Amputé des deux jambes et un bras. J'ai discuté d'un peu trop près avec un tracteur agricole et j'y ai laissé sur le coude deux jambes et un bras. Personne en pute est beaucoup, sentent les bouts qu'ils n'ont pas. Tu vois, moi c'est rigolo, mes pieds je les sens, je peux les bouger, c'est complètement hallucinant. Mais le bras par contre je ne peux pas le bouger lui, je le sens, il est bloqué le coude plié. J'ai passé des nuits entières à essayer de débloquer ce coude et je n'ai jamais réussi à le débloquer.
Vous écoutez Les Frappés, le podcast de celles et ceux qui se dépassent. Je suis votre hôte Loïc, ancien sportif de haut niveau en judo, coach préparateur mental et amoureux d'activités outdoor en tout genre. Ma conviction, c'est qu'on a tous un frappé au potentiel exceptionnel qui sommeille en nous. J'ai créé ce podcast pour vous faire découvrir des femmes et des hommes qui ont osé le réveiller. Mes invités sont des athlètes de tous niveaux, des aventuriers professionnels, des voyageuses au long cours, des entrepreneuses ou encore des militaires, des forces spéciales. Toutes et tous partagent dans mon micro des récits inspirants qui vont vous faire passer à l'action.
Attention, une écoute régulière peut entraîner des changements positifs, irrévocables dans vos vies. Cette semaine, je reçois Jérôme Bernard. Suite à un accident survenu alors qu'il n'avait que 9 ans, Jérôme a été amputé de ses deux jambes et de son bras droit. 40 ans plus tard, il est président de l'association OZMOV qui réalise des défis sportifs avec des amputés et qui fait en sorte de faciliter l'accès aux prothèses de type lame carbone en partenariat avec Salomon et l'entreprise albigeoise Hopper. A l'été 2023, il a par exemple emmené 7 autres amputés sur le GR20 pour 4 jours de randonnée sur un sentier réputé extrêmement difficile. Un échange fascinant dans lequel on parle de résilience, de reconstruction, de rapports sociaux et bien évidemment de dépassement.
Excellente écoute à vous les frapper. Jérôme, je suis ravi qu'on puisse échanger. Quand Daniel m'a contacté pour me parler de OZMOV, je me suis dit que ça serait super intéressant. Et puis au final, j'en sais pas tellement plus. Je sais que vous êtes allé en force. Je sais que tu as une histoire personnelle un peu particulière qui a fait qu'à un moment donné OZMOV a été créé. Mais c'est à peu près tout ce que je sais. Donc super cool. Déjà, moi je connaissais pas du tout les frappés jusqu'à il y a un mois. Donc j'ai pour le coup écouté quelques podcasts. Et effectivement, ça correspond à un certain point à ce que je connais, à ce que je suis moi. Donc moi, pour la faire courte ou longue, j'ai aujourd'hui 75, donc ça fait 48 ans.
49 ans même. Deux enfants de 12 et 13 ans. Non, de 13 et 14 ans maintenant même. Donc voilà, mon histoire de vie, je suis d'une issue d'une ferme de l'Aveyron où j'ai un petit frère de 80, de moins que moi. L'histoire de la ferme est importante parce que j'ai discuté en 1984 d'un peu trop près avec un tracteur agricole. Donc mauvais endroit, mauvais moment tout simplement. Et j'y ai laissé sur le coup deux jambes et un bras. Donc là, tu avais 9 ans, c'est ça ? J'avais 9 ans, c'est ça ? Voilà, j'avais 9 ans, tout à fait. Donc je suis amputé des deux jambes au niveau des tibias et du bras droit complet. Donc voilà, pour le coup, c'est justement lui qui m'a posé plus de problèmes dans ma vie que les jambes.
On aura l'occasion d'y revenir. Donc voilà, 4 mois d'hôpital, 4 mois de rééducation et puis ma seconde vie a commencé là. Alors je dis seconde vie parce que le cerveau est quand même bien fait, à savoir que, en fait je l'analyse comme ça moi du moins, que pour pas que je me prenne la tête avec ce que je pouvais faire avant et ce que je pouvais pas faire, en fait j'ai aucun souvenir d'avant l'accident. Ah ouais ? Ouais. Alors maintenant j'ai des enfants, il y a certaines brides qui reviennent. Mais de façon générale, je n'ai aucun souvenir d'avant l'accident. C'est assez farfelu comme truc. Ouais donc voilà, quand j'y réfléchis un peu, j'analyse ça avec le fait que je me dis que voilà, de toute façon maintenant c'est comme ça
et ça sert à rien de se prendre la tête à savoir comment c'était avant, est-ce que c'était mieux, pas mieux. Dans tous les cas, c'est plus comme ça donc on va en faire avec. Ouais. Et après ça c'est mon analyse de comptoir avec un café à la main. Ouais mais c'est ce que j'allais te demander parce que est-ce que l'accident en tant que tête, tu t'en rappelles, et comment on gère ça à 9 ans ? Ouais alors l'accident en tant que tel je ne m'en souviens pas lui-même, mais par contre je me souviens typiquement du trajet en ambulance. De certains points après l'hôpital et ainsi de suite, je m'en souviens parce que, parce que mine rien quand même pendant 4 mois j'en échis un peu. Donc voilà donc en gros il y a eu, j'ai été amputé d'une jambe quasiment d'entrée,
j'ai été amputé du bras aussi. En fait je me suis fait attraper par le bras. Donc lui a dû être arraché sur le cou. Et puis la décision a été prise d'amputer l'autre jambe à je sais pas, un mois ou un mois et demi après l'accident. Donc j'y suis tombé sur un chirurgien hyper intelligent à cette époque-là, parce qu'il faut là aussi le remettre dans le contexte de il y a maintenant bientôt 40 ans. Oui. J'en suis resté souvent jeudi il y a à peine 30 ans, mais non il y a maintenant il y a 40 ans, où c'était la préhistoire de, même médicalement c'était un peu la préhistoire de ce qui se fait aujourd'hui, et de la prise en charge de la partie que j'appelle au moins intellectuelle du patient,
c'est des choses qui n'existaient pas. Donc moi j'ai eu un cul bordé de nouilles dans mon langage de tomber sur un chirurgien hyper jeune, j'étais son premier gros cas en fait, et qui a pris en charge aussi ma façon de penser et la façon de réfléchir à l'avenir quoi. Tu vois qui a expliqué à mes parents que typiquement par exemple il fallait pas m'aider, alors quand j'ai dit ne pas m'aider c'est dans le bon sens du terme, c'est-à-dire que si tu veux t'en sortir à un moment donné, il faut pas qu'on fasse les choses à ta place, il faut que tu apprennes à les faire. Et voilà, donc c'est beaucoup plus dur de faire ça que de faire à la place des gens. C'est quelque chose, donc j'ai eu des parents qui ont été une tuerie, et qui ont fait que j'en suis là aujourd'hui avec le caractère que j'ai, certes je pensais que celui-là il était inné, mais voilà, qui n'ont pas fait les choses à ma place et qui m'ont laissé faire, sachant que c'est encore une fois beaucoup plus dur, et quand tu vois ton gamin qui arrive pas à se relever et que tu vas pas l'aider, sur le coup moi je leur emboulais, mais au final ils étaient sûrement en train de pleurer derrière la porte
de pas venir m'aider, mais c'est ce qu'il fallait faire. Donc voilà, et puis c'est pareil, tu vois la prise en charge psychologique de l'entourage, c'est des choses qui n'existaient pas, enfin qui n'existaient pas, je sais pas aujourd'hui, donc je peux pas parler à présent, mais voilà, donc moi j'ai eu la chance d'avoir un entourage qui a été hyper bon et qui fait que je suis là aujourd'hui. Pour plein plein de raisons, on va y revenir sur l'évolution de ce que je suis, mais voilà, et encore une fois il faut le remettre dans le contexte de l'époque. Si tu veux, voilà, aujourd'hui l'handicap est rentré dans les mœurs, il faut le prendre avec des pincettes ce que je dis, mais c'est rentré dans les mœurs, et il y a l'évolution de la société, c'est quand même beaucoup plus simple aujourd'hui
que ce que ça pouvait l'être il y a 40 ans. Et que ce soit pour moi ou pour mon entourage. Ouais. Donc... Du coup, par rapport à ce que tu viens d'expliquer sur le fait que les mœurs sont changées, etc., toi, la phase juste après, c'est l'adolescence finalement, donc à partir de quoi ? 90 ? Ouais, voilà, à peu près, mais on va dire 90, même un peu avant, tu vois. Alors, il faut savoir que c'est toujours pareil. Moi, j'étais donc, j'ai eu l'occident, peut-être j'étais en CE2. Donc, j'avais deux ans à faire ensuite, donc dans une petite école de village où c'est plutôt cool pour le coup, parce que tout le monde te connaît, t'es pas anonyme, même si sur les grosses écoles de ville,
en primaire, t'es pas anonyme, mais là, si tu veux, tous les parents se connaissaient, c'était un petit bled, donc tout le monde a joué le jeu. Alors, jouer le jeu, ça veut dire quoi ? Ça veut dire adapter les choses un peu en fonction de moi et faire que je ne sois pas exclu sur plein de trucs. Donc, ça, c'est bien. Alors, après l'adolescence, ouais, c'est une autre problématique. Sachant que moi, j'ai été pensionnaire à partir de la 6e parce qu'on était loin du collège. Tu vois, après, j'ai été déjà pensionnaire au centre de rééducation puisque quand j'avais 9 ans, en fait, le centre de rééducation était à, on va dire, 4 heures de route de chez moi.
Ah ouais ? Donc, en gros, ouais, je partais le dimanche après-midi à 14 heures de chez mes parents et je rentrais le vendredi soir à 11 heures au minime. À 9 ans ? Et à 9 ans, ouais. Donc, bon, tu grandis vite. Alors, déjà, tu grandis vite parce que tu as perdu des bouts de toi et qu'il faut que tu continues à vivre. Et puis, tu grandis vite parce que tu apprends à te débrouiller tout seul. Là aussi, il faut faire attention aux monts qui sont employés. Mais ouais, à 9 ans, je partais la semaine entière dans un centre de rééducation à, je ne sais plus exactement, mais on va dire à 4 heures de route. Donc, bon, à côté de ça, le centre de rééducation, c'était cool parce que j'étais le petit...
Déjà, j'étais le plus cassé du groupe. J'étais le plus petit du groupe, donc j'étais la mascotte et j'étais le chouchou. Donc, c'était plutôt des... C'était des moments qui étaient hyper cool, mais hyper durs parce que... Parce que t'es livré à toi-même alors que t'en avantes. Et encore une fois, voilà, quand je dis livré à moi-même, c'est pas... Tu vois, c'était des endroits qui étaient faits pour. Mais il n'empêche que voilà, t'as beau être à un CE2, tu pars... Tu passes en gros 48 heures chez tes parents. Mais quand je dis 48 heures, c'est réellement 48 heures. C'est-à-dire que tu comptes les nuits là-dedans, quoi. Donc, voilà. Donc, c'était une autre époque, mais qui, encore une fois, aujourd'hui...
Je pense que j'ai un caractère qui fait que j'ai pas envie de me laisser abattre, même si des fois, ça arrive. De façon générale, ben, tu... Ouais, j'ai toujours envie de m'en sortir. Et puis bon, le centre de rééducation, c'était un endroit cool aussi. Tu rentres, t'as pas de jambe, il te manque un bras et tu repars, tu marches, quoi. Donc, au final, en quatre mois, c'est quand même cool. Parce que... Enfin, tu fais bien de... Ça fait une super transition. Le... Mince, c'est quoi le terme ? C'est appareillage, c'est ça ? Oui, ouais, l'appareillage. L'appareillage, à ce moment-là, du coup, dans le 84, 85, ça ressemble à quoi, d'un point de vue technologique, technique ?
Alors, ça ressemble à un pied en bois avec une... Si tu veux, quand tu es... Rapidement, quand tu es amputé, donc, tu as ce qu'on appelle le moignon, le bout qui reste. En gros, il y a un protégiste dont c'est le métier de faire des prothèses, justement. Dans mon cas des prothèses idéales, il vient faire un plâtre et, en fait, il crée un appareil qui colle à la forme du bout qui te reste, puisqu'il n'y en a pas deux pareils. Donc, tu as quelque chose là qui est hyper rigide avec un manchon. Donc, c'est la partie qui se met entre ton corps et la partie qui était en résine à l'époque, qui est en mousse recouverte de peau de cheval. Et voilà, c'est des choses qui sont... Il y a des gens qui marchent encore avec ça, mais qui étaient plutôt archaïques.
Et puis, un pied en bois rigide, donc sans cheville. Voilà. En gros, ça ressemble à ça. Alors, je n'ai jamais marché ou je n'ai pas souvenir d'avoir marché avec des jambes de pirate. J'ai toujours eu des pieds, donc pieds et chaussures, en fait. Ce qui amène de la stabilité. Et puis, quand tu es amputé double, c'est hyper important parce que si tu mets juste un tube, tu es comme sur des échasses et tu n'as pas l'équilibre. Donc, voilà, c'était un appareillage. Alors, la problématique aussi, au départ, c'est que ça prend du temps parce qu'il faut que tu cicatrices. Du coup, le temps de cicatrisation fait que les bouts qui te restent changent sans arrêt.
