Les Frappés Les Frappés
Saison 4 EP·188 Montagne #secours en montagne #Chamonix #commando

29 octobre 2024

Immersion au coeur du PGHM avec Frédéric Souchon

Durée · 1h17 · Transcription disponible

Frédéric

Le récit

Dans le monde du secourisme, le PGHM occupe une place de prestige.

Les membres qui composent cette unité d'élite sont un peu les anges gardiens des amoureux de la montagne. Ils interviennent pour porter secours dans des conditions d’engagement total, le plus souvent à bord de leurs célèbres hélicoptères bleus et blancs, les choucas.

Frédéric Souchon fait partie du Peloton de Gendarmerie de Haute Montagne de Chamonix. Dans le milieu, c’est la crème de la crème. De sa rencontre sur un glacier avec un équipage du PGHM qui lui a fait prendre conscience que c’était la voie qu’il voulait suivre, jusqu’aux interventions les plus marquantes qu’il a mené, il nous livre un superbe témoignage sur la vie intense et exigeante du secours en montagne.

Excellente écoute à vous !

🎙 Les épisodes qui pourraient vous intéresser :
👉 Épisode #102 - 30 ans de secourisme en montagne avec Pascal Sancho
👉 Épisode #40 - S'engouffrer dans l'inconnu et affronter le danger avec Louis Saillans (Forces Spéciales)

Vous pouvez suivre Frédéric ici ⬇️
📸 Instagram
📹 YouTube



Pour soutenir Les Frappés 👇🏼
❤️ Deviens Tipeur sur Tipeee (fr.tipeee.com/les-frappes)
✅ Follow le podcast sur ta plateforme d'écoute
🙂 Parle du podcast autour de toi et partage cet épisode
⭐️ Laisse une note et un commentaire sur Apple Podcasts ou Spotify
💌 Abonne-toi à la newsletter

Pour suivre Les Frappés sur les réseaux 👇🏼
📸 Instagram
💼 LinkedIn
📹 YouTube
🌏 Site internet

Des suggestions ou envie de partager votre avis ? Envoie-moi un email.

Transcription

Lire la transcription intégrale

Frédéric Les vrais questions sont de dire jusqu'où on est prêt à aller, sachant que notre vie vaut autant que celle de la personne que je vais chercher. Et ça c'est très compliqué, c'est l'humain. C'est une décision qui est prise à l'instant T avec les conditions qu'il y a à l'instant T, l'état d'esprit des gens à l'instant T. Ce qui a été dur pour moi, c'est de prendre en pleine figure un peu la détresse des gens.

Loïc Hello Hello, vous écoutez Les Frappés, le podcast de celles et ceux qui se dépassent. Je suis votre hôte Loïc, ancien sportif de haut niveau en judo, coach, préparateur mental et amoureux d'activités outdoor en tout genre. Ma conviction, c'est qu'on a tous une petite étincelle de folie et d'audace, une version un peu frappée de nous-mêmes au potentiel exceptionnel qui sommeille en nous. J'ai créé ce podcast pour vous faire découvrir des femmes et des hommes qui ont osé le réveiller. Mes invités sont des athlètes de tous niveaux, des aventuriers professionnels, des voyages aux eaux longs cours, des entrepreneuses ou encore des militaires, des forces spéciales. Leurs témoignages au micro du podcast sont de puissantes invitations à passer à l'action. Attention, une écoute régulière peut entraîner des changements positifs irrévocables dans vos vies.

Frédéric Dans le monde du secourisme, le PGHM occupe une place de prestige. Les membres qui composent cette unité d'élite sont un peu les anges gardiens de tous les amoureux de la montagne. Ils interviennent pour porter secours dans des conditions d'engagement totales, le plus souvent à bord de leurs célèbres hélicoptères bleu et blanc, les Choukas. Frédéric fait partie du peloton de gendarmerie de haute montagne de Chamonix. Dans le milieu, c'est la crème de la crème. De sa rencontre sur un glacier avec un équipage du PGHM qui lui a fait prendre conscience que c'était la voie qu'il voulait suivre, jusqu'aux interventions les plus marquantes qu'il a menées, il nous livre un superbe témoignage sur la vie intense mais exigeante du secours en montagne. Excellente écoute à vous. Super ! Bienvenue Fred sur le podcast. Ravi de te recevoir au micro des frappés. Et puis impatient qu'on échange sur ton parcours, sur ce que tu fais aujourd'hui. C'est la première fois que j'ai quelqu'un du PGHM, donc je suis vraiment, vraiment, vraiment ravi. Merci encore. Salut Loïc. Merci, merci de m'avoir invité. Fred, du coup, ce que je te propose, c'est tout simplement de commencer dans les grandes lignes par ton parcours. Comment est-ce qu'on en arrive à devenir membre d'un équipage du PGHM ? Eh bien, écoute, c'est une longue histoire, en fait, pour moi. Pour entrer au PGHM, il faut déjà être gendarme parce que le PGHM, c'est le peloton de gendarmerie de haute montagne. Donc, c'est les unités de secours en montagne de la gendarmerie. Donc, pour entrer en PGHM, il faut déjà passer par le cursus de la gendarmerie. Donc, un test d'entrée en école, un examen, un concours. Et ensuite, suivant les années, on part sur une formation entre 8 et 12 mois pour être gendarme. À l'issue de cette formation, on a un classement et on peut passer au cours de l'année des tests pour tester nos capacités, on va dire, techniques en montagne, en escalade, en ski de rando, en alpinisme. Et à l'issue de ces tests, eh bien, on va intégrer ou pas une unité de secours en montagne.

Loïc Ok.

Frédéric Et donc, ces tests, j'ai jamais eu l'occasion vraiment d'échanger sur le niveau d'exigence de ces tests avec quelqu'un. Par rapport aux guides, est-ce que c'est à peu près équivalent en termes de liste de courses, de technicité des courses, etc. Est-ce que tu dois préparer pour devenir guide des hautes montagnes ? Alors, tout à fait. Le test d'entrée en PGHM se rapproche des tests d'entrée de l'aspirant guide. Ok. La nuance près, c'est sur la liste de course qui est moins exigeante en PGHM. Il y a une liste de course qui est demandée. Elle est moins exhaustive que celle de l'aspirant guide. En tout cas, les tests d'entrée, une fois que tu présentes ces tests, eh bien, ils sont quasi similaires aux tests d'entrée du cursus aspirant guide. D'accord. Oui, donc, c'est pas le fait de rentrer en gendarmerie puis de se présenter pour la sélection PGHM. C'est pas… Généralement, j'imagine que c'est des gens qui savent exactement… Enfin, qui ont cet objectif en tête. C'est pas quelque chose qu'on tente comme ça pour voir si ça nous plaît du fait de l'exigence de la sélection. Je suppose que les gens qui y vont, ils savent pourquoi ils y vont. Oui, tout à fait. Déjà, tu mets plus de chance de ton côté quand tu arrives avec cette idée-là. C'est-à-dire que tu arrives en disant « Moi, ce que je vais faire, c'est rentrer en PGHM. » Alors, à nuancer que toutefois, tu peux profiter des stages, on va dire, de montagne en gendarmerie. Alors, je parle des stages de montagne. Pas de secours, mais de montagne, c'est-à-dire d'évoluer à ski, en escalade, de se déplacer en montagne. Et ça, tu peux le faire sans avoir forcément à la sortie une affectation au PGHM. C'est-à-dire que des personnels gendarmerie qui sont spécialisés dans certaines unités de brigade montagne, on va dire, dont Chamonix fait partie. On a une brigade de gendarmerie à Chamonix. Dans toutes ces régions, on s'envoie en Isère, des régions montagneuses dans la France. On a besoin de gendarmes qui ont la technicité de se déplacer en montagne. Alors, c'est sur l'escalade, en ski randon. Et c'est des unités sur lesquelles on va s'appuyer, nous, PGHM, après, pour employer ces personnes-là, en cas de recherche ou de demande de personnel en plus. D'accord. Du coup, tu peux quand même avoir cette approche de la montagne et dire, je stoppe là, je ne vais pas plus loin, je ne vais pas présenter les plaisanteries en PGHM. C'est possible quand même. D'accord. Mais donc, vous, ça veut dire qu'au PGHM, vous avez une sorte de réserve au sein de la gendarmerie que vous pouvez mobiliser, qui n'a pas vos compétences exactement, mais qui est capable de vous assister en montagne sur certains secours. Tout à fait. Nous, on a des brigades sur lesquelles s'appuyer pour les secours qui demandent beaucoup de personnel. D'accord. Un petit peu recherche avalanche. Recherche en avalanche, on va dire, d'ampleur, qui manque beaucoup de personnes. Donc, on va travailler en inter-service. Mais on a, nous, cette ressource en gendarmerie de personnel qui peut nous accompagner dans ces recherches, que ce soit sur des avalanches, comme on disait, ou par exemple, sur des recherches, on va dire, en forêt, sur des personnes égarées ou ce qu'on entend régulièrement, le terme de battue. D'accord. Ok. Sachant que, petite précision, et tu me dis si je me trompe, mais tout le monde connaît le PGHM. Enfin, j'imagine que les gens qui ont entendu parler du PGHM l'associent à Chamonix. Parce que si je ne me trompe pas, à Chamonix, il n'y a que le PGHM qui intervient sur le secours en montagne. En revanche, il n'y a pas que le PGHM de Chamonix. Il y a des PGHM dans d'autres massifs où, par contre, vous n'avez pas forcément l'exclusivité de l'intervention. Il y a aussi des unités de CRS, voire de pompiers. C'est ça ? Oui, tu as tout à fait raison de le souligner. À Chamonix, effectivement, dans le massif du Mont-Blanc, le secours est exclusivement réservé, on va dire, exercé par les secours du PGHM, de la gendarmerie, donc à Chamonix. Ce qui n'est pas le cas dans tous les départements. On a plusieurs systèmes qui fonctionnent, c'est-à-dire des systèmes où on a des gendarmes et des pompiers dans la helico. C'est-à-dire qu'on aura un gendarmerie à pompiers, donc ça s'appelle de l'alternance. C'est ce qui se passe, par exemple, pour nos camarades au PGHM à Annecy, sur les départements de Savoie, mais on a ce modèle-là dans d'autres départements. Ensuite, on a des CRS qui fonctionnent, alors eux, plutôt en alternance. On se reprend nos collègues de Bruyanson, pour les cités, qui vont travailler une semaine. On aura la permanence qui sera faite par les CRS de Bruyanson et une semaine par les gendarmes du PGHM. Oui. On a environ trois gros systèmes de fonctionnement en France. Et après, tout ce qui est systèmes, on va dire tous les dispositifs un peu amateurs avec des bénévoles. Ok, d'accord. D'ailleurs, pour celles et ceux qui voudraient creuser le sujet, je vous invite à aller écouter l'épisode, le lien est en description, que j'ai fait avec Pascal Sancho, qui lui était CRS et dans les équipes de secours en montagne des Pyrénées, et qui a passé 30 ans. C'était un épisode absolument passionnant. Donc, allez l'écouter, comme ça vous aurez la version aussi police. Fabuleux. Ben écoute, merci Fred pour ces explications sur ce qu'est le PGHM. Toi, à titre personnel, à quel moment est-ce que tu as découvert son existence et comment est-ce que tu en es arrivé à te dire « c'est ça que je veux faire ». Eh bien, j'ai découvert, je pense, comme pas mal de monde en montagne, à la vue d'un hélico, simplement sur un glacier. Je pratiquais déjà l'escalade et l'alpinisme. Et au cours d'une sortie en haute montagne, c'était un sommet qui s'appelle Les Courtes, en massif du Mont-Blanc, un sommet à presque 1 000 mètres d'habitude. Donc, en montant sur ce sommet, on a été approché par l'hélicoptère du PGHM, qui s'est posé à nos côtés, on va dire, sur le glacier. Et ce n'était pas directement pour nous, pour un secours, mais en fait, ils avaient donné l'information de savoir ce qui était devenu une cordée qui avait été censée emprunter le même itinéraire que nous sur ce glacier. Donc, c'était vraiment une recherche de témoignages. Donc, ils se sont posés à côté de nous. Ça fait un peu bizarre. On les a vus débarquer avec, je me souviens toujours, la tête du secouriste qui est débarqué en tenue bleue et qui est venu nous voir, nous dire, alors, est-ce que vous avez vu quelqu'un de cette description-là qui serait passée avec vous avant ou voilà ? Est-ce que vous l'auriez croisé ? Donc nous, ben non, on n'avait pas croisé cette personne. Mais du coup, ça a été très bref. Enfin, le secouriste est remonté dans l'hélico, hop, il sort parti. Et puis voilà, tu évolues dans un milieu, on va dire, glacière où il y a vraiment ton compagnon de cordée. Puis sinon, le silence et cet hélico qui était venu comme ça, sorti nulle part, se poser à côté de nous avec un secouriste qui est sauté au milieu du glacier. On avait trouvé ça complètement fou. Je disais, ah ouais, non, mais ça, c'est… Je veux faire ça, c'est sûr. Voilà. Et donc là, tu avais quel âge à ce moment-là ? Et là, je devais avoir 19 ans. Ok. Donc là, tu n'étais pas encore dans un cursus école de gendarmerie, etc. Et non, pas tout à fait. Ça allait très vite derrière parce que si tu veux, j'ai embrayé directement. J'ai parti des dernières années qui ont eu la chance de faire le service militaire. Et je m'étais dit, bah écoute, c'est l'occasion rêvée, je vais faire le service militaire. Je sais qu'il y a une possibilité de le faire en gendarmerie. Et donc, je suis parti dans la gendarmerie et j'ai sauté à pieds joints. Et j'ai sauté à pieds joints à l'occasion du service militaire. Et puis ensuite, j'ai embrayé, comme on l'a évoqué tout à l'heure, sur les tests d'entrée, le concours gendarmerie, l'école gendarmerie, les tests d'entrée en PGHM. Et je me suis retrouvé en 2005 au PGHM de Chamonix. Waouh ! Incroyable ! Sachant que PGHM de Chamonix, je suppose du fait du... D'ailleurs, j'aurais quelques questions par rapport à cette notion de prestige, mais j'allais dire du fait du prestige de l'antenne de Chamonix. Je suppose qu'elle est très demandée. Donc, c'est un peu comme tout concours. C'est selon ton classement. Tu peux demander à être affecté à Chamonix ? Et c'est exactement ça. En fait, il y a un certain nombre de places qu'on ne connaît pas au départ. On le sait plutôt actuellement, les gens qui passent les tests d'entrée en PGHM, ils postulent pour entrer en PGHM, ils ne savent pas où ils vont aller au moment où ils effectuent leurs tests. D'accord. Ça, c'est quelque chose qu'ils apprennent plutôt à la fin avec une personne qu'on appelle un gestionnaire qui gère les personnels et qui va dire, ok, donc là, on a les résultats du test, vous êtes cassé premier, deuxième, troisième et on a tel poste de disponible. Et effectivement, comme tout concours, c'est plutôt le premier qui choisit et puis le dernier, il pense qu'il reste comme on dit.

