Sasha Il faut être à la barre, il faut gérer ça. Le bateau prend énormément de chocs. Quand il surfe en haut d'une vague et qu'il remonte et qu'il tombe dans le vide, il peut tomber de la hauteur de la vague. Donc là, on avait 3 à 4 mètres de creux. Ça fait un choc gigantesque. Le bateau doit faire peut-être 6 mm d'épaisseur max. Quand ça, ça tape, ça vibre. Moi, j'avais l'impression que le bateau allait éclater. Je passais mon temps à me dire « ça va péter, ça va péter, je sais pas où, ça va péter, c'est sûr ».
Loïc Vous écoutez Les Frappés, le podcast de celles et ceux qui se dépassent. Je suis votre hôte Loïc, ancien sportif de haut niveau en judo, coach préparateur mental et amoureux d'activités outdoor en tout genre. Ma conviction, c'est qu'on a tous un frappé au potentiel exceptionnel qui sommeille en nous. J'ai créé ce podcast pour vous faire découvrir des femmes et des hommes qui ont osé le réveiller. Mes invités sont des athlètes de tous niveaux, des aventuriers professionnels, des voyageuses au long cours, des entrepreneuses ou encore des militaires, des forces spéciales. Toutes et tous partagent dans mon micro des récits inspirants qui vont vous faire passer à l'action. Attention, une écoute régulière peut entraîner des changements positifs, irrévocables dans vos vies. Dans cet épisode, on parle de course au large en solitaire, de rééducation en mal de mer, d'hallucinations, d'endurance mentale extrême et d'un poisson volant qui s'est retrouvé au mauvais endroit au mauvais moment. Mais juste avant ça, je vous partage le feedback de Jonathan, un auditeur du podcast. Quel impact a eu le podcast « Défrapper sur ma vie ». Ça a été un véritable électrochoc. C'est un énorme déclic.
Sasha Les récits d'aventure des invités de Loïc ont vraiment agi comme un électrochoc.
Loïc Notamment un épisode en particulier, c'était celui d'Éric Leblachère, qui nous racontait comment il a pu se relever d'un terrible accident.
Sasha Le fait qu'on pouvait réaliser tout ce que l'on souhaitait au final, qu'on avait zéro limite, qu'on n'avait qu'une seule vie, qu'un certain nombre de jours à passer sur cette belle planète
Loïc et qu'il n'appartenait qu'à nous d'en faire une merveilleuse aventure. C'est un magnifique message. Donc merci Loïc et merci les frères. Merveilleux Sacha ! Je suis trop content que tu reviennes sur le podcast. La première fois, c'était en janvier 2023. Si certains veulent aller écouter ce premier épisode, l'épisode 99, tu étais la dernière invitée avant MyCorn. J'avais oublié ce petit détail. Et on avait parlé de plein de choses, de ton taf, puisqu'à l'époque, tu étais encore data scientist à l'Assemblée nationale. On avait parlé de la manière dont tu jonglais entre ce taf prenant et puis ta préparation pour la mini-transat, qui est, tu nous avais expliqué à l'époque, la dernière course au large en solitaire sans assistance. Et puis, j'imagine qu'il s'est passé plein de choses depuis janvier 2023. Donc, trop hâte que tu nous racontes tout ça. Peut-être qu'on va commencer par tout simplement comment tu vas en ce début d'année 2024, après une année 2023 sur les chapeaux de roue ?
Sasha Écoute Loïc, je suis ravie de te retrouver aussi. C'est une année qui démarre très différemment de l'année dernière parce qu'il s'est passé tellement de choses. Ma vie a complètement changé. Mais l'année démarre bien. C'est toujours dans la course au large, toujours plein de projets. Et ça fait super plaisir de relancer un peu la machine comme on le fait après une transat. Et voilà, nous nous avons affaire.
Loïc Yes, excellent. Donc, la mini-transat, à l'époque, on en parlait, janvier 2023, tu nous avais expliqué que c'était… Je ne vais pas faire un résumé dans le détail de l'épisode. Allez l'écouter. Mais moi, ce que j'en retiens en tout cas, c'est que c'était une sacrée préparation. Ton taf était à Paris. Donc, le bateau, évidemment, n'était pas à Paris. Donc, entre les allers-retours, les entraînements, la préparation du bateau, etc. C'était super impressionnant la manière dont tu arrivais à jongler avec tout ça. Et cette mini-transat, tu l'as réalisé. Donc, le départ était en septembre. Tu l'as même réalisé avec brio puisque je te suivais, évidemment. J'ai l'impression qu'il y a eu des coups de stratège qui ont été faits sur des choix de navigation, etc. Enfin, avec des résultats, des gains de place dans le classement absolument exceptionnels. Donc, Troyes, tu nous parles de tout ça. Mais peut-être qu'avant de parler de la course, tu peux nous faire un petit récap de ce qui s'est passé sur 2023 jusqu'à ce fameux départ ?
Sasha Oui. Écoute, la mini-transat, elle se prépare en deux ans parce qu'il faut se qualifier. On n'en voit pas n'importe qui traverser l'Atlantique sans communication et sans assistance. Et du coup, autant 2022, c'était l'année où j'ai reçu mon bateau, j'ai appris à naviguer dessus et j'ai commencé à faire énormément de courses pour me qualifier. Autant 2023, c'était un peu une année plus tranquille vu que j'étais qualifiée. Et donc là, j'étais plus dans la navigation, à la recherche de la performance. Pas mal d'entraînement, des courses où j'allais pousser le curseur un peu plus loin. Et puis aussi, la préparation de la transat en elle-même parce qu'il y a énormément de choses qui sont très spécifiques à une transat. Tu as beau naviguer pendant deux ans en Europe quand tu vas traverser l'Atlantique, la météo, ce n'est pas la même. La durée de vie à bord est tellement plus longue que du coup, tu as quand même une partie confort qui rentre énormément en jeu dans la performance. Et puis, pareil, naviguer aussi longtemps sur un bateau de course avec une intensité aussi élevée, ça abîme le bateau très fort. Et donc, il faut le préparer avant, il faut renforcer certains trucs, il faut faire sa caisse à outils avec le matériel. Il faut trouver assez de matériel pour pouvoir tout réparer. Et en même temps, il faut que ça pèse le moins lourd possible parce que c'est quand même la compète. Donc voilà, tout ça, ça demande énormément de préparation. et j'y ai passé un peu l'été dernier, avant le départ qui était en septembre 2024. Et puis aussi, toute la partie gestion des partenaires parce que c'est un sport qui fonctionne avec du partenariat. Et donc, il faut réussir à embarquer les équipes qui te suivent le plus possible. Donc, je leur ai pas mal raconté l'aventure, on leur a fait voir le bateau. Et puis après, on a géré un peu la com parce que qui dit course sans communication dit qu'il faut quelqu'un qui raconte à ta place ce que tu es en train de dire. Et ça, c'était un petit challenge aussi.
Loïc Parce que toi, t'as pas possibilité, à moins que tu sois en situation de détresse, t'as pas possibilité de communiquer avec la terre ferme. En revanche, on peut te suivre parce que sur le bateau, il y a des balises en fait.
Sasha Oui, c'est ça. En fait, nous, on a à bord une radio VHF qui permet de communiquer avec les gens autour de soi. En mini, la portée, elle est 10-20 kilomètres max. Donc, en fait, on croise pas grand monde. Même si, notamment sur la partie transat, on a l'impression sur la carte au que les bateaux sont toujours à côté. Mais en fait, nous, on se croise pas du tout. Moi, j'ai passé presque 8 jours sans voir personne. Et après, on a cette radio VHF. On a une balise de secours qui est par satellite. Mais celle-là, elle a juste un bouton qui dit au secours, venez me chercher.
Loïc OK.
Sasha Aucun autre moyen de communication. Et on a les trackers de la course qui permettent de suivre les bateaux. Et eux, ils envoient une position GPS à leur gars qui la retransmet. Et on peut recevoir un texto là-dessus si jamais leur gars a une chose importante à nous communiquer. Donc, ça peut être de se dérouter pour aller voir un concurrent. Ça peut être changer de balise parce que si jamais il n'y a plus de batterie, on en a une deuxième. Ou attention, cyclone. En gros, voilà. C'est un peu... Et on reçoit aussi tous les jours un bulletin météo avec les classements de la course. Donc, le classement du matin à 8h. Et c'est un peu notre seul moyen de communication avec l'extérieur.
Loïc Mais par contre, c'est du one way, ce truc. C'est-à-dire que toi, tu ne peux pas répondre au texto de l'organe.
Sasha Non, tu ne peux pas répondre. Tu peux juste devenir fou derrière les années météo ou derrière le classement. Il arrive assez souvent, finalement.
Loïc Non, tu es désir. 2023, ça a été aussi un gros changement côté pro, il me semble, non ?
Sasha Oui. Oui, comme tu le disais, l'année dernière, je jonglais entre un travail... J'étais à 80% à l'assemblée. Et puis, le projet mini, c'était... J'avais une chance énorme, c'est que mon équipe me laissait travailler. Comme je faisais du code, je n'avais pas forcément besoin de faire beaucoup de réunions. Donc, je pouvais travailler en asynchrone. Et ils me laissaient travailler la nuit et le week-end. Comme ça, je pouvais naviguer la journée. Ça, c'était vraiment chouette. Mais clairement, tu ne tiens pas un an en bossant 10 jours par semaine. Donc, à la fin, ça devenait un peu compliqué. Et j'ai des partenaires qui m'ont suivi pour remettre un peu d'argent dans la caisse et qui m'ont permis de quitter mon travail à l'assemblée. Et depuis mars de l'année 2023, je suis à temps plein sur le projet et ça, ça a vraiment changé ma vie.
Loïc Tu m'étonnes. Parce que du coup, je suppose que tu as déménagé, tu n'es plus basée à Paris ?
Sasha Oui, je suis à Lorient. J'étais déjà à Lorient parce qu'il me laissait... J'étais en télétravail beaucoup. Mais c'est sûr, de ne plus avoir à aller à Paris, j'y allais quand même régulièrement. Ça, ça me change quand même pas mal. Et puis, d'avoir une liberté. Le problème, c'est que dans la course au large, notre métier, il est tellement... Enfin, moi, mon emploi du temps, il change tout le temps. Déjà par la météo. Tu peux planifier des sessions d'entraînement. Si la météo n'est pas là, il faut les décaler. Tu as vite fait de casser une pièce, de devoir partir en chantier. Il y a des rushs. On t'appelle pour une course où tu ne pensais pas la faire, etc. Et donc, la flexibilité dont on a besoin, c'était compliqué. Alors que là, j'avais vraiment peut-être le métier le plus flexible du monde. Même ça, j'avais du mal à gérer. Donc, ça m'enlève quand même aussi une énorme charge mentale. Et ça, c'est chouette. Et puis, d'être à fond dans le projet de vraiment être focus que sur ça, ça m'a permis d'être meilleure en tout. En préparation physique, en préparation technique, en préparation mentale, en navigation et puis en gestion des partenaires, d'avoir plus de temps pour eux aussi. Ça, c'est vraiment chouette. Et d'ailleurs, eux, ils ont bien mieux vécu l'année parce que j'avais plus de temps à leur consacrer.