Donc, voilà, il y a des adaptations à faire. À faire, j'allais dire H24, non, mais de façon très fréquente. Et voilà, pour rebondir un peu sur ce que tu me disais sur l'adolescence, c'était aussi une des grosses problématiques. C'est-à-dire que quand tu es ado, tu grandis. Et quand tu grandis, ce qui a été fait sur mesure ne va plus très rapidement. Donc, en gros, schématiquement, voilà, c'est pour me faire plaindre un petit peu, mais on va dire qu'il fallait changer les protestes tous les six mois. Il te faut trois mois pour t'y habituer. Donc, à quelque chose de près, voilà, si tu vois l'idée, c'est un peu… C'est une des problématiques de l'adolescence quand tu es amputé et que tu as un appareil
qui est sur mesure. Donc, si tu as la chance de ne pas grandir et de faire une poussée d'un coup, au pire, tu en chies que pendant deux ans. Si tu n'as pas de chance et que tu as une croissance régulière, tu agis jusqu'à ce que tu n'aies plus de croissance. Et toi, dans ton cas ? Moi, dans mon cas, en même temps que je te disais ça, je suis en train de réfléchir dans quel cas j'étais. Et sincèrement, je ne sais pas trop. J'ai changé fréquemment. Il y a eu des passages hyper compliqués parce qu'en plus, j'ai dû me refaire… C'est toujours pareil. C'était en 1984 quand ils ont déjà réussi à me garder en vie et ils ont fait avec ce qu'ils pouvaient. Donc après, il y a eu pas mal de chirurgies reconstructives qui, là aussi, du coup,
fait que… On m'a repris… On m'a repris… Alors, esthétiquement, mais c'est plutôt de la reconstruction. Tous les bouts qui me restaient et tout ça, ça fait que… Pendant ce temps-là, déjà, tu ne peux pas marcher. Une fois que c'est fini, il faut tout recommencer à zéro parce que les prothèses ne vont plus. Donc voilà, tu vois, il y a la croissance et puis il y a aussi, dans mon cas, il y a la partie reconstruction qui a été… Alors, qui a été super bien faite et j'ai eu le raison de le faire, mais… Mais c'est sûr, quand t'as 14 ans et qu'on te dit que tu ne vas pas marcher pendant 4 mois, c'est un peu relou, quoi. Bon, au final, maintenant, c'est… Enfin, j'en ai eu plein de meilleures décisions dans ma vie, mais celle-là en fait partie, quoi. Voilà, t'en chies à un moment donné, mais tu sais que toute ta vie après,
et bien, tu vas le… Ça va te suivre, quoi. Et peut-être pour terminer sur la partie adolescence, socialement, ça se passe comment à ce moment-là ? Parce que tu disais que voilà, tu passes d'un environnement où tout le monde se connaît, peut-être… Ouais, alors, socialement, pour le coup, moi, c'est… Tu vois, c'est toujours pareil, le fait d'être pensionnaire, en fait, a eu un gros avantage. Un gros avantage, c'est parce que tu vis en communauté, donc… Donc, il y a quand même, dans l'ensemble, plutôt de l'entraide. Moi, socialement, ça s'est plutôt bien passé. Tu vois, je n'ai jamais eu de notion de harcèlement, de… Alors, il y a toujours des moments où… Quand tu es adolescent, il y a toujours des choses qui ne vont pas, et c'est sûr que c'était amplifié par mon état. Sauf que je pense qu'il y a des fois où je mettais ça sur le fait de mon état,
alors que c'est juste que… Ben voilà, c'est des ados qui parlent entre eux et qui ne sont pas toujours hyper intelligents ou hyper sympas entre eux. Mais de façon extrêmement générale, ça s'est plutôt hyper bien passé. Et là aussi, moi, je n'analyse plus sur le fait que… Ben voilà, quand tu es… Encore une fois, on était pensionnaire, on était un petit groupe, donc tu sais que tu vas passer la semaine avec les mêmes gens. Au final… Au final, moi, ça s'est plutôt bien passé. Que ce soit collège, lycée… Alors oui, après, il y a le fait que tu ne puisses pas faire du sport comme les autres, que tu ne peux pas… À partir du moment où tu t'es mis de la tête, il y a des choses que tu ne ferais pas. Et qui, du coup, il faut trouver des moyens de s'intégrer
autres que ces moyens-là qui sont… Ce que j'appelle moi standard, en fait. Donc voilà, mais dans l'ensemble, sincèrement, il n'y a pas eu de… Voilà, je n'ai pas eu de moqueries de problématiques… De problématiques complexes. Alors après, c'est toujours pareil. Le fait d'être différent fait que tu te poses plein de questions sur… J'ai une… J'ai une… Une façon d'expliquer ça, tu vois, sur les relations amoureuses, par exemple. C'est compliqué au départ parce que tu n'as… En fait, tu n'as pas envie de te faire ramasser à cause de ça. Donc du coup, tu n'oses pas… Pas rentrer dans une notion de séduction ou de demande, quelle qu'elle soit. Parce que juste, tu n'as pas envie de te faire rentrer pour ça.
Oui. Puis au final, une fois que ça a fonctionné et que tu as osé passer le cap, pardon, les fois d'après, tu te fais rentrer et c'est juste parce que tu es un boulet et ça n'a rien à voir avec le fait que tu n'as pas de jambe. Mais il faut arriver à passer ce cap-là. Et ce qui fait que, ben ouais, dans mon cas, ça a été un peu long et voilà. Donc ça, ça pourrait être des problématiques liées à l'adolescence et liées à l'handicap, tu vois. Mais c'est plus des problématiques qui sont intérieures, enfin, très perso en fait. Et ce n'est pas l'interaction avec les autres en fait. C'est moi qui me mettais des limites à un moment donné parce que… Mais justement, parce que tu n'as pas envie de te faire mal en fait.
Ouais. Et que voilà. Et puis, même si là, je fais le malin sur le fait que je fais plein de trucs, que c'est cool et que… Mais bon, il y a des fois où c'est quand même complexe. Complexe à tout niveau, c'est-à-dire c'est dur, ça fait mal, ça fatigue, ça… Le cerveau peut arriver à partir à sucette à un moment donné parce que… Ben parce que voilà, la vie est quand même… De fait, à partir du moment où tu es amoindri et c'est pareil, quand je dis ça, les gens me disent… Tu dis ça ou quand je parle de fait d'être anormal, ce n'est pas péjoratif, c'est que je suis hors normalité. Tout ça fait que, ben, il y a des adaptations à faire sans arrêt. Et donc voilà, donc ça prend de l'énergie, ça prend…
Ça prend la tête de temps en temps. Et il faut là aussi accepter qu'à un moment donné, il y ait des grosses baisses de régime et que… Et que… Et que, au final, ben tout un chacun peut en avoir et… Et moi, ou quand je dis nous, c'est… C'est Andy au sens large du terme, c'est… C'est encore plus normal qu'il y ait des passages où ça soit compliqué. Donc si tu veux, moi, en dehors de l'adolescence, de façon récurrente, il y a des moments où, clairement… Ben, moi, le cerveau, il me dit stop, quoi. Parce que… Parce que, voilà, parce que t'as dû… T'as passé un moment où t'avais des douleurs plus que d'habitude, donc t'es fatigué, et puis c'est des cercles vicieux qui rentrent en jeu, et puis voilà.
Donc en gros, c'est des choses aussi qu'il faut dire, clairement, quoi. Ouais, ouais. Tu vois, c'est pas le truc super fun et… Mais à un moment donné, c'est un discours qu'il faut que… Nous aussi, les… Les personnes, dans mon cas, qui ont une… Qui ont une vitrine telle que là, tu vois, c'est important à un moment donné de dire, ben c'est… Ouais, on fait plein de choses de bien. On fait plein de trucs cools, mais il y a des moments où il faut accepter que… Ben, que ça aille un peu moins bien. Hum… Carrément, ben je pense que tu vois, c'est aussi ça qui est super intéressant pour des gens qui sont pas dans ta situation… Qui sont pas dans ta situation, c'est de comprendre un peu…
Enfin, l'envers du décor, la partie immergée de l'iceberg plutôt. Tu vois, c'est ça. Ben c'est ça. Alors moi, j'ai une facilité d'en parler. Tu vois, chaque fois qu'on fait des sorties, donc avec l'assaut dont on parlera tout à l'heure, ça fait partie d'un discours que… Que je me force et que je me dois d'avoir. Parce qu'en fait, tu t'aperçois que les gens qui viennent de se faire amputer, là, clairement, des néo-amputés, ben tu viens de perdre un bout de toi. Donc, déjà là, c'est logique et qu'à un moment donné, t'ailles pas bien. Et puis, le problème, c'est que nous, on embarque des gens, on leur montre ce qu'on peut faire malgré cette différence. Donc ça, c'est cool parce que le fait d'être moteur et de montrer ce qui peut être fait, c'est-à-dire qu'à partir du moment où tu as des prothèses où tu arrives à remarcher
et que tu veux faire autre chose, ça peut être du sport, ça peut être plein de trucs. Il y a de grandes chances que ce soit faisable. Il y a des solutions techniques qui sont là pour qu'on puisse le faire. Mais il faut aussi accepter qu'il y a des moments où ça ne peut pas le faire. Et voilà. Moi, je me mets un point d'honneur à avoir ce discours-là. Et justement, je m'en suis aperçu de ça.
On en parlera tout à l'heure, si tu veux, quand on parlera de l'assaut, sur le premier gros événement qu'on a fait le soir à l'apéro. En fait, c'est vachement bien de faire un apéro après un événement comme ça, parce que ça permet de dédier un peu les gens. Et voilà. Et c'est là où je me suis aperçu que ce discours-là, il était extrêmement important. Ok. On en parlera, mais de toute façon, j'allais rebondir sur toi. Quand est-ce que tu avais eu cette réalisation que c'est OK, qu'il faut accepter finalement les périodes de down ? Ouais. Quand est-ce que je l'ai accepté ? Sincèrement, je n'en sais rien. C'est parce que tu y passes. Après, moi, ça fait 40 ans que je suis comme ça.
Donc, si tu veux, j'ai eu là aussi des douleurs qui font que la nuit, tu ne dors pas. Donc, la nuit, ça te permet de réfléchir à plein de choses. Et entre autres à ça, et puis au final, tu t'aperçois que… C'est comme tout. C'est le genre de problématique quand tu as des moments de down. Si tu l'acceptes, déjà, le travail est à moitié fait. Ouais. Donc ça, quand est-ce que je l'ai compris ? Sincèrement, je n'en sais rien. C'est de l'expérience et des histoires de vie qui font que… Tu laisses tomber. Enfin, tu ne laisses pas tomber. que de se laisser tomber trop bas. Et ouais, donc voilà. Donc, c'est des expériences de vie. Je pense que c'est ça. Si tu veux… Moi, j'ai eu une grosse problématique de douleurs.
Enfin, ce qu'on appelle des douleurs fantômes. Ça, c'est un truc qui est totalement foireux. C'est-à-dire qu'en gros, tu sens les bouts que tu n'as pas. Donc, c'est… Donc, c'est… C'est… Donc, c'est des expériences de vie. Je pense que c'est ça. Si tu veux… Moi, j'ai eu une grosse problématique de douleurs. Enfin, ce qu'on appelle des douleurs fantômes. Ça, c'est un truc qui est totalement foireux. C'est-à-dire qu'en gros, tu sens les bouts que tu n'as pas. Donc, c'est… Tous ceux qui m'écoutaient, là, je suis désolé. Vous allez me prendre pour un saucisson ou un sauvage. Mais en gros, on sent les personnes amputées dans la malheur. Amputées dans la malheur beaucoup.
Sente les bouts qu'ils n'ont pas. Tu vois, moi, c'est rigolo. Mes pieds, je les sens. Je peux les bouger. Ah ouais ? Ouais. C'est complètement hallucinant. Mais le bras, par contre, je ne peux pas le bouger, lui. Je le sens. Il est bloqué, le coude plié. J'ai jamais… J'ai passé des nuits entières à essayer de débloquer ce coude. Et je n'ai jamais réussi à le débloquer. Et encore une fois, ne me prenez pas pour un dingue. Je vous assure que je suis… Non, mais ça, je pense que… Non, ça, pour le coup, je pense que c'est… Enfin, en tout cas, je ne vais pas te faire mon cas une généralité, mais j'en avais déjà entendu parler. Et puis, il y a un bon moment quand même, les douleurs sur les membres amputés. Par contre, je n'avais jamais entendu, tu vois, ce que tu viens d'expliquer sur le fait
que tu… En fait, tu peux… Ces membres que tu sens qu'il n'y a plus, en fait, que tu peux les bouger. Ça, je ne l'avais jamais entendu. Oui, oui, voilà. Donc, moi, je peux les bouger. Je peux en faire ce que je veux, des pieds. Et le bras, je te dis, il est bloqué, le coude fermé. Et la main, elle bouge en fonction de l'autre. C'est-à-dire que si j'ouvre ma main gauche, donc qui me reste, je sens ma main droite s'ouvrir aussi. Ah, et en mode miroir. Et en mode… Oui, voilà. C'est en mode miroir. Alors, c'est assez bizarroïde. Il y a un moment de mentir, il n'est pas un problème. Par contre, le fait d'avoir des douleurs là-dessus, ça, c'est extrêmement relou parce que tu ne peux rien y faire.
C'est des crises qui, pour mon cas, durent encore de temps en temps, tu vois, 40 ans après. Récemment, enfin récemment, c'est-à-dire il y a 7-8 ans, j'ai fait des séances d'hypnose qui m'ont sacrément amélioré les choses. Mais ça reste encore de temps en temps, de temps en temps vrai. Donc, quand ça t'empêche de… voilà, c'est de là qu'on est parti. C'est que quand ça t'empêche de dormir, tu as le temps de réfléchir à plein de choses. Et entre autres, tous ces trucs-là, c'est des réflexions que j'ai souvent la nuit sur comment je suis arrivé là, qu'est-ce qui fait que… pourquoi ça ne va pas, pourquoi ça va, et puis qu'est-ce qu'on peut faire pour améliorer,
et d'une ma vie à moi, et puis de deux, essayer d'améliorer aussi la vie de mes semblables, en fait. On est dans une période où on a des moyens, tel que celui-là, de pouvoir passer un discours ou montrer ce qu'on fait. Comment aider ceux qui se retrouvent comme moi il y a 40 ans, et avec les moyens qu'on a aujourd'hui, et avec du coup… Comment amener mon expérience, en fait ? Et comment… expérience, énergie, on peut le tourner dans tous les sens. Mais comment faire pour qu'ils galèrent moins que moi j'ai galéré. Voilà. De façon générale, c'est un peu ça. Ce qui m'anime aujourd'hui sur des… sur de l'extra pro et sur… Et voilà, un discours que j'essaye de faire passer, c'est-à-dire…
Encore une fois, voilà, on peut faire plein de choses, malgré une différence. Sachez qu'on peut le faire, c'est peut-être pas le bon moment pour vous, c'est peut-être pas le bon truc, mais déjà le fait que vous sachiez que c'est faisable, à un moment donné, dans tous les cas, vous aider. Complètement. Tu vois, c'est… Complètement. Mais j'ai tellement de questions pour toi, mais peut-être comme on vient de parler des douleurs membres… C'est quoi le terme exact ? C'est douleur fantôme ou douleur… Douleur fantôme, oui, je pense. Douleur fantôme, ok. En fait, c'est… Si tu devais l'expliquer à quelqu'un comme moi qui n'a aucune idée de ce que c'est, c'est quoi ?
