Les Frappés Les Frappés
Saison 1 EP·036 Vélo #triathlon #burn-out #Himalaya

15 juin 2021

Traverser l'Himalaya à vélo pour se trouver avec Stéven Le Hyaric

Durée · 1h06 · Transcription disponible

Stéven

Le récit

Stéven Le Hyaric est un aventurier professionnel. Il se définit lui-même plutôt comme un aventurEUX. Oui, la différence a son importance comme vous pourrez l'entendre dans cet échange !

Avec humilité, Stéven revient avec nous sur la première période de sa vie qui l'a visiblement marqué : le monde du cyclisme élite  🚲  dans lequel il a évolué jusqu'à ses 24 ans, avec tous ses sacrifices, la charge mentale, toutes ces "cartouches" qu'il s'est pris et qui ont fini par le faire exploser en vol. Il enchaine alors avec un poste de communiquant pour la Fédération Française de Triathlon (FFTRI), qui le mène à 2 burnouts en 1 an. Difficile transition post-haut niveau. On lui dit qu'il est trop émotionnel, qu'il doit se contrôler, bref, ne plus être lui-même 🙁

C'est un séjour au Népal 🇳🇵 qui le mettra finalement sur la voie. Deux retraites silencieuses plus tard, il sait qu'il a trouvé les réponses en lui : qui il est, qui il veut devenir, ce qui compte pour lui, les messages qu'il veut passer, le fait que "rien n'est grave". C'est le début de sa vraie vie comme il l'explique ! Il se lance dans un premier défi d'envergure, Rêves d'Himalaya. Au programme, près de 2 500 km, 90 000 mètres de dénivelé et une altitude moyenne de 4 000m  pour traverser l'Himalaya  🏔  d'Est en Ouest à vélo. Tout simplement !

Au moment où cet épisode est diffusé, Stéven est en train de traverser le désert de Namibie 🇳🇦 qui est le plus vieux du monde, toujours sur une selle de vélo. Plus que la Namibie, c'est 6 déserts sur 6 continents que Stéven veut traverser en vélo : Antarctique, Namibie Désert de Simpson en Australie, Désert de Gobie en Mongolie, L'Arctique, l'Atacama au Chili. Son objectif ? Faire prendre conscience à chacun des changements environnementaux et de leurs effects sur la nature et le corps humain.

Une conversation riche avec Stéven, qui clairement n'a pas froid aux yeux et qui a partagé sans retenu son parcours de vie décidément placé sous le signe de la résilience, du dépassement de soi et de la détermination 🤩 !

🔎 Stéven est accompagné par de nombreuses entreprises, notamment sur le 666 project. Nous avons évoqué le projet Rêves d'Himalaya, dont vous pouvez visionner une vidéo de présentation sur France TV Sports ici.

🎙 Les épisodes de podcast auxquels nous avons fait référence sont :
Épisode #25 - Arnaud Manzanini - Race Across France, Ultra Talk - Rêver grand et se laisser porter par la passion
Épisode #34 - Charline Van Snick - Judokate, Médaillée aux JO de Londres - Un combat pour changer le sport

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Transcription

Lire la transcription intégrale

Stéven En tous les cas, je sais à peu près qui je suis, je sais où je vais, je sais où je veux aller. Et je suis mille fois plus heureux maintenant que quand j'étais avec un putain de cuissard quand j'avais 24 ans et que je me battais à l'arrière du peloton à me dire « mais qu'est-ce que tu fous ? » Le vélo, c'est un outil puissant quand même de transmission, je trouve.

Loïc Eh bien écoute, c'est parti. Bienvenue Stéven sur le podcast, ravi de te recevoir ce soir.

Stéven Merci beaucoup, très content d'être là.

Loïc Écoute, encore une fois, un grand merci de prendre le temps de venir nous partager ton parcours et tu nous le décriras plus en détail, mais parcours super riche. Moi, je t'ai découvert, je crois que la première fois c'était sur LinkedIn ou un post d'un post reliké, repartagé, etc. Et je suis tombé sur ton profil d'ancien sportif reconverti en aventurier. Et à l'époque, j'avais trouvé ça juste passionnant et incroyable. Et puis, j'ai eu la chance il n'y a pas très longtemps d'échanger avec une personne que tu dois connaître qui organise le Raramouri Ultra Trail. Ouais. Et du coup, en échangeant via cette personne avec Nahuel, que je salue bien, j'ai vu que vous étiez en contact. Donc, je me suis dit, allez, on va tenter notre chance et on va essayer d'inviter Stéven sur le podcast. Donc, ravi de te recevoir. Et écoute, j'en dis pas plus, je te propose de nous dire d'où tu viens, ce que tu fais aujourd'hui et ce qui arrive pour toi très très prochainement.

Stéven Ouais, bah moi, c'est Stéven Le Yariq. Je suis aventurier professionnel. Alors, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que je gagne ma vie avec l'aventure, avec soit des aventures que j'organise, comme les Gravelman, qui sont des épreuves de 350 kilomètres un peu partout en France et probablement prochainement en Europe ou ailleurs, si j'en ai envie et si les gens en ont envie. Et pourquoi aventurier ? Parce que aujourd'hui, je parcours, je vais pas dire les surfaces les plus hostiles du globe, parce que ça serait arrogant de dire ça, mais des endroits qui me font rêver plus ou moins hostiles, plus ou moins lointains, comme l'Himalaya. J'ai été un des premiers à traverser l'Himalaya en vélo. J'ai été ensuite passionné par l'Asie, parce que c'est l'Asie qui a changé ma vie. Avant, j'étais communicant pour des marques, des personnalités, des athlètes, après avoir été cycliste élite, donc juste en dessous du niveau pro. Mais c'était mon métier quand même. J'ai couru avec des garçons comme Thibaut Pinot, Romain Bardet, Quintana, Froome, qui aujourd'hui sont très connus, assez médiatiques et pour certains, on fait une très belle carrière chez les pros. Et ensuite, j'ai un peu changé de vie. Je suis devenu communicant jusqu'aux Jeux Olympiques à Rio, où j'étais responsable de la Comdigitale et équipe de France de la Fédération Française de Triathlon. Ah oui. Et j'ai explosé. J'ai un peu explosé. Je fais deux burn-out dans l'année, parce que je n'arrivais pas à… Il manquait quelque chose. Je ne sais pas, en fait. J'ai toujours du mal à l'expliquer, mais je pense que ce miroir de ce que j'ai pu être quand j'étais athlète, un petit athlète qui, sans doute, n'arrivait pas assez à performer, ou en tous les cas, à faire de la compétition avec les autres. Je pense que je n'ai jamais été fait pour la compétition. J'aime beaucoup la performance, quelle que soit la performance, mais la compétition, c'était dur. Donc, je pars au Népal. Je passe 120 jours là-bas. Je manque de devenir moine bouddhiste. Enfin, je décide de changer complètement de vie. Et voilà, à partir de là, il y a eu plusieurs aventures. Il y a eu l'Himalaya, il y a eu Paris-Dakar. Il y a eu pas mal de choses. Des projets entre 1000 et 5000 kilomètres à vélo, qui sont parfois des records du monde. Des fois, des trucs juste qui me font rêver. Voilà, le dernier en date, c'était cet hiver, le Kilimanjaro. Enfin, il y a eu 2-3 trucs depuis, mais j'ai battu le record du Kilimanjaro en vélo. Ça me donnait envie de faire un des Seven Summits avec un vélo. J'aimerais même faire les Sevens, si je peux, avec un vélo. Et pourquoi pas un jour mettre un vélo en haut de l'Everest. Ça fait partie de mes conneries ou de mes lubies futures. Et je prépare un projet depuis mon retour de l'Himalaya, depuis maintenant 2 ans et demi, 3 ans même. Ça s'appelle le projet 666 qui est de traverser les 6 déserts les plus hostiles du monde sur 6 continents en 6 fois 1 mois. Donc 666. Et voilà. Et le premier désert, la première étape sera le désert de Namib en Namibie dans quelques semaines. Maintenant, je pars dans 10 jours de France. Voilà.

Loïc Wow. Ok. Bon, déjà, ça pose le contexte. Wow, super imprécédent. Alors, peut-être par curiosité, ce que je trouve intéressant, c'est que tu as expliqué que tu viens du cyclisme. Alors, ça, pas en pro, mais bon, en élite, vu la concurrence. Moi, je n'ai jamais fait le vélo, mais j'ai pas mal échangé avec Arnaud Manzalini, qui tu connais peut-être, qui organise la Race Across France, qui m'expliquait que déjà, en niveau élite, il y a un niveau de concurrence qui est hallucinant par rapport à d'autres disciplines, tu vois, d'appellations non pro. Ouais. Donc, je trouve que c'est intéressant de voir que tu es passé de cet environnement, voilà, très concurrentiel, tu disais, qui ne te colle pas forcément, à aujourd'hui, réaliser de la performance et faire des défis, mais toujours à vélo. Et je serais curieux de savoir à quel moment, du coup, est-ce que tu as senti ce besoin de clairement changer de vie, de partir au Népal, mais de réintégrer le vélo dans ta nouvelle vie ?

