Les Frappés Les Frappés
Saison 4 EP·177 Parcours de vie #GR20 #handicap #haut niveau

06 août 2024

D'un chaos faire naître une étoile dansante, avec Mathieu Thomas

Durée · 1h09 · Transcription disponible

Mathieu

Le récit

La vie est ce qu’on décide d’en faire.

Sur ce podcast je reçois des femmes et des hommes qui ont pris les leurs en main, de se lancer à fond pour explorer les chemins qui les attiraient, en acceptant les imprévus et les difficultés comme étant inévitables.

Mathieu Thomas incarne cet idée. Son parcours est semé d’embuches, certaines ont laissé des plaies ouvertes au moment même où nous enregistrons, et pourtant il continue d’avancer, d’apprendre, de partager, en bref, de vivre pleinement !

Dans cet épisode, on parle d’une tumeur cancéreuse, de handicap invisible, de sport de haut niveau et de Woodstock.

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Transcription

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Mathieu Il faut porter en soi un chaos pour mettre au monde une étoile qui danse. C'est une citation que mon préparateur mental m'a envoyée et qui est tellement fort et que j'essaie d'incarner le plus fort en ce moment. C'est que je suis dans un chaos total. Mais quand je te dis total, dans le sens où j'ai appris le 7 le matin que je n'étais pas sélectionné à Paris et le soir même, je me sépare de ma conjonnte. On

Loïc apprend tellement sur soi. Vous écoutez Les Frappés, le podcast de celles et ceux qui se dépassent. Je suis votre hôte Loïc, ancien sportif de haut niveau en judo, coach préparateur mental et amoureux d'activités outdoor en tout genre. Ma conviction, c'est qu'on a tous un frappé au potentiel exceptionnel qui sommeille en nous. J'ai créé ce podcast pour vous faire découvrir des femmes et des hommes qui ont osé le réveiller. Mes invités sont des athlètes de tous niveaux, des aventuriers professionnels, des voyageuses au long cours, des entrepreneuses ou encore des militaires, des forces spéciales. Toutes et tous partagent à mon micro des récits inspirants qui vont vous faire passer à l'action. Attention, une écoute régulière peut entraîner des changements positifs irrévocables dans vos vies. Notre vie, justement, est ce qu'on décide d'en faire. Sur ce podcast, je reçois des femmes et des hommes qui ont pris les leurs en main, qui se sont lancées à fond pour explorer les chemins qui les attiraient en acceptant les imprévus et les difficultés comme étant inévitables. Mathieu Thomas, mon invité de la semaine, incarne cette idée. Son parcours est semé d'embûches. Certaines ont laissé des plaies ouvertes au moment même où nous enregistrons et pourtant, il continue d'avancer, d'apprendre, de partager, en bref, de vivre pleinement. Dans cet épisode, on parle d'une tumeur cancéreuse, de handicap invisible, de sélection aux Jeux paralympiques et de Woodstock. Excellente écoute à vous. Et juste avant ça, un immense merci à toutes celles et ceux qui soutiennent financièrement le podcast sur Tipeee. Si vous souhaitez les rejoindre, c'est à partir de 1 euro par mois et ça se passe sur tipeee.com. Merci beaucoup. Et bien écoute, bienvenue Mathieu sur le podcast. Je suis super content de te recevoir au micro défrappé pour que tu puisses nous parler de ton parcours, de ce que tu fais aujourd'hui, de comment tu en es arrivé là et pour avoir un peu creusé le sujet. Si on dit que tu es un sujet, je pense que ça s'annonce extrêmement intéressant. Donc merci encore de prendre le temps de venir ici. Merci à toi Loïc. Ce que je te propose Mathieu pour commencer, c'est peut-être dans les grandes lignes de nous expliquer ton parcours et notamment les quelques moments marquants, les pivots qu'il y a eu dans ta vie dans les grandes lignes et puis après on va rentrer dans le détail.

Mathieu Ok, ça marche. Les pivots, il y en a beaucoup, mais je vais le faire quand même. Le premier pivot à l'âge de 17 ans, en fait, on me diagnostique une tumeur cancéreuse dans le bas-ventre qui va me laisser un handicap à la cuisse droite. Donc ça, c'est déjà le premier pivot. Si tu veux, on en reparlera. Le deuxième pivot, c'est à 30 ans où je décide en fait de m'accepter et de me lancer le défi de faire les Jeux paralympiques. Et donc, ça va être mon moment d'acceptation du handicap. Et ça, c'est mon deuxième gros tournant. Après, j'ai des enfants qui vont arriver, mes humots. J'ai une petite fille et mon petit garçon. Et après, ça va être un gros tournant. Ça va être louper les Jeux de Tokyo d'une place, la qualification que je loupe Tokyo. Et là, semaine dernière, j'ai appris aussi que j'ai loupé les Jeux de Tokyo. Donc, un gros tournant qui est tout frais. Et voilà. Et après, j'ai fait pas mal de choses entre. Mais si tu veux, on en discutera et on approfondira tout ça.

Loïc Yes, yes, yes. Très bien. Eh bien, écoute, je pense qu'on peut y aller dans l'ordre chronologique. Donc, tu le disais, premier gros tournant dans ta vie, tu as 17 ans. On pose un diagnostic qui révèle qu'il faut t'opérer parce que tu as une tumeur cancéreuse. À ce stade, à quel point est-ce que c'est avancé quand tu as ce diagnostic ? Et surtout,

Mathieu comment on te découvre ça ? En fait, on me diagnostique ça parce que j'avais une jambe plus fine que l'autre. Et c'est plutôt mes amis pendant les vacances qui me font remarquer ça en short. Et moi, je vais directement chez mon médecin à la rentrée. Donc là, on est en septembre. Je vais chez mon médecin. Mais plus, j'ai besoin de faire mon renouvellement de… J'oublie le terme. Pardon. T'as un certificat médical pour le sport ? Un certificat médical pour le sport. Tout à fait. Excellent. Et là, comme tout médecin consciencieux me fait les petits tests. Et là, j'ai plus de test rotulien. En faisant le test rotulien, je n'ai pas ce réflexe rotulien à la jambe droite alors que j'ai la gauche. Donc, on sait que le nerf est touché, mais on ne sait pas à quel niveau. Je fais plein d'examens, électromyogramme, et on ne voit rien du tout. Et bien sûr, après, je fais une IRM. Et IRM, on découvre que j'ai une grosse tumeur dans le bas-ventre qui comprime le nerf crural, qui comprime ce nerf, qui fait que du coup, je n'ai pas ce petit réflexe rotulien. Donc, c'est un test basique avec le petit coup du marteau qu'on faisait aux enfants. Et on découvre tout ça. À l'âge du coup de 17 ans, s'en suit une biopsie de cette tumeur. On s'en suit du coup des séances de chimio pendant un an. Donc là, j'étais en terminale. Et au bout de 5 mois, je crois, c'est ça. Si mes souvenirs sont bons, la tumeur ne réagit plus du tout aux séances de chimio. Donc, elle ne réduit plus. Donc, ils prennent la décision de m'opérer, d'extraire la tumeur. Et après, en fonction de la biopsie, de faire soit des rayons ou de continuer encore des séances de chimio. Et en ouvrant, ils s'aperçoivent que la tumeur ne fait pas que comprimer le nerf. Il est complètement entouré. C'est-à-dire que la tumeur s'est construite tout autour du nerf. Donc, ils n'ont vraiment pas d'autre choix que de me couper le nerf. Ce qui fait qu'au réveil, moi, je ne peux pas parler. Je suis encore intubé. Et c'est ma mère qui m'annonce que malheureusement, on m'a coupé le nerf. Et moi, je n'étais pas préparé à ça. Je pensais vraiment sortir de là en mode, ça va bien se passer. On va enlever la tumeur. Mais le handicap, je n'étais pas du tout préparé à ça. Et ça va m'emmener dans une phase de colère au début, de déni total. Mais surtout de colère en me disant, mais qu'est-ce qui m'est arrivé ? Pourquoi tu as fringué ma vie au médecin ? Lui, il me dit, ben non, je te l'ai sauvé. Je ne peux plus faire de sport. Je ne peux plus courir. Et lui, il me dit, en plus, je ne pourrais plus courir comme avant. Je ne pourrais pas marcher. Non, je ne pourrais même plus courir. Je ne pourrais pas marcher comme avant. Voilà, que des phrases chocs chez moi qui vont m'emmener en fait aussi à tout faire pour remarcher, réapprendre à courir et surtout à le cacher. Parce que j'étais tellement en colère de ce qui m'arrivait que je n'avais pas du tout envie que les gens s'apitoient sur mon sort. Je n'avais pas du tout envie que le handicap me définisse. Donc, j'ai tout rejeté en bloc et ça jusqu'à l'âge de 30 ans.

