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Saison 3 Bonus Trail #Diagonale des Fous #ultra-trail #préparation mentale

18 novembre 2023

La Diagonale des Fous - Au coeur de la course avec Romain Castiglia et Esther Morreel [PARTIE 2/2]

Durée · 1h48 · Transcription disponible

Cet épisode est cité dans nos dossiers · Gérer le sommeil sur un ultra de plusieurs jours , Gérer les troubles digestifs sur un ultra : estomac bloqué, nausées, que faire

Romain

Le récit

Dans cet épisode bonus en deux parties, j’échange avec Romain et Esther sur la Diagonale des Fous, le mythique ultra-trail de La Réunion 🇷🇪. Romain en a pris le départ en octobre 2023, et Esther s’est chargée seule de son assistance tout au long des 165 kilomètres de l’épreuve.

Auditeur régulier des Frappés Romain m’a contacté pour que je l’accompagne dans sa préparation mentale 🧠. Il s'est blessé à quelques mois du départ, et j'ai été impressionné par sa capacité à se remobiliser et par sa détermination sans faille lors de l'épreuve.

Dans cette deuxième partie on se retrouve au cœur de la course. Là où ça fait mal, là où les hallucinations s’installent, là où la douleur devient la seule réalité. Romain a souffert, vous l’entendrez, mais il est allé au bout avec l’aide d’Esther, en 45h45 minutes. Alors oui, c’est bien au delà de son objectif initial, mais est-ce qu’on a vraiment besoin d’un chrono pour se dépasser ?

Sortez les frontales, ont prend le départ de la Diagonale des Fous !

🙏🏼 Merci Romain et Esther, excellente écoute à vous les Frappés !

🔎 Pour plus d'info sur la Diagonale des Fous c'est ici.

🎙 Les épisodes du podcast auxquels qui pourront vous intéresser :
👉 Épisode #138 - La preuve par l'exemple que l'impossible est possible avec Éric, Stéphane et Philip [Réseau Autonomie Santé 🇨🇦]

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Transcription

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Romain Les mecs ils me voyaient, j'étais dégueulasse, plein de terre, strapé. Je fais 1m95 donc ils me regardent la tête, d'un coup ils me regardent les genoux, ils disent bouffe ! Tu vois genre le mec il avance encore tu vois. Et il y a ton nom sur le dossard et c'est allez Romain courage, allez c'est incroyable ce que vous faites, allez vous êtes des monstres, allez tu vois. J'ai jamais vécu quelque chose d'aussi difficile dans ma vie.

Loïc Salut, c'est Loïc. Bienvenue sur Les Frappés, le podcast de celles et ceux qui se dépassent. Chaque semaine, je vous fais découvrir des invités extraordinaires, des femmes et des hommes qui ont osé se lancer et qui se sont donnés les moyens d'atteindre leurs objectifs les plus fous. A travers leurs actes, ils nous montrent par l'exemple que tout est possible et qu'on a tous un potentiel exceptionnel, un frappé qui sommeille en nous. Eux se sont autorisés à le libérer. Attention, une écoute régulière peut entraîner des changements positifs irrévocables dans vos vies. Pour ne rater aucun épisode, abonnez-vous sur Apple Podcasts, Spotify ou Deezer. Vous pouvez également soutenir le podcast en devenant contributeur sur Tipeee, T-I-P-E-E-E. le lien est en description, ce qui vous permettra d'écouter les épisodes en avant-première, de rejoindre les visios mensuelles des frappés ou encore d'accéder à du contenu exclusif. Dans cet épisode bonus organisé en deux parties, j'échange avec Romain et Esther sur la Diagonale des Fous, le mythique ultra-trail de La Réunion. Romain en a pris le départ en octobre 2023 et Esther s'est chargée seule de son assistance tout au long des 165 km de l'épreuve. Auditeur régulier des frappés, Romain m'avait contacté pour que je l'accompagne dans sa préparation mentale. Il s'est blessé à quelques mois du départ et j'ai été impressionné par sa capacité à se remobiliser et par sa détermination sans faille lors de l'épreuve au point de l'inviter sur le podcast Dans cette deuxième partie, on se retrouve au cœur de la course Quand ça fait mal, quand la douleur devient la seule réalité quand les hallucinations s'installent et que le besoin de sommeil est quasiment insurmontable Romain a souffert, vous l'entendrez, mais il est allé au bout avec l'aide d'Esther en 45h45min alors oui c'est bien au delà de son objectif initial mais est ce qu'on a vraiment besoin d'un chrono pour se dépasser sortez les frontales on prend le départ de la Diagonale des Fous vous êtes à la réunion ça y est tu te retrouves enfin dans le sas de la Diagonale des Fous en termes d'émotions qu'est ce que vous ressentez

Esther on avait une banane je le vois c'est magique en plus il y a un monde tu sais c'est impressionnant. C'est vraiment impressionnant. Alors, l'avantage, c'est qu'il fait presque deux mètres. Donc, du coup, je ne l'ai jamais quitté. En visite. Je le vois au milieu. Et normalement, Romain, quand il commence une course, il est dans sa bulle, il est concentré, il est content, mais il se met dans sa bulle et il se concentre pour sa course. Là, je le vois sur tous les fosso, sur toutes les vidéos, je le revois. Il a la banane, il ne la quitte pas. il est trop content et il est léger, je le trouve super léger et je le sens détaché de tout et vraiment heureux d'être là

Romain j'ai clairement conscience que je me pointe sur un sur un 100 miles avec 10 000 de dénivelé qui est réputé un des plus difficiles du monde sans sans prépa clairement ça ne me prépare

Loïc en tout cas pas celle que tu avais imaginée

Romain ouais en tout cas pas celle qu'il faut clairement pas celle qu'il faut pour aller prétendre faire une course aboutie sur des formats comme ça avec les difficultés que ça engendre donc voilà j'ai conscience de tout ça et puis le seul truc c'est vivre l'aventure c'est une aventure de vie exceptionnelle et le simple fait d'aller traverser l'île du sud au nord, de parcourir 170 bornes, de monter, de descendre avec 2800 mecs et une foule qui t'acclame du début jusqu'à la fin, deux jours comme de nuit, en fait, c'est magique. Évidemment, je suis trop heureux.

Esther Et un an plus tôt, on était tous les deux derrière l'écran à regarder le départ de la diag c'est quelque chose qui t'est complètement inconnu tu regardes tout ça tu ressens, t'es envieux en fait t'as envie d'y être, tu rêverais d'y être mais ça te semble complètement inaccessible même pas tu penses en fait, t'y es quoi t'y es et tu fais le switch de, en fait je voyais ça en vidéo l'Arche, le départ comment ça s'appelle le départ ?

Romain Saint-Pierre

Esther Saint-Pierre et en fait, ben non, mais t'es là quoi et tu fais partie de ce bonhomme que tu voyais derrière l'écran il y a un an où tu disais comme j'arriverais trop à être là et bien non

Loïc c'est quoi vos souvenirs en termes d'ambiance justement pour le départ parce que tout le monde m'en parle de ce départ de la diagonale apparemment c'est exceptionnel

Romain c'est du jamais vu tu vois on est allé sur des courses mais là l'équivalent n'existe pas j'ai pas fait le TMB tu vois et il paraît que c'est faux aussi mais mais ouais je pense que l'équivalent n'existe pas c'est qu'en fait Lille, pendant trois jours, elle vit pour le Grand Raid aussi. Donc, en fait, tu as tous les accompagnateurs des coureurs. Et tu vois, sur les quatre courses, il y a Zambrocal en relais, la Mascarenne, c'est 70 bandes, je crois, le Bourbon, 110, et la Diag, sur les quatre courses, il y a 7000 coureurs. Donc, tu imagines que les mecs, certains viennent seuls, mais il y en a beaucoup qui profitent pour vacances, famille et tout. Donc, il y a beaucoup de monde accompagnant. et après il y a toute la population qui est complètement investie dans l'événement. Et le départ, c'est une euphorie hallucinante. C'est une euphorie. Et tu vois, moi je ne suis pas fan des foules du bruit et tout, tu vois. Mais là en fait, tu ne peux que communier avec tout ça. Et c'est le cas à la ligne de départ. mais en fait tu cours 5 ou 6 bornes mais vraiment 5 ou 6 bornes la foule ne désemplit pas

Esther je pense que c'est aussi lié au fait que ce soit les réunionnais ils jouent de la musique ils mettent la musique à fond ils sont joyeux c'est souvent comme ça tous les enfants dehors qui te tendent la main

Romain pour que tu leur claques dans les mains

Esther hyper convivial

Romain le mec il avait sorti sa moto il faisait enfin les gars ils sont fous il y a un bruit

Esther de fou par contre

Romain il y a un bruit

Esther il est parti à la seconde j'étais parti quoi tellement c'est waouh

Romain donc clairement tu peux tu te fais tu te fais tu te fais bercer tu te fais prendre par ça quoi c'est incroyable t'as l'impression d'être rougillot quoi d'un coup t'es idane tu vois donc non fou, vraiment fou et par contre là alors au départ mais j'ai pas tu vois j'ai pas tendance à transpirer beaucoup mais là il ya une chaleur et une humidité sur les cinq premiers kilomètres où je voyais le short des mecs devant moi tu avais l'impression qu'ils étaient allés soit sous l'eau quoi mais très très très très très très et il a fait plus chaud que j'ai j'ai franchement j'ai j'ai halluciné d'être au bout de deux bandes j'étais comme si j'étais passé sous la douche habillée et tout le monde donc voilà après ça c'est des choses qu'il faut prendre en compte parce que du coup tu transpires, il faut boire il faut que tu te nuiselles et tout du coup ça a été quoi

Loïc votre stratégie puisque là on rentre je crois que c'est la première fois au bout de 1h42 on rentre dans le vif du sujet votre stratégie du coup alors toi Romain d'un point de vue course dans les grandes lignes c'était quoi comment est-ce que tu avais découpé le parcours et toi Esther d'un point de vue assistance est-ce qu'il y avait aussi une stratégie est-ce qu'il y avait des sujets sur lesquels tu allais être particulièrement sensible des endroits où tu devais être à certains endroits à certains moments

Romain comme tu as pu constater que j'étais très très con j'ai quand même voulu faire mes temps de passage sur des bases de 35 heures

Esther la veille la veille on est parti de 42-48 à 35

Romain il faut bien qu'on se mette des temps de passage donc on va faire 35-36 heures et puis on s'adapte et du coup en gros pour moi la course elle se divisait en trois c'était donc le départ il est à 21h donc c'était première nuit jusqu'à Sylaos ça faisait à peu près 70 bornes Ça, c'était ma première partie. Et sur la première partie, je rejoignais Esther au kilomètre 40 et ensuite, je la rejoignais au kilomètre 70 à Silos.

Esther Le matin. En fait, on est parti le jeudi soir à 21h. Et il parle du matin, donc du vendredi matin.

Romain Le temps de passage, c'était de 9h.

Esther 9h, ouais, 9h.

Romain Deuxième partie de course, c'était rentrer dans Mafat. Donc, Mafat, en gros, là, tu es en pleine nature. Tu rentres dans un cirque. et en fait, si tu abandonnes dans Mafat, tu dois ressortir de Mafat par tes propres moyens parce que ce n'est pas accessible en voiture. Soit tu es élitroyé parce que tu as un problème grave, soit tu te démerdes. Donc la deuxième partie de la course, c'est Mafat Et en gros, c'est du kilomètre 70, enfin 80, quoi, jusqu'au 127, c'est deux bras. Oui. 127, c'est deux bras. C'est une grosse base de vie. Et ensuite, dernier tiers de la course, c'est sortie de ma fat. Et puis, ce qui te reste pour, donc, en fait, dernière journée, en gros, pour mettre en passage. parce que du coup la première nuit jusqu'à Sillaos où la Sillaos, j'avais prévu d'arriver à 9h ensuite journée et nuit dans ma fat et ensuite c'était le début de nuit

Esther on va dire les temps de passage

Romain initiaux ce qu'on avait prévu et ce qu'il y a été ensuite et ensuite dernier tiers de la course dernière journée le samedi où j'avais prévu de passer deux nuits dehors. Donc, initialement, en gros, les temps de passage, c'était au 40e, je devais rejoindre Esther à 2h57 du matin, je la rejoins à 2h58. À Silos, je devais la rejoindre à 9h, je la rejoins à 9h30. Donc, en gros, en fait, sur mes 70 premières bornes, c'est les distances que je maîtrise et je suis clairement dans mes temps de passage.