Loïc C'est plutôt comme ça.

Frédéric Mais je t'avoue que quand tu passes les tests, on va dire, que tu sois premier ou dernier, en fait, c'est tellement, c'est tellement de rentrer en PG que tu m'aurais dit, même si j'avais été dernier lors de mes tests, j'aurais été content, je pense. Le tout, c'était de rentrer parce qu'après, il y a toujours des systèmes pour évoluer, pour se déplacer. C'est comme les footballeurs, il y a des transferts possibles, on va dire, tu peux changer d'affectation en cours de route. Donc, ce n'est pas impossible que tu commences dans une unité puis que par la force des choses, tu viennes à Chamonix par la suite. D'accord. Ok. C'est pas exclu. Alors, avant qu'on rentre dans le vif du sujet avec la vie au sein du PGHM de Chamonix, moi, je serais curieux de savoir par rapport à ton parcours, si on remonte encore un peu plus en arrière, est-ce que tu venais d'une famille, toi, de montagnards ou de militaires, de gendarmes ? Ou c'est un univers que tu as vraiment découvert ? Non, c'est un univers. Enfin, pour la partie familiale, moi, je suis originaire du massif central. Donc, on a des montagnes, elles sont un petit peu plus plates, elles sont un peu plus vieilles aussi. C'est des massifs assez anciens. C'est là-bas que j'ai fait mes premières armes, que j'ai appris à skier, ne serait-ce qu'à randonner, parce qu'on ne le dit pas, mais au début, il faut encore un peu à randonner, toi. Oui. Se déplacer, monter sur des petits sommets, même qui ne soient pas très hauts, en dessous de 1500 mètres, on va dire. Il a fallu s'exercer, s'entraîner, et tout ça, j'ai eu la chance de le faire en Auvergne, de faire mes armes en escalade, en falaise, en ski. C'est là-bas que j'ai tout commencé. C'est un endroit où j'ai beaucoup de plaisir à revenir maintenant. C'est ce qui m'a permis aussi, après, de me rendre dans ces grands massifs alpins, on va dire. Excellent. Donc, disons que j'ai déjà une base, je n'ai pas des parents qui sont guides, comme certains, ou qui ont habité directement dans des grandes stations ou des grandes zones montagneuses, comme ici. Mais j'ai cette culture montagne de par mes parents qui, dès ma plus jeune enfance, nous amenaient l'été à la montagne, et les vacances familiales, c'était à la montagne l'été, et à la montagne l'hiver pour ce qui est de ce champ-là.

Loïc Ok.

