Estelle La blessure, en fait, là-dedans, c'est un driver facile. Donc c'est horrible de se faire mal, mais la blessure est un driver facile parce que, de toute façon, tu fais face à ce challenge-là et t'as pas d'autre choix que de te relever. Je me suis relevé de deux blessures. À chaque fois, je suis remontée au plus haut niveau, plus forte que ce que j'étais avant. Et je me dis en faisant que ça, entre guillemets, en consacrant 200% de mon énergie dans le sport, je veux tout exploser et j'ai pas envie de regretter de pas le faire.
Loïc Vous écoutez Les Frappés, le podcast de celles et ceux qui se dépassent. Je suis votre hôte Loïc, ancien sportif de haut niveau en judo, coach préparateur mental et amoureux d'activités outdoor en tout genre. Ma conviction, c'est qu'on a tous un frappé au potentiel exceptionnel qui sommeille en nous. J'ai créé ce podcast pour vous faire découvrir des femmes et des hommes qui ont osé le réveiller. Mes invités sont des athlètes de tous niveaux, des aventuriers professionnels, des voyageuses au long cours, des entrepreneuses ou encore des militaires, des forces spéciales. Toutes et tous partagent à mon micro des récits inspirants qui vont vous faire passer à l'action. Attention, une écoute régulière peut entraîner des changements positifs irrévocables dans vos vies. On peut dire qu'Estelle vit sa vie à fond. A peine son diplôme d'ingénieur en poche, elle se lance en 2019 dans l'entrepreneuriat pour financer sa pratique sportive, le jet à bras. Pour faire simple, c'est l'équivalent sur l'eau de la MotoGP. Ces jets sur lesquels on se tient debout passent de 0 à 115 km heure en 4 secondes. Leur pilotage est donc extrêmement exigeant, aussi bien physiquement que mentalement. Et pour ceux qui s'est parmi les meilleurs, il faut également réussir à s'entourer de la bonne équipe. Au moment où l'on enregistre cet épisode, Estelle est numéro 1 mondial. Tout simplement. Dans cet épisode, on parle de gestion de blessures de la peur de l'accident sur l'eau, mais aussi de pratiques sportives en famille. Excellente écoute à vous. Et juste avant ça, je tiens à souhaiter la bienvenue à tous les nouveaux Tippers et à les remercier évidemment pour leur soutien financier au podcast. Si vous souhaitez les rejoindre, c'est à partir de 1€ par mois. Ça se passe sur tipeee.com. Le lien est en description. Encore une fois, c'est à partir de 1€ par mois. Chaque euro compte pour maintenir l'indépendance du podcast, c'est-à-dire éviter les pubs. Merci à vous. Tu n'es pas du tout genre Méditerranée ou Atlantique ?
Estelle Non, pas du tout. Pourtant, je fais effectivement un sport d'eau, mais on a de l'eau vers chez nous. On a le Rhône aussi. On a pas mal de lacs. Même si je descends quand même régulièrement à m'entraîner en mer, je suis basée à Lyon.
Loïc Ok. Parce que les compètes de jet, c'est forcément en mer ou forcément sur lac ?
Estelle Non, ça peut être justement ça qui est sympa, c'est qu'il faut savoir s'adapter à toutes les conditions. Et l'eau est un élément très mouvant, comme tu le sais. Ça peut être en lacs, en mer, en fleuves.
Loïc Ok. Ok, ok. Bon, écoute, on va en parler. Je suis sûr qu'il y a plein de choses hyper intéressantes que je vais découvrir grâce à toi aujourd'hui. En tout cas, je suis très content, Estelle, de te recevoir sur le podcast. C'est un vrai plaisir. Merci à Sébastien pour la mise en relation, une fois de plus, du podcast Parlons de votre mental. Allez l'écouter. Et puis, écoute, Estelle, je pense qu'on va parler de jet, mais pas que. Très certainement, plein d'autres choses. Ce que je te propose, c'est tout simplement de commencer par nous expliquer dans les grandes lignes qui tu es et ce que tu fais aujourd'hui.
Estelle Oui, bien sûr. Je m'appelle Estelle Poré. J'ai 28 ans. Qui je suis ? Je dirais que j'ai plusieurs entités. Je suis sportive déjà. Je pratique le jet à bras, un sport mécanique sur l'eau où on est debout depuis mes 12 ans. C'est vraiment une histoire de famille. C'est mes parents qui nous ont initiés à ce sport et puis mes trois grands frères ensuite et moi qui suis tombée dedans. Clairement, je suis née dans ce milieu-là. Et à côté, je suis entrepreneuse à fond, à fond à bloc, comme on dit.
