Les Frappés Les Frappés
Saison 4 EP·166 Mer #Vendée Globe #Ocean Race #voile

21 mai 2024

Aventure et compétition en course au large ⛵️ avec Charlotte Yven et Loïs Berrehar

Durée · 1h03 · Transcription disponible

Charlotte

Le récit

Charlotte Yven et Loïs Berrehar ont grandi bercés par le bruit des vagues de leur Bretagne natale.

La mer, ils en ont d’abord fait enfants un terrain de jeu, de découverte et d’exploration.

Aujourd’hui, c’est leur métier. Skippers professionnels, ils prennent le départ de courses au large emblématiques depuis plusieurs années.

La gestion du sommeil, la phase de préparation, la communication au sein de l’équipage, autant de sujets sur lesquels ils engrangent de l’expérience pour un jour, comme tant de marins français qui ont marqué leur époque avant eux, espérer se confronter à des épreuves de légendes comme le Vendée Globe !

🎧 Excellente écoute à vous.

📸 ©Pierre Bouras

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Transcription

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Charlotte Tu vas t'allonger, tout va bien, l'horizon est clair et puis ta sieste dure un peu plus longtemps que prévu. Je me réveille clairement dans le cosmos, en panique, et puis réveillé par le bruit du diesel, limite l'odeur de l'échappement du gars que je viens de raser.

Loïs On alterne comme ça, il y en a toujours un qui recharge ses batteries pendant que l'autre les utilise.

Loïc Vous écoutez Les Frappés, le podcast de celles et ceux qui se dépassent. Je suis votre hôte Loïc, ancien sportif de haut niveau en judo, coach préparateur mental et amoureux d'activités outdoor en tout genre. Ma conviction, c'est qu'on a tous un frappé au potentiel exceptionnel qui sommeille en nous. J'ai créé ce podcast pour vous faire découvrir des femmes et des hommes qui ont osé le réveiller. Mes invités sont des athlètes de tout niveau, des aventuriers professionnels, des voyageuses au long cours, des entrepreneuses ou encore des militaires, des forces spéciales. Toutes et tous partagent dans mon micro des récits inspirants qui vont vous faire passer à l'action. Attention, une écoute régulière peut entraîner des changements positifs, irrévocables dans vos vies. Loïs et Charlotte ont grandi bercés par le bruit des vagues de leur Bretagne natale. La mer, ils en ont d'abord fait, enfants, un terrain de jeu, de découverte et d'exploration. Aujourd'hui, c'est leur métier. Skippers professionnels, ils prennent le départ de course au large emblématique depuis plusieurs années. La gestion du sommeil, la phase de préparation, la communication au sein de l'équipage, autant de sujets sur lesquels ils engrangent de l'expérience pour un jour, comme tant de marins français qui ont marqué leur époque avant eux, espérer se confronter à des épreuves de légende comme le Vendée Globe. Je vous souhaite une excellente écoute, mais juste avant ça, je tiens à remercier toutes celles et ceux qui ont décidé de soutenir financièrement les frappés via la plateforme Tipeee. Chaque euro contribue à couvrir une partie des frais de fonctionnement du podcast et nous permet de nous rapprocher un peu plus de l'indépendance totale des frappés. Si vous souhaitez vous aussi soutenir le podcast, rendez-vous sur tipeee.com. C'est tipeee.com. Le lien est en description. Merci à vous. Vous êtes sorti en mer ce matin ou non ? Aujourd'hui, c'est journée média.

Loïs Oui, c'est journée média plutôt.

Loïc Yes. Parce que vous organisez par curiosité, vous organisez vos semaines combien de temps à l'avance ? Là, typiquement, ça s'est fait assez rapidement. Pour moi, avec mes standards, ça s'est fait assez vite, le calage de l'interview. Mais vous les construisez combien de temps à l'avance, vos semaines ?

Loïs Ça dépend. On a un planning de course, déjà, de compète, qui est calé assez tôt dans l'année. Et puis après, on utilise ce planning-là de course qui est fixe pour intercaler deux ans, des semaines d'entraînement, ou des semaines de repos ou des journées plus médias.

Loïc Ouais. Ok. Ok, ok. Fabuleux. En tout cas, je suis absolument ravi de vous recevoir sur le podcast Charlotte et Loïs. Bienvenue sur Les Frappés. Géographiquement, vous êtes au même endroit si j'ai bien compris. Enfin, vous n'êtes pas dans la même pièce mais vous êtes dans le même bâtiment, c'est ça ?

Loïs Non, du coup, finalement non.

Loïc Ah, finalement non. Ok. Mais en Bretagne.

Loïs tous les deux en Bretagne

Loïc excellent, fabuleux alors on va parler de plein de choses mais principalement de course au large puisque c'est ce que vous faites de cet univers que je connais assez peu mais qui est assez fascinant j'ai eu plusieurs invités d'ailleurs depuis le début de l'année j'ai l'impression que je suis en train de prendre un virage course au large sur le podcast j'ai eu Sacha Lagnès qui a venu nous parler alors c'était la deuxième fois que je la recevais je vous donne les noms parce que je découvre aussi que le milieu de la voile c'est un petit milieu donc très certainement vous les avez croisés. Sacha qui est venu nous parler de sa mini transat et j'ai eu Sam Goodchild qui est venu nous parler de tout son parcours et puis du Vendée Globe à venir. Donc je suis très content de vous recevoir pour continuer sur cette lignée de skippers et skipeuses en course au large. Peut-être qu'on peut commencer par ça. Comment est-ce que vous en êtes retrouvés à prendre le départ de grosses courses, de courses mythiques telles que celles auxquelles vous participez. C'est quoi un peu votre histoire, votre rapport à la mer et en particulier avec la course au large ?

Loïs Tu commences, Loïs, ou quoi ?

Loïc Grosse question, tout de suite.

Charlotte Grosse question tout de suite. Non, ben... En ce qui me concerne, ça s'est fait assez naturellement. si on peut dire mais en fait moi j'ai eu la chance de grandir en Bretagne en Bretagne Sud là et en Bête-Quibron et c'est vrai que c'est un terrain de jeu qui est assez connu pour la voile de manière générale et et puis il y a quelques années c'était un peu la trinité sur mer c'était un petit peu la mecque de la course au large maintenant les projets ont plutôt migré vers l'Orient mais quand j'étais petit, que je me promenais sur le port de la Trinité avec mon petit carlet pour pêcher les je ne sais quel poissons du port de la Trinité, en fait on les voyait se préparer, à l'époque c'était beaucoup des multicoques, des grands multicoques de course au large et on les voyait se préparer ou partir régater, ça nous faisait quand même bien rêver. Et puis moi j'ai eu la chance d'avoir mon père qui naviguait beaucoup, et du coup je naviguais en croisière plutôt, mais je naviguais déjà tout petit, et donc j'ai tiré mes premiers bords là, à Trinité-sur-Mer, dans le chenal de la Trinité, et puis j'ai commencé la compétition petit à petit, je suis toujours licencié au Yacht Club de Carnac, juste là où j'ai grandi, et puis au fur et à mesure j'ai fait des régates, des régates, et puis au début c'était plutôt dans le Morbihan, puis après c'était régional en Bretagne, après c'était championnat de France, et championnat d'Europe, et championnat du monde, donc ça c'était plutôt en voile légère sur les petits bateaux, en ce qui me concerne c'était les petits catamarans de sport, et puis ça n'a pas trop mal marché, et j'ai commencé à faire un peu de course au large, plutôt en étant mousse, en étant équipier, j'étais assez jeune sur les bateaux. J'ai fait plusieurs trucs, après, course du fast-net, des convoyages, et toutes sortes de choses. Et puis, je me suis lancé en Figaro, donc la classe dans laquelle on évolue tous les deux avec Charlotte cette année, il y a six ans, et voilà, j'y suis toujours. Et puis, petit à petit, j'essaye de progresser chaque année, et de gagner des courses.