Loïc Ouais. Ça, c'est sûr que si tu arrives à t'affranchir de la contrainte de la contrainte de l'arrivée pro, ça te fait quand même une charge monstrueuse en moins. Et tu vois, j'en parlais avec une invitée récemment, Céline Collette, qui était pendant longtemps chez Amazon puis ensuite chez Google à des gros postes. Et qui, en même temps, était en train d'essayer de devenir beach volleyeuse pro. et en fait, elle disait, mais il n'y a pas photo par rapport à des femmes qui font que ça, qui après l'entraînement vont chez le kiné au lieu d'aller au taf. Elle avait un énorme désavantage. Et depuis qu'elle a décidé de tout quitter pour se consacrer à ça, c'est sûr que les résultats, la performance est carrément plus au rendez-vous et c'est carrément moins contraignant. Donc, pas très surpris d'entendre dire la même chose.
Sasha Ouais, c'est sûr. Et c'est vrai que l'année dernière, j'avais un peu des sessions. Tu fais trois jours d'entraînement et puis à la fin de la session, le coach, il va te dire OK, toi, il faut que tu bricoles ça sur ton bateau. Il faut que tu ressortes deux, trois sessions pour t'entraîner sur telle, telle manœuvre. Et on se revoit dans trois jours. Et moi, je disais, ouais, mais entre maintenant et dans trois jours, je dois aussi bosser quatre jours pour l'assembler. Ça ne marche pas. Et c'était hyper frustrant. Et en plus, du coup, j'arrivais aux courses crevées parce qu'en fait, ce qui était hyper dur, c'est que moi, je prenais mes vacances pour faire les courses. Et donc, en fait, je rentrais épuisée parce que les courses, c'est épuisant. Et donc, je ne me reposais ni des courses, ni du boulot. Et à la fin, c'était un trop-plein. J'ai passé une fin d'année. Je crois que novembre, décembre, j'étais tellement dans le rouge. Je me souviens avoir rêvé d'envoyer des mails ou à l'inverse, on m'envoyait des mails, je les laissais passer. Enfin, tu vois, en gestion de partenaires, c'est quand même pas dingue. Enfin, vraiment, d'avoir des sujets avec des gens où je leur disais, mais je vous ai envoyé le mail et puis ils me disaient, mais non, mais vraiment, Sacha, je suis désolée, tu hallucines. Il y avait un peu de ça. Après, c'est toujours un bon entraînement de travailler fatigué. Dans mon métier, c'est quand même la base. Il faut garder de la lucidité.
Loïc Oui, c'est clair. Il y a un point qui m'avait marqué pendant le premier échange, c'est que tu es sujette au mal de mer. Ah oui. Et on en avait un petit peu parlé et tu m'avais expliqué que, alors je ne sais plus si c'était prévu que tu suives un programme spécial ou si tu étais déjà en train de le suivre, mais si je ne me trompe pas, tu as suivi un programme de rééducation au mal de mer dans un hôpital des armées.
Sasha Oui.
Loïc Je serais curieux de savoir du coup, parce que ça a donné, enfin d'abord, en quoi ça a consisté et quels ont été les résultats pour toi ?
Sasha Le programme, j'avais postulé longtemps avant. Effectivement, ça prend un peu de temps d'avoir de la place. Donc, en fait, c'est un programme de recherche qui est développé par l'hôpital Clément-Tonnerre, qui est l'hôpital des armées à Brest. Et donc, c'est dans le service ORL, ça s'appelle la Nopatie, l'étude du mal de mer. Et les militaires, en fait, tout simplement, ont envie de mieux comprendre d'où vient le mal de mer parce qu'eux, c'est un vrai sujet dans la marine. Et donc, ils ont développé ce programme où le deal, c'est, tu viens, ils font beaucoup de tests sur toi, tu fais 10 séances de rééducation et ensuite, ils refont des tests avec des mesures. Donc, on va mesurer ton équilibre, la forme de tes oreilles, ta résistance au froid, la fatigue. Voilà, ils mesurent plein de choses. Et l'idée, c'est qu'eux, essayent de voir un avant-après entre les séances et voir un peu ce qui change et donc déterminer les causes du mal de mer. Donc, quand il va, il faut jouer le jeu, c'est-à-dire qu'il ne faut pas juste faire les séances, il faut aussi faire le cobaye. Mais du coup, moi, j'ai fait mes 10 séances qui consistent à venir. Donc, tu ne peux faire qu'une séance par jour, par 24 heures et les séances durent 20 minutes. Et le principe est assez simple mais redoutablement efficace. C'est qu'on te met sur une chaise qui monte et qui descend avec un casque de réalité virtuelle. Et dans le casque, tu vois la mer, des vagues et en fait, on fait bouger, on augmente en intensité donc la mer et les mouvements. Et toi, tu vas bouger un peu ta tête et tout. Donc, tu as une infirmière qui te dit comment bouger. Et l'idée, c'est que tu dois tenir les 20 minutes en allant le plus loin possible sans vomir. Si tu vomis, la séance ne compte pas. Et vu que les séances sont hardcore, tu n'as vraiment pas envie de vomir parce que tu n'as pas envie de recommencer. Et c'est très simple mais c'est très intense puisque moi, après une séance, j'avais... Bon, ça s'est amélioré à la fin mais les premières séances, je passais bien trois heures assise dans le jardin de l'hôpital où je ne pouvais même pas écrire un texto tellement j'étais mal. Ah ouais ? Ah ouais, et puis tu ne rentres pas chez toi. Moi, j'habite à l'Orient donc j'avais une heure et demie de route. J'étais obligée de dormir sur place et quand je faisais la route l'après-midi, je faisais deux pauses pour dormir. Vraiment, tu te vides de ton énergie. C'est assez impressionnant.
Loïc Waouh ! Ok. Et donc, à ce stade de la recherche, c'est quoi les pistes qui expliquent le mal de mer et il y a des choses un peu concrètes déjà ?
Sasha Eh bien, ils ont du mal à trouver parce qu'ils n'ont pas une énorme cohorte et puis les gens qui ont des symptômes assez différents parce que tu vas voir des gens qui sont malades dès la moindre vaguelette. Moi, par exemple, j'avais l'impression d'être très malade parce que j'étais souvent malade et en fait, ils m'ont dit que tu montes en scénario et donc assez vite, je crois qu'à la troisième session, j'étais au scénario maximum et ils m'ont dit en fait, non, vous êtes malade que dans des grosses conditions mais comme nous en mer, on est souvent très au large sur des petits bateaux, on a souvent des grosses conditions donc ils ont encore du mal à savoir mais ce qu'ils observent, c'est qu'il y a quand même une nette amélioration et moi, j'en suis la preuve puisque après 10 séances, ça allait déjà nettement mieux et là, tu vois, sur la transat, je n'ai pas été malade. J'ai vomi une fois parce que j'ai dû bricoler dans la nuit, dans la tempête, au fond du bateau et voilà et donc j'étais hyper concentrée pour ne pas me meuler les doigts avec la meuleuse mais voilà, donc là, j'ai fait un petit vomito, on va dire mais sinon, non, je n'ai pas du tout été malade alors qu'on a eu des conditions quand même très engagées donc ça marche et c'était dur parce qu'une fois que tu as fait deux séances, vraiment, tu n'as plus envie d'y aller tu sais ce qui t'attend mais je suis ravie de l'avoir fait et là, je vais aller revoir pour faire un point après la transat, répondre un peu au questionnaire et c'est une chouette équipe, c'est un beau projet et j'ai hâte de voir les résultats de leur recherche.
Loïc Parce que du coup, une fois que tu as été, tu es passé à travers ce programme de rééducation, c'est quelque chose qui est permanent ou c'est un peu comme l'acclimatation à l'altitude, il faut idéalement le refaire ?
Sasha Je pense que si tu ne navigues pas pendant longtemps, tu dois pouvoir avoir besoin de le refaire. Moi, et du coup, je te dirai quand je reprendrai les entraînements dans un mois mais non, moi, j'ai trouvé que ça durait plutôt pas mal puisque je l'ai fait cet été, il y avait une grosse phase de chantier avant la transat et donc, je n'ai pas navigué pendant un mois et je n'ai pas, je n'ai pas été malade pour autant. Il y a des gens qui ont besoin de le faire deux fois, j'ai une amie qui l'a fait deux fois. Voilà, alors elle, après, elle travaille en recherche et donc, elle fait de l'analyse de données en cale de bateaux qui sont en haute mer pour faire de la pêche. Donc, autant dire que là-dedans, ça secoue et qu'elle va se la joindre derrière un écran. Donc, elle, elle a eu besoin de le faire deux fois mais c'est le jour et la nuit. Elle va carrément. Ok.
Loïc Ouais. Impressionnant.
Sasha Ouais.
Loïc Impressionnant. Est-ce que tu peux nous rappeler dans les grandes lignes ce qu'est la mini transat ? On en avait bien parlé dans le premier épisode mais voilà, il y a peut-être des gens qui nous écoutent là tout de suite sans avoir écouté l'épisode de l'année dernière. Donc, peut-être, tu vois, la durée, la distance, l'esprit de la course, les spécificités et puis, peut-être, quelques chiffres.
