Les Frappés Les Frappés
Saison 4 EP·200 Expédition #Yukon #Norvège #Alaska

11 février 2025

60 jours d'expédition sur le fleuve Yukon entre le Canada et l'Alaska avec Quentin Kieffer

Durée · 1h19 · Transcription disponible

Quentin

Le récit

Le Grand Nord Canadien et l’Alaska. Des territoires loins de tout, où la nature sauvage impose ses conditions aux voyageurs qui osent s’y aventurer.

Dans cette immensité sauvage, se trouve le fleuve Yukon, c’est le plus long fleuve du Canada, avec ses 3185km de sa source, dans le territoire du même nom, et son embouchure dans la mer de Bering.

Quentin Kieffer, graphiste de profession et aventurier par passion, l’a descendu dans sa quasi intégralité pendant 60 jours. Dans cet épisode il nous fait le récit de cette expédition d’envergure. On y parle de villages perdus dans l’immensité du Nord, d’un fleuve difficile à naviguer et d’ours noirs.

Excellente écoute à vous !

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Transcription

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Quentin Au moment de repartir, lorsque je donnais mes premiers coups de paillet, je l'ai vu, une grosse masse sombre que j'avais d'abord pris pour un gros tronc d'arbre sur la berge, jusqu'à ce qu'il se dresse sur ses pattes. Là, j'ai compris que ce n'était pas un tronc d'arbre. Et il a passé un moment debout à me regarder. Je ne me sentais pas menacé puisque j'étais quand même sur le fleuve. En quelques coups de paillet, je pouvais me barrer si jamais il décidait de charger. Mais c'était assez magnifique de le voir dressé sur ses pattes.

Loïc Hello, hello, vous écoutez les Frappés, le podcast de celles et ceux qui se dépassent. Je suis votre hôte Loïc, ancien sportif de haut niveau en judo, coach, préparateur mental et amoureux d'activités outdoor en tout genre. Ma conviction, c'est qu'on a tous une petite étincelle de folie et d'audace, une version un peu frappée de nous-mêmes au potentiel exceptionnel qui sommeille en nous. J'ai créé ce podcast pour vous faire découvrir des femmes et des hommes qui ont osé le réveiller. Mes invités sont des athlètes de tous niveaux, des aventuriers professionnels, des voyages aux eaux longs cours, des entrepreneuses ou encore des militaires, des forces spéciales. Leurs témoignages au micro du podcast sont de puissantes invitations à passer à l'action. Attention, une écoute régulière peut entraîner des changements positifs irrévocables dans vos vies. Le Grand Nord canadien et l'Alaska. Des territoires loin de tout où la nature sauvage impose ses conditions aux voyageurs qui osent s'y aventurer. Dans cette immensité sauvage se trouve le fleuve Yukon. C'est le plus long fleuve du Canada, avec ses 3185 kilomètres de long, depuis sa source, dans le territoire du même nom, jusqu'à son embouchure dans la mer de Béring, entre les Etats-Unis et la Russie. Quentin Kieffer, graphiste de profession et aventurier par passion, l'a descendu dans sa quasi-intégralité pendant 60 jours. Dans cet épisode, il nous fait le récit de cette expédition d'envergure. On y parle de villages perdus dans l'immensité du Nord, d'un fleuve difficile à naviguer au point que les cartes deviennent inutiles et d'ours noirs qui, décidément, sont bien curieux. Excellente écoute à vous. Bienvenue, Quentin, sur Les Frappés. Ravi de te recevoir au micro du podcast. Mais de même.

Quentin Je suis très content également de te rencontrer et de discuter avec toi aujourd'hui.

Loïc Yes, ça va être super. On va parler d'aventure. d'aventure au pluriel mais surtout d'une aventure en particulier qui je pense va être super intéressante à découvrir une aventure que tu as réalisé en 2023 c'est ça, été 2023 été 2023, ok et bien écoute hâte que tu nous parles de tout ça ce que je te propose Quentin c'est peut-être qu'on commence par un tableau un peu général, qui tu es, ce que tu fais dans la vie et quelle place a pris peu à peu le monde on va dire l'univers de l'aventure dans ton quotidien

Quentin bien sûr et bien du coup moi je m'appelle Quentin Kiffer je suis aventurier alors je trouve ça classe de se présenter ainsi mais je suis avant tout quelqu'un de très ordinaire l'aventure pour moi c'est toute ma passion c'est ce qui me fait vivre alors c'est ce qui me fait vivre dans ma tête c'est ce qui me motive un peu chaque jour mais c'est pas ce qui me fait vivre financièrement, à côté de ça je travaille, j'ai un emploi donc de métier je suis graphiste, c'est dans ça que j'ai fait mes études et en plus de ça je fais des petits boulots en intérim entre deux voyages parce que c'est ce qui est le plus pratique pour moi, toutefois c'est pas encore l'aventure qui me fait vivre mais un jour peut-être et par contre c'est ce qui m'a toujours passionné depuis que je suis enfant, depuis que je suis tout petit des gamins j'ai été bercé par toutes sortes de livres les livres de MyCorn etc par toutes sortes de films qui m'ont motivé à un jour vivre des expéditions, des expériences aussi incroyables. Et ça a commencé assez rapidement après ma majorité, où j'ai commencé à me lancer dans des voyages un peu en solitaire ou avec des inconnus. C'était une façon de voyager qui me plaisait bien à cette époque-là, de faire passer des annonces sur Instagram, de trouver des parfaits inconnus et de les emmener avec moi dans mes projets. Ça s'est d'abord beaucoup tourné autour des pays scandinaves. Le Grand Nord m'a assez rapidement fasciné après un premier voyage en Norvège. Et donc, les expériences se sont multipliées, les projets sont devenus de plus en plus engagés, on va dire, et jusqu'à en arriver à aujourd'hui à réaliser de véritables expéditions sur des longues durées. Excellent.

Loïc Et donc, quand tu n'es pas en expédition, tu es dans quel coin de la France ? Ça dépend.

Quentin C'est assez variable. Actuellement, je suis en Ardèche. mais disons que ça change tous les quelques mois j'ai un peu la bougeotte ok

Loïc ok quand tu m'as contacté tu m'as parlé d'une expédition en particulier donc celle que tu as fait en 2023 est-ce que tu peux nous la présenter dans les grandes noms ?

Quentin alors cette expédition c'était l'expédition Arcturus, peut-être qu'on reviendra un peu plus tard sur son nom c'est une expédition qui a eu lieu en Alaska et au Canada sur le fleuve Yukon Le fleuve Yucon, c'est l'un des plus grands fleuves d'Amérique. C'est un fleuve qui fait un peu plus de 3000 kilomètres, un 3187, quelque chose comme ça, si ma mémoire est bonne, et qui prend sa source au Canada, proche de Whitehorse, donc tout au nord-ouest du Canada, et qui traverse tout l'Alaska jusqu'à se jeter dans la mer de Béring, dans l'océan, tout à l'ouest de l'Alaska. et donc le projet c'était de partir du Canada pas tout à fait depuis la source mais pratiquement à une centaine de kilomètres de la source, là où c'est déjà pas mal navigable, et de descendre la totalité du fleuve jusqu'à l'océan en Pacraft, donc un Pacraft c'est un petit kayak conflab taillé spécialement pour ce genre de projet

Loïc Excellent donc à peu près du coup 3000 kilomètres si ça fait 3100, un tout petit peu moins de 3000 c'est ça

Quentin donc en réalité si j'ai bien compté j'en ai fait 3000 ou enfin dans ces eaux là quoi ok

Loïc ok donc en packraft d'accord alors pourquoi le donc s'il y en a qui connaissent pas le packraft tu me dis si je dis n'importe quoi Quentin le packraft le principe c'est que c'est un une sorte de kayak qu'on peut gonfler en fait c'est un truc qui se gonfle ce qui permet je suppose c'est pour ça que tu as fait ce choix là mais tu vas me le dire ça permet d'éviter les portages un peu compliqués tu peux limite le transformer tu as un sac qui te permet de l'avoir sur le dos c'est un peu plus transportable qu'un kayak en dur

Quentin ça a énormément d'avantages à la base quand le projet a commencé à être réfléchi j'avais envie d'utiliser un canoë un gros canoë canadien en dur comme on l'imagine tous sauf que non seulement c'était difficile à trouver je pouvais seulement le trouver sur place évidemment je ne pouvais pas l'emmener dans l'avion donc déjà c'était un peu compliqué c'était très coûteux, très peu maniable c'était assez galère, beaucoup de complications et au final j'ai choisi le Packraft, j'ai été accompagné par une petite marque par une entreprise française qui m'a prêté un prototype pour ce projet là et le Packraft était finalement le plus adapté parce que non seulement il est très compact plié, il ne pèse que 4 kilos donc c'est super pratique pour le transporter dans un sac à dos et pouvoir l'emmener en avion c'était idéal, je pouvais l'emmener depuis la France j'étais assuré d'avoir mon embarcation pas d'aléa de ce côté là il fait que 4 kilos plié ?

Loïc ah ouais ? je m'attendais à un truc genre comme les paddles gonflables le machin fait 18 kilos, 20 kilos

Quentin non non, plié, je pouvais le porter dans ma main il était plus compact que mon sac de couchage donc super pratique et en plus de ça, super maniable super confort sur l'eau pour passer les rapides même s'il n'y en a pas énormément sur le Yukon c'était ce cas de mieux pour pouvoir accoster, sécuriser son embarcation il n'y a pas de portage compliqué et en plus de ça je pouvais quand même mettre beaucoup de charges dessus et même ranger du matériel ou des vivres à l'intérieur des boudins donc à l'intérieur du packraft donc c'était juste idéal j'ai aucun regret sur ce choix j'ai aucun regret sur ce choix d'embarcation c'était parfait

Loïc Et le risque de crevaison, c'est possible ça quand même ?