Esther il est dans les 300ème depuis le début

Romain pas de douleur au genou pas cramé il y a très peu de descente sur les 60 premières bornes et ensuite il y a une grosse descente pour rejoindre Sylaos, c'est la descente du bloc qui est assez redoutée par tous les coureurs parce que elle fait je crois qu'elle fait 8 bandes, si n'il n'y a pas de bêtises, avec 1000 de dénivelé. Et du coup, elle se court, mais elle est assez raide, il y a des chutes, et elle peut être glissante. Et du coup, dans cette descente, bête comme je suis, j'y vais pas tranquille au début. Et puis, j'ai des premières douleurs au genou, Donc, je me dis, en fait, je suis débile, il me reste, je ne suis pas la moitié du parcours. Donc, je ralentis, je la refais tranquille, mais j'ai clairement des petites douleurs au genou. Et en plus, du coup, ce n'est même pas que mon genou gauche qui est malade, c'est les deux là qui commencent à avoir des petits signes.

Esther mais tu sais qu'au ravitaillement au kilomètre 42 déjà il arrive et il me dit bon écoute parce qu'on s'était dit que les 70 premiers kilomètres c'était la partie plus ou moins facile de la Diag et là il arrive et il me dit direct bon alors écoute moi si ça c'est la partie facile j'ose pas imaginer la suite et il me dit direct laisse tomber les temps si c'est ça je respecterai pas mes temps et on est au kilomètre 42 déjà, parce qu'il a capté la difficulté du terrain.

Romain En fait, la première partie, c'est il y a des parties assez roulantes, il y a pas mal curieux, j'ai été surpris, il y a quand même pas mal de parcelles, de sections avec du goudron, et après tu longes des champs de canne à sucre sur des singles de terre où c'est super cassant, ça monte, ça descend, et musculairement, là, je me dis putain j'ai déjà mal aux jambes ou 40 bornes c'est bizarre quand même c'est un peu tôt pour avoir mal aux jambes et oui j'arrive à 3h du mat au premier ravitou au jour de l'Aster et je dis si ça c'est facile je pense que ça va être un sacré chantier cette histoire

Esther il est encore bien naïf

Romain et on avait bien prévu ce thème et du coup et du coup je quitte le kilomètre 40 pour rejoindre Marabou là c'est pareil tu longes des champs je ne sais pas si j'étais fatigué c'était 3-4h du matin c'est vraiment un endroit que je n'ai pas du tout aimé je me suis tordu une première cheval je suis tombé ce n'était pas fou jusqu'au ravitaillement à Marabou et à Marabou tu montes tu as une première ascension exigeante et là c'est lever du soleil je démarre à 4h30 5h du mat et le soleil s'est tôt et là l'ascension elle se passe nickel, j'ai la pêche je remonte du monde, en fait toute la course en montée je remonte du monde et ça c'est cool et je me sens bien et puis l'ascension, la première ascension elle est clairement interminable elle est interminable, elle est technique et là tu es déjà tu sais déjà ce qui t'attend l'énoncé est donné et encore on a eu de la chance cette année parce que ça s'appelle Marabout et apparemment il y a énormément de boue sur cette parcelle et là c'était relativement sec mais c'est en fait tu ne peux pas l'imaginer, c'est des racines, c'est des pierres c'est le bordel quoi, le sentier c'est le bordel

Loïc quand on m'en parle j'ai l'impression que c'est même niveau de technicité que les massifs Marseille, Aix etc mais l'opposé en termes de terrain, c'est à dire que le que ce soit de la caillasse hyper sèche etc, en fait c'est la jungle un peu, c'est la jungle

Romain c'est l'image que je m'en fais franchement c'est la jungle c'est mais en fait il y a plein de terrains différents sur toute la diag. Il y a plein de terrains différents sur toute la diag et il n'y en a pas un qui est moins difficile que l'autre. Ils sont différents mais ils sont tous méga exigeants, ils sont compliqués, c'est difficile de courir, c'est glissant, il y a des cailloux de partout. Je n'étais jamais à la Réunion, je ne connaissais pas le truc. C'est hallucinant. Et ce que monter vers Koto Kevergen s'appelle, je crois, c'est interminable en fait. Et je prends conscience déjà là que l'histoire, elle va être interminable.

Esther Mais du coup, quand tu me rejoins à Scyllaos à 9h30, tu ne me le communiques pas du tout. Je t'ai retrouvé à Scyllaos. Franchement, tu étais bien, tu étais nickel, tu étais positif, tu étais dans tes temps.

Loïc C'est là où tu étais à une demi-heure de plus. ouais

Esther ouais bah c'était quand même déjà une bonne partie de la course qui était faite et il arrivait tu vois je pouvais comparer les mecs qui passaient devant lui je sais qu'il était bien quoi

Romain non non il était vraiment bien il était encore bien j'étais un peu inquiet parce que je commençais à avoir j'avais eu les premiers signaux des genoux mais sinon

Esther il est resté tu vois il a pris son temps on s'est calé dans l'herbe il a pris une demi-heure il s'est changé il s'est changé il s'est changé

Romain les chaussettes chaussures je me suis recrémé entre les jambes après voilà et on m'avait mis en place.

Esther Là, c'était un gros ravitaillement important parce que du coup, il attaquait toute une journée en plein cagnard.

Romain Oui, parce qu'en quittant Scyllaos, je rentre dans ma fat où je ne vois plus Esther pendant, on ne savait pas combien, mais en gros, entre 10 et 15 heures. Donc, je dois être autonome sur mes ravitaillements, tout ce qui est compote, gel, barre. Je ne peux plus me changer de chaussure, je ne peux plus me changer de chaussette. Je ne peux plus me... Enfin, je n'avais pas la noc sur moi. Donc, clairement, à Scyllaos, je m'arrête, je prends le temps, je change de fringues, je change de chaussettes, je me recrême les pieds entre les jambes, je change de chaussures et puis je quitte Esther, je vais au ravitaillement.

Esther Oui, changement des frontales, changement de batterie de la montre, du téléphone. Enfin, il y a quand même tout un… On prend le temps, quoi.

Romain On prend le temps.

Esther On prend vraiment le temps.

Romain Je vais bouffer un gros plat de pâte et puis je repars. et là du coup et là je repars il faisait chaud là normalement

Esther parce que c'est pas forcément clair c'est vendredi matin et comme dans ma fat je pouvais pas y accéder ma fat c'est comme c'est comme un énorme cratère tout le long dans ma fat tu peux pas avoir d'assistance sauf si t'as d'autres assistants qui sont déjà dans ma fat

Romain qui se font 4h de rando pour venir te rejoindre

Esther en fait il faut être plusieurs du coup il y en a qui sont que dans ma fat et qui peuvent faire l'assistance mais dans ma fat mais tu peux pas faire et ma fat et l'extérieur en gros je lui disais ciao jusqu'au soir 23h un truc comme ça

Loïc il était supposé sortir de ma fat à ce moment là

Romain une deuxième grosse base de vie à deux bras et je crois que 23h c'était l'heure qu'on avait prévue pour que je la rejoigne là donc en gros de 9h et de 10h du mat jusqu'à 23h on se voyait plus

Esther moi j'étais censée rentrer à l'hôtel pour dormir vu que je l'avais assisté toute la nuit je n'avais pas dormi et que j'allais l'assister de nouveau

Romain la deuxième nuit

Esther donc j'étais censée vite rentrer à l'hôtel et aller dormir chose que je n'ai pas fait

Romain du coup je dis au revoir à Esther je vais manger mon plat de pâte au ravitaillement et je pars pour... Donc là, il y a une montée qui s'appelle Bras Rouge et ensuite, il y a une route qui traverse la... Il y a une route goudronnée et tu attaques la montée Utaï-Bits et en haut Utaï-Bits, c'est la moitié de la course. Et Bras Rouge, c'est plein de cagnards. Mais alors, j'ai l'impression qu'il était 15h parce que j'avais mangé des pâtes, mais en fait, il était 11h du mat. Et donc, je me fais la montée et je croise des randonneurs et du coup on avait fait la reconnaissance avant la course du Sentier Utaïbide donc j'avais fait la deuxième partie de la montée mais pas la première et je leur demande, elle est loin la route encore là ? elle dit, ouais vous n'y êtes pas là clairement peut-être t'en parles à voir dans deux virages parce qu'elle n'est pas là donc à sa réponse je capte que c'est encore long et du coup je monte et tout mais franchement ça allait bien, il y avait des petites rivières je me mettais la casquette et la tête dans l'eau ce qui est chaud et puis et puis au à la route goudronné il ya un dernier ravitaillement avant d'attaquer taibit est en fait esthère me faire surprise d'être là et puis là j'ai la méga pêche je fais des blagues et tout je prends café et coca au ravitaillement n'importe quoi je pense que j'ai un peu perdu du cinéma mais j'avais envie de caféine donc il me sert un café froid finalement je prends le coca et ensuite on doit attaquer la montée du tie beat, ça fait 4 bornes 800 dénivelés Esther elle est là en mini short et en tatam Nike et elle me dit allez je fais un petit bout avec toi et la meuf elle me fait en petit bout en fait elle me fait la montée du tie beat donc 4 bornes, 800 dénivelés en tatam Nike pieds nus et en mini short et on monte ensemble toute la montée et on croise des gens des randonneurs des trainers ils hallucinent tous sur esthérantatam surtout que les mecs tu commences un peu tu commences à être

Esther ils ont tous énormément souffert à bras rouges ça a été bras rouges au soleil il y a eu beaucoup d'abandon suite à la fin de bras rouges

Romain bras rouges au soleil il y en a un paquet qui ont séché donc on se fait la montée du taille beat ensemble c'était trop cool donc là vous êtes en plein cagnard c'est quoi 15 16 heures un truc comme ça non c'est 13h30 mais en fait le taille

Esther vite c'est un c'est une ascension qui est quand même un peu âgé sont brages et c'est important dans la course parce qu'en fait à part en haut du taille vite tu t'engages dans ma fat et donc si tu montes taille vite et que tu t'engages dans ma fat tu t'engages pour les 15 heures que

Romain soit tu fais demi tour ce qui abandonne soit tu fais demi tour soit tu dois rejoindre de bras c'est vraiment une grosse décision le tie beat il y a beaucoup d'abandons qui se font entre Sylaos et le tie beat parce que les mecs ils ont 80 dans les jambes qui sont secs et qui se disent je ne me sens pas de continuer rentrer dans ma tête et être en galère pour ressortir

Esther et nous on avait fait un reco mais en partant de zéro

Romain ouais

Esther c'était idiot

Romain ça va tu vois on se fait un reco frais je crois que la sortie c'était 10 bornes 1.2 dénivelé je dis mais ça va easy la montée du tie beat

Esther et on avait croisé des réunionnais qui nous avaient dit ah non le terrain non ça c'est le plus difficile non non il n'y aura pas le plus difficile Romain était là trop bon quoi il était grand confiant

Romain alors un truc à retenir pour ceux qui vont faire la diag c'est de ne jamais écouter les réunionnais sur les informations qu'ils te donnent et ça j'en ai pris conscience beaucoup trop tard mais en fait tout le long de la course tu demandes c'est dans combien de temps, c'est dans combien de kilomètres et les mecs te disent, c'est là, c'est là, et en fait, c'est jamais là, c'est jamais là, toujours dans des plombes et c'est jamais fini, tu vois, et je ne sais pas pourquoi les mecs te disent, dans deux bandes tu y es, tu vois, mais ce n'est pas vrai gros, ce n'est pas dans deux bandes, c'est dans deux heures et demie que j'y suis, et c'est ça systématiquement toute la course, et tu prends conscience de ça au centième kilomètre, tu vois, jusque là, tu les crois, et après, tu ne demandes plus parce qu'en fait, t'es presque énervé tu vois tu crois plus personne donc en haut du Taibit je quitte Esther

Loïc est-ce que là est-ce que là il y a eu une décision qui a été prise est-ce qu'il y a eu un moment d'hésitation déjà sur est-ce que je m'engage ou pas ou c'était clair non non non non

Esther par contre par contre je le laisse en haut du Taibit il est fatigué ça y est là

Romain bah du coup ça fait tu vois on est parti à 21h il va être 14h, donc ouais, ça fait 15h que je cours, quoi.

Esther Quand on avait fait la recours, on était redescendu dans ma fat, donc de l'autre côté, on était arrivé à Marla et on avait repéré un petit endroit avec une pelouse bien épaisse, bien moelleuse, et il m'avait dit, parfait pour la sieste. Donc là, il me dit, je pense que je vais dormir à Marla. Et ça, c'est un truc

Romain que je connaissais pas, en fait. J'avais jamais passé une nuit dehors, j'avais pas d'expérience dans la gestion du sommeil. Et je n'avais pas envie de me dire, je cours jusqu'à ce que je n'en puisse plus. Et quand je n'en peux plus, je dors, en fait. J'avais envie d'anticiper ça et de me dire, il est 14 heures. Ça peut être l'heure d'une petite sieste. Et comme ça, je ne souffre pas du manque de sommeil. Et puis, je peux repartir. Et du coup, je quitte Esther.

