Invité 1 C'est le 9 août 2021. C'est la sortie du rapport du GIEC sur le climat. Je lis des extraits un peu partout et je suis atterré. J'ai 72 ans et je n'ai rien vu de toute ma vie. Je n'ai rien compris de ce qui se passait par rapport au climat. Ça me bouleverse. Je me dis que j'ai fait partie de cette vie où les 30 Glorieuses ont avancé sans vraiment se poser des questions sur ce qu'on faisait à la planète Terre.
Loïc Hello Hello ! Vous écoutez Les Frappés, le podcast de celles et ceux qui se dépassent. Je suis votre hôte Loïc, ancien sportif de haut niveau en judo, coach, préparateur mental et amoureux d'activités outdoor en tout genre. Ma conviction, c'est qu'on a tous une petite étincelle de folie et d'audace, une version un peu frappée de nous-mêmes au potentiel exceptionnel qui sommeille en nous. J'ai créé ce podcast pour vous faire découvrir des femmes et des hommes qui ont osé le réveiller. Mes invités sont des athlètes de tous niveaux, des aventuriers professionnels, des voyages aux eaux longs cours, des entrepreneuses ou encore des militaires, des forces spéciales. Leurs témoignages au micro du podcast sont de puissantes invitations à passer à l'action. Attention, une écoute régulière peut entraîner des changements positifs irrévocables dans vos vies. Prévu fin 2026, l'Odyssée Climat est une aventure sans précédent. Plus de 16 000 kilomètres à l'aviron, reliant la Martinique à la Nouvelle-Calédonie via le canal de Panama et Tahiti. Il s'agit de la plus grande expédition jamais réalisée par des équipages mixtes et transgénérationnels. Ce projet audacieux associe défis sportifs, exploration scientifique et mobilisation mondiale pour le climat. Porté par les papiers rameurs dont mon invité Bernard fait partie, l'Odyssée Climat est bien plus qu'une expédition. C'est un appel collectif à agir pour préserver notre planète. Une preuve de plus que solidarité et audace peuvent transformer les plus grands défis en opportunités d'avenir. Excellente écoute à vous. Toutes mes excuses pour la qualité audio de mon côté. Il y a eu un problème au moment de l'enregistrement que je n'ai pas détecté. Donc on n'est clairement pas sur les standards habituels défrappés. J'en suis vraiment désolé. La bonne nouvelle, c'est que Bernard a bien plus parlé que moi. Fabuleux. Écoute Bernard, quand tu es bien installé, tu me dis, on se lance. Quel âge tu as toi ? Moi j'ai 35 ans.
Invité 1 Mais tu es vachement jeune, dis donc. Je ne sais pas.
Loïc Enfin bon, je suis vachement jeune, mais je n'ai pas traversé l'Atlantique à la rame.
Invité 1 Arrête un peu. Je vais t'expliquer pourquoi je l'ai fait. C'est pour ça.
Loïc Écoute, en tout cas Bernard, je suis vraiment ravi de te recevoir au micro défrappé. Merci beaucoup à votre agence de m'avoir... MV, oui. Exactement. MV, E-M-V-Y. Si vous cherchez des agences RP pour des projets engagés, j'ai l'impression qu'ils sont là. Donc Bernard, une fois de plus, bienvenue. Je pense que ça va être un épisode particulièrement intéressant vu l'envergure du projet dans lequel vous vous lancez avec toute l'équipe. Toi, tu es là aujourd'hui, mais c'est un projet qui est porté par une équipe assez nombreuse quand même, j'ai l'impression. Et puis, hâte que tu nous racontes tout ça. Peut-être en guise d'intro, nous expliquer dans les grandes lignes, toi, ton parcours avant qu'on bascule sur le projet en tant que tel.
Invité 1 Oui, mais bon, bonjour Loïc. Bonjour à tout le monde. Alors moi, je suis Bernard Gerbeau. J'ai 76 ans, bientôt 77. J'ai fait une carrière, j'ai commencé dans l'aviation militaire, le transport aérien. J'étais navigateur et commandant de bord et j'ai fait une vingtaine d'années. À la suite de ça, j'ai quitté, j'ai repris des études, j'ai fait une école de commerce. J'ai travaillé dans les petites moyennes entreprises comme responsable commercial et directeur marketing. Et puis, j'ai repris d'autres études. J'ai fait un master en commerce international, ce qui m'a permis par la suite de faire du conseil en entreprise, surtout au niveau stratégie et développement. Et j'ai quand même décidé de prendre ma retraite à 66 ans. Donc, ça fait 10 ans. Et tout simplement parce que j'encadrais déjà une équipe dans un club dans le sud-ouest, à Marmande. J'encadrais une équipe de rameuses et de rameurs. Et un matin du mois de juin, il faisait un temps magnifique. Je rejoignais le club et je me suis arrêté sur le bras de la route en me disant, mais qu'est-ce que tu fais là ? Tu vas faire quelque chose qui te plaît. À côté, tu as un job et puis tu n'as plus envie de faire ce job. Tu as envie d'encadrer des gens. Bon, mais c'est ce que j'ai fait. J'ai appelé les gens qui étaient propriétaires de l'entreprise avec moi. Puis, je leur ai dit que je partais en fin d'année. Voilà. Et puis, en même temps, je me suis formé différemment. J'avais un projet depuis deux ans de faire un programme de sport santé pour les personnes qui avaient des problèmes de santé. J'avais téléphoné à la Fédération française d'Aviron. Je leur avais parlé de ce projet. Ils m'avaient dit, on ne peut rien faire pour toi, Bernard, parce qu'on n'a rien de prévu à ce niveau. Je pense que j'ai dû planter la petite graine parce que moins de deux ans après, ils m'ont appelé en me disant, ça y est, on a fait une formation. Voilà. Donc, par rapport à ça, j'ai passé à 66 ans, j'ai passé un diplôme professionnel d'Aviron plus un diplôme de coach d'Aviron santé. Voilà un petit peu le parcours professionnel et puis le début de parcours retraité actif.
Loïc Oui, c'est clair que, parce que là, tu ne l'as pas encore évoqué, mais il y a eu aussi une traversée de l'Atlantique en binôme, si je ne me trompe pas ? Non, on était quatre.
Invité 1 Ah, vous étiez quatre ? OK. On était quatre. Alors, pour comment c'est venu, d'abord, c'est que depuis… Alors, on l'a fait en 2019. Mais en 2018, on s'est posé la question, parce que je faisais régulièrement une épreuve sportive qui est assez intense, c'est le tour du lac Léman à l'Aviron. Bon, c'est une course, ce n'est pas une randonnée, c'est une course. 25 équipages qui se tirent la bourre et puis ça met entre… pour la moyenne des équipages, entre 17 et 18 heures. Voilà. C'est assez intense, c'est même absolument épuisant et je l'ai fait cette fois. Tu l'as fait sept fois, d'accord. Sept fois, je l'ai fait. Je connais un Allemand qui l'a fait 45 fois. Ah oui, en plus. Là, c'est… D'accord. Chapeau, chapeau. Mais donc, tu pars de Genève ? Oui, on part de Genève, on revient à Genève. D'accord. On passe par le Nord, par Lausanne, tu vois, puis on fait le tour et puis on rentre…
Loïc Ah d'accord, c'est… Ok, sens des aiguilles d'une montre.
Invité 1 Oui, c'est ça, totalement. Ok.
Loïc Sachant que… Pardon, c'est méga intéressant, parce que j'avais… Enfin, là, c'est une question très intéressée. J'avais à un moment donné un projet quand je vivais en Suisse de le faire. Oui. Et j'avais commencé, mais vraiment un tout petit peu à m'enseigner. Il n'y a pas une… D'un point de vue législation, il n'y a pas quelque chose que… Enfin, une obligation à rester très proche des côtes dans une tranche… Voilà.
Invité 1 Il faut être à 300 mètres des côtes. 300 mètres, d'accord. Maximum. Ok.
Loïc Que ce soit à côté suisse ou français.
Invité 1 Voilà.
Loïc D'accord, ok.