C'est quoi ? C'est des douleurs intenses, très localisées ? Alors, ouais. Moi, si tu veux, ça a été pendant 30 ans des douleurs lancinantes, c'est-à-dire des fourmis, des petits coups de temps en temps. Des petits coups, c'est des… C'est surtout, voilà, des notions de fourmis, en fait. Alors, moi, ça a été H24 pendant 30 ans. Alors, c'est pas le cas de tout le monde, hein. Il y en a qui ont de temps en temps. Donc, l'hypnose m'a résolu ça. Donc, c'est-à-dire que j'ai plus mal tout le temps. Ce qui est quand même un truc de fou parce que… C'est là où tu t'aperçois que la douleur est fatigante et qu'elle est problématique. Parce que quand tu l'as plus, en fait, c'est un sacré point en moins.
Et aujourd'hui, moi, ce que j'ai, c'est ce que j'appelle des crises qui sont habituellement très courtes. Là, il y en a une qui a duré un peu plus longtemps que d'habitude. Mais là, pour le coup, moi, c'est comme si on te plantait un couteau dans le pied toutes les minutes. C'est-à-dire que c'est quelque chose qui dure que deux secondes, en fait. Mais c'est toutes les minutes. Donc, c'est hyper galère parce que tu peux pas dormir. Parce que voilà. Du coup, plus t'es fatigué, plus t'as mal. Et plus tes gamins, ils se font engueuler pour rien. Et plus t'envoies chier tout le monde. Et voilà. Donc… Et ça, médicalement, ça s'explique comment ? Aujourd'hui, ça s'explique pas trop, justement.
Il y a plein d'études là-dessus qui sont faites. Il y a des protocoles qui sont en train de se mettre en place. Mais aujourd'hui, il n'y a rien de… Si tu veux, il n'y a pas de cachet qui fait que du coup, t'as plus mal. Mais les sensations, tu vois, des sensations dans des membres que t'as plus, ça, on sait l'expliquer de tout ça ? Ouais. Ça, c'est parce qu'en fait, ton cerveau, il a grandi en ayant ce membre-là. Donc, même si tu lui enlèves, en fait, l'influx nerveux, il part toujours. D'accord. Donc, voilà. En gros, c'est… Mais alors là, il faut prendre avec des pincettes. S'il y a des tulibs ou des trucs qui m'écoutent, ils vont peut-être me démonter. Mais voilà.
Ne venez pas me casser l'autre bras. Je suis gentil. J'explique juste ce que je ressens. Mais voilà. C'est du… En gros, c'est toujours pareil, je ne me suis pas intéressé récemment. Mais quand j'avais… Quand je m'y étais intéressé il y a une vingtaine d'années, l'explication, c'était un peu simple, en fait. C'est que, en gros, le membre pour ton cerveau, il est toujours. D'accord. D'ailleurs, c'est… Tu vois, il y a des gens qui, lors de l'amputation, s'aperçoivent de suite qu'ils sont amputés et où leur cerveau fait un reset et où ils n'ont jamais de membre fantôme. J'ai quelqu'un en particulier à qui je pense, qui n'a jamais eu de membre fantôme. Donc, c'est hyper cool. Et lui, au moment de l'accident, ce qu'il expliquait, c'est qu'il s'aperçut de suite que
sa jambe n'était plus. Donc, autant que son cerveau a fait un reset comme moi il l'a fait, tu vois, sur ma vie intérieure. Mais c'est des suppositions. C'est… Voilà. Il n'y a rien aujourd'hui. D'ailleurs, je pense que s'il y avait quelque chose, il saurait comment nous soigner, quoi. Enfin, on nous a levé ces douleurs-là. Après, il y a maintenant, il y a quelques médicaments qui existent. Il y en a un que j'ai pris il y a une dizaine d'années, mais alors, ça me mettait en croix. J'ai dû prendre 10 kilos en trois semaines. Et puis, ça voulait dire prendre sa vie, donc c'était remplacer une problématique par une autre. Donc, j'ai lâché l'affaire. Mais voilà. Donc, maintenant, j'ai quelques crises de temps en temps qui sont reloues, mais qui sont moins
problématiques que ce qu'elles étaient avant. Et donc, voilà. Mais après, le fait de sentir, c'est un côté fun aussi. Et ce cas, c'est que je n'ai plus de réflexe aujourd'hui avec mon bras. C'est-à-dire qu'à un moment donné, je m'étais sérieusement posé la question. Typiquement, lors d'un accident de voiture, c'est moi qui conviais, j'ai eu le réflexe de tenir mon ami de l'époque avec le bras que je n'ai pas. Donc, tu vois, c'est des choses qui pouvaient être problématiques par contre. Et ça, a priori, je ne l'ai plus parce que récemment, pareil, il y a eu un truc qui aurait pu merder là. Et la logique aurait voulu que je le rattrape avec le bras droit et je me suis retourné pour
le rattraper avec le bras gauche. Donc, c'est que le réflexe n'y est plus à mon niveau. Donc, à partir de là, il n'y a plus de risques. Voilà, je ne sais pas si... Après, ce ne sont pas des trucs super fun, mais ça fait partie de nous de façon générale. Oui, complètement. Et si tu veux, voilà. Des fois, les gens, ils me prennent un peu dingue parce que justement, quand je disais que c'est comme si tu étais un coup de poignard dans les pieds, de temps en temps, ça ne prévient pas, ça t'arrive. Donc, tu peux être en train à réunion, au boulot ou à table avec quelqu'un et tout d'un coup, je sursaute comme un dingue parce que je viens de me ramasser un coup de couteau
dans le pied. Et donc là, c'est rigolo parce que ça ouvre les discussions habituellement. Au début, les gens, ils ont un peu peur et puis voilà, ça libère les paroles sur ce point-là. Donc voilà, sur les membres fantômes, ce que je peux en dire de façon générale. Et professionnellement, par curiosité, on a parlé de l'adolescence et ton enfance, mais après professionnellement, dans les grandes lignes, sans faire… Oui, donc j'ai fait collège et lycée, bac général pour le coup, deux ans de fac où c'était n'importe quoi. quoi. Donc, je suis parti en U.T. U.T. U.T. Informatique et du coup, j'ai bossé dans une ss de vie pendant 15 ans. Et là, je suis maintenant pareil informaticien, mais dans une administration au département
du temps pour les citer. OK. Donc voilà, une vie pro, alors normale en façon de parler, mais si tu veux, à partir du moment où… voilà, moi j'ai l'occident à neuf ans, si je veux vivre, je dois bosser. Je dois bosser. Oui. C'est ni plus simple ni plus compliqué que ça. Et puis le fait d'avoir une vie sociale mis au taf, c'est quand même aussi hyper important. Donc, si tu veux, le fait de continuer… enfin, pour moi, je n'ai pas continué. J'ai eu une vie normale entrecoupée de 2-3 incidents de parcours, mais sinon voilà, c'est une vie qui… encore plus dans notre cas, le fait d'avoir une vie sociale est extrêmement importante parce que tu te renfermes sinon de façon rapide.
Et voilà, bon après, c'est lié à chacun. Mais voilà, pour moi, il était hors de question de vivre de l'AH et de l'occasion adulte handicapé et de 3 aides que l'État pouvait m'apporter, ce qui est super bien que ça existe. Je ne suis pas du tout en train de remettre ça en cause, mais dans mon cas, il était hors de question de rester qu'avec ça et de rester chez moi. Oui, oui. Voilà, donc, cette larchie, c'est une notion de caractère non, mais c'est juste la vie. Ce n'est pas parce qu'il te manque 2 ou 3 bouts que David ne doit pas être « normal » entre guillemets. Oui. C'est super intéressant cette notion de lien social. En fait, j'en avais parlé. Moi, forcément, je pense que je n'ai personne dans mon entourage qui est dans une situation
de handicap. Donc, ce n'est pas quelque chose que j'avais en tête sur l'importance du lien et le fait que si tu n'agis pas en tant que personne en situation de handicap, tu peux te retrouver isolé. En fait, ça a été un peu une prise de conscience dans un épisode récent avec un trio québécois qui a créé une association qui s'appelle Réseau Autonomie Santé. D'ailleurs, il y a pas mal de parallèles avec Osmove. Peut-être qu'on en parlera un peu plus tard, mais ils font des courses inclusives. Donc, ils donnent la possibilité à des gens qui sont en situation de handicap physique ou mentale de participer à des courses normales en fait. Oui, tout à fait. Et eux, ils s'insèrent là-dedans et avec, tu vois, typiquement des fauteuils, des joelettes,
etc. pour emmener des gens. Et ils expliquaient le truc qui m'avait vraiment marqué. Enfin, le point qui m'avait marqué dans l'échange, c'était cette reconnexion sociale en fait que permettait le sport pour ces personnes-là. Et j'ai trouvé ça super intéressant. Mais dans tous les cas, nous, on peut mettre l'accent dessus parce qu'on est en dit et qu'automatiquement, on a une... tu peux avoir des aides quand même en France qui te permettent d'avoir un minimum de revenus très faibles. Tu seras en dessous du cégep pour voter, mais il n'empêche que tu auras quelque chose si tu bosses pas. Et si à un moment donné, ton handicap arrive là et que tu as pas... Tu vois, si t'as pas un entourage qui t'aide à passer le cap, si t'as pas le mental
pour passer le cap, si t'as pas ça, tu peux t'enfermer là-dedans. Et donc, ce lien social est plus là parce que mine de rien, ben ouais, quand tu vas au boulot, même si t'as pas le moral ou si t'es pas en forme ou si tout le monde te fait chier, ben tu vas quand même au boulot. Et au final, tu vois des gens, tu vois... Alors, tu peux les aimer ou pas les aimer, c'est pas le problème, mais au moins, tu vois des gens. Ouais. Et t'es pas bloqué chez toi, sur ton canap, à regarder BFM en boucle où il n'y a rien de méga fun à voir, quoi. Ou c'est pas ce qui fait que tu vas repartir avec un sourire de dingue. Donc voilà, alors que quand tu vas au taf dans une assaut ou autre,
ben tu peux arriver en n'ayant pas le moral et avoir envie de faire chier tout le monde. Et bien ça peut être aussi le cas quand tu repars le soir, mais de façon générale, tu auras vu des gens et au moment, dans la journée, il y aura quelqu'un qui t'aura fait sourire. Et ça, c'est hyper important. En plus, tu vois, je parle même pas du fait de se sentir utile, parce que moi, c'est pas du tout ça qui m'a animé à un moment donné, tu vois. C'était pas... Ouais, malgré ma différence, je veux me sentir utile. Non, je vais bosser parce que c'est la vie de bosser. À un moment donné, si tu veux gagner de l'argent, tu vas bosser. Et puis aussi de rencontrer et de voir des gens, c'est cool.
Donc voilà, je pense que ce lien social, il est extrêmement important. Là, on parle du boulot, mais on va faire exactement le parallèle avec le sport. C'est-à-dire que quand je parlais d'assaut, c'est exactement ça. C'est-à-dire quand tu vas faire du sport, c'est rare que tu le fasses tout seul. Ou même si tu fais un sport individuel où tu vas courir ou faire du vélo, ben au final, tu vas quand même croiser des gens et rencontrer des gens et dire bonjour à des gens. Et ça, c'est chouette. Et ce lien social, il est indispensable à mon sens, mais pas pour nous, oui, certes, mais pas que pour nous. Tu vois, on peut faire le parallèle aussi avec le fait que le sport est extrêmement important.
Aujourd'hui, on est dans un monde où on parle beaucoup de sport santé. C'est-à-dire que, ben, on commence à prendre conscience quand même que de faire du sport, et ben c'est bon pour la santé. Et faire du sport, ça peut être juste marcher de 2 km pour aller chercher le pain. C'est clair. Tu vois, quand on parle du sport, c'est pas non plus aller prendre un dossard. C'est une vie active, voilà, c'est ça. Mais une vie active autre que de prendre la voiture et de, tu vois, plein de petits trucs comme ça. Et donc, on en parle beaucoup. Donc, ça, c'est indispensable pour tout un chacun. Et pour nous, ça l'est encore plus. C'est sûr que, ben là, tu vois, moi, ça fait 4 mois que le sport, ben je peux pas en faire pour plein de raisons.
Pour plein de raisons. Et au final, ben je m'aperçois que j'ai mal au dos, j'ai mal partout. Et c'est juste, ben il faut y taper dedans. Et une fois qu'il tape dedans, ben tu te sens mieux, c'est tout. Et ton corps se sent mieux, c'est tout couillon. Donc, voilà, tu vois, un kiné qui me disait à un moment donné, t'es condamné à faire du sport. Alors, pour le coup, il y a pire comme condamnation. Mais tu vois, c'est... Mais il empêche qu'il a raison. C'est-à-dire que plus j'y tape dedans, plus tu tapes dans la machine, même à 50 ans, ben mieux tu te portes en fait. Alors, tu peux te péter des choses, tu peux faire plein de trucs, mais... Mais ton état général en fait...