Loïc Excellent. Donc, le jet, pour tout de suite rentrer dans le vif du sujet, c'est quoi les… parce que moi, je pensais jet… enfin, quelqu'un qui n'a pas un visuel de ce que tu fais sous les yeux, il imagine peut-être un jet ski classique. Mais non, il y a des nuances, je crois. Donc, est-ce que tu peux peut-être nous expliquer un peu ?
Estelle Il y a des catégories. Alors, le jet ski classique auquel on pense, c'est le scooter des mers, celui où on est assis dessus. Ça m'arrive d'en pratiquer, mais ce n'est pas celui que je pratique en compétition. Moi, c'est plus petit, je vais dire plus sportif aussi, plus technique. Et ça s'appelle le jet à bras. On est debout dessus. Donc, il y a toute une notion d'équilibre à avoir. Et après, en termes de sport, en fait, c'est un peu comme de la MotoGP, c'est-à-dire qu'on a un circuit sur l'eau et on part pour des épreuves de course. On est une vingtaine sur la grille de départ et le premier qui arrive après 20 minutes de course a gagné.
Loïc Ah oui, 20 minutes quand même.
Estelle 20 minutes de course, oui. C'est exactement le même format que les MotoGP. On commence le vendredi avec une pôle position. Donc là, ce n'est pas une course. On doit réaliser le meilleur temps sur le parcours. Et ça nous donne notre place de départ pour la première manche. Et ensuite, on a trois manches d'une vingtaine de minutes.
Loïc Ok. Ok, puis 20 minutes. Il y a le lien en description avec ton profil Insta. Mais s'il y en a qui veulent aller voir, j'ai regardé quelques vidéos dont celle que tu m'as envoyé là. Ça a l'air méga physique et hyper engagé. Donc, c'est pour ça que j'agissais un peu surpris 20 minutes. Je pense que tu dois être complètement rincé à la fin, non ?
Estelle Oui, c'est un sport qui est très, très complet. Déjà, on est dans l'eau, donc on ne peut pas respirer aussi bien que si on était en dehors de l'eau. On a souvent des éclaboussures, des choses comme ça. Les machines sont très puissantes. On prend de 0 à 115 km heure en moins de 4 secondes. Ah ouais ! Et en fréquence cardiaque, c'est hyper élevé. On est entre 180 et 200 quasiment pendant toute la manche. Donc, il faut s'entraîner, ça c'est sûr.
Loïc Oui. Mais c'est intéressant ce que tu dis par rapport à la moto. Parce que c'est tout de suite sur quoi ça m'a fait penser quand je voyais les vidéos où tu négocies des passages de bouées. Je ne sais pas comment tu appelles ça, si c'est des obstacles ou des portes. Mais en fait, comme en moto, tu es complètement hors du jet.
Estelle Oui, tout à fait. Pour pallier à la force centrifuge, finalement, c'est assez scientifique comme dans tout sport. On peut facilement ramener ça à la science, mais on se fait éjecter à l'extérieur, comme tu l'as dit, quand on prend des bouées, donc des virages plus ou moins serrés. Et pour compenser ça, on vient se déhancher à l'intérieur et mettre beaucoup d'appui sur l'extérieur du jet pour le faire accrocher dans le virage.
Loïc À l'inverse de la moto, par contre, je pense qu'en termes de vibration, tu dois vraiment prendre beaucoup plus dans les bras et les épaules que sur une surface type tarmac.
Estelle Je ne sais pas. Je n'ai jamais pratiqué de la moto sur circuit. J'ai fait de la moto, par contre, cross. Et je sais qu'au niveau des vibrations, j'ai trouvé ça plus important que nous sur l'eau parce que l'eau reste plutôt mouvant. Donc, c'est pareil, tout bouge. Mais la complexité du jet, c'est plus qu'un circuit de moto, il ne bouge pas. Chaque virage, ils vont être les mêmes. On va la prendre par cœur, etc. Et c'est vrai que nous, ça, c'est plutôt compliqué parce que d'un tour à l'autre, d'un virage à l'autre, il n'y a pas la même vague. Il n'y a pas le même courant, parfois, le vent. Toutes ces choses-là qui vont tout changer, en fait.
Loïc Puis, j'imagine que si tu te retrouves à partir avec X compétitrices devant, l'état du plan n'est pas tout à fait le même que si tu pars devant aussi.