Invité 1 Donc, et puis… Alors, quand je l'ai commencé, c'était il y a une douzaine ou 14 ans, je ne me rappelle plus exactement, parce que je l'ai fait cette fois, mais à peu près tous les deux ans. D'accord. Et en fait, il n'y avait pas de GPS à l'époque. Donc, on le faisait à la carte. En carte marine, c'était très intéressant. Moi, je n'avais pas de problème. J'avais un diplôme de… Effectivement, de navigateur aérien, donc c'était beaucoup plus facile. Et il y en avait qui se perdait quand même. Ah oui ? Oui, parce que… Bon, tu connais un petit peu le lac Léman. Ça parait calme et en 10 minutes, tu peux avoir une tempête qui se lève. Oui. Et c'est arrivé quelques fois. Et sur les 7 fois, deux fois, elle a été repoussée. C'est-à-dire qu'on a… Une fois, on a coupé, on est allé jusqu'à l'autre bout du lac, à Montreux, et puis on est revenu par le même côté, parce que le côté français était complètement sous les orages. et une autre fois, on a coulé, carrément.
Loïc Ah oui, carrément, d'accord. Voilà.
Invité 1 Ok. Heureusement, j'avais vu le coup venir et on s'était rapproché du bord. On était à 10 mètres lorsqu'on a coulé. D'accord. Le lac Léman, mine de rien, j'ai vu des vagues de 1,50 m.
Loïc Ah oui, oh pinais. C'est dur à imaginer quand on y allait, enfin moi, toutes les fois que j'y suis allé, c'était relativement calme. Tu vois l'autre côté, tu vois les berges à peu près partout que tu sois. Oui, oui. C'est un peu dur d'imaginer que ce soit la tempête, mais c'est vrai que j'ai souvent entendu dire ça.
Invité 1 Oui. Bon, c'est comme ça.
Loïc Ok, donc cette fois, le tour du lac Léman, donc là, c'était en aviron, en kayak ? Oui, en aviron.
Invité 1 En aviron, ok. En aviron, et puis en fait, l'avant, la dernière fois où je l'ai fait, c'était en 2018, il y avait un gars que je rencontrais, un Suisse que je rencontrais régulièrement quand j'y allais, parce que lui aussi le faisait. Et puis ce coup-là, il n'avait pas pu y avoir de bateau, donc je l'ai pris avec moi. Donc on a fait la course ensemble. Le lendemain, tous les équipages se retrouvent à manger. Donc il y a 25 équipages de 5, des remises de trophées et tout ça. Et puis, je lui dis, comment t'as passé ton année ? Il me dit, très très mal. Je lui dis, qu'est-ce qui t'arrive ? Et il me dit, écoute, j'avais vu une annonce, quelqu'un qui cherchait un partenaire pour traverser l'Atlantique. Je suis allé le voir. Il habite Nantes. Je suis allé le voir trois fois. On a commencé à faire des entraînements et tout. Puis finalement, il ne m'a pas choisi. Il a choisi une autre. Bon, je lui dis, alors ? Il me dit, je voulais absolument le faire. Je lui dis, ça ne te suffit pas ce que tu fais ? Non, non. Bon, je lui dis, tu vois ma mère, tu tapes dedans ? Tape dedans. Voilà, il a tapé dedans. Je lui dis, on va le faire. Et c'est parti comme ça. Voilà. Alors, c'est quand même quelque chose qu'il faut réfléchir une fois comme c'est le défi.
Loïc Oui, c'est clair. Là, ce n'est pas le tour du lac Clément, effectivement.
Invité 1 Non, non, ce n'est pas le tour du lac Clément. Et alors, donc, je lui dis, écoute, on va aller voir le gars avec qui tu devais le faire et que tu n'as pas pu le faire. Et on va lui demander des conseils. Voilà. Donc, on a pris rendez-vous. On est allé le voir. On est revenu le voir à deux autres reprises. parce que pour affiner les choses, ce n'est pas si facile que ça de monter un projet de ce style. Et puis, la troisième fois qu'on y va, il me dit, vous partez tous les deux ? Je lui dis, non, non, non. Je lui dis, à mon âge, j'avais 71 ans. Je lui dis, à mon âge, je ne veux pas laisser quelqu'un dans la difficulté s'il m'arrivait quelque chose. Donc, on va le faire à quatre. Ah bon ? Je lui dis, ouais, on va le faire à quatre. Et les deux autres, vous les avez ? Je lui dis, mais juste, j'ai rendez-vous la semaine prochaine avec deux, je pense que ça va marcher. Il me regarde, il me dit, t'es sûr que vous n'avez pas besoin de moi ? Je lui dis, mais tu n'as jamais parlé. Mais il me dit, ça me tente. Voilà. Donc, on l'a embarqué et puis, on a trouvé le quatrième. En fait, un voulait que ce soit quelqu'un qui connaissait déjà les traversées, notamment à la voile. L'autre voulait que ce soit un rameur. Et moi, je leur ai proposé quelqu'un d'autre en leur disant, moi, j'ai rencontré quelqu'un il y a quelques semaines avec qui j'ai beaucoup discuté. Il ne rame un pas, il ne fait pas de voile, mais il fait du vélo à outrance. Et il a un autre avantage, c'est qu'il est infirmier psy. Donc, rien que pour nous soigner, ce serait bien. Alors, ils ont rigolé. Et puis, finalement, ce gars a accepté. Et c'est Philippe Michel, Yaka, qui va retraverser avec moi. C'est lui. Voilà.
Loïc Incroyable. Et donc, c'est à ce moment-là que les... Parce que j'ai votre dossier de presse sous les yeux du projet Odyssée Climat. Et il parle à plusieurs reprises des papiers rameurs. C'est à ce moment-là que le nom a été, c'était pour cette traversée ?
Invité 1 Oui, tout à fait. Parce qu'en fait, moi, j'étais déjà grand-père. Philippe Michel également. Il y a Philippe Soukani, sa fille attendait un bébé. Et puis l'autre, elle venait juste aussi, elle a accouché juste après au même moment. Je lui ai écouté, on est des papys. Alors, là, il ne voulait pas. Papy, ça faisait trop vieux. Je lui ai dit, mais c'est vachement sympa. Dans le Sud-Ouest, papy, c'est quelqu'un de sympathique. Et voilà comment, à la première interview, j'ai balancé les papiers rameurs. Donc, ils ont été coincés.
Loïc Une fois que c'était publié, c'était fini.
Invité 1 Ce qui est incroyable, c'est qu'en fait, on a eu une quarantaine de parutions presse, écrites. Je crois qu'on a eu 19 radios et 17 télévisions qui nous ont suivis. Et chaque fois que les journalistes venaient et ils disaient, on peut avoir une interview ? Je dis, oui, mais pourquoi nous ? Parce qu'on n'est pas les premiers à traverser, à tenter la traversée. On n'est pas les premiers. Il y a déjà au moins 60 équipages français qui l'ont fait. Il y a une bonne centaine d'anglais. Et tous vont donner la même réponse. Oui, mais personne de votre âge. Oui. Voilà.
Loïc C'est quand même incroyable. Attends, par contre, juste sur ce point, parce que c'est vrai que là, tu en parles comme si c'était une évidence qu'à 70 ans, on se lance dans une traversée atlantique. Mais toi, c'était quand tu as pris ta retraite. Oui. Je ne sais pas pour les autres s'ils en avaient déjà discuté, mais c'était ta conception de la retraite. Tu savais que tu voulais être potentiellement actif, te lancer dans des grands projets, des aventures, même si tu n'avais pas en tête que ça allait être sympathique.