Esther Attends, parce qu'il faut savoir que c'est en haut du taille bide où il me dit, j'ai mal au genou.

Romain Ouais, en haut du taille bide, j'ai mal au genou.

Esther Et il me dit, je vais descendre, je vais aller me faire straper.

Romain Donc en haut à l'ébite, c'est clairement la moitié de la course où tu as fait 82 bornes et 4-5 000 de dénivelé. Donc, il reste la moitié.

Esther Donc là, première faiblesse. Je le laisse, il est fatigué, il commence à se refermer sur lui-même. Je n'en tiens pas compte. Je ne la demande pas. Mais c'est là que tu commences à manifester. ouais

Romain donc je fais la moi de mon côté je descends en courant encore je me fais la descente jusqu'à Marla en courant avec un mec qui habitait la Réunion c'était un kiné avec qui on a on a discuté tout le long c'était cool et Esther elle redescend raconte parce que c'est rigolo Esther du coup elle redescend le Thai Beat en courant donc elle en tatat et elle croise tous les mecs qui montent et qui la voient comme ça

Esther et d'ailleurs ouais En fait, j'en croise un toutes les cinq secondes. Moi, toujours dans mon euphorie, mon énergie, trop contente, ça me fait trop rire de descendre en hike. Du coup, je suis trop contente de faire mon sport au milieu de tout ça. Et du coup, je croise des mecs, je les encourage chaque fois, ils ne comprennent pas trop. Tu vois qu'ils sont tous dans la souffrance, mais tous, il n'y en a pas un qui a... Ils n'arrivent même pas à me sourire, ils arrivent à peine à me remercier parce qu'ils sortent de bras rouges, ils montrent le taille vite, ils s'engagent dans ma fat. et du coup il y avait vraiment un fossé entre eux et moi vraiment à tous les niveaux et au bout de... du coup j'ai dû descendre je sais pas, peut-être 45 minutes et en fait c'est au bout de 45 minutes que tu vis ça je me suis dit, et c'est là que je t'ai eu au téléphone en fait je me suis dit zut alors, il y a quand même un truc qui cloche parce que vous avez tous décidé d'être là et vous êtes tous dans la souffrance

Romain et vous faites la gueule les gars

Esther Et je t'envoie. Et je t'ai dit, il y en a qui sont sur le bord du chemin. Il y en a un. Il était en position en équerre, là. Les mains sur le bord du talus, les fesses en l'air, les jambes tendues. Je lui dis, monsieur, ça va ? Je dors. Ah, d'accord. C'est tout, quoi. Il y en a qui sont allongés. Tu ne sais pas s'ils dorment. Donc, tu commences à voir que ça commence à prendre une tournure un peu bonne. Et ça commence à m'interpeller. où je me dis, c'est quand même bizarre. En fait, ça m'interpelle sur l'être humain de me dire, OK, vous êtes tous en train de souffrir. Vous avez quand même tous décidé d'être là. Et il y a encore le double à faire.

Romain C'est ça. Surtout qu'on rentre dans le vif du sujet. Tu rentres dans ma fat, tu rentres dans le... En gros, les gars, ils te disent, la course, elle commence à Sillaos. Donc, tu vois, les 70 bruits en borne, oubliez-les parce que les difficultés, elles ne sont pas là. Donc, voilà. Esther, elle dit ça de son côté. Moi, je descends à Marla et à Marla, je me dis, j'ai sommeil, je mange et je me fais 20 minutes de sieste. Et tu te fais straper. Et je me fais straper les genoux. Donc, je me fais straper les genoux, je mange et ensuite, je vais m'allonger. Il y avait du bruit et je m'étais entraîné, tu le sais, avec cohésion cardiaque et puis je m'étais entraîné à faire des siestes de 20 minutes. Et là, je mets mon réveil 25 minutes. Comme ça, je me dis, je mets 5 minutes pour endormir, je dors 20 minutes et je repars. Et c'est exactement ce qui se passe. Malgré le bruit, le ravito, l'agitation, je m'endors direct. Je dors 20 minutes, réveil sonne. Et puis là, je suis méga frais. Je suis méga frais. Incroyable. donc je repars avec le genou strappé du coup ça j'ai un soutien de fou au genou c'est top tu vois

Esther et donc il est quoi il est ouais 14h30 non plus 14h30 15h j'ai dû te laisser un an aux 14h 14h30 moi non non j'ai fait ça 14h30 au du taille vides donc le temps que tu redescends de marala et et que tu dormes et que tu es plus tard.

Romain Ouais, c'est dans l'après-midi. C'est 14, 15 heures, je pense.

Loïc Et là, par rapport à tes horaires de passage sur ton rythme 35 heures, tu en étais où déjà ?

Romain Je ne sais plus. Là, en fait, j'étais déjà... Tu étais déjà dans la bulle. Non, en fait, je ne regardais plus déjà. Et puis, je ne m'en souciais pas. Et puis, très rapidement...

Esther Non, non, là, il y était encore. Il était encore bien.

Romain j'étais correct mais je ne m'en souciais pas et puis très rapidement dans l'avancée dans ma fat je me suis dit en fait il n'y a plus question de regarder le temps mais du coup parti de Marla après sommeil et alimentation je repars frais et là j'ai clairement un moment d'euphorie d'énergie où j'hallucine où je remonte plein de gars Et en fait, je me rends compte au bout de trois quarts d'heure, une heure, que je reviens sur des mecs que j'avais laissés au ravitaillement avant de dormir. Donc, je me dis, putain, j'ai dormi 20 minutes. Les mecs, ils sont partis quand je dormais, quand j'allais faire la sieste. Et je suis au même niveau qu'eux. Et là, j'ai mon strap au genou droit qui était trop serré. Et je capte qu'en monté, ça me défonce le muscle derrière. Donc, je le coupe aussi. j'ai un petit ciseau de pharmacie dans mon sac je le coupe aux ciseaux je me déstrappe un petit peu à droite ça me soulage et puis j'avance nickel pendant je pense une heure et demie deux heures jusqu'au prochain ravitaillement qui est pleine des merles ou où il ya une fille de un béné une bénévole qui me dit tu as ton strap tu as ton strap déchiré est ce que tu veux qu'on te refasse donc je dirais avec plaisir en fait il n'avait trop serré c'était ça me la serrer donc je veux bien qu'ils refassent et là le mec qui me dit bien je te le refais et me dit suis moi on va l'infirmerie et je le suis et je me fous devant la tente d'infirmerie et à la je capte qu'en fait il ya des mecs dedans en croix complet quoi et et jusqu'à maintenant j'avais pas vu ça en fait c'est et je suis méga surpris de me dire quoi en fait on est on est on est aux 90 là je pense et il ya un gars qui est à côté de moi qui est blanc et je dis ça va il me dit non pas trop et je dis que je m'alimente plus depuis des kilomètres et je dis tiens dormi il me dit non et puis le mec il faut en larmes tu vois et j'étais j'ai dormi 20 minutes j'ai mangé franchement ça m'a refait tu devrais faire ça quoi tu vois ouais ouais je vais faire ça puis il y avait un autre c'était un black, il était assis, regardant le vide, cernes, et du coup là je prends conscience d'un truc où je me dis, ah ouais, c'est pas la folie pour tout le monde déjà, c'est pas la folie pour tout le monde. Donc je me refais straper et je pars du ravito, ça va encore nickel, et là j'entame la descente qui s'appelle Sentier Scout et Et là, c'est une descente qui fait, je pense, je crois que c'est 1.200 ou 1.500 de dénivelé négatif sur 10-15 bornes. Et c'est interminable. C'est interminable. Tu passes sur l'autre côté, du coup, le terrain, il devient boueux, glissant. Je me retends la cheville, ça me défonce. Et là, plus rien. Plus rien, quoi. Plus de jus. D'un coup ? D'un moment à l'autre, je n'ai plus rien. Et là, du coup, il devait être 4h30, 5h30, 5h30, c'est couché du soleil. Donc, je capte que le soleil se couche, que ça commence à être sombre. Et après, je m'étais bien dit avant la course qu'à un moment donné, je savais que j'allais prendre la foudre et que l'idée, c'est de la prendre le plus tard possible. et puis là je suis au 96 et puis clairement la foudre est tombée et j'avance plus quoi j'avance plus, j'ai pas d'énergie je me sens faible vraiment

Loïc sachant que t'avais eu aucun problème d'alimentation, d'hydratation

Romain non non franchement franchement je suis super rigoureux sur manger et boire je le fais systématiquement c'est des automatismes et clairement j'ai absolument aucun problème de ventre et là, du coup, je me dis, bon, voilà, de toute façon, je savais que ça allait tomber, ça tombe maintenant, je m'assois sur un caillou, je me dis, je me fais un gel, je bois un coup, puis je repars, tu vois, et je repars, j'essaye de trottiner, j'ai mes genoux qui commencent à me faire trop mal, tu vois, et je me dis, mais attends, il me reste 6 bornes jusqu'au prochain ravitaillement, et je calcule, là, je commence à faire mes calculs, je me dis, mais en fait, 6 bornes à cette allure, je suis au prochain ravitaillement dans 2h30, Et là, en fait, tu prends conscience que les heures passent comme des minutes et les kilomètres ne passent pas. Tu vois, j'étais au 97 et demi, je crois ou 98 pour arriver au centième. Ça a été une éternité. Et je pense que je suis resté dans ce mal. Et on te parle en ultra, les hauts, les bas et tout. sur 80 bornes j'avais eu des bas parce que je courais mais c'était pas des hauts et des bas comme ça là j'ai touché du doigt le moment d'euphorie et bêtement j'ai tout cramé j'ai continué à avancer énergiquement et tout et là je me retrouve dans les bas fonds et puis ça passe pas j'avance en marchant et puis je croise un réunionnais qui me dit ça va et puis je dis moyen et puis le mec il court pas mais il avance en marchant à une vitesse hallucinante et je commence à discuter avec lui et je lui dis il ne faut pas que je lâche lui parce que si j'arrive à le coller il va m'amener au ravito il ne faut pas que je lâche tout seul il commence à faire nuit je ne me sentais pas l'éternité et finalement je continue à discuter avec lui super cool on échange il a un rythme assez soutenu et j'arrive à le tenir malgré la douleur les genoux et le mec et je dis mais on est en réglage tellement combien de temps elle me dit ben là pas avant trois quarts d'heure quoi tu vois je mets non sérieux encore encore tu vois et et ben en fait il a raison le mec qui connaît les sentiers et en En fait, on arrive au ravitaillement au bout de trois quarts d'heure. Et là, il doit être autour de 20 heures. Et je suis sec, quoi. Franchement, je suis sec.

Loïc Donc là, c'est quoi ? C'est dans ma fat ? La section ma fat ?

Romain Là, c'est Roche-Platte, le ravitaillement. Et c'est au 108e. Donc, c'est au 108e. Et je sors de ma fat.

Esther J'ai minuit, car.

Romain et je sors de ma fat au non c'est pas roche plate c'est grande place

Esther 20h

Romain j'arrive à 20h je sors de ma fat au 127ème il y a la dernière montée qui te monte à Dodane et tu sors de ma fat

Loïc donc t'es à la moitié de la deuxième section ouais et là

Romain j'ai un moment où tu vois, je suis à fleur de peau, je me ravitaille encore, je me fais des vermicelles et tout. Je ne sais pas pourquoi, je pense à mes enfants, je pense à tous les gens qui me soutiennent, je commence à avoir des larmes qui coulent, tu vois. Et je me dis, bah, je vais dormir en fait. Je vais aller dormir parce que…

Esther Là, tu m'appelles et tu me dis… Là, il m'appelle et il me dit, laisse tomber, je ne serai pas du tout à Dodane, je ne serai pas du tout à Debras aux heures prévues. Dors.

