Les Frappés Les Frappés
Saison 2 EP·086 Mer #Mini Transat #voile #Mont-Blanc

18 octobre 2022

Jérôme Brisebourg & Pierre Legendre - Quand Mer et Montagne se rencontrent

Durée · 1h39 · Transcription disponible

Jérôme Brisebourg & Pierre Legendre

Le récit

Quel épisode !

J'ai eu le plaisir d'échanger avec un duo absolument incroyable. Cet épisode, c'est le récit d'une superbe rencontre entre Mer 🌊 et Montagne 🏔

Vous allez découvrir les parcours exceptionnels de :

- Jérôme Brisebourg, 50 ans, 2e français à avoir réussi l'Explorers Grand Slam 🤩 qui consiste à atteindre le plus haut sommet de chaque continent, dont l'Everest, ainsi que les deux Pôles. Ce défi, c'est celui d'une vie. Il a fallu 20 ans à Jérôme pour en venir à bout.
- Pierre Legendre, 31 ans skipper ⛵️ et finisher de la Mini Transat 2021, la dernière des courses au large en autonomie totale et sans assistance. Depuis peu, Pierre est également devenu summiter du Mont Blanc.

Ces deux aventuriers "amateurs" se sont croisés dans le cadre professionnel. La passion qu'ils vouent à leurs disciplines respectives les a rapproché, jusqu'à ce que naisse un projet à deux, celui de mettre en commun leurs connaissances et de faire découvrir à l'autre un nouvel univers.

Pierre a réalisé l'ascension du Mont Blanc en s'appuyant sur tout le savoir de Jérôme, qui a quand à lui pu découvrir la navigation en haute mer et les conditions spartiates que cela implique sur le bateau de Pierre.

Un échange passionnant avec deux invités passionnés, qui donne tout simplement envie de partir explorer de nouveaux horizons (ou de nouveaux sommets 😉)

🔎 Dans cet épisode on a pas mal parlé de la Mini Transat et de l'Explorers Grand Slam. Suivez les liens pour plus d'info !

🎙 Les épisodes de podcast auxquels nous avons fait référence sont :
Épisode #49 - Julia Virat - Guide de haute montagne et navigatrice - Apprendre à écouter ses émotions

Vous pouvez suivre Jérôme et Pierre  ici ⬇️
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Transcription

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Jérôme Et en fait dans cette liste, j'avais réécrit, je veux aller au sommet d'Averest, je veux aller au pôle Nord et je veux aller au pôle Sud. Et je te donne un exemple, quand il fait plus froid qu'au moins 40, on ne faisait pas 10 minutes de pause.

Pierre Si j'ai vraiment envie de quelque chose, je vois que je suis capable d'aller mettre toute l'énergie, d'aller mettre tous les moyens qu'il faut pour atteindre l'objectif.

Loïc Hello, hello ! C'est Loïc Blanchard, le créateur et host du podcast indépendant Les Frappés. Je suis un ancien sportif de haut niveau, aujourd'hui reconverti en sportif aventureux, mais aussi entrepreneur, coach et préparateur mental certifié. Passionné d'outdoor et de défis en tout genre, j'ai voulu créer une communauté autour des valeurs de résilience, de dépassement de soi et de détermination, en vous offrant chaque semaine des conversations inspirantes avec des invités incroyables issus d'univers très variés. J'ai reçu aussi bien des athlètes olympiques que des entrepreneurs à succès, des aventurières professionnels ou encore des anciens des forces spéciales. Leur point commun, la passion pour leur projet et l'audace de se lancer. Alors fonçons ensemble découvrir mon invité de la semaine. Excellente écoute à vous Les Frappés ! Bienvenue Jérôme, bienvenue Pierre sur le podcast !

Jérôme Merci ! Salut Loïc !

Loïc Je suis absolument ravi de vous accueillir, je suis impatient qu'on échange sur votre projet que j'ai trouvé complètement fou quand vous m'en avez parlé pour la première fois, et qu'on échange aussi sur vos parcours respectifs puisque là il y a du lourd pour cet épisode des Frappés, avec un très très beau mélange mer et montagne, vous nous en direz plus, mais qui m'intrigue toujours beaucoup. J'ai déjà eu une invitée, Julia Vira, je crois qu'on en avait parlé, qui a eu beaucoup beaucoup de retours suite à son épisode justement sur ce mariage entre haute montagne et course au large. ça va être un petit peu le thème de l'épisode pour faire du teasing. Donc je suis très très très content que vous soyez là, merci beaucoup à tous les deux. Et puis ce que je vous propose, c'est de commencer par les présentations. Qui veut se lancer entre Pierre et Jérôme ?

Jérôme On en aura plusieurs de Pierre !

Pierre Allez, c'est parti ! Moi Pierre, j'ai 31 ans et j'ai fait la mini transat l'année dernière, donc une transatlantique en solitaire sur des petits bateaux de 6m50, sans aucun moyen de communication avec la Terre. C'est la dernière course au large où on a zéro moyen de communication, donc on a juste notre balise de détresse en cas de danger pour notre vie. Voilà, c'est un projet qui m'a demandé 4 ans de préparation et que j'ai pu terminer en novembre l'année dernière.

Loïc Excellent ! Génial ! Donc Pierre, tu amènes le côté mère.

Jérôme Oui, c'est ça ! Et donc Jérôme, je suis un petit peu plus âgé, je viens de fêter mes 50 ans, marié, deux filles, 14 et 16 ans, et moi j'ai donc pu mener en parallèle de ma vie personnelle et professionnelle, la réalisation de l'Explorer Grand Slam. Donc l'Explorer Grand Slam, c'est quoi ? C'est une combinaison de deux challenges. D'abord un challenge d'alpinisme, donc il s'agit de faire l'ascension du plus haut sommet de chaque continent. Et donc le challenge en lui-même s'appelle les Seven Summits, et ça t'amène quand même à atteindre le sommet du toit du monde d'Everest. Et puis aussi de rallier les deux pôles, donc le pôle Nord et le pôle Sud, donc en logique d'expédition, en ski-pouka, ce que j'ai pu faire en 2018 et puis en 2020 juste avant le confinement, donc aller au pôle Sud. Voilà, donc ça c'est pour le côté terre, j'anticipe Loïc, ta remarque ? C'est le côté terre. Je crois que c'est discutable puisque le pôle Nord, bien sûr, on est sur la banquise, et donc on navigue sur l'eau, donc avec une banquise, voilà, c'est une épaisseur d'1m40 posée sur l'océan Arctique, qui dérive et on est sujet bien sûr au courant maral.

Loïc Oh là là là là là ! Quelle aventure celle-là ! Donc Pierre nous disait que pour lui la mine Transat, ça avait été un projet de 4 ans. Toi dans ton cas Jérôme, les 7 sommets plus pôle Nord, pôle Sud ?

Jérôme Alors moi c'est un projet de 20 ans, parce qu'on a un point commun avec Pierre, c'est qu'on ne fait pas 100% de notre temps sur l'activité ou mer ou montagne, et donc moi j'ai pu en fait réaliser plus ou moins un projet d'expédition tous les ans. Donc j'ai commencé comme ce qu'on a fait avec Pierre en commun par le Mont Blanc, c'était avec ma femme et on était en 2000, et tu vois j'ai atteint le pôle Sud le 13 janvier 2020, donc tu vois ça m'a occupé une vingtaine d'années, donc en menant en parallèle bien sûr et le pro et le perso, ce qui n'est pas complètement évident en fait à réussir.

Pierre Non, moi j'ai tout fait en parallèle de la vie pro aussi, et c'est engageant. Et moi j'avais la particularité en plus d'associer mon employeur en tant que sponsor de mon aventure, donc c'est quelque chose d'engageant. Excellent.

Loïc Donc mère, terre plus ou moins, grosse différence, enfin grosse différence, une différence d'âge, moi je crois que la première question qui me vient c'est comment est-ce que vous vous êtes croisés et qu'est-ce que cette rencontre a fait naître comme projet commun ?

Jérôme On s'est croisés d'abord sur le professionnel Pierre. Exactement. Du coup moi dans mon activité professionnelle, je suis formateur, formateur en management et aussi en relations clients et commerciales, et puis du coup dans les clients chez qui j'interviens, il y a l'employeur de Pierre, et c'est comme ça qu'on s'est rencontrés. Et puis voilà, après on a évoqué ce projet, puisque j'avais commencé à remarquer que Pierre s'intéressait à la montagne, et donc je me dis tiens il y a une ouverture, moi la mer c'est quelque chose aussi que j'ai découvert tout petit, mais c'était juste un marin d'eau douce, puisque c'était du OBICAT 16 en eau douce, et donc voilà, je ne sais pas comment s'est lancé le truc, ce projet un peu d'expérience croisée. mais on a d'abord eu une rencontre professionnelle, ce qui n'est pas sur la passion en fait.

Pierre quand j'ai évolué vers un poste de management et commerce chez AK Technologies, puisque c'est mon sponsor et la société AK et mon employeur, Jérôme animait la formation des juniors sur la partie commerce, et il aimait l'aventure, moi j'avais ce projet de monter mon projet mini-transat, donc on en avait parlé, et après on s'était recontacté un petit peu par LinkedIn, quand il a vu qu'il y avait bien un bateau AK, et que j'avais réussi mon pari d'embarquer AK dans mon aventure, et j'ai repris contact avec Jérôme en début d'année, en janvier cette année, parce que j'avais pour objectif d'aller en haut du Mont Blanc au mois de juin, puisque je n'avais plus de bateau cette année, donc il me fallait un nouveau projet, quelque chose sur lequel me projeter, et c'était ça, et j'avais demandé à Jérôme des contacts d'un guide de haute montagne, puisque je ne voulais pas passer par une agence en tapant guide sur Google, je savais que Jérôme en avait quelques-uns dans son réseau, et du coup ça a commencé comme ça, et finalement Jérôme s'est dit, je me greffe avec vous, et on fait ce projet expérience croisée mer montagne. Donc en juin on a pu aller en haut du Mont Blanc tous les deux, et avec une de mes amies aussi, et au mois d'août Jérôme a pu venir naviguer sur un mini 650, donc un bateau à Lorient, et on a passé la nuit en mer, c'était l'objectif de découvrir un petit peu ce que c'était que passer une vingtaine d'heures en mer ensemble.

Loïc Génial, génial, excellent. Alors peut-être avant qu'on rentre dans le détail justement de ces expériences croisées, je serais quand même curieux de savoir si vous pouvez nous en dire un peu plus respectivement sur ces grosses aventures que vous avez vécues. Alors bon Jérôme, je te le disais je crois avant qu'on commence, ça pourrait faire l'objet d'un podcast complet quand même, l'Export Grand Slam. Mais peut-être voilà, comment ces expériences, si on commence avec la mini transat de Pierre, comment est-ce que cette mini transat t'a forgé, qu'est-ce que ça t'a apporté, qu'est-ce que ça t'a fait découvrir sur l'univers de la mer ?

Pierre Alors il n'y a pas que l'univers de la mer, c'est des projets, là on parle d'un sport mécanique, donc déjà entre l'idée de dire j'ai envie de le faire, il y a le cheminement, alors moi je naviguais beaucoup, c'était mon job d'été, j'avais eu déjà l'occasion de faire une transat en 2015 en partant sur un coup de tête vraiment du jour au lendemain. Donc j'ai rejoint des potes aux Canaries le vendredi, enfin le vendredi soir je voyais qu'ils cherchaient un équipier, j'ai regardé les vols, il y avait un vol Nantes-les Canaries le samedi, et je suis parti le samedi de Nantes pour les Canaries, et le dimanche j'étais parti en transat, c'était en août 2015, et après j'ai pu continuer à naviguer, des rencontres, j'ai navigué avec quelqu'un qui avait gagné la mini transat en 2001, et j'ai beaucoup navigué avec lui dans le sud de la France, et petit à petit c'est voir qu'on est capable de faire des choses tout seul sur le bateau, on rentre dans la vie active, moi c'était en début 2017, et puis là le côté routine de dire j'ai un boulot, j'ai un boulot c'est parti, je suis en couple, tout va bien, non j'avais besoin de trouver quelque chose, et la mini transat m'intéressait, donc quand on commence à être sur le site, à regarder le prix d'un bateau, à passer un ou deux coups de téléphone, bah en fait c'est trop tard, le projet il est parti, donc j'ai loué d'abord en 2018 moi un bateau à mes frais, donc là c'est assez engageant, parce que ça prend tout ton temps, tout ton argent, tout ton énergie, en parallèle du boulot, donc fin 2018, je n'ai pas envie de partir sur un projet trop aventure, j'avais envie que ça soit un projet plus cadré, donc j'ai mis en stand-by, en me disant je me laisse le temps de trouver un partenaire financier, et de faire un beau projet, ce qui a eu lieu neuf mois plus tard, donc en septembre 2019, ACA m'a donné son go, je ne vais pas refaire toute l'histoire, mais voilà, et j'ai récupéré mon bateau en janvier 2020, et 2020-2021 j'ai beaucoup navigué, réussi à me qualifier à la mini transat, et aller au bout de ce projet, et qu'est-ce que ça m'a apporté, c'est beaucoup de satisfaction, et après c'est l'énergie qu'on met, voire l'énergie qu'on est capable de déployer quand on a un rêve, un objectif, une passion, et de rien lâcher, j'ai eu une transat compliquée, avec pas mal de problèmes de pilote automatique, donc j'avais eu deux ans, deux ans tranquille avant le départ de projet, où je n'avais pas eu de soucis, j'ai cassé le bateau la dernière course de préparation, à cause d'un souci structurel, donc un mois et demi avant le départ de la transat, le bateau est rentré pour trois semaines et demie en chantier, parce qu'il s'était complètement délaminé à l'avant, donc heureusement en fait on était plusieurs modèles, plusieurs bateaux de ce modèle-là, avoir eu des soucis de structure, donc on a pu tout se renforcer avant la transat, et après la transat, j'avais jamais eu de soucis d'électronique, mais j'ai perdu la première étape, j'ai fait plus de trois jours sans pilote automatique, donc où le sommeil devient très compliqué, et j'ai reperdu mon pilote à la deuxième étape, 30 heures avant d'arriver, mais là c'était 30 heures, donc quand on a déjà fait 80 heures sans dormir, on se dit que c'est bon, on y va, et de toute façon c'est l'aboutissement du projet, donc on donne tout, et après on refait la fête trois jours sans dormir, une fois qu'on est à terre. Donc non, ça m'a apporté beaucoup sur la résistance mentale, le fait de devoir l'énergie qu'on est capable de mettre pour aller démarcher des sponsors, des partenaires, s'entourer, parce que moi j'ai fait tout mon bateau, j'ai plutôt été basé à Lorient, mais j'ai fait tout mon projet en vivant la semaine à Aix-en-Provence, puis à Lyon, donc il y avait aussi ce côté logistique, qui n'était pas des plus simples, je sais qu'il y en a beaucoup sur la mini-transat qui quittent leur job, et qui font ça à plein temps, mais moi voilà, j'avais le boulot la semaine où je suis objectivé sur des résultats, puisque je suis sur un poste de commerce, et les week-ends à m'entraîner, donc en ayant un peu une envie de performance, parce que le boulot était également le sponsor, donc c'est assez all-in comme décision d'associer tout ensemble. Voilà, d'avoir un boulot plus un projet avec le même nom au-dessus de la tête tout le temps, c'est hyper chouette, j'ai adoré, et aujourd'hui ça m'ouvrirait peut-être des portes pour autre chose, mais c'était engageant et pas simple au quotidien.