Frédéric Excellent. La vie au PGHM, du coup, à quoi est-ce que… Alors déjà, avant qu'on parle de la vie au PGHM, est-ce que tu peux peut-être nous parler des résultats du concours, quand tu apprends que ta candidature pour le PGHM de Chamonix est acceptée ? Qu'est-ce qui se passe dans ta tête ? Et tes premiers jours, quand ça y est, tu arrives, cette image du secouriste qui se pose à côté de toi, alors que tu ne connaissais pas du tout… Enfin, tu étais très loin de cet univers, et finalement, là, c'est toi qui vas endosser cet uniforme et ce casque. Qu'est-ce que tu découvres une fois sur place ? C'est vrai que passer l'émotion des résultats… J'ai eu la chance d'avoir ce poste à Chamonix. Ça dépend des années aussi, il y a un peu de chance aussi là-dedans. Et les années, il y a des postes qui sont ouverts et d'autres qui ne le sont pas, comme un peu partout dans l'administration, dans ces grands services. Donc, il faut aussi un petit peu de chance. Mais en tout cas, pour ma part, j'ai eu la chance de choisir ce poste à Chamonix. Et oui, déjà, tu mets un peu de temps à te remettre. Sachant qu'à l'époque, quand j'ai passé moi les tests d'entrée, on avait les résultats tout de suite à l'issue des tests d'entrée. C'est-à-dire que tu sortais d'une semaine de 5 jours de tests, avec du ski dans le dos, des tests physiques où tu fais des journées interminables à marcher avec un sac de 10 kilos sur le dos, des épreuves d'escalade, avec des grosses chaussures à couvrir dans tous les sens. Enfin, c'est des semaines qui sont hyper intenses à te lever la nuit, à faire de la course orientation. Enfin, pourquoi c'est les meilleurs ? Et c'est vrai que tu es encore vraiment là-dedans. Tu te prépares depuis plusieurs années à cette semaine, cette fameuse grosse semaine. Et à l'issue, tu sors de cette semaine-là. Et puis nous, on avait la chance d'avoir l'affectation direct. Donc là, on m'a dit, il y a tel poste, tel poste, lequel tu choisis. Évidemment, j'ai choisi celui que j'avais toujours rêvé, celui de Chamonix. Et là, c'est un grand moment de joie. Au début, tu as un peu du mal à y croire parce que c'est quand même… Alors oui, il y a ce côté-là où tu penses, tu rêves de venir dans cette unité, mais il y a vraiment tout le travail qui est en amont. Et je veux dire, tu es autant heureux d'avoir réussi finalement à passer ces tests pour lesquels tu t'entraînes depuis de nombreuses années que le résultat en lui-même. Mais c'est vraiment un mélange de… Je garde encore en tête ce moment-là où on t'annonce que oui, tu vas t'affecter là où j'ai toujours rêvé être, tu vois. Donc, grandes émotions. Ça, j'ai mis plusieurs semaines à m'en remettre un petit peu. Je n'y croirais pas trop, je dois dire. Et puis, d'autant plus que comme tu le soulignais, moi, je partais un petit peu aussi loin d'une région. Je n'étais pas issu d'une génération de famille avec une génération de guides. Je n'ai pas vécu ici dans le milieu de la Haute-Lépanne comme certains peuvent être actuellement. Donc, c'est vrai que pour moi, c'était encore plus fort de me dire que je partais de mes petites montagnes d'Augherme. Et petit à petit, j'ai pu grimper des échelons jusqu'à arriver ici à Chamonix. Pour moi, c'était vraiment très, très chouette. Après, quand tu parles d'arrivée, c'est de pousser la porte vraiment. Le premier jour où j'ai poussé la porte du PGHM à Chamonix, c'était vraiment wow. Je crois que là, j'étais vraiment... C'était vraiment une drôle d'impression parce qu'on rentre avec tout ce que ça représente derrière. parce que comme ces choses-là, en fait, qu'on a tendance un petit peu à mettre sur des piédestals, au début, on rentre, on se sent vraiment tout petit. On rencontre des gens, des anciens. Et là, on se dit wow. Et tu le dis, finalement, une fois que tu rentres là, c'est encore que le début au vu de tout ce qui te restera après derrière. Et je pense qu'on l'évoquera. mais beaucoup d'humilité, beaucoup de... Très impressionné quand je suis rentré. C'est l'émo. Du coup, je suppose que la sélection, le concours ne suffit pas. J'imagine qu'après, il y a des formations ou en tout cas, que tu ne pars pas tout de suite sur des missions. Donc, comment ça se passe, on va dire, cette arrivée, tu vois, dans le groupe et cette prise en main des techniques du matériel, etc. Ça dure combien de temps, à peu près, ça ? Ça dure, on va dire, environ cinq ans, si on veut. Ah ouais. Alors, c'est vrai que toi, quand tu arrives, tu te dis, ça y est, j'ai... Mais non, en fait, on met vraiment le pied à l'étrier. Et on peut dire qu'un souris qui arrive à l'unité, en règle générale actuellement, je ne parle pas des profils où les gens ont déjà été formés dans des unités et qui viennent, comme tu te disais tout à l'heure, en seconde affectation, en troisième affectation. Non, on parle vraiment... Là, je te parle vraiment des jeunes qui vont sortir des tests d'ancrer en PGHM. Et bien, bien souvent, il va leur falloir du temps parce qu'il y a plusieurs cases à cocher. La première, ça va être effectivement de se perfectionner sur tout ce qui est technique de souris. Alors là, tu vas avoir vraiment des formations. Au centre de formation qui est délié à ça, donc le centre de formation des secouristes en montagne, en gendarmerie, il se situe à Chamonix. Donc, ça tombe bien. Pour une fois, ce n'est pas trop loin. Quand tu habites à Chamonix, c'est bien agréable par rapport à une camarade qui habitait dans les Pyrénées qui se tapait délié à l'intérieur. En tout cas, j'avais ce chance-là déjà d'être à côté. Donc là, tu enchaînes un cursus de presque deux années où tu vas alterner des formations en secourisme. Secourisme, alors après, c'est du secourisme général, du secourisme adapté en parois, sur le glacier, dans le milieu aquatique. En PGHM, on doit être capable d'intervenir dans tous les milieux, que ce soit de la verticale, de l'horizontale, du glacier ou de l'aquatique. Voilà, donc ça demande une somme de connaissances assez importante. Donc, cette formation, elle va se dérouler pendant plusieurs années au centre de formation, comme je le disais à Chamonix. Elle va te permettre de t'aguerrir aux techniques. Alors là, on parle vraiment de techniques de secours. Donc, c'est les manutes de cordes, c'est des manutes hélico, de treuillage, des choses comme ça, et des manutes de secourisme, comment on prend en charge une victime qui est traumatisée, qui a tapé la tête, qui a un problème à la colonne. Voilà, c'est vraiment de la technique. Donc là, tu as une somme de choses à apprendre pendant ces deux, trois années. Et en parallèle, tu as une formation, on va dire, de police judiciaire adaptée à la montagne. Je m'inscris, on est tous gendarmes. La différence, c'est que nous, on est secouristes, mais après le secours, on a aussi cette phase, on peut avoir cette phase d'enquête. Donc, elle nécessite d'avoir des connaissances, on va dire, juridiques et judiciaires. Donc, tous les secouristes seront menés à être officiers de police judiciaire, comme les collègues qui sont en brigade de gendarmerie traditionnelle. Donc, il va falloir ingurgiter un petit peu tout ça. Donc, ça, ça prend un à deux ans aussi, ce volet, on va dire, judiciaire, où là, tu apprends vraiment tout ce qui est texte de loi, le cas de pénal, le cas de l'environnement. On peut aussi intervenir sur des infractions liées à l'environnement. Donc, voilà, tu as vraiment ce volet judiciaire qui est assez conséquent, qui est aussi important, en fait, que le reste, parce que notre métier, comme je le disais, c'est secouriste. Mais aussi, on est là pour constater s'il y a eu des manquements à la réglementation, si un professionnel est mis en cause. Voilà, donc, l'enquêteur, nous, on se retrouve, en fait, les gendarmes enquêteurs et nous sommes les yeux, on va dire, du procureur. Donc, c'est celui qui chapeaute tout ça au niveau institution. C'est le procureur de la République qui, lui, n'a pas la spécialité et la compétence en montagne. Donc, il compte sur nous et sur notre regard de gendarmes et de secouristes en montagne pour définir si, parfois, il y a eu des manquements, des fois, des responsabilités à engager sur les pratiquants ou les professionnels. Donc, ce volet juridique et judiciaire, il est très important. Les jeunes qui rentrent chez nous, ils doivent aussi bien réussir, que ce soit de la technique, comme je te disais, mettre ses crampons, se retrouver pendu à un hélico ou en paroi, au fond de une crevasse, mais à la fois aussi être capable de bien comprendre un peu toute la réglementation et puis pouvoir ouvrir les yeux sur un sourd. Ça, c'est la deuxième partie. Puis enfin, il y a une troisième partie, c'est les diplômes civils. Alors, les diplômes civils, qu'est-ce que c'est ? C'est, par exemple, le diplôme de l'île de haute montagne, le diplôme de moniteur de ski, par exemple, le diplôme de pisteur secouriste. Ça, c'est des diplômes qu'on nous demande d'acquérir au cours de notre carrière.

Loïc D'accord.

Frédéric C'est des diplômes civils. Si on parle du cursus de l'île de haute montagne, on va dire qu'il faut environ 4 ans. Alors, moi, c'était plutôt 5, mais maintenant, on va dire environ 4 ans. Et en réussissant tous ces stages du premier coup, il faut 4 ans. Donc, si tu veux, le jeune qui va rentrer chez nous, il a quand même pas mal de choses à faire, on va dire. Alors, c'est des périodes de stage qui ne sont pas en continu. Donc, le secouriste va revenir à l'unité, va pouvoir appliquer un peu ce qu'il a appris. Voilà. Nous, il sera employé en tant que stagiaire, on va dire. Mais je sais trouver un peu des mots. Mais c'est un secouriste qui pourrait être employé en tant que secouriste, mais il sera forcément chapeauté par un autre qui sera là pour l'épauler, l'aiguiller, l'assister.

Loïc D'accord.

Frédéric C'est comme ça que ça va se passer sur les premières années. Et en fait, on aime bien dire qu'en gros, on va dire qu'un secouriste, pour qu'il soit employé avec toutes ses compétences, il nous faut bien 4, 5 années pour sortir un secouriste prêt à l'emploi, comme on dit. C'est beaucoup plus intense que ce que je pensais. Je n'avais pas du tout en tête le volet, l'aspect légal, judiciaire, juridique. Oui. Et pour les diplômes civiques, du coup, c'est une obligation. C'est-à-dire que tous les gendarmes des PGHM sont aussi guides de haute montagne. Alors, ce n'est pas une obligation. C'est fortement conseillé. En tout cas, à Chamonix, tout le personnel est qualifié de cette sorte. Voilà, c'est aussi ce qui te donne le crédit sur le terrain quand tu vas intervenir auprès des professions, comme des monétaires ou des guides. Tu es à même de les comprendre quelque part. C'est-à-dire que toi, tu arrives avec ton regard. Effectivement, nous, on est là pour le secours. La première chose, c'est le secours. C'est toujours comme ça que ça se passe. On est là pour aider ou sauver des gens. Mais après, cette partie connaissance du métier de l'autre, elle est importante. Parce que nous, on est confronté à des gens qui vont travailler, par exemple, avec des clients, des moniteurs-ski, avec aussi des clients en ski. Des exploitants de réaugmenter mécanique qui vont avoir des employés qui vont se déplacer sur des cadres. Peut-être qu'ils vont avoir un incident, un souci. Tu vois, c'est tout ce micro-cause de la montagne, de la moyenne montagne et de l'autre montagne. Les gardiens de refuge. Il y a tous ces métiers qui gravitent autour de la montagne. Nous, on doit être à même de les connaître au mieux. Et c'est vrai que pour les connaître au mieux, quoi de mieux que d'avoir leur formation quelque part, je veux dire. Donc, quand les gens y peuvent, c'est vrai qu'ils sont, l'institution, nous, on demande aux gens ce qu'ils présentent, ces formations. Alors, tu peux les réussir ou pas, mais en tout cas, c'est le premier objectif des jeunes qui arrivent chez nous à Chez la Monie, c'est d'aller au diplôme, comme on dit. D'accord. Sachant que la durée typique des contrats en gendarmerie, c'est combien d'années ? Alors, nous, il n'y a pas de contrat, on va dire, comme tu l'entends. C'est-à-dire que quand tu passes les tels d'entrée, tu rentres en gendarmerie. Et comme tout gendarme, en fait, tant que tu passes des aptitudes médicales et que tu fais ton travail, tu restes, on va dire, quand tu veux.

Loïc D'accord, ok.

Frédéric Parce que j'ai eu régulièrement des militaires, pour la majorité, des anciens efforts spéciales, où il y a cette notion de contrat. Alors, je crois que c'est 5 ans, il me semble. 5 ans, oui. C'est ça. Nous, il n'y a pas ce format de contrat. Les gens sont de carrière, donc ils sont gendarmes, après ils sont militaires de carrière, gendarmes de carrière. Et à ce titre-là, il y a toute leur carrière qui peut se dérouler. Du moment où tu remplisses les conditions. D'accord, ok. Parce que je pensais à ça par rapport à la durée de la formation, qui est quand même 5 ans pour former quelqu'un, pour qu'il soit 100% opérationnel au max de son potentiel. C'est quand même super long et j'imagine très, très onéreux. Ok. Oui, c'est pour ça que c'est aussi très, très spécifique. C'est-à-dire que, comme je te le disais, le jeune qui va rentrer va commencer par l'école de gendarmerie. Après, il va commencer à présenter ses tests un peu d'entrée. Et s'il est réussi, effectivement, c'est quelqu'un qui, après, dans sa carrière, secouriste en haute montagne, il est là secouriste en haute montagne. Tu vois ce que je veux dire ?

Loïc Oui, oui.

Frédéric C'est quelqu'un qui est hyper spécialisé. Donc, comme dans tout le monde, beaucoup de métiers de la gendarmerie, où il demande des compétences un peu particulières. Et dès qu'on spécialise, on est parti sur sa carrière à faire ça, en fait.

Loïc D'accord. Ok.