Enfin moi, je le vois, c'est clair, net, précis. Dès que j'arrête le sport, ben j'ai mal au dos. J'ai mal au dos. J'ai... J'ai fait comme toute personne qui commence à devenir un peu moins jeune que ce qu'elle était. Tu vois, voilà, à 50 ans, tu t'aperçois qu'il y a des trucs qui... Qui déconnent un peu plus que quand t'arrives, hein, quoi. Tu peux le tourner, c'est pareil. C'est pas le fait d'être handicapé. Je pense que ça le... Ça le fait un peu plus, mais de façon générale, ben voilà. T'es vieux, t'es vieux, hein. En gros. Donc, voilà, enfin, c'est pas l'inclusion. C'est le lien social, il est indispensable. Et sauf que quand t'as des problématiques comme nous, des incidents de vie, des...
Alors moi, ça m'arrive en novembre, donc en novembre, t'en as rien à péter. Tu veux juste te remarcher et recourir et refaire... Rejouer avec des potes et rencontrer les nanas, quoi. Ça, c'est un peu plus tard qu'en avant, mais... Mais voilà, mais quand ça t'arrive à 40 ans, tu vois, cette notion de l'élésion sociale, elle est extrêmement importante. Ouais. Ouais. Alors justement, ça fait une super transition avec ce que tu fais aujourd'hui pour les néo-amputés, c'est un terme qui... Ouais, c'est mon terme à moi, mais je sais pas si... En terme à toi, ok. Ouais, ouais, voilà. Après, moi, j'ai un vocabulaire qui est très perso, de temps à moi. Ouais, voilà.
Ok. C'est vrai. Mais voilà, on m'a déjà évoqué plusieurs fois, du coup, une assaut, l'assaut, Osmove. Est-ce que tu peux nous expliquer dans les grandes lignes ce que vous faites et comment l'assaut est né ? Enfin, plutôt, dans l'ordre, comment l'assaut est né et tout ce que vous faites ? Alors, l'assaut, elle est née... Alors là, il va falloir prendre 3-4 minutes. En gros, moi, je faisais du vélo parce que... Il y a 30 ans, courir avec des prothèses, c'était compliqué, surtout en étant amputé double. Donc, j'ai fait du vélo, puis j'ai eu deux enfants, comme je disais tout à l'heure, qui ont maintenant 13 et 15. Je raconte que des conneries depuis tout à l'heure, en fait.
Donc, quand ils sont nés, j'ai arrêté le vélo parce que j'avais moins de temps. Et surtout, je me suis dit que ça serait cool de courir avec eux. Et que, au moment où ils sont nés, j'étais incapable de courir. Donc, j'ai cherché des solutions. Les solutions, c'était d'acheter des lames pour courir. Donc, des lames, schématiquement, c'est un petit bout de carbone en forme de C, là, qui est un peu un ressort. Donc, que tu mets à la place de ton pied et qui te permet de courir. Donc, c'est qui te permet de rebondir un petit peu. Donc, voilà. Sauf que je me suis rapidement confronté à un problème de prix. À savoir que, quand j'ai acheté les miennes, donc il y a maintenant, sûrement une bonne dizaine d'années,
ça valait 5500 euros chacune, sachant qu'on m'en foutait deux. Voilà. Ça et hors en voiture, c'est-à-dire hors partie. Ça, c'est que la partie qui remplace le pied. Le pied prothétique qui nous permet de marcher normalement. Voilà. On la lève, on met la lame à la place. Sauf que la levée et le remède, ce n'est pas toujours si évident que ça. Donc, habituellement, on a une prothèse qui nous sert qu'au sport. C'est-à-dire une en voiture, la partie qui est en contact avec le moignon qui te reste. Donc, voilà. Donc, en gros, c'était déjà 5500 plus cette partie-là. Donc, schématiquement, si personne ne m'avait aidé, il aurait fallu que je sorte un chèque de pas loin de 20 000 euros.
Déjà 11 000 pour les lames, plus 9 000 pour les en voiture. Alors, les prix ont un peu changé maintenant. Donc, il faut les prendre un peu avec des pincettes. Mais en gros, voilà. 5005, c'était le prix d'une lame à cette époque-là. Et l'emboiture au-dessus, tu rajoutes un peu. Donc, moi, j'ai trouvé des solutions de financement par du mécénat, par du sponsoring. C'est-à-dire que j'ai pris mon bâton d'handicapé qui veut courir. J'ai été voir des gens et je leur ai demandé si ils ne voulaient pas m'aider à acheter des jambes. Bon, pour le coup, j'ai trouvé. Très bien. Sauf qu'en fait, il y a l'autre problématique aussi. Alors, tout ça, je t'explique, mais tu vas comprendre le pourquoi.
C'est important sur la notion de création de l'assaut. Là aussi, c'est que j'ai sorti ce chèque-là pour m'acheter des lames. Mais sauf que je ne savais pas si j'arriverais à les utiliser parce qu'il peut y avoir plein de raisons. La première raison, c'est que ça ne te plaise pas. Donc, si toi, tu veux te mettre à courir, tu vas dans ton magasin de sport préféré, tu achètes une paire de baskets. Si tu y mets 50 euros, tu en mets 500 si tu y mets 500. Si tu ne cours pas, tu as perdu 50 euros. Moi, déjà, si le sport ne me plaisait pas parce que ça peut arriver, ce n'est pas parce que tu es amputé que de courir, ça va te plaire. Ou si physiquement, je n'avais pas pu parce que mes moignons, à la base,
on met de l'impact quand même sur un bout de corps qui n'est pas fait pour. C'est-à-dire, vous, vous avez un pied et des talons, moi, j'ai un moignon. Donc, mon moignon, il n'est pas fait à la base pour y mettre autant d'impact dessus. Donc, voilà. Je ne savais pas si ça allait fonctionner ou pas. J'ai eu de la chance. C'est que le sport m'a plu et que je n'ai pas eu de problématiques de blessures. Donc, j'ai continué. Donc, au pire, l'argent que j'y avais mis, il était à bon essai en fait. Donc, voilà. Donc, j'ai couru comme ça. J'ai fait quelques courses sur du D-Born, en gros. Sur de la route ou de la piste parce que c'est ce qui me plaisait. Et puis, je me suis dit quand même, mais c'est hallucinant ce prix-là.
Voilà. Pas plus. C'était une réflexion que j'avais depuis longtemps. Je me suis dit, mais en fait, il se... Laisse tomber. En gros, je trouvais ça très cher. Après, il y a plein de gens qui vont l'écouter ce qu'on dit là. Donc, il faut faire attention quand même. Je fais gaffe à ne pas me faire démonter après.
Et puis, on allait chercher mon gamin à l'école. Je discute avec le papa d'une copine à mon fils là, qui rentrait du boulot. Donc, il bosse chez Airbus. Et donc, je lui demande ce qu'il fout là-bas. Et en gros, il était en train de bricoler des pièces de la 350 qui est un avion qui est quasiment tout en carbone. Et puis là, ça fait tic. J'avais mes lames dans la malle. J'ai dit, mais tu fais voler des avions. Tu ne peux pas me faire courir. Et donc, j'ai montré ce que c'était une lame, celle que j'avais à moi. Et j'ai dit, ben voilà, tu prends du carbone et tu me fabriques un équivalent pour moins cher. Pas plus. Donc ça, ça a duré un an ou deux. On en a discuté.
Puis chacun avait ses obligations. Puis est arrivé un appel à projet de l'école des mines, qui est une école d'ingénieurs albijejoises. Enfin, où il y a une antenne albi. L'IMT. Donc, il s'appelle un projet Benjamin, mon pote à l'IG d'Airbus. Il me dit, ben on va aller leur présenter le projet des lames et puis on va voir ce qu'il en sort. Donc, pour la faire courte, on est tombé sur un groupe de huit étudiants avec qui ça a matché. Donc, du coup, on leur a expliqué. En gros, on leur a dit, vous avez un ingé qui bosse Cherbus, qui peut avoir du matériau à un moment donné, qui peut vous aider à des calculs, à prototyper. Vous avez moi le bras cassé ou l'handicapé du groupe qui est capable,
si vous lui donnez des lames, il les testera. Donc voilà, c'est parti de là. Ni plus les moines, le projet normalement doit durer quatre mois. Donc, en quatre mois, il y a une étude de faite. On a eu la chance de pouvoir prototyper parce qu'Airbus nous a donné à ce moment-là du carbone. Donc, on a pu faire un prototype qu'ils m'ont donné, que j'ai testé. Je t'expliquerai après tout à l'heure comment je les ai testés. Et puis, on s'est dit, mais en fait, ça fonctionne et on tient quelque chose. Sauf que normalement, le projet devait s'arrêter. Au bout de quatre mois, ils reprennent leurs études. Et puis, on a eu un coup de chance pour nous, c'est que le Covid est arrivé.
à savoir que les étudiants, leurs stages à l'étranger ont été annulés. Donc du coup, ils ont continué à bosser sur le projet parce que ça leur plaisait et parce que, ben, devoir courir un mec qui n'avait pas de jambe, c'était quand même plutôt cool pour eux. Airbus n'avait plus d'avions à faire voler schématiquement. Donc, ils ont pu nous aider à développer la lame en question. Donc voilà, c'est tout un tas de choses comme ça. Il y a un des étudiants qui a appelé Salomon en leur disant, ben voilà, nous, on est en train de bricoler une lame pour faire courir des personnes amputées. Sauf que, ben, comme une voiture et un pneu, là, la lame, il faut qu'on y mette une jonction entre le sol et la lame.
Donc, Salomon, c'est votre boulot de faire des semelles. Et vous le faites plutôt bien. Est-ce que vous ne voulez pas nous aider ? Et au final, ben, là aussi, en gros, ils n'avaient plus d'athlètes à faire courir. Donc, du coup, ils nous ont aidés. Et en est sorti, donc, une entreprise maintenant qui est albigeoise. Il y a quatre personnes qui bossent à temps plein et qui vendent ces lames. Donc, on a réussi à diviser le prix par deux. Et aujourd'hui, voilà, on a une... Donc ça, ça tourne. Donc, pourquoi la SOMA maintenant ? Sur ce que je te disais tout à l'heure, c'est que, en gros, une entreprise qui aujourd'hui fabrique des lames, te les prête pendant 15 jours pour voir si ça te va.
Sauf qu'en 15 jours, tu ne peux pas savoir si la course va te plaire, si ton corps va arriver à suivre. Donc, depuis un petit moment, on me trottait dans la tête de monter une ASSO pour pouvoir acheter du matériel de sport, donc en particulier des lames, et pour pouvoir les prêter à des gens pendant l'abst de temps un peu plus long. C'est-à-dire qu'on est parti d'à l'idée de prêter pendant trois mois. Alors, pourquoi ? Pour que les gens puissent se tester, justement. Et avant de passer le cap de l'achat, sachent que, d'une, ils vont s'en servir, et de deux, ça va leur plaire et que ça va leur apporter quelque chose. Donc, voilà de quoi est parti l'ASSO au départ.
Donc, avec là aussi des étudiants de l'économie. Donc, c'est aussi hyper intéressant parce que, comme je disais tout à l'heure, moi, je suis un peu moins jeune qu'avant quand même. Et donc, on a une ASSO qui est menée par des gens de générations différentes, par moi qui suis amputé, mais après par des petits jeunes qui sont totalement valides et qui sont juste là pour venir filer un coup de main à ceux qui en ont besoin. Donc, en gros, c'est ça. Donc, Stasso, elle est partie de là. Et puis, on a, du coup, avec Salomon aussi, monté un projet. On s'est dit, ça serait quand même sympa de faire un événement. Donc, moi, ça me tournait dans la tête aussi depuis une dizaine d'années d'aller faire…
Au début, c'était d'aller faire le GRV en Corse pour moi au départ. Et puis là, Salomon, il nous a dit, mais on va prendre un sommet dans les Alpes de 3000 mètres parce que 3000 mètres, c'était un chiffre rond qui était marquant. Et l'idée, c'est qu'on va essayer de prendre plusieurs amputés comme toi et on va les monter là-haut. Donc, de là, on s'est dit, ok, on était… Donc, pour le coup, il y avait Hopper, les gens qui fabriquent les lames. Il y avait moi avec l'ASSO qu'on a monté au Zmoum. Il y avait Boris qui est une autre association aussi, Level Up, qui était dans le cas. Et en gros, on s'est dit, on va faire quelque chose de sportif. Mais moi, je tenais absolument et c'est quelque chose qui m'anime depuis longtemps,
c'est de mettre du social et de l'humain là-dedans, c'est-à-dire que ce ne soit pas que sportif. Donc, l'idée, ça a été d'associer des valides à des amputés et de partir en week-end en montagne et au final, d'arriver à faire un sommet à 3000 mètres. Donc, ça, c'était en 2021. De tête. Ouais, 2021. Donc, en gros, voilà. On est parti un vendredi soir. On a donné rendez-vous à tout le monde au bord d'un lac de montagne dans la vallée de la Vanoise. Et tout le monde s'est présenté là parce que l'idée aussi, c'était que les gens ne se connaissent pas spécialement avant. Et en gros, on va passer le week-end ensemble et toi et toi, vous allez être en binôme et vous allez passer le week-end à vous entraider.
Alors, au départ, on pensait que c'était le valide qui allait aider le vendi. Alors, c'est ce qui s'est passé sur la partie physique. Au final, on s'aperçoit que sur ce genre d'événement, tout le monde en ressort grandit, que ce soit les amputés parce qu'ils se sont prouvés qu'ils pouvaient faire des choses qu'ils ne pensaient plus possible. Et de la même façon, ce qu'il en ressort à chaque fois, c'est que les valides prennent une claque de vie. Je ne sais pas si c'est spécialement ça, mais c'est juste de se mettre au service de l'autre à un moment donné est quand même extrêmement important. Et on s'aperçoit que quand on aide son semblable, on en ressort grandit et c'est quelque chose qui est plutôt quand même sacrément intéressant.
