Les Frappés Les Frappés
Saison 3 EP·102 Montagne

22 février 2023

30 ans de secourisme en montagne avec Pascal Sancho

Durée · 1h08 · Transcription disponible

Pascal

Le récit

Pascal est guide de haute montagne et a été pendant 30 ans CRS secouriste en montagne. Dans son dernier livre, Ascendances, il rend hommage aux équipages d'hélicoptère qui risquent leurs vies au quotidien pour sauver celles des autres.

Dans cet échange, Pascal nous en dit plus sur :

🚁 Ce qui fait l'excellence du secourisme en montagne français aujourd'hui
🤩 Les événements qui l'ont amené à consacrer sa vie au secourisme
🔥 Quelques-unes des anecdotes les plus marquantes de sa carrière
❤️ Ses réflexions sur la noblesse de ce métier

Un échange absolument exceptionnel sur un univers méconnu et pourtant tellement exigeant et utile.

🔎 Le dernier livre de Pascal, Ascendances, est publié par les éditions Mareuil.

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Transcription

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Pascal Les pilotes, par exemple, pour donner des choses concrètes, amènent les pales de l'hélico à 1 m d'une paroi. Le temps qu'on se pende sous le câble. Quand on est sur une vire, c'est un tout petit trottoir qui peut faire 40 cm. On a 1000 m de vis sous les pieds. Tends la main et le mécanicien va te mettre le crochet du treuil dans la main. Tout est millimétré.

Loïc Bienvenue sur Les Frappés, le podcast sur le dépassement de soi et l'aventure. Je suis Loïc Blanchard, entrepreneur, coach et préparateur mental certifié. J'ai été pendant plusieurs années sportif de haut niveau en judo avant de quitter les tatamis pour me consacrer à des sports de plein air comme le triathlon ou partir m'évader sur des treks engagés. Récemment, je suis devenu finisher de la PTL, un ultra trail de 340 km autour du Mont Blanc organisé par l'UTMB. Depuis la création des Frappés en 2020, j'ai deux objectifs. Le premier, c'est de vous faire découvrir des univers fascinants qui font rêver. Avec mes invités, on ira naviguer sur toutes les mers du monde. On participera à des expéditions dans les régions polaires ou en Himalaya. On découvrira l'envers du décor de l'entrepreneuriat et du sport de haut niveau et on partira en mission avec des membres des forces spéciales. Le deuxième, c'est de vous aider à croire en vos propres rêves et à passer à l'action grâce au partage de ces invités exceptionnels. On sous-estime largement ce dont on est capable physiquement ou mentalement et je suis convaincu qu'une petite conversation peut déboucher sur de grands changements. On a en moyenne 4000 semaines à vivre sur terre, alors autant les vivre à fond. Cette semaine, j'accueille sur le podcast Pascal. Pascal est guide de haute montagne et secouriste en montagne. Il a réalisé près de 1000 interventions et dans son dernier livre, Ascendance, publié aux éditions Mareuil, il rend hommage au travail exceptionnel réalisé par les hommes et les femmes des équipages d'hélicoptères, pilotes, mécaniciens embarqués, médecins et secouristes, qui risquent leur vie pour sauver celles des autres. Un échange passionnant qui vient nous rappeler qu'en France, nous avons la chance de pouvoir compter sur l'une des meilleures organisations de secours en montagne au monde. Ce que j'en retiens, pour atteindre et se maintenir à un niveau d'excellence, il faut accepter de se remettre en question tous les jours à chaque instant. J'en retiens également l'importance cruciale du travail en équipe et le fait de faire confiance, presque aveuglément, à celui ou celle qui se trouve à côté de soi. Un immense merci Pascal et excellente écoute à vous les frappés. Cet épisode est sponsorisé par Andonora. Andonora, c'est un super concept sportif innovant créé par Lili Andoza de l'épisode 49 qui a traversé l'Atlantique à la rame en 47 jours, et Teddy Palassi des épisodes 31 et 81 qui est un ex-commando marine. La mission d'Andonora, c'est de rendre le sport en entreprise accessible à tout le monde de manière simple, ludique et ultra personnalisée. Si vous souhaitez par exemple vous lancer sur votre premier semi avec des collègues de travail, Andonora pourrait tout à fait vous créer des parcours spécifiques pour vous permettre de progresser ensemble directement au départ de vos bureaux. Vous savez quelle est la proportion de salariés qui pratiquent du sport en entreprise ? Moins de 1 sur 5. Ce qui est fou, c'est que 80% s'y mettraient si leur entreprise leur proposait des solutions comme Andonora. Et ce n'est pas vous que je vais essayer de convaincre, vous le savez, le sport c'est la vie. Alors si vous pensez qu'Andonora pourrait intéresser votre entreprise, n'hésitez pas à en parler et à visiter leur site internet Andonora.com. C'est E-N-D-O-N-O-R-A.com. Andonora.com. Bienvenue Pascal sur le podcast. Bonjour, merci de m'accueillir. Avec grand grand plaisir. Un grand merci à Louis, Louis des éditions Mareuil, qui nous a mis en relation au moment de la sortie de ton livre, Ascendance, enfin le dernier de tes livres, Ascendance, que j'ai lu. Je me suis absolument régalé et du coup j'ai hâte d'échanger avec toi sur ce que tu racontes dans ce livre et puis tes 30 ans d'expérience en montagne. Donc peut-être qu'on peut commencer par un petit peu, tu vois, dresser le tableau, que tu nous expliques quel a été ton parcours dans les grandes lignes.

Pascal Alors mon parcours, moi si tu veux, il commence un petit peu dans les Pyrénées, là dans les Pyrénées centrales, au limite du Val d'Aran, qui est une région espagnole côté nord des Pyrénées, c'est assez atypique. Et j'entends les premiers récits de montagne, je dois avoir 5-6 ans et je sens qu'il se passe à chaque fois quelque chose, ça me procure un bien-être que je n'arrive pas trop à identifier, mais j'y suis sensible. Et à l'âge de 14 ans, j'ai mon oncle qui sera une personne assez importante, un point de repère, un phare qui me propose de faire l'ascension du Pic d'Anétaux, qui est le point culminant des Pyrénées. 3400 mètres, une voie normale, sans difficulté. Mais ça va être mon premier contact avec vraiment la haute montagne, ce monde atypique des terres hautes, cette première montée en refuge, les premières grandes tablées où tu discutes à bâton rompu avec des gens que tu ne connaissais pas 5 minutes avant, tu sens que tu partages vraiment une passion. ce premier départ dans la nuit qui est toujours quand même particulier, où tu as comme seul compagnon le faisceau de ta frontale et puis un sac d'un camarade de cordée qui est devant toi. Voilà, c'est ce monde que je découvre avec ce premier lever de soleil qui reste quand même un moment magique, même après une trentaine d'années d'ascension. Et puis le premier choc, ça reste quand même la découverte de la cordée, l'esprit de cordée. Alors l'esprit de cordée, c'est une micro-société où les gens vont s'associer autour d'un objectif commun. Donc je découvre ça de plein fouet en voyant la corde sortir du sac. Et ce qui est remarquable dans cette association, c'est que tu vas être un peu premier de cordée, puis après tu vas passer suiveur, donc tu es leader, tu passes follower. Et tout ça se fait de manière très naturelle avec l'idée de donner le meilleur de soi-même, sans se prendre vraiment la tête, mais quand même en étant sérieux, puisque la corde, ce n'est pas qu'un symbole. C'est aussi là pour te relier en cas de chute. Et moi, j'ai vraiment adoré cet état d'esprit fraternel, sans jugement de valeur ni d'état d'âme. Tu peux être chef de cordée, puis en m'en est-il fatigué, tu mets un genou à terre. Je connaîtrais ça tout au long de ma carrière. Voilà, c'est quand même un état d'esprit très singulier, et qui a aussi ses valeurs si on pouvait le développer dans le monde d'en bas. C'est un peu ce que je propose aux entreprises. Et puis ce premier sommet, quand tu arrives, fouler la cime, c'est quand même quelque chose de particulier. Moi, ce jour-là, au pic d'un étau, il y a un passage qui s'appelle le Pas de Mahomet, un peu plus difficile, surtout un peu plus aérien. Et les gens, des fois, renoncent à quelques mètres du sommet parce que c'est trop impressionnant. Et moi, là, je suis assis sur un tas de cailloux, là, au-dessus du ville, avec les ascendances du mois d'août. Et pour la première fois, j'ai 14 ans, je me dis, ouais, c'est quand même sympa la vie, et si c'est ça le bonheur, j'achète, quoi. Donc voilà, ça sera une journée pour moi fondatrice. Et quand je redescends, je sais que je ferai ma vie en montagne, mais je ne sais pas encore comment. Et c'est ce que j'explique dans Bravo Papa. Ma bio arrive quelques mois, je ne me rappelle plus exactement la date ni le lieu, mais je tombe nez à nez face à un poster où je vois une alouette 3 avec un petit bonhomme pendu dessous. C'est dans les aiguilles de Chamonix, là, on voit cette alouette 3 bleue avec un minuscule bonhomme, on devine à peine le filin, le câble. Et puis là, je reste sidéré, je me dis, ouais, c'est vraiment ça que je veux faire. Ça, c'est vraiment une révélation. Et à partir de là, effectivement, tous les voyants sont orientés dans cette direction, aux grandes dames de mes parents qui auront bien du mal à me tenir sur les bancs de l'école. Il n'y a que ça qui m'intéresse. Donc, c'est encore une époque où le service militaire exige, je devance l'appel. Je fais une armée en PGHN, un peu ton gendarmerie de haute montagne, dans les Pyrénées orientales. Excellent. Et puis, par choix personnel, voilà, je m'oriente dans les unités qui sont le pendant de la gendarmerie, qui sont les unités CRS de secours en montagne. Et voilà, j'y ferai 30 ans de carrière.