Frédéric Très bien. Oui, donc une entrée en matière qui est quand même un peu plus longue que ce que j'avais imaginé. 4-5 ans de formation, ça doit être… Puis, en réalité, j'imagine que les formations, c'est du non-stop. Une fois que tu as passé les 5 ans, que tu es 100% opérationnel, en réalité, il y a tout le temps, je suppose, des recyclages, des mises à jour, des procédures, etc. Oui, tout à fait. En fait, on ne dit pas un jour, tu as un diplôme. Et puis après, c'est trop facile de dire, là, maintenant, pendant 20 ans, il n'y a plus rien. Non, et puis, c'est un métier. On l'évoquera après. Tu ne peux pas te permettre d'être à la traîne ou d'être en retard, que ce soit au niveau technique. C'est-à-dire que c'est comme partout. Il y a des techniques qui évoluent, qui changent. C'est comme dans le numérique, j'ai envie de dire. Il y a des choses qui changent, qui évoluent, des nouvelles choses. Et ça, il faut se tenir au bout du jour. Et pour ce faire, soit toi, déjà, tu as le caractère à aller fouiner et puis à t'enseigner auprès des jeunes recrues. Parce que c'est assez agréable aussi pour ça. C'est que tous ces jeunes qui rentrent en PGHM, une fois formés, on sait qu'ils ont le dernier discours, la dernière, on va dire, la dernière update, que ce soit en Alpi, sur les techniques ou en secourisme. Donc, on peut se renseigner auprès d'eux. Puis après, oui, comme tu le dis, on a des stages de recyclage, que ce soit sur le secourisme, sur le guide d'Haute-Montagne. On a régulièrement des items de formation qui sont quand même moins conséquents qu'au début, quand tu arrives. Quand tu arrives, tu as un peu l'impression de prendre de la foudre. Tu te dis, waouh, il y a quand même tout ça à faire encore. Tu sais que tu es haute-yé, mais bon, voilà. Un peu en alternance, on va dire, au début. Mais c'est chouette. C'est vraiment des chouettes années où tu as des… On va dire que bien souvent, les gens qui rentrent en PGHM, c'est des petites promotions. Cette année, par exemple, ils sont 12 ou 13. C'est des petites promotions qui se suivent et qui vont faire tout leur cursus ensemble. Et ça, humainement, c'est vraiment chouette parce que tu te suis avec des gens et tu te revois à certaines échéances. Et puis, tu peux échanger, dire, toi, ça se passe comment dans ton unité ? Dans ton unité parce que forcément, au milieu, tu en auras qui seront dans les Pyrénées, d'autres qui seront dans les Alpes, d'autres qui vont être peut-être en Corse. Et tu vas pouvoir échanger un petit peu avec ces gens qui seront un peu tes références au final parce que tu as commencé avec eux et tu évolueras dans ta carrière avec eux. Ah, quand tu dis un peu plus d'une dizaine de personnes, c'est pour toutes les antennes PGHM ? Oui. Ah ouais, d'accord. C'est pas beaucoup, sachant que nous, on est vraiment une petite partie du volume national de personnel en gendarmerie.

Loïc Oui.

Frédéric On a environ 300 personnes en PGHM.

Loïc C'est pas énorme.

Frédéric C'est pas beaucoup, c'est une petite goutte d'eau dans le volume de la masse de la gendarmerie, oui. Ok. Ah, tu vois, j'avais pas du tout cet ordre d'échelle en tête. Je pensais que c'était beaucoup plus nombreux. Non, on n'est pas très nombreux. Il y a, on va dire, une vingtaine d'unités et la plus grosse unité, c'est à Chamonix, où on est quasiment, on va dire, 40 personnels. Mais très vite, tu vas te retrouver sur des unités où on va tomber sur 20, 25 personnes et puis la plupart des unités, c'est 12 personnes.

Loïc Ah ouais, wow.

Frédéric Donc, tout ça pour dire qu'on n'est pas très nombreux et que par le jeu des mutations, c'est-à-dire que si tu veux, tu as l'opportunité de pouvoir te déplacer, d'aller de l'unité à l'autre, de dire, bah là, je vais faire quatre ans là. Donc, pour ta carrière, tu peux être amené à bouger. Déjà, si tu as envie d'aller voir ailleurs comment ça se passe, rien ne t'empêche. Tous les ans, il y a des places qui sont disponibles. On dit, bah voilà, est-ce que tu veux bouger ? Ok, il y a une place disponible dans les Pyrénées, à Pierre-Fid, par exemple. Bah, vas-y, tu peux y aller, tu postules avec d'autres et puis peut-être que tu vas te retenu pour aller là-bas. Donc, ça te permet d'échanger, d'aller voir comment ça se passe dans d'autres massifs.

Loïc Excellent.

Frédéric Chose que je n'ai pas faite, alors je ne suis pas le bon exemple.

Loïc Eh bien, Chamonix.

Frédéric Tout à fait. Mais en tout cas, voilà, c'est un petit microcosme de secours en montagne. Et je dirais même plus avec nos camarades qui sont à pompier ou au CRS, c'est pareil, on se connaît un petit peu comme ça. Au niveau national, en secours en montagne, on va dire en PGHM, on arrive à peu près à voir qui est qui. Ok. Bien. Les missions, puisque je pense que tout le monde voit à peu près ce que fait le PGHM, où tout le monde a déjà vu des images du PGHM, l'hélico, ce fameux hélico bleu. Tout le monde a rnaché en mode tenue, presque tenue de combat. C'est quand même un univers militaire, donc avec de l'équipement aussi exigeant, je pense, que ce qu'on peut retrouver dans d'autres unités de l'armée. Est-ce que tu pourrais peut-être nous raconter ta première mission vraiment la plus marquante ? Parce que je suppose que vous sortez énormément, donc il y a peut-être des missions qui sont avec des enjeux peut-être un peu moins importants ou qui laissent moins de traces. Donc c'est pour ça que je ne te pose pas une question par rapport à ta première mission, mais plus par rapport à celle qui t'a vraiment marqué en premier. Oui, tu as raison de se souvenir. En fait, il y a ce qu'on voit de l'extérieur, ce que toi tu vois, ce que les gens voient, un peu ce côté un petit peu extraordinaire. Et bien souvent, ce n'est pas forcément les secours les plus impressionnants, on va dire, des vues de l'extérieur qui sont les plus marquants pour les secouristes, pas pour nous. Je pense que c'est vrai qu'il y a des choses qui, de l'extérieur, semblent vraiment impressionnantes. Quand tu arrives en pleine paroi avec un hélico, tu es pendu au bout de ton petit câble, à 90 mètres de hauteur, c'est le maximum entre parenthèses du câble, c'est pour ça que je dis 90 mètres, mais souvent ça peut être 10, 15 mètres. On va dire que 90 mètres, quand tu es pendu au bout de cet hélico, et que tu arrives dans une paroi, au début, c'est vraiment impressionnant. Le système, il est fait qu'en fait, au début, quand tu es jeune secouriste, comme je te disais, on va dire qu'une fois que tu es à peu près tout équipé, bardé de tous tes diplômes, divers et variés, comme on l'a évoqué, tu ne te retrouves quand même pas tout seul dans cet hélico. Au début, tu te retrouves avec quelqu'un qui est un peu, comme on va dire un parrain, un grand frère, qui est là pour t'aiguiller, et puis de toute façon qui endosse le rôle de chef. On appelle ça un chef de caravane, c'est un peu bizarre comme terme, chef de caravane, c'est celui qui va convivre l'opération de secours, que ce soit deux personnes, comme bien souvent, on évoquera, mais nous, dans l'hélicoptère à Chamonix, ici, on travaille avec toujours deux secouristes et un médecin dans l'hélico, et du coup, on a des opérations pour le quotidien, pour quelqu'un qui sera, à l'empré une entorse sur un sentier, qui sera perdu en montagne, qui sera peut-être malade, je veux dire, tu peux être malade en bas dans les vallées, mais ça peut arriver en montagne avec du mal de tête, ce qu'on appelle le mal élevé des montagnes. Voilà, toutes ces opérations-là, on va dire qu'elles consomment peu de personnel, et qu'avec un hélico, avec deux secouristes et un médecin, on fait à peu près le quotidien des interventions. Mais certaines interventions, on va être beaucoup plus nombreuses, on évoquait tout à l'heure des crevasses, des avalanches, qui vont vite nécessiter du monde pour rechercher, et peut-être même d'autres services, et peut-être même des pisteurs, plein de gens autour. Donc là, il va falloir avoir une compétence de chef d'opération, et de chapeauter tout ça. C'est pour ça que je te disais, il y a toujours un chef d'opération dans ce binôme, et qui lui, et en même, est capable de chapeauter des opérations d'ampleur. Parce que le matin, tu arrives à la DZ, au pied des hélicos, tu ne sais pas ce qui va t'arriver. C'est un peu aussi un des trucs qui est vraiment chouette dans ce métier, c'est qu'il n'y a pas de routine. C'est-à-dire que tu arrives le matin, autant tu ne vas rien faire. C'est assez rare, mais ça peut arriver. Et autant, il y a des fois, tu vas te faire 10-15 secours, ça peut arriver. Donc en fait, ne sachant pas sur quoi tu vas partir, nous, derrière, il faut qu'on soit, entre guillemets, on dit armé, il faut qu'on soit prêt à intervenir, surtout que ce soit, comme on le disait, de la petite enfance, jusqu'à la grosse avalanche d'ampleur, comme on l'entend par exemple dans les médias, c'est souvent celle qui marque un peu les gens. Et ces opérations-là, il faut qu'elles soient chapeautées par des gens qui ont la compétence. Donc dans ces équipes, tu n'es jamais tout seul, pour en revenir à notre sujet, c'est que toi, jeune secouriste, tu n'es jamais seul. Et bien souvent, les secours que tu vas faire un peu, ton collègue va te laisser faire, c'est des secours où il pense que tu es capable de faire, mais c'est rarement des trucs trop compliqués au début de ta carrière. Donc au début, j'ai des souvenirs de secours, ce n'était pas forcément les plus impressionnants, comme on disait, pendus au bout d'un câble en pleine paroi, mais des personnes qui avaient vraiment besoin de secours et qui pleuraient et qui étaient dans un état de panique absolu sur un sentier pour tituer la Seine, en montant vers le refuge, qui s'appelle le refuge Albert 1er, c'est un petit refuge en haute montagne. Et là, je suis tombé sur une famille qui était en panique totale. Et moi, j'étais préparé, on va dire, techniquement, ce n'était pas ce qui me posait le problème sur ce cours-là. Et ce qui a été dur pour moi, c'est de prendre, on va dire, en pleine figure, un peu la détresse des gens, tu vois. La détresse des gens, et là, en l'occurrence, c'était des gens qui pensaient qu'ils allaient mourir là, alors qu'en fait, non, ils n'allaient pas mourir là parce qu'on allait les aider, que ça allait bien se passer. Et bien ça, c'est un discours qui m'a marqué, alors qu'il n'avait pas une consonance technique extrême ou tout ce qu'on peut imaginer dans le plus extravagant. Mais d'avoir à gérer, ne serait-ce que cette partie émotionnelle, ce stress chez les gens qui, au final, leur faisaient faire n'importe quoi, ça, c'était un souvenir assez fort. Comment tu gères ça, du coup, quand, en face de toi, tu as de l'humain qui ne répond plus de manière rationnelle, qui est complètement paniqué, qui en perd de moyens ? C'est souvent quelque chose où, quand on peut, on va se poser à côté des gens, on va essayer déjà de les ramener au calme, bien souvent avec des choses concrètes, en leur disant, vous voyez, je suis debout, on ne va pas tomber plus bas. Souvent, des gens sont paniqués parce qu'ils ont des passages techniques, ils ont peur de tomber ou ils sont accrochés par les mains. Pour citer cet exemple de la randonnée, on peut le retrouver en escalade ou partout. C'est des gens qui, déjà, vont te ramener à calmer. Et bien souvent, le calmer, c'est que, déjà, nous, il faudra déjà qu'on soit calme. Donc, quand tu arrives, que tu es projeté dans ces terrains-là, ce n'est pas toujours évident d'être calme. Parce que, comme je te disais, ça peut être quelqu'un sur un sentier, mais quelqu'un qui a pu se perdre et qui n'est plus sur un sentier ou qui est coincé, on appelle ça des embarrés, qui sont coincés dans des barrocheuses. C'est ce qui me vient à l'esprit tout de suite. Et donc, toi, tu évolues déjà dans un milieu où il faut que tu sois à l'aise. Parce que, sinon, si tu n'es pas à l'aise, tu ne peux pas aller passer la bonne parole aux gens. Donc, il y a déjà un petit peu tout ça qui compte. Et nous, qu'on soit un peu calme, zen, ça va déjà beaucoup dégonfler la situation. Parce que ces personnes-là qu'on va chercher, dans ce cas-là, ils sont souvent auto-alimentés par eux-mêmes ou par leurs accompagnants, en fait. Donc, bien souvent, ça se traite en calmant les gens, en discutant, en disant, voilà, on est là, il n'y a plus de problème, maintenant, on va trouver une solution. Ça se passe souvent comme ça et ça passe plutôt bien, on va dire. OK. Il y a rarement des cas où le médecin doit intervenir, pardon, ça n'a plus arrivé, ou que la personne, c'est plus que psychologique, c'est physique, et il faut peut-être une scénation du médecin, que le médecin intervienne pour lui mettre quelque chose qui va la calmer, la tranquilliser. Sinon, on ne va pas pouvoir, on va dire, peut-être la mobiliser, peut-être la faire monter dans l'hélico ou la déplacer. Ça peut arriver aussi, mais c'est plutôt rare. OK. Et à l'inverse, ça t'est arrivé de te retrouver dans des situations de secours où les personnes étaient, pour le coup, complètement tétanisées, c'est-à-dire incapables, à l'inverse, c'est-à-dire, il n'y a plus personne qui répond, les gens sont conscients, mais incapables de suivre tes instructions, ils attendent la mort. Oui, alors, ça, ça arrive, effectivement, ça arrive. C'est des gens qui sont, en plus, en stress dépassé, ils se retrouvent en état de choc, c'est un état de choc psychologique, tout simplement, parce qu'ils ont vu un accident, parce qu'ils sont retrouvés dans une situation, ouais, où ils ont vu qu'il y avait une passe, quelque part. Et c'est vrai que ça, c'est des situations où les gens, ils sont complètement prostrés, figés sur eux-mêmes. Et là, c'est peut-être ces cas-là, justement, où on va se faire assister avec le médecin pour trouver une solution médicale au problème, parce que, quelque part, nous, le problème, c'est qu'on se situe dans un milieu hostile, on intervient dans un milieu hostile et qui bouge en permanence, tu vois, on n'est pas sur un fond de vallée où tu peux prendre le temps. Nous, des fois, déjà, du fait qu'il y a peut-être d'autres interventions derrière, on ne peut pas avoir toujours le temps de passer une heure sur chaque secours. S'il faut, on le fera, mais ce que je veux dire, c'est un milieu où, des fois, il faut savoir aller vite pour sortir des dangers qu'il y a autour de toi, c'est-à-dire des chutes de glace qu'on appelle des séraques. Tu peux avoir une victime qui est coincée à un endroit où, finalement, elle n'est pas blessée, mais elle se retrouve de par sa position en position où elle peut le devenir parce que, on est sous un couloir avec des chutes de pierre, on est sous des risques de chutes de glace ou des risques d'avalanche ou des choses comme ça. Donc, il faut prendre en compte tout ça. C'est qu'on intervient dans un milieu qui est quand même assez hostile. Oui. Et puis, ne serait-ce que, par exemple, le carburant pour l'hélicoptère, c'est une notion que je n'avais pas du tout en tête et il y a deux choses qui m'avaient vraiment marqué dans un des deux livres de Pascal Sancho, le CRS que j'évoquais tout à l'heure. C'est les conditions, l'aérologie en montagne et les contraintes type carburant. c'est un truc tout bête mais ça revenait régulièrement en fait, le fait que c'est dans les missions qu'il racontait, l'autonomie d'hélicoptère, c'était quand même souvent un facteur un peu limitant. Ça et l'aérologie où il expliquait, l'exemple qui m'avait vraiment marqué, c'est qu'il expliquait qu'il y avait des pilotes d'hélicoptère vraiment aguerris, mais on va dire des pilotes de plaine, des gens qui avaient des centaines ou plus de mille heures de vols au compteur, donc qui étaient vraiment maîtrisants sur les engins et quand il débarquait en montagne où l'aérologie apparemment est complètement différente, en fait, c'était presque un redémarrage à zéro. Il expliquait qu'il avait vu des pilotes, encore une fois, 20 ans de carrière dans le civil derrière les mallettes d'un hélico, en transpiration absolue à un mètre d'une paroi à presque plus réussir à contrôler l'hélico. Alors qu'à côté, il y avait un gars, un instructeur qui lui faisait ça en lui parlant, limite, en regardant sur le côté, complètement détendu. Donc, il y a un certain nombre de facteurs à prendre en compte. Je viens de l'évoquer, ça, c'est des pilotes, c'est encore un autre domaine, c'est des gens, ils sont incroyables. C'est des pilotes du PGHM du coup ? Pardon, je te coupe, mais... En fait, on vit souvent les pilotes du PGHM, mais les hélicos en gendarmerie, si tu veux, c'est vraiment une unité à part, carrément.