Stéven Ça s'est fait par étapes, en fait, parce que je pense que quand on fait quelque chose pendant très longtemps et qu'on va jusqu'au bout du truc, c'est comme tous les systèmes qu'on fait exploser, en fait. Je suis allé au bout d'un truc en en faisant trop aussi, parce que je faisais 30 000 km par an pendant longtemps, entre 85 et 95 jours de course par an. Et quand tu es coureur, tu as 10 jours de coupure dans l'année. Maintenant, la mode est à en faire encore moins. Depuis qu'il y a les Team Sky et tout ça qui sont montés des grosses équipes, ils font encore moins de jours de repos, moins de grosses coupures. Parce qu'à l'époque, à l'époque de Bernardino, les mecs coupaient 3 semaines, 1 mois, voire 2 mois, 3 mois pour certains, certains, ils prenaient 10 kg. Maintenant, les mecs qui prennent 2 kg, c'est grave, quoi. Du coup, il y avait ce rapport au poids, ce rapport à la performance, ce rapport au corps, ce rapport à tout ça. En fait, je dis toujours qu'être cycliste, c'est être un espèce de mannequin anorexique, mais qui doit être profondément performant, parce qu'il n'y a que ça qui compte. C'est sympa d'être joli et d'être affûté, d'avoir des veines sur les jambes, mais ce qu'il faut, c'est aller vite, quoi. Et ça, quand tu pèses... Moi, je suis descendu à un moment à 58 kg pour 1m78, donc ce n'est pas énorme. Mais il y a des coureurs du Tour qui sont, je pense, à moins de 50 kg aujourd'hui, mais des mecs tout petits. Mais il y a aussi des mecs d'1m80 qui ne font pas beaucoup plus de 60 kg sur le Tour de France. Donc, c'est difficile de concurrencer des gars comme ça. C'est difficile d'être fort toute l'année, d'être fort sur le plat, dans les côtes, d'être fort tout le temps, de ne pas avoir le droit d'être faible, de ne pas avoir le droit de craquer. Et j'ai explosé, quoi. Du coup, j'ai explosé. Et comment je me suis remis au vélo, ça a été... Ouais, je pense que c'est le Népal qui a fait ça. J'ai passé beaucoup de temps à méditer en monastère. J'ai fait deux fois vipassana, qui sont des méditations silencieuses, deux fois dix jours. Et dans ces méditations, j'ai beaucoup de choses qui sont revenues, dont ce rejet du vélo, où je m'étais dit, je ne ferais plus jamais de vélo, clairement. Je ne veux plus de ça, quoi. Et en fait, c'est devenu central dans mes méditations en me disant, mais Steven, il faut que tu passes le cap et que tu t'inventes un nouveau vélo, en fait. Une nouvelle manière pour toi de faire du vélo et qui te dégage de toute pression. Et ça a été de traverser l'Himalaya, d'Est en Ouest en vélo. Parce que je me suis dit, qu'est-ce qui peut me rendre heureux, plus heureux que le pays qui a changé ma vie, qui m'a appris à être heureux, à être plus apaisé. Et l'outil qui a certainement guidé le plus ma vie aujourd'hui, quoi. J'ai commencé le vélo, j'avais cinq ans et demi, un truc comme ça. En compétition, je parle. Et j'ai arrêté la compétition, j'avais 24 ans, quoi. Et depuis, j'ai repris le vélo pour préparer le Great Himalaya Trail, donc la traversée de l'Himalaya, version népalaise. Et puis voilà. Et puis maintenant, je fais entre 25 et 30 000 km par an de la même manière, mais totalement différent, avec pas d'objectif de résultat tous les week-ends, pas de pression, pas de mec qui te parle comme une merde dans l'oreillette, de trucs, voilà, la vie de coureur, quoi.

Loïc Wow. En tout cas, c'est marrant parce que, encore une fois, je ne viens pas du tout de cet univers, mais quand je t'entends nous décrire ce à quoi ça ressemblait, ça ne fait pas vraiment rêver, en fait. J'ai vraiment l'impression que la performance se fait complètement au détriment du respect de ton organisme ou juste de ton bien-être quand tu atteins un certain niveau en cyclisme. Alors, peut-être que je me trompe complètement ou que ton expérience est peut-être différente de certains autres coureurs, mais c'est assez étonnant à entendre, je trouve.

Stéven Ouais, non, c'est sûr. Mais c'est certain qu'il y a des mecs qui sont heureux. J'ai encore l'image d'un pote qui s'appelle Jérôme Cousin qui est encore dans une équipe du World Tour qui m'a dit il y a un an, un an et demi que lui était heureux, voilà, qu'il était heureux dans la performance, que c'était son travail. Il en était très content et tout ça. Je l'accepte, je l'entends. Aujourd'hui, peut-être qu'il a changé un peu son fusil d'épaule et il y en a d'autres qui vont envoyer des messages de soutien. Il y en a d'autres qui m'ont dit, mais tu arrives à mettre des mots sur des choses. Ça ne concerne pas que Stéphane Le Nierry qui est le vélo. Le vélo, ce n'est pas un jeu. Le tennis, c'est un jeu. Le foot, c'est un jeu. Le basket, c'est un jeu. Même le rugby, tu joues. Le vélo, ce n'est pas un jeu. La boxe, ce n'est pas un jeu. L'athlétisme, ce n'est pas des jeux. C'est un peu la bagarre. C'est un peu la bagarre. C'est des sports qui sont très difficiles, assez ingrats. En judo, tu fais un tournoi. Tu peux passer un tour. Tu peux passer deux tours. Tu as gagné deux matchs. En vélo, tu perds 99 courses par an. Pour ne pas dire 100%. Parce qu'en gros, les mecs gagnent 5 courses par an. C'est Julien Alaphilippe, Peter Sagan, Chris Froome. Il y a des mecs comme ça. Mais il y a des mecs qui gagnent 5 courses par an. Il y en a très peu. Après, il faut être en forme tout le temps. Je pense que mon expérience, je mets des mots dessus. Et surtout, je ne mâche pas mes mots parce que c'est dur le haut niveau. Mais quel que soit ton sport, je pense qu'en judo, si tu es blessé et que tu vas faire un tournoi et que de toute manière, il faut que tu le fasses parce que sinon, si ta carrière est en jeu, tu te défonces. Quand j'ai des mecs de staff d'équipe de rugby, même à un très haut niveau, qui me disent simplement faire du rugby à un haut niveau, c'est gérer les blessures et tu joues 90% du temps blessé de toute manière. Et ça existe en foot, ça existe en plein de sports. Après, c'est un peu une caricature, ce que je vais dire, mais c'est plus facile quand tu gagnes 250 000 euros par match de jouer blessé. quand tu gagnes 250 euros, c'est plus dur. Ouais, c'est comme ça, c'est la vie. Après, non, je n'ai pas du tout un... Je ne te laisse pas un tableau vraiment noir du vélo, pas du vélo. C'est juste le haut niveau. C'est le très haut niveau. Quand tu pousses le truc au max, après, c'est des choix. C'est un privilège énorme. C'est une chance. Comme on me le disait, vous avez de la chance d'être là. Oui, tu as de la chance, mais si c'est trop dur, si tu es malheureux dans ce que tu fais, quoi que tu fasses, la performance, pour moi, la compétition à un très, très haut niveau, elle est toujours négative psychologiquement car elle t'emmène toujours vers un truc. Si tu gagnes, c'est facile, mais sinon, tu es dans une espèce de frustration et de douleur qui est tellement intérieure qu'il n'y a pas grand monde qui peuvent te comprendre sauf des gens qui ont fait la même chose que toi. Et du coup, quand tu switches, tu as l'impression que la vie, elle est cool. Au début, tu te fais chier parce que tu dis, putain, en fait, la vie, c'est chiant, quoi. La vraie vie, comme les vrais gens, voilà, c'est... Il y a beaucoup d'athlètes de haut niveau qui m'ont dit ça. Ils m'ont dit, ah ouais, je comprends ce que tu dis sur la vraie vie, en fait, la vie normale. Et en fait, quand tu veux être athlète de haut niveau, c'est juste que tu ne veux pas être normal aussi. Comme un comédien, comme un acteur, comme un chanteur, il ne veut pas être comme les autres. Il ne faut pas se le cacher, quoi. Sinon, voilà, il fait comme tout le monde, quoi. Enfin, mais... Ce choix d'être différent, il faut l'accepter, quoi. Puis après, tu as des mecs qui sont... Je pense qu'ils sont plus faits pour ça. Il y a des mecs qui sont robotisés. Il y a des mecs qui sont foutus des autres complètement, de l'image. Il y a des mecs qui sont foutus de pas manger. Il y a plein de trucs, quoi. C'est plus sensible aux blessures, plus sensible... Voilà, il y en a qui n'ont pas besoin d'être forcément coachés. Il y en a qui ont besoin d'un gros staff d'entourage. C'est comme la vie. C'est la vie en x 1000, quoi.