Loïc Figaro, juste pour préciser, c'est quoi les caractéristiques de cette classe ?

Charlotte En fait, la particularité de cette classe, c'est que c'est une classe monotype, One Design. Tout le monde a le même bateau. Déjà, c'est assez rare. En fait, il y a des paramètres sur lesquels on peut jouer, notamment la forme des voiles ou des petites choses comme ça mais grosso modo les bateaux sont vraiment tous identiques et donc du coup c'est à arme égale et l'idée c'est vraiment que ce soit le marin qui fasse la différence et voilà après la différence elle se fait sur le nombre d'heures qu'on peut travailler à se préparer, à naviguer, à s'entraîner et puis l'expérience qu'on accumule au sein de cette classe donc voilà grosse particularité trop bien

Loïc merci Loïs, Charlotte du coup ton histoire à toi ?

Loïs et ben moi ça a commencé assez jeune mais aussi parce que j'ai une famille quand même assez proche de la mer mes parents basés à côté de Morlaix donc j'ai démarré mes premiers pas sur l'eau dans la baie de Morlaix, sur le petit bateau familial, en croisière, les week-ends ou pendant les vacances. C'était vraiment en ambiance plus croisière. Mon père suivait à fond les courses au large et tout ça, mais lui, il ne faisait pas tellement de courses ou des petites courses locales. Mais par contre, passionné de la mer, des petits tours sur l'eau, la pêche à pied, dès qu'il y avait la marée et tout ça. les balades au bord de la mer et tout. Donc, c'est un environnement hyper familier. Et moi, j'ai bien accroché. J'ai demandé assez vite de m'inscrire à l'école de voile pour pouvoir être plus souvent sur l'eau, commencer les régates. Et puis après, ça s'est enchaîné un peu comme Loïs, niveau bassin d'abord, les petites courses entre clubs dans la baie de Morlaix, puis départementales, régionales. Je suis rentrée en sport-études au lycée à Brest, au Pôle Espoir de Brest, en même temps, en parallèle. Et là, je faisais, moi, du dériveur double, du 420. Et puis voilà, ça a continué à grimper un peu en niveau national, international, les championnats d'Europe, championnats du monde et tout ça. et puis en 470 donc un bateau un tout petit peu plus grand qui est représenté aux Jeux Olympiques donc là je suis passée au Pôle France donc les compètes étaient de plus en plus dures et c'était de plus en plus intense et en parallèle de ça dès que j'avais du temps libre j'essayais d'aller naviguer sur d'autres bateaux parce que plus j'étais sur l'eau et plus j'étais contente et voilà donc je faisais un peu de match racing un peu de navigation en équipage, et puis au fur et à mesure, des convoyages aussi, des navigations de nuit. J'avais envie d'aller toujours un peu plus loin. Et puis, à un moment donné, je me suis posé la question de est-ce que je continue dans la voile légère dans l'olympisme ou est-ce que j'essaye de me lancer vraiment dans la course au large ? Et ce qui est un peu ingrat en olympisme, c'est qu'en voile, en tout cas, il n'y a qu'un seul équipage par série qui est sélectionné au jeu en fait c'est super intense donc tu progresses énormément en tout ce qui est stratégie, tactique, technique et tout ça mais il n'y a qu'un seul équipage sélectionné pour aller aux Jeux Olympiques à la fin et du coup moi devant moi c'était un peu bouché, il y avait des équipages super forts français qui étaient là déjà depuis quelques années et puis qui avaient encore quelques années devant eux pour les jeux et le niveau était un peu élevé. Et donc, à ce moment-là, je me suis dit, bon, c'est le bon moment pour essayer de tester autre chose et de me lancer un peu dans l'inconnu, dans la course au large. Et puis, on verra bien où ça me mène. Et voilà. Donc, je suis partie pour me présenter à toutes les sélections possibles pour des projets de course au large jusqu'à ce que ça fonctionne. Et ça fait, du coup, maintenant ma quatrième année sur le Cirque Figaro.

Loïc Génial. Alors Loïs, il me semble que toi aussi, tu as une histoire avec les jeux, non ? Tu étais aussi dans un cursus préparation des jeux, et puis finalement, la catégorie, si je ne dis pas de bêtises, dans laquelle tu concourais, était plus présente aux jeux ?

Charlotte Oui, j'ai synthétisé rapidement, parce que sinon, ça peut prendre du temps. Mais en fait, moi, j'étais passionné de multicoque, parce que je le suis toujours d'ailleurs, mais je rêvais vachement de ces grands multicocs océaniques de course au large. Il y avait une vraie dynamique en Bretagne Sud à ce moment-là. Il y avait beaucoup de kata de sport. Il y a le bien connu OB416, SL155 et il y avait le Tornado, qui était un grand kata de sport, qui était le support des Jeux Olympiques. et en fait on s'entraînait à l'ENV, à l'école nationale de voile à Quiberon et on voyait les équipes de France sortir avec les Tornados et donc là c'était les grands noms de l'époque, alors il y avait François Morvan Xavier Reville, Yann Guichard enfin il y en avait plusieurs et nous c'était le, forcément on était dans les catégories jeunes et on voyait ça on voulait participer, notre rêve c'était de participer au jeu et d'être sur ces bateaux là et en fait l'ISAF, enfin je sais plus quelle instance a décidé de supprimer le kata des JO et il y a eu un petit une édition sans kata et donc ça m'a poussé à la réflexion de plus retourner vers la course au large en fait quand j'avais voyagé aussi avec mes parents en bateau parce que quand j'étais petit il y a 10 ans j'ai fait ma première sans Atlantique, on a voyagé un an sur Akata avec mes parents et ma soeur autour de l'Atlantique et du coup j'avais vraiment pris le goût encore plus pris le goût du large à ce moment là et donc j'avais toujours ça dans un coin de ma tête et je me suis dit après Akata est revenu mais j'étais déjà parti j'avais déjà switché je voulais déjà faire de la course au large donc du coup c'est comme ça que j'ai assez naturellement basculé je dirais

Loïc super intéressant et vous diriez pour continuer du coup sur le le parcours je suis curieux de savoir qu'est-ce qui vous a amené finalement là où vous en êtes aujourd'hui j'ai bien compris que vous avez tous les deux grandi dans un environnement familial et puis aussi géographique où la mer a une place très importante mais pour autant qu'est-ce qui fait que vous avez accroché au point de d'avoir des carrières Charlotte tu ne l'as pas précisé mais tu as été championne de France il me semble bien, plusieurs fois vie championne de France vie championne du monde des podiums aux championnats d'Europe Loïse quand on regarde ton palmarès c'est hallucinant aussi donc clairement vous n'êtes plus des navigateurs du dimanche qu'est-ce que vous avez trouvé dans votre pratique respective qui fait que vous avez accroché et qu'aujourd'hui votre projet pro et même votre projet de vie, c'est d'aller encore plus loin. Encore une deuxième grande question. Après, tu mets j'attaque avec deux grosses questions.

