Les Frappés Les Frappés
Saison 2 EP·099 Mer #Ironman #Mini Transat #voile

24 janvier 2023

Se préparer pour la Mini Transat ⛵️ avec Sasha Lanièce

Durée · 1h10 · Transcription disponible

Sasha

Le récit

Sasha est une femme exceptionnelle !

À même pas 30 ans, elle a déjà un parcours incroyable :

🎓 Docteur de l'École Normale Supérieure
👩‍💻 Data Scientist à l'Assemblée Nationale
⛵️ Skippeuse sur des courses au large en solitaire
🌎 En pleine préparation pour prendre le départ en septembre 2023 de la Mini Transat

Cet échange a été un énorme boost pour moi grâce à l'énergie débordante, l'humilité exemplaire et l'authenticité attachante de mon invitée !

On a parlé de construction identitaire dans le sport, de la place des femmes dans la voile, de data, mais aussi de comment Sasha se prépare pour affronter les hallucinations auditive (oui ça existe !), le mal de mer 🌊🤢 et globalement comment elle gère les imprévus.

Un échange absolument passionnant qui va vous donner envie de prendre le large j'en suis certain ! Un immense merci Sarah pour ton temps, on se fait un épisode debrief après ta traversée de l'Atlantique 😎

🔎 Le principal partenaire de Sasha est Dagard.

🎙 Les épisodes de podcast auxquels nous avons fait référence sont :
Épisode #49 - Julia Virat - Guide de haute montagne et navigatrice
Épisode #86 - Jérôme Brisebourg & Pierre Legendre - Quand Mer et Montagne se rencontrent
Épisode bonus - Yannick Matejicek - Triathlète, 4e amateur aux Championnats du Monde d'IronMan à Hawaï
Épisode #95 - Aline Clément - Pédaler 4900km pour enchaîner les Tours de France masculin et féminin

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Transcription

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Sasha Quelles sont les sommeils ? C'est sûr que la partie sommeil, c'est un élément clé de la course large, parce que ça impacte directement ta performance et ton mental. La recommandation, c'est de dormir 4h par 24h. En gros, c'est le minimum pour ne pas devenir taré. Je bosse la nuit et je bosse le week-end, il n'y a pas de secret. La Mini, c'est forcément ça.

Loïc Bienvenue sur Les Frappés, le podcast sur le dépassement de soi et l'aventure. Je suis Loïc Blanchard, entrepreneur, coach et préparateur mental certifié. J'ai été pendant plusieurs années sportif de haut niveau en judo, avant de quitter les tatamis pour me consacrer à des sports de plein air comme le triathlon ou partir m'évader sur des treks engagés. Récemment, je suis devenu finisher de la PTL, un ultra-trail de 340 km autour du Mont Blanc, organisé par l'UTMB. Depuis la création des Frappés en 2020, j'ai deux objectifs. Le premier, c'est de vous faire découvrir des univers fascinants qui font rêver. Avec mes invités, on ira naviguer sur toutes les mers du monde. On participera à des expéditions dans les régions polaires ou en Himalaya. On découvrira l'envers du décor de l'entrepreneuriat et du sport de haut niveau et on partira en mission avec des membres des forces spéciales. Le deuxième, c'est de vous aider à croire en vos propres rêves et à passer à l'action grâce au partage de ces invités exceptionnels. On sous-estime largement ce dont on est capable, physiquement ou mentalement, et je suis convaincu qu'une petite conversation peut déboucher sur de grands changements. On a en moyenne 4000 semaines à vivre sur Terre, alors autant les vivre à fond. Cette semaine, j'accueille Sacha Lagnès. Difficile de présenter Sacha de manière succincte. Elle est Data Scientist à l'Assemblée Nationale, elle a obtenu son doctorat en physique et biologie à l'école normale supérieure et elle est skipper sur des courses au large en solitaire. Le genre de pote qui te fait parfois te demander ce que tu fais de ta propre vie. Mais ce que j'ai trouvé fabuleux dans cet échange, c'est son humilité et son authenticité. J'en arrive à penser que la mer et la montagne ont cet effet sur celles et ceux qui évoluent. Impossible de se mentir à soi-même ou de jouer un rôle bien longtemps dans des environnements aussi hostiles. Un échange absolument génial pendant lequel on a parlé de voyages et d'aventures, de la place des femmes en mer, de Data mais aussi de construction identitaire dans le sport. Ce que j'en retiens en un mot, explorer. Sacha incarne cette idée de l'exploration des temps modernes, pas seulement dans le sport mais dans la vie en général. Elle a osé s'écouter, changer de vie, se créer des opportunités et se donner les moyens de vivre ses rêves. C'est possible. Allez, on met les voiles, excellente écoute à vous les frappés. Cet épisode est sponsorisé par Andonora. Andonora, c'est un super concept sportif innovant créé par Lili Andoza de l'épisode 49 qui a traversé l'Atlantique à la rame en 47 jours. Et Teddy Palassi des épisodes 31 et 81 qui est un ex-commando marine. La mission d'Andonora, c'est de rendre le sport en entreprise accessible à tout le monde de manière simple, ludique et ultra personnalisée. Si vous souhaitez par exemple vous lancer sur votre premier semi avec des collègues de travail, Andonora pourrait tout à fait vous créer des parcours spécifiques pour vous permettre de progresser ensemble directement au départ de vos bureaux. Vous savez quelle est la proportion de salariés qui pratiquent du sport en entreprise ? Moins de 1 sur 5. Ce qui est fou, c'est que 80% s'y mettraient si leur entreprise leur proposait des solutions comme Andonora. Et ce n'est pas vous que je vais essayer de convaincre, vous le savez, le sport c'est la vie. Alors si vous pensez qu'Andonora pourrait intéresser votre entreprise, n'hésitez pas à en parler et à visiter leur site internet Andonora.com. C'est E-N-D-O-N-O-R-A.com. Andonora.com. Bienvenue Sacha sur le podcast.

Sasha Bonjour Loïc, merci de me recevoir.

Loïc Avec grand plaisir, grand grand plaisir. Je suis très content qu'on puisse faire cet enregistrement, je vais y arriver moi aussi. Aussi rapidement, merci beaucoup d'avoir répondu présente après mon message, c'est top. Écoute, je suis impatient qu'on puisse échanger sur ton parcours, mais en fait j'ai plutôt l'impression que ce sont tes parcours qu'il faudrait dire. Et ce que je te propose, c'est tout simplement de commencer par te présenter, nous expliquer qui est Sacha, ce que tu fais aujourd'hui, et quelles sont les différentes casquettes avec lesquelles tu jongles.

Sasha Oui, et bien, donc moi aujourd'hui, j'ai 29 ans, j'habite à Lorient, mais j'ai grandi en région parisienne. J'ai fait un parcours assez classique, scientifique, donc prépa, école d'ingénieur. Après, j'ai fait un double master en médecine, parce que je m'intéressais un peu à la santé. J'ai enchaîné avec une thèse en physique où je faisais de la bio dans un laboratoire de chimie. Donc souvent, je dis que je faisais de la biophysique-chimie. Et voilà, et en parallèle, je faisais un petit peu de voile. Et puis à la fin de ma thèse, j'ai décidé d'en faire un peu plus. Au début, c'était l'idée d'un voyage qui a bien changé, qui a bien évolué, et qui ne s'est jamais vraiment terminé, puisque aujourd'hui, j'habite à Lorient, et je fais du bateau de mon quotidien.

Loïc Excellent, Lorient. J'adore cette ville pour plein de raisons. J'ai pas mal d'invités qui sont basés à Lorient. En fait, c'est assez rigolo. Il y a deux typologies d'invités qui sont à Lorient. Tu as les voileux et les voileuses, et tu as les membres des forces spéciales. C'est assez rigolo, tu vois, et qui sont d'ailleurs tout le temps des épisodes, enfin tous les épisodes sont fous, mais j'avoue qu'avec ces deux catégories, on sent souvent la passion, tu vois.

Sasha On se croise beaucoup en mer avec les membres des forces spéciales. C'est vrai ? Quand tu es en train de galérer à faire un empalage sous spi, tu te tampannes au dernier moment, et là tu vois un Zodiac avec que des mecs avec une cagoule noire qui passe à côté de toi. En vrai, c'est marrant.

Loïc Excellent, excellent. Super, alors tu parlais de ta thèse, par curiosité, c'était quoi le sujet ?

Sasha Alors, en gros, le sujet c'était, j'ai fabriqué une petite machine, donc une micro-machine, à l'intérieur de laquelle j'ai fabriqué des morceaux de poumons humains vivants. Et l'idée, c'est que la machine maintenait en vie ces petits morceaux de poumons. Et comme ça, on avait un bout de poumons humains pour faire des expériences. Donc ça peut être tester des médicaments ou tester des particules de pollution comme moi j'ai fait. Voilà, donc l'idée c'était de faire un modèle entre la souris et l'homme pour les chercheurs.

Loïc Wow, et c'est toujours utilisé aujourd'hui ? Ta machine, elle est toujours utilisée ?

Sasha Ouais, alors moi c'est de la recherche, donc on est sur des projets. On est sur des projets qui prennent 10-15 ans à développer et à mettre en production. Moi, j'ai pas fini entièrement la machine, mais j'ai vu il y a un mois que des gens avaient repris mon travail et elle avait fini, donc je suis très contente. Ok, trop bien. Voilà, elle marche. Elle est pas encore commercialisée, mais elle marche.

Loïc Trop bien.

Sasha Ouais.

Loïc Super. Ok, donc déjà dans les études, on voit qu'il y avait des intérêts, je vais pas dire que ça partait dans tous les sens parce que c'est péjoratif, mais en tout cas que t'avais ouvert plusieurs portes déjà assez jeune et t'expliquais donc que la voile à un moment donné, voilà, c'est imposé, qu'il y a eu visiblement de gros changements puisqu'aujourd'hui t'es à Lorient, peut-être une des capitales françaises de la voile. Mondiale, ouais. Carrément, j'avoue qu'on peut même dire mondiale, ouais. Est-ce que tu peux nous en dire un petit peu plus ? Comment est-ce que t'es tombée dans cet univers et qu'est-ce qui t'a, tu vois, qu'est-ce qui fait que ça a pris aussi fortement ?