Loïc Concrètement, quand tu parles de handicap, le fait qu'ils aient retiré, c'est tout ou partie du nerf crural ?

Mathieu Ils ont coupé le nerf crural au niveau de la tumeur, donc sur 20 cm.

Loïc Ok. Et ça, l'impact du coup, pour toi, c'est quoi ?

Mathieu Lui, c'est aujourd'hui que l'atrophie que j'avais sur le quadriceps, donc le muscle qui est sur l'avant de la cuisse. Celui-là, avant, j'avais qu'une atrophie, mais le message passe un petit peu. Après avoir coupé le nerf, c'est comme un paralysé en fait, sauf que moi, c'est ciblé. J'ai plus de motricité et j'ai plus de sensation, j'ai plus de sensibilité. Je pilote plus ce muscle-là, c'est impossible. Et donc, du coup, aujourd'hui, c'est ça, perte de sensibilité, motricité. Ce qui va m'empêcher en fait de m'appuyer sur ma jambe droite sans que je verrouille le genou. C'est comme ça que j'ai réappris à marcher. J'ai réappris à marcher en verrouillant le genou par ce mécanisme-là où je peux m'appuyer sur la jambe sans ce quadriceps.

Loïc D'accord. En gros, tu es encore en contrôle de tous les muscles sous le genou. Et c'est via eux que tu arrives à faire des mouvements sans avoir la maîtrise de ce qu'il y a entre le bassin et le genou, c'est ça ?

Mathieu C'est exactement ça. En fait, j'ai toute la chaîne postérieure, fessiers, ischios et le mollet. Par contre, le muscle de devant, le quadriceps, qu'on utilise quand même beaucoup. Et si, ma tumeur était aussi collée au psoas, donc du coup, ils ont dû couper le psoas droit, donc c'est le fléchisseur de la hanche. Donc voilà, j'ai aussi une perte de mobilité à ce niveau-là. Mais après, le corps est tellement bien fait qu'on trouve des compensations. Et c'était tout ce que j'ai demandé à mon kiné et en centre de rééducation après l'opération. Je veux remarcher. En fait, un jour après, j'étais encore branché après l'opération et j'ai juste demandé à mes parents de me lever, de prendre les béquilles. Je voulais juste savoir la sensation que ça avait si je pouvais marcher. J'ai fait deux pas avec mes béquilles et je leur ai dit, j'ai remarché, j'en suis sûr. Parce que je sentais que j'allais retrouver la motricité, que j'avais juste besoin de retrouver cette sensation de qu'est-ce qui va se passer. Et du coup, non, je n'avais même pas mes béquilles. Je dis des bêtises. C'est eux qui me tenaient par les sous de bras l'un et l'autre et j'ai fait juste deux pas et c'est bon, vous pouvez me reposer dans le lit. Ça y est, je suis rassuré, je vais remarcher.

Loïc Incroyable. Ok, et c'est quoi qui t'a fait dire ça tout de suite ? C'est la sensation de quoi dans la jambe ? C'est le fait de voir que tu avais encore de la force ?

Mathieu Oui, de la force encore dans les autres muscles. Par contre, la chose qui est sûre, c'est monter des marches avec ma jambe droite. Je ne peux pas du tout. Ça demande un contrôle aussi de cette jambe parce qu'il faut que je verrouille mon genou. Verrouiller le genou, ce qu'on dit souvent, c'est mettre le genou en récurvatum. Et ça, ça nous arrive en fait quand on était jeunes, on faisait ce petit jeu où on mettait un petit coup de genou derrière et tout de suite, on tombe parce qu'on déverrouille le genou et le muscle n'est pas sous tension qui nous permet de nous retenir. Moi, ça m'arrive tout le temps. Ça m'arrive moins maintenant quand même parce que merci le sport et que j'ai réussi à privoiser tout ça. Mais je dis ça, mais ça fait déjà presque 23 ans. Mais du coup, ça m'arrive de tomber parce que je ne verrouille pas le genou et là, tout de suite, je tombe parce qu'il n'y a pas le muscle qui peut rattraper si je m'appuie sur cette jambe-là.

Loïc D'accord. Tu expliquais, tu viens de le dire, ça fait 23 ans. Enfin, c'était il y a 23 ans. Il y a eu une longue phase d'acceptation. Tu l'as décrite assez… Simplement, on a l'impression que tu as abandonné vers tes 30 ans, tu l'as assumé, tu as tourné la page. Mais j'imagine que ça a été bien plus complexe que ça. Comment ça s'est passé, toute cette phase où justement tu le cachais ou tu voulais absolument te remettre au sport pour ne pas être défini par le handicap ? Comment tu la résumerais cette période de ta vie ?