Sasha Ouais, eh ben, la mini transat, c'est une course, c'est clairement une course d'aventurier. Deux gars qui se sont dit un jour, on aimerait bien faire des courses océaniques mais à petit budget parce que tout le monde ne peut pas s'acheter un yacht. Donc, vu qu'on veut faire la même transat mais sur des petits bateaux, on va appeler ça la mini transat. Et donc, ça a commencé en 1977. C'est toutes les années impair. Et donc, alors, le parcours a un peu changé parce qu'au début, on partait d'Angleterre ils sont allés aux Antilles puis au Brésil et tout. Maintenant, ça part de France. On part des Sables d'Olonne avec une escale aux Canaries parce qu'en fait, il faut partir assez tôt dans l'hiver européen pour ne pas avoir les grosses dépressions hivernales mais relativement tard en Atlantique pour ne pas avoir le reste des cyclones d'été. Donc, on a une petite escale aux Canaries et ensuite, on part direction les Antilles. Donc, nous, on est allé en Guadeloupe et on a à peu près 90 concurrents et cette année, on était 14 femmes ce qui est le plus grand nombre depuis le début de cette aventure. Et le principe, c'est de traverser en solitaire sur des bateaux, donc mini, c'est des bateaux de 6,50 m qui sont clairement des bateaux de course ultra technologiques. Donc, c'est vraiment des petites fusées, c'est des petites bombes hyper rapides avec des sensations de malade. et la course a la particularité, on l'a dit, de se faire sans communication, sans assistance et c'est ce qui fait que cette course est mythique parce qu'en fait, tu te retrouves seule face à toi-même. Tu ne peux pas mentir sur ton niveau de préparation. Voilà, si tu te casses une jambe en mer, il faut savoir t'en occuper, il faut savoir t'arracher une dent, il faut savoir réparer un mât, réparer ton pilote, un trou dans la coque. Enfin voilà, c'est vraiment une course qui te pousse à aller au plus loin de toi-même à repousser tes limites mentales et physiques aussi et voilà, et quand tu arrives de l'autre côté, tu es quand même un sacrément bon marin. En tout cas, tu as vachement progressé parce que tu as appris à faire toutes ces choses qu'on a tendance un peu à oublier quand on peut appeler une équipe technique et se reposer.
Loïc Ça, c'est super impressionnant, tu vois cet aspect solitaire, sans assistance, sans communication. Franchement, vu de l'extérieur sans être dans le milieu de la mer, c'est même carrément flippant parce que comme tu dis, quoi qu'il se passe, tu comptes sur ton cerveau et tes deux mains pour résoudre le problème, quel qu'il soit.
Sasha Oui, c'est ça en fait, je pense que tu pars avec un risque mesuré et il n'y a que toi qui sais le niveau de risque que tu prends parce que ça dépend de ta préparation. C'est toi qui décides de prendre le départ, même s'il y a des qualifications et tout, donc on est quand même un peu guidé. Mais oui, tu décides de prendre ce risque et je pense que c'est ça qui rend l'aventure aussi folle et c'est d'ailleurs pour ça que la plupart des grands marins sont passés par la mini transat, c'est un peu le tremplin de la course au large et la plupart disent que tu n'es plus la même personne quand tu as fait une transat et c'est vrai, moi je le sens, je le vois, je le vois parmi les concurrents qui sont maintenant des amis. Oui, il y a quelque chose qui change et je pense beaucoup dans la confiance en toi, dans le crédit que tu t'accordes sur certaines choses et puis la confiance en les ressources que tu es capable de mobiliser quand tu te retrouves au pied du mur comme ça a pu nous arriver à tous dans des conditions différentes mais globalement, tout le monde se prend un mur à un moment sur une transat et oui, c'est ça qui fait la beauté de cette course et les anciens marins disent vous avez tellement de chance, ils disent moi si je pouvais refaire une course, ce serait refaire ma première mini transat, ce serait la plus belle et d'ailleurs, il y a des marins qui reviennent après avoir fait des très grandes courses et qui reviennent faire la mini parce qu'ils se disent il faut que je recommence.
Loïc Tu peux nous raconter peut-être quelques-uns des murs que toi tu t'es pris ?
Sasha Moi, j'ai eu pas mal de murs de fatigue, donc des moments qui ont été techniquement très compliqués sur des courses où je n'ai pas beaucoup dormi et en fait, au bout d'un moment, tu arrives cramé, notamment la première étape, j'avais eu, on est parti dans du vent très faible avec une météo qui était assez compliquée et donc selon les modèles, ça divergeait beaucoup et du coup, on ne savait pas trop à quelle sauce on allait être mangé, il fallait être capable de très bien lire le plan d'eau. Clairement, moi, la première étape, je me suis carrément plantée sur les trois premiers jours et donc, j'étais toujours en train d'adapter, d'adapter et je ne savais pas ce qui allait arriver donc j'avais du mal à me dire, je dors maintenant parce qu'après, j'aurais besoin de ne pas dormir, du coup, je ne dormais pas et puis après, je me rendais compte que je ne pouvais toujours pas dormir et je suis arrivée à un moment où j'étais en saturation parce que j'ai eu une nuit où je n'avais plus de batterie donc au moment où vraiment j'étais au bout, là, il a fallu que je barre encore 12 heures et donc au petit matin, j'étais un zombie et je ne sais toujours pas, d'ailleurs, j'étais proche de la côte et je ne sais toujours pas si les images que j'en ai, c'est une hallucination ou pas. En plus, j'ai perdu ma carte SD de GoPro donc voilà, j'ai souvenir de falaises noires dans une brume blanche, même d'un château à moitié en ruine au bord de l'eau, enfin bref, et je n'étais plus là. Dans ma tête, il y avait ma sœur à bord et je lui passais la barre et voilà, ça, c'était vraiment dur et puis je me suis effondrée, j'ai pris la décision, il n'y avait pas de vent et je me suis dit c'est le moment, là, on n'avance pas, je vais dormir deux heures. Ça, c'était un peu dur mais c'était plus dur physiquement. Je pense que le dur mentalement, il est venu après quand on s'est retrouvés tous au large du Portugal et qu'il n'y avait pas du tout de vent et qu'on ne comprenait pas. Les gens qui ne devaient pas avoir de vent, on avait, la zone où il devait y avoir du vent, il n'y en avait pas et là, tu passes un, deux, trois jours sans avancer, tu as l'impression que tout le monde avance plus vite que toi et là, mentalement, il ne faut pas vriller parce que du coup, tu ne dors pas parce que tu attends le moindre souffle et tu te fais des files dans ta tête, tu te dis tout le monde est en train d'avancer, moi, c'est sûr, j'ai un problème, il n'y a que moi qui est bloqué et il faut arriver à gérer ton mental et te dire non, c'est comme ça, c'est comme ça pour tout le monde, ça va bien se passer, on est quand même au large du Portugal, il fait beau, on est en t-shirt, on ne va pas se plaindre, on pourrait dans le métro à Paris, on est allé au boulot. ça, c'était vraiment, il y avait une partie sommeil, une partie physique et puis après, il y avait une partie mentale et puis après, il y avait une partie vraiment météo, physique et danger mais ça, c'était la deuxième étape. moi, on en reparlera mais j'ai fait une option assez engagée et je me suis retrouvée dans du vent vraiment très fort pendant longtemps et ça, c'était dur.
Loïc On va en reparler, on va en reparler. J'ai posé la question avant qu'on fasse cet épisode notamment à une auditrice, Marie, Hello Marie, qui connaît bien le milieu de la voile et en lui demandant tu vois, quelle question elle aimerait te poser et ça fait partie de ce qu'elle m'a suggéré, c'est finalement de creuser un peu le choix stratégique que tu as fait sur, on dit quoi, la navigation, l'orientation ? Oui, la stratégie,
Sasha la navigation.
Loïc Oui, yes, donc on va en parler, on va en parler. Mais peut-être juste avant ça, comment est-ce que tu expliquerais, parce que tu parlais de fenêtres météo assez courtes pour faire les transats, les transats, elles se font globalement toujours dans le même sens à la voile, il me semble. donc comment est-ce que tu expliquerais les vents à quelqu'un qui n'est pas ingénieur et qui n'est pas, comme toi, docteur de l'école normale supérieure ?
Sasha En fait, globalement, en hiver, en Europe, on a des grandes dépressions qui arrivent des Etats-Unis et donc, en gros, c'est des systèmes météo qui tournent dans le sens inverse des aiguilles d'une montre et qui apportent beaucoup de vent. Et dans les dépressions, tu as toujours un front, c'est-à-dire que tu vas avoir une zone avec du vent de sud-ouest et après, il y a une ligne qui est très marquée. Alors, concrètement, c'est des nuages de la pluie, du vent très fort et de l'autre côté, le vent passe au nord-nord-ouest. Et donc, ça, c'est des systèmes qui balayent l'Europe et qui arrivent en France. Donc, en général, vous pouvez voir d'ailleurs le switch du vent qui prend de la droite quand on dit qu'on se prend une tempête et après, une fois que le vent a pris de la droite, on voit des nuages un peu clairsemés. C'est souvent ce qu'on appelle le calme après la tempête. On a des nuages un peu clairsemés avec de la pluie, encore quelques grains. Et donc, nous, c'est globalement ça qu'on va chercher et qu'on va aussi éviter quand ils sont trop forts, quand tu navigues en hiver en Europe et après, à l'inverse, quand tu passes sous les dépressions et que tu t'approches un peu plus des Antilles, tu vas avoir les Alizés. Et donc, les Alizés, c'est un vent dominant qui s'établit à peu près de octobre à février et qui part de l'Afrique et qui va vers les Antilles. Et donc, les Alizés, ça pousse les bateaux vers les Antilles et c'est ce qui fait qu'on a cette période de transat à ce moment-là. Sauf que les Alizés, c'est des vents qui sont très forts, qui sont assez chauds, donc on peut naviguer dans des vents forts parce qu'en fait, c'est moins dense, donc il y a moins d'efforts sur le bateau et qui lève quand même une mer assez dégueulasse, on peut le dire, une mer croisée parce qu'en fait, les Alizés poussent d'est en ouest et à l'inverse, il y a la mer des fronts et des dépressions qui sont au nord de l'Atlantique qui redescend et donc, ça fait une espèce de bouillon et nous, notre année, comme on avait une très grosse tempête que vous avez dû sentir passer, je crois que c'était la tempête Karan. Il y avait ça juste au moment où nous, on était au sud. Clairement, on s'est pris une mer assez immonde et du coup, l'idée, c'est de jouer avec ces phénomènes-là quand tu fais une transat et donc, tu as toujours les deux options, c'est soit tu passes au nord avec une route assez courte puisque la terre est en ronde, la route la plus courte n'est pas forcément, enfin, sur une carte n'est pas forcément la plus courte donc il y a l'orthodromie et la l'oxodromie, donc ce n'est pas toujours la ligne droite qui est la plus courte mais tu peux passer au nord et faire la route directe entre guillemets mais bon, tu passes un peu dans les dépressions ou alors tu fais comme moi, j'ai eu envie de faire, tu vas chercher les Alizés mais il faut aller les chercher un peu plus loin puisqu'il faut aller jusqu'en Mauritanie pour aller les trouver et il faut être confiant dans le fait que tu vas aller tellement vite que tu vas rattraper la route en plus et ça, c'est un pari qu'il faut faire et surtout en mini, on n'a pas d'ordinateur à bord vu qu'on n'a pas de communication avec l'extérieur donc la météo, c'est un bulletin radio avec un point sur une carte donc l'Atlantique doit être découpé en quinzaines de zones qui font je crois 200 kilomètres de côté et tu as un point au milieu et puis on t'a un point toutes les 12 heures pendant 3 jours et puis démarre de toi donc voilà, il faut être assez bon sur comprendre son environnement, comprendre ce qui se passe, comment ça évolue et puis la météo elle n'est pas toujours juste donc quand tu arrives au milieu de ta zone et que tu as sur ton point et que tu n'as pas la météo que tu devrais avoir il faut que tu sois capable de dire ok la dépression du nord a reculé, a avancé, elle est en avance ou en retard, les anticyclones se sont décalés voilà
Loïc du coup cette stratégie tu l'as enfin comment ça se prépare tout ça ? Est-ce que tu as des scénarios où tu te dis si les points météo ressemblent à ça je déclenche ce scénario là inversement s'il se passe ça je bascule sur cette option B c'était clair pour toi que potentiellement tu allais aller chercher les alizés même avant le départ ?
