Stéven Stéven Le Hyaric
Invité 1 Bienvenue sur Les Frappés, le podcast sur le dépassement de soi et l'aventure. Je suis Loïc Blanchard, entrepreneur, coach et préparateur mental certifié. J'ai été pendant plusieurs années sportif de haut niveau en judo avant de quitter les tatamis pour me consacrer à des sports de plein air comme le triathlon ou partir m'évader sur des treks engagés. Récemment, je suis devenu finisher de la PTL, un ultra-trail de 340 km autour du Mont Blanc organisé par l'UTM. Depuis la création des Frappés en 2020, j'ai deux objectifs. Le premier, c'est de vous faire découvrir des univers fascinants qui font rêver. Avec mes invités, on ira naviguer sur toutes les mers du monde. On participera à des expéditions dans les régions polaires ou en Himalaya. On découvrira l'envers du décor de l'entrepreneuriat et du sport de haut niveau et on partira en mission avec des membres des forces spéciales. Le deuxième, c'est de vous aider à croire en vos propres rêves et à passer à l'action grâce au partage de ces invités exceptionnels. On sous-estime largement ce dont on est capable physiquement ou mentalement et je suis convaincu qu'une petite conversation peut déboucher sur de grands changements. On a en moyenne 4000 semaines à vivre sur Terre, alors autant les vivre à fond. Pour cet épisode spécial, je reçois Steven Le Yarrick, aventurier professionnel et ultra-cycliste avec qui j'avais déjà enregistré en juin 2021. C'était l'épisode 36. Avec Steven, on a aussi eu l'occasion de partager de bons moments sur l'édition 2022 de la PTL et j'y avais découvert un homme de conviction, passionné par sa pratique et franchement inspirant de par l'ampleur des défis dans lesquels il se lance. Du coup, j'avais suivi avec beaucoup d'attention sa participation à la Tour Divide qui est l'une, si ce n'est la plus ancienne course ultra au monde de vélo. C'est une traversée des US depuis le Canada jusqu'au Mexique. Forcément, vous vous en doutez, sur 4400 km, puisque c'est la distance dont on parle, il s'en passe des choses. Cet échange, c'est justement le récit de la course vécue par Steven avec toutes ses galères et les moments mémorables qui l'ont marqué. Un immense merci Steven pour ce débrief à chaud. Bonne prépa pour ta Silk Road. Excellente écoute à vous les frappés. Qu'est-ce qu'elle a représenté pour toi cette Tour Divide avant que tu en prennes le départ ?
Stéven Il y avait plusieurs choses. Il y avait mes rêves d'enfants. Est-ce aux Etats-Unis ? Est-ce un peu dans le monde des cow-boys ? Un peu entre Lucky Luke et mes enfants de Diana Jones à je ne sais pas qui. Mais non, j'avais ces rêves de grands trains infinis qui traversent le désert, de la route 66, des monuments, grand public qui font rêver tout le monde. Et après, il y avait aussi les rocheuses canadiennes, rocheuses aussi qui basculent un peu de l'autre côté. J'avais un peu ce sentiment d'un truc grand. C'est un peu le Dream Big. Les US, c'est quand même pays continent où tu te dis, ouais, 4500 kilomètres, c'est comme si je traversais 6-7 fois la France. C'est pas tout à fait vrai, mais c'est un peu ça quand même. Et traverser la France 6-7 fois en passant par des montagnes, en passant par des moments de plaine, de vraies plaines chiantes. Et sur des routes qui sont quand même, pour beaucoup, beaucoup, assez loin de toute, toute forme d'humanité. Je ne parle pas de gentillesse, de merveillance, tout ça, je parle juste d'humain. Et voilà quoi, après, j'avais d'autres rêves qui étaient ceux de la Tour Divide, pure et dure. C'est-à-dire, certainement, la course la plus, on va dire, la plus historique, la plus vieille course d'une train d'endurance au monde, à vélo. Un truc de légendes comme Michael, comme d'autres, qui ont posé leur roue là-bas et qui ont marqué l'histoire de notre sport. Et puis, ouais, traverser les US, quoi. C'est quand même un truc fou, quoi, de se dire, ouais, j'ai traversé les Etats-Unis. Du nord au sud, d'ici, ça fait petit. Quand tu es là-bas, ça fait très grand. Et voilà.
Invité 1 Bah, ça fait petit, ouais, oui et non, quand même. Parce que la course que tu as faite, alors je ne sais plus si tu es l'année dernière ou celle encore d'avant, où tu es allé jusqu'au Cap Nord, que tu as gagné. C'était 4000 et quelques aussi, non ?
Stéven Bah, ouais, ouais, mais tu vois, je gagne le North Cape, je bats le record de l'épreuve de 30 heures, mais c'est 4400 kilomètres. Du coup, même distance, sur de la route à 95%. Ah oui. Et j'ai traversé toute l'Europe, j'ai traversé une quinzaine de pays. Pour arriver à la même distance, c'est quand même fou que... Si tu passes un peu de fondir, tu vois, tu as 400 kilomètres qui sont au Canada, mais tu es quand même dans un truc où tu fais 4000 kilomètres aux Etats-Unis, quoi, tu vois ? Ouais. Et ouais, c'est comme si tu partais de... Sur la North Cape, que tu partais de Slovénie et que tu allais jusqu'au Cap Nord, ça fait 4000 bornes. Et ça te fait passer beaucoup, beaucoup de pays en Europe, quoi. Tu vois, il y a des pays, c'était vraiment des claquements de doigts, quoi. Quand je passe en Russie, c'est genre... Si je veux passer en Russie, je crois qu'il y avait 150 ou 200 bornes, quoi. 200 bornes, ce n'est même pas une journée sur la Divide. Donc, ouais, non, très grand. Non, mais ce que je veux dire par... Ça paraît petit, c'est qu'on ne se rend pas compte des distances, tu vois ? C'est... C'est... En ultra, sur la route, je fais entre 450 et 700 kilomètres par jour. Et sur Gravel, tu fais entre 250 kilomètres et 400 kilomètres par jour. Mais si tu fais 400, c'est exceptionnel, quoi. Ouais. C'est que c'était vraiment...
Invité 1 Bah, ouais, je m'en suis un peu rendu compte parce que j'ai regardé... Quand je préparais notre échange, là, je regardais un peu les grandes courses équivalentes de la Tour Divide et je suis tombé sur la Trans Am Bike Race. Ouais, ouais. Donc, il y a une traversée des US, mais côte ouest, côte est. Et par contre, c'est quasiment, je crois... Alors, je ne sais pas si c'est quasiment que ou que de la route. Que de la route. Et en fait, c'est que de la route, ouais. Et du coup, les durées, ça fait 6000 bornes, donc c'est... Ouais. Ouais, 6800, donc moitié plus long que la Tour Divide. Par contre, les temps pour faire les 6800 bornes, c'est quasiment les mêmes que la Tour Divide, tu vois. C'est 16 jours, 17 jours. Donc, on se rend bien compte, du coup, que même si c'est quand même beaucoup plus long, ouais, ça n'a juste rien à voir, quoi. En termes d'efforts, de kilomètres avalés en une journée, c'est rien à voir.
Stéven Bah ouais, si tu devais comparer un trial, c'est comme si tu faisais l'écho trial Paris et les 90 du Mont-Blanc, quoi. Si je caricature, on est vraiment là-dedans.
Invité 1 Ou l'UTMB-PTL, pour parler d'un truc qu'on a fait.
Stéven Ouais, alors... Ouais, UTMB-PTL, le seul truc, c'est qu'il y a très peu d'endroits PTL, quand même, sur la Divide. Même s'il y a 2-3 endroits où tu te dis... Il y a 2-3 endroits où je me suis dit... Là, les gars, ils n'ont pas balayé, quoi. Ou enculé quand t'arrives à des endroits où tu te dis... Là, il y a 1m40 de neige. Je vois des traces de vélo. Je ne vois pas du tout comment ils sont passés, mais je vais passer. Parce que tu sais qu'il n'y a personne qui est passé avant toi. Sauf les 3-4 premiers qui étaient devant moi, la plus grande partie de la course. Mais tu n'as vraiment pas grand monde qui passe, quoi. À part des dividers, des gens qui font la divide dans un sens ou dans l'autre. Et des marcheurs, mais tu vois, en marche ou en trail, tu ne prends pas les mêmes chemins qu'en vélo. Ou pas forcément, même trajectoire et tout ça. Mais en gros, c'est des grandes pistes de 4-4. En caricature, c'est des grandes pistes de 4-4. Des fois, il y a énormément de pierres. Des fois, il y a énormément de boue. Des fois, c'est du gravel absolument parfait. Mais il n'y a pas grand monde qui arrive à faire ça sans le faire en VTT. Donc, vous, avec un vélo avec soit une suspension, soit pas de suspension. Mais ils font un vélo quand même rigide, mais un vélo quand même très confortable. Tu es en autonomie presque totale qui est relative. C'est-à-dire que tu n'as aucun ravito de l'organisation. D'ailleurs, tu n'as même pas d'organisation. Mais tu as des stations essence. Des fois, tous les 50 miles, 100 miles, 200 miles, 350 miles des fois. Où tu n'as rien à manger ni à boire. Et je caricature pas du tout. Franchement, à la fin, il faisait entre 45 et 50 degrés. Et il y a un passage où tu as 250 ou 300 miles. Tu n'as pas à boire, pas à manger. Là, il vaut mieux être un peu apaisé dans sa tête. Sinon, ça fait 24 heures.
Invité 1 Oui, parce que ça, j'avais entendu le nom, si tu veux, Tour Divide, etc. Donc, je voyais à peu près le délire. Par contre, je n'avais pas compris que c'était… En fait, quand tu dis qu'il n'y a pas d'organisateur, c'est que demain, si quelqu'un se dit, vas-y, je vais faire la Tour Divide, il n'y a pas vraiment de date de départ. C'est un peu… Tu te lances quand tu veux. C'est un défi, en réalité, c'est ça ?
Stéven Non, il y a deux choses. Il y a une trace qui s'appelle la Continental Divide, qui part du Canada, qui traverse tous les États-Unis, donc, voilà, ça, c'est la Continental Divide, sur laquelle on était une partie du chemin. Voilà, il y a Anton Kupika, là, qui en a fait un gros bourse, je crois, il y a un mois, enfin, un peu avant la Divide. Il y a la Great Divide, qui est le parcours initial, on va dire le parcours historique de la Tour Divide. Et, en fait, il y avait des gens qui traversaient les États-Unis, comme ça, ils prenaient une trace, ils prenaient une autre trace. C'est comme le Great Himalaya Trail au Népal, tu vois, il y a des traces comme ça, comme à la Palacan Trail. Et, en fait, il y a 4, 5 mecs, je caricature, mais on n'est vraiment pas loin de ça, qui se sont dit, comme pour l'UTMB, comme pour d'autres épreuves, mais ça serait bien quand même qu'on voit qui c'est qui est le plus rapide, parce que toi, Jean-Michel, tu l'as fait en 92, mais bon, il y avait un passage, où il y avait de la boue, machin truc, toi, Didier, machin truc, c'est plus Jason, Pete et machin. Et donc, je crois que c'est en 93, ou je crois que la première édition, je ne sais pas, c'est ces eaux-là. Ils ont dit, on va faire une course, ça va s'appeler la Tour Divide, sur les traces de la Great Divide, et les mecs sont partis. Il y a un mec qui a roulé avec moi qui s'appelle Pete, et le mec, il m'a dit, on avait une carte, il y avait marqué, à la maison bleue, avec les volets bleus, vous allez tourner à droite. Quand vous allez arriver à la montagne, qui ressemble à un poisson, machin truc, une queue de poisson, vous allez tourner à gauche, et ça, pendant 4 250 kilomètres. Et donc, les mecs, ils se tapaient, je ne sais pas, 40, 50 jours, 60 jours, pour certains, même plus. Et c'était une vraie aventure de ouf, où ils étaient 10-15. Puis après, ça a pris de l'ampleur, il y a eu Michael qui a voulu faire un gros truc, je crois qu'il a gagné une fois, et après, il a voulu battre son propre record, il a battu son propre record, il a fait un putain de temps, 13 jours et 20 heures, avec fourche rigide, un vélo allégé et tout. Et lui, ça a été un peu le Kylian Jornet du truc. En gros, il a allégé tout ce qu'il pouvait. Pour lui, tout ça, c'était des courses et de la performance. Évidemment, il a tout le spirit, comme un Kylian, avec tout ce qu'il faut, parce que tu n'es pas un champion comme ça en tombant du ciel. Il y a beaucoup de travail, beaucoup de réflexion sur ta pratique, sur la spiritualité, sur d'autres choses, sur l'apaisement. Mais c'était une machine de guerre, et depuis, personne ne l'a battu. Même avec des vélos un peu plus modernes, etc. Ce n'était pas il y a si longtemps, tu vois, mais personne n'arrive à le battre, parce que tous les ans, il y a une couille. Déjà, un, ils ont rajouté 2-3 mètres de D+, genre 2-3 millimètres de D+, dont 2-3 passes vraiment casse-couille, tu vois. Genre, il y a un hike-a-bike, donc il y a un chemin, c'est du try-running, donc là, c'est vraiment très PTL. Et tu pousses ton vélo pendant 5, entre 5 et 7 heures, je pense 15 heures pour les derniers. Et ce n'est pas plus. Ah ouais. Ah ouais, là, c'est l'enfer.
Invité 1 Je pensais que tu allais me dire 5-7 kilomètres, mais ok, donc 5-7 heures.