Mathieu La première chose que j'ai fait, c'est que j'étais en colère et tout de suite, je suis passé dans le déni. Je ne suis pas quelqu'un qui a envie de rester dans cette colère. Et puis comme tout le monde, je pense qu'on n'a pas envie d'être là-dedans. Donc, je suis passé dans une phase de déni dans le sens où j'arrive à remarcher. En tout cas, je fais tout pour remarcher. Donc, on n'en parle pas. Ce n'est pas ce qui me définit. Je vais me lancer dans nombreux projets. Ça tombe bien aussi parce que c'est études supérieures. Donc, moi, je reprends mes études. Après, je passe mon bac. Mon bac, la chance… Je vois aussi la chance que j'ai d'être en vie. Je vois la chance d'aller à l'école parce que j'étais déscolarisé. Pendant un an. Ce qui m'amène à retrouver du sens aussi dans ma scolarité. Et du coup, quand tu retrouves du sens, bien sûr, tu performes. Donc, j'ai eu des très bonnes notes tout de suite à l'école. J'étais bon élève. Mais voilà, je suis allé chercher vraiment des très, très bonnes notes qui m'ont permis après d'intégrer l'IUT que je voulais. Là aussi, je performe à fond. Je me lance dans les concours de robotique. Voilà. Et je vais aussi accéder à une bonne école d'ingénieurs. Une même très bonne école d'ingénieurs. Je la fais en alternance. Voilà. Je me nourris de plein, plein, plein de projets. J'entreprends aussi. Et là, ça ne va pas me rajeunir. Mais l'iPhone 1 sort. Et moi, je développais. Tu vois, à l'époque, j'étais ingénieur et je développais sur les PDA. Et je développais sur une nouvelle technologie qu'on appelait le Bluetooth. Donc, j'étais sur le Bluetooth 1.0. Je ne sais même plus dans quelle version. Mais voilà, j'étais là-dessus à me dire qu'il y a ce nouveau protocole de communication. Et je m'amusais. Tu vois, déjà là, à l'époque, pour moi, je voyais mon job comme des passions. Je m'amusais à créer des télécommandes pour dialoguer entre ton smartphone. et une voiture. Et là, je dis ça, il y a très longtemps. Ça n'existait pas dans le marché. Donc, je pars là-dedans. J'innove. J'entreprends. Et à 30 ans, par des rencontres, par tout ça, et par aussi une bonne crise de la trentaine, je prends conscience que j'avance vite. Mais je ne sais pas du tout où je vais. Et j'ai besoin de retrouver du sens à ma vie. J'ai besoin de retrouver ce qui me définit. Et ce qui me définit, et que j'ai enfoui, que j'ai mis en mode déni depuis tout le temps, c'est le handicap. Et je me dis, qu'est-ce que je peux faire de cet handicap ? Donc, du coup, je vois le handicap, mais je vois ça, en fait, le handicap comme une singularité, de me dire, voilà, ce qui me définit, ce qui me rend si singulier, c'est cet handicap, c'est ce parcours, c'est cet entrepreneuriat. et qu'est-ce que je pourrais me lancer comme grand défi avec tout ça ? Et là, bingo, je me dis, mais en fait, je vais faire les Jeux paralympiques, c'est ça mon gros défi à 30 ans. Et let's go, quoi. On y va. Et je ne sais pas dans quel sport. je me suis remis à d'autres sports. Donc, je me suis mis à la natation, je me suis mis au vélo, parce que c'est les deux sports que je ne faisais pas et qui me portent aussi et qui sont bons pour ma jambe. Et pour le genou, j'avais énormément de douleurs pendant les dix premières années. J'ai encore des douleurs, mais qui sont beaucoup atténuées maintenant. Mais les dix premières années après d'avoir coupé le nerf, j'avais énormément mal. et des douleurs nocturnes, des douleurs à te réveiller, à te taper la tête contre un mur tellement ça fait mal. Et donc, du coup, le sport va créer ses endorphines et c'est aussi pour ça que je me remets à faire tout ça. Je découvre le badminton à 28 ans. Je tombe littéralement amoureux de ce sport parce que je vois de la vitesse. Je pratiquais le badminton, mais en mode, je fais ça dans le jardin ou j'en ai fait à l'école primaire. Mais comme tout le monde, sport accessible, c'est marrant, c'est fun. Mais là, je vais vraiment dans une salle de bad avec des badistes qui sont là à taper le volant à une vitesse. Et je fais, mais ce n'est pas ça que je connais, moi, du badminton. C'est un truc. En plus, en une heure, tu te dépenses parce que c'est un des sports des plus cardio qu'on peut faire. c'est facile au début. Tu te fais des passes, mais quand tu tombes sur des adversaires qui ne te font pas de passes, tu cours dans tous les sens. Et c'est ça que j'ai apprécié, ces trajectoires, cette forme à la fois physique, à la fois aérobique, à la fois... Tout était mêlé. Et je me suis dit, et en plus, il y a du jeu, il y a de l'adversité, il y a un duel. Je fais, c'est fait pour moi. Je vais faire de la compétition. Je me suis remis à faire de la compétition grâce à ça. Et au moment, donc là, 30 ans, je me dis, je me lance ce défi paralympique. Je dis, bon, allez, on va creuser. Qu'est-ce qui existe comme sport ? Moi qui connais peu, en fait, le sport para, on en a entendu parler un peu au télé grâce à Londres en 2012. Donc là, on est en 2015. Ça a un peu laissé des traces qui m'a aussi amené à avoir ce rêve de faire les Jeux paralympiques. Et donc, je vais regarder un peu dans tous ces sports. Et là, concours de circonstances, les planètes sont alignées, je ne sais pas. Mais, il lance premier championnat de France de parabanington. Au moment où moi, je fais du badminton et je fais quoi ? Le parabanington existe ? Mais c'est top ! Moi qui me suis mis à la compétition, j'adore ce sport, je veux faire un sport para, let's go, je veux tester. Donc, je ne fais pas la première édition des championnats de France, mais j'apprends que ça existe. Je contacte le sélectionneur national en leur disant « Eh, moi j'ai un handicap, c'est tout nouveau, je vois que c'est tout nouveau chez vous. Comment on fait pour se faire classifier tous ces systèmes là-dedans ? Comment ça se passe ? Dans quelle catégorie je serais ? » Et ainsi de suite. Là, il me dit « Bien sur un stage… » En fait, pour se faire classifier, ça se passe à l'international, forcément. Aujourd'hui, on n'est pas structuré en France pour le faire. Et donc, il faut venir à l'international se classifier et il y a un prochain tournoi, c'est en Espagne, donc pas très loin, avec des frais qui sont moins coûteux que si on devait aller au Japon ou ainsi de suite. Et juste avant, on fait un stage avec l'équipe de France, on t'invite, viens, voilà, ça coûte tant, on t'invite sur l'entraînement, mais tu payes juste les frais d'hébergement et je pars sur trois jours de stage. Je reviens de là-bas, je côtoie déjà des gens qui sont en fauteuil, des mecs qui ont un bras en moins. Et là, je vois tout type de handicap, moi qui n'étais pas du tout dans l'acceptation du mien. Je vois que d'autres personnes qui font du badminton comme moi sont plus lourdement touchées ou moins lourdement touchées, mais en fait, je vois cette diversité et je sais qu'en fait, je pense que j'ai ma place. Et d'accueillir ça va m'aider à accepter le handicap et je vais me faire classifier à l'international. Donc du coup, je vais être classifié dans la catégorie SL3. C'est l'handicap sur le membre inférieur. Donc ça, il n'y a pas de nouveauté, je savais que j'étais en bas. Mais la particularité, c'est que je vais jouer sur un demi-terrain. D'accord. Il y a deux catégories sur le membre inférieur. Soit tu joues sur grand terrain, soit tu joues sur un demi-terrain. J'aurais joué sur grand terrain, je n'aurais pas visé les jeux parce que mon handicap est beaucoup trop lourd. Et au final, ils m'ont mis dans la catégorie SL3, donc où je joue sur un demi-terrain. Ce qui, moi, va totalement changer les choses vu que j'ai vraiment des grosses difficultés à bouger sur grand terrain. je compensais par ma taille parce que je fais 1m92, donc j'arrivais à avoir une envergure un peu plus grande. Mais, voilà, face à des adversaires qui sont même valides ou même moins lourdement touchés, c'était compliqué de rivaliser avec eux. Donc super, je suis dans la catégorie. Là, on est en 2015. Première compétition internationale. Ils font la deuxième édition des championnats de France. Et là, moi, j'ai deux ans de bad, pas plus. Je suis champion de France dans ma catégorie. Je suis 8 champions de France en double. Et je fais même une médaille de bronze en mixte avec une personne que je ne connaissais pas. Voilà. Donc, je trouve deux partenaires et je fais trois médailles. Les trois couleurs. Et en simple, dans ma catégorie, je suis numéro 1. Je bats celui qui est en équipe de France. Donc là, moi, je me vois en équipe de France. Je me dis que c'est possible. et 2016, championnat d'Europe. Je suis champion d'Europe en double. Je fais médaille de bronze en simple. Et le mixte, je n'en fais pas. Mais déjà, sur deux tableaux, sur les championnats d'Europe, médaille de bronze et médaille d'or en double 2016. Et ils annoncent aussi que ce sport en 2016 va rentrer aux Jeux Paralympiques à Tokyo pour la première fois. Et encore une fois, les planètes sont alignées. Oui, c'est clair. Je fais des résultats. Ce sport rentre aux Jeux Paralympiques. Moi, c'est mon rêve. Et je me dis, je n'ai pas besoin d'aller dans d'autres sports. C'est dans ce sport en 2016 que je vais me lancer pour aller chercher les médailles qu'il faut, pour aller chercher la qualification pour Tokyo. Et j'écris l'histoire. Je vais aller faire les premiers Jeux à Tokyo. de ma discipline et je finirai ma carrière à Paris. Et voilà, je vais faire ces deux Olympiades et voilà. Et ben, loupé total. Je loupe ceux de Tokyo et je loupe là même. Là, je vous le dis avec du sourire, mais je suis dans une dépression totale. Je le fais pour vous aujourd'hui. Vraiment, ça m'aide à sortir du lit. Je vais quand même à l'entraînement, mais c'est dur parce que c'est 10 ans de ma préparation et qui s'envole. Alors, je n'ai pas tout perdu parce que j'ai avancé sur plein, plein de choses. J'ai avancé et on pourra en reparler aussi après sur tout le reste. mais ouais, c'est une grosse, grosse part de ma vie de me lancer dans ces Jeux Paralympiques.

Loïc Tu fais bien de le souligner, Mathieu. Merci beaucoup. C'est vrai que je ne l'ai pas précisé en intro. On avait échangé il y a quelques temps avant que tu aies la réponse pour ta participation à Paris 2024. Et tu l'as dit en intro, tu l'as appris là, il y a une semaine au moment où on enregistre. Donc, écoute, en dépit de la mauvaise nouvelle, c'est génial de t'avoir là au micro et puis, ça va être intéressant de voir peut-être aussi, pour qu'on parle de la face immergée de l'iceberg, de savoir comment on gère ce genre de nouvelles quand on s'est consacré depuis une dizaine d'années, comme tu le disais, à ce projet. Donc, écoute, peut-être qu'on peut casser le rythme chronologique et basculer tout de suite là-dessus. Peut-être déjà, comment se font les sélections paralympiques et puis, comment est-ce que tu l'as appris et comment est-ce que tu le gères là tout de suite à chaud ?