Sasha ouais en fait la veille du départ on avait enfin même la semaine avant le départ tu commences à faire un peu de météo en gros 10 jours avant un départ tu as une météo globalement fiable et 4 jours avant localement fiable donc 4 jours avant tu peux commencer à lancer des premiers routages voir un peu les options et puis surtout d'un jour sur l'autre tu regardes comment ça évolue donc tu peux te dire ah bah c'est marrant tous les jours par exemple la dépression se creuse donc tu peux te douter que le jour où tu partiras le lendemain elle va se creuser aussi et donc ça te permet de voir des tendances et d'adapter les fichiers après même être parti et en fait nous 4 jours avant le départ on lançait un routage le matin il fallait partir au nord on lançait un routage l'après-midi il fallait partir au sud et on relançait le soir il fallait repartir au nord donc vraiment c'était on s'arrachait les cheveux et donc on a dû décider effectivement de trouver quels seraient les points de décision parce qu'on savait que le jour J encore ça pouvait changer donc on en a pas mal parlé après on est suivi moi je m'entraîne dans un pôle donc le pôle l'Orient Grand Large où on a des routeurs donc c'est des météorologues qui routent spécialement des bateaux et en fait eux ils font tourner des scénarios sur leur ordinateur et toi tu pars avec ces scénarios mais ce qui est important c'est l'ordinateur il fait le meilleur choix avec les infos qu'il a et donc toi tu pars et tu dois être il faut pas voilà c'est pas une recette de cuisine il faut savoir que tu pars avec ta recette de cuisine mais qu'au moment où toi tu vas partir t'auras plus les mêmes ingrédients et donc il faut réadapter le calcul et c'est ça qui est super intéressant d'autant plus en mini où t'as pas d'ordi donc tu réadaptes le calcul en le faisant à la main et tu vois typiquement moi quand je suis partie notre routeur nous avait dit il y a une option nord si elle passe c'est l'option gagnante ils arrivent avec 24h d'avance je crois sur l'option sud en revanche la probabilité qu'elle passe est beaucoup plus faible parce que ils allaient passer juste sous un front puis attraper la petite zone où il y avait du vent mais entre deux zones sans vent donc si tu te loupais tu restais coincé dans une zone sans vent et puis c'était pas mal d'incertitudes et puis après le front il y a beaucoup de mer alors du coup tu te dis le bateau il va aller moins vite donc le calcul en fait est un petit peu faux ça il faut le prendre en compte aussi et en fait moi je me disais en mini comme on a très peu d'informations la probabilité de se faire coincer dans une zone qui a beaucoup changé elle était trop forte moi j'ai préféré aller chercher du vent au sud on savait qu'il y avait du vent on savait qu'il y en aurait beaucoup on savait pas à quel point ce serait fort mais on savait qu'on pouvait aller chercher ça il fallait juste traverser une zone de molle donc passer trois jours à l'arrêt ça ça demande un petit exercice mental quand tu vois les autres qui sont parties pleines balles vers les Antilles mais ouais donc moi j'avais j'avais plutôt confiance en l'option sud parce que je trouvais qu'on avait un degré de certitude plus élevé et au final et c'est ça la beauté de la course au large dans les dix premiers il y a des sudistes et des nordistes et en fait et en fait les deux options se valaient pour peu que tu les joues bien mais voilà après il y a plus de sudistes qui sont arrivés devant parce que il y avait un degré de certitude quand même plus élevé pour ceux qui n'ont pas cassé leur bateau dans du vent fort parce qu'il y avait aussi ce petit degré d'incertitude là qui a joué qui a été un sacré paramètre
Loïc du coup est-ce que tu te rappelles du moment où tu l'as pris cette décision où tu t'es dit ok là je change de cap et je vais chercher les alizés
Sasha ouais et ben justement moi j'ai pas changé de cap parce qu'on allait au sud et à un moment on passe la dernière île qui était marque de parcours donc il fallait contourner et là c'était soit tu restes vers le sud soit tu vire et en fait donc moi je regardais mes marqueurs et tout et on a la météo à 17h et ça la décision a dû être prise vers 11h donc on savait pas encore on avait pas l'update on avait que la météo qu'on avait prise avant de partir puisque c'était dans moins de 24h après le départ et à un moment tu vois un bateau qui vire deux bateaux qui vire et donc à l'AIS on le voit physiquement on le voit d'ailleurs dans le film de la Transat je le montre on voit les petits points des bateaux qui commencent à mettre le clignotant à droite et puis je regarde la flotte moi je pensais que ça allait être 50-50 et là ça fait un truc comme 90 enfin 80 et 10 bateaux et là j'appelle les copains autour de moi j'étais là on est on est certains là vous le sentez comment parce que vraiment on est pas beaucoup à y aller et donc évidemment on se remonte le moral on en discute on fait un peu les gros bras parce qu'on sait que les autres nous écoutent à la radio en disant bah c'est sûr que ça passera pas au nord franchement ils font n'importe quoi pour essayer de leur mettre le doute que ça joue aussi et ouais et c'est marrant on était beaucoup de filles à aller au sud on était quand même une grosse majorité de filles et du coup on s'est un peu voilà on s'est un peu conforté dans notre décision mais on était toutes assez sûrs et on a eu la météo l'après-midi et ça a conforté notre décision puisqu'ils annonçaient un peu moins de vent au nord et les alizés qui se renforcent au sud et là on a vraiment fait la danse de joie sur notre bateau et on était vraiment trop contentes de notre décision et je suis ravie en plus hier j'ai vu en plus un des films de la Transat parce qu'il y a le Sailors Film Festival en ce moment que je suis allée voir et il y en a un qui dit qu'ils ont fait du prêt dans 25 nœuds donc la prête et face au vent sous la pluie je me dis c'est quand même moins marrant que faire des surfs comme nous on en a eu sous Spie au soleil même si nous c'était assez sportif au moins c'était marrant
Loïc donc du coup tu disais un peu plus tôt que la phase qui a vraiment été dure c'est quand finalement quand t'as réussi à prendre ces alizés mais c'était peut-être plus fort que ce que vous avez imaginé et plus intense aussi tu peux nous en parler cette route visiblement c'était la bonne d'un point de vue choix tactique mais c'était quoi les enjeux de se retrouver sur cette route au sud
Sasha en fait le jeu c'est une fois qu'on a commencé à toucher du vent donc on faisait du sud du sud du sud et l'idée c'était de choper les alizés dès que tu les attrapes tu décides de mettre le clignotant à droite et plus tu es au sud plus t'as de vent donc la question c'était à quel moment tu tournes est-ce que tu vas chercher toujours plus ou pas et donc au bout d'un moment moi j'ai commencé à avoir quand même pas mal de vent donc j'ai mis mon clignotant à droite et en fait le vent a fait que se renforcer et on est passé en une journée de 5 nœuds donc on n'était pas encore dans les alizés à 25 30 32 et ça c'est vraiment beaucoup parce que du coup c'est au portant donc on est sous spi moi mon spi il fait 85 mètres carrés pour un bateau de 6 mètres 50 c'est énorme c'est vraiment le moteur de F1 sur la mobilette donc et là le bateau avec une mer en plus comme je disais qui est vraiment très creuse et assez courte donc très creuse ça fait que le bateau il prend des énormes surfs parce que il va tomber dans la vague c'est comme du ski il y a un moment tu tombes dans la pente donc tu surf et elle est assez courte donc tu surf tu surf sauf que tu te prends un mur donc c'est vraiment le mur de bosse en ski et il faut être à la barre il faut gérer ça le bateau il prend énormément de choc parce que quand il surf en haut d'une vague et qu'il remonte et qu'il tombe dans le vide il peut tomber de la hauteur de la vague donc là on avait 3 à 4 mètres de creux ça fait un choc gigantesque sur des bateaux c'est bateau de course donc il n'y a rien dedans c'est très léger c'est une coquille de noix je ne sais pas le bateau il doit faire peut-être 6 millimètres d'épaisseur max quand ça ça tape ça vibre moi j'avais l'impression que le bateau il allait éclater enfin je passais mon temps à me dire ça va péter ça va péter je ne sais pas où ça va péter c'est sûr et donc toi tu te retrouves là dedans et autant on avait déjà vécu un peu ces situations en avant-saison en préparation autant ça ça dure 6 heures 12 heures max mais là ça va durer 6 jours donc au bout d'un moment tu dois dormir tu dois manger tu dois te changer parce que tu es trempé il faut moi j'avais beaucoup de mal à manger donc il faut garder ta lucidité quand tu te fais à manger avec ton eau bouillante là c'est super dangereux donc clairement moi je mangeais froid donc tu réhydrates tes