Romain Là, en fait, je me dis, ok, là, en fait, j'écris même, j'écris, il y avait un groupe WhatsApp avec famille et proches qui me suivent, et je leur dis, je prends conscience de l'ampleur du truc, il n'y a plus, l'objectif aujourd'hui, maintenant, là, c'est de prendre le temps pour réussir à rejoindre la redoute, quoi, pour réussir à rejoindre l'arrivée, quoi. Et on avait discuté qu'il fallait dormir soit 20 minutes, soit une heure et demie et je me dis rien à foutre rien foutre du temps quoi je dors une heure et demie je me refais et je repars quoi et et je vais me caler dehors sur les sur les matelas de camp et je fais un mètre 94 et en fait les matelas de camp ils sont faits pour des mecs d'un mètre 80 je pense et du coup j'ai la barre et toi toi toi j'ai la barre au niveau de la tête et si je baisse la barre au niveau des débuts des mollets. Et en fait, je suis mal, je me dis ce n'est pas grave. Et je me mets un réveil pour être debout dans 1h30 et au bout de 25 minutes, je n'arrive pas à dormir, je ne dors pas, je me dis c'est mort, je repars. Donc je refais un stop au ravitaillement où je mange et je me dis je vais appeler les petits. Là, je regardais l'heure, il était 21h, donc il J'étais 19 ans en France. Je me fais un petit FaceTime avec mes enfants qui ont 5 ou 6 ans à la frontale. « Papa, t'es où ? » Je suis dans la nature. « Mais tu fais quoi ? T'es en course ? » « Oui, oui, oui. » Donc, j'essaie de me faire un petit shoot de positif avec eux. Et j'appelle Esther pour lui dire « Je n'ai pas dormi, je n'ai pas réussi. » Je repars. et là tu pars pour 7 bornes avec 1004 dénivelé positif où je crois que tu as 200 de positif 200 de négatif et ensuite tu as près de 1000 sur 6 ou 8 bornes donc pareil à monter ça va j'ai remangé, je me suis, j'ai pas dormi mais j'ai repris un peu d'énergie, moralement ça va, je me fais la petite ascension tranquille, la petite descente tranquille, il y a une rivière à traverser comme un gros con, je me dis il ne faut surtout pas que je mette le pied dans l'eau, je mets le pied dans l'eau quoi et là tu as un regain d'énergie

Esther parce que tu m'appelles et tu me dis finalement viens vers 2-3 heures

Romain ouais voilà je

Esther non je t'appelle, c'est moi qui t'appelle je t'appelle et je te dis du coup quand est-ce que je viens parce que j'avais quand même la route c'était un chantier pour arriver pour le rejoindre et en fait si je l'avais écouté la première fois j'allais y aller trop tard et donc du coup je le rappelle pour savoir et je capte qu'il a un regain d'énergie il me dit oh viens vers 3h

Loïc parce que toi Esther du coup t'étais en mode veille permanente donc t'as pas dormi entre la première nuit blanche

Esther quand je descends au du Taillebit j'ai une heure pour descendre je crois que j'ai dû mettre 2 ou 3h pour quitter Sillaos parce que c'est une route sinueuse à flanc de collines, à flanc de montagnes où tu n'as qu'une voiture qui passe, les rochers par-dessus la voiture. Il y avait un monde de fous parce qu'il y avait encore tous ceux qui arrivent à Sillaos à 16h, à 18h. Donc, tu as tous ceux qui montent. C'était un bordel incroyable. Donc, le temps d'arriver à l'hôtel, il était 18h30. Donc, je n'avais toujours pas dormi depuis la veille 21h. il fallait que je me décharge de toutes ces affaires refasse le point parce qu'il fallait que je me tienne prête pour quand je vais repartir le temps de me laver de me coucher il est 19h30 et en fait tu peux pas déconnecter tu sais pas où il est tu sais pas quand est-ce qu'il arrive j'avais pas de nouvelles t'as pas envie de te mettre en mode silence parce que je t'arrive pas à abandonner tu peux pas, tu marches pas donc tu restes comme ça avec ton téléphone et en fait tu t'empêches tu ne veux pas rater quoi que ce soit et en fait heureusement parce qu'il m'a appelé donc j'ai somnolé de 19h30 à minuit et à minuit comme j'ai un chantier qui m'attendait pour arriver à la sortie de ma fat à deux bras en fait il fallait que j'aille à Rivière de Galais que je trouve un jeep et que je trouve un mec c'est pas en fait ça c'est en dehors de l'organisation de la Diag tu dois trouver quelqu'un qui est ok pour te transporter jusqu'à Mafat et en fait pour y accéder c'est un bras de rivière qui est pas complètement desséché donc en fait tu passes tu traverses la rivière plusieurs fois donc en fait c'est pour ça que c'est un Jeep et en fait c'était génial

Loïc l'expédition le truc

Esther l'expédition mais du coup je savais pas du tout combien de temps ça allait prendre je sais pas si j'allais pouvoir choper un Jeep rapidement ou pas. Du coup, j'ai dormi 13 heures, même pas.

Loïc Et donc, rendez-vous donné, rendez-vous a été donné à deux bras pour quelle heure finalement ?

Romain Bah, du coup, je, donc, tu vois, je suis, en partant de grande place, je me fais la petite ascension, la grande ascension et ensuite, il y a, il y a huit bornes, quasiment mille de dénivelé et, et j'arrive avant de monter et je regarde dans le ciel, je vois des lumières, je me dis, c'est des étoiles et en fait, je capte que c'est des frontales et en fait je prends conscience de où est-ce que je dois aller dans le ciel en fait je dois monter dans le ciel et entre les deux ravitaux il y a je crois qu'il y a 7 bornes et demie et en fait je mets 2h30 pour faire 7 bornes et du coup j'arrive après l'ascension de l'ascension du monstre au dernier ravito avant de rejoindre Debras je l'appelle et là il est minuit je pense, minuit et quart et je lui dis je pense qu'il me faut il y avait 15 bandes de descente pour rejoindre Debras et je lui dis, compte 3h donc en gros non c'est ça

Esther tu me dis viens vers 3h mais moi à ce moment là je suis pas en fait je sais pas ce qu'il traverse je sais pas comment il est, je sais pas dans quel état il est et Romain c'est pas quelqu'un qui se plaint jamais donc il va toujours

Romain non mais ça allait là je me rappelle je faisais des blagues au ravitainement franchement moralement ça allait c'était difficile mais moralement ça allait pendant l'ascension j'ai croisé un mec qui était au bord du sentier alors tout le sentier qui monte j'ai croisé des tonnes de mecs qui dorment mais en plus ils dorment à un mètre du vide les gars, c'est quand même dangereux ce que vous faites et je croise un mec strapé aux deux genoux comme moi, assis et je dis, ah on a le même problème tous les deux tu vois et finalement du coup il s'élève il me suit, Jérémy, puis je passe des heures avec lui, on discute et du coup franchement pendant cette section là j'ai passé beaucoup de temps avec du monde avec différentes personnes avec qui j'ai parlé et Et c'est top parce que du coup, tu crées des liens facilement. En fait, tu es dans la même merde, donc tu te rapproches rapidement et tu échanges. Et tu captes que le temps, les kilomètres passent beaucoup plus vite quand il y a 2-3 et que tu partages des moments plutôt que quand tu es seul avec ta frontale. Donc derrière, j'arrive à grande place, je l'appelle, je lui dis je pense qu'il me faut 3 heures pour descendre. et là j'appréhendais parce qu'un des réunionnais que j'avais croisé avant il m'avait dit moi ce que je redoute c'est à monter à grande place puis à descendre et puis moi je pouvais là en descendre je ne peux plus courir donc tu prends je crois que tu fais

Esther dans ma fête tu courais encore ?

Romain sur certaines parcelles 1200 ou 1500 des niveaux négatifs tu vois et après le ravitaillement je pars avec avec deux gars avec deux gars dont un de la Réunion qui imprime un super rythme en descente et je me dis putain je vais avec eux je me force, j'ai mal en marchant donc en fait je vais courir et puis j'ai mal quand même mais au moins je passe pas ma vie dans ce sentier et du coup je pense que je fais une demi-heure, trois quarts d'heure en courant avec eux où je me dis putain c'est bien c'est bien, c'est bien, je remonte je gagne du temps je perds pas parce que quand tu marches dans les sentiers en fait tu te dis tu peux mettre des plombes en fait et puis au bout de une demi ou trois quarts d'heure je le laisse partir le premier je dis écoute ça y est j'ai bien suivi, je vais me poser un peu celui avec qui le troisième qui était avec nous il dit je reste avec toi on redescend à un rythme un petit peu plus moins soutenu, on rejoint Jérémy qui était strappé aux deux genoux qui nous suit finalement on fait un bout tous les trois puis on arrive à un petit ravitaillement et on leur dit les gars, c'est où Debra là ? sérieux ? Ça fait deux heures qu'on descend ça fait deux heures les gars c'est où ? Et le mec il te dit tu sais que j'étais un mec de La Réunion moi j'ai fait le grand raid l'année dernière j'ai terminé, ok c'est où ? 3 quarts d'heure, vous êtes dans 3 quarts d'heure à Debra, il dit vous traversez la rivière et vous êtes à Debra ok cool, allez, on repart et interminable jusqu'à la rivière et puis à la rivière, tu dis, bon, le mec, il t'a dit tu traverses la rivière et t'arrives, quoi, tu vois tu traverses la rivière et tu remontes et tu dis, mais comment ça, tu remontes et tu remontes, tu vois, et tu remontes et tu repars dans la nature et en fait, tu t'es dit, mais non, mais encore une fois tu vois, encore une fois, il m'a dit des conneries quoi et le ravitaillement, il était au 129 et à ma montre, tu vois, j'ai 129, je crois et je vois de la lumière au loin et en plus j'avais repéré l'endroit dont je connaissais le ravitaillement et je me dis ça ressemble pas à ça mais je vois de la lumière peut-être que j'arrive dans un endroit que je peux je n'ai pas repéré et puis ça va le faire et en fait il y a un contrôle de pointage où le mec te dit point GPS vous êtes au 124 les gars, alors moi j'ai 3 bornes de plus 4 bornes de plus, il reste 3 bornes jusqu'au ravitaillement et 100 de dénivelé je me dis mais les gars sincèrement quoi

Esther mais tu arrives avec le recul à capter la différence 3 bandes sont dénulées ça va

Romain ouais tu vois dans la vie courante tu dis 3 bandes dénulées ça va c'est crème puis en fait là tu te dis c'est interminable quoi là franchement physiquement, moralement il est 3h30 du mat je suis de nouveau seul et je sais que je rejoins Esther et je me dis mais putain comme je suis content j'avais envie de la serrer dans mes bras

Loïc là t'avais dormi 20 minutes en plus depuis le début

Romain poser une demi-heure sans dormir et c'est tout et là ça commence à craquer physiquement je cours plus j'ai des douleurs en fait j'ai j'ai dû compenser avec les mollets et à chaque fois que je pose deux pieds j'ai un coup de couteau dans le mollet et du coup je me dis j'essaye d'imprimer un rythme correct avec une marche rapide et puis je me dis pour arriver à la redoute il faut que je passe par là donc je me pose plus de questions de kilomètres de temps de dénivelé il faut que je passe par là et puis là il y a la rivière à traverser trois fois entre temps avec la frontale à chaque fois que je vois un caillou j'ai une sorte d'alu où j'ai vu plein d'animaux et en fait c'était des cailloux noirs où d'un coup j'ai vu la fente d'une maman en poussette et je me disais mais c'est pas possible qu'il y ait une maman en poussette qui fasse le ravitaillement de la même ici tu vois et donc j'ai halluciné de me dire j'hallucine mais par contre quand je fixe le truc je me dis mais non c'est vraiment une maman avec une poussette quoi et au fur et à mesure que tu avances tu vois ben non en fait c'est pas du tout une maman avec une poussette c'est juste un caillou quoi et puis là je traverse deux trois fois la rivière et puis je vois des chaussures rouges et en fait je reconnais les chaussures d'Esther qui est au milieu du sentier et qui se lève la tête et en fait elle s'était endormie et elle va raconter

Esther du coup moi j'ai quitté l'hôtel à une heure et donc du coup je dois rejoindre Rivière de Galais à partir de Rivière de Galais tu n'as plus de réseau donc j'avais une demi-heure de Jeep et je suis arrivée donc au ravitaillement à deux heures et demie

Loïc mais attends mais Jeep il y a des locaux du coup des réunionnais qui savent c'est des taxis

Esther en fait c'est en dehors de l'organisation c'est pas super bien foutu donc soit tu cours d'e-borne les pieds dans l'eau on y a pensé une fois on a envie de changer De nuit. De nuit. Avec des sacs de ravitaillement. Et en fait, il y a toute autre chose. C'est que du coup, je suis arrivée en Jeep à deux heures et demie. Donc moi, j'étais encore complètement euphorique, naïve, innocent, avec mes sacs, tout pour lui, les plaies, les coussins et tout, parce que là, c'était encore gros ravitaillement. Je sors de Jeep.