Stéven Ah oui, mais 5-7 kilomètres, pour certains, c'est...
Invité 1 Oui, remarque, oui.
Stéven C'est 7 heures, ton vélo, il fait entre 15 et 25 kilos. Ça parle plus de 25 kilos. Ils ont des pochettes pour aller chercher le pain, tu vois, parce qu'ils ramènent toute leur life. Il y en a, c'est vraiment, ils ont la grosse tank qui fait 2,5 kg. Le mec, il a des matelas. Un matelas, c'est un truc pour deux personnes que tu prends pour aller au camping de Chamonix. Sauf que le gars, il va faire la tour d'ivide. Tu vois les vélos et tout. Tu dis, non mec, là, t'as abusé, quoi. Alors, ça a tendance à se réduire, tu vois. Mais c'est comme quand on a fait la PTN, t'as toujours un gars avec un putain de sac de rando de 80 litres, tu vois. Et il te le double avec des chaussures à scratch avec un accent italien. Et tu lui dis, non, t'as pas le droit. Le droit de me doubler maintenant, tu vois. En fait, le mec, c'est un guidos, c'est un guidos italien qui a fait, je ne sais pas, 50 fois le Mont-Blanc. Il le fait en plaquette, tu vois. Ouais. Et toi, t'es avec ton matos, t'as surpesé tes bâtons 15 fois pour te dire, ouais, je crois que j'ai choisi le bon modèle. Tu les as déjà cassés 12 fois. T'as déjà pris la deuxième paire parce qu'ils sont broyés. Et eux, tu l'arrives avec ses chaussures de rando et tout. Tu dis, non, je ne peux pas le regarder. Et là, c'est vraiment ça. Au départ de la Divide, t'as des mecs, tu dis, comme quand j'ai fait Northscape, il y avait des mecs avec des récroviseurs sur des vélos et tout. Tu dis, oh, je ne veux même pas que je les regarde parce que je vais switcher, tu vois. Donc, ils ont tout, quoi. Ils ont le matelas, ils ont le duvet qui fait jusqu'à moins 10 degrés. Tu vois, ils ont tout, quoi. Ils ont le duvet qui fait 2, 3 kilos. Donc, voilà. Et après, il y a des performeurs que tu vois, comme Ulrich, comme Sofjan Selye, qui était pas là cette année, mais qui l'a gagné l'an passé. Et qui ont des vélos à 13 kilos, quoi. Et là, si t'as un vélo à 18, 20, bah, déjà, je fais 80 kilos. Donc, je leur laisse déjà entre 5 et 15 kilos à chacun. Et ouais, t'as des mecs qui font 65 kilos, qui ont un vélo de 12, 13 kilos. Le Belge qui a passé 3, 4 jours, non, plus que ça, 7 jours devant, là, dans le top 3, il nous double. Il n'a pas de prolongateur, pas de spiruline, donc pas d'appui autre que l'appui VTT. Pas de prolongateur, du coup, il ne peut pas se mettre sur les coudes, sauf des pads. Il avait juste des trucs pour poser les coudes, quoi. Mais il n'a pas de contrôle du vélo. Et il n'avait rien. Et en plus, il perd son duvet, son BV, au bout de 4 jours, je crois.
Invité 1 Ah oui.
Stéven La vie est belle, quoi. Et quand il me double, là, je dis, il est parti pour 3 jours, quoi. C'est pas possible. Et évidemment, il s'est fracturé un os au poignet, qui est la main gauche aussi. Parce que, en fait, c'est tellement long, tu vois, comme la PTL, tu peux avoir tous les matériels le plus léger du monde. À un moment, il te faut du confort, il faut être rassuré, il faut se dire que tu ne vas pas tout péter si tu appuies sur le bâton ou si tu découpes ta chaussure sur un rocher. Il ne faut pas que ta chaussure ait souvent deux, tu vois. À la Tour Divide, c'est pareil. Si tu as des pneus ultra légers, tu découpes, ton pneu, il est mort, tu te débrouilles. Alex House, qui a passé 10 ou 15 ans chez les pros, qui était encore champion des Etats-Unis de cyclisme, donc meilleur coureur des Etats-Unis, quand même. Le mec a découpé son pneu, il avait un fil et une aiguille pour recouler son pneu, quand même.
Invité 1 Donc voilà,
Stéven toute cette tirade pour dire, c'est un peu engagé quand même.
Invité 1 Ouais, gros chantier, j'ai l'impression. C'est vrai que chaque fois que tu mettais des stories, c'est tout bête, tu vois, mais la différence de climat entre le départ du Canada et l'arrivée au Mexique, je n'y avais pas vraiment pensé, tu vois, mais oui, passage dans la neige, peut-être que tu as mis quelques photos là où on voit bien que ce n'est pas un petit nevé, quoi. Donc ouais, ça m'avait l'air d'être un sacré, chantier. Du coup, tu parlais de, tu vois que c'est important pour des courses qui sont aussi exigeantes d'arriver préparé, alors évidemment physiquement en termes de matériel, mais aussi d'un point de vue mental, ce que tu viens chercher, tu as évoqué la spiritualité. Toi, tu dirais que cette phase de préparation, tu l'as abordée comment et dans quel état d'esprit est-ce que tu es arrivé ?
Stéven Bah, il y avait plusieurs choses. Encore une fois, il y a, là, il y a toujours trois choses dans ma tête. Il y a, mes problèmes personnels de me dire est-ce que je veux vraiment performer, c'est-à-dire faire une performance physique et surtout un résultat. Ça, c'est une chose. Il y a ce que je pense profondément, c'est-à-dire que j'avais envie de rêver, j'avais envie de traverser les États-Unis, c'était l'intention première. et trois, j'avais envie de m'amuser. Et en fait, à partir du moment où j'arrive là-bas, je suis surstressé comme j'ai pu l'être sur la PTL. Enfin, plein de moments dans ma vie où je ne sais pas, je perds le contrôle de moi. Alors, j'ai vraiment une capacité de concentration, d'apaisement qui est quand même beaucoup plus élevée que par le passé quand j'étais coureur et tout ça, coureur cycliste. Mais, je panique, tu vois, j'arrive aux US, j'ai 15 000 couilles, l'aéroport, le taxi, le logement, enfin, ouais. Et du coup, je pète un câble, je pars de Calgary, je fais 600 bornes pour me rassurer. Donc, ces 600 bornes, ils m'ont fait du bien, tu vois. Mais je suis stressé, en fait. Je suis hyper stressé alors que je me suis préparé pendant six mois. En faisant quoi ? Je pense que je dis toujours tu mets toute ta vie pour te préparer à ces épreuves-là comme une PTL, tu mets 30 ans à arriver à à ce que tu es. Tu vois, après, tu apprends des choses tous les jours, tu fais des courses de préparation, etc., de réglage. Mais ce n'est pas l'année que tu as fait qui va te préparer à la PTL ou à la Tour Divide ou à une autre course n'importe où dans le monde. C'est tout ce que tu as fait par le passé qui s'accumule et qui se met là. Ok, mec, maintenant, il va falloir utiliser tes flèches que tu as travaillées pendant 30 ans et tu gères ton truc. Et en fait, je suis stressé je pars bien, mais j'ai préparé un arvelo, mais tu as toujours le doute de 15 000 trucs. Et surtout, comme tous les concurrents, tu ne sais pas comment tu es. Tu ne sais pas. On te dit qu'il y a des grizzlies, on te dit qu'il y a des ours, on te dit qu'il y a des couverts sur la map, on te dit qu'il y a un changement de température qui est de l'ordre de moins 5, moins 10 degrés, voire des fois plus dans certaines années, jusqu'à plus de 50 degrés au Nouveau-Mexique, je n'abuse pas du tout. Il faisait plus de 48 degrés à Mont-Garmin les deux derniers jours. Et ça, il faut l'analyser, c'est-à-dire qu'il faut avoir des vêtements. En gros, quand tu fais le Mont-Blanc, tu t'habilles pour faire le Mont-Blanc. Et là, tu t'habilles pour faire le Mont-Blanc et en même temps, être en train de traverser un désert où il fait 50 degrés. Et tout ça, soit tu prends la technique du haut-ca-ouche, prends ça et ton vélo, il fait 45 kg. Ou soit tu dis, Stephen, sur l'Atlas Mountain Race, il faisait moins 17 à un passage de colle. Ça, ça a très bien marché. Donc, tu utilises ça. Ces pneus, tu les as très bien utilisés. Tu as eu cette mer, mais ça va. Et tu t'élimines toutes les zones d'ombre. Et ça, ça vaut pour toutes les épreuves, je pense. Il faut garder cette confiance de, mais j'ai déjà fait, en fait. Ça, j'ai déjà fait. Ça, j'ai déjà fait. La boue, j'ai déjà fait. Là, j'ai déjà passé un colle à 3000. Ce qui est très dur, c'est par exemple dans le Colorado, et là, tu vois, je suis à Chamonix, mais j'expliquais ça à mon movie maker de la Mongolia. Je lui ai dit, mais Kyan, le Colorado, je croyais que c'était facile. Tout le monde m'a dit que c'était facile. En fait, le Colorado, ce n'est pas dur. C'est juste que tu es sur une piste de 4x4, grande piste de 4x4, qui fait 1000 miles, et pendant 1000 miles, tu es entre 2500 et 3700 mètres. Et pendant ce temps-là, il fait entre 0 et 40 degrés. J'ai monté un colle, j'étais à 3200 mètres, il faisait 27, 30 degrés. T'imagines, c'est comme si, ici, tu montais, tu es à Chamonix où pendant la PTL, on n'a pas eu 30 degrés à 3000 mètres, tu vois. tu es à 3000, il fait 30. Putain, mais bordel, mais lâchez-moi. Tu sais, déjà, tu as les limites parce que tu es un peu déshydraté, tu es un peu fatigué. Le soleil, il tape dessus, il fait chaud. Tu as un paramètre qui est supplémentaire à l'altitude et au coût calorique parce que quand tu es à 3000, tu utilises un peu plus, entre 25 et 30% plus d'oxygène. En tout cas, des recherches d'oxygène, tu as ton coût calorique qui est plus important. Et surtout, tu es à 2 à l'heure. Tu vois, je roulais à 10 km heure dans les gros cols, parce que tu as des cols de 25 bornes et tu montes à des stations de ski et tu te dis, nous, en France, en haut d'une station de ski, tu as une buvette, quoi. Allez, il n'y a pas de buvette, tu bascules, tu n'as pas de buvette, tu fais 100 bornes, tu n'as pas de buvette, tu fais 150 bornes. Et au bout d'un moment, tu as une station essence sur une espèce d'autoroute et tu y vas et tu dis, OK, bon mec, je vais sortir 70 dollars parce que sinon, je vais mourir. Donc, tu fais ça tout le temps parce qu'à la fin, tu es sur le truc de... Je me suis préparé, j'ai fait des trucs, mais en fait, tu finis par boire 2 litres de Sprite et de Coca-Cola par jour alors que tu as appris tout l'inverse toute ta vie à manger des Skittles alors que tu n'en as jamais mangé toute ta vie et à manger 15 sneakers alors que tu n'en manges jamais au quotidien. Mais ta vie, c'est de manger du fast-food, des burritos à la fin, je te jure. je me suis mis à manger des trucs que je n'avais évidemment jamais mangé mais surtout qui contenaient de la viande alors que je n'en mange pas parce que je n'avais rien à manger. Je n'avais vraiment rien à manger. Donc, tout ça, ça ne se prépare pas en fait. Tu vois ?
Loïc Ouais.
Stéven Le seul truc qui te prépare à ça, c'est par exemple une PTL ou quand j'ai fait Paris-Dakara Vélo ou dans l'Himalaya. Mais tu as toujours l'espoir dans l'Himalaya ou en tout cas dans ta tête, tu sais qu'il y a un lodge dans 20 kilomètres.
Loïc Ouais.
Stéven Il n'y a rien. Rien, rien, rien. Bon, tu vas plus vite en vélo mais tu es... Bref, c'est ça qui est dur. Ce qui est vraiment dur, c'est de se dire allez, ce n'est pas grave. Je vais à 8 kilomètres heure, ça va durer trois jours mais la vie, elle est cool quoi.
Invité 1 Ouais. Avec tout ce que tu me dis, tu vois, ce que j'avais vu de ce que tu partageais pendant l'épreuve, en fait, il y a un mot qui me revient depuis tout à l'heure, c'est le lâcher prise en fait. Ouais. Et dans ce que tu expliques, il y a tellement de paramètres, tellement d'imprévus, c'est tellement énorme comme épreuve, tu ne peux pas te préparer à ça. Et il y a... Alors, un événement, je pense que tu as dû en vivre plein des épreuves, tu vois, des moments difficiles mais quand tu as commencé à partager les stories sur ton passage à la frontière américaine, franchement, je me suis dit punaise, mais comment il va faire pour se remobiliser ? Je pense qu'il y avait déjà de la fatigue, etc. Donc, il y avait des larmes, ça avait l'air vraiment très, très, très relou comme incident mais je me suis dit franchement, s'il arrive à se remobiliser après un truc comme ça qui a l'air de vraiment l'affecter, chapeau bas quoi. Et tu l'as fait puisque voilà, tu termines quatrième, tu n'as pas atteint l'objectif que tu voulais mais c'est quand même ouf ce que tu as réalisé. moi, d'un point de vue extérieur, j'ai l'impression que c'était quand même peut-être un des plus gros événements en tout cas que tu as partagé. Tu dirais que c'est le cas, ça a été un des trucs les plus difficiles ou pas forcément ?