lyophilisés à l'eau froide c'est pas très dépetissant et ouais t'es secoué et puis t'es dans une telle tension moi c'est ça qui m'a le plus impressionnée je pense c'est que physiquement même si toi mentalement au bout d'un moment tu t'habitues tu t'habitues au bruit assourdissant tu t'habitues au choc tu sais que t'es toujours en train de te tenir parce que dès que tu tapes dans une vague toi t'es projeté à l'avant donc tu peux pas te casser les dents sur une paroi te casser une côte et tout t'es cramponné en permanence mais en fait ton corps est tellement tendu moi j'avais les épaules les épaules aux oreilles pendant 6 jours t'as une telle tension physique c'est épuisant en fait tu t'épuises juste de stress mais c'est du stress ouais c'est pas mental t'es pas en train de te dire oh là là je suis paniquée mais juste t'es sur le fil en fait t'es tout le temps sur le fil à la barre t'es sur le fil le bateau il chavire régulièrement parce que dès que t'as une rafale et que ça tombe pile dans une vague et que le pilote au bout d'un moment il décroche parce que c'est quand même un peu intense pour le pilote et même toi à la barre quand t'es fatigué tu fais des erreurs et parfois tu prends mal une vague et et en fait du coup le bateau il part au tas c'est à dire que l'avant s'enfonce dans une vague du coup le bateau s'arrête et en fait il va se coucher sur le côté tu te retrouves avec toutes les voiles dans l'eau et là t'es vraiment t'es vraiment couché à 90 degrés donc du coup toi t'es suspendu au bateau t'as les pieds dans le vide t'as les mains qui sont accrochées en haut et il faut choquer tes voiles
Loïc mais non ouais
Sasha c'est assez impressionnant sur le film on le voit bien parce que j'ai eu le bonheur d'avoir mis ma GoPro à des moments où je partais au tas et il y a des images qui sont assez impressionnantes où ouais là il faut pas lâcher quoi parce que là sinon tu tombes dans l'eau ou alors tu tombes dans ton bateau mais tu tombes de 3 mètres de haut donc t'as vite fait de te cogner de te faire mal et ça tu le fais tu le fais 10 fois par jour et du coup ouais faut être bien concentré
Loïc mais là on est d'accord que t'es en permanence attaché
Sasha ouais
Loïc ok tu peux jamais même en dormant t'es jamais détaché en fait sur toute la durée de la mini transat
Sasha ouais bah je l'ai été un peu au début quand il n'y avait pas trop de vent mais à partir du moment où t'as des conditions comme ça tu lèves forcément et heureusement parce que dans des manques de lucidité tu peux t'endormir à la barre à l'extérieur donc là il faut être attaché et aussi moi ce qui m'est beaucoup arrivé à la fin de la transat parce que la fin de la transat était très dure mais pour d'autres raisons c'est que j'avais des manques de lucidité et même quand je dormais à l'intérieur en fait quand le réveil sonnait j'allais dehors gérer le bateau et j'étais tellement fatiguée que le temps de me réveiller j'étais déjà sur le pont et j'avais pas toujours le réflexe de m'attacher et du coup je m'attachais à l'extérieur mais depuis l'intérieur pour que quand je sorte en fait je sois déjà attachée et ça c'était hyper important parce que parce que enfin il y a des moments où je suis montée sur le pont j'ai mis peut-être 10 minutes à savoir où j'étais tu comprends pas tu cherches ton lit tu cherches la porte de ta chambre et puis tu te dis attends non je suis sur l'Atlantique toute seule sur mon bateau il peut bien se passer c'est la mini-tropat oh finesse
Loïc mais alors attends par rapport à ce que t'évoquais un peu plus tôt le fait que la mer soit très courte et que du coup le bateau se prenne des chocs chaque fois qu'il retombe de 3-4 mètres de haut de manière maintenant que tout ça c'est derrière toi de manière complètement objective rationnelle c'est possible qu'un bateau enfin qu'un bateau que la coque éclate avec ce type de choc ou clairement c'était dans tu vois dans la zone dans la zone je sais pas comment on appelle ça mais la zone de tolérance de la coque t'étais clairement dedans
Sasha non t'étais clairement à la limite moi je ah ouais à la limite ouais moi j'ai reçu mon bateau la semaine dernière là ils sont arrivés j'ai commencé le chantier et en ce moment je commence par vider les fonds et les mousses pour aller regarder je suis encore étonnée que ça n'ait pas cassé parce que en fait on était donc dans notre petite dizaine au sud on a tellement tiré fort sur les bateaux qu'on a battu les records de vitesse de ces bateaux là
Loïc ah oui j'ai vu ça c'est toi qui a le record d'ailleurs non
Sasha on est plusieurs à l'avoir eu moi je l'ai peut-être eu parmi les premières mais il a été rebattu après et il y en a même un qui l'a battu donc là c'est des bateaux de série donc des bateaux en fibre de verre assez relativement simple et il y a Hugues de Prémard qui a battu le record en série donc toutes les séries et ensuite il a battu le record en proto alors que les proto c'est des bateaux qui valent trois fois le prix qui sont en carbone qui sont beaucoup plus technologiques et là il est allé tellement vite je crois que son record c'est 320 000 en 24 heures c'est énorme enfin c'est vraiment des vitesses de toute façon on faisait des vitesses moi je faisais des surfs à 19 nœuds c'est énorme j'avais jamais fait ça sur des courses d'avant saison en vitesse moyenne on faisait du 13 nœuds pour rappel un bateau de deux fois cette taille-là un bateau de croisière ça va à 10-12 nœuds grand max mais sa vitesse de croisière c'est plutôt 5 nœuds donc là tu vas trois fois plus vite et on continue quoi c'était la folie et du coup Hugues a délaminé son bateau c'est-à-dire que c'est de la strate c'est des couches de fibre de verre et donc elles se sont ouvertes donc il a un peu et du coup il a d'ailleurs straté sa barre il avait une barre de secours et il l'a accroché à l'avant du bateau il l'a straté dessus pour renforcer et Mathilde Lagiclet qui est aussi une sacrée concurrente elle, elle a ouvert son bateau sur le côté il s'est vraiment ouvert il est ouvert en deux donc voilà donc pour rappel
Loïc 320 000 nautiques 1 000 nautiques si j'ai bonne mémoire ça fait 1850 le 1000 terrestre c'est 1609 mètres donc 320 000 alors attends 6 jours donc le gars s'est fait 600 kilomètres en 24 heures à la voile
Sasha voilà c'est beaucoup sur des petits bateaux
Loïc c'est énorme ça va tellement vite
Sasha la sensation de vitesse elle est dingo
Loïc ça doit être hallucinant mais du coup tu parlais d'intensité un peu plus tôt j'imagine que l'intensité est tellement énorme clairement tu ne dors pas quand tu fais 320 000 en 24 heures tu es à la barre en permanence
Sasha quasiment mais en fait tu es obligé de dormir un peu parce que ne pas dormir pendant 24 heures c'est juste décaler ton problème tu vois ce n'est pas un sprint c'est un marathon la course au large et du coup il faut quand même dormir un peu après on dort par 15 minutes jamais plus en l'occurrence dans des conditions comme ça moi je ne dormais pas plus de 5 minutes parce qu'en fait il y a toujours un bruit un choc qui te réveille et ce qui est fou moi je le vois dans les vidéos que j'ai tourné c'est que quand tu te vois en train de dormir tu fais des bons tu dors dans une machine à laver et en fait tu arrives à dormir quand même parce que tu es tellement fatigué mais tu es en mouvement et en fait ton corps se cramponne pour ne pas tomber mais tu te reposes on va dire relativement c'est sûr qu'on s'est un peu plus reposé quand le vent s'est calmé mais c'est intense et puis il faut barrer un maximum c'est là que tu vas vite c'est là que tu peux prendre des surfs et puis en fait tu as envie aussi parce que la sensation elle est tellement dingue les vitesses que tu atteins c'est assez en fait il y a de l'adrénaline pure c'est ouf et c'est ça aussi je pense qui nous donne envie d'y retourner c'est que il y a à la fois ce côté la moindre décision que tu vas prendre dans les prochaines minutes impacte ta vie et à la fois tu fais un sport de glisse incroyable avec des sensations de vitesse de folie tu es 100% responsable de tout ce que tout ce que tu fais c'est dingue en fait tu te sens tellement vivant dans ces moments là il y a une telle intensité c'est sûr qu'après quand tu rentres à la maison ta vie elle te paraît un petit peu un peu naze
Loïc tu l'avais jamais vécu sur d'autres courses
Sasha c'est toujours un peu comme ça mais là c'était explosif parce que parce qu'en plus si ça merde t'es au milieu de l'Atlantique et puis personne ne viendra te chercher donc t'es en alerte rouge tout le temps et c'est moi j'adore ça
Loïc parce que concrètement ce que tu disais sur la coque si à un moment donné t'as une avarie genre sérieuse tu fais quoi concrètement ?
Sasha bah t'appuies sur ton petit bouton qui dit au secours venez me chercher le bateau
Loïc là t'attends quoi 24h au moins non ?