Romain Deux bras, c'est une grosse base de vie et c'est tenu par des militaires. Donc, tu as des tentes de militaires, des camions de militaires. t'as un grand espace de ravitaillement t'as tous les sacs des mecs qui ont pas d'assistance qui doivent récupérer leur sac pour l'échange

Esther ranger un rang d'oignon sur un champ

Romain et t'as un médecin, kiné, podologue c'est au 130

Esther et en fait je m'y attends pas, il fait nuit noire je passe pour aller dans le ravitaillement je me retrouve au coeur du ravitaillement avec 10 voitures, 10 gros camions de militaires garés à gauche en rang d'oignon ils crossentendent avec juste des toutes petites loupiottes t'entends juste le cling de la mama qui fait à manger t'as juste le bruit du groupe électrogène t'arrives là, tu dis c'est quoi ça ? et je commence à regarder, il y a très peu de gens et tu vois des ombres passer, t'en vois un qui passe avec les jambes trappées, qui boite t'en vois un autre passer et tu vois là j'ai pris une petite plaque là je suis redescendue de mon nuage et je traverse le ravitaillement en douceur t'es presque mal à l'aise d'être là avec ton gros bonnet ta couverture, ta grosse doudoune toute équipée et tout et je vois les regards des coureurs qui sont assis à table au ravitaillement qui me regardent passer avec un regard où j'avais honte d'avoir tout ça juste pour mon mec. Et je sentais qu'eux aussi, ils avaient envie de réconfort. Et c'était très bizarre ce que j'ai vécu à ce moment-là. Et là, j'ai fait OK, là, c'est chaud. Vraiment. Et j'ai laissé le ravitaillement derrière moi. Je me suis retrouvée toute seule dans le noir. Et tu vois, tu arrives sur le sentier, si on peut appeler ça un sentier, et tu captes qu'en fait il y a des gens qui viennent avec des tentes des réchauds, des chaises et t'as tout le monde qui est dans le noir il n'y a pas un bruit tu vois une petite frontale qui passe de temps en temps et en fait tout le monde attend quelqu'un pour le réttailler quoi et je capte que en fait les gens sont équipés ils ont des tentes, des tentes pour que eux en fait puissent dormir

Romain en attendant les coureurs

Esther parce que tu sais pas quand est-ce qu'il arrive c'est beaucoup trop aléatoire il peut y avoir en fait 6 heures d'écart et toi t'as pas dormi t'as fait la route t'es pu vie à 100 à l'heure et en fait c'est super bien foutu d'avoir une tante, une tante pour l'accueillir quand il arrive avec un petit matelas, un petit poussin qui ont des réchauds pour pouvoir leur faire à manger ce qu'ils veulent, bien chaud etc. Et là je me dis bon bah il est 2h30, j'ai pas de réseau j'ai pas dormi si ça se trouve il arrive à 8h qu'est-ce que je vais faire ? parce que quand j'étais arrivée au kilomètre 42 à Nédebeu j'étais arrivée à 11h j'avais pas ma voiture parce que j'avais dû accéder en bus et ils passaient à 3h donc 4h plus tard ils faisaient 3 degrés je crois un truc comme ça, ils gelaient et un groupe de mecs qui étaient trop cool, les gars du Nord qui venaient qui m'ont tout de suite dit bah viens avec nous donc du coup je suis restée avec eux pendant les 4h mais ça aide en fait parce que ça fait de la vie, tu discutes ils étaient géniaux, ils étaient venus faire la surprise à un des coureurs qui avait 50 ans donc tous ces potes d'enfance ils étaient tous là pour le ravitalisme qui ne le savait pas. C'est génial. Donc là, cette fois-ci, j'étais seule. Et je me dis, bon, comment je vais faire ? Parce que pour garder ma lucidité pendant peut-être les 4 heures qui allaient arriver, c'était compliqué. Du coup, je me suis dit, je vais me foutre sur le chemin, le tout petit chemin. Je vais m'adosser à un petit rocher et je vais mettre mes chaussures au milieu du chemin. Comme ça, je suis sûre qu'il ne va pas me rater.

Loïc Et c'est ce qui s'est passé au final.

Esther J'ai tenu pendant 1h30. En fait, l'endroit, c'était grandiosque l'endroit c'était magnifique, il y avait là une toute petite lumière qui éclairait juste les lignes des montagnes, je voyais toutes les étoiles dans le ciel, c'était magique j'encourageais tous ceux qui passaient, je leur disais ravis-toi à 100 mètres, allez courage et au bout d'un moment en fait j'ai piqué du nez, je me suis endormie j'ai levé la tête j'ai dit, allez courage, ravis-toi à 100 mètres et d'un coup je regarde et je me retrouve avec le numéro de dossard de Romain devant mes yeux. Je me suis réveillée pile poil au moment où il arrivait. Il avait reconnu mes chaussures. Il était strappé comme le mec que j'avais vu en arrivant qui m'avait touchée. Et là, je me suis levée. Il m'a serrée. On avait dit qu'on ne s'était pas vus pendant 10 ans. Et là, j'ai capté. C'était vraiment une nouvelle ambiance. Donc là, on ne s'est pas speedé pour se ravitailler. là c'était ok je vais à son rythme je vais voir ce dont il a besoin je me mets derrière et je m'adapte

Romain moi j'arrive à Debrois je suis sec et je lui dis il faut que je mange, il faut que je dorme pour au final j'étais quand même content parce que je sortais de ma fat et il me restait il devait être 5h du mat 4h, 5h du mat donc je vais prendre le temps de dormir et comme ça je repars vers 6-7h et puis je me fais le dernier tiers de jour pour finir la journée, c'était ma dernière journée de course

Loïc il te restait combien après ça ?

Romain à Debra il me restait en gros 40 bornes 2005 de dénivelé ouais donc c'est clairement pas rien à ce niveau de la course c'est clairement pas rien mais moi je n'ai pas pris conscience de ça en fait je me dis 40 bornes 2005 tu vois il est 7h du mat je suis milieu d'après-midi, c'est bon. Donc, je lui parle, je lui raconte mes ups, mes downs, la nuit, le terrain, le chantier. Je me déverse de tout ce que j'ai vécu depuis 13h ou 14h que je ne l'ai pas vu. Et il boite. Je mange. Je boite.

Esther Il ne marche pas normalement. Il boite deux jambes.

Romain Et je lui dis, je vais dormir 20 minutes. Et puis, on repart. Et puis, je repars. Et du coup, en fait, elle n'a pas le droit d'entrer, d'aller dans les ravitaillements. Donc, on s'est calé à un endroit après le ravitaillement où elle pouvait être écoutée de moi. Je m'allonge en vrac sur un morceau de rien du tout.

Esther Au milieu aussi, au milieu du ravitaillement à l'entrée.

Romain Et puis, j'avais la couverture. J'avais mis le sweat, le kawai, un truc sur les yeux pour la lumière. et j'essaye de faire mes aspirations pour m'endormir et je pense que je je pense que je dors 5 minutes je pense que je pars et je reviens j'avais le bruit du ravitaillement de la meuf qui mettait la casserole sur le plat chaud à chaque fois qu'elle et j'avais ça en permanence et voilà je m'allonge 25 minutes, je pense que je dors 5 minutes puis je me dis il faut que je me relève et je repars il faut la plier plus t'entraîner on va plier et là je me relève les muscles froids les douleurs j'avais du mal à marcher il y avait les kinés je vais me faire masser et je repars

Esther tu me dis je vais aller jusqu'au bout mais je ne remets plus un pied ici je vais la terminer

Romain toute la nuit je discute avec des mecs les gars à première diag ouais premier sans maïs ouais et alors dernière diag dernier sans maïs on avait tous le même discours et on disait mais putain les mecs qui font la diag deux fois trois fois quatre fois c'est des malades les gars tu vois que c'est quoi leur problème en fait tu vois une fois tu vois ce que c'est tu prends cher et puis t'arrêtes tu vois et là c'était clair c'est ce qu'il m'a dit tout de suite dès qu'il m'a retrouvé il m'a dit je lui ai dit voilà l'objectif diag ça fait ça fait ça fait Il y a un moment que j'ai dans la tête, j'y suis, je vais au bout, et puis je coche la case, et puis terminé. Et du coup, je repars. Et pour sortir de Debrat, il y a encore une montée, pour un monté à Dodane qu'on avait repéré.

Esther Tu te souviens pourquoi on l'avait repéré ? Tu te souviens pourquoi on avait été là ?

Romain Non.

Esther Parce qu'en fait, quand ils regardaient les temps des mecs qui couraient la Diag, ils ne comprenaient pas comment ça se fait entre l'arrivée à Debrat et en haut de Dodan, il y avait 3h, 3h30.

Romain Entre 2 bras et Dodan, il y a combien ? 4 bornes et 800. 4 bornes et 800 dénivellés. Et quand je regardais les temps de passage de certains mecs, il y avait 3h, 3h10. Je me disais, comment c'est possible ? Donc, on était à la repérer. On l'a fait en descendant, on l'a fait en montant. Et puis, je l'ai monté avant la course en 1h07 ou 1h03, je crois. Je me dis, ça va, ça monte, mais ça va. Donc là, je savais à quoi m'attendre pour arriver à Dodane, pour sortir de ma fat. Donc, je me fais Dodane. Je capte que je n'ai plus de jus quand même, tu vois. Mais ce qui est cool, c'est que dès que je monte, en fait, je n'ai plus de douleur. Donc, tu vois, en fait, de supporter la douleur pendant des heures, c'est épuisant, quoi. Et en montée, je ne l'ai pas et j'arrive à avoir un rythme correct, tu vois.

Esther Je crois que tu l'as montée en 1h20.

Romain Ouais, donc tu vois, je l'as montée en 1h, 1h20, 1h30, donc correct, tu vois.

Esther Oui, parce qu'en fait, à partir de ce moment-là, à partir de deux bras. Moi, j'ai capté que l'assistance, ce n'était plus la même du tout. Et du coup, j'ai vite repris le jeep. Je suis vite allée en haut de la montée. J'ai vite garé la caisse. J'ai enfilé mes baskets. Et je les rejoins vite.

Romain En fait, là, en rentrée dans la dernière journée, moi, je rentrais dans un mal absolu de douleur, de fatigue et d'épuisement mental. Et en haut de Daudan, il y a Sentier Ratino et Sentier Kala et j'avais croisé un mec quand on avait fait la reconnaissance qui m'avait dit va voir le Sentier Kala parce que c'est une boucherie et je ne suis pas allé le voir et du coup je savais qu'après Dodane j'avais un truc inconnu qui était nommé boucherie et du coup je fais le Sentier Ratino c'est que de la descente sur du goudron je ne peux même pas courir je peux même pas courir en descente tellement j'ai mal donc j'essaye d'avoir encore un rythme de marche active où j'essaye de et je rentre dans ce sentier et je te jure dans ma tête j'insulte dans l'organisation en disant mais les gars vous pouvez pas nous faire passer par là c'est pas du trail la gars c'est de l'acrobranche tu vois tu vois tu as des branches des cailloux des descentes glissantes des échelles en palettes tu te dis, tu vois, c'est une Spartan le truc, c'est plus un trail donc là franchement, moralement c'est difficile

Esther non mais moralement c'était déjà, je te dis quand je l'ai retrouvé dans la montée de Debrun moralement ça y est je suis arrivé dans Debrun, je l'ai vu il m'a vu, pas un mot il m'a pas parlé, il a monté, je l'ai suivi mais ça y est, c'était

Romain là dans ces moments, j'intériorise, je me mets dans ma bulle je me tais, j'avance quoi. Et du coup, je me fais ce sentier Kala, là, et puis on arrive à un ravitaillement et je demande à la bénévole du ravitaillement, combien de temps jusqu'à la possession, c'était le prochain ravitaillement, elle me dit 8 bornes, et je lui dis, et le terrain c'est comment ? Elle me dit, c'est la suite du sentier Kala. Et je dis, mais non ! Et là, je m'imagine ce que je viens de vivre sur 2 bornes, sur 8 bornes mais je me dis c'est une histoire encore à 3h de temps tu vois et c'est ça toute la course en fait c'est interminable il n'y a pas un cadeau sur le parcours il n'y a pas une fois où l'organisation te fait un cadeau genre les gars vous avez passé la merde là c'est pour vous c'est cadeau tu vois non non non là c'est encore une merde qui t'attend et là franchement c'est en tout cas là mentalement je suis mentalement je suis pas bien et j'avance et ça et c'est ça en fait ça dure et je suis tout seul je me fais passer par tout le monde j'ai des douleurs de ces deux douleurs à chaque à chaque pas quoi et et je re et je rejoins je vais vers vers possession la fin du sentier kala elle est un peu plus clémente et je vois Esther au loin et là, je chiale. En fait, je me sens, je me vois de l'extérieur. Je suis strappé, je suis dégueulasse, je n'ai pas d'énergie et je me vois zombie en fait. Et il y a des courses que j'ai faites où je voyais ces mecs zombies et je me disais les gars, ce n'est pas possible d'être dans ces états-là en fait. Si tu es dans ces états-là, c'est que ces clubs tu as été trop ambitieux en fait tu ne t'es pas assez préparé ou tu as vu trop grand mais tu ne peux pas accepter d'être dans cet état là et là c'était moi à cette place et du coup le sommeil, la fatigue, la douleur et ça et tu vois je ne pleure pas facilement et là j'avais les larmes qui coulaient seules