Quentin Alors c'est possible, ils sont quand même vraiment costauds, donc globalement frotter contre des cailloux et tout, il n'y a pas de problème, à moins qu'il y ait une pierre particulièrement tranchante, en principe dans le lit d'une rivière, il y a globalement du galet, où la roche a été un petit peu polie, donc il n'y a pas de gros risques. Il faut un peu faire attention aux branches, malgré tout, sur 3000 km, où il a quand même été bien malmené, je n'ai jamais eu de problème de crevaison. donc ils sont vraiment costauds

Loïc et quand tu dis on rentre tout de suite dans les détails quand tu dis que le packraft t'a permis de transporter du poids t'avais combien avec toi ?

Quentin alors si mes souvenirs sont bons je devais avoir environ 80 kg ah ouais quand même sachant que toi tu pèses combien ?

Loïc moi je pèse 65 ah ouais donc il y avait quand même du poids sur le... ouais tout à fait tout à fait ok ok ok alors avant qu'on continue dans le détail de cette expédition Arcturus c'est ça t'as dit ? ok et donc tiens on va commencer par ça le nom ça vient d'où ?

Quentin du coup pour expliquer un petit peu le nom il faut peut-être que je revienne un chouïa sur le contexte de la réflexion de cette expédition comme je l'ai dit au début du podcast j'ai commencé par explorer les pays scandinaves et c'est lors de l'une de mes premières aventures en Laponie suédoise où j'ai traversé le parc du Sarek à pied où je m'attendais à rencontrer des ours c'était une éventualité même si je n'y étais pas là pour ça et ça n'a pas eu lieu je n'ai pas croisé d'ours ce qui m'a laissé un petit goût amer j'ai un petit peu regretté de ne pas avoir rencontré ces grands prédateurs et donc l'année suivante je suis parti à nouveau en Laponie pour essayer cette fois vraiment de les rencontrer de voir des ours, de voir des loups, de voir des gloutons. C'était vraiment avec cet objectif-là. C'est un objectif qui a été mis à bien, puisque j'ai fait ma première rencontre avec un ours de bien trop près, mais c'est une autre histoire. Et à la suite de ça, j'ai eu envie d'en voir plus, d'aller voir dans d'autres habitats, d'aller retourner encore dans le Grand Nord, mais cette fois, de plonger encore plus dans cette nature sauvage, de voir davantage d'animaux. Et pour ça, l'Alaska, c'était l'endroit parfait. Et c'était une terre, en plus de ça, qui me faisait rêver depuis que je suis gamin. Donc l'Alaska, ça m'est paru évident, j'avais envie d'y aller. Et donc pourquoi le nom d'Arcturus ? Eh bien parce que c'est le nom d'une étoile, c'est l'étoile la plus brillante de l'hémisphère nord, donc une sorte de guide pour les explorateurs, et puis ça signifie gardien des ours. Et je trouvais la symbolique un petit peu sympa.

Loïc Excellent. Excellent. et donc l'expédition tu disais Whitehorse donc extrême nord-ouest du Canada dans les territoires du nord du Canada jusqu'à un petit village jusqu'à Nunami Nunami quoi ?

Quentin ok alors l'objectif à la base c'était de rejoindre Emonac ça devait être la fin c'est un peu le plus grand village qu'il y a sur la côte de la mer de Béring, sur la fin du Yukon, qui est à une vingtaine, une trentaine de kilomètres de l'océan. Sauf que l'expédition s'est prolongée plus loin que ce que je prévoyais.

Loïc Ok, ok, ok. Eh bien, écoute, tu vas nous raconter tout ça. Donc, initialement, alors déjà, est-ce que tu es parti solo et combien de temps tu avais prévu pour cette expédition ? J'ai du mal à me rendre compte 3000 kilomètres sur l'eau, sur une rivière, enfin sur un fleuve, ce que ça représente ?

Quentin C'est sûr que c'est difficile à estimer combien de temps l'expédition va durer, c'est toujours une grosse problématique pour prévoir les vivres, etc. A la base, j'estimais à 3 mois d'expédition. Les 3 mois, ils étaient un peu grossis pour avoir une marge de sécurité, en réalité je m'attendais plus à 2 mois et demi, à frôler les 3 mois tout de même, et ça aura finalement duré 2 mois. Donc pile poil 60 jours. et cette expédition à la base elle a été réfléchie à deux c'est un projet qu'on devait faire avec un ami à ce moment là et donc on est parti à deux au Canada pas tout à fait à deux puisqu'il y a une équipe de tournage de France 2 qui nous a accompagné sur la première semaine donc au départ on était quatre plus un local donc cinq sur la rivière pendant une semaine au bout d'une semaine l'équipe de France 2 est partie on s'est retrouvé donc plus qu'à deux pour la suite et par la suite de l'expédition je me suis ensuite retrouvé tout seul, mon compagnon de bagayage on va dire a arrêté l'expédition à un moment donné et j'ai continué tout seul

Loïc ok et donc c'était chacun son packraft c'est ça oui, on avait chacun un packraft, heureusement ok ok donc quand t'arrives je serais curieux de savoir quand t'arrives à Whitehorse dans quel état d'esprit est-ce que ça représente d'un point de vue logistique est-ce que vous débarquez comme on peut voir dans certains reportages d'un petit avion qui se pose au milieu de nulle part avec 200 kilos de matériel et il redécolle et vous êtes tout seul presque au milieu des ours ça ressemblait à quoi d'un point de vue logistique et émotion l'arrivée à Whitehorse

Quentin Le départ était plus impressionnant que l'arrivée, parce que Whitehorse, c'est quand même une ville. Ce n'est pas une grande ville comme on peut avoir en France, ce n'est pas Paris, mais ça reste une grande ville, il y a du goudron, etc. L'aéroport n'est pas gigantesque, mais c'est un aéroport tout à fait décent. Donc on arrive comme une arrivée de voyage somme toute classique, sauf qu'on a beaucoup plus de bagages, on a beaucoup de sacs. Et alors l'état d'esprit, c'est un peu particulier en fait. C'est un petit peu difficile à décrire, parce que ça fait des mois, et même ça fait en fait un an que cette expédition est en réflexion, ça fait je crois qu'il y a eu six mois de préparation vraiment à plein temps en fait pour réfléchir le projet, pour tout prévoir, donc ça fait des mois et des mois que c'est dans la tête, qu'on fantasme là-dessus, qu'on pense qu'à ça, qu'on en rêve la nuit, c'est un gros projet, c'est un rêve qui se réalise, donc il y a à la fois un niveau d'excitation qui est à son comble, autant dans l'avion qu'à l'arrivée, mais aussi il y a une petite sensation un peu comme une petite déprime, une petite tristesse parce que on sait qu'on part pour très longtemps on sait pas tout à fait quand est-ce qu'on va revenir non plus et du coup on dit au revoir à ses proches et on va pas les voir pendant très longtemps donc il y a une petite tristesse liée à ça, une petite déprime mais à l'arrivée au Canada à l'arrivée à Whitehorse quand il y a les premiers paysages qui commencent à se dévoiler, tout de suite c'est une grosse excitation qui monte, c'est assez dingue

Loïc C'est quoi comme paysage du coup autour de Whitehorse ?

Quentin Donc c'est une ville, comme je l'ai dit, pas immense immense. Et tout autour, c'est des montagnes dont à cette période de l'année, il y a encore pas mal de neige un peu sur les sommets. C'est tout des forêts d'épinettes, de sapins, de résineux. Et c'est assez magnifique. Et la première fois où on voit le fleuve, déjà en approchant en avion, qui commence à se dévoiler, c'est assez fou de voir sur quoi on va pagayer. C'est un fleuve, à ce stade-là, pas encore très large, bien moins large que le Rhône par exemple à titre d'exemple mais qui est absolument magnifique avec une eau une eau bleue, bleu gris un peu turquoise qui serpente, qui fait des boucles un petit peu dans tous les sens ça fait envie

Loïc et donc ce fleuve jusqu'au bout il est libre, c'est à dire qu'il n'y a pas d'entrave type barrage station hydroélectrique

Quentin Aucune. Il y a seulement un barrage, mais il se trouve avant Whitehorse. Donc, c'est pour ça que le choix de partir à Whitehorse et pas depuis la source s'est fait, parce qu'il y a des gros barrages, et la source, ou du moins le petit lac glaciaire où le fleuve commence, n'est accessible que par hydravion. C'est pour ça qu'on est parti de Whitehorse.

Loïc D'accord. Mais parce que du coup, comment tu as construit cet itinéraire ? Est-ce que le fait que tout était libre jusqu'à la mer de Béring, tu as des infos en ligne sur ça ? Il y a des gens qui ont déjà fait cette descente du Yukon ? Comment tu as eu accès à toutes ces infos et comment tu as préparé cet itinéraire en particulier ?

Quentin Pour tracer l'itinéraire, c'est plus simple que sur d'autres expéditions puisque j'ai suivi le fleuve, le chemin était déjà tracé par la nature, on va dire. Après, effectivement, sur les informations, il n'y en a pas énormément en ligne. Alors, c'est quelque chose qui a déjà été fait par d'autres, mais il n'y a pas eu beaucoup, ou du moins pas à ma connaissance, beaucoup de récits, de films, de livres ou quoi sur ce genre de périple. Je n'ai rien trouvé. La plupart de ceux qui se sont lancés dans ce projet ont renoncé avant la fin ou ils sont sans doute arrivés, mais n'ont donné aucune trace de ce qu'ils ont réalisé. Par contre, il y a eu plusieurs reportages ou plusieurs livres sur des documentaires qui se portent sur les saumons ou sur d'autres choses et qui ont eu lieu sur le Yukon. Et du coup, en croisant les informations avec différents livres, avec différentes choses, ça permettait de récolter un petit peu des informations. Mais c'est vrai que c'était beaucoup une aventure vers l'inconnu quand même.