Sasha ouais si t'es au milieu c'est plutôt 3-4 jours pour les secours après ils peuvent dérouter des bateaux qui sont proches s'il y en a souvent c'est des concurrents les plus proches encore faut-il qu'ils aient le message à temps puis qu'ils te trouvent et tout mais ouais ça va être des concurrents et puis après ça va être les secours mais les secours en fait ils arrivent en bateau parce qu'en hélico ils n'ont pas assez d'essence donc ils vont apporter un bateau le plus proche possible mais en fait nous la règle sur les bateaux de course c'est qu'ils doivent être insubmersibles donc il y a deux réserves de flottabilité des grandes mousses qui sont dans des compartiments étanches qui font que même si le bateau s'ouvre en deux soit l'avant soit l'arrière il y a toujours une partie qui flotte donc tu peux rester sur ta carte le vrai danger le gros danger c'est le feu parce que là si le bateau prend feu tu es dans ton radeau de survie et une fois que tu es dans le radeau de survie ton espérance de vie elle est globalement de 4-5 jours donc c'est le seul danger du coup moi clairement tu fais attention et c'est aussi pour ça que dans des zones de tempête intense tu ne fais pas forcément chauffer ton eau tu fais attention à tes batteries on surveille un peu ça
Loïc ça arrive régulièrement sur les éditions de la Mille Transat qu'il y a des gros avaries des gros accidents
Sasha ouais ouais quand même là cette année il y en a eu vraiment très peu d'ailleurs le directeur de course avait dit si j'ai moins de 10 abandons je me rase la tête et il ne pensait pas se raser la tête et il nous a tous accueilli la tête rasée en Guadeloupe
Loïc énorme
Sasha et il y a eu un abandon sur la deuxième étape avec un système de bar et de safran qui était cassé qui était une avarie qui n'est pas grave en termes de danger mais qui t'empêche clairement de finir la course donc ça c'était très dur pour le skipper et après sur la première étape il y a eu des avaries un peu plus spectaculaires mais en proto parce que les proto c'est un peu le laboratoire de la course au large donc forcément c'est un peu plus fragile donc il y en a 3 qui ont dématé et un qui a perdu sa queue donc ça c'est quand même des avaries embêtantes on va dire mais là globalement les bateaux sont bien préparés et puis il y a eu une telle pression sur le circuit qu'en fait les gens qui ont pu partir il y avait beaucoup de gens en liste d'attente les gens qui ont pu partir c'était les plus préparés puisque c'était ceux qui avaient fait le plus de 1000 et donc je pense que les bateaux sont plus prêts les coureurs aussi et du coup forcément il y a moins d'abandons
Loïc ah ouais ok t'es passé quand même assez rapidement sur sur les enjeux d'un point de vue mental sommeil etc enfin assez rapidement moi je serais curieux en tout cas qu'on en a un peu plus dans le détail parce que tu vois pour avoir eu j'ai fait une épreuve sportive où j'ai dû gérer le manque de sommeil mais c'était sur 6 jours j'avais les 2 pieds sur terre il n'y avait pas vraiment de notion de danger enfin tu vois il y avait des gens autour de moi donc c'était quand même assez différent mais pour autant ouais entre le lundi et le dimanche en tout j'ai dormi 5h30 je pense et c'était quand même déjà une sacrée épreuve quand je t'entends dire que tu dormais 5 minutes 10 minutes un quart d'heure tout ça sur alors peut-être pas les 26 jours complets parce que tu disais qu'au début c'était un peu plus calme mais au global t'as quand même mis 26 jours 22h 12 minutes pour terminer la mini transat donc en vrai quand tu commences à avoir atteint un peu tes réserves à être dans le rouge etc au bout de je sais pas d'ailleurs à quel moment est-ce que tu dirais qu'à un moment donné clairement t'es passé dans une autre phase en termes de fatigue d'épuisement nerveux physique mentale
Sasha ouais carrément
Loïc et c'était quand ça c'était à quel niveau de la course
Sasha bah sur la première étape c'était le moment au Cap Finistère dont je t'ai parlé ouais sur la deuxième étape je pense que c'était la fin des alizés profonds donc des alizés vraiment très forts et aussi même la fin parce que du coup en fait la transat tu te dis le vent est fort au début et puis après ça se calme mais en fait à la fin t'as des zones de grains donc des orages des nuages orageux pluvieux avec du vent très très fort qui sont vraiment clairsemés un peu partout tu te les prends la nuit quand tu les vois pas arriver enfin bref et du coup ça fait qu'à la fin t'as l'impression que ça va se calmer mais en fait pas du tout la journée ça va à peu près mais la nuit tu te fais défoncer et donc il faut dormir la journée et pas du tout la nuit et comme il fait 37 degrés la journée c'est difficile de dormir dans ton bateau parce que vraiment tu transpires sur ton matelas et du coup à faire des nuits blanches 100% blanches parce que là t'as pas question de dormir 5 minutes à la fin j'étais dans des états de fatigue ouais de dingo parce que j'étais plus du tout lucide je me en fin de nuit les 2-3 dernières heures je finissais par m'endormir à la barre et ça ça m'a amené des épisodes il y a une nuit où je me suis réveillée le bateau était parti à la bâtée donc j'étais au vent dans l'eau je me suis réveillée bah sous l'eau quoi je me suis même pris un poisson volant dans la gueule ça m'a bien réveillée mais non vraiment j'étais à moitié choquée en plus le temps de me réveiller je me disais mais j'ai rêvé et puis après je l'ai vu à mes pieds clairement il était aussi choqué que moi et il y a une nuit où j'étais cette fois j'étais à l'intérieur je me réveille et du coup je sors sur le pont en me disant il faut que j'aille aider les gars à la barre je les vois pas à la barre je me mets à hurler leur prénom en me disant ils sont tombés à l'eau c'est pas possible donc la grosse panique il m'a fallu 5 minutes pour me rendre compte qu'en fait j'étais toute seule sur mon bateau donc j'avais pas perdu les poteaux et ouais et des nuits où tu je me suis réveillée et puis j'avais l'impression d'être à la maison quoi je suis sortie dehors et dans ma tête j'allais me faire un café alors que voilà donc ça ouais t'es clairement dans des limites après c'est c'est tout c'est tout l'enjeu de la préparation en fait en mais moi c'est ce que j'adore dans ce sport la partie technique toute la partie régler ses voiles faire avancer son bateau il faut que quand tu prennes le départ ce soit plus une question je dis pas encore que j'en suis là c'est clairement une progression pour moi mais en gros l'idée c'est une fois que t'es sur l'eau il y a tellement de choses que tu pourras plus gérer parce que t'es fatigué il faut que ce soit en automatique
Loïc ouais
Sasha tes manœuvres tu dois pouvoir les faire les yeux fermés c'est pour ça souvent les gens nous disent quand tu viens sur mon bateau mais il y a tellement de cordages il y a pas écrit qui sert à quoi je la mets moi en fait je ferme les yeux je tends la main j'attrape le cordage que je veux parce que je sais où il est le réglage de tes voiles c'est automatique pour qu'il te reste uniquement la prise de décision et donc ton énergie le peu d'énergie que t'as parce que t'es fatigué parce que t'as du mal à manger il faut que ce soit voilà il faut que ce soit la prise de décision et pareil on arrive assez musclé parce qu'on perd nos muscles alors tu prends des bras beaucoup mais tu perds les muscles de tes jambes pendant une course et donc en fait l'idée c'est d'arriver assez musclé pour que faire les épreuves physiques ne nous demande pas d'effort même à la fin de la course où on aura perdu des muscles
Loïc ok
Sasha donc t'engranges avant et après ouais il te reste uniquement la prise de décision la stratégie et la tactique à faire et ouais c'est comme ça que tu gères en fait que tu gères ton énergie et il faut aussi que tu gères bien ton mental parce qu'en fait quand t'es crevé vraiment enfin moi je l'ai déjà vécu l'année dernière je le racontais sur la course la SASS la course des Açores quand t'es crevé c'est comme les enfants quoi tu te retrouves à pleurer parce que t'as fait tomber t'as brossadant par terre voilà et là pas arriver dans cet état là c'est interdit dans une course d'arriver à ce niveau là de fatigue et pourtant ça nous arrive tous et du coup là tu vois en plus tu vois sur les vidéos quand tu les regardes après t'es en train de te plaindre à la caméra en train de dire je suis fatigué puis derrière tu vois tes voiles qui sont mal réglés tu t'expliques des trucs qui n'ont aucun sens et quand tu revois la vidéo reposée t'es là mais ma pauvre vieille va dormir quoi
Loïc quand je t'entends parler des automatismes tu me fais penser à une catégorie d'invités qui la plupart du temps sont aussi à l'Orient d'ailleurs mais qui ne sont pas des voileux tu me fais penser au commando marine c'est des conversations qu'on a j'ai eu quelques invités 5-6 invités militaires quasi tous des membres des forces spéciales et en fait c'est ce qui donc évidemment on parle de la notion de stress de prise de décision dans une fraction de seconde dans des environnements où ta vie est en jeu en fait finalement toi c'est il y avait une notion de danger qui est un peu différente personne te tirer dessus mais les décisions que tu dois prendre rapidement l'impact il est finalement aussi énorme et en fait ce qu'il disait c'est exactement ce que tu viens de dire que l'enjeu c'est d'être suffisamment préparé pour qu'il y ait des automatismes qui se mettent en place et finalement il y ait une disponibilité mentale cérébrale pour prendre des décisions sur autre chose en fait des choses des imprévus des choses pour le coup qui méritent pour lesquelles il faut vraiment arriver à mobiliser de la matière grise
Sasha ouais c'est clairement ça et même en fait tu t'entraînes beaucoup aux imprévus aussi nous notamment nos imprévus ça va être la casse quand tu pars sur ton bateau tu sais quelle que soit la casse tu as déjà une solution en tête en fait en tout cas c'est l'objectif moi il m'est arrivé une casse que je n'avais pas prévue mais
Loïc c'était quoi ?
Sasha moi j'ai cassé une basse-tac les basse-tac c'est les câbles qui tiennent le mât à l'arrière de l'auto et moi j'en ai eu donc c'est des câbles toronnés donc des câbles c'est un enroulement de câbles qui forment un plus gros câble et moi j'ai des des torrons qui se sont cassés et en fait j'avais pas du tout anticipé cette casse là parce que pour moi c'est du câble métallique tu vois ça casse pas comme ça et en plus ils étaient assez récents et ouais et là en plus c'était dans les moments très forts donc c'était un moment où j'étais fatiguée et la prise de décision elle a été longue et quand je revois quand je revois les vidéos le journal de bord je me dis j'aurais pu réagir beaucoup plus vite mais en fait sur le moment tu tournes un peu en rond tu sais pas tu sais pas quoi faire et puis j'avais pas de j'avais pas de solution toute prête normalement t'as une casse un outil un bricolage voilà t'as déjà pensé à ce que t'allais faire et là en l'occurrence c'était pas le cas mais bon j'ai fini par trouver une solution qui a tenu à peu près la route mais ouais c'est sûr que il faut arriver à gérer à anticiper tout ce que tu peux et anticiper un maximum d'imprévus c'est là c'est ça qui fait la différence dans ta préparation c'est sûr
Loïc si et côté préparation si jamais tu te blessais tu te faisais une plaie ouverte ou autre vous êtes formé enfin vous vous formez sur je sais pas comment se recoudre un avant-bras une joue une langue il me semble qu'il y a une édition je sais pas si c'était sur la mini transat mais il me semble qu'il y a un un gars sur une course au large qui était plus ou moins tranché la langue et qui avait dû se recoudre lui-même ouais je sais pas si c'est une légende urbaine ou si c'est vraiment arrivé