Esther et surtout tu ne t'attendais pas à me voir

Romain et elle toute la journée en fait la meuf elle a fait 20 bandes de mille de dénivelé la dernière journée elle était partout elle me rejoignait au début du sentier elle partait pour aller foutre la voiture à la fin et elle remontait la fin du sentier et toute la journée toute la dernière journée ça a été ça et tu vois je l'avais dit à deux bras je l'avais dit prends tout ce que j'ai pas besoin il faisait super chaud la journée je dis prends mon pull prends ma frontale prends tout ce que j'ai pas besoin dans le sac laisse moi juste les ravitaillements et là à possession il est midi il me reste 20 km 1005 de dénivelé il fait nuit à 18h et je lui dis remets ma frontale dans le sac

Esther c'est la première fois où je me dis ah non ah non là je suis pas d'accord jusqu'à présent j'étais j'agimentais rien mais quand il m'a dit ça là j'ai fait oh merde

Loïc quand tu l'as vu pardon Romain je te coupe mais quand tu l'as vu arriver Esther en mode zombie comme il décrivait et les larmes qui coulent est-ce que ça a été un peu un choc tu vois genre une nouvelle fois où tu percutes sur

Esther en fait donc à partir de deux bras j'ai capté que en fait l'assistance c'est toute une entendance tu te travailles des gros sacs avec beaucoup de choses beaucoup d'eau de la bouffe tout au cas où et en fait quand je l'ai attendu en haut d'Odan, j'ai changé ma manière de l'assister. J'ai capté que l'assistant, c'était moi. En fait, on va dire qu'il ne consommait plus du tout autant de choses ni autant de compotes, de gel, tout ça.

Romain Disons que le temps cité de la course avait un peu baissé.

Esther J'ai pris mon petit sac à dos, je mettais mes baskets et en fait, l'assistant, c'était moi.

Romain Ta présence, tu veux dire ?

Esther Oui, c'était ça, clairement. Et du coup, en fait, je suis incapable de rester à attendre. Donc, j'allais faire quoi ? J'allais aller à possession, j'allais attendre 4 heures. En fait, pas du tout. Donc, j'ai trouvé tous les points possibles pour… Voilà, je gérais mon assistance avec suffisamment d'eau, de la ceinture, quelques compotes, quelques gels, tout le kit de sécurité. Je mettais tout dans mon dos. Je me suis mis en mode trail. Je me garais, je le remontais. Donc, il ne savait jamais quand est-ce qu'il allait me voir, moi non plus. je ne savais jamais dans quel état j'allais le retrouver par contre j'étais complètement linéaire j'étais toujours trop contente hyper en joie lui c'est l'opposé lui il est fermé il ne faut pas lui parler

Romain je suis fermé je lève la tête je la vois et je me rends compte que je que je rebaisse les yeux et je j'ai même pas l'énergie de lui montrer un signe de satisfaction de l'avoir en fait je il ne me demande plus rien en fait tu vois j'avance j'avance mais je suis incapable de faire autre chose

Loïc tu t'es déjà retrouvé dans ce genre de

Romain d'état jamais l'accumulation de la fatigue de la douleur et du manque de sommeil jamais dans ce chantier parce que c'est le cas en fait dans ce chantier interminable et tu vois tu te pointes sur la diagre tu sais que c'est difficile tu sais que c'est technique mais tant que t'es pas passé par là tu ne peux pas te douter de ce qui t'attend et c'est ça jusqu'au kilomètre 165

Esther quand je l'ai retrouvé avant possession donc à la sortie du sentier Kala là il n'avait plus la même tête du tout je sentais que c'était vraiment compliqué et je me suis mis à côté de lui j'ai marché avec lui, là il m'a dit il faut que je dorme, il est allé à droite dans un endroit où c'était tordu c'était pas plat, c'était un enfer

Romain tu faisais 100 degrés impossible et là

Esther il a dormi dans des conditions où je voyais la scène et je me disais waouh c'est quoi ce truc quoi mais j'ai attaché j'avais pas de j'avais pas d'affect j'avais pas d'en enfin j'avais rien en fait si je rentrais là dedans c'est pas l'aider quoi donc j'étais non non

Romain elle était méga souriante méga positive comme une maman

Esther qui son bébé elle est malade et en fait la seule chose que tu peux faire c'est c'est d'être là c'est surtout pas l'alimenter et d'être là. Et moi, j'avais plein d'énergie. J'étais encore hyper souriante. J'étais hyper fière de lui. J'étais super excitée dès qu'il avançait. On s'approchait de la fin quand même parce que possession, tu commences à être en ligne.

Romain Tu es sorti de la nature profonde. Tu as de la civilisation, tu as du monde. Les mecs, ils me voyaient. J'étais dégueulasse, plein de terre, strapé. Je fais 1m95. donc ils me regardent la tête, d'un coup ils me regardent les genoux, ils disent bouffe, tu vois, genre le mec il avance encore, tu vois, et tu as ton nom sur le dossard, et c'est allez Romain, courage, allez c'est incroyable ce que vous faites, allez vous êtes des monstres, allez, tu vois, et bon, même si, enfin, je pense que j'ai eu 1500, courage, bravo, allez, sur toute la course, et voilà, et même si à un moment donné tu perds en réceptivité, c'est quand même, tu vois, c'est quand même, cool d'avoir des gens qui ont l'air de repréhender ce que tu as, de prendre conscience de ce que tu viens de te manger et qui sont là en disant franchement vas-y gros c'est beau et là du coup en sortant de possession pareil je me ravitaille jusqu'à la fin en fait je mange soit des pâtes, soit du riz, soit des vermicelles, soit du bouillon et puis là je me dis bon ça y est j'arrête de m'apitoyer là, je veux en finir en fait tu vois je veux en finir

Esther je me souviens à possession

Romain et si je traîne ça va encore prendre des plombes il n'y a plus moyen en fait, il faut la boucler et du coup il y a une parcelle sur Goudron plat pour rejoindre le chemin des gens anglais qu'on avait qu'on avait on avait vu la veille on était allé la veille et du coup je recours je ne sais pas si on va appeler ça de la course à pied mais en tout cas je cours comme un robot à une moyenne de 7 au kill tu vois j'ai l'impression d'être à 4.30 moi

Esther non mais moi j'ai à le tourner derrière lui du coup je le vois il se va être au tourner je n'en reviens pas

Romain je me dis j'en finis tu vois donc je me remets à courir j'attaque le chemin des anglais je savais très bien comment est-ce que c'était le chemin des anglais donc c'est des grosses pierres dégueulasses poser n'importe comment où tu peux te faire une cheville à chaque seconde qui monte, puis c'est plat, puis la descente, et je me remets de l'énergie dans la montée, je remets de l'énergie dans la montée, et là, c'est pareil, en fait, et à la descente, j'ai de nouveau mes douleurs, j'ai de nouveau utilisé trop d'énergie, et j'ai de nouveau plus rien du tout, et en fait, je me traîne, quoi, et je me traîne pour descendre, et je me traîne, et c'est toujours pareil, c'est interminable, tu n'en vois plus la fin, quoi. Tu n'en vois plus la fin. et tout ça pour arriver à l'avant-dernier ravitaillement la chaloupe où je recroise mon pote qui avait les deux genoux strappés qui est je pense qui est dans le même état que moi si ce n'est pire c'est un peu rassurant, il y a son père il y a sa famille et il me dit toi tu vas finir je le sais toi aussi, il me dit j'en suis pas sûr tu rigoles ou quoi il te reste la dernière montée la dernière descente avec ce qu'on a fait ensemble dans la nuit tu ne vas pas finir évidemment que tu vas finir tu vois et du coup il me dit moi je dors 20 minutes et je repars puis moi je repars

Esther tu as essayé de dormir tu as par ici

Romain ouais j'ai essayé de dormir sur le stade il y avait des enfants qui jouaient au foot à côté j'avais l'impression d'avoir deux fers à repasser sur les deux joues tellement qu'il faisait chaud enfin je me dis je ne dormirai pas quoi

Loïc donc là en tout déjà depuis le début tu n'avais dormi même pas une heure

Romain en tout oui j'ai dormi 20 minutes j'ai dû dormir 5-10 minutes à deux bras et je me suis posé une demi-heure quoi. Et en tout, je pense de vrai sommeil, j'ai dû faire 30 minutes sur 45 heures quoi. Et derrière, il y a Dernière Ascension où c'est pareil en fait, c'est toujours pareil en fait. Dernière Ascension, c'est le même terrain que le chemin des Anglais au début. Et puis le truc, c'est toujours interminable et tu rejoins un autre sentier, encore dégueulasse et et ça n'en finit plus. Et puis, tu arrives en haut du Colorado, tu as une luminosité de fou. Et voilà, tu te dis, ça y est, j'ai ma dernière descente. Alors, tu la redoutes un peu parce que tu avais dit qu'elle est technique et que c'est pareil, tu repères 800 sur 8 bornes, un truc comme ça. Et puis, voilà, de toute façon, tu es dans l'optique où tu prends le temps et puis tu vas finir. Tu vas mettre le temps de finir, tu vois. et là je m'arrête au ravito je me fais masser tu m'imagines je ne sais plus combien il me reste 6 bornes et je me dis rien à foutre je m'arrête à l'infirmerie je lui demande une poche de froid je me fais masser j'en peux plus et puis après ça je prends la dernière descente et il y a un réunionnais qui me dit qui parle à son pote parce que pareil je ne savais pas combien de temps je l'allais mettre encore pour descendre ça et il parle à son pote et il dit j'ai un PR sur cette descente de 29 minutes. Donc, OK, je me dis, si le mec, il met 29 minutes en pleine forme pour descendre, je pense que j'en ai au moins pour une heure et demie. Et j'attaque la descente. J'essaie de courir le premier tiers de la descente parce que je vais en finir. Et je cours hot. Et puis après, le sentier devient de plus en plus technique. Je te jure qu'il y a des photos. Tu te dis, ce n'est pas possible d'avoir des chemins comme ça, plein de pierres, de racines, c'est pas possible tu escalades et là clairement dans ta tête tu sais ce que t'as vécu, tu sais ce que t'as supporté en temps en heure, en souffrance, en douleur tu entends le speaker du stade en bas et puis je descends je descends et puis à un moment donné je vois encore Esther qui est là qui vient me chercher qui vient me chercher puis elle me dit allez chérie 1200 mètres je ne me dis pas me dis pas 1200 mètres arrête de me donner dans ce temps je ne veux plus rien savoir je ne veux plus rien savoir elle me dit il y a vraiment 1200 mètres 1200 mètres 800 de sentiers 400 de routes donc je la crois parce que je sais que je lui ai dit et voilà et après après on descend on passe t'arriver ensemble et voilà, et soulagement absolu

Esther avec le smile smile direct

Romain grande claque dans ta gueule grande claque dans ta gueule et évidemment que quand j'arrive ben voilà je me dis case, diag, cocher plus jamais plus jamais et je vais au stand chez les kinés, j'avais du coup les straps en fait ça m'a bien aidé au début puis au final après du coup je les ai gardés plus de 20 heures donc j'avais le genou droit qui était enflé, la cheville droite qui était enflée, je pense que ça a dû couper un peu la circulation du sang donc ça a été bénéfique au début et en fait j'aurais dû les lever au bout d'un moment je ne les ai pas levés donc là je les ai levés après 170 bornes je me suis fait une séance d'épilation de la jambe qui te défonce. Et je suis allé me faire masser. Et puis, je lui ai dit, t'es garé où, chéri ? Viens me chercher, là. Tu peux pas accéder au stade en voiture. Donc, t'es garé super proche. On a marché 800 mètres pour arriver à la voiture. Et puis, en fait, c'était cool, puisque je suis arrivé, il devait être 18h ou 18h45. On a mangé au stade, je me suis fait masser puis on est rentré à l'hôtel et du coup j'étais pas décalé dans mes heures de sommeil où j'ai pu reprendre un rythme normal. Chronos final ? 45h45 soit 10h de plus que ce que je pense valoir. Du coup on est rentré on a dormi, j'ai passé une première nuit à peu près correcte et après j'ai eu 12 heures de fièvre et de douleur hallucinante et au bout de franchement au bout de 36 heures ça allait mieux musculairement au bout de 3-4 jours 4-5 jours je marchais correctement ce qui est fou ça quand même

Esther même avant le lendemain il boitait un peu le surlendement tu marchais lentement mais franchement 5 jours

Romain tu vois pas que j'ai fait que j'ai fait sans se débarquer. C'est incroyable, le corps.