Mathieu Ouais. Ce qui est intéressant, c'est que ça, je l'ai déjà vécu à Tokyo. peut-être même te parler des deux, le faire de façon chronologique et te parler de Paris là. Dans les deux cas, c'est sur un an, on a une quinzaine de tournois et ils prennent les meilleurs résultats. Donc, c'est une course à la qualification. Tous les tournois comptent. Certains tournois comptent plus que d'autres, les championnats du monde ou certains tournois classés niveau 1 par rapport à d'autres tournois. tu fais tous ces tournois et à la fin, tu as un ranking et alors, pour Tokyo, c'était les six meilleurs mondiaux, ils sont allés au jeu. J'ai terminé septième et là, c'était à peu près pareil avec plus d'athlètes et dans les deux cas, en fait, comment ça s'est passé ? Je suis arrivé septième et huitième. Donc, la huitième sur la course à Paris. et les sélections, ça sélectionne par le double mixte aussi où nous, on termine dixième avec ma partenaire. J'ai aussi couru dans cette discipline, mais on s'y est pris tellement tard, mais avec de beaux potentiels, mais voilà, arrivé trop tard. Malheureusement, on n'a pas réussi à performer tout le temps qui nous ont fait qu'on n'arrive que seulement dixième. C'est déjà une bonne chose, mais ça ne suffit pas pour se qualifier. En simple, je termine huitième. Donc, ce qui m'emmène dans la phase d'une commission bipartite je suis vraiment au port de la qualification et là, c'est la même chose. Ils ont pris huit joueurs. Moi, je suis le huitième, sauf qu'il y a un joueur océanien qui est derrière moi et ce joueur océanien, en fait, il y a des quotas aussi par continent. Il faut forcément que tous les continents soient représentés. Donc, lui finit quinzième, mais vu qu'il n'y a pas, c'est le meilleur océanien, me repasse devant et donc du coup, sélectionne seulement huit joueurs et moi, je ne suis pas sélectionné. Donc, c'est dur. Je savais les règles, je savais la chose mais je pensais réellement être pris parce que, en fait, je ne pensais pas qu'ils allaient prendre huit joueurs, je pensais qu'ils allaient en prendre neuf et je pensais être le neuvième parce que je pensais qu'ils allaient équilibrer les tableaux avec trois catégories et aujourd'hui, en fait, sur ces trois catégories, donc le SL3 qui est ma catégorie, le SL4 qui est la catégorie grand terrain mais en membre inférieur et la catégorie SU5 membre handicap aux membres supérieurs, je pensais qu'ils allaient équilibrer ces tableaux-là via cette commission en faisant, il y avait 28 places, donc je pensais qu'ils allaient faire neuf, neuf et dix et au final, ils ont fait huit, huit et douze et douze dans une autre catégorie et huit seulement dans la mienne, ce qui fait que, voilà, c'est un choix arbitraire, je ne sais pas pourquoi ils ont choisi ça et c'est ce qui fait partie du sport, du sport de haut niveau, j'ai envie de dire, c'est un petit peu cette injustice et en même temps, il n'y a pas d'injustice dans le sens où les meilleurs ont été pris, mais pourquoi douze et moi huit, pourquoi ça se répète encore avec Tokyo où ils n'ont pris que six dans ma catégorie, ils avaient pris huit et huit sur les autres catégories, j'ai le sentiment que ma catégorie allait à chaque fois délaisser, mais c'est comme ça, c'est un choix, je ne sais pas qui sélectionne, mais en tout cas, ils ne m'aiment pas, je n'en sais rien, ou ce n'est pas personnel, ou c'est plutôt ta catégorie, elle est moins intéressante, je n'en sais rien, ou c'est un fait, c'est juste comme ça et donc voilà, j'ai appris la nouvelle le 16 mai en me disant que je n'ai pas été retenu sur cette commission, ils ont choisi d'autres athlètes et voilà, ça fait hyper mal, moi je m'y voyais en plus sur Paris, encore sur Tokyo, je sentais que c'était chaud, que c'était limite parce que j'étais septième et j'étais persuadé qu'ils n'allaient en prendre que six, mais là, franchement, je ne comprends pas cette décision, ça ne m'appartient pas et il faut juste l'accepter, voilà, donc là, je suis dans cette phase d'acceptation, l'avantage que j'ai, c'est que des difficultés, j'en ai rencontré tellement dans ma vie et que d'essayer d'accepter chaque situation, c'est aussi un message que j'incarne, c'est-à-dire que je l'ai fait, mais je sais que ça fonctionne, donc il faut que je l'incarne réellement et à chaque grosse difficulté, j'ai toujours ce message-là à me dire que ok, tu as échoué quelque chose de grand, mais si tu as échoué, c'est qu'il y a quelque chose d'encore plus grand derrière, c'est que rien n'arrive par hasard et que si tu loupes ça, ça doit être une épreuve pour apprendre, pour que tu affrontes quelque chose d'encore plus grand. Je me suis dit ça à Tokyo en me disant la chose la plus grande, je la vois, c'est les Jeux à Paris, c'est devant ton public, devant ta famille, c'est ça. Là, je vous dis, à une semaine de l'annonce, quelque chose d'encore plus grand que les Jeux de Paris, c'est quoi ? Et là, je suis dans cette phase, je suis dans cette phase de colère, de déni, je ne suis pas encore en train d'accepter la chose totalement parce que, voilà, c'est encore tout frais, ça prend du temps et plus la douleur est forte et plus l'acceptation est importante et son introspection de tout ça est forte et là, je suis dans cette quête à me dire, mais qu'est-ce que je dois faire de plus grand ? Elle est où ma voix ? Donne-moi l'univers des indices et ce n'est pas pour rien, en fait, peut-être que six mois, quinze jours avant, pendant six mois, on a travaillé dur, on a réussi à sortir, j'ai sorti un livre qui s'appelle Rêve de jeu et le rêve de jeu, j'ai écrit jeu, J-E, entre parenthèses, U-X et ce n'est pas pour rien, en fait, si j'avais écrit ça, c'est que j'avais ce rêve de faire les Jeux Paralympiques mais ce que j'ai surtout trouvé, c'est un rêve de jeu personnel, c'est-à-dire un accomplissement personnel de se dire, j'ai réussi à m'accepter, j'ai réussi à accomplir des choses personnelles et je suis sur le bon chemin de ma vie personnelle et que ce rêve de jeu m'a amené à me découvrir et à savoir qui je suis et au final, c'est en fait le rêve de tout le monde, ça, le rêve de jeu. C'est le rêve de on s'accomplit dans sa vie pour trouver sa voie, pour trouver qu'est-ce qui a du sens et qu'est-ce qui fait qu'on est sur Terre et qu'est-ce qu'on a envie de transmettre. Et moi, je l'ai trouvé grâce aux Jeux Paralympiques et je me dis qu'en fait, qu'est-ce qu'il y a de plus grand que les Jeux ? En fait, je ne vais pas être dans la lumière. Je ne vais pas être dans la lumière sur ces Jeux Paralympiques mais par contre, je peux éclairer d'autres personnes. Et aujourd'hui, c'est ça mon rôle. C'est ça que j'ai encore plus grand. Désolé, je suis ému parce que c'est encore tout frais. Mais c'est ça que j'ai envie de transmettre aujourd'hui. J'ai envie de transmettre qu'en fait, on a tous un rêve et que ce rêve de jeu, même si je n'ai pas accompli le mien de façon aboutie, comme je l'aurais aimé, d'aller aux Jeux Paralympiques, je vais essayer de transmettre ça avec mon jeu à moi et de me dire qu'en fait, le sport peut aider, peut amener à des choses encore plus grandes et qu'en fait, ces Jeux de Paris doivent servir pas moi en tant que sportif et d'être dans la lumière, mais moi, je vais aider à éclairer ces autres personnes, à aller dans les stades, à dire aux gens allez voir les Jeux Paralympiques, allez voir, allez regarder votre télé si vous ne pouvez pas vous déplacer parce que le handicap aujourd'hui fait tellement peur. Le mot handicap fait peur, c'est je ne suis plus capable. si on prend la définition du handicap, c'est je ne suis plus capable. Et ce mot est relié tellement à la mort qu'aujourd'hui, on n'a pas envie et si les gens ne vont pas dans les stades et ne vont pas voir les Jeux Paralympiques, c'est pour ça, c'est qu'on n'a pas envie de voir des personnes handicapées. Même Artus, là sur son film qui vient de sortir un petit truc en plus, il le dit, c'est qu'aujourd'hui, il a vu plein de producteurs qui disent non, nous, on n'a pas envie de voir. Mais c'est humain, c'est humain, on n'a pas envie d'être confronté à une diminution physique ou mentale, d'être réduit à quelque chose de moins. Et lui, il dit au contraire, on a quelque chose de plus. Et moi, je suis convaincu de ça. Ce film-là et ce que j'ai envie de transmettre, c'est qu'en fait, le handicap, c'est quelque chose de plus, c'est quelque chose de merveilleux en fait. C'est un moyen qu'on a eu dans nos vies pour affronter quelque chose d'encore plus grand. Et il ne faut pas en avoir peur. On sera tous en situation de handicap un jour dans la vie. Et ça, ça fait peur. Mais au final, si on ouvre les yeux et si là, on va dans les stades, si on voit ça, on ne va pas voir. Moi, je vous le dis, quand j'ai découvert le Paraband Minton, j'ai découvert des personnes en situation de handicap et je me suis dit mais en fait, j'ai ma place. Et là, c'est ça. Les Jeux Paralympiques en France, c'est un moyen énorme de se dire qu'en fait, toutes les personnes qui sont en situation de handicap et comme moi avec un handicap invisible, en fait, ça va permettre de révéler les choses, ça va permettre pour eux d'accepter la chose, de se dire qu'en fait, moi aussi, j'ai un handicap et ce qu'ils montrent, ce n'est pas la peur, c'est le dépassement, c'est les émotions, c'est la rage de vaincre et en fait, c'est la seule différence qu'il y a entre les Jeux Olympiques et les Jeux Paralympiques, c'est un handicap mais ça reste des athlètes qui vont franchir des trucs de fou et je rejoins Mickaël Jeremias qui dit on n'est pas des super-héros, non, on n'est pas des super-héros en tant que sportifs de haut niveau, on est des athlètes qui ont un handicap et qui cherchent le dépassement de soi, qui se sont reconstruits par le sport et que le sport est un super vecteur pour avoir un estime de soi, pour se reconstruire et qu'on soit dans toute différence qu'on peut avoir, le sport amène, dans toutes les diversités, amène cette égalité, qu'on soit blanc, noir, gros, jeune, pas jeune, on s'amuse avec ça et on peut se dépasser en se challengeant personnellement et c'est ça le sport et les Jeux Paralympiques pour moi en France, c'est une occasion inouïe de montrer ça à tout le monde et il ne faut pas louper le coche et c'est aussi pour ça que maintenant, j'ai peut-être ce rôle-là, comme je disais, le rôle encore plus grand que j'ai maintenant, c'est ça, c'est de dire en fait, je ne vais pas être sur le terrain pour vivre mon rêve à moi de jeu mais je vais donner ce rêve de jeu aux autres pour qu'eux aussi s'acceptent, pour qu'eux, ils se sentent acceptés dans cette société et surtout que la société donne une autre image du handicap parce qu'aujourd'hui, elle fait trop peur et personne n'a envie de se reconnaître dans le mot handicapé aujourd'hui et encore en France. Quel message ! on a fini le monologue !

