Les Frappés Les Frappés
Saison 2 EP·069 Mer #apnée #écologie #entrepreneuriat

08 mars 2022

Julien Moreau - Éco-aventurier, lobbyiste, créateur de projets et apnéiste - S'engager, sans s'oublier

Durée · 1h12 · Transcription disponible

Julien Moreau

Le récit

Julien est un éco-aventurier, entrepreneur au sens large et aujourd'hui apnéiste.

Décrire le parcours de Julien en quelques lignes, c'est un vrai challenge 🤯 ! Il a fait voter des lois 👨‍⚖️ pour empêcher l'utilisation de bouteilles d'eau minérale dans les cantines scolaires 🏫 . Il a parcouru la France 🇫🇷  en courant 🏃‍♂️ en nageant 🏊‍♂️  et à vélo 🚲. Il a connu une avarie en mer et perdu son bateau ⛵️ lors de sa tentative de suivre le littoral français en catamaran. Avant le 1er confinement, il a planté 1000 arbres 🌳. Et plus récemment, il est tombé amoureux d'une discipline qui me fascine depuis longtemps : l'apnée en profondeur.

Au moment de l'enregistrement, Julien m'expliquait qu'avoir l'opportunité de participer aux championnats du monde 🌎 de la discipline serait pour lui une vraie victoire, un accomplissement. Et bien c'est confirmé, Julien sera de la partie en 2023 et vise 70m de profondeur 🤩

Un échange incroyable avec un passionné qui, à peine trentenaire, a déjà livré de nombreux combats et vécu des expériences toutes plus riches les unes que les autres. Vous l'entendrez, s'engager corps et âmes pour des causes a un prix, et Julien en a parfois fait les frais 😔. J'ai trouvé extrêmement courageux son choix d'en parler et d'en tirer des enseignements positifs.

Un immense merci 🙏🏼  Julien pour ton temps, on se dit à très bientôt pour cette session d'apnée dans la baie de La Ciotat 😁

Merci à Julie, mon incroyable femme, pour cette super suggestion d'invité 🥰

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Transcription

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Julien Les Frappés de l'Apnée Les Frappés de l'Apnée Les Frappés de l'Apnée Et c'est ça aussi qu'en étant instructeur maintenant, j'ai envie d'apporter aux gens, c'est qu'ils se révèlent à eux-mêmes. Parce que l'Apnée, c'est vraiment un sport où tu te révèles à toi-même et où tu apprends à te connaître. En mer, sur un câble, en apnée, tu vois tout de suite comment se comporte la personne. Ça révèle des choses sur soi, c'est incroyable. Les faux détendus, les faux calmes, les gros bourrins, tu vois tout.

Loïc Hello, hello, c'est Loic Blanchard, le créateur et host du podcast indépendant Les Frappés. Je suis un ancien sportif de haut niveau, aujourd'hui reconverti en sportif aventureux, mais aussi entrepreneur, coach et préparateur mental certifié. Passionné d'outdoor et de défis en tout genre, j'ai voulu créer une communauté autour des valeurs de résilience, dépassement de soi et de détermination en vous offrant chaque semaine des conversations inspirantes avec des invités incroyables, issus d'univers très variés. J'ai reçu aussi bien des athlètes olympiques que des entrepreneurs à succès, des aventurières professionnels ou encore des anciens des forces spéciales. Leur point commun, la passion pour leur projet et l'audace de se lancer. Alors fonçons ensemble découvrir mon invité de la semaine. Excellente écoute à vous les Frappés. Bienvenue Julien sur le podcast.

Julien Merci Louis de m'avoir proposé de participer, ça a un grand plaisir que je répondrai à tes questions.

Loïc En tout cas c'est génial que tu te sois libéré aussi rapidement. Franchement on a été hyper efficace. Message le samedi ou dimanche, je ne sais même plus. Enregistrement le lundi, franchement top. On ne pouvait pas mieux commencer. Absolument. En tout cas, Moi je suis ravi que tu aies pu te libérer pour nous partager certaines de tes aventures et ton parcours en général, qui est juste complètement fou et hyper inspirant. Donc ce que je te propose c'est peut-être tout simplement de commencer par nous expliquer qui est Julien et à quoi est-ce que tu as dédié une bonne partie de ton temps et de ton énergie ces dernières années.