Loïc Tu dirais que c'est quoi qui a motivé Aka à te suivre sur ce projet, sachant que tu étais toujours employé par la boîte qui a vu ton sponsor ?

Pierre Alors je pense qu'on est une société de conseil en ingénierie, Aka Technology, donc il y avait tout cet aspect marque employeur qui était hyper intéressant pour eux, moi c'est ce que je mets beaucoup en avant, et j'ai eu la chance d'écouter, de rencontrer les personnes, et ce qui leur a beaucoup plu aussi c'est que j'ai jamais rien lâché. Notre directrice com était à Lyon, moi quand j'étais à Aix toutes les deux semaines j'étais à Lyon, puisque j'avais pas mal de réunions, donc quand je montais elle était sûre qu'à 9h10 j'étais dans son bureau, elle lui dit à bon ça on est où, qu'est-ce qu'on fait, et j'ai rien lâché, et je la remercie encore de son soutien. Voilà, mais non, non, non, en termes de marque employeur, c'est une belle histoire de, moi j'avais le, j'ai rejoint le groupe en étant ingénieur, j'ai pu évoluer vers un poste sur du management et du commerce qui était un pari, puisque c'est pas mes compétences à la base, et derrière d'associer mon sport, ma passion avec le groupe, c'est quelque chose d'unique et qui est très bon.

Loïc Est-ce que tu avais conscience avant de te lancer dans le projet de tout ce que ça allait impliquer justement en termes d'engagement financier en temps, des contraintes logistiques, est-ce que c'était quelque chose qui était assez clair pour toi, ou tu l'as découvert ?

Pierre Alors l'aspect financier, oui, puisqu'on sait à peu près, on a des ordres de grandeur de budget, donc on sait combien ça va nous prendre, l'aspect temps, oui, puisqu'on a un calendrier de course, on est après le niveau engagement et toute l'énergie, l'aspect énergie que ça peut prendre, et l'aspect où on pense que à ça pendant deux ans, enfin les deux ans où j'avais le bateau pour aller au bout du projet, ça c'est vrai que c'est quelque chose de pas simple, et moi en étant loin la semaine, de pas être en maîtrise de tout, c'est aussi s'entourer, j'ai un ami qui était mon préparateur, donc moi je finissais mes entraînements le week-end, je lui disais il y a ça, ça, ça amélioré, il y a ça, ça, ça que j'ai cassé, et le but c'était d'arriver le vendredi soir suivant, ou samedi matin avant l'entraînement, en disant Fred a bien bossé, le bateau est à nouveau prêt, je peux naviguer et en tirer 100%. C'est ça qui était arrivé à faire confiance, déléguer, et toute cette logistique aussi projet à distance, qui était chronophage aussi quoi, de savoir que je suis pas en maîtrise de tout, et que j'y vais quand même.

Loïc Ok, et tu dirais que cette mini transat, peut-être pour finir sur cette aventure, tu dirais qu'elle t'a apporté quoi ?

Pierre Oui, je pense que quand on veut vraiment quelque chose, et moi je suis sur un job de commerce, où il y a tout cet aspect prospection, cet aspect relation, construction, à construire une relation avec un client, c'est comme la relation que je construis avec un partenaire, ou avec ACA, c'est voilà, le relationnel moi c'est mon point fort, l'aspect rien lâcher, voilà, si j'ai vraiment envie de quelque chose, je vois que je suis capable d'aller mettre toute l'énergie, d'aller mettre tous les moyens qu'il faut pour aller, pour atteindre l'objectif, donc après c'est, voilà, quand on est passionné, ce que ça m'apporte c'est quand on est passionné, qu'on a vraiment envie de quelque chose, on y arrive, parce qu'on se donne les moyens, et on se dépasse quoi.

Loïc Excellent. Pierre du coup pour faire la transition, Pierre, Jérôme, pour faire la transition, tu dirais que, enfin ça te parle toi, ce que vient de dire Pierre, sur la passion qui te drive, et qui te permet d'aller au bout des choses ?

Jérôme Oui, oui, oui, parce que, moi le point de départ, c'est, Loïc, c'est plutôt un espèce de rêve d'enfant, tu vois, quand j'étais gamin, je lisais des livres d'aventuriers et tout ça, et je me disais, tiens, dans ma vie, j'aimerais bien aller en fait sur le toit du monde, pour voir ce qu'on ressent, et puis aller au pôle Nord aussi, pour voir commencer concrètement la banquise, et aller en fait me mettre la tête en bas, et aller au pôle Sud, c'est vrai que quand tu regardes un globe, ben, quand t'es en bas, tu dis, j'ai la tête en bas, et j'aimerais bien savoir ce que ça fait, et puis bon, tu vois, c'est des trucs que t'as dans la tête, mais tu fais rien pour les accomplir, moi je suis originaire de Bordeaux, donc tu vois, l'aspect montant, j'ai personne dans la famille qui était dans ce milieu-là, donc tu vois, ça reste des rêves de gosses, et en fait, moi, il y a eu besoin d'un déclencheur en fait, Pierre l'a un petit peu mentionné, tu vois, avec le rapport travail et tout ça, je me suis retrouvé à la trentaine, avec, je commençais un peu à m'ennuyer dans mon boulot, et je faisais le même boulot que celui que fait Pierre actuellement, mais chez une autre société, et je me dis, tiens, je veux évoluer professionnellement, et puis j'ai eu la chance de rencontrer en fait une coach qui m'a plutôt fait travailler sur un projet de vie qu'un projet professionnel, elle m'a dit, un projet professionnel, ça s'insère dans un projet de vie. Waouh, j'ai regardé, je dis, un projet de vie, je dis, c'est pas un projet de vie, parce que je dis, ben voilà, moi je suis en couple, on est locataire, ben le projet de vie qu'on a, c'est d'être propriétaire un jour et puis d'avoir des enfants. Et puis elle me dit, mais ça, c'est pas un projet de vie. Bon, j'ai dit, vous rigolez ou quoi ? C'est quand même un projet de vie. Elle me dit, non, on va faire un exercice, et moi ça a été vraiment le déclencheur, ça s'appelle la lettre du vieux sage. Et la lettre du vieux sage, elle m'a dit, voilà, vous imaginez que vous mourrez demain, quel que soit l'âge, 50, 60, 70, on s'en fout, et vous retournez sur votre vie, et vous êtes fier de quoi ? Fier d'avoir fait, d'avoir rencontré, d'avoir été, d'avoir apporté au monde ce que vous voulez, mais vous êtes fier de quoi ? Voilà. Elle me dit, si vous voulez continuer avec moi, vous répondez à cette question. Bon, moi j'ai dit, ok, on essaye. Et puis, donc, je l'ai revu quelques jours après, et j'avais fait une liste. Mais alors, une liste, quand je lui ai donné la liste, elle m'a dit, mais vous comptez vivre 150 ans, vous ? Je lui ai dit, pourquoi ? Ça rentre pas dans une vie, ça ? Il va peut-être falloir un petit peu voir ce qui est prioritaire et tout ça. Et en fait, dans cette liste, j'avais réécrit, je veux aller au sommet d'Averest, je veux aller au Pôle Nord, et je veux aller au Pôle Sud. Enfin, mais il y a peut-être d'autres raisons, et je les découvrais sur mon chemin. Mais maintenant, la question, c'est comment rendre ça possible ? Et le choix que j'ai fait, c'est pour ça que la rencontre avec Pierre est riche de ça, et le parallèle, enfin, moi je me suis retrouvé dans Pierre et dans ce qu'il vient de dire, et dans ce qu'on a échangé, c'est que moi, je n'ai pas dit, je veux devenir aventurier. Moi, je veux continuer ma vie, avoir des enfants, avoir une activité professionnelle, et faire ces aventures. Et ça déterminera le niveau d'engagement. Pierre a commencé à en parler du niveau d'engagement après dans les projets. Mais si je veux faire tout ça en même temps, et là, ça commence à être compliqué. Compliqué parce que j'étais salarié, et salarié, moi, mon premier projet d'expédition, je suis parti, donc, quatre semaines en été, c'était faire un sommet à 7000, qui est en Inde, qui s'appelle le Koun. Alors, ça fait un petit peu comme Pierre au départ, on vous dit, ah, chouette, on a dans les équipes quelqu'un qui fait de la montagne, top, etc. Et puis l'année d'après, j'ai dit, écoutez, je veux aller plus haut, mais quand on va plus haut en montagne, c'est plus longtemps. Et donc, il y a un sommet au Pakistan, voilà, c'est pareil, c'est juillet-août, je fais du congé sans solde, je trouve mes sponsors, tout ça. Mais c'est six semaines. Et là, vous voyez vos managers qui commencent à nous dire, mais alors attends, si on lui accorde six semaines, t'en as tous qui vont nous dire, je veux aller ici, je veux faire ça, etc. Et on n'en était pas encore, puisque là, je reviens quand même quelques années en arrière, mais on n'était pas encore dans l'évolution du mode de travail comme on a aujourd'hui, où on a beaucoup, tu parlais de marque employeur, mais on a beaucoup, finalement, de compromis qui sont faits par les entreprises, mais pour garder les hauts potentiels. On n'en était pas là encore. Et donc, en fait, ça m'a amené à prendre une décision, c'est d'essayer d'aligner vie personnelle, vie professionnelle et aventure. Donc, du coup, j'ai fini d'être salarié. Je me suis associé avec quelqu'un dans une logique d'entrepreneuriat qui permet de piloter un peu plus de liberté. Je t'entendais Pierre dire effectivement tes allées-venues, tes machins, etc. Bon, ben moi, quand je pars effectivement quatre semaines ou huit semaines sur un projet comme l'Everest, voilà, c'est huit semaines où tu ne peux pas te connecter. Et donc, forcément, il faut cette marge de liberté à négocier, parce que tu ne fais pas ce que tu veux. Tu as des clients, tu as un associé, tu as des partenaires, etc. En fait, tu fais pas ce que tu veux. Et donc, j'ai aligné à la fois le projet professionnel et personnel de façon à me permettre de faire ces projets. Et ensuite, je n'avais pas cette idée de l'explorer Grand Slab, je ne savais pas que ça existait. Moi, j'avais l'idée de ce qu'on appelle les trois pôles, je redis, c'est l'Everest, le pôle Nord et le pôle Sud. Mais en fait, voilà, moi venant de Bordeaux, ben, je n'avais pas trop d'expérience en montagne. Donc, il a fallu créer cette expérience, être sûr que ça me plaise. Et puis, c'est ce que j'employais avec Pierre aussi, c'est découvrir mes capacités, mon potentiel. Donc, avant d'attaquer 8 848 mètres, puisque c'est le sommet de l'Everest, ben, j'ai commencé par le Mont Blanc, 4 810 mètres. Après, j'ai fait avec ma femme, on a fait le Kilimanjaro ensemble. Après, j'ai fait quelques sommets en Équateur, puisque là, on est entre 5 et 6 000, jusqu'à 6 4. Donc, j'ai perdu le nom du sommet de 6 4, on en a parlé récemment. En tout cas, il y a le Cotopaxi à 5 9. Et puis après, une première expédition, donc le Koun en Inde, c'est un 7 000. Et puis après, le gars Sherboum au Pakistan, c'est un 8 000. On l'avait raté. Et puis après, à nouveau, un 7 500 qui est le Moustagata, donc en Chine. Tout ça, ça m'a permis, en fait, de découvrir mes capacités, d'acquérir des compétences, et puis surtout, de créer des rencontres avec tous les alpinistes amateurs, puisqu'ils sont dans la même position que moi, qui avaient pour projet de faire l'Everest. Et donc, on a pu faire l'Everest. Et en ayant fait l'Everest, du coup, ça m'a plu, la montagne, vraiment. Et donc, j'ai dit, avant de passer au polaire, il y a quand même d'autres choses à découvrir. Et ayant fait et le Kilimanjaro et l'Everest, et donc l'Everest, on va dire que c'est peut-être le plus dur des 7 summits, on regardait de la multitude et pas forcément regarder les difficultés. J'ai dit, bah tiens, tantôt, parce qu'il y avait une autre personne qui voulait faire les 7 summits dans le groupe, un gars de GAP, et donc voilà, bah du coup, ça nous a un petit peu challengé. On ne les a pas fait ensemble, ni en même temps. Mais j'ai déroulé les 7 summits. Et ayant fait les 7 summits, je suis parti sur des nouvelles compétences, parce que le polaire, on a le froid en commun avec l'alpinisme, mais c'est tout. Et donc, avant de me lancer sur le pôle Nord et sur le pôle Sud, après, c'est mon approche, moi, des projets. J'ai l'impression de toujours redémarrer à zéro. Donc, de progresser, d'accumuler de l'expérience, et à peu près de me sentir prêt. On n'est jamais toujours prêt. J'entendais Pierre dire qu'il ne maîtrisait pas tous les éléments. Bah ouais, c'est pareil pour moi. Tu as l'impression que même si tu en as rêvé, le projet reste toujours plus grand que toi. Donc, du coup, j'ai fait la traversée du Groenland. On était quatre Français en logique d'exposition. Donc, le ski Pouca, 540 km de marche. On a marché 31 jours. Donc, en suivant le cercle polaire arctique. Donc, ça m'a plu. À nouveau, ça m'a permis de trouver mes points d'aisance dans le milieu. Puis après, pôle Nord et pôle Sud. Donc, pour moi, c'est une découverte. C'est des rencontres. C'est une progression. Donc, une acquisition de compétences par rapport à milieu et discipline qui est quand même super, super exigeante. Ouais. Voilà le cheminement, en fait. Et c'est un cheminement complet. Et pas que aventure, en fait.