Charlotte Après, c'est hyper large, mais le premier truc, c'est déjà la course au large. Il y a un sentiment de… En bateau, de manière générale, il y a une espèce de sentiment de liberté parce que le terrain de jeu quand on se représente le truc c'est juste immense parce que le rêve de naviguer poussé par le vent à l'échelle de la planète il y a quand même beaucoup d'océans qui recouvrent la terre donc déjà ça donne un peu un sentiment de liberté de partir naviguer au large et puis après il y a la dimension compétition qui nous anime énormément. Et du coup, le large, je trouve que c'est une discipline qui permet vraiment d'allier compétition et aventure et assouvir cette sensation de liberté quelque part. Je pense que c'est les principales motivations qui me poussent à me dépasser là-dedans.

Loïc Aventure et compétition.

Loïs ouais bah ouais c'est clair que c'est c'est incroyable et pas facile à décrire en même temps faudrait qu'on t'embarque une journée avec nous bah ouais carrément c'est quand même c'est quand même trop chouette d'être sur son bateau sur la mer avec bah juste l'eau autour et puis ton bateau et tes voiles pour te pour te diriger avec bah tu vas où tu veux tu fais un peu ce que tu veux mais en même temps tu maîtrises pas tout parce que t'es dépendant des éléments autour de toi s'il n'y a pas de vent t'avances pas, s'il y a du courant tu vas pas forcément comme tu veux et c'est de composer avec tous ces trucs là que tu maîtrises pas vraiment aussi qui est quand même hyper satisfaisant quand t'y arrives

Loïc ouais donc vous diriez qu'il y a aussi une dimension un peu stimulation intellectuelle, le fait de devoir trouver des solutions très très rapidement avec les moyens du bord

Loïs ouais carrément et d'autant plus en compétition parce que tu dois trouver les meilleures solutions que les autres pour essayer d'arriver devant à la fin. Tu dois analyser la météo, faire marcher ton bateau plus vite. Tous ces petits paramètres-là. Et puis en plus, sur nos courses, on est en double en solitaire, mais en solitaire, tu es vraiment du coup le seul maître de ton destin un peu.

Loïc Fascinant. C'est intéressant ce que tu disais, Charlotte, que c'est difficile à l'expliquer. je fais souvent le parallèle avec des invités que je reçois qui viennent de l'univers de la haute montagne et quand ils parlent des émotions qu'ils vivent, de ce qu'ils ressentent quand ils sont là-haut c'est pareil, souvent il y a un peu enfin ce qu'ils évoquent, finalement il faut le vivre, c'est compliqué à expliquer parce que c'est tellement riche, tellement intense tellement le sentiment de liberté, d'évasion, d'aventure ça revient souvent aussi mais bon la haute montagne ça me parle un peu plus la voile je vous avoue qu'à part quelques tours d'optimisme dans la baie de Nouméa quand on vivait en Nouvelle-Calédonie pas dégueu pas dégueu mais bon optimiste quoi vraiment de la course au large bah ouais ouais

Loïs la haute montagne c'est un milieu que je connais pas du tout pour le coup Loïs pourra sûrement mieux en parler que moi mais je peux imaginer que ça doit ressembler un peu à ce qu'on peut vivre en mer

Loïc tu fais de la haute montagne à Louis ?

Charlotte non j'aurais pas la prétention de dire que je fais de la haute montagne mais j'aime bien ça j'aime bien le ski de manière générale et ouais j'aime bien déjà je trouve qu'il y a quand même pas mal de similitudes entre la montagne et la mer, déjà ne serait-ce que dans la manière de préparer ta journée ou ton expédition de préparer ta météo en montagne la météo est très complexe mais elle est très prépondérante dans les choix de ce que tu vas faire la météo décide vachement de ce que tu vas faire et de ce que tu vas pouvoir faire ou ne pouvoir pas faire un peu comme en bateau quand tu prends la mer et puis après il y a aussi le côté glisse moi j'adore la glisse de manière générale sur l'eau et donc forcément sur la neige ça me plaît aussi et c'est sympa de faire le parallèle entre les deux, d'ailleurs j'ai participé cet hiver à un événement qui est organisé par Eric Loiseau que tu dois connaître de nom peut-être qui a fait plein de choses en bateau et qui a décidé d'orienter plus sa carrière vers la montagne, bref il a organisé un événement qui s'appelle Mère et Montagne qui invitent des marins et des professionnels de la montagne, que ce soit des alpinistes, des skieurs, il y a des gens de plusieurs horizons. Et puis du coup, on a fait ça cet hiver, une semaine, et c'était vachement bien de rencontrer des nouvelles personnes qui ont des objectifs aussi, qui sont vachement engagés aussi, et dans d'autres milieux, mais c'était passionnant. et ça me... J'ai trouvé qu'il y avait un vrai parallèle et des belles inspirations. Enfin, moi, j'ai trouvé pas mal d'inspiration chez certaines personnes et c'était bien chouette. Il y a vraiment une connexion entre les deux alors que pourtant, c'est deux environnements complètement différents. Il y a des valeurs et des façons de fonctionner qui sont très proches.

Loïc Je suis assez d'accord. Je pense que c'est l'engagement aussi. La notion d'engagement totale, en fait. quand vous partez en course au large, là, je pense à la mini-transat où Sacha m'expliquait qu'il n'y a pas vraiment de moyens de communication. C'est vraiment, il faut compter sur soi. C'est un peu comme en haute montagne. Selon les situations, les endroits où tu es, il n'y a pas de secours possible. Il faut se débrouiller. C'est peut-être ça, cette notion d'engagement, le fait d'accepter de se mettre dans potentiellement des situations où on est seul, mettre à bord, ou dangereuses, mais qui est potentiellement dangereuse qui fait que la haute montagne parle aux marins et j'ai l'impression que la mer parle aux montagnards

Charlotte ouais ouais

Loïc après je trouve que la montagne

Charlotte est encore plus dure à appréhender on est moins maître j'ai l'impression de beaucoup plus maîtriser sur l'eau qu'en montagne mais après c'est par rapport à quoi ? la météo ? ouais la météo, l'incertitude les gros risques quand je discute avec des guides de haute montagne, il y a quand même souvent des accidents, c'est un métier vraiment à risque. Et donc, leur humilité face aux risques et comparé à l'engagement qu'ils mettent, je trouve ça hyper fort et je respecte énormément et je suis assez admiratif de ces gens qui risquent quand même leur vie tous les ans pour donner, montrer, rendre la montagne plus accessible, mais ouais, ouais, c'est assez... Je suis assez... Je respecte.