Julien Bon alors déjà je m'appelle Julien Moreau, je suis originaire d'un petit village en Bretagne qui s'appelle Cancale, c'est le pays des huîtres. Voilà c'est un petit village où j'ai grandi tout seul dans une famille monoparentale élevée par ma mère. C'est un village qui est ouvert sur la mer. C'est un village aussi où enfant je me suis beaucoup ennuyé donc j'ai dû apprendre à faire des activités tout seul. Et donc à partir de là j'ai nourri en fait un peu des rêves dans ma tête. Et quand j'étais adolescent je passais mon temps à nager parce que ça me permettait de capter un peu mon attention, ma concentration et de canaliser un peu ma colère et ma rage parce que j'en avais beaucoup de par mon histoire personnelle. Parce qu'on a tous des histoires parfois qui sont compliquées et on a tous une énergie et moi j'avais besoin de la canaliser dans la natation. Et donc à partir de là je m'étais mis à rêver à des projets par exemple à la nage, de traverser des mers à la nage parce qu'à l'époque ça me paraissait impossible. J'étais bloqué dans mon petit bassin et donc voilà déjà j'avais dans la tête des idées de projets à la nage parce que je trouvais ça très très dur. Et puis j'ai fait mon lycée à Saint-Malo, Intraméros, la route du Rhum, les skippers, les copains, l'internat, la classe voile. Ça m'a ouvert le monde aussi sur l'aventure, sur l'exploration. J'ai travaillé pour des skippers qui ont fait le Vendée Globe. Donc ça faisait rêver. Et puis après j'ai fait des études, ça a été un peu compliqué. Moi j'ai redoublé mon CP parce que je ne savais pas les réécrire. J'ai redoublé ma seconde parce que je voulais avoir six mois de vacances. Parce que j'avais une moyenne assez catastrophique et que c'était assez compliqué pour moi de suivre. Donc j'ai fait des études dans le commerce parce que j'aime beaucoup la relation humaine et c'est ça qui m'attirissait. Et puis dans l'entreprenariat, créer. Moi j'ai toujours su que je travaillerais pour moi-même et je ne travaillerais pas pour une entreprise. Ou en tout cas si je travaille pour quelqu'un, je travaille pour quelqu'un qui m'inspire énormément et quelqu'un pour qui j'ai un respect énorme. Et pour qui je peux donner mon temps de vie, mon intellect pour réaliser quelque chose qui a du sens pour moi. Donc j'ai fait un IUT Tech Deco, une technique de commercialisation en option entrepreneuriat pour savoir créer. Et déjà là je me lançais dans des aventures entrepreneuriales parce que moi j'aimais faire la fête. Donc j'avais créé mon statut d'auto-entrepreneur et j'organisais des gros stuff en boîte de nuit. D'ailleurs je me suis fait un peu détester pour ça parce que je concurrençais le BDE. J'étais mieux, enfin c'est un peu vantard de dire ça mais d'après les responsables de boîte de nuit j'étais plus sérieux que les BDE. Du coup j'avais récupéré plein de dates et je faisais mon argent comme ça. Je ne travaillais pas l'été en fait, j'organisais des soirées et je faisais de l'argent. Et tu vois il y avait déjà cette énergie de créer, d'entreprendre, de faire face parce que ce n'était pas facile. Et puis après l'envie de voir autre chose, l'envie de s'ouvrir au monde. J'ai fait un Erasmus pour maîtriser les langues. Donc j'ai fait un Erasmus au-dessus du cercle polaire en Norvège. Donc autant te dire que je n'ai pas supporté la nuit polaire insupportable. À midi-trente-treize heures il fait nuit, il faisait froid, la vie est extrêmement chère. Tu étais où en Suède exactement ? En Norvège j'étais à Ashton. Ah en Norvège pardon. Ah Ashton ok ok. C'est à 150 kilomètres au-dessus du cercle polaire. Par contre bon, Aurore boréale, la lune rousse, le système éducatif norvégien est très intelligent. C'est très bien fait. On avait des cours de maximum 45 minutes. Je n'ai jamais eu des cours qui passaient aussi vite et où mon cerveau imprimait les informations. Puis c'était international, j'ai toujours été dans un contexte international. On était avec des Russes, des Anglais, des gens du Gabon, du Togo, enfin il y avait toute nationalité. Et puis après je suis parti en Angleterre pour le deuxième semestre à Birmingham. Et c'était bien sympa. On a vu beaucoup de bière, beaucoup de Guinness. Et ensuite j'avais envie d'avoir un master pour prendre ma revanche un peu sur ma scolarité qui au début était chaotique. D'avoir un bac plus 5 déjà pour moi c'était mon aventure de réussir mes études, d'atteindre le niveau maximum. Et d'atteindre le niveau maximum dans ma famille. D'être le plus diplômé dans ma famille aussi ça avait du sens pour moi. Donc j'ai fait une école de management, je suis parti à l'UM Normandie et je me suis spécialisé dans l'Event. Moi c'était International Events Management parce que je voulais toujours être dans l'événementiel, dans l'international. Et ça a été extraordinaire, c'était vraiment une bonne école. Et à partir de ça, j'ai été amené à voyager en Inde. Parce que j'avais pris la présidence d'une association humanitaire qui s'appelait Soleil Indien. Qui consistait à apporter l'éducation en Inde. Et donc à construire des salles de classe à côté de Pondichéry dans les montagnes. Et l'Inde ça a été un révélateur, ça a été mon voyage initiatique. Parce que déjà j'étais énormément attiré par ce pays, par l'histoire de Gandhi. Gandhi qui m'a énormément inspiré depuis tout petit. Parce que ma maman m'avait offert une bande dessinée sur l'histoire de Gandhi. Et je trouvais ça incroyable l'idée d'un homme qui renverse la colonisation via des actions non violentes. C'était extrêmement inspirant pour moi. Et donc je m'étais dit, je ferais un peu comme Gandhi, je ferais ma part. Donc là-bas on a construit l'école. Et puis après je lisais des livres d'aventures. Sylvain Tesson, Alexandre Poussin, Mike Horn, tous ces grands noms du monde de l'aventure. M'ont amené à dire au revoir au groupe. A faire mon sac à dos. Et après la lecture de 5000 kilomètres à travers l'Himalaya de Sylvain Tesson et Alexandre Poussin. Je me suis dit, tiens je pars tout seul dans l'Himalaya. à Lé, L-E-H, qui est dans le Ladakh, qui est tout au nord de l'Inde, donc dans la chaîne himalayenne. Et là je suis parti dans un délire de faire l'ascension du Stock Kangri, une montagne à 6153 mètres d'altitude. Donc c'est bien plus haut que le Mont Blanc. Et en allant sur place, on rencontre un Allemand qui me raconte l'avoir fait tout seul. Moi je connais rien à la montagne, je suis un gars de Cancale, je connais rien à la montagne. Et sur une serviette en papier, il me fait un dessin de comment grimper la montagne, comment atteindre le camp de base, comment traverser le glacier, par où passer pour atteindre le sommet. Et à partir de là, je me suis dit, je vais faire cette ascension sans guide, tout seul. Donc faut pas le faire, faut vraiment être con. Et je me suis lancé. Et à partir de là, patatras, j'étais trop vite. Le MAM, le mal aigu des montagnes. J'ai été terriblement malade. J'avais des céphalées très fortes. J'étais complètement déshydraté, un petit peu désorienté. Et c'est une guide d'Afrique du Sud qui me dit, « Bah guys, you go down right now, you're sick, you can't stay anymore on the KBs. » Et je suis descendu tout blanc. C'était horrible. J'étais claqué. Et je me suis reposé une semaine et demie ou deux semaines. Mon corps a eu le temps de s'acclimater aux 3000 mètres d'altitude déjà de lait. Et à partir de là, j'ai décidé de grimper tout doucement, step by step, jusqu'à arriver au sommet. Et c'était très drôle parce que le jour où j'étais parti pour l'assaut du sommet, dans la toile de tente, il y avait un Sherpa qui avait fait l'Everest une fois, qui avait fait des grands sommets. Et puis le gars, il voyait bien que j'étais un galérien. Et il m'expliquait comment mettre des crampons. Parce que moi, je ne devais pas seiller le classier de nuit. Et je ne savais pas mettre des crampons. Donc, je lui ai demandé ce qu'il m'explique. Donc, imagine un peu le gars qui veut faire un sommet pour la veille. Et puis, en fait, pour partir, j'ai attendu que la météo soit là. Et ma technique super intelligente, c'était de laisser passer trois groupes d'Américains, enfin trois Américains devant, de me mettre derrière et de laisser… Il y avait un groupe de Japonais qui était en groupe. C'était trop drôle. Le matin, ils se levaient, ils faisaient les étirements ensemble. Ils étaient en train de se motiver dans la toile de tente. «Tekodajek, oké, voilà, je me… » Je lui parlais comme ça, je ne comprenais rien. Du coup, j'ai laissé passer les Américains devant, moi derrière, les Japonais derrière. Et en fait, je me suis dit que pour le passage du glacier, au moins si je tombais dans une crevasse, les Américains pourraient prévenir les Japonais et peut-être au cas où me récupérer. Mais bon, on savait que s'il y avait une chute en général, elle était mortelle. Il y avait 15 mètres à peu près de chutes dans de l'eau gelée de nuit. Je pense qu'en 15-20 minutes, mon cas serait réglé. C'est ça que j'aime aussi dans l'aventure, c'est qu'on ne peut pas tricher. Il n'y a pas de masque. On doit se voir tel qu'on est. C'est de l'honnêteté pure. Et ça, ça a du sens pour moi. C'est qu'on se voit tel que l'on est. Et puis, au final, je passe au glacier et puis je double les Américains. Je ne sais pas pourquoi, je voyais le dôme de neige au sommet qui brillait. Et puis, j'ai foncé tout droit sans suivre de chemin. Autant dire que c'était vraiment n'importe quoi. Et au final, j'ai réussi à planter le Gwennadieu, le drapeau de la Bretagne au sommet. Et juste en faisant ça, il y avait une partie de la couche de neige, du manteau des jeux qui s'est effondré de l'autre côté. Alors, j'ai fait un pas en arrière. Si j'avais fait deux pas en avant, je pense qu'il n'y avait plus de jus. Et voilà, ça, c'était ma première grande aventure tout seul. Et la descente a été assez rapide parce que j'étais en pleine forme, parce que je m'étais bien acclimaté. J'étais chargé en oxygène. Et voilà, à partir de là, je ne suis jamais vraiment redescendu de cette montagne. J'ai réalisé qu'on avait tous un potentiel énorme, que les seules limites étaient dans sa propre tête. Et donc, à partir de là, j'ai récupéré un VTT. Et puis, j'ai quitté L'EIT pour rejoindre New Delhi en vélo. Donc, j'ai fait une partie de la chaîne Himalayenne en VTT. C'était extraordinaire. Il m'est arrivé des galères, bien sûr. Je me suis retrouvé sans nourriture, affamé à des cols, gelé par le froid. À me retrouver récupéré par des ouvriers népalais qui fabriquaient la route pour l'armée. Ah oui, en Inde, ça a mal fini cette histoire en Inde. Parce qu'après que je suis arrivé à New Delhi, après 14 jours de VTT, je suis parti à Goa. Et à Goa, je le raconte dans mon livre d'ailleurs. C'est le chapitre qui ouvre mon livre, que j'ai écrit aux éditions Hugo Doc. J'ai été agressé par un gang de Mumbai qui était installé à Goa. Et j'ai été séquestré pendant une semaine, enfin pendant cinq jours. Quoi ? J'ai été séquestré, un peu tabassé mais gentiment. Surtout menace psychologique. Et ils ont essayé de vider mes comptes en France. Et j'ai réussi à m'en sortir en leur donnant de l'argent. Ils ont pris mon vélo, mon ordinateur, mon téléphone. Ils m'ont rendu mon passeport, ils m'ont mis dans un avion. Et je suis rentré en France comme ça, billet d'avion payé par les gars du gang. Et j'en parle dans le monde. Et donc, tu vois, j'ai vécu vraiment beaucoup de choses en Inde. Et à partir de là, j'ai vécu l'enfer et le paradis. J'ai vu la misère, j'ai vu l'humanité. Et de retour en France, je cherchais l'intensité. Donc, je me suis mis à courir parce que j'étais encore étudiant, bien sûr. courir, c'était pas cher. Tu prends des baskets, tu cours. Et à partir de là, je me suis dit, vas-y, on va creuser qui tu es dans la course à pied. Donc, je commence par courir des semi-marathons, 21 kilomètres. Je m'entraîne, je cours mon premier marathon. Incroyable. Marathon du Mont-Saint-Michel, tout plat. Je termine mon premier marathon. Et à la fin du premier marathon, je me suis dit, putain, je suis encore frais. Et là, je découvre les ultra-marathons. Et je me suis dit, tiens, je vais courir 100 kilomètres. Je vais faire un peu mon Forest Gump. Et donc, je cours les 100 kilomètres de Millau. Et là, je me suis dit, mais en fait, on est l'être humain. Le corps humain est incroyable. On peut aller très loin. Et à partir de là, j'ai eu mon diplôme. J'ai fait mon stage de fin d'étude au festival du film d'aventure de La Rochelle pour comprendre c'était quoi le monde des aventuriers. Comment est-ce qu'ils gagnaient leur vie pour me faire des contacts ? Donc, je suis allé au stage, enfin au festival, pour prendre tous les contacts, en fait. Et ça m'a été très utile par la suite. Et à partir de là, j'ai rendu mon appartement que j'avais à La Rochelle. Je suis rentré chez ma mère à 26 ou 27 ans. Je suis rentré dans ma chambre d'enfant. Là, j'ai posé mon ordinateur. J'ai posé mon cerveau. Et j'ai fait, bon, qu'est-ce que je veux ? Je veux vivre des aventures. Je veux me battre pour ce qui est juste. Je veux défendre le vivant. Et je suis breton. Je suis fier d'être breton. Donc, ma première aventure, c'était de faire déjà pas partir à l'autre bout du monde parce que ça, je l'avais déjà fait. Donc, faire le tour de mon pays, la Bretagne, et partir de ma porte. Et donc, je me suis dit, je vais faire le tour de la Bretagne à pied et je vais aller parler aux jeunes. Parce que j'avais besoin de prévenir les jeunes sur la situation environnementale. Parce que ne pas le faire, j'aurais l'impression de les trahir. Donc déjà, les prévenir. Expliquer l'environnement. Le rôle des écosystèmes. Qu'est-ce qui nous fait respirer ? Qu'est-ce qui nous fait manger ? Quelles en sont les dérives ? Quelles sont les solutions que l'on peut apporter ? À partir de là, je leur ai expliqué aussi qu'ils étaient citoyens. Et qu'ils pouvaient changer les choses. Et j'en étais intimement, profondément convaincu. Donc, je leur ai demandé d'imaginer des propositions de loi écologiques. En leur disant, tu vois, t'as beau être en CM2, t'as beau être en 5e, t'as beau être en 3e. Tu peux faire une loi. Et on va le faire ensemble. Et à partir de là, je me suis lancé dans une série d'éco-aventures qui consistait à faire le tour de Bretagne à pied. Donc, j'ai fait le BC Dash Tour. 68 jours, 35 écoles. Après, j'ai fait le tour en vélo. J'ai fait le tour en paddle. Et là, je pourrais parler très longuement de tout ce parcours un peu aussi d'influence politique. Donc, de lobbying éco-citoyen. Où j'ai créé autour de moi un groupe d'influence parlementaire. Donc, en passant par les députés. Aujourd'hui, pour faire des lois, tu peux faire des propositions de loi qui viennent des députés. Et qui sont discutées entre l'Assemblée nationale, là où il y a les députés. Et le Sénat, là où il y a les sénateurs. Et ce sont ces deux chambres qui créent les lois et qui les votent. Soit c'est le gouvernement qui fait des projets de loi et qui les soumet à l'Assemblée. Et donc, l'idée, c'était qu'on écoute ce que les enfants ont à dire. Que les députés proposent une loi et qu'on gagne. J'étais vraiment convaincu que j'avais la possibilité de faire ma propre loi. Parce qu'en même temps que j'étais rentré à Saint-Malo pour faire un peu le point sur ma vie après mes études. Je m'étais rendu compte, en visitant mon internat, qu'ils avaient arrêté le tri sélectif. Et ce tri sélectif, c'est moi qui l'avais mis en place lorsque j'étais représentant des élèves. Et je m'étais dit, mais ce n'est pas possible. Je ne vais pas aller dans les 60 000 établissements scolaires pour leur dire de faire le tri et de faire au moins un effort. Donc, on va faire une loi. Mais comme moi, je ne suis personne, on ne va pas forcément m'écouter. Donc, on va faire ça avec les enfants. Parce qu'un enfant, c'est pur. Un enfant, il parle de son avenir. Donc, on va l'écouter. Et on doit l'écouter. À mon avis, en tout cas. Et c'est là qu'est née l'idée de faire ma loi. Et c'était fou de se dire, tiens, moi, je vais avoir une influence sur la législation française. Ça, c'était fort. C'était grand. C'était comme le stock Kangri. C'était une aventure politique. Un terrain inconnu pour moi. Donc, c'était un terme. C'était une forme d'ultra-marathon. Ça a été un ultra-marathon avec un match de box-tie tous les kilomètres. C'était vraiment très bien. Ça a mis trois ans. Et on a réussi. Et quelle était cette idée de loi qu'on a réussi à faire voter ? C'était tout simplement une idée qui venait de Adèle, Mathilde et Clémence, qui étaient en CM2 à Logona d'Aoula. C'est un petit village dans le Finistère. Et avec ces élèves, on organise des nettoyages de plages. Qui dit nettoyage de plages dit récolte de déchets plastiques. Qui dit plastiques dans les océans dit bouteilles en plastique. Et on regarde c'est quoi bouteilles d'eau plate en plastique. Donc, l'idée consistait à mettre fin à l'utilisation des bouteilles d'eau plate en plastique dans les cantines scolaires. Et tout simplement utiliser l'eau du robinet lorsque l'Agence régionale de santé établit que l'eau du robinet est propre à la consommation. Et là, ça a été toute une aventure parce qu'on a fait face à des gens qui étaient contre. Parce que si tu vends moins de bouteilles, tu fais moins d'argent. Donc, potentiellement, tu détruis des emplois. Donc, à l'Assemblée, on a réussi à le présenter deux ans après, en 2018. Et donc, c'est quelqu'un de la République en marche qui l'a présenté. Et c'était Mathieu Orphelin, l'ancien porte-parole de la Fondation pour la Nature et l'Homme. Et il présente cette idée « avis défavorable du gouvernement » par le ministre Stéphane Travers, ministre de l'Agriculture, dit « avis défavorable ».