Stéven Ouais, en fait, ce qui se passe à ce moment-là, c'est qu'il y a plusieurs trucs mais le premier truc, c'est que dans ma tête, depuis que j'ai arrêté ma petite microscopique carrière de cycliste, je me suis toujours dit que le vélo, c'était un jeu. Le vélo, c'est pas un jeu, clairement, quand tu commences le vélo, quand tu as 5, 7 ans, ça peut être un jeu mais évidemment, quand tu emmènes tes parents ou tes amis faire du vélo pendant 100 bornes, tu sais au bout de 20 bornes que c'est un jeu. Comme la course à pied, comme plein de sports, comme la boxe, c'est pas du foot, c'est pas du rugby, c'est pas du golf, c'était pas un jeu. Du coup, c'est dur mais j'ai la prétention de me dire qu'aujourd'hui, physiquement, je suis prêt, au départ de cette épreuve, je suis prêt, je suis en capacité de faire cette map sans me blesser, sans me détruire, sans m'abîmer et surtout en m'amusant. Je retrouve des copains, Justina, c'est Yael Riche que je connais moins mais il y a plein de mecs que je connais, il y a la L. Wilcox, il y a d'autres, les gens de l'Ultra Endurance qui sont là et t'as 13 personnes qui veulent, entre autres, je crois qu'il y a 13, mais peut-être plus, qui veulent battre le record de Michael. Donc, je sais que ça va être dur, je sais que ça va rouler très vite, je sais que le niveau, il a jamais été aussi relevé sur cette épreuve de l'histoire. Et, il y a un autre truc, c'est que cette race, je ne la connais pas, je ne connais pas bien les Etats-Unis donc j'ai plein de sources d'inquiétude mais en même temps, je me dis, je vais m'amuser, je suis avec les copains et ça. Donc, je m'amuse, un jour, deux jours, bon voilà, je fais mes 400 kilomètres, il reste 20 bornes à la frontière, je suis avec Lyle Wilcox, une des plus grosses légendes aujourd'hui de l'Ultra vivante et en activité qui est aux Etats-Unis, une fille qui rassemble sans en rajouter des milliers, des milliers de femmes autour d'elle et qui met plein de gens à la pratique, pas que des femmes d'ailleurs, beaucoup, beaucoup de mecs se sont mis au vélo grâce à la Elle et à ses films et à ses réseaux sociaux et donc, j'arrive à la frontière, je suis super content, je lui ai fait 2-3 blagues dans la descente, je lui ai dit, meuf, tu vas détester que je te dise ça et peut-être tu vas le prendre mal mais je n'ai jamais vu une meuf descendre comme ça, je lui ai dit, je n'ai jamais vu une fille descendre comme ça, je ne freine pas, tu vois, je descends vraiment comme un bâtard, je descends vraiment sale et elle est dans ma roue, elle me double, elle me s'est à l'intérieur 2-3 fois et je dis, wow, ok, j'ai 4 points, en fait, tu es vraiment super forte, donc on sort à moitié Caleb, qui est un gars d'Alaska qui n'a pas trop d'expérience mais qui est vraiment super mec et tout, on arrive à la frontière et je dis à la Elle, je vous laisse tous les deux, donc ils sont tous les deux américains, je dis, je vous laisse passer parce que je sens que je vais perdre un peu de temps, moi je suis français, machin, tu sais, mais à aucun moment je ne me dis je vais avoir un gros problème et donc j'arrive et le gars il me dit et je vois tout de suite que j'ai un drapeau sur mon nom, tu vois, un flag quoi, comme si j'étais un terroriste ou comme ça et je les vois passer donc je fais un signal à elle et dans ma tête je dis, wow, je suis mort, je suis mort, je ne sais pas ce que j'ai fait encore comme connerie mais tu sais, comme si, comme quand j'avais 5 ans et que je faisais une connerie, je savais que j'allais me faire pourrir par mes parents mais tu sais ce que tu as fait, là je ne savais pas, j'arrive et j'attends une demi-heure, trois quarts d'heure au bout de trois quarts d'heure ça commence vraiment à me tendre, tu vois, parce que je dis vraiment j'ai besoin de passer cette frontière, c'est une course et tout, alors le gars arrive, il me dit, alors je vais t'expliquer mec, la meilleure chose à faire pour toi là maintenant, c'est de prendre ton vélo, tu fais demi-tour et tu vas tout droit vers le Canada et si je peux te donner un autre conseil, c'est ne reviens plus jamais, ne tente jamais de revenir aux Etats-Unis, et là je pète un câble, tu vois, je compte que ça m'énervait vraiment un peu avec l'ego, tu vois, je dis mais mec, tu ne comprends pas, tu as sur Google mon nom, je ne suis pas un mec qui fait des conneries, je fais ça, ça, ça, ça, ça, j'ai fait ça, il me dit ok, pourquoi tu ne nous as pas dit que tu allais en Iran ? C'est-à-dire, tu ne nous as pas dit que tu étais en Iran, tu as signé toutes les cases en disant non, non, non, tu sais, genre, est-ce que vous avez déjà profiqué de l'alcool, de la drogue, est-ce que vous êtes déjà allé au Yémen, en Irak ? Non, non, non, non, non, non, le gars, en fait, m'avait pris mon ESTA et avait l'autorisation de passer et en fait, je suis, il y avait un flag sur mon nom parce que je suis interdit du territoire aux Etats-Unis et je ne le savais pas, j'arrive là, vraiment, je ne suis pas gogo, je ne vais pas arriver à la frontière en me disant ça va le faire et tout et là, je craque, tu vois, je le regarde, je dis mais s'il vous plaît, est-ce qu'on peut discuter deux secondes, et tout, il dit, il n'y a pas de discussion, la seule discussion que tu peux avoir, c'est pour rentrer au Canada, je te laisse passer dans l'autre sens, retourner d'où tu viens mais en gros, barre-toi, tu vois, ça devenait un peu virulent et je dis alors, mec, je vais te dire un truc, quand j'étais petit et je lui raconte toute mon histoire et je dis mec, j'ai le rêve, j'ai le rêve de traverser ton putain de pays, laisse-moi passer, je suis en course, tu connais la L.Wilcox, elle vient de passer devant toi, est-ce que tu peux me laisser passer ? J'étais sixième de la course, je voyais 15 personnes passer par heure, tu vois, et il commence à s'énerver et il revient une heure après, il me dit, ok, je te laisse passer, tu me donnes 500 dollars, tu nous donnes 500 dollars et je te fais un temporary passport, ça dure 20 jours et tu dois me signer un papier qui fera en sorte et qui dira que tu, et tu me le rediras vocalement, oralement, jamais, tu ne pourras revenir aux Etats-Unis, forever, et il me redit une deuxième fois, forever, et ça résonne dans ma tête, forever, et je dis, wouah, et dans ma tête, en fait, il y a tous mes rêves d'enfant, tu vois, de trucs, Lucky Luke, machin, papa, machin, et en fait, je le voyais, je les voyais tous et donc, je suis allé le voir 15 fois pour avoir le wifi, au moins pour contacter des gens de mon réseau, mes amis, ma famille, dire que tout va bien, au moins, les gens qui travaillent aussi avec moi, tu vois, sur Gravelman, dire, les amis, il n'y a pas de problème, je suis juste brut bloqué à la frontière, tout le monde s'inquiétait, tu vois, une heure, deux heures, quatre heures, et là, je vais le voir une dernière fois et je lui dis, laissez-moi passer si vous, il me dit, ok, tu dois signer ce papier, tu dois nous dire, vraiment, voilà, et je vais te poser sans question, il me pose sans question, après, il me repose sans question, mais des trucs de l'enfer, avez-vous, bah, toutes les questions de l'Esta, plus des trucs, voilà, ils prennent mon portable pendant deux heures, je sais pas ce qu'ils ont fait dedans, ils regardaient toutes mes, toutes mes localisations, depuis, bah, depuis que je l'ai, et voilà, et je passe, et alors, je peux te dire que dans ma tête, cette notion de jeu, qui était notamment, qui était surtout l'intention que je voulais donner à cette course, je l'ai instantanément perdue, quand je repars dans la frontière, je suis en pleurs, je te jure, en fait, je pleure parce que, toutes les croyances que j'avais sur les libertés, de l'humain, les droits de l'homme, toutes mes croyances sur, ce que tu fais, c'est noble, c'est super, t'as raison, continue, t'es un mec libre, Steven, t'as tout compris, j'ai rien compris, à ce moment-là, j'ai rien compris, j'ai tout perdu, en fait, à ce moment-là, en fait, j'ai perdu toute l'espèce de candeur, que je pouvais avoir, dans mon espèce de job, d'aventurier, c'est un peu arrogant de dire ça, mais, c'est mon travail, tu vois, mon travail, c'est de faire rêver les gens, de les faire rouler sur les gravelmans, et de m'aventurer, je perds tout, tu vois, je perds tout, franchement, à ce moment-là, je perds tout, parce que ça me creuse vraiment à l'intérieur, et surtout, je peux parler à personne, tu vois, il me fait passer, je fais 15 bandes, j'arrive à l'oreca, je vais dans une landrée, dans une labo-machique, il y a le wifi, et je poste les stories, et je parle à mon entourage, j'achète une e-SIM, ça ne marche pas, deux e-SIM, donc, je suis toujours, en gros, j'aurai pas de contact avec les gens, et j'y arrive pas, parce qu'en fait, comme un connard, j'ai encore une puce française dans mon téléphone, et dès que t'as une puce, tu peux pas mettre de e-SIM aux Etats-Unis, en fait, tout est bleu pour, je rachète une 3D, je pense, j'ai claqué 400 euros de e-SIM, sans avoir l'utilité, l'usage, bref, je me casse, de cette station service, en me disant, mec, il n'y a plus de jeu, il n'y a plus de machin, mec, il faut que tu sois un chevalier, mais normalement, je deviens un chevalier à 1000 km de l'arrivée en course, quand je gagne Northscape, j'ai commencé à m'énerver sur moi-même à 1000 bornes de l'arrivée, quand je suis arrivé un peu avant la Finlande, mais jamais, même sur une PTL, tu sais, tu peux pas rentrer avec une épée dans la première montée, en se disant, tu fais le kilomètre vertical comme un chevalier, tu fais péter tes couilles qui pli, t'as rien en haut, puis on avait qu'à te faire en l'air, et tu dis, ouais, je suis un monstre, ça n'existe pas, tu le sais ça, sauf que là, je me mets à 95%, je me mets à 95%, je vois les personnes défiler comme ça, et dans ma tête, je dis, mec, t'es un monstre, t'es un monstre, t'es insane, dans ma tête, ils me disaient que ça, je dis, vas-y, ils vont comprendre, alors que la seule personne qui devait comprendre, c'était moi, c'était que j'avais juste besoin de me faire mal et de me dire, mais putain de merde, quoi, tu vois, j'étais tellement mal que je me disais, fais-toi mal, au moins tu vas oublier, quoi, et je me suis maltraité pendant, bah, deux jours, donc je passe de, je sais pas quoi, 45e à 6 ou 7e, et j'arrive à, non, plus que, ouais, 7, 8e, et je remonte, tout le monde, et tout le monde, c'était n'importe quoi, tu vois, je doublais des gars, je pense que j'avais le double de leur vitesse, quoi, je double, Alex House, l'ancien pro, il était par terre en train de réparer ses pneus et tout, il me dit, mec, attends-moi, et je vois qu'il y a un rayon dans la main, j'ai dit, mauvaise idée, surtout, surtout t'arrêtes pas, sinon en plus, en fait, c'est trop un mec sympa pour que je m'arrête, parce que si je m'arrête, je sais que je vais rester avec lui pendant 10 jours, et je dis, non, non, remets-toi dans ta course, et donc, en gros, je me fouette la tête pendant 2, 3 jours, je dors à peine la première nuit, je tombe sur un gars qui est en pignon fixe, et là, je retourne dans le jeu, mais non, le mec est en single, single speed, on monte un call, et il me dit, ouais, on dort là et tout, et il me dit juste, est-ce que tu peux mettre ta frontale, parce que là, je viens de voir trois mois, et je dis, c'est des cougars, et je le regarde, je ne comprends pas ce que, mon anglais est très mauvais, vraiment, mais là, je dis, je ne comprends pas ce que tu viens de me dire, et j'avais très bien compris, il me dit, non, là, en haut, regarde là, en haut de la butte, il y a trois mountain lions, on venait de voir 7 personnes en bivis à 30 mètres, ouais, je dis, mais moi, je ne dors pas là, mec, je dis, tu ne comprends pas, en fait, je dis, ce n'est pas question de corps, c'est question, on va mourir, je ne sais pas, j'avais 55 dollars de sneakers, c'est de bar à moitié ouvert dans mon sac, et je dis, je ne vais pas crever pour des sneakers, et donc, je dis, on se casse, on fait 20 miles, on était décapité, on se couche à 3 heures du matin, et là, il me déballe le bébé, il me dit, par contre, je ne t'ai rien dit, mais moi, c'est une personne, je dis, je n'en ai rien à foutre, je dis, mec, je veux juste dormir dans un endroit, je veux juste être avec quelqu'un, je veux juste qu'on parle, qu'on discute, il me dit, ok, ok, bon, on fait toute la nuit, alors, je dis, à 3 heures, 3 heures et demie, on dort, 3 heures et demie, on jette la tente, je m'allonge, je me faxe dans le truc, et je lui dis, moi, par contre, je dors 1 heure et demie, il me regarde, il me dit, non, c'est insane, je dis, non, non, il a dormi 5, 6 heures, je pense, et moi, je dormis 1 heure et demie, je me casse, je reprends encore 1 ou 2 personnes, il y a un belge qui revient sur moi, je rachète encore 60 dollars dans un shop, là, super market, j'ai de la connexion, du coup, je parle avec les gens qui sont super inquiets, et voilà, et puis ma course, elle continue jusqu'à Lael, où je reprends Lael, enfin, je reprends Caleb de nouveau, j'ai mis 2 jours, j'ai mis 50 heures, je crois, 50, 51 heures, à revenir là où j'étais, donc, revenir sur Lael, qui est ici, sur 7ème, et Caleb, et je suis dégagné.