Sasha c'est Bertrand Debrock si je dis pas de bêtises c'est sur un Vendée Globe je crois il s'est effectivement recousu la langue sacré partie de plaisir et lui alors lui pour le coup Vendée Globe ils ont une communication donc ils ont un médecin au téléphone qui leur dit quoi faire
Loïc ouais
Sasha nous on a pas ça après avec les trackers on peut envoyer des textos en cas d'urgence médicale et c'est d'ailleurs la seule communication qui est autorisée sans être disqualifiée
Loïc ok
Sasha parce que en fait ils veulent pas que les gens empirent des blessures en se disant je veux pas me disqualifier donc j'écris pas au médecin donc c'est la cata donc ça c'est la seule communication qu'on a le droit d'avoir mais globalement non tu fais tout tout seul et puis pour le coup c'est des textos c'est même pas du T9 pour ceux qui connaissent c'est pire que ça donc pour bref t'envoies pas t'envoies pas des textos à rallonge quoi et non on se forme avant ouais on se forme on a une pharmacie qui est blindée moi je le disais en rigolant mon objectif quand on me demandait quel est l'objectif sur cette transat en termes de performance sportive moi je disais mon objectif c'est de ne pas avoir à ouvrir le kit dentaire pour s'arracher une dent et j'ai la joie de te dire que c'est un objectif atteint génial
Loïc oh pinaise ça fait franchement ça fait une quantité de paramètres de potentiellement tu vois d'éléments complexes à prendre en compte c'est vraiment c'est super impressionnant je t'avais posé la question il me semble sur le premier épisode qu'on avait fait ensemble est-ce qu'il faut aujourd'hui tu vois en 2020 2022 2023 2024 est-ce qu'il faut être ingénieur ou en tout cas un très bon mateux pour faire de la voile j'ai pas réécouté ta réponse mais il me semble qu'on s'était quand même dit que ouais ça devient tout devient tellement technique en tout cas pour les nouvelles générations de marins il faut quand même bien câbler mais j'ai l'impression que ça va quand même plus loin que ça parce que c'est même une capacité finalement je trouve ça juste super impressionnant en fait le nombre de paramètres avec lesquels vous devez jongler et tout ça dans un environnement où potentiellement vous pouvez y rester c'est juste franchement c'est hyper impressionnant et tout ça évidemment sur 26 jours tu vois c'est pas une sortie en mer de 2-3 jours c'est 26 jours et donc
Sasha c'est ça qui rend le sport beau je trouve en fait il y a tellement de paramètres qu'il y a aussi différentes façons de gagner et c'est ce qui fait qu'il y a souvent autant de gagnants au départ autant de gagnants à l'arrivée que de concurrents au départ en termes de possibilités parce que tu peux être le meilleur et casser ton bateau tu peux être le meilleur et te retrouver coincé dans une zone sans vent tu peux être le meilleur et t'endormir et louper le coche d'un virement de bord donc il y a vraiment énormément de choses et puis oui être ingénieur c'est une énorme aide après c'est comme tout t'apprends un peu sur le tas mais il y a aussi la partie avant la course et il y a aussi être entrepreneur et ça c'est une phase qui est tellement importante dans la course large du fait que ça marche par du sponsoring des partenariats contrairement à d'autres sports où en fait le skipper il passe peut-être 20-30% de son temps sur l'eau et le reste c'est la partie ingénieur donc chantier anticipation météorologie analyse et la partie entrepreneur aller voir des partenaires trouver des fonds leur faire des propositions commerciales parce qu'évidemment les gens qui me donnent de l'argent dans la voile c'est justement c'est pas du don c'est un investissement il y a un retour derrière et donc toi il faut que tu leur vendes tu leur vendes des produits de la communication tu leur vendes moi j'aime bien dire mon métier c'est de vendre du rêve mais c'est un peu ça tu vends une aventure tu vends de la publicité voilà tu vends des choses plus ou moins concrètes on va dire mais ça fait partie du boulot et en fait ça fait aussi partie de la course parce que si tu es un bon entrepreneur tu vas avoir un peu plus de sous et du coup tu pars avec des voiles neuves tu pars avec un peu plus de formation météo tu pars un peu mieux entraîné parce que t'as pu comme c'était mon cas être à temps plein pendant quelques mois donc voilà ça fait la différence et moi c'est ce que je trouve super c'est que du coup tu peux arriver dans ce sport avec tellement de profils différents et tellement de façons de réussir et donc c'est pas parce que t'es née en bord de mer en faisant de la voile que t'es forcément le gagnant voilà ça permet de rattraper des gaps on va dire en jouant sur certains paramètres et notamment moi c'est aussi une cause qui m'est chère mais et notamment pour les femmes on est dans un sport où c'est pas la force physique qui fait la différence et au contraire l'anticipation la gestion de projet ça joue énormément et du coup on a clairement on a clairement les mêmes chances de gagner que les hommes et ça c'est trop chouette c'est un sport mixte et c'est 100% mixte il n'y a pas de dévantage
Loïc comment tu l'as mentionné très rapidement tout à l'heure tu disais quand on vit des moments aussi intenses sur une période aussi longue forcément le retour à la maison il est il y a peut-être un effet un peu déceptif quand on revient dans son quotidien donc comment ça se passe l'après-course pour toi quelques mois après au moment où on enregistre quelques mois après l'arrivée
Sasha il y a toute une phase à l'arrivée de fête clairement on va pas se mentir toi t'arrives en plus la classe mini c'est une classe qui est très connue pour ça on parle de l'esprit mini l'esprit mini c'est ce côté bah voilà on fait tous une aventure sur nos petits bateaux on est tous plus ou moins en train de galérer contrairement au plus gros projet on est tous en solo à terre comme en mer donc on a pas d'équipe technique du coup bah voilà c'est toi qui nettoie ton bateau c'est toi qui fais les courses pour t'acheter à manger avant un départ de course c'est toi qui va réparer voilà sur ton terre plein donc du coup on s'entraide beaucoup sur l'eau comme il n'y a pas de communication je peux te dire que quand tu croises quelqu'un même si tu l'aimes pas beaucoup bah ça devient ton meilleur ami ça fait 8 jours que t'as parlé à personne voilà les gens se confient les gens s'entraident il y a énormément de solidarité il y a plein de super belles histoires de la classe mini d'entraide entre concurrents et du coup il y a une tradition c'est qu'on accueille le suivant quand toi tu viens d'arriver t'accueilles le suivant et t'accueilles aussi tes copains et globalement t'accueilles à peu près tout le monde sauf le moment où toi tu finis par t'effondrer et aller dormir après ton arrivée et surtout on accueille le dernier et ça cette année c'était magnifique parce que le dernier c'était Romain Vanannis qui a cassé une barre de flèche donc qui a dû faire la transat avec un tout petit morceau de voile et une voile de tempête à l'avant donc il y a la 5 nœuds au lieu des 15 nœuds comme nous et donc il est arrivé longtemps après tout le monde et c'était très très dur pour lui et en fait on lui a fait la surprise il est arrivé au petit matin en fin de nuit on s'est tous cachés dans les bateaux dans le port silence de mort personne il y avait juste sa maman je crois qu'il attendait sur les pontons et lui il arrive et puis il se dit bah ouais je suis arrivé trop tard dans la nuit les gens sont allés se coucher c'est dommage et en fait au moment où son bateau passe dans la rangée entre tous les minis là tout le monde qui sort on fait péter les feux de détresse les fusées le port était rouge voilà de la fumée des flammes c'était magnifique c'était vraiment un très très beau moment et après on a fait quand même un peu la fête entre nous t'as tellement envie de savoir de raconter tout le monde a vécu une chose différente c'est ça en fait on a vécu la même chose mais chacun a une histoire différente à raconter et ça ouais ça prend quand même quelques jours de faire le tour des 90 skippers de partager ces expériences et puis en même temps il faut ramener les bateaux les minis sont trop petits pour traverser l'Atlantique face au vent donc ils rentrent par cargo et donc il y a toute une phase où il faut amener les bateaux au port de commerce les dématés les désossés voilà on les vide on fait le tri on range les affaires on répare un peu et donc là ça fait deux semaines où on est tous ensemble à bricoler donc ça c'est sympa aussi et après il y a la remise des prix début décembre pour les plus chanceux c'était mon cas moi je suis restée en Guadeloupe prendre un peu des vacances parce que je t'aperçois que t'en as bien besoin après deux années sur l'eau et ensuite remise des prix et ensuite chacun rentre rentre chez soi et le mini en plus c'est un circuit pro amateur donc il y a ceux qui repartent comme moi pour la suite et puis il y a ceux qui rentrent chez eux qui retrouvent leurs femmes leurs enfants leur boulot et toi tu dis que tu sais pas quand tu les reverras parce qu'il y en a qui rentrent en Belgique en Suisse en France donc voilà c'est un peu triste de quitter les copains c'est un peu la famille les mini il y a un truc comme ça tu passes deux ans à te retrouver sur l'eau sur les courses et puis un jour on te remet un prix et puis tu te dis au revoir c'est un peu dur et en fait ce qui était vachement dur c'est que moi j'étais à Paris et j'ai fait mes études à Paris j'ai beaucoup d'amis à Paris tu dis chouette je vais revoir tous mes copains ça fait longtemps que je les ai pas vus parce que j'étais prise par le projet et en fait tu te rends compte que t'as envie d'être contre-ministre parce que tout le monde te demande de te raconter ta transat et toi tu sais pas trop quoi dire parce que c'est tellement intense t'as l'impression que les gens comprennent pas en même temps c'est un peu c'est un peu un moment tellement intime que tu te dis si je le raconte ça va partir t'as peur de casser la bulle si j'en parle trop ce sentiment ce que j'ai vécu ça va s'estomper donc t'as envie de garder ça pour toi mais du coup en plus tu te retrouves après les fêtes de famille Noël, le nouvel an donc t'es dans un milieu tellement différent ça c'est assez dur psychologiquement et puis t'as le boulot qui reprend parce que t'as tous les partenaires qui veulent savoir il faut raconter il faut monter ton film il faut aller le présenter et en même temps t'es trop content de voir les partenaires qui t'ont suivi de leur raconter parce que eux ils ont suivi un petit point sur une carte mais voilà moi ils savent pas que quand j'ai fait du sud au milieu de l'Atlantique c'était parce que j'ai cru que j'allais perdre mon mat ils savent pas que quand j'ai fait des ronds dans l'eau au Cap Finistère c'est parce que je m'étais endormie de fatigue ouais t'es content de reprendre et puis après tu te dis aussi mais qu'est-ce que je fais quoi qu'est-ce que je fais de ma vie alors moi j'ai la chance de pouvoir continuer mais j'ai des collègues qui ont repris le boulot et puis au bout d'une semaine ils me disent ça va pas ça va pas du tout j'arrive pas à être derrière un ordi je comprends pas ce que je fais là je vois plus l'horizon je suis perdue et ouais honnêtement on a quelques amis qui sont en dépression et ouais il faut se reconstruire quoi
Loïc ouais
Sasha c'est normal ça prend un peu de temps je pense après tu reviens normal aussi mais je pense que le sentiment le plus fort c'est pour tous c'est quand est-ce qu'on y retourne
Loïc tu penses que tu y retourneras toi ?
