Les Frappés Les Frappés
Saison 4 EP·179 Parcours de vie #GR20 #natation #solidarité

20 août 2024

Paraplégique à 20 ans puis champion handisport et vainqueur du Dakar, avec Axel Allétru

Durée · 1h10 · Transcription disponible

Axel

Le récit

Le 27 juin 2010, Axel Allétru est devenu paraplégique.

Champion international de BMX, il intègre une équipe professionnelle de motocross en 2009. Un an plus tard, lors des championnats du monde en Lettonie 🇱🇻 il chute et retombe violemment  sur les fesses. Sa colonne vertébrale se brise, il perd instantanément l’usage de ses jambes.

S’ensuit un véritable parcours du combattant pendant lequel il va tout faire pour retrouver une vie la plus normale possible. Cette quête, ce besoin de revanche sur la vie, va le faire tenir et va l’amener à faire mentir tous les diagnostics médicaux de l'époque.

1 an après son accident, Axel participe à ses premiers championnats de France de natation handisport, où il termine 3e. En quelques années il décroche 12 médailles d’or aux championnats de France, et 6 titres de champion d’Europe dans la discipline.

Mais c'est en 2020 qu'il va réaliser son plus grand projet : participer au Rally Dakar, aux côtés des valides. Il va même faire plus que ça puisqu'il gagne l'épreuve dans sa catégorie, celle des buggies. Comme il le dit très bien lui-même, "derrière l’impossible se cache toujours le possible".

Voici l’histoire d’un homme qui est tombé mais qui s’est relevé.

Excellente écoute à vous.

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Transcription

Lire la transcription intégrale

Axel Et là, je suis éjecté de la moto. La moto part sur l'avant. Et là, je réceptionne sur les fesses et je sens un grand crack dans la moelle épinière. Je sens que c'est fatal. Je comprends tout de suite que c'est très grave et que la moelle épinière est touchée. On se dit que voilà, la vie ne sera plus jamais la même. Dans ma tête, je me dis que si je pouvais juste retrouver une vie normale, ça sera une énorme victoire. Je pense même pas à la moto. Je pense même plus à ma carrière.

Loïc Vous écoutez Les Frappés, le podcast de celles et ceux qui se dépassent. Je suis votre hôte Loïc, ancien sportif de haut niveau en judo, coach préparateur mental et amoureux d'activités outdoor en tout genre. Ma conviction, c'est qu'on a tous un frappé au potentiel exceptionnel qui sommeille en nous. J'ai créé ce podcast pour vous faire découvrir des femmes et des hommes qui ont osé le réveiller. Mes invités sont des athlètes de tous niveaux, des aventuriers professionnels, des voyageuses au long cours, des entrepreneuses ou encore des militaires, des forces spéciales. Toutes et tous partagent à mon micro des récits inspirants qui vont vous faire passer à l'action. Attention, une écoute régulière peut entraîner des changements positifs irrévocables dans vos vies. Le 27 juin 2010, Axel Allétru est devenu paraplégique. Champion international de BMX, il intègre une équipe professionnelle de motocross en 2009. Un an plus tard, lors des championnats du monde en Lettonie, il chute et retombe violemment sur les fesses. Sa colonne vertébrale se brise, il perd instantanément l'usage de ses jambes. S'en suit un véritable parcours du combattant pendant lequel il va tout faire pour retrouver une vie la plus normale possible. Cette quête, ce besoin de revanche sur la vie va le faire tenir et va l'amener à fermenter tous les diagnostics médicaux de l'époque. Un an après son accident, Axel participe à ses premiers championnats de France de natation en 10 sports où il termine 3ème. En quelques années dans la discipline, il décroche 10 médailles d'or au championnat de France et 6 titres de champion d'Europe. Mais c'est en 2020 qu'il va réaliser son plus grand projet, participer au mythique rallye Dakar aux côtés des Valides. Et il va même faire plus que ça puisqu'il gagne l'épreuve dans sa catégorie, celle des buggy. Comme il le dit très bien lui-même, derrière l'impossible se cache toujours le possible. Voici l'histoire d'un homme qui est tombé mais qui s'est relevé. Excellente écoute à vous. Et juste avant ça, je tiens à remercier chaleureusement toutes celles et ceux qui soutiennent financièrement le podcast sur Tipeee. Si vous souhaitez les rejoindre, c'est sur tipeee.com. C'est à partir de 1€ par mois. Chaque euro compte et permet au podcast de maintenir son indépendance. Merci à vous. Excellente écoute. Eh bien écoute, bienvenue Axel sur le podcast. Je suis absolument ravi de te recevoir en direct. J'en sais rien d'ailleurs. En direct de où ? En direct de où ? Aujourd'hui, écoute, je suis à Lille. À Lille, ok. Donc un peu plus au nord que là où je me trouve. Mais en tout cas... C'est un peu plus pro. J'imagine, et plus humide. Mais en tout cas, bienvenue Axel sur le podcast. Je suis super content de te recevoir. Je pense qu'on va parler de... Enfin, on va parler de plein de choses. Parcours sportif, d'accidents, de... Comment est-ce qu'on se relève de tout ça ? De ce que tu fais aujourd'hui ? Donc ça va être extrêmement riche. Merci encore de t'être libéré pour ça.

Axel Bah écoute, ravi d'être aujourd'hui avec toi et de pouvoir partager au plus grand nombre tout mon parcours de vie, toute cette résilience qui j'espère pourra résonner au mieux en tout cas. Yes.

Loïc Ouais, j'en suis absolument convaincu. Écoute Axel, ce que je te propose, c'est tout simplement de... En une phrase, de nous expliquer, tu vois, quels ont été... Enfin, quel a été ton parcours dans les grandes lignes et ensuite on rentrera dans le détail.

Axel Alors, en une grande phrase. Non, c'est vrai que bon, je me décris souvent comme l'homme aux plusieurs vies, parce que j'ai pratiqué beaucoup de sport de haut niveau depuis mon plus jeune âge. Il faut savoir qu'à la base, moi, j'ai commencé par le BMX. J'ai été plusieurs fois champion de France, champion d'Europe et champion du monde. Donc ça a été un super départ. J'ai ensuite troqué mon vélo pour une moto afin de réaliser mon rêve de l'époque, qui était de devenir pilote professionnel de motocross. Et donc, j'ai eu l'occasion de très vite progresser avec mes aptitudes de BMXer et ensuite faire le championnat de France, championnat d'Europe, championnat du monde et intégrer une équipe professionnelle en 2010, donc l'équipe KTM, pour participer au championnat du monde de motocross, 15 épreuves dans le monde entier. Donc, tout se passait bien, des bons résultats pour moi et l'équipe. Malheureusement, la vie fait qu'il y a des bonnes et des mauvaises surprises. Et là, accident le 27 juin 2010 où je perds l'usage de mes jambes. Et en une fraction de seconde, je passe de pilote qui était professionnel avec une longue carrière devant moi à tout de suite personne handicapé. Voilà un choc qui est assez brutal. Et les médecins de là me prédisent un fauteuil à vie. On me dit que je ne remarcherai probablement jamais. Derrière, s'en suit toute une rééducation avec beaucoup de travail pour après pouvoir faire un rebond dans le sport de nouveau. La natation en e-sport est performée et devenir 12 fois champion de France de natation en e-sport, vainqueur des European Master Games. Le Graal a été de pouvoir renouer avec les sports mécaniques en 2020 et réaliser un de mes rêves qui était de participer au rallye Dakar avec les Valides, donc en buggy. Donc j'ai monté une structure et ma propre équipe. Et avec mon copilote François, non seulement on a terminé ce Dakar, ce qui est fou, parce que c'est le rallye le plus dur au monde. Mais en plus de ça, je deviens la première personne au monde handicapé à avoir gagné une catégorie devant les Valides. Donc c'est une première historique, ça c'est jamais fait. Excellent.

Loïc Finalement, effectivement, plusieurs casquettes. Si on commence par la première que tu t'es vissée sur la tête, celle du BMX et ensuite de la moto, c'est quoi qui fait que tu as accroché ? Déjà, comment est-ce que tu t'es retrouvé dans cet univers du BMX ? C'est quelque chose que toi, tu as voulu faire ? Ou c'est l'environnement familial, des amis qui t'ont amené à te lancer là-dedans ?

Axel Alors mon père faisait pratiquer le motocross, mais en réalité, j'étais toujours sur un petit vélo chez moi, qui pleut, qui vente, qui neige. Et bon, mes parents se sont dit, il a l'air d'aimer la moto, le sport. Ça a commencé comme ça, mais vraiment, je pédalais tout le temps. J'étais tout le temps sur mon vélo, le midi entre midi et deux, quand je revenais chez moi entre l'école, le soir après l'école. C'était vraiment le truc que j'adorais. Donc du coup, évidemment, je suis tombé dedans assez vite. Et après, mes parents m'ont dit, le vélo, c'est bien. Il adore le vélo. On va l'inscrire à un club de BMX.

Loïc Et tu te rappelles ce qui fait que tu as accroché avec le vélo, que tu étais en permanence dessus, qu'il pleuve, qu'il vente, qu'il neige ? Est-ce que tu te rappelles des sensations de ce qui a fait que tu revenais constamment ?