Loïc Pour les premiers coups de pagaie, comment est-ce que ça se passe ? parce que tu avais déjà fait des aventures avant, j'imagine que les Pacraf vous les aviez testés, mais peut-être pas avec tout le poids de l'équipement pour initialement 90 jours d'expé. Et je suppose que le fleuve du con, c'est peut-être pas le même type de courant ou de challenge que le Rhône par exemple utilisait. Donc ça ressemble à quoi cette première phase d'acclimatation et combien de temps elle a duré ? Je t'ai dit quelques jours, mais peut-être que ça a duré quelques semaines,

Quentin c'est un peu plus long que ça je pense alors les packraft effectivement je les avais testés en France avant de partir quand même à vide et avec un peu de poids même si c'était pas tout le poids de l'expédition je les avais testés sur le Rhône notamment et effectivement ça se compare pas du tout de la même manière sur le Rhône ou sur le Yukon les courants sont totalement différents le fleuve n'a absolument rien à voir et sur ça j'avais trouvé très peu d'informations à l'avance et ça a été un petit peu la surprise et il a fallu avoir une bonne acclimatation était le départ, enfin ça s'est pas fait depuis le départ en fait ça a pris bien deux semaines à commencer à s'acclimater, à comprendre un petit peu les courants et je pense même qu'il a fallu bien attendre un mois avant que je sois véritablement à l'aise avec le fleuve et que je commence à réellement bien le connaître sur les premiers jours et même sur la première semaine c'était les épaules qui étaient en feu c'était, le corps il souffrait à lutter contre les courants parce que parce qu'on les comprenait pas et que on avait du mal à... On se battait contre le fleuve plutôt que d'avancer avec lui, en fait. Il y avait beaucoup de courants qui étaient assez retorts, des courants contraires, des bras de fleuve qui ne nous emportaient pas forcément où on voulait, beaucoup de siphons, des siphons qui représentaient un danger très important. Un siphon, c'est comme ce que tu as dans ta baignoire ou dans ton lavabo, mais beaucoup plus grand que ça. Et il y en a parfois des siphons si grands qui peuvent t'aspirer avec ton canoë. on a eu des récits sur le fleuve de locaux qui sont morts ainsi qui se sont fait absorber avec leurs canoës donc pas mal de dangers liés au fleuve pas mal de galères avec ces courants à les comprendre, à les éviter ou à s'en servir ce qui fait qu'il y a eu besoin d'un moment d'acclimatation et puis c'est un fleuve qui est totalement naturel, il n'a pas été artificialisé comme les fleuves qu'on peut avoir en France comme le Rhône qui trace tout droit et dont les berges ont été modifiées là c'est un fleuve qui fait des boucles qui va dans tous les sens, avec de nombreux bras qui partent un peu de partout. Et le fleuve est tellement grand que quand on est dessus, alors depuis le ciel, ça paraît évident, mais quand on est dessus, c'est difficile de savoir qui est le bras principal, en fait. Et parfois, le courant, il ne nous emmène pas dans le bon bras, et c'est le risque de se retrouver dans un bras mort qui se termine sur un cul-de-sac, qui est bloqué par un barrage de castors ou ce genre de choses. Donc l'orientation est parfois un peu compliquée, et on est parfois obligé de lutter contre les courants, à pagayer comme des dératés pour se sortir d'un bras mort, pour essayer de remonter un petit peu le courant, pour pouvoir prendre le bras principal, celui qui nous mène là où on veut.

Loïc Ça, tu navigues comment d'ailleurs ? Vous aviez des

Quentin cartes, des GPS ? Alors, on croisait un petit peu les informations. On avait un GPS satellite, tout à fait. On avait des cartes achetées à Whitehorse, qui couvraient au moins les deux premières semaines d'expédition. Et puis, des cartes qu'on avait imprimées à l'avance, des vues satellites, etc., qui dotaient de différentes années, histoire d'avoir pas mal d'informations différentes, parce que toutes les cartes sont différentes. Le fleuve, comme je l'ai dit, il est naturel, donc il change en permanence. Il y a des boucles qui se créent, des îles qui apparaissent, d'autres qui disparaissent, de nouveaux bras. Chaque année, le fleuve est différent, donc aucune carte n'est bonne. Ce qui fait qu'en croisant les informations, on arrive à y voir un peu plus clair, mais c'est beaucoup d'improvisation aussi sur le moment.

Loïc ok et je suis en train de faire des j'ai la carte satellite sous les yeux vu satellite effectivement il y a des méandres des bras qui partent de tous les côtés c'est compliqué franchement même en zoomant c'est compliqué de suivre le cours principal

Quentin sur la première partie de l'expédition encore le fleuve était pas mal encaissé dans des montagnes ce qui fait que forcément ça recentre le fleuve mais par la suite sur la fin de l'expédition ou même sur une zone qu'on appelle les flats où les montagnes disparaissent et on se retrouve sur des régions très plates alors à ce moment-là, le fleuve ça devient un labyrinthe, il crée des méandres gigantesques qui s'étendent sur des kilomètres et des kilomètres de large et là ça devient très compliqué sur l'orientation

Loïc Ok Vous aviez découpé l'itinéraire en étapes un peu plus petites ?

Quentin Pas tout à fait, non Quand on pagaillait, on se disait pas la prochaine étape ou l'objectif, c'est Monac, parce que ça paraissait trop lointain. Donc, dans nos têtes, on fixait généralement le village suivant, qui se trouvait en général à 5 jours. Donc, en général, on se fixait un peu des petites étapes de 1 semaine, 5 jours, et après, on voyait l'étape suivante. Ça a aidé un petit peu pour le moral et pour voir qu'on avance. Ok.

Loïc Question morale, d'ailleurs, comment... qu'est-ce que tu peux nous dire là-dessus parce que vous étiez deux alors peut-être que tu vas pouvoir nous dire exactement à quel moment tu t'es retrouvé tout seul mais vous étiez deux mais en même temps chacun sur son pas grave, j'imagine que vous étiez pas tout le temps à portée de voie, à vous suivre exactement à quelques mètres l'un de l'autre donc il y a sûrement de longues périodes finalement solitaires donc tout ça comment est-ce que toi tu l'as géré, moralement on va dire

Quentin le moral comme dans toute aventure il y a des hauts et des bas je pense que je ne vais pas parler pour l'autre mais pour ma part le moral je ne peux pas trop m'en plaindre ça a plutôt été pire concrètement ma motivation et l'excitation du fait d'être là des paysages, des rencontres animalières etc suffisaient à ce que mon moral se remonte à bloc en permanence malgré les difficultés qu'il pouvait y avoir il y a eu quelques petites baisses de morale liées pas tant à la solitude je pense que ça c'est un truc auquel je ne suis pas trop confronté j'ai assez la chance, je suis quelqu'un d'assez solitaire donc j'en souffre relativement peu même si ça arrive parfois et dans ces moments là où le sentiment de solitude d'avoir pas grand monde à qui parler le manque de la famille etc, il était comblé par par des lettres par des enregistrements audios que les proches avaient laissés auparavant donc des lettres que j'ai relues et relu et relu encore et encore jusqu'à les connaître par cœur. Mais dans des petits moments de baisse de morale, ça faisait du bien de les avoir apportés pour les voir, notamment une fois que je me suis retrouvé tout seul. Et après, il y a eu des baisses de morale liées à de la casse matérielle. Il y en a eu beaucoup. Dans toute aventure, il y a des casses matérielles à certains moments donnés qui, pour moi, ont été très lourdes. J'ai perdu beaucoup de choses dans cette aventure. Donc à chaque casse de matériel, ça fait mal au cœur. autant au niveau financier quand on perd un appareil photo ou quoi ça fait toujours mal mais aussi dans ce genre d'aventure on a déjà très peu de confort quand on perd le peu de confort qu'on a parce que notre matelas a été percé par un porc épique parce que notre siège de packraft s'est envoyé dans une tempête parce que notre moustiquaire a été déchiré parce que ce genre de choses ça fait toujours un coup au moral et puis j'en parlerai plus tard je me suis pris une sacrée tempête sur la fin de l'expédition qui a été assez dur à encaisser moralement

Loïc t'évoquais le confort c'était quoi vos conditions au niveau du décampement, de la nourriture vous avez quel niveau de confort est-ce que vous aviez ?

Quentin le niveau de confort il s'est dégradé petit à petit de l'expédition alors au début c'était tout confort on dormait en tente au milieu de la nature tout le temps, le confort il se résumait à du bivouac on n'avait pas grand chose nos pas crâques nous permettaient de porter beaucoup mais quand même avec une certaine limite on ne pouvait pas se permettre d'emporter des chaises ou des tables bien évidemment mais sur le début de l'expédition on avait quand même profusion de nourriture on avait pu partir avec des vivres frais, avec de la viande, avec des légumes avec des pâtes, ce genre de choses au bout d'une semaine on a atteint le tout petit patelin de Carmark, puis au bout de deux semaines d'Ocean City, ce qui nous a permis de nous réapprovisionner sur les premières semaines. Par contre, après ça, nulle part où se réapprovisionner, donc plus de vivres frais. Donc, niveau nourriture, ça commençait par la suite à devenir un peu plus compliqué, à devoir se rationner un petit peu plus, à manger uniquement du lyophilisé. Donc déjà, le confort alimentaire, il se dégrade petit à petit au fil de l'expédition, mais aussi, comme je disais, avec la casse matérielle et tout, il se réduit petit à petit. à chaque fois on perd un matelas il y a un sac de couchage qui se déchire ça devient de plus en plus spartiate au fur et à mesure que ça avance et puis le terrain évolue aussi dès le début de l'expédition même s'il faisait froid au départ la glace et la neige étaient seulement en train de fondre on avait des températures de quelques degrés la journée négatives durant la nuit mais les berges étaient confortables beaucoup de plages, de sable, etc ce qui n'était plus le cas par la suite où on se retrouvait davantage dans des marécages ou dans des berges très compliquées pour monter un campement.

Loïc Ok. Question, j'en profite parce que comme j'ai la carte sous les yeux, Dawson City, qu'est-ce qui se passe dans cette ville-là ? D'un point de vue satellite, il y a des espèces de pâtés hyper bizarres à l'est de la ville, comme si des vers de terre géants avaient laissé des traces derrière eux. C'est quoi ? C'est une ville minière ?