Sasha Bah, c'est étonnant parce que moi j'ai commencé vraiment par hasard. Dans ma famille, il y avait pas tellement de voileux. Mes parents avaient déjà mis les pieds sur un bateau, voilà, des bateaux des copains, mais c'est très loin d'avoir leur propre bateau, leur propre voilier. Et j'ai fait un stage de voile un peu par hasard quand j'avais 14-15 ans pour m'occuper l'été au Glénan, donc l'école des Glénans. Et donc stage habitable, tu pars en… voilà, c'était la première fois que j'allais se renvoyer et là tu pars une semaine avec des gens de ton âge, tu navigues la nuit, tu pars loin, tu coupes avec le monde et ça a été une vraie révélation pour moi. Et ouais, je me sentais hyper à l'aise en mer, je trouvais que c'était incroyable d'arriver à faire tout ce qu'on faisait, d'aller aussi loin avec juste la force du vent. Il y avait un côté très technique qui me plaît toujours autant, c'est que c'est un sport mécanique, c'est un sport intellectuel et c'est super intéressant d'arriver à faire marcher son bateau et de le faire marcher de façon optimale. Et un truc qui a joué je pense, c'est que le mono, c'était une femme et je pense que ça m'a vachement aidée à me projeter moi dans ce sport-là. Et voilà, c'était la première fois et clairement je suis devenue un petit peu addict. J'ai souvenir d'une nuit, on rentrait de l'archipel des Glénans vers Concarneau, une nuit comme on en fait tant en Bretagne, il faisait grand beau, la pleine lune, on voyait quand même les étoiles, des dauphins, le photoplancton, donc le sillage qui brille, c'était magnifique.

Loïc J'ai l'impression que ce stage des Glénans, c'est un peu une institution, presque le rite de passage pour entrer dans l'univers de la voile. J'entends beaucoup de récits, j'ai vu un reportage il n'y a pas très longtemps sur justement une jeune fille, d'ailleurs c'est marrant parce que je crois qu'elle était étudiante en médecine à Paris, qui débarquait aux Glénans et qui découvrait cet univers et ça avait l'air assez… j'ai pas l'impression que c'est les scouts de la mer.

Sasha C'est exactement ça, oui. Et d'ailleurs ils le disent, le slogan des Glénans c'est « école de voile, école de mer et école de vie » et c'est le signe école de vie, t'apprends à vivre en société, se respecter les uns les autres, faire la vaisselle, faire la popote. Quand t'as 14 ans finalement c'est un truc que tu fais pas autant que tu devrais et donc ça c'est vraiment super.

Loïc Ok, donc super première aventure au Glénans et donc j'ai l'impression que ce qui t'a séduit dans la voile cette notion de finalement quelque part un peu de liberté j'ai l'impression d'entendre, tu vois, de pouvoir partir loin à la seule force du vent mais aussi ce côté technique qui fait peut-être un peu écho à tes études finalement ton parcours assez intellectuel. Ou ici où tu faisais plutôt travailler ton cerveau que tes mains tu vois par rapport à certaines autres professions. Donc super intéressant. Et à quel moment du coup comment est-ce que ça s'est vraiment concrétisé ton… le fait que la voile prenne de plus en plus de place dans ta vie ? Tu parlais d'un projet, moi je suis allé sur ton site donc je sais un petit peu ce qui s'est passé. Mais quel a été le point de bascule ?

Sasha En fait j'ai commencé donc j'ai fait les Glénans tous les étés, j'ai grimpé en niveau, j'ai obtenu mon niveau de chef de bord. J'ai voulu passer mon monitorat parce que j'avais envie… les Glénans c'est des bénévoles qui encadrent. Donc j'avais envie de rendre un peu ce que j'avais reçu. Et en fait ils m'ont dit que j'étais trop jeune et que j'avais pas assez d'expérience. Du coup j'ai navigué un peu, à partir de là j'ai navigué avec des copains. Et en études donc en école d'ingé j'ai commencé à être skipper des croisières étudiantes et des choses comme ça. Et après quand j'ai commencé ma thèse, là j'ai pas navigué mais du tout pendant trois ans. Et c'était hyper dur parce qu'en fait la thèse était hyper prenant, j'avais pas le temps. Et puis quand t'es à Paris, enfin voilà, ça s'organise, ça coûte des sous aussi d'aller louer un bateau avec des potes. Et donc j'ai pas navigué pendant trois ans et quand la thèse s'est finie, j'ai eu l'opportunité de traverser l'Atlantique en voilier. Enorme ! Ouais ! Et j'ai fini en octobre, c'est pile la saison des transettes. J'avais pas eu le temps de préparer ce que je voulais faire après donc j'avais envie de faire une pause, de réfléchir un peu à ce que je voulais faire après la thèse. Et donc ça a commencé comme ça. Et en fait, de fil en aiguille, je me suis dit bah si je traverse l'Atlantique, je pourrais traverser le Pacifique et puis je pourrais aller en Nouvelle-Zélande. Moi j'ai toujours rêvé d'aller voir la Nouvelle-Zélande. Voilà, grosse passion qui est née, je pense, comme beaucoup de gens de mon âge, en regardant le Seigneur des Anneaux. Et voilà, du coup j'avais envie de faire ça. Et comme toujours dans ma vie, j'ai lancé un projet qui ne m'a pas du tout amenée là où je voulais aller, mais qui m'a amenée à un autre endroit qui était tout aussi bien. Et donc, j'ai jamais atteint la Nouvelle-Zélande. Mais j'ai fait six mois de bateau stop parce qu'en fait, j'étais équipière sur un bateau et puis quand le bateau s'arrêtait, je changeais. Donc voilà, j'ai fait un peu du bateau stop. J'ai découvert plusieurs façons de naviguer, des gens de nationalités différentes, des cultures maritimes différentes, des façons de voir la mer. Vraiment, c'était super intéressant. Des bateaux différents aussi et puis des gens plus ou moins croisière et puis même plus ou moins compétition. Et c'est là où j'ai notamment navigué avec un Danois qui s'appelait Alan qui avait un bateau qui était très compète parce que lui, il faisait beaucoup de courses. Et là, j'ai trouvé ça super cool de voir un peu la notion de performance dans la croisière parce que moi, ça n'avait jamais été un sport pour moi. Ça a été un plaisir et je trouvais ça super intéressant. En plus, la partie technique, préparation du bateau, optimisation. Et ça a commencé à me plaire de plus en plus. Et après, après ce voyage, je suis rentrée en France et j'ai commencé à faire mes premières courses justement parce que j'avais mis un pied là-dedans et que j'avais envie de continuer. Et après, ça s'est enchaîné. J'ai fait des courses en muscadet, donc petit bateau en bois. J'ai fait des courses en IRC, donc une catégorie qui mélange plein de bateaux avec un handicap. Comme ça, ça permet à tous les propriétaires de bateaux de naviguer et de courir ensemble, même s'ils ont des bateaux très différents.

Loïc D'accord.

Sasha Donc, j'ai fait ça. J'étais à Saint-Malo parce que je me suis installée à Saint-Malo en rentrant de ce voyage. Et j'ai fait des courses en Angleterre beaucoup, puisque de Saint-Malo, c'est juste en face. Et c'est là où j'ai fait mes premières courses au large. Donc, courses au large, c'est quand tu passes plus d'une journée en mer, une journée et une nuit, même plusieurs jours d'affinée. Et là, la première fois que j'ai dormi en mer en course, là, j'ai su que j'étais à ma place. J'ai fait des nuits du soleil, cette sensation de liberté en même temps, l'intensité, la performance, le côté compète où tu es toujours en train de te battre. Et tu passes la année d'arrivée et tu as fait un match de quatre jours. Et ça, c'est impressionnant. Moi, qui en plus n'étais pas une énorme sportive à l'époque, quand tu t'es battue non-stop en quatre jours sans rien lâcher, la fierté que tu as en arrivant au ponton, même si tu es dernier, on s'en fiche. C'est trop fort comme émotion.

Loïc Ça me fait penser à ce que me disait un des invités que j'ai eu récemment, Yannick Matéjisek, qui est policier la nuit pour pouvoir être triathlète la journée pour s'entraîner. Parce que le triathlon, tu as énormément de… Je pense comme en voile. Tu vois, quand tu pars, tu ne pars pas pour 20 minutes en entraînement. Et il expliquait en fait que… Donc récemment, il a fait les championnats du monde d'Ironman à Hawaï. Wow. Donc la mec absolue du triathlon longue distance. Et il termine quatrième amateur de sa catégorie, 44e au classement général, donc avec les pros. Puisque championnats du monde d'Ironman, tu cours avec les pros. Les amateurs, je veux dire en tant qu'amateurs. Et en fait, ce qu'il expliquait, c'est que quand tu te retrouves sur la ligne de départ ou même pendant l'épreuve et que tu es entouré des meilleurs triathlètes du monde, le combat, il est avant tout finalement contre toi. Et qu'on s'en fout exactement comme tu viens de l'expliquer, que peu importe finalement ton classement, quand tu franchis cette ligne d'arrivée, c'est avant tout un combat contre toi-même finalement que tu as remporté. Donc je trouve ça assez intéressant de voir le parallèle entre deux univers a priori assez loin l'un de l'autre, si ce n'est qu'il y a la mer en commun.

Sasha Oui, et puis le mental, quoi.

Loïc Oui, exactement.

Sasha Je pense que c'est ça qui est hyper gratifiant dans la voile. C'est qu'en fait, quand tu pars, tu ne sais jamais ce que tu vas trouver et tu ne connais pas les obstacles que tu vas devoir surmonter. Que ce soit des problèmes de météo ou des problèmes, ça peut être physique, tu peux te blesser, mentalement tu peux t'effondrer, ça peut être des problèmes techniques aussi. Quand tu as un truc qui casse, il faut réparer hyper vite, trouver une solution. Et en fait, tu pars sans savoir ce contre quoi tu vas te battre. Et en fait, une fois que tu y es, tu es obligé de trouver une solution, surtout quand tu navigues en solitaire. Et quand tu arrives, tu te dis, waouh, j'ai fait tout ça, quoi. Et tu ne pensais pas en être capable. Et ça, c'est hyper gratifiant. Ouais. Mais juste avant. Quand j'étais ado, je pense que c'est aussi un des trucs qui m'a beaucoup plu. C'est qu'en fait, tu prends énormément confiance en toi. À une phase de ta vie où tu as du mal à avoir confiance, tu ne sais pas trop qui t'es, ce que tu veux faire. À l'école, ce n'est pas toujours facile. Et moi, je rentrais des stages avec les noms et c'était un truc qu'on ne pouvait pas m'enlever, quoi. Je me disais, ouais, à l'école, je ne suis peut-être pas la plus populaire. Mais en tout cas, moi, j'ai fait un truc de ouf cet été et je sais le faire. Et je pense que dans ma construction, ça a joué énormément. Ouais.