Estelle Exactement, exactement. Et pareil, pour en revenir à la science toujours, mais quand on a une concurrente devant, l'eau est en mode folie, en mode tourbillon. Et forcément, ce que nous, on aspire de l'eau par nos machines, c'est le phénomène de turbine, en fait, pour avancer. Et forcément, quand on aspire de l'eau qui est déjà pleine d'oxygène, de bulles, etc., ça crée des interférences qu'il faut savoir adapter.
Loïc Oui. Si jamais il y en a qui n'ont jamais vu un jet ski de leur vie, ce n'est pas d'hélices. C'est un système d'aspiration. L'eau est aspirée.
Estelle Dans une turbine totalement protégée, donc on n'a pas accès à l'hélice. Et en fait, effectivement, il y a un système d'aspiration en dessous de la coque, quasiment sous nos pieds. L'eau rentre par là, est aspirée par une hélice autour d'une turbine qui est entraînée par l'arbre. Ça ressort un gros jet derrière, un débit très puissant qui permet à la machine d'avancer. Et cette turbine s'oriente via le guidon, ce qui nous permet de tourner.
Loïc Excellent. Bon, ben voilà pour les présentations brèves, en tout cas, de la discipline d'un point de vue technique. Donc, tu l'expliquais un peu plus tôt, c'est un peu une histoire de famille. Mais qu'est-ce qui fait que toi, t'as accroché en particulier, enfin toi en particulier, au point aujourd'hui d'en faire ton métier ? Qu'est-ce que t'as trouvé dans cette discipline ?
Estelle À la base, on y allait comme on allait faire une activité que toutes les familles peuvent faire le week-end. Nous, c'était le jet. Mon papa travaillait dans ce milieu. Donc, c'est vrai qu'on y allait se faire plaisir. On est au bord de l'eau. On était en famille, entre amis. C'est des super moments qu'on a passés étant petits. Une vraie école pour nous, je pense, de la vie de tous les jours. Et puis, on est tombés dans la compétition ensuite. Et le sport m'a plu parce qu'il y a cette adrénaline, cette sensation de glisse. Il y a une grande réflexion sur la partie technique, le pilotage. La partie sportive aussi qui m'a beaucoup plu. Les bons moments avec tout le monde. Et puis, après, l'envie de se dépasser et de remporter les courses est venue naturellement, je pense, par la famille aussi qui a cet esprit de compétition plutôt ancré.
Loïc Ah oui, c'est de famille, ça ?
Estelle Oui. Je pense aussi le fait d'être une fratrie. Forcément, quand on se met à jouer, etc., on se défie les uns les autres. Et je pense que ça a augmenté un peu à chacun notre envie, notre volonté à vouloir gagner à tout prix.
Loïc OK. Parce qu'aujourd'hui, dans la famille, il y a d'autres athlètes à haut niveau comme toi ?
Estelle Mes trois grands frères, oui, qui font du jet également et à haut niveau.
Loïc OK. Incroyable. Est-ce qu'il y a eu ? Oui, pardon, vas-y.
Estelle Non, non, on s'est tous suivis dans ce milieu-là et on a la chance de pouvoir être tous les quatre aujourd'hui au plus haut niveau de notre sport. Pas au même moment de nos carrières parce que mes frères sont plus âgés. Mais en tout cas, on a tous atteint le haut niveau et on est tous encore à se défier sur des challenges sûrement différents parce que nos carrières ne sont pas au même niveau. Et on est encore tous à fond dedans. C'est des chouettes moments qu'on partage ensemble.
Loïc Du coup, tu dirais que... Est-ce qu'il y a eu un point de bascule dans ta carrière ? En tout cas, quand tu as commencé la discipline, comment est-ce que tu en es arrivé aujourd'hui au statut de pro, finalement d'athlète de haut niveau ? Est-ce qu'il y a eu une épreuve en particulier, une année qui a été vraiment charnière ou ça a été finalement un peu un enchaînement de plein d'expériences qui font qu'aujourd'hui, tu en es là où tu es ?