Invité 1 50 heures pour récupérer les 4 heures où tu es resté bloqué. Ah oui, 4 heures,
Stéven mais qui sont devenus, qui sont devenus plus, et parce que, tu sais, tu peux être un câble, c'est du noir et tout au labo matique, je pense, je suis resté 1 heure et demie dedans, je dors dans la tente du gars, je n'ai pas perdu beaucoup de temps, mais quand tu es dans la course, ce n'est pas pareil, tu es tendre, tu es tendre, tu es tendre, tu es tendre, tu es tendre, tu es tendre, ce n'est pas les mêmes, donc, je la reprends, elle est défoncée, elle est explosée, en fait, je les reprends, et je vois que je suis super frais par rapport à tout le monde, et là, il y a une autre course qui reprend, une deuxième phase, qui est plus apaisée, on va dire.
Invité 1 Oui, punaise, donc, le fin mot de l'histoire, en fait, c'est que, dans tes défis précédents, j'imagine, avec le projet 666, etc., tu es allé dans des pays, qui aux US sont flagués, et donc, sans que tu en aies été informé, en fait, tu avais basculé sur une liste, des personnels d'un grata, pour les US, quoi.
Stéven Ah oui, parce qu'en fait, ce qui se passe, c'est qu'ils me valident mon ESTA, et moi, quand c'est validé, c'est validé, sauf que, au moment où j'arrive dans le lavomatique, je dis, je vais quand même regarder dans mes spams, et tout ça, parce que, et en fait, dans mes spams, j'ai une notification, qui fait que, j'ai eu un deuxième mail, de notification, qui fait que mon ESTA, mon premier ESTA, la validation, elle avait été annulée, et que je ne, en gros, je ne peux pas accéder aux Etats-Unis, mais, dans ma tête, j'étais bon, tu vois, j'étais tranquille, parce que je suis allé en Iran, avec Perrine, on a monté un sommet, qui s'appelle le Tababan, et c'était un micro-projet, et d'ailleurs, là-bas, ils croyaient que j'étais un espion, un américain, Steven, mais, mais, mais non, je suis allé 36, 40, je ne sais plus, c'est 36 ou 40 heures, en Iran, et pour monter un sommet à pied, et voilà, quoi, et c'est pour ça que je suis flagué, et après, ils ont regardé mon truc, et ils me disent, mais pourquoi vous passez autant de temps au Maroc, pourquoi vous avez été au Tibet, pourquoi vous avez été en Russie, et le mec me met quand même son putain de courrier, là, que je ne vais plus jamais aux Etats-Unis, en face de mon visa russe, juste en face, exprès, quoi, tu vois, un peu genre, t'inquiète, mec, ça te servira de leçon, quoi.
Invité 1 Mais donc, c'est pas du bluff, tu penses, c'est véridique, tu ne peux plus jamais foutre les pieds aux yeux ?
Stéven Franchement, je n'ai même pas envie, pour l'instant, de poser ces questions-là, j'ai juste envie de me dire, j'ai rencontré des Américains exceptionnels, tout ce qui a pu être fait à la frontière, a été presque effacé, c'est à l'intérieur, c'est là, ça m'a brisé un truc à l'intérieur de moi, un truc un peu d'enfant, mais j'ai rencontré tellement de gens extraordinaires, tellement de gens qui m'ont montré du soutien, la sympathie, la bienveillance, des aides diverses, de genre, où je suis en galère, où je ne capte pas, enfin bref, j'oubliais des trucs dans des stations-service, des gens qui m'amenaient, genre, j'oublie, je l'achète de part de pizza, je les laisse sur le comptoir, et je suis tellement explosé, tu sais, quand tu ne dors pas pendant 24, 30 heures, tu ne sais plus comment tu t'appelles, je laisse ma bouffe sur le comptoir, et les gens, ils m'amenaient les trucs, ou bien vous avez oublié votre téléphone, parce que mon téléphone, c'est un acte manqué, tu vois, j'ai explosé mon téléphone, et j'en ai perdu un autre, mais c'est parce que je suis, je suis peut-être trop connecté, on ne sait rien, je parle trop pendant les courses avec les gens, j'ai trop besoin du soutien de, bah de gens en fait, d'humains, j'ai trop besoin d'humanité dans ma vie, dans ma pratique de l'ultra, que la vie m'a un peu puni, je crois. Ouais.
Invité 1 Bah, je trouve que c'est très, c'est hyper intéressant, cette analyse que tu as, tu vois, finalement de dire, voilà, quelque part, j'ai l'impression que c'est comme si tu avais déjà un peu tourné la page, tu vois, tu dis, bon voilà, il y a eu cet événement, mais ça ne peut pas effacer toutes les rencontres hyper riches qu'il y a eu après ça, et avant ça, quoi.
Stéven Non, ce n'est pas tourner la page, mais en fait, si j'avais eu de la rancœur, et de l'énervement, et de la rage, elle ne sert à rien, cette rage, tu vois, elle servira à quoi ? Tiens, les Américains, j'ai gagné, non, je ne suis pas comme ça, je m'en fous, je ne suis pas empunier, ça reste toujours, quand quelqu'un me déçoit, me fait du mal, ou fait un truc vraiment malsain, toujours, ça reste dans ma tête, dans mon cœur, toujours, toujours, mais, ça, je me dis, c'est un individu, une administration, qui a des règles absolument strictes, complètement, et inconcréhensibles pour certaines, pas forcément celles-là, mais plein d'autres, et surtout, je me suis vu comme, comme un migrant, comme, comme d'autres gens qui vivent des choses, partout dans le monde, qui sont beaucoup, beaucoup plus graves, et beaucoup plus vitales que moi, et, je n'ai pas le droit d'ouvrir ma gueule, quoi, parce qu'il y a des gens qui m'ont dit, mais tu devrais, tu devrais faire des conférences là-dessus, sur ce qui se passe aux Etats-Unis, tu devrais montrer, voilà, le, le, le, enfin, ce qu'un humain est capable de faire, oui, ok, mais, je ne vais pas me mettre en position de, je suis une victime, oui, je suis une victime, ça a duré 4 heures, ça m'a niqué ma course, parce qu'ils me prennent entre 80 et 100 miles, ça, à ce moment-là, et, surtout, ça me blesse, profondément, tu vois, mais, c'est comme ça, après, quand je revois Lael, quand je revois Caleb, quand je revois plein d'autres, quand je vois tous les noms, Pete, Steve, machin, tous les Ericains que j'ai vus, ils étaient super, tu vois, ils étaient super, et à chaque fois, eux, ils s'excusaient pour leur pays, tu vois, et ça, ça m'a tellement touché, et le pire, c'était Lael, elle a larme aux yeux, elle me dit, je suis vraiment désolé, tu sais qu'on n'est pas comme ça, et je dis, et Lael, il n'y a pas de problème, tu sais, c'est pas parce qu'il y a un gars dans la rue qui va me pourrir dans un pays, que je vais dire que tout le pays est pourri, et je dis, vous êtes quand même rude, je dis, franchement, vous êtes rude, elle me dit, non, non, t'inquiète, même pour nous, à l'intérieur du territoire, les règles sont vraiment strictes, soit tu restes dans les clous, soit dès que tu te sens, ça tape fort, quoi, donc voilà, ce côté-là, je me suis dit, bon, ça ne sert à rien de pleurer sur son sang, et maintenant, il faut avancer, et je me dis que c'est de ma faute, et basta, sinon, si je me dis que c'est de la faute des autres, trop facile, et c'est trop durable.
Invité 1 Ouais, en tout cas, chapeau, parce que, voilà, c'est quand même arrivé relativement tôt, et puis, clairement, tu as réussi à te remobiliser, c'est intéressant ce que tu expliquais, sur la façon dont tu l'as fait, finalement, c'était de te dire, bah vas-y, je me rentre dedans, en fait, je me rentre dedans, je reviens où j'étais au moment de la frontière, et après, on verra, tu l'as vraiment senti d'ailleurs, cette espèce de trigger, où tu es passé dans une phase plutôt d'apaisement, une fois que tu as rattrapé Laël, et les autres ?
Stéven Ah, mais c'est Laël, c'est Laël, clairement, c'est Laël, c'est Caleb et Laël, mais c'est Laël qui me regarde, et qui me dit, elle me regarde, elle me dit, c'est bon, je dis, mais quoi ? Elle me dit, t'es septième, Stéphane, t'es septième, je dis, mais qu'est-ce qu'il y a ? Elle me dit, mais tu vas gagner, elle me dit, mais tu vas gagner, je dis, reste, elle me dit, il va rien gagner, elle me dit, tu vas gagner Stéphane, elle me dit, t'es plus fort que tout le monde, juste, mets-toi ça dans la tête, là, t'es plus fort que tout le monde, là maintenant, il faut que tu te dises pendant 2-3 jours, il faut que tu te ménages un peu, il faut que tu dors normalement, je dis, là, c'est fini ça, c'est fini, il faut que je revienne, tu sais, dans ma tête, il fallait que je continue à revenir, et en fait, plus elle me parlait, tu sais, j'avais des moments, parce qu'il y a des moments, t'es à côté de quelqu'un, c'est comme sur la PTL, tu connais, qui a été avec ton pote, tu te parles pas pendant 5 heures, t'es à côté, on se regardait, comme ça, on souriait, dans ma tête, c'était juste dur, l'enfer, tu vois, et des fois, on se tapait des barres, ce que je lui dis, je lui dis, c'est vraiment, c'est dur, elle me dit, c'est une certaine idée de la douleur, elle me dit, en anglais, c'est une certaine idée de la douleur, et j'explose de rire, mais 15 000 fois, tu vois, après, je lui faisais des imitations, de Thomas Vauclair, qui se met en danseuse, sur le Tour de France, un mec qui est complètement éclaté au sol, qui essaie de la doubler, et puis je lui imitais tout, et elle pleurait de rire, tu vois, et en fait, tu sais taper des barres, pendant 3-4 jours, ce qui est quand même dingue, sur ces courses-là, parce que, parce que normalement, tu te la mets, et tu te batailles toi-même, et c'est un long fleuve, pas trop tranquille, solo, quoi, mais je n'avais pas, j'avais besoin de me dire, putain, j'ai, j'ai un humain qui est à côté de moi, et qui comprend ce que je lui dis, et en fait, je lui apportais aussi des trucs, c'est que, c'est que je lui disais, mais franchement, je pense qu'on est pas mal, quoi, et elle me disait, toujours, we're doing great, we're doing, et en fait, c'est vraiment, les ricains sont 10 fois, 10 fois, 100 fois, 1000 fois plus positifs que nous, je disais, ouais, franchement, il n'y a pas de, je crois qu'on va, parce que moi, je lui dis, je crois qu'on est pas mal, là, et il me disait, non, on va super bien, on va super vite, mais je lui dis, mais c'est quoi les timings, parce que, je n'ai pas de connexion, enfin, je n'ai pas de puce américaine, du coup, je n'ai pas de liaison avec mon entourage, ou des gens, ou juste le tracker, tu vois, et elle me dit, non, non, non, mais là, franchement, on a repris tant de kilomètres, on a pris 30 miles, ils sont à combien de miles, tu vois, on discutait de tout ça, plus le reste, et après, elle me parlait de la map, elle me dit, là, ça va être comme ça, ça va être comme ça, et j'ai vachement appris, parce que, je ne savais pas qui c'était cette fille, j'avais peut-être des a priori, en me disant, en fait, c'est une starlet, et en fait, c'est pas du tout ça, tu vois, c'est tout l'inverse, c'est une meuf, juste, elle fait des trucs faux, et c'est la, des plus grandes communicantes de l'électro-endurance mondiale, clairement, en vélo, je ne sais pas, et, et elle fait ça bien, très, très bien, très professionnellement, avec sa femme, ouh, et voilà, quoi, et Caleb, le lendemain, il se, il se fait mal, à la, au, j'allais dire, au releveur, mais au talon d'Achille, et, euh, il a le tendon, enfin, bref, sa bu crotte, et tout, je dis, ah mec, tu ne vas pas me faire une fracture du mental, ça fait déjà 20 heures qu'on est ensemble, et tout, il me dit, non, non, il me dit, ça ne va pas, je dis, arrête, je dis, boite deux litres d'eau, apaisse-toi, franchement, arrête de stresser, il me dit, non, mais là, je suis avec deux putains de légendes, mais il se met à pleurer dans la chambre, et tout, il me dit, oh, je suis avec deux putains de légendes, moi, je suis une merde, et tout, je dis, non, je dis, il n'y a pas de légendes, là, on est à poil devant toi, on a deux cuissards de maillots, comme toi, on n'a rien à manger, rien à boire, demain matin, on va s'acheter à manger, on va s'acheter à boire, on va partir ensemble, on va refaire une belle journée de vélo, il ne faut pas te prendre la tête, demain, on va rouler entre 16 et 20 heures de vélo, et ça sera un autre jour, et demain, on va trouver, et je lui dis, le jeu, il est simple, c'est sale, c'est sale game, ouais, mais bon, putain, c'est dur, quoi, et je lui dis, mais je suis pareil que toi, et là, elle lui disait, mais on est les mêmes, on est les mêmes, mec, la seule différence, c'est que toi, tu n'as pas confiance, et nous, on a super confiance, tu vois, et c'est la seule différence, et en fait, il a fini sa course bien, tu vois, il fait 16 ou 17 jours, dans ses rêves, dans ses rêves fous, c'était ça son timing, et là, elle, elle fait juste 16 ou 17, pareil, 17, je crois, en ayant été à l'hôpital, en ayant été intubé, machin, à l'enfer, quoi, elle a fait une déshydratation sévère, elle a fait des grosses crises d'asthme, très, très, très carabinées, parce qu'il y a eu des incendies, plus la poussière, en fait, tu passes ton temps à tousser, tu vois, tu passes ton temps à tousser, comme si tu fumais deux paquets de clope par jour, parce que tu es tout le temps dans la poussière, moi, je dois avoir deux ou trois cents allergies différentes, et qui sont mineures, parce que j'ai réussi à vivre jusqu'à maintenant, et moi, dès qu'il y a de la poussière, je suis déglingué, tu vois, les graminées, la poussière, enfin, j'ai 15 trucs vraiment graves comme ça, et voilà, mais moi, je ne prends pas de ventoline, et là, le top 10, je pense qu'il n'y a pas une personne qui ne prend pas de la ventoline, quoi.