Loïc On en parlait juste avant de commencer l'enregistrement, tu vois, sur cette construction identitaire à travers le sport. Et je trouve que ce qui est top, c'est justement ce que tu soulignais sur le fait d'apprendre à se débrouiller dans un environnement où tu as tellement de paramètres que tu ne maîtrises pas, tu vois. Parce que tu as des… Je pense que voilà, moi, je suis très content de mon expérience que j'ai eue en judo. Mais ça reste un environnement extrêmement contrôlé, tu vois. C'est-à-dire que tu contrôles ce que tu manges pour… Parce qu'il y a un contrôle sur… Finalement, ça a un impact sur ta pratique puisqu'il y a une notion de gestion de poids. Tu as les prises en judo, tu vois, tout est extrêmement contrôlé. La croyance dans le milieu, tu vois. Enfin, en tout cas, le dicton qui viendrait à priori du Japon, c'est que tant que tu n'as pas répété une prise, un mouvement un million de fois, c'est que tu ne le maîtrises pas, tu vois. Donc, il y a vraiment cette notion de recherche, de la maîtrise parfaite, d'être en contrôle quelque part. Alors que toi, tu vois, la voile, comme mon père nous raconte un peu des histoires aussi, c'est… Finalement, tu ne contrôles rien, quoi. Tu ne contrôles pas la météo, tu ne contrôles pas le conteneur qui est en train de flotter et que tu risques de te manger ou la bouée qui n'est pas… Tu vois, mon père, sur le dernier Figaro qu'il a fait, je crois, il s'est pris une bouée juste après le départ, qui n'était pas… qui était… L'ancrage avait été arraché. Ah oui. Bon, ben, il a plié le bateau au départ, quoi. Ouais. Et ton mât se pète, bon ben, tu vois, tu ne contrôles rien. Donc, je pense que, ouais, je vois bien, quand tu parles de confiance en soi, quand tu es relativement… Enfin, que tu es assez jeune et que tu vis ce type d'expérience et que tu dois apprendre la débrouille et surtout à encaisser l'imprévu, je pense que, ouais, l'impact sur la construction identitaire, il doit être assez balèze, quand même.

Sasha C'est clair. Et après, je pense que dans ce sport, ce qui est intéressant aussi, c'est qu'en fait, on essaye de te contrôler. Et comme tu le dis, il y a énormément de paramètres. Et donc, en fait, c'est une course au contrôle, mais qui est un peu utopique. Donc, ça fait un truc un peu bizarre de… Bah, tu te retrouves avec des marins qui gagnent des courses alors qu'en fait, ils fument comme des pompiers. C'est dans ta tête, tu te dis, un athlète de haut niveau, ce n'est pas possible. Mais bon, il y en a parce qu'ils sont extrêmement forts sur d'autres choses. Après, tu en a qui vont justement essayer de tout contrôler. Mais bon, comme tu le dis, tu peux être le meilleur en tout et te prendre une bouée au départ. Et ouais, en fait, je trouve que c'est ce qui est sympa aussi dans ce sport, c'est comme tous les sports de haut niveau, un environnement qu'il faut contrôler au mieux, dont il faut contrôler tous les paramètres pour assurer une performance. Et en même temps, être complètement conscient que tout ça peut ne servir à rien parce que, comme tu le dis, ça peut casser, tu peux te prendre un objet, te blesser. Et ouais, ça force à une certaine humilité et à prendre du recul et aussi à se dire, on contrôle ce qu'on peut contrôler. Et après, il y a le reste. Et alors là, le reste, il faut savoir improviser.

Loïc C'est quoi toi l'imprévu le plus imprévu que tu n'aies jamais eu en course ?

Sasha Le plus imprévu ? J'ai eu quelques petites casses, mais rien de très grave. Pour moi, alors, ce n'est pas tellement imprévu puisque ça arrive tout le temps, mais c'est quelque chose que j'ai du mal à gérer. J'ai beaucoup le mal de mer. C'est pas vrai. Oui. Et parfois, ça passe. Et parfois, ça met plusieurs jours à partir. Et là, la dernière fois, j'ai fait une course aller-retour aux Açores en solo et à l'aller. Franchement, j'ai eu trois jours à pouvoir manger une pomme pote. Et j'ai vraiment cru que je n'allais pas réussir à manger. C'était la première fois où je n'y arrivais plus. Et à un moment, j'ai eu peur. Je me suis dit, là, si ça ne rentre pas au bout d'un moment, tu vas devoir arrêter. parce que tu veux... Et donc ça, oui, c'était un imprévu un peu compliqué pour moi.

Loïc Mais du coup, tu as le mal de mer quand la mer est agitée ou c'est juste le gîte du bateau ? La gîte en temps normal même qui...

Sasha Non, c'est... Alors, quand la mer est dégueu, c'est sûr que ça vient. Mais souvent, c'est juste le début des courses, deux, trois jours. Donc, comme on fait principalement des courses de deux, trois jours, c'est un petit peu pénible. Parce que souvent, ça veut dire toute la course. Mais ça dépend vraiment des courses. Je pense que plus je navigue d'affilée, plus je suis à mariner. Et quand ça commence à faire deux, trois semaines, souvent, avant les grosses courses, tu as toute une partie où ton bateau est taquet. Il y a un village de courses, d'organisation. Tu dois préparer et tout. Et donc, en fait, tu navigues pas avant les grandes courses. Ça, plus le stress d'une grosse course, souvent, je ne suis pas la seule à vomir sur une ligne de départ.

Loïc Ok. Ah, je ne savais pas du tout. Ok, d'accord. Ok. Et tu vois, tu parlais de ces courses dont tu prends le départ qui durent deux, trois jours. Donc, la majorité, si j'ai bien compris, enfin, ou toutes, c'est en solitaire, c'est ça ? Ouais. Quand tu pars, toi, tu fais du solitaire.

Sasha En mini, on a les deux, solitaire et double. Le double, on en fait beaucoup, en fait, dans les circuits de courses en solitaire. Il y a pas mal de doubles parce que c'est l'occasion d'apprendre auprès d'un coureur. Parce qu'en fait, tant que tu ne vis pas une course avec quelqu'un, tu ne te rends jamais compte de la façon dont il navigue, de l'intensité qui est mise, des choix aussi. Parce que, comme je disais tout à l'heure, il y a beaucoup de paramètres et une grosse partie de la course, c'est confronter un ensemble de paramètres. Quel est le choix optimal que tu vas faire ? Et en fait, ça, en entraînement, tu ne peux pas le simuler. Le simuler, voilà, quand tu choisis, parfois, tu as un vent dominant, un courant dominant, un adversaire à contrôler. Qu'est-ce que tu fais ? Est-ce que tu vas chercher le vent, le courant ? Tu choisis de bloquer l'adversaire ? Et donc, voilà, ça, c'est des choses que si tu veux apprendre de quelqu'un, il faut faire une course ensemble. Donc, ouais, on fait un peu les deux.

Loïc Ok. C'est comme ça que tu as côtoyé Julia en mer ?

Sasha Julia, ouais, on a fait une course ensemble en équipage. On n'a pas fait en double. J'aimerais bien qu'elle fasse une course en double sur mon bateau. Il n'y en a pas tant que ça. Malheureusement, des courses en double. Mais je pense que c'est sûr que j'irai naviguer avec elle. Elle a beaucoup à m'apprendre.

Loïc Julia, yes. Ah là là, Julia, exceptionnelle. Allez écouter l'épisode. Julia Vira qui est guide de haute montagne. Une des, je crois, 40 femmes guides de haute montagne en France sur 1800 guides. Et qui fait aussi de la course au large. Donc, parcours incroyable.

Sasha Rien ne l'arrête. Elle est incroyable.

Loïc Rien ne l'arrête. C'est ça.

Sasha Elle est dingue. Une belle inspiration.

Loïc Une vraie frappée. Ouais. Super. Alors, tu parlais tout à l'heure, juste pour revenir quand même sur ce que tu as évoqué, tu expliquais que tu étais partie six mois en bateau stop. Tu nous as lâché ça comme ça. C'était le voyage classique. Mais tu avais quel âge pour remettre les choses dans le contexte au moment où tu as fait ça ?

Sasha J'avais 25 ans.

Loïc 25 ans. Ah ouais. Ok, d'accord. Et donc, le bateau stop, comment ça se passe en fait ? Tu as des circuits. C'est-à-dire que tu sais dans quel port te rendre pour potentiellement trouver des gens qui continuent plus loin. Enfin, comment ça s'organise un trip en bateau stop ?

Sasha En fait, tu as une période de transatlantique qui s'étend à peu près d'octobre à fin janvier. Et c'est la période où les vents sont dominants pour traverser l'Atlantique. Donc, les courses sont à ce moment-là. Et aussi, les gens qui font du bateau, les gens qui, quand même, il y en a un paquet, veulent faire un tour du monde, se sont acheter un bateau pour la retraite ou un voyage en famille, traversent à ce moment-là. Et du coup, il y en a beaucoup pour les grosses traversées, notamment traversées de l'Atlantique, qui cherchent des équipiers. Parce que, comme il faut maintenir le car, si tu es deux, c'est crevant. C'est difficile de faire des cars depuis trois heures. Donc, il faut se relayer. Et du coup, souvent, ils embarquent des gens. Et le deal, c'est qu'on t'embarque et en échange, tu fais les cars et tu aides à bien gérer le bateau. Et du coup, en fait, tu trouves quand même pas mal de gens qui traversent à ce moment-là. Et tu trouves des places. Tu as des sites, des bourses aux équipiers, qui permettent de trouver ça. D'ailleurs, s'il y a des filles qui écoutent ce podcast, il y a aussi des sites qui recensent les capitaines avec lesquels il ne faut pas aller. Donc, oui. Oui, oui, oui. C'est un vrai sujet. Donc, il faut être assez vigilant là-dessus. Mais en tout cas, ça peut très bien se passer. Et il y a des équipages qui sont super. Donc, oui. Notamment, tu pars du Portugal, des Canaries. Souvent, les Transats parlent des Canaries ou du Cap Vert. Et là, il y a toujours des bateaux qui partent.

Loïc Et en termes d'expérience en mer, tu dirais qu'il faut être à quel niveau pour pouvoir être un équipier ou une équipière ? Pertinente ou qui... Oui. Pour apprécier l'expérience, tout simplement.