Loïc Excellent, excellent. Alors, juste peut-être pour clarifier, je te le disais en off, tu vois, je me rends compte que je pense que j'ai une confusion. C'est quoi la différence entre le PGHN et le CRS en montagne ?

Pascal Alors aujourd'hui, si tu veux, pour parler secours en montagne dans sa globalité, le secours en montagne est né en 1958 par une circulaire mystérielle qui faisait suite à un accident dont beaucoup de gens ont parlé. L'affaire Vincent Don et Henri, c'est deux jeunes qui voulaient faire une voie en face sud du Mont-Blanc. Ça s'est mal terminé. Les pauvres sont restés bloqués en face nord du Mont-Blanc, au-dessus d'une barre de Serac. Et c'était en pleine vacances scolaires, vacances de Noël. Et personne n'a été capable d'aller les chercher. Et si tu veux, l'opinion publique s'est rendue compte qu'on pouvait mourir à portée de jumelles de Chamonix. Ça a défrayé la chronique. Il y a aussi de sales histoires qui ont révélé une facette pas très noble du milieu montagnard, si tu veux. Les guides et les moniteurs de ski étant engagés avec des clients pendant cette période importante pour eux, ont pour certains refusé d'aller secourir ces deux gamins. Il y a eu un crash délicat, un copter qui s'appelait Elephant Joyeux, j'en parle dans l'ascendance, qui découvrait le vol en montagne qui se crache auprès des victimes. Là, ça fait un pataquès, l'opinion publique s'en empare. Et l'État français se rend compte que le secours en montagne n'est vraiment pas bien organisé, puisque là, il n'était fait qu'avec des volontaires, guides, moniteurs de ski, militaires, chasseurs dans certains endroits, et décident de mettre dans le giron des missions régaliennes le secours en montagne. En 1958, les CRS et les gendarmes prennent la mission parce que c'est les seuls qui ont un peu un historique et une relation déjà avec la montagne. Ils intervenaient sur des crashs d'avions, des choses comme ça, tu vois. Et donc, s'organise, bon an, mal an, une structure au niveau national qui est partagée par police nationale, donc ce sont les CRS et PGHM qui est la gendarmerie, auxquelles on peut ajouter aujourd'hui dans certains départements comme la Savoie, la Corse, des sapeurs-pompiers. Soit travaillent en mixité, parce que nous, on travaille souvent en alternance, c'est-à-dire une semaine les gendarmes, une semaine les CRS ou une semaine les pompiers. Il y a des endroits comme la Corse où l'équipe est mixte. C'est valable aussi en Savoie où on a un CRS ou un gendarme et puis un pompier. Voilà donc cette organisation, aujourd'hui, c'est une mission de service public à part entière, qui est vraiment un exemple d'excellence au niveau national. Quand on observe l'évolution des services publics depuis 2-3 décennies, beaucoup de services publics sont dans la peine. Et quand tu regardes le secours en montagne, c'est aussi un état d'esprit. C'est un secours qui est toujours grandissant. Les gens ont à cœur d'améliorer les techniques, d'améliorer les matériels. Donc, un secours en montagne en France, en moyenne, c'est 45 minutes de l'alerte à l'amener de la victime à l'hôpital. Donc, c'est très rapide. Ouais. Tu propulses dans n'importe quel endroit du massif, notamment grâce aux hélicoptères, une équipe constituée de 2 secouristes, gendarmes, CRS ou pompiers, et un médecin urgentiste de très haut niveau. Et donc, c'est vraiment un symbole d'excellence qui doit aussi nous remettre en phase avec ce que peut être le service public quand on s'en donne les moyens.

Loïc Ouais. Ouais. Complètement. Je suis assez d'accord. Alors, heureusement pour moi, j'en ai jamais fait. J'ai jamais eu à en faire l'expérience, tu vois, de jamais eu à être secouru. En revanche, c'est arrivé un très bon copain à moi pour te la faire très courte qui faisait une rando solo vers, je crois que c'était vers Grenoble ou je sais plus où est-ce qu'il était. Et qui, en fait, qui ne le savait pas, mais qui avait une malformation cardiaque. D'accord. Et qui s'est déclenché, enfin, dont les côtés moins sympas se sont déclenchés. C'était un gars qui était hyper sportif, qui faisait l'UTMB, etc. Mais ça s'est déclenché pendant une rando solo en montagne. Et du coup, il est aujourd'hui vivant parce qu'il a pu être secouru, alors en l'occurrence, c'était par le PGHM, très très rapidement et pris en charge très rapidement à l'hôpital. Donc, je connais assez peu le milieu, tu vois, du secourisme en montagne hors de France. Enfin, en France, je ne connais pas, je ne suis pas non plus du tout un expert, mais j'ai toujours eu, moi, cette croyance, tu vois, cette perception qu'on était quand même, on était un des pays peut-être les plus à la pointe en la matière. Est-ce que toi qui as baigné dedans pendant 30 ans, tu le confirmes ? C'est-à-dire, est-ce que nos voisins, tu vois, italiens, espagnols notamment, qui ont aussi des environnements montagnards exigeants comme les nôtres, est-ce qu'on y retrouve le niveau d'excellence qu'il y a en France ou on fait vraiment figure de modèle dans le milieu ?

Pascal Bon, alors, ses propres montagnards, il faut être quand même humble. Malgré tout, il faut être réaliste. Si tu veux, on a été certainement le pays en Europe qui a été leader dans l'évolution du secours en montagne et qui a été souvent pris en exemple encore aujourd'hui. D'accord. Parce que si tu veux, on a une unité de lieu, une unité de temps, on a un service public donc qui est gratuit, on a des gens qui sont des professionnels du secours en montagne H24 toute l'année. Donc ça, c'est remarquable. Ce n'est pas le cas partout. Moi, j'habite dans les Pyrénées, donc je vois l'Espagne est partie d'assez loin. D'ailleurs, on a des missions de coopération avec ces pays, Espagne, Suisse, Italie. Ils sont partis de loin, mais aujourd'hui, ils bénéficient aussi de notre chemin, du sens qu'on a donné à cette mission. Et donc, le niveau est quand même relativement homogène. Les Italiens ont été toujours au top niveau dans le secours en montagne. C'est plus après une question de moyens et de choix politiques. Tu as des pays où c'est un peu hétérogène. L'Espagne, c'est par région. Donc, en Catalogne, tu vas avoir les pompiers. Puis en Aragon, tu vas avoir la guardia civile. Dans certains pays, tu vas avoir des bénévoles encore qui peuvent intervenir en complément des professionnels. Nous, c'est quand même très ciblé. C'est très clair. Le secours en montagne aujourd'hui est placé sous l'égide du préfet qui est le patron. Et ensuite, il y a des services publics et on a cette mission à 100%. On est payé pour ça et on doit, si tu veux, garantir le résultat, quelles que soient les conditions qu'on va trouver. Donc, effectivement, oui, on est parmi les fers de lance. Moi, j'ai eu la chance de travailler en Russie. J'ai travaillé beaucoup en Équateur où j'ai implanté le secours en montagne auprès de mes camarades. Et si tu veux, nous, on compte un secours en minutes. Je prends des exemples dans mes différents bouquins en Équateur. Ils comptent le secours en nombre d'heures minimum, si ce n'est en nombre de jours. Donc, on n'est pas dans la même dimension quand même. Nous, c'est vraiment chirurgical, c'est très pointu. C'est même un exemple même par rapport à des secours routiers. On met en œuvre immédiatement des moyens qu'un accident routier n'aura pas obligatoirement. Et puis après, derrière, il y a un savoir-faire. Je discutais encore hier avec un médecin. En montagne, il y a des choses que l'on fait et qui ne seront jamais au bord de la route parce qu'on est dans un milieu contraint. On est avec des moyens malgré tout limités. On est en effectif limité. Le médecin va nous faire confiance, va nous demander de faire des gestes qu'on n'aurait pas le droit de faire au bord de la route. On se rapproche d'une médecine presque de guerre parfois. Oui. Donc voilà, c'est un univers très particulier et qui aujourd'hui, c'est vrai, c'est professionnalisé. Moi, je vois en trois décennies, en trente ans, ça n'a plus rien à voir sincèrement. Oui.