Quentin Alors Dawson City, c'est une ville qui a beaucoup d'histoire. C'est une petite ville de chercheurs d'or. Maintenant, c'est globalement une ville fantôme. À son apogée, à l'époque de la Rue Everlord, je crois que ça a abrité plus de 10 000 personnes. Je crois même que c'est bien plus que ça, alors que maintenant, il n'y en a même pas 1 000. Donc la ville est bien abandonnée. Malgré tout, c'est toujours peuplé par des chercheurs d'or. Tous les gens qui sont là sont chercheurs d'or ou trappeurs. et il y a une ambiance très particulière dans cette ville qui est pleine de vestiges de cette époque, assez passionnant à voir c'est une toute petite ville où il n'y a pas de béton pas de goudron, les rues sont en terre battue toutes les façades sont en bois dans un style très western les petites super-heads c'est des petits trading centers avec des pots de bêtes, de lynx, de loups qui pendent du plafond des artefacts amérindiens de tout genre des armes, des pièges le mec qui t'accueille dans son magasin il a les pieds avec ses bottes de cow-boy sur le comptoir, sa carabine à côté de lui il est en train d'aiguiser son couteau et il te demande ce que tu viens foutre là il y a une certaine ambiance tout le monde se balade dans la rue avec des armes et des pépites d'or autour du cou et puis le lieu où on se rassemble à Dawson City c'est le saloon, exactement comme on peut imaginer un saloon dans notre imaginaire, tout pareil, les petits portillons en bois à porte battante là un joueur de piano dans un coin des animaux empaillés sur les murs tout ça tout ça quoi

Loïc ok en tout cas je suis en train de regarder les noms des hôtels là Eldorado Hotel Drunken Goat Taverna la taverne de la chèvre sous c'est assez drôle ok et ok bah étonnant en tout cas sur la carte là je suis quand même curieux je vois pas bien ce qui peut créer des espèces de monticules comme ça monstrueux qui font des kilomètres de long mais j'irais j'ai récreusé si c'est un rapport avec l'or ok et alors tu parlais d'ambiance, les gens quand ils vous voient débarquer de vos packrafts là ça a été quoi

Quentin les réactions ? Alors ça dépend où ça a beaucoup varié d'un village à l'autre, à Dawson City ça a suscité quand même quelques intérêts, alors la partie Whitehorse Dawson City qui représente environ deux semaines d'expédition elle est quand même très fréquentée en canoë, c'est pas une partie vraiment, alors c'est sauvage, c'est de la nature, il y a des animaux partout etc, c'est pas artificialisé ou autre, mais l'été du moins, pas la période où j'y étais mais plus tard dans l'été, il y a beaucoup de gens qui se lancent dans cette aventure de deux semaines pour faire du canoë, c'est très fréquenté, donc à Dawson City, on a l'habitude de voir des gens débarquer en canoë. En Pacraft, moins, c'est ce qui étonnait un peu plus les gens et surtout quand on discute et qu'on raconte qu'on va jusqu'à l'océan, là par contre, les gens voient ça un peu différemment, ça suscite beaucoup d'intérêt et rapidement ça fait un peu tout le tour de la ville et tout le monde a envie de connaître un petit peu le projet un petit peu l'histoire, de venir prendre des photos c'est un petit peu marrant et après par la suite dans les villages suivants donc les villages suivants c'est uniquement des villages de première nation seulement d'autochtone et là c'est très différent parce que déjà des blancs ils en voient pas tant que ça des gens qui descendent un canoë c'est très rare, le fleuve en entier ça arrive jamais et en Pacraft ils ont jamais vu ça donc quand on arrive dans un village on est l'attraction touristique du moment pour eux tout le monde a envie de venir nous voir tout le monde a envie de vouloir nous rencontrer on a un peu la star du moment c'est un petit peu rigolo excellent

Loïc ok donc Dawson City là vous avez moyen de vous ravitailler et ensuite l'autre grosse je sais pas j'ai des villes qui apparaissent quand je dézoome donc je sais pas si plus elles restent affichées longtemps sur la carte quand je dézoome plus ça veut dire qu'elles sont grosses mais j'ai Fort Yukon qui ressort en gros est-ce que ça a été une grosse étape ça pour vous notamment côté réapprovisionnement ?

Quentin Pas spécialement non, après Dawson City il n'y a rien eu de il n'y a eu aucune ville en fait à proprement parler c'était des tout petits villages qui ne sont reliés par aucune route, par rien du tout les plus gros d'entre eux ont une piste d'avion c'est une piste en terre, c'est assez sommaire mais ça s'arrête à peu près là c'est des villages généralement de 100, 200 habitants les plus grands faisaient peut-être 300 habitants hormis Emona qui est un peu plus grand et la plupart n'ont pas de supérette ni rien, il n'y a pas de magasin les gens vivent d'autosuffisance donc For Yukon oui c'était une étape un petit peu importante ça a été l'un des plus grands villages rencontrés par la suite et dans lequel il y avait une supérette donc bon dans la supérette il n'y a pas grand chose à acheter c'est pas un super marge marché comme on peut les connaître, tout est extrêmement cher et à part 2-3 barres de céréales et 2 paquets de chips, on n'y trouve pas grand-chose. Donc, il n'y a pas grand-chose pour se réapprovisionner, si ce n'est quelques snacks pour se remonter le moral, il ne faut pas compter là-dessus pour pouvoir manger. Du coup, vous avez dû pêcher ou chasser ? Alors, chasser, non. Globalement, ce n'est pas quelque chose que j'aime faire. Alors, j'ai appris à chasser, j'ai appris à poser des pièges, mais c'est quelque chose que je ne fais qu'en ultime recours. Parce que si je me plonge dans la nature, c'est avant tout pour l'observer, pour vivre avec elle, pas pour la tuer. Et si je me plonge dans des conditions comme ça, c'est volontairement. La faune qui est autour n'y est pour rien, je n'ai pas envie de l'impacter. Pêcher, ça a été un petit peu compliqué. Assez rapidement sur le fleuve, je me suis essayé à la pêche et ça a été un cuisant échec, en fait. parce que même si j'ai appris en France à pêcher, le fleuve n'avait rien à voir avec les fleuves qu'on connaît en France déjà les courants sont très très forts ce qu'on porte différemment et en plus de ça, l'eau n'est pas claire du tout même si elle est propre et exempte de pollution ou du moins qu'il y a très peu de polluants il y a énormément de limons énormément de sédiments qui sont retournés dans tous les sens ce qui fait que l'eau est totalement trouble quand on plonge sa main dedans elle disparaît immédiatement, on la voit pas ce qui fait que les poissons ne voient pas nos leurres donc pêcher c'est assez compliqué et pendant très longtemps pas moyen d'attraper le moindre poisson parce que je n'avais pas les bonnes techniques et c'est par la suite un local dans un village, un membre de la tribu Olicachouk dont je suis resté ami avec qui m'a appris à pêcher avec les bons leurres avec les bonnes techniques, à chercher les bons endroits et qui m'a permis de pêcher les premiers saumons mais au début non je ne pouvais pas à compter sur la pêche, ça ne fonctionnait pas.

Loïc Ok. Ça a été quoi les... Donc là, on est à Fort Yukon. C'est à peu près la moitié, en fait, non ? En distance, j'ai l'impression ?

Quentin Non, la moitié était plus loin. Mais Fort Yukon, en revanche, c'était l'endroit le plus au nord de l'expédition. Le fleuve, il monte vers le nord-ouest jusqu'à Fort Yukon et ensuite il redescend vers le sud-ouest. Donc ça a été l'endroit le plus au nord qu'on ait atteint dans cet expé.

Loïc Ok, et tu parlais des flats un peu plus tôt, l'endroit où il n'y avait plus de montagne et où le fleuve avait des bras un peu partout. J'ai l'impression que là, c'était le cas, après fortement, il y a des îles partout.

Quentin C'est exactement là, c'est cette zone-là. Le terrain, ça devient des immenses marécages. L'eau s'étend dans cette zone plate, elle envahit tout. et le fleuve ici il est très particulier, il change énormément, vraiment il y a zéro carte fiable, autant à d'autres endroits on peut regarder un peu les cartes autant ici ça sert à rien, les cartes on les range dans des sacs, elles ne servent plus il faut essayer de trouver le courant principal, ce qui n'est pas évident parce qu'il n'y a quasiment plus aucun courant sur la partie avant entre Watertown et Dawson City, le courant est très fort, on faisait environ 90 km par jour, là on n'en faisait plus qu'une quelques dizaines, 17, 20 kilomètres par jour, guerre plus, parce qu'il n'y avait plus aucun courant. Il y a des moments, on arrêtait de pagailler pour essayer de voir où allait le courant et en fait, on n'avançait pas. C'était totalement plat comme sur un lac. Alors, on essaie de voir, de mettre une feuille dans l'eau, voir vers où elle se dirige pour essayer de trouver où est le courant principal, quel est le bras principal. Mais quand tout est plat, qu'on n'a aucune visibilité, qu'on voit juste des chemins, des rivières en fait, qui partent dans tous les sens et puis plein d'arbres, difficile de voir où il faut aller des fois on est même plus sûr de est-ce qu'on remonte le fleuve, est-ce qu'on le descend par où il faut aller et quand il y a très peu de courant à ces endroits là c'est un peu le royaume des castors qui font des barrages un peu dans tous les sens qui bloquent un peu tous les chemins en plus de ça il faut savoir que la débâcle elle a eu lieu il n'y a pas très longtemps donc la débâcle c'est quand le fleuve est complètement gelé et que la neige, la glace dans les montagnes commence à fondre, le débit du fleuve augmente, il y a beaucoup plus d'eau et d'un coup ça augmente la pression du fleuve toute la glace se brise d'un seul coup tout éclate et ça fait des blocs de glace gigantesques qui sont charriés à une puissance phénoménale et qui rasent tout sur leur passage ce qui fait qu'au bord du fleuve tout est massacré, tout est chamboulé les arbres sont retournés, tout est détruit il y a des blocs de glace un peu partout tout a été ravagé, donc c'est un énorme chaos dans lequel il est très difficile de trouver son chemin et dans ces flats on y reste piégé assez longtemps entre le fait qu'on n'a pas de repères vraiment visuels pas trop de paysages à regarder pas de montagne à se donner comme objectif très peu de courant c'est un peu démoralisant on a l'impression de ne pas avancer

Loïc il y a des endroits on voit que le fleuve il y a certains bras là si tu t'engages dedans si je le suis avec mon curseur en fait le truc il te fait revenir en arrière ouais c'est ça

Quentin ce genre de choses arrivent partout si on prend le mauvais bras on se retrouve avec des détours colossaux

Loïc ouais là j'imagine que humainement c'est le désert total absolu personne n'y l'a

Quentin En effet, personne. Il y avait un petit village au début des flats, Circle, si je me souviens bien le nom. On se reposait un peu sur ce village pour se rapprovisionner, etc. Et au final, quand on arrivait, il n'y avait plus de village. Il avait été emporté par la débâcle, complètement rasé par les blocs de glace. Donc malheureusement, pas possible de se rapprovisionner là. Et effectivement, humainement, on n'a plus fait de rencontre avant un bon moment après ça.