Sasha Ben, c'est étonnant, mais il y a un peu de tout. Moi, je pense qu'il faut avoir fait au moins... Souvent, quand les gens me demandent, je recommande une semaine de stage au Glénan. Mais voilà, au moins un stage, au moins une semaine en mer avant pour déjà voir si on n'a pas le mal de mer en continu. Parce que ça, c'est quand même un moment où on va passer. On va voir si on est à l'aise. Il y a une notion de promiscuité qui est quand même assez importante. De confort aussi. Clairement, tu ne vas pas prendre une douche tous les jours pendant ton voyage. Ni tous les deux jours. Donc voilà, tu cuisines un peu à l'arrache. Le confort, ce n'est pas dingue. Donc, il faut quand même s'y préparer avant de se retrouver sur un bateau qui est... Parce qu'une fois que tu es parti, tu es parti. Il n'y a pas de retour en arrière. On ne va pas contre le vent juste parce que toi, tu n'es pas confortable. Donc voilà, je pense qu'il faut s'y préparer. Après, paradoxalement, moi, j'avais plutôt un bon niveau quand je l'ai fait. Et en fait, ça a fait que je voyais les limites des bateaux et des skippers. Et que parfois, je n'étais pas en confiance. Alors que des gens que j'ai vus autour de moi qui ne savaient pas du tout naviguer, ne se rendaient pas du tout compte qu'ils étaient sur une épave avec un capitaine incompétent. Et donc, ils ont traversé en toute tranquillité. Et tant mieux pour eux. Mais moi, ça a été un peu plus dur justement pour ça. Ok.

Loïc D'accord. Ok. C'est tout le paradoxe de connaître et de maîtriser un environnement versus ne pas se rendre compte du type d'aventure dans laquelle on s'embarque. Oui. Hyper intéressant.

Sasha Mais parfois, il faut être un peu innocent et naïf, je pense, pour se lancer dans des grandes aventures. Donc, voilà quoi.

Loïc Et donc, les six mois, ça a été départ de France, arriver au Canary-Cap-Vert et la Transat et le retour, c'est ça ?

Sasha Non. Alors, du coup, j'ai fait un bout en France après Espagne, Portugal, Maroc, Canary. C'était la première partie du voyage. Et là, je devais traverser. Petit problème de skipper, on va dire. Donc, j'ai quitté le bateau sur lequel je devais traverser. Et là, en fait, entre temps, sur un site, j'avais trouvé un capitaine au Panama qui m'attendait parce qu'après, j'avais prévu de traverser le Pacifique. Et donc, ça s'était timé. J'avais le temps. En plus, tout était calculé. J'allais passer Noël en Martinique avec ma famille parce que ma mère vient de là-bas. Puis ensuite, rejoindre l'autre bateau et puis traverser. Et en fait, la Transat est tombée à l'eau, si je puis dire. Et moi, j'avais cherché plusieurs capitaines. J'avais déjà eu d'autres mauvaises expériences. Donc, je me suis dit, le gars du Panama, il a l'air assez fiable et il a l'air raisonnable. Je vais traverser avec lui. Et en fait, je suis allée là-bas. J'ai quand même passé deux mois et demi là-bas. On a traversé le canal de Panama. C'était une expérience quand même assez incroyable. Après, on est resté un petit peu dans des îles désertes qui s'appellent les Perlas, qui sont côté pacifique du Panama. Et ensuite, on a traversé vers les Galapagos. Donc, ça, ça prend à peu près 15 jours. Et au Galapagos, il y avait quand même des petits soucis avec le capitaine et d'un commun accord, tout l'équipage avait décidé de partir. Donc, le voyage s'arrêtait là parce qu'en fait, au Galapagos, c'est une réserve protégée. Donc, il faut un permis pour y aller. Il faut payer assez cher. Et donc, il n'y a pas tellement... Les bateaux qui traversent ne s'arrêtent pas au Galapagos. C'est assez rare. Et du coup, là-bas, il y avait deux autres bateaux. Donc, une fois que tu allais voir les deux en disant, est-ce que vous voulez m'emmener ? Et qu'ils ont dit, bah non, on ne prend personne. Le voyage s'arrête, quoi. Donc, j'ai pris la décision d'entrer en France. J'avais honnêtement plus trop d'argent à ce moment-là. Et j'avais trop peur de me relancer dans une mauvaise expérience. Et voilà. Donc, du coup, le voyage s'arrêtait là et je n'ai pas fait ma transat. Et du coup, c'est pour ça que... Bah après, je me suis dit que j'allais la faire.

Loïc Et bah oui.

Sasha Toujours à la recherche de cette transat. Ça fait trois ans maintenant.

Loïc Mais ok. Ok. Donc, c'est quand même à monnaie courante. J'ai l'impression qu'il y a des petits problèmes... Enfin, tu me diras, c'est peut-être normal. C'est des aventures assez engagées quand même. Une fois que tu es parti, bah compliqué de faire marche arrière. Et puis, l'humain reste l'humain. Donc, t'as pas eu de bol ou c'est un vrai sujet ? Les deux, je pense. Ce type de mauvaise rencontre que t'as vécu ?

Sasha Je pense qu'il y a beaucoup de mauvaises rencontres. Pas forcément des gens très méchants. Mais c'est juste que t'as beaucoup d'hommes seuls sur des bateaux depuis longtemps. Et du coup, bah mine de rien, quand tu reçois des équipiers, ces gens vivent à bord de leurs bateaux. Donc, tu reçois des gens dans ton intimité. Et voilà, c'est un peu le cliché du vieux célibataire endurci. Mais en fait, quand t'as l'habitude d'avoir ta vie, puis t'as des inconnus qui débarquent, qui s'installent aussi, c'est pas toujours facile à gérer. Il y a beaucoup de gens qui boivent aussi. Et en mer, c'est pas toujours rassurant. Voilà. Et puis après, il y a des problèmes un peu de sexisme, quand même, dans la voile, qui font que c'est pas idéal d'être une femme seule sur un bateau avec un capitaine que tu connais pas.

Loïc Ouais.

Sasha Donc, il y a un peu tout. Après, il y a plein de gens qui ont fait du bateau stuff, qui ont eu des super expériences. Voilà. Il faut trouver, il faut se renseigner. Ça se fait, mais il faut être prudent. Discuter avant avec les gens, se renseigner.

Loïc Moi, je lisais sur ton site, tu partages… Il y a une partie de ton site où tu expliques que t'es aussi engagé pour la mixité professionnelle. Et tu partages une stat. Alors, j'étais pas du tout au courant. Je pense que je voyais… Enfin, tu vois à peu près que dans le monde de la voile, il y a… Tu vois, le chiffre de 6% de femmes dans la course au large. J'aurais plutôt… Spontanément, tu m'aurais demandé, je t'aurais dit « Ah, c'est peut-être un 40-50 », tu vois.

Sasha Ah ouais.

Loïc Ouais, parce que je pense que comme j'ai rencontré, tu vois, j'ai rencontré Julia… Ouais. Enfin, j'ai pas mal discuté avec d'autres filles qui font de la voile, mais je pensais pas que c'était aussi faible que ça, quand même. Enfin, c'est quand même dingue. C'est finalement du même niveau, voire peut-être même… Je pense que les guides de haute montagne, ça doit être pire encore. Ça fait combien de temps ? Ah oui. Ouais, ça fait du 2%. Ah oui. Donc, ouais. Tu penses que c'est lié à quoi ? C'est de l'auto… De l'auto censure, de l'auto…

Sasha Il y a un peu de…

Loïc Enfin, des croix-en-sémitantes chez les femmes ou il y a carrément des barrières ?

Sasha Il y a les deux. En fait, moi, je l'ai vécu quand j'ai commencé à faire de la course. J'ai cherché un équipage. Et vraiment, en 2019, les gens me disaient « on prend pas de femmes à bord. » Point. Vraiment, c'était… Ah oui, carrément. C'est comme ça. Et limite, c'est étonnant que t'aies posé la question « enfin non, on prend pas de femmes à bord ». Et vraiment, j'ai galéré pour trouver un bateau pour aller naviguer au début. Donc, il y a quand même un peu de ça. Après, il y a beaucoup de gens qui ont peur en fait parce que, notamment en course, t'as zéro confort. Et voilà, c'est vrai que si t'as une femme, ça peut être des mecs aussi. Mais quelqu'un qui a vraiment besoin de son confort, ça peut être un peu compliqué à gérer. Je pense qu'il y a beaucoup d'hommes qui ont peur de ça. Et après, il y en a qui veulent pas parce qu'ils pensent que ça fait des histoires, que c'est compliqué d'avoir une femme. J'ai envie de dire, le problème dans ce cas-là, c'est plutôt les hommes qui savent pas se tenir. Mais bon, ça c'est difficile de leur faire entendre. Et donc, il y a cette partie-là. Et pourtant, tous les hommes qui ont navigué avec des femmes me disent que l'ambiance est carrément plus sympa. Que ça enlève une pression, que ça détend l'atmosphère, que c'est plus dans l'échange, la communication. Donc vraiment, tous me disent « maintenant, j'ai du mal à naviguer qu'entre hommes ». Et donc ça, c'est un petit plaisir. Parce que voilà, je sais qu'on apporte des choses. Mais après, il y a aussi de l'autocensure. Ça, c'est évident. Moi, je le vois autour de moi. Donc moi, je cours en mini, c'est 50. Et les filles qui sont là sont bien plus qualifiées que les garçons. Enfin, pas que tous, mais que certains garçons. Parce qu'en fait, nous, on va se poser mille fois la question, vérifier qu'on est au niveau, faire des stages à répétition, naviguer avec d'autres gens avant, tester, avant de franchir le pas. Alors que parfois, je veux des mecs, franchement, ils débarquent de la lune quoi. Et ils ne se sont pas du tout posé la question d'est-ce qu'ils pouvaient le faire ou pas. Et tant mieux pour eux. Ils ont sauté le pas comme ça. Mais oui, il y a une partie d'autocensure, c'est évident. Et après, dans l'évolution de ces projets-là, comme les projets de course au large, ça demande un investissement financier énorme. Il y a aussi le truc que tu montes une boîte, tu lèves des fonds. Et, alors ça, je ne sais pas pourquoi, parce que tous les chiffres montrent que c'est idiot, mais les banquiers prêtent moins facilement aux femmes qu'aux hommes. Donc pour monter une entreprise, c'est plus dur. Alors que tous mes comptables m'ont dit, c'est beaucoup plus agréable de gérer la compta d'une femme, c'est beaucoup plus mesuré. Enfin voilà. Alors c'est des clichés encore. Mais en tout cas, c'est vrai que les femmes ont plus de mal à lever des fonds. Et du coup, pour continuer après dans les grandes catégories, quand il faut lever plusieurs millions d'euros pour faire de l'IMOCA ou de l'Ultime, c'est sûr que c'est difficile d'avoir des femmes. Et d'ailleurs, en Ultime, on a 0% de femmes. Ah oui. Ouais. Après, il y a 5 Ultime. Donc voilà. Chiffre à prendre avec des pincettes. Mais c'est comme ça, en IMOCA, il n'y en a pas énormément non plus. Et là, sur la route de Rome, sur 138 skippers, on avait 7 femmes. C'est ridicule.