Invité 1 Pas vraiment. Par contre, j'ai toujours été attiré par ce sport, l'Aviron, que je pratiquais quand j'avais 14 ans, que j'abandonnais pendant 30 ans, pendant ma vie professionnelle, puis sur lequel je suis revenu par la suite. Et en fait, c'est un sport qui permet de vraiment vivre quelque chose en équipage. Avec une notion très spécifique, l'Aviron, c'est que ce n'est pas une équipe, c'est un équipage. C'est-à-dire que s'il y en a un seul qui ne fonctionne pas dans l'équipage, l'équipage n'a aucune chance de gagner. Voilà. Il y a quand même cet esprit de compétition qui nous habite. Et si on n'est pas effectivement tous à un bon niveau, ça ne marche pas. Donc, ça oblige chacun à se remettre en question, à essayer de trouver ce qu'il faut pour aller vers l'autre et fonctionner avec l'autre. voilà. Donc, ça m'avait beaucoup plu de dire ça. Et puis, quand on s'est réunis pour la première fois tous les quatre avant de partir, il faut quand même qu'on fasse ça pour quelque chose. Alors, à l'époque, il y avait beaucoup de... Il y avait quelque chose contre l'agisme. Voilà. on disait que... On voyait partout que les personnes qui étaient à la retraite, elles ne pouvaient plus faire grand-chose et elles étaient presque gênantes. Donc, j'ai dit, écoutez, on va essayer de faire quelque chose pour montrer que des personnes âgées sont capables de faire ce qu'ils ont envie au moment où ils ont envie. Et puis, finalement, on va montrer ce que c'est que le bien vieillir. Et le bien vieillir, dans le bien vieillir, il y a une notion qui est la notion du sport, de la pratique sportive pour bien vieillir. Ce n'est pas la seule, mais il y a au moins ça. Donc, voilà, on est parti sur cette idée du bien vieillir. Et en plus, on s'est dit, si on fait un truc comme ça, que vraiment, la presse veut nous suivre, eh bien, on va faire un truc, c'est que le bateau, on s'est cotisé pour l'acheter et puis on s'est dit après, on va le vendre et on offrira le prix de ce bateau à une association qui lutte pour les personnes âgées ou pour le sport. Voilà, comme on est passé, dans l'idée.
Loïc Incroyable. Je viens d'envoyer à mes soeurs pour leur dire que je suis en train d'échanger avec un papy qui a fait être transatlantique à 71 ans et qui s'apprête à faire, là je fais un peu de teasing pour les gens qui les écoutent, mais à faire un défi encore plus dingue. Incroyable. Et donc, avant qu'on bascule sur l'Édicé Climat, cette transatlantique, donc 39 jours, on disait, 39 jours et 20 heures, vous êtes dans quel état à l'arrivée ?
Invité 1 Alors d'abord, d'abord, au départ, au départ, on est parti de Puerto Rico, c'est un port qu'il y a au sud de la Grande-Canarie et on devait aller donc à Martinique. Au moment de partir, on était le 9 décembre et les prévisions météo étaient vraiment très défavorables. Ils nous donnaient à venir dans les 12 heures des vents qui sont sur l'échelle de 6 à 8 sur l'échelle de Beaufort, ce qui est juste en dessous de la tempête, c'est quand même assez délicat. Et donc, c'est dit, on part ou on ne part pas. Alors, sur les 4, il y en a un qui ne voulait pas partir et puis deux qui hésitaient. Alors, moi, je leur ai dit, écoutez, c'est simple, on part en autonomie complète, c'est-à-dire qu'il n'y a personne qui nous suit. On a quand même une chance, c'est que dans 3 jours, devant nous, il y a une course qui s'appelle la Talisquer qui va partir et eux, ils sont accompagnés de bateaux. Donc, on ne sera pas trop loin, on sera une centaine de nautiques au sud mais si on a un problème, ils pourront peut-être nous aider. Et c'est ce qu'on a fait, on est partis, comme prévu, 12 ou 14 heures après, le vent a monté, les vagues ont monté et on s'est fait, on s'est pris 6 jours entre 6 et 8 beaux-forts avec des vagues des fois de 8 mètres, avec des ferlantes. Donc, ça calme tout de suite. Et je vais te dire, à plus, je vais te dire, ça calme parce qu'il n'y en avait qu'un qui connaissait la mer, les trois autres, on ne connaissait pas. Voilà. Donc, on s'était entraînés à La Rochelle mais ce n'était pas pareil. Tu m'étonnes. Voilà. Alors, chose amusante, au moment où on est passé au sud de la Gomera, qui était une autre île où, d'où partait la course la Taliscaire, ils nous ont repérés sur le radar et puis ils nous ont envoyé une invitation en disant vous pouvez faire la course avec nous. Elle leur a répondu gentiment que c'était gentil mais enfin bon, on continuait sur notre chemin, on n'avait pas tout à fait le même chemin parce qu'ils allaient à Antigua. et puis finalement, pendant trois semaines, on était devant eux et ils ont cru qu'on allait vraiment continuer à être devant eux. En fait, non, il y a trois bateaux qui nous ont dépassés mais on était contents parce qu'on étonnés. Et puis, on est donc partis, d'après ce que faisaient les autres équipages, on se disait on va faire entre une cinquantaine de jours, entre 45 et 60 jours. Voilà. Et puis, on s'était dit on va quand même forcer, on va leur montrer qu'il faut qu'on fasse quelque chose. Bon, moi, je suis moniteur d'Aviron donc je les ai un petit peu poussés à ramener d'une certaine manière à la fois pour s'économiser et puis pour avancer quand même comme il faut. On ne dormait pas. Je veux dire, le bateau ne s'arrêtait pas. On ramait deux heures, on s'arrêtait deux heures, on ramait deux heures, on s'arrêtait deux heures. Donc, chacun ramait 12 heures par jour.
Loïc Sachant que vous étiez...
Invité 1 Toi qui as fait du sport, tu t'aurais connaît un petit peu ce que ça donne.
Loïc Oui, c'est absolument énorme. Surtout que la phase de repos, j'imagine que tu n'es pas... Enfin, forcément, tu es dans une petite cabine, ça ne va pas être très confortable. Je suppose que vous devez la fermer pour qu'elle soit hermétique donc il doit faire chaud.
Invité 1 Oui, tu as tout compris.
Loïc Est-ce qu'il y a combien de postes de rame sur un navire comme ça pour quatre ?
Invité 1 Oui, alors, ce bateau existe parce qu'il y a un fabricant en Angleterre, il y en a même deux, qui font des bateaux comme ça. Par contre, effectivement, il y a deux petites cabines. Alors, comme on est quatre, il y en a deux qui rament et deux qui se reposent, qui mangent, voilà, ainsi de suite. Ce n'est pas vraiment évident parce que le bateau est secoué dans tous les sens, surtout au début, on s'en est pris partout. On n'arrivait pas à tenir debout sur le bateau. On ne faisait que chuter. Quand on allait prendre nos places, quelques fois, on était obligé d'y aller à genoux parce qu'on ne pouvait pas tenir. Donc, ça a été très épuissant. Pour donner un ordre d'idée, la nutritionniste qu'on avait eu avait prévu que, bon, pour un sportif à peu près lambda qui s'entraîne régulièrement mais sans plus, il faut à peu près 2200 kcal par jour. Nous, on était à 4,5. Et en fait, il n'y a pas eu assez. Voilà. Alors, tu vois, tu sais très bien que la récupération, c'est et le sommeil qui était coupé, donc, ce n'était pas toujours évident, et l'alimentation. Et alors, manger des... des lyophilisés pendant des mois comme ça, c'est vraiment fatigant. Voilà. À la fin, il n'y a plus d'appétence. Personnellement, puisque tu m'as posé la question, en arrivée, j'avais perdu 13 kilos. Et mon copain Yaka avait perdu, je crois que c'était 6 ou 7. Un autre avait perdu 2... Enfin, les deux autres avaient perdu 2 kilos. Voilà.
Loïc OK. Et moralement, à l'arrivée, après quasiment 40 jours ensemble sur le bateau, un effort, tu le disais, 12 heures par jour dans un confort inexistant. Psychologiquement, mentalement, tu étais comment, toi ?
Invité 1 Alors, moi, je dois être bizarre à m'en constituer parce que, à règle générale, je n'ai jamais peur et ça se passe très bien. J'ai été le seul à ne pas être malade. Donc ça aussi, ça a fait du bien. J'ai voyé les autres malades. Bon, je vous disais, au moins, tu tiens le choc. Par contre, je suis tombé le dixième jour et je me suis éclaté le coccyx. Ah. Alors, t'imagines un petit peu pour ramer avec un coccyx éclaté. Alors, ils ont été sympas, mes camarades, ils m'ont dit, ça, ça m'est arrivé le soir vers 20 heures, ils m'ont dit, tu ne fais pas tes tournées, tu dors, tu dors. Alors, j'ai dormi jusqu'au matin à 6 heures et à 6 heures, j'étais à nouveau sur le siège et j'ai serré les dents. Voilà. J'ai serré les dents mais ça se... Et puis, tu sais, je me suis beaucoup rappelé de lectures que j'avais faites quand j'étais ado, notamment Antoine Saint-Exupéry, Terre des Hommes, c'est-à-dire tout ça qui raconte les histoires d'hommes, des trucs incroyables. Eh bien, oui, c'est peut-être ça le dépassement de soi, c'est aller jusqu'où on ne sait pas qu'on va. Voilà. Et... Donc, on est arrivé, moi j'avais le mental, les autres aussi, on était tous très fatigués, c'est sûr. Une chose étonnante, c'est sur les quatre, il y en a trois qui ont eu le mal de terre à l'arrivée. Moi, je croyais que le ponton, il était sur... Le ponton sur lequel on est arrivé, je croyais qu'il était sur Boudin. Ah non, non, on m'a dit, il est bien sur béton. Ah bon, d'accord.