Pierre Non, mais je trouve dans ce cheminement complet, en plus, que ça soit la voile ou les expéditions, l'alpinisme, c'est qu'il faut s'entourer. C'est que c'est des sports qui restent coûteux. Et à titre personnel, il faut arriver à fédérer autour pour embarquer des sponsors, des partenaires. Donc, ça aussi, ça fait partie de la capacité aussi de vivre ces aventures. C'est qu'on ne peut pas tout financer nous-mêmes. Donc, ça, je pense que c'est une des difficultés aussi de nos projets respectifs. Oui.

Jérôme Et avec, moi, je vais rajouter, Pierre, l'importance du cas en familial. Oui. Puisque, voilà, moi, j'ai quelques années de plus que toi, du coup. Oui, oui. Donc, moi, j'ai ma femme et les deux filles. Alors, c'est sûr que, tu vois, quand moi, j'ai fait l'Everest, elles avaient trois et cinq ans. Donc, c'est déjà une décision. Et sachant que ma femme m'a accompagné jusqu'au camp de base. Et donc, elles vivent, à ce moment-là, elles vivent juste l'absence. Maintenant qu'elles sont plus grandes et donc elles seront plus informées sur les milieux, tu as aussi quand même une logique de confiance à rapporter à la famille en disant, attention, je vais dans un milieu exigeant qui ne laissera peut-être pas la seconde chance. Et voilà, je vous accueille dans le projet. Voilà avec qui, voilà comment, voilà les conditions, voilà l'objectif qu'on se donne, voilà la capacité de renoncement qu'on se donne, voilà les moyens qu'on se donne aussi entre nous pour communiquer. Donc, avec la famille. Et ça, ça va dans un sens et ça va aussi dans l'autre. On pourra en parler, mais c'est sûr que quand tu sais que tu as ta famille, que tu sais que voilà, donc du coup, tu as un niveau d'engagement qui n'est pas le même que de te dire, j'y vais, je veux le sommet à tout prix ou je veux le pôle à tout prix. Donc, voilà, en termes de prise de risque et de responsabilité, évidemment, tu inclues l'équipe, comme tu veux dire, et c'est le cercle rapproché aussi possible.

Loïc C'est un super point. Je crois que c'est Jimmy Chin, si je ne me trompe pas, le photographe national géographique. Il me semble que c'est dans un reportage que j'avais vu sur lui où il expliquait quand sa mère, quand il a perdu sa mère en fait, à ce moment-là, il n'avait plus vraiment de famille, en tout cas plus personne qui était inquiète pour lui quand il partait en expédition, qu'à partir de ce moment-là, en fait, il a passé un cap en matière d'engagement et qui s'est permis de faire des choses qu'il ne faisait pas quand il avait encore sa maman. Donc, c'est super intéressant ce que vous dites et en fait, c'était une des questions que j'avais pour vous justement, vous avez anticipé. C'est comment est-ce que vous gérez quand on parle d'aventure quand même extrêmement engagée dans des milieux hostiles où, je crois que tu l'as dit Jérôme, il n'y a pas de deuxième chance en fait. Si Pierre, tu tombes de ton bateau et que tu n'es pas attaché, bon, c'est fini au milieu de l'Atlantique. Et toi Jérôme, c'est un petit peu pareil, si tu perds ta poulka au sud ou que tu chutes sur l'Everest, c'est fini. Donc, comment est-ce que c'est quelque chose auquel vous vous préparez spécifiquement dans vos milieux respectifs ?

Pierre Alors, nous, c'est vrai que le risque en bateau en solitaire, tu l'as évoqué, c'est la chute. Après, donc déjà en 1, on s'attache, c'est écrit dans le bateau, attache-toi. Après, est-ce qu'on s'attache 100% du temps ? Non. Alors, on va dire très, très, très souvent. Moi, je sais que quand j'ai perdu mon pilote automatique, je savais que j'allais dans une perte de lucidité parce que la fatigue extrême allait être là. Donc là, il y avait le réflexe de dire je ne fais rien sans être attaché. Donc, d'avoir de long, j'ai toujours me clippé. Après, nous, la prévention, là aussi, à travers notre gilet. Dans notre gilet, moi, je sais que j'avais deux balises de détresse personnelle. Une balise qui signale, qu'on appelle une balise AIS, donc qui signale autour du bateau, enfin sur les écrans qu'on appelle AIS des bateaux, un petit logo qui s'appelle MOB, qui veut dire Main Overboard. Donc, elle s'active toute seule. Elle est clippée sur le gonflage automatique du gilet. Donc, même si je tombe inconscient, ça signale qu'il y a quelqu'un qui dérive et qui n'est plus sur son bateau. Et j'avais aussi une balise qu'on appelle, enfin comme les balises de détresse des bateaux, que je déclenche manuellement et qui prévient le centre de secours, qui est basé à Toulouse d'ailleurs, à Purpan. C'est des balises de détresse. Donc, dire Pierre Le Gendre, son nominatif, Pierre Le Gendre, danger pour sa vie et passer par-dessus bord. Donc, ça, c'est les épiables personnels. Donc, voilà. Mais après, quand on en est là, quand on en est rendu là, il faut avoir conscience que oui, la technologie, elle marche. Maintenant, tomber à l'eau sans avoir une combinaison de survie sur soi, l'hypothermie arrive vite et on viendra plus repêcher peut-être un corps, mais ça éveillera d'être disparu en mer, voilà, d'être officiellement mort. Donc, on a ses moyens. Après, voilà, le but, c'est de rester accroché à son bateau, de ne pas tomber. Et ça se passe très bien en mini 650. Le dernier disparu en mer remonte à la Transat de 2001 en course. Et il y a malheureusement quelqu'un qui avait disparu l'été 2019 sur un entraînement où il s'entraînait le parcours de qualification hors course qu'on doit faire pour faire la Transat. Voilà. Mais ça fait peu de disparus quand même. Donc, c'est un risque qui est présent. On en est conscient. Il est dramatique quand il arrive. Mais aujourd'hui, il est maîtrisé.

Jérôme Ce que moi, je voudrais ajouter Loïc par rapport à Pierre, c'est que moi, je n'ai pas le fait que ce soit une compétition. Oui. Tu vois, peut-être Pierre, quand tu es en compétition, tu veux gagner une place ou autre. Et ça peut t'amener à prendre des décisions en fonction de ton niveau de lucidité qui fait que ça t'engage en termes de risque plus que ce que tu avais prévu. Donc, moi, il n'y a pas de… Dans tous les projets que j'ai menés, il n'y a pas d'objectif de compétition. Tu vois, j'ai fait l'export Grand Slam en 20 ans. Si tu regardes aujourd'hui, il y en a qui essaient de faire les 14 sommets qui font 8000 en moins de 6 mois. Donc, tu vois, il y a une logique de chrono derrière. Donc, on est dans cette compétition où tu vas mêler le chrono à la prise de risque. Après, le deuxième élément que j'ai en tête, moi, c'est que… Et d'ailleurs, les personnes avec qui je fais ça, c'est la montagne est toujours là. Ok, nous, on n'est pas éternel. La montagne est toujours là. Tu vois, on a fait le Mont Blanc avec Pierre. Ben, je suis content. C'était ma cinquième tentative, moi. Et c'était la troisième fois que je le réussissais. Et donc, ça veut dire que, ben, avant de réussir avec Pierre, je l'avais tenté quatre fois. Je l'avais réussi que deux fois. Voilà, tu renonces. Alors, c'est sûr que c'est moins pénible de renoncer sur le Mont Blanc quand tu habites en région parisienne que de te dire… Oui. Je suis au Pôle Sud et je suis obligé de renoncer avec, d'ailleurs, tout ce que Pierre a commencé à mentionner en préparation. Ben, nous, c'est à peu près la même. Et voilà. Et donc, ça t'amène un deuxième élément, si tu veux, à arbitrer. Et nous, on est assez clair. On le partage avec les personnes avec qui je fais le projet. Ce sont deux notions qui sont complètement paradoxales et antinomiques. C'est d'un côté, tu vas mettre la performance et de l'autre, tu vas mettre la sécurité. OK ? Et quand on part sur un projet, on se dit qu'est-ce qu'on veut ? Performance, c'est le sommet à tout prix ou c'est le pôle à tout prix. Et sécurité, ben, en fait, tu restes au camp de base ou tu restes à l'hôtel et tu ne sors pas de chez toi. Comme ça, au moins, tu es sûr que tu es en sécurité, sauf inondation, sauf tsunami, sauf tout ce que tu veux. Mais en tout cas, tu ne bouges pas. Et l'idée, c'est toujours d'arbitrer, de fixer le curseur entre, voilà, est-ce que je veux de la performance ou est-ce que je veux de la sécurité ? Sachant qu'évidemment, quand tu es au-dessus de 8000 sur l'Everest, tu ne peux plus dire je veux sécurité à 100% puisque tu es dans la zone de la mort. Donc, quelque part, tu es déjà très engagé sur la sécurité. Pour autant, pour autant, tu as ta prise de décision, c'est, ok, le sommet est toujours là. Comment je suis ? Ben, si je ne l'ai pas cette fois-ci, ben, peut-être j'aurai l'occasion de le tenter une deuxième fois. Donc, ça, c'est quelque chose que moi, je partage avec l'équipe parce que j'ai toujours fait les projets en équipe. C'est jamais la même, mais en tout cas toujours en équipe. On partage pour se donner à peu près l'approche qu'on a du milieu. Et donc, déjà définir les grosses prises de décision. Et ensuite, nous, on n'a pas la chance, Pierre, d'être sur un bateau. Les risques, en fait, en montagne, il y en a qui sont connus, mais en fait, d'une manière générale, ils créent la surprise. Je pense que le ratio, il y a plus d'alpinistes malheureusement qui décèdent que de skippers. Je n'ai pas fait ce calcul-là, mais tu vois, c'est évident. Parlons de la mini-transat, ton ratio, parce que si tu es sur un pont de neige qui couvre une crevasse, comme tu disais d'ailleurs, Loïc, tu n'as pas de deuxième chance, tu n'as pas vu le pont de neige, boum, tu passes. Moi, je te donne un exemple. On était sur le Movingsson en Antarctique. On est au dernier point qui est un point de secours, en fait. Le sommet, il fait 4900 mètres quasiment, et là, on est à 4004, on est au point de secours. On réenclenche et on recommence à repartir. On était encordés à 4. Tu as le premier qui passe, le deuxième qui passe, et le troisième, boum, qui passe dans la crevasse. Alors, il n'y a rien eu parce qu'on était encordés, etc. Je te dis, la crevasse, elle est juste à côté du point de secours. Personne n'avait jamais vu. Le glacier a bougé et comme personne n'y va tout le temps, etc. Le pont de neige masquait tout, et en fait, le danger, la surprise, elle était là. Et donc, moi, c'est le dernier point que je veux partager. Je réagissais, en fait, par rapport à Pierre. Je me dis, tiens, c'est écrit, on s'attache et des fois, on ne s'attache pas. Eh bien, nous, c'est pareil, en fait. Globalement, le plus important, c'est la perception, la conscience que tu as du danger. Quand tu as la conscience du danger, tu es hyper concentré, tu te sens vulnérable, pas de deuxième chance, donc tu fais très, très attention. Tu fais très attention. Ça ne t'empêchera peut-être pas de marcher sur un bonnet et de passer à travers. Mais en tout cas, tu vas checker tout seul, tu vas checker avec les autres, etc. Donc, tu es vraiment en hyper vigilance. Mais c'est ça, pour moi, le point clé. C'est la perception que tu as du danger. Moi-même, quand je suis dans le milieu, je fais attention. Mais quand je suis sur le trottoir, ça ne m'empêche pas de marcher et puis d'écrire un SMS en même temps. Et donc, en fait, peut-être que je ne vais pas entendre quelqu'un qui va arriver en trottinette ou je ne vais pas bien m'arrêter. Et donc, je suis en danger sans m'en rendre compte. Mais la perception que j'ai du risque ou du danger fait que j'ai finalement une double activité qui est complètement débile puisque je ne regarde pas les paramètres de l'environnement. Donc, voilà, ça t'amène à cette hyper-conscience. Mais Pierre, je te rejoins et il faut l'avouer, c'est vrai que des fois, des fois, évidemment, tu n'as pas conscience du danger ou tu penses être en sécurité. Toi, tu ne t'attaches pas et nous, on check un peu moins. Donc, ce n'est pas ça qui va t'amener à un accident. Tu peux avoir la chance de ne pas avoir de danger à cet endroit-là et de super checker et de tomber dans un accident surprise en fait. Donc, ouais, vigilance et on revient à nouveau sur l'approche du projet. La montagne est toujours là. Si on ne le sent pas, on redescend.