Loïc Là, comment tu te sens quand... Parce que tu vois, je pense que de se retrouver dans des environnements comme ça, c'est à la fois un luxe, parce que ça devient tellement rare de te retrouver dans un endroit où la main de l'homme n'est vraiment pas visible. Et en même temps, là, en termes d'engagement, c'est un peu total. Parce que je ne vois même pas où est-ce qu'un avion de brousse pourrait atterrir dans ce bazar des flats. sur la carte c'est juste hallucinant comment tu te sens comment vous êtes senti quand vous êtes retrouvé sur cette section à la fois difficile où vous avanciez très peu et où vous saviez qu'il y avait à peu près que vous quoi

Quentin en fait moi je trouve ça assez excitant de savoir que t'es seul alors après cette impression de se retrouver seul dans la nature elle arrivait très rapidement parce que même dans les endroits où il y a un peu des villages en fait les villages sont très petits et puis avant d'arriver au centre du village on est plongé dans la nature on s'écarte de quelques pas de la cabane la plus proche et immédiatement on est plongé dans une forêt profonde où on croise un élan, on croise un ours juste là il n'y a pas de campagne la nature est très sauvage donc dès l'instant où on sort de Whitehorse on a déjà ce sentiment là il n'arrive pas seulement dans les flats et moi je trouve ça grisant d'être tout seul, de savoir que tout ce que tu vois autour de toi, il n'y a quasiment personne qui l'a déjà vu aussi. Il y a déjà des gens qui sont passés par là, oui, mais c'est très rare. Tu as une chance monumentale de pouvoir voir, de pouvoir contempler tout ce qu'il y a autour et de vivre tout ça. Moi, je trouve ça super excitant. Et de savoir également que tu es le seul maître de ton destin, qu'il n'y a que toi, que tes efforts qui peuvent te permettre d'avancer, qui peuvent te permettre de sortir d'un mauvais pas, etc. Moi, ça me motive. Je trouve ça incroyable. Et puis, je disais qu'il n'y avait plus trop de paysages à ce moment-là dans les flats, que ça pouvait être démotivant. Par contre, la nature reste quand même magnifique. L'une des grosses motivations au quotidien, parce que parfois, Pagaillet, c'est long, on est un peu plongé dans son esprit. Mais en fait, je passais mes journées, les yeux rivés sur la berge, sur la forêt, pour espérer voir un ours, espérer voir un loup, espérer voir n'importe quel animal. Ce qui fait que c'est une espèce de chasse au trésor toute la journée pour essayer de dénicher tous les animaux qui sont autour. et souvent il y a des magnifiques rencontres notamment dans cette partie là dans les flats ou même avant et un peu par la suite, il y avait énormément d'élans, dans cette période où on était dans les flats là, c'était la période des naissances sur le fleuve tous les élans venaient sur les petits îlots un peu dans le fleuve pour mettre bas un peu à l'abri des prédateurs qui sont un peu plus dans les terres et du coup tous les jours on voyait plusieurs élans, plusieurs bébés et c'était tout le temps des rencontres magnifiques qui te motivent à continuer d'avancer et qui rend ton quotidien magnifique.

Loïc Incroyable. Là, du coup, comme tu disais que les berges étaient complètement défoncées par la débâcle avec des arbres retournés, de la glace, etc., vous campiez sur les îles au milieu du bras principal quand vous arrivez à rester dessus ou vous alliez

Quentin à terre à chaque fois ? Oui, tout à fait. On visait au maximum les îles pour différentes raisons. Déjà parce que les îles, la végétation est moins épaisse parce que ça arrive régulièrement qu'elle se fasse ensevelir par l'eau. Donc, quand il y a des arbres, en général, ils sont petits ou il y en a assez peu, ce qui permet non seulement d'avoir une bonne visibilité pour s'assurer qu'il n'y a pas un ours sur l'île ou que même si un ours débarque sur l'île, on arrive mieux à le voir. Donc, niveau sécuritaire, c'était déjà mieux que sur les berges où la forêt était trop dense pour voir quelconque danger arriver. Mais aussi parce que les îles sont très vantées, ce qui nous mettait un peu plus à l'abri des moustiques parce que ceux qui n'ont jamais été dans le Grand Nord l'ignorent, mais ce n'est pas au niveau de l'Équateur où il y a le plus de moustiques, c'est au niveau du Cercle Arctique. À cette période-là, l'été, c'est un enfer de moustiques. C'est des millions et des millions de moustiques qui sont autour de toi en permanence et donc on cherche les endroits où il y a le plus de vent possible pour essayer de se mettre un peu à l'abri d'eux.

Loïc Ok. Vous étiez armé d'ailleurs ? Tu as évoqué les ours plusieurs fois.

Quentin Non, on n'a pas pris d'arme. La plupart qui se lancent dans ce genre d'aventure prennent une arme. moi je ne préfère pas j'étais uniquement équipé d'une bombe au poivre pour pouvoir repousser d'éventuelles attaques d'ours personnellement je ne suis ni chasseur ni militaire donc même s'il était possible pour moi d'apprendre à tirer avec une arme à feu, j'estime savoir mieux utiliser une bombe au poivre qu'une arme que je risquerais plus de me tirer dans le pied qu'autre chose et je n'ai pas envie non plus de menacer ou d'attenter à la vie d'un ours, je préfère essayer de le repousser plutôt que de le blesser ou de le tuer. En plus de ça, une arme, ça pèse très lourd et ça complique beaucoup la logistique. Donc j'ai préféré utiliser seulement une bombe au poivre et pour ça, j'ai été traité de fou dans tous les villages que j'ai croisés. La base, déplacer sans arme, c'est vraiment considéré comme une folie.

Loïc Ouais, tu m'étales. Les bombes au poivre, s'il y en a qui ne connaissent pas, c'est un peu comme un... c'est une sorte de spray mais dont le jet, en fait, par... Moi, celle que j'avais au Canada, c'était 15 mètres, je crois. Et donc, c'est un liquide rouge un peu poisseux qui brûle en fait et ça marche très très fort je l'ai jamais utilisé contre un ours mais j'avais pour la petite parenthèse drôle j'étais dans une coloc et le proprio de la coloc était un jeune à Montréal s'était ramené avec une bombe anti-ours dans sa veste et en enlevant sa veste en fait elle était dégoupillée et il l'a activée dans l'appart et c'était l'horreur absolue on a mis 3 jours à ce qu'il n'y ait plus d'odeur c'est assez violent quand même même si tu ne prends pas un jet direct juste le nuage de gaz qui filtrait à travers la poche de sa veste c'était abominable donc ouais il faut se dire que ça suffit a priori pour repousser un ours c'est assez puissant donc bombe bombeau poivre ouais je te demandais parce que par exemple Svalbard, Groenland c'est obligatoire d'être armé du coup je me demandais si en Alaska en plus territoire américain, territoire sauvage si c'était aussi obligatoire t'as pas eu à prendre de permis ou quoi que ce soit

Quentin non non là-bas le port d'armes n'est pas obligatoire comme au Groenland ou quoi puisque au Groenland ou au Svalbard le risque c'est les ours polaires c'est un risque bien au dessus c'est l'un des seuls animaux au monde qui considère l'homme comme une proie d'où l'intérêt de se défendre là sur la partie que j'ai parcouru en Alaska même si sur certains endroits, notamment vers la côte il peut y avoir des ours polaires de temps en temps et c'est arrivé un tout petit peu avant que je débarque dans ces villages que des gens se fassent manger par des ours polaires c'est quand même assez rare ce qui fait que c'est pas obligé d'avoir une arme pour y aller mais de toute manière tous les locaux sont armés et il n'y a pas de touristes là-bas donc pas vraiment d'intérêt d'imposer un port d'armes pour s'y rendre personne n'y va en fait

Loïc ok ok depuis qu'on a commencé j'ai la carte sous les yeux je navigue à droite à gauche c'est hallucinant à quel point c'est vide en fait il n'y a rien il n'y a pas de route c'est incroyable ça vous l'aviez cette sensation même en étant à deux de vide absolu de bout du monde totalement

Quentin et puis même quand on débarque dans un village les villages sont si petits c'est juste des petites cabanes en bois avec quelques natifs qu'on n'a pas du tout l'impression d'arriver à la civilisation et quand ça arrive le moment rare où il y a un avion qui passe dans le ciel ça fait bizarre on a l'impression de se retrouver dans un endroit différent tout à coup qu'il y a la civilisation qui passe, on avait oublié que ça puisse exister et il y a le seul moment de civilisation réellement qu'on a eu, à part quelques avions de temps en temps, c'est en plein milieu de l'expédition ça coupe pile poil l'expédition en deux c'est la grosse pipeline qui traverse tout l'état pour tous les Etats-Unis pour cheminer le pétrole cette grosse pipeline elle coupe le Yukon en deux, donc elle le traverse donc à ce moment là il y a un pont avec un énorme tuyau qui achemine du pétrole et une route sur laquelle passent quelques camions de temps en temps et quand on arrive là qu'on voit ce pont et qu'on passe en dessous ça fait bizarre, ça fait un mois que tu pagailles au milieu derrière et là il y a un pont et tu vois un camion passer ça fait une impression très étrange