Loïc C'est marrant que tu parles de ça, j'ai vu une vidéo d'une arrivée, je pense que c'était une transat, je suis sûr, ouais, ça devait être une transat, et d'un gars, donc, qui l'a fait en solo, et il monte sur le ponton, et donc on voit vraiment les toutes premières images, et en fait, il y a un, il y a une espèce de perche qui est fixée dans la prolongation d'un des piliers du ponton, et il est incapable de tenir debout sans se tenir à cette perche, en fait. Ah oui, oui. Comme tu dis, comme s'il était sur un ponton flottant, mais on voit bien que s'il lâche la perche, c'est pas possible, ça marche pas.
Invité 1 ouais. Alors, je te dis, il y en a un, il l'a eu pendant une journée, il y en a un autre, il a été, il a eu toujours ce mal de terre pendant 15 jours. Moi, je l'ai eu pendant 3 semaines, et le coupé IACA, lui, il a eu pendant 4 mois. Oh, punaise. C'est un truc de dingue. Et moi, et ça m'a rappelé que lorsque j'avais fait, lorsque je faisais le tour du lac Léman, un jour, il y avait eu beaucoup de tempêtes aussi sur le Léman, on était arrivés secoués, et je me rappelle, il y avait un bateau qui était arrivé juste après nous, il y a un gars, il n'arrivait pas à se lever du bateau d'abord, donc ils ont été obligés de l'aider, et quand ils l'ont lâché sur le pont, il est tombé. Et je ne peux pas te dire debout. Voilà, il avait le mal de terre aussi. Alors ça fait... Bon, c'est des choses qu'on apprend à nos dépens, mais ça fait sourire après.
Loïc Oui, ça fait des histoires. Ça fait des histoires pour vos petits-enfants qui sont plutôt hors du commun, on va dire.
Invité 1 Oui, c'est hors du commun, c'est pas extraordinaire, mais bon, c'est des choses qu'on peut raconter. C'est peu commune,
Loïc en tout cas à vos âges, je vois moyen d'âge à l'époque de traverser 65 ans, c'est relativement peu commun.
Invité 1 Alors, il y a eu ça, c'est-à-dire que lorsqu'on est arrivé, qu'on a traversé, déjà on avait calculé au départ qu'effectivement, on avait regardé, si ça se trouvait, si on traversait, on serait l'équipage le plus âgé. et c'est ce qui est arrivé. Donc, on a été l'équipage le plus âgé qui a jamais traversé un océan, avec un peu plus de 65 ans de moyenne. Et puis, le lendemain, on a appris, alors on ne le savait pas du tout, on a appris qu'elle avait battu le record de vitesse sur cet itinéraire. Ah oui ? Oui. On avait mis donc 39 jours et 20 heures, à savoir que c'est un peu prisé, il y a quand même un club des moins de 40 jours. Voilà. Et donc, 39 jours et 20 heures, et l'équipage qui détenait ce record sur Puerto Rico, la Martinique, il l'avait fait en 52 jours et 20 heures. Et quand on a appris qu'ils étaient anglais, on était très contents. Voilà. Excellent. Un petit rivalité, quoi, le crunch.
Loïc Ouais. Excellent. Ça fait une très belle intro, on va dire, Bernard. Et du coup, une super transition sur Odyssée Climat. Donc, est-ce que tu peux nous en dire plus sur ce projet démentiel ? Donc, je rappelle, juste avant que tu démarres, la traversée que vous avez faite, c'est à peu près, alors en miles, Marange, ça doit faire 3500, un truc comme ça, mais ça fait 5000, un tout petit peu plus de 5000 kilomètres. Oui, ça faisait 5007, exactement. Voilà, 5007 pour être tout à fait précis. Gardez ça en tête, vous qui nous écoutez, pour pouvoir comparer avec le, en termes d'envergure, avec Odyssée Climat, que Bernard va nous présenter maintenant.
Invité 1 Odyssée Climat, pour moi, c'est une date, c'est le 9 août 2021, c'est la sortie du rapport du GIEC sur le climat. je lis des extraits un peu partout, et je suis atterré. J'ai 72 ans, et je n'ai rien vu de toute ma vie, je n'ai rien compris de ce qui s'est passé par rapport au climat. ça me bouleverse, parce que, vraiment, je n'ai rien suivi. Je me dis, je fais partie de cette, de cette vie, où les 30 glorieuses, on ne se posait pas de questions, on avançait, sans vraiment se poser des questions sur ce qu'on faisait à la planète Terre. Donc, ça m'a agacé, j'ai téléphoné à des amis, que je sais, un petit peu, écologistes, tout ça, qu'est-ce que vous faites pour la planète ? Ben, on ne sait pas. Tous m'ont dit, on ne sait pas ce qu'on peut faire. Donc, en dehors de deux ou trois qui m'ont dit, il faut trier les déchets, moi j'ai dit, je ne sais pas, je ne sais pas, ça passe quelque chose pour le climat. Et puis, j'ai cherché. Alors, j'ai passé trois jours, et quasiment trois nuits, à chercher ce que je pouvais faire. Donc, Wikipédia, partout, je cherchais, tout va. Alors, j'ai commencé à trouver des choses qui se font. en France, mais également à l'étranger. Et toutes ces choses qui se font, en règle générale, en dehors des grandes ONG, tout ce qui se fait, ce sont des petites choses locales, qui sont très bien, mais qui sont très limitées. et qui sont, et auxquelles il y a un manque de communication. Donc, je me suis dit, qu'est-ce que je peux faire avec ça ? J'ai des enfants, j'ai deux filles, j'ai des petits-enfants. Maxime, à l'époque, il devait avoir 17 ans, et Brune, elle devait avoir 10 ans, 9 ans. Donc, je me dis, je ne voudrais pas qu'un jour, mes petits-enfants me disent, hé papi, t'as vu la poubelle que tu nous laisses ? Donc ça, je ne supporte pas. Donc, j'appelle, j'appelle Yaka, et puis je lui dis, il faut que je te rencontre, j'ai un vrai problème. Je vais le voir, dont Yaka, qui avait traversé l'Atlantique avec moi. Oui. Juste, pourquoi on l'appelait Yaka ? Parce que, sur les quatre qui vont traverser l'Atlantique, il y en a trois qui s'appelaient Philippe. Donc, quand je me retournais, je dis, bon, Philippe va faire ça, ils se retournaient tous. Je dis, on ne va pas durer comme ça longtemps. Donc, vous allez vous, je vous débaptise, ou alors vous choisissez vos surnoms. Donc, ils ont chacun choisi un surnom. Et, Philippe Michel a choisi Yaka. Donc, Yaka, allons-y. Donc, je l'appelle. Il me dit, ben, tu viens tout de suite. Donc, je vais le rencontrer. Il habitait sur Mérignac. Moi, j'étais sur le bassin d'Arcachon. On le voit, on se voit, et puis je lui explique. Il m'écoute, il me dit, et alors ? Je lui dis, ben, il faut qu'on fasse quelque chose. On ne va pas rester comme ça. On va faire quelque chose, on ne peut pas se permettre de rester. Il me dit, ouais, t'as raison. Je lui dis, bon, je ne sais pas trop ce qu'on pourrait faire. Je n'avais pas terminé ça. Il me dit, on va traverser le Pacifique. Je regarde, j'éclate de rire, parce que, quand on avait traversé l'Atlantique, on s'était dit, il ne reste plus que le Pacifique et l'Indienne, on aura fait une tour du monde, quoi. Et là, ça ressort. Ça ressort, on va traverser le Pacifique. Et je regarde, je lui dis, non. Il me dit, t'as peur ? Je lui dis, non. Est-ce que tu te rends compte que le défi climatique pour l'humanité, c'est le plus grand défi qu'elle ait jamais eu à combattre, ? Ah oui, il me dit, et alors ? Eh bien, je lui dis, c'est simple. On va repartir de Martinique, on va traverser la mer des Caraïbes, on va traverser le canal de Panama, de Panama, on va aller jusqu'à, jusqu'à, jusqu'à Tahiti. Ah ben, dis donc, c'est pas tout, je lui dis, on va pousser jusqu'à Nouvelle-Calédonie. Il faut qu'on montre quand même que le défi, il est énorme, et qu'on doit faire ce qu'il faut pour pouvoir y répondre. Alors, il me dit, eh bien, eh bien, d'accord. Voilà, comment quelqu'un qui ne sait pas faire de l'aviron, qu'on n'avait jamais fait, est capable de faire ce genre de défi. Moi, je suis toujours étonné.