Loïc Alors justement, tu parlais de situations potentiellement dangereuses, de risques. C'est quoi, vous, les anecdotes que vous pourriez partager sur des situations en mer, alors que ce soit en solitaire, ou je ne sais pas si vous avez fait... Vous avez fait beaucoup de choses tous les deux, ensemble, ou pas encore ? Parce qu'on On ne l'a pas précisé, mais la raison pour laquelle vous êtes deux, c'est que vous faites partie d'un... C'est quoi ? C'est une sorte de programme d'accompagnement pour les skippers prometteurs, en gros, si je ne présente pas mal. Oui, c'est ça.

Loïs C'est la Massif qui a mis en place depuis 15 ans une filière de détection et de recrutement de skippers qui ont déjà un peu d'expérience et un potentiel de résultat, on va dire, et qui sélectionne tous les deux ans un nouveau skipper pour l'accompagner pendant un, deux ou trois ans à faire des performances en Figaro et du coup Loïs a été le skipper sélectionné en 2022 et moi ou en 2021 pour la saison 2022 et moi la skipper sélectionnée en 2022 pour la saison 2023

Loïc la classe

Loïs et du coup on a chacun notre bateau, on fait les courses en solitaire chacun sur notre bateau, mais on a aussi fait des courses en double ensemble sur le même bateau.

Charlotte Pas plus tard qu'il y a deux semaines.

Loïc Pas plus tard qu'il y a deux semaines, ok. Et c'était laquelle ?

Loïs C'est une course qui s'appelle le Trophée Laura Verme à la Trinité sur mer.

Loïc Ok, excellent.

Loïs On a surtout fait une traversée de l'Atlantique ensemble l'année dernière aussi.

Loïc Ah, énorme ! Que tous les deux ?

Loïs Tous les deux sur le même bateau, avec une de concurrents pareil en double sur leur bateau

Loïc génial du coup est-ce que vous avez pour en revenir à ma question initiale est-ce que vous avez des anecdotes de situations vécues alors que ce soit en solitaire ou tous les deux sur le même bateau de situations où vous vous êtes dit ok là c'est potentiellement très très chaud

Loïs ensemble je sais pas si on a déjà été dans des situations vraiment très très chaudes

Charlotte non je pense qu'on s'est plutôt bien comporté non non en fait nous avec Charlotte le plus finalement le plus intense qu'on ait vécu c'est plus je trouve tu m'arrêtes si tu n'es pas d'accord mais j'ai l'impression que c'est plus sur l'intensité au niveau du sportif et de la compétition parce que cette transat à laquelle on a participé qui partait de Concarneau en avril l'année dernière et qui arrivait à Saint-Barthes et donc sur nos monotypes là sur nos Figaro donc c'était très proche et très serré à l'échelle de l'Atlantique on a mis 18 jours à traverser et donc ça commence à être assez long et c'est comme des petits bateaux ils font 10 mètres les bateaux donc voilà c'est un espace de vie assez restreint et c'est pas très confortable et du coup rien que pour ça c'est une grosse aventure mais on était tellement happé par le sportif, en fait on jouait la gagne et c'était très serré jusqu'à l'arrivée et en fait on était ouais je pense que ce qu'on a le plus vécu c'est pas le stress mais l'adrénaline de se battre jusqu'aux derniers instants les dernières options, les derniers petits jeux qu'on a pu mettre en place pour essayer de gagner, c'était ça le plus intense. C'est l'engagement, on fait presque... Enfin, on ne s'arrête pas pendant 18 jours, on fait presque corps avec le bateau et on fait des siestes, on se relaie, mais on ne perd jamais de vue de l'objectif. Il y a très peu de moments de relâchement, on y pense H24 et ouais, on on vit le truc à plus de 100% presque. Et puis du coup, ça s'est bien terminé pour nous parce qu'on a gagné cette transat-là. Donc c'était une sensation énorme. Et à la fois, c'était vraiment proche puisqu'on n'arrive que 17 minutes avant le deuxième. Sur 18 jours, c'est un écart mais infime. Donc on était sous pression tout du long et jusqu'à la dernière nuit avant d'arriver. et moi c'est ce que je retiens de plus fort parce que quelque part il y a eu des moments difficiles avec beaucoup de vent où on aurait pu être impressionné où on aurait peut-être dû être impressionné et puis finalement on était tellement dans notre truc on était tellement dans le sportif que ça nous fait ça nous rend imperturbable l'entraînement et l'expérience contribuent beaucoup à ça c'était la première transat de Charlotte mais moi c'était ma huitième je crois ma neuvième donc forcément peut-être que Charlotte a plus été impressionnée de certaines situations mais on n'a pas eu des conditions trop extrêmes sur cette course là en tout cas parce que moi j'avais participé à la même transat deux ans auparavant donc en 2021 et là on s'était fait des belfrayeurs parce qu'on avait eu des conditions de vent très fortes notamment proche des îles des Canaries il y a une accélération naturelle du vent qui est bien connue et donc où le vent frotte sur la montagne les îles des Canaries c'est des îles qui sont très très élevées en altitude, c'est très montagneux et ça peut avec les différences de température entre la nuit et la journée et l'effet de frottement il peut y avoir des vents très violents qui s'accélèrent et qu'on n'a pas forcément anticipé autant qui ne sont pas forcément bien modélisés sur les modèles météo et là on peut se faire surprendre et on s'est fait surprendre d'ailleurs en 2021 et ça peut faire des roulet-boulets un peu engagés

Loïc c'est les fameux vents catabatiques ou rien à voir ?

Charlotte alors catabatiques je ne sais pas mais en tout cas nous on a fait En tout cas, c'est des phénomènes locaux qui sont bien connus d'ailleurs, mais qui sont toujours assez surprenants. Et qu'on étudie tout le temps, mais au final, il n'y a qu'en allant sur le terrain et en les rencontrant qu'on se rend compte du truc.

Loïc Et Charlotte, du coup, à l'arrivée de cette course de 18 jours, où comme disait Loïs, vous êtes dedans H24 non-stop, avec j'imagine plein de concessions sur le sommeil, le temps de récup, etc. Donc vous êtes cramé assez rapidement. Il se passe quoi dans ta tête quand vous arrivez, qu'en plus vous gagnez, sachant que c'est ta première transat ?