Loïc J'imagine ne serait-ce que sur l'équipement déjà. Dans ton livre, tu parlais de l'arrivée des nouveaux hélicoptères et toutes les évolutions matérielles sur la puissance des treuils, la longueur des câbles, etc. Je pense que déjà, rien que d'un point de vue équipement, sans parler de la maîtrise technique qui progresse dans les équipes, il doit y avoir, en trente ans, quand même une grosse différence.

Pascal Oui. Alors bon, je trouve que les hommes n'ont pas changé l'état d'esprit, l'engagement. Parce que le même, tu sais, notre spécialité, les gens le savent peu, mais c'est la spécialité qui paye le plus lourd tribut, que ce soit dans la police nationale ou dans la gendarmerie. On a le plus grand nombre d'accidents mortels, loin devant d'autres spécialités comme le RAID, la BRI ou autres. Donc, l'état d'esprit d'engagement est permanent quand on rentre dans ces missions, quand on rentre dans cette spécialité. C'est vrai qu'on se fait un pacte avec soi-même quelque part. On est capable d'aller au bout du bout. Le don de soi n'est pas vraiment qu'un symbole. Moi, j'ai perdu six camarades en trente ans sur un groupe de trente-huit. Donc, c'est une mission quand même très exposée. Donc oui, les matériels évoluent, mais c'est aussi tout un ensemble. C'est un écosystème dans la mentalité. On a évolué, si tu veux, dans les années... Moi, quand je suis arrivé dans les années 80, on était déjà dans une phase où on était sortis de cette dimension où on allait chercher une personne coûte que coûte dans un milieu hostile, avec l'idée de l'extraire le plus vite possible et de la ramener dans la vallée. On avait déjà des médecins. Donc, la notion, si tu veux, de conditionnement de la victime, de l'état physiologique et quelque part de son maintien en bonne santé était déjà prégnant. Alors qu'au tout début, les gars, ils travaillaient comme ils pouvaient. Ils l'enlevaient d'une paroi et puis après, on voyait. Et aujourd'hui, par exemple, on va, quel que soit l'endroit, on peut travailler sur la surface d'une table basse de salon, mais on va faire venir un médecin urgentiste, on est à 500 mètres du sol, il va travailler comme s'il était en salle d'opération. C'est un truc de fou quand même. Et on va mettre vraiment tout en œuvre avant de l'extraire pour lui sauver vraiment la vie. Donc, clairement, aujourd'hui, on sauve des gens qu'on n'aurait pas sauvés il y a 30 ans. Malgré la difficulté du milieu parce que j'imagine quand tu as des parois verticales, parfois, on est vraiment sur un bout de trottoir pour travailler. Et on a des médecins que l'on forme en montagne et eux, à leur tour, nous forment en secourisme un petit peu plus plus parce que, voilà, quand des fois on est deux, on est obligé de faire des gestes pour l'aider qui seraient presque du niveau d'infirmier, tu vois. Donc là, nous, on s'oriente un peu vers un niveau un peu paramédical, même si ce n'est pas encore dans les statuts officiels. On a créé un mémento, un référentiel qui nous autorise, sous couvert du médecin, à faire certains gestes. Donc, c'est aussi un laboratoire, ce milieu du secours et c'est génial parce que, là, comme la Formule 1 peut être un laboratoire pour les voitures de tout un chacun, nous, on met en place des techniques, des protocoles et ça peut servir un petit peu à tout le monde. Comme nous, on s'est aussi nourris de médecine de catastrophe à l'époque. Voilà. Donc, c'est un milieu très atypique avec des gens qui ont un état d'esprit quand même remarquable parce que l'un des signes forts, c'est ne pas accepter cette zone de confort en permanence. Donc, on en sort, on essaye d'évoluer, d'être le meilleur possible avec cette idée de ne jamais avoir à croiser une situation où on est amené à renoncer. C'est un mot que, chez nous, on n'aime pas beaucoup.

Loïc Oui. Alors, j'ai tellement de questions sur tellement de sujets, mais là, je vais juste rebondir sur ce que tu viens de partager. Et pour celles et ceux qui n'auraient pas lu, allez lire le livre « Ascendance » de Pascal. Je mettrai les liens en description parce que c'est plein d'anecdotes. Ça pourrait être de la fiction, des fois. Par rapport à ce que tu expliques, tu vois, sur le fait de sortir de sa zone de confort, etc. Je pense à cet exemple que tu donnes où, je crois que c'est dans les Pyrénées, si je me souviens bien, un pilote, en fait, se rend sur le lieu d'un accident partant de brouillard. Et en fait, même les secouristes sur place au sol n'arrivent pas à croire qu'il y a un hélico qui arrive dans des conditions pareilles. Oui. Avec un brouillard à couper au couteau, etc. Et cet exemple a vraiment marqué, tu vois, parce que ce que j'ai retenu, c'est qu'en gros, le pilote naviguait quasiment à vue, avec très, très, très, très peu de visibilité, qu'il avançait tout doucement. Et cette notion, tu vois… À mauvaise vue. Oui, à mauvaise vue.

Pascal Oui, c'est vrai que j'en ai parlé parce que, si tu veux, on est habitué, nous, en toute humilité, de considérer l'exceptionnel comme presque la normalité. Les pilotes, par exemple, pour donner des choses concrètes, amènent les pales de l'hélico à un mètre d'une paroi. Ils vont être capables de tenir un stationnaire pendant 4-5 minutes, le temps qu'on se pende sous le câble, qu'on essaye de s'accrocher à la paroi. Donc, pour eux, c'est vraiment leur quotidien. Donc, tu imagines qu'ils sont dans une aérologie compliquée. Et nous, la machine, on ne la voit pas bouger, quoi. Quand on est sur une vire, c'est un tout petit trottoir qui peut faire 40 cm. On est accroché à la paroi. On a 1000 mètres de vide sous les pieds. Quand l'hélico arrive, tu entends du bruit, il y a du vent. Puis, à un moment donné, tu tends la main parce qu'on est attaché à la paroi, donc on ne peut pas bouger. Tu tends la main et le mécanicien, il va te mettre le crochet du treuil dans la main, quoi. Tu n'as même pas l'effort d'essayer de l'attraper. S'il passe, à un moment donné, qu'on le loupe, on sait qu'il va nous le ramener dans le creux de la main sans aucun problème. Donc, tout est minimétré. Et effectivement, c'est pour ça qu'après avoir fait ma bio, là, bravo papa, et puis l'île de Crète, où je parlais vraiment des hommes de terrain, parce qu'il y a beaucoup de choses à dire aussi sur le terrain, même si c'est une grande famille, je tenais à leur rendre hommage. Parce que c'est aussi quand même grâce à eux qu'on est capable de maintenir un tempo en secours. Si on devait y aller à pied, il y a 30, 40 ans, on mettait des heures. Alors, là, en quelques minutes, il nous amène dans les endroits les plus reculés d'un massif, les plus inaccessibles. Et c'est aussi grâce à eux qu'on est dans un espace-temps qui va nous permettre d'envisager une issue favorable pour la personne, quoi. Et c'est vrai que, bon, on les connaît tous. On sait que c'est quand même des as des as. C'est la crème de la crème au niveau des pilotes. Ils n'en font pas une gloire, ils sont très humbles. Mais parfois, sur des contextes, tu te dis, waouh, même après 20 ou 30 ans, même après plusieurs centaines de secours, il m'impressionne, quoi. Et ce secours dans le brouillard, malheureusement, c'était quelqu'un qui était décédé, qu'on avait bien du mal à évacuer, de fortes corpulences. Puis quand je préviens le pilote, c'est plus dans l'idée de lui dire, ne tourne pas au-dessus des nuages, rentre à la base, on va se débrouiller. Et là, Bruno, qui est quand même un des grands pilotes de la sécurité civile, me dit, non, non, attendez un moment, j'arrive. Je lui dis, comment t'arrives, nous, on a à peine du mal à voir notre camarade qui est de mètre devant ? Il y a un moment. Et là, on se pose. Et c'est vrai qu'au bout d'un moment, alors le brouillard étouffe un peu tous les bruits. Donc de manière assez proche de la présence d'hélicoptères, on entend le bruit du rotor, quoi. Et là, on voit le nez de la machine qui s'approche de nous. Voilà, une situation, comme tu le dis, c'est digne d'un film de fiction. Donc en étant, on charge le malheureux, malheureusement, qui était positionné dans un bancard. Et puis le mécano nous fait signe de monter. Et là, il n'y a aucun sauveteur qui voulait monter, quoi. On dit, non, non, mais on ne monte pas, on descend à pied, nous. Et donc, on est monté. Et toute la paroi qu'il avait fait à la montée, à vue, portière ouverte, c'était le mécano qui lui indiquait les cheminements. Parce que des fois, il était pris complètement dans le brouillard. Donc là, il se mettait en stationnaire. Il visait une mode de terre. Il attendait que ça passe. C'est un truc de fou. Et bien, il a fait la même chose en marche arrière pour redescendre toute la France. Donc là, oui, tu te dis chapeau, quoi. Oui. Monsieur.