Invité 1 Ah ouais,
Stéven ah ouais,
Invité 1 ah ouais, ah ouais, punaise,
Stéven ouais, ça, ça, j'en, j'en parle, parce que, parce que, au bout d'un moment, ça va me saouler un jour, et je pense que je vais, je vais mettre les pieds dans le plat, sur tous ces, ces dérives de la pratique, parce que c'est, c'est fatigant, en fait, je comprends que tout le monde soit un peu asthmatique, tout le monde soit machin, mais tout le monde a des, des, des, des, des, des asthmes d'efforts, tout le monde a machin, tout le monde est énergique à poussière, oh, eh, t'arrives à rouler 350 ventes, en bravo, bah ça te sauve, là,
Invité 1 ça te fait quoi, en fait, la ventoline, bah ça touche, quoi,
Stéven ça touche, c'est comme si tu respirais dans une paille, quand t'es vraiment asthmatique, tu sais, tu fais des crises, et tout ça, tu respires dans une paille, en caricaturant, et, hop, ça te met un tube beaucoup plus gros, et tu respires à peu près normalement, tu vois, il y en a qui font de l'asthme, un peu de, des crises de panique, il y en a de stress, enfin, tous les facteurs, aggravantes, la poussière, la pollution, et tout reste, mais,
Invité 1 mais donc, si t'es pas asthmatique, ça, ça te permet de, d'avoir plus de volume aussi, à l'inspiration, ou, ouais, ouais, bah ouais, bah ouais,
Stéven il y avait eu un scandale, sur, c'était Chris Froome, je crois, le premier à avoir vraiment ça dans sa poche, sur le tour de France, en tout cas de manière visible, parce que la caméra, elle était postée sur lui, 24-24, et le mec, en fait, il avait son, son truc devant tout le monde, il se mettait, je sais pas combien de pchit, et à la caméra, tu vois, et du coup, ça avait fait un long scandale, maintenant, on en parle beaucoup moins, mais, je trouve ça un peu, ouais, un peu ouf, mais c'est comme ça, c'est légal, du moment que t'as une ordonnance, du coup, voilà,
Invité 1 ouais, c'est un peu le coup de l'aspirine, sur les marathons, ou les trucs comme ça, ouais,
Stéven enfin l'aspirine, c'est pour aller chercher le dossard, l'avantoine, c'est, c'est, c'est 150 aspirines, on l'échelle du dopage, ouais, ouais, ouais, bah même sur la PTL, des fois, je retrouvais des anti-inflammatoires, des machins, ah ouais, ah ouais, tu sais, tu regardes par terre, ah, lui, il avait un peu mal au dos, lui, il avait un peu mal au dos, moi, tout ça, no way, quoi, parce que je sais que c'est pas un truc, ça t'enlève la douleur, et elle va intervenir quelque part, ou tu fais juste repousser le truc pour te déboîter la tête,
Invité 1 ouais, bah surtout sur, au final, t'as mis 15 jours, c'est ça ?
Stéven Ouais,
Invité 1 ouais, donc ouais, surtout sur des épreuves, donc, il t'a fallu deux jours pour arriver à la frontière, en gros, deux, trois jours pour récupérer, ouais, une cinquantaine d'heures pour récupérer le retard qu'a pris à la frontière, et là, t'as entamé, on va dire, une deuxième phase, où t'étais avec la L, ça s'est passé, comment, on va dire, le dernier tiers, parce qu'elle, quand elle a eu ses problèmes, etc., toi, tu t'es retrouvée, t'étais solo à ce moment-là, t'as dû continuer seul ?
Stéven Non, non, non, on va jusqu'à Atlantic City, qui est genre, comment te dire, j'allais dire Beaufort, mais c'est pas Beaufort, c'est Beaufort, je vais juste, deux maisons, c'est un, c'est un espèce de village, c'est un village, un village alpin, mais entre, non, c'est pas le bon exemple, je sais pas en France, quel village, un village d'Auvergne, où ils ont enlevé tous les commerces, et ils ont gardé juste deux maisons, où il y a les volets qui sont à moitié fermés, et t'as une espèce de fambordote de l'enfer, avec des volets fermés, et, et un mec, qui vend des armes, on a pas, oh, qui vend des armes, et, on te dit, c'est lui qui vend de la bouffe, dans le village quoi, et donc tu y vas, et là tu vois qu'il a 15 nickels, 3 paquets de chips, et là pour toi c'est Disneyland, tu lui dis, voilà, faire un carnage, c'est 100 cas, que t'essaies de trouver un truc à bouffer, à boire, du coup tu lui achètes tout, et là, elle me regarde, elle me dit, elle me dit en anglais, on est à 30 lice, je veux dire, on est à 30 lice, on est à 30 lice de Chris, elle me dit, c'est pas possible, Chris Burkhardt, il était 4ème, avec Ezra, un américain, Ezra, et, et, Joe Nation, qui finit 3ème à la fin, et elle me dit, ils sont à 30 lice, pour le commun des mortels, 30 lice, tu mets 24 heures à revenir, tu vois, sauf que dans ma tête, comme un Google, c'est, en fait, c'est comme si sur la PTL, tu as une équipe qui est à 30 km, et moi, je me dis, je pense qu'en 3 heures, je peux revenir, donc, il faut que je roule, beaucoup, beaucoup, beaucoup plus vite, et je lui dis, ouais, je pense, je pense que je peux revenir avant ce soir, quoi, il était 14, 15 heures,
Invité 1 et à ce moment-là, tu étais sur des sections, plutôt genre, DFCI,
Stéven là, tu es sur des pistes de l'enfer, tu es sur des pistes, qui, s'il y a de la boue, c'est, comment dire, c'est, c'est le Rwanda, c'est-à-dire que, c'est, ça devient de la boue, qu'ils appellent peanut butter, là, ça devient de la boue épaisse, qui te défonce, sauf que là, c'était sec, vraiment sec, jusqu'à un endroit, presque où ils étaient déjà, tu vois, 30 miles plus long, et donc, c'est des grandes pistes de 4x4, mais qui sont des routes, tout à fait carrossables, et où tu mets, même des camions de 3,5 tonnes, vraiment, ça roule fort, là, c'est leur route, c'est leur départemental, et, et je regarde la haine, elle me dit, elle sourit, avec un petit truc, qui sourit en coin, comme ça, elle me dit, en gros, it's time, quoi, et je dis, it's time, il me dit, en gros, bah, il faut qu'il passe ta course, maintenant, Steven, je pense que c'est le moment de,
Invité 1 showtime,
Stéven d'y aller, quoi, et là, dans ma tête, il y a un truc qui se déclare, et je deviens un animal, quoi, je dis, ok, ok, on monte un mur, de 15% là, pendant une bande, et j'arrive en haut, et je lui fais signe, comme ça, je dis, viens dans la roue, quoi, et je descends les dents, bah, bam, il roule, comme on finit, vraiment n'importe quoi, pendant, trois heures, mais vraiment, à fond de chez à fond, et là, je vois deux mecs, enfin, deux personnes, il y avait un groupe de retraités américains, ils sont sur la map, et ils sont en train de planter leur temps, et je lui dis, est-ce qu'il y a des gens qui sont passés ? Elle me dit, oui, oui, oui, et je dis, mais ils sont à combien ? Elle me dit, 20 minutes, 20 minutes, oh là là, donc j'avais repris, bah, 90% des 30 miles, et donc je me remets tout pendant, bah, tout le temps qu'ils me restaient, et en, ouais, 3-4 heures, j'étais revenu sur eux, je les double, comme si je ne les connaissais pas, et je dis, mais t'es vraiment con, je dis, mais mec, tu ne les as pas eus depuis 5 jours, donc je m'arrête, je ralentis, et je dis, ça va les gars, et tout, bah, il me dit, toi, mais t'es rentré vite, je lui explique, je dis, ouais, ouais, je suis un peu énervé, j'ai eu ça, ça, ça, la frontière, mec, on est tellement désolé, Chris Burkhard, tu vois, c'est quand même, grosse personnalité, mais c'est un Californien, super mec, tu vois, super l'antique, il me dit, mec, tu sais, on n'est pas comme ça aux Etats-Unis, il faut pas, non, je dis, t'inquiète, problème réglé dans ma tête, juste, ils sont loin devant, tu sais, parce que je n'ai pas d'infos, il me dit, devant, ah, ils sont très très loin, il me dit, ils sont à 100 miles, ah ouais, et là, je dis, merde, bon, je ne vais peut-être pas pouvoir faire ça pendant 24 heures, rouler comme si c'était une Tour de France, tu vois, je dis, bon, je fais quoi, on reste ensemble, il me dit, bah là, on va arriver dans une zone où il n'y a que de la boue, et dans ma tête, je dis, c'est bon, ça va durer deux bornes, enfin, je n'ai pas trop peur, quoi, oh, putain, pendant 50 bornes, l'enfer, ah ouais, l'enfer, franchement, dans ma vie, j'ai eu de la boue, j'ai eu des problèmes à péter des trucs sur mes vélos, et là, tu es dans un truc, ce qu'ils appellent, le fameux peanut butter, là, c'est divagant, un truc, où tu rentres dedans, tu ne ressors, jamais, à un moment, j'arrive à bloc dedans, j'arrive à 25, 30 à l'heure dedans, tu vois, ce qui est beaucoup pour des pistes de 4x4, là, je reste planté, je fais un espèce de soleil où le vélo, il reste dedans, moi, je me rescule, je dis, oh, acculé, à ce moment-là, je perds ma frontale, j'ai perdu ma frontale pour le reste de l'aventure, et je dis, ok, c'est ça le jeu, en fait, réfléchir à toutes les trajectoires, et machin, où il y a de l'eau, parce que dès qu'il y a de l'eau, tu sais, tu peux nettoyer tes pneus, mais tu restes, tu restes stuck, tu restes bloqué dedans, mais bloqué, bloqué, tu ne peux pas tourner ta roue en avant ou en arrière, et elle me l'avait dit, elle à elle, mais je ne croyais pas, et bref, et du coup, c'est 50 bandes de bataille, là, et je ne sais pas, je finis 3-4 heures avant eux, là, le soir, et en fait, le soir, qui devait être 22h, 23h pour revenir à des horaires normaux, ça se transforme en 3h du matin, eux, ils arrivent à 5-6h, ils repartent à 7h, et voilà, je dors 2h ou 3h, et après, c'est la bataille, ça a duré 4-5 jours, non, moins que ça, encore 2 jours, et après, je pète mon boîtier de pédalier, et...
Invité 1 Ah ouais, ah punaise, je n'avais pas suivi ça, tu as pété ton boîtier de pédalier ?