Loïc Merci Mathieu, je ne m'attendais pas autant d'émotions, enfin, tu as vraiment... le message est super fort et tu as mis des mots sur ce que tu expliques sur le fait que finalement, on ne veut peut-être pas... ce qui fait qu'on ne veut pas avoir le handicap, c'est qu'on... enfin, je n'avais jamais vraiment réfléchi à ce point-là, tu vois, qu'est-ce qui fait que finalement que ça fait peur, pourquoi est-ce que... une question, enfin, un truc tout bête, tu vois, pourquoi est-ce que les sports para ne sont pas nécessairement populaires comme les sports des Valides ? Je lisais une stat, alors je ne sais plus si c'est dans ton kit presse ou... je suis tombé sur une stat qui m'a fait un peu halluciner et pourtant, j'ai déjà eu pas mal de personnes avec des handicaps sur le podcast et on avait déjà parlé plusieurs fois des handicaps invisibles, notamment avec Simone Thierot qui a été une emballeuse qui a caché un handicap elle aussi pendant longtemps et cette stat, c'est 10 millions de personnes avec un handicap invisible en France, alors je ne sais pas si elle est toujours d'actu, si elle est correcte ou si c'est un peu plus, un peu moins mais 10 millions, c'est quand même loin d'être anecdotique, enfin, c'est quand même un truc de fou, ça fait une personne sur six. Si on creuse un peu ce point, toi, du sujet de la peur, tu l'as... est-ce que pour toi il n'y a que ça ? Tu l'as vraiment vécu dans ta chair, toi, tu le disais pendant longtemps, tu l'as caché, c'est quoi qui faisait que tu le cachais ? C'était le sentiment d'être... Si tu l'affirmais, du coup, les gens allaient justement avoir peur, que tu allais être valorisé, tu vois, ça allait avoir un impact sur l'appréciation que les gens avaient de toi, c'était quoi cette peur qui fait que tu l'as caché ?

Mathieu Le regard des autres.

Loïc Donc le jugement derrière, c'est ça ?

Mathieu Le jugement, la pitié, je n'ai pas envie qu'on ait pitié de moi et encore une fois, tu prends la définition du mot handicap, c'est n'est plus capable de... Qui a envie, dans sa vie, d'avoir cette étiquette collée au front, de dire je ne suis plus capable de faire quelque chose ? Oui. Et c'est ça qu'il faut changer. C'est l'image qu'on a de tout ça et aujourd'hui, ma vision que j'ai, c'est que le handicap, oui, il fait peur parce qu'on est connoté à ça et on n'a pas du tout envie d'avoir cette étiquette d'handicapé ou de personne handicapé, si on veut parler correctement. Et donc du coup, toute cette peur-là va générer, comme tu dis, le fait qu'on ne va pas voir les Jeux paralympiques, mais au même titre d'une chose, c'est qu'il y a encore un autre écosystème là-dessus, mais c'est au même titre qu'on va moins voir le sport féminin que le sport masculin. C'est la même chose. C'est-à-dire que le sport féminin n'est pas assez vu du sport masculin et après, tu as encore les sports para qui sont derrière, qui est encore moins vu que des sports féminins et qui... Voilà. Et tout le monde va te dire c'est l'écosystème. C'est-à-dire l'écosystème financier. Aujourd'hui, ouais, mais tu vois, c'est l'offre et la demande. Les gens, ils ont envie d'aller voir du sport masculin, donc c'est pour ça qu'on paye aussi cher ou que les salaires sont mirobolants sur les footballeurs masculins par rapport au sport au foot féminin ou dans d'autres sports. Pourquoi le cachet de Roland-Garros homme est plus... Le price money est plus cher que chez les femmes. Et pourquoi la finale, elle est chez les femmes le samedi et pas le dimanche ? Tout ça, c'est... À chaque fois, ils vont te dire oui, mais j'ai plus de téléspectateurs qui viennent, ainsi de suite. Donc, ce qui est bien là-dedans, c'est qu'en fait, on a tous notre part. Si on veut que ça change, on a tous notre part de dire eh ben moi, je vais regarder le sport féminin, moi, je vais regarder le sport para et je vais aller dans les stades et je vais faire tout ça. Parce qu'on ne peut plus se cacher derrière de dire oui, mais c'est les stades et ainsi de suite, on veut faire bouger les choses. En fait, je pense qu'on a tous sa part à faire. Et je disais la même chose dans les journaux. L'équipe, c'est 80% du foot, 90% du foot même et dans les 90%, 75%, c'est le PSG. Pourquoi ? J'ai discuté avec eux. Ils me disent ben, on fait des beaux papiers sur les parcours de vie, de vous, athlète para, vous êtes, ça inspire, c'est beau et ça touche les gens. La seule chose, c'est que ça ne se vend pas. Les gens, ils préfèrent savoir que Messi, il va quitter le PSG, que Mbappé a choisi un autre club, lequel, ils vont faire 10 journaux et celui-là, il va se vendre. Et donc, on a tous notre part de dire, non, en fait, je ne vais pas acheter que celui-là, je vais aussi acheter les autres. Quand la une de l'équipe, on se bat pour qu'à un moment donné, les handballeuses n'ont pas la une et qu'on parle plutôt du PSG alors qu'elles sont championnes olympiques ou des choses comme ça, c'est fou, mais ça rentre dans le business et je comprends les deux, le côté business et le côté, mais on a cette part pour faire changer tout ça. Et là, avec les Jeux paralympiques et les Jeux olympiques, on a aussi, nous, cette part à faire changer les choses. Et donc, moi, j'invite tout le monde à aller aux Jeux paralympiques. En plus, à chaque fois, tout le monde disait, les places sont trop chères sur les Jeux olympiques, il n'y en a plus. Eh bien, aller aux Jeux paralympiques, il y en a plein et ce n'est pas cher. Donc, je ne vois pas. Après, j'entends de... Et j'ai entendu ces commentaires de dire, non, mais nous, on veut voir des gens qu'on connaît, on veut voir des stars et ainsi de suite. je fais, ok, mais peut-être que tu vas aller voir des futures stars. Moi, c'est ça que j'ai envie de dire. Tu ne les connais pas, mais c'est un peu comme dans un festival de musique, tu as les têtes d'affiches et sauf que derrière, tu as les petits qui sont là, qui travaillent autant, qui galèrent dans leur cave ou dans leur garage à faire des musiques, à essayer d'inspirer, à faire des choses et tu vas aller dans ce festival et tu vas découvrir ça et tu vas dire, ah, mais eux, c'est les futurs. À Woodstock, on en a découvert des génies. Les gens, ils se disent, mais merde, je n'aurais pas dû, pourquoi je ne suis pas allé là-bas, c'était quoi ce festival ? Eh bien, pour moi, les Jeux par un Lappic au France, c'est Woodstock. Venez. Et puis, vous allez découvrir des sportifs de malades, performants, qui vont chercher des médailles d'or pour la France et ça, ça va inspirer et vous cherchez des stars. En fait, ils sont là les stars. C'est juste qu'ils ne sont pas encore connus parce que vous ne vous intéressez pas à ça. Mais avant d'être une star, en fait, donnez la chance aux gens d'être des stars et allez-y.