Loïc Ouais, c'est ça. Beaucoup plus intense. Très intéressant ce que tu dis parce qu'on a échangé il n'y a pas longtemps avec Charline. Charline Vaznik, qui est une athlète olympique belge et qui nous expliquait en fait exactement ce que tu dis, que les gens voient bien souvent la partie visible de l'iceberg. Elle a été médaillée olympique à 22 ans à Londres. Donc, incroyable. Dans un sport comme le judo, qui n'a pas forcément une maturité très jeune. Ouais. Mais elle nous expliquait l'envers du décor en réalité et que ça lui a demandé beaucoup d'efforts de transformer la pratique qu'elle avait du judo pour que le sport au niveau fasse partie de son projet de vie et que ce soit plus 100% son projet de vie qui soit du haut niveau. Tu vois ce que je veux dire ? C'est-à-dire de remettre les priorités correctement pour ne pas se faire complètement bouffer par sa discipline et ne plus exister qu'à travers la performance sportive. C'est super intéressant.

Stéven Bah ouais, ouais. C'est la citation exacte. Je ne sais plus qui c'est qui disait ça. Si c'est... Je ne sais plus si c'est Walt Disney ou machin qui disait « Faites que le rêve dévore votre vie afin que la vie ne dévore pas votre rêve. » Mais le problème, c'est quand ton rêve, il dévore vraiment ta life. tu deviens barjo, quoi. Et ce que je disais sur l'argent, ça vaut pour tout, je pense, parce qu'il y a des gens qui me disent tous les jours « Putain, mais t'as de la chance. Ah, je t'envie. Ah, je suis jaloux parce que je suis à tel endroit du globe ou de la France ou... Ah, tu ne travailles jamais. » Mais est-ce que ces gens-là se rendent compte que des fois, je n'ai pas forcément à bouffer à ma faim ou à des moments de ma vie, j'ai mis en péril et des relations amoureuses, sociales, et je n'avais pas forcément d'amis. Voilà. Je ne suis pas en train de... Moi, quand les terrasses, elles ont réouvert, mon seul truc, c'était de me barrer, faire une expédition et de faire un truc, quoi. Des terrasses ouvertes ou pas ouvertes, ce n'était pas ma priorité et ce n'est pas du tout méchant de dire ça. C'est des choix de vie. Chacun ses choix. Tu mets l'argent, l'énergie, tout ce que tu veux là où tu veux. Mais ouais, quand tu fais du haut niveau, déjà, quand tu arrêtes de travailler ou de faire tes études et que tu ne penses qu'à ça, tu ne vis que pour ça, c'est-à-dire que tes seuls amis, c'est ton kiné, ton ostéo, tu as ton entourage proche, évidemment, tes meilleurs amis, mais souvent, ils sont soit de ta discipline ou soit il y en a qui arrivent à avoir des amis proches qui sont loin de ce monde-là. Il vaut mieux, d'ailleurs. Ou un conjoint qui comprend... Il vaut mieux qu'il comprenne ce que tu fais, sinon c'est tellement dur de devoir justifier que tu as un repas de famille et que tu ne dois pas manger, de justifier que tu ne dois pas boire pendant six mois avant les Jeux Olympiques et les gens te regardent comme ça, ce n'est pas ça qui va te tuer. Et c'est toujours que ce n'est pas ça qui va te tuer, mais en fait, quand tu es athlète, avant de dormir, la seule chose que tu regardes, c'est ce que tu as bouffé, ce que tu as fait, si tu t'es bien entraîné, tu fais le bilan de ta journée. Et si tu as passé de la moitié de ta journée à Carrefour en train de faire tes courses et à bouffer comme une vache, je peux te dire que tu n'es pas super heureux quand tu vas dormir. Ah ouais. C'est clair. Je me souviens de journée où je faisais le bilan de mes journées. Quand tu es athlète, il vaut mieux que tes séances se passent bien. Parce que si tu es... Toutes tes séances, tu te prends une cartouche, mais quel que soit ton sport. Et c'est tellement dur parce que tu vas dormir. Alors, t'imagines quand tu fais le Tour de France, par exemple, ou le Tour d'Italie. Tu sais que tous les jours, tu te prends une caillasse dans la tête. Et tu vas dormir et tu sais que le lendemain, ça va être pire. Tu vas reprendre dans la tête. Alors là, il vaut mieux être vraiment fort psychologiquement. Ou bien, il faut aimer se faire frapper. Mais tu vois, c'est dur.

Loïc C'est ce que j'allais dire. Grosse charge mentale.

Stéven Ouais, ouais. Tu vois, je parle toujours de Teddy Riner parce que tu parles de judo. C'est un des seuls athlètes que j'ai vu heureux. Après, c'est toujours plus facile que quand tu gagnes cinq titres olympiques, de dire je suis heureux. Mais c'est un athlète, je pense qu'il en a vachement chié tout au début, tu vois, parce que je connais deux, trois mecs dont mon coach physique Frédéric Popper qui était à l'INSEP quand il est arrivé, Teddy. Mais voilà, c'est un mec, je pense que, ouais, personne ne voit. Enfin, de plus en plus, on arrive à voir un peu par bribes ses entraînements hivernaux, combien il prend de poids. quand il dit qu'il prend 22 kilos l'hiver et puis après, il doit tout perdre en un an ou deux pour les jeux. Mais est-ce que les gens se rendent compte de ce que ça veut dire psychologiquement en frustration, quoi ? En suppression de plein de choses, en se disant, mais juste, j'ai un goal, je ne pense qu'à ça et puis voilà. Qui est capable de faire ça ? Donc, tout est une chance dans la vie, mais après, il faut mettre les moyens.

Loïc Ouais, exactement. Ouais, exactement. Je suis 100% d'accord avec toi et tu vois, c'était vraiment une des idées pour lesquelles on a créé ce podcast, c'est de parler de cette partie non visible de l'iceberg qu'il y a derrière la réussite, enfin, quelle que soit la définition qu'on se fait de la réussite, que ce soit dans des aventures, du sport, d'entrepreneuriat, de la recherche, peu importe. Ouais. Ok. Bah écoute, super intéressant en guise d'introduction. Ce qui m'a frappé quand tu nous as partagé l'expérience au Népal, j'ai eu l'impression que c'était une espèce de renaissance, que c'était un peu ton rite initiatique où il y a eu ta vie d'avant et là, tu es né à nouveau à travers la traversée de l'Himalaya.