Mais en gros, tu vois, les valides à chaque fois qu'on a fait plusieurs événements comme ça, au final, ce qu'il en ressort, c'est qu'il souhaite à tout un chacun de vivre ce genre d'événement au moins une fois dans sa vie. Encore une fois, tu apprends le fait que le groupe peut aller sacrément loin quand il est en groupe, justement. Le fait que d'aider l'autre, c'est quand même hyper sympa. Le fait que de dire merci, c'est hyper sympa. Il y a plein de petites choses comme ça qui font que c'est plutôt bien. Le fait, je pense principalement, je n'ai jamais fait d'événement comme ça, mais pour avoir fait déjà plusieurs épisodes avec des personnes, notamment des amputés, et pour avoir eu des dizaines et des dizaines de retours sur ces épisodes-là en particulier.
J'imagine que l'énorme dose d'inspiration, elle vient aussi du fait d'être témoin de ce que vous arrivez à faire en ayant une jambe en moins, deux jambes en moins, un bras en moins. Oui, voilà. Alors ça, si tu veux, moi, c'est toujours pareil.
Moi, ma vie, elle a toujours été comme ça. En gros, c'est ce que je te disais. Moi, j'ai fait ma première vie, je ne m'en souviens pas. Donc, ma vie, elle a toujours été comme ça. Moi, ça me paraît banal. Le fait de... On t'a dit, on va aller faire une rando. OK, on va faire une rando.
Mais il est vrai que pour tout un chacun, le fait de ne pas avoir de jambe fait que tu vas avoir du mal à marcher, ce qui est vrai des fois. Mais tu ne vas pas pouvoir faire de rando, tu ne vas pas pouvoir faire d'escalade, tu ne vas pas pouvoir faire de... Ça paraît improbable. Donc oui, ce qui la ressort à chaque fois, c'est... C'est... Waouh, vous y arrivez, et puis vous y arrivez plutôt bien. Parce que tu t'aperçois que sur les randos, la vitesse de rando, en fait, elle est la même qu'un valide. Je ne dis pas qu'un sportif de haut niveau et qu'un trailer de haut niveau. Mais je parle bien de rando, c'est-à-dire que le rando, tu l'as fait avec des valides.
En fait, au final, on s'aperçoit que ce n'est pas nous, amputés, qui ralentissons l'expédition. Donc ça, c'est des choses qui marquent les gens, effectivement.
Et c'est des choses que moi, je n'avais pas appréhendées avant. Parce que, pour moi, c'est... Voilà, c'est banal. Le fait que tu n'as pas de jambe, ce n'est pas ce qui va t'empêcher de faire ce que tu as envie de faire. Et alors, c'est... Encore une fois, moi, je dis ça parce que je n'ai pas trop de problèmes physiques, parce que je peux le faire et que j'ai envie de le faire, surtout. Donc voilà, si tu veux, on s'est aperçu que ce jour-là, alors il y a une personne, moi, qui m'a marqué en particulier, c'est Michel. Michel, il est... Donc, à cette époque-là, il avait 63 ans, je crois. Amputé depuis ses 23 ans.
Et en gros, il n'avait jamais remis les pieds en montagne. Parce que, depuis tout le temps, on lui a toujours dit que ce n'était pas faisable.
Donc voilà, si tu veux, quand Michel, au final, il te dit... Alors lui, il a eu une phrase qui était hallucinante, c'est qu'il nous a dit que s'il nous avait connus 20 ans plus tôt, sa vie n'aurait pas été la même. Donc tu vois, quand tu prends ça... Souvent, j'ai dit que ce 3000, je n'étais pas prêt parce que, humainement, je n'étais pas prêt à prendre ce genre de phrase en pleine tronche. Et puis ce jour-là, on s'est dit, il faut qu'on continue.
On ne peut pas décemment ne pas refaire à ce genre de choses et ne pas d'aider d'autres personnes. Donc voilà d'où est né, en fait, l'assaut Asmove. L'idée, c'est de prendre... En plus de prêter des lames, donc ça, si tu veux, c'est indépendant de l'assaut. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on a un stock de 10 lames qui tournent tous les 3 mois chez les gens qui veulent se remettre au sport. Donc déjà, ça veut dire qu'on donne la possibilité, à un moment donné, à des personnes de se remettre au sport. Donc c'est plutôt quand même hyper cool.
Et puis au final, l'idée, c'est qu'ils se testent. Et si jamais ils veulent, ils passent le cap de s'acheter une lame et puis de se mettre des objectifs qui leur appartiennent et qui sont les leurs. Ça peut être, comme je disais tout à l'heure, d'aller chercher le pain en petite foulée ou alors ça peut être de se taper un marathon si la personne veut se taper un marathon. Ou de faire du sprint si... Voilà, moi, il y a 4 ans, j'ai fait une saison de sprint sur Albi parce que ça me titillait depuis longtemps. Et bien, c'était plutôt chouette, quoi. Mais de ne pas se mettre de limite, en fait. Oui, oui. Voilà, juste... En gros, mon objectif à moi, c'est de montrer aux gens que les choses sont faisables.
Après, à ces personnes-là d'en faire ce qu'ils veulent. Oui, oui. C'est, voilà. Nous, on leur a prouvé qu'ils pouvaient faire des trucs qu'on leur avait dit qui n'étaient pas faisables parce que c'est encore des discours qui traînent et qui sont toujours là ou parce qu'eux, c'était mis des limites à se dire, mais c'est pas pour moi. Et puis, comment tu veux que moi, j'arrive à faire ça, quoi ? Je vais te montrer que tu peux y arriver. Enfin, quand je dis je vais te montrer, c'est qu'on va te montrer. Oui. Parce que... La preuve par exemple. Oui, la preuve par exemple. Et puis, voilà, moi, je suis là. Oui, moi, je sais que je peux marcher, que je peux courir, que je peux faire du vélo,
que je peux faire plein de trucs. Mais tout le monde n'a pas cette capacité à se tester. Et à partir du principe que c'est faisable, et puis si vraiment ça n'est pas, eh bien, c'est pas grave. Mais on va quand même tester avant de dire que c'est pas faisable. Ouais. Tu vois, moi, depuis tout petit, j'ai fait tout plein de sports. Alors, avec du matériel qui existait ou qui n'existait pas, mais je fais du ski, debout, je fais... Bon, l'escalade, je me suis testé, mais là, c'est le bras qui manque au bout d'un moment. Quand tu lâches le bras pour attraper l'entreprise, c'est... Je savais avant que ça ne pouvait pas fonctionner, mais maintenant, je vais tester,
je sais que ça ne peut pas fonctionner. Voilà. Sur le papier, ça paraissait logique que ça ne fonctionne pas. Et dans la vraie vie, ça n'a pas marché. Mais voilà, tu vois, mais après, de se mettre des limites, mais des bonnes limites. C'est-à-dire, voilà, tu veux faire de l'escalade alors qu'il te manque un bras, il fait un complet. Il y a sûrement des solutions pour le faire, mais c'est pas le... Il y a d'autres sports, quoi. Mais de faire quelque chose. Voilà, Michel, qui t'es passionné de montagne, qui n'est jamais remonté en montagne, tu t'es dit, mais c'est pas possible, quoi. Et tout ça parce qu'il s'était mis dans la tête, ou on y avait mis dans la tête que c'était pas faisable.
Donc ça, c'est... Si tu veux, je ne peux pas l'entendre. Donc... Et je suis tombé sur des gens avec qui on a monté cet assaut qui partent de la même...
avec la même idée que moi qu'on ne peut pas entendre ce genre de discours. Donc, ben OK. on va vous montrer que... On va vous montrer que vous allez y arriver et que surtout, ça va vous faire grandir.
Donc, tu vois, voilà. Donc, du coup, on a fait en 2021, on a fait donc ce pic de rulle dans les... La pointe de l'Observatoire, dans les Alpes.
2022, on a fait un week-end dans les Pyrénées, cette fois-là. Alors, toujours sous la même... sous le même format, c'est en gros une marche d'approche pour arriver à un refuge. Là, ça te permet de marcher un petit peu en montagne, de voir un peu comment tu réagis au dénivelé et puis juste de te montrer que randonner, ce n'est pas si compliqué que ça. Même si tu n'as pas de jambe. Ou si tu n'as qu'une jambe, à moins.
Le second jour, c'est l'objectif. Donc, pour le coup, dans les Alpes, c'était le 3000. Dans les Pyrénées, c'était le fil de rue là.
Redescend ton refuge.
Et le lendemain, on redescend mon voiture et on s'en va. Alors, pourquoi ça, c'est aussi important de ne pas repartir juste après la rando où il y a eu l'objectif ? C'est que déjà, ça rajouterait un peu de rando une fois que tu arrives au refuge pour redescendre en voiture. Et puis aussi, la dernière soirée dans le refuge a un gros intérêt parce que tu peux te boire à trois bières sans problème parce que l'objectif a eu lieu et que c'est là où les discussions justement ont lieu et que dans notre but à nous aussi, il y a l'objectif sportif, mais cet objectif de faire grandir les gens. alors, il faut faire attention avec ce mot grandir, mais c'est de les faire évoluer et qu'ils aient à un moment donné un moment de discussion ouverte avec du coup d'autres amputés, ce qui n'est pas toujours le cas non plus, dans un endroit qui est hors confort habituel avec un verre à la main, avec un bon repas, déconnecter les trois quarts du temps de tous les réseaux
parce que ça ne passe pas. Voilà, c'est un tout qui fait que il y a beaucoup de choses qui se disent dans ces moments-là et qui sont extrêmement importants pour les gens. en fait. Voilà, donc on en parlait tout à l'heure, tu vois, sur le fait d'avoir conscience qu'il y a des moments où on peut ne pas aller bien. Entre autres, toujours pareil, Michel, là, qui, on était donc des réfuges sur le 3000 et donc j'expliquais, moi, que je ne sais pas comment on était venu à cette discussion-là, c'est là où je me suis aperçu de l'importance de faire passer ce discours-là. J'ai dit, mais moi, tous les 5-6 ans, j'ai un passage à vide mais complet, parce que je suis vidé physiquement, parce que parce que plein de choses et donc, ben ouais, j'ai un gros passage et puis là, Michel, il me dit, ouais,
mais ça t'arrive à toi aussi ? Il me dit, mais je n'ai jamais osé en parler et merde, tu as 65 ans, tu as un chi depuis 40 ans pour le coup parce qu'il avait 23 ans quand il est excellent et c'est couillon de ne pas avoir réussi à parler de ça parce que, parce que voilà, le fait qu'on en ait parlé ensemble le soir, je suis sûr que ça y a fait du bien à lui, ça y a fait du bien à moi, ça m'a fait du bien à moi, tu vois, c'est juste des choses et tu peux le dire parce que tu es dans un cadre différent, tu es avec plusieurs personnes qui sont dans le même cas que toi, tu es avec plein de valides mais qui ont passé une journée à randonner avec toi et pas plus et au final, il y a une phrase de Kim là qui m'avait marqué, il disait au début, au début, c'était des binômes qui, voilà, chacun s'occupait de son binôme de trucs et puis au final, c'était 20 personnes qui randonnaient ensemble et qui parlaient du film qu'ils avaient été voir la veille et ainsi de suite, tout en ayant ce côté hyper bienveillant de filer un coup de main quand il y a un problème de porter des bâtons quand il faut porter des bâtons tu vois, mais au final, en fait, on s'aperçoit que c'est un groupe qui va faire quelque chose ensemble et pour le coup, que ce soit les Andy ou les Valides, il n'y a plus de,
il fait cette différence, elle n'est plus là parce que c'est de faire un truc ensemble, un truc fun et voilà, donc vu que cet événement-là, on s'est aperçu que ça avait, je dis souvent que ça avait du sens parce que déjà, c'est cool, tu fais quelque chose de fun avec des gens qui sont fun quand même dans l'ensemble et puis, ça apporte quand même quelque chose à plein de gens. Alors, sur le 3000, on n'avait pas que des néo-amputés,
tu vois, typiquement, il y a Michel qui était amputé depuis 40 ans, il y avait moi depuis 40 aussi et sur le, donc on a fait le pic de rue dans les Pyrénées et puis là, cet été, on est parti, alors moi, ce gerval-là en Corse, il me titillait depuis longtemps et du coup, on s'est dit, bien sûr, il faut qu'on le fasse avec l'assaut, il faut qu'on le fasse avec, on va prendre des bras cassés pour le coup et on va aller faire quelque chose de sympa. Donc, on est parti faire, donc on a fait une cinquantaine de bornes, on a fait 4 dernières étapes,
une cinquantaine de bornes avec 3000 et quelques de dépus sur 4 jours, donc une journée où on s'est tapé 20 bornes sous vos rages, c'était plutôt rigolo.
Dans des refuges en Corse, donc c'est pareil, on dormait en tente tous les soirs, donc tu vois, ça met un peu de côté dur et d'inconfortable qui là aussi pour tout un chacun est déjà bien, mais pour des gens comme nous, c'est en fait, voilà, on parlait tout à l'heure de l'adolescence, du regard de l'autre,
typiquement là, le regard de l'autre, au bout d'un moment, tu t'aperçois que les gens, ils n'en ont rien à pêter, en fait, que tu es une jambe à moins ou une jambe à plus, c'est juste, eux aussi, ils sont en rando, eux aussi, ils sont en tente, et j'ai un exemple typique là sur la Corse, donc sur la Corse, on a pris, on va repartir à zéro, on a pris, donc on était 8 amputés, donc il y avait moi qui suis déjà un peu cassé quand même, après on avait un amputé fémoral, donc fémoral, ça veut dire qu'il faut rajouter la partie mécanique du genou, ou électronique, on avait une amputée quadruple, donc c'est-à-dire qu'il manquait les deux jambes comme moi et les deux avant-bras,
on avait Claire qui elle est désarticulée de hanche, c'est-à-dire qu'il lui manque une jambe entière, complète, donc là on rajoute en plus mécaniquement une hanche, donc voilà, on a dit, et après des amputés simples, parce que quand je leur dis des amputés basiques, là c'est déjà qu'il manque une jambe, un tibia, et donc on avait entre autres Maël et Corentin qui étaient amputés depuis moins de un an quand ils sont venus à venir.