Estelle Ça a été clairement un enchaînement, mais il y a quand même eu un point de bascule. Quand j'étais plus jeune, je le faisais vraiment pour m'amuser. Mes parents m'ont toujours, je pense, expliqué ou fait comprendre que ce serait difficile de vivre de mon sport parce que c'est un petit sport. Donc, je me suis à un moment donné concentrée sur mes études. J'ai fait une école d'ingénieur à Biarritz et je pratiquais quand même le jet en compétition, mais c'était très compliqué de lier les deux. Je l'ai fait. J'ai quand même remporté quelques belles courses et quelques titres comme ça. Et c'est surtout après l'école que je me suis dit j'ai envie de m'impliquer beaucoup plus dans mon sport, de construire ma vie autour de mon sport pour pouvoir m'entraîner plus parce que le niveau féminin, il a aussi beaucoup évolué. Je pense que j'ai participé à cette évolution, mais du coup, ça m'oblige aujourd'hui à m'entraîner bien plus qu'avant pour atteindre ce niveau-là. Et la bascule, elle a vraiment été faite, je pense, à la fin de mes études où je me suis dit, voilà, je vais organiser ma vie pour pouvoir m'entraîner plus et essayer de vivre de mon sport.
Loïc Waouh. Donc ça, c'était quelle année ?
Estelle C'était 2019.
Loïc 2019, ok. Est-ce que tu te rappelles un peu des grandes échéances, en tout cas des gros sujets que tu as mis en place au moment où tu t'es dit, je vais m'organiser différemment pour en faire mon job ? Ça a été quoi, les éléments clés, en tout cas dans cette première année, ou peut-être première, deuxième, troisième année ?
Estelle C'est un sport mécanique, donc c'est vrai que ce qui est... Ça coûte forcément des sous, même si c'est un des sports les moins chers, je pense, mécaniques qu'on peut avoir, ça coûte quand même des sous. Donc la priorité, ça a été de trouver un travail qui me permettait de me rémunérer suffisamment pour pouvoir compléter le budget dont les sponsors ne payaient pas forcément tout le budget de mes saisons, et aussi pouvoir organiser mon temps parce qu'une fois qu'on a le budget, il faut aussi avoir le temps de s'entraîner et de faire les compétitions, les entraînements, ces choses-là. Donc en sortant de l'école, j'ai monté mon entreprise dans mon domaine, dans le bâtiment. J'accompagnais les particuliers dans leurs projets de rénovation, donc rien à voir avec le sport. Ça m'a permis de me créer comme ça, autant sur le plan entrepreneurial que sportif. Ça me faisait un échappatoire dans les deux côtés, c'est-à-dire que quand j'étais au sport, à l'entraînement, en compétition, j'échappais entre guillemets au travail et quand j'étais au travail, ça me permettait de prendre du recul sur le sport. Et ça m'a permis pendant 2019-2020 de pouvoir me consacrer beaucoup plus, m'entraîner quasi quotidiennement et à côté, avoir le temps de me rémunérer, de trouver des partenaires pour faire la saison.
Loïc Du coup, ton job, tu faisais quoi exactement ? Tu étais une sorte de chef de projet pour des projets de rénovation ? Oui, exactement.
Estelle J'étais assistance à maîtrise d'ouvrage, donc j'aidais les particuliers à gérer l'ensemble de leurs projets de rénovation passant par la création des plans, la consultation des entreprises, les travaux. J'ai vraiment commencé en indépendante comme ça. Et après, je me suis, en 2020, je me suis associée avec mes deux frères. On a repris ensemble une société de menuiserie, donc là, ça a été un nouveau tournant pour moi. Je me suis vraiment plus, en fait, dans l'entreprenariat et j'avais envie de continuer d'avancer là-dedans. Mais le but, l'objectif principal, c'était mon sport. mais aujourd'hui, forcément, les moyens, on en a besoin de toujours plus pour que les jets soient plus performants, etc. Et je me suis dit, je vais continuer dans l'entreprenariat à me développer tout en continuant à organiser mon temps autour de mon sport en associant les deux. Donc, en 2020, j'ai repris une société de menuiserie avec mes deux frères. Et là, on s'est vraiment lancé dans des plus gros projets au niveau d'entreprenariat qui ont bien fonctionné, qui m'ont pris aussi beaucoup de temps et jusqu'à un moment donné où tu te demandes… À la base, l'objectif principal, il était le sport et l'entreprenariat prend tellement, passionne tellement et prend tellement de temps que c'est devenu de plus en plus difficile d'associer les deux, en fait, et de ne pas prendre les performances à l'un sur l'autre.
Loïc Écoute, on va rentrer dans les thèmes. hyper impressionnant que tu aies mené les deux de front. Et justement, ça faisait partie de mes questions. J'avais été demandé comment est-ce que cette formation, cette école d'ingé, elle te servait aujourd'hui dans ton approche du jet ? Je n'avais pas forcément pensé au fait que ça pouvait être quelque chose qui supportait ta pratique. Mais est-ce que tu dirais qu'il y a autre chose au-delà de l'aspect entrepreneurial, financier où tu as pu avoir les armes pour te lancer dans le domaine dans lequel tu t'es lancé ? Est-ce que cette formation en particulier, tu dirais qu'aujourd'hui, avec du recul, elle fait que tu as une approche peut-être particulière, tu vois, la patte un peu Estelle de la pratique du jet ?