Stéven Ouais, il y a un journal qui a écrit quand je suis revenu d'Himalaya, ils avaient titré « Né dans l'Himalaya ». Et en fait, je trouvais ça vraiment bien. En fait, j'ai retrouvé ça récemment parce que ma petite team média qui va venir en Namibie avec moi me demandait « Mais t'as pas un pressebook » ou « Machin ? » Et en fait, non, j'en ai rien à foutre. C'est comme les trophées chez moi, il y a des trophées parce que c'est la maison de ma mère et quand, ouais, elle aime bien montrer certainement mes trophées ou j'en ai gardé quelques-uns mais un jour, elle en a donné 200 ou 300 à un club, et je le savais même pas d'ailleurs, à un club cycliste de la région mais c'est avoir des reliques de magazines, de trucs, c'est marrant. Du coup, lire ce titre, ça a été drôle parce que je pense que c'est pas tout à fait faux. C'est pas une nouvelle personne, c'est le vrai moi, je pense. Après, est-ce qu'on n'est pas multiple, est-ce qu'on n'a pas 15 personnalités au cours de la vie, on switch de l'une à l'autre ou est-ce que même dans une journée en fonction des personnes ? En tous les cas, dans l'Himalaya, j'ai appris à être heureux, quoi. J'ai appris à ne rien faire, j'ai appris à être plus apaisé, plus posé, j'ai appris à regarder les gens certainement différemment, à ressentir les choses plus profondément parce que... Et puis, en même temps, les ressentir profondément et en même temps, les ressentir hyper légèrement parce qu'un jour, on m'a dit ça, le psychologue de la fête des triathlons m'avait dit il faut que tu baisses ton niveau émotionnel. Et je reprends toujours cette anecdote parce que c'est drôle d'avoir dit ça à un communicant parce que j'étais un communicant, mais comment tu veux baisser le niveau émotionnel d'un gars qui se doit d'être passionné ? En fait, je trouve ça tellement nul de dire ça parce que c'est important d'avoir des émotions dans la vie. C'est important de ne pas les rejeter tout le temps. Et quand tu es athlète, on m'a dit toute ma vie de baisser mon niveau émotionnel. Et aujourd'hui, les gens qui me disent ça, je leur dis juste mais ne fais pas chier quoi parce que ce qui aime les gens aujourd'hui de moi, c'est justement que j'ai un niveau émotionnel qui est certainement au-dessus de la moyenne, mais pas de la moyenne, des gens, de la moyenne des gens qui assument d'être ce qu'ils sont parce que tu n'as pas le droit aujourd'hui de crier, de gueuler, de pleurer, de sourire, d'être trop heureux. Tout est suspect aujourd'hui. On est dans un monde de gens lisses, tu vois. Les humoristes n'ont plus le droit de faire des blagues sur certains sujets. Les acteurs, ils doivent être comme ci, comme ça. Les gens doivent s'habiller de telle manière. Les sportifs doivent fermer leur gueule absolument. Ils ne doivent que faire des résultats. Des artistes, des sportifs engagés, tu en connais beaucoup. Moi, je n'en connais pas beaucoup et de moins en moins, tu vois. Qui balancent ouais, j'aime tel artiste, ouais, mon soutien à telle politique, c'est ça, mon soutien. Non, ça n'existe pas. Quand tu es sportif, ok, vas-y, monte sur le ring, monte sur le tatami, montre-nous et après, tu pourras ouvrir ta gueule. Mais pour l'instant, tu es un peu nul à chier, quoi. Donc, pour l'instant, tu te fais et après, on verra. Si tu as le droit de parler, tu auras deux pages dans l'équipe et même là, ce n'est pas sûr que tu puisses t'exprimer. En gros, je caricature, mais là-bas, dans l'Himalaya, je me suis dit rien n'est grave parce que pour eux, en fait, quand tu fais Vipassana, mais même beaucoup au Népal, ils ont pris des tremblements de terre à répétition et quand je leur demandais, moi, je suis arrivé la première fois après un tremblement de terre et je leur disais mais quand même, tout refaire, tout reconstruire, des régions entières, un pays entier, ouais, mais c'est comme ça, qu'est-ce que tu veux qu'on fasse ? Là, on doit accepter et cette phrase d'accepter les choses, c'est ouf parce que quand tu es sportif de haut niveau, ce que tu dois faire surtout, c'est de ne pas accepter parce que quand tu es sur le tatami ou quand tu es dans une course de vélo et que tu es à 15 mètres derrière le peloton et que tu sais que si tu acceptes de te faire lâcher, ouais, mon gars, tu es en rupture de confort ou le gars, ton manager à la voiture, il va te déboîter, bah, tu n'acceptes pas, quoi, tu ne lâches jamais rien. Alors, j'ai appris aujourd'hui à faire un espèce de de compromis entre ne jamais rien lâcher et tout lâcher, quoi, voilà, un truc de rien n'est grave. Alors, c'est un entre-deux et je ne veux pas, par contre, je suis capable de monter en pression et de faire des conneries énormes et d'être excessif dans certaines choses, de m'entraîner comme un malade, d'être passionné, de pleurer, de rire, mais j'essaie quand même de me préserver dans le sens où tu ne peux pas être à 100% tout le temps, quoi, sinon,

Loïc sinon,

Stéven sinon, tu es vite hospitalisé, quoi, ou tu fais des burn-out comme j'en ai pu en faire. Mais, ouais, c'est intéressant d'apprendre à être, à se poser, à apprendre à se poser, à poser son cerveau et à se dire que, que, voilà, que réussir, ça ne veut pas dire grand-chose, comme tu l'as dit. Réussir, il y a mille manières de réussir. c'est monter une famille, c'est monter une boîte, c'est réussir ta carrière sportive, c'est réussir ton bonheur, c'est être apaisé, c'est réussir, c'est peut-être apprendre à ne rien faire aussi, je n'en sais rien.

Loïc Ouais, c'est clair. C'est clair. Punaise, ça fait quand même pas mal de grosses prises de conscience en quelques mois seulement sur place au Népal. Tu dirais que c'est quoi ? C'est que c'était le bon moment pour toi, c'est que l'intensité, visiblement plutôt négative, de ce que tu as vécu avant avec le vélo, tu avais mis un peu à nu, tu vois, écorché un peu vif, ou c'est la puissance des rencontres que tu as fait sur place, ou peut-être, je ne sais pas, un mix, mais je serais curieux de le savoir parce que c'est quand même fabuleux de voir assez jeune quand même que tu as réussi à faire un changement incroyable dans ta vision de la vie tout simplement.

Stéven Ouais, c'est du recul aussi, quand tu arrêtes quelque chose, j'ai arrêté le sport de haut niveau, il faut entre 5 et 7 ans pour faire le deuil d'une carrière et aujourd'hui, ouais, ça fait plus que 7 ans que j'ai arrêté le haut niveau, j'ai parcouru un peu la planète, j'ai vu d'autres gens, j'ai fait des rencontres assez exceptionnelles un peu partout dans le monde, des grands hommes, des grandes femmes de ce monde qui ont fait des choses un peu hors du commun, qui, quand tu te donnes des mots, c'est des mots qui ont un sens, j'ai fait d'autres rencontres, des gens qui sont un peu moins connus, mais qui m'ont apporté autant, que ce soit au Népal, que ce soit un peu partout dans le monde. Non, le Népal, ça a été un booster en fait, ça a été un moment, notamment ces méditations, c'est comme un training camp, tu vois, quand tu es athlète, tu fais un training camp de 10 jours, tu sais que tu vas te prendre une cartouche 10 jours et pendant 10 jours, tu ne fais que ça, tu es à bloc, tu manges judo ou tu manges vélo ou tu fais de ton sport pendant 10 jours, 20 jours, 30 jours et tu es focus et il n'y a rien qui peut remplacer un training camp. Moi, j'ai fait deux fois 10 jours de méditation silencieuse où tu passes ton temps, donc 24 heures sur 24 parce que les heures de méditation, c'est entre 12 et 15 heures mais tout le reste du temps, tu n'as pas le droit de parler, de communiquer, de sourire, de séduire, de courir, de faire du yoga, de marcher trop vite, etc. D'écouter de la musique, Ah d'accord,

Loïc donc ce n'est pas que la parole, c'est aussi le fait d'adopter une posture posée, entre guillemets.

Stéven Ce n'est même pas ça, c'est qu'en fait, quand tu ne peux rien faire dans la vie, la seule chose que tu peux faire, c'est te regarder dans un miroir. Et si tu ne le fais pas, tu es encore en train de fuir. Il y en avait 2-3 qui buvaient des bouteilles le soir et ils se sont fait virer d'ailleurs des Népalais parce qu'il y en avait beaucoup qui étaient complètement alcooliques et ils font Vipassana pour se purifier ou droguer parce qu'il y en a qui ont des excès, beaucoup de gens qui ont des excès à qui on conseille de faire ça et ça te nettoie, ça te purifie. Après, c'est des fois dans des conditions de douleur qui sont des fois inacceptables parce que c'est dur de rester assis pendant 15 heures à te regarder à l'intérieur et à se dire putain, je suis qui ? J'ai fait quoi ? Alors au début, tu te dis je suis une grosse merde et puis après, ça évolue. Petit à petit, tu te dis ah ok, tu souris petit à petit à la vie, tu ressens les choses différemment, le sol, tes pieds, tes mains, ton corps et en fait, tu prends conscience de plein de trucs des autres, de tes méchancetés, tes excès, de tes folies et puis ça m'a permis de prendre plus de recul. Après, j'ai vu beaucoup de choses aussi depuis qui font que j'arrive à vulgariser quelque chose qui à un moment était... Après, je n'ai pas de certitude, tu vois, je ne sais pas, je n'ai pas la vérité en moi, je pense que j'ai compris des choses que certains mettent possiblement toute une vie à comprendre. Après, c'est peut-être une caricature de la vie, de ce que j'ai vécu, je n'en sais rien. Mais en tous les cas, je sais à peu près qui je suis, je sais où je vais, je sais où je veux aller et je suis mille fois plus heureux maintenant que quand j'étais avec un putain de cuissard quand j'avais 24 ans et que je me battais à l'arrière du peloton à me dire mais qui est-ce que tu fous ? Avec plein d'arrogance, plein d'assurance alors que je n'avais pas du tout confiance en moi mais où j'étais un but de ma personne à me dire je suis fort, juste respecte-moi, je suis fort. Alors maintenant, je me dis je suis un peu fort mais au fond, je suis très très faible comme tous les humains et j'accepte qui je suis. Après, c'est dur d'accepter ça et ça, ça prend du temps. le Népal, ça permet ça. Tu y es allé donc tu peux comprendre ça mais les sommets, ça te remet à ta place. Les gens te remettent à ta place aussi parce qu'ils n'ont pas du tout les mêmes priorités que toi. Non, effectivement. Et évidemment, tu ne peux pas prendre des leçons de Perrine, ma copine, elle prend toujours cette... Ça la fait rigoler parce que j'ai toujours l'impression que ces gens-là ont la vérité en fait. Au Népal, ils ont la vérité, ils ont compris. Voilà. Ou que dans des pays hyper apaisés où on est passé, en Iran ou un peu partout dans le monde, voir des Bédouins dans le désert, je dis toujours c'est eux qui ont compris. Et c'est fou parce que je suis persuadé de ça. Je pense que c'est eux qui ont compris en fait. La vie, c'est ça. La vie, c'est tu te poses, tu regardes une dune comme ça au loin et tu souris. Et tu dis OK, bon ben, on va manger, on va boire un thé et puis c'est bon. Et ouais, ici, tu es dans une course. Tu combles un vide tout le temps. On s'est créé des besoins énormes quand même dans la vie. Et là-bas, la vie est un peu plus épurée, disons.