Loïc Ok.

Julien Il explique que cette législation ne doit pas s'appliquer en France, que ça doit être au niveau européen, bla bla bla bla bla bla. Donc, logiquement, la majorité aurait dû suivre « avis défavorable du gouvernement », « la République en marche » doit suivre. Et bien, incroyable, ils ont dit « fuck ». Ils ont dit « on s'en fout de ce que tu dis, Stéphane ». Ils ont voté pour. Et ça, c'était déjà… Alors déjà, la première victoire, c'est qu'on présente notre amendement, parce que c'était un amendement d'appel. C'est-à-dire que c'était un rajout au texte de loi sur la loi EGalim 2018. « Avis défavorable », ils votent pour. Ça part au Sénat. « Amendement de suppression », ils le dégagent. Alors là, je peux t'assurer que j'étais en PLS, j'avais envie de pleurer. Ça repart à l'Assemblée, ils le réintègrent. Ça part en CMP, Commission Mixe Paritaire, c'est la dernière étape lorsqu'il y a un texte de loi qui est débattu dans les assemblées. Et là, il s'est adopté parce qu'on avait une des députées qu'on avait convaincue qu'était présente. « Je peux t'assurer que j'ai passé des heures au téléphone, j'ai passé des heures à faire des mails, j'ai eu des stagiaires. » Et on a réussi vraiment à influencer pas mal de monde. Et là, il y avait des gens qui n'étaient pas d'accord. Ce sont les sénateurs, souvent des hommes vieux, riches, qui ont dit que cet amendement n'était pas constitutionnel. Ça veut dire que l'idée d'Adèle Mathilde Clémence était considérée anticonstitutionnelle par certains sénateurs. Et donc, l'amendement est parti devant le Conseil constitutionnel. Tu te rends compte ? Ah ouais, carrément ! Et le Conseil constitutionnel a validé notre amendement. Donc ça veut dire juste pour dire que ça serait cool d'arrêter des bouteilles d'eau plate en plastique dans les cantines scolaires et qu'on prenne l'eau du robinet, on a dû aller jusqu'au Conseil constitutionnel. Donc aujourd'hui, quand on voit des gens qui se battent et qui n'y arrivent pas, je peux comprendre parce que c'était horrible. Et j'ai jamais autant fondu en larmes que lorsque nous avons réussi à faire voter cet amendement.

Loïc C'est incroyable comme histoire. Je te disais, avant qu'on enregistre, on parle de résilience souvent sur le podcast et de détermination. Mais je ne la connaissais pas cette histoire. Je n'ai pas encore eu le plaisir de lire ton livre, donc j'imagine que tu en parles un petit peu. Mais c'est juste complètement fou de voir ce que vous avez dû mettre en place pour quelque chose qui a l'air déjà d'une part logique et tout simple.

Julien Donc le monde politique, je le connais un peu. D'ailleurs, une des raisons qui m'a amené à quitter la Bretagne, à quitter Saint-Malo, c'est que je me suis longtemps posé la question moi-même si je n'allais pas m'engager, si je n'allais pas m'engager dans une députation ou si je n'allais pas créer une liste pour prendre la tête de la mairie. J'en étais à ce point-là. Rien ne m'arrêtait. J'aurais très bien pu imaginer prochain maire de Saint-Malo ou député. À partir du moment où quelqu'un se bat pour le vivant et que sa démarche est sincère, il est crédible. Voilà. Donc tout était possible. Donc voilà, je t'ai raconté l'histoire législative. Je ne t'ai pas raconté en 2018 quand j'ai tenté de battre le record du monde du plus long triathlon.

Loïc Ok, alors ça ressemblait à quoi ça ?