Estelle Je pense, mais comme toute expérience qu'on vit, je pense que tout ce qu'on fait, de toute façon, ça a forcément une résultante sur qui on est, qui on devient et qu'est-ce qu'on fait aujourd'hui ou qu'est-ce qu'on va faire demain. Après, est-ce que cette école-là, cette formation-là qui m'a amenée là où je suis ? Je ne sais pas, je ne pense pas. Mais en tout cas, oui, elle a participé, ça dure cinq ans, une école d'ingénieur, j'ai rencontré des personnes super, j'ai été très bien formé sur beaucoup de sujets et oui, ça fait qui je suis, je pense, aujourd'hui en partie tout à fait comme toutes les autres expériences que j'ai vécues avant ou après d'ailleurs. Parce qu'au final, je ne travaille pas vraiment dans ce domaine-là aujourd'hui. je me suis plutôt orientée sur le côté entreprendre, développer des entreprises, même si c'est dans le secteur du bâtiment, ça m'a forcément aidée parce que c'était mon métier de base. Mais ce que je fais au quotidien, c'est plutôt de l'entreprenariat pur que du bureau d'études d'ingé en bâtiment.
Loïc Ok, donc il y a eu d'abord l'expérience où tu étais seule. Là,
Estelle j'ai plutôt appliqué mes études finalement.
Loïc Oui, ensuite la menuiserie avec tes deux frères. Voilà,
Estelle avec menuiserie, maçonnerie et quelques projets fonciers aussi avec mes deux frères. Donc là, beaucoup plus une vision d'entrepreneur, de chef d'entreprise avec des collaborateurs, des problèmes à gérer tous les jours, qu'on soit au travail ou qu'on ne soit pas d'ailleurs. Et tout ce que propose l'entreprenariat qui au final est très similaire au sport sur plein de sujets.
Loïc Oui, et donc ça, c'est encore ton activité aujourd'hui en dehors du budget. Oui,
Estelle c'est encore mon activité aujourd'hui. Donc là, ça va faire maintenant quatre ans. On a beaucoup évolué. Je pense que j'ai grandi aussi pendant ces quatre années-là parce que comme dans le sport, dans l'entreprenariat, on apprend à se connaître et c'est tous les jours un nouveau défi, un nouveau challenge. Et aujourd'hui, je suis plutôt sur une phase de ma vie où j'ai des opportunités qui me permettraient d'entreprendre différemment et de pouvoir justement vivre de mon sport quelques années. donc je suis plutôt dans une partie de ma vie où je me dis voilà, entreprendre, je sais ce que c'est, je sais faire et c'est passionnant. Mais aujourd'hui, c'est tellement passionnant que ça va me bouffer sur mon sport. Et j'ai 28 ans et j'ai encore des choses à montrer dans mon sport donc je n'ai pas envie de me bloquer tout de suite là-dedans. Et voilà, plus cette réflexion de faire une petite pause et de me consacrer à mon sport pendant deux ans et puis de revenir plus tard sur la partie business parce que je l'ai fait il y a 4 ans, je pourrais le refaire dans deux ans.
Loïc Ouais. Qu'est-ce qui fait du coup qu'aujourd'hui, tu pourrais potentiellement vivre de ton sport ?
Estelle Il y a pas mal de petits projets qui sont en train de se préparer, de se monter. Je ne peux pas forcément tout dévoiler.
Loïc Le teasing.
Estelle Voilà, tout dévoiler aujourd'hui. Je laisse le suspense. Mais j'ai pas mal d'idées derrière la tête. Et voilà, je pense que ça ne me promettra pas un avenir. Ça me permettra de vivre deux belles années dans mon sport, peut-être 3, peut-être 4, peut-être 5. Je ne sais pas ce qui m'attend. Mais en tout cas, voilà, de pouvoir me consacrer à ça et d'inspirer de plus en plus de femmes, notamment dans les sports mécaniques, ça m'inspire vraiment et j'ai envie d'y aller à fond.