Axel Cette sensation peut-être d'équilibre. C'est vrai que c'est quelque chose de particulier, un peu comme un surfeur qui adore surfer une vague. Moi, j'adore épouser une bosse, la sauter. C'est toutes ces choses-là qui sont faire corps avec le vélo. C'est ça qui... Ouais, c'était mon truc. J'aimais pas courir. J'aimais bien la moto, mais j'étais encore trop jeune. Donc, voilà. J'ai fait un peu de judo aussi. Mais c'est vrai que le vélo, c'était mon truc. J'aimais ça. Et puis, ça s'est révélé que c'était le cas. Parce que voilà, tout de suite, j'ai performé et je suis devenu champion du monde et champion de robe. Donc, ça a été effectivement le bon choix.

Loïc Excellent. Excellent. Donc, peut-être plus des... Ce qui fait que ça a accroché, j'ai l'impression, c'est que... Enfin, ce que je comprends, c'est que c'est plus des notions peut-être de pilotage, on va dire, nécessairement de vitesse. C'était pas forcément la vitesse qui le faisait vibrer. Oui, parce qu'en vélo...

Axel Ouais, c'est ça. Ça en fait partie. Mais au final, le vélo, tu vas... Quand t'es petit, du moins, tu vas pas très, très vite. Ouais. Tu... Surtout, bon, moi, je roulais dans mon jardin. C'était pas un grand jardin, donc c'est assez petit. Après, je roulais autour de chez moi, dans la rue ou ce genre de choses. Mais c'est pas une énorme descente. En fait, c'était des descentes où tu prends de la vitesse à fond la caisse. Là, non. Vraiment, cette sensation, finalement, ouais, c'est ça, d'équilibre, de faire corps avec le vélo. Et ouais, ça me plaisait. Ça me plaît toujours, d'ailleurs, encore 33 ans après.

Loïc Et qu'est-ce qui fait qu'il y a eu cette transition vers le motocross ? Parce que t'as eu des résultats quand même de fous en BMX. Enfin, clairement, résultats au niveau mondial. Donc, c'était pas les courses du quartier. Ouais, ouais, ouais, non. Donc, on pourrait se dire, tu vois, bah, en fait, voilà, t'avais clairement trouvé le succès dans cette discipline-là. Qu'est-ce qui t'a amené à transitionner vers autre chose ?

Axel Alors, il y a eu plusieurs paramètres. Moi, j'ai toujours voulu faire de la moto, déjà, à la base. Ensuite, le vélo, quand j'ai commencé à tout gagner, le problème, c'est qu'à l'époque, c'était pas encore au JO. Et moi, je voulais vraiment devenir professionnel. Et c'est vrai qu'il n'y avait pas vraiment de débouchés dans le vélo, tu vois. Ça restait encore le début. Ça s'est énormément professionnalisé. Mais si tu reviens dans les années 2000, il n'y avait rien de tout ça. Il y avait aux États-Unis un petit peu, voilà. Mais il n'y avait pas... Il y avait peut-être 2-3... Il y avait quelques pros quand même. Mais tu vois, il n'y avait pas de JO, il n'y avait pas de gros sponsors. Maintenant, Red Bull sont là et tout, quoi. Donc, du coup, comme je voulais vraiment devenir professionnel, bah, c'est vrai que je savais qu'il n'y avait pas de suite là-dedans. Et je voyais surtout à la télé des stades aux États-Unis. Et je voulais avoir des motos rouler en supercross. Et c'est vrai que ça m'a donné envie, tu vois. Et c'est pour ça que j'ai vite... Après, j'ai basculé parce que la moto, c'était un peu la suite logique de... Bah, voilà. Pour devenir un jour potentiellement pro et pour faire ce que j'aime, quoi. Et puis après, j'en ai eu un peu... J'ai commencé un peu la moto et j'arrêtais... Tu vois, je sentais que je mettais un peu de côté le vélo parce que je me concentrais plus sur le... Bah, plus sur la moto, quoi. Donc, du coup, au final, à un moment donné, j'ai fait un choix. Je pouvais plus concilier les deux. Et j'avais moins de goût à rouler à moto... Ah, à vélo, pardon. Donc, du coup, j'ai décidé de tourner la page, quoi. J'ai fait mon dernier championnat d'Europe, je crois que c'était en 2001, à Beaulieu-Mander, à côté de Bonne. Et je faisais vélo et moto. Et même alors que je ne m'entraînais plus en BMX, je me souviens que je fais vie champion d'Europe encore. Donc, tu vois, j'avais vraiment ce truc en vélo, quoi. Ouais. Le gabarit, la technique... Mais finalement, tout ça m'a aidé pour après le motocross, tu vois, derrière. C'est quoi un bon gabarit d'un pilote de motocross ? Alors, pour le coup, en vélo, j'avais le bon gabarit parce que j'étais grand, assez grand pour mon âge et costaud et tout. Pour la moto, le bon gabarit, je dirais que c'est à peu près 1m75, tu vois. Et moi, j'étais trop grand après pour la moto, pour le coup. Quand j'ai atteint les 20 ans, tu vois, je faisais 1m90. Ah ouais, au pièce. Du coup, les motos ne sont pas... Mais ouais, les motos ne sont pas forcément faites pour les grands. Et ça, je ne comprends pas que ça n'a pas évolué parce que la jeune génération est de plus en plus grande. Et c'est vrai que les motos ont encore des cadres des années 70, les mêmes mesures. Ça ne s'est pas agrandi. Et ça, je ne comprends pas parce qu'aujourd'hui, si tu compares, je ne sais pas, tes parents ou les jeunes sont de plus en plus grands maintenant. C'est clair. Ouais. Ok. Intéressant.

Loïc Donc, un paramètre à gérer, j'imagine, quand tu fais 1m90 et que la moto, elle est conçue pour des... Bah ouais. ... pour du 1m75, c'est... Ouais. C'est compliqué. Bah oui, tu utilises plus d'énergie.

Axel Bah oui, tu utilises plus d'énergie. On peut comparer ça à un nageur. Je ne sais pas, tu prends un nageur qui fait 2m ou un peu plus de 2m comme à Mori Leveau, par exemple, et un autre nageur qui fait 1m70. Bah t'imagines, le bras de levier n'est pas du tout le même dans l'eau. Donc, il a un des avantages directs. Et moi, sur la moto, c'est un peu pareil. Tu vois, le petit, il peut être très actif sur la moto pour se lever, se baisser. Alors que moi, j'utilise beaucoup plus d'énergie à me lever, à me baisser, à mettre sur l'arrière. Je ne sais pas quoi faire de mes jambes parce qu'elles sont trop grandes dans les virages quand tu sors la jambe, tu vois. Enfin, toutes ces choses-là. Ok.

Loïc Ça, j'allais te poser une question avant que tu t'évoques le gabarit et que je rebondisse dessus. Du coup, j'allais te demander qu'est-ce qui t'a surpris en arrivant dans le motocross avec toute l'expérience que tu avais du BMX. Est-ce qu'il y a des aspects du sport que tu n'avais pas forcément… Tu disais que ton père en faisait, j'imagine que tu as regardé beaucoup, etc. Mais est-ce qu'il y avait eu des surprises ? Bon, là, visiblement, le dimensionnement des motos, ça en a été une. Mais est-ce qu'il y a eu autre chose auxquelles tu as dû t'adapter en dépit de ton passif déjà en BMX et dans le sport ?

Axel Je dirais que quelque chose dont je n'avais pas connaissance, c'est les blessures. Oui. Tu vois, en BMX, il y a très peu de blessures. Voilà. Alors qu'en motocross, tu vois, j'ai commencé à me casser les poignets, puis les genoux, puis les épaules. Les blessures, ça fait partie du sport, malheureusement, dans la moto, quoi, et de la progression. Et ça, c'est quelque chose qui n'avait pas forcément à l'époque de mon père, d'ailleurs. Il y avait très peu de blessures. Mais c'est vrai que sur ma génération, les motos ont énormément évolué en termes de performance. Les terrains ont évolué. Et donc, ça va de plus en plus vite. Et comme je te l'ai dit, je suis assez grand. Du coup, j'ai un bras de levier plus grand. Et plus t'es grand, plus tu casses. Ça a l'air assez basique comme ça, mais c'est un peu le cas, tu vois. Donc, c'est des choses auxquelles, si avec le recul, tu dis, bon, finalement, je pense que j'aurais continué, même si j'ai adoré ma carré moto. Tu te dis en BMX, il y aurait quand même beaucoup moins de blessures parce que bon, voilà, la moto, c'est vraiment, ça fait partie du truc, quoi. Et tu te blesses et tu repars à zéro. Enfin, ça, c'est fatigant, quoi. Ouais.

Loïc Et puis, enfin, on va en parler. Toi, t'as connu clairement, enfin, c'est plus qu'une blessure, mais ça reste des blessures. Tu vois ce que tu dis, se casser les poignets, se casser l'épaule, c'est quand même des grosses blessures, quoi. C'est pas, tu vois, un truc, un muscle ou quelque chose qui est relativement, tu vois, un hématome ou là, c'est des trucs, des os cassés, quoi, des articulations pétées.