Loïc On était en 2021, là, c'est ça ?
Invité 1 Ouais, ouais, c'est vrai, en 2021, le 9 août, c'était trois jours après. Voilà. Donc, on décide de ça, alors on commence à réfléchir, je lui dis, tu sais, là, on est dans l'utopie, donc il faut qu'on construise un petit peu. Et c'est ce qu'on a fait pendant des mois, on a construit, qu'est-ce qu'on peut faire et tout ça. Alors, on a repris un petit peu le système qu'on avait fait pour l'Atlantique, par contre, il y a tellement de choses qu'on s'est rendu compte qu'il fallait qu'on ait des réponses professionnelles et non plus des réponses d'amateurs. Voilà. Donc, on s'est mis à beaucoup travailler là-dessus. D'abord, la distance, en tirant un trait tout droit, de Martinique à Nouvelle-Calédonie, ça fait 16 000 kilomètres.
Loïc Oui, sachant que jamais vous allez faire un trait tout droit, donc ça sera bien passé à l'arrivée.
Invité 1 Jamais. Donc, on peut estimer qu'on va être entre 18 000 et 20 000 kilomètres. Voilà, en fonction de l'état de la mer, des masses nuageuses, des orages, tout ça, voilà. on a pris de suite un routeur. Donc, on est allé voir, on a discuté avec lui. Par rapport à l'itinéraire que j'avais prévu, il me dit, oui, c'est très bien, parce qu'il connaît bien le Pacifique. Il me dit, bon, par contre, ce ne sera pas ces 2 000. Je lui dis, oui, on se doute. Celui qui nous a dit, vous allez mettre entre 18 000 et 20 000 facilement. Donc, un routeur, Bernard,
Loïc si jamais il y en a qui ne sont pas familiers, son rôle, c'est quoi ? C'est justement de vous construire l'itinéraire ? Non,
Invité 1 il ne construit pas l'itinéraire. Par contre, il nous apporte une aide de connaissance météo, parce que lui, il reste à terre. Donc, il est basé en Bretagne. C'est celui d'ailleurs qui est le suiveur, le routeur officiel du Vendée Globe. Et en fait, on a un ou deux contacts par jour. Nous, on peut avoir des approches météo, mais à 8-10 jours. Lui, il a un grand système qui lui permet de voir jusqu'à 4 jours, voire 3 semaines. Donc, ça permet d'anticiper sur ce qu'on va voir. Donc, c'est ce qu'il nous a dit. Il nous a dit, on communiquera, et puis, vous prendrez les décisions, moi, je vous donne mon point de vue. voilà. Donc, voilà le rôle d'un routeur. Le routeur, parce que c'est un petit peu, comment dirais-je, c'est le petit Seine qui nous suit. Voilà. Ouais.
Loïc Ok. Ok. Donc, quand tu parles de ça, Michel, à IACA, il te propose un projet complètement démentiel. Finalement, vous acceptez. Oui. Vous commencez à travailler dessus, parce que toi, c'était assez évident pour toi que tu voulais qu'il y ait une vraie approche professionnelle, entre guillemets. donc, le routeur, vous l'avez dans la poche. En termes d'équipage et de bateau, c'est quoi la confine ? Ouais, pardon.
Invité 1 D'abord, une telle distance, personne n'a jamais faite. Donc, je me suis dit, surtout, à mon âge, je me suis dit, je ne vais pas risquer de me casser sur un truc comme ça. On va couper en trois étapes, puisqu'on partait de Martinique, on allait jusqu'à Panama. Je me suis dit, à Panama, on change, on prend un autre équipage. On refait l'alimentation parce qu'on est incapable d'amener à manger pour aussi longtemps qu'il pourrait être entre sept et huit mois. Sept et huit mois de mer. Donc, on va faire ça. On va aller jusqu'à Tahiti. Ce sera la plus longue étape. On rechangera également d'équipage et on refera le refueling, entre guillemets, alimentaire et on ira jusqu'à Nouvelle-Calédonie. Donc, ça nécessitait de réfléchir aussi quelle vitesse on allait pouvoir tenir, quelle distance par jour on pourrait faire. Alors, en se basant sur ce qu'on avait fait sur l'Atlantique, on avait fait en moyenne 123 km par jour avec des vents qui étaient un petit peu favorables. Par contre, l'Atlantique, au niveau de la mer, même si il y avait eu des tempêtes, ce n'est pas du tout le même genre de mer que le Pacifique. Donc, je suis beaucoup renseigné, j'ai rencontré des gens qui l'avaient fait, le routeur nous a donné aussi ces impressions. Et j'ai basé, j'ai revu l'itinéraire en comptant 90 km par jour le 223, ce qui fait à peu près entre sept et huit mois. donc, je me suis dit, il faut quand même qu'on tienne cette vitesse. Les bateaux à quatre, c'est bien, mais c'est petit et les vagues du Pacifique sont nettement plus grosses. Donc, j'ai cherché si on pouvait avoir un bateau à six ou à huit. Il n'en existe pas comme je voulais, donc il faut le faire fabriquer. Voilà. Donc, j'en parlerai un petit peu après. Donc, on était parti sur l'idée de trois équipages qui allaient se suivre et j'avais décidé que ce serait huit à bord de manière à pouvoir tenir à certaines vitesses. À savoir qu'un bateau d'aviron, surtout quand ils sont gros comme ça, on avance très peu vite. C'est pour ça qu'on essaie de prendre les bons courants, les courants qui nous portent et les vents qui nous poussent. Voilà. Donc, et à ça, on peut gagner je veux dire deux à trois kilomètres heure, pas plus. Donc, ce qui fait qu'on met du temps.
Loïc Et donc, pardon Bernard, un bateau de huit, ça veut dire qu'il y a quatre rameurs en permanence ?