Loïc c'est la Dalton Highway c'est ça ? c'est juste à la fin des flats en fait

Quentin ok d'accord

Loïc ok donc là à ce stade vous étiez encore deux comment ça se passait du coup parce que vous étiez parti donc vous connaissiez depuis longtemps au début du podcast tu disais que ça t'est arrivé de te lancer dans des aventures avec des inconnus, est-ce que là ça était le cas ou est-ce qu'il y avait une relation déjà préexistante et surtout comment ça s'est passé humainement parce que j'imagine qu'avec tous les challenges que vous avez auxquels vous deviez faire face au quotidien les conditions de confort assez sommaires finalement j'imagine que ça joue aussi sur les relations

Quentin c'était pas tout à fait un inconnu presque puisque je l'avais déjà emmené avec moi dans un autre projet quand je parlais d'aller observer des prédateurs des ours, des loups en Finlande c'était avec lui à ce moment là c'était un inconnu, c'était la première fois que je le voyais et donc on s'était dit qu'on partait en Alaska ensemble. Je le connaissais un petit peu, mais pas de très loin non plus. Et du coup, en effet, partir en aventure avec quelqu'un qu'on connaît à peine, voire pas, c'est assez particulier. Mais comme on partage la même tente, qu'on est dans les mêmes galères chaque jour, des liens se créent très rapidement, ça rapproche, ça soude. Après, il se trouve que c'était peut-être pas forcément une bonne idée de partir sur ce genre d'aventure avec quelqu'un qu'on connaît peu, ce qui a pu poser quelques problèmes, quelques difficultés et c'est un peu un regret sur cette expédition c'est qu'on aurait peut-être dû apprendre à mieux se connaître auparavant et voilà

Loïc parce que du coup quand tu dis que ça a pu poser des problèmes c'est quoi, c'est sur les objectifs de chacun ou le rythme c'est quoi exactement humainement je trouve que c'est hyper intéressant, c'est quand même rare des gens qui se lancent dans des expéditions comme la vôtre donc je suis sûr qu'il y a plein de choses à apprendre sur la manière de faire ça avec en binôme, en équipe, peu importe.

Quentin Ouais, c'est ça. En fait, le problème, c'est que c'est dans les difficultés où les personnalités, elles se révèlent réellement. Et même si, au départ, on se fixe le même objectif, descendre tout le fleuve, atteindre monac, cet objectif, il était commun, on était tous les d'accord, on était d'accord tous les deux sur cet objectif. Et bien, en fait, il se trouve qu'on n'avait pas les mêmes attentes derrière soi, pas les mêmes volontés. moi personnellement c'était l'envie de vivre quelque chose, de vivre le moment présent qui m'intéressait alors que c'était peut-être pas forcément le même objectif pour lui ce qui fait que quand des difficultés se présentent moi je les accueillais différemment que lui et c'est ce qui a je pense fait qu'on s'est séparé à un moment donné

Loïc ok ce qui doit pas être évident parce que les options de sortie enfin je veux dire ça va pas être évident quand ça se passe pas bien au point de dire chacun part de son côté parce qu'en fait t'as pas de porte de sortie une fois que t'es sur le Yukon à des milliers de kilomètres de toute civilisation en tout cas de grande ville tu peux pas te poser sur le côté et attendre le plus

Quentin ça se fait pas si facilement alors comme je le disais tout à l'heure il y a des villages de différentes tailles certains sont trop petits mais d'autres généralement les villages d'environ 200-300 habitants ont une piste pour les avions donc c'est une petite piste en terre et c'est clairement pas un vol international c'est des tout petits avions mais dans l'un de ces villages ça a été possible pour lui de prendre un petit avion qu'il emmenait ensuite vers une ville un peu plus importante pour ensuite prendre un vol international donc il y a eu une porte de sortie mais qui imposait quand même d'aller jusqu'au village suivant et aller jusqu'au village suivant ça fait tout de suite plusieurs jours de pagaillage en plus.

Loïc Au moment où tu te retrouves seul du coup, qu'est-ce que ça change pour toi dans cette aventure ?

Quentin Ça change à la fois beaucoup de choses et finalement assez peu. Parce que même si avant ça on était deux, comme tu l'avais dit un peu plus tôt, on n'est pas côte à côte tout le temps. Souvent on est un peu éloigné sur le fleuve, on pagaille mais on discute finalement assez peu. le fait qu'on soit deux personnalités différentes, en plus pas forcément deux personnes très extraverties et tout, ça fait qu'on parle pas non plus énormément énormément. Donc il y avait déjà un peu un sentiment de solitude avant ça, et je suis quelqu'un d'assez solitaire. Donc me retrouver tout seul, c'était pas quelque chose qui m'a spécialement mis à mal. Ça fait un peu bizarre un petit moment quand même, notamment à terre en fait, sur le fleuve, la journée ça va, on sait ce qu'on fait on avance, on pagaille tout ça le soir quand on monte le campement, qu'on monte la tente qu'on se retrouve tout seul, qu'il y a un gros silence et que tu t'entends un ours qui rôde pas très loin tout de suite tu te sens un peu moins serein d'être tout seul donc les premières nuits notamment étaient un petit peu stressantes et puis après on s'habitue, on s'acclimate et ça lance un nouveau challenge donc forcément une nouvelle motivation aussi, le fait d'être seul, ça change un peu tout sur sa façon de voir l'environnement, de voir l'aventure que tu fais. Et c'est une dimension très différente. C'est chouette de pouvoir partager des moments avec quelqu'un. C'est aussi chouette de pouvoir être seul à gérer ses propres galères, à prendre les choses en main et à savourer l'instant présent avec toi-même. C'est une façon totalement différente de voir la chose, qui est très bien aussi.

Loïc c'était quoi les rencontres les plus marquantes que ce soit côté faune ou côté humaine on va dire

Quentin les rencontres, je vais parler du côté faune avant tout parce que c'est vraiment ce que je venais chercher ça a été assez incroyable je m'attendais à beaucoup de rencontres animalières et j'ai peut-être été un peu déçu sur les rencontres avec les ours, je m'attendais à avoir énormément d'ours j'en ai pas vu autant que ce que j'imaginais et autant que ce que les récits que j'avais pu lire, qui remontaient à quelques décennies avant, pouvaient raconter. La raison à ça, c'est que les saumons se font de plus en plus rares, malheureusement. La crise écologique qu'on connaît actuelle est une vraie difficulté là-bas. Il y a très peu de saumons aujourd'hui, quasiment plus, ce qui fait que forcément, les ours n'ont plus d'intérêt à venir au bord du fleuve, puisqu'ils n'ont plus grand-chose à pêcher. Donc, on voit bien moins d'ours. En plus de ça, c'était une année où où le fleuve a été particulièrement haut, où il y a eu quand même des grosses crues, des grosses tempêtes, qui font que toutes les plages où les ours viennent normalement pêcher étaient sous l'eau. Donc les ours allaient plutôt davantage dans les terres chercher de la nourriture ailleurs. Donc il y a eu des belles rencontres avec des ours, des très belles, ou des moments assez magiques, parfois des rencontres assez proches, mais pas autant que je l'imaginais.

Loïc Assez proche, c'est-à-dire où tu pouvais le regarder dans les yeux ?