Loïc Ouais. Excellent. J'avais jamais entendu l'analogie Woodstock, JO, Parra, mais je suis assez d'accord.

Mathieu Ça sort là.

Loïc Excellent. Excellent. Puis, tu vois, je reviens sur un point que tu mentionnais, ce qui fait que je pense qu'on apprécie regarder du sport pour les gens qui le font. C'est justement, tu vois, toutes les valeurs que ça véhicule, le dépassement de soi, le goût de l'effort, la performance. Et alors moi, je n'ai plus de télé chez moi depuis un moment, donc je ne regarde pas de sport. Par contre, sur ce podcast, je reçois beaucoup de gens qui font du sport, de l'aventure, bref, qui se bougent. Et en fait, comme tu dis, tu vois, quand tu ajoutes à des défis sportifs déjà de dingue une complexité supplémentaire avec un handicap, en fait, l'histoire, elle devient, elle est décuplée, tu vois, en termes d'inspiration. Je pense à des gens, tu vois, j'ai eu, bon, évidemment là, toi, puisque tu es sur l'épisode, mais d'autres gens que j'ai eus, tu vois, Jérôme Bernard qui est double amputé, amputé des deux jambes plus d'un bras, qui est parti faire le GR20 en randonnée, des mecs, des forces spéciales qui ont pété sur des drones, qui ont plus leurs jambes, qui seront au jeu para sur du volet, par exemple, tu vois, enfin. Tu parles de Cyril, là. Exactement, exactement.

Mathieu Tu le connais ? Je le connais bien. Vous êtes crué, oui, yes. Je le connais et c'est un, je suis, oh, j'arrive même plus à le dire, un mec génial.

Loïc Ouais, je suis bien d'accord. Et tu vois, quand tu as des parcours comme ça qui se sont reconstruits à travers le sport et qui aujourd'hui incarnent en fait tout ce que représente de beau, enfin, tout ce que le sport représente de beau, en tout cas à mes yeux, tu vois, c'est ce que je considère, c'est fou quoi. Le message, il est dingue. Et finalement, comme toi, où dans le sport, on apprend aussi à se relever, on apprend à encaisser les coups, le fait que, ben voilà, tu parlais d'injustice, moi je dis tout le temps que j'ai fait du sport au niveau en judo, que c'était une très bonne école de la vie parce que c'est ingrat. En fait, tu peux être le meilleur à un moment donné, le jour J, il peut y avoir un truc qui ne se passe pas bien, l'arbitre qui prend une autre décision et ben finalement, comme toi, là avec cette sélection, tu ne le contrôles pas et donc, tu as deux options, soit tu l'acceptes, soit tu ne l'acceptes pas mais si tu ne l'acceptes pas, ben voilà, tu t'en fais un boulet pour X années ou le reste de ta vie.

Mathieu Tu vois, je faisais l'analogie aussi avec Woodstock, avec les concerts, avec tout ça. En fait, le sport pour moi, c'est si tu vas dans un stade, sinon tu regardes ça à la télé parce que tu es passionné d'un sport ou parce que tu pratiques déjà la discipline et donc du coup, ça t'inspire de voir des personnes dans ton sport à faire des chronos de dingue par rapport à toi qui galèrent. Donc, tu as une connaissance technique de ce sport et donc du coup, ce sport-là t'intéresse. Mais, moi, je reprends l'exemple aussi de 98. Le nombre de personnes qui ne connaissaient rien au foot et se sont laissées embarquer dans cette euphorie nationale de dire qu'on est champion du monde. Tu vois, on est, toi, tu n'as pas joué, tu n'as rien fait, mais tu ne connaissais même pas les joueurs sur le terrain, mais derrière, tu étais fier d'une dette française et en fait, le sport, c'est ça, c'est que ça t'a amené une émotion, une fierté sur la réussite de l'équipe là en question, mais si tu vas dans un stade, c'est pour ça, c'est pour vivre des émotions et je pense en tout cas que des personnes en situation de handicap avec leur histoire apportent une émotion décuplée par rapport aux autres parce que, voilà, de leur histoire, tout le chemin qu'ils ont dû affronter pour en arriver là et aujourd'hui, ils mouillent le maillot, ils font tout pour transmettre cette émotion et donc, d'aller dans le stade et de vivre ça, eux seront émus, c'est certain. Si tu as tout le stade qui vient, qui va te supporter, qui va t'aider à te dépasser, eux, c'est, voilà, je suis sportif, ça te transporte. Si ça te transporte, tu as envie de le transmettre aussi, tu as envie de le partager au public et donc, je suis sûr et certain que si le stade est plein, l'émotion qu'il y aura dans ce stade, c'est ce que je dis, ça va être un woodstock, c'est-à-dire que, moi, j'étais là, j'étais dans le stade à vivre ces émotions et ça va être monstrueux et moi, j'en suis persuadé mais il faut franchir le cap et aujourd'hui, je pense qu'il y a encore cette peur du handicap de dire, non, non, je n'ai pas envie de les voir et ainsi de suite et c'est un frein et j'entends ce frein. Maintenant, j'ai juste envie de vous dire, eh bien, dépassez-le ce frein et pourquoi pas ? Et pourquoi pas pour une fois ? Allez, je vais l'écouter Mathieu. Je vais me dire que pour cette fois-là, je vais peut-être ouvrir la porte, je vais aller voir et de toute façon, si c'était nul, tu as perdu quoi ? 15 euros ? 30 euros ? Tu es allé quand même dans un stade avec une dimension géniale ? Ça ne coûte rien. Donc, allez voir. Moi, je dis juste, il y a de la lumière, c'est entre ouvert, viens voir. Et après, on en reparlera.

Loïc Il faut qu'on précise que tu n'as pas de contrat avec le comité olympique pour vendre des places. C'est vraiment un appel du cœur.