Et pourquoi ça c'est important ? Parce que au final, quand on est arrivé, le premier ennui, on l'a passé dans un gîte et c'est rigolo parce qu'on regardait moi et puis les personnes de l'assaut, on regardait comment réagissaient un peu les gens qui étaient amputés et c'est rigolo, entre autres les nanans et c'est pas du tout pour faire la diff entre les deux mais c'est juste le regard de l'autre est un peu différent en fonction de ça. Tu vois, se cacher pour enlever la prothèse, c'était dans la chambre, c'était mais ce qui en soi peut être normal et au final, le dernier jour, au dernier refuge où il y avait les tentes et tout, là, t'avais des jambes partout dehors, t'avais tout le monde se changeait, tu vois, donc c'est, en fait, le boulot, on a fait notre boulot en fait, c'est-à-dire que l'acceptation du regard de l'autre pour ces personnes qui viennent de se faire amputer et l'acceptation de leur différence, elle est, elle a fait un bond qui est incommensurable, c'est-à-dire que Maëlle, entre autres, là, qui a une vingtaine d'années, donc je te dis, elle a été amputée depuis moins d'un an, sur l'acceptation de son handicap, on y a fait gagner, je ne sais rien, on y a fait gagner trois ou quatre ans, donc c'est ça qui est extrêmement, extrêmement important, en plus du fait qu'ils se sont prouvé que physiquement, ils pouvaient se taper 5-4 dollars dans la montagne, mais ça, au final, tu vois, je le mets quasiment au second plan parce que moi, perso, ce qui m'anime le plus, c'est la partie humaine, alors pour que cette partie humaine et acceptation et autres, elle soit efficace, il faut que ce soit dur,
là, les 50 bornes, c'était dur, réellement, c'est-à-dire qu'on en a chien, mais cette difficulté fait que ça a servi à quelque chose, en fait, donc tu vois, le côté sportif, il est extrêmement important dans le sens où le fait d'arriver à faire quelque chose de dur, qui te fatigue, ou en partant, tu te dis, mais j'arriverai jamais à monter là-haut ou j'arriverai jamais à descendre là-bas parce que c'est encore plus compliqué pour nous descendre que pour monter,
au final, tu l'as fait et voilà, et puis tu vas dormir en tente, donc au bout d'un moment, si tu veux que ça ne dure pas des plombes, ta prothèse, tu la lèves en dehors de la tente et si tu dois aller doucher, tu n'as pas peur de demander à quelqu'un de te porter. Et tu vois, et ça, c'est hyper chate, moi, ça me fait triper à chaque fois. Je te dis, le dernier jour où il y avait des jambes partout et où tout le monde n'en avait plus rien à péter de savoir qu'il y avait une jambe en plus ou en moins, mais c'est trop bien, tu te poses à côté et tu souris.
Donc, c'est plutôt chouette, quoi. Et c'est... Donc voilà, ça, c'est la seconde partie de l'assaut, ces événements-là. qui font que, là aussi, cette mixité, elle est importante parce que... Et puis, le fait que les gens ne se connaissent pas avant. Là, typiquement, les gens, ils se sont rencontrés sur le bateau.
Les binômes, les gens, c'était jamais eu avant. Et tu vas quand même passer une semaine à randonner montagne sous la flotte et à dormir dans une détente. Donc, c'est cool. Après, on a eu... Ouais, ça rappelait. Ouais, exactement. Après, on a eu de la chance d'avoir un casting qui a été une tuerie parce que c'est le genre d'événement où, voilà, à un moment donné, ça ne matche pas du tout et tu sais que ça va durer une semaine, ça peut être long. Mais c'est ce que j'allais dire parce que pour avoir deux, dans les participants, deux amputés depuis moins d'un an, déjà, en termes d'état d'esprit, ça souligne quand même une volonté de vite rebondir, de... Ouais, voilà. Alors, pour le moment, vu que, voilà, l'assaut, elle n'était pas encore connue,
elle n'était pas... C'est des gens qu'on a sélectionnés, nous, en fait, qu'on a sélectionnés par du bouche à oreille, en fait. Voilà, il y a des protégistes, il y a des gens dans les centres, il y a des gens d'autres assauts qui nous disent, eh bien, cette personne-là, je pense que ça pourrait être intéressant. Tu vois, pour plein de raisons. Parce que, déjà, ils savent que physiquement, ils vont y arriver, parce qu'il y a la volonté, parce qu'il y a ça et puis parce qu'aussi, il y a un besoin de... À un moment donné, je prends l'exemple de Maëlle, mais parce que, c'est juste, voilà, quand tu vois le... Quand tu vois son sourire qui est tous les soirs encore meilleur que la veille, eh bien, c'est, ouais, le boulot,
il est fait. Et quand je dis le boulot, c'est pas... Voilà, je le prends pas comme un taf, c'est parce qu'on y va, on s'éclate. Mais si tu vois que les gens que tu as pris, ils en ressortent quelque chose d'aussi fort, il y a Sandrine là, Sandrine, elle a un peu plus de 40 ans, elle a été amputée suite à une récidive de cancer.
Elle m'a envoyé un message au retour, je te l'enverrai par écrit, si tu veux. Tu le mettras ou tu le mettras pas comme tu veux, elle m'a autorisé à l'écrire, mais quand tu vois son message à elle, déjà, tu pleures un petit peu, tu vas te doucher, t'attends que ça passe et puis tu te dis que, en fait, c'est cool ce qu'on a fait. Donc, on va continuer. Génial. Donc, on va continuer. Voilà, l'idée, tu vois, c'est exactement ça, c'est ce que je dis souvent, c'est d'offrir aux gens ce que moi, je n'ai pas eu et il faut faire attention avec ça parce que j'ai été super bien entouré, j'ai une famille de dingues, j'ai eu des potes qui, j'ai un groupe de potes qui sont juste une tuerie
parce qu'il n'y a jamais eu de l'IFE. Si tu veux, là aussi, moi, j'ai eu de la chance d'avoir des gens qui m'ont proposé, on y va. On fait des choses qui, logiquement, ne sont pas faisables avec des prothèses et justement, le discours, eux, ils ont eu le discours potreux. Contrairement à tout ce qu'on a dit à Michel pendant toute sa vie. Moi, j'ai eu la chance d'avoir des gens qui ne m'ont pas dit toute ma vie mais tu ne peux pas le faire. Au contraire, qui m'ont dit on y va. Il y a des fois, ça a merdé, tant pis, ce n'est pas grave. Et puis, eux, ils ont continué. Moi, j'ai arrêté parce que c'était trop dur, parce que c'était trop pas intelligent.
Il y a plein de choses mais j'ai juste chance. C'est ça que tu évoques, par exemple ? Il y a plein de choses que j'évoque sur le fait de… Mais voilà, il y a des moments où, j'en sais rien, on va aller faire du snorkeling, par exemple, alors que tu n'as pas de jambe, pas de bras, tu n'as pas nagé, on y va, on va se débrouiller, on va trouver des solutions.
Ça, il peut y avoir du surf, il peut y avoir plein de choses qui sont faisables ou pas. L'escalade, pour le coup, c'était sûr que ça allait merder mais ça a merdé.
Mais voilà, tu vois, moi, j'ai eu cette chance là.
Mais après, je n'avais pas de jambe moteur parce que c'était, encore une fois, c'était une autre époque. J'ai eu cette chance là mais j'avais 25 ans. J'avais déjà 15 ans d'amputation parce qu'avant, il n'y avait pas les réseaux qu'il y a aujourd'hui, il n'y avait pas Internet tout simplement. C'est le couillon à dire mais c'est exactement ça. Donc, quand tu étais du fin fond de ta campagne, tu étais déjà content de pouvoir marcher, ce qui était cool. Mais tu ne savais pas qu'il y avait plein d'autres choses qui étaient faisables ou du matos qui existait parce que tu n'avais pas l'info et voilà. Encore une fois, c'était un autre monde mais aujourd'hui, moi, ce que j'ai envie d'apporter aux gens, c'est ça, c'est juste d'entrer, de leur dire mais voilà,
sachez que vous êtes capable de ça. Donc, si vous êtes capable de ça, vous êtes capable de boître mille trucs. Maintenant, à vous d'en faire ce que vous voulez. C'est plus, voilà, moi, c'est plus mon, je vais dire, c'est plus mon problème, ce n'est pas du tout ça le mot, c'est que, c'est que, voilà, on vous a montré que vous pouviez le faire, à vous de rebondir et de vous servir de ça pour grandir. Alors après, l'assaut, l'idée aussi, c'est de, voilà, tu vois, d'être toujours présent quand il y a des courants de thèmes à elle et ils m'ont appelé plusieurs fois parce qu'ils ont des questions de gens qui ne sont pas habitués à être amputés. Donc, il faut que là, nous aussi, on ait notre rôle à jouer, les gens comme moi qui le sont depuis longtemps et juste de dire, ben voilà, ce point-là, ce n'est pas grave, ça peut être un point mécanique, technique, une petite blessure qui ne te paraît insurmontable et qui, au final, nous, on l'a déjà eu à moult reprises, donc ce n'est pas grave, ça va passer
et puis ça ira très bien. Mais voilà, il faut qu'on ait aussi ce rôle-là de ce que j'appelle de suivi, c'est-à-dire juste de jouer le grand frère et celui qui a l'expérience du fait de pas voir de jambe.
Et ça permet justement de répondre à des questions qui sont très terre-à-terre souvent,
mais il n'y a pas de notion de, enfin voilà, il n'y a pas de questions tabou, il n'y a rien, c'est juste, si tu as des questions qui sont liées à ça, pose-la, que ce soit, encore une fois, il peut y avoir des questions très techniques ou très intimistes où, voilà, on parlait des relations amoureuses tout à l'heure ou du regard de l'autre, c'est pareil, c'est des choses qui ne sont pas si évidentes que ça quand tu te retrouves avec un beau moment.
Alors, pas évident parce que se posent plein plein de questions, mais c'est normal. il faut qu'on se serve de ce genre, enfin, de notre asso et de ce genre d'événement pour tisser ces liens et que les personnes qui sont venues à un moment donné avec nous sachent qu'on est là et qu'on pourra répondre à n'importe quelle question à n'importe quel moment. Parce que le but aussi, c'est de ne pas reprendre plusieurs fois les 20 personnes. Tu as compris, depuis le début, l'optique, c'est de montrer aux gens que c'est faisable. Alors, on refera des sorties avec les gens qui sont au GR20 et bien sûr qu'on va faire des choses ensemble. C'est sûr, mais sur les événements avec l'asso elle-même ou cette optique d'aider les gens à grandir et ce n'est pas se mettre en avant
que de dire ça. C'est juste avec nos moyens essayer de leur montrer qu'ils peuvent faire des choses.
Excuse-moi, je t'ai coupé du coup. Non, pas du tout. Comme tu parlais des questions qu'il ne faut pas hésiter à poser, j'en ai une du coup que je me pose depuis que tu me parles du GR20. Tu l'as mentionné rapidement, le fait que les descentes c'est galère à gérer.
Concrètement, comment vous faites ? Parce que sans avoir le mécanisme du pied qui permet d'amortir, etc.
Ouais, alors souvent en fait, le pied au-là quand même. Le pied au-là, on a des pieds, pour le coup, on l'a fait avec des pieds de marche ou de rando. Donc, c'est des pieds qui ont une certaine dynamique.
Donc, c'est des pieds souvent en carbone qui ont un petit peu d'amorti. Mais alors, très peu pour le coup qui sont intéressants pour la marche. Donc, sur les randos comme ça,
alors on fait déjà, le concept d'être en binôme, c'est là où il prend tout son sens. C'est-à-dire que tu descends à deux, que tu te tiens l'autre en fait. Après, on ne descend pas, contrairement à vous, du coup, vous avez, je suis en train de te montrer, mais du coup, je ne vois pas. vous avez, je suis monté au fatigue, vous avez la cheville, c'est-à-dire que tu peux allonger ton pied en fait. Donc, quand tu descends, en fait, mettre ton pied dans la pente et toi être droit. Nous, on ne peut pas ça. Donc, souvent, on se met de côté, c'est-à-dire qu'on descend, on descend sur le côté pour que le pied soit plat dans le sens de la descente. Donc, quand tu prends des pieds, ce n'est pas les lames, les lames,
c'est... Non, alors, les lames, c'est réellement pour courir. Là, sur la Corse, par exemple, on l'a fait avec des pieds, des pieds de marche, avec des chaussures, des chaussures de rando. D'accord, ok. Donc, alors, le 3000, on l'a fait avec des lames, par exemple. Oui, parce que je suis sur le site du Hopper et je vois, du coup, il y a la photo là où vous êtes... Voilà, donc, le site du 3000, le 3000, on l'a fait avec des lames, parce que les Alpes, ce n'est pas aussi le même... Ce n'est pas le même profil que ça peut être dans les Pyrénées où c'est moins... C'est moins technique, entre guillemets. Sur des passages techniques, le fait d'avoir les pieds permet une certaine stabilité.
Ok. Donc, pour le coup, voilà. Donc, l'idée, c'est ça, c'est de descendre sur le côté. Tu vois, il y a ça, il y a le fait de désescalader, sinon, de descendre dans la mer, tout bêtement, manière de pouvoir se tenir avec les mains aussi. Et puis, les bâtons,
amènent un appui qui est quand même assez... assez hallucinant. Moi, tu vois, quand j'ai le bâton, par exemple, en plus, j'ai qu'un bras, donc j'ai le problème des déséquilibres. Mais le bâton, moi, le bâton, il me sert à rattraper mon équilibre sans arrêt en descendre. En fait, on a fait la première étape, il y a Guillaume, sur les Gervains, il y a Guillaume Peretti qui est venu avec nous. Guillaume Peretti, c'est un trailer, je ne sais pas si tu vois qui c'est, qui avait le record du temps en Gervains. à un moment donné, et donc, qui est un ultra trailer, et qui me suivait derrière, et il me dit, mais en fait, quand on te regarde marcher, c'est un perpétuel miracle. Parce qu'il me dit, je lui dis, on voit le bâton qui part à droite, à gauche, parce qu'en fait, c'est des habitudes, c'est-à-dire que tu reprends un peu d'équilibre
par des petits appuis. Et bon, mais ça, c'est très propre à moi parce que j'ai comme bras.