Loïc C'est vrai qu'il a... Alors, je n'ai pas fait un séjour aussi long et aussi spirituel que le tien, mais c'est vrai que ça... Globalement, tous les pays où je suis allé, un truc tout bête, mais où le niveau de vie n'est pas le même que celui qu'on a nous, ça remet les choses en place. Si déjà, tu sais que bon ben, eux, leur souci entre guillemets, c'est comment manger après-demain ou fait qu'il n'y a pas d'électricité, ce n'est pas la mort. C'est vrai que ça remet un petit peu les idées en place. En tout cas, moi, ça m'a toujours fait ça. Ouais. Super intéressant. Tu vois, ça donne envie de prendre le temps pour soi en fait et d'aller explorer un petit peu, de se mettre dans des contextes un peu différents de ceux qu'on connaît. je trouve que c'est juste passionnant que tu te sois créé cette expérience et ma prochaine question, c'est du coup, une fois que tu as eu, alors j'imagine que c'est comme tout, ça n'a pas été un déclic, une ampoule s'est allumée et boum, ça y est, tu as découvert cet event que tu es vraiment mais en quoi est-ce que cette expérience au Népal et cette première grosse expé où si je ne me trompe pas, je crois que tu as fait 5000 kilomètres à travers l'Himalaya, en quoi est-ce que ça a façonné du coup la suite de tes expéditions et qu'est-ce que tu vas chercher aujourd'hui dans tous les projets que tu crées ?

Stéven Le reste d'Himalaya, ça partait d'une idée un peu farfelue et en même temps assez simple qui était de traverser l'Himalaya népalais d'est en ouest par sa trace la plus haute et donc voilà, c'est en gros, tu pars de l'Inde, tu retournes en Inde mais en longeant toute la frontière, Chine, Inde, Chine, Népal et en gros, de l'autre côté, c'est le Tibet où c'est la Chine tout du long et moi, mon truc, c'était de, en gros, tu frôles la frontière tout le temps et tu traverses une quinzaine de régions et tu es tout le temps au-dessus de 4000, enfin entre eux, des fois, ça descend à 800 mais c'est en gros, tu as une moyenne de 4000 mètres et tu as 90 000 mètres de dénivelé positif donc 90 000 de négatif et tout ça avec un vélo qui n'est pas forcément adapté à l'exercice, il y a beaucoup de passages extrêmes avec mon état en autonomie au maximum, en gros, je n'avais pas un mec qui me livrait des repas tous les jours quoi. Donc en gros, en gros, l'idée, c'était de vivre la vie d'un Sherpa parce que je portais mon vélo moi-même évidemment, pas comme beaucoup de gens qui, comme au qui Mangearou me l'a proposé le guide qui était avec nous parce que c'est obligatoire d'avoir un guide. Est-ce que tu veux que je porte ton vélo ? J'ai regardé, je ne comprenais pas ce qu'il me disait en fait. J'ai dit, mais mec, j'ai traversé l'Himalaya en vélo quoi, j'ai porté mon vélo 70% du temps, tu ne vas pas me porter mon vélo quoi, déjà, porte-toi et au début, il rigolait puis après, il a moins rigolé mais sur le coup, ça m'a énervé parce que je dis, il n'y a personne qui touche à mon vélo quoi, personne ne touchera à mon vélo, c'est mon vélo, c'est ma vie, c'est mes mots à moi et voilà et de faire ça, tu vois, ça m'a changé parce que c'est moi qui l'ai fait en fait et quoi, pour on dire, n'importe qui autour de moi, tous les gens qui ont vécu un millième de ce que j'ai pu vivre dans l'Himalaya ou qui en ont vécu certaines parties, c'est moi qui l'ai fait, c'est moi qui, et c'est ça en fait la vie, c'est la vie, c'est faire et quand tu as fait ça, tu te réalises en fait, c'est cool de parler, de raconter des histoires, de, de, comme dirait un ami qui m'est cher, de faire ton numéro de claquette devant 15 personnes en repas de famille et tout et de raconter des histoires sur un podcast ou à la télé ou c'est marrant de le faire, c'est cool mais il fait des trucs avant quoi, il fait des trucs avant. La première fois que je fais un plateau télé où Samuel Etienne me dit Stéphane, t'es aventurier et ça fait quoi d'être aventurier ? Et je refuse qu'ils me disent que je suis aventurier je dis je suis un aventureux quoi, j'aime bien m'aventurer mais pour l'instant j'ai rien fait dans ma vie qui me montre que je suis un aventurier. Donc voilà et au retour j'étais déjà un peu plus un aventurier mais aujourd'hui je vois des mecs qui traversent leur rue quoi, ils font le GR20 et ils sont aussi des aventuriers. Non mais je te jure, ça me rend dingue ce que je dis mais Christophe Colomb ou les mecs ils se décrètent les plus grands explorateurs de l'histoire. Mais Vasco de Gamma, enfin je sais pas, tu veux, je t'en cite quelques-uns. tous ces mecs-là, tu t'en fais quoi ? Tu les as oubliés. Toi, t'es aussi fort que ces gars-là quoi qui partaient, qui découvraient une terre et qui arrivaient et qui n'avaient même pas un compas et toi, t'es un explorateur. Ok, il n'y a pas de problème. Voilà, je respecte mais je rigole quoi. Alors, tu vois, ce truc d'être qui tu es ou d'accepter ce que tu fais et tout, je pense que dans la vie déjà, il faut faire des trucs puis après, on peut discuter mais ouais, on est dans un monde de communication où dès lors que tu ouvres un compte Instagram, t'es un aventurier ou maintenant, les mecs, ils ont 128 followers, influenceurs, est-ce que vous pouvez m'envoyer des produits ? Ouais, bah ouais, mais le nombre de tes followers, ça doit être ta famille et tes amis donc voilà, mais tu vois, la vie en fait, je pense que pour avoir confiance en soi, c'est un mix de ton éducation, de ce que t'as fait, de ta personnalité aussi, de ton entourage, de plein de choses mais avant tout, faire des trucs quoi, tu vois, faire des trucs et pas, tu peux te mentir mais il faut pas se mentir trop longtemps, tu vois, sur ton bonheur, sur tes priorités, ce que tu fais parce qu'il faut pas se mentir, les gens qui réussissent, il n'y a pas trop de secrets quoi, même si on peut discuter sur les gens, il n'y a pas de hasard quoi, c'est dans la chanson d'Orelsan, si c'était si facile, tout le monde le ferait, tu vois, bah c'est ça, si c'était si facile de réussir, tout le monde le ferait, je pense que, et quoi que tu fasses, tu vois, tu parlais de ta carrière de judoka, si c'était si facile d'être fort en judo, d'être en équipe de France de judo, je pense que tout le monde le ferait, si c'était si facile d'avoir le maillot jaune du Taureau de France, d'être un entrepreneur à succès, de monter un podcast, il n'y a rien qui est facile, en fait, dans la vie. C'est clair,

Loïc c'est un combat de tous les instants, mais bon, bien souvent, et ce que je trouve chouette, tu vois, surtout, enfin, avec ton parcours pour le moment, qui est bien loin d'être fini, je suis sûr, mais avec ton parcours pour le moment, ce que je trouve chouette, c'est que, bah c'est un combat, mais voilà, ce que tu nous as partagé, moi, ça me fait dire, c'est un combat qui clairement en vaut la peine, quoi, tu vois, c'est, on parle de, comment est-ce que tu as grandi, de rencontres fabuleuses qui ont changé ta vie, donc, ouais, moi, je trouve que c'est un beau combat.

Stéven Ouais, tu vois, tu parlais de l'Himalaya, ce qui me remettait à ma place et ce qui m'a fait évoluer aussi, c'est de voir des mecs qui, c'est caricature, ce que je vais raconter, mais un mec qui porte sa maison sur son dos, qui porte tous les jours entre 30 et 70 kilos, tu vois, des mecs avec des planches de bois ou des, j'ai vu des femmes avec des poteaux électriques, je pense que les poteaux, ils faisaient pas, ou loin de 100 kilos chacun et être emballé des poteaux électriques, elle faisait 50 kilomètres et quand toi, tu as ton vélo sur le dos, tu peux juste te taire, quoi, tu peux juste ne rien dire parce que tu clignes des yeux, tu la revois avec son poteau, tu ne crois pas que c'est vrai, quoi, et en fait, elle, c'est juste pour gagner 20 euros, en gros, donc toi, tu peux raconter que tu es sur France Télévisions ou machin truc, elle, elle n'en a rien à foutre, ce qu'elle veut, c'est ramener son poteau, aller peut-être en chercher un autre et ainsi de suite ou les mecs, ils portent un frigo ou autre chose et là, tu dis, ok, voilà, j'accepte, c'est ça la leçon, il y a des gens qui sont plus forts que toi, il y en aura toujours qui seront plus forts, moins forts, mais l'important, ce n'est pas de te renier et c'est de faire des trucs, quoi, et de raconter après, transmettre des trucs, tu vois, je dis toujours aventure et transmissions, mais ouais, c'est cool de pouvoir raconter des choses, c'est de raconter des histoires, quoi, mais des vraies histoires, sinon, c'est des romanesques, quoi.