Loïc Ah ouais, c'est ouf. Ouais. Ouf. C'est quand même hallucinant, tu vois. Plus je rencontre d'invités, plus… Moi, je viens d'une famille, j'ai des petites sœurs. Donc j'avais toujours un peu… Enfin voilà, j'ai grandi avec des filles mêlant des femmes. Donc je pense que déjà, tu vois, peut-être un peu un biais où je me rends moins compte de ça, parce que… En fait, c'est moi qui suis en minorité, tu vois, dans la famille. Mais en fait, plus je rencontre des invités, plus je me rends compte que tu as quand même encore des trucs hallucinants qui existent. Tu vois, par exemple, le décathlon… Je ne sais pas si tu savais ça. Le décathlon est interdit aux femmes. Aujourd'hui… Ah ouais ? Tu ne peux pas être athlète de haut niveau en décathlon quand tu es une femme.

Sasha Je ne savais pas.

Loïc Oui, c'est pour ça que l'heptathlon… L'heptathlon, en revanche, c'est réservé aux femmes.

Sasha Ok.

Loïc Pourquoi ? Tu vois, mais… Alors… Aucune idée. Mais l'heptathlon, c'est une épreuve féminine. Donc, complètement dingue. Et tu as des trucs du genre… Tu vois, j'ai eu plusieurs invités sportifs de haut niveau. Une en Escrime, qui est en équipe de France d'Escrime, qui m'expliquait que quand tu n'es pas… Alors, bon, là, je ne sais pas si c'est spécifique aux femmes, mais… Mais qu'il y avait des vrais sujets, tu vois, par rapport au coût, que quand tu n'es pas la meilleure en équipe de France d'Escrime, globalement, c'est toi qui paye tes déplacements, etc. Et même chose du côté… Alors, c'était l'équipe de France de Kitesurf, de Kitefoil, où elle m'expliquait que les hommes avaient globalement du matos gratos, avec les sponsors, mais que du côté des femmes, il fallait qu'elles se payent leur matos, tu vois. Et j'avoue que du coup, tu vois, plus… Là, ça fait maintenant deux ans que j'ai le podcast, où je me dis, mais en fait… Non, mais il y a quand même un vrai sujet, tu vois. Moi, des fois, je me disais, bon, est-ce qu'on en parle trop ? Est-ce que c'est vrai ? Enfin, est-ce que c'est vrai ? Tu te dis toujours, est-ce qu'il y a un effet, tu vois, est-ce que c'est amplifié ? Mais en fait, tu te rends compte qu'il y a quand même des dingueries absolues, quoi. Des dingueries absolues, tu vois. Des athlètes féminines qui doivent se payer les trucs de leur poche alors qu'elles représentent la France, ce qui n'est pas le cas du côté des hommes, tu vois. Ou Julia, tu vois, guide de haute montagne, elles sont 40 en France sur 1800 guides. Tu vois, c'est quand même… enfin, c'est hallucinant, quoi. Et toi, ce que tu expliques, tu vois, 8 skipeuses sur 138, t'as dit, c'est ça ? Ouais. Ouais, c'est pareil, c'est… donc, ouais, étonnant.

Sasha Ouais, il y a du chemin encore à parcourir.

Loïc Ouais, il y a du chemin. Mais c'est pour ça que tu vois que c'est top d'échanger avec des femmes comme toi engagées, de nouvelles générations, qui montrent que c'est possible de faire des trucs complètement fous en mer, et d'être une femme, et que c'est… enfin, c'est juste… Ouais. Tu vois, je sais jamais dans les échanges, du coup, est-ce qu'on parle du sujet ou pas, parce que pour moi, ça me paraît tellement… tu vois, mes sœurs, elles font plein de trucs, j'ai une sœur qui est en équipe de France de judo, d'autres qui font du basket, enfin… pour moi, je me dis, bon, bah en fait, je me pose même pas la question, tu vois, mais du coup, il y a un peu cet effet, ma réalité versus la réalité des femmes avec qui je parle pour le podcast, où je me dis, ah ouais, en fait, non, il y a un sujet, quoi.

Sasha Ouais, ouais, c'est sûr. C'est sûr, et je pense que la voile, c'est un super sport, la course au large, pour parler de ça, parce qu'il n'y a pas de classement hommes-femmes. On est tous classés au même classement, et ça, c'est super, parce qu'en fait, cette année, en mini, dans ma catégorie, je crois que toutes les courses ont été gagnées par une femme. Je réfléchis, mais ouais. Et voilà, il y a toujours une femme sur le podium. Ça, je trouve que c'est un super exemple à montrer aux jeunes qui suivent l'aventure, que voilà, on se bat différemment, certes, parce que c'est sûr que les hommes et les femmes ne courent pas du tout pareil, mais au final, le résultat est là, et c'est ça qui est intéressant. Et je trouve un beau parallèle à faire avec la vie professionnelle, ou quelle que soit ta façon de faire, du moment que le résultat est là, ta place est méritée. Et il ne faut pas s'auto-censurer, il faut y aller, et parfois, il faut y aller fort, parce que les mecs à côté, ils n'hésitent pas, et nous, on hésite trop. Mais ouais, vas-y, et en fait, ça se passe super bien. Il n'y a aucun souci là-dessus.

Loïc C'est clair. Et tu vois, il y a une de ces croyances qu'on entend souvent, j'ai l'impression, c'est le côté, ah oui, mais physiquement, les femmes font moins, etc. OK, certes, peut-être qu'en termes de puissance, tu vois, effectivement, il y a des différences physiologiques, mais en termes d'endurance, tu vois, je pense à une athlète en particulier, alors je ne sais pas si tu la connais, mais elle s'appelle Courtney DeWalter, elle est américaine, elle fait de l'ultra trail, et il n'y a pas très longtemps, donc c'est une des meilleures au monde, il n'y a pas très longtemps, elle a fait un, donc un, un 200, attends, un 280 miles. Donc c'est une dinguerie, tu vois, ça fait, je ne sais pas, 400 bornes, je pense, un truc comme ça. 400 kilomètres, qu'elle a gagné, et elle est arrivée 10 heures devant le deuxième. Yes. C'est un truc, enfin, tu vois, 10 heures devant le deuxième, c'est pas une heure, deux heures, tu vois, 10 heures devant le deuxième, donc c'est quand même un truc de fou. Et là, il n'y a pas longtemps, j'ai changé, j'ai fait un épisode avec une femme qui est déjà sortie d'ailleurs, qui a fait, Aline, Aline Clément, qui a fait le Tour de France masculin, en amateur, donc un jour devant les gars, et elle a enchaîné avec, cette année là, en 2022, il y a eu pour la première fois, enfin pour la première fois, oui, ils ont recréé le Tour de France féminin qui existait avant. Donc là, ils ont recréé le Tour de France féminin, les hommes, c'est 21 étapes, les femmes, ils ont fait un tour qui faisait 8 étapes, donc beaucoup plus petits. Bref. Donc elle a fait, elle, elle s'est dit, ben tu sais quoi, je vais faire les deux en fait, pour leur montrer que c'est possible. Donc elle a fait, elle a fait la plupart des étapes du Tour de France masculin, elle a fait les transitions à vélo, puisque en fait, les coureurs du Tour, tu sais, ils vont d'une ville à une ville, ils ont un jour de repos, ils prennent le bus, ils vont au départ de la ville suivante. Elle, elle a tout fait à vélo, et elle a enchaîné avec le Tour de France féminin. Donc en tout, elle s'est fait 4900 bornes en 24 jours, et elle est au bout, tu vois. Et son message, c'était, ben en fait, voilà, c'est possible. Il y a pas de sujet de, les femmes peuvent pas faire du vélo, elles ont pas le physique, elles ont pas l'endurance. Non, il y a pas de sujet. Ouais.

Sasha C'est dingue qu'on doit encore prouver ça, quoi.

Loïc Ouais, non mais c'est clair, c'est clair. Mais tu parlais, tu vois, c'est une super transition, tu parlais de, justement, du fait qu'il y a des enseignements à tirer de ce constat dans le monde sportif, et à appliquer dans le monde pro. Toi, dans le monde pro, donc aujourd'hui, si je me trompe pas, tu travailles comme data analyst à l'Assemblée, c'est ça ?

Sasha Ouais, data scientist, mais oui. Data scientist. C'est ça.

Loïc Et donc, ça consiste en quoi, ton job ?

Sasha Il y a deux parties dans mon job. Donc, moi, je suis dans une équipe de l'Assemblée nationale qui aide les députés à chiffrer l'impact de leurs amendements. Et donc ça, les deux parties, c'est transformer la loi en un code informatique pour pouvoir faire des calculs. Donc, c'est créer un modèle, un simulateur de la loi. Et l'autre partie, c'est analyser des données. Donc, typiquement, ça va être les déclarations d'impôt des Français, les déclarations des entreprises. Voilà. Et j'analyse ces données et j'essaye de construire un échantillon qui représente la population pour qu'on puisse ensuite faire des calculs directement sur cet échantillon et arriver à prédire ce qui va se passer si tel ou tel amendement est voté.

Loïc Waouh. Ok. Donc, tu baignes dans les chiffres. Exactement.

Sasha Et ça, c'est un truc qu'on s'est battu pour que ce soit open source. Donc, tous les citoyens peuvent y accéder. Ça s'appelle leximpact.an.fr. Et en fait, dessus, on peut soit simuler sa propre situation, voir les lois qui sont en train d'être votées, ce que ça va changer pour nous. Et puis, on peut proposer des amendements. Enfin, on peut essayer et simuler. Si on voit, par exemple, notre député qui veut faire voter quelque chose, on peut aller voir si effectivement on trouve ça intéressant ou pas.

Loïc Ok. Voilà. Voilà à tous. Excellent. Ça, c'est un autre constat que je fais. Alors, je ne sais pas si c'est représentatif, mais en tout cas, la plupart des invités que j'ai eus qui sont dans la voile, il y a quand même beaucoup de profils ingénieurs, matheux, des gens qui aiment bien être dans les chiffres, enfin assez intellectuels finalement.

Sasha C'est un sport qui est très, très intellectuel et où il y a vraiment besoin. Franchement, être ingénieur, c'est presque un prérequis maintenant pour faire de la voile. Parce qu'il y a toute la partie thermodynamique, donc l'analyse de la météo, des fluides, des masses d'air, des courants, ça qui est hyper important à comprendre et bien en avoir l'intuition. Il y a la partie technique-mécanique du bateau, savoir réparer des pièces mécaniques, des voiles, de l'électronique. Et après, il y a toute la partie calcul-stratégie. Voilà, si le vent tourne de temps, par où je vais, quel angle je prends pour optimiser ma vitesse, comment je me place par rapport aux autres, choisir les moments où tu viens de bord, où tu vas empanner, tout ça, c'est des calculs aussi. Donc, il faut arriver à faire plutôt bien, même en étant extrêmement fatigué. Donc, finalement, c'est plutôt pas mal d'être un peu matheux pour faire ce genre de choses. Parce que parfois, en course, tu te retrouves à devoir soustraire deux angles. Et alors là, ça peut te prendre dix minutes parce que tu es complètement cramé. Et tu ne peux pas se planter. Donc, c'est une partie importante du boulot.