Julien Départ de Paris jusqu'à Marseille en vélo, mais en passant par Strasbourg, Lille, Brest, Bayonne, ça faisait 4550 km de vélo. Donc ça, c'est facile. Ça, c'est vraiment facile. Tout le monde peut le faire. Tu montes sur ton vélo, tu pédales. Mais en même temps, bien sûr, je vais dans les écoles, les collèges, les lycées, les universités, les écoles de commerce pour parler à ces jeunes et les sensibiliser, les éduquer et les amener à passer à l'action en modifiant leur établissement. Et à partir du moment où il y a une bonne pratique dans un établissement, c'est peut-être une pratique que l'on peut légiférer. C'est ça ma stratégie. Changer le terrain, changer les textes de loi. On ne peut faire que des lois qui concernent une réalité du terrain. Donc cette réalité du terrain, il faut la créer. Donc des gamins, enfin des jeunes, j'en ai vu pendant ce Tour de France en 2018, je crois que c'était 4500. Bref, c'était énorme. 51 conférences. C'était énorme. Et donc après ce Tour de France déjà en vélo, je suis arrivé à Marseille. A Marseille, j'ai sauté à l'eau seul avec une planche que je traînais derrière moi. C'est une poulka, un peu une poulka des mers dans laquelle j'avais ma nourriture, j'avais ma toile de tente, j'avais mes vêtements. Et je suis parti à la nage jusqu'à Monaco. Ça a duré 29 jours de nage, 290 kilomètres. Ça a été extrêmement dur psychologiquement parce que quand tu nages, tu es tout seul, tu ne peux pas écouter de musique. Ça a été plus dur que ma traversée de la Manche parce que j'ai oublié de te dire, mais j'ai traversé la Manche aussi en 2016. J'ai fait Jersey-Saint-Malo. D'ailleurs, je suis très fier parce que je suis le premier Français à l'avoir fait. Et c'est un malouin qui l'a fait, ça me tenait à cœur. Donc des projets de la nage, j'en avais déjà fait, mais là, c'était long quand même. Et pendant cette traversée, on a ramassé par exemple des filets fantômes, des filets qui étaient abandonnés au fond. Donc on a fait ça avec des pêcheurs que je trouvais sur la route. J'ai été amené à dormir à Monaco, j'ai été invité à dormir dans un yacht. J'ai été arrêté par la police. J'ai passé des capes, le cap Maubois. C'est des calanques où il y avait un courant, un contre-courant. Et je nageais et j'ai avancé peut-être 40 cm par 40 cm. Je me suis effondré en larmes, ça m'a épuisé, ça m'a tout pris. J'ai été quand même un petit peu accompagné. J'ai été accompagné par les filles de We Ocean, qui faisaient un documentaire sur la Méditerranée et des gens qui essaient de la protéger. Donc ça, ça faisait du bien au moral, surtout que je venais de me faire larguer. Parce que niveau sentimental, moi j'étais célibataire et puis j'ai eu le jour de mon départ à Paris, je me sentais tellement seul. Tu sais ce que j'ai fait ? J'ai téléchargé Tinder. Je ne me sentais pas des trucs là. Je me sentais tellement seul parce que je passais ma vie à courir à droite à gauche, je n'avais pas de copine. J'étais mis à un kilomètre et puis je ne sais pas, je me suis mis à parler à une fille, tu vois. Elle était extra. Puis elle m'a rejoint plusieurs fois pendant le voyage à vélo. Et moi, laisse-moi te dire, j'étais tombé sous charme, j'étais vraiment genre in love. Et quelques jours après mon départ à la nage, elle me dit, c'est fini, tu vois. Et je devais continuer à nager en sachant que ça me déchirait le cœur, qu'en même temps physiquement c'était extrêmement dur. Mais en même temps, je ne sais pas, j'ai une forme de foi. J'ai la foi en moi. J'avais la foi qu'on pouvait réussir à faire voter cet amendement. Et je ne me vois pas comme un sportif. Tu vois, s'ils me disaient, Julien, c'est un sportif, je me sentirais un peu bafoué. Je me vois plus comme un performeur, comme un artiste de la longue distance, comme un étendard de l'abnégation, comme un comme regarder. C'est dur, c'est long, on ne sait pas si on va y arriver. Mais juste l'idée de ne pas abandonner, elle est tellement belle. Et c'est tellement un message fort pour nos jeunes, pour tout le monde, que ça m'inspirait moi-même. C'est un truc de débile, tu vois, à se dire, je vais faire voter le Noa, je vais faire un 6000 dans l'Himalaya tout seul, je vais être le premier à faire Jersey Saint-Melo à la nage. Et là, avec mes nouveaux projets, je vis toujours très haut, parce que même si on n'y arrive pas, on arrive toujours plus haut que ce qu'on avait imaginé. Donc voilà, à la nage, je me vois comme un performeur, ça m'inspire énormément. C'est un message un peu aux jeunes d'abnégation, de ne jamais abandonner. Jamais, jamais abandonner.

Loïc C'est un super message. Du coup, j'ai plein de questions qui me viennent, mais je vais peut-être finir sur le triathlon, parce que tu nous as parlé du vélo, de la nage. Donc il y a la course quand même à un moment donné ?

Julien Oui, une fois que je suis arrivé à Monaco, j'ai terminé en course à pied. Et donc j'ai fait Monaco, Paris, en courant. Et donc là, bien sûr, je continuais à être enregistré. Et comme je n'avais pas eu le temps de tout organiser, parce qu'à côté, c'est des mois et des mois de préparation pour trouver des partenaires, trouver les écoles. Et des fois, j'étais tellement épuisé que je ne finissais pas mes étapes. Je dormais dans les abribus. J'ai dormi dans la rue. Je me suis perdu dans la montagne un jour. J'ai passé une nuit comme un... J'avais rien en plus. J'avais tout enlevé. J'avais enlevé ma toile de tente. J'avais enlevé tout pour être le plus léger possible. Et puis, ça a fini en beauté à Paris avec mon partenaire ISTA, BWT. On était une cinquantaine à courir. Et voilà, je venais de réaliser un truc complètement fou. Les journalistes disent toujours le défi fou de Junia Mouraud, mais...

Loïc Je pense qu'à Triathlon à travers la France, on peut y attacher... 150, vas-y, dis.

Julien 161 jours sur la route.

Loïc 161 jours. C'est énorme.

Julien 50 conférences, 4 500 élèves rencontrés, un amendement voté, des rencontres avec des députés. J'ai dormi aussi chez des députés. Par exemple, la députée de Bayonne, j'ai dormi chez elle. Et je lui montrais les vidéos des poussins broyés. Je lui dis, mais regarde les poussins broyés. Toi, t'es député. Pourquoi demain, tu ne proposes pas un amendement qui mette fin au broyage des poussins ? Et elle ne voulait pas regarder la vidéo. Et moi, je considère que c'était mon devoir de ces gens d'aller chez eux, d'aller parler à leur cœur. Tu vois, il y a plein d'activistes, avec les politiques, ils attaquent frontalement. Mais ça ne marche pas. Il faut aller prendre leur cœur. Et c'est ce que j'essaie de faire en parlant aux enfants. Tu arrives à prendre le cœur d'un enfant, il va venir dans la famille et il va parler dans sa famille. Et peut-être qu'on va influencer les choses. Donc, ça peut être un peu naïf dit comme ça. Mais c'était ma manière de faire les choses, en tout cas à l'époque, parce qu'aujourd'hui, c'est moins comme ça. Donc voilà. Et puis après Basse Tour de France, j'ai voulu faire un tour de France en catamaran. Je voulais voir si j'étais un marin. Donc, j'ai un catamaran de sport que j'ai mis aux couleurs du projet, qui était mon école écologique. Parce que l'objectif quand même, dans le terrain et dans la législation, c'est de créer des écoles écologiques, de créer des écoles qui réfléchissent à la gestion de l'eau, des déchets, leur alimentation et tous ces sujets importants.

Loïc Ça, c'était en quelle année le Tour de France en catamaran ?

Julien 2019, juste après. Et là, j'ai eu une avarie. En fait, ça faisait 13 jours que j'étais parti. Ça faisait trois jours que je naviguais tout seul. Et au large de Saint-Valérianco, ça veut dire en face des falaises, des grandes falaises normandes, la mer est montée, la houle est montée, le vent commençait à forcir. Et à un moment, j'étais vent arrière, grand largue, le catamaran avançait bien. Moi, j'étais serein. J'étais dans ma tête en train de me dire « Bravo, Julien, ça y est, tu es en train de devenir un marin. Oh là là, c'est super. » Je me voyais déjà faire la mini-transat, la route du Rhum. Et là, rafale. Je lance l'écoute de Spi. Le Spi, c'est une très grande voile à l'avant du bateau qui donne beaucoup de puissance au bateau. C'est comme si j'avais le pied sur l'accélérateur. Là, je lâche cette écoute. Et cette écoute vient s'enrouler autour des haubans. Les haubans sont des câbles en acier qui tiennent le mât pour pas qu'ils tombent. Et là, en fait, ça fait un nœud autour du hauban. Et c'est comme si mon pied était enfoncé sur l'accélérateur. Et là, le bateau commence à se retourner. Parce que c'est un catamaran, c'est pas un monocoque. J'essaie de choquer la grand voile. Et là, c'était tellement violent que le bateau se retourne. J'ai glissé. J'ai pas pu choquer la grand voile. Et en l'espace de trois ou quatre secondes, je passe de tout va bien à mon bateau complètement reversé. C'est-à-dire que le mât, il est pas posé sur l'eau. Le mât, il est enfoncé vers les profondeurs. Et ça s'appelle un chapeautage. À partir de là, je passe en mode naufragé. C'est-à-dire que j'ai un problème. Donc, je préviens le cross-grinet. Oui, bonjour. Ils connaissaient mon projet. J'ai chapeauté. Je tente de ressaler le navire. Donc là, à partir de là, je mets tout en place. Je rentre le phoque. Je rentre le spi. Je déploie ma barre de ressalage. C'est une barre en acier qui est un peu comme un mât, mais dans l'autre sens. Et là, je remplis un sac d'eau de mer pour faire comme s'il y avait un deuxième coéquipier avec moi pour faire du poids. Et là, je me suspends à la barre pour essayer de ressaler le bateau. Impossible. Impossible. Je peux t'assurer que je suis quand même costaud. Et quand je fais quelque chose, je suis bien vénère et j'y vais. Et le mât, c'était rempli d'eau.