Stéven Ah ouais, en fait, avec la boue, comme un con, j'ai tellement bourriné, que, on a tous, tous les boîtiers SRAM de la course, on a tous pété notre boîtier, c'est un truc minime, sauf que c'est arrivé très très loin d'un magasin de vélo pour moi, et du premier magasin de vélo, qui était genre à 50-60 miles, à Bruch-Mountaine là, je casse mon boîtier de pédalier, et je dis, ah, je vais au magasin de vélo, le magasin de vélo ferme à 18h, j'arrive à 20h à la ville, et là, tu te dis, est-ce que j'attends 4 plus 8, putain, je dis, non, putain, je ne peux pas attendre tout ça, tu sais, tu dors 3h par nuit, tu ne vas pas rester 15h dans un endroit, tu vois, et je dis, je continue, je fais toute la nuit avec le boîtier qui tournait comme ça, tu vois, comme si tu avais un vélo de grand-mère, que tu as acheté à Gwimbrou sur le bon coin, tu vois, parce que le truc, il est vraiment explosé, et là, le truc me lâche, ah oui, attention, j'arrive à 5 km de Silverstone, il y a un gars qui arrive avec un espèce de panneau, je vois sur son truc, en gros, go tour Divide Rider, machin, je vois le truc, et je dis, ouais, putain, il y a un supporter, c'est ouf, je vais filmer pour le documentaire, je prends mon portable, je le décoche, il glisse de ma main, je vois la 50 à l'heure, tu vois, dans une dessin, je pète le téléphone en mille morceaux, il ne marche plus, et sur le coup, je dis, ouais, pas bien grave, mais je fais encore 5 bornes, et durant les 5 bornes, je suis en train de réfléchir à ce que j'ai perdu dedans, et en fait, j'ai perdu dans toute connexion avec le monde, tout le wifi que je pouvais avoir, donc tous les timings, toutes les relations que je pouvais avoir, amical, etc., tous, tous les gens qui pouvaient me dire, allez, Steven, c'est super, et tout, plus d'Instagram, et tout le reste, Facebook, WhatsApp, rien, plus de contacts avec, plus savoir où sont les gens devant, c'est comme si, tu es sur le Tour de France, tu n'as plus d'ardoisier qui vient à ta hauteur pour te dire, tu es à 2 minutes, 20 minutes, et j'avais tout mon argent sur mon sans-contact de téléphone, ou 80%, et je ne peux plus payer, et j'arrive à la station service, je regarde le gars, il me voit, il dit, ça va, non, j'achète 60 dollars, je mange 80% de ce que j'achète, et je dis, on fait quoi là, mec, et je dis, putain, il faut que je trouve un magasin de vélo, déjà, je change mon boîtier, et après, on verra, quoi, j'ai fait 15 magasins, appelés, machin, rien ne marche, tu vois, je demandais portable aux gens, dans les magasins de vélo, ils appelaient les autres magasins, on n'a pas de boîtier, j'ai 15 kilomètres à la rente, on appelle un ultime magasin, à 10 ou 15 miles, et le gars dit, j'ai un boîtier, mais je ferme dans 30 minutes, je prends mon vélo, la moitié de mon vélo était par terre, tu vois, le gars, il avait essayé de me réparer le truc, je prends le vélo, je vais au magasin, il me change le truc, je mange avec un supporter de la L, je lui dis, mec, je te paye une pizza, j'ai juste besoin de manger avec quelqu'un, j'ai juste besoin d'avoir un ami, pour deux heures, en gros, parle-moi, raconte-moi ta vie, il me raconte sa life, et je dis, ok, la L, elle sera super contente de te voir, mec, parce que ça va, je sors du bien, et je perds du temps, je me fais doubler par Joe Nation, qui me double dans le magasin, qui c'est quand même le premier, à la première fois de ma vie, je me fais attaquer dans un magasin de sport, et il me prend deux heures dans le magasin, clairement, parce que je suis bloqué, et je ne le reprends jamais, je ne le reprends jamais, et ça en est suivi, deux, trois jours de bataille, où j'essaie de revenir sur lui, je reviens sur Chris, il m'avait redoublé, je reviens sur un autre, je reviens sur Chris, je le double dans le Colorado, et en fait, je l'attends de la nuit, une nuit suivante, parce que je n'arrive pas à être tout seul, tu vois, je me sens triste, en fait, je me dis, mais c'est tellement chiant, c'est tellement chiant, et il revient, je lui dis, c'est tellement chiant, il me dit, c'est tellement chiant, mec, qu'il était mordé, et il me dit, c'est tellement vrai, il me dit, c'est juste de la douleur, quoi, et tu sais, ça le faisait exploser, mais tu sais, c'est un photographe, célèbre et tout, mais en fait, il venait là pour avoir mal aussi, quoi, il me dit, en fait, c'est ça que je venais chercher, quoi, il me dit, ça fait putain mal, mec, je lui dis, c'est pas drôle, je lui dis, ça fait vraiment trop mal, quoi, il me dit, ouais, ouais, ça fait super mal, et il me dit, mais t'inquiète, on en a encore, je sais pas quoi, ce qu'il me dit, on en a encore pour 3 jours, et c'est, on a encore en mis 5 jours, jusqu'à arriver, quoi, moins russe,
Invité 1 oh là là, ben tu vois, quand je, moi, j'ai pas du tout l'expérience qu'a t'a sur, de l'ultra, certainement pas à vélo, mais même en général, mais quand je repense à, moi, un peu ma seule référence, c'est la PTL, voilà, on s'est croisé plusieurs fois, et si, si j'essaie de me projeter en me disant, qu'il avait fallu la faire solo, alors que c'était juste, je sais pas, quoi, 6 jours, tu vois, moins de 6 jours qu'on a mis, ouais, franchement, hardcore, quoi, donc là, pour moi,
Stéven pour moi, franchement, c'est deux PTL et demi, mais solo, ouais, solo, où tu croises un mec par jour, qui est décapité, et tu le comprends pas, il te comprend pas, et tu dis, ok, on reste un peu ensemble, il te regarde, et soit il te dit oui, soit il te dit non, mais tu dis, ok, et tu sais qu'à un moment dans la journée, dans la nuit, il va être plus fort que toi, et l'inverse, c'est aussi vrai, le jour, la nuit, et là, tu dis, putain, on reste à mille, pendant deux, trois jours, parce que, c'est long, quoi, tu vois, quinze jours, ça commence à être long, pour moi,
Invité 1 je dis toujours,
Stéven les aventures de plus d'une semaine, dix jours, c'est vraiment, ça commence vraiment à être long, avant,
Invité 1 je pense que tu dois vraiment commencer, à bien taper, dans tout ce qui est déficit de sommeil, calorique et tout, ça doit,
Stéven et puis tout le reste, tu vois, le manque, le manque de ton pays, tu vois, des trucs, je ne m'y attendais pas, je dis, ouais, tu sais, je pensais qu'il y a des trucs, mais basiques, de chez basiques, mais que j'ai déjà ressenti dans d'autres courses, mais pas à ce point-là, c'est de me dire, putain, j'ai envie de manger une salade de chèvre chaud, quoi, j'ai envie de manger, j'ai envie de manger de la salade, j'ai envie de manger des crêpes, j'ai envie d'acheter une baguette de pain, j'ai envie d'acheter du fromage, parce que quand tu arrives à la station service, tu as une pile de monsters, de chips, de trucs, peanut butter et tout, des tonnes, de Coca-Cola, de machin, tu as que des trucs, mais dégueulasses, et des trucs de l'enfer, du genre, 300 mg caféine, drink, tu bois, tu es sur Venus direct, ou des trucs, des capsules de caféine, des energy boost, 5 heures, machin,
Invité 1 ou,
Stéven de la junk food, tu vois, alors tu manges une part de pizza, deux parts de pizza, tu vas te manger un autre truc, mais tu peux pas transporter 5 kilos de bouffe, mais il faut que tu en transportes quand même, du coup, tu es dans des stratégies horribles, du genre, ouais, si je prends un paquet de chips, c'est un peu rentable, mais tous les chips, ils vont se péter dans mon sac, allez, je le prends quand même, c'est pas grave, tu vois, des trucs, tu les manges, t'es la nuit, comme ça, tu les manges, t'as pas de chips dans la main, parce que tu les as tous éclatés, donc tu prends des poignets de chips, comme ça, mais, c'est vraiment mettre de l'essence dans la machine, quoi, zéro plaisir, à beaucoup de monde, à la bouffe, et à la fin, je mangeais presque que du sucré, parce que j'avais pas grand chose de l'eau, dans les stations.
Invité 1 Est-ce que, est-ce que, sur une distance pareille, enfin, en tout cas, une durée d'épreuve comme ça, est-ce que t'arrives à t'en tenir à une stratégie, que t'avais prédéfinie, par exemple, sur, je pense à deux sujets surtout, tu vois, la bouffe et le sommeil, ou est-ce qu'au final, c'est juste, tu dors quand t'es éclaté, et tu manges tout ce que tu trouves, parce qu'il faut juste, comme tu dis, de l'essence dans le moteur, quoi.
Stéven Non, bah moi, en fait, j'ai toujours, comme tous les concurrents au départ, t'as toujours une stratégie qui est définie, et le reste, tu l'arranges, quoi. Comme sur la PTL, je m'étais dit, bon, bah, on va dormir entre 1h30 et 3h par nuit. Là, ma stratégie, elle était la même, c'est, on va dormir entre 1h30 et 3h par nuit. Mais ma stratégie fondamentale, c'était de dormir 3h par nuit, et d'avoir 45 minutes de pause maximum, ce qui n'est pas beaucoup, puisque dans une station essence, tu perds entre 5 et 15 minutes, tu vois. Donc, t'en fais 3 dans la journée, t'as perdu, tu vas pisser, t'as perdu 3 minutes, etc., etc. Et, après, les épisodes de la frontière, déjà, la première nuit, je dors 1h30, deuxième nuit, pareil, 1h30, puis l'épisode de la frontière, je sais, je me suis mis une balle dans le pied, du coup, je commence à faire, pas n'importe quoi, mais, il fallait que je dors moins pour revenir dans le jeu, quoi. Je redors 1h30, 2h, après, je redors 2h30, après, je suis avec Laël, on se fait nuit à 3h, je crois, et après, on essaie de revenir à des horaires un peu réguliers, mais moi, mon truc, c'est de dormir la nuit, tu vois, je ne suis pas dans le truc de, ouais, quand tu fais chaud, je dors, je ne fais jamais ça. Ok. que si tu commences à faire ça, tu commences à te redérégler, alors, si tu as un décalage horaire, ce n'est pas trop gênant, tu vois, mais si tu commences à dire, ouais, vas-y, je vais dormir entre 10 et 14, l'enfer, il y a quelqu'un qui me dit ça en course, pour moi, sa course, elle est foutue, quoi. Si le gars me dit ça, je fuis, je fuis parce que je dis, ouais, le gars, il est satellisé. quand Chris, il a commencé à me dire, ah, la stratégie, elle est simple, mec, il faut qu'on arrête de dormir, je dis, bon, t'es mort, il faut que je parte, parce que sinon, on va se mettre dans le trou tous les deux, tu vois, parce que tu commences à le croire et à dire, on n'a plus besoin de dormir, tu vois, North Cape, je m'en rappellerai toujours, j'avais envoyé un vocal à Sofiane, c'est Hilly, et il me dit, Sofiane, est-ce que tu penses que j'arrête de dormir pour les mille derniers kilomètres, est-ce que c'est bien ? Il m'avait dit, clairement, alors, Théven, je pense que t'es un peu fatigué, je crois que c'est pas une bonne idée, je pense qu'il faut que tu dormes une heure et demie, deux heures, et que tu fasses une dernière nuit où tu dors 30 minutes et tu fais ton truc, mais ne tente pas le dire, tu vois, en fait, ce que tu fais quand tu fais, tu vois, sur la PTL, c'est que tu peux le faire, et tu vas courir à 1,5 kilomètre heure, quoi, donc, tu crois que t'es bien, et tu vois les gens passer, comme ça, ils te regardent, t'es explosé, et t'arrives pas à les suivre, et tu dis, putain, qu'est-ce qui m'arrive ? En fait, tu te dis, ah ouais, j'ai pas dormi en fait.
Invité 1 Ouais, et puis surtout, t'es solo, tu vois, parce que la PTL, moi, je me rappelle, on était trois équipes réunies, ouais, et puis, il y avait, tu vois, il y en a qui commençaient à avoir des hallucinations, etc., mais tu t'en rends compte, et en fait, en se racontant les anecdotes une fois qu'on a été arrivé, moi, je pensais que la plupart du temps, quand t'as des hallucinations, t'en es conscient, tu vois, tu vois que tu délires, et en fait, il y avait un gars en particulier, il se rappelait même pas qu'il m'avait dit qu'il voyait des écrans plats par terre, tu vois, là, tu te dis,
Stéven ah mais c'est chaud, j'avais ce problème avec Perrine et tout,
Invité 1 il t'arrive ça sur une section technique, ça peut être tendu quand même, et encore plus à vélo.