Loïc C'est peut-être là où ce n'est pas évident. Au fur et à mesure que tu engranges de l'expérience, ta grille évolue. C'est-à-dire l'endroit où tu places le curseur sécurité et performance, ça bouge. J'imagine que la première fois que tu as tenté ton Mont-Blanc ou Pierre, ta première transat, tu es peut-être beaucoup plus vigilant que quand c'est ta cinquième, dixième, vingtième ascension ou traversée. Mais pour autant, le danger est toujours là. Donc, tu vois, je me pose la question de comment est-ce que vous faites surtout quand le manque de lucidité arrive. Et là, je pense à la PTL que je viens de faire où on a dormi. Enfin, moi, j'ai dormi, je pense, à la peine 5h, je pense 5h, moins de 6h, c'est sûr, en 7 jours et 6 nuits. Et en fait, il y a certains passages engagés de la fin de parcours où je pense que j'étais moins vigilant qu'en début de parcours parce qu'on avait déjà bouffé un paquet de via ferrata, de pierriers, de passages aériens, etc. Et en plus, parce qu'il y avait beaucoup de fatigue et du coup, j'avais un temps de réaction qui était peut-être moins important. En tout cas, une vigilance qui était clairement moins importante. Donc, comment est-ce que ça vous gérez ? Est-ce que c'est des points sur lesquels vous êtes hyper vigilants pendant les expés ? Est-ce que vous avez des indicateurs physiologiques que vous surveillez respectivement ou ça se fait justement grâce au pouvoir de l'équipe qui vous suit ?

Jérôme Je peux répondre si tu veux, Pierre. Oui, vas-y, Jérôme. Je vais reprendre ta remarque de tout à l'heure. Quand tu découvres un milieu, en tout cas, je parle pour moi, j'étais plutôt inconscient des dangers quand tu démarres. Oui. Parce que tu fais ça avec un guide, parce que tu te dis qu'il y en a plein qui sont montés au sommet du Mont Blanc ou ici ou là. Et donc, tu n'as pas la perception de tous les paramètres du milieu. Et effectivement, plus tu as des expériences et plus tu entends parler d'eux et plus tu vois que tout le monde check, etc. Et plus ça te rend prudent en fait, en l'occurrence. Alors, c'est peut-être l'âge aussi. C'est-à-dire que moi, je ne suis pas tout feu, tout flamme. Et donc, du coup, voilà, tu temporises le truc et puis tu vas te dire que vaut un sommet par rapport à une vie, etc. Donc, peu importe. Ça, c'est aujourd'hui sur la planche. Le deuxième élément là, tu vois, c'est dans l'exemple que tu as donné et c'est peut-être aussi ce que vit Pierre, c'est que vous, vous êtes dans une course. Tu as un chrono, tu as des concurrents. Toi, il faut que tu finisses, tu vois, tu as des barrières horaires, tu as des barrières horaires. Nous, en fait, on a la contrainte des fenêtres météo qu'il faut détecter et optimiser. OK, mais on ne va pas essayer d'aller plus vite que les Anglais qui sont à côté de nous, les Américains, les Russes, etc. Enfin, on ne fait pas une course internationale sur un sommet. Tu as une saison, donc tu as des périodes dans l'année où tu peux faire certaines montagnes et pas d'autres, etc. Tu as des fenêtres météo et le but du jeu, c'est d'être au mieux de ton niveau au moment où il y a une fenêtre météo pour saisir ta chance et faire le sommet. Mais entre temps et sur des expéditions qui sont longues où déjà, nous, il faut s'acclimater. Donc, tu vois déjà le rapport au corps est complètement différent. Tu pars sur un truc long, il faut créer du globule rouge. C'est pour ça que, tiens, je reprends l'exemple de l'Everest. C'est un projet qui fait huit semaines et le sommet, on l'a fait la septième semaine. Ça veut dire que pendant sept semaines, ta préoccupation, c'est créer du globule rouge. Et donc, à l'intérieur de ça, ton focus, c'est sur la gestion de l'énergie. Dans la gestion de l'énergie, c'est quoi ? C'est quels sont mes paramètres d'acclimatation qui vont me permettre d'aller plus haut ? Quel est mon taux de saturation en oxygène ? Et ensuite, du coup, comment je gère les paliers où je monte plus haut pour créer de l'oxygène ? Et quand je redescends, comment j'optimise la récupération ? Donc, tu as cette logique de temps fort, temps faible. Temps fort, on monte. Temps faible, on récupère. Mais on n'est pas pressé par le chrono. On peut être pressé par une fenêtre météo qui est courte en disant, tiens, on avait prévu qu'on ne récupérera qu'une journée et il faut monter. Mais après, quand on monte, tu as moins cette logique des barrières horaires que vous pouvez avoir des concurrents. Moi, c'est un sujet qui m'a beaucoup intéressé avec Pierre et tu viens de l'évoquer là. C'est la gestion du style. Pour moi, ça me paraît carrément difficile, la façon que vous avez de gérer le sommeil. Parce que nous, on fait des nuits alors qu'on ne dort pas très bien, mais on fait toujours des nuits sauf les jours de sommeil où tu peux partir en fin de soirée ou en tout début de nuit, de matinée, à 1h du matin ou 2h du matin. Sur le Mont Blanc avec Pierre, on est parti à 1h30 du matin. Donc là, tu as une nuit courte, mais on avait fait 4 heures de sommeil avant et on arrivait à reposer de la vallée. Donc, on avait emmagasiné un certain nombre de sommeils. Après, Pierre me parlait de ces cycles de sommeil, c'est sûr qu'il n'est pas lucide et donc, du coup, tu ne peux pas bien apprécier l'environnement, ne pas prendre les bonnes décisions et donc te mettre en risque sans te rendre compte.

Loïc Le sommeil. L'essentiel de sommeil.

Pierre Oui, alors nous, déjà en solitaire et sur la mini Transat, on parlait du côté comment tu te prépares avec l'équipe. Une fois qu'on est en mer, nous, on est tout seul. La mini Transat, on n'a pas un téléphone satellite pour appeler et dire j'ai un problème, comment je répare ou je ne me sens pas bien, aidez-moi, remontez-moi le mois. Donc, il y a cet aspect où on est livré à nous-mêmes.

Loïc Donc, tu n'as vraiment, pardon Pierre, mais tu n'as vraiment aucun équipement ou c'est juste que l'équipement est par exemple sous scellé ?

Pierre Non, non, on n'a rien. On a juste la balise de détresse. Le seul contact qu'on a, c'est une radio BLU. Donc, des zones de haute fréquence où la direction de course nous diffuse un bulletin météo une fois toutes les 24 heures. Donc, une fois toutes les 24 heures, on a Denis, le directeur de course de la mini Transat qui nous dit dans telles zones, voilà les conditions de vent pour les deux prochains jours. On a l'évolution dans différentes zones sur deux jours pour faire à peu près notre stratégie. Alors, on a la balise de positionnement aussi du bateau qui permet aux gens à terre de suivre notre position. Ça, c'est un petit téléphone satellite, mais qui est verrouillé que pour la direction de course. Donc, il y a quelques messages préenregistrés où on va dire problème technique, tout va bien, je gère. Ça, c'est juste pour prévenir la direction de course si elle voit que le bateau ne bouge plus pour les rassurer et qu'ils n'engagent pas des secours à faire décoller un avion, un hélico ou dérouter un cargo au milieu de l'Atlantique pour venir voir ce qui se passe. Donc, par exemple, si on a dématé, il y a un message préenregistré qui dit « Dismast », on leur envoie, ils savent que le bateau est dématé. Voilà, c'est… Ok. Il y a juste ça qui nous permet d'envoyer, mais on ne peut rien recevoir. Alors, la direction de course aussi peut envoyer des messages, par exemple, pour dire « Déroutez-vous vers telle position parce que là, on voit qu'il y a un concurrent. Il y a un souci, on veut que vous alliez voir pour nous rassurer. » Mais c'est tout. D'accord. C'est… Nous, sur la première étape, ils nous ont envoyés. Quand on était le long de l'Espagne, il y a eu un très, très gros coup de vent annoncé avec des vents à plus de 50 nœuds. Donc, au Cap Finistère, avec le plateau continental, ça a fait des vagues qui faisaient… Il y avait 4,50 mètres, 5 mètres annoncés. Donc, la direction de course nous a dit « Nous vous conseillons fortement de vous mettre à l'abri. » Il nous a envoyé un message là-dessus de vous mettre à l'abri. Alors, on l'avait aussi au bulletin météo qui est diffusé par la radio, mais cette radio, elle ne capte pas toujours bien. Donc, pour s'assurer, ils nous avaient envoyé ça. On s'est tous mis à l'abri pendant 36 heures dans des ports en Espagne, donc course suspendue pendant 36 heures. C'est la sécurité prime. Voilà. Ça, c'est possible quand on est long de l'Espagne. Après, Jérôme, c'est ce qu'il dit. Il n'y a pas de pression de résultat en alpinisme, enfin en montagne. Moi, je n'en avais pas non plus. J'étais amateur pur avec un boulot à côté. Donc déjà, ma performance, c'était arriver de l'autre côté, être au départ de la Transat parce qu'il faut se qualifier. Et après, le reste, ça sera du bonus. Après, on reste tous compétiteurs et on aime bien naviguer. Ça, c'est sûr. Moi, j'étais un petit peu déçu de mon résultat de Transat par rapport aux courses préparatoires. Mais bon, il y avait toute cette satisfaction d'arriver au bout. Au bout et notre entraîneur à Lorient nous disaient toujours, la première victoire, c'est déjà d'être au départ. Vous allez bosser dur. Et après, de toute façon, ça reste un sport mécanique. Il y a des aléas. Tu vas peut-être casser, pas aller au bout, mais ton projet, tu l'auras fait. Bon, on aime bien aller au bout quand même. Mais non, le solitaire, c'est après, il faut apprendre à se connaître soi, il faut apprendre à connaître son bateau, à savoir réparer à peu près tout parce qu'on doit être couteau suisse. On doit savoir recoudre une voile. On doit savoir un peu comment marche l'énergie sur le bateau parce qu'on tout marche au solaire ou solaire avec des piles hydrogènes ou avec des hydrogénérateurs. Donc ça, il faut savoir avoir des petites bases en électricité si on doit réparer, savoir faire une petite soudure ou des choses comme ça. Tout l'électronique aussi, il faut regarder un peu comment est montée son électronique, son système de pilote. Ça, c'est des petites bases à avoir aussi. Il faut savoir faire des bases en matériaux composites s'il y a des pièces qui se pètent sur le bateau, en matelotage. Voilà, donc moi, c'est ce qui me plaît dans le bateau. C'est qu'on est assez couteau suisse, on n'est pas spécialisé. Mais je regardais encore hier un film sur une plateforme de films de voile. C'est ce côté en solitaire, ce n'est pas le meilleur marin qui va gagner, c'est celui qui est le moins mauvais sur l'ensemble des domaines. Donc c'est arrivé à être le plus polyvalent sur l'ensemble des domaines.

Loïc Je trouve ça hyper impressionnant, cette obligation d'être, comme tu dis, vraiment passe-partout. J'en ai un peu discuté avec mon père qui a fait trois Figaro et moi, ça m'a toujours fait halluciner. Cette capacité à vraiment accepter de se placer dans un environnement vachement hostile, loin de tout secours ou support potentiel. Et de dire, OK, quoi qu'il se passe, je suis le seul à bord à pouvoir gérer et il faudra que je gère. Parce qu'on l'a dit tout à l'heure, il n'y a pas de plan B.

Pierre Non, c'est une des différences qu'on avait notées entre montagne et mer aussi avec Jérôme. Alors c'est faux sur une petite course de saison où pendant deux jours, on longe la côte ou on va un peu en mer d'Irlande ou tout ça. Mais quand tu es au milieu de l'Atlantique, tu dois être prêt aussi à subir l'élément. Parce que s'il y a un coup de vent qui vient, enfin en mini 650, on n'a pas des bateaux assez rapides. Si on prend les derniers bateaux du Vendée Globe ou les trimarons volants, eux, ils peuvent fuir un système météo. Ils arrivent à se déplacer plus vite qu'un système météo. Donc, ils peuvent aller se mettre à l'abri. Nous, on sait que si tout à coup, il y a quelque chose de costaud, on va se le prendre et on va devoir faire le dos rond. Donc ça, déjà, ça fait partie de la préparation mentale de dire là, ça ne va pas être drôle pendant peut-être 24, 36, 48 heures. Et c'est là où il faut avoir la lucidité de dire, et d'où le sommeil aussi, de dire je mets le mode course entre parenthèses. Parce que déjà, pour gagner une course, il faut la finir. Donc, je ne vais peut-être pas balancer un speed quand il y a des claques à 35, 38 nœuds. Parce que le mât va peut-être tomber ou je vais péter le tangon qui permet de porter le speed. Donc, derrière, il y a un moment où il faut accepter de se mettre en fuite, subir l'élément et dire ça ira mieux plus tard. Et il va y avoir 48 heures, pas drôle.

Loïc Et toi, Pierre, le sommeil, comment est-ce que tu le gères sur des courses vraiment longues, typiquement la mini-transat ?

Pierre Alors moi, je sais que j'ai besoin de dormir. Ça, je fais partie de ceux qui ont besoin quand même de cumuler un minimum de sommeil. Je n'arrive pas. Certains, sur des courses de 48 heures jusqu'à 60 heures, vont réussir à ne pas dormir ou faire 3 fois 20 minutes. Moi, ça, je n'y arrive pas. Je vais avoir un besoin minimum. Mais dès le premier jour, je me mets dans un rythme de course. Et du coup, la transat, je ne l'ai pas mal vécue parce que je ne me suis pas cramé. Par exemple, je me suis cramé parce que je n'avais plus de pilote. Mais la deuxième étape où tout s'est bien passé pendant 15 jours et au bout de 15 jours et demi, j'ai perdu mon pilote, je n'ai jamais été fatigué. Alors souvent, la première nuit, on ne dort pas très bien parce qu'on est excité de partir. Il y a encore beaucoup de bateaux autour de nous. Donc, il faut être vigilant sur les collisions parce que quand un bateau est sous pilote et qu'on dort, il avance à la même vitesse que quand on ne dort pas. Donc, moi, le sommeil, je l'ai toujours bien géré. Je n'avais jamais eu d'hallucination, par exemple, avant de perdre mon pilote. Tout ça, je ne m'étais jamais mis dans le rouge rouge au niveau fatigue. Je sentais que j'étais fatigué. On sent qu'on est moins alerte, qu'on est un petit peu dans les vapes comme un lendemain de soirée où on va planer un petit peu. Mais toujours en étant lucide. Après, on voit bien que dans les gestes, dans ces manœuvres, on est beaucoup plus lent. On ne va pas envoyer une voile, changer une voile aussi vite que le jour du départ où on navigue entre trois bouées de devant le port avant de partir au large. Voilà, ça, on le sent. Mais je me suis toujours senti lucide au niveau de la fatigue. Moi, je sais que j'avais fait de la sophrologie pour me préparer à ça. Donc, avec toute une partie de... Aussi, faire du repos actif. Il y a des moments où juste s'allonger, arriver un peu à faire le vide dans la tête. On se repose. Ça, je le fais. J'arrivais bien dès que le vent est stable, par exemple. Ça ne sert à rien d'aller barrer, se mettre en plein soleil. Quand il fait très chaud, il faut se protéger aussi. Voilà, il faut arriver à se dire qu'on est la machine qui fait avancer une autre machine. Et arriver à toujours garder ce minimum d'énergie, ce minimum de lucidité. Parce que le bateau, c'est lui qui nous amène à bon port. Et il faut être toujours en capacité d'en prendre soin.