Quentin Ouais, alors le premier ours rencontré, c'était un ours noir, et il était juste sur le bord de la berge, en se laissant dériver, je suis arrivé assez proche de lui, effectivement, on s'est regardé dans les yeux avant qu'il m'a observé un petit moment avant de détaler, c'était assez magnifique. Les autres ours ont été plus craintifs. Dès qu'ils nous voyaient un petit peu arriver, ils avaient tendance à aller se cacher dans la forêt, à se barrer. Il y en a tout de même un vers la fin de l'expédition, lors des dernières semaines, où en fait il se trouvait sur la même île que moi où j'avais monté mon campement. Peut-être qu'il avait passé la nuit avec moi et qu'on ne s'était pas capté tous les deux, bien heureusement. Mais au moment de repartir, lorsque je donnais mes premiers coups de paillet, je l'ai vu, une grosse masse sombre que j'avais d'abord pris pour un gros tronc d'arbre sur la berge jusqu'à ce qu'il se dresse sur ses pattes. Là, j'ai compris que ce n'était pas un tronc d'arbre. Et il a passé un moment debout à me regarder et je ne me sentais pas menacé puisque j'étais quand même sur le fleuve. En quelques coups de paillet, je pouvais me barrer si jamais il décide d'être chargé, mais c'était assez magnifique de le voir dresser sur ses pattes. Après, je ne me suis jamais senti spécialement menacé. J'ai évoqué tout à l'heure une nuit où il y a eu un ours qui a rodé un petit peu près de ma tente où je n'étais pas très serein. Là, j'ai eu un peu peur, même si je n'ai pas été menacé personnellement. Si je dois raconter un petit peu l'histoire, j'étais dans ma tente, je commençais à essayer de m'endormir, j'avais un petit peu du mal parce qu'il fait grand jour à cette latitude et qu'en plus de ça, j'étais un chouïa stressé de commencer à me retrouver tout seul. Je crois que c'était après un nuit où je me retrouvais tout seul. Et j'entends des pas un peu lourds dans la forêt juste derrière moi. Et ce genre de pas, j'ai appris à les reconnaître avec le temps. J'ai appris à faire la différence entre des pas d'élan et les pas d'un ours à travers mes différentes aventures. Et là, j'ai compris que ce n'était pas un élan. Et j'entends des oiseaux qui commencent à paniquer, qui prennent leur envol et notamment un canard, dont je oublie le nom de l'espèce, qui décollent, qui s'enfuient de la forêt en poussant des cris d'alerte pour prévenir tous les animaux des alentours et qui se posent dans le fleuve derrière moi ils poussent des cris d'alerte un moment j'entends plus beaucoup de bruit et d'un coup j'entends un gros un gros bruit dans les broussailles derrière moi quelque chose qui charge, qui se précipite sur la berge qui plonge dans l'eau, des grosses éclaboussures un cri de canard en détresse qui tente de s'enfuir puis des cris de douleur, d'agonie d'un canard et puis plus rien j'ai entendu sa nuque craquer et ensuite un grand silence qui a duré des heures et des heures et au bout de peut-être deux heures j'ai entendu les corbeaux qui arrivaient et qui venaient chercher les restes après ça je suis sorti de ma tente et j'ai trouvé une patte du canard à deux mètres de ma tente donc je suis à peu près certain que c'était un ours, moi je suis resté bien caché dans ma tente, bombe au poivre entre les mains prêt à agir si jamais il se retournait vers moi ça met dans une certaine ambiance directe pour la première nuit mais autrement je ne me suis jamais senti menacé par les ours dans cette expédition et au delà des ours il y a eu des magnifiques rencontres animalières il y a eu plusieurs espèces de loups différentes, des loups gris, loups arctiques loups noirs, c'était assez rare de voir ça, énormément de porcs épiques les élans j'en ai parlé plus tôt j'ai arrêté de les compter rapidement mes rencontres, il y en avait tous les jours plusieurs tous les jours, parfois de très très proches magnifique à observer, un élan c'est colossal c'est très impressionnant, parfois des élans qui débarquaient au beau milieu du campement en se courant après énormément de rapaces énormément de pigarques beaucoup de castors, de loutres incroyables, et je pense que ma plus belle rencontre autant humaine qu'animal tout confondu ça a été avec des belugas les belugas, j'espérais en rencontrer, parce que j'avais entendu dans les villages que parfois ils remontaient le fleuve alors j'espérais en voir parce que c'est un animal qui me semblait magnifique que j'avais jamais vu de ma vie malgré tout j'arrivais sur les derniers jours d'expédition en approchant de l'océan et j'y croyais plus aller voir en fait je venais juste d'atteindre l'océan c'était le moment de la fin de l'expédition j'atteins l'océan, il est midi je me mets sur la berge face au paysage qui n'existe plus juste l'horizon de l'océan je commence à manger un petit peu mon saumon séché et je me décide à me plonger nu dans l'océan pour un bel acte symbolique de fin d'expédition. Donc je me jette à l'eau et là, je me rends compte que je ne suis pas tout seul dans l'eau. Ça bouge autour. Et je vois une boule blanche qui sort de l'eau. C'était la tête d'un beluga. Et il me regarde. Il me regarde droit dans les yeux. Je vois son oeil noir au milieu de sa grosse tête blanche qui me fixe. Alors, je ne reste pas longtemps dans l'eau avec eux parce que l'eau est glaciale. On ne tient pas longtemps là-dedans. Je me monte vite sur la berge. Je me sèche en toute vitesse. Je saute dans mon packraft et je retourne à l'eau. Et j'ai passé quelque chose comme une heure à pagayer au milieu des belugas, au milieu d'un groupe. Je ne sais pas exactement combien ils étaient, mais c'était juste fascinant de les voir nager juste en dessous de soi, de tourner autour, très curieux comme animal. Et je ne savais pas trop à quoi m'attendre parce que dans ma tête, un beluga, c'est un dauphin blanc, car plus que ça. Sauf qu'en fait, c'est bien plus grand qu'un dauphin, bien plus impressionnant. Ça fait presque la taille d'un orque. Ça fait 6 mètres de long, un beluga. Donc quand tu le vois qui frôle ton packraft juste en dessous de toi et que tu te rappelles que dans le précédent village t'as vu un mec avec un collier orné de dents de beluga autour du cou et que les dents elles font la taille de ton doigt tu te dis que enfin je sais pas ce que ça mange moi un beluga j'en ai jamais vu de ma vie je connais pas leur comportement je suis peut-être pas forcément en sécurité avec un truc de 6 mètres en dessous de moi et au final il se trouve que ça mange uniquement des saumons et que c'est très très calme très gentil un beluga très amical et la rencontre a été dingue mais sublime de les voir c'était magique dans ma tête à ce moment là

Loïc incroyable

Quentin et niveau humain ma réponse elle commence à être longue je crois mais niveau humain les rencontres elles ont été assez folles aussi notamment sur la fin de l'expédition avec les peuples premiers, autant j'ai mentionné tout à l'heure un ami que je me suis fait de la tribu Olicachou qui m'a beaucoup appris avec qui j'ai partagé une journée à pêcher, à chasser où il m'a appris à tirer au fusil, à pêcher le saumon, à le découper, à le conserver, qui m'a appris énormément de choses, et avec qui je suis encore ami aujourd'hui, et avec qui j'échange de temps en temps par voie postale. Une rencontre magnifique. Et surtout sur la fin, puisque j'ai vécu une bonne partie au sein d'un peuple youpi, qui fait partie de la Confédération Inuit, et parmi lesquels j'ai été totalement intégré, qui m'ont appris à pêcher au filet, qui m'ont appris à chasser le phoque à la lance, qui m'ont appris à reconnaître les plantes médicinales comestibles de la toundra, avec qui j'ai participé à toutes les cérémonies, tous les rites. C'était très riche en savoir, des gens incroyablement généreux qui m'ont couvert de présents, de cadeaux, d'artefacts en tout genre, alors que je ne demandais rien du tout, et qui ont tout fait pour m'aider alors que je ne pouvais, moi, rien leur donner en retour. Et c'était des rencontres dingues, mais sur lesquelles on reviendra peut-être par la suite.

Loïc ça allait être mes prochaines questions t'évoquais les belugas sur la fin de l'expédition là t'étais à Emonac ou c'était encore plus long ? les belugas c'était après Emonac

Quentin si je leur racontais un petit peu ce qui s'est passé l'objectif final c'était Emonac pourquoi Emonac ? parce que c'est le dernier village à la fin du Yukon il n'est pas directement au bord de l'océan mais sur un petit bras qui mène à l'océan l'océan est à 20 km de là et c'est un village, l'un des villages les plus gros du coin en fait il fait presque 800 habitants je crois entre 500 et 800 habitants et il y a un petit aéroport un tout petit aéroport qui dessert Bétel, qui Bétel est une ville où ensuite on peut prendre un plus gros avion donc c'était le bon endroit pour mettre fin à l'expédition et d'où repartir j'avais réservé mon vol depuis Émonac, sauf qu'après avoir atteint Émonac, après avoir atteint l'océan en fait je pensais qu'après deux mois d'expédition j'aurais hâte de rentrer et en fait j'avais pas envie j'avais pas envie que l'aventure elle s'arrête là du coup j'ai tout annulé j'ai annulé le vol et puis même si c'était la grosse tempête ça faisait un mois que je me prenais une tempête et la tempête elle continuait j'ai malgré tout décidé de repartir sur le fleuve de continuer à pagayer via un autre bras, cette fois le bras principal du Yucon pour rejoindre la côte et ensuite aller jusqu'à Nunamikwa et c'est justement un peu avant d'arriver à Nunamikwa que j'ai croisé ces belugas

Loïc ok alors ah oui ok Nunamikwa ok d'accord ah oui c'est bien plus bas ok ok d'accord et donc et donc Nunamikwa c'est là où il y avait il y a quoi ? ah oui il y a un tout petit village c'est vraiment tout petit est-ce que tu peux nous expliquer un petit peu t'as évoqué la confédération des Inuits les peuples premiers qui est-ce qui de qui on parle quand on évoque les peuples premiers et qu'est-ce que c'est que la confédération des Inuits ?

Quentin Alors, c'est tous les peuples qu'on... Alors, les peuples premiers, vulgairement, on les appelle généralement les Indiens. Là-bas, les Blancs, les peu d'Américains, le peu de colonies minières ou quoi dans lesquelles j'ai pu aller, les traites de sauvages ou de peaux rouges encore aujourd'hui, tout ça, c'est des termes assez horribles, mais même le terme d'Indien ou d'Amérindien qu'on utilise beaucoup en France, c'est des termes extrêmement racistes que je n'aime vraiment pas employer, c'est mieux de parler de Premières Nations ou de Natifs. Donc c'est tout simplement les tribus qui restent encore aujourd'hui sur le fleuve, les tribus qui ont survécu à la colonisation. Et alors, si je devais un peu expliquer, il y a globalement deux peuples. Au sein des terres, sur la partie Canada et Alaska, au sein des terres du continent, on a le peuple Athabascan, qui est composé de très nombreuses tribus que j'ai rencontré tout au long du fleuve et qui ont une langue et une culture qui se ressemblent globalement. Et le long de la côte ouest de l'Alaska, toute la partie nord et également est côté Canada et au Groenland, on a la Confédération Inuit qui est donc un rassemblement de peuples, les Yupik, les Inupiak, les Inuits à proprement parler, qui ont une culture qui se ressemble, qui est beaucoup plus proche entre eux, une langue qui se ressemble énormément, des coutumes qui se ressemblent énormément et qui diffèrent un petit peu plus des peuples à Tabascon. Donc les Yupik que j'ai pu rencontrer, c'est ceux qu'on appelle vulgairement les Eskimos, qui encore une fois est un terme colonial qui n'est franchement pas apprécié là-bas.

Loïc Ok. Et donc là, on te dirigeant vers Nunam Ikua, je vais y arriver, l'objectif c'était déjà de passer du temps avec eux ou tu avais simplement envie de continuer à voguer sur le Yukon quelques temps ?

Quentin Il y a un peu des deux en fait. J'avais envie d'aller jusqu'à Nunamikwa parce que j'avais rencontré beaucoup de peuples premiers. Les rencontres avaient été incroyables, j'avais appris énormément, mais j'avais fait le triste constat que beaucoup du côté Athabascan, énormément de cultures ont disparu, beaucoup de gens ne parlent plus leur langue parce que les colons sont passés par là, on fait tous les massacres qu'on peut connaître. et la culture a été beaucoup perdue. Quasiment tout le monde a été christianisé, et ça a été un ravage assez monumental. Et en fait, nous n'avons mis quoi ? J'avais entendu parler dans les villages, comme quoi c'était vraiment un petit village, très reculé, très peu christianisé, le seul village dans lequel il n'y a pas d'église, et du coup j'avais un peu envie d'aller rencontrer ces gens-là. Ces gens qui sont un peu perdus, qui ont peut-être mieux su conserver leur culture, et qui ont su davantage survivre face au colonialisme. Donc j'avais envie de la rencontrer et puis j'avais envie aussi tout simplement de poursuivre l'aventure. Je n'avais pas envie qu'elle prenne fin à Emona, j'avais envie qu'elle continue. Si j'avais pu aller plus loin après Nunamikwa, sans doute que je serais allé encore plus loin. Mais après Nunamikwa, franchement, il n'y avait rien. Je ne pouvais pas aller plus loin ou alors il fallait que je traverse la mer de Béring, que je fasse 200 km de plus et que j'arrive en Russie. Mais ça commençait à être un peu plus loin et je n'étais pas franchement équipé pour ça. En fait, je n'avais pas la possibilité d'aller plus loin. j'étais allé le plus loin que je pouvais aller. Donc, c'est pour ça que ça s'est arrêté ici. Et en plus de ça, j'ai appris une fois à Nonamikwa, les habitants m'ont appris, mais Nonamikwa, ça signifie là où la Tundra prend fin. Donc, je pense que c'était un bel endroit pour s'arrêter aussi.