Stéven Moi, en fait, ce qui m'est arrivé, c'est, c'est très romantique, très sentimental, mais, ce qui m'est arrivé, c'est que j'ai eu des alus deux jours, en fait, c'est la première fois que ça m'arrive, sauf à part. Sur la Tour Divide ? Ouais, là, j'ai eu des hallucinations deux jours, où je voyais des supporters, et je croyais vraiment qu'il y avait des supporters qui arrivaient, tu vois, ou des gens que je connaissais, tu vois, je me disais, ouais, ouais, il y a quelqu'un là-bas, attends, et en fait, c'était des arbres, et j'ai dit, ouais, putain, attends, il y a quelqu'un et tout, ouais, putain, je passais, un, une borne, deux bornes, et en fait, je voyais, putain, plus ça approchait, plus c'était une bûche de bois, plus c'était un machin, un pilorine, et je dis, putain, et tu sais, je perdais espoir, mais c'était vraiment de la tristesse de toxicomanes, quoi, c'était comme ça, tu dis, ouais, je suis défoncé, quoi, mais tu sais, je me disais, mais il faut que tu dormes, quoi, donc la nuit, je dormais, mais quant à ça, tu sais, j'avais l'espoir, et je pleurais des fois, putain, je suis vraiment tout seul, en fait, ouais, je dis, merde, oh, putain, je dis, non, mais, ok, bon, les gars, je parlais tout seul, je dis, ouais, j'espère qu'à la chambre, on pourrait quand même passer des moments ensemble, et je disais, Chris, Chris, j'aimerais bien qu'on se retrouve sur la maths, la haine, franchement, franchement, t'es trop une super, parce que je pouvais pas parler, j'avais plus de téléphone, j'avais plus de téléphone, plus d'amis, de rien, tu vas faire quoi, tu vas écrire, tu vas écrire sur une feuille, tu peux pas, t'es en train de rouler, putain, ah, là, c'était dur, en Colorado, là, quand je commence à avoir ces allures de jour, je dis, ouais, bon, là, il va falloir faire attention, c'est pour ça que j'ai ralenti, parce que je reviens très vite quatrième, cinquième, quatrième, et après, je ralentis, parce que je dis, tu sais, il suffit de pas grand chose pour passer dans une phase où tu creuses ton cou et t'es foutu, où tu fais comme la aile et tu te fais hospitaliser, parce que je pense qu'il y a eu une vingtaine de personnes qui ont été hospitalisées, c'est-à-dire, mais, ah ouais, tu peux vite partir dans le truc d'inconscience, où tu crois que t'es dans ta pleine conscience, et en fait, t'es dans ton subconscient, en train de voir tes trucs d'enfance et tout, ah ouais,
Invité 1 je pense que c'est vraiment cette dimension, tu vois, que je trouve à la fois fascinante et effrayante sur une épreuve comme ça, c'est pas tant le physique, évidemment, tu vois, c'est absolument monstrueux, mais c'est plus le, comment tu te, en fait, c'est le combat contre toi-même sur une épreuve aussi longue et aussi exigeante, tu vois, c'est ça, c'est le mental, comment tu gères la solitude, les galères, il n'y a pas d'assistance, il n'y a rien, t'es tout seul, c'est toi et ton vélo, quoi, et je trouve ça, franchement,
Stéven c'est hyper impressionnant. Ouais, c'est pas contre, je pense, je dis toujours ça, mais c'est pas contre, c'est avec toi-même et ton combat avec toi-même, il est hyper dur, c'est-à-dire, tu fais une espèce de communion avec tout et toi, c'est-à-dire, celui qui a peur, celui qui est gentil, celui qui est méchant, celui qui est con, celui qui a confiance en lui, celui qui doute, celui qui a faim, celui qui a soif, celui qui n'a pas du tout faim et qui dit, c'est bon, alors ça va passer, celui qui a le petit diable, c'est bon, t'en as fait dix fois plus, mec, t'as remonté 30 miles en trois heures, hello, et t'as tous ces petits trucs dans ta tête qui sont là en train de te parler, ça va bien se passer, et après, t'as toutes les idées négatives de toute ta life, les trucs que tes parents ils t'ont dit, les gens qui t'ont dit dans ta préparation, tu devrais pas faire ça, tu devrais pas prendre cette tige de sel, pas prendre ce truc, tu devrais prendre ces pneus-là, et tout le reste, ouais, franchement, là, ça passe facile, et machin, et moi, en fait, je me synthétisais dans des phrases de Laëlle, des phrases de Christ, des phrases de positifs que je dis aux gens tout le temps, tu vois, et en fait, je me souvenais d'une phrase d'une dame qui m'a écrit La Frontière et qui m'a dit, mais Steven, toute ta vie, t'as mené à ça, et elle dit, tu as écrit une chose et qui reste dans la tête des gens puisqu'ils mettent sur leur casquette parce qu'ils achètent les casquettes ou les trucs que j'ai là, c'est Start with Leg qui finissent with mental, tu vois, et dans ma tête, je me disais, mais ça fait tellement longtemps que je suis au mental sur cette course, je sais, je n'ai même plus de mental, et je me disais, là, c'est de les mental, il n'y a plus de mental, genre, ou un, je suis nul, dans ma tête, je me disais, nul, et il y avait toujours un petit personnage dans ma tête qui disait, franchement, t'as toujours réussi, tu vois, je me disais, c'est pas réussir le résultat et tout, mais t'es toujours allé au bout, pourquoi t'y arriverais pas cette fois ? Et ce truc-là, il m'a tenu, tenu, tenu, jusqu'au moment où, bah, j'arrive proche de l'arrivée, tu vois, autour de 100 miles, 200 miles de l'arrivée, où là, t'as plein de passages beaucoup plus faciles quand même, plus de goudrons, mais du coup, plus de chaleur, et où tu revois des humains, pas beaucoup, mais tu revois des stations-service, tu revois des McDonald's, des, je sais pas quoi, des Domino Pizza, ou des trucs, ou des 7-Eleven, où tu dis, wow, les mecs, putain, c'est super sympa, je sais quoi, en fait, c'est une crème, c'est un service. Ça va, tu passes une belle journée, et le gars, il fait, yes, et il te regarde en clignant des yeux, comme ça, le mec est un tout petit comment, est-ce que tu peux sortir de mon truc, quoi ? T'es en habit de vélo, c'est comme si, t'as les yeux injectés de sang, t'as pas d'envie, depuis 10 heures, il te regarde genre, wow, sors de là, mon gars, sors de là, je sais pas qu'il y ait la police qui vienne me chercher pour un trafic de je sais pas quoi.
Invité 1 Ouais, tu dois commencer à avoir un bon fumé bien sympathique aussi, parce que zéro douche, quasiment. tu te poses pas de question.
Stéven Non, en fait, la première fois que je prends autant de douche en ultra, parce que j'avais dit, ah ouais ? Ouais, tous les, j'avais décidé que toutes les 50 heures, il me fallait soit une rivière, soit une douche, parce que je supporte pas puer, et surtout, il y a un truc simple, c'est comme en course à pied, toute la transpiration que tu as se stocke dans tes habits, et ça fait des frottements horribles, c'est comme si tu essayais sur du sel, en fait, et du coup, déjà, je suis un des seuls à avoir deux cuissards de maillot, je pense, dans le top 20 ou 10, top 10, c'est sûr, mais top 20, les mecs, ils ont qu'un maillot, et certains, ils ont un cuissard, un maillot, il y en a certains qui ont un cuissard, un maillot, une paire chaussette, une casquette, un bandeau, basta, fin des débats sur les vêtements, au final. Ah ouais, là, t'es calmé.
Invité 1 Ouais. Ok, donc là, t'as quand même pu, ouais, t'as quand même pu prendre une douche, mais bon, j'imagine que, ouais, la tête de défracté que vous aviez tous, pas très loin de l'arrivée, ça pouvait peut-être ne pas inciter tout le monde à engager la conversation.
Stéven Ah non, ouais, puis t'es cramé complète, tu sais, tu t'es fait brûler par le soleil pendant trois jours, et moi, ils savent, parce que c'est plein d'endroits où t'as pas mis l'endroit, donc tous les ans, à cette époque-là, il y a plein de mecs qui passent en vélo, plein de filles, dans un état plus ou moins favorable, et qui te posent toujours les mêmes questions, la prochaine station-service, elle est dans combien de kilomètres ? Il n'y en a pas ? Ok, non, il faut que j'achète chez toi. Oui ? Ok, c'est bon, j'achète. Est-ce que vous avez quelque chose à manger de chaud ? Est-ce que je peux dormir quelque part ? Donc, ouais, ils sont habitués quand même. La ligne d'arrivée, du coup ? Ouais, la ligne d'arrivée, et surtout, 100 kilomètres de l'arrivée, j'arrive à une dernière station essence, où ils vendaient des feux d'artifice, enfin, ce n'est pas trop la période pour en parler en France, mais ils vendaient des feux d'artifice, je trouvais ça hallucinant qu'au Nouveau-Mexique, plein milieu de nulle part, c'est comme si tu fais 200 bandes de désert, tu arrives dans un endroit, et le mec vend des feux d'artifice. Il vend des feux d'artifice et des feux d'artifice et des souvenirs du Nouveau-Mexique. Je n'étais pas trop intéressé par ni les feux, ni les souvenirs, mais j'ai dit là, en souvenir, je vais m'acheter tout ce que tu as à manger et à boire, je sors. Franchement, il faisait 46, 47 depuis, bah depuis, depuis Silver City. À 7h30, il faisait 36 à mon garmi, 7h30 du matin. Et là, je me pose sur des planches en bois, et là, j'entends une clochette. Toute ma vie, je m'en souviendrai, je suis allongé en coin comme ça, il me reste un oeil, le casque tordu, la casquette dans l'autre centre. Et là, je dis, waouh, et dans ma tête, je dis, waouh, je pense que c'est des supporters français, ils doivent être fans, c'est des mecs. Tu sais, toujours ce truc d'inconscient, c'est ce que j'espérais en fait. Et en contre, c'était encore mieux. C'était Justinas, mon pote Justinas, qui fait deux, qui avait tout pété sur ton vélo. Myron, qui était hospitalisé à mi-parcours pour pneumonie, insuffisance, respirer, enfin, il a eu tout eu, mais j'ai eu très, très peur. En fait, je pensais qu'il était à l'hôpital depuis 10 jours, depuis, non, depuis 7 jours. Je suis en panique totale, il y a une troisième personne, qui est un pote de Justinas. Ils arrivent avec la clochette et ils me disent, « Man, t'es à 100 km, t'es à 100 km, mais ça résonne dans la tête, t'es à 100 km. » Et je dis, « Ouais, c'est quand même beaucoup, 100 km, tu vois ? » Et je dis, « Tu vas, il me dit, 100 bornes, mec, 100 bornes, t'imagines ? Quand tu roules là, tu fais combien d'habitude ? Tu vas faire ça en 3 heures, 4 heures ? » Il me dit, « Là, peut-être plus, peut-être 7, 8, 10. » Je dis, « Non, non. » Je dis, « Là, à telle heure, je suis arrivé ? » Il me dit, « Mais qu'est-ce que ? » Je dis, « À 20h00, j'arrive, coucher du soleil. » En fait, je voyais l'image de la fin documentaire, de la L. Wilcox, qui s'appelle, « I just want to ride » et où il y a un coucher du soleil magnifique au Nouveau-Mexique et tu la vois comme ça et derrière, c'est le feu, tu vois ? Tu as un feu d'arrêt. Et je dis, « À 20h00, je serai arrivé à 20h00. » Et il me dit, « Mec, tout va bien ? » Et je vois dans leurs yeux que j'ai une tête défoncée. Je dis, « Bonne bouteille de Sprite, 1,5 litre, je la bois comme ça. » Je reprends une bouteille, je la bois et tout, que je vais chercher d'autres trucs à bouffer. C'est dur après. Ils me disent, « Non, mais il fait un peu chaud. » Et en fait, il y avait juste 2% average de pourcentage jusqu'à Achita, qui est la dernière commune avant l'arrivée. Parce qu'à l'arrivée, il n'y a rien. Il y a une barrière de 8 mètres historique de Mexique, États-Unis. Et là, il me reste 35 miles jusqu'à Achita. Il fait 50 degrés au Garmin. 49, 50, 48, 49, 50. J'ai l'impression que je roule super vite. Je tourne les datas pour regarder combien je roule. 18, 19. Oh, putain. Ah ouais. Ça va être super. Ah ouais, je dis, ça va être super. Parce que j'avais gardé mon Garmin en kilomètre heure parce que je n'arrive toujours pas à compter en miles. Je vois ce que c'est un miles, mais je n'arrive pas à compter sur mon Garmin, combien ça fait en vitesse. J'arrive pas à me projeter en niveau d'effort. J'arrive à Achita, je suis déglingué. Justinas, il est parti dormir et Mayeron, il me dit, mec, on est là, on est là, on est là. Je te jure, on va être là jusqu'à l'arrivée. Je dis, là, on achète tout ce qu'on peut, là. Je veux tout. Je dis, tu veux quoi manger ? Tu veux quoi boire ? Il me dit, rien, rien. Je dis, je veux que tu partages une glace. On mange une glace, beaucoup de glace. Et il me dit, mec, t'as le temps. Il me dit, t'as le temps, c'est quoi le goal ? Je dis, 18h, 19h, je dis, 20h, 20h. Il me dit, c'est bon, t'as le temps. Je reste une heure, une heure et demie. Je me dégrigne debout. Tous les deux, on rigole, on se tape des bars. Il y a plein de blocos qui viennent parce que pour eux, c'est leur tour de France. Tous les ans, le fondateur du shop, il l'a fait une fois et une autre fois, il a fait, je ne sais pas combien de jours, 36 jours. C'est trop drôle parce que le gars, il te raconte des histoires mais ce n'est pas les mêmes que toi. Il t'en raconte d'autres. J'ai percé mon matelas, du coup, je ne sais pas quoi, j'ai mis du tape et le tape ne marchait pas. En fait, il dormait sur des trucs qui perçaient son matelas tous les jours. C'était à ce moment de parler avec lui parce qu'il faisait toutes les conneries qui sont possibles et il est allé au bout. Et plus je parlais avec lui, plus je me disais, putain, mec, 45 miles. Le mec a vécu l'enfer 36 jours et toi, tu restes 45 miles et je dis, vas-y, j'y vais. Elle me dit, avant, est-ce que vous pouvez me donner 2,5 kg de glace ? Elle me dit, elle me dit, on les vend par 10 kg. Je dis, 2,5 kg, je te donne de l'argent, donne-moi si tu as 2,5 kg. Et je veux 5 bouteilles. Pourquoi 5 bouteilles ? Je dis, je veux 1 bouteille par heure. Imagine, dans ma tête, le positivisme, 45 miles, 5 heures. Le topo, il vit. Et j'ai pris tout ce que je pouvais à manger, c'est 5 bouteilles et toutes les heures, je me versais 1,5 litre sur la tranche. Et j'avais 1,5 kg de glace qui a fondu intégralement dans les 45 miles. Et je finis comme ça. Et à 10 bornes de l'arrivée, t'as l'assistant photographe de Chris Burkhardt qui vient me prendre en photo et t'as les 3 cocos qui sont venus à l'arrivée me voir. Et là, c'était trop émouvant. Ils m'avaient acheté, je ne sais pas quoi, de la con, de l'espèce de yop, candy, je ne sais pas quoi, local. Il me pose 5 bouteilles et je dis, non, je ne bois pas d'alcool, sinon je vais être défoncé. Je bois une gorgée de bière, je suis déglingué. Et je dis, est-ce qu'on peut retourner à Achita ? Et on retourne et donc, tu te retapes 45 miles de bagnole pour aller à Achita. Et là, t'as Ulrich qui a gagné et qui t'accueille. Comme ça, tu vois les gars et tout, tu dis, putain mec, t'es une légende. Ils voient ta tête et ils se voient eux aussi. Putain, j'étais dans le même état quand je suis arrivé. Et voilà. Et tu finis, après, après, voilà, la vie reprend un peu, mais j'avais toujours pas de téléphone, toujours pas de contact. Et je leur disais, en fait, franchement, c'est la première fois que ça m'arrive, mais c'est pas si mal. Je dis là, j'ai pas de contraintes, j'ai pas de nouvelles à donner, j'ai pas besoin de dire que je suis arrivé. Et ils me disent, mais tu poses pas sur Instagram et tout. Ils disent, j'ai pas de téléphone, j'ai rien. Et en fait, j'ai attendu deux jours, j'ai acheté un, enfin, j'ai pris un iPad, l'iPad de Laëlle et sa femme et j'ai posté un truc en disant, bah, je suis désolé les amis, j'ai pas pu donner de nouvelles, blablabla, mais j'ai fait un live. Mais c'est tout, quoi. C'est tout. Et après, la vie reprend.