Loïc Mais donc, ce qui fait qu'il y a ces opportunités dont on ne peut pas parler, c'est quoi ? C'est que la discipline a bien grossi, il y a de plus en plus d'expositions, de pratiquantes, etc. Ou c'est aussi le fait que tu as eu des résultats, que tu commences à... Enfin, que tu commences, que tu as un réseau qui est clairement établi et que tu es reconnu ?
Estelle Ouais, je dirais que c'est une composante de plein de petites choses. Il y a le moment aussi, c'est-à-dire que c'est le moment de le faire que ce soit dans nos business à côté, voilà, on est arrivé à un moment tournant où de toute façon, il fallait qu'on prenne certaines décisions qui facilitent ce choix-là. Il y a mon moment de la vie aussi où, comme je t'ai dit, voilà, je me retrouve... Soit je continue vraiment à développer mes business, mais forcément, je vais devoir mettre une petite pause sur ma carrière sportive. soit, au contraire, je me mets à fond dedans et effectivement, ça fait un an ou deux maintenant que je fais de très bons résultats. Je suis très, très bien entouré pour performer et un réseau qui s'est fortement développé avec effectivement le sport qui se médiatise un petit peu plus et l'envie de me consacrer à fond. Je ne sais pas si j'aurais été capable de le faire tout de suite. Tu vois, en sortant de l'école, de me dire, je ne travaille pas, je tente mon expérience quitte à vivre de rien entre guillemets, mais je tente à fond dans le sport. Je ne pense pas que j'aurais été capable de le faire à la sortie de l'école. Alors que là, je m'en sens entièrement capable parce que j'ai aussi grandi, évolué, vu ce que j'avais à voir et je sais que ça peut marcher.
Loïc pour qu'on se rende compte du coup, entre le matériel, on n'en a pas encore parlé mais tu disais que tu es bien entouré donc je suppose que tu as quand même une petite équipe derrière toi ou une équipe conséquente d'ailleurs, tu vas nous dire. Mais ça représente quel budget à l'année le fait d'être… D'ailleurs, tu dis quoi ? Tu dis jetteuse ?
Estelle Oui, on dit jet killeuse. Jet killeuse. Jet killeuse, pardon. Jet killeuse, ok. ou pilote, pilote de jet. Ok. On va trouver un peu des deux. Le budget pour une saison en fonctionnement classique d'une saison donc le prix des machines, il en faudrait deux, les transports, la mécanique, enfin vraiment toute la saison, je dirais que c'est entre 60 et 80 000 euros par pilote.
Loïc Ok. Ça, ça inclut ton équipe ? Oui, alors, oui,
Estelle là-dedans, oui, ça inclut quand même l'équipe, ouais. L'équipe, forcément, sport individuel, mais il n'y a vraiment jamais de sport individuel, surtout en sport mécanique, c'est le résultat de toute une équipe, même si à la fin, celui qui est sur l'eau, ça reste le pilote. C'est forcément un mécano, un ou deux assistants en plus pour les entraînements, les week-ends de compétition et après, l'équipe d'entraînement, donc un entraîneur, un kiné, etc., qui me suivent sur l'année.
Loïc Je m'attendais à plus que ça, tu vois, notamment pour la partie jet. De jet, tu m'aurais dit 50, 60 000 juste pour deux jets. Je n'y connais rien, mais ça ne m'aurait pas surpris.
Estelle Tu ne reçois pas ton jet, tu ne rachètes pas tout chaque année. Je te dis ça, mais une machine aujourd'hui, comme j'ai moi, très performante, c'est entre 30 et 40 000 euros pour une machine. Moi, je n'en ai qu'une actuellement parce que je n'ai pas le budget d'en avoir deux, mais si tu veux faire ta saison confortablement, il faut en avoir deux parce que quand les machines partent en Chine, en Indonésie pour les championnats du monde, pendant ce temps, toi, tu n'en as pas en fait. Elles partent souvent en bateau ou alors il faut trouver le budget pour que ça parte en avion, mais c'est plus compliqué. Et du coup, pendant deux mois, elles sont dans les transports, donc c'est un peu chaud à gérer. Mais chaque année, tu ne refais pas ta machine complète à neuf, donc c'est pour ça que je dis 60-80, tu es bien, si tu as plus, tu es encore mieux.
Loïc Oui, oui, c'est sûr.
Estelle Pour un sport mécanique, ce n'est pas très cher. Et surtout, si on ne casse pas et aujourd'hui, les moteurs sont de plus en plus fiables, ce n'est pas comme en voiture, en moto, où tu as les pneus, les plaquettes à changer tous les week-ends, etc. Nous, on n'a pas de consommable à proprement dit sur nos machines.
Loïc Oui.