Axel Non, non, non, c'est ça, clairement. Et après, la blessure fatale le 27 juin 2010, là, c'est clair. Mais tu vois, même si tu te blesses, tu reprends et t'as envie de rouler. C'est comme une drogue, finalement. T'as envie de te remettre dedans et repartir et, enfin, ça, c'est, c'est, c'est, c'est le motocross, j'ai envie de dire. T'as beau et te faire mal, et ben, derrière, tu repars, quoi.

Loïc Excellent. 27 juin 2010, du coup, si tu peux nous en parler. Donc, le contexte, tu l'as évoqué rapidement tout à l'heure, c'était une manche du championnat du monde, c'est ça ?

Axel Exactement, on est sur le championnat du monde de motocross en Lettonie. C'est un circuit que je connais, parce que j'ai déjà fait le mondial là-bas, dans la catégorie junior. Et malheureusement, mauvaise qualif la veille, le samedi. Bon, j'avais une habitude de faire à peu près entre 10 et 15. Là, je me retrouve 25, donc c'est une mauvaise place pour moi. Et ben là, premièrement, j'ai une mauvaise place sur la grille, mais malgré tout, je fais un super départ. Donc, c'est top. Je pars dans les cinq, tu vois. Donc, c'est un bon rythme, je passe devant les panoteurs, j'enchaîne. Et j'arrive sur une vague, et là, je suis éjecté de la moto. La moto part sur l'avant. Et là, je réceptionne sur les fesses, et je sois un grand crac dans la moelle épinière. Donc là, je sens que c'est fatal. Je comprends tout de suite que c'est très grave et que la moelle épinière est touchée. Clairement, on se dit toujours que ça n'arrive qu'aux autres. Et là, on se dit, ça y est, c'est mon tour. Il y avait, tu sais, il y a pas mal d'accidents dans le motocross. Et on connaît des gens de près ou de loin qui ont subi un accident comme le mien, qui se sont retrouvés en fauteuil. Et c'est vrai qu'on y pense toujours dans le coin de notre tête. Donc là, quand ça nous arrive, tu vois, ça te fait, ouais, tu te fais, putain, merde, pourquoi moi ? Tu vois, qu'est-ce que j'ai fait ? Et en plus, je tombe pas forcément dans le meilleur des pays à l'époque, parce que bon, c'était en Lettonie, du coup, les moyens médicaux sont pas du tout les mêmes que chez nous. Enfin, c'est compliqué quand même. C'est compliqué. J'ai pas eu de chance sur ce côté-là. On pense qu'on est sur un championnat du monde qui est professionnel, mais je me rends compte que les médecins sont pas forcément professionnels. Les moyens médicaux sont pas comme chez nous. Ils ne sont pas habitués à ce genre d'accident. Donc, c'est difficile à gérer parce que t'es pas dans ton pays, ils parlent pas forcément anglais. Donc, on me transfère sur un brancard qui est peut-être même plus homologué chez nous en France, tu vois. Ah oui. Une ambulance des années 90 voire 80. Enfin, c'est des choses auxquelles... Des choses qui n'arrangent pas la gravité... Enfin, qui peuvent aggraver la blessure, quoi. Donc, je pense pas que c'est aggravé. Enfin, en tout cas, je le saurais jamais et je veux pas le savoir. Mais ça a pas été les meilleures conditions, évacuer par hélicoptère avec un super brancard, etc.

Loïc Ouais. Ouais.

Axel Mais du coup...

Loïc Donc, tu chutes, si j'ai bien compris, plutôt en début d'épreuve. Ça, c'est là au troisième tour. Ah ouais, ok. Et donc là, en tombant, t'as littéralement entendu le crack, c'est ça ?

Axel C'est ça, je tombe et... Alors, je sais plus si on entend vraiment un crack, mais en tout cas, je sens que je perds l'usage de mes jambes tout de suite. Ah ouais, immédiatement. Ah ouais, immédiatement. Immédiatement, ouais. En fait, la colonne vertébrale, c'est des centaines de nerfs qui passent dans la moelle épinière. Et clairement, c'est un peu comme si tu débranches une prise électrique de courant. Quand tu coupes les nerfs, tu coupes le courant, ben il n'y a plus... C'est plus alimenté, ben là, c'est pareil. Donc là, c'est directement, tu perds l'usage des jambes et t'es vraiment... Ouais, c'est quelque chose... C'est un choc total, quoi.

Loïc J'avais vu une photo, la photo... Alors, je ne sais pas si c'est un scanner, une IRM, je ne sais pas trop... Que tu as sur ton profil Insta, où on voit le...

Axel Ouais, d'ailleurs, clairement, les gens peuvent aller voir sur mon Instagram, arrobasaxelalétruges, et c'est vrai, j'ai une... La photo qui est assez... Elle est hallucinante, cette photo. Voilà. Tu as dû être choqué, je pense, en voyant ça. Mais ce n'est pas un montage, ce n'est pas un Photoshop, c'est vraiment ma colonne vertébrale juste après l'accident. C'est un scanner 3D. Et... Ouais, c'est quelque chose qui secoue. Je le fais souvent voir en conférence, et les gens, ben... Sont surpris, tu vois. Parce que je fais voir tout le... J'arrive en fauteuil roulant, au fur et à mesure, je me mets sur un coin de table, et je termine debout mes interventions en entreprise. Et en fait, j'aime bien, une fois que je suis debout, faire voir aux gens de là où je pars. Et c'est vrai que quand on voit cette photo, les gens se disent, mais attends, c'est ta colonne vertébrale là ? Je fais, ben ouais. Et c'est vrai que c'est assez... C'est troublant, quoi.

Loïc C'est troublant. Ouais. Donc, accident, on est le 27 juin 2010, t'es au fin fond de la Lettonie, tu perds l'usage de tes jambes. Le scanner, bon ben, sans appel. Allez voir, ceux qui ont Instagram, c'est post épinglé sur le profil d'Axel. T'as la colonne... Ben, non seulement on voit bien que la colonne est pétée, mais en plus, j'ai l'impression qu'il y a deux vertèbres qui se sont enfoncées l'une dans l'autre. Enfin, on voit bien que c'est carnage de ce côté-là.

Axel C'est le carnage, ouais.

Loïc Du coup, comme tu dis... T'es rapatrié immédiatement en France, ou tu restes en Lettonie ?

Axel Je dois rester trois jours en Lettonie, et ensuite je suis rapatrié en France à Lille, au CHR. Ok.

Loïc Et donc là, j'imagine que panel d'examens, tu vois des spécialistes. Le diagnostic qui tombe, tu l'évoquais un peu plus tôt, c'est quoi ? C'est fauteuil jusqu'à la fin de tes jours ?

Axel Ouais, c'est ça. Les médecins me prédisent un fauteuil pour rester en mes jours, une paraplégie. Pour ceux qui ne savent pas, qui ne connaissent pas la paraplégie, paraplégie, ça veut dire perdre l'usage de ses jambes. Parce que les gens, tu sais, peuvent parfois confondre paraplégie, tétraplégique, etc. Donc, tétraplégie, c'est les quatre membres, quatre membres, et paraplégique, ça veut dire les membres inférieurs. Donc là, je me retrouve avec les membres inférieurs qui ne fonctionnent plus. Et voilà. Je dis toujours, il y a toujours pire à entendre à 20 ans. Il y a toujours pire que soi. Mais en tout cas, c'est l'une des choses les plus dures qu'on peut entendre à 20 ans. Parce qu'on ne pense même plus à la moto, etc. mais on se dit que voilà, la vie ne sera plus jamais la même. C'est indéniable. La vie sera complètement différente. Et là, dans ma tête, je me dis, si je pouvais juste retrouver une vie normale, ça sera une énorme victoire. Je ne pense même pas à la moto. Je ne pense même plus à ma carrière.

Loïc Et donc là, à ce moment-là, quand tu dis vie normale, c'est-à-dire, est-ce que tu acceptes, quand tu entends ce mot paraplégie, est-ce que, enfin, comment tu réagis ? Est-ce que tu comprends, déjà, est-ce que tu comprends le sens, enfin, toutes les implications, avec un peu de recul maintenant aujourd'hui ? Est-ce que tu as compris ce que ça pouvait vouloir dire paraplégique dans ta vie au quotidien ? Et est-ce que tu acceptes ce qu'on te dit, le diagnostic, où tout de suite, tu te dis, bon, j'aimerais bien retrouver une vie normale, mais je serai en fauteuil toute ma vie ? Ou immédiatement, en fait, mentalement, intellectuellement, tu te dis déjà, c'est hors de question, je ne serai jamais assis dans un fauteuil toute ma vie, je me relèverai ?