Invité 1 Voilà, c'est ça. Quatre rameurs en permanence, quatre qui se reposent. OK. Voilà, c'est exactement ça. Voilà. Donc, il faut les préparer aussi, je vais en parler après. Alors, le bateau déjà, alors, pourquoi on fait ? Alors, avant de tout ça, on a décidé pourquoi on allait faire cette, comment dirais-je, ce défi. En fait, ce qu'on voulait, ce que l'on voulait, c'est que, en fait, il y ait des gens dans le monde entier qui soient au courant de ce qui peut arriver, de ce qu'il faut faire. l'idée, c'était de dire tout seul, personne ne peut rien faire pour le climat. Lorsqu'on est plusieurs, lorsqu'on est ensemble, c'est sûr que ça va beaucoup mieux. Voilà. Donc, notre idée, aussi, c'est comme au niveau de la communication, moi, j'avais perçu qu'il y avait quand même une défaillance au niveau de la communication générale. Je me suis dit, on va se positionner en un nouveau mode de, un nouveau média, un nouveau mode de communication pour dire aux gens tout ce qu'on fait, pour dire aux gens surtout tout ce qui se fait dans le monde. L'idée, c'est de dire, tous les jours, on va faire un rapport de la journée passée, qu'est-ce qu'on a eu à bord ? On a vu des dauphins, on a vu des oiseaux, on n'a rien vu, on a croisé des bateaux, ceci, cela. La vie à bord, on s'est engueulé, on ne s'est pas engueulé, voilà, il y a tout ça. Et puis, de dire que il y a aussi, tous les soirs, chaque fois qu'on passera ça, il y aura une entreprise, une association, que ce soit pour le climat, pour la biodiversité, pour les énergies renouvelables, qui pourra porter son témoignage de ce qu'ils font et de ce qui fait avancer la lutte contre la dégradation du climat. Voilà. Donc ça, on commence à avoir des liens avec ce genre d'association ou d'entreprise et gracieusement, ils pourront passer leur message. Ça, c'est allé très vite, on s'est dit, c'est pour ça qu'on le fait. Deuxième chose, on s'est dit, les équipages, il faut absolument qu'il y ait des hommes, des femmes et si possible, des trois générations. Pourquoi ? La Terre est habitée par plusieurs générations, par des hommes et par des femmes. Voilà. Donc, il y aura effectivement, les équipages seront constitués de femmes, d'hommes et de gens entre 18 et 78 ou 80 ans, ça dépendant de ce qu'on va partir parce que je serai à bord, évidemment. Voilà. Donc, ça, c'est quelque chose de précieux parce que, parce qu'en fait, on ne fait pas les choses tout seul. Voilà. Il faut absolument que l'on soit ensemble pour pouvoir faire front à ce genre de défi. Donc, il y aura une formation très spécifique pour ça parce que tu imagines qu'il y a un défi sportif, il y a un défi climatique et il y a un défi humain. Le défi sportif, il est ce qu'il est. 18, 20 000 kilomètres, on tente un truc mais on se remplace, c'est réaliste. C'est réaliste. Voilà. Et j'espère que ce sera réalisable. Le défi climatique, pour ça, on a pris trois options à montrer au niveau du climat par rapport à ce que l'on pouvait faire. Premièrement, on va faire quelque chose pour la biodiversité. Quoi exactement ? Il y a plein de choses qu'on peut faire, c'est-à-dire qu'on peut faire des relevés de température, de salinité aux endroits où on passe parce que les climatologues se servent de ça. Il y a également des organismes comme l'IFREMER ou l'IRD qui étaient intéressés par notre passage parce qu'on s'est offert ce qu'on appelle être un navire d'opportunité. C'est-à-dire qu'on n'est pas des scientifiques mais s'ils ont des relevés à faire, on peut les faire. Voilà, ils nous expliquent comment, on achète le matériel, on fait ce qu'il faut. Donc, par rapport à ça, c'est simple, on va faire des relevés de ça. On va faire également, ça c'est pour une partie de la biodiversité parce qu'il y a aussi un organisme qui voulait qu'on fasse des relevés d'algues, notamment par rapport à de la spiruline maritime qui est totalement bio. il y a plein de choses qui sont sur la table là, sur lesquelles il va falloir que l'on puisse être formé pour pouvoir leur apporter cette aide. Il y a également, je ne l'ai pas dit encore, mais il y a la fondation compresse Albert II de Monaco plus océan qui est notre partenaire et qui pourra éventuellement nous confier quelque chose à faire si au moins on va partir. La deuxième chose, c'est qu'on va faire également des relevés de plastique. Il existe aujourd'hui des cartes relevées de plastique mais qui ont été faites par les satellites. Donc, ils ont une vision jusqu'à un, deux mètres de profondeur et pas plus. Nous, ce qu'on peut faire, c'est des relevés à 50 voire 100 mètres. Donc, ça va leur apporter également une autre façon de voir la mer. Et puis, troisième, c'est qu'on a choisi un troisième objectif, c'est qu'on veut montrer aussi qu'il y a un danger énorme notamment sur le trajet qu'on va faire, c'est la montée des eaux. La montée des eaux, il y a énormément d'înes qui sont concernées et donc, dans les quatre villes où on va passer, c'est-à-dire à Fort-de-France, à Panama City, à Papé-Été et puis à Nouméa, on va organiser des colloques et des conférences avec des gens qui sont des spécialistes de manière à essayer de voir comment on peut faire pour que les gens se préparent, qu'ils aient une certaine résilience et éventuellement à dissiper certaines choses. Voilà, dans ces points-là. Et puis, le troisième défi, c'est le défi humain. Alors, le défi humain, c'est quelque chose de, si les gens ne touchent pas du doigt, c'est certainement le plus gros défi que l'on va relever. L'idée est de bien penser que lorsqu'on se retrouve sur, même pas tous les bêtes carrés à vivre, des hommes, des femmes, des jeunes, de trois générations, il peut y avoir des conflits. Donc, par rapport à ça, c'est se dire comment on fait pour se préparer aux conflits de manière à ce qu'il en ait le moins possible. Est-ce que les gens rentrent dans une dynamique de valeur qui fasse que l'esprit d'équipe et l'entraide fonctionnent tout le temps. Donc, il y aura énormément de formations, non seulement techniques, par rapport à l'aviron, mais techniques aussi parce qu'il faut apprendre plein de choses à faire sur le bateau, mais, et puis également, il y aura une formation par des, par des psychologues qui va être énorme. Et non, on ne peut pas se permettre de partir en prenant des risques. J'ai eu plein d'histoires de gens qui traversaient, d'amis qui traversaient un océan et qui arrivaient en étant fâchés à mort, voire en s'étant donné des coups de couteau. Donc, ça, c'est quelque chose qui ne veut pas... On va éviter ça. Non, mais exactement, tu as compris. Donc, il faut essayer d'éviter. Donc, ce qu'il y a de bien, c'est qu'en fait, on sait très bien où on veut aller. On sait très bien pourquoi on le fait. il y a des objectifs comme ça qui sont un petit peu magiques qui nous portent. Ça me rappelle la traversée de l'Atlantique. Après, les sept premiers jours de tempête, là, ça s'est un peu calmé. Donc, on s'est arrêté et puis les autres m'ont dit si on s'est arrêté une demi-journée pour être tranquille. Et là, je les ai regardés et je leur ai dit vous vous rappelez l'objectif qu'on a ? C'est montrer que le bien vieillir, c'est faire du sport, c'est agir. Ils m'ont regardé et ils m'ont dit bon d'accord, on a continué. Voilà. C'est ça que je dis que des fois, il y a des objectifs qui nous portent à un moment donné. Voilà. Et on ne peut pas faire autrement. Tu sais, il y a des gens qui me disent mais c'est vachement risqué ce que vous allez faire. Et là, je les regarde bien dans les yeux et puis je leur dis tu ne crois pas que ce n'est pas beaucoup plus risqué de ne rien faire ? C'est clair. Voilà. Ça c'est sûr. Et puis, les gens ont l'habitude de certains risques qu'ils prennent sans le savoir. Déjà, le fait de vivre, le fait de respirer, mais tu vas à ton travail à pied, tu peux te faire renverser par une voiture. Oui. Tu as plus de probabilité que nous, nous nous faire renverser par une baleine. Oui. Effectivement. Oui, c'est clair. Voilà. Alors, tu sais, je crois qu'il faut relativiser les choses. Voilà. Alors, on se prépare beaucoup. On va faire un stage de, ce qu'on a dit, un stage d'amarinage. C'est-à-dire que les gens vont partir une semaine en mer avec un skipper à la voile juste pour apprendre la mer. Qu'est-ce que c'est que naviguer ? Qu'est-ce qu'on va rencontrer ? Ils vont tous rencontrer le mal de mer. Bon, déjà, ça va leur montrer que ce n'est pas si facile que ça. Et puis, après, on va faire aussi des stages de survie. Parce que c'est hyper important de savoir ce qu'on peut faire lorsqu'il arrive quelque chose à bord. Voilà. Et notamment, pendant ce stage de survie, on apprend que à bord d'un bateau qui traverse son océan, le plus grand danger, c'est le feu. Le feu à bord. Et heureusement qu'on avait appris ça parce qu'on en a parlé, on s'est préparé. Et nous, on a eu le feu à bord, effectivement. Attends, je crois que c'était
Loïc encore le transat ?
Invité 1 Oui, pendant le transat. En fait, on l'a vu tout de suite. Ça s'est tenté le cramer, donc on a coupé le courant. Comme on ne voyait pas, on voyait que c'était à l'intérieur de la cabine où il y avait les instruments. Donc, il a fallu démonter tous les panneaux de la cabine parce que c'était en double. Et puis, on en a rallumé et j'ai eu la chance de voir tout de suite où est-ce qu'il y avait un faux contact et les fils qui brûlaient. Voilà. Mais on ne s'est pas affolé. On a fait, on a appliqué. Moi, j'avais passé 20 ans dans l'aviation, on applique des procédures. Mais là, ça a été sans problème. voilà. Voilà. Mais ce type de stage nous prépare à se dire, ben oui, il faut qu'on imagine tous les risques que l'on va rencontrer, comment on fait pour pouvoir minimiser ces risques. Voilà. Et on se prépare à d'autres risques en disant, et il y aura des risques qu'on ne peut pas imaginer mais qui risquent d'arriver. Voilà. Donc, préparateur mental également, on aura besoin. Tu connais puisque c'est ton métier aussi. Tu imagines de quoi on a besoin.