Estelle On n'a pas de pneus à changer tous les week-ends
Loïc ou tous les courses. Et aujourd'hui, l'équipe dont tu t'entoures, elle est constituée de quelles spécialités et qui il y a derrière ?
Estelle Alors aujourd'hui, je suis dans un team avec un de mes frères, qui s'appelle Jérémy, team GWP Racing. Et on a Frédéric Parat, qui est le chef mécano, donc c'est lui qui monte nos machines, qui prépare les moteurs, qui gère vraiment la globalité sur les machines. On a un manager et qui nous assiste aussi tout le week-end ou lors des entraînements pour nous aider, qui est Didier Béchard. Mon papa et ma maman qui nous accompagnent quand même sur toutes les courses et mon papa qui est mon assistant principal, je dirais.
Loïc OK.
Estelle Un conseil qui m'aide au départ, qui prend aussi vachement de recul et qui m'aide à analyser les courses. C'est super top de partager ça avec son papa, entre parenthèses. Ma maman qui nous accompagne aussi. Et après, on a chacun un kiné, chacun un entraîneur. On n'a pas les mêmes. Mais voilà, ça fait une petite équipe, mais bien complète. Donc, un chef mécano, des assistants pour aider le mécanicien parce que quand il y a deux machines à gérer sur les mêmes week-ends de course, il faut être plusieurs. Et puis, pour nous assister au quotidien, Didier qui fait le lien et qui est plutôt là pour nous aider nous et qui fait le lien avec la partie mécanique.
Loïc D'accord. Et quand tu parles de compétition, c'est structuré comment ? Il y a une fédée, c'est des sortes de ligues un peu comme il n'y a pas longtemps, j'avais une cliff diveuse. Elle nous expliquait que le circuit mondial, en fait, c'est Red Bull qui l'a créé, qui a globalement créé la discipline. Toi, dans ton sport, c'est à peu près pareil aussi ou c'est vraiment établi en mode fédée ?
Estelle Non, il y a une fédée, internationale et nationale. Donc, en France, c'est la FFM, la Fédération Française de Motonautisme.
Loïc Ok.
Estelle Et en fait, tu as championnat de France, championnat régionaux, championnat de France, championnat d'Europe. et à chaque fois que tu vas participer à des compétitions, tu vas marquer des points qui vont faire un ranking, un world ranking, ils appellent ça. Et ensuite, les 15 premières filles au monde et les 15 premiers garçons au monde sont sélectionnés pour les championnats du monde qui se déroulent en 3 à 6 étapes partout dans le monde, chaque année.
Loïc D'accord.
Estelle Donc, plus tu fais de compétitions régionales, nationales, plus tu marques des points sur ce ranking-là. Et après, les 15 premiers s'affrontent sur le championnat.
Loïc Et du coup, toi, ton ranking de ces dernières années ?
Estelle Là, actuellement, je suis number one sur le ranking. Waouh ! Et les 2-3 dernières années, j'ai eu pas mal de malchance. Je ne me suis jamais blessée dans ma carrière et j'ai enchaîné deux grosses blessures ces deux dernières années. Et c'est peut-être ça aussi qui m'a poussée à me dire voilà, je me suis relevé de deux blessures. À chaque fois, je suis remontée au plus haut niveau, plus forte que ce que j'étais avant. Et je me dis en faisant que ça, entre guillemets, en consacrant 200% de mon énergie dans le sport, je peux tout exposer et je n'ai pas envie de regretter de ne pas le faire. Parce que c'est vrai que quand tu travailles, je mettais toute mon énergie dans le sport, mais le boulot me prenait quand même de l'énergie, du temps, et ce n'était pas forcément facile à jongler entre les deux. Et j'ai vraiment envie de tester, de voir ce que ça donne en me consacrant à 200%.
Loïc Oui. Tes deux blessures, c'était quoi ? Comment c'est arrivé ?