Axel Alors, je suis partagé parce que je n'ai aucune visibilité. Alors, le problème en 2010 et encore en 2024, c'est que tu n'as aucune visibilité pour l'avenir. Tu sais, la science n'a pas encore… Alors, on va sur la Lune, mais sur Mars, bientôt, apparemment, mais on ne sait pas réparer la colonne vertébrale, tu vois. Ça, c'est un truc que je ne comprendrai jamais. Et le truc, c'est qu'aucun médecin, quand tu te retrouves à l'hôpital, pourra te dire, vous remarcherez dans un an, dans deux ans, ou peut-être jamais. Et c'est ça qui est mentalement difficile parce que tu ne sais pas comment te projeter. Tu ne sais pas si tu vas devoir te battre, combien de temps tu vas devoir te battre. Et l'interrogation complète, on l'a vu, pour nous, être humain, c'est ce qu'il y a de plus dur. Tu l'as expérimenté comme tout le monde avec le Covid. Quand on n'avait aucune visibilité sur les confinements, être dans le flou, c'est horrible. Donc, moi, c'est la situation dans laquelle j'étais. Donc, c'est vrai que je ne me suis pas dit jamais que je resterai en fauteurs roulants parce que, à un moment donné, tu as le diagnostic qui est là quand même. Mais je me suis dit, je vais devoir me battre, faire le maximum pour essayer de récupérer. Et je ferai un bilan dans quelques années. Mais en tout cas, pour l'instant, je sais que le pire, c'est que je sois paraplégique. Je vais partir en rééducation. Et en rééducation, je vais faire le max pour essayer de récupérer. Et je ferai un bilan. Je me donne à peu près deux ans. Je me donne deux ans en me disant que ce n'est pas trop long, pas trop court. Enfin, deux ans, c'est quand même énorme, mais sur une vie, c'est rien. Et je me dis que, au bout de ces deux ans, je ferai un bilan. Et je verrai si je me dis soit je continue à travailler ou soit j'accepte mon handicap. Et ça, ça a été important de mettre une visibilité comme ça. Parce que voilà, c'est un peu comme en entreprise. Quand tu n'as pas de visibilité, tu te fais une roadmap avec des échéances à atteindre, avec des milestones à faire. Et là, moi, c'est pareil. J'ai pris ça un peu avec une stratégie plutôt que de me dire, en partant YOLO, en disant, bon, on verra ce que ça donne. Inch'Allah. Ouais. Je pense que c'est important d'être clair dans ta tête et de dire, bon, OK, je fais ça pour quoi ? Pendant combien de temps ? Et quand tu es en train de stagner, au moins, tu as ce truc de te dire, de toute façon, je me suis donné cette échéance. Donc, je vais jusqu'à cette échéance. OK.

Loïc Quand tu parles de rééducation, c'est… Enfin, j'ai deux questions là. La première, c'est donc, à ce moment-là, tu as 20 ans, 20, 21 ans. Je ne sais pas trop quand est ton anniversaire, mais on est en 2010. Donc, après, il va 21 ans.

Axel J'ai 20 ans, oui. Je suis né en février, donc j'ai 20 ans.

Loïc OK. Tu… Côté études, tu en es où à ce moment-là dans ta vie ? Tu avais déjà arrêté pour te consacrer à fond à la motocross ou il y avait aussi un cursus que tu menais en parallèle ?

Axel Non, non. Moi, j'ai arrêté assez jeune, à 16 ans. J'étais en… J'ai arrêté. Et… Tu sais, la moto, c'est pas comme… Il n'y a pas… Tu ne peux pas faire trop de… Comment ? Sport études. Oui. Parce que c'est un peu compliqué. On voyage beaucoup. Il faudrait avoir un sport études au soleil parce que tu ne peux pas rouler l'hiver sinon il pleut. Enfin, du coup, nous, on migre un peu. On est un peu, tu sais, les gens du voyage parce que l'hiver, on est en Espagne. L'été, un coup, on va plus dans le sable parce qu'il faut s'entraîner dans le sable. Après, on arrive sur les terrains de terre, du coup, on va plus s'entraîner en Italie. Enfin, tu vois, c'est vraiment… On bouge tout le temps, finalement. Donc, c'est impossible de construire l'étude des sports à la fois. Donc, je me retrouve sans études. Enfin, sans études, j'ai quand même fait le CNED et passé mon BEP. Donc, voilà. J'ai un minimum, quoi. Mais de toute façon, à cette époque, je ne pense même pas aux études. Là, je pense vraiment… Rien que tout simplement à me reconstruire, quoi. Tu vois, à récupérer. On est vraiment… C'est un peu comme une question de vie ou de mort. Là, tu joues… Tes premières années, tu veux te battre pour récupérer, quoi. C'est maintenant ou jamais, quoi. Et tu es passé, du coup, par Cap Breton pour la rééducation ou pas du tout ? Alors, j'avais le choix d'aller à Cap Breton, en effet. Les points positifs, c'est que c'est bien. C'est pour les sportifs de haut niveau. Bon, tu es à Cap Breton, quoi. Tu es au bord de la plage. Le cadre est magnifique et voilà. Les points négatifs, c'est que j'allais être loin de mes amis, ma famille. Donc, j'ai fait le choix… On a fait le choix tous ensemble de se dire que j'allais rester en rééducation sur l'île. Ok. Et il y avait un centre, bon, qui était… Enfin, qui existe toujours, d'ailleurs, qui était à l'espoir, qui est… Ben voilà, qui était quand même assez qualifié, avec pas mal de sportifs, de foot, tout ça, qui venait. Donc, ce n'était pas le centre, comment dire, qui était en pleine campagne, avec peu de machines, tout ça. C'était un centre qui était vraiment de qualité, etc. Donc, on s'est dit… Voilà, pour être à côté de chez moi, ma famille et tout, on reste là. Encore, quand tu fais les guillemets, il n'y a rien de grave. Mais là, c'est des moments psychologiquement durs aussi. Donc, c'est difficile de partir en plus loin de chez toi, tu vois.

Loïc Sans soutien familial… Voilà. Des amis, ouais, ouais. J'allais dire, j'imagine. Enfin, non, je n'imagine pas. Je dis souvent ça avec des invités qui ont des parcours de vie comme toi, tu vois. En fait, c'est une chose d'entendre quelqu'un parler de… Tu vois, d'un accident, en gros, où tu deviens paraplégique à 20 ans. C'est une chose de comprendre ce que la personne dit, mais c'est autre chose de s'imaginer, enfin, d'être capable de… de vraiment comprendre les implications, tu vois. Donc, j'entends intellectuellement ce que tu dis. Maintenant, je ne suis pas vraiment sûr de pouvoir imaginer ce que ça a été pour toi de passer à travers cette épreuve.

Axel Je pense que c'est impossible d'imaginer tant qu'on ne l'a pas vécu, c'est normal. Et dans les grandes phases du coup… Pardon, vas-y. Chacun réagit différemment aussi. Donc, tu vois, un autre aurait réagi différemment. Donc, finalement, tu ne peux pas comparer et te mettre à ma place parce que chaque personnalité a sa propre réaction, tu vois. Ouais.

Loïc Toi, maintenant, encore une fois, avec du recul, tu dirais que ça a été quoi les grandes phases intellectuellement, on va dire, enfin, psychologiquement, les grandes phases de ta convalescence ? Est-ce que tu as eu une phase vraiment initiale, tu vois, un peu état de choc, je ne sais pas si… Tu vois, morale dans les chaussettes, etc. Puis, tu es remonté petit à petit ou alors pas du tout. Dès le début, tu avais l'énergie pour essayer de te reconstruire. Enfin, tu es passé par quoi comme une phase différente ?

Axel Hum… Bah déjà, j'ai eu un… Tu vois, quand j'étais en Lettonie, c'était vraiment dur mentalement parce que… Je pense que… C'était seul là ou il y avait ton père avec toi d'ailleurs ? Là, il y avait ma famille qui était là. D'accord. Mais le truc, c'est que… En Lettonie, comme je t'ai dit, c'est très compliqué. Donc, tu vois, mentalement, j'avais qu'une envie, c'était rentrer en France à l'hôpital. Donc, quand je suis rentré en France à l'hôpital, ça a été déjà mentalement un step parce que je me suis senti rassuré d'être dans des bonnes mains, des gens qui parlent français près de mes proches. Donc, ça, ça a été quelque chose d'important. C'était un premier step. Après, il y a eu ce deuxième step où j'ai pu commencer à être en rééducation et pouvoir un petit peu bouger en fauteuil. Donc, ça, ça a été une nouvelle étape. Et après, par contre, j'ai pris un coup moralement où… Je me souviens que ma première séance de kiné, on me demande de me transférer du fauteuil roulant sur la table de kiné. Donc, ça paraît… Tu vois, quand je te dis ça, les gens qui nous écoutent après vont se dire c'est simple, tu vois. Mais rien que ça, pour moi, ça a été… Me transférer sur la table de kiné, ça a été un truc de malade. Et j'ai perdu l'équilibre et je me suis rendu compte que je ne savais même pas tenir assis en équilibre sur une table de kiné, tu vois. Waouh ! Et là, je me suis pris un coup de massue derrière la tête et je me suis dit putain, le parcours va être hyper long, quoi. Je me suis dit que waouh ! Tu sais, tu as envie d'en découdre, tu es motivé et là, tu commences juste par le premier exercice. Vas-y, transfère-toi sur cette table de kiné et là, tu n'y arrives pas et là, tu te dis waouh ! Là, je pars de vraiment loin, tu vois.