Loïc Exceptionnel. Alors, je voudrais juste revenir sur un élément que tu as évoqué tout à l'heure, la gratuité des secours en montagne en France. J'aimerais bien, sans trop rentrer dans l'étail, mais il me semble qu'on est un des seuls pays à faire ça encore aujourd'hui.

Pascal Non, ça dépend. Il y a pas mal de pays. C'est encore le cas. Ah oui ? C'est encore le cas. Ok, tu vois, j'avais cette croyance qu'on était un des derniers pays à faire ça. Non, parce que le secours est payant. Alors, il faut bien discerner deux choses. Il y a la haute montagne et il y a aussi tout ce qui est domaine skiable. Domaine skiable, c'est tout ce qui est attaché à une station. Là, le secours est payant. C'est pour ça qu'on demande d'avoir une assurance. Et nous, en haute montagne, puisque c'est un service public, on tient à ce que ça soit gratuit. Parce que ce n'est pas une vision philosophique, mais c'est un formidable exemple, si tu veux, de pacte social. Nous, on ne pourrait pas intégrer l'idée, quand on intervient, de considérer le compte en banque d'une personne, de savoir si elle est solvable ou pas. On ne veut pas rentrer là-dedans. On ne veut pas savoir si la personne est de couleur, si elle est croyante, si elle est non-croyante. Nous, ce n'est pas notre philosophie. Et pour couper court à toute réaction de gens qui vont entendre ce que je viens de dire, l'histoire du gars qui prend des risques en montagne, ça existe. Ça existe, c'est souvent circonscrit à des massifs où on peut accéder très facilement, notamment par téléphérique, à des sommets d'altitude. Mais la plupart des gens, moi, si je prends l'échelle de 1 000 secours effectués, je ne sais pas si je les ai faits, mais je ne dois pas en être loin, s'il y a 5 secours qui sont vraiment critiquables parce que les gars ont déclenché les secours, soit ils n'auraient pas dû, soit ils ont fait n'importe quoi, il n'y en aurait pas plus. 5 sur 1 000. D'accord, ok. On arrêtez de tirer le trait. Oui. Et moi, je trouve qu'on devrait plus s'en inspirer, justement, dans l'idée que voilà, on offre à tout le monde de la même manière, quel que soit son statut social, la même qualité des secours, sans être obligé d'appeler un copain qui connaît tel médecin ou qui connaît tel spécialiste. Moi, je trouve ça remarquable. D'autant plus qu'il existe aussi, quelque part, un pare-feu. Si on estime que la personne est critiquable, on peut très bien la poursuivre. Chaque secours, il y a un officier de police judiciaire dans l'hélico. On peut très bien monter une procédure et faire en sorte qu'on fasse assumer à une personne un comportement qui est inadmissible. Tu vois, ça peut être un déclenchement abusif des services de secours, ça peut être la mise en danger d'autrui. Il existe un panel de poursuites possibles. Donc voilà, pour moi, et tous les sauveteurs te diront la même chose, on est très attaché à cette notion de service public et de gratuité.

Loïc Oui, c'est quelque part rassurant d'entendre, tu vois, sur quasiment mille secours le fait que tu en aies vu, peut-être moins d'une dizaine qui étaient critiquables. Parce que c'est vrai que c'est surtout cela dont on entend parler quand on n'est pas dans le milieu. J'en discutais avec un copain, tu vois, cet été, qui me disait qu'il avait croisé vers Meugev des randonneurs du dimanche qui étaient fatigués et qui lui disaient, il ne savait pas trop s'il plaisantait ou pas, mais qu'ils allaient appeler le PGHM pour redescendre parce qu'ils avaient mal au pied, tu vois.

Pascal Oui, oui. C'est vrai que quand tu es un peu… On tire le trait quand même, là. Tu vois, c'est ça. Je ne dis pas que ça n'existe pas, loin de là. Et tu as vu, tu me parles de la vallée de Chamonix qui est quand même très particulière par rapport à ça. Oui. Dans les Pyrénées, déjà, il faut aller se lépeuler, par exemple, les sommets, ils vont marcher plusieurs heures. Je ne dis pas qu'il n'y ait pas de faute, mais moi, je prends souvent l'exemple d'une randonnée que j'avais faite dans le désert avec mon fils. J'avais tout prévu, j'avais pris de l'eau et tout. Puis quand on est arrivé à la voiture, je me suis rendu compte, tu vois, qu'on n'avait plus d'eau, que ça avait été juste. Ça allait, ça avait été juste. Donc, je veux dire, quelque part, c'est aussi l'éloge du droit aussi à l'erreur dans des milieux hostiles. On n'est pas tous excellents, on n'est pas tous visionnaires, on n'est pas tous avec un cinquième sens. Donc, les gens qui se font piéger, moi, je trouve que c'est quand même beau de pouvoir aller les chercher. Oui, clairement. Je rassure les personnes qui nous écoutent qu'elles ne s'inquiètent pas. On prend des risques, mais ça, on l'a choisi. Et pour nous, ça reste un bonheur que d'aller tendre la main sur des gens qui, sans nous, ne s'en sortiraient pas. Plutôt que de regarder le verre à moitié vide, regardons le verre à moitié plein.

Loïc C'est clair, c'est clair. En tout cas, super rassurant, tu vois que tu partages ce ratio. C'est ton expérience, ton vécu sur 30 ans, mais je trouve que ça fait du bien d'entendre ça aussi. Il n'y a pas tant de dérives que ce qu'on pense quand on ne baigne pas dans le milieu. Je voulais revenir sur ce que tu l'as partagé déjà plusieurs fois, le fait que les hommes et les femmes qui sont dans le secours en montagne, c'est par conviction, c'est par choix, et c'est quelque chose qui ressort très fortement dans ton livre. Tu dirais, donc ça, tu semblais dire que ça n'a pas forcément évolué, que sur les 30 ans, ça reste la même flamme quelque part. Cette passion pour le secours reste à peu près la même. Mais concrètement, pour que les gens se rendent compte à peu près, un pilote qui rejoint le secours en montagne, concrètement, sa vie, à quoi est-ce que ça ressemble ? C'est-à-dire, en termes de sacrifice, de don de soi, quels sont les impacts ? Tu le racontes dans le livre, mais je pense que c'est important que les gens qui ne connaissent pas forcément le milieu prennent conscience de leur réalité.

Pascal Si tu veux, la réalité des pilotes, elle est liée à la réalité des médecins du secours en montagne et à la réalité aussi des secouristes en montagne. Notre rythme de vie, il est partagé entre les permanences où là, on est au pied d'un hélicoptère, on attend que le téléphone sonne. Parfois, ça ne sonne pas, tant mieux. Et quand ça sonne, il faut qu'on mette à profit tout ce qu'on a appris auparavant, toutes les heures d'entraînement qui ont été les nôtres pour qu'on soit capable de tout donner parce qu'on est quand même dans des métiers, si on ne donne pas tout, on ne donne rien, il faut être clair. Avec cette idée, voilà, de se déplacer le plus rapidement possible et de sortir cette personne de l'embarras. Donc, au quotidien, c'est beaucoup d'entraînement individuel. Donc, les pilotes volent, les médecins sont avant tout médecins, donc ils travaillent tous dans des services des urgences, donc ils font de la médecine. Et puis après, dès qu'ils ont du temps ou qu'on leur donne du temps, ils vont s'entraîner en montagne. Et nous, c'est la même chose, donc c'est un parcours quotidien entre de l'entraînement individuel, on grimpe, escalade, cascade de glace, alpinisme, entraînement foncier, voilà, tout ce qui fait que tu dois être à ton top le jour où ça sonne. Et puis ensuite, comme on est une grande famille, on a pas mal d'entraînements en commun parce que ce qui relie un peu tous ces éléments de la famille du secours en montagne, c'est l'intelligence collective. Et ça, ça se travaille. Si tu veux, on est obligé d'apprendre à travailler ensemble. C'est d'ailleurs ce que je présente souvent en entreprise parce que là, je crois qu'il y a des analogies directes. Apprendre à travailler ensemble et trouver la notion de compromis. Si tu veux, un pilote, il va avoir ses contraintes, le médecin, les siennes, et nous, les nôtres. Eh bien, on est en temps réel, en quelques secondes, il faut qu'on soit capable de dire, OK, on prend cette option et on s'y tient. OK, moi, je suis secouriste, je voulais l'option numéro 3, on me propose l'option numéro 2, c'est pas possible, tant pis. L'option numéro 3, je l'oublie tout de suite, je me mets sur l'option numéro 2, même si pour moi, c'est plus compliqué. Par contre, dans la globalité du résultat, c'est ce qu'on a trouvé de mieux pour la victime. Donc ça, c'est un état d'esprit puis ça se travaille. Ça se travaille au quotidien en faisant des exercices, en ayant aussi, voilà, cet état d'esprit et de ne pas se contenter de la facilité et des choses qui vont bien. On se nourrit souvent de réussite, mais on grandit dans la difficulté, voire dans l'échec. Donc, dans chaque entraînement, on va peut-être mettre un petit contre-temps, un petit grain de sable pour développer cette intuition, cette agilité un peu opérationnelle, cette créativité. C'est ce qui nous fait grandir, si tu veux. Donc voilà, beaucoup de temps passé ensemble, beaucoup de complicité et au final, beaucoup de confiance parce que, moi, une fois que je suis monté dans l'hélico, je vais me concentrer sur ce que j'ai à faire dès que la porte va s'ouvrir, mais à aucun moment, je vais regarder ce que fait le pilote. J'ai une confiance absolue. Absolue et voilà quoi, je sais que ce qu'il va faire, c'est pour l'ensemble de l'équipe, il va donner le meilleur lui-même, donc à aucun moment, je vais avoir un doute par rapport à ça, tu vois. Et cette notion de confiance, c'est du temps passé ensemble et d'entraînement, beaucoup d'entraînement.