Loïc OK.

Frédéric Et on va dire qu'ils ont une unité à Chamoli. D'accord. Donc nous, avec les hélicos, effectivement, on dit les hélicos du PGHM, parce que quand eux, ils sortent les hélicos, c'est pour aller en secours en montagne, donc l'amalgame est souvent fait.

Loïc Oui.

Frédéric Mais en tout cas, eux, c'est vraiment une unité à part. D'accord. N'empêche qu'on est avec eux tous les jours, comme tu dis, on travaille avec eux tous les jours. Et oui, ça, c'est un des maillons clés, on va dire. On parle des secouristes, mais sans hélicos, tu vois, on ne fait plus grand-chose ou alors beaucoup plus lentement et plus difficilement. Et ça, c'est un volet qu'on n'aborde pas souvent, mais on parle beaucoup du secours hélico, mais c'est vrai que ici, notamment à Chamonix, alors c'est un peu vrai de partout, mais ici, dans un massif avec de la haute altitude à plus de 4000 mètres d'altitude, on a quand même pas mal de cas chaque année, voire même chaque semaine, ça se passe l'été, où l'hélico ne peut pas intervenir ou alors qu'à moitié, c'est-à-dire qu'hélicoptère, comme tu l'as dit, on a des pilotes qui sont assez incroyables et si eux, ils nous disent ce qu'ils ne peuvent pas faire, c'est que vraiment, ils ne peuvent pas faire. Donc, ils vont nous proposer des solutions intermédiaires parfois, c'est-à-dire, on va monter peut-être jusqu'à 2000 mètres d'altitude et on vous posera tout ça avec votre matériel et bien déjà, nous, on aura toujours gagné les 1000 mètres de différence entre Chamonix et cet endroit-là. Donc, on va combiner des techniques comme ça, on va prendre des remontées mécaniques, on va essayer de trouver tous les systèmes pour gagner du temps mais beaucoup de fois, comme je te le disais, peut-être une fois par semaine pour l'été qu'on vient de passer, il va falloir y aller à pied ou l'hiver à ski et là, les secours, on se rend compte que du coup, c'est plus pareil. En plus de minutes, on parle d'heures, de journées et même des fois plus que de nuits. Mais bon, il va falloir quand même faire le secours quand on aura décidé d'y aller et par tous les moyens, on essaiera d'y aller donc ce sera plus ou moins long. L'hélico, c'est 98% des secours actuellement réalisés. C'est-à-dire, tout se fait en hélico quasi. Le reste, c'est à pied ou en véhicule mais voilà, c'est à la marge quand même. Mais bon, bien souvent, c'est les secours qui marquent le plus si c'est secours où on n'a pas l'hélico parce que c'est très engageant, c'est très exposant pour nous et c'est des secours qui laissent des traces parce que et où physiquement et où c'est des aventures où comme tu le devines, si l'hélico, il ne monte pas, c'est qu'il fait mauvais bien souvent et c'est des secours à fort dose émotionnelle on va dire. Je suppose, oui. Et donc là, quand vous partez à pied, c'est ça qu'on appelle les fameuses caravanes d'où le chef de caravane. C'est ça. Ça vient un peu de l'histoire du secours en montagne avec les caravanes de Vincent de Henri et ces secours-là ont marqué l'histoire de l'alpinisme un peu et du coup, le terme caravane il vient de là. Mais effectivement, ces secours, si c'était, on va dire, 50% des secours il y a 30 ans, maintenant, on a quand même inversé la tendance parce que les hélicos sont devenus de plus en plus performants. Les équipages aussi, on parle du pilote et du mécanicien, sachant qu'un hélico, il y a toujours deux personnes dedans. Il y a un pilote et un mécanicien de bord. Le mécanicien, c'est celui qui va gérer tous les paramètres avec le pilote, regarder l'environnement, les approches et c'est surtout celui qui va gérer le treuillage des personnels, c'est-à-dire la descente au câble parce que le pilote, lui, il pilote l'hélico, il est devant et il ne peut pas, on va dire, treuiller des secouristes. Donc ça, c'est vraiment le métier du mécanicien de bord qui est d'ailleurs mécanicien treuilliste. Lui, il va treuiller les secouristes. Donc en fait, c'est un binôme qui est indissociable. Et quand on part en hélico, en mission, de secours, on se retrouve donc avec ce pilote, ce mécanicien, les deux secouristes et le médecin. Ça, c'est le set, on va dire classique quand on part. C'est quand même... C'est incroyable parce que ça t'impose d'avoir... Nous, on a vraiment la chance d'avoir des pilotes qui sont vraiment incroyables. Le truc même, c'est qu'à la fin, on arrive à se dire... On banalise un peu ce qu'ils font, mais vraiment se dire qu'il y a... C'est deux trucs différents en fait. Il y a le head-pilote d'hélicoptère et head-pilote d'hélicoptère en haute montagne. Et là, tu rentres dans un truc où déjà, il se compte sur le... Il n'y a plus beaucoup de personnel qui sont capables de faire ça, des pilotes d'hélicoptère en haute montagne. Et après, on rajoute une petite briquette dans le mauvais temps ou dans des conditions dégradées avec du vent, des choses comme ça. Le mauvais temps, il n'est pas dans ce qu'on voit. Il peut faire grand ciel bleu mais avoir 90 km heure de vent. Et là, il faut que tu aies des pilotes hors normes pour arriver à placer les hélicoptères au bon endroit où nous, on ne s'en rend plus compte mais c'est vraiment des gens qui sont vraiment ultra performants dans leur domaine. Donc, tout dans l'hélicoptère, il va falloir... C'est vraiment un sport d'équipe. C'est comme dans un match, c'est comme dans une équipe de football un peu parce qu'il y a les secouristes mais toi, tu ne peux pas dire moi, je veux faire ci, je veux faire ça. Ça ne se passe pas comme ça. C'est-à-dire qu'il va falloir composer avec ton équipage, le médecin et comme ça, tu te retrouves dans l'hélicoptère à discuter. C'est un échange permanent au cours de la mission. Que ce soit de la petite mamie qui se sera fait une entorse de cheville sur un chemin à quelqu'un de coincé en haut des grandes Jauras en cause qui n'arrive pas à sortir ou qui est blessé dans une paroi depuis d'un mètre, je veux dire, le système, pour nous, c'est la même chose. On va monter dans l'hélicoptère et on va tous échanger, c'est-à-dire les contraintes. Alors, c'est quoi tes contraintes à toi ? Ok. Donc toi, d'accord, le vent et tout, tu penses qu'on va pouvoir faire ci, ça ? Ok. Tu vas pouvoir me troyer ? Oui, non ? Ok. Toi, le médecin, t'en penses quoi ? Pour toi, ça va être jouable ? Écoute, ça me semble un peu raide c'est peut-être faire une sédation. Donc, si c'est un discours, ça, c'est ce qu'on ne voit pas, mais tout le temps de transport sur l'intervention, ce n'est pas un temps où on va regarder le paysage, mais c'est vraiment un temps qui est mis à profit pour discuter de la stratégie du secours et du coup, de comprendre les contraintes de chacun. C'est-à-dire que moi, je ne suis pas pilote et je ne suis pas médecin. Le médecin, il n'est pas pilote, mais scouriste. Donc, si tu veux, c'est ça. Le grand enjeu, c'est de faire travailler toute cette petite équipe et d'en sortir le meilleur. T'entendre là, ce que ça me fait dire, c'est que, comme beaucoup de choses, j'ai l'impression, quand ça a l'air facile vu de l'extérieur et que tu es non maîtrisant sur le sujet, c'est généralement qu'il y a énormément de travail en amont. Typiquement, on avait des JO cet été. Quand tu regardes des épreuves sportives à ce niveau-là, tu te dirais que le geste a l'air facile. De la même manière, quand tu vois un hélico qui arrive temps un peu brumeux, le pilote qui pose un patin sur un bout de neige, le secouriste qui descend, tout est plié en moins de trois minutes, tu te dis, ouais, ça a l'air simple. Mais non, mais en fait, c'est qu'il y a énormément de travail en amont et une complexité impressionnante qui est gérée par tout le monde. Donc, super intéressant. C'est un petit peu tout ça, si tu veux. C'est que, souvent, on nous dit, ouais, on n'aime pas trop d'ailleurs cette histoire de câbles de super-héros, de choses comme ça, parce que, c'est pas qu'on n'est pas meilleur que les autres, en fait, je pense, c'est que, surtout, on est paré à des situations et on s'entraîne pour ça toute l'année. C'est-à-dire que, t'es bon parce que tu répètes le geste X fois, tu vois ce que je veux dire ?