Loïc Ouais, je vois bien. Ça, pour le coup, je vois bien parce que j'ai eu un… Alors, par rapport à toi, évidemment, un petit accident, mais il y a une voiture qui m'a frappé en 2018. En 2018, j'étais sur un entraînement à vélo et qui m'a fracturé le bassin. Donc, j'ai fait un séjour à l'hôpital et en fait, le bassin… Enfin, voilà, il y en a qui n'ont jamais eu de soucis au bassin. Le bassin, c'est vraiment une zone centrale. En fait, on a besoin pour tout et je me rappelle, ça devait être… Je pense que j'avais fait une semaine à l'IT. Donc, ce n'était pas non plus énorme parce qu'ils n'étaient pas sûrs de s'il fallait opérer ou pas. Bref, au bout d'une semaine, ils me filent des béquilles et ils me disent, allez, vas-y, il faut bouger. Va faire quelques pas dans le couloir, tu vois. Enfin, encore une fois, par rapport à ce que toi, tu as eu, c'est rien, tu vois. À aucun moment, je n'ai perdu l'usage de quoi que ce soit. Bon, écoute-moi, me lever du lit et faire, je ne sais pas… J'allais dire 20 pas… 20 avancées de béquilles dans le couloir, je transpirais comme jamais. Et j'étais au bout de ma vie, quoi, en une semaine seulement. Donc, hallucinant, tu vois, à quel point on perd tout. Ah ouais, c'est dingue, c'est vraiment dingue.

Axel Moi, en trois semaines d'hospitalisation, j'ai perdu 30 kilos. Oh la vache !

Loïc Ah ouais !

Axel Donc, tu vois, c'est… en fait, tous mes muscles déjà qui ne fonctionnent plus dans les jambes… Tu sais, les muscles, dès qu'ils ne sont plus… déjà, même de base, si tu es halité sans faire fonctionner tes muscles, tu perds en fonte musculaire. Oui. Mais en plus de ça, imagine si tu es allongé et que tes muscles ne fonctionnent plus, donc non plus de… sont énervés. Ben, ils fondent mais à une vitesse, c'est hallucinant. Donc, déjà, je perds en poids parce que je ne mange pas beaucoup tout ça et je fonds musculairement sur le haut du corps et je perds totalement mes muscles sur le bas du corps. Et il faut savoir qu'une jambe, tu vois, je ne sais pas, ça fait… avec les muscles, je ne sais pas, ça doit faire 6-7 kilos peut-être déjà. Donc, des jambes, tu es déjà à 14 kilos, tu vois, puis après le haut du corps, puis après les fesses, c'est pareil, les fesses, moi, je n'avais plus rien. Donc, c'est 3 kilos à gauche, 3 kilos à droite, enfin, tu vois, c'est… on ne se rend pas compte mais… en fait, ça faisait peur, on aurait dit un mec d'Auschwitz, quoi, tu vois, j'étais… la peau sur les os. D'ailleurs, encore sur les… maintenant, les muscles que je n'ai pas récupérés, donc en dessous des genoux, c'est… il y a juste l'os, le tibia et le péronné, en gros. Il n'y a rien. C'est surprenant.

Loïc J'ai vu une vidéo où tu parles d'un… tu présentes ton vélo électrique et les attelles que tu utilises, etc. Donc, on va en parler puisque clairement, aujourd'hui, tu n'es plus du tout en mode « je suis dans un fauteuil ». Donc, ouais, comment est-ce que tu as géré ça ?

Axel J'ai récupéré 20% des muscles des jambes. D'accord. Donc, pour faire simple, parce qu'après, bon, tu vois, il y a des termes techniques pour chaque muscle, etc. Mais je pense que tout le monde ne connaît pas l'anatomie du corps. Alors, pour faire simple, j'ai récupéré 20% des muscles des jambes, c'est-à-dire les muscles des cuisses, et à 60%, parce que dans le muscle des cuisses, on pense que c'est qu'un muscle, mais finalement, tu as le quadriceps, tu as l'intérieur du quadriceps, le TFL à l'extérieur, etc. Donc, j'ai récupéré le muscle des cuisses, le fléchisseur de hanche et un petit peu d'abdos. Et tout le reste ne fonctionne plus. Donc, c'est-à-dire, je n'ai pas d'échiot, je n'ai pas d'abducteur, tout ce qui est en dessous des genoux, c'est mort. Je n'ai pas de fessiers, je n'ai pas de moyens fessiers. Enfin, voilà, donc je suis vraiment avec très peu de muscles. Mais j'ai développé avec un orthoprothésiste des ATL qui me permettent de tenir mes chevilles à 80 degrés. D'ailleurs, tu pourras peut-être mettre une photo pour que les gens visualisent ou même, si vous voulez voir sur mon Instagram, il y a pas mal de vidéos ou photos qui illustrent mes releveurs, parce que c'est un peu technique. Mais c'est des releveurs qui viennent tenir mes chevilles à 80 degrés en carbone. Et elles viennent en dessous des genoux et elles prennent mon mollet et ça descend jusque la cheville et la cheville est bloquée. Et en gros, avec ça et les muscles des cuisses, j'ai réussi à me remettre debout et développer un équilibre pour que je puisse aujourd'hui marcher avec deux béquilles et des ATL à peu près une... Allez, une... Trois, quatre cents mètres par mes propres moyens, voire plus, je peux monter jusqu'à un kilomètre. Alors, je vais être plus en souffrance, mais je peux le faire. Et donc, ça a été une énorme victoire sur la vie. Ça a été deux ans de travail en réducation. C'est difficile de rentrer dans les détails parce que... Parce que c'est à chaque fois des mini-victoires. C'est une récupération qui est au niveau des nerfs. Donc, on récupère au fur et à mesure. Puis après, j'ai commencé à les exploiter. Donc, ça a été beaucoup de travail en kiné, beaucoup de balnéothérapie dans l'eau aussi. Mais en tout cas, la finalité, c'est que comme je ne récupérais plus, on a décidé de pallier à ces muscles qui ne fonctionnaient plus avec un orthoprothésiste. Et avec ces ATL, j'ai pu me remettre debout sur la terre ferme et réaliser un exploit. Parce que clairement, en sortant du centre de rééducation, les médecins m'ont dit, mais par rapport au diagnostic pessimiste de base et la colonne vertébrale que vous avez vue sur Insta avant, jamais on n'aurait imaginé que Axel puisse te remettre debout. Donc, ça a été fabuleux. J'étais inespéré.

Loïc Tu te rappelles ? Est-ce qu'il y a eu des sensations particulières la première fois que tu as pu te remettre debout avec ces ATL ?

Axel La première fois que je me suis mis debout, ça a fait bizarre parce que j'ai l'impression que le monde qui m'entourait était d'un seul coup plus petit. C'est comme quand tu es gamin. Tu as l'impression qu'un jardin peut être énorme parce que tu es petit. Mais quand tu as une vue en hauteur, d'un seul coup, tout te paraît beaucoup plus petit. Là, c'est un peu pareil. Ça, ça m'avait surpris.

Loïc Excellent. Parce que du coup, les premières ATL, j'imagine qu'elles étaient plutôt destinées à la vie de tous les jours. Mais j'ai l'impression que sur les photos, il y en a qui sont plus orientées sport, en carbone, etc. Aujourd'hui, tu as quoi ? Tu as vraiment une collection d'ATL que tu utilises selon l'activité de la journée ?

Axel Exactement. Mes ATL, ce sont mes jambes. Donc, toi, par exemple, quand tu vas courir ou faire du vélo ou autre, tu mets des chaussures de sport pour la course à pied ou pour le vélo. Et pour aller à un dîner, tu vas mettre des autres chaussures. Moi, c'est un peu la même chose. Par exemple, pour aller faire du vélo, je mets des ATL plus rigides. Pour aller marcher, je vais peut-être mettre des ATL plus souples. pour, par exemple, si je vais rouler en voiture ou en rallye ou ce genre de choses, je vais mettre des ATL qui sont plus courtes. Tu vois ? Enfin, voilà. Chaque ATL a sa fonctionnalité. Et j'en ai plein. J'ai une collection, un tiroir complet d'ATL selon l'activité que je fais, effectivement. Excellent. Et tu vois, par exemple, quand je pars en voyage ou ce genre de choses, j'ai toujours avec moi une deuxième paire d'ATL. Alors, pas quand je pars deux jours, mais si je pars en vacances une semaine ou j'en sais rien, ou 15 jours, je vais prendre une deuxième paire d'ATL avec moi parce qu'imagine, mon ATL pète, ce qui est déjà arrivé, ça m'est déjà arrivé, et que je n'ai pas de fauteuil roulant, moi, je ne peux plus rien faire. Donc, je me retrouve en difficulté. Donc, il y a toutes ces choses-là un peu anticipées à chaque fois pour être à l'aise, ne pas avoir de problème.

Loïc Alors, tu disais que tu as une ATL ou des ATL pour quand tu fais du rallye. Du coup, c'est une transition parfaite. À quel moment est-ce que tu t'es remis au sport mécanique ? Et qu'est-ce que c'est que cette histoire avec le rallye Dakar qui m'a tout l'air d'être absolument hallucinante ? Bon, tu connais le rallye Dakar. Ah oui, je connais le rallye Dakar.

Axel Bon, tu sais que le rallye Dakar, c'est le rallye le plus dur au monde.

Loïc Alors, je sais, enfin, en termes de réputation, il est méga connu, mais comme je n'ai pas souvent des gens qui sont dans l'univers des sports mécaniques, sports auto ou moto, qu'est-ce qui fait qu'il est difficile ? C'est quoi ? C'est la distance ? C'est le terrain ? C'est quoi les particularités du rallye Dakar ?