Loïc Ça va être vraiment compliqué de retrouver cette synergie d'équipe, ce niveau de confiance quand tu passes dans la vie civile après avoir travaillé autant de temps dans un milieu aussi exigeant et où tu as des relations aussi fortes et autant d'émotions.

Pascal C'est ouais, bon, après, je pense que le milieu du secours, moi, j'ai été, donc je suis guide, j'ai eu la chance de voyager de par le monde dans des endroits qui feraient rêver n'importe qui, tu vois, avec des camarades que j'ai amenés là-bas. Non, il n'y a pas d'équivalent le secours, il faut l'avoir vécu, c'est quelque chose, je crois que ça, ça vient titiller la part d'humanité la plus pure que tu as au fond de toi-même et je prends souvent l'exemple, tu vois, comme aujourd'hui, tiens, je suis à Toulouse, il fait gris, je n'ai pas envie d'aller courir, le téléphone sonne en secours, tu vas avoir 5 personnes si on est dans le poste qui sont de suite à pied d'oeuvre prêts à partir et pour un chef de poste, la plus, la première tâche la plus difficile, c'est de savoir qui va rester au poste pour tenir la radio. Donc ça, ça ne s'explique pas, tu n'es jamais fatigué, voilà, je pense que ça touche au plus profond de ce qu'on a en forme d'humanité et donc il ne faut pas essayer de le comparer parce qu'à chaque fois on sera déçu, je crois que le jour où tu as quitté la mission de secours, il faut vivre d'autres émotions et je t'avoue que moi, depuis que je fais des conférences en entreprise, ce que j'ai remarqué par contre, c'est que voilà, cette énergie qui transparaît un peu dans ma voix et puis ces croyances quelque part, je pense qu'il y a de belles analogies à mettre en place au sein d'un groupe quel qu'il soit parce que ce n'est pas pour moi, je suis intervenu auprès de bien des facettes de l'industrie ou du monde professionnel, ce n'est pas vraiment le travail qui pour moi est l'essentiel d'une aventure, c'est vraiment les valeurs avec lesquelles on le porte et c'est vrai que cet esprit collectif, c'est capable de poser son égo de côté par rapport à un objectif commun, c'est le positionnement du manager qui va peut-être considérer que pour aller d'un point à un point B, il y a plusieurs chemins même si ça le froisse, même si lui voyait les choses différemment, cette ouverture d'esprit, ça nous, on le cultive au quotidien et je pense qu'on a beaucoup à apporter dans d'autres mondes, dans le monde d'en bas on va dire, mais après, il ne faut pas comparer le monde du secours, le frisson et l'adrénaline que tu as quand tu as sauvé une vie, tu ne peux pas comparer ça, il n'y a pas d'équivalent, c'est ce que j'explique, moi quand je parle de performance et quand j'interviens par exemple à côté d'un sportif de haut niveau, on ne vit pas la même chose, c'est-à-dire, imagine quand tu loupes un but ou un pénalty ou tu loupes ton chrono, ben voilà, tu vas être mécontent mais imagine si jamais tu laisses la vie en chemin quoi, quand tu as le sentiment que tu aurais pu faire mieux et que tu ne l'as pas fait, c'est quelque chose que tu portes contre toi toute ta vie quoi, donc cette échelle, je ne parle pas d'échelle de valeur mais quelque part un peu, voilà, on est dans une autre dimension et voilà, ce regard croisé quand tu chopes une personne dans une paroi et qui sait que sans toi, voilà, il serait mort tout simplement, ça ne s'explique pas quoi.

Loïc On s'y habitue à côtoyer et à voir la mort après 30 ans de secours en montagne ?

Pascal Non, on ne s'habitue pas à ça, c'est à chaque fois un échec quoi. Vous savez souvent, en conférence, je prends ma première intervention pour exemple, pourquoi ? Parce que j'avais eu la chance voilà, de trouver un milieu où j'étais relativement à l'aise, je suis sorti souvent premier de mes stages et quand j'arrive sur ce premier secours, je tombe sur un crash d'avion où il y a quatre victimes décédées et là, en très peu de temps, je perds complètement mes moyens, si tu veux, et je découvre une autre facette du métier, la facette de l'humain. Moi, je l'avais abordé un peu à travers le sport, l'alpinisme et la plus grosse difficulté dans notre carrière, tous autant qu'on soit, on est tous constitués différemment, ça va être de se créer une carapace pour être capable de vivre ces moments très difficiles, douloureux, de se protéger parce que c'est vrai que voilà, quand tu arrives trop tard ou que les lois de la nature n'ont pas pu être inversées, pour nous, on le vit comme un échec, clairement. Donc, on sait que derrière, il va y avoir d'autres secours beaucoup plus agréables et on va s'en nourrir pour justement passer le moins mal possible ces moments qui restent difficiles. Donc, on l'aborde en formation initiale, etc., mais il faut être concerné, il faut être confronté à quelqu'un qui ne rentre pas, tu dois annoncer ça à une famille, c'est des moments difficiles, mais ça fait aussi partie de notre job et on l'a choisi. Donc, c'est aussi dans ces moments où il faut être un peu courageux. Il faut faire face. Moi, je sais que en tant que responsable de groupe, je devais gérer parfois les familles, c'est quelque chose de dur. Non, on ne s'y habitue pas.

Loïc Punaise, quelle vie. C'est vraiment impressionnant, tu vois, parce que c'est… Il y a des métiers, tu vois, qui sont difficiles physiquement, qui exigent, tu vois, ou intellectuellement qui sont très prenants, etc., mais là, ce n'est pas un métier, c'est vraiment… Enfin, moi, c'est mon impression, tu vois, quand j'ai lu ton livre, quand je t'entends, c'est que c'est un mode de vie, en fait. C'est un oxygène. C'est vraiment un mode de vie.

Pascal Ben, ça prend tellement de place dans ta vie privée que tu ne peux pas le considérer comme une activité professionnelle, quoi. Mais c'est ce qui est aussi beau. Tu vois, quand je parle à un dirigeant, l'objectif d'un team building ou d'un séminaire et que je leur dis que moi, mon objectif, c'est de sortir les gens d'un engagement professionnel et de créer les fondamentaux pour qu'ils se dirigent vers une aventure humaine, on y est en plein, quoi. Et nous, ça prend des proportions. Voilà, si je te dis que moi, en congé annuel et quand je dis moi, ça veut dire tous mes copains sommes capables de décrocher le téléphone pour voir, parce qu'on sait qu'il y a un secours difficile s'ils ont besoin de nous d'être capables de revenir au boulot pour aller bosser. Il y a peu de métiers où tu fais ça, quoi. Moi, je n'ai jamais eu de... D'ailleurs, bon, on l'a un peu payé au niveau de notre vie privée. Beaucoup de gens, malheureusement, ont divorcé parce que c'est chronophage, c'est prenant. Et je n'ai jamais eu le sentiment de travailler, quoi. Tu vois, c'est plus que ça. C'est un prolongement de moi-même. Et puis, le fait, parfois, ça fait sourire certains quand je leur dis parce que c'est vrai qu'on est quand même très discret dans ce métier. Et le fait d'avoir écrit mes livres, ça a été aussi une forme d'acceptation de dire les choses. mais tu vois, quand je dis que c'est vrai prendre un risque profond, voire accepter de ne pas revenir d'une mission pour sauver une personne que je ne connais pas, ça a donné un sens profond à ma vie. Donc, j'ai un regard sur les autres, sur la société qui est différent. Ça, ça vient de notre métier, quoi. Et je pense qu'on n'est pas les seuls, mais j'imagine que mes camarades du RAID ou des personnes qui sont envoyées au Mali ou autre vivent les choses différemment. On a le sentiment, voilà, d'être utile. Et c'est ça qui te manque le plus quand tu coupes. On est utile, mais pour une cause qui est noble. Moi, c'est vrai qu'amener quelqu'un à un sommet, c'est génial. On partage un beau moment de plaisir, mais il n'y a pas la même profondeur.