Loïc Excellent. Excellent. S'il y en a que l'histoire des peuples premiers intéressent, allez vous renseigner. T'évoquez les actions des colons et tout. Franchement, c'est juste... Moi, je sais que quand j'étais au Canada, il y avait de plus en plus de... Ça commence à dater, il y a plus d'une dizaine d'années, mais il y avait beaucoup de... Politiquement, il y avait beaucoup de discussions sur cet héritage de l'histoire du Canada, ce que les Canadiens avaient fait, en fait, à ces peuples premiers, qui étaient... C'est vraiment... C'est abominable, c'est genre... Destruction tôt le tas de leur culture, on leur enlevait leurs enfants, qu'on mettait dans des familles de colons, c'est des trucs atroces interdiction de parler leur langue abominable mais bon c'est un pan de l'histoire qu'on connait assez peu et qui pourtant est pas si éloigné que ça de nous

Quentin tout à fait malheureusement on en parle pas assez le Canada fait beaucoup d'efforts pour essayer de davantage mettre en avant cette culture cette culture autochtone et mettre en avant un peu ce qui a pu se passer et essayer de compenser le mal qui a été fait ça c'est beaucoup moins fait côté Etats-Unis, niveau Alaska au contraire on a tendance à un peu nier ce qui s'est passé, à cacher tout ça et il y a beaucoup de sévices qui ont encore lieu des sévices qui sont moins physiques les meurtres les tortures etc ça a pris fin même si c'est pas si vieux que ça j'ai rencontré là-bas des gens qui ont connu les tortures il y a encore beaucoup de choses qui sont faites Tous les blancs et le peu de blancs qui vivent en Alaska traitent les autochtones de sauvages, de peaux rouges. Il y a énormément de racisme. Quand je suis arrivé à Ruby, c'est une petite colonie minière, l'un des seuls villages blancs dans lequel je suis arrivé, on m'a d'abord pris pour un indien. Quand je suis débarqué, il y a des espèces de cow-boys qui sont arrivés vers moi avec des armes et qui m'ont un peu menacé. Ils étaient franchement menaçants, je n'étais pas du tout à l'aise avec eux. et en fait ils m'ont pris pour des peaux rouges de leur propre terme et quand j'ai enlevé ma moustiquaire sur ma tête qu'ils ont vu qu'ils étaient blancs, ils ont tout de suite changé de comportement en me disant que j'étais le bienvenu dans le village mais que j'avais surtout pas intérêt à m'arrêter dans les autres villages parce que ailleurs c'est que des sauvages, ils sont pas comme nous faut pas côtoyer ces gens là etc si j'avais réellement été natif je sais pas trop ce qui me serait arrivé dans ces villages exactement parce qu'ils ont tout de suite débarqué avec des armes et j'ai rencontré dans des villages à Nunamikwa, par exemple, des gens où lors de certaines cérémonies se sont un peu ouverts à moi en larmes en me parlant que en me disant que s'il n'y a pas d'anciens dans le village c'est pas pour rien, c'est parce qu'il y a de ça quelques dizaines d'années, ils ont tous été tués il y a eu des grosses rafles, qu'ils ont connu enfin, ils ont vu leurs parents mourir qu'eux-mêmes ont été torturés qu'à cette époque-là quand je dis à cette époque-là, c'était il y a 10-15 ans un peu plus, que beaucoup d'enfants ont été kidnappés dans les villages qu'ils ne les ont jamais revus, qu'ils ont été emmenés dans des camps violés et comme tu l'as dit qu'on a tout fait pour supprimer leur culture et tout c'est très récent en fait donc ces peuples là ils souffrent encore énormément et aujourd'hui la christianisation est totalement forcée j'ai vu des lavages de cerveau totalement attristants dans certains villages mais je pense que je pourrais en parler des heures

Loïc je savais pas que c'était aussi récent tu dis que c'était il y a une quinzaine d'années c'est très récent et

Quentin c'est plus aussi violent qu'à cette époque là de nos jours mais ça n'a pas fini le colonialisme et la destruction de ces peuples là a encore lieu malheureusement quelle tristesse

Loïc du coup quand quand arrive enfin la fin de l'expédition donc t'es parti quand tu disais 60 jours c'était 60 jours uniquement la partie descente du Yukon ou t'inclues aussi le séjour

Quentin j'inclus la semaine, un peu plus d'une semaine même où j'ai vécu parmi les Yuppies parce que je pense que ça fait partie intégrante de l'expédition c'était aussi riche et même encore plus en apprentissage en savoir et puis et puis c'était l'un des moments les plus importants de l'expédition je pense, donc j'ai inclus le temps Excellent

Loïc Entre le Quentin qui a pris le départ de Whitehorse sur son packraft tout neuf et le Quentin qui arrive à Nunam Iqua quasiment deux mois plus tard tu dirais qu'il y a eu quoi comme changement et comme apprentissage ?

Quentin Je pense que le Quentin qui arrive à Nunamikwa il aurait pas reconnu le Quentin du départ et inversement quoi. Déjà physiquement je suis arrivé avec une énorme barbe un visage couvert de charbon, de crasse, de sang et de tout ce que tu veux, 7 kilos en moins des côtes saillantes un corps sanguinolant de tous les côtés et des vêtements tout déchirés et couverts de saleté je pense que je me serais pas reconnu. et mentalement je pense que ça m'a beaucoup fait évoluer notamment côté humain je pense si je venais dans cette aventure c'était pour plonger dans la nature c'était pour cette nature magnifique c'était pour les rencontres avec les animaux c'était pour fuir l'humanité l'humanité qui avait tendance à m'effrayer et en fait sur ce fleuve j'ai rencontré des gens, j'ai rencontré des humains et ça a fait totalement évoluer ma façon de penser et mon approche de l'environnement qui m'entoure, de l'approche de ma propre espèce. J'ai toujours eu tendance à penser l'homme capable du pire, et c'est vrai, il est capable du pire, mais j'ai aussi appris qu'il était capable du meilleur. Désormais, j'ai beaucoup plus envie d'aller rencontrer les gens. Je pense que tout le monde a une histoire incroyable à raconter. J'ai envie de connaître l'histoire de tout le monde, et c'est l'une des principales choses qui a changé chez moi avec cette aventure. c'est cette envie de connaître l'humain et au delà de ça je pense que j'ai énormément gagné en confiance en moi avec cette aventure j'ai découvert des choses dont j'étais capable dont j'aurais pas pensé et ça m'a encore plus confirmé ma soif d'aventure et mon envie de vivre tout un tas d'autres XP

Loïc excellent t'as des XP à venir d'ailleurs en parlant de la suite

Quentin c'est peut-être un peu tôt pour dire quelle sera la prochaine XP il y en a des tas qui sont en réflexion il y en a notamment deux sur lesquelles je travaille activement ce que je peux dire c'est qu'il y en aura une polaire qui va voir le jour une XP polaire qui arrivera certainement d'ici deux ans pas avant parce que ça nécessite énormément d'entraînement je m'en suis rendu compte et une logistique bien plus importante financièrement ça me coûtait beaucoup plus cher aussi donc il va falloir un peu plus de temps pour la préparer encore et puis certainement une expédition côté africain a priori en Afrique de l'Ouest que j'aurais aimé qu'elle voit le jour au printemps prochain mais je pense que ça va être un petit peu reporté je suis un petit peu en discussion avec l'armée locale pour obtenir les droits, les accès ça prend du temps donc c'est un peu tôt pour dire exactement qu'est-ce que je vais faire et quand mais voilà, c'est un peu les prochains produits

Loïc mais il y a des choses à venir en tout cas excellent Fabuleux un immense merci Quentin pour ce récit c'était passionnant est-ce que tu as un mot de la fin pour conclure cet échange ?

Quentin Déjà merci à toi de m'avoir reçu c'était super de pouvoir discuter avec toi et puis si je peux conclure sur un truc c'est que cette aventure était extraordinaire mais que je suis quelqu'un de tout à fait ordinaire et que je pense que tout le monde peut vivre des trucs de fou aussi en se donnant la motivation et que ce que j'ai réussi à faire en Alaska, c'est un rêve que j'ai accompli et j'ai simplement envie de dire à tout le monde de croire en ces rêves et de se donner la motivation de les faire parce que je pense qu'on en est tous capables et que n'importe quelle personne ordinaire est capable d'accomplir des trucs extraordinaires et qu'il n'y a pas d'impossible. Croyons vos rêves.

Loïc Fabuleux, c'est la philosophie du podcast. Ça me va très bien de t'entendre dire ça. Merci beaucoup, Quentin, à nouveau. très bonne préparation pour tes prochaines expéditions et puis hâte d'en avoir le récit merci d'avoir écouté cet échange avec Quentin jusqu'au bout, s'il vous a plu n'hésitez pas à le partager à un maximum de personnes autour de vous, parlez également du podcast, parlez des frappés c'est une excellente manière de remercier tous ces invités exceptionnels qui viennent témoigner au micro du podcast je vous rappelle que si vous souhaitez soutenir financièrement cette fois-ci les frappés, c'est possible, via le site Tipeee, le lien est en description tipeee.com slash les-frappés chaque euro compte un immense merci à toutes celles et ceux qui ont déjà franchi le pas merci à toutes et à tous pour votre fidélité, je vous dis à la semaine prochaine pour un nouvel épisode ciao les frappés Sous-titrage ST' 501 Sous-titrage ST' 501

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