Loïc Tu es dérile.

Frédéric Je vais citer l'exemple du fait du rythme, on appelle ça du bac à sable. C'est que, voilà, bon, ça, c'est une partie aussi de notre travail, c'est les entraînements. Il y a beaucoup d'entraînements. Alors, ça peut être des entraînements, on va dire, très succincts, c'est-à-dire sur des nœuds, des techniques, des choses comme ça qui se consolent, mais ça peut être des entraînements en hélico, ça peut être des entraînements avec les médecins. On va faire des simulations d'arrêt cardiaque, des simulations des scénarios. En fait, c'est du matériel maintenant qui le permet, c'est assez incroyable de te mettre vraiment dans des situations où le médecin, par exemple, je sais en tête où il va te dire, ok, on va avoir une fausse victime et puis on va dérouler le scénario avec la victime qui va empirer, empirer, empirer partout et créer des scénarios où on se met vraiment dans le dur. Et ça, c'est vraiment ce qui nous fait avancer déjà, nous en tant que personnes et c'est ce qui nous fait avancer en termes d'équipe parce que, je pense que tu l'auras bien compris, c'est que c'est vraiment un sport d'équipe, ce secours en montagne et que moi tout seul en tant que secouriste, je ne ferais pas grand-chose. Le pilote, s'il n'a pas de secouriste, il n'a pas de descendre de l'île quand même temps. Et pareil pour le médecin, c'est-à-dire s'il n'a pas de secouriste pour aussi l'aider, l'assister, c'est difficile et c'est vraiment cet équipage, cet ensemble de personnes qui fait qu'on va réussir le secours et qu'on va y arriver. Et comme tu le dis, c'est beaucoup, beaucoup d'entraînement, de répétition et je pense qu'on est très bons à répéter les choses, en fait, c'est surtout ça et à se faire des schémas d'intervention, des schémas de secours, des schémas, voilà, on a beaucoup de protocoles et c'est un peu ce qui nous sert à la fois de ne pas trop tomber dans l'humain, dans l'affect quand tu interviens, ça, c'est une partie importante par rapport à tout ce que tu vois parce que ça peut être des choses agréables pour les yeux mais des fois, ce n'est pas tout le temps le cas et ça, il faut arriver à s'en sortir et ne pas être complètement fusillé ou bloqué par rapport à tout ce que tu vois donc c'est en ayant ces canvases, en répétant ces scénarios qu'on arrive à être performant je pense, oui. Le drill, le bon vieux drill. Le bon vieux drill, oui. Alors, puisque tu viens de l'évoquer, ça va être une de mes questions à un moment donné, le rapport à la mort ou en tout cas aux situations humainement dramatiques, comment ça, comment tu apprends à le gérer et est-ce qu'on peut vraiment se blinder complètement face à ça ? Alors, non, on ne se blinde pas face à ça, c'est sûr, c'est une certitude, on ne peut pas se blinder parce qu'on est des hommes et qu'avant tout, voilà, on est des hommes, on transpose aussi sur notre propre vie, sur notre propre famille, sur tout ça, donc non, on ne peut pas être blinder face à ça et quand tu dis est-ce que ça s'apprend, c'est le bon mot parce que j'ai envie de dire qu'il n'y a pas encore un an de l'année mais quand je suis rentré en PGHM une vingtaine d'années, ce n'est pas quelque chose qu'on apprenait à appréhender ces situations et on va dire que les choses ont bien évolué dans le bon sens et que c'est quelque chose qui actuellement est vraiment pris en compte où on essaie vraiment de progresser, c'est vraiment un des axes importants actuels on va dire en secours en montagne d'apprendre à appréhender ces situations qui se retrouvent à des choses qu'on ne devrait pas voir et ça, c'est quelque chose qui s'apprend maintenant et que quand moi je suis arrivé, quand ils se débrouillaient un peu comme ça, c'était un peu de la petite cuisine qui faisait des petites recettes, je disais qu'est-ce qui marche bien pour moi, comme ci, comme ça, maintenant c'est quelque chose, on a des professionnels qui interviennent, des psychologues, des gens comme ça qui viennent nous aider à appréhender toutes ces questions sur la perte d'un proche, des choses comme ça et ça, maintenant, c'est un peu plus dans l'air du temps et c'est pris en compte en tout cas depuis un petit moment déjà et on se retrouve avec des secouristes qui arrivent un peu mieux armés face à tout ça actuellement. la parole aussi, la liberté, on va dire, d'expression au sein d'unité, au sein des institutions, c'est super important que ça soit dans toutes les institutions, il y a des choses qui étaient plus ou moins taboues avant et ça, ça en faisait partie, ce sujet de la mort des personnes qui allaient chercher et c'est quelque chose où tu restais un peu avec tout ça et actuellement, la tendance, elle a quand même bien évolué et changé, c'est que les jeunes secouristes, tout ça, ont tendance à plus facilement en parler, on en parle déjà plus entre nous, on peut être aidé par des psychologues, par tous ces professionnels on va dire du soin, la santé mentale qui sont là aussi pour nous aider. Toutes les missions, elles sont débriefées, ces missions, on va dire, qui sont à haut risque, on va dire, à haut risque, c'est un peu des bombes à retardement, on pourrait dire,

Loïc tout ça,

Frédéric c'est mieux appréhender, déjà c'est débriefé, à la fin de chaque secours, on sent qu'il y a une grosse charge émotionnelle de part la situation un peu grave, du coup, c'est des choses qui sont déjà débriefées avec un médecin, donc c'est pas rien, on a le médecin qui est avec nous, on va en parler entre les secouristes et les équipages s'il faut, toutes ces missions sont bien souvent débriefées, c'est devenu un automatisme, on va dire, ou au moins évoqué entre les secouristes, et ça, ça permet déjà un peu d'avancer et de cheminer un petit peu, et puis après, si besoin, il y a toute la partie soin qui peut intervenir derrière, c'est génial ça, parce que j'imagine que pour la, sur la longévité au sein du groupe, ça doit avoir forcément un gros impact, super important, parce que, comme tu le dis, c'est des choses, en fait, c'est un peu la loterie, comme je te disais tout à l'heure, quand tu rentres, tu arrives dans ta journée où tu es là dédié au secours en antenne, à côté des hélico avec tes collègues, médecins et pilotes, tu ne sais pas ce qui va se passer dans la journée, c'est un peu ce côté excitant, parce que, je ne sais pas, en fait, il va falloir t'adapter, ça, c'est super intéressant, c'est, on va donner une situation, il va falloir trouver des solutions, humaines, techniques, et ça, c'est super intéressant, mais aussi, ça t'expose à ce genre de situation où tu peux te retrouver dans la même journée, exposer une fois, voire deux fois, parce que si l'élément, si la situation est traumatisante pour la victime, qu'il va peut-être vivre ça qu'une fois, et on le souhaite qu'une fois dans sa vie, elle, pour elle, c'est une situation dramatique, mais toi, autant, tu vas la vivre deux fois dans la journée, c'est ça que tu ne sais pas, ou autant, tu ne vas pas la vivre pendant six mois, et ça, ça, on ne sait pas trop, ce n'est pas écrit d'avance, effectivement, en tant que secouriste, en tant qu'homme, tu peux te retrouver un peu trop mêlé à ces situations-là une année, ça peut arriver, il y a des années comme ça, on le sait, où tu es surexposé à tout ça, et puis d'autres, ou pas du tout, tu passes un peu contre les mailles du filier, qui va avoir des secours qui vont bien se passer la plupart du temps, parce qu'il ne faut pas se mentir, si le métier, c'était ça, se retrouver toujours dans cette situation, je pense qu'on serait secouriste pendant trois ans, mais on n'arriverait pas à faire plus longtemps, je pense que, psychologiquement, on serait détruit très rapidement, ce qui nous aide à nous en sortir, on va dire, c'est, comme je le disais, de savoir qu'il y a des gens qui peuvent nous aider, l'échange, le debriefing, il y a aussi le fait qu'on ferait beaucoup de choses bien, c'est-à-dire qu'il y a beaucoup de secours qui se passent bien, voire très très bien, même, et quand tu vas chercher quelqu'un qui, si tu sais que ton action, tu n'avais pas été là, elle ne serait peut-être pas sortie, mais grâce à ton action ou à ton action avec tes collègues, elle s'en est sortie, ça, ça te rebooste, tu remplis ta jauge de vie, entre guillemets, tu es reparti pour, tu vois ce que je veux dire ? C'est-à-dire que c'est ces opérations-là qui font, pour moi, me semblent te permettre d'accepter un peu plus les autres. Tu vois ce que je veux dire ?