Axel Alors, les particularités du rallye Dakar, il a eu lieu d'abord en Afrique, puis ensuite il a eu lieu en Amérique du Sud, et maintenant c'est au Moyen-Orient, Dubaï, Amarabie Saoudite, Oman, Abu Dhabi, etc. Et la particularité de ce rallye, c'est que c'est 15 jours, donc c'est 15 jours de course, non-stop, et en tout, tu as 10 000 kilomètres à parcourir sur ces 15 jours. Mais on est à 10 000 kilomètres, pas d'autoroutes, on est à 10 000 kilomètres de dunes, de sable, de cailloux, de poussières, de montagnes, tout ce que tu peux imaginer de plus dur sur la planète, hormis la neige et l'eau battue là. Et donc, c'est intense. C'est une vraie aventure. On pense qu'en 2024, tu es vraiment seul, même si tu as le GPS qui te traque au cas où, etc., tu es vraiment seul, et tu te retrouves face à toi-même quand tu as un souci. Et c'est très risqué. Et terminer ce rallye, même dernier, je peux te dire que c'est une énorme victoire, et les pilotes qui terminent ce rallye, on les appelle le héros, parce que c'est un truc de malade. tu es fatigué. En gros, c'est à peu près entre 8 et 12 heures de conduite par jour. Donc, c'est comme si tu faisais l'île Marseille tous les jours. Pas avec un autoroute, par contre. Ouais. Donc, tous les jours, tu fais l'île Marseille. Marseille-Lille. Tu imagines ? Donc, quand tu es arrivé à Marseille le soir, tu te dis, bon, demain, repars à l'île. Tu imagines ? Et tu es rentré, il est 20 heures. Tu repars à 7-8 heures du matin. Donc, ça fait des très grosses journées, et c'est ça qui est éprouvant. Parce que mentalement, tu dois toujours être concentré, parce que tu manges moins bien, ou pas. Tu es fatigué, parce qu'il y a dans le bivouac du bruit toute la nuit. Donc, c'est quand même assez intense, et ça te tape sur le système. Et c'est ça qui est très éprouvant, Dakar. Donc, rester concentré pendant 15 jours, ça joue énormément, parce que tu peux faire une erreur toute bête, non pas parce que tu es mauvais pilote, mais parce que tu es fatigué, et ton cerveau marche moins bien, et tu peux perdre ton rallye sur un truc bête. Donc, il faut savoir se préserver, il faut savoir anticiper, mettre le moins d'énergie possible dans tout, s'économiser. Et ça, c'est l'une des clés les plus importantes. Et moi, avec mon handicap, ça allait être un défi, parce qu'il faut savoir que rien qu'au quotidien, dans une vie traditionnelle, avec mon fauteuil ou mes béquilles, je dépense 300% de plus d'énergie qu'une personne valide. Ok. Ah oui. Ok. Tu comprends ? Rien qu'une vie au quotidien, 300% de plus d'énergie. C'est comme ça. C'est pourquoi ? Parce que je pousse mon propre poids avec le poids du fauteuil. Donc, imagine. je dois toujours me tirer avec les mains. Enfin, je suis toujours, moi, sur le haut du corps. C'est un effort de me mettre debout. Donc, voilà. Tout ça fait que, déjà, rien que ça, je suis beaucoup plus fatigué que quelqu'un de lambda.

Loïc Ok. Ouais. Donc, ajouter à ça le contexte rallye Dakar, j'imagine que ça doit être, effectivement, un challenge de fou. Et ça, tu le savais avant d'y aller parce qu'en venant du sport automobile, enfin, du sport mécanique, tu connaissais le rallye Dakar. Qu'est-ce qui fait que tu as quand même voulu… Enfin, qu'est-ce qui fait que tu es allé là-dedans ? C'était justement le côté challenge pour dire, regardez, je me relève. Et en plus, je vais me qualifier et participer au rallye Dakar. Ça a été une opportunité. Ça s'est passé comment ?

Axel Ouais, c'est ça. C'est un peu ça. C'était déjà envoyer un message fort, démontrer que derrière l'impossible se cache toujours impossible, démontrer que malgré l'handicap, on peut aller challenger des valides. Et pour moi, renouer avec les sports mécaniques et aller potentiellement performer face à des valides malgré l'handicap, c'est une super revanche sur la vie. Qui parierait là-dessus ? Alors, il y a déjà des personnes handicapées avant moi qui avaient terminé le Dakar, un espagnol, mais il n'avait pas performé comme je l'ai fait. Personne n'a performé jusqu'à présent hormis moi. Donc, moi, c'était vraiment un but de performer face aux valides et je savais que j'en étais capable. Et donc, j'ai décidé de rouler en SSV, en buggy, et monter le projet. J'ai voulu monter ma propre équipe à l'époque. C'était plus simple. Je voulais des gens que je connais, je voulais des gens qui croient en moi. et j'ai monté mon équipe qui s'appelait hashtag je peux 2020. Et donc, 25 personnes dans l'aventure. Donc, ça a été un gros, gros, gros un gros challenge parce que d'abord, avant tout, pour aller au Dakar, il faut lever des fonds parce qu'on n'est pas en natation, en moto. Là, ça coûte cher le Dakar. Il faut développer une voiture pour que je puisse rouler malgré mon handicap. Donc, je dois trouver à peu près un demi-million d'euros avec des partenaires. Ah ouais. Donc, ça, c'était déjà un challenge. C'était déjà un gros challenge de lever les fonds avant de partir. Et donc, on a eu du mal. Jusqu'au dernier moment, on a trouvé des fonds genre 15 jours avant. Et ça a été fou. Donc, en arrivant au Dakar, déjà, je me suis dit bon, rien que si on va au bout, ça va être fou. Je ne veux pas griller les un demi-million d'euros de sponsors dès la première étape parce que ça fait deux ans qu'on travaille d'arrache-pied sur ce projet. Donc, tu sais, quand tu arrives là-bas, avant de partir, je me souviens, je me disais bon, je veux performer. Après avoir galéré à lever les fonds, je me suis dit bon, déjà, aller au bout, ça sera bien. Et après, finalement, voilà, j'ai commencé à, comment dire, prendre mes aises. J'étais avec mon copilote François. J'avais des commandes adaptées au niveau des mains et une première étape où on commence à faire un premier top 10, puis ensuite un deuxième. Puis, on sent après qu'il y a quand même du potentiel. Et donc là, tout doucement, on prend confiance et là, on commence à accélérer et puis je commence à gagner une première étape, puis une deuxième, puis une troisième. Puis, au bout de 15 jours de course, on réalise l'impossible de pouvoir terminer déjà ce Dakar, mais en plus, remporter la catégorie T4 devant les valides. Donc, une première historique, ça a été, ça a été, ça a été fou, ça a été fou. On ne se rend pas compte, mais c'est tellement intense à l'arrivée. Tu sais, c'est le dénouement de pouvoir, et tout se peut, tu vois, le truc, c'est que tout peut se passer jusqu'au, par exemple, je ne sais pas, on est un kilomètre avant l'arrivée, si tu casses le moteur, c'est terminé pour toi. Tu n'as pas le droit que quelqu'un te pousse ou tu tires ou tu changes de moteur ou je ne sais quoi. Donc, tu te dis que tu as fait 10 000 bornes et à la 9 999e, tu pètes le moteur et tu ne termines pas ton Dakar ou tu perds la victoire ou le podium ou je n'en sais rien. Ça, ça a déjà arrivé. C'est des boules totales. Mais, c'est des choses qui arrivent.

Loïc Oui, j'imagine, je pense que c'est un peu comme en voile, tu vois, où tu as quand même un gros facteur environnement qui joue et le matos est juste indispensable. donc, j'imagine que ça va faire partie des paramètres. J'ai une question qui me vient tout de suite. En fait, j'avais eu une invitée, Eugénie Decré, qui est suisse et qui avait fait, je crois qu'elle a fait 9 Paris-Dakar. entre autres, elle a fait la Silkway Rally aussi, enfin bon, 23 ans de course automobile et elle m'avait expliqué, elle avait fait, elle avait craché sur un Paris-Dakar, corset intégral, etc. Enfin, voilà, gros, gros, gros accident. Et je me rappelle qu'on avait parlé en fait de l'impact, du fait de rouler sur des distances aussi importantes, 10 000 bornes sur des terrains défoncés, qu'en fait, tu as plein de micro-vibrations en permanence et qu'en fait, ça te défonce un peu le cervical, le cou, etc. Toi, ça n'a pas été un problème avec la colonne que tu as, du coup, les chocs, parce que même en buggy, j'imagine qu'à un moment donné, vous deviez décoller un peu, enfin, taper les pierres, ce n'est pas non plus, tu vois, je suppose que c'était quand même un parcours accidenté, non ?