Loïc Ouais. Disons qu'il y a, enfin, directement, il n'y a pas de vie en jeu, quoi. C'est-à-dire que ton engagement n'est pas au service d'une vie. voilà, tu crées des expériences, tu fais découvrir des univers, tu t'amènes les gens à explorer des zones qu'ils ne connaissaient pas quand tu fais de la vie.

Pascal C'est un peu de choses à part, tu vois, je te raconnais dans les deux, j'ai encadré les étoiles du sport la semaine dernière et le responsable nous a confié une matinée de secours avalanche multivictimes. Il y avait 4 personnes sous la neige, j'avais que des, soit des enchères champions de tri haut niveau, champions olympiques, champions du monde, soit des futurs stars du sport français. et quand je leur ai présenté l'exercice, je leur ai dit, voilà, de votre comportement et de votre aptitude à travailler ensemble, c'est-à-dire à donner le maximum, mais non plus pour vous, mais pour les autres, va dépendre de la vie de 4 personnes. Donc, c'est un exercice, certes, mais elles sont quand même sous la neige, elles vous attendent. Mais je peux te dire qu'ils se sont transcendés avec une sensibilité qu'ils ne connaissaient pas parce qu'eux, ils vont gérer la performance individuelle, tu vois, dans leur carrière de sportif de très haut niveau et là, ils se battaient ensemble pour les autres, c'est génial parce que c'est ça qui fait notre sens. Si tu veux, nous, on a un cadre de travail, on s'est fixé un chemin, on sait que si l'un ou l'autre, que ce soit le pilote, le médecin ou le sauveteur, sort du cadre, on ne va pas atteindre l'objectif donc ça nous engage, ça nous oblige et voilà, on est main dans la main donc cette corde qui symbolise la cordée, même si des fois elle n'est pas sortie, elle est permanente. L'attitude des uns va peser sur le résultat final et peut avoir de graves conséquences donc parfois, quand tu es un peu à la limite de ce que tu es capable de fournir, tu vas chercher une force différente pour continuer à accompagner le pilote qui se bat pour maintenir la machine ou trouver le chemin, tu vois. Donc ça, c'est génial parce que c'est une configuration que j'ai rencontrée nulle part ailleurs.

Loïc Cette notion d'aller chercher dans ces derniers retranchements de dépassement de soi en fait, c'est aussi un point qui m'a vraiment marqué et notamment l'exemple que tu donnais sur les pilotes en formation. Alors pas les pilotes, les nouveaux pilotes d'hélicoptère ou de futurs pilotes d'hélicoptère mais des pilotes d'hélicoptère expérimentés, je ne sais pas si c'est la bonne expression mais de Valais qui avait déjà fait, qui savait tout à fait faire voler un hélicoptère mais qui là était en train de se former pour faire voler des hélicoptères en haute montagne et donc moi, j'ai découvert avec ton livre que ça n'a absolument rien à voir, alors c'est peut-être une évidence pour celles et ceux qui connaissent l'aérologie mais moi, je vais découvrir. Est-ce que tu peux peut-être nous parler de quels sont les paramètres en fait qui changent et puis bon, il y a un lien avec le titre de ton livre mais avec le nom de ton livre mais qu'est-ce qui est différent en fait en haute montagne et en pleine ?

Pascal Si tu veux, c'est le point commun qu'on va partager que ce soit les sauveteurs au sol ou que ce soit un pilote, c'est le milieu, milieu hostile, milieu difficile et donc pour un pilote, ça va être en règle générale l'aérologie. L'aérologie, donc ce sont ces masses d'air invisibles qui sont toujours en mouvement, qui peuvent avoir des forces incommensurables. À l'Everest, c'est plusieurs centaines de kilomètres heure qui peuvent emporter un hélicoptère, j'en parle dans le vol mythique de Didier Delessal qui a posé au sommet de l'Everest, donc c'est des forces que les pilotes doivent sentir, qu'ils doivent deviner et ensuite, ils doivent s'associer à ces forces ou les éviter. Donc ça, c'est en permanence, c'est très difficile parce qu'on ne voit rien, c'est des sensations, c'est des heures de vol. Nous, par exemple, dans les Pyrénées, on a beaucoup de vents du sud, c'est un vent qui arrive du Maroc, qui va franchir les Pyrénées côté espagnol et qui redescend côté nord des Pyrénées en France et qui produit de grosses, grosses turbulences. Et dans Ascendant, j'en parle, dans Ligne de Crète, il y a un chapitre qui s'appelle Le sac de sable où j'explique l'arrivée d'un pilote qui a 6000 heures de vol, qui va devenir pilote instructeur à son tour quelques années plus tard et chef de base à Pau. et le premier jour, moi, je suis derrière, on est encore dans l'époque où on utilise des Alouette 3, je suis assis derrière le pilote et j'hallucine. Je le vois incapable de faire des choses qu'un pilote formé au vol en haute montagne fait de manière courante. Et c'est là que je mesure à quel point c'est difficile et le gars, il a 6000 heures de vol déjà. Tu le vois, pose-toi à tel sommet, tu vois l'hélico qui ralentit, ralentit, ralentit et il ne s'arrête jamais. Je me souviens, on était dans une paroi donc les pales à peut-être 2 mètres de la paroi de chaque côté et il y a ce qu'on appelle un relais, c'est l'endroit où tu vas venir t'attacher quand tu fais monter ton seconde cordée et Claude Clochard qui était la crème de la crème à son époque, très fort pilote, amène le nez de la louette 3 à un mètre des sangles qui pendent, secoués par le vent, il recule en marche arrière donc nous on est derrière, on voit les pales quand même très très très près et il dit à Patrick vas-y à ton tour, prends les commandes. Tu vois le pilote qui est là, immobile, les gouttes qui coulent sous son glace et il ne peut pas avancer donc Claude le secoue un peu, il dit allez vas-y avance donc il reprend les commandes, il avance, il recule et il faudra peut-être un quart d'heure, 20 minutes pour qu'il arrive à avancer de quelques centimètres la machine alors que Claude le fait en toute décontraction et un jour, Patrick aura la place de l'instructeur et fera la même chose avec son camarade élève donc oui, c'est un milieu très très particulier où tu peux te faire piéger à tout moment, c'est ça qui est difficile ce jour-là par exemple on avait eu une grosse matinée moi nerveusement j'étais vraiment très fatigué et c'est la seule fois où j'ai voulu vivre cette expérience parce que ça m'avait tellement fragilisé de voir à quel point ce que je demandais au pilote était difficile que j'en culpabilisais parfois je me disais là tu viens de demander de treuiller ici mais tu n'aurais peut-être pas dû donc je ne voulais plus vivre ça et en rentrant Claude dit à Patrick bon on rentre manger à Gavarnie au poste il avait repéré un petit lac des bonheurs où on aurait pu poser 20 hélicos il lui dit pose-toi là et Claude avait anticipé qu'en se posant là on serait dans les rotors du vent du sud et que ça serait catastrophique et le pilote il se fait piéger on est en fin de matinée il va pour se poser à un moment donné je me retrouve la joue écrasée contre le plexiglas l'hélicoptère complètement sur la tranche et Claude qui lui dit ouais tu t'es fait avoir par le vent du sud tu vois il ne lui a pas du tout fait de reproche mais il avait anticipé cet exercice pour lui le sensibiliser sur ce vent du sud qui serait malheureusement un compagnon de toute sa carrière dans les Pyrénées donc voilà c'est ça quoi quand tu les vois c'est comme tout de toute façon c'est comme en sport quand tu vois le geste parfait ça te paraît toujours facile

Loïc ouais

Pascal mais quand tu sais comment ils en sont arrivés là et nous Dieu sait qu'on le sait puisqu'on l'a vu tu te dis c'est chaud quand même donc on sait si tu veux que voilà à chaque fois quand un pilote va te dire non là je ne peux plus tu n'insistes pas tu sais que quand tu ne peux plus il ne peut plus il faut trouver une autre solution chinelle

Loïc impressionnant impressionnant comment est-ce que toi tu faisais à titre perso pour décompresser quand même parce que tu l'expliquais tu vois c'est une vie c'est un mode de vie de chaque instant extrêmement prenant tu vois des choses parfois difficiles c'est un engagement total donc tu avais quel moyen toi de faire sortir la pression