Loïc Ce que j'allais dire, c'est entre tes explications et la claquette que j'ai sous les yeux qui liste à peu près tout ce que tu viens de dire, en fait, tu n'es plus du tout à la retraite. C'est clairement un job à temps plein, non, j'imagine ?
Invité 1 Alors, oui, on s'est même posé la question de savoir, on s'est même posé la question de savoir si on ne crée pas une entreprise pour ça. Mais on veut garder quand même le côté amateurisme, amateur, mais en faisant les choses professionnellement. Ce qui veut dire qu'on fait appel aussi à beaucoup d'entreprises qui savent faire des choses que nous, on ne sait pas faire. Donc, de manière à sécuriser un petit peu cette traversée, il faut absolument qu'on arrive au bout parce qu'on voudrait bien qu'il y ait énormément de gens qui nous signalent qu'ils vont faire quelque chose. Pour te donner un ordre d'idée, lorsqu'on avait traversé l'Atlantique, il y avait eu une enquête qui avait été faite par un organisme spécialisé à la suite et en fait, rien qu'au niveau des médias, je ne parle même pas des réseaux sociaux, rien qu'au niveau des médias, à l'époque, il y avait eu 39,5 millions de Français qui avaient été impactés par ce qu'on faisait, ce qui représentait à l'époque 60%. C'est énorme, moi, je n'aurais jamais cru ça. C'est énorme. Alors, on s'est dit, si on a quelque chose qui ressemble même au dixième de ça, autour du monde, parce que ça va être une communication mondiale, ça peut bouger beaucoup de monde. Voilà. Et ce qu'on voulait, c'est ça, c'est que, ce qu'on souhaite, c'est assez simple, c'est qu'en fait, on veut susciter l'envie d'abord inspirer. Il faut que les gens comprennent que, même à leur niveau, ils peuvent faire quelque chose. On n'est pas là pour dire, faites la même chose que nous, chacun peut trouver en fonction de ce qu'il est et de ce qu'il fait. Donc, nous, notre idée, c'était de dire, on veut inspirer d'après notre défi pour que vous puissiez en faire d'autres. Donc, on veut susciter l'envie que vous puissiez faire quelque chose pour le climat de la Terre. Et en finant, on va les inciter à s'engager réellement. Ils s'inscriront un petit peu, quelque part, dire, oui, je veux faire quelque chose. Voilà, pour ce mot-dôme. Je ne voudrais pas lancer des paris, mais j'espère bien qu'il y aura des millions et des millions de personnes au travers le monde qui vont se lancer grâce à ça. Des personnes et des entreprises. Ce n'est pas un acte politique que l'on fait, mais ça revient à faire réfléchir un petit peu tous les politiques qui dirigent des pays sur Terre. Quand on voit comment ils s'étaient engagés il y a cinq ans et comment aujourd'hui tout fout le camp, c'est quand même, quoi dirais-je, c'est inquiétant. Voilà. si ça peut recentrer un petit peu les idées, on sera content.
Loïc Écoute, en tout cas, moi, je suis convaincu que c'est quand on découvre des projets comme le tien, qui sont, comme tu dis, là encore, en tout cas, d'un point de vue organisation gérée par des amateurs. Vous n'êtes pas payés, vous n'êtes pas des pros, même si vous y passez énormément de temps. Mais c'est clair que c'est un message qui est hyper positif, clairement porteur d'espoir et qui donne envie de se lancer aussi, qui montre que c'est possible. parce qu'encore une fois, je le disais tout à l'heure, si vous faites ça, si vous partez dans deux ans comme prévu, toi, tu auras 78 ans, il n'y a qu'à 75. Donc, voilà, à un âge où je pense que la violence populaire, c'est qu'il faut en faire le moins possible, tu vois.
Invité 1 Oui, écoute, ce n'est pas encore le cas. Voilà. T'as plus, si je te déçois, mais ce n'est pas encore le cas.
Loïc Et du coup, là, vous en êtes où en termes de préparatifs, qu'est-ce qui est prêt, qu'est-ce qui reste à faire ? Alors,
Invité 1 ce qui est prêt, c'est qu'on a construit tout le projet et on a pris toutes les parties du projet, elles sont écrites et elles sont avancées. Par exemple, pour le bateau, on a aujourd'hui deux chantiers navals qui peuvent nous faire ce bateau. Ce que je souhaitais, c'est que, pour être cohérent avec cette histoire du climat, la biodiversité et tout ça, je voulais que ce bateau soit fait en matériaux qui soient biosourcés ou alors recyclés et en tout cas totalement recyclables. Voilà. Donc, il y a deux chantiers en France qui sont capables de le faire. On n'a pas encore choisi entre les deux parce qu'il y a d'autres choses qui vont faire que... Ces deux chantiers, en fait, ont tous les deux une équipe de course à la voile qui font des traversées océaniques. Un depuis 20 ans, l'autre depuis 15 ans. C'est des gens qui savent ce qu'ils font. C'est des équipes, des fois, qui ont 50 personnes derrière eux pour faire ce genre de choses. Donc, on est en train de négocier avec eux aussi de savoir s'ils peuvent nous accompagner. À savoir comment on va être en totale autonomie si on a des problèmes. Eux, ils ont l'habitude de gérer ce genre de choses. Voilà. Qu'ils puissent nous suivre, venir éventuellement, lancer quelque chose dans une situation de crise. Donc, ce ne sera pas du tout amateurisme. C'est vraiment des spécialistes qui vont faire ça. Ça, c'est pour rassurer un petit peu, pour dire, on ne s'en lance pas à faire n'importe quoi. Donc, il y a ça. Les plans du bateau sont quasiment finis. On a déjà les pré-plans. On n'a plus qu'à faire des améliorations. Là aussi, on a trouvé un cabinet d'architecture qui sont des jeunes qui ont une idée totalement différente de ce qui se fait aujourd'hui. Et ça m'a beaucoup plu. Et on les a invités et à montrer ce qu'ils savaient faire. Et donc, ils sont là. Ils montrent qu'ils peuvent construire des bateaux sans moule. Sans qu'il y ait un moule. Parce que le moule, ça prend des fois deux mois à fabriquer. C'est deux mois de perte. Voilà. Donc, c'est quand même un bateau qui va nécessiter entre huit mois et un an de construction. Ce sont des chantiers qui fabriquent les Imoka que l'on voit sur le Vendée Globe. On est sur des choses qui doivent bien fonctionner. Voilà. Alors, il y a ça de fait. Il y a l'équipe à terre qui va nous suivre pour faire plein de choses. c'est-à-dire les retransmissions déjà de ce qu'on va envoyer. Suivant la totalité. On a le routeur. On aura une équipe effectivement de communication renforcée. Tout ça, c'est prêt. Ce qui n'est pas prêt encore, c'est les candidats qui se sont déjà portés volontaires. Il y en aura d'autres. Voilà. On n'a pas ouvert, je n'ai pas ouvert le, comment dirais-je, cette voie de candidature tout simplement parce qu'on n'a pas suffisamment d'argent pour l'instant. Je ne veux pas que les gens se mettent en tête qu'ils vont faire des choses et qu'ils soient déçus après. Donc, aujourd'hui, sincèrement, ce qui nous manque, c'est un partenaire financier ou des partenaires financiers. Donc, il y a un budget qui est assez conséquent parce que il y a la préparation des gens, ça va durer un an et demi. il y a la traversée. Ensuite, il y aura quelques autres choses qui vont être faites au niveau des entreprises, c'est-à-dire qu'on va faire des conférences. Ça fait plus de trois ans, donc ça fait un budget sur trois ans qui est assez conséquent, qui n'est pas au niveau de ceux qui font les courses à la voile mais qui s'en rapprochent tout de même. donc, aujourd'hui, il faut qu'il y ait des gens qui croient à ce projet, qui se disent oui, ils vont faire quelque chose de bien et pour eux, pour leur entreprise, et pour les terriens, et pour la planète, et pour la biodiversité. c'est clair que si on n'a pas cet argent d'ici deux ans, on arrêtera ce projet. Je n'ai pas envie de m'embarquer à 80 ans. Je peux débarquer à 80 ans mais pas m'embarquer.