Esther Il avait le genou droit, mais...

Romain Méga enflé, quoi. J'avais le genou d'un autre, en fait. C'est trop bizarre. Vraiment. J'avais le genou d'un rugbyman et puis le genou gauche, c'était le mien, quoi.

Esther Par contre, il avait des pieds. On a dit qu'il était enceinte de...

Romain Ouais, j'avais les pieds super gonflés. Ah, c'était incroyable. Par contre, je n'ai pas eu une ampoule, quoi. Je n'ai pas eu une ampoule, pas un frottement, ni au niveau de l'entrecuisse, ni au niveau des pieds. c'est hallucinant j'ai changé les chaussettes 3 fois les chaussures 3 fois et franchement j'ai crémé à chaque fois et ça a été magique bluffant mais alors attends

Loïc parce que là on est déjà dans l'après-course mais quand tu passes la ligne d'arrivée qu'est-ce qui tu vois t'es comment émotionnellement, mentalement

Romain j'avais vu les éditions précédentes donc j'avais visualisé j'avais pas visualisé mais j'avais j'avais l'image de cette arche, du stade, tu vois, j'avais déjà inconsciemment les images de ça, et là, je me retrouve acteur de ça, en fait, tu vois. Et en fait, j'ai un soulagement, j'ai un soulagement, c'est pas forcément de la fierté, mais j'ai vraiment la satisfaction de l'avoir fait, d'être arrivé jusqu'au bout, malgré tous les imprévus que j'ai eus sur le parcours cette année. Et j'ai la satisfaction d'avoir pris la décision de prendre le départ. Et puis, pas une fois dans la course, je me suis dit, je mets le clignot. j'ai pas eu une seule fois dans ma tête le le l'idée d'abandonner et même au centième ou 110 où je suis au plus mal je me dis mais il n'y a pas moyen que je me suis fait 110 bandes de souffrance comme ça pour mettre le clignot et devoir recommencer l'année prochaine dans deux ans parce que j'ai parce que j'irai la chercher en fait tu vois parce que j'irai la finir donc à un moment donné je sais comment je suis donc si je la finis pas aujourd'hui il va falloir que je recommence le processus de 0 là j'y suis donc je vais au bout et ça a été sale ça a été ça qui a tourné dans ma tête tout le long et voilà et rapidement je me suis dit peu importe du temps peu importe de ce but en fait j'avais aucun aucun stress sur les barrières horaires tu vois je donc je pouvais je tu vois je peux dormir je pourrais me reposer je pouvais manger et je me suis dit peu importe le temps que je prends je vais au bout et ouais ouais au bout c'est clair que c'est je pense que c'est c'est un soulagement énorme c'est une satisfaction énorme c'est un accomplissement ce qui est difficile c'est que tu as fini ta course mais tu en as pas fini avec tes douleurs tu as tu as accompli le contrat par contre tu continues à avoir mal et ça ça fait chier quoi mais mais bon c'est resté voilà ça a été ça a été le cas que quelques jours et ou quelques heures tu vois et après j'ai pris conscience de du traumatisme que mon corps a subi tu vois quand j'ai eu douze heures de fièvre où j'ai appelé la sœur d'esther qui est médecin puis elle m'a dit en fait, ton corps est en train de répertorier tout ce qu'il doit réparer. Et puis, il est juste en surchauffe, en fait, parce qu'il fait l'inventaire des dégâts. Et du coup, tu chauffes, c'est normal. Et ça ne va pas durer longtemps. Et puis, voilà. Et puis, derrière...

Esther Tu es quand même affaibli. ouais physiquement

Romain bah voilà physiquement c'est un manque de sommeil t'as tapé vraiment dans tous les temps de tes réserves tu as faibli et puis derrière j'ai mon père au téléphone on lui dit bah ça y est c'est bon c'est coché par contre terminé plus jamais plus jamais

Loïc on va en parler de ça parce que moi je connais la suite

Romain je t'envoie un temps on avait parlé du tort je t'envoie un message direct Loïc le tort des gens, oublie-moi direct

Loïc pardon Romain mais question pour Esther au moment où il passe l'arrivée est-ce que t'as l'impression d'avoir sous les yeux un nouveau Romain de ce que t'as vu dans la course de ce qu'il vient de faire

Esther je le savais qu'il est au bout je savais qu'il a franchi j'ai jamais eu de doute ça là dessus il l'a franchi je me sens soulagée mais je ne suis pas... En fait, quand je suis arrivée à La Redoute, je me suis garée. Du coup, j'ai remonté l'avenue où c'est les derniers 100 mètres où les gens courent. Ça y est, je me suis fait prendre par les émotions. J'avais envie de pleurer parce que je me suis imaginée Romain en train d'arriver. Donc, j'ai remonté tout le chemin pour le retrouver. Mais j'étais très heureuse que ça se termine. J'étais très heureuse qu'il franchisse l'arrivée. Mais je n'ai pas eu un... Ce n'était pas plus fort en émotion que sur la course en elle-même. Parce que je n'avais pas de doute, je pense. Je savais qu'il la franchirait. Et puis après, ça fait trois jours que tu es à fond. Donc, ce n'est pas comme quelqu'un, je pense, qui attend que ça. Comme j'étais vraiment avec lui tout le long et que je l'ai accompagné tout le long de la course, je ne sais pas si c'est ça ou si ça ne l'est pas. je pense que je pense que la course c'est pas forcément que l'arrivée

Loïc ouais ouais

Esther ça la valide en effet ouais

Loïc ce que j'allais dire c'est que à t'écouter j'ai l'impression que l'issue d'ailleurs Romain c'est pareil l'issue était certaine il allait aller jusqu'au bout par contre est-ce que tu dirais que la surprise ça a plus été le à quel point est-ce qu'il est descendu bas quand il est descendu bas pendant la course

Esther ouais je m'y attendais pas quand même je m'y attendais pas mais je l'ai regardé sans comme si je regardais un écran

Romain c'est rigolo

Esther j'ai pas mis d'émotion sur mon état je suis quelqu'un de très sensible et je suis toujours à son petit soin je suis très toujours qu'il soit bien mais en fait il n'y avait pas de en fait, il n'y a rien à faire. Il faut qu'il avance comme il peut jusqu'au bout. Je n'ai pas beaucoup de pouvoir et lui non plus. La seule chose qu'il pouvait faire, c'est continuer, peu importe ce qu'il ressentait, peu importe les circonstances. Tout le long, je me suis mise dans un petit coin et j'étais là. C'est tout ce que je pouvais faire. Et j'y croyais. Je suis toujours restée confiante et positive pour ça. Après, je pense qu'il y a aussi quand il franchit l'arrivée je le connais je sais que c'est une grande réussite mais les compétiteurs donc c'est une réussite de l'avoir fait je sais très bien ce qui se passe dans sa tête et je sais très bien ce qui se passe dans sa tête

Romain avant moi elle le sait

Esther donc j'ai évidemment la joie qu'il franchisse l'arrivée mais je sais très bien ce que ça représente pour lui 45 heures au fond de lui bien sûr que c'est extraordinaire de faire la diagonale bien sûr que c'est extraordinaire de franchir l'arrivée mais mais il y a un petit il y a un truc qui n'est pas accompli

Romain il y a deux choses que je me rends compte deux trois jours après la première c'est que avant de faire la diag on disait avec Esther t'imagines il y a 30% d'abandon c'est énorme 30% d'abandon les mecs ils se pointent sur ça puis ils abandonnent et quand je suis arrivé j'ai dit restèrent, c'est pas hallucinant qu'il y ait 30% abandon, ce qui est hallucinant c'est qu'il y ait 70% des mecs qui finissent et j'avais un regard sur les mecs qui finissaient dans les barrières horaires à 66h où je me disais ça va les mecs qui se font la diag à la cool et aujourd'hui pour moi un mec qui finit la diag en 24h comme les élites ou un mec qui finit la diag en 66h, c'est un exploit peu importe c'est pas question de temps c'est un exploit d'arriver à surmonter ça peu importe le temps que tu mets et les mecs qui mettent 66h ils passent 3 nuits dehors et franchement 3 nuits, j'en ai fait 2 je suis arrivé au coucher de soleil le deuxième je te jure que la 3ème nuit je me la sentais pas et encore moins donc donc Donc, voilà, clairement, ça m'a fait réaliser ça. Et après, sur le moment, dans la souffrance, tu n'as pas de recul, tu as mal, tu souffres, c'est difficile. Donc, tu te dis évidemment, plus jamais, tu vois. Et au fur et à mesure des jours qui passent, tu prends conscience de ce que tu as fait, de ce que tu as vécu. Tu te refais la course, les moments, les échanges, le partage. et en fait, ta souffrance diminue et tout le côté, l'aspect positif, il commence à prendre de la place, de l'ampleur. Déjà, il commence à exister parce qu'au début, tu vois, il y a des moments où il ne faut pas pendant la course et au fur et à mesure de digérer le truc, tu te rends compte de l'ampleur de ce que tu as fait, du temps que tu as passé dans la montagne, de ce que tu as partagé avec les gens, de l'expérience unique que tu as pu vivre. Et du coup, le positif, là, tu vois, ça fait deux semaines que c'est passé. Et j'ai presque plus le souvenir de la souffrance. Ce n'est pas que j'ai pris le souvenir de la souffrance, mais c'est que, ben ouais, c'était dur. Mais en fait, tu vois, j'ai tellement de choses que je n'ai pas encore atterri complètement, tu vois. et c'est tellement de positifs d'enrichissants de choses qui me portent qui prennent le dessus sur au final la souffrance sur le moment que du coup tu comprends pourquoi il y a des mecs qui font la diag deux fois et puis au bout de 48 heures je lui dis à Esther en fait on va revenir et puis on va mettre 30 tankers parce que moi je ne vaux pas 30 tankers

Esther au bout de 48 heures il m'a dit en fait je comprends pourquoi il y en a qui peuvent la refaire

Romain parce que tu vois

Esther je savais qu'il allait me le dire mais je ne pensais pas qu'il allait me le dire 48 heures après vraiment pas

Romain je ne suis pas arrivé sur la course préparée comme j'en avais envie et comme j'avais prévu de l'être et je n'ai pas fait une course aboutie comme comme ça a été le cas quand j'ai fait par exemple Madère ou pour moi j'ai fait une course de A à Z et j'ai été à la hauteur de mon niveau donc c'est encore une fois c'est pas pour prouver aux autres que je suis capable de mettre 10 heures de moins mais je pense que voilà mon chrono c'est 35-36 heures dans des conditions optimales et j'en ai mis 45 cette année et j'irais en mettre 35 dans un 1 ou 2 ?

Esther Mais parce que c'est dans ton tempérament.

Romain Oui, probablement.

Esther Parce que c'est dans ton tempérament.

Romain Parce que j'ai une revanche à prendre sur la dièvre.

Esther Non, je pense que Romain, s'il décide de faire quelque chose, il étudie la chose, il connaît parfaitement et il veut faire les choses correctement comme il l'entend. Et le fait justement qu'il ait été obligé de faire les 80 bornes qui restent en marchant et dans la douleur, c'était obligé qu'il allait vouloir revenir. C'était inévitable. Il allait devoir revenir à l'affaire pour pouvoir la faire correctement, courir, non pas sans douleur, parce que je pense que c'est absolument impossible.

Romain Il y a toujours la douleur, mais par contre, c'est pas que tu as mal.

Esther Mais en fait, il était limité. Il était limité.