Loïc Et donc, concrètement, tu arrivais à te ménager combien d'heures de sommeil par bloc de 24 heures ?

Pierre Moi, je n'ai jamais mesuré. Mais je pense qu'il me fallait un minimum de 4 à 5 heures cumulées dans la journée. Sur les courses de saison, je ne dormais jamais plus de 20 minutes, 25 minutes d'affilée. Parce que c'est dangereux. Il y a les pêcheurs, il y a les autres bateaux. Il y a les concurrents, il y a les cailloux. Il y a des bouées à éviter qui balisent. Quand on est long des côtes, il faut vraiment être vigilant. Il y a du trafic. Sur la Transat, je m'accordais une fois par jour une heure d'affilée. Et après, c'était que du 20 minutes. Après, c'est souvent, tu dors 20 minutes. C'est là où il faut avoir une capacité à s'endormir vite pour essayer de profiter de ces 20 minutes. Mais moi, dans le bateau, dès la première nuit, je sais que toutes les 20 ou 25 minutes, le réveil du bateau sonnent. Ça, je le mets par mesure de sécurité pour me dire si jamais je rentre manger et que je suis trop fatigué et que je tombe de fatigue, au moins dans 20 minutes, je me réveille. Ça, c'est une rigueur que je me suis toujours mise. Alors, si je sais que je vais manœuvrer, manger, que je suis en forme, je mets 40. Parce que je sais que les 20 prochaines minutes, je vais être actif. Mais mon réveil sonne toutes les 20 minutes dans le bateau.

Loïc Ok.

Pierre Wow. Et après, on cumulait, je pense, autour de 5 heures sur la Transat.

Loïc Oui.

Pierre Et sur les courses de 3 jours. Oui, après, c'est un rythme. Malheureusement, ça, c'est une question qu'on nous pose beaucoup. C'est comment tu te prépares à ça ? Ça, c'est quand tu as un boulot à côté. Tu ne peux pas essayer pendant une semaine de dire, je vais me faire affaire des siestes de 20 minutes. Et puis même, physiologiquement, quand on est à terre, moi, je l'ai vécu, ça, sur ma première Transat en 2015. Alors là, on était 3, donc on faisait des quarts de 4 heures la nuit. Mais tu vois que le corps humain, il n'est pas forcément fait pour dormir 8 heures d'affilée et être réveillé pendant 16 heures. Moi, je sais que je faisais mes nuits en 2 fois 3 heures ou 3 fois 3 heures dans la journée pendant la Transat en 2015. Et j'étais en pleine forme comme à terre. Mais maintenant, quand on est à terre, ce rythme-là, quand on a un boulot, quand on a le côté vie sociale qu'il y a sur terre, on ne peut pas se l'imposer tout seul dans son coin pour dire je m'entraîne. C'est idiot déjà parce qu'en fait, on ne se repose pas. On doit se griller quelques neurones à faire ça, j'en suis conscient.

Loïc Et sur la partie, tu expliquais que quand tu passes sur des cycles de 20 minutes, c'est hyper important d'arriver à t'endormir rapidement. Il y avait quoi comme technique très concrète que tu utilisais pour y arriver ?

Pierre Alors, moi, j'avais fait une dizaine de séances de sophrologie. C'est ce qui m'a le plus servi. C'est arriver à me relâcher et à me dire quand je m'allonge dans le bateau, je suis là pour me reposer. Et il faut vite que j'arrive à lâcher prise. Alors après, ça, ça vient avec l'expérience. Le bateau, avant de partir faire la transat, je crois qu'en deux ans, j'ai fait un peu plus de 12 000 nautiques. Et je suis parti en transat, je devais en avoir 7 500 à bord. Donc, j'avais déjà fait plus de la moitié des navigations. On connaît son bateau, on a navigué. Le parcours de qualification fait qu'on navigue dans des conditions en course, pas en course. Donc, on apprend à gérer la solitude, on apprend à gérer plusieurs conditions météo. Ça, c'est aller se forcer à naviguer dans du vent fort l'hiver quand il fait froid à Lorient. On le fait en entraînement. Donc, on a tout ce vécu qui permet de dire je lâche prise. Le pilote automatique, il y a 25 nœuds de vent, je suis sous spi. Je vais dormir et le bateau, il marche à 30, 35 km heure. Pas de souci. C'est se forcer. Moi, je me forçais beaucoup à utiliser beaucoup mon pilote dans plein de conditions. Pour savoir que quand j'allais dormir, ça tenait, ça marchait. C'est la première nuit que j'ai faite en solitaire en 2018. C'est sûr que je n'ai pas bien dormi. Quand je mettais le pilote, je m'enlevais toutes les 30 secondes. Je n'arrivais pas à fermer l'œil. Mais petit à petit, c'est le vécu, c'est l'expérience. En fait, on arrive à lâcher prise beaucoup plus facilement. Ce qui est rigolo, c'est qu'on arrive à connaître tous les bruits du bateau. Donc, il y a toujours un vacarme pas possible quand le bateau avance à fond. Mais on sait que c'est bruit normal. Et tout à coup, c'est bruit pas normal. Et quand on dort, on entend ce bruit pas normal. On se réveille. On sort. On sait qu'il y a quelque chose. Qu'il y a une voile mal réglée. Ou quelque chose qui est en train de péter. Enfin, voilà. On entend tous ces petits bruits différents qui nous alertent.

Jérôme Loïc, je peux te rajouter quelque chose. Déjà, sur le lâcher prise par rapport au pilote automatique, c'est quelque chose. C'est-à-dire que quand on était ensemble, quand c'était au large de Lorient, tu vois Pierre qui fait sa manœuvre. Il fixe le cap pour le pilote automatique. Et puis après, on discutait. Ou alors, il affinait un réglage, etc. Mais c'est quand même bizarre de te dire. En tout cas, moi, c'est la sensation que j'ai eue. Tu dis, tiens, le bateau. En plus, tu as deux types de pilote automatique. Ça m'a bien intéressé. Soit tu fais effectivement un cap. Soit tu fais, si tu as un vent qui tourne un peu, tu adaptes par rapport à…

Pierre Tu le mets en mode vent ou en mode compas, le pilote. Donc, soit il va tout droit. Tu lui dis, tu fais du sud. C'est-à-dire 180 degrés et il ne quitte pas le sud. Ou soit tu lui dis, tu te mets à 140 degrés du vent. Et comme ça, il suit le vent.

Jérôme Oui. Et donc, c'est juste le lâcher prise de te dire. Là, c'est bon. Faisons confiance à la machine. Elle fait tout. Et après, deuxième truc que je voulais dire, Loïc. C'est que, du coup, dans l'expérience, moi, j'avais dit à Pierre, je veux absolument naviguer de nuit. Voilà. Pour voir, bien, voir rien en fait. Qu'est-ce que ça fait ? Parce que je dis, moi, j'ai marché en montagne de nuit. C'est ce qu'on a fait quand on a fait le Mont Blanc. Ou j'ai fait du jour blanc aussi. Quand tu es au Pôle Nord ou au Pôle Sud. Pas jour blanc, mais jour permanent. Mais deux nuits, quoi. Et donc, je me suis mis... J'essayais de faire mes dix minutes de pause, là, comme Pierre. Je me suis mis au fond du bateau. Donc, je n'ai pas réussi à lâcher prise parce que j'écoutais les bruits, moi. Et donc, comme je n'avais pas l'oreille affinée, tous les bruits que j'entendais étaient suspects. C'est-à-dire, il faut quand même dire, Pierre, la réalité, c'est que... Oui. Il y a une épaisseur de coque de, je veux dire, une bêtise, mais quoi ? 5, 6, 7 millimètres, 8 millimètres. Oui, oui, oui.

Pierre On voit l'eau à travers la coque, oui. C'est vrai.

Jérôme Je te garantis, Louis, qu'on voit l'eau à travers la coque. Et surtout, tu l'entends bien, l'eau à travers la coque. Donc, tu as un petit bruit sympathique dans son bateau. Ce n'est pas très silencieux, en fait. Il ne faut pas imaginer que tu es tranquille. Il y a pas mal de bruit. Alors, pour détecter le bruit suspect, je pense que ça demande effectivement pas mal d'heures passées avec ton bateau. Oui. Qui fait que c'est... Voilà. Je pense que tu sais le repérer. Mais moi, tous les bruits étaient suspects, en fait. À partir du moment où tu es dans le bateau, tu dis, je fais confiance au pilote automatique. Je ne vois plus rien. Il y avait des lumières, en plus. Et puis, tu ne sais même pas apprécier la distance de la lumière, de la bouée. Tu crois qu'elle est à 200 mètres, en fait. Elle était à 20 mètres. Donc, c'est Pierre qui me disait, ben non, elle n'est pas à 200 mètres. Elle est juste à côté. Ah bon, d'accord ?

Pierre Oui, mais ça, il faut faire confiance au GPS la nuit, là. Voilà.

Jérôme Donc, tous ces repères-là, autant dire que... Et puis, je t'écoutais à nouveau. Et moi, c'est ce qui m'a vraiment surpris dans l'expérience qu'on a menée. C'est que toi, c'est quand même un sport mécanique. D'ailleurs, c'est comme ça que tu l'as qualifié d'entrée de jeu. Tu as un rapport à la machine, quelle qu'elle soit cette machine. En l'occurrence, là, ce n'est pas mécanique au sens, il n'y a pas de moteur. Puisque c'est la voile. Mais tu as un rapport à la technique que nous, on n'a pas. Nous, ça va être la technique, mais qu'on va, entre guillemets, maîtriser. Ça va être comment j'utilise mon piolet, comment j'utilise mes crampons, comment on s'encorde, quelle distance, etc. Mais ça reste une technique qui est associée au physique. Tu vois, tu parlais des matériaux tout à l'heure. C'est le choix des matériaux. J'avais l'impression, écoute, d'entendre un ingénieur, en fait, en l'occurrence. Ça demande. Et moi, ça m'impression, même quand je te dis ça, c'est impressionnant.

Pierre Après, la voile, oui, ça, c'est complètement vrai. Quand on regarde le profil aujourd'hui, si on part sur les skippers du Vendée Globe ou des Trimarons Ultimes, c'est tous des profils qui sont ingénieurs, qu'on fait des écoles d'ingé, parce qu'on arrive à un niveau de technicité sur ces machines-là qui est beaucoup plus complexe que nous, les Mini 650. Mais oui, un bateau, c'est que de la physique. Que ça soit de l'aéro, de l'hydro et du composite ou de l'électronique. Donc, c'est qu'un ingénieur bien câblé comprendra tout de suite pourquoi sa voile n'est pas réglée. Là où moi, j'avais besoin de plus de temps pour dire, je comprends que l'écoulement est perturbé, pas la minère, pas le machin. C'est oui.

Jérôme Donc, c'est impressionnant, Loïc, du coup, de te dire, dans le profil après où les compétences, tout à l'heure, on parlait un petit peu de MacGyver, être capable de tout réparer, etc. Mais je trouve que tu as quand même un rapport à la technique qui est beaucoup plus marqué que dans les activités de montagne ou les activités polaires. On va être sur de la navigation, du repérage, de l'aérologie, mais pas tous les éléments que Pierre vient de présenter en termes de maîtrise, en fait, en l'occurrence. Ça fait une complétude qui est beaucoup plus large, il me semble, chez le skipper. Nous, il y aura beaucoup plus de physique et de rapport direct à l'environnement que Pierre. Quand je te dis physique, derrière, moi, ma préoccupation, ce n'est pas vraiment le sommeil, c'est les calories. Quand tu es, par exemple, sur une traversée polaire, tu tournes à 6 000 calories jour. Donc, tu passes deux heures de ta journée à bouffer, c'est tout. Mais malgré tout, tu prends 6 000 calories, donc il faut les porter puisqu'il n'y a pas de ravitaillement qui sont prévus. Et c'est ta préoccupation déjà de faire tes calories, tes rations, parce que tu sais que tu vas perdre des kilos. Tu vois, sur une traversée polaire de 30 jours, là, le Groenland, on a tourné à 6 500 calories et on a perdu 8 kilos chacun. Le Pôle Sud, pareil, on a fait 650 kilomètres de marche et là, ça a duré 35 jours. Moi, j'étais à 6 400 calories jour. 6 400 calories jour, juste pour te donner un truc, c'est quand même au moins une tablette de chocolat de 200 grammes par jour et par personne. 200 grammes. Donc, j'ai beaucoup mangé de chocolat. C'était pour la tenue. Mais en fait, tu arrives au Pôle Sud, tu as quand même perdu 8 kilos. Alors, tu pourrais ne pas perdre ces 8 kilos, mais il faudrait partir avec 8 000 ou 8 500 calories. Mais ça veut dire que tu ne pars pas avec 80 kilos à traîner, tu pars avec 110 kilos à traîner. Donc, après, tu pars moins vite. Donc, tu as tous ces arbitrages-là. Mais bon, ça, c'est de l'expérience. Ça m'a l'air un peu plus accessible que tout ce que dit Pierre. Et moi, ça m'a impressionné.