Loïc Ah oui, d'accord.

Julien Donc, c'était impossible. Et là, il y a René...

Loïc Ça faisait une quille, en fait. C'était...

Julien Ah, c'est ça. Ça faisait une quille. Voilà, c'est ça. Ah bah, t'as trop bien résumé. Tiens, on me l'avait jamais dit comme ça. Ça faisait une quille. Le bateau, il se remet comme ça. Donc là, j'ai un voilier qui a quitté le port de Dieppe, qui avait entendu mon message sur la VHF, qui vient m'aider. Même avec un bateau et un marin d'exception, René du bateau l'a pensé, on n'a pas réussi à le resaler. Donc, autant dire que c'est pas un problème humain, c'est pas un problème de connaissance, c'était vraiment technique. Et donc là, la SNSM arrive, on remorque le bateau. Les gars de la SNSM sont super, c'est des gens qui sauvent des vies, il n'y a rien à dire, mais ils ne connaissaient rien au bateau à voile. Donc, ils disent, vas-y, on ne va même pas essayer de le resaler. Ils sont allés et ils l'ont tracté sur 15 ou 20 kilomètres à l'envers. Et donc là, ils ont le mât cassé. Le mât faisait 7 mètres ou 8 mètres. Donc, le bateau a été détruit. Moi, j'arrive au port de Dièves en état d'adrénaline extrême et un peu choqué. Et un peu démoralisé. Et puis là, physiquement, je commençais déjà à être épuisé, à être épuisé parce que je ne m'étais jamais reposé. Je n'avais pas de chez moi. Je n'avais pas d'appartement. Je passais mon temps à courir. En plus, j'avais écrit mon livre. C'était un peu un rythme effréné. Je ne voyais pas beaucoup mes amis. Je passais beaucoup de temps à la radio, sur les plateaux de télé, à écrire un livre dans les écoles, soit à courir, à nager. Et à partir de là, je sentais que le corps a commencé à lâcher. Et puis, le bateau ne pouvait plus avancer. Je commençais à aller en vélo. Et heureusement, les jeunes, ils me donnaient beaucoup d'énergie. Mais ça a été très dur après. Ça a été très dur parce que c'est dur de tenir un mental quand le physique est moins là. Et puis, perdre un bateau, c'est un peu perdre comme un... Enfin, ça a une âme, un bateau. Donc, j'ai l'impression d'avoir perdu quelqu'un, d'avoir perdu un ami. Et puis, bien sûr, je m'en voulais de ne pas avoir réussi ce défi. En fait, c'était la première fois que je ratais. C'est mon premier échec. Mon premier vrai échec.

Loïc J'allais te la poser cette question parce que c'est vrai que jusqu'à toutes les aventures que tu évoquais, quand on parle, on sent que tu es quelqu'un qui est dans l'action, qui est fonceur, qui entreprend plus que simplement se poser des questions. Mais ça donne vraiment l'impression du coup que c'était assez quelque part que tout s'est passé de manière fluide. Même si tu l'as dit, tu vois, il y a eu des challenges. Ça a pris plus de temps que prévu. Mais jusque là, moi, ce que je retenais, c'est qu'à chaque fois, tu y étais arrivé. Et donc là, c'est intéressant de voir comment est-ce que ça s'est passé, ce premier échec entre guillemets, en tout cas cette aventure qui n'allait pas au bout comme tu l'avais prévu.

Julien Et bien, on parle souvent des échecs, les échecs, c'est apprend, les échecs, ça rend plus fort. Moi, cet échec, il m'a vachement atteint, en fait. Il m'a vachement blessé, il m'a affaibli. Il m'a affaibli dans ma confiance. Il m'a affaibli aussi au niveau de mes partenaires. Et j'ai mis du temps à m'en remettre. Et puis en même temps, j'étais fatigué un peu de cet engagement écologique qui était très prononcé. Non, psychologiquement. Il y avait aussi cette angoisse au niveau de la destruction du vivant. On parle de soltologie, je ne sais plus comment on appelle ça. C'est le matin, je me réveillais. Voilà, je pensais à la destruction du vivant, à la destruction de nos biens communs, la disparition des espèces. Voilà, j'y pensais tous les jours. Ça me bouffait, ça me bouffait. J'agissais de tout mon être pour essayer de faire changer les choses. Et je voyais bien que ça ne marchait pas. Donc ça me tuait. Je voyais mon bateau qui était détruit, ça me plombait l'âme. Et à partir de là, je me suis dit, je vais faire quelque chose d'encore plus concret que des lois, que de la sensibilisation, de l'éducation, que des actions de terrain dans les établissements scolaires. Je vais planter des arbres. J'avais besoin de mettre les mains dans la terre. Donc là, en 2020, mon projet, c'était de planter 1000 arbres. Il fallait trouver un terrain, il fallait trouver les finances. J'ai réussi à tout faire. Et on a planté 1000 arbres en février 2020. Un mois avant le confinement. Donc moi, c'était un peu mon éco-aventure. C'était un peu pour me soigner en fait de cette perte du bateau, de cet échec. Et puis planter des arbres avec des enfants, c'est un acte d'amour. C'est un acte d'espoir. C'est beau. Et c'est concret quoi. On améliore la qualité de l'air. Ça mange du carbone. Ça améliore la qualité de l'eau. Pour la biodiversité, ça fait des habitats, ça fait des ressources. Donc c'était parfait. Et puis, moi, après cette action, j'avais besoin de prendre du temps pour moi. Et du coup, j'avais décidé de partir au Pays Basque pour faire une petite pause. Donc je suis parti dans mon van. Et là, le confinement a été annoncé. Et j'avais réussi à trouver un appartement quelques jours avant. Et j'ai fait mon confinement tout seul dans mon appartement. Et là, ça a été aussi très dur quand même. De la solitude. Parce que du coup, j'étais au Pays Basque. Je n'avais pas mes copains à côté. Et... Et ouais, là, ça a été un peu une phase de démotivation. Une perte de sens. Je devais proposer des nouveaux projets à mes partenaires. Mais... Avec le Covid, ça nous a tués. Puis parler devant des enfants masqués. Je ne me voyais pas. J'avais plus la foi. J'avais plus la foi. Donc je me suis concentré sur moi. J'ai rencontré quelqu'un. Hélas, on n'est plus ensemble. Je me suis concentré sur moi. Je me suis concentré sur moi. Sur le sport. Et je me suis ouvert à d'autres activités. Donc je surfais déjà beaucoup. Et j'avais besoin de reprendre un peu confiance en moi. Face à mon échec du bateau. Donc je me suis... Je surf depuis mes saisons. Et je me suis mis au surf de gros. Essayer de surfer des grosses vagues. Des vagues puissantes. Des vagues sur lesquelles tu te sens vraiment vivant. Et tu as des sensations extrêmes. Donc, je me suis... Je surf depuis mes saisons. Et je me suis mis au surf de gros. Essayer de surfer des grosses vagues. Des vagues puissantes. Des vagues sur lesquelles tu te sens vraiment vivant. Et tu as des sensations extrêmes. Donc, moi, j'arrive à surfer 3 mètres. J'arrive à prendre des vagues. Ah, quand même ? Oui, voilà, bon, les basques surfers, ça les fait rire, mais c'est pas énorme. Mais, par contre, je me suis entraîné à Athlete Factory, dans les Landes, où ils font de l'apnée dynamique, de l'apnée dynamique pour les surfers pour survivre dans les grosses vagues et il y a une session où je suis allé, il y avait 5 mètres de vagues j'ai pas réussi à partir parce que ça me faisait extrêmement peur quand t'es en train de partir sur une vague qui fait 5 mètres de haut waouh waouh laisse moi dire que c'est ultra impressionnant, j'ai pas osé partir laisse moi dire que je suis pas parti mais j'ai pris la série derrière sur la tête, donc j'ai pris des vagues de 5 mètres sur la tête et ça s'est bien passé parce que je m'étais entraîné, parce que j'avais un gilet d'impact, un gilet de flottaison qui me fait remonter à la surface et et qu'est-ce que c'est l'apnée dynamique alors ? tu fais des séances d'apnée mais en nageant, sous l'eau sur l'eau, en faisant monter le BPM pour simuler des chutes dans les vagues

Loïc ok, ou tu pourrais rester du coup sous l'eau dans des rouleaux assez longtemps quoi