Loïs C'est clair que c'était incroyable. C'était dingue. Comme elle a bien dit Loïs, on était focus pendant 18 jours. Le fait que l'expérience de transat d'avant et de moments un peu plus chauds dans du vent et tout ça, ça a fait qu'il a su bien gérer ces moments là et moi au final je les ai il y a eu du vent c'était un peu impressionnant mais donc je m'étais préparée à des trucs pires il m'avait bien briefé pour que je sache à quoi m'attendre donc c'était top et la compète elle était incroyable on était quasiment à vue tout le temps pendant 18 jours avec les concurrents et donc c'était hyper intense et donc l'arrivée, c'était dingue. D'arriver aux Antilles par la mer pour la première fois, déjà, c'est un truc assez fou. Et en plus, en tête d'une course comme celle-là, c'est assez mythique. Donc, c'est clair que l'arrivée, dès que tu vois l'île un peu, t'as envie de fêter le truc. C'est dingue. En fait, il faut faire le tour de l'île pour passer la ligne d'arrivée. et là tu sais que t'as gagné donc il faut rester encore concentré un petit moment quand tu commences à voir les bateaux arriver vers toi avec les projecteurs et tout et qu'il te reste des manœuvres à faire c'est pas facile t'es entre eux, il faut rester super concentré et en même temps t'as envie d'exploser le joie déjà alors que c'est pas vraiment fou et puis quand tu passes la ligne d'arrivée là c'est dingue, il y a plein de bateaux autour, t'es vraiment juste devant le port il y a les lumières il y a la musique, il y a les odeurs et tout c'est assez fou et quand tu poses le pied sur le ponton et que tu réalises vraiment ce qui vient de se passer c'est incroyable

Loïc excellent

Loïs un souvenir de dingue

Loïc c'est quoi les grandes différences entre les courses en double comme celle-ci et les courses en solitaire est-ce que c'est forcément on pourrait se dire c'est plus facile vous êtes deux ça pourrait être la réponse évidente de quelqu'un qui ne connait pas comme moi mais est-ce que c'est vraiment le cas ou est-ce qu'il y a des enjeux complètement différents ?

Loïs T'as la partie humaine en plus qui rentre en jeu donc c'est trop cool quand tu te retrouves avec une personne avec qui ça matche bien et avec qui le fonctionnement est fluide ou en tout cas devient fluide et facile rapidement que ça se complète bien nous ça a été le cas donc c'était trop cool en tout cas pour ma part je trouve ça trop cool de naviguer avec Loïs parce que ça matche bien après je pense que c'est pas forcément toujours simple ça dépend un peu des personnalités des gens si t'arrives à bien te mettre d'accord sur les trucs et à te compléter c'est un peu ça l'enjeu du double

Charlotte pour ajouter la grosse différence quand même elle se fait sur le sommeil je pense quand même parce que en fait quand t'es en solitaire alors ça dépend du schéma de la course il peut y avoir des moments des moments compliqués où c'est pas toujours facile de dormir parce qu'il faut gérer le bateau notamment quand on est proche des côtes parce que quand on est proche des côtes il y a beaucoup de dangers il y a des courants, des cailles ou des vents des vents qui sont perturbés par la terre et la différence de température entre le jour et la nuit la terre ça influe énormément les vents pour les montagnards ils savent bien et pour nous aussi en fait on a des vents plus stables en moyenne au large que à terre et donc souvent en solitaire nous nos courses elles sont quand même pas mal proches des côtes et donc le double ça permet de quand on va dormir et que l'autre mène le bateau on peut entre guillemets dormir sur nos deux oreilles. On sait que l'autre est là et a un œil sur la stratégie, a un œil sur la marge du bateau. Un œil et deux mains, d'ailleurs, souvent. Et du coup, c'est beaucoup plus facile à gérer en termes de fatigue, je dirais. Dans le déroulé de la course et surtout quand la course commence à durer longtemps, plusieurs jours. Parce qu'on peut faire une étape de 24 heures en solitaire sans quasiment dormir, sans gérer son sommeil ça passe deux jours ça commence à être un peu compliqué mais plus de 3-4 jours ça peut être très très compliqué si on gère pas bien sa course en solitaire parce que les moments pour dormir sont rares et il faut les prendre au bon moment donc je pense que c'est vraiment ça le gros la grosse différence après le fait d'être à deux je trouve aussi que tu es en interaction quasiment tout le temps. Donc du coup, ça discute, ça progresse aussi des expériences de l'un et de l'autre. Chacun apporte sa façon de voir les choses. Et ça, c'est hyper intéressant et enrichissant. Tu apprends énormément. Et puis, il y a un côté aussi de cohésion. Souvent, les équipages performants, c'est des équipages qui s'entendent bien, où il n'y a pas trop de filtres, où tu peux parler assez librement et c'est assez agréable quand tu tombes face à une personne avec qui ça marche bien et en plus de ça, du coup, il y a je dirais l'interaction humaine c'est quand même une grosse différence quand on est tout seul tu vois

Loïc tu veux parler à toi-même

Loïs mais bon, ça n'a pas le même

Loïc non mais je posais la question parce qu'on pourrait se dire spontanément à deux c'est plus facile mais tous les points que vous avez évoqués la communication la complémentarité les tempéraments de chacun ça joue également en fait c'est un paramètre de plus dans une équation qui est déjà quand même bien complexe à la base donc c'est pour ça que je vous posais la question et d'ailleurs sur le alors je ne me rends pas trop compte s'il y a vraiment beaucoup de choix stratégiques à faire une fois que vous êtes au large si c'est vraiment des ajustements de chaque minute ou si une fois que vous avez un cap vous le gardez pour 1h, 2h, 3h mais sur les choix stratégiques que vous devez faire comment ça se passe quand vous êtes deux est-ce qu'au moment où il y en a un qui barre c'est lui le maître à bord et point barre ou est-ce que vous décidez est-ce que c'est collégial

Loïs on est quand même sur le même bateau et on va aller au même endroit et comme on est en course on a un peu tous les deux le même objectif donc on échange beaucoup et c'est pas en tout cas on s'est pas vraiment répartis les rôles en disant qu'il y en a un qui fait les choix et prend les décisions et l'autre qui fait marcher le bateau plus vite par exemple on partage un peu tous les rôles on discute beaucoup et on partage pas mal les rôles à bord après Louis a plus d'expérience donc il a plus de recul sur certaines situations aussi et qui facilite parfois les choix à faire mais en tout cas on échange quand même vachement

Loïc Je voudrais revenir sur un point que vous avez évoqué qui est le sommeil qui est un aspect qui me fascine la gestion du sommeil sur du long alors forcément sur les courses au large systématiquement je pose la question c'est quoi la stratégie, comment vous gérez ça moi j'en ai fait une fois l'expérience sur un ultra trail qui a duré 148 heures et en fait c'est là où je m'étais dit concrètement comment font les gens donc j'avais posé des questions à des anciens invités qui sont devenus des copains qui étaient dans les forces spéciales parce que eux c'est pareil quand ils partent en mission ils ne peuvent pas se poser et dormir selon la mission il faut être réveillé 24, 48 heures, 36 heures et je pose maintenant systématiquement la question aux marins parce que pour en avoir fait l'expérience c'est quand même un vrai sujet la récupération rapidement donc comment est-ce que vous vous organisez surtout quand c'est sur 18 jours, est-ce que vous essayez de vous en tenir à une routine est-ce que c'est dès qu'il y a une opportunité vous vous relayez pour enganger un maximum de sommeil comment vous gérez ça