Loïc Franchement, d'un oeil, vu de l'extérieur, je trouve ça tout aussi impressionnant les deux. Alors, effectivement, ce n'est pas les mêmes… Les deux milieux sont déjà hyper hostiles et je trouve que le fait de partir sur des expéditions aussi engagées dans des milieux, voilà, course au large ou haute montagne, c'est déjà impressionnant. Mais après, tu vois, moi, je trouve ça aussi fascinant, cette capacité à se connaître tellement que tu sais, tu vois, en arriver à calculer précisément à peu près le nombre de calories qu'il te faut, estimer ton rythme de marche selon le terrain pour ne pas transpirer, pour ne pas que ça gèle sur tes vêtements. Enfin, c'est aussi une science qui est quand même très, très fine, tu vois, alors tu n'as pas de mécanique impliquée. Et bon, tu vois, je pense là, tout de suite, tu as des livres que j'ai lus, bon, forcément de Mike Horn, où il t'explique, tu vois, quand il perd son kite au pôle sud, qu'il ne voit rien, il ne voit pas à 20 mètres, mais il arrive à retrouver son kite parce qu'il sait qu'il a une jambe plus courte à droite et donc il dérive de 5 degrés quand il va. Et finalement, il finit par tomber sur son kite au bout d'une demi-heure de marche dans la tempête, tu vois. Et tu te dis, c'est quand même hallucinant. Le gars, il se connaît tellement bien qu'il arrive à faire ça.

Pierre Je pense, ouais, il faut penser, quand on est sur l'alpinisme ou des projets où le physique, et puis moi, c'est ce que j'ai noté dans les différents mers-montagnes, c'est l'alpinisme, c'est le physique, la prépa physique en amont le plus important. Et après, il y a l'aspect mental de dire, oui, à un moment, c'est dur, donc il faut que je pousse. Mais le corps humain, c'est une mécanique aussi. On a besoin d'énergie pour fonctionner, c'est la bouche. On a besoin de repos de temps en temps pour qu'un muscle ne tétanisse pas. Il faut penser à boire, il faut penser... On est sa propre mécanique. Nous, on est sur le... Alors, la voile, il faut connaître et la mécanique de ton bateau et la tienne un petit peu, mais surtout liée à la... Alors, le Mini, c'est pas un bateau très physique. C'est ce qui fait que ça reste un bateau accessible. Demain, on va sur un Ultime, un Trimaran Ultime ou un Imoka du Vendée Globe. Là, il faut une vraie prépa physique en amont. Moi, j'avais pas le temps d'en faire une ou pas la rigueur d'en faire une. On a toujours du temps si on veut. Mais un Mini, voilà, la voile, on la porte. Un SPI, ça doit peser 3 kilos. Une voile d'un bateau du Vendée Globe, ça pèse vite. 80 kilos, certaines voiles. Donc, pour les bouger, même pour border une voile ou faire une manœuvre, il y a certains bateaux, c'est une demi-heure au moulin à café. Donc là, le cardio, il prend un coup pour tourner les manivelles à fond pendant une demi-heure. Nous, en Mini, c'est fait tout en 5 minutes. Donc là, l'aspect prépa physique, moi, je sais que c'était du gainage beaucoup parce que ce qu'il y a d'extrême en Mini, c'est que tu te tiens pas debout dans le bateau. C'est tout petit, t'es plié tout le temps. Donc, il faut être un minimum gainé pour pas te faire mal au dos et toi, pouvoir justement, te protéger, protéger ta mécanique personnelle pour la mettre au service de ton bateau. Mais voilà, sur les gros bateaux, il faut une prépa physique costaud, costaud en amont. Et je pense qu'en Alpi ou en expédition, tu sais que ta survie dépend de... ta survie, ta capacité à aller au bout dépend de ton physique en 1. Et si tu sais que t'as un bon physique, au niveau mental, tu seras plus fort derrière. Enfin là, moi, j'ai fait le Mont Blanc en juin. Je sais qu'on a fait une voie qui était engagée parce qu'on a fait la voie des Grands Mulets. Donc, l'ascension, on part de 3050 et on va au sommet. Ça fait un... Avec les creux, les petites descentes, on est autour de 2000 mètres de dénivelé au-dessus de 3000 mètres d'altitude. Donc, c'était physique. Moi, j'ai eu un petit coup de moins bien à un moment. Là, depuis le Mont Blanc, j'ai refait deux autres 4000. Mais déjà, mentalement, de savoir que j'avais fait le Mont Blanc, j'ai plus du tout de baisse de régime et j'ai continué à m'entraîner à faire beaucoup de dénivelé depuis le Mont Blanc. Alors, j'ai dû faire l'équivalent en dénivelé de toi, ce que t'as fait d'une traite sur la PTL depuis le Mont Blanc. Mais c'est... Tous mes week-ends, en ce moment, je suis en montagne à randonner et j'ai fait pas loin de 30 000 mètres depuis le Mont Blanc en dénivelé. Ça commence à faire. En deux mois et demi. Et là, le physique est là et tout de suite, le mental est beaucoup plus fort. Tu sais qu'il n'y a pas de soucis, tu y arrives, tu vas au bout de ton... Au bout, c'est tout ce... Moi, j'aime bien cet aspect de la pédagogie où on est inconsciemment incompétent au début. Donc, on est bête, on fait des bêtises. Après, on est consciemment incompétent. Donc, on est dans un milieu où on sait qu'il y a des risques. Donc, on fait attention, on écoute son guide, on écoute son prof... Enfin, son guide de haute montagne, on écoute son prof de voile. Après, on est inconsciemment compétent. On commence à être bon et on ne le sait pas. Et après, quand tu es tout là-haut, tu es consciemment compétent et tu es très content. Ou là, tu es en maîtrise. Là, tu sais que tu peux prendre un risque, tu sais que tu le prends, tu es prêt à l'assumer. Oui.

Jérôme Loïc, si tu me permets, je voudrais revenir sur ta remarque de tout à l'heure avec ton exemple de MyCorn. En fait, moi, ce qui m'a surpris et c'est ce que j'adore, c'est que tu redéveloppes un contact direct avec l'environnement et tu réactives des sens qu'on n'a pas l'habitude d'activer en ville. Tu relances le côté animal qui est en nous avec ce contact direct. Donc, juste, la petite remarque que tu disais, tiens, il va plutôt vers la droite ou vers la gauche, etc. Bon, nous, c'était marrant parce que, par exemple, sur le pôle sud, on était quatre et donc, c'est celui qui est devant qui donne à la fois le rythme et le cap. Et effectivement, tu as ceux qui tirent vers la gauche et tu as ceux qui tirent vers la droite. Donc là, tu as un principe d'équipe et donc, c'est le deuxième, c'est celui qui est derrière puisque c'est là où tu vois que la ligne, elle devient courbe et qu'elle est plus droite puisque tu es derrière, qui est réajusté. Donc, c'est bien plus difficile pour MyCorn puisqu'il est tout seul. Mais nous, on réajustait le cap parce qu'effectivement, à un moment donné, je sais qu'Ali, l'anglais, lui tirait à droite. Moi, j'avais tendance à aller vers la gauche en l'occurrence. Et donc, on avait fait des trucs où il y en a qui allaient à droite, celui qui suivait, il allait plutôt vers la gauche et donc, ça faisait droit. Ça, c'est le premier point. Donc, c'est rigolo. Mais dans le rapport direct à l'environnement, autant tu vois Pierre quand on en discutait, il s'est apprécié quand il regarde là-haut, la réaction du bateau, tout ça, la vitesse du vent. Nous, ce qui était marrant, c'est la température extérieure. Le plus important, tu vois, quand tu fais une expédition, c'est savoir comment tu vas t'habiller. Et ce que j'ai appris à faire, c'est exactement ce que tu as dit, Loïc, c'est que dans les milieux polaires, il ne faut pas transpirer. Il ne faut pas transpirer puisque si tu transpires, comme tu l'as dit, effectivement, tu jettes tes vêtements et donc, tu as froid. Donc, ça veut dire qu'il faut que tu sois toujours en deçà de ton engagement physique. Et en fait, la seule réponse que tu puisses apporter puisque tu ne peux pas dire il y a une montée, je vais la faire. Non, je suis obligé de la faire. J'ai la poulka derrière. Il faut que j'engage quand même. Donc, tu joues avec les vêtements et tu te mets toujours en logique de j'ai presque froid. J'ai presque froid. Donc, c'est l'effort qui va me réchauffer. Mais comme j'ai presque froid, du coup, je ne vais pas transpirer. Et donc, pour revenir à ma question de savoir comment s'habiller puisque c'est quand même la vraie contrainte qui est liée à cette transpiration. Il y en a toujours un qui sortait en premier. Et c'est marrant parce qu'on vit tous dans la ville. Donc, tu as un petit étalonnement à faire. Tu vois, tu te dis, tiens, il fait moins 25. Qu'est-ce que je ressens ? Tiens, il fait moins 30. Qu'est-ce que je ressens ? Et le premier qui sortait, donc, il nous disait, donc, on prenait l'incompte pour la vitesse du vent. Mais en tout cas, il dit, voilà, il doit faire moins 25. Et tu sors le thermomètre, il fait moins 26 ou moins 24 ou moins 27. Il n'y a pas un écart de température. Je te donne un autre exemple. Quand on marchait, avec l'effet du vent, des fois, on a quand même tapé du moins 50. Et il y a une bascule qui se fait. C'est-à-dire que jusqu'à moins 40, on est à trois couches. C'est-à-dire que tu as une première couche fine et puis après, une deuxième couche qui peut être une polaire un peu fine et puis après, une troisième qui est une polaire un peu couvante mais surtout pas une Gore-Tex. La Gore-Tex va te faire un effet d'étuve, en fait. Et tu peux être sûr que tous à moins 40, tous, dès qu'il faisait moins 40, on s'arrêtait, on mettait une quatrième couche. Mais tu sais, le déclencheur. Moins 40. Tu sais, c'était marrant, ce repère là, tchac ! Donc, effectivement, dans la perception que tu as dans l'environnement, enfin moi, en tout cas, c'est vraiment ce que j'aime, c'est que tu redécouvres ce côté animal et tu réveilles des sens qui sont juste aujourd'hui endormis. Tu vois, quand on faisait, par exemple, la navigation, moi, j'avais la chance d'avoir la navigation de midi. Tu vois, on faisait un tour de rôle, tac, tac, et moi, on faisait une heure et quart de marche où tu es devant et puis dix minutes de repos et puis tu passais derrière et on faisait comme des cyclistes. Tu vois, tu es devant, tu passes derrière et puis tu remontes le truc, etc. Et on démarrait à 9h le matin et moi, j'avais celle de midi et donc la chance que j'avais, c'est qu'en fait, j'avais l'alignement de mon nombre qui donnait la direction du pôle sur. Donc, je n'avais même pas pour démarrer besoin de faire un recalage à la boussole, tu suis ton nombre. Et ensuite, effectivement, comme je marchais une heure et quart, tu as le soleil qui dérive de 15 degrés en fait en une heure et donc je réajustais en fonction de l'ombre portée mon cap mais sans sortir la boussole. Et en fait, c'est vachement intéressant, c'est qu'au début, tu es avec ton GPS, tu sors la boussole, tout machin, tout truc, etc. Et en fait, on a trouvé un système où en jouant avec la montre, on avait tous les mêmes ombres portées et donc on gérait notre truc et on ne perdait pas de temps à s'arrêter, refaire un recalage, etc. Moi, j'adore ça parce que là, effectivement, juste pour revenir sur ce point-là, c'est des essences qu'on a tous mais qui sont juste insoupçonnées finalement et qu'ils reviennent naturellement. Ce n'est pas un don particulier, je crois qu'on arriverait tous à faire ça et c'est génial ce rapport direct avec l'ancienne en fait, avec les éléments qui sont à ta part en l'occurrence. Donc ça, c'est chouette. Excellent. Je ne suis pas sûr de pouvoir retrouver un kite comme Michael parce que c'est largement supérieur. Moi, je serais parti la voile et puis je ne l'aurais jamais retrouvé.

Loïc C'est hyper intéressant ce que tu disais sur le point de détail mais sur le système des trois couches parce que tu vois, moi, la croyance que j'ai, c'est un truc un peu classique, tu as une première couche chaude enfin une première couche qui évacue la transpile, la deuxième un peu chaude et la troisième, c'est la Gore-Tex qui te protège de l'extérieur. Mais tu disais qu'elle n'est surtout pas en milieu polaire parce qu'en fait, pourquoi ? Ça te refroidit, c'est ça la Gore-Tex ? En fait,

Jérôme il te faut une troisième couche coupe-vent mais pas en logique de Gore-Tex puisque le Gore-Tex n'évacue pas assez la transpiration. Donc, tu n'as pas assez de respirabilité. Et donc, du coup, tu vas faire un effet d'étuve sur ta première couche. Donc, voilà, on avait juste les polaires couvents aujourd'hui qui font très bien mais c'est vrai que ça ne va pas du tout pour un mode statique. C'est-à-dire que dès qu'on faisait notre pause de 10 minutes pour manger, se réhydrater, etc., là, tu sors la grosse doudoune en fait pour ne pas te faire parce que par moins 30 ou moins 40 avec mon système-là, tu ne tiens pas. En fait, comment tu vas réguler ta température ? Tu vas réguler ta température avec le rythme physique que tu mets. Et je te donne un exemple quand il fait plus froid que moins 40 mais on ne faisait pas 10 minutes de pause. Alors là, on n'était pas fainé du tout. On faisait 5 minutes de pause et on redémarre parce qu'en fait, la seule façon que tu as de te réchauffer, c'est produire l'énergie et c'est donc de marcher. Et après, si tu as un peu froid, la façon de te réchauffer, c'est soit tu mets une couche supplémentaire ou soit si c'est gérable, tu accélères un peu en fait en l'occurrence. Mais qui dit accélérer dit consommation d'énergie. Enfin, je reviens un peu sur le cycle de dire combien j'ai pris de calories, etc. Mais du coup, tu vas réguler ta température et ça, ça veut dire que tu as un milieu qui est à peu près plat. Ça ne marche pas complètement sur le pôle Nord où là, tu vas avoir des morceaux de glace à marcher. Donc là, tu as une ta poulka, il faut la transporter, il faut la passer par-dessus les gros morceaux de glace, etc. Là, tu vas plutôt transpirer. Donc, tu ne peux pas réguler sur une calotte, par exemple, comme le Groenland ou le pôle Sud. C'est plat. Donc, du coup, tu n'as que le vent en fonction de où il vient qui va te ralentir ou t'aider. Mais voilà, tu vas pouvoir jouer. C'est comme si tu étais une centaine. Donc, tu peux jouer après sur ta propre vitesse. Mais bon, c'est que du ressenti en fait. Moi, c'est ça, Louis, qui est intéressant. C'est un ressenti qu'on développe tous. C'est en passant un peu de temps. On serait tous, on fait un projet ensemble. On fait le test de la température le matin et à deux degrés près, vous la trouvez la température. Il n'y a pas de problème. Vous la trouvez.