Pascal ouais alors ça c'est très perso moi je sais que je l'avoue j'en ai déjà parlé avec mes gosses et tout moi je n'ai jamais coupé en 30 ans je ne coupais pas je n'y arrivais pas j'étais toujours dans ce monde on rentrait à la maison on passait 2-3 jours à la maison puis on repartait s'entraîner on partait faire de l'alpinisme c'était vraiment une drogue c'est quelque part un besoin donc je ne peux pas dire moi en plus étant responsable de groupe après représentant de la spécialité au niveau national j'avoue que pendant 30 ans je n'ai jamais coupé j'avais toujours un cerveau qui fonctionnait secours en montagne essayer de trouver des solutions essayer de tirer la spécialité vers le haut parce qu'on est un peu marginaux dans le ministère de l'intérieur donc il y avait des dossiers à mener non moi ça a été vraiment ma vie et puis quand ça s'est arrêté ça a été quand même assez dur quoi c'est pour ça que j'ai beaucoup travaillé comme guide pour combler le vide combler le vide pour un guide d'hôte montagne c'est pas facile mais non c'est compliqué alors après chacun le vit différemment aujourd'hui je trouve que les jeunes générations et c'est quelque chose que je leur reconnais même si en termes de management c'est peut-être un peu plus difficile pour nous ils arrivent à plus faire la part des choses c'est-à-dire que bon ils ont fait une semaine où ils se sont donnés à fond ça se termine le lundi le mardi ils vont se consacrer à la famille et tout c'est très bien je trouve que c'est bien moi je fais partie d'une génération où on était peut-être moins structuré par rapport à ça donc c'était toujours difficile de couper c'est-à-dire que t'es tellement il y a des journées tu touches pas les pieds par terre donc t'as fait 5-6 secours tu vas voir un pot avec les potes tu te couches tard tu te lèves tôt tout ça paraît normal tu vis une vie à 500 à l'heure donc quand tu reviens des fois en Valais même dans le giron familial c'est dur à dire parce que c'est quand même très égoïste mais c'est vrai que des fois ça te paraît fade

Loïc c'est un piège

Pascal c'est un piège je pense qu'il faut là aussi s'en protéger je pense que les jeunes générations le font mieux que nous

Loïc ok super intéressant super intéressant alors t'évoquais le fait que le secours en montagne c'est un milieu qui a perpétué l'évolution c'est aussi un point qui m'a étonné tu vois de voir de lire dans Rascendance à quel point en fait les technologies évoluent les connaissances évoluent t'évoquais l'utilisation du drone par exemple pour pour retrouver des accidentés ou des gens en détresse t'évoquais l'arrivée alors je sais plus quel est le terme mais l'utilisation de treuils plus puissants de câbles beaucoup plus longs qu'avant enfin voilà moi j'avais j'avais pas forcément vu cet aspect tu vois mise à jour perpétuelle des techniques d'intervention des connaissances je pensais que il y avait un cadre parfaitement maîtrisé et puis que la technologie permettait de tu vois des améliorations on va dire un peu marginales des hélicos un peu plus puissants un peu plus un peu plus rapide mais ça semble être en fait vraiment presque un milieu en construction encore

Pascal si tu veux dès l'instant que tu vises l'excellence tu es en permanente construction ça c'est une évidence et nous c'est vrai que l'excellence c'est un mot qui nous plaît bien on essaye on essaye de s'en approcher donc on se remet en question régulièrement comme tu dis arrive un nouveau matériel une nouvelle technique et bien il faut qu'on se l'approprie il faut qu'on évalue ce que ça va pouvoir apporter à une victime potentielle dans quel domaine on va pouvoir l'utiliser dans quel domaine elle sera moins utile donc c'est hyper intéressant tu vois on a plusieurs types de brancards en fonction du terrain on va utiliser plutôt celui-là parce qu'il glisse moins dans l'herbe que l'autre qui pourrait nous échapper les hélicos c'est ça les hélicos ça a d'abord été le passage de l'avion à l'hélicoptère parce qu'au début les premiers vols se faisaient en avion et puis ensuite il y a eu l'arrivée de la Louette 2 toujours du matériel français donc c'est le savoir-être et le savoir-faire à la française j'aime bien le rappeler et ensuite il y a eu la Louette 3 et puis en 1967 tu as le premier treuillage en haute montagne qui révolutionne vraiment le secours en montagne parce que jusque-là il nous approchait au mieux puis après il fallait marcher il fallait surtout malheureusement déplacer les victimes donc souvent c'était fait de manière délétère pour l'état physique de la personne donc là on nous amène au millimètre près sur la victime on la déplace plus c'est génial quoi et puis et puis voilà on avait un treuil au début qui faisait 25 mètres aujourd'hui on a un treuil moi j'ai travaillé avec un treuil de 90 je crois que le prochain hélico je vais en parler de l'évolution de 120 mètres bon voilà donc ça c'est la loi de Troie qu'un jour tu as le C145 qui arrive c'est une machine biturbine beaucoup plus puissante malheureusement avec aussi ses limites puisqu'on en a craché moi j'en ai craché deux dans mon groupe malheureusement donc ça aussi l'évolution il ne faut pas non plus se tromper elle se fait souvent dans le sang et les larmes quand même mais bon c'est l'histoire qui est comme ça c'est la vie donc là aujourd'hui on a eu 20 ans d'expérience avec cette C145 qui malheureusement a été éprouvée par quelques drames douloureux et on a travaillé pendant 20 ans sur cet hélicoptère pour qu'arrive aujourd'hui le H145 D3 qui équipe déjà les Alpes qui va venir dans les Pianais et qui a 20 ans si tu veux de recul par rapport à la dernière machine que l'on a utilisée et qui était déjà très bien donc aujourd'hui les pilotes les équipages ont quasiment pas une machine parfaite parce que la perfection n'existe pas mais un outil très très très abouti pour le vol en montagne parce que le C145 il avait été il avait été choisi à l'époque c'était Nicolas Sarkozy qui était ministre de l'Intérieur il avait été choisi pour sa capacité d'embarquement notamment dans l'hypothèse d'attentat et pour faire travailler des gars comme le RAID ou le GGN qui rentrent à 7-8 dans la machine mais nous la difficulté c'est que la haute montagne c'est le milieu qui va éprouver le plus un hélicoptère le pilote évidemment mais la machine aussi et on s'est rendu compte qu'à une altitude de 3000 mètres à peu près il y avait un problème de retour arrière et qu'il avait un défaut cet hélicoptère se mettait à tourner en bêtant ça le pilote ne pouvait pas le rattraper il y a eu deux accidents dramatiques on a perdu des copains et ça il a fallu l'apprendre personne ne l'avait l'avait envisagé donc voilà l'évolution de l'aéronautique en lisant ascendance on s'en rend compte mais c'est quand même malgré tout aussi beaucoup beaucoup d'essais matériels qui sont évolutifs en fonction de l'hostilité que tu leur proposes et nous Dieu sait qu'en termes d'hostilité en haute montagne les appareils sont éprouvés donc on a connu cette période difficile où un nouvel appareil est mis dans des situations extrêmes et malheureusement reflète quelques limites qui se traduisent aussi par des drames mais c'est malgré tout quand j'ai fait partie de la commission accident à deux reprises c'est malgré tout l'un des leviers de l'évolution de tout ce qui vole c'est un peu difficile à entendre parce que ça se fait au détriment de vie mais c'est comme ça

Loïc ouais comment est-ce que tu vois toi la suite du secourisme en montagne et notamment notamment avec les hélicoptères l'évolution technologique mais tu vois les nouvelles générations qui arrivent c'est quoi ta vision de la suite

Pascal ma vision moi elle n'est pas je ne suis pas expert je ne suis pas pilote mais si tu as bien lu Ascendance il y a quelques pilotes experts qui se sont qui se sont exprimés là-dessus ils pensent que les machines vont être de plus en plus assistées et c'est-à-dire que le pilote quand il va décoller il n'aura qu'un qu'un seul souci c'est l'atteinte de l'objectif par contre l'hélicoptère il sera de plus en plus assisté comme une voiture a aujourd'hui son airbag a son assistance a son assistance au freinage dès qu'il pleut à une assistance particulière voilà parce qu'au début les hélicoptères il fallait les tenir même en simple équilibre moi mon dernier vol ça a été ça a été un cadeau le pilote m'a fait monter en place avant et toucher le manche au bout de 30 années tu vois et avec ces nouvelles générations dès l'instant que tu lâches le manche déjà l'hélico est à plat il est comme un drone un peu tu vois stabilisé il est stabilisé de manière très efficace sauf qu'une à l'autre 3 ça ça n'existait pas donc déjà il fallait la stabiliser tu vois donc c'est ça on va évacuer toutes ces contraintes techniques qui pèsent encore aujourd'hui sur le pilote pour qu'il puisse se consacrer d'abord au milieu en secours montagne le milieu il restera le milieu les aérologies les dégueulantes voilà les vents contraires ça ça va toujours exister donc le pilote devra faire avec et ça ça sera que du pilotage après je crois pas tu vois un hélicoptère sans pilote ça me parait ça me parait vraiment compliqué en haute montagne quand tu voles à vue quand tu es en permanence à 10 mètres du sol j'ai du mal à me projeter mais bon faut jamais dire jamais mais je pense qu'on va alléger de cette technique de pilotage qui est quand même très très très lourde pour le pilote