Loïs sur 18 jours et en double en fait on se relaie pas mal il y en a toujours un qui est dehors, qui gère le bateau et tout ça, et un autre qui a du temps pour se reposer. Et puis après, cette alternance-là, ça dépend, il y en a qui l'affichent vraiment à des horaires pour respecter, une heure et demie, une heure et demie, ou trois heures, trois heures. Ou d'autres qui le rendent plus flexibles en fonction des conditions, en fonction de plein de paramètres. Mais globalement, on alterne comme ça. Il y en a toujours un qui recharge ses batteries pendant que l'autre les utilise.

Loïc Est-ce que vous arrivez dans des états de fatigue équivalents à ce que vous pouvez connaître sur des courses en solitaire où l'objectif c'est justement de jamais vous mettre dans le rouge du genre avoir des hallucinations ou ce genre de choses ?

Charlotte Normalement en double on n'est pas obligé d'en arriver jusque là normalement. On aurait mal géré. C'est pas la même fatigue je dirais déjà l'effort est quand même beaucoup plus long parce que nous nos étapes qu'on fait en solitaire elles durent 4 jours 5 maximales en tout cas sur ce bateau là sur ce circuit là évidemment quand on s'engage sur des courses comme le Vendée Globe là c'est complètement différent mais du coup du coup nous il y a quand même une grosse différence de gestion de la course entre une transatlantique qui dure 18 jours en double et une étape du Figaro qui dure 4 jours en solitaire. Parce que... Et ouais, et c'est pas la même fatigue en fait. On dort beaucoup plus sur une transat par le fait qu'on est deux et que ça dure 18 jours. Donc si on se met sur le même rythme de sommeil qu'on a pour une étape de 4 jours, on tiendrait pas 18 jours dans tous les cas. Donc t'es obligé de cumuler. Au final, on arrive à presque dormir quand on est dans, on va dire, une situation à peu près stable en moyenne je pense qu'on n'est pas loin de faire nos 6 heures par jour et par personne de sommeil alors elles sont alternées bien sûr puisque ça va être des siestes de 2h tous les 2h30 ou 3h mais on arrive à on prend évidemment une dette de sommeil mais qui est pas aussi énorme que quand on a dormi j'en sais rien 5 heures en 4 jours là c'est pas pareil et puis comme je te disais tout à l'heure en fait en double tu te reposes sur tes deux oreilles en fait la grosse différence entre un mec qui fait un ultra trail enfin j'ai jamais fait d'ultra trail mais j'imagine c'est que quand il s'arrête son temps pour faire une sieste par exemple son temps est stoppé parce que nous c'est pas tout à fait pareil on a le bateau qui nous porte on dirige le bateau mais on a un pilote automatique et si la situation est stable on peut faire des siestes et le but c'est de perdre le moins de temps possible alors évidemment on est moins performant à dormir à l'intérieur qu'à régler le bateau sur le pont mais c'est pas un temps mort c'est juste qu'il faut apprendre à le faire au bon moment pour que ça nous fasse perdre le moins possible c'est ça en fait tout le jeu du truc et c'est ça qui est passionnant aussi c'est pas parce qu'on va dormir qu'on va être moins bon. Au contraire, si tu n'es pas lucide sur une situation complexe parce que tu n'as pas assez dormi, tu peux louper le train, louper une option qui sera cruciale. Alors que j'imagine qu'en trail, quand tu vas dormir, le temps s'arrête. Tes jambes ne courent pas toutes seules. Du coup, c'est un vrai jeu. Il y a un vrai plan stratégique sur le sommeil aussi. Ça, c'est clair et net.

Loïc Ça vous est arrivé de vous faire des frayeurs justement parce que vous n'aviez pas géré le sommeil de la manière la plus optimale ? Pas nécessairement sur cette transat, mais même en solo ?

Loïs Moi, ça m'est déjà arrivé de m'endormir un peu plus longtemps que prévu et de me retrouver à du coup pas faire la trajectoire que j'aurais aimé faire parce que le réveil a sonné, mais j'étais tellement fatiguée que je ne l'ai pas entendu. C'est l'inconvénient aussi, c'est que quand le bateau est dirigé par le pilote automatique, si tu ne te réveilles pas, le pilote automatique il va tout droit et il n'y a personne pour le reprogrammer.

Loïc Et toi Loïs, même chose, ça t'est arrivé aussi ?

Charlotte Oui, ça m'arrive moins maintenant avec l'expérience, mais ça m'arrive quand même tout en temps. Oui, des moments un peu chauds, des moments, on se fait vraiment, ce que je disais tout à l'heure, on se fait vraiment prendre par le jeu de la régate et des fois, c'est compliqué de relâcher, de se dire non, là j'investis un quart d'heure de sommeil ou dix minutes même où j'investis du temps à aller dormir et on peut vite surtout quand tu commences et que tu n'as jamais trop fait tu peux vite te faire prendre par le jeu de la régate et arriver dans des états de fatigue assez importants moi ça m'est déjà arrivé par exemple tu vois il y a les cailloux, tout ça les tempêtes mais il y a aussi on n'est pas les seuls en mer, il y a des cargos, il y a des pêcheurs il y a d'autres concurrents il y a d'autres voiliers ça m'est déjà arrivé de me retrouver limite de me faire réveiller par le bruit du moteur du bateau de pêche vraiment être très proche d'une collision et ça c'est dangereux ça ça peut être tu vas t'allonger tout va bien, l'horizon est clair ta sieste dure un peu plus longtemps que prévu le pêchou lui il bosse il t'a pas forcément vu t'arrives selon la météo assez vite sur lui ça peut être chaud c'est un exemple mais le genre de truc qui m'est arrivé où je me réveille clairement dans le cosmos en panique et puis réveillé par le bruit du diesel limite l'odeur de l'échappement du gars que je viens de raser et des situations comme ça malheureusement ça peut arriver quand t'es hors d'aide de sommeil assez fréquemment il y a tellement de paramètres et tellement de situations qui peuvent être compliquées si t'es pas lucide ou que t'es pas bien organisé que ça peut vite déraper quand même et c'est ça qui est plutôt dangereux

Loïs ouais et puis ça peut se jouer à pas grand chose t'as de la chance t'es endormi et tu passes juste au cul du bateau de pêche mais t'as un peu moins de chance et les roues se croisent c'est déjà arrivé à des gens et là ça doit faire vraiment drôle

Loïc ouais effectivement t'es réveillé au cul du chalutier un petit exemple sympa comme ça c'est possible d'être du coup pareil c'est une question que je pose régulièrement parce que plus je rencontre des skippers comme vous plus j'ai l'impression que c'est compliqué aujourd'hui avec la technicité des bateaux, la performance qui ne cesse d'augmenter, c'est compliqué de faire ce que vous faites sans être très cartésien, organisé, ingénieur, un peu matheux. Est-ce que je me trompe complètement ou est-ce que dans les profils que vous voyez autour de vous, c'est quand même globalement des gens qui sont câblés comme ça ?