Loïc Et ça a toujours été le cas, ça ? Mon père, c'était le cas, il était plutôt matheux. Mais les générations un peu plus anciennes de skippers, c'était aussi des gens...

Sasha Non, c'était plutôt des vieux loups de mer un peu. Des gens qui avaient baigné là-dedans depuis très jeune, qui en fait faisaient la même chose, mais par intuition.

Loïc Par intuition, oui, c'est ça.

Sasha Et d'ailleurs, on voit, il y a eu un grand shift parce qu'en fait, la course au large, ça s'est extrêmement professionnalisé. À une époque, on n'en vivait pas du tout. Maintenant, on en vit. Il y a tout un système de gestion de sponsors, de partenaires qui financent les projets et du coup, qu'il n'y avait pas avant. Et d'un côté, c'est génial parce que ça permet... La voile, elle a explosé à Lorient. Le nombre de bateaux, franchement, le nombre de centaines de millions d'euros qui défilent à Lorient juste pour les bateaux. Et c'est pour le sport en général. Ce n'est pas pour les skippers. On n'est pas des footballeux. Mais du coup, c'est impressionnant. Il y a vraiment un écosystème. Il y a des boîtes qui sont créées derrière, qui développent des nouveaux produits. Ça fait évoluer la recherche parce qu'on est à la limite de la performance. Il y a beaucoup de recherches et de développement sur des matériaux, sur des capteurs, sur des algorithmes, des analyses, même des maths pures pour analyser. Sur certains bateaux, il y a des gens qui développent des algorithmes pour analyser la performance autour d'un foil, les couches limites, des choses comme ça. Donc, oui, ça, c'est assez impressionnant. Et en fait, ça a fait que les marins aussi se sont retrouvés un peu plus ingénieurs et un peu plus techniques à suivre le développement de bateaux qui sont de plus en plus compliqués. Donc, il faut arriver. Le challenge, c'est toujours pouvoir réparer son bateau quand tu es tout seul en mer. Et si le bateau est très compliqué, il faut suivre derrière.

Loïc Oui. Ok. Comment tu fais pour gérer, pour rester lucide et être capable de prendre des décisions qui concernent un matériel très complexe dans un environnement de course avec de multiples paramètres ? Quand tu as la fatigue qui s'installe, tu disais que tu pars pour des courses de 3-4 jours. Quand tu es en solo, j'imagine que tu dors très peu, voire pas du tout au début. Donc, comment tu l'abordes ce point-là ?

Sasha C'est sûr que la partie sommeil, c'est un élément clé de la course large parce que ça impacte directement ta performance et ton mental. La recommandation, c'est de dormir 4 heures par 24 heures. En gros, c'est le minimum pour ne pas devenir taré.

Loïc Ok.

Sasha Donc, voilà. 4 heures par 24 heures, c'est vraiment le minimum pour que ça se passe à peu près bien. Et l'idéal, c'est de dormir 6-8 heures.

Loïc Ah ouais, quand même ! D'accord.

Sasha Si tu peux. Et en fait, on dort par tranche de 20 minutes, entre 14 et 20 minutes. Et donc, tu dors une tranche, tu te lèves, tu vérifies que tout va bien autour, tu re-regues ton bateau, tu vérifies que tu n'es pas en train de foncer ni sur les cailloux ni sur des voisins. Et après, tu te recouches 15-20 minutes. Et ça, ça fait un petit cycle de sommeil. Et après, tu vas recommencer un peu plus tard dans ta journée ou dans ta nuit. Et l'idée, c'est d'enchaîner dès que tu peux des siestes. Et d'ailleurs, nous, on dit toujours, en fait, ta course, c'est l'enchaînement de régler ton bateau, choisir ta stratégie et ensuite te reposer. Donc, tu ranges ton bateau, tu manges et tu dors. Et tu fais que ça. Et tu fais ça en boucle, en boucle, en boucle. Et dès que tu peux, tu vas dormir. Et sachant que quand tu dors, forcément, tu vas toujours un peu moins vite que si tu étais en train de régler en continu. Donc, voilà, c'est tout un compromis. Savoir quand dormir. Au bon moment, il y a des moments, si tu attends une bascule de vent, par exemple, tu ne peux pas dormir. Parce que dès que le vent tourne, il faut que tu changes de voile. Donc, voilà, il faut arriver à anticiper les moments où on va se coucher et ne jamais se retrouver dans le rouge. En fait, tu commences à avoir des hallucinations d'abord auditives puis visuelles. Et si tu arrives aux hallucinations visuelles, c'est que tu as très mal géré ton sommeil. Et c'est là où tu fais des très mauvais choix, d'ailleurs.

Loïc Ah, tu as les... Ah punaise, je ne savais pas du tout ça. OK. Parce que j'allais te demander, tu vois, quels indicateurs tu as, qu'est-ce que tu surveilles pour finalement te décider à un moment donné que là, il faut absolument que je dorme. Donc, apparemment, c'est les hallucinations. Par contre, je ne savais pas qu'il y avait des hallucinations auditives.

Sasha Si. En fait, on oublie souvent, mais on est quand même dans un environnement qui fait énormément de bruit. Parce que tu as le vent en continu, le bateau, il fait du bruit, la coque, elle fait du bruit. Il faudrait mesurer le nombre de décibels, mais c'est quand même assez costaud. Et du coup, dans ce brouhaha continu, parfois, tu vas avoir un bruit en plus. Et moi, je mets souvent du temps à m'en rendre compte. Moi, c'est simple, j'entends une alarme de sèche-linge. Celui de ma maman. Merci, maman. Et donc, je l'entends sonner. Et au bout d'un moment, je me dis, tiens, c'est marrant, il y a quand même un bip bizarre. Et puis après, je me dis, bah non, en fait, il n'y a pas de bip sur mon bateau. Et là, je suis à 200 kilomètres de la terre. Donc, clairement, il faut aller dormir.

Loïc Ok.

Sasha Ouais, les gens entendent d'autres choses. On a un pilote auto, le vérin fait un peu de bruit. C'est à l'intérieur du bateau, donc c'est sous le cockpit. Et pareil, c'est un bruit un peu de fond. Et donc souvent, mes concurrents me disent qu'ils ont l'impression qu'ils entendent des gens discuter à l'intérieur du bateau. Et en fait, c'est le pilote. Et voilà. Et puis comme tu es crevé, ça se fait un peu dans ta tête. Et tu mets du temps à te rendre compte. Voilà, parfois, tu vas dire par exemple, tu te dis, bah tiens, à ton coéquipier, tu te dis, je te laisse la barre et je vais me coucher. Et en fait, c'est au bout de 10 minutes de sommeil que tu te rends compte que tu n'as pas de coéquipier. Et il n'y a personne, quoi.

Loïc Ah ouais. Et là, ça peut devenir craignos. Ouais, c'est clair. Si tu crois que tu arrives à quai et que tu descends pour amarrer le bateau et qu'en fait, tu es à 300 bornes des côtes, ça peut être un peu compliqué. Ok. Et surtout que l'audio, tu vois, moi, j'ai eu des hallucinations sur une course, enfin une course, un ultra trail, pas une course comme toi, cet été. Mais c'était du visuel et je trouve, bah, tu vois, le visuel, c'est facile. Parce qu'en fait, quand tu te rends compte que tu hallucines, généralement, c'est des trucs tellement délirants que c'est immédiat, tu vois. Moi, je voyais un porte-monnaie en forme de grenouille qui faisait 4 mètres par 3 en plein jour. Bon, tout de suite, je me suis dit, bon, il faut que je dorme, tu vois. Mais l'audio, c'est effectivement, surtout quand tu es dans un environnement où il y a du bruit en permanence, ça va être vachement galère à identifier.

Sasha Ouais, tu mets du temps. Mais même le visuel, souvent, ça va être… On a des voiles sur le pont qui sont prêtes à être envoyées, ça fait une petite masse. Et en fait, parfois, tu te rends compte que depuis un moment, tu sais que cette masse, c'est une personne allongée, tu vois. Et ça fait un moment que dans ta tête, c'est ça. C'est une personne qui est allongée. Et en fait, tu te rends compte parce que, je ne sais pas, il y a une vague qui passe sur le pont et tu dis, ah merde, elle va être mouillée. Et là, tu dis, bah non, attends, c'est pas une personne. Ah merde, il faut que j'aille dormir.

Loïc Ouais, ça met un peu du temps à arriver.

Sasha Ouais, moi, je vois des objets rouges. C'est mon truc. Ah ouais ? Je vois des objets sur l'eau et quand c'est des bouées ou du plastique, je me dis, mais c'est vraiment une bouée. Et puis, quand je commence à avoir des petites maisons, des lutins et tout, là, je sais que…

Loïc Oh, je ne sais pas. Ok. Et côté nutrition, comment ça se passe en course ? Donc, tu disais qu'il y a une fois, bon, tu as eu du mal visiblement sur 3-4 jours, mais en temps normal, c'est quoi ton rythme, tes astuces pour rester hydraté et mourir correctement ?

Sasha Bah, on doit manger beaucoup parce qu'en fait, même si tu es assis sur tes fesses à rien faire, tu es toujours en train de gainer pour suivre les vagues et tout. Tu as le bruit qui fatigue, le froid, tu déshydrates beaucoup avec le vent. Donc, en fait, même dans les moments où il ne se passe rien, tu perds énormément d'énergie. Donc, on mange vraiment, vraiment beaucoup de calories, presque le double de ce que mangerait une personne normale. Ah oui. Et pour ça… Donc, moi, mon astuce, c'est que j'ai des sacs à la journée où j'ai calculé le nombre de calories. En général, je fais un repas avec de la viande, un repas végétarien, et un petit déj et des snacks. Et je me force à manger l'entierté du sac dans une journée. Je n'y arrive pas toujours parce que c'est quand même… c'est une portion monumentale, quoi. Moi, je dis souvent en rigolo, mais c'est vrai, dans un plat… Donc, c'est des plats spécifiques qui sont lyophilisés. Donc, c'est des plats sportifs avec beaucoup de calories. Et dans un plat avec de la viande, j'ai ce que je mange en viande en un mois à terre, quoi. C'est vraiment… C'est vraiment costaud. Mais c'est super important d'être bien nourri et notamment de faire attention à ce que tu manges, à quel moment. Parce qu'en fait, ça joue sur ton sommeil. Si c'est un moment où… Typiquement, quand il commence à faire nuit, ton cerveau, il veut aller dormir. Si tu attends un vent, si tu es au ras des cailloux, si tu es avec plein de concurrentes, c'est des moments où tu ne peux pas aller te coucher. Donc, il faut rester éveillé. Donc, tu ne vas pas te faire un énorme plâtré de pattes qui va te mettre en mode digestion. Voilà. Ou te faire des bonbons ou du sucre qui vont te donner un pic, mais après, tu vas t'endormir. Donc, voilà. Il faut bien calculer tout ça. Et c'est une partie intéressante du sport.