Julien voilà, c'est ça et donc, moi j'ai kiffé tu vois, mais je peux t'assurer que c'est tellement impressionnant, des vagues de 5 mètres qui t'arrivent sur la tête et c'est ça que j'aime bien, on retourne dans l'aventure parce qu'on peut pas mentir on peut pas tricher quand t'es tout seul dans l'eau et qu'il y a une vague de 5 mètres et puis qu'il y a 2, puis il y a 3 vagues qui arrivent, et c'est ça que j'aime dans l'aventure c'est l'honnêteté c'est la sincérité, et puis t'apprends à te connaître et donc j'ai jamais réussi à prendre une vague de 4 ou 5 mètres, juste du 3 et encore je m'étais fait pulvériser mais ça a permis de reprendre un peu confiance en moi en tout cas dans ma relation à l'océan j'avais un peu le sentiment complètement, enfin que l'océan m'avait trahi, tu vois je me disais, je me bats pour te protéger et tu m'as trahi et là je renouais avec lui et l'océan m'a soigné, tu vois au contact, en surfant que ce soit des grosses vagues ou juste des sessions en longboard, à la côte des Basques même des sessions de nuit que j'ai fait à la Phytenia avec un ami voilà, c'était la manière de me soigner et à force de faire du surf et faire des entraînements d'apnée je me suis rendu compte que j'adorais l'apnée et j'en fais aussi depuis longtemps et pendant des vacances en Espagne, à la Costa Brava j'ai remis ma monopalme parce que quand j'étais adolescent je faisais beaucoup de natation et je faisais aussi de la nage avec palme ma spécialité, c'était le 50 mètres en apnée, en sprint d'ailleurs, j'avais participé au championnat de France 2006 j'étais un tout gamin et là, je m'amusais avec ma monopalme à descendre donc en Espagne, en profondeur je sais pas, j'étais peut-être à 10, 15 mètres là, je fais mais Julien c'est une évidence en fait ton film préféré, c'est quoi ? c'est le Grand Bleu tu sais nager t'adores être dans l'eau donc tu nages tu fais du bateau t'étais un peu frustré parce que t'étais sur l'eau et t'étais pas dans l'eau d'ailleurs, ça c'est vrai quand j'étais sur mon bateau ça me faisait chier parce que j'avais toujours envie de sauter dans l'eau et donc cet été j'ai pris la décision de me consacrer à l'apnée que l'apnée ça serait mon nouveau sport donc comme je fais toujours tout à fond je fais tout à fond je rentre de vacances je vais à Ondaï à Planète Océan et là je passe la formation je passe mes niveaux de paddy free diver tu vois donc première plongée je vais à 20 mètres et ainsi de suite je vais à 25 je vais à 30 mètres je passe les niveaux j'apprends à sauver les gens en profondeur et là je deviens instructeur d'apnée paddy waouh trop bien mais pour moi paddy c'est pas les meilleurs il faut que je devienne instructeur AIDA AIDA c'est l'association internationale de développement de l'apnée c'est une référence dans le monde de l'apnée ça a été créé par des français mais maintenant c'est une référence mondiale et puis un instructeur d'apnée AIDA il descend à 40 mètres il dit magie 40 mètres ça me paraît énorme et moi je descendais qu'à 32 mètres déjà à Hyundai donc je pars en Méditerranée je rejoins l'école Abyss Garden et puis là je m'entraîne pour essayer d'aller à 40 mètres en poids constant en poids constant ça veut dire que tu pars par exemple j'ai une combinaison de 5 mm d'épaisseur je mets 4 kg et je dois descendre avec 4 kg et remonter avec 4 kg ça n'a pas d'aide

Loïc pour la descente ou la montée

Julien exactement c'est pas comme dans le grand bleu on appelle ça du du dos limite tu descends avec une gueuse et tu remontes avec une bulle d'air ou du poids variable là tu sais vraiment que la force humaine et puis et puis bien sûr il m'arrive des galères parce que c'est pas c'est pas facile donc sur une petite plongée je me blesse ça veut dire que je remonte et je crache du sang parce qu'en plongée en apnée c'est pas comme en bouteille où on respire et on a les poumons qui font la même taille en profondeur qu'à la surface là les poumons sont comprimés et comme des petites oranges et le problème c'est qu'on peut se blesser parce que des poumons qui sont écrasés si tu fais un geste trop brusque sur la cage thoracique tu peux t'arracher des alvéoles si t'as un réflexe enfin une contraction respiratoire genre tu sais quand tu fais de l'apnée des fois t'as des ça peut t'arracher des alvéoles aussi si tu fais du bruit quand t'envoies de l'air dans les oreilles quand tu fais une compensation ça peut aussi arracher des alvéoles et là je m'étais un peu blessé et je crachais du sang donc ça veut dire stop faut laisser le corps se reposer j'étais arrivé que à 34 ou 35 mètres tu vois donc bon merde je suis pas instructeur AIDA j'y arrive pas et là je vais aux urgences quand même faire un scanner pour vérifier l'état de mes poumons voir si j'ai pas une hémorragie quand même parce que je crachais du sang et il voit rien donc pas d'hémorragie et là je pars à Nice voir Carl Willem Carl Willem c'est le médecin qui gère le service de tu sais quand t'as les gros bâtiments où ils mettent de la pression dedans les caissons hyperbars il gère les caissons hyperbars et puis c'est le médecin référent de la fédération et je lui passe du coup mon scanner des poumons pour qu'il analyse et il regarde il me dit il n'y a rien il n'y a pas d'œdème pulmonaire donc là je suis rassuré donc il faut qu'on comprenne d'où vient le sang et là je vais voir un ORL qui me met une caméra dans le nez et qui l'enfonce c'est pire qu'un test PCR il l'enfonce et en fait il me montre toute ma trachée mes cordes vocales quand je parlais je voyais mes cordes vocales qui parlaient c'était trop bizarre et il me disait que j'avais une hyper capillarité et que sûrement le sang viendrait de cette zone là donc je repars tout content il me dit que je peux replonger et là j'observais un peu les vidéos comment font les champions pour aller profond et moi à l'époque je plongeais avec un masque donc je me dis j'enlève mon masque et je prends juste un pince-nez parce que je ne vais pas avoir besoin d'envoyer de l'air dans le masque parce que ça gèle énormément donc je plonge uniquement les yeux ouverts dans l'eau avec un pince-nez et à partir de là ça m'a vachement libéré parce que j'ai pu me relâcher et au bout d'un moment j'ai réussi à aller à 36 mètres puis à 38 et puis à 39 jusqu'à arriver à 40 et 41 et en fait tout n'est qu'une question de relaxation de relâchement l'apnée en profondeur tu ne peux pas le faire en force tu ne peux pas être un fantassin des profondeurs il faut vraiment être malléable laisser vraiment la pression te prendre et c'est comme un gros câlin puis tu sais il y a cette phase de chute libre au début tu pars en monopalme 15 mètres là je remplis ma bouche d'air parce que je ne vais plus avoir assez d'air dans les poumons en profondeur ça s'appelle le mouse feel la bouche pleine à 23 mètres ça y est je suis en chute libre c'est à dire que je coule à 1 mètre seconde et là c'est un free fall c'est incroyable tu chutes dans les profondeurs jusqu'à 40 mètres comme ça les sensations sont dingues et puis pareil comme en surf comme dans la montagne tu ne peux pas mentir tu ne peux pas tricher tu es dans l'instant présent tu es à 40 mètres de profondeur et c'est beau c'est beau et je me sens bien qu'est-ce qui fait