Loïc ouais

Pascal ok sachant que dans un milieu à un moment donné c'est lui qui reprend la main et c'est lui qui va se battre avec une aérologie compliquée pour être capable de poser deux bonhommes à l'endroit qu'il aura décidé tu vois

Loïc ok affaire à suivre affaire à suivre oui yes super excellent on se rapproche doucement de la fin qu'est-ce que toi tu conseillerais à des tu vois de jeunes générations des hommes des femmes qui seraient intéressés par le secours en montagne qui sauraient pas forcément comment s'y prendre ou qui qui voudraient voilà qui voudraient avoir des conseils avant de se lancer qu'est-ce que Pascal leur dirait

Pascal c'est de venir se renseigner déjà donc dans un premier temps je leur conseillerais de lire mes bouquins non pas parce que c'est vrai il y a peu de bon là il y en a un peu plus maintenant mais quand je vois par exemple Bravo Papa qui est ma biographie je l'ai découvert in situ après l'avoir écrit c'est vraiment l'éclairage complet sur une vie de sauveteur donc c'est un document de référence qui peut aider un gamin ou une gamine à se dire tiens j'ai envie de faire ce métier en lisant un bouquin de ce type tu vas apprendre sans embages et sans retenue quels sont les moments sympas quels sont les moments un peu plus difficiles quel engagement tu vas devoir avoir donc c'est éventuellement voilà de se renseigner sous différentes formes la lecture ensuite venir voir les camarades qui tiennent des postes de secours ou les appeler c'est se renseigner auprès de notre école nationale le SNAS des CRS qui est à Chamonix tout en sachant que voilà on est en permanence à la recherche de nouvelles carrières on est en sous-effectif permanent dans nos unités et que voilà les gens qui ont envie de faire ce métier je ne peux que le reconseiller parce que c'est vrai que c'est un métier de dingo ils vont se régaler pas toujours facile il faut s'y préparer parce que la sélection est rude mais que s'ils s'en donnent les moyens de toute façon ils y arriveront j'en suis convaincu il n'y a pas d'obstacle qu'on puisse franchir si on se donne vraiment les moyens dans la vie certains vont le franchir plus rapidement que d'autres mais tous vont y arriver et voilà voilà je peux leur dire que c'est un superbe métier où ils n'auront pas à se demander pourquoi ils se lèvent le matin ou en pleine nuit et que pour ceux qui entendront ces paroles et qui le font actuellement qu'ils en profitent parce que ça passe très très vite j'ai fait voilà j'ai fait une parenthèse de 30 ans qui est passée à une vitesse vraiment inouïe je me souviens de mon dernier jour de travail qui a été très dur j'avais l'impression d'être rentré peut-être 10 ans avant tellement rempli de choses positives que ça passe à une vitesse mais vraiment c'est incroyable c'est incroyable donc voilà moi je peux inciter que les gens qui ont un peu cette cette appétence pour l'humain et qui aiment le milieu parce que bien évidemment c'est quand même un milieu particulier il faut s'y adapter il faut aimer ça et c'est vraiment une belle une belle carrière qui se profile qui n'hésite pas à se renseigner excellent

Loïc super

Pascal donc voilà

Loïc si cet échange crée des vocations n'hésitez pas à aller vous renseigner et tu vois c'est intéressant parce que je t'expliquais que nous on a créé une boîte donc Papyrus on fait un outil d'aide au management pour suivre les équipes toute l'année etc et une de nos missions c'est d'essayer de répondre à cette quête de sens en entreprise où on voit depuis le Covid tu vois qu'il y a beaucoup de déconnexions entre les gens qui se posent la question de pourquoi ils se lèvent et puis la réalité de leur travail dans leur boîte et très souvent en fait c'est lié au fait qu'il y a moins de liens tu vois il y a moins d'échanges moins de liens moins d'humains quelque part donc je trouve ça assez intéressant tu vois ce type de métier comme le tien ce que tu as fait pendant 30 ans oui j'imagine que tu ne te demandes pas le matin pourquoi tu te lèves tu vois quand tu sais que tu vas aller secourir des gens potentiellement sauver des vies c'est peut-être pas les mêmes enjeux qu'un métier plus classique on va dire

Pascal ouais mais tu vois contrario une question qui m'a souvent été posée dans les premières conférences je n'étais pas obligatoirement préparé je n'ai pas eu de mal à y répondre on me disait ouais mais vous le sens il est évident sauver une vie effectivement mais si tu prends un peu de recul et si tu as une petite réflexion sur ton métier rares sont les métiers où il n'y a pas de sens c'est justement le rôle d'abord du dirigeant de redéfinir le sens de ses collaborateurs et moi je prends souvent si tu veux l'image du vivre ensemble c'est un pulse avec toute une une composition et si tu enlèves un seul maillon à cette image elle est incomplète et moi je pense qu'il n'y a pas de saut métier alors bien sûr il y a des métiers qui sont dans la lumière le nôtre n'en fait pas partie il est utile mais il n'est pas dans la lumière et comme je dis souvent tout le monde ne peut pas remplir le stade de France ni l'Olympia et moi très sincèrement parce que je suis quelqu'un qui ne triche pas j'ai rarement eu de difficulté à trouver dans ma conclusion une analogie sur le sens je prends souvent des verbes du premier groupe qui se rapprochent mais sauver ça peut être hébergé ça peut être enseigné ça peut être plein de choses et moi je pense que les gens sont en quête de sens ça c'est une chose mais qu'on ne leur a peut-être pas non plus fait toucher du doigt l'importance de leur métier il n'y a pas de saut métier on l'a redécouvert avec la caissière pendant le Covid voilà je crois qu'il faut élargir les choses moi je suis quelque part je ne peux pas dire militant parce que je ne suis pas engagé réellement là-dedans mais je suis pour un monde où il n'y a ni petit ni grand par contre il y a des gens qui ont des rôles différents des fonctions différentes à des moments différents par contre l'ensemble de ces fonctions est essentiel au vivre ensemble et je crois que c'est là-dessus qu'il faut travailler cette corde qui relie deux alpinistes elle existe au sein d'une entreprise il faut simplement la redéfinir la protéger et l'alimenter donc c'est vrai qu'il y a du loup parce que je parle de management voilà moi je pense que c'est plus un état d'esprit un comportement qu'une technique et ça demande des profils très particuliers ça demande peut-être une remise en question de l'ascenseur professionnel au sein de l'entreprise parce que tout le monde veut être manager mais tout le monde n'en a pas les possibilités et c'est pas obligatoirement une critique parce qu'un manager sans bon technicien qu'est-ce qu'il est ? pas grand chose donc je pense qu'il faut remettre un petit peu les choses à leur place les fondations de la maison en premier et puis après on construit les murs et surtout que les gens aient le sentiment que voilà dans leur engagement s'ils le portent avec de belles valeurs il n'y a pas de sommetier

Loïc ouais c'est un super point très très bon point écoute Pascal un très très grand merci c'était passionnant d'échanger avec toi avec plaisir d'en découvrir un petit peu plus sur le monde du secourisme en montagne donc je rappelle ton livre Ascendance aux éditions Mareuil s'il y en a qui veulent en apprendre au plus et ça n'est que le troisième les deux précédents c'était aussi chez Mareuil bravo papa

Pascal vous appelez Pascal Sancho ils découvriront voilà bravo papa c'est vraiment ma vie mon oeuvre c'est très intime c'était le seul que je voulais faire à la base donc j'y attachais beaucoup d'importance et il y a voilà le message est à la hauteur de l'épaisseur du bouquin j'avais pas prévu d'en faire deux le second accompagne un peu ces lignes de crête c'est une vision un peu plus pas intello mais analytique de métier justement on parle de ce qu'on vient d'évoquer par rapport à l'entreprise les valeurs les postures etc et puis là c'est un bel hommage aux équipages d'hélico qui dessinent dans bien des situations les contours de la réussite ou de l'échec d'une opération donc on leur doit beaucoup excellent

Loïc merci beaucoup Pascal avec grand plaisir très bonne continuation merci à vous et écoute peut-être à bientôt pour un autre débrief sur un prochain livre merci d'avoir écouté l'épisode dans son intégralité j'espère que vous avez pris autant de plaisir que ce que j'en ai eu à l'enregistrer si vous avez des feedbacks vous pouvez me contacter sur le compte Instagram du podcast lesfrappés.podcast ou par email à hello arrobas lesfrappés.com je fais mon maximum pour que vous viviez de super expériences audio avec mes invités chaque épisode demande beaucoup de temps et d'énergie si vous appréciez mon travail la meilleure façon de me soutenir c'est de partager cet épisode à au moins 3 personnes qui aiment se dépasser si vous écoutez le podcast sur Apple Podcast ou Spotify prenez quelques secondes de votre temps maintenant pour m'y laisser une note 5 étoiles et un commentaire merci beaucoup pour votre fidélité à la semaine prochaine pour un nouvel invité pour un nouvel invité pour un nouvel invité pour un nouvel invité Sous-titrage ST' 501 Sous-titrage ST' 501 Sous-titrage ST' 501

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