Loïc Top. J'ai le sentiment que c'est un petit peu comme le triathlon où tu as quand même dans la phase de préparation, d'exécution, tu vois. Tu as cette notion de « je jongle avec mes paramètres », tu vois. Est-ce que tu as des data sheets que tu fais après tes entraînements où tu rentres ? Alors, voilà comment ça s'est passé. J'ai dormi tant. J'ai brûlé tant de calories. L'évolution de mon poids, je ne sais pas. Tu vois, est-ce que tu as une approche assez finalement de data scientist pour ta pratique de la voile aussi ?

Sasha Ouais, un peu. Je l'ai… On l'a sur l'humain. Donc, c'est sûr que moi, je note mes temps de sommeil parce que comme je disais tout à l'heure, il faut dormir 4 heures. Et en fait, si tu fais des siestes à droite à gauche, tu es cramé, tu n'as aucune lucidité. Les jours se mélangent, mais complètement. Moi, à l'arrivée d'une course, je mélange les jours. Je ne me rappelle pas de la moitié de ce qui s'est passé et tout. Et donc, ouais, je note pour surveiller que j'ai bien dormi assez. Noter notamment les siestes où tu vas te coucher, mais finalement, tu ne dors pas parce qu'il y a un truc qui se passe, donc tu dois te relever et tout. Donc, ouais, ça, je note. La nutrition aussi, je vois. Puis, je vois dans les sacs que je n'ai pas mangé ce qui reste. Et après, il y a la partie bateau technique où là, on enregistre des données en continu. L'angle du vent, ta vitesse, les voiles, les réglages. Moi, sur mon bateau, j'ai des marques pour voir quels sont les réglages que j'utilise quand je règle mes bouts. Donc, c'est des cordages sur lesquels tu tires et dessus, j'ai fait une marque. Et après, j'ai une petite réglette sur le pont. Et comme ça, je vois si ma marque, elle est à 1, 2, 3, 4, 5. Et ça me permet d'avoir une idée de... Bah voilà, tel jour, j'allais très vite. Il y avait telle mer, tel vent, tel angle. J'étais réglée à temps. Et ça, c'est une config qui marche bien. Et après, tu retiens et t'adaptes. Donc, il y a beaucoup d'analyses de données. Moi, c'est ce que je trouve super cool. Et plus tu as des gros bateaux, plus tu vas avoir des capteurs intégrés. Et même, tu peux avoir un ordi. Nous, on n'a pas d'ordi à bord. Mais j'ai un ordi à la maison pour analyser les données. Et sur des gros bateaux, tu fais ça en live et c'est trop intéressant.

Loïc Waouh !

Sasha Ouais !

Loïc L'amélioration continue poussée à son extrême dans le sport. Les bateaux. Trop bien ! Ok ! Et donc là, si je ne me trompe pas, tu es en train de préparer un énorme projet. Donc, tu expliquais que ta catégorie, toi, c'est le mini 650, c'est ça ? Ouais ! Donc, c'est des bateaux 650, c'est pour 6m50 si je ne me trompe pas ? Exactement ! Ok ! Donc, 6m50, c'est pas très très grand finalement. Et tu prépares une course de légende si je ne me trompe pas. Oui ! Une des dernières… Tu me dis si je l'introduis mal, mais ce que j'ai gardé en tête de mon échange avec Pierre, c'est que c'est la dernière course en solo sans assistance. Ouais !

Sasha Exactement !

Loïc Donc, tu peux vraiment pour le coup compter que sur toi-même. Ouais ! Donc, vous partez… La mini transat, vous partez avec… Vous avez quoi ? Vous avez une balise de détresse, un GPS et c'est à peu près tout, non ? C'est ça ?

Sasha Et le radio. Ouais ! Et un tracker poursuivre la course.

Loïc Et un tracker, forcément.

Sasha Ouais ! Ok ! Mais rien d'autre ! Rien d'autre ! Et la radio, elle porte à 40km, donc autant d'heures qu'après deux jours de course,

Loïc tu croises le plus grand monde sur le coin.

Sasha Ok ! Ouais ! Et du coup, c'est ce qui fait que c'est un peu… On dit souvent, passe ta mini d'abord quand tu veux faire de la course, parce que c'est un peu la prépa, vu que tu peux communiquer avec personne, tu dois savoir résoudre tous les problèmes que tu vas rencontrer sur les 25 jours de traversée. Et en fait, ça responsabilise énormément les skippers. Si tu pars à l'arrache, tu mets ta vie en danger. Il faut être prêt, il faut avoir confiance en sa capacité à réparer le bateau, à réparer soi-même, à gérer son mental. Et ça, c'est une super prépa, quoi. Après, quand tu pars sur d'autres bateaux, de savoir déjà tout faire tout seul, c'est super. Et moi, c'est ce que j'aime dans cette course. Elle te pousse à être bon dans tout. Tu ne peux rien laisser au hasard. Et ça demande une préparation. Et en fait, tu grandis dans ta pratique énormément, parce que tu es obligé de pousser toutes les compétences. Il faut les acquérir, partir. Et c'est une super formation.

Loïc J'en parlais avec un invité récemment. Cette notion, quelque part, de référentiel. C'est-à-dire qu'une fois que tu as fait ça, tu vois, l'amplitude de ton référentiel, d'un coup, boum, tu vois, il prend plusieurs points. Et donc, quoi que tu fasses derrière, enfin quoi que tu fasses, la plupart des choses que tu feras derrière, finalement, tu restes dans un scope que tu as déjà exploré. Donc, super intéressant. Comment tu te prépares à une course de cette envergure ? C'est quoi les gros blocs sur lesquels tu dois investir du temps, de l'argent, de la préparation, des entraînements, etc.

Sasha Bah, sur la partie sportive d'un tel projet, qui n'est pas la partie… Enfin, on ne fait pas que ça, parce que je disais tout à l'heure, il y a toute la partie partenariat, donc gestion d'entreprise aussi. Le skipper, c'est d'abord un entrepreneur. Mais sur la partie sportive, il y a tout ce qui est préparation physique. Donc là, c'est muscu, cardio, yoga, beaucoup, parce que c'est quand même des petits bateaux qui bougent. Donc, on est vraiment dans des positions à la con tout le temps. Donc, il faut une certaine souplesse. Donc, ouais, préparation physique assez intense. Il faut être endurant, il faut être quand même relativement musclé, parce qu'il y a des efforts. Voilà, quand tu dois porter une voile, il faut arriver à la soulever, quelle que soit ta condition physique et ta fatigue. Donc, il y a ça, il y a une partie théorique, on prend des cours de météo, de stratégie, d'options, de routage, des cours de logiciel aussi, parce qu'on calcule nos routages. Alors, ceux qui ont un ordi le font en live à bord, nous, on le fait avant le départ, donc de calculer ta route en fonction de la météo. Ça, c'est toute une science. Et puis après, il y a toute la partie entraînement sur l'eau, où tu vas t'entraîner à faire les manœuvres, sans jamais te planter, sans rien abîmer, sans les déchirer. Que tu es très peu devant ou énormément devant. Il faut arriver à faire les mêmes manœuvres, les faire vite, les faire bien, les faire en sécurité. Et après, il y a une partie performance speed test. Donc, le but, c'est d'aller le plus vite possible. Et pour ça, on navigue côte à côte avec nos concurrents. On est regroupés par pôle. Et en fait, au sein d'un pôle, un peu comme en prépa, au sein d'une prépa, on n'est pas concurrents entre nous. En revanche, une fois sur l'eau, on se bat. Et dans le pôle, tu te mets côte à côte. Tu essaies des réglages différents, des voiles différentes. Tu essaies de voir qui va le plus vite et quels sont les points de décision pour toujours être le plus rapide à tout moment. Et ça, c'est super intéressant parce qu'on disait tout à l'heure, il y a énormément de paramètres. Donc, avant de trouver la config voile plus matossage, plus angle au vent, plus réglage de ton mât, plus réglage de tes saffrons, plus façon de barrer, qu'il soit performante dans tous les vents et toutes les mers, tu peux t'entraîner plusieurs années.

Loïc Oui.

Sasha C'est pas de soucis.

Loïc Yes. Ok. Donc, ça, c'est pour la partie sportive perf. Sur la partie entrepreneuriat, c'est quoi la réalité ? Tu vois quelqu'un qui voudrait s'engager qui se dit « la minute 30, ça me fait rêver » mais la réalité de la partie gestion d'entreprise, gestion de projet, ça ressemble à quoi ? Surtout quand tu as un job, un vrai job, enfin un vrai job, un job à temps plein en parallèle.

Sasha C'est sûr que c'est hyper prenant. Moi, je me sais 80% pour l'assemblée. Et déjà, avec ce 4-5ème, ça m'y libère quand même pas mal de temps. Et déjà, c'est dur. Enfin, vraiment, je bosse la nuit et je bosse le week-end. Il n'y a pas de secret. La mini, c'est forcément ça. Après, quand tu as des partenaires, l'avantage, c'est que tu as du budget. Donc, tu es quand même plus serein sur certaines choses. Mais il faut s'en occuper aussi parce que c'est un partenariat. Ce n'est pas du don. Les sponsors, ils t'achètent des prestations. Donc, c'est écrire des posts sur les réseaux sociaux, faire des conférences, aller les voir, gérer des trucs comme, tiens, ils veulent faire une carte de vœux pour Noël. Donc, il faut trouver une photo, trouver le photographe, aller tourner des images. Enfin, voilà, il y a énormément de choses derrière ça que moi, je trouve super intéressantes. Et en plus, le lien que tu crées avec tes partenaires, il est génial. Il est génial. Et c'est ça qui fait que c'est un aussi beau sport. C'est que comme moi, je pars, je ne pars pas tout seul sur mon bateau. Je pars avec des centaines d'employés derrière moi qui me suivent, qui m'encouragent, qui me donnent la force quand je suis en train de vomir mes tripes d'aller changer de voile quand même. Parce que tu te dis, voilà, ces gens-là, ils ont un boulot qui n'est pas toujours facile. Il faut que toi, tu les représentes, tu te bats pour eux. Donc, ouais, c'est une partie super intéressante de ce métier-là. Et puis, tu apprends à faire des trucs que je ne savais pas faire du tout, de la compta, de la gestion de projet, faire une offre, du marketing. Franchement, là-dessus, moi, c'est ce que j'ai dit un peu pour justifier à mes parents quand j'aurais dit que j'arrêtais tout pour faire de la voile, ils paniquaient. Je leur disais, non, mais je monte une entreprise. Même si ça ne marche pas, j'aurais appris des trucs. Et c'est vrai. Et je le dis encore, si tout mon projet s'arrête demain, j'ai appris tellement de choses et je n'ai aucun regret.