Pierre Je pense que c'est ce qui relie mer et montagne. C'est que c'est deux milieux et tous les milieux. En fait, dès que tu as de l'expérience, dès que tu as du vécu au bout d'un monde, il y a des automatismes qui viennent et qui te permettent ces deux. Alors là, c'est sur des environnements à montagne, l'océan, mais qui ont beaucoup de similitudes en fait. C'est arriver à t'adapter toi, te connaître toi, te connaître ton bateau, te connaître toi en montagne et à partir de là, tu peux aller au bout de ces projets si tu es à peu près bien câblé et que tu as un minimum de force mentale aussi et qu'il y a quand même deux milieux où le mental joue beaucoup.

Jérôme Si je peux me permettre, comme les milieux qu'on vient d'évoquer sont hyper exigeants, je crois qu'on l'a dit finalement depuis tout à l'heure, nous on se sent vulnérable, tu vois, Pierre, tu tombes de ton fond, c'est fini quoi, et moi je tombe dans une crevasse, c'est fini, tu te sens hyper vulnérable et ça accélère en fait l'apprentissage. Tu parles d'adapter d'expérience, moi ce que je remarque par rapport au monde professionnel ou peut-être la vie de tous les jours où tu n'as pas forcément cette même exigence, c'est qu'en gros tu apprends plus vite. Oui,

Pierre ta prise de décision est plus rapide aussi.

Jérôme Tu en as besoin. Je te donne un exemple, quand tu es dans le froid, quand il fait entre moins 30 et moins 40, tu peux exposer ta peau 3 minutes comme ça à l'élément, au bout de 3-4 minutes, tes doigts vont commencer à geler. Bon, mais ça, tu l'apprends vite, tu l'apprends vraiment vite. Et quand je te dis que tu l'apprends vite, c'est tout le système qui va derrière, c'est-à-dire je dois faire quelque chose, je dois enlever mes gants, je sais que j'ai 3 minutes. Donc, qu'est-ce que je suis capable de faire en 3 minutes sans protection ? Du coup, tu apprends de nouveaux gestes, ce que tu pourrais faire tranquillement dans des conditions normales en disant on m'en fout, de toute façon, je mets 10 minutes, ça va changer quoi à ma vie ? Rien. Là, tu te dis attention à la contrainte, je vais être obligé d'être fin, donc je vais être obligé d'enlever les gants, j'ai 3 minutes. Donc, qu'est-ce que je peux faire, comment je peux faire, quel est le process qui me permet de... Et le principe de l'adaptation, moi, je trouve que c'est ça qui est intéressant dans la découverte de nos capacités, dans se connaître soi, c'est que le milieu t'oblige à apprendre vite. Tu as fait la PTL, Loïc, je pense que tu as appris vite parce que c'était super exigeant. Tu n'as pas fait juste un 10 kilomètres, un petit travail de 10 kilomètres ou quelque chose, ça dépend de ton niveau. Mais là, tu as appris sur tous les paramètres à la fois, la gestion du sommeil, le niveau d'engagement, la lucidité, la technicité, etc. Parce que si tu tombes, tu te fais mal, tu es dramatique. Moi, j'adore ce principe-là et du coup, de découvrir, effectivement, dans se connaître soi, tu découvres encore plus de capacités puisque tu sors de ta zone de confort que tu ne découvrirais peut-être pas par ailleurs.

Loïc Je suis 100% d'accord. La question qui me vient du coup, c'est comment est-ce que vous gérez le retour justement à la vie normale ? Parce que quand on vit des aventures comme ça, je pense qu'émotionnellement, en termes d'intensité, c'est tellement hors normes que le retour dans une routine avec un boulot 9-5, les transports en commun, le petit confort de la France. Moi, je sais que chaque fois que j'ai fait, alors je n'ai rien fait qui ressemble à ce que vous avez fait, pour être tout à fait clair, mais chaque fois que je suis revenu de voyage, j'ai fait le Népal, le camp de base de l'Everest, etc. C'est des aventures qui marquent. C'est toujours une période un peu difficile, même là, le retour de la PTL, vous voyez, j'étais quand même pas mal en montagne, c'était dur, mais c'était quand même chouette. On a vécu plein de choses très très intenses en 7 jours et 6 nuits. Comment est-ce que vous gérez cette phase de retour

Pierre à la normale ? Moi, j'avais mon boulot, donc je suis parti, j'ai bossé, la date d'ouverture du village de la course, c'était le 15 septembre. Je savais que je rentrais en France fin novembre après avoir chargé mon bateau sur un cargo en Guadeloupe. Donc, je savais que j'avais une parenthèse de deux mois et demi. Après, c'est sûr que j'ai passé deux mois et demi et je n'ai jamais trop quitté le boulot parce que le boulot est le sponsor aussi. Donc, pendant les deux mois et demi, au-dessus de ma tête, il y avait la voile avec le nom de... avec AK sur la voile. Mais oui, le retour n'a pas été simple parce qu'on passe deux mois et demi. Alors, on est 90 sur la mini Transat, donc on est 90 passionnés à se connaître tous au bout de deux ans parce qu'on s'est tous préparés, on s'est tous retrouvés sur les différentes courses d'entraînement. On passe deux mois et demi, c'est sûr, un peu en autarcie, en mode très communauté et la mini Transat est très connue pour ça. On est une vraie communauté très soudée avec tous des parcours différents mais tous la même passion. et on rentre en France. Moi, j'ai repris le boulot, c'était début décembre. Déjà, on a quitté le boulot en short t-shirt en septembre et on arrive au Canary, il fait beau, à l'escale et en Guadeloupe, il fait beau. On rentre, il fait froid, il fait gris, c'est l'hiver et tout le monde est en fait assez fatigué. Toi, tu rentres, tu es reboosté, tu as le big smile parce que tu as réalisé ton rêve et tu as passé deux mois et demi avec des gens qui ont réalisé leurs rêves état d'esprit très très positif. Et là, tu rentres, tout le monde a envie d'attendre qu'une chose, c'est d'être en vacances, en famille, à Noël et couper de son année. Donc ça, ça a été un petit peu un petit choc. Après, moi, j'avais la chance de, juste avant le départ, d'avoir eu un coup de fil, juste avant le départ de la 30e, fin septembre, d'avoir un coup de fil qui m'a laissé entendre qu'il y aurait peut-être un autre projet derrière. Et donc, quand je suis arrivé en Guadeloupe, je crois que je me suis posé la première soirée. Alors, je suis arrivé vers minuit, je me suis posé le lendemain, mais le lendemain, en fait, vers 16, 17 heures, avant d'aller boire un coup avec tous les copains qui étaient arrivés, j'étais déjà à écrire les premières lignes du projet suivant. j'ai toujours pas de go sur le projet suivant, mais il y avait déjà la roadmap en tête qui était prête. Et dès décembre, j'ai commencé à avoir des échanges avec un futur partenaire. je donnerais pas le nom parce qu'il n'y a rien de signé encore, mais voilà, là j'arrive sur septembre, normalement, un closing de peut-être un nouveau projet, mais ça, ça, ça m'a drivé et ça m'a permis depuis décembre, depuis le retour, d'avancer. J'avais l'objectif tout de suite du Mont-Blanc qui s'est décidé un nouvel an que j'ai été faire à Mayotte. Voilà, moi j'ai... Non, le retour n'a pas été simple les trois premières semaines où j'ai repris le boulot en décembre, gentiment, ma boss, je lui avais dit que j'avais besoin de couper à Noël, enfin, vraiment couper, c'est-à-dire que pendant deux ans et même, moi, les trois dernières années, toutes mes vacances, mes week-ends, c'était bateau, bateau, bateau, bateau, et la semaine, boulot, boulot, boulot. Donc, j'avais que ça, j'ai pas pris un jour de vacances pour penser à autre chose, partir en week-end, donc ça, c'était épuisant. et voilà, j'avais demandé et j'ai m'étais chauffé pour aller cinq jours voir une pote à Mayotte pour avoir des vraies vacances et couper du boulot et du bateau. Là, on s'est fixé le Mont Blanc, donc j'avais ma roadmap, je savais que 2022, je faisais de la montagne, je faisais de la montagne, donc j'ai fait pas mal de skis de rando, j'ai découvert en étant à Lyon, en fait, la montagne du ski de rando, de l'alpinisme, de la rando. Là, je suis content, j'ai fait trois Mont Blanc plus deux autres 4000 cet été. Alors, j'ai fait deux autres 4000 sans guide parce que c'est cool aussi d'aller voir en autonomie des 4000 faciles, accessibles, où j'ai demandé que ça soit à Jérôme ou à notre guide, à notre guide Zeb, si c'était accessible pour moi et quand ils m'ont donné go, j'y suis allé. Voilà, j'avais d'autres objectifs, j'avais l'objectif de dire je remonte un projet pour aller vers peut-être une professionnalisation dans la voile, c'est le souhait que j'ai aujourd'hui, de faire de la montagne et là, j'ai fait 3-4000, j'ai un projet aussi d'aller faire un sommet à 7000 en août l'année prochaine. Donc, j'ai besoin d'avoir, si on arrive avec Deva les autres projets suivants et l'énergie qu'on va mettre pour aller les créer, ça passe mieux. On sait que, moi, j'ai besoin de ça, en tout cas, j'ai besoin de ça pour rebondir et savoir que tout ne s'arrête pas d'un coup. Mais je sais que certains, par exemple, qui avaient quitté leur job pour leur projet de transat dans mes potes, qui se retrouvent à la fin de la transat, qui ont vendu leur bateau, ils n'ont plus de job, plus de projet, là, ça leur fait un très gros vide et ils ont des périodes un peu plus compliquées. moi, je suis reparti dans le même délire de dire, la semaine, je bosse, le week-end, je m'entraîne, c'était pour le Mont-Blanc, mais même si ce n'est pas, alors le Mont-Blanc, c'est quelque chose d'accessible, je pense qu'avec une bonne condition physique et en s'entourant d'un guide, tout le monde est capable d'aller là-haut, s'il y a une fenêtre météo sympa et nous, ça a été le cas avec Jérôme, je pense qu'on a eu des conditions vraiment de rêve, un immense soleil, zéro vent, zéro vent, donc c'était vraiment royal, mais toujours dans cette logique de j'ai un projet, je me donne les moyens, je me prépare et j'y arrive, moi, c'est un petit peu ça.

Jérôme Alors moi, pour répondre à ta question, Loïc, tu as une première chose, c'est que le retour à la vie normale, c'est plutôt une fête puisque globalement, tu vas dormir dans un vrai lit, tu vas en train de vivre, oui, il y a ça aussi, tu retrouves dans la famille, tu retrouves dans la famille, donc tu vois, c'est ce retour à la vie normale déjà tu reviens dans un confort quand je te dis confort peut-être je parle à la place de Pierre mais moi son bateau c'est quand même tout sauf confortable je crois que nous dans les tentes avec notre petit matelas on est quand même mieux à dire que Pierre sérieux c'est vrai qu'il est abrité de la pluie quand il pleut mais c'est dur pour dormir dans son fond de cale donc tu vois c'est d'abord une première nouvelle en fait ça peut être une fausse première nouvelle ça dépend déjà de de ce que tu as réussi à faire ou pas sur le projet quand tu as été au sommet, que tout s'est bien passé tu es euphorique et tu te dis cerise sur le gâteau, je retrouve la famille je retrouve le confort je retrouve les amis auxquels j'ai pensé que j'ai pas vu depuis longtemps et que j'ai envie de revoir puisque l'isolement a créé ce manque et donc c'est une bonne nouvelle tu peux avoir fait un sommet mais ça peut être traumatisant moi je te donne l'exemple de l'Everest quand j'étais au sommet de l'Everest je pensais qu'à une chose en me disant je suis resté 20 minutes au sommet de l'Everest je me dis putain j'ai plus d'énergie et maintenant il faut redescendre tu as au moins 10 heures de redescendre pour te mettre à l'abri tu te dis là je suis très très engagé même si j'ai dit qu'on faisait de la sécurité mais tous les morts ils sont à la descente c'est les 10 heures les plus importantes de ma vie que je vais enclencher et donc tu redescends et tu te dis en fait pourquoi j'ai fait ça ? c'est pas le but d'avoir fait l'Everest et de te dire je me suis fait peur donc même si tu as la victoire d'avoir réalisé ce rêve tu te dis waouh pourquoi en fait pourquoi avoir été chercher cette énergie ? qu'est-ce que j'ai rencontré ? qu'est-ce que ça m'a appris ? donc là je t'avoue que j'ai mis 6 mois à récupérer en plus j'avais un petit orteil qui était gelé un niveau de gelir 2 donc j'ai mis 6 mois à récupérer plutôt du questionnement, de l'introspection donc même si tu as le confort de retrouver la famille tout ça etc là c'était un peu difficile tu peux avoir une frustration tu vois la concagua j'ai réussi la deuxième fois on l'a tenté deux fois à 3 ans d'intervalle la première fois on a raté j'étais prêt mais il y avait 140 km heure de vent sur le sommet de la montagne donc c'était pas accessible et tu te dis mais mince je suis prêt je suis vraiment fort moi j'aurais voulu y aller mais t'es pas plus fort que les éléments donc tu redescends t'as investi 4 semaines moi j'avais mon grand-père en plus qui était malade à ce moment là tu te dis mince ben en fait pourquoi j'ai fait ça j'aurais dû attendre et puis j'étais frustré voilà et après le donc ça c'est à gérer et après moi je fonctionne comme Pierre donc ça c'est bien c'est le projet d'après en fait moi tous les projets en fait si tu veux c'est des étapes qui me permettent de découvrir des nouvelles choses sur moi sur la montagne ou des choses comme ça et donc c'est un apprentissage tu rencontres d'autres personnes et ça t'amène sur d'autres projets en fait et globalement le projet en soi n'est pas la fin mais encore un tremplin pour aller sur autre chose donc comme il y a une projection sur un autre projet ça te remet ou ça entretient la dynamique donc pour le coup du coup l'atterrissage est plus facile et enfin et pour finir et donc là je vois que Pierre réfléchit aussi à sa l'évolution professionnelle comme moi j'ai essayé d'associer les deux entre la vie professionnelle et la vie et cette vie voilà sur ces différentes aventures je parle des aventures dans le cadre de mes formations ou des conférences etc. donc je reste toujours connecté effectivement à ces événements ou toujours connecté ou ouvert à d'autres rencontres qui peuvent générer d'autres projets donc du coup voilà j'ai pas l'impression de faire un on-off en fait en l'occurrence un projet qui était super engageant et qui mobilise toutes tes ressources toute ta vigilance etc. et puis après dire la platitude de la vie n'est pas du tout plate au contraire elle est justement à très part le prochain projet et donc elle est tout aussi riche excellent