Mathieu Je le dis parce que je suis athlète et que j'aimerais en tout cas que tout le monde vienne dans le stade. Moi, je vais venir alors que je ne suis pas sélectionné. je pourrais partir à l'autre bout du monde de me dire que c'est trop dur. C'est trop dur parce qu'il va y avoir ce sentiment de jalousie. Je pourrais être sur le terrain. C'est humain. C'est de se dire que je n'ai pas envie d'être là. C'est trop dur pour moi à vivre. Mais en fait, il y a quelque chose de plus grand. Le truc le plus grand, c'est en fait la cause du handicap. C'est de me dire que moi, quand j'avais 17 ans et que j'étais en situation de handicap, je n'avais pas de modèle. J'ai dû batailler pendant 13 ans à le cacher parce que je n'acceptais pas la chose et il a fallu que je trouve la force tout seul à me lancer un défi, à me mettre dans le sport, à l'accepter. J'ai fait tout ce chemin tout seul. Mais je pense qu'aujourd'hui, on a besoin de personnes, de modèles. On a besoin de visibilité. Et là, les Jeux Paralympiques, c'est ça. Ça va donner des modèles à plein de gens. À des gens qui sont en situation de handicap qui vont se dire mais je ne savais pas qu'on pouvait faire tout ça en situation de handicap. Je vois des gens de handicap comme mais en fait, c'est beau ce qu'ils font. C'est-à-dire que je vais être moi aussi fier de dire que j'ai presque comme eux. Et pourquoi pas, ça va donner des vocations à se dire tiens, moi je vais peut-être faire aussi ce sport. Et c'est ça en fait que j'ai vraiment envie de transmettre aujourd'hui. Donc non, je n'ai pas du tout de rien avec tout ça. J'ai juste envie que les gens en fait, ils gagnent du temps par rapport à ce que j'ai vécu et qu'ils se disent en fait, je suis en situation de handicap et j'en suis fier. Que je connais quelqu'un qui est en situation de handicap et je vais le regarder différemment et que si demain, j'ai un handicap en tout cas qui amarrive dans la vie, je ne vais pas le voir comme un truc dur dans ma vie à affronter, je vais me dire en fait, je vais voir directement la lumière parce que d'être en situation de handicap, je vais avoir un petit truc en plus.

Loïc Tu parlais de modèles, de personnes qui inspirent des parcours auxquels te raccrocher quand il t'arrive quelque chose, par exemple, un handicap dans ta vie. Tu mentionnais un peu plus tôt que tu es devenu papa. C'était quand ça ?

Mathieu Je suis devenu papa en décembre 2017. 2017,

Loïc ok. Donc, ça fait quelques années maintenant. Comment tu vas, ce message-là que tu viens de passer qui est très fort, comment est-ce que tu vas ou comment est-ce que tu le fais déjà passer à ton fils et à ta fille ?

Mathieu C'est une bonne question parce que j'ai mis énormément de temps et d'énergie dans cette qualification. Pour exemple, en 2023, sur ma qualification, j'ai passé 218 jours à l'étranger sur les 365. Donc, leur maman a dû gérer les enfants, a géré l'absence et des fois, tu as des mots aussi de tes enfants même qui disent « Ouais, non, mais papa, ils préfèrent le badminton. » Ça fait mal d'entendre ça. De dire, mais tout de suite, je leur dis « Mais non, mais vous, vous êtes mes numéro 1. Par contre, j'ai une passion. J'ai une volonté. je vais me battre jusqu'au bout. » Et c'est ça que j'aurais envie de transmettre aussi. Il y a beaucoup de travail et il faut se donner les moyens pour y arriver. Et même, je dirais que même d'être dans l'échec à la fin, c'est encore plus beau le message parce que en fait, on réussit rarement. Le succès, il est très rare, malheureusement. Mais ce qui est le plus important, c'est de se relever et de recontinuer. Je ne sais pas si je repars sur Los Angeles, mais tu vois, au coin de ma tête, à une semaine, déjà passé le truc. Déjà, je vais vivre à fond ceux de Paris en tant que supporter, en tant qu'ambassadeur de quoi que ce soit pour essayer d'amener un maximum de gens parce que j'y crois à ça. Mais après, je crois encore de me dire que tant qu'il y a de la vie, tant que je marche, tant que je performe encore, je vais continuer. Je ne sais pas si je réussirai à faire de Los Angeles encore. ça se trouve, je m'arrêterai en cours. Mais en tout cas, je me dis, je vais au bout du bout. En fait, c'est toujours d'avoir ce sentiment de, est-ce que j'ai tout donné ? Est-ce que je ne vais pas avoir de regrets ?

Loïc Et moi,

Mathieu je l'ai toujours ça. C'est-à-dire que au moins, tu t'arrêtes en disant eh bien là, j'ai tout donné. Je suis allé au bout du bout et là, c'est stop. C'est-à-dire que soit ma condition mentale, physique, j'en peux plus. Ça me dépasse. Ça va trop loin. Mais tu n'auras aucun regret. Et l'arrêt, il s'arrête. À ce moment-là, c'est de se dire là, j'arrête parce que je n'aurai aucun regret d'arrêter maintenant. Le pour et le contre. Le contre est trop important par rapport au pour. Et je le prends avec une sérénité de me dire que c'est maintenant que j'arrête. Et là, je sens que j'ai encore besoin et que je n'ai pas encore envie de finir. Donc, c'est tout ça que je transmets à mes enfants. Ils n'ont que 6 ans. Mais voilà, j'ai essayé de leur transmettre aussi toutes ces valeurs qu'il y a autour du handicap. Aujourd'hui, ils savent que voilà, de toute façon, papa, il a un handicap. Mais on peut faire du sport de haut niveau. eux sont super fiers de tout ce que je fais. Et en même temps, je leur montre que l'échec est possible, que ça fait mal, mais en même temps qu'on se relève et qu'on n'est pas des surhommes. Donc, du coup, là-dessus, je suis aussi très fier de ça, dans cet échec, de montrer l'échec. Pour moi, il est important parce que si tu n'as que des rôles modèles de gens qui ne font que réussir, à un moment donné aussi, en transmission à tes enfants, tu peux les mettre en échec. Parce que eux vont se dire je ne suis pas aussi fort, je ne suis pas assez bien, je ne réussis pas, donc je suis moins bien qu'eux. Et ça, ce n'est pas bon. Même les plus grands champions échouent à un moment donné. C'est juste qu'ils échouent moins que les autres. Et vu qu'ils échouent moins, on montre moins ça. J'avais l'exemple de Michael Jordan. Moi, c'est mon idole. je viens du basket. Et on te montre les stats de Michael Jordan, c'est une légende. Combien de tirs au buzzer il a mis ainsi de suite à la fin. Mais en fait, ces stats, elles sont catastrophiques. C'est-à-dire que si tu ne regardes que les stats, le nombre de fois où il a shooté au buzzer et où il a réussi, elles sont faibles. et pourtant, tu ne vas retenir que les succès. On ne va retenir que le côté positif. Et c'est ça aussi. Moi, je crois en l'humain et j'adore ça. Et oui, on a des trucs durs dans le monde avec des guerres, avec des choses comme ça. Mais on est fait, l'être humain est fait pour se souvenir des belles choses et d'oublier les mauvaises choses. En même temps, il ne faut pas oublier des atrocités et l'histoire nous rappelle ça. Mais dans la vie de tous les jours comme ça, tu masques les choses négatives mais par contre, tu vas te souvenir des belles choses. Et malheureusement, en quelque sorte, je trouve que c'est important quand même de se rappeler que l'échec, on reste humain et que l'échec, il fait du bien aussi pour redescendre un tout petit peu et surtout de se dire qu'en fait, c'est cet équilibre entre bien-être, mal-être, parce que quand on perd et quand on est dans l'échec, ça fait mal. Mais encore une fois, c'est encore, peut-être ce mal va nous aider à aller faire quelque chose d'encore plus grand et d'encore plus beau et quelque chose qui nous anime. Et voilà ce que je disais sur on va chercher son rêve de jeu. Dieu.

Loïc Waouh ! Dose d'inspiration maximale, Mathieu, je ne m'attendais pas à ce qu'on aille aussi loin, aussi profondément sur ce sujet. Mais écoute, c'est très inspirant à nouveau de t'entendre partager ça. Bon, là, on l'a bien compris, c'est forcément tout frais, cette décision récente concernant la sélection. tu disais que tu vas aller, toi, en tant que spectateur au jeu para. Est-ce que tu as déjà une idée de ce que tu vas pouvoir mettre en place pour t'aider justement à digérer et à trouver ton prochain jeu suite à cette décision ?