Loïc que tu passes à une certaine profondeur tu es en free fall

Julien parce que tu n'as plus la poussée d'Archimède d'accord la poussée d'Archimède est négative par exemple toi juste en slip et en à partir de 30 mètres ton corps il coulerait voilà wow ok et comme moi j'ai une combinaison et je mets du poids c'est à partir de 23 enfin à partir de 15 mètres je suis en poids neutre et pour vraiment avoir une bonne vitesse on fait poids neutre plus 10 mètres enfin plus à peu près 10 mètres donc moi à partir de 23 mètres j'ai une alarme j'ai une montre en fait qui indique ma profondeur et cette montre je la mets dans ma combinaison et je la mets derrière ma nuque et il y a une alarme donc ça fait bip 15 mètres je remplis ma bouche bip 23 mètres je j'enlève mes bras devant ma tête et là je me laisse couler et j'ai plus qu'à gérer ma compensation donc envoyer de l'air dans les trompes de stache dans l'oreille moyenne pour que les tympans n'implosent pas sinon les tympans ils sont écrasés par le poids de l'eau et ils pourraient imploser et là ça serait une douleur extrême et une blessure une blessure grave et puis tu me connais je suis un peu ambitieux tout ça donc moi l'hiver c'est une période qui me déprime j'ai réussi à devenir instructeur paddy j'ai réussi à devenir instructeur AIDA super mais c'est pas assez pour moi c'est pas assez donc qu'est-ce que je fais là je suis arrivé hier je suis parti 5 semaines dans les Canaries sur l'île de Lanzarote pour m'entraîner avec une question très simple est-ce que moi Julien Moreau grand rêveur j'aurais la capacité de participer au championnat du monde tu vois le délire un peu je continue à pousser le truc donc je pars au Canary je suis sur la bouée à Lanzarote avec Franck Dauben qui c'est un mec qui écrit des bouquins je suis logé dans l'appartement de Christian Vaugler qui est l'entraîneur de l'équipe de France apnée élite et ça c'est un truc que j'ai toujours fait quand j'ai un objectif je vais voir les gens qui connaissent je vais voir les meilleurs sur Instagram je parle aux champions j'ai pas peur de poser des questions j'ai pas peur de passer pour un idiot et j'y vais toujours à 100% et je m'entraîne je m'entraîne donc j'essaie de faire du 40 mètres une zone de confort donc les deux premières semaines je plongeais à 40 et puis 45 puis 47 incroyable 47 et puis il fallait que je passe cette porte des 50 mètres et donc on met la bouée mon coach me dit c'est bon t'es prêt j'ai le temps d'apnée j'ai la relaxation j'ai la compensation je pars pour 50 mètres 50 mètres c'est la hauteur de l'arc de triomphe donc quand tu réfléchis comme ça tu te dis c'est quand même énorme mais il faut pas voir l'apnée en temps l'apnée en profondeur il faut voir l'apnée c'est un concours de décontraction et de relâchement donc je pars sur ce 50 ça a été la plongée la plus agréable de ma vie la chute libre était longue était bonne j'ai mis une minute pour arriver à 50 mètres et en fait j'arrive à 50 mètres et la remontée je remonte tout doucement tout doucement c'est un kiff c'est un voyage dans l'élément premier dans la mer et en profondeur je me sens bien je me sens un peu en sécurité là où naturellement tu te dis putain mais mec c'est pas ta place tu dois remonter je prends un kiff total j'arrive à la bouée respiration de récupération I am ok tout va bien je regarde la montre le câble en fait c'était étendu et j'étais pas à 50 je me suis retrouvé à 52,2 mètres donc j'étais à 52 mètres de profondeur donc c'est à dire que j'étais à 6,2 bar de pression je suis trop content on fait des photos avec le coach j'ai réussi à passer les 50 mètres ça a jamais été aussi facile de ma vie

Loïc c'est incroyable

Julien donc les sélections pour participer aux championnats du monde Aïda c'est 70 mètres ça veut dire qu'aujourd'hui je suis à 18 mètres d'une éventuelle sélection pour les championnats du monde hélas parce que ça serait trop facile 10 minutes après la plongée paf qu'est-ce qu'il se passe je crache du sang mais là je crache du sang genre des beaux gros glaires de sang tu vois et donc pour moi on en est pas sûr mais ça ressemble à un œdème pulmonaire c'est que les poumons ils ont pas dû supporter cette nouvelle pression ça a été trop d'un coup parce que d'habitude on fait du plus 2 et là à cause de j'étais parti déjà pour un plus 3 mais comme le cap s'est étendu ça fait un plus 5 donc c'est à dire que j'ai eu pour la première fois un temps d'exposition à 6 barres de pression un peu trop long pour les poumons donc le temps de sucion a été trop fort et donc on crache du sang c'est très commun enfin faut pas le banaliser mais ça arrive très souvent dans l'apnée j'ai pas eu de problème respiratoire après mais quand même c'est une blessure donc ça veut dire que l'apnée moi j'ai le mental et j'ai le physique pour aller très profond il aurait mis 60 mètres c'était pareil je sais que j'y arrivais très bien mais le problème c'est qu'il faut préparer la fibre pulmonaire donc je vais devoir reprendre là petit à petit l'apnée en profondeur et laisser le corps se préparer il faut être une tortue il faut pas être un lièvre donc aujourd'hui on est en 2022 et je vais donc passer mon brevet professionnel pour pouvoir donner des cours aux gens en France et puis je vais continuer à m'entraîner avec cet objectif qui paraît fou qui paraît impossible d'atteindre un niveau mondial et de participer au championnat du monde et ça ça me guide ça ça me redonne du sens parce que j'ai l'impression de vivre un rêve éveillé et puis l'apnée en profondeur m'apporte quelque chose au quotidien il y a une forme de sérénité qui s'est installée et puis you know we say that good life make good dive donc il faut avoir une vie saine il faut être équilibré dans sa tête pour aller en profondeur et et puis j'ai l'impression de vivre mon grand bleu mais j'ai pas l'intention de finir comme Jacques Mayol ou Enzo Ma excellent

Loïc funeste quel parcours quelle histoire c'est incroyable c'est vraiment fascinant de voir quelque part j'ai l'impression que la boucle est bouclée tu vois ça a commencé par de la natation quand t'étais encore à Cancale et là l'espèce de renaissance entre guillemets après la période d'engagement très très fort pour l'écologie elle se fait elle se fait aussi dans l'eau et plus forcément sur l'eau comme avec comme avec le bateau donc déjà bon je trouve super intéressant comme parcours et cet univers tu sais ça fait longtemps que j'essayais d'avoir des invités apnéistes sur le podcast parce que j'ai jamais moi pratiqué bon j'ai tu vois mon expérience de l'apnée ça se résume à ce que tu fais c'est du masque palme tuba tu vois c'est à peu près ce que je faisais quand j'allais chercher des galets au fond de l'eau des trucs comme ça j'ai vu le grand bleu etc mais je trouve que tous les récits d'apnéistes que j'ai pu lire ou entendre il y a une espèce de dimension spirituelle d'introspection qui est hyper forte et surtout d'un point de vue émotionnel des choses qui sont décrites qui sont enfin j'ai l'impression qui sont très difficiles à comprendre si t'es pas dans cet univers donc c'est juste génial que toi tu puisses nous en parler là

Julien et tu sais quoi tu sais je lisais beaucoup de trucs sur Guillaume Nery sur les grands apnéistes et je pensais je pensais savoir de quoi il parlait ah ok d'accord et encore moi je connais pas la narcos la narcos c'est un peu comme une espèce de défonce qui peut ramener ton subconscient à avoir des rêves ou des cauchemars ça je l'ai pas encore eu parfois j'ai entendu deux fois des voix donc ça fait un peu bizarre j'entendais un mec qui me parlait à ma gauche

Loïc pendant la plongée

Julien pendant la plongée j'ai entendu deux fois quelqu'un qui me parlait donc ça c'est très bizarre et sinon je t'ai pas raconté c'est que pendant enfin j'ai oublié je suis bête mais truc de ouf pendant mes entraînements à Andai j'ai eu la chance incroyable de faire de la monopalme dans un groupe de dauphins ah ouais ouais il y a eu des grands dauphins qui sont venus dans la baie de Ondaïa à la frontière avec Andai à Fontarabie et ils étaient dans la baie et en fait les adultes apprenaient aux petits à chasser les sardines parce qu'il y avait plein de petites sardines et ils tournaient en cercle dans la baie et donc j'ai sauté à l'eau et je demande à Olivier Cressac on peut y aller là ou quoi ? est-ce qu'on peut y aller ? il me fait bon ok là j'enfile ma monopalme et je saute dans l'eau et j'ai réussi à nager avec des dauphins hélas la visibilité était pas terrible du coup je voyais les dauphins apparaître peut-être à 3-4 mètres même moins genre ils étaient tout proches de moi et c'était extrêmement touchant parce que t'entendais leur chant et un chant de dauphins mais c'est un truc qui te prend au bide c'est magnifique et il y a un moment il y en a un il s'est mis en dessous de moi sur le flanc et j'ai pu voir son oeil il me regardait tu vois et c'est le genre de rencontre incroyable qu'on peut faire grâce à l'apnée tu vois et quand je suis dans l'eau moi je suis heureux et c'est là où est ma place et je trouve que c'est là où j'ai la meilleure version de moi-même et c'est là où je suis le plus heureux c'est là où je suis le plus gentil avec les gens c'est là où j'ai le plus de patience donc je sais qu'aujourd'hui il y a une partie de ma vie qui va se passer un peu en apnée en profondeur puis l'apnée c'est aussi apprendre à respirer l'apnée c'est pas retenir son souffle c'est vraiment apprendre à respirer donc c'est apprendre à se décontracter enfin bref

Loïc l'anecdote avec les dauphins ça me parle carrément parce que j'ai fait une plongée il n'y a pas très longtemps vers chez moi dans le sud dans la baie de la Fiotta et il y avait un groupe de dauphins alors on n'a pas pu nager avec eux mais ils étaient je ne sais pas une quinzaine avec des petits qui sont passés à je ne sais pas peut-être 3 mètres du bateau au moment où on allait se mettre à l'eau non 3 mètres j'exagère je fais chez mon marseillais peut-être 10 mètres 10 mètres et c'était fou tu vois de les voir dans l'environnement dans leur environnement naturel nager comme ça librement on était il y avait deux autres bateaux sur l'eau donc il n'y avait vraiment pas beaucoup de on était très très peu nombreux très espacés donc on les avait vraiment là devant nous dans leur habitat c'était incroyable donc j'imagine que nager avec eux en apnée ça a dû être ça a dû être quelque chose de fou

Julien et puis j'étais en monopalme c'est-à-dire que je faisais le même mouvement qu'eux

Loïc ouais

Julien mais laisse-moi te dire qu'ils vont à une vitesse oh mon dieu je ne faisais que doubler