Loïc Et en parlant d'histoire, qu'est-ce qui se profile là pour toi ? Donc, je pense que pour les gens, c'est assez clair quand tu te fixes des objectifs, en tout cas, ce que tu nous racontes sur l'Himalaya, c'était carrément un truc d'envergure. D'ailleurs, petite parenthèse, tu as mis combien de temps pour faire ces 5000 kilomètres ?

Stéven L'Himalaya, c'était 2000 kilomètres, 90 000 mètres. Ah, c'était 2000. Ouais, c'était 2000 kilomètres. Paris-Dakar, c'était 5620 kilomètres, c'était ça, 5000 mètres. Ok. Ouais, ouais. L'Himalaya, j'ai mis 51 jours, j'avais projeté 60 jours et j'ai mis 51 jours. En moyenne, normalement, les gens, ils mettent entre 100 et 120 jours à pied et normalement, quand on t'envoie un programme de base du Great Himalaya Trail, c'est 170 jours, normalement à pied. Souvent, les gens, ils te projettent sur un ou deux ans et voilà, comme ça, ils ne ratent pas une demi-année de leur vie mais ouais, c'est un gros truc. comme tu parles d'initiation, c'est un vrai truc initiatique, le Great Himalaya Trail. Ouais, en gros, c'est un GR20, tu vois, c'est un GR20 tous les 2, 3, 4 jours, on va dire et tu multiplies ça par le nombre de kilomètres. En gros, c'est entre 10 et 20 GR20, quoi, en gros, mais beaucoup plus haut et avec moins de possibilités de dormir, de manger et puis des conditions climatiques qui sont quand même assez difficiles au-dessus de 3, 4 000 mètres, ça commence et puis après, au-dessus de 4, 5 000, tu sais que ça va être chaud, quoi. Surtout, c'est long, alors tu ne peux pas partir aux périodes les plus commerciales, on va dire, c'est-à-dire mars, avril, mai, juin. Moi, j'ai essayé de partir sur ces périodes mais mars, tout était fermé à Kanchengjunga, il y avait deux touristes sur toute la trace, tu vois. Ah ouais, tout était fermé. il y a une fois, on a dû casser une serrure d'un truc parce que sinon, on était à la rue et on a eu une grosse tempête de neige. quand Kanchengjunga, c'est le troisième sommet du monde et on devait aller au camp de bas, c'est le vrai départ du Great Himalaya Drive et on a pété une serrure. Et ouais, c'est le game.

Loïc Ouais, j'allais te demander justement qu'est-ce qui a été sur cette aventure avant qu'on passe à la Namibie, qu'est-ce qui a été le plus challengeant pour toi ? Parce qu'effectivement, il y en a des paramètres complexes, la durée, l'autonomie, le vélo, pas forcément adapté, l'altitude, enfin, c'est tout bête, c'est loin d'être tout bête, mais à 4000, tu ne respires pas comme à Cannes. donc, c'est quoi, qu'est-ce qui a été le plus compliqué à gérer pour toi ?

Stéven C'est difficile à dire. C'est un mix entre l'alimentation, le manque d'oxygène, le manque de tes proches, le manque de vie, des fois, tu vois, juste où tu dois te concentrer uniquement sur quelque chose qui, tu le sais très bien, va être très très dur et le volume, quoi, le volume, parce que tu ne peux pas aller excessivement vite, même si on allait très très très vite comparé au, on va dire, au grand public. Tu vois, le trekking de Kanshengjunga, les gens, je ne sais pas combien ils mettent de jours, mais ils mettent peut-être autour de 15-20 jours et nous, on l'a rentré en 5-6 jours, tu vois, et ça, tu multiplies par nombre de régions, ouais, c'est comme si tu faisais le camp de base de l'Everest ou les Annapurna en 3 jours, quoi, tu vois, en gros, c'est ça, c'est faire Gratima Niatraël en 51 jours, c'est à peu près ça. En gros, tu te fais une région en 3-4 jours pour être, ouais, pour être un peu large sur la fin parce que la fin, je pensais qu'elle serait moins dure parce que c'était moins haut mais il faisait plus chaud, en fait, moins t'es haut, plus il fait chaud, plus tu vas vers l'est, plus tu vas vers l'ouest, par contre, pardon, plus il fait chaud, plus tu vas vers le sud, plus il fait chaud, chaud jusqu'à, on a eu 35 degrés et 70% d'humidité, tu vois, c'était, c'était Hong Kong, quoi, on était à 800 mètres, et tout ça, quoi, en fait, c'est les changements de température, les changements d'altitude, les changements de climat, de terrain et tout ça à gérer, la bouffe et tout le reste, quoi, tout le reste, c'est, ouais, c'est, c'est, c'est un, c'est ça que j'appelle expédition ou aventure, c'est-à-dire que tu t'aventures vraiment, tu vas chercher loin, quoi, ouais.

Loïc Et en quoi ça, en quoi est-ce que tu as, du coup, adapté tes, tes expéditions à venir par rapport à ce que tu as appris sur l'Himalaya ?

Stéven Euh, en fait, quand je traverse l'Himalaya, j'avais, j'avais dans la tête d'avoir ce rêve idéaliste de traverser, donc, le pays qui a changé ma vie. Et en revenant, je me suis dit, maintenant que tu as compris que, la montagne, elle était plus forte que toi et que c'était tellement beau de voir les gens évoluer aussi avec moi parce que j'ai eu beaucoup de gens qui ont suivi et me voir évoluer, voir les gens évoluer, je me suis dit, il faut que je fasse un projet qui dépasse tout ce que je peux imaginer et comment rendre hommage à la planète, en gros, parce qu'on est tous habitants de la planète, je pourrais rendre hommage à l'humain, je l'ai fait dans l'Himalaya, je l'ai fait un peu partout sur d'autres expéditions, mais qu'est-ce qui peut rendre hommage au territoire sur lequel on est ? Et je me suis dit, pourquoi ne pas traverser les six déserts, qui sont des zones donc pas forcément très habitées, très hostiles, pour montrer ce que c'est le dérèglement climatique, ce que c'est que l'adaptation du corps à la chaleur, ce que c'est qu'un cycliste qui traverse des univers qui ne sont pas du tout faits pour un cycliste comme l'Arctique, l'Antarctique, le désert d'Atacama, le désert de Gobi qui peuvent, il y a un gradient de température de moins 78 jusqu'à plus 75 je crois, a été enregistré déjà dans le Gobi. Voilà, traverser le désert de Namibie, le plus vieux désert du monde, traverser le désert de Simpson en Australie qui est un des plus durs du monde parce que là, c'est vraiment chaud, le terrain est très compliqué et puis en gros, c'est ça quoi, c'est en quoi tout ça peut montrer la dimension de l'homme quoi et la beauté de la planète parce que c'est des univers qui me font rêver depuis tout petit, les déserts. En faisant Paris-Dakar en vélo qui était l'introduction de ce projet, je m'en suis rendu compte, c'est... Ouais, c'était pour moi aussi fort que l'Himalaya. Après, l'expédition était un peu moins longue, la difficulté peut-être un peu moindre parce que partir 70 jours, 80 jours de chez toi et partir 20 jours, c'est pas pareil. Mais ouais, ouais, quand j'étais dans le Sahara, t'es sur la lune quoi et ces moments uniques d'extase et de plaisir intense et montrer ces univers avec un vélo qui traverse ce truc, moi, je suis qu'un prétexte à tout ça. c'est cool, ce que je fais, c'est beau, c'est marrant, ça fait rire les gens parfois parce que j'essaie de mettre toujours un peu de rigolade dans mes conneries. Mais ouais, quand je vois des enfants qui prennent ces projets sur le dérèglement climatique pour parler du réchauffement climatique, du dérèglement du climat, de protection de la planète, du plastique, de la surconsommation, etc., des populations qui migrent, bah ouais, ça me touche, ça me touche parce que c'est une porte d'entrée, c'est une porte d'entrée pour le reste, c'est une porte d'entrée pour rentrer des valeurs qui sont plus grandes que moi et puis c'est beau, je trouve ça beau par le vélo, par le simple truc du vélo.

Loïc Ouais. Ouais. C'est quelque chose que j'entends souvent sur le podcast d'Arnaud, Ultra Talk. Il invite souvent des gens qui ont fait des longs périples, tu vois, qui passent par des pays qu'on décrit souvent comme des pays hyper dangereux, il ne faut pas mettre les pieds comme l'Iran et qui bien souvent pour les gens qui y sont allés sont peut-être parmi les plus beaux pays qu'ils aient faits, mais il y a une espèce de fascination apparemment, parce que je n'ai jamais eu la chance de vivre ça, mais il y a une espèce de fascination visiblement pour les gens qui voyagent à vélo. Alors, je ne sais pas si c'est quelque chose que toi, tu as déjà vu dans tes périples.