Sasha ouais moi je au milieu je me disais mais on est fou je me souviens avoir dit à la caméra j'en ai tellement chié pour être là je me suis fait mal pour avoir mal enfin une fois que j'y suis c'est tellement dur pourquoi pourquoi pourquoi on s'est fait autant de mal pour être là et puis en fait une heure avant l'arrivée je regardais les étoiles parce que je suis arrivée au petit matin je regardais le soleil qui se levait puis les nuages au loin et je me disais mais on va m'arracher au large là je veux pas j'ai pas envie et d'ailleurs mes dernières images filmées par les photographes à l'arrivée je tourne le dos à la ligne d'arrivée parce que j'ai envie de retourner ouais moi c'est sûr j'ai envie de retourner puis en plus j'ai envie de j'ai envie d'aller tout aussi vite sans rien casser j'ai envie de donner plus j'ai envie d'être en meilleure forme pour aller plus loin de battre le record enfin je sais pas j'ai envie de donner plus et de revivre ça en étant un peu plus consciente de ce que c'est de jusqu'où ça peut aller puis j'ai envie de j'ai envie d'y être quoi c'était trop bien
Loïc d'ici la prochaine du coup c'est quoi les prochaines les prochaines échéances pour toi d'un point de vue course au large
Sasha bah le grand projet c'est de faire la route du rhum en 2026 donc la prochaine édition c'est tous les 4 ans la route du rhum elle part de Saint-Malo et elle va en Guadeloupe aussi c'est autrement plus intense parce que bah je le disais nous on s'arrête on part un peu tôt pour éviter les grandes dépressions et puis on arrive on arrive tard pour éviter les cyclones bah là tu pars pile au milieu donc tu prends les deux risques c'est des bateaux plus grands donc des classes 40 c'est une édition assez engagée c'est une course mythique parce qu'elle est vraiment dure mais j'ai trop envie de faire ça parce que bah moi je suis Malouine aussi donc forcément c'est la course que tu vois qui part de la maison donc j'ai envie d'y aller c'est voilà ça c'est vraiment mon rêve le plus fou et pour ça bah il faut changer de bateau et donc en 2026 route du rhum l'idée ce serait de faire la Transat Jacques Vabre en 2025 qui est aussi une course transatlantique le Hav Martinique en double cette fois et donc moi j'aimerais bien changer de bateau au courant de cette année 2024 donc là je continue sur mon petit bateau que maintenant je connais par coeur donc je vais aller faire des courses avec un énorme avantage par rapport aux autres du circuit c'est que moi bah j'ai une Transat dans la poche et j'ai envie d'aller jouer avec mon bateau parce que vraiment il l'a mérité et donc pourquoi pas refaire la course Les Sables et Assorts que j'avais faite l'année dernière en étant éclatée d'une saison de course et en connaissant pas très bien mon bateau et là j'ai envie de la refaire bah avec un peu le feu quoi et ça ce serait l'objectif de cette année ouais
Loïc génial
Sasha ouais j'ai hâte j'ai hâte de tourner au large quoi tu m'étonnes
Loïc mais j'ai pas rebondi tout de suite mais c'est super intéressant ce que t'expliquais sur dans la phase d'après-course que finalement tu en fait t'es un peu coincé par rapport au récit que tu peux faire de ce que t'as vécu parce que bah les gens comprennent pas et donc c'est un peu un espèce de cercle vicieux où si t'en parles bah les gens comprennent pas donc il y a un effet déceptif où tu te dis non mais là en fait ils captent pas ce que je dis donc tu vois ça fait peut-être revivre les émotions tellement intenses que t'as vécu mais sans pouvoir les partager avec les gens qui sont là tout de suite autour de toi et c'est un point que j'aborde assez souvent avec alors pas forcément sur les épisodes mais quand même souvent en off aussi soit avec des amis qui ont fait de l'aventure soit avec des invités qui voilà qui sont partis faire des gros projets d'aventure et on se le disait encore parce que cet été je suis parti faire une expé bah sur un bateau d'ailleurs mais un bateau un peu moins technologique que le tien un drakar donc un bateau viking ouvert en bois de 12 mètres on a fait combien on a fait je sais plus on a fait 7 jours le long des côtes norvégiennes jusqu'à Bergen et donc 7 jours c'est assez court tu vois mais en réalité l'expédition globale ils sont partis des Lofoten jusqu'à Bergen donc ça faisait 1500 km et et en fait c'est ce que le président enfin le capitaine du bateau me disait c'est que bah c'est hyper dur au retour ça a duré un mois c'est hyper dur de raconter tout ça même à des partenaires parce que enfin tu vois puis là c'était en mode bivouac donc il y avait quand même de la rencontre avec des gens donc ça fait tellement de souvenirs de moments intenses de choses incroyables que tu vis pas dans ton quotidien que c'est super dur à résumer synthétiser ou juste à présenter à quelqu'un bah qui a pas vécu ça quoi
Sasha ouais carrément et je pense qu'en plus il y a un truc de toi dans ces moments là t'es quand même dans un état un peu second dans le sens où t'es entièrement tourné vers cette aventure et du coup les choses que tu vis sont vraiment très fortes et donc quand même tu raconterais je sais pas tu racontes tu fais un bivouac tu rencontres un chasseur qui vit là bon bah t'as rencontré un chasseur mais en fait toi c'est un moment où t'es tellement perméable à la rencontre t'es ouvert tu ressens plus les choses qu'en fait le moindre détail est pour toi un moment très fort et quand tu le racontes les gens le voient pas forcément et ça crée un peu un décalage qui peut être douloureux parce que oui comme tu le disais après t'as plus envie de raconter tu te dis les gens ils comprennent pas et c'est dur parce que parfois c'est ta famille tes amis et c'est long ouais c'est long à transmettre moi je pense que les gens qui le comprennent le mieux c'est soit ceux qui sont venus me voir dans mon quotidien ici à Lorient soit ceux qui ont vu le film même si dans le film tu peux pas tout montrer et puis les images ne rendent vraiment pas justice à la violence de la mère et du vent ça c'est vraiment un juste il y a que les ministres quand ils voient nos vidéos qui disent ah ouais là il y avait vraiment de la mère merci ça se voit pas à la caméra mais tu sais que en gros tu sais que tu peux multiplier par un un et demi voire deux les vagues quand tu les vois sur les vidéos mais bref ouais je pense que il y a ce truc là c'est dans des moments où toi t'es fatigué t'es ouvert à tellement de choses les émotions sont plus fortes et donc le récit même si les gens comprennent ce que tu dis ils le ressentent que s'ils l'ont vécu peut-être d'autres aventuriers entre sportifs en tout cas on se comprend on se comprend vachement là-dessus
Loïc écoute en tout cas Sacha même si j'ai pas vécu de mini transat je t'ai dit plusieurs fois mais ton récit super inspirant merci beaucoup d'être venu nous raconter ton cette aventure chapeau franchement chapeau parce que tu vois quand je repense à tout ce qu'on s'était dit il y a à peine plus d'un an maintenant c'est quand même fascinant de voir que t'as réussi à mener ce projet à terme donc félicitations encore une fois et ce sera peut-être d'ailleurs ma toute dernière question c'est que voilà la mini transat qui a été ton objectif de ces deux dernières années ça a été énormément de travail des choix des renoncements des milliers d'heures de préparation d'entraînement de rééducation au mal de mer du coup qu'est-ce que maintenant ça c'est derrière toi que voilà t'as réussi à le faire qu'est-ce que potentiellement t'aurais envie de dire à des gens qui nous écoutent qui ont des projets en tête mais qui osent pas forcément se lancer ou qui sont lancés mais qui sont actuellement dans une phase difficile comme je suis sûr que t'en as vécu plein toi sur le projet
Sasha c'est une très bonne question je pense que les gens qui osent pas se lancer je leur dirais un pas après l'autre moi ça a toujours été ma technique pour faire des choses compliquées il faut les découper en pas simples et après tu fais un pas après l'autre et tu réfléchis plus trop et les gens qui sont au fond du trou faut se rappeler l'objectif final moi j'ai un petit truc quand j'ai des doutes c'est que je vais regarder des vidéos de Transat des vidéos de Rodeurum de Mini et tout en fait il faut se rappeler pourquoi t'as envie de faire ça essayer de revivre un peu les émotions et ça te donne des forces des forces de dingue et puis et aussi se dire que même si ça marche pas tout ce que t'as fait jusque là c'est déjà énorme et donc faut continuer et puis et puis si ça marche pas ça marche pas mais en fait t'auras appris plein de trucs et c'est déjà c'est déjà énorme et il faut être fier de ce qu'on fait et t'arrives toujours quelque part en fait même si c'est pas l'endroit que tu visais au début et il faut savoir profiter du chemin parce que parce que quand tu montes un projet c'est voilà c'est tout ce que t'apprends tout ce que tu construis ça te servira pour la suite et ça te servira peut-être pour un autre projet si celui-ci n'aboutit pas moi je rappelle que quand j'ai lancé mon projet je voulais faire la Transat en 2021 donc il y a eu quand même des hauts et des bas et finalement j'ai fait la 2023 il faut savoir rebondir il faut savoir s'adapter mais chaque pas en avant il faut en être fier et il faut construire à partir de là
Loïc génial super inspirant un grand merci Sacha une fois de plus si les gens veulent te suivre j'imagine que le mieux c'est toujours Instagram LinkedIn ton site internet
Sasha ouais je pense que c'est Instagram où je suis la plus active parce que je raconte un peu ma vie au quotidien je raconte clairement beaucoup de choses mais voilà on aime ou on n'aime pas mais je pense que ce qui est cool dans ce compte Insta c'est qu'on voit vraiment les mille choses les mille casquettes d'un skipper dans une journée et après pour vivre l'aventure vraiment au plus profond je pense que c'est sur Youtube là il y a les vidéos les vidéos qui sont partagées où vraiment on embarque dans les courses et bientôt il y aura le film de la Transat et soit il va passer en festival soit je finirai par le mettre sur Youtube mais en tout cas il est assez dingue et je me permets de dire ça parce que c'est pas moi qui l'ai fait et la personne qui l'a fait est aussi un ministre et du coup c'est quelqu'un qui a vécu la Transat et qui en plus a des qualités de montage assez dingues et donc le film est chouette donc peut-être en festival ou peut-être sur Youtube à voir en tout cas il y a la bande annonce déjà qui est sur Youtube et qui peut donner un aperçu de cette Transat
Loïc génial merci encore Sacha bonne tu dirais que t'es encore dans la phase de récup là ou t'as complètement récupéré d'ailleurs ?
Sasha j'ai clairement pas récupéré mais je suis dans la phase de chantier donc là j'essaie de remettre mon bateau sur pied au plus vite pour aller naviguer et j'ai trop hâte bah écoute
Loïc bonne phase de chantier du coup bonne reprise des courses et peut-être à une prochaine pour un nouvel épisode débrief sur je sais pas la Transat Jacques Vabre par exemple
Sasha exactement ça peut être un rendez-vous annuel ça me va très bien
Loïc génial merci Sacha
Sasha merci à toi au revoir
Loïc merci d'avoir écouté cet échange avec Sacha jusqu'au bout j'espère que ça vous aura inspiré à vous lancer dans vos propres projets pensez à partager l'épisode autour de vous et si vous appréciez les frappés et que vous souhaitez soutenir le podcast il y a plusieurs manières de le faire la première c'est tout simplement de vous abonner si c'est pas encore fait et de laisser une note ainsi qu'un commentaire sur votre plateforme d'écoute ensuite vous pouvez rejoindre le groupe des tipeurs ce sont des auditrices et auditeurs qui soutiennent financièrement le podcast à partir de 1 euro par mois le lien est en description merci d'ailleurs à Florian, Cyril, Alex, Stéphane Jérémy et Lilian pour leur soutien et enfin vous pouvez tout simplement parler du podcast à fond autour de vous pour qu'encore plus de gens osent se lancer dans leur projet je vous dis à la semaine prochaine pour un nouvel épisode dans lequel j'échange avec Jérôme un homme hallucinant de détermination qui a récemment parcouru une partie du GR20 en étant amputé des deux jambes et du bras droit et du bras
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