Mathieu Non, moi, mon prochain jeu, en fait, je l'ai trouvé. Je pense, c'est d'aiguiller, de transmettre, de manière, d'aider d'autres personnes à accepter leur handicap. J'avais d'autres projets que j'avais menés à côté dont un mouvement qui s'appelle Je Te Me Voix et que je crois en fond, à fond, et l'objectif, c'est de révéler sa singularité, d'aider les gens à se révéler, à se trouver avec amour, avec connaissance de soi. Et donc, en fait, c'est quoi ? C'est d'amener un rêve de jeu, tout simplement. Donc, j'étais déjà dans cette démarche-là. Chose que, voilà, ces jeux de Paris, je vais les vivre comme ça en étant spectateur et au contraire, c'est peut-être ce qui va m'aider à atteindre de choses encore plus grandes. c'est ça. Et je ne sais pas dans quelle mesure je vais y arriver parce qu'il y a des douleurs, il y a encore, je sais sûr et certain, ce sentiment d'aller dans le stade, de voir tes concurrents jouer à ta place et de ne pas être sur le terrain, ça va me faire mal. Je le sais. Mais encore une fois, je le fais parce qu'il y a quelque chose d'encore plus grand. et il y avait un... Par exemple, j'ai une citation de Nietzsche là-dessus qui dit qu'en fait, il faut porter en soi un chaos pour mettre au monde une étoile qui danse. Et ça, c'est une citation que mon préparateur mental m'a envoyée et qui est tellement fort et que j'essaie d'incarner le plus fort en ce moment, c'est que je suis dans un chaos total. Mais quand je te dis total, c'est que j'ai une double peine. Voilà, c'est la vie aussi, mais en ce moment, je crois que je n'ai pas connu quelque chose de pire dans le sens où j'ai appris le 7, le jeudi, le matin, que je n'étais pas sélectionné à Paris et le soir même, je me sépare de ma conjointe à qui j'ai tout partagé avec elle. Et là, je suis dans un chaos total et quand je lis cette phrase qu'il faut porter en soi un chaos pour mettre au monde une étoile qui danse, je me dis qu'en fait, il y a quand même toujours de la lumière même quand tu es dans le chaos et c'est à ce moment-là que tu dois l'épuiser au plus profond et j'ai envie de même, ça me fait penser à Roman Frécinet quand je l'entendais en, c'est un artiste que j'adore et quand je l'entendais en interview aussi à la télé ou des choses comme ça, lui il dit son inspiration, il vient aussi du plus profond de soi, dans ses mallettes les plus profonds, tu découvres qui tu es et souvent on a tendance à se dire qu'on apprend à se connaître dans la joie, dans le bonheur de tout ça, moi je pense vraiment que nos failles, nos choses qui nous font terriblement mal au ventre qui sont dans cette souffrance, on apprend tellement sur soi et c'est ça qui nous permet d'aller chercher quelque chose de plus grand et d'aller chercher de la lumière en nous et d'apprendre à se connaître. Donc voilà.

Loïc Donc finalement, que ce soit le handicap ou ces non-sélections à deux jeux d'affilée, finalement ça a été des mots nécessaires dans ton parcours de vie et dans cette découverte de soi que tu viens d'évoquer ?

Mathieu Excuse-moi, j'étais perdu. Tu me reprends parce que là, je suis beaucoup

Loïc d'émotion. Oui. J'allais dire du coup après ce que tu viens de partager que ce que je retiens un peu de tout l'échange, c'est que les difficultés auxquelles tu as dû faire face, que ce soit le handicap ou dans le sport, les non-sélections à Tokyo puis à Paris, en fait, ça a été des mots et ma UX nécessaires dans ton parcours de vie perso.

Mathieu C'est ça. C'est toutes ces difficultés de vie qui m'ont amené à être qui je suis et en final, c'est ça, tu apprends à te découvrir quand je dis rêve de jeu mais en fait, c'est plutôt je suis fier d'arriver à savoir que j'ai accompli tout ça et et tu te découvres toi-même et moi, je l'ai fait par toutes ces adversités et je pense juste que ce n'est pas le seul moyen mais c'est un moyen accélérateur et du coup, vu qu'on est quand même mortel, je ne dis pas qu'il faut avoir une de de de contrôler le temps ou d'aller le plus vite possible et ainsi de suite mais si tu as des moyens de prendre connaissance de qui tu es de ce que tu ce que tu as comme place dans ta vie le plus vite possible ça permet d'aller plus loin et d'accomplir de choses encore plus grandes et donc du coup de transmettre ça aux autres générations et ainsi de suite après je ne veux pas partir dans le côté réincarnation et ainsi de suite que moi je crois beaucoup en énergie et en tout ça mais voilà si on veut rester juste terre à terre pour tout le monde et qu'on ne perde pas tout le monde non plus c'est ce côté-là de se dire les grosses difficultés de vie nous emmènent beaucoup plus loin parce qu'on découvre ça beaucoup plus vite on découvre on va dire qui on est plus vite

Loïc excellent et bien écoute Mathieu un immense merci pour tous ces partages s'il y a des gens qui veulent qui veulent potentiellement échanger avec toi prendre contact ou juste suivre ce que tu fais le mieux c'est quoi c'est Instagram LinkedIn un site

Mathieu voilà en fonction de où ils sont voilà je suis à la fois sur Instagram sur Mathieu enverscore Thomas je suis aussi sur LinkedIn et j'ai un site internet voilà qui est plutôt orienté business où je propose des conférences et parce qu'il faut il faut en vivre vu que tout le monde ne connait pas encore le parabeninton je suis dans un sport amateur donc il faut travailler à côté sur d'autres sujets oui

Loïc donc pour pour changer ça je pense que le message était clair c'est entre nos mains donc prenez vos places pour aller voir les épreuves parabenites à Paris c'est à la maison c'est pas très loin Mathieu le disait c'est pas enfin c'est clairement abordable donc allez-y c'est ça et voilà

Mathieu c'est pas grave aussi si on y va pas regardez la télé faisons exploser les audiences mais réellement si on fait exploser les audiences des jeux paralympiques derrière ça veut dire qu'il y a aussi tout un écosystème qui va dire que si tout le monde regarde ça veut dire qu'il y a un intérêt s'il y a un intérêt le coût des pubs à ramener de l'argent donc ça va ramener des sponsors ça va financer tout ça en fait on a tous comme je dirais Pierre Rabhi avec son colibri on a tous sa part et chacun a sa part à faire et allumez votre télé sur les jeux paralympiques si vous êtes trop loin et sinon venez dans les stades vifs ses émotions

Loïc merci beaucoup Mathieu une fois de plus il y aura le lien en description de l'épisode vers ce qu'on a mentionné Instagram LinkedIn ton site également pour l'achat de ton livre je te remercie à nouveau troisième fois quatrième fois en deux minutes pour tout ce que tu as bien voulu partager mais c'était vraiment passionnant très très inspirant je suis très content qu'on ait pu prendre le temps et surtout que tu te sois libéré pour venir nous partager tout ça je te souhaite un excellent été une bonne bonne digestion on va dire de cette réponse négative que tu as eu récemment mais voilà vu l'état d'esprit que tu as montré pendant un peu plus d'une heure je suis convaincu que comme tout le reste qui t'est arrivé tu en feras une force

Mathieu et le rebond sera

Loïc d'autant plus beau

Mathieu merci à toi Loïc de m'avoir donné cette parole là et à très vite

Loïc à très vite quelle énorme dose d'inspiration j'espère que vous vous êtes régalé autant que moi c'était vraiment un plaisir de recevoir Mathieu sur le podcast si vous avez apprécié cet échange et bien n'hésitez pas à le partager à fond autour de vous et de manière générale vous le savez pour soutenir le podcast rien de plus simple il vous suffit de vous abonner sur votre plateforme d'écoute de laisser une note ainsi qu'un commentaire et d'en parler autour de vous parler des frappés parler des frappés à un maximum de personnes pour qu'encore plus de gens osent se lancer dans leur projet je vous le disais en introduction il est possible de soutenir financièrement le podcast ça se passe sur la plateforme Tipeee le lien est en description autrement rendez-vous sur tipee.com slash les-frappés merci beaucoup pour votre fidélité je vous dis à la semaine prochaine on va partir découvrir l'univers des courses de jet ski avec une triple championne de France et une vice championne du monde il nausea Sous-titrage ST' 501

Transcription automatique relue · susceptible de contenir des imprécisions.

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