Charlotte Non, tu as bien raison. d'ailleurs au final la voile c'est beaucoup de chiffres c'est beaucoup de chiffres donc au final on est confronté à des chiffres tout le temps, en permanence même et ça devient presque si t'es pas matheux tu le deviens quand même finalement un peu que ce soit dans la stratégie ou dans les options de route c'est beaucoup de calculs alors on a des outils qui maintenant sont quand même hyper pointus pour mesurer le vent, mesurer la vitesse. Et après, on a des logiciels qui engrangent toutes ces informations avec des algorithmes qui nous permettent de calculer au mieux la route. Tout ça, ça se prépare en amont. Ça ne tombe pas tout cuit comme ça. Mais dans la réflexion et dans la préparation, il faut être un petit peu geek quand même. sinon ça devient compliqué aujourd'hui avec les moyens qu'on a

Loïc alors justement cette phase de préparation à quoi est-ce que ça ressemble si on prend, Charlotte tu nous disais en intro que vous aviez votre saison globalement toutes les courses qui étaient connues bien en avance alors j'ai pas les dates on m'avait envoyé, les équipes skipper massifs ils m'avaient envoyé un calendrier de 2023, donc j'ai pas celle de 2024 mais j'ai cru comprendre qu'il y a une course là très bientôt qui arrive si je me trompe pas pour tous les deux

Loïs ouais carrément c'est la solo maître coq qui se court au départ des sables d'Olonne dans 3 semaines 2 semaines fin avril toute fin avril

Loïc donc typiquement si on prend cette course comment la phase de préparation classique on va dire même si j'imagine que selon les paramètres de la course si vous êtes en solitaire en double etc ça varie mais globalement c'est quoi les grandes étapes comment est-ce qu'on se prépare à votre niveau à une course comme celle-ci

Loïs et ben ce qu'on peut faire déjà maintenant c'est préparer techniquement le bateau, le matériel c'est le truc qu'on peut faire le plus en avance parce que quasiment tout le reste après ça va dépendre beaucoup de la météo

Loïc donc c'est du dernier moment

Loïs c'est un peu du dernier moment parce que la météo à 3 semaines là elle est pas du tout calée même une semaine à l'avance c'est pas super super fiable donc ça on prépare les quelques jours avant le jour du départ.

Loïc Donc, vous avez... Question sans doute très bête pour les gens qui font de la voile, mais c'est pas grave, je la pose. Donc, vous n'avez pas de scénario type, par exemple, je ne sais pas, il y a du vent qui souffre dans telle direction, globalement, on applique ce scénario-là, puisque vous connaissez déjà les points de passage obligés pour la course, il me semble, ou pas ?

Loïs Oui, si, si. Après, il y a des endroits qu'on commence à connaître, ou si on ne connaît pas, il y a des endroits quand même qui sont assez réputés par exemple si on doit passer le rat de sein par exemple il y a des gros effets de courant et il y a des cas de figure où on sait que si on a le courant de face on va passer plutôt par là si on a le courant dans le bon sens on va passer dans l'autre sens etc et pareil avec le vent il y a des effets de site qui sont assez classiques et qu'on peut déjà un peu anticiper

Loïc mais c'est à grosse maille et vraiment l'affinage ce que tu disais se fait une fois que la météo est vraiment fiable à quelques jours du départ

Loïs ouais c'est ça

Loïc ok et sur la préparation technique du coup ça correspond à quoi parce que même chose est-ce que t'adaptes pas le matériel en fonction des conditions notamment est-ce que tu peux prendre certains types de voiles plutôt que d'autres ou là pour le coup c'est non il faut juste que le bateau il y a un équipement standard et puis il faut que tout soit prêt

Loïs ouais bah en fait comme on disait c'est de la monotipie donc on a une jauge assez stricte et tous le même matériel après c'est vrai qu'on peut jouer un peu sur les voiles si c'est une course super importante on va sortir les voiles les plus neuves s'il y a beaucoup de vent prévu et qu'on veut pas abîmer nos voiles neuves on va mettre peut-être pas forcément les voiles neuves sur la course ça dépend un peu mais c'est un peu le seul paramètre sur lequel on peut vraiment jouer.

Loïc Ok.

Loïs Donc après, ça va être plus vérifier notre bateau, qu'il est en bon état, que tout le matériel est bien, qu'il n'y a rien qui peut casser, qu'on va pouvoir prendre des bons réglages, tout ça.

Loïc Ok. Et sur le... Est-ce que vous avez une préparation physique, mentale, spécifiques pour les courses ou finalement vous entraînez tellement que ça vient de là ?

Loïs Non, c'est un peu propre à chacun mais on a de la préparation physique, de la préparation mentale, c'est des petits bateaux mais qui sont quand même déjà assez physiques pour ne pas se blesser pour avoir la force de manœuvrer rapidement et tout ça, c'est sûr qu'en naviguant on s'entraîne et puis à terre on peut compléter cet entraînement là et voilà on peut se préparer aussi un peu à terre ouais

Loïc ok donc là vous avez cette course qui arrive c'est quoi les autres grands enjeux pour vous sur cette saison et on va commencer par ça, j'arrête les questions à double question

Charlotte alors du coup c'était quoi la question ?

Loïc C'est quoi les autres grandes échéances qui arrivent pour vous sur 2024 ?

Charlotte Eh bien, ouais. En fait, on a pas mal de courses qui ne sont pas des courses de préparation. C'est un championnat, en fait. Donc, c'est un championnat qui a différents coefficients selon la taille des courses et la durée des courses. La course la plus connue et qui compte le plus pour le circuit, et que, en tout cas, moi, perso, je vise le plus, c'est la Solitaire du Figaro. Et donc, celle-là, elle commence fin août, et donc sur une grosse partie du mois de septembre. Donc, c'est une course hyper connue, en tout cas, dans le milieu. Et après, on a des courses avant pour se préparer, mais aussi pour marquer des points pour le championnat et on en a fait une en mois de mars on en aura une dans deux semaines et on enchaîne avec une course en double donc ça c'est en solitaire et on enchaîne avec une course en double tous les deux avec Charlotte mi-mai je dis pas de bêtises et après fin mai on a une dernière course en solitaire qui compte au championnat avant la solitaire du Figaro qui... C'est tout un circuit, donc notre préparation, nos entraînements sont articulés autour de ce calendrier. Et voilà, le but c'est d'arriver avec le mieux préparé possible, avec le plus d'énergie possible aux échéances et de scorer un maximum de points pour bien figurer au championnat. Et voilà.