Loïc tout ce que tu avais envie d'exprimer et puis cette année

Romain j'ai le fait la blessure et tout j'ai clairement pris conscience de pourquoi je me suis blessé j'ai clairement été l'exemple que effectivement en ultra ce qui prime c'est l'expérience, la progressivité il faut être raisonnable et du coup il faut que je mette ça en place pour pouvoir réussir à me pointer un jour sur la diag et à la courir comme j'entends la courir

Loïc tu dirais que c'est quoi le principal apprentissage que tu retires de cette diagonale

Romain moi il y a un truc qui m'a fait rire c'est que tu vois les 60 premières bornes 60-70 premières bornes il y a, à part les mecs qui courent entre potes et qui font la diag ensemble, il n'y a personne qui parle. Quand il y en a un qui parle, c'est qui te dit gauche, droite, pour passer, tu vois. Et puis, au bout d'un moment, au bout de 60, 70 bornes, tu commences à avoir un mec sur le sentier qui n'est pas bien, tu lui dis, ça va gars ? Ouais, ouais, ça va, t'as besoin de quelque chose ? Non ? Et en fait, au 80, au 90, t'as de plus en plus de mecs comme ça. Et en fait, et en fait, qu'il y a des valeurs qui redeviennent naturelles et essentielles qu'on perd dans nos vies de tous les jours où tu vois, tu as de la bienveillance, tu as une entraide, tu as une solidarité, tu as de l'empathie, tu vois, tu as des choses qu'on n'a plus dans le quotidien qui redeviennent, qui prennent place première dans ces moments-là parce que tu sais à quel point il en chie, parce que tu en chies pareil que lui. Et en fait, si tu peux être là pour lui rendre service, parce que tu es un petit peu mieux à ce moment-là que lui, tu le fais en fait. Et quand tu es mal et qu'il y a un mec qui fait ça, tu as de la reconnaissance à vie pour lui. Et je trouve ça magique en fait. Je trouve ça triste qu'il faut qu'on passe deux nuits à dormir et faire sans bande pour arriver à des valeurs comme ça. Mais je trouve ça cool de retrouver ces valeurs-là. Et après, tu te tires tellement dans des états extrêmes que forcément, tu es à fleur de peau. Et du coup, il n'y a plus de carapace. Il n'y a plus de personne qui joue de rôle. Et tu as chaque être comme il est naturellement, en fait. Et ça, c'est pareil. Et tu vois, dans nos quotidiens, tout le monde se cache derrière une image, une carapace, un truc. Et pour découvrir les gens, il faut du temps, il faut de la confiance, il faut les connaître. Et là, tu as que des individus nus, en fait, tu vois, complètement à cœur vif. Et voilà, après, en dehors de ça, c'est clairement une expérience. C'est clairement une expérience de vie. Là, ça fait plus de deux semaines. Déjà, j'ai rêvé de la diag, je pense, une semaine chaque nuit après. J'étais dans les frontiers. Et puis là, je ratterris. Mais je pense que c'est quand même traumatisant pour le corps et pour le cerveau. Parce que le cerveau, il se dit, qu'est-ce qui se passe, mon gars ? Et du coup, c'est quand même des faits qui sont marquants. et tu mets du temps à les assimiler et et qu'il y a tout le positif de l'expérience qui ressort au fur et à mesure au compte-gouttes jour après jour et ben voilà moi je suis trop content d'avoir pris la décision en fait je suis trop content d'avoir plus écouté personne à un moment donné et de me dire voilà j'enlève tout objectif de performance et je vais vivre l'aventure et j'ai vécu une aventure que j'avais unique, unique. Et je me suis retrouvé dans des états de... En fait, j'ai jamais vécu quelque chose d'aussi difficile dans ma vie. Alors, j'ai eu la chance de grandir dans une famille aimante qui... Enfin, je n'ai pas dû traverser la Méditerranée dans un bateau plan estin, mais c'est... C'est... Et je trouve que c'est souvent dans la difficulté que les apprentissages, que les leçons, que les enrichissements sont là en fait, tu vois, c'est vraiment dans le confort et dans les choses faciles et donc trop heureux clairement trop heureux, et en plus de partager ça avec Esther, de partager ça dans une ambiance à la Réunion dans l'environnement de fou c'est magique après c'est un chantier il faut en avoir envie, clairement il faut en avoir envie

Loïc bah écoute j'ai l'impression qu'en tout cas ton récit le montre bien moi je suis quand même convaincu que c'est cette flamme que tu avais en toi pour cette course en particulier qui fait que tu es allé au bout et après il y a évidemment ton tempérament, ton foncier etc, tout ce que tu as mis en place mais je pense que avec le récit que tu fais si tu n'as pas envie de vivre cette course à fond je ne suis pas sûr que tu la finisses

Romain tu mets le signaux au 80 en fait comme beaucoup après c'est pas un jugement et puis en plus le truc c'est que c'est tellement exigeant qu'il suffit d'avoir un grain de sable dans le rouage même si tu as la poids parfaite tu sors en fait et moi c'est ce qui m'a fasciné dans le triathlon initialement c'est l'exigence extrême que ça demande en termes d'entraînement physique et mental et ce qui me fascine d'autant plus dans l'ultra parce que je pense que c'est un cran au dessus c'est ça en fait et d'accepter que l'échec est possible malgré le fait que tu as tout fait c'est clairement le cas parce que le niveau d'exigence est énorme

Loïc Esther, en guise de conclusion qu'est-ce que toi tu retiens de cette expérience de ce que tu as pu observer à travers Romain mais aussi de ce que tu as pu vivre toi directement, l'impact que tu as pu avoir sur lui avec l'assistance que tu lui as apporté

Esther je pense que ce qui lui apporte beaucoup c'est que je sois là sans être jamais fatiguée et avec le smile donc ça c'est pour moi c'est génial parce qu'en fait depuis toute petite j'ai une énergie débordante mais vraiment qui est dérangeante qui peut être pour beaucoup de gens et ça a jamais été alors moi ça m'a jamais dérangé mais du coup c'est trop chouette pour moi de me sentir utile et d'avoir de m'épanouir et de trouver du sens en fait et de trouver un... ça lui apporte énormément. Je l'ai eu avec mes enfants, donc ça leur a apporté énormément. C'était génial, je me suis épanouie de cette manière-là. Mais là, de savoir que normalement, quand tu es capable de ne pas dormir pendant trois jours, de courir, d'aller à droite, à gauche, de garder le smile, ça fatigue les gens. Ça lui apporte énormément, donc c'est génial et moi, je m'épanouis comme ça. Après, il y a quelque chose qui m'a marquée particulièrement, c'est au départ de la course et tout le long, je suis son assistante. Je suis là pour lui apporter, pour l'aider, pour être son soutien, pour lui apporter un maximum de choses. et en fait très rapidement je me rends compte que ce sentiment là je l'ai pour les autres et j'ai une tendance à être c'est quoi déjà ? c'est quoi déjà que je t'avais dit ? je sais plus empathique ? non justement je suis un peu exclusive j'ai une tendance à être exclusive si c'est lui que j'aime je donne tout pour lui et puis je ne regarde pas trop autour. Et en fait, très rapidement, j'ai ressenti cette empathie et cet amour pour tous les coureurs qui étaient dans la souffrance. Et il n'y avait plus de frontières en fait. Et je peux avoir tendance à, tu vois, dans le milieu sportif, tout le monde court depuis des jours, ils ne sont pas lavés, les conditions sont parfois un petit peu rudes. plus rien de me dérangé tu vois je croisais en fait j'aurais pu s'il y en avait un qui s'était blessé ou qu'il fallait que je rattrape j'avais plus de frontières physiques ni par rapport à l'odeur ni par rapport à que ça ce soit et ça ça m'a marqué particulièrement j'en ai parlé à Romain j'ai trouvé ça incroyable donc ça rejoint un petit peu ce dont Romain témoignait tout à l'heure quand il parle de toutes les frontières qui tombent Donc, on n'a pas vécu la même course, on n'a pas vécu les mêmes choses, mais on se rejoint à ce niveau-là. Donc ça, j'ai trouvé ça magique parce que pour moi, c'est grandiose justement de sortir de l'unicité et d'être dans l'amour global.

Romain l'individualité qu'on vit dans notre société elle n'est pas là en fait et qui est touchée par l'autre par l'état de l'autre ou sa difficulté et du coup tu as envie de l'apporter soutien

Esther j'ai une grande question du coup suite à ça c'est que je suis tout le temps blessée moi je me blesse tout le temps donc en fait je me bats contre mes douleurs aux genoux, les tendinites, les périostites, etc. Depuis donc deux ans, j'ai tout essayé, j'ai tout fait. J'ai écouté tout le monde, j'ai écouté personne. J'ai arrêté, j'ai repris. Quand ce n'est pas à droite, c'est à gauche. Quand ce n'est pas à gauche, c'est en haut. Et en fait, Romain, il a eu des douleurs au kilomètre 80.

Romain Et il est allé au bout. Tu vois que des histoires comme la mienne, où les mecs sont blessés pendant la prépa où ils ont eu une merde, où ils n'ont pas pu faire un truc et qu'ils se pointent quand même sur le départ, il y en a plein. Et en fait, des mecs qui avancent dans la douleur, que ce soit nous ou ailleurs, tout le monde a mal. Tout le monde a mal. Tout le monde a mal, mais tu avances.

Esther La question, c'est la douleur, est-ce qu'elle est réelle ou pas ? Parce qu'il est allé au bout, il a quand même fait un 80 km en plus avec cette douleur. puis trois jours après il n'y a plus rien du coup pour moi c'est un grand questionnement et du coup je me suis inscrit à un gros trail juste après sa diag je me suis dit en fait je m'en fous je vais y aller

Romain du coup le week-end prochain elle se fait 30 bornes avec 2000 énivelés pour de bon elle se fait les pitchories pareil pour technique c'est pareil vers la banque, vers l'eau c'est les collines

Esther et bah du coup j'ai vraiment cette question sur la douleur, est-ce qu'elle est réelle et est-ce qu'il faut l'écouter, est-ce qu'il ne faut pas l'écouter et comme je vis vraiment une grosse frustration parce que je ne peux pas évoluer à cause de ces douleurs parce que j'écoute les médecins qui disent il ne faut pas courir, il faut s'arrêter du coup voilà ça me ça ne m'aide pas à être raisonnable mais c'est quand même assez impressionnant c'est impressionnant de voir pour le coup moi j'ai bien vu ce qu'il a dû traverser le lendemain le surlendemain de la diag il m'a dit je vais dormir je lui ai dit je vais aller me faire une rando et en fait je suis montée toute seule en haut du maïdo c'est en gros tout en haut de ma fat parce que je voulais pas partir sans voir ma fat parce que quand on y avait été en roco, il y avait eu la brume, je n'avais rien vu. Je suis arrivée au bord du cratère et j'ai vu soudainement l'immensité de ma fat. Je savais exactement la boucle qu'il avait fait dans ma fat. Quand j'ai vu, j'ai eu envie de pleurer, mais vraiment. En fait, je voyais Marla, je voyais le haut du Taibit et je voyais Debra. En fait, tu te demandes, comment c'est possible quoi en fait c'est un trou et dans ce trou t'as plein de montagnes

Romain et tu les montes et tu les descends

Esther et en plus ils ne les font pas juste traverser ils ont fait une boucle tout à l'intérieur voilà

Loïc punaise quel récit franchement un grand merci à tous les deux c'était génial je pense qu'il y a des gens qui sont intéressés par la Diag en particulier là ils vont être servis parce qu'en fait

Romain nous on est parti sur la Diag avec l'assistance avec l'habitude de faire une assistance pour 1,80 morts mais en fait ça n'a rien à voir ça n'a rien à voir et je pense que l'idéal c'est quand même plusieurs et d'avoir et d'avoir plus de matos que que des gourdes et des gels quoi et un plaider France

Esther et un quitte de survie

Loïc l'avantage c'est que maintenant vous savez pour la préparation de la prochaine vous allez adapter j'imagine et ce sera l'occasion de faire un épisode débrief pour discuter du chrono des 35 heures cette fois avec plaisir

Esther c'est pas l'année prochaine apparemment

Loïc non bah laissez passer un peu merci beaucoup en tout cas encore une fois à tous les deux c'était un plaisir bon run ce week-end et puis on se capte au week-end des frappés trop cool, merci Loïc salut Romain merci d'avoir écouté la deuxième partie de cet échange avec Romain et Esther dans son intégralité je considérais que cet épisode est un succès si au moins une personne dans l'audience s'est décidée à se lancer sur sa propre diagonale après l'écoute de ce témoignage. Pour soutenir le podcast, rien de plus simple. Je vous laisse attraper votre smartphone maintenant. Je sais que vous l'avez à portée de main. Je sais qu'il est là et il est pas loin. Copiez le lien de l'épisode depuis votre plateforme d'écoute et envoyez-le à au moins une personne qui pratique le trail ou en tout cas qui est intéressée par les sujets d'aventure, de dépassement, de résilience. C'est la meilleure manière de donner encore plus de visibilité à mes invités extraordinaires et de contribuer au succès du podcast. Merci à vous. Excellente journée et à très vite pour un nouvel épisode. Sous-titrage ST' 501 Sous-titrage ST' 501

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