Loïc Et tu peux, juste pour qu'on se rende compte un peu, parce que clairement, le projet, c'est un projet d'envergure, là, à ce jour, il vous manque combien sur le budget que vous avez estimé ? Pour démarrer le projet,
Invité 1 il nous faudrait déjà un million et demi. la construction du bateau, la formation des gens, voilà. Après, c'est autre chose, c'est la communication, c'est de la gestion, bon, il y a beaucoup plus que ça derrière, mais il faut commencer par là. Voilà. Et nous, ce qui me, nous, ce qui nous préoccupe aujourd'hui, c'est que le, il n'y a pas un seul chantier qui est capable de construire un bateau comme ça en six mois. Voilà. Donc, on est obligé d'attendre un an. Mais comme on ne peut pas attendre que le bateau soit construit, on achète un deuxième bateau, un plus petit, comme celui qu'on avait pour traverser l'Atlantique, et on commence déjà à former les gens. Voilà. Et à faire des sorties. Le bateau sera à La Rochelle, qui va soutenir ce projet également. il y a quelqu'un il y a Pourquoi vous faites ça ? Donc, ce que je viens de vous expliquer, c'est vrai, il y a tout ça. Mais en fait, le monsieur nous disait, pourquoi vous faites ça, vous, à votre âge ? Il me dit, les jeunes, oui, sont forcément intéressés. Forcément, en plus, c'est eux qui vont devoir gérer ça. Les gens de mon âge, la personne avait une cinquantaine d'années, les gens de mon âge, il y en a qui s'intéressent, d'autres qui ne croient pas. À votre âge, on n'en voit plus qui en font. On n'est pas des fossiles. Et on apprend. Et alors, il y a une chose qu'on apprend, ce genre de projet et de tentative, surtout parce qu'il y a le côté sportif aussi. Et sur le côté sportif, les gens me disent, on va se dépasser. Je lui dis, ça, c'est certain que tu vas te dépasser par rapport à ce que tu faisais, si tu ne faisais pas quelque chose comme ça. Et quelqu'un me dit, mais de combien ? Mais on ne sait pas. Alors là aussi, je renvoie à des lectures de Saint-Exupéry, que je trouve que tu es un très, très grand penseur, et puis quelqu'un qui fonctionnait avec beaucoup d'humanité, et il fonctionnait en équipe. Eh bien, on peut se dépasser de 15%. On peut se dépasser de 50%. On peut se dépasser de 300%. De 1000%, on ne le sait pas encore. On ne le sait pas. Voilà. Donc, c'est un apprentissage. Et puis, la vie en mer, elle n'est pas… Elle est plutôt monotone. S'il n'y a pas de tempête, s'il n'y a pas d'attaque d'orques, on va s'ennuyer. Donc, c'est aussi un moment d'introspection, et on passe des moments fabuleux. La nuit, sous la voûte céleste, qui est en fait, lorsqu'il n'y a pas de nuages, ça permet de réfléchir, de penser à soi, et on se rend compte, moi pour la traversée antinatique, ça a été ça en tout cas, qu'on n'a pas besoin de grand-chose pour se sentir bien et bien vivre. Donc, le retour, quand je suis revenu, moi, je savais déjà que je voulais diminuer beaucoup de choses que j'avais, ou de manière dont je faisais. Alors, je n'ai pas diminué autant que je pensais, parce qu'on est toujours repris par la vie, mais j'ai quand même diminué. C'est une forme de résilience et de préparation à ce qui va se passer. Et je ne sais pas si ça a été arrivé dans des périgrénations, mais lorsqu'on se retrouve dans un coin de nature, calme, tranquille, de ce qu'il n'y a rien, on pense beaucoup aux autres et en même temps, on est obligé de penser à soi.
Loïc Oh là là, quel projet incroyable ! Donc, s'il y en a, comme d'habitude, s'il y en a qui veulent se renseigner, tous les liens sont en description vers le site internet, notamment. Est-ce qu'en quise de conclusion, il y a quelque chose, alors tu as fait passer plein de messages très forts, tu vois, sur l'inspiration, le fait de se lancer ?
Invité 1 Avant ça, je voudrais dire que toute personne qui est sportive, quel que soit son sport, peut faire ce défi avec nous. on se charge de leur apprendre à ramer, ce n'est pas ramer pour être champion olympique, c'est ramer pour arriver au bout. Donc, on apprend à ramer efficace et à ramer au minimum, de manière à pouvoir tenir 12 heures par jour. Il faut que les gens comprennent qu'il faut une certaine forme de respect à bord, de respect pour tous, qui est également, effectivement, une idée que si jamais il y a quelque chose qui se passe, on est une équipe. chacun des huit personnes aura un rôle à bord, donc chacun est important. Il y en a qui feront la navigation, il y en a qui s'occuperont de faire éventuellement des dépannages de matériel, il y en a qui s'occuperont de la santé, il y en a qui s'occuperont de faire de la communication, de faire des photos, de faire des vidéos. On va amener des drones à bord, donc on va pouvoir communiquer comme il faut par rapport à ça. Tout le monde a un rôle à bord et tout le monde est au même niveau. La seule règle, c'est la règle de la mère, c'est qu'il y a quelqu'un à bord quand même qui prend une décision, mais il les prend en fonction des avis de tout le monde. Parce que chacun est engagé là-dedans et il n'y a pas de possibilité de dire... D'abord, ce sont des volontaires, ce ne sont pas des gens qui sont salariés. même s'il y aura un défraiement parce qu'il y a quand même des gens qui travaillent encore, donc il faut voir un petit peu comment ils vont pouvoir entre guillemets vendre ça à leur entreprise. Mais je ne doute pas que des entreprises qui auront des employés qui veulent faire ce genre de défi seront contentes d'en profiter après. il y a quand même des valeurs énormes qui sortent d'un tel projet. Voilà. Donc, alors moi, ce que... Comment dire, Richard ? Par guise de conclusion, puisqu'on n'en est qu'au début. Donc, c'est à guise d'ouverture. Je veux dire, qui, aujourd'hui, peut penser qu'il peut vivre tranquillement, sereinement, en pensant à ce qui risque d'arriver. Est-ce qu'il faut faire l'autruche ? Ou est-ce qu'il faut se mobiliser ? Moi, je crois que... Il faut que chacun apporte sa... sa pierre à cet édifice. Et c'est sûr que, tout seul, on se dit que ça ne sert à rien. Et c'est presque vrai. Mais si on est 10 millions, on va être une vraie force.
Loïc Complètement d'accord avec toi, Bernard. Et puis, comme tu disais, j'espère bien que, tu vois, ce témoignage, ça va être la petite boule de neige qui ne va faire que grossir et qui va déclencher des passages à l'action dans plein de projets divers et variés. En tout cas, un très grand merci pour tout ce que tu as bien voulu partager. C'était super intéressant, très inspirant. Et puis, ce que je te propose, c'est qu'on se donne rendez-vous au moins pour une des étapes intermédiaires ou soit à l'arrivée à Nouméa.
Invité 1 Avec plaisir et pourquoi pas les deux. Exactement. Merci beaucoup, Bernard. Je te remercie, Loïc. Et puis, pour tous les auditeurs, bonne chance. Et puis, pensez à votre vie et à celle des autres.
Loïc Merci d'avoir écouté cet échange avec Bernard jusqu'au bout. J'espère que, comme moi, vous l'aurez trouvé aussi intéressant qu'inspirant. C'est quand même incroyable de se lancer dans de tels défis à l'âge qu'il a. Une preuve de plus que finalement, les limites sont celles qu'on s'impose. N'hésitez pas à partager cet épisode à un maximum de personnes autour de vous et à parler du podcast de manière générale. C'est une excellente manière de remercier tous ces invités qui, comme Bernard, prennent un petit peu de leur temps pour nous partager leur parcours. Je vous rappelle que si vous souhaitez soutenir financièrement le podcast, c'est possible sur tipeee www.tipeee.com slash les-frappés. C'est à partir de 1 euro par mois. Un immense merci à toutes et ceux qui ont franchi le pas et qui ont décidé de soutenir le podcast financièrement. Excellente journée à vous. Je vous dis à très bientôt pour un nouvel épisode. Ciao les frappés. Sous-titrage ST' 501 Sous-titrage ST' 501
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