Stéven Ouais. Bah, je pense que je suis un des premiers ou ce n'est pas le premier à faire rouler des moines tibétains dans l'Himalaya qui n'avaient jamais vu un vélo et des Maasai en Tanzanie, tu vois. Donc, ouais, moi, j'adore ça. Je ne fais que du vélo pour ça, pour vivre ces moments d'exception qui font que ma vie est dense et intense et des moments de transmission de se dire putain, on a partagé un truc, quoi. Et en Tanzanie, je ne voulais plus partir, quoi. Pour moi, j'étais devenu un Maasai et j'avais envie d'être un Maasai. Et quand j'étais auprès du monastère de l'eau, là, où je fais rouler des moines tibétains qui ne rêvent que d'un truc, c'est d'être moine, j'avais envie de rester avec eux, quoi. En fait, j'adore expérimenter dans la vie et eux, ils avaient envie d'expérimenter mon vélo, quoi. Donc, ouais, j'adore ça et puis le vélo, c'est une porte d'entrée vers... Je pense que c'est possible aussi en voiture, en moto, mais tu vois, tu as toujours ce truc de casque qui te ferme des gens, quoi.

Loïc Ouais.

Stéven Tu vois, le regard en vélo, tu es à moitié à poil aussi, tu vois, tu as un tee-shirt, un short, puis ça en maillot, les gens, ils te regardent, ils disent mais le gars, il ne peut pas me faire de mal. De toute façon, il me fait du mal, je prends un bâton, je lui tape dessus, il est par terre, donc il est faible. Mais, ouais, c'est ça, le vélo, c'est une porte d'entrée vers un truc qui est fort, quoi. Moi, je trouve ça super puissant d'arriver chez les gens, que ce soit dans le Sahara, dans l'Himalaya, où les gens, ils me regardaient, ils me disent, mais juste, leur première question, mais tu viens d'où ? Et quand je leur dis, j'arrive de Paris jusqu'à Dakar, ou de tel endroit, ils ne savent même pas où c'est, quoi. Mais ils n'y croient pas. Ils me disent, non, c'est pas possible. Je me dis ça, ça ne met qu'un jour. Ouais, le vélo, c'est un outil puissant, quand même, de transmission, je trouve, tous les cas pour moi, parce que, ouais, ça me donne du bonheur et du plaisir. Mais au-delà de ça, c'est un outil d'expression, je pense. C'est un outil de transport très avantageux, pas toujours dans l'Himalaya, mais sinon, ouais, c'est un joli truc, le vélo.

Loïc Ouais, c'est super intéressant parce que je ne l'avais jamais forcément vu comme ça, mais c'est aussi pour ça que je voulais échanger avec toi parce que ça fait, enfin, c'est assez évident quand on me suit que le vélo, c'est clairement un des piliers de ta vie et que tu transmets beaucoup avec ça. Tu vois, je me rappelle, tu avais fait des, je ne sais plus si c'était des stories ou des posts avec ce fameux moment où tu es dans le désert en Tanzanie et tu fais faire du vélo à des gens qui n'en avaient peut-être jamais vu avant et je trouvais ça juste super chouette quoi. Super vecteur comme tu dis.

Stéven Ouais.

Loïc Peut-être pour passer sur une question un peu plus terre à terre mais depuis que j'ai découvert le projet 666, 666, je me pose la question comment tu fais pour gérer l'approvisionnement en eau quand tu es dans un désert comme celui de la Namibie ?

Stéven pour la Namibie, en fait, en fait, tout est relativement simple et en même temps très compliqué. C'est-à-dire que c'est comme dans toute chose que tu veux réaliser dans la vie, tu connais les règles et après, il va falloir s'adapter. quoi. Et en gros, moi, les règles, je les connais, c'est-à-dire que tous les... Il est possible que tous les 150, 200 kilomètres, j'ai quelque chose ou un endroit ou un endroit que ce soit un commerce, que ce soit une habitation, maximum tous les 200 kilomètres voire 250, 300, mais c'est le maximum. J'aurai la possibilité d'avoir de l'eau. Et je sais qu'aujourd'hui, je suis capable de tenir entre 150 et 300 kilomètres sans avoir à recharger avec ce que j'ai dans mon vélo. C'est-à-dire que je vais avoir un camelback entre 3 et 5 litres de bidon d'un litre. Donc, voilà. À Dakar, j'ai déjà fait avec 2 litres. Donc, voilà.

Loïc Ah ouais ?

Stéven Ouais, j'ai déjà fait 200 avec 2 litres. Et je n'ai pas tout fini en plus.

Loïc Oh la vache ! Ok. Mais parce qu'en termes de température, il fera combien là ?

Stéven Pas énorme. Moins qu'à Dakar, je pense. Dakar, je suis monté jusqu'à 60 au soleil, 45 à l'ombre. Là, ouais, je ne sais pas, ça dépend. Enfin, je ne vais pas dire de conneries, mais ce que je sais, c'est qu'il va y avoir un gradient de 0 à 40 degrés, quoi, en gros.

Loïc Ok.

Stéven Quand même. Donc, c'est chaud, mais après, ça dépend où tu es, ça dépend quelle vitesse tu vas aussi. C'est toujours pareil si tu vas à 10 km heure ou si tu vas à 30, ce n'est pas pareil les flux d'air. donc, c'est un compromis entre ce que tu es, la force que tu as et la vitesse à laquelle tu peux aller avec cette énergie. C'est, ouais, il faut quelqu'un.

Loïc Le choix du matériel, c'est un... Pardon, excuse-moi.

Stéven Non, non, mais c'est ça. Tu ne m'as pas coupé.

Loïc Le choix du matériel, j'imagine qu'il est un peu crucial dans ce genre d'aventure. Donc, est-ce que ton vélo, il est... Enfin, en quoi est-ce qu'il est spécialement conçu ? Est-ce que tu as des pneus particuliers ? Comment tu fais avec le sable ?

Stéven Ouais, moi, j'ai un vélo... En fait, je ne veux pas de vélo exotique. Pour l'instant, je reste sur ce que je connais. Donc, je suis sponsorisé par une marque qui s'appelle Gires, qui est une marque française. Et je garde presque le même vélo que j'ai d'habitude. Je pars en gravel. Ça sera 90% de pistes, voire 95% de brousse ou plus ou moins voilà, sableuse, sablonneuse de la piste plus ou moins dure. Il y aura quelques bouts de route pour faire des liaisons mais pas sûr partout. Et après, ça sera de la brousse, ça sera des endroits compliqués. Du coup, les particularités, c'est assez simple. J'aurais des pneus de taille standard, 42 mm. Pour l'instant, je pars là-dessus. Peut-être un peu plus. Si je sens que ça ne marche pas, j'aurais toujours une paire en spare que je vais laisser sans doute à la capitale, à Windhoek. Et si j'ai le moindre problème, voilà, je les ferai à cheminer ou je retournerai à la capitale pour revenir dans le désert. Je perdrai un ou deux jours mais ça fera partie du jeu. Mais pour l'instant, je ne pars pas là-dessus. J'ai des roues carbone, tu vois, j'ai une dynamo à l'avant avec un port USB qui me permettra de recharger mes GPS, Garmin, mon satellite, mon mobile, deux, trois devices que j'ai. j'aurai un petit panneau solaire ultra light et après, ouais, camelback, j'aurai tout mon cadre qui sera rempli d'eau, deux bidons sur la fourche, un prolongateur. Après, j'ai un groupe 13 vitesses, mono plateau d'une marque italienne, Campagnolo, là, et mes pochettes de bikepacking, ristrap, ma selle en cuir, ma française, selle idéale et voilà, des lumières avant arrière et puis, voilà, ça roule. Après, les pneus, ouais, ma problématique, c'est l'usure et ce qui me fait peur, c'est…

Loïc Est-ce que c'est un sol plutôt sableux ou un peu rocailleux, abrasif ?