Plus de jamais moins, donc tout ça, ça complexifie un peu le tout, mais tous ceux qui ont les deux bras, en fait, ils servent des bâtons pour soulager la jambe amputée sur les appuis. Et en fait, sur les descentes, il ne faut pas vouloir aller vite, il faut poser ses appuis proprement. Mais bon, ça, tu glisses une fois ou deux et puis tu le comprends tout seul. Mais je pense que c'est la même chose pour des valides. C'est que, dans tous les cas, si tu veux faire un peu trop vite et sans trop réfléchir, ça te rappelle à l'ordre et puis la fois d'après, tu fais attention. Donc voilà, en gros, la descente est, dans tous les cas, plus compliquée, aussi plus compliquée parce que, si tu veux, quand tu montes, alors ça, c'est très mécanique,
en fait. C'est-à-dire que, quand tu montes, ça appuie sur l'arrière du moignon, automatiquement. Et l'arrière du moignon, vous, vous avez votre mollet, nous, on a ce qu'on appelle, il y a des restes de mollets, en fait. c'est ce qu'on appelle les chers molles. Donc, il n'y a pas de problème. Par contre, quand on descend, ça appuie sur le devant du moignon et le devant du moignon, c'est comme vous, en fait, il y a le tibia et il y a juste la peau dessus. Vous, devant, si tu touches ton jambe, en fait, tu vois que tu n'as que le tibia. Sauf que nous, du coup, l'appui en descente, il se fait sur ce devant-là. Et encore une fois, un moignon, à la base, ce n'est pas fait pour marcher, c'est fait pour, enfin, un tibia,
c'est fait pour soutenir une cheville. Et sous la cheville, il y a un talon. Donc, c'est normalement le talon qui fait, nous, on est là-dessus. Donc, la descente est plus compliquée pour ça, avec des risques de blessures sur le bout parce que là, c'est dur. Donc, tout bêtement, c'est très mécanique, en fait. Mais encore une fois, ça se fait. Et justement, sur la partie prévention des blessures, qu'est-ce que vous pouvez faire sur un défi comme le GR20 où il y a du choc ? Oui, c'est un peu la même chose que vous. Déjà, c'est avoir de l'entraînement un peu avant, de la musculation. C'est toujours pareil. La musculature fait que tu vas mieux tenir que si tu n'es pas musclé. Donc, si tu as des quadris qui tiennent la route, ton genou, il va tenir et du coup, ta prothèse,
elle va mieux tenir. Donc, tu vas moins glisser et ainsi de suite. Et après, de la même façon que vous, vous préparez vos pieds. Il y a des pommades anti-frottement, des traitements à mettre avant. Et puis après, c'est de la bobologie, c'est-à-dire que il faut, c'est des petites irritations. Donc, il faut les traiter tous les soirs. Il faut être hyper attentif. Il faut être hyper à l'écoute de notre corps. Le moins petit bobo, en fait, pour prendre des proportions qui sont... Comme si vous, vous faites une blessure sous le talon, exactement. Sauf que sous le talon, il est dur et il est fait pour ça, en fait. Oui. Donc, c'est en gros, c'est écouté. sur le Gervais, on est parti. Donc,
on était 27 en tout. On est parti avec 8 amputés. 10 valides qui étaient... qui servaient de binôme, entre guillemets. C'est-à-dire que pour Béatrice, par exemple, il y avait 2 personnes. Béatrice, elle est quadruple amputée.
Pour Claire, qui est des articulés de hanche, c'est pareil. Il y avait 2 personnes. En gros, on était 10 valides, 8 amputés. Et donc, ça laisse... ça laisse 9 personnes. Donc, il y avait le staff, le staff Osmov, les personnes... les personnes de l'assaut, plus un kiné, une infirmière et un prothésiste. Parce que, parce que, voilà, l'idée, c'est de mettre toutes les choses de l'autre côté. Enfin, maintenant, on le sait, mais sur le coup, quand même, on ne savait pas trop où on allait. On savait que ça allait être compliqué. Moi, je n'avais pas appréhendé la difficulté de plein de passage. Je n'avais pas appréhendé, entre autres, la difficulté des personnes amputées de porter leur sac. Parce que du coup, on était quand même en quasi-autonomie
sur 4 jours. en dehors des tentes.
Donc, les tentes et les repas du soir étaient fournis par les refuges. Mais sinon, tout le reste, on a tout porté pendant 4 jours. Donc, vous aviez quoi ? Quasiment 10 kilos chacun ? Ouais, on avait 10 à 12 kilos. Plus des petits bouts de pièces pour les prothèses.
Ce qu'il te faut déjà pour 4 jours.
Et puis, ce qu'il te faut, pour nous, c'est d'éculper parce qu'il faut prévoir plein de petits bouts pour les prothèses, justement. c'est-à-dire qu'il ne faut pas que tu te mettes en échec sur une merde mécanique. Alors, le protégiste, déjà, il en a porté un sacré paquet. Mais, en fait, les gens, ils m'aiment bien avant de venir avec moi. Le protégiste qui est venu, c'est mon protégiste.
Kiné, c'est mon kiné. Donc, en fait, je suis parti qu'avec des potes. Donc, c'était juste une tuerie.
Mais ouais, voilà, avant, il m'aimait bien, en fait. mais voilà, parce que du coup, alors, tout ça pour dire qu'au final,
désamputé, je suis le seul à avoir porté le sac tout le temps.
Les autres, à un moment donné, n'avaient pas, mais c'est ce qui était, on aurait dû, clairement, sur cette partie-là, on aurait dû l'anticiper. donc, ça veut dire que les personnes du staff Rosemov, entre autres, se sont tapées entre deux et trois sacs tout à la rando.
Donc, là, pour le coup, eux, c'est des valides, mais c'est pareil, sur le coup, ils m'aimait moins.
Non, mais voilà, il y a eu des sherpas qui étaient compliqués. Donc, si on refait ce genre de choses, je pense que, juste cette partie-là, tout a été, sincèrement,
on a été bon partout, mais cette partie-là, on prendra, ça dépend, si on bat en Corse, on prendra des ânes, si on bat ailleurs, on prendra des lamas, je ne sais rien, mais voilà, de rajouter cette notion de poids de sac, en plus de la difficulté quand même du terrain, et puis même de la difficulté mentale, à un moment donné, pour les gens, encore une fois, qui n'ont jamais fait ce genre de choses, ou qui viennent de se faire amputer, de se dire déjà, je vais y arriver, ça ne sert à rien de rajouter sans plus. Oui, oui, oui, mais voilà, c'était, on a fait quelque chose de, clairement, de costaud, et qui de fait a été,
j'allais dire efficace, ce n'est pas le bon mot, parce que c'était, oui, qui a eu un impact, qui a eu un impact, qui a eu un impact énorme. C'était quelle section d'ailleurs du GR20, par curiosité ? C'est la section sud, les quatre dernières étapes, on est parti de Zicavo, on est arrivé à Conca, parce que la partie noire, il y a quand même, c'est quand même une autre complexité, une autre technique, quand même. Alors, je ne dis pas que, moi, à titre perso, que ça ne me titille pas, mais dans ce cadre-là, il n'y avait pas d'intérêt, parce que c'est, voilà, le but, ce n'est pas de mettre les gens en échec, le but, c'est de prendre des gens, de leur montrer qu'ils sont capables de faire des choses. Donc, c'est de jauger, justement,
la bonne difficulté. Il faut que ce soit dur, sinon, il n'y a pas d'intérêt. Sinon, autant aller faire une balade en famille et puis s'arrêter au resto. Mais il faut que ce soit faisable.
Sachant que je parle du principe que, mine de rien, tout est faisable quand tu es en groupe.
À partir de là, c'est plus ou moins facilement, mais voilà, il y a des... Il y a des actes collectives qui te tirent. Ouais, l'effet du groupe, l'émulation et puis, tu vois que dans ce groupe-là, il y a une bienveillance qui est quand même hallucinante. Après, tous les gens qui viennent là, c'est des gens qui ont envie. Donc, il y a une bienveillance qui est hors norme.
Souvent, il y a plein de gens qui... Les discours d'aujourd'hui qui expliquent que la société est très individualiste, que quand tu veux noircir le tableau, par ce genre de choses, on prouve totalement le contraire. C'est-à-dire, des gens, ils sont là pour aider l'autre et ils sont là que pour ça. pour le coup, en plus, on fait des choses fun, donc c'est chouette. Mais tu t'aperçois que les gens, ils sont juste là pour aider. Et c'est trop bien. Cette bienveillance, elle met les poils, sincèrement.
Tu découvres des gens et je pense que les gens se découvrent à certains moments aussi.
Mais... Si tu es un bénévole et que tu vois des gens 8 amputés se faire 50 bornes sur le GR20, je pense que tu découvres un peu certaines choses sur les capacités de... Ouais, sur les capacités, voilà. Et puis, les retours qu'on avait, même sur les réseaux, parce que les gens qui nous croisaient, du coup, tu t'aperçois qu'après, ils nous suivaient ou ceux qui ont fait les mêmes chemins que nous, en fait. Donc, ils nous voyaient arriver tous les soirs. Alors, on arrivait 5 heures après eux parce que... Sur les parties très techniques en descente, justement, on va quand même moins vite. Autant sur les parties montées, je pense que... la vitesse de rando est la même. sur une rando de base, on va à la même vitesse, là,
sur une rando très technique. Et puis, tu es à 27 aussi. Le temps de latence, il n'est pas à négliger. Tu vas toujours moins vite quand tu es un gros groupe que... Parce que 27, ça fait réellement un troupeau.
Ça fait un vrai troupeau. Donc, c'est très chouette, mais du coup, les gens ne t'entendent arriver de rien, du coup. Et puis, au bout de 4 jours, les gens, ils nous connaissaient. Donc, le soir, ils savaient avec quelle heure en arrivée. Sur le troisième jour, là où c'était long, il y a plein de gens qui sont venus du refuge pour nous aider à porter les sacs à la fin. Mais voilà, tu vois, c'est plutôt bien. Ça redonne foi en l'humanité. Ouais, mais clairement, sincèrement, mets un peu de difficultés et tu t'aperçois que les gens, ils sont là quand même. Ouais. Donc, la solution, c'est de faire en sorte que les bénévoles sur tous les prochains défis portent 20, 25 kilos chacun. Ouais,
c'est l'idée. Alors déjà, on va leur expliquer avant de partir qu'il va falloir marcher, aider les gens, mais il y a des chances qu'il va falloir porter en plus. Et puis, on va trouver deux, trois autres défis. Voilà, on a plein d'idées. Tu vois, il y a plein de gens qui ont besoin d'aide et des valides, qui ont besoin de se redonner confiance en eux pour X raisons. Tu vois, des gens qui ont eu ce que j'appelle moi des handicapés sociaux, c'est-à-dire qui ont eu un problème à un moment donné, quel qu'il soit. Et tu vois, ça peut être sympa aussi de prendre des gens comme ça, de les prendre en tant que binôme valide parce que, de la même façon, ça peut aider plein de gens et ça peut faire grandir
plein de gens. Mais voilà, il faut voir petit à petit. Du coup, c'est quoi les… Est-ce qu'il y a déjà des défis à venir qui sont plus ou moins organisés ? Alors, sur l'année 2025,
on va faire des petits… On va faire des week-ends, on va pas faire de gros événements comme ça. pas de prévus pour plein de raisons parce que… Parce qu'aussi, il faut trouver des financements et que c'est chronophage de trouver des financements.
Et puis, parce que voilà… Pardon, je te coupe. Alors, le budget Corse, c'est aux alentours de 25 000 euros. Pour les 8 amputés ou en… Non, pour tout le monde. Pour tout le monde, d'accord. C'est-à-dire, on part du principe aussi que personne ne paye rien. C'est-à-dire que, en gros, de chez toi à chez toi, tu pars une semaine et tu n'as rien déborsé. D'accord. À part les biens que tu as voulu boire le soir au refuge. Oui, oui. Mais voilà, donc tout ça, c'est un budget. Ce ne sont pas des budgets qui ne sont non plus… Oui, ça reste à qui. Qui ne sont non plus hallucinants, mais il faut les trouver. Oui, oui. Donc, voilà. Donc là, on va faire ça. Et puis aussi, parce que de faire des week-ends un peu plus resserrés,
c'est-à-dire faire des… On aura la possibilité de prendre des gens qui sont moins… moins sportifs ou moins physiques. Tu vois, de prendre des amputés qui ont un peu plus de… un peu plus de mal pour… parce qu'ils sont plus âgés, parce que… parce que l'amputation n'a pas été faite de la même façon ou pour les mêmes raisons. Donc, c'est plus compliqué pour eux de marcher. Donc, l'idée, c'est de faire des choses un peu plus courtes sur l'année 2024. OK. Et 2025, par contre, gros, gros… gros événements en cours. Ah. En cours de réflexion, mais bon, pour le moment, voilà, je n'ai pas… Il n'y a absolument rien de finalisé ni de décidé, donc… Mais l'idée, ça sera sûrement de refaire… Ouais, de refaire un équivalent
sur une semaine. OK. Voilà. Mais ailleurs. Et puis moi, à titre perso, ça va être plus… ça me plairait de faire de la haute montagne. OK. Donc là, mais ça va être… Là, par contre, c'est… Dans le cadre de l'assaut, mais ça va être juste avec deux ou trois personnes valides. L'idée, c'est de… Voilà. C'est de se mettre un ou deux défis mais plus haute montagne. Génial. En plus de… Voilà. Puis en plus de la course à pied qui… Bon, mais ça, c'est mon sport aujourd'hui. Donc, essayer d'allonger… Moi, à titre perso, essayer d'allonger un peu les distances. C'est-à-dire remonter sur du semi-marathon.