Loïc ça fait un agenda dense un agenda dense ouais ouais quand même pour conclure quand j'ai changé avec Sam Gutschel il m'expliquait que tous ses choix en fait qu'il avait fait de parcours, d'épreuves de changements de type de bateau sur lesquels il navigue etc tout ça avait été fait dans l'objectif un jour de prendre le départ du Vendée Globe donc c'était vraiment la course qui voulait tout dire pour lui est-ce que vous il y a une course comme ça qui vous fait rêver que vous avez en ligne de mire et dont vous espérez un jour prendre le départ

Charlotte bah ouais carrément je pense que moi en ce qui me concerne il y en a deux enfin il y en a plus que deux mais bon il y en a quand même deux qui m'ont quand même fait rêver depuis que je suis tout gamin donc ça fait quand même un moment mais qui sont des courses en solitaire donc il y a le Vendée Globe évidemment parce que quand on se lance en solitaire à faire ce qu'on fait en Figaro on passe notre temps tout seul à régater sur notre bateau et forcément on pense au Vendée Globe c'est un peu la course en solitaire ultime parce que c'est le tour de la planète en solitaire en course c'est presque c'est l'épreuve la plus peut-être la plus connue et la plus ultime en solitaire après il y a des courses comme la route du Rhum qui sont des courses bien connues aussi en France donc là pour le coup c'est vraiment une transat donc c'est plus court mais c'est une course géniale avec beaucoup d'histoires aussi notamment en multicoque c'est souvent des multicoques qui arrivent en premier en face parce que c'est des bateaux plus rapides contrairement au Vendée Globe qui se couvre en monocoque et celle-là, bon, elle est quand même elle fait rêver, moi je me rappelle des victoires de Laurent Bourgnon qui arrivent sur un flotteur, sur une libellule les bateaux on dirait des gros engins de plage et non, non, ils traversent à fond les ballons à l'Atlantique là-dessus et ils arrivent c'est dingo et ça me fait rêver parce que les bateaux sont incroyables et le parcours, mener un bateau comme ça à l'échelle de l'Atlantique en solitaire, c'est un exploit. Ça fait rêver. Grave.

Loïc Vendée Globe et Route du Rome pour toi. Ok. Charlotte ?

Loïs C'est sûr que le Vendée Globe dans une carrière de marin, c'est un peu un graal. Moi, j'aime bien voir un peu toutes les petites étapes intermédiaires qu'il peut y avoir aussi. Il y a une autre course qui me fait un peu rêver, ou en tout cas qui me donne envie de participer peut-être avant de penser à viser le Vendée Globe. C'est The Ocean Race en équipage, qui s'appelle la Vols Ocean Race, qui est un tour du monde aussi, mais par étapes et en équipage. Et ça, je pense que déjà, c'est aussi un tour du monde. et en plus il y a la dimension équipage, partage et tout ça qui m'attire aussi pas mal

Loïc j'avais reçu Martin Kéruzoré qui est Mediaman embarqué, alors je ne sais pas s'il le fait toujours mais qui avait fait plusieurs étapes sur la Ocean Race et quand j'avais regardé les vidéos avant l'entretien alors je ne sais pas si c'est je ne sais pas exactement où c'était, quel manche c'était mais en termes d'engagement ça a l'air d'être un truc de ma boule complet l'Ocean Race d'ailleurs peut-être que vous l'avez vu je crois qu'elle s'appelait Another Day at the Office et c'était présenté un peu de manière humoristique un gars, un équipier il se prend la baume dans la tête, il perd une dent c'est des trucs, des conditions de fou

Charlotte ouais ouais ouais non non mais

Loïc ouais carrément

Charlotte pour rejoindre moi c'est pareil je parle des trucs, des courses un peu ultimes mais les courses en équipage nous qui faisons beaucoup de solitaire moi depuis ces six dernières années c'est hyper parfois c'est un peu au début il faut se réadapter un peu au fonctionnement en équipage parce que d'un coup il y a plein de monde qui s'active sur le bateau et il faut interagir avec plein de monde mais c'est passionnant aussi parce que on redécouvre des façons de naviguer, on découvre d'autres cultures de d'autres gens la navigation en équipage c'est hyper enrichissant et puis c'est une aventure aussi il y a une autre dimension il y a un collectif une équipe et tout le monde se tire vers le haut pour un objectif et c'est trop bien que ce soit un grand prix en bête quibron ou un tour du monde en équipage c'est encore des enfin c'est d'autres ouais c'est carrément une autre discipline quoi et c'est moi ça me passionne aussi je pense qu'après avoir passer autant de temps en solitaire, je serais content d'aller faire un peu d'équipage pour voir un peu autre chose.

Loïs Ce qui est génial en équipage aussi qu'on retrouve déjà un petit peu en double, c'est que comme tu n'es pas tout seul à devoir gérer tout, y compris ton sommeil, tu as récupéré tout, tu peux te relayer, tu peux pousser les bateaux quasiment au max de leur capacité, il n'y a vraiment pas de temps mort. et du coup tu vas chercher encore plus loin dans la terre, dans plein de trucs

Loïc excellent on se voit pas mais j'imagine je vous imagine bien avec l'énergie qu'il y avait dans vos voix qu'on m'avait répondu qu'il y a des étoiles dans les yeux aussi on va être ces courses écoutez Louis c'était un immense plaisir de vous recevoir sur le podcast tout ce que je vous souhaite pour la suite c'est de prendre le départ de ces courses là, on se fera des épisodes débrief une fois que vous aurez franchi les lignes d'arrivée pour raconter des anecdotes épiques, plus épiques les unes que les autres et puis d'ici là excellente course donc vous m'avez dit c'est la solo Maître Coq c'est quand ? c'est là dans quelques moments

Loïs tout début mai

Loïc ok fabuleux merci encore pour tout ce que vous avez bien voulu partager et puis je vous dis bon vent et à une prochaine sur le podcast sans doute

Loïs merci à toi

Charlotte Merci beaucoup et puis à bientôt, bon courage.

Loïc Merci d'avoir écouté cet épisode avec Loïs et Charlotte jusqu'au bout. J'espère qu'il vous aura intéressé. Si c'est le cas, pensez à le partager autour de vous, à vous abonner et à laisser une note ainsi qu'un commentaire au podcast sur votre plateforme d'écoute. Vous pouvez également rejoindre le groupe des tippers, les auditrices et auditeurs qui soutiennent financièrement le podcast à partir de 1 euro par mois. Le lien est en description. et enfin pensez tout simplement à parler du podcast à fond autour de vous pour qu'encore plus de gens osent se lancer je vous dis merci pour votre fidélité à la semaine prochaine pour un épisode dans lequel on va parler des officiers de réserve de l'armée de terre Sous-titrage ST' 501 Sous-titrage ST' 501

Transcription automatique relue · susceptible de contenir des imprécisions.

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