Loïc bon merci beaucoup ça me rassure parce que chaque fois que je reviens d'un projet etc. et que en fait le dernier jour du projet je suis déjà en train de penser au suivant je me dis mais c'est pas normal de faire ça faut que j'arrête avec mes délires de planifier la prochaine aventure alors que la première n'est pas finie mais c'est bon ça me rassure donc je peux je peux dire à ma femme que c'est normal si je suis déjà en train de réfléchir au prochain truc de 2023 une semaine après la PTR

Jérôme merci pour ça Loïc on n'est pas des références peut-être que ta femme te proposera d'autres parcours de vie en te disant tu vois ils ont fait un truc et ils s'arrêtent donc on n'est pas forcément des références de la femme Loïc attention comment on utilise des exemples

Loïc ça me va très bien en parlant de la suite du coup qu'est-ce qui se profile pour vous est-ce qu'il y a encore un projet en commun est-ce que vous partez sur des aventures chacun de votre côté c'est quoi la suite sur 2023 2024 et plus loin

Pierre alors moi 2022 c'est vrai que c'est une année de transition avec quelques petits projets plus découvertes montagnes et en montant le projet voile 2023 2024 c'est un projet sur un bateau un peu plus gros un classe 40 que j'ai envie de monter voilà et d'aller moi c'est plus arriver à me professionnaliser dans la voile et trouver un partenaire qui m'accompagne qui m'accompagne sur les deux prochaines années en classe 40 et puis après je pense que si si ce projet se passe bien les deux prochaines années s'autoriser à rêver moi j'aime bien le mot s'autoriser à rêver ou oser rêver d'aller vers un bateau encore un petit peu plus gros qui permet d'aller faire une balade un petit peu plus longue autour de la planète mais ça c'est 2000 voilà ça sera un objectif 2028 donc il y a il y a le temps d'ici là et après côté côté montagne et en discutant avec Jérôme voilà c'est voir une fois ce que c'est qu'une expédition cet aspect expédition c'est vrai que le Mont Blanc t'arrives et t'as ça reste une expédition mais qui est sur deux jours et t'as un peu l'impression de consommer la montagne d'aller faire ton sommet redescendre et puis t'es à Lyon deux heures après c'est pas c'est c'est c'est sympa mais j'ai envie de découvrir la montagne où t'as l'acclimatation et tout ça donc il y a le moi j'ai pour problème d'aller faire le pic Lénine en août en août 2023 voilà c'est un sommet au Kyrgyzstan en Tadjikistan qui est qui est un 7000 alors t'es à 7134 mais qui est facile techniquement moi j'ai pas la prétention de devenir alpiniste mais m'envoyer des parois verticales et voilà c'est pas c'est une grande rando glaciaire mais qui se fait dans la logique d'expédition puisque tu vas devoir aller entendre t'acclimater monter redescendre j'ai envie de découvrir ça voilà et puis après après on verra on verra j'aime beaucoup le retour que fait Jérôme sur l'Everest de dire je suis monté à 8848 mètres et j'ai mis du temps à m'en remettre parce que je me suis rendu compte que c'était très exposé ça je pense que c'est c'est toujours quel niveau de risque je suis prêt à accepter les 8000 moi pour le moment ça me tente pas voilà c'est pas après peut-être que quand tu montes à 7000 tu te dis bon bah faut que j'aille à 8000 et que le cerveau y switch c'est je sais pas mais voilà c'est un niveau de risque moi alors il y a des sommets faciles enfin 8000 entre guillemets faciles où t'as des taux de mortalité très faibles mais par exemple les personnes qui vont dire je vais faire le K2 la Naperna le Nanga Parbat on va partir sur un truc où dans les stats t'es à entre 25 et 35% de mortalité même si t'es le meilleur physiquement le mieux préparé ou tout ce que tu veux ça c'est des choses je peux pas ouais

Loïc excellent sacré projet en perspective ça laisse présager de futurs épisodes sur les frappés donc c'est parfait je suis très content et toi Jérôme ?

Jérôme alors déjà moi je suis très content de la démarche de Pierre parce que tu vois il a découvert un milieu qui est la montagne et voilà moi je me retrouve quand moi j'ai découvert la montagne tu vois l'envie de faire d'autres choses de découvrir d'autres montagnes ou d'autres projets avec ces logiques là d'expédition puisque moi aussi ma première expédition c'était un 7000 donc voilà peut-être du coup forcément il y aura ces échanges sur la montagne moi la mer ça m'a donné envie ça m'a donné envie après vraiment le mini ça me plaît parce qu'en fait je trouve que c'est une belle expérience tu vois de la transat en solitaire de l'expérience en solitaire de l'autonomie voilà mais j'en suis au stade de l'envie parce que j'ai encore d'autres projets en tête mais ça m'a plu cette notion d'être voilà je suis avec mon bateau j'essaie de pas forcément faire une transat parce qu'il y a d'autres courses avec le type de bateau qu'a Pierre qui sont peut-être un peu moins longs etc ça peut être que des courses côtières mais bon t'es en autonomie tout seul etc ça me plaît bien donc je pense que moi il m'a mis le verre dans la tête et le projet va sûrement éclore c'est de façon je voulais avoir cette expérience mer à un moment donné là de façon plus plus prochaine l'idée pour moi c'est de retourner dans les zones polaires entre la mer et la montagne c'est vraiment le polaire qui me plaît le plus il y a cette idée d'être un peu isolé il y a vraiment moins de monde qu'en montagne dans le polaire et puis t'es aussi dans des milieux qui sont très fragiles donc t'as un rapport à l'environnement qui est plutôt fort et du coup j'avais projeté de retourner au pôle nord en fait le pôle nord moi j'ai pu faire que le dernier degré le dernier degré c'est juste 111 km donc on a été posé sur la banquise et on a fait 111 km avec Ali l'anglais qui était avec moi au pôle sud en fait ce qu'on voudrait faire c'est tenter de partir donc de l'île russe le cap Arkanszanski et donc aller jusqu'au pôle nord ce qui se faisait c'est par exemple ce qu'a fait Jean-Louis Etienne en 86 quand il a rallié le pôle nord bon le problème c'est que c'est en Russie et donc ce qu'on connait actuellement de la Russie le projet a été ajourné donc ce qu'on a prévu de faire avec Ali c'est deux entraînements majeurs donc l'année prochaine avec notre chef d'expédition donc chef d'expédition c'est un des deux qui est venu rescaper Borjousland et Mike Horn donc c'est Bank qui est un associé de Borjousland et donc on va aller faire un petit stage tous les trois en Finlande donc là ce sera plutôt en février donc là l'idée c'est effectivement de se mettre un peu dans les conditions tu vois d'aller vite de coopération etc et ensuite on a prévu en avril la traversée du passage du nord-ouest entre le Groenland et le Canada donc là c'est pour se mettre en fait Ali ne connait pas encore la notion de banquise lui il connait les calottes là il est en train Ali à un moment où on parle de finir sa traversée du Groenland donc voilà on a échangé ça lui a donné cette idée de faire la traversée du Groenland mais il n'a pas encore cette expérience de je suis sur une fine couche de glace qui dérive voilà et donc comment j'arrive à naviguer avec ça donc on a prévu de faire le passage du nord-ouest ensemble donc en avril prochain dans l'attente de préparer ce projet et ce projet là il a une résonance aussi un petit peu environnementale c'est que ça fait 10 ans qu'il n'a pas été fait en fait il n'y a aucun aventurier qui est parti de Cap Arkelganski j'arrive jamais à le dire mais bon bref parce qu'en fait on est au nord de la Sibérie et en fait la banquise elle ne touche plus à cause du réchauffement climatique donc il y a déjà un côté aléatoire de savoir le jour où on voudra faire ce projet et on pourra le faire pour les raisons géostratégiques qu'on vient d'évoquer si la banquise nous touche en fait on veut aussi en faire une petite alerte en disant vous vous rappelez Jean-Louis Etienne en 86 il est parti de là donc nous 40 ans après ou 35 ans après on verra quand est-ce qu'on pourra le faire du coup on ne peut plus on ne peut plus donc ça veut dire que pour aller prendre la banquise peut-être ok on va consommer un hélicoptère mais vous voyez le réchauffement il est là aussi et donc c'est pas grave dans la vie d'un aventurier mais c'est pour bien montrer essayer de le médiatiser aussi en disant voilà un autre exemple sur la banquise je finirai là-dessus moi c'est aussi des messages que j'essaie de porter parce que c'est magnifique la banquise moi c'est de tous les milieux celui qui me c'est celui que j'adore en fait c'est pour ça que j'ai envie d'y retourner je ne sais pas rester assez longtemps j'ai vraiment envie d'y retourner mais par exemple l'épaisseur moyenne de la banquise ben voilà quand Jean-Louis Etienne y était on était à 1m85 aujourd'hui elle est à 1m40 donc la banquise on en parle beaucoup sur la taille globale l'étendue de la banquise on parle moins de l'épaisseur donc ça veut dire quoi en termes de changement ça veut dire que la plaque elle est plus fine donc avec la dérive ben en fait la banquise c'est pas uniforme c'est comme un puzzle donc c'est une somme de plaques qui dérive et qui soit s'ouvre ils font un cours d'eau il faut passer voilà il y a de l'eau et c'est l'océan arctique en fait où soit se rendent dedans et donc ça fait un mur de 3m à passer et en fait nous on a des équipements que Jean-Louis Etienne n'avait pas c'est la combi sèche donc Pierre on a une aussi quand tu dois traverser un cours d'eau l'eau elle est à moins 1 degré c'est beau salé donc c'est pas 0 mais c'est moins 1 si tu tombes dedans et il fait moins 25 au dessus enfin je veux dire t'es mort quoi donc du coup ben on a pris cette combinaison alors que tu mets pas tout le temps mais que tu vas mettre si tu dois traverser une couche de glace fine ou un lead c'est-à-dire un passage d'eau donc voilà c'est juste pour montrer à nouveau en tant que témoin ces éléments très concrets et je finirai sur les éléments concrets à nouveau c'est que comme la banquise elle le fond ben t'as plus ce qu'on appelle de glace vieille une glace vieille et ça on a on a discuté Pierre et c'est le point commun qu'on a ensemble la glace vieille en fait c'est une glace qui sera verte elle sera verte donc par exemple quand tu as un entrechoque de glace bon ben tu vois la glace elle n'est pas bleue c'est pas de glace vive elle est verte parce qu'elle est pleine d'algues comme on peut avoir l'algue qui va se coller sous les bateaux si tu laisses ton au mouillage et en fait ça veut dire quoi si elle est verte ça veut dire que cette glace elle a deux ans trois ans et qu'entre l'hiver et l'été elle a tourné elle n'a pas fondu moi quand j'y étais donc en 2018 on n'a pas vu de glace verte on n'avait que du verglas que de la glace bleue vive ça veut dire que c'était de la glace récente en fait en l'occurrence donc tu as toujours cette impression qu'il y a de la glace et tout ça donc sur tes mesures d'épaisseur ou de taille mais en fait un cycle de renouvellement de la glace qui fait que le milieu est encore plus fragile que ce qu'on peut penser voilà donc c'est aussi pour apporter un peu en témoignage c'est observation c'est pas des données scientifiques mais c'est au moins des observations et donc qui peuvent aussi peut-être accélérer la prise de conscience des uns et des autres

Loïc excellent excellent waouh bon je crois que il faut pas que l'épisode dure plus longtemps parce que sinon je vais finir par prendre un sac et vous rejoindre sur une de vos aventures et vous mourrez dans les pattes en tout cas un très très grand merci pour tout ce que vous avez bien voulu partager avec nous c'était juste passionnant génial de voir comment est-ce que vous vous êtes nourris l'un l'autre en vous invitant dans vos milieux respectifs et au final tous les apprentissages que vous avez pu y réaliser donc vraiment juste génial tout le meilleur pour la suite à tous les deux dans vos différents projets je rigolais pas on se fera des épisodes avec grand plaisir

Pierre voilà

Loïc pour parler du Vendée Globe 2028 du passage du Nord-Ouest réalisé ou du Pôle Nord pour toi Jérôme mais voilà en tout cas vraiment encore une fois un grand grand merci c'était un plaisir de vous recevoir et je vous dis du coup à très bientôt

Pierre oui à toi Loïc à très bientôt Loïc et je t'appelle peut-être pour une amie qui veut faire la PTL du coup avec plaisir

Loïc avec plaisir

Pierre ok bonne journée ciao bye bye

Jérôme Grund Grund Sous-titrage ST' 501

Transcription automatique relue · susceptible de contenir des imprécisions.

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