher tu aurais gagné 10 km 10 km sur 1500 c'est pas grand chose mais bon c'est toujours ça

Loïc sachant que je sais plus du coup si on en parlait quand j'avais commencé à enregistrer ou pas mais ces 1500 km tu prévois à peu près 25 jours c'est ça

Invité 1 voilà c'est ça on se dit 25 jours d'autonomie donc ça veut dire que tu peux 25 jours d'autonomie on va partir avec 5000-6000 calories par jour donc tu peux voilà si tu rationnes etc voilà tu peux faire 26, 27, 28 mais en fait on a une sortie à mi-chemin si ça se passe pas comme prévu en termes de vent et tout on peut sortir sur une ville qui est à 800 km du point de départ après en revanche comme on est plutôt en logique de vente arrière une fois qu'on a décidé de ne pas sortir sur cette ville là t'es obligé d'aller jusqu'au bout c'est trop loin ça nous ferait remonter au vent et remonter au vent avec le ski kite ! je pense que oui j'en sais rien en fait j'en sais rien j'espère pas trop finalement

Loïc écoute en tout cas super excitant hâte de suivre ça et puis si t'es partant à ton retour on pourra se faire un épisode débrief mais en tout cas d'ici là je te souhaite une excellente préparation et puis je te dis un immense merci d'être revenu sur le podcast et de nous avoir partagé ton expérience de l'exploreur Grand Slam et en particulier de ces trois sommets qu'on a bien détaillés c'était vraiment passionnant merci beaucoup Jérôme

Invité 1 merci à toi Wic je te dis du coup

Loïc à très bientôt

Invité 1 à très bientôt avec plaisir

Loïc merci d'avoir écouté cet échange avec Jérôme jusqu'au bout j'espère que ça vous aura donné envie pourquoi pas d'aller au bout vous aussi de l'exploreur Grand Slam en tout cas de vous lancer dans vos propres projets n'hésitez pas à partager cet épisode à un maximum de personnes autour de vous et si vous appréciez les frappés sachez que vous pouvez soutenir le podcast financièrement sur tipee tipeee.com slash les-frappés c'est à partir de 1 euro par mois et il n'y a pas vraiment d'engagement non plus si vous le souhaitez merci d'ailleurs à toutes celles et ceux qui ont déjà franchi le pas et qui contribuent chaque mois à couvrir une partie des frais de fonctionnement du podcast merci encore à vous enfin je remercie tous les auditeurs du podcast pour leur fidélité et je vous dis à la semaine prochaine pour un nouvel épisode ciao les frappés onsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsons Sous-titrage ST' 501 Sous-titrage ST' 501

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