Wow. Donc… Mais on n'en est pas encore là. Il faut commencer… Il faut se remettre à courir déjà. On n'en est pas encore là mais l'idée, voilà, c'est ça. C'est de… En fait, comme tout… Tout vieux coureur qui se respecte, c'est que tu arrêtes les conneries de faire du sprint et tu te mets sur du long. Ouais. Plus de l'âge arrive,
plus… Ben, plus le cœur va moins vite et donc il faut… Mais par contre, il est capable de tenir plus longtemps. Donc voilà. Moi, le problème du semi-marathon, c'est le temps justement. C'est l'impact. C'est d'être sûr que physiquement, le moignon… Le moignon tient le choc.
J'ai eu une… J'ai eu une réflexion de Serge qui était chez Salomon la fois où j'y étais pour travailler sur les lames qui m'a dit « Moi, je suis prêt à t'aider à faire n'importe quel défi aussi débile soit-il. la seule chose qu'il faut, c'est que ça n'ampute pas ton avenir. » Et j'avais trouvé ça très juste en fait. C'est-à-dire que tu peux faire plein de choses et par contre, il faut que le lundi, tu puisses aller au boulot. Ouais, ouais. Et alors, quand je dis le lundi, aller au boulot, c'est la première étape mais le but, c'est de ne pas se faire plus mal que ce qu'on est déjà.
Parce que c'est déjà plus compliqué de marcher avec deux jambes à moins. Donc si en plus, tu abîmes la jambe qui… Alors souvent, je dis aux amputés « Faites attention à votre jambe valide. » Parce que moi, j'ai l'avantage d'être amputé double. Donc c'est symétrique. Donc je n'ai pas de jambe préférée en fait. De jambes qui prennent le relais sur l'autre. Par contre, les amputés simples, souvent tu t'aperçois qu'ils se servent très peu de leurs jambes amputées. Mais au final, ils fatiguent leurs jambes valides. Alors que, voilà, il faut se servir aussi de la jambe amputée. Donc c'est… Quand je dis amputer l'avenir, c'est ça en fait. Il faut juste faire attention au fait que ce n'est pas parce que tu es amputé à 20 ans que ta vie va s'arrêter
à 40. Ouais, ouais. Donc voilà. Après, c'est des longs débats mais on peut en parler pendant des heures. C'est un problème. Mais tu vois, voilà. C'est le genre de choses. Mais ça, c'est pareil. C'est mon expérience qui fait que… Enfin, l'expérience en tant qu'amputé. Voilà. Depuis 40 ans, moi, je vois les choses que je paye maintenant parce que j'ai fait n'importe quoi à un moment donné ou je ne l'ai pas fait de la bonne façon. Et aujourd'hui, je les paye. D'où l'intérêt d'avoir des assos du coup comme Oz. Ouais, voilà, tout à fait. C'est exactement ça l'idée, c'est d'accompagner et puis d'être capable de dire à un moment donné ben voilà, c'est cool de vouloir faire ça mais il faut juste
le réfléchir avant. Disons que tu peux encore au moins partir sur des gros défis, encore au moins partir à l'aventure sans préparation qu'un valide. Il faut juste savoir en bas et avoir le bon matériel, avoir le bon… le bon entraînement avant parce que moi aussi, c'est pareil, automatiquement, il y a des entraînements qui ne vont pas se faire de la même façon ou des muscles qu'il faut travailler plus que d'autres parce qu'on est amputé et parce qu'on en a besoin. Et d'où le fait aussi hyper intéressant. Moi, j'ai eu la chance d'avoir un kiné qui est la première fois qu'il m'a vu qui m'a dit je ne sais pas mais on va réfléchir.
Et puis, c'est plutôt bien. Quand j'ai voulu faire une saison de sprint, on a mis kiné, entraîneur et moi au milieu de la piste et en disant maintenant, on fait quoi ? Parce que moi, je n'avais jamais couru. L'entraîneur n'avait jamais entraîné un type qui avait déjà ma moyenne. Donc voilà, comment on peut faire pour que ça fonctionne et que ça ne soit pas contre-productif pour la suite ? Voilà. Punaise ! Dose d'inspiration maximale. Je ne sais pas si c'est l'inspiration mais l'idée, voilà. Si on peut montrer à des gens qu'il y a des choses faisables, moi, ça me suffit. C'est de leur donner la possibilité, de leur montrer que la possibilité est là. Après, à chacun d'en faire ce qu'il en veut avec les moyens qu'il a, avec la volonté qu'il a, il y a plein de choses
qui peuvent rentrer en jeu. Mais juste, c'est faisable. Maintenant, tu le sais. À toi d'en faire ce que tu veux ou ce que tu peux.
Oui, clairement, je pense que là aussi, tu vois chacun son parcours. C'est ça que j'aime bien avec les frappés, c'est que j'ai des invités qui viennent vraiment d'univers très variés. Donc, chacun ses convictions, chacun a emprunté un chemin différent. Mais tu vois, quand j'entends, finalement, tout ce que tu viens de nous partager pendant une heure et demie, moi, ce que je vais retenir, c'est une fois de plus sur ce podcast que tout est possible.
Et c'est ça qui est intéressant, c'est de découvrir des parcours de vie comme le tien qui montrent par l'exemple qu'on peut. Voilà, chacun son combat, chacun ses challenges. Exactement. Mais on peut. On peut avec les moyens qu'on a à un moment donné. C'est-à-dire que si tu... Le meilleur moyen pour être malheureux, c'est de vouloir faire quelque chose où tu sais que ça ne marchera pas. Ouais.
Voilà, je n'ai pas de... Tu vois, c'est la même façon. Tu vas... Quand tu es comme moi, tu ne vas pas aller postuler pour être un mécano sur tracteur agricole. J'ai comme bras, tu sais très bien que le mec, il ne va pas te prendre. Donc, il n'y va pas. Tu vois, postule un truc où tu sais que c'est faisable et que ton handicap n'est pas un problème. Ouais. Et c'est de la même façon. Il y a des choses qui sont faisables. Le meilleur moyen pour être malheureux, c'est de vouloir se dire je vais faire comme avant. Ça, déjà. Je vais faire les mêmes choses qu'avant. Alors, tu pourras peut-être faire les mêmes choses, mais tu vas les faire de façon différente et avec du matériel différent.
Donc, tu vas faire des choses, mais tu vas les faire différemment. Si tu pars du principe que je faisais ça avant et je vais le refaire, oui, mais tu ne le feras pas de la même façon. C'est tout. Et quand tu as compris ça, après, déjà, c'est plus simple d'être heureux et d'y arriver.
Pour moi, le meilleur moyen d'être malheureux, c'est de vouloir faire des choses où on sait très bien que ça ne fonctionnera pas. Mais encore, il faut savoir que ça ne fonctionnera pas parce que moi, je fais le malin maintenant parce que j'ai 40 ans d'expérience derrière et que j'ai essuyé des plâtres aussi. C'est toujours pareil. C'est facile de taper des réseaux tels que les miennes là maintenant en ayant déjà fait les conneries. En ayant déjà testé l'escalade avec un seul bras. Oui, voilà. Ça, clairement, c'était rigolo mais ce n'était pas une bonne idée. Enfin, si, c'était une bonne idée mais typiquement, l'escalade, je l'ai fait plusieurs fois pour tester parce que d'une fois,
je n'ai pas arrêté. Mais au final, j'ai compris que j'allais me faire mal à la main. Parce que même s'il y arrive, j'étais tellement crispé. La première fois, je n'ai pas pu repartir en voiture. Tellement ma main elle était crispée donc je ne m'étais pas aperçu en mon temps. Quand je suis redescendu, j'ai pris le volant et je n'arrivais pas à serrer le volant. Ah ouais. Donc, voilà. Tu sais, là par contre, quand on parle d'amputer l'avenir, j'aurais pu trouver des solutions pour le faire. Je suis intimement persuadé que techniquement, on aurait pu trouver des solutions. Alors, pas aller faire des voies de l'espace mais pour faire plaisir. Mais au final,
voilà, plutôt que de le regretter dans 10 ans parce que je me serais détruit la main qui me reste, autant arrêter là. je me suis fait plaisir, j'ai testé, c'était cool.
Voilà, tu vois, c'est ça que je veux dire quand je parle d'amputer l'avenir. C'est qu'à un moment donné, il faut faire attention parce que notre vie, elle sera aussi longue que celle de tout un chacun et sauf que voilà, tu vois, mon épaule, par exemple, l'épaule valide, elle est usée. Et j'ai... Elle n'a même pas 50 ans et elle me fait mal, elle est usée parce que je l'ai sursollicité. Et ça ne m'empêche pas d'aller faire du VTT quand même pour le moment, mais par contre, ça, je sais que c'est débile aussi. Mais il n'empêche que c'est rigolo.
Mais oui, voilà, tu vois, il y a des choses où il faut le faire un peu différemment parce que, parce que ouais, on est déjà cassé donc il ne faut pas en casser encore plus. Tu vois, je me suis pété les croisés en ski aussi, ben ouais, je fais plaisir, je fais du ski. Mais du coup, les croisés, ils ne sont plus là.
Comme un valide, sauf que moi, ce n'est pas opérable pour le coup. Enfin voilà, il y a plein de choses où c'est toujours pareil. C'est la limite entre je réfléchis et je réfléchis trop ou pas assez.
Moi, je pars du principe qu'il vaut mieux ne pas trop réfléchir. Mais après, des fois, tu pleures.
Mais c'est tous les sportifs. Tu sais, c'est tous les sportifs. Tu as été sportif de haut niveau, c'est la même problématique et tu sais qu'à un moment donné, tu vas te faire mal. Mais tu y vas quand même. Le revers de la médaille. Le revers de la médaille, voilà. C'est ça. Mais bon, le revers de la médaille, souvent, il est quand même moindre par rapport au plaisir que tu prends au moment donné. C'est ça. Voilà. Si les gens veulent potentiellement devenir bénévoles ou à minima suivre un peu ce que vous faites, c'est quoi le mieux ? Alors, le mieux, c'est Insta aujourd'hui. Insta, OK. Ouais, Insta sur l'assaut. Je t'en verrai après.
Je l'ai installé. Au moment où les gens nous écoutent, il sera déjà dans la description de l'épisode. Ouais, voilà. Ils auront juste à cliquer. Il y a celui de l'assaut et après, il y a le mien. Moi, c'est Saint-Jambiste sur les réseaux.
Saint-Jambiste comme unijambiste, mais Saint-Jambiste. OK.
Donc, voilà, ça, c'est à titre perso et puis l'assaut, ben voilà, l'assaut, on l'a fait évoluer. On a Damien, justement, qui s'occupe de la com, entre autres, qui a fait un boulot de dingue parce que là aussi, justement, le but, c'est de faire voir un peu ce qu'on fait pour que ça puisse aider les gens. Ça fait partie aussi de ce qu'on doit, enfin, ce qu'on se doit de faire, en fait. C'est de faire des choses, c'est cool, de les montrer, c'est encore mieux parce que, déjà, parce que ça nous fait connaître et puis parce que ça permet aux gens qui ne viennent pas avec nous ou qui ne peuvent pas venir avec nous de voir et qui sont dans le même cas avec une jambe à moine ou un bras à moine ou autre que tout ça,
c'est faisable. Merci Damien, d'ailleurs, puisque tu parles de lui. C'est lui qui m'a contacté. Ah, ben, ben, merci Damien. Mais quand il m'a appelé, j'ai foncé. Et donc voilà, après, sur les réseaux, c'est ça, c'est principalement Estat et puis le site Osmoo.org qui va être remis au goût du jour, là, donc je ne sais pas quand est-ce que il va sortir le podcast, mais j'espère qu'il sera prêt d'ici là.
Génial. Eh ben, écoute, tous les liens seront en description. Jérôme, un immense merci, c'était passionnant d'en apprendre plus sur ton histoire perso, sur l'assaut évidemment, sur des sujets aussi pratico-pratiques que comment faire le GR20 quand on est amputé. Voilà. Et puis sur cette mission que vous vous êtes donnée avec Osmoo qui est juste méga inspirante. Merci pour tout ce que tu as bien voulu partager avec nous. Eh ben, merci de nous permettre d'avoir justement ces endroits où on peut présenter ce qu'on fait, présenter nos envies, ce qui nous anime surtout. Et puis voilà, vous aurez l'occasion de voir qu'on ne va pas s'arrêter là, c'est sûr.
Génial. Merci beaucoup Jérôme. Merci à toi.
Merci d'avoir écouté cet échange avec Jérôme jusqu'au bout. Pensez à partager l'épisode autour de vous, c'est un excellent moyen de le remercier pour le temps qu'il a bien voulu nous consacrer. Si vous appréciez les frappés et que vous voulez soutenir le podcast, il y a plein de manières de le faire. Vous pouvez vous abonner et laisser une note ainsi qu'un commentaire sur la plateforme que vous utilisez en ce moment même pour m'écouter. Vous pouvez également rejoindre le groupe des tipeurs, des auditrices et auditeurs qui soutiennent financièrement le podcast à partir de 1 euro par mois. Le lien est en description. Vous pouvez enfin parler du podcast autour de vous à fond pour qu'encore plus de gens
osent se lancer. Merci pour votre soutien. Je vous dis à la semaine prochaine pour un nouvel épisode qui va nous emmener sur la glace puisqu'on va échanger avec une athlète olympique en patinage artistique. Sous-titrage ST' 501 et la suite. Sous-titrage ST' 501 et la suite. Sous-titrage ST' 501 et la suite. Sous-titrage ST' 501 et la suite. Sous-titrage ST' 501 et la suite. Sous-titrage ST' 501 Sous-titrage ST' 501
Transcription automatique relue · susceptible de contenir des imprécisions.