Stéven Les deux. Il va y avoir les deux. Il va y avoir des endroits où ça va être un peu pierrier, ça va taper un peu. Il y a des endroits où ça va être plus sable, un peu… Où il fait un peu de portance et… Ouais, ça… Ce qui me fait flipper, c'est l'usure, en fait, parce que je les ai testés… Enfin, ça fait déjà trois ans que je roulais avec la même marque, mais… Ouais, l'usure, elle n'est pas du tout la même. Je l'ai vu sur Paris-Dakar entre un sol qui est à 20 degrés ou à 15 degrés et un sol qui est à 45, voire 60 ou plus 80 comme je l'ai vu dans le Middle East à Doha où j'ai roulé, j'ai fait des tests de température, il y avait 58 degrés au Garmin, donc température de l'air et au sol, il y avait plus de 80 degrés, tu vois. Et là, un train de pneus, ça te fait mille bornes, tu vois, ça te fait mille bornes et… et c'est horrible parce que ton pneu, il est ramolli, il s'use plus vite et puis s'il y a le moindre truc, ça le découpe en deux et voilà, et je serai en tubeless. Alors, il y a ça aussi, bon là, les températures, ça ne va pas être ce que j'imaginais, c'est-à-dire plus de 60 degrés, ça va être un peu moins, du coup, voilà, je suis confiant, mais sur d'autres déserts, j'ai aussi ça, c'est que le liquide tubeless, il sèche à plus de 50 degrés et il n'y a pas beaucoup de marques qui sont capables de me dire que leur tubeless, soit il gèle à moins 60 ou moins 50 ou soit il ne fond pas à 50. Wow. Ouais, c'est des trucs cons, mais ça fait partie du game, quoi.

Loïc Ouais. Et donc, le poids total du vélo, par curiosité ?

Stéven Non chargé, chargé, il va faire autour de 9 kilos, quoi, et chargé, Ah ouais, ça va. Chargé, il va faire autour de 20 kilos, quoi.

Loïc Ouais.

Stéven Ouais. Oh punaise. Ok. Après, quand il est lancé, ça va, mais quand tu vas à 10 kilomètres avec un col de 20 bornes, c'est plus dur, quoi.

Loïc C'est clair. Ouais. Oh la vache. Ok. C'est impressionnant. Et donc, tu prévois combien de temps pour la traversée complète du désert de Namibie ?

Stéven En fait, ça va pas être uniquement la traversée du désert de Namib que je suis capable de faire, je pense, en 24 heures. Moi, je vais faire un grand tour de Namibie avec au tout départ le désert de Namibie qui va être autour de 1000 kilomètres. Je vais tout descendre de la capitale jusque presque à l'Afrique du Sud. Je vais tracer tout droit vers le Sud. Et après, je vais tourner à gauche, Fish River Canyon, donc des endroits vraiment magnifiques, deuxième plus grand canyon du monde. et après, je vais longer tout le Botswana, éléphant tight wave, enfin plein, on l'appelle comme ça parce qu'il y a autour de 250 000 éléphants dans cette région. Et ça, c'est un autre paramètre que je dois prendre en compte que je n'ai jamais encore connu autant, c'est les animaux. Les animaux qui vont être omniprésents, ça va être un nouveau stress pour moi, une nouvelle manière d'appréhender les choses. Mais ça fait partie du jeu. Après, où dormir, comment dormir, comment gérer les choses, comment gérer ta bouffe avant de dormir pour ne pas te faire bouffer par un lion parce que tu as laissé ton steak haché. Moi, je ne mange pas de viande, je n'ai pas ces problèmes-là. Mais si tu laisses une boîte de conserve à l'entrée de ta tente, tu vas avoir des petits problèmes. Et ça, je parle des gros animaux, mais il y a des plus petits animaux qui sont aussi dangereux, que ce soit des serpents, etc.

Loïc Waouh ! Ce n'est plus du vélo, c'est de la survie, mais de l'aventure, c'est juste incroyable. C'est ça.

Stéven Pour moi, c'est ça l'aventure. Après, j'ai besoin que ça soit intense, que ça soit plein, que ça soit riche, mes projets, que ça soit fort pour que ça me transporte. Parce que je sais que si ça me transporte, j'arriverai à emmener les gens avec moi. Et si ça ne me procure aucune émotion, je n'en aurais rien à foutre.

Loïc Est-ce que tu seras finalement un aventurier au retour du projet 666 ?

Stéven Oui, je pense que ça commence à le devenir au fur et à mesure de ma pratique, de mes réalisations. Mais oui, ce n'est pas évident. Des fois, j'ai des coups de sang comme ça sur les gens qui se décrètent quelque chose. Parce que parce que c'est les gens qui font de toi ce que tu es et c'est la vie qui fait de toi ce que tu es, se décréter quelque chose. Si, quand tu as un diplôme, tes machins ou quand tu prends un poste dans une boîte, mais ce milieu des aventuriers, tu vois, dans le sport de haut niveau, tu n'as pas ça. Soit tu es sur la liste des sportifs de haut niveau, soit tu ne l'es pas, mais ne me raconte pas que tu es... Oui, moi, j'ai fait ça. Ah oui, mais pourquoi personne ne te connaît en fait ? Parce que je comprends, mais... Mais ouais, ouais, ce n'est pas se mentir et essayer de faire quoi. Mais oui, je pense que je serais devenu un peu plus aventurier après un projet de... génial. Ça fait 4200 kilomètres, ouais. Et il y a 26000 de D+, de D-niveau positif, mais bon, c'est anecdotique sur 4000 bornes.

Loïc Ouais, bon, ça commence... En tout cas, les bornes, ça commence à faire et puis c'est... C'est que le prochain projet. J'imagine que... Tu en as déjà d'autres en tête pour la suite ?

Stéven Bah, après, il y a tous les autres déserts, ouais. Là, je l'espère, un autre en fin d'année, novembre ou décembre, j'aurais aimé... J'aurais aimé financer l'Antarctique pour pouvoir enchaîner directement en novembre avec la traversée de l'Antarctique en vélo, ouais. Faire 1000 miles en Antarctique, aller jusqu'au pôle sud en vélo et puis revenir, quoi.

Loïc Tu serais le premier à faire ça, non ?

Stéven Il y en a qui ont des... À faire 1000 miles, ouais, je serais le premier, mais il y en a déjà qui ont roulé en Antarctique, ouais. Il y en a déjà qui ont fait... Je crois que le maximum, c'est 700 kilomètres, je crois. Ouais. Oh la vache.

Loïc Ok. Ouais, donc 1000 miles, ça fait quoi ? 1600 et quelques ? Ouais. Ouais. Punaise. Ok. Écoute, peut-être dernière question. L'objectif étant quand même qu'à travers le podcast, bon, tu nous fasses rêver évidemment, ça c'est fait, mais que si ça peut aider dans tes projets, le fait de diffuser tes aventures, c'est encore mieux. Comment est-ce que... De quoi est-ce que tu as besoin en termes de financement, de sponsoring ? Comment est-ce que tu gères ça ? Parce que c'est quand même des sacrées aventures d'envergure.

Stéven Mes partenaires, mes partenaires, les gens qui croient en ce que je fais, qui croient en moi. Ouais, j'ai des partenaires privés, j'ai des mécènes, j'ai des gens qui me suivent depuis un moment, d'autres qui arrivent. et voilà quoi, après, l'argent, il n'est pas forcément dans le sport et puis voilà quoi, après, ce n'est jamais facile puisque c'est un travail à part entière d'aller chercher des partenariats. Là, je vais être incubé dans une agence de talent qui va s'occuper de tout ça pour moi, enfin en partie, qui va essayer de me trouver des partenaires, qui va aussi gérer une partie de ma médiatisation, etc. parce que c'est dur de tout gérer en même temps et puis des fois, c'est lourd quoi, mais ouais, ça fait partie du game quoi.

Loïc Cool. Bah écoute, je mettrai de façon les liens vers ton site, etc. Tout ce qui va bien, comme ça, s'il y a des gens qui sont intéressés pour te suivre et pourquoi pas te soutenir, comme ça, ça sera fait.

Stéven Ouais, c'est gentil.

Loïc Super. Bah écoute, un grand merci Stéphane, on arrive déjà à la fin. Est-ce qu'il y a peut-être, toi, une dernière chose par rapport à tout ce sur quoi on a échangé, un dernier point, tu vois, la phrase du sage que tu aurais envie de partager ?

Stéven Non, je dis toujours de jamais hésiter à aller au bout de ses rêves, que ça soit sur la traversée de l'Himalaya ou Dakar, c'est les choses qui me transportent, moi, les rêves en premier et n'hésitez jamais à les réaliser parce que ça va vous faire faire des choses que vous n'auriez jamais imaginées et vous allez vivre des choses incroyables sur le chemin, du coup, foncez les amis.

Loïc Bah écoute, un grand merci, on retiendra ça, en tout cas, tu nous l'as bien prouvé à travers le récit de ton parcours que j'ai trouvé super inspirant, donc encore une fois, un immense merci d'avoir pris le temps de venir partager tout ça avec nous juste avant le départ pour la Namibie et tout ce qui s'ensuit. je te souhaite du coup tout le meilleur dans cette aventure et puis, pourquoi pas, à une prochaine fois pour nous raconter comment s'est fini le projet 666.

Stéven Ouais, bah ouais, j'espère, j'espère très vite, ouais, moi, c'est toujours difficile quand je pars en XP parce que déjà, je pense évidemment à réussir mais je pense à survivre et puis, ouais, c'est pas évident mais je suis assez confiant.

Loïc Ouais, en tout cas, assez déterminé visiblement donc écoute, on croise les doigts pour toi et on va suivre tout ça avec beaucoup d'attention. Merci à toi. Merci Steven. et à bientôt. Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada

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