Loïc Je vois, oui, hyper intéressant.

Frédéric C'est un peu comme ça que je vois, en fait, on a cette espèce de jauge là, on a besoin de choses positives, on en a besoin avec, et heureusement, c'est souvent des choses où on intervient et la victime, si elle s'est sentie en stress ou pas bien, tu vois, nous, on va les chercher, on se dit, bouff, on les a sortis d'un mauvais pas, ça ne nous a pas toujours exposés, on n'est pas toujours pendus dans des parois ou sous les risques d'avalanche d'un gosse. Pareil, ça, on ne pourrait pas le vivre au quotidien si c'était tous les jours comme ça, donc il y a des froids dans une petite rose avec ton hélico et tu arrives sur un sentier, tu arrives sur une colline, tu arrives dans un fond de vallée et ça se passe tout bien et il fait beau et les oseuchantres, je veux dire, tu vois, on est juste allé donner un coup de main, aider ou quelqu'un qui était en détresse à ce moment-là, mais ça s'est bien fini et toute la situation était bien, ce qui fait que nous, ça nous a reboussé, recharger les batteries comme on dit.

Loïc Oui,

Frédéric il y a des interventions où toi, tu t'es fait peur, c'est-à-dire que depuis, quand tu expliques un petit peu la manière dont fonctionnait, on comprend bien que l'objectif c'est d'être fin prêt pour le jour J, donc vous répétez plein de scénarios différents, il y a des, techniquement, vous faites tout ce qu'il faut pour être en permanence au fait des dernières techniques, etc., mais il y a quand même un élément qui est difficile à maîtriser, c'est l'élément météo, on parlait un peu aussi de l'élément humain plutôt, si tu as quelqu'un qui déverrouille, qui pète un câble pendant un secours, j'imagine qu'il faut, voilà, c'est quelque chose de complexe, mais est-ce qu'il y a des situations où toi, du fait d'éléments que vous ne contrôliez pas trop, tu t'es un peu fait peur ? Eh bien, oui, alors tout ce que tu cites, dans notre jargon, on appelle ça les dangers objectifs, notamment les dangers objectifs liés à la montagne, c'est-à-dire qu'à tout moment, tu peux avoir une avalanche, tu peux avoir une chute de serac, de glace, là où tu passes, c'est pareil, c'est la loterie, et ça, c'est des choses, malgré la technique ou comme tu dis, l'entraînement, ça, on n'a pas de prise là-dessus, tu vas passer à ce moment-là au mauvais endroit, au mauvais moment, tu vois, donc ça, on le sait très bien, en montagne, on n'est pas plus fort que l'élément et des chutes de pierre ou des avalanches, des choses comme ça, on sait que ça peut arriver, malgré tout ce qu'on aura mis en place, tactiquement, ou dans les stratégies, ça peut arriver, donc c'est des choses qu'on repousse au maximum, qu'on essaie de diminuer au niveau du risque, mais on sait qu'il y a toujours un risque objectif, j'ai envie de dire, il y a déjà, ne serait-ce que le risque de l'hélico, parce que quand on parle de l'hélico, on sait que l'hélico, c'est quand même quelque chose, un moyen fabuleux, mais qui est aussi dangereux, et comme tu l'évoquais tout à l'heure, quand tu te places dans un milieu en haute montagne, il y a toujours du risque quand tu trouilles des touristes et que tes pales ne passent pas très loin du bord, tu sais que ça se joue à 2 mm d'action de la main du pilote, oui, à un moment, on a très confiance les uns dans les autres, mais on sait très bien que tout peut basculer assez vite, c'est évident, c'est quelque chose qui est intégré quand tu fais ce métier, tu sais que, personne chez nous, je ne connais personne qui arrive et qui se dit bon, c'est bon, c'est un métier tranquille, il n'y a pas trop de risques, on connaît, on a les solutions pour, non, on sait que sur ta carrière, à un moment ou l'autre, il va falloir prendre des risques et que, oui, tu vas vivre des situations réussies, oui, moi, j'en ai vécu, bien sûr, et c'est notamment plus des situations liées à l'hélico qui me sont arrivées ou des frayeurs en hélico, des accidents en hélico, il y en a déjà eu plusieurs, moi, j'ai perdu des copains et des collègues en hélico du PGHL, donc, oui, on sait que c'est quelque chose, c'est dans un coin de la tête, on le sait, ça peut arriver, il y a une panne moteur, un toucher de pal, quelque chose comme ça, on sait que ça peut arriver, donc, il y a de l'humain et derrière l'humain, il y a de l'accident potentiel, donc, à un moment ou l'autre, on l'a dans la tête, après, on l'a toute la journée, sinon, on ne pourrait plus faire ce boulot, comme je te dis, dès que les patins d'hélico sortiraient, décoderait, on serait en situation de stress, ce n'est pas possible, mais on l'a dans un coin de tête et oui, j'ai eu des situations où je me suis fait en hélico et aussi sur le terrain, dans des crevasses avec des dangers énormes de chutes de serraques au tumour, où il a fallu prendre des décisions et de se dire jusqu'où on est prêt à aller, tu vois, c'est des grandes questions, c'est des grandes questions chez nous, c'est de dire jusqu'où on est prêt à aller, sachant que notre vie, elle vaut autant que celle de la personne que je vais chercher, tu vois, et ça, c'est très très compliqué, c'est l'humain, c'est une décision qui est prise à l'instant T avec les conditions qu'il y a à l'instant T, l'état d'esprit des gens à l'instant T, donc super important de connaître l'état de santé, on va dire, mental entre guillemets de tes camarades, c'est-à-dire que comme tous les jours, tu arrives au boulot, un jour, si c'est mal passé parce que chez toi, tu as des soucis, tu vois, c'est bien de connaître l'état de chacun et ça, là-dessus, je trouve que c'est, on essaie de le faire plutôt bien, c'est-à-dire que sur ces missions à fort potentiel ou à haut risque, il y a des discussions qui sont prises en amont, il y a toujours cette discussion de dire, bon, ok, la personne qu'on va chercher, elle a vraiment besoin qu'on aille la chercher, que si nous, on n'y va pas, ses chances de survie sont vraiment faibles ou nulles, donc ça, c'est des grandes discussions qu'on a et il va falloir discuter ensemble dans cette petite équipe de secours et dire où est-ce qu'on est prêt à aller avec l'équipe du jour, avec les conditions du moment, tout ça, c'est une espèce de petite salade qu'il va falloir composer un petit peu avec tout le monde et dire est-ce que je suis prêt à risquer plus ou moins au vu de ce que j'ai, de la situation qui se présente en face de moi. Et ça, c'est assez, c'est unique, c'est des décisions que tu prends, tu ne peux pas dire que le lendemain tu prendras la même, donc, ouais, il faut, oui, c'est des situations où si tu acceptes, c'est qu'il y a eu un consensus, on va dire, qui dit, ok, on y va, on y va, après, on essaie de mettre un peu des pare-feu en disant, ok, on y va, mais on ne va peut-être pas essayer de plus de 20 minutes, plus de 30 minutes, on essaie quand même de mettre des curseurs dans le, on y va. Effectivement, ça peut tomber d'un coup et là, du coup, on a tout chaud, mais on sait que si on n'y va pas de toute façon, la personne aussi va y rester. Après, c'est des questions difficiles parce que c'est, qu'est-ce que je suis prêt à mettre en face parce que je suis prêt à mettre trois qui restent sur le carreau pour sauver une personne, tu vois, c'est une grande question, c'est difficile de répondre à ça comme ça, c'est vraiment des choix qui sont faits sur le terrain avec les personnes présentes au vu des conditions du moment. Et ouais, c'est forcément des cas auxquels où tu es exposé un jour ou l'autre dans ta carrière de secours et soeur. C'est très difficile pour quelqu'un, tu vois, comme moi, dans le civil qui n'a jamais eu à gérer de situation, il y avait des vies humaines enjeux, d'évaluer, tu vois, ce processus, le fait de prendre une décision potentiellement, ce que tu viens de dire, tu vois, du fait d'éléments, etc., tu décides de renoncer sachant qu'il y a une vie humaine dans la balance. Ouais, c'est difficile à y mettre. Quand je t'écoute, je comprends que ça doit être, que c'est extrêmement compliqué et que de toute façon, c'est un consensus à trouver, etc. mais je pense que tant qu'on ne l'a pas vécu, c'est impossible d'imaginer la charge que ça doit représenter de se dire, là, on rentre, il y a quelqu'un dans la montagne et on rentre, en fait. C'est ça, et puis tu vois, c'est des décisions, c'est pour ça que la haute montagne, on va parler de la haute montagne pour le coup, mais la pratique, tu vois, j'ai cette image des gens de cet été, on a eu des cas de personnes qui sont restées là-haut, nous, on n'a rien pu faire, on a fait tout ce qu'on a pu, mais si tu veux, on n'a pas réussi à les sauver, ces gens-là. Et effectivement, c'est un milieu qui est magnifique, qui est beau, mais quand même qui reste hostile à l'homme et quand tout se passe bien, quand la météo est bonne, il n'y a pas de problème, mais on va dire, c'est que quand les éléments se déchaînent là-haut, ce n'est pas une assurance vie de nous appeler, tu vois ce que je veux dire,

Loïc c'est-à-dire que nous,

Frédéric on va toujours faire notre maximum, ça c'est sûr, secouriste en montagne, j'en connais pas un qui va dire, c'est bon, je vais chez moi, merci. Non, ce n'est pas comme ça que ça se passe, c'est les mecs, on va y aller. Après, jusqu'où, il va falloir mesurer, mais en tout cas, pour ces exemples qu'on a de personnes qu'il faut aller chercher qui pensent que parce qu'on est là, ça permet un petit peu tout, nous, on a envie de leur dire, attention, dites-vous bien que c'est vous les premiers, c'est entre vous que vous allez vous en sortir, donc mettez bien toutes les chances de votre côté sur la météo, sur le matériel, toutes ces choses-là, c'est super important parce que nous, on aura beau avoir un super hélico des mecs avoir des diplômes de technicité, de volonté, mais on ne pourra pas toujours sauver tous ces gens-là, tu vois.

Loïc Et ça,

Frédéric c'est un message quand même important parce qu'on se retrouve avec des populations de personnes qui pensent que au vu de l'équipement, de tout ça, ça leur permettrait de tout faire en tout lieu, en tout temps, en toute heure, mais non, pas du tout, quoi. Parce qu'à un moment, la haute montagne a raison de tout le monde, je veux dire, c'est les éléments, c'est comme la mer, quand elle est déchaînée, nous, on va essayer d'aller au maximum, mais à un moment, on ne pourra peut-être pas aller au-delà, quoi.