Loïc En termes de budget, ça représente quelle somme qu'il faut que tu arrives à rassembler ?

Sasha Ça dépend vraiment de ton projet. La mini, ça se fait encore en amateur avec des vieux bateaux pour des gens qui ont juste envie de vivre l'expérience. Et après, tu as des gens un peu comme moi qui ont plutôt envie d'en faire une carrière. Et donc, on va avoir un bateau récent, un projet plutôt performant, se donner les moyens en faisant de la préparation mentale, préparation physique, tout ça, c'est un coût. Tu peux choisir d'avoir un coach trois fois par semaine ou d'aller courir le week-end tout seul. Donc, les budgets, je dirais que ça varie hors bateau de 40 à 150 000 euros, plus si tu te salaries. Voilà.

Loïc La franchette est grande. Ouais, la franchette est grande. Ok, ok. Super. Et là, du coup, toi, c'est pour l'édition… 2023. 2023. Ça devait être 2021 ou pas du tout ?

Sasha Oui. Au début, j'avais visé 2021. Et puis, le Covid, tout ça, le temps de trouver des partenaires, mon projet a été un peu décalé. Et tant mieux, puisque du coup, j'ai navigué… Ça fait depuis 2019 que je navigue, donc j'ai gagné en expérience.

Loïc Yes ! Trop bien. Et donc là, tu en es où en termes de préparation ? Parce que le départ, ça fait quand ?

Sasha C'est le 24 septembre, l'essai Abdelhonne. 24 septembre, ok.

Loïc Ok. Donc là, moi, je suis qualifiée.

Sasha Ok, bravo. En fait, c'est… merci. C'est deux ans de championnat. Tu as à peu près 7-8 courses par an. Le but, c'est de se qualifier le plus vite possible, donc en l'occurrence la première année. Et donc moi, ça y est, j'ai fait ma première année. J'ai fait plutôt pas mal de courses par rapport à mes concurrents, suite à un heureux hasard du destin qui faisait que je ne devais pas faire une très grosse course. Et j'ai été appelée au dernier moment parce qu'il restait une place. Donc, j'ai vraiment beaucoup couru. Trop bien. Donc ça, c'est cool. Et là, cette année, du coup, c'est beaucoup d'entraînement. Moi, j'ai envie d'axer un peu plus mon travail sur la performance puisque l'année précédente, il fallait finir les courses pour se qualifier. Et maintenant, moi, j'ai envie de les finir en bonne position. Donc, je vais courir un peu moins, mais beaucoup m'entraîner et du coup, essayer de faire des belles courses. Voilà. Donc, je pense que je ferai 5-6 courses cette année. Et puis après, la transat. C'est parti. On va la faire enfin cette transat. Quatre ans que j'essaye. Yes. Yes.

Loïc Trop bien. Du coup, je crois que j'en avais un peu parlé avec Pierre, mais au moment où la transat a lieu, comment est-ce que les gens peuvent suivre du coup les bateaux ? Tu as un site où les trackers sont sur les positions en temps réel, ce genre de choses ?

Sasha Oui. Il y a une page Facebook de Mini Transat qui donne des news un peu tous les jours qui explique où sont les concurrents, tout ça. d'accord. Il y a le site de Mini Transat où tu auras la cartographie avec le tracker. Tu suis les concurrents, tu vois les bateaux. Je crois que les positions, c'est toutes les deux heures. Donc, tu peux suivre ça. Il y a une appli aussi qui marche très bien qui s'appelle Yellow Brick Tracker. Tu suis très bien les bateaux. Et après, il y a aussi pour ceux qui sont un peu plus joueurs, il y a Virtual Regatta. Donc, tu peux prendre le départ de la course en virtuel. Voilà. Si tu as envie de gagner, il faut être préparé à mettre des réveils la nuit pour aller faire ton virement de bord. Ça te fait jouer en live. Et ce qui est vachement bien fait, c'est que tu n'as pas besoin de savoir naviguer pour faire ça. En fait, tu as des tutos et tout. Donc, tu peux vraiment jouer en n'ayant jamais mis les pieds sur un bateau. Et d'ailleurs, il y a des gens qui sont très forts à Virtual Regatta et qui n'ont jamais mis les pieds sur un bateau. Comme quoi ? Comme quoi ? Oui. Oui. Et après, il y aura le live qui sera… Il y a le Offshore Social Club sur YouTube qui retransmet en live tous les départs de course mini. ! Et honnêtement, moi, comme j'étais sur l'eau, je n'en avais pas beaucoup vu. Et puis là, après la saison, j'avais envie de voir un peu, d'analyser et je les ai regardées. C'est vinguissime quoi. Je me suis surpris à crier tout seul derrière mon écran d'une course que j'avais vécue. Mais vraiment très sympa et avec des chouettes gars qui sont sur l'eau et qui te font vivre le truc. Il y a même un drone où tu passes entre les bateaux. C'est vraiment impressionnant. Les images sont top. Super travail.

Loïc Génial. Super. Super. Donc, MinTransat, septembre 2023. Tu penses que… Donc, si j'ai bien compris, toi, tu n'es pas pour participer, tu vas pour casser la baraque, mais tu dirais que tu vas t'appuyer sur quelle force en particulier, qu'est-ce qui ferait la différence pour toi et quel que soit le résultat. On l'a dit, on ne maîtrise pas tout, on ne maîtrise jamais le résultat de ses actions. Par contre, tu en maîtrises son engagement et… En tout cas, c'est ma conviction, on maîtrise son engagement et l'état d'esprit dans lequel on aborde une aventure. Toi, tu te prépares comment ? Avec quoi est-ce que tu as envie d'arriver armé et qu'est-ce qui fera la différence, tu penses, par rapport aux autres concurrents ? Il y a deux choses.

Sasha Je pense que d'abord, tout le travail qui est fait avant, là, tous les entraînements, la préparation technique, je suis très studieuse, je fais ça très sérieusement et je pense que je vais arriver avec un paquet d'infos sur mon bateau, le connaître par cœur, savoir le faire marcher vite, aller au bon endroit parce que j'aurais fait encore plus de cours météo. Donc, je pense que cette préparation-là, ça va me permettre de partir avec toutes les clés possibles. Et après, la deuxième chose, c'est que du fait que j'ai beaucoup couru cette année, les années précédentes et mon voyage, moi, je suis très bien en mer, je suis très bien au large. Enfin, je suis heureuse d'être là tout le temps, même si c'est dur et tout. Et du coup, je passe un bon moment et quand tu es dans ce mindset-là, je pense que c'est beaucoup plus facile de dérouler ton plan, de dérouler tout ce que tu as préparé avant. Et j'espère que ça fera la différence. Et puis, donner le meilleur de soi-même et voir où on arrive. Moi, je me bats pour la performance. Le combat, il est encore et toujours contre moi-même. Le but, c'est de faire du mieux que je puisse. Et puis, si j'arrive 30e, j'arrive 30e. Si j'arrive 10e, j'arrive 10e. Et si c'est mieux, ça serait incroyable. Mais bon, ne nous prononçons pas.

Loïc Ouais, ok. Ok. L'optimisme, essentiel pour ce genre d'épreuve, tu penses ?

Sasha Ah ouais. Ouais, parce que de toute façon, le ciel va te tomber sur la tête. Alors, quoi que tu fasses, c'est compliqué. Donc, je pense qu'il faut partir du principe que ça va être chouette. Être préparé au pire quand même. Mais ouais, être optimiste. Et de toute façon, même si c'est dur, c'est quand même des moments incroyables. Et tout ce que tu vis te rendra beaucoup plus fort. Donc, ouais, optimiste à fond. De toute façon, c'est génial. Même quand c'est hardcore, c'est génial. Donc, aucun regret, il faut y aller.

Loïc Yes, trop bien. Si les gens veulent te suivre du coup pour la suite de la préparation et l'aventure, c'est quoi le mieux ? C'est Facebook, Instagram, LinkedIn ? Ouais, les trois.

Sasha Le best, je pense, c'est Instagram parce que c'est là où je poste le plus. J'essaye de poster des actus deux fois par semaine. Et quasiment tous les jours, je raconte le projet. Moi, ça me tient à cœur de raconter en détail tout ce qu'il y a dans une vie de skipper puisque la partie course, c'est vraiment une toute petite partie. Donc, si vous me suivez sur Instagram, vous allez me voir faire de la compta, bricoler mon chantier, aller m'entraîner. C'est vrai. Voilà. Il y a un peu de tout.

Loïc Je confirme. Trop bien. Écoute, c'était absolument génial. Sacha, est-ce que toi, il y aurait un message que tu voudrais partager pour conclure cet échange ?

Sasha Oui. Mon message, c'est suivez vos rêves, travaillez dur, ne baissez jamais les bras. Et surtout, même si ça ne marche pas, vous aurez déjà fait un truc de ouf. Donc, allez-y.

Loïc Génial. Écoute, un grand merci Sacha. Je me suis régalé. Je mettrai les liens vers tes comptes en description de l'épisode. On va suivre la suite de l'aventure avec attention, j'en suis sûr. Et puis, ce que je te propose, c'est qu'on se donne rendez-vous pour un épisode de débrief une fois que tu auras enfin fait cette transat.

Sasha Bonne chance. Avec grand plaisir.

Loïc Trop bien. Merci beaucoup Sacha.

Sasha Merci à toi.

Loïc Merci d'avoir écouté l'épisode dans son intégralité. J'espère que vous avez pris autant de plaisir que ce que j'en ai eu à l'enregistré. Si vous avez des feedbacks, vous pouvez me contacter sur le compte Instagram du podcast lesfrappés.podcast ou par e-mail à hello.lesfrappés.com. Je fais mon maximum pour que vous viviez de super expériences audio avec mes invités. Chaque épisode demande beaucoup de temps et d'énergie. Si vous appréciez mon travail, la meilleure façon de me soutenir, c'est de partager cet épisode à au moins trois personnes qui aiment se dépasser. Si vous écoutez le podcast sur Apple Podcast ou Spotify, prenez quelques secondes de votre temps maintenant pour m'y laisser une note 5 étoiles et un commentaire. Merci beaucoup pour votre fidélité. À la semaine prochaine pour un nouvel invité. On s'as pas vu dans l'as été. On s'as pas vu dans l'as été. Sous-titrage ST' 501

Transcription automatique relue · susceptible de contenir des imprécisions.

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