Axel Oui, alors, c'est pour ça, en fait, il y avait énormément de préparation, il fallait absolument que tout soit au top et pour ça, j'avais, par exemple, thermoformé un siège baquet à mon handicap, tu vois, c'est des choses auxquelles un valide ne doit pas forcément faire, alors que moi, c'était crucial pour éviter, moi, j'ai encore mes plaques dans le dos, et donc, pour éviter des problèmes à mes plaques, les chocs, etc., effectivement, j'avais dû adapter tout ça, donc, ouais, ça a été un, ça a été, ça a été une grosse préparation et c'est vrai que tu es complètement déglingué, moi, je faisais une heure et demie de kiné tous les soirs, pour que je puisse récupérer étirements, massages, etc., comme tu dis, les cervicales, ça tape, t'es dans les dunes, t'as des cailloux, t'as des trous, c'est du terrain qui est accidenté, parfois même, il y a des trous que tu ne vois pas forcément et que tu prends en dernier moment et là, t'as un choc frontal, on peut te dire que tu t'en souviens, quoi, donc, du coup, on avait besoin de régler une super voiture, des gros amortisseurs, enfin, toutes ces choses-là qui étaient très importantes, mais j'ai eu de la chance sur ce Dakar, je suis ressorti pas déglingué comme certains, j'ai préparé ça aussi avec beaucoup de musculation, donc, je pense que mon corps était vraiment renforcé, tu vois, j'avais préparé tout ça pour être, pour arriver là, je ne suis pas arrivé en dilatante, je suis un sportif de haut niveau, donc, mon âge assez jeune, ma musculature, la voiture bien préparée, tout ça fait que j'ai pu sortir du Dakar sans être broyé comme certains peuvent l'être, mais c'est vrai que ça tabasse beaucoup dans les trous, etc., c'est du tout terrain, donc, ouais, c'est ultra fatigant, puis, tu es constamment dans la poussière, au-delà des chocs, tout ça, c'est, tu vois, la poussière, tu en as plein les yeux, même si tu as un pare-brise, tout passe à travers, tu vois, tu bouffes du sable, c'est, faut pas, faut pas avoir peur de se salir ou vivre dans, tu vois, c'était pendant 15 jours, là, t'es dans, vraiment, dans la merde totale, quoi, c'est ce que je veux dire, tu te laves le soir, mais, ah bah ouais, tu te lèves le soir, c'est pas les douches que tu prends à l'hôtel, je te garantis que, parfois, si t'arrives trop tard, il n'y a même plus d'eau au bivouac, donc, t'as intérêt de te dépêcher de rentrer, tu vois, c'est toutes ces choses-là qu'il faut anticiper et qu'il faut, qui sont fatigantes, tu vois, quand t'as eu 12 heures de bagnole dans les pattes, t'as à avoir des problèmes mécaniques, tu rentres à minuit, j'en sais rien, parce que la bagnole, t'es resté en lisée ou t'as eu un turbo qui a claqué et que t'as été tracté par le, par le camion pendant 200 bornes et t'en as pris plein la gueule parce que le camion, tu sais, il tire avec la cendre mais du coup, derrière un camion, t'imagines dans le désert, la mer de la comprenne, les caillasses dans le pare-brise et tout et que t'arrives le soir au bivouac, bon, il n'y a plus trop d'eau chaude ou il n'y a plus d'eau et que t'as eu tout ça, je peux te dire que t'en as plein les bottes et que tu repars dans 6 heures, tu vois, faut être accroché, tu vois, donc c'est le mental aussi qui est important, c'est le mental,

Loïc faut être frappé, comme on dit. Ah bah, ouais, j'ai bien l'impression, je suis en train de regarder les petites vidéos que t'as mises du buggy du Dakar, franchement, qui est ouf, ça donne envie de le piloter, donc allez regarder encore une fois s'il y en a qui ont Insta, il y a vraiment plein de trucs sur le profil d'Axel, tu parlais des problèmes mécaniques mais à l'arrière du buggy, là, je vois qu'il y a des roues de secours, si jamais vous aviez des grosses galères qui nécessitaient, tu vois, de lever le buggy, de changer une roue ou quoi, du coup, comment c'était réparti entre François et toi ? Toi, tu faisais la navigation, enfin, tu pilotais et lui faisait orientation ou, enfin, copilote et des problèmes mécaniques, c'est ça ?

Axel Lui, était axé navigation et méca, alors évidemment, quand on a un gros pépin mécanique, moi, je sors aussi pour l'aider mais par exemple, une roue crevée, ça, il a la possibilité de le changer lui-même sans avoir besoin d'aide. Donc, du coup, moi, je reste dans la voiture et, mais après, s'il y a un gros pépin mécanique, je n'en sais rien, on arrache un triangle ou ce genre de choses, tu en as pour une heure à le changer, donc du coup, ben là, je sors de la bagnole et voilà. par contre, une roue, comme ça va assez vite, ben moi, je mets plus de temps à me détacher, me rattacher, donc je vais rester dans la voiture le temps qui change tout ça. Ça, c'était un peu la répartition mais on a fait un super duo et ça a été dingue de pouvoir remporter Dakar, franchement, qui aurait cru qu'on puisse remporter notre catégorie T4 ? ça, ça a été fou, ça a été un super souvenir, beaucoup d'émotions, malheureusement, il y a eu le Covid derrière, du coup, ça a cassé beaucoup de choses médiatiquement et tout l'engouement mais voilà, c'était un grand moment.

Loïc J'allais te demander justement, ça a été quoi les réactions sur le village Dakar à l'arrivée, quand vous avez, enfin déjà, les étapes, quand vous avez commencé à enchaîner les victoires et à l'arrivée finale ?

Axel Ben ça a été, ouais, ça a été fou, beaucoup de, comment dirais-je, de, les valides qui nous, qui a beaucoup de respect, voilà, chercher le mot, de la part des valides qui, ben évidemment, eux déjà souffrent, à chaque fois, j'entendais ça, tu vois, le mec venait me voir à la fin, il me dit, putain, moi je suis déjà mort, mais toi je sais même pas comment tu fais, tu vois, donc c'est surtout, tu vois, beaucoup de respect, ça a été, ouais, ça a été, ça a été, il y avait quand même pas mal de focus médiatique là-dessus, et ouais, c'était un engouement, et jusqu'au bout, parce que voilà, comme je dis, c'est 15 jours de course, donc c'est intense, et les gens nous suivent jusqu'au bout, mais ouais, ça a été, ça a été, je m'en souviendrai toute ma vie, ça a été, ouais, ça a été, beaucoup d'émotions à l'arrivée, en plus, il y avait, comme je t'ai dit, on est une équipe, on est 25 dans l'aventure, donc c'est ensemble qu'on gagne, c'est un esprit collectif, et pouvoir avoir toute cette équipe à l'arrivée avec la victoire, c'était juste la meilleure des récompenses, donc ça a été, ça a été, ça restera gravé à jamais. Excellent.

Loïc Il me semble qu'il y a des, il y a un film qui a été fait, sur ça, un reportage ? Alors, c'est-à-dire ? Sur le Dakar, ou en tout cas, sur ton parcours, j'ai vu passer les infos quelque part, je n'ai pas regardé. Ah ouais,

Axel alors, ouais, parce qu'effectivement, il y a eu, sur YouTube, j'ai pas mal d'insides sur la série Dakar, mais, je suis en train actuellement, de faire un film documentaire, Ok. Avec Canal+, donc tu as raison. Tu as bien vu passer les infos.

Loïc J'ai fait du teasing sans le savoir, en fait.

Axel Mais on peut le dire, on peut le dire, c'est bien, on peut en parler. C'est vrai qu'avec tout ce parcours, toute cette histoire, les gens, enfin, il y a beaucoup, tu sais, moi je fais beaucoup d'interventions en entreprise, à l'étranger, pas mal, parce que je parle anglais, sur les thèmes de la résilience, motivation, dépassement de soi, performance, positivité, enfin voilà, tout en restant humble, je pense que mon histoire est très enrichissante pour tous, et c'est vrai que, à un moment donné, je suis tombé sur un producteur qui a vu ça, et qui a dit, mais attends, ça il faut le partager au plus grand nombre, au grand public, tu vois. Et du coup, on a monté cette série, enfin, ce film documentaire, qui sera diffusé à Canal+, sur les plateformes, aussi en Belgique, au Canada, et ça va être, c'est une heure et demie de film, c'est pas un reportage, c'est vraiment un film documentaire d'une heure et demie, et il y a beaucoup de, oui, on revient sur l'accident, le centre de rééducation, la reconstruction, on revient sur mon défi de l'enduropal du Touquet, enfin, vraiment, ça a été, ouais, ça a été, c'est un gros, gros, un gros projet de vie, parce que, aujourd'hui, garder tout ça pour moi, ça serait, ça serait dommage, donc aujourd'hui, j'ai envie de le partager au plus grand nombre, et toucher le grand public avec ce film, bah, ça sera une belle victoire aussi, une belle mission de vie, réussie en tout cas.

Loïc Excellent. Alors, il y a encore plein de choses, on n'a pas pu parler, notamment, la natation, puisque, ça a fait partie, si j'ai bien suivi, t'avais repris, enfin, t'avais commencé la natation pendant ta phase de rééducation, et avec des résultats de fou,

Axel effectivement, ouais, ça a été, ça a été une partie de ma vie, après l'accident, j'ai voulu d'abord me reconstruire dans la natation en disport, ça a été un succès, parce que je suis devenu 12 fois champion de France, vainqueur des Jeux Européens, ça a été quelque chose qui m'a énormément, énormément plu, c'est, alors, j'ai commencé la natation un peu en rééducation, où j'étais dans l'eau, en bagnothérapie, et c'est vrai que cette sensation de flottaison, d'être dans l'eau, m'a donné envie de faire du sport, et, après le centre de rééducation, je me suis dit, bah, ça serait pas mal de, de, de nouveau avoir une carrière, et donc, je me suis lancé dans la natation en disport, alors, ça a été un gros projet, évidemment, mais moins que le Dakar, parce que le Dakar, c'était, voilà, en termes de dangerosité, en termes de, d'organisation, en termes de, de challenge, c'est, c'est quand même un truc qui est dingue, même si le, le, la natation, ça a été dingue aussi, mais, je veux dire, j'ai fait les choses par étapes, tu vois, j'ai recommencé d'abord dans le handisport, j'ai performé en natation, et après, je me suis dit, bon, maintenant que j'ai, j'ai fait, ce que je voulais faire dans la natation, bah, maintenant, bam, je rebascule avec les valides, donc, c'est ça, ça a été la chronologie, et, et voilà, ça a été fou.