Invité 1 Punaise. Oh là là, le récit de fou. C'est franchement, chapeau, une fois de plus.
Stéven C'est gentil, mec.
Invité 1 Hyper impressionnant. Et vraiment, tu vois, encore une fois, je le disais tout à l'heure, mais ce qui m'impressionne le plus, c'est pas tant le physique, la distance qui est démentiel déjà.
Stéven Ouais.
Invité 1 Mais c'est vraiment, ouais, c'est cette bataille au mental, tu vois, toutes ces ressources que t'as dû aller chercher en toi pour aller au bout. Et finalement, il me semble que tu visais 13 jours, donc plus rapide que le record de la course. Mais même si t'es pas allé chercher ça, franchement, le chrono, d'un point de vue extérieur, tu vois, pour moi, il semble anecdotique, quoi, par rapport à ce que t'as fait. C'est franchement hallucinant.
Stéven Ouais, c'est gentil. Récit de fou. C'est gentil.
Invité 1 Tu dirais que, peut-être en conclusion, tu vois, de ce récit, que tu viens de faire, et même si t'es revenu il n'y a pas si longtemps, est-ce que t'arrives déjà à mettre le doigt sur, tu vois, un petit quelque chose en plus que t'es allé chercher, que t'as réveillé en toi sur ce Tour Divide ? Parce que, tu l'expliquais au début, il y avait beaucoup d'émotions, de rêves associés à cette course. Ce n'était pas juste un dossard, enfin, il n'y avait pas de dossard, mais ce n'était pas un truc. Il y avait un dossard d'ailleurs ou pas ? Il y a des dossards ? Ah non,
Stéven il n'y a rien. Il n'y a rien. C'est ta balise. C'est les leurs, tu te mets juste sur une plateforme et pas ça.
Invité 1 Mais du coup, voilà, au-delà de, tu vois, de vouloir prendre le départ pour un chrono, j'ai l'impression qu'il y avait quand même, il y avait plus que ça, il y avait beaucoup d'émotions, de sentiments liés à cette course. Donc, tu dirais qu'il y a quelque chose en particulier que tu as dû aller chercher, que tu as découvert ou avec lequel tu reviens, tu vois, dans tes sacoches ?
Stéven Oui, il y a plusieurs choses. La première chose, j'ai traversé les Etats-Unis. Oui, c'est clair. la classe. Donc ça, c'est ouf parce que, bah, ça c'est fait, ça c'est grand, c'est beau, c'est dur, mais c'est, j'ai fait la tour d'ivide, tu vois. Et même si je ne suis pas satisfait de mon résultat, au fond, j'ai fait, j'ai juste fait quelque chose de moi, de ce petit potentiel que j'avais en moi, de me dire, bah, je suis capable de le faire. En fait, j'ai eu tellement d'événements, tout le monde a des événements, tout le monde a des difficultés, mais j'ai réussi avec mes petits bras, mes petites jambes et me dire, putain mec, tu as réussi. Tu vois, je craque à la fin et je dis, wow, juste, I did it, quoi. Je le regardais comme ça, I did it. Je me dis, yes, you did it. You did it great, you did it great. Tu sais, c'était comme ça. Mais tu sais, j'étais vraiment, tu sais, j'y croyais tellement pas, tu vois, à un moment donné que je me suis dit, putain, c'est fait, quoi, si j'ai fait, j'ai fait, voilà. Et deuxième truc, très important, c'est que ne pas avoir de, ne pas avoir les gens, ne pas avoir de contacts, ne pas avoir d'humain, d'humanité, d'échange, de partage, de connexion, de retour, de, tu vois, c'était vraiment une introspection, mais en rajoutant, parce que j'ai fait beaucoup de méditation dans ma vie au Népal, notamment au monastère, mais là, j'avais ça, mais en ayant cette douleur constante et cette peur d'échouer. Et ça, c'est dur, tu vois, ça c'est dur parce que tu as toujours cette épée de Damoclès en disant, putain, le mec, il va revenir, celui de devant, je vais passer vite ou je vais péter, je vais exploser, c'est trop dur, je vais trop vite. Et toujours ce truc de, ça va le faire, quoi, tu vois. Donc ça, ce truc de méditation en disant, positiver, et, et ouais, que tout est possible au fond, parce que j'y crois, je suis toujours là, mais ça a été franchement excessivement dur, excessivement dur. Je, je, je, c'est la première fois de ma vie, sauf pendant l'Himalaya où je me suis dit, wow, aucun intérêt, aucun intérêt, je te jure. Je dis là, no sense, tous les jours, je disais, il y a écrit, c'est là, et puis ils peuvent témoigner tous les jours, je les regardais comme ça, no sense, ils me regardaient, ils disaient, no sense, tous les jours, no more sense. c'est trop dur. Tu étais sur une route de 4x4, tu as de la boue qui te colle au pneu, tu regardes ton route de Garmin, tu as 8, 9, 12 km heure, tu vois les kilomètres qui défilent jamais, tu dis, soit je suis nul, ce qui est possible, soit c'est vraiment dur. Et en fait, en voyant le chrono, je me rendais compte que c'était vraiment dur parce que les gars, ils arrivaient plus à être dans les chronos du record, tu vois, on est loin que le record. Et le dernier truc qui m'a appris, parce que le deuxième truc, évidemment, c'est ce rapport aux gens que, évidemment, j'ai besoin des gens, évidemment, j'ai besoin d'échange, j'ai besoin d'humains, en fait, plus que jamais, je me suis rendu compte que j'ai besoin d'humains, que j'ai besoin d'amour, que j'ai besoin d'affection, que j'ai besoin de me rendre compte que ça avait du sens que je faisais parce que, comme je dis toujours, si je prends un tout petit peu de la vie de quelqu'un en positif, je lui donne envie de sortir, je lui donne envie d'aller marcher dehors, d'aller en montagne, d'aller en forêt, juste de mettre un peu de bien-être dans sa vie ou juste lui donner espoir de dire, si elle fait du sport ou si elle a des problèmes dans la vie, je peux le faire, tu vois, je peux y arriver parce que lui, il est beaucoup plus dans la merde que moi et il y arrive le gars. Je pense que moi, je peux gérer ma journée, je peux gérer mon divorce, je peux gérer mes conneries, je peux gérer mon quelque chose qui me, tu vois, qui cause des problèmes, au quotidien, ça va le faire, tu vois, ce truc de ça va le faire. J'ai besoin des gens mais le dernier truc, c'est que la vie, elle est cool quand même. La vie, elle est vraiment cool et ça m'a rendu plus humble. Évidemment, je suis peut-être con, je suis peut-être des fois dur, les gens peuvent me trouver complètement arrovant ou complètement hors de propos sur certains trucs parce que des fois, je suis vraiment bête. Mais en même temps, j'ai la passion absolue de ce que je fais et des fois, je sors complètement de ce que je suis parce que c'est très dur. Franchement, c'est très dur. Et quand tu rentres dans cette douleur et que tu ne penses qu'à ça, tu deviens vite très très con, parce que tu te dis que personne ne peut te comprendre. Tu te dis, mais tu ne peux pas comprendre une PTL ou n'importe quelle course, même un UTMB, même un D-Born, tu vois. Quelqu'un qui n'en fait pas, tu ne peux pas comprendre. Et en fait, tout le monde peut comprendre. Le seul truc, c'est qu'il faut se remettre dans un truc de normalité. On n'est pas forcé de faire du sport. On n'est pas forcé de se faire mal. On n'est pas forcé. Mais ça nous apporte quelque chose, toi, moi, beaucoup d'autres. Ça nous apporte quelque chose de singulier. Et oui, la Tour Divide, ça m'apporte quelque chose. Oui, je n'ai aucun regret de l'avoir. Oui, je n'aurais jamais aucun regret d'avoir eu ce problème vers la frontière parce qu'il devait arriver, il devait arriver le fait que mon portable tombe. Tout ça, c'est des actes manqués ou c'est des choses qui doivent arriver dans ma vie pour me donner des leçons et je les accepte. Voilà. J'accepte tout ça. J'étais triste. C'était dur. C'était vraiment, vraiment dur même. Mais tout ça, c'est arrivé. J'ai appris beaucoup. J'ai grandi. J'ai pris peut-être dix ans dans la gueule. Je vais essayer de rajeunir les deux prochains mois. Enfin, les prochains mois parce que j'ai une course dans un mois. Mais voilà, c'est toujours un apprentissage et je suis fier de moi quand il arrive et c'est ça qui reste.
Invité 1 Énormissime. Écoute, je pense que, en tout cas, je te le redis, de mon point de vue qui ne vaut pas grand-chose, mais c'est clair que d'un point de vue extérieur, quelqu'un qui n'est pas trop dans le cyclisme comme toi, je pense que tu peux l'être fier. c'est vraiment super inspirant ce que tu as fait. Sans surprise, moi, j'apprécie beaucoup l'approche que tu as, la façon dont tu le partages où ce n'est pas juste du chrono, de la perf, mais il y a aussi une dimension un peu plus introspective qui est super intéressante. Écoute, Stéphane, franchement, merci beaucoup d'être venu nous partager tout ça sur le podcast.
Stéven Merci à toi.
Invité 1 J'espère que ça donnera envie à ce qu'on disait, au moins une personne de sortir, prendre son vélo ou ses chaussures
Stéven ou ce qu'il est où, j'en sais rien. Carrément,
Invité 1 ou son paddle
Stéven ou son curl, le truc de curling, je ne sais pas comment on dit. C'est clair. Le truc de curling. Yes.
Invité 1 Mais écoute, vraiment, un grand, grand merci et puis, écoute, bonne récup et excellente course. C'est quoi que tu fais dans un mois ? Tu pars sur quoi ?
Stéven La Silk Road. Je ne trouvais pas.
Invité 1 Ah ouais ! Ah ouais, d'accord. Ah ouais, tu es comme ça toi. Ok, d'accord. Tour Divide, enchaîné, puis la Silk Road. Ah ouais,
Stéven je m'étais dit, cette année, je ne fais pas 15 000 courses mais j'en fais trois grosses. Du coup, j'ai fait l'Atlas Mountain Ice en février. Je fais quatre et là, je fais quatre et là, j'espère faire mieux que quatre et voilà, mais j'en ai marre de faire quatre et non, j'aimerais bien j'aimerais bien m'amuser et là, c'est vraiment l'intention première, c'est garder cette envie de m'amuser parce que quand je m'amuse, tout fonctionne et la grande leçon de tout ça, c'est ça, c'est de rester dans le jeu, rester dans l'amusement et c'est ce qui m'a manqué sur une PTL aussi, c'est que je ne me suis plus amusé au bout d'un moment parce que c'est, tu l'as vu, c'est un tout petit peu dur et à la fin, tu es tellement défoncé que tu es juste dans un climat de survie et la place du jeu à part si tu sautes dans une flaque ou dans le dernier lac pornu, ce n'est pas drôle, même la dernière, elle n'est pas drôle,
Invité 1 elle n'est pas drôle, ça, c'est clair,
Stéven ça, c'est clair, rester dans le jeu et s'amuser, voilà, c'est très bien, bah écoute,
Invité 1 merci Stéven, merci à toi,
Stéven prends soin de toi, salut mec.
Invité 1 Merci d'avoir écouté l'épisode dans son intégralité, j'espère que vous avez pris autant de plaisir que ce que j'en ai eu à l'enregistré. Si vous avez des feedbacks, vous pouvez me contacter sur le compte Instagram du podcast lesfrappés.podcast ou par email à hello lesfrappés.com Je fais mon maximum pour que vous viviez de super expériences audio avec mes invités. Chaque épisode demande beaucoup de temps et d'énergie. Si vous appréciez mon travail, la meilleure façon de me soutenir, c'est de partager cet épisode à au moins 3 personnes qui aiment se dépasser. Si vous écoutez le podcast sur Apple Podcast ou Spotify, prenez quelques secondes de votre temps maintenant pour m'y laisser une note 5 étoiles et un commentaire. Merci beaucoup pour votre fidélité, à la semaine prochaine pour un nouvel invité. Sous-titrage ST' 501 Sous-titrage ST' 501
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