Loïc Ouais.

Frédéric Ça, c'est important que les gens puissent sache. Ça me fait une transition. On arrive bientôt au bout. J'ai encore deux questions pour toi, Frédéric, du coup. La première, c'est que tu viens de l'évoquer, les comportements en montagne. Là encore, quand on n'est pas dans le milieu, j'ai l'impression que depuis plusieurs années, on entend de plus en plus, en tout cas, on met de plus en plus, les médias mettent de plus en plus en avant des comportements qui peuvent être un peu irresponsables et qui, du coup, nécessitent l'intervention d'équipes comme celle du PGHM. Est-ce que toi, de ta fenêtre, c'est quelque chose que tu vois ? C'est-à-dire, est-ce qu'il y a de plus en plus de gens qui font n'importe quoi, qui montent en sandales au sommet du Mont Blanc, sans eau, sans nourriture, sans regarder la météo ? Ou est-ce que c'est vraiment anecdotique et ce n'est pas la réalité de ce que tu vois ? Alors, oui, ce qu'on nous sert sur l'inconscience, alors, sans rentrer dans une discussion philosophique, mais qu'est-ce que l'inconscience ? En fait, moi, je me retrouve face à des personnes qui sont mal équipées, qui sont mal informées, mal entraînées, tu vois ? Est-ce que c'est ça de l'inconscience ? Non. Alors, l'image qu'on nous sert régulièrement de quelqu'un qui se retrouvait en basket sur un glacier à quatre pattes, ça, je crois que j'en ai peut-être fait un ou deux dans ma carrière, tu vois, quand même, c'est pas beaucoup. Sur plusieurs centaines ou milliers de secours, c'est quand même pas énorme. Par contre, je vois des gens qui peut-être ne savent pas renoncer ou qui pensent que de toute façon, au bout de leur équipement ou de leur connaissance, ils vont pouvoir continuer et puis, comme je te disais, sachant qu'il y a le téléphone portable, tu vois, on a créé des éléments un petit peu de sécurité mais qui, on a la limite aussi. C'est pas parce que t'as un ARVA, l'ARVA, c'est un détecteur de victimes en avalanche, c'est un appareil électronique qu'on a sur nous, c'est comme un petit sonar et quand on est pris dans une avalanche, la personne qui est avec nous va pouvoir nous retrouver avec le sien. C'est-à-dire que tout le monde a ce dispositif quand il va en haute montagne ou en ski et en repiste et du coup, c'est des petites balises qui émettent un signal et du coup, c'est avec ça qu'on va retrouver les gens. Donc, ça peut être des ARVA et c'est vrai qu'il y en a qui sont de plus en plus performants. C'est toujours qu'un moyen, je veux dire ça, un sac qui se gonfle dans son dos, ça s'appelle un sac à airbag. Pareil, c'est, on va dire, des moyens qu'on a pour plus de sécurité mais c'est pas parce qu'on a tous ces moyens avec le téléphone portable, des APIs et j'en passe et des meilleurs qu'on doit se dire je vais repousser au plus loin mes limites. Tu vois ce que je veux dire ? C'est des outils qui sont là pour notre sécurité mais ils ne sont pas faits pour aller au-delà du niveau que j'ai. Et me pousser dans des situations où je vais mettre forcément dans des impasses ou des situations possiblement sans retour. J'ai envie de dire, moi, je vois des gens qui sont quand même globalement bien équipés, qui sont plutôt informés mais qui peut-être n'arrivent pas à évaluer ou à imaginer leur objectif par rapport à leur niveau. Ils évaluent mal leur... D'accord. C'est plutôt sur ces profils-là qu'on a des soucis dans ces scénarios qui peuvent vite dégénérer d'ailleurs que c'est des personnes qui ont mis la barre trop haut, qui n'ont pas su évaluer la difficulté et qui disent de toute façon, moi, je suis équipé de tout ça, j'ai tout ça avec moi plus les secours et j'y vais. Mais non, en fait, il y a un moment, malgré tous ces systèmes, ces dispositifs, quand il fait mauvais et qu'il y a 150 km devant la eau, personne ne peut monter. Ça, ça n'empêchera pas de savoir faire demi-tour au bon moment. C'est un peu l'ironie, tu l'as évoqué rapidement tout à l'heure, l'affaire Vincent Don et Henri. J'ai l'impression qu'en fait, quel que soit le potentiel technologique humain du secours, en fait, le pratiquant, il a toujours une longueur d'avance sur ce qu'il est capable de faire et qui, du coup, pourrait amener à des situations compliquées. Parce que c'était un peu ça, en fait, si je me rappelle bien, Vincent Don et Henri, c'était deux jeunes étudiants qui voulaient se faire une ascension hivernale avec, finalement, des moyens des années 50. Oui, après, la nuance, c'est qu'ils n'avaient pas de prévision météo, ils avaient des choses comme ça quand même. Mais je veux dire, maintenant qu'on les a, ça n'empêche pas ce que tu expliques. C'est ça. On n'a jamais eu autant de moyens de s'informer actuellement. Il y a des sites internet, on en a de partout, des sites météo, les gens, on a des précisions quand même. C'est vrai que la météo, c'est un étanciel un peu compliqué, mais dans l'ensemble, on a des prêts. Quand tu les vois que Vincent Don et Henri, ils n'avaient pas tout ça. Parc la montagne, c'est un peu la roulette russe, tu vois, il fallait voir si les oignons, ils avaient trois épaisseurs ou pas. C'était sur des dictons ou des choses comme ça. On disait, allez au moins là, ok, ça fait deux jours qu'il fait beau, peut-être ça va continuer. Bon, maintenant, ça peut plus compliquer la météo, mais en tout cas, on a plus de moyens de la prévoir à court terme. Et pour la montagne, ce n'est pas pour autant qu'on ne va pas chercher plus de gens dans le mauvais temps.

Loïc Oui, voilà.

Frédéric J'ai l'impression que les moyens techniques, finalement, ils n'ont pas tant aidé que ça, le pratiquant qui veut à tout prix aller faire le sommet du monde pour ne pas le citer. Ok, écoute, ça m'amène à ma toute dernière question. Quels conseils en tant que secouriste expérimenté du PGHM et quels conseils est-ce que tu donnerais à quelqu'un qui serait en détresse, alors plutôt en, on va dire, moyenne montagne, haute montagne ? Oui. Comme on dit, nous déjà, c'est déjà une des premières choses, c'est quand on part, que ce soit pour aller randonner, faire du trail ou du ski de randonne, c'est d'informer quelqu'un, de dire où elle se situe, quel est le projet de la journée. J'ai prévu d'aller vers ce sommet, j'ai prévu de faire ce sentier. Ça, c'est vraiment la base, c'est-à-dire que si vous arrive quelque chose qui est au moins quelqu'un qui soit prévu, c'est la base, mais en fait, on se rend compte, c'est encore pas tout le temps fait dans la pratique en 2024 et ça, c'est super important que vous ayez toujours quelqu'un qui sache ce que vous faites. Ça peut être aussi le principe de dire, je t'envoie un message quand j'arrive, quand j'ai fini. Ça peut être aussi d'expliquer que là où on va aller, il n'y a peut-être pas, alors c'est un peu moins le cas maintenant, mais en haute comptable, on a des zones où il n'y a pas de couverture téléphonique. Souvent, des familles qui sont inquiètes nous rappellent que c'est tout simplement quelqu'un qui n'a pas pu téléphoner et envoyer un message, ce qui est un peu moins valable dans les zones de moyenne mentale. Et voilà, de bien prévenir quand on a fini, c'est quelque chose qui est important aussi. On a pu faire sa course, sa rando, son sommet, mais au retour, d'informer la personne, ça semble évident, mais c'est aussi ce qui n'est pas tout le temps fait, d'informer celui qu'on a informé de notre départ, lui dire, ça y est, c'est bon, c'est bien fini, je suis rentré à ma voiture, je suis chez moi, tout le monde. Ça, c'est la première chose d'informer quelqu'un, d'avoir des moyens de communication avec soi, ça semble évident à notre époque, en moins un téléphone, et de se dire que la météo, elle peut changer vite et peut-être pas partir trop trop, souvent trop léger comme on peut le voir. C'est-à-dire que, et ça, plus on monte en attitude, et j'ai envie de dire, plus la réflexion doit être poussée à dire, effectivement, le mauvais temps est annoncé ce soir, c'est possible qu'il arrive finalement à midi, donc je dois être équipé en fonction, c'est-à-dire que j'ai des vêtements adaptés et que si je suis bloqué pendant plusieurs heures sous la pluie ou la neige, je suis capable de tenir et je ne suis pas en t-shirt, voilà. Alors, du matériel adapté, ça veut dire, par exemple, sur un glacier, d'avoir des chaussures adaptées avec des crampons et pas forcément se retrouver en basket sans équipement comme on peut le voir parfois. Donc ça, sur des pratiques, on va dire, de travail pour la montagne, voilà, ces choses-là, c'est du bon sens et c'est surtout d'insinhaler où on est, où on va et quand on a fini. Excellent. Eh bien, écoute, c'est noté pour les conseils. Un grand, grand merci, Frédéric, pour ce partage. C'était passionnant d'en apprendre plus sur l'univers du PGHM, ton parcours également, évidemment. Et puis, en tout cas, moi, je repars avec plein d'apprentissages, d'enseignements intéressants en tête. merci beaucoup une fois de plus. Merci à toi, Loïc. A bientôt. Salut. Merci d'avoir écouté cet échange avec Frédéric jusqu'au bout. J'espère que vous l'aurez trouvé

Loïc aussi intéressant que moi. C'était vraiment un plaisir

Frédéric d'en apprendre plus sur l'envers du décor du PGHM, la vie de secouriste dans cette unité d'élite. Partagez cet épisode à fond autour de vous. pensez à tout simplement parler des frappés. C'est une excellente manière de remercier tous ces invités qui prennent le temps de venir témoigner au micro du podcast. Pour celles et ceux qui souhaiteraient soutenir financièrement cette fois-ci les frappés, je vous rappelle que c'est possible sur Tipeee, le site internet dont l'adresse est la suivante Tipeee.com slash les-frappés. C'est à partir de 1 euro par mois. Vous pouvez également faire une donation unique. Chaque euro compte et j'en profite pour remercier du fond du cœur toutes ces et ceux qui sont déjà passés à l'acte et qui contribuent au bon fonctionnement des frappés. Merci à toutes et à tous pour votre fidélité. Je vous dis à la semaine prochaine pour un nouvel épisode. Ciao les frappés ! Sous-titrage ST' 501 Sous-titrage ST' 501

Transcription automatique relue · susceptible de contenir des imprécisions.

À écouter aussi · Montagne

Dans le même univers.

  • Marie
  • Arnaud
  • Olivier
  • Antoine

Reste dans la boucle

Le podcast dans ta boîte mail.

À chaque nouvel épisode, l'histoire à écouter et deux-trois trucs qu'on ne met pas ailleurs. Désinscription en un clic.

S'abonner →