Loïc C'est quoi la suite, du coup, avec un parcours comme le tien, déjà autant de réussite, autant de revanche sur la vie, c'est quoi qui arrive ? Bah,

Axel écoute, la suite, c'est de réaliser un challenge en 2000, bah, en 2025, un challenge que tout le monde peut rejoindre, d'ailleurs, c'est important qu'on puisse en parler, parce que, si les gens veulent rejoindre, qui nous écoutent veulent rejoindre, ou si tu veux rejoindre le challenge, tu es le bienvenu, en gros, je vais participer, je me lance le défi de faire le Paris-Roubaix à vélo. Ok. Donc, le Paris-Roubaix amateur, et j'ai décidé de monter un peloton, hashtag je peux 2025, où chacun peut rejoindre ce peloton, accélérer les trucs, hashtag je peux 2025, et vivre cette aventure avec moi, se dépasser avec moi. Donc, aujourd'hui, je suis en pleine préparation de ce défi, je suis en train de monter des partenariats, et ceux qui veulent rejoindre ce peloton, vous êtes le bienvenu, envoyez-moi un mail ou un message sur Insta, parce que voilà, le but, c'est qu'on puisse partager ce message fort, moi, je vais me dépasser, venez vous dépasser avec moi. Donc, le Paris-Roubaix, c'est quand même la course mythique dans le Nord, même en France, parce que, voilà, c'est des pavés, c'est des secousses, tu as bien compris, je ne choisis jamais des épreuves les plus faciles, mais en tout cas, c'est quelque chose qui me tient à cœur, et pouvoir essayer de faire ce Paris-Roubaix à vélo, alors que j'ai perdu 80% des muscles des jambes, ça va être un défi, mais j'ai envie de le tenter, et donc aujourd'hui, je suis en train de monter ce défi qui va être colossal, et pour une fois, contrairement à tous les défis que j'ai pu faire, je peux le faire avec des gens, et on peut se dépasser ensemble, et c'est ça qui est trop cool. Génial. Venez, rejoignez-nous, ça va être un, si tu veux venir Loïc, n'hésite pas, c'est un projet de malade. C'est quand dans l'année, le Paris-Roubaix ? En général,

Loïc c'est fin mars, tout début avril. Ok. Ouais, comme ça, t'es sûr qu'il pleut bien, que c'est dégueulasse, et qu'en plus des pavés, tu dois gérer la flotte, quoi.

Axel Ben, figure-toi, que cette année, il faisait super beau. C'est vrai. Ok. Mais si on revient en 2022, au Paris-Roubaix 2022, il neigeait. Donc, tu vois, tu peux avoir, ou rien.

Loïc Et là, l'idée du coup, du peloton, c'est quoi ? C'est que les gens prennent le départ avec toi, et vont jusqu'à l'arrivée, ou il peut aussi y avoir des relais, ou des sections ?

Axel En gros, chacun prend le départ, enfin, on prend tous le départ ensemble. Ok. Il y a une voiture balai qui est derrière. Ceux qui souhaitent faire, par exemple, tu vois, 20 kilomètres, ben, ils font 20 kilomètres. Ceux qui veulent faire 50 kilomètres, ils font 50 kilomètres, etc., etc. Mais il y a toujours des camions balai derrière qui permettent de te récupérer si tu n'en peux plus, et te ramener à l'arrivée pour faire l'arrivée ensemble, en gros. D'accord. C'est pour ça, donc, on a prévu un stand où les gens pourront se reposer. Enfin, voilà, on fait une grosse orga. Donc, ouais, gros projet et j'ai hâte de le partager. Trop bien.

Loïc Et le peloton, tu cherches combien de personnes, à peu près ? Enfin, il y a une limite ou d'un point de vue logistique, il faut que tu gagnes ? Tu vois,

Axel on est... Ah, non, tu vois, on est parti sur une cinquantaine de personnes, tu vois. Ok. Un peloton de 50, tu vois, ça peut être pas mal. Il y a à la fois des entreprises qui vont nous rejoindre avec des collaborateurs, des particuliers. Enfin, voilà, chacun rejoint le challenge à sa manière. Mais, voilà, en tout cas, on propose aussi des packages où tu peux venir, un truc clé en main. Par exemple, tu as un vélo avec la... Le but, c'est qu'on ait tous la même tenue, on soit tous habillés pareil et celui qui n'a pas de vélo mais qui veut venir se dépasser avec nous, on lui propose un vélo pour faire le pari roubaix avec nous. Tu vois, on ne veut pas qu'il y ait de frein à ça en se disant, bah merde, je n'ai pas de vélo de route, comment je fais ? Je n'ai pas de VTT, monter à Lille avec un vélo, ça va être galère. Donc là, on propose un truc vraiment clé en main.

Loïc Excellent. Eh bien, écoute, j'espère qu'il y en a qui ça donnera envie. Paré Roubaix, du coup, tu le feras, toi ? Je ne sais pas si l'amateur, c'est quoi ? C'est à la même période que la vraie course ou ça peut être fait n'importe quand dans l'année ?

Axel Oui, le pari roubaix amateur, c'est en généralement la veille, juste avant les filles ou le dimanche matin avant les mecs. Donc, ça dépend en fait. Chaque année, l'année dernière, c'était le dimanche matin avant les hommes et cette année, c'était le samedi matin avant les filles. Ok, ok. Ok, donc... Ce qui est cool, c'est que tu fais le... En fait, tu fais une partie du vrai parcours que vont faire les pros, quoi. Donc, c'est ça qui est top.

Loïc Trop bien. Donc, au moment de la diffusion de l'épisode, il vous reste moins d'un an pour vous entraîner et rejoindre le peloton d'Axel. Exactement. Eh bien, écoute, Axel, on s'était dit 10h30, on y est presque dans 3 minutes. Est-ce que tu as un dernier message que tu voudrais faire passer pour souligner peut-être quelque chose qu'on a déjà évoqué ou pour parler d'un sujet dont on n'a pas encore parlé ?

Axel Écoute, ouais, moi, je dirais que rejoignez-nous. Rejoignez-nous sur Spareroubaix. Il y a eu hashtag je peux 2020, il va y avoir je peux 2025. Rejoignez ce slogan, venez vous dépasser avec nous, venez vous battre pour la bonne cause. Donc, aujourd'hui, on a un gros défi et j'ai envie d'embarquer le plus de monde avec moi pour démontrer que derrière l'impossible, se cache toujours impossible et ensemble, on peut le faire. Plus on est, mieux c'est. Donc, voilà, j'ai hâte de pouvoir partager et que ce message résonne énormément. Donc, voilà, n'hésitez pas à nous rejoindre dans cette aventure qui va être dingue en 2025. Et vous avez moins d'un an pour vous préparer.

Loïc C'est ça, le challenge. Excellent. Bah, écoute Axel, un grand, grand merci. C'était génial d'en apprendre plus sur ton parcours et de pouvoir t'avoir au micro pour que tu nous partages ton histoire de résilience et de dépassement. Donc, vraiment, un grand, grand merci pour ça. tous les liens sont en description de la vidéo comme d'habitude pour, si vous voulez suivre Axel, entrer en contact, rejoindre le peloton de 2025. Et puis, moi, je te souhaite une excellente préparation pour ce nouveau challenge.

Axel Bah, carrément, plaisir partagé en tout cas et puis, j'espère que les gens prendront du plaisir sur ce podcast. Merci Axel. Allez, à bientôt.

Loïc Merci d'avoir écouté cet échange avec Axel jusqu'au bout. J'espère que vous l'aurez apprécié et surtout que vous en aurez retiré une énorme dose d'énergie et d'inspiration. Quoi qu'il en soit, n'hésitez pas à le partager autour de vous et de manière générale, si vous souhaitez soutenir les frappés, eh bien, abonnez-vous, abonnez-vous sur votre plateforme d'écoute et parlez du podcast autour de vous à un maximum de personnes. C'est comme ça qu'on arrivera à avoir encore plus de gens qui osent se lancer dans leur propre projet. Si vous souhaitez soutenir financièrement le podcast, ça se passe sur Tipeee, la plateforme française de financement participatif. C'est dipee.com slash les-frappés. Autrement, le lien est en description. C'est à partir de 1 euro par mois. Vous pouvez également donner un montant libre, comme bon vous semble. Et chaque euro permet au podcast de maintenir son indépendance en contribuant à couvrir les frais de fonctionnement. Je vous remercie pour votre fidélité. Je vous dis à la semaine prochaine pour un nouvel épisode. et je vous dis à la semaine prochaine. Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada

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