Loïc excellent il y a un autre aspect que je trouve fascinant dans l'apnée c'est un peu ce paradoxe j'ai l'impression entre l'objectif pour descendre profond qui est d'être super détendu et en fait la réalité qui est en tout cas moi c'est ma lecture peut-être que je me trompe complètement mais qui est plus tu descends plus c'est dangereux en fait donc pour descendre profond il faut être de plus en plus détendu potentiellement mettre un peu en sourdine enfin tu vois ignorer un peu certaines alertes liées à la profondeur à laquelle tu es enfin tu vois ce que je veux dire c'est à dire qu'il faut être d'autant plus détendu et peut-être un peu moins en état de vigilance si tu veux descendre profond mais plus tu descends profond plus le risque en réalité il augmente

Julien c'est une bonne analyse que tu as là c'est un truc qu'on parle avec les instructeurs c'est qu'il faut être totalement relâché mais en même temps il faut être alerte ça veut dire que s'il y a un seul signe c'est stop c'est terminé et peut-être que moi lors de ma descente à 52 mètres j'étais tellement relâché que peut-être il y a une alerte que je n'ai pas vue tu vois c'était de ça donc il faut trouver le bon compromis entre eux écouter son corps et complètement s'abandonner et le kiff c'est quand tu t'es tellement bien comme ça c'est que parce que t'es liché en fait t'as le câble et tu t'attaches au câble et donc t'es tenu et quand t'arrives au plomb au fond en fait t'as le bras qui se tend parce que t'arrives au fond et c'est au réveillé comme ça le réveil du plomb c'est extrêmement agréable mais t'as raison il faut quand même être conscient de ce qui se passe et s'écouter quoi et plus on descend profond plus c'est dangereux c'est vrai mais j'ai envie de dire que l'apnée bien encadrée c'est pas dangereux il n'y a pas de il n'y a pas de de morts en apnée sur câble en compétition il y a quelques morts bien sûr c'est rare là où il y a des morts en apnée c'est les chasseurs parce que les chasseurs souvent ils sont surplombés pour descendre plus facilement ils restaient au fond en agachon ou à l'indienne et ils sont tout seuls et puis ils plongent longtemps et puis quand ils voient un poisson ils ne veulent pas le lâcher donc ils font durer l'apnée et souvent les syncopes arrivent là et donc ils la majorité des accidents en apnée c'est en chasse parce qu'ils plongent tout seuls qu'ils sont surlestés et l'apnée c'est très impressionnant mais c'est un sport bien encadré qui reste ouvert à tout le monde et tout le monde peut avoir son par exemple à plonger à 50 il y a des gens ils vont ressentir la même chose en allant juste à 25 ou 20 mètres et c'est ça aussi qu'en étant instructeur maintenant j'ai envie d'apporter aux gens c'est qu'ils se révèlent à eux-mêmes parce que l'apnée c'est vraiment un sport où tu te révèles à toi-même et où tu apprends à te connaître en mer sur un câble en apnée tu vois tout de suite comment se comporte la personne ça révèle des choses sur soi c'est incroyable les faux détendus les faux calmes les gros bourrins tu vois tout

Loïc et qu'est-ce que tu as appris toi sur toi-même du coup

Julien moi je dois apprendre à contrôler mon impatience de la profondeur je suis un lièvre et je dois apprendre à devenir une tortue la patience et j'ai appris que c'est un sport où j'ai l'impression que tu recommences tout à zéro à chaque fois tu vois par exemple si je fais une pause de deux mois retourner à 30 mètres ça ne pourrait pas être facile mais en fait non il faut se remettre dedans et apprendre à être patient et accepter que tu ne peux pas arriver en dire ouais ça va moi je plonge à 50 mètres faire le ouf tu ne peux pas faire ça il faut rester vachement humble par rapport à soi par rapport à son corps il faut vachement se respecter en fait et apprendre à être patient ouais et je parlais avec Dimitri Chavas qui est un mec qui plonge à très profond qui participe au championnat du monde et il me disait que ma progression en 6 mois c'était génial et qu'il faut que j'apprenne à être patient et laisser mon temps à mon corps de s'adapter à la pression d'accepter ces 6 barres de pression à 50 mètres et je suis trop content parce qu'il croit vachement en moi et Franck d'Aouben aussi il me dit mais tu vas y arriver les 70 mètres tu vas y arriver donc en moi il y a quelque chose un peu qui est apaisé je suis moins en mode course il faut que j'apprenne vraiment à devenir une tortue et patient et je peux t'assurer qu'on se reverra qu'on se refera un podcast si j'arrive à aller au championnat du monde ça serait je serais je pense extrêmement comblé dans ma vie d'avoir réussi à faire ça en tout cas sur l'aspect sportif aujourd'hui que ça soit course à pied que ça soit nage je me suis vachement réalisé mais si aujourd'hui dans l'apnée en profondeur j'arrivais à un tel niveau ça sera mon prochain livre

Loïc écoute en tout cas ça tombe très bien que tu proposes puisque j'allais te le dire de toute façon on se refait un épisode on se refait un épisode dès que tu as participé au championnat du monde mais écoute vraiment franchement un grand merci pour tout ce que tu as bien voulu partager sur ton parcours ce que tu nous as révélé sur le monde de l'apnée je t'ai dit moi ça faisait longtemps que j'attendais des témoignages de gens qui pratiquent parce que je trouve cet univers fascinant je crois que tu m'as peut-être convaincu de tenter

Julien il faut que tu viennes on ira plonger ensemble à la ciota

Loïc et bien allez on fait ça c'est parti et puis maintenant que c'est annoncé tu vois du coup il n'y a pas le choix c'est parfait on va te faire

Julien une séance ensemble

Loïc génial écoute on va faire ça Julien vraiment un grand grand merci je ne sais pas toi qu'est-ce que tu aurais envie de partager peut-être pour conclure cet échange sur ce que toi tu as appris toutes ces expériences que tu as pu engranger dans les différentes disciplines que tu as menées les projets que tu es allé défendre

Julien que parfois pour réussir il faut être en déséquilibre c'est-à-dire qu'il faut être vraiment à fond et parfois peut-être oublier ou effacer des choses pour soi comme les histoires d'amour ou la famille ou l'amitié et être un peu trop à fond pour réussir mais que sur le long terme si on veut être heureux et réussir sur le long terme il faut savoir trouver l'équilibre et trouver l'équilibre c'est quelque chose de compliqué mais trouver l'équilibre et réussir à atteindre ces objectifs en étant à fond ça serait un peu ce que je cherche à avoir et moi j'ai toujours fonctionné en too much j'étais en vacances avec des copains et ils me disaient Julien c'est too much is not enough et pour atteindre un peu trouver l'équilibre et l'apnée c'est en train de m'apporter ça et puis ici il y a autre chose que j'aimerais dire c'est au niveau de l'engagement environnemental c'est quelque chose qui est extrêmement anxiogène qui peut créer énormément de colère donc moi pour réussir à passer outre ça je me suis déconnecté de tous les réseaux au niveau source d'information et je me suis réancré dans la réalité dans ma réalité quotidienne et ma relation à l'océan et c'est là où j'ai retrouvé un peu la paix pour continuer à agir pour mes rêves et demain je l'espère pour mes convictions tu vois juste avant que tu m'appelles j'étais en train de faire un fichier Excel et je mettais les contacts d'école de Bayonne pour retourner parler aux enfants parce que quand j'étais trop à fond dans l'engagement écologique ça m'a trop démol à réaliser et j'avais laissé trop de côté mes rêves et là en retrouvant mes rêves je retrouve de la puissance pour mes convictions et retourner voir les jeunes et puis tu sais quand je parle dans les écoles je parle un peu aux gamins que j'étais et donner de la force aux enfants parce que les enfants putain mais qu'est-ce qu'ils peuvent vivre des merdes des fois c'est hyper donner de la force aux enfants du courage ça m'apporte énormément donc je vais essayer de faire ça cette fois en partageant mon expérience de l'apnée et au niveau des actions écologiques pour l'instant je ne sais plus quoi faire je ne sais plus comment faire cette période de Covid m'a vachement perturbé je vois énormément d'activistes autour de moi qui craquent et il faut que déjà je me retrouve moi-même je refonce vers un nouveau rêve et dans les mois à venir l'année à venir redéfinir une action écologique comme j'ai eu le projet de loi il faut que comme j'ai eu la plantation d'arbres il faut que je retrouve une action écologique dans laquelle je crois et auquel je peux me donner à fond

Loïc génial super tu parlais de donner de la force et d'inspirer moi je suis sûr qu'en tout cas cette conversation ce ne sera peut-être pas des enfants parce que je ne sais pas si on a des enfants qui écoutent le podcast je ne pense pas mais en tout cas des adultes très certainement et du coup je voulais te remercier une fois de plus te souhaiter bon vent pour tes aventures jusqu'au championnat du monde on rediscute juste après une fois que c'est fait et puis de toute façon on se voit à la Ciota pour mon initiation à l'apnée alors si j'ai bien compris

Julien rendez-vous au donné Loïc merci en tout cas et à bientôt

Loïc à très bientôt salut Julien Will肯 Sous-titrage ST' 501

Transcription automatique relue · susceptible de contenir des imprécisions.

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