Estelle Alors, cheville, en 2022, du coup, première course de l'année en Corse, j'ai pris une vague. On n'a pas de frein sur les jets pour ceux qui en ont déjà fait. Je pense que vous vous en êtes rendu compte. pour ceux qui n'en ont pas fait, on ne peut qu'accélérer, mais on ne peut pas freiner. Ce qui nous freine, c'est simplement l'eau, donc il y a une certaine inertie. Je n'ai pas relevé la tête, il y avait une grosse vague, j'étais très vite, donc je suis monté en l'air très haut et à la réception, ma cheville a craqué, je me suis fait une fracture de la maléole. Donc, opération, enfin, saison foutue, c'était la première course. Je suis revenu au mois de septembre, j'ai eu la chance d'avoir accumulé beaucoup de points, donc j'étais déjà sélectionnée pour les championnats du monde quand je me suis blessée. Ça m'a fait manquer deux épreuves et je suis revenue pour la finale et j'ai fait deuxième, donc c'était trop cool. J'ai fait une saison 2023, ensuite, après cette blessure, une belle saison 2023 et cette fois-ci, à la finale du championnat de France, l'épaule m'avait avertie quand même quelques fois dans la saison. je me suis fait une rupture de ligament de l'épaule avec, enfin, elle s'est luxée complètement et donc, du coup, pareil, j'ai dû abandonner le championnat du monde. J'étais classé deuxième, je crois, quand j'ai abandonné pour me faire opérer de l'épaule.
Loïc Ok.
Estelle Et là, je suis comme neuve. Non, non.
Loïc C'est intéressant ce que tu dis, que tu es revenu à chaque fois, tu t'es rendu compte que tu es revenu encore plus forte qu'avant après chacune de ces deux blessures. tu arriverais à expliquer pourquoi ? Est-ce que c'est le fait que justement, le sport est manqué ou parce que tu as mis en place des protocoles, tu vois, qui ont été super efficaces ?
Estelle Première blessure, je l'ai vraiment pris comme, ok, comme par hasard, ça a été très compliqué pour moi ces dernières années en termes de logistique et tout ça parce que, ben, là, je te dis, je suis dans un team et franchement, c'est merveilleux ce que je vis et c'est pour ça que j'ai envie de le faire à 100%. mais il y a quelques années, c'était compliqué pour moi de faire préparer ma machine, j'étais avec un préparateur avec qui je ne m'entendais pas forcément, je n'avais pas l'équipe derrière et c'est un sport où tout seul, ben, c'est compliqué de faire grand-chose. Il arrive cette première blessure à ce moment-là, je la prends clairement comme un champion. Je me dis, voilà, ça va me donner un objectif, je me blesse au mois d'avril, fin avril, au mois de septembre, je veux participer au championnat du monde plus forte que jamais, ça m'a donné un challenge qui m'a poussée vraiment dans cette rééducation-là donc j'ai tout fait à bloc et j'ai adoré ce processus. Deuxième blessure, du coup, un an après, enfin un peu moins de, voici, un an après, ça a été un peu plus dur parce que là, c'était en fin d'année, j'étais bien classée au championnat, j'avais toujours ces problèmes avec mon préparateur donc je pense que, on le dit souvent, mais une blessure, elle n'arrive jamais au hasard. Bon, il y a cette blessure qui arrive, j'ai eu un peu plus de mal à l'avaler, on va dire, parce que, voilà, il y en avait deux d'affilée et pareil, en fait, je me suis retrouvée dans ce challenge, ça m'a permis de prendre le temps de m'organiser différemment sur mon équipe pour mon retour de blessure quoi et ce que j'aurais peut-être pas fait en étant, du coup, en continuant les compétitions, etc., à fond cette année-là. donc de remettre tout à niveau mes machines, etc. et ça m'a, pareil, donné cet élan de revenir plus forte que ce que j'étais, enfin, quand je me suis blessée quoi.
Loïc Bah écoute-moi, ça m'amène à la question suivante, par rapport, moi, dans ta réponse, j'entends, tu vois, finalement, c'est le mental qui a fait la différence, c'est ton approche de la blessure, enfin, des blessures et l'importance que tu as décidé de leur donner et toi, tu en as clairement fait un driver dans ce que tu expliques. Ouais,
Estelle c'est ça, clairement, c'est le driver en fait. Je pense que c'est le truc le plus important de la vie, c'est quand t'en a pas quoi. Quand t'en a pas, c'est là que, entre guillemets, tout s'effondre parce que tu ne sais plus pourquoi tu te lèves le matin finalement.
Loïc Ouais, complètement.
Estelle Et la blessure, en fait, là-dedans, c'est un driver facile. Donc, c'est horrible de se faire mal mais la blessure est un driver facile parce que, de toute façon, tu fais face à ce challenge-là et t'as pas d'autre choix que de te relever.
Loïc Donc,
Estelle t'as pas de questions à te poser, à te dire qu'est-ce qui va me driver. Là, tu t'es blessé. Donc, ce qui va te driver, c'est déjà pour toi te remettre à 100%. Après, tant mieux si tu peux reprendre la compétition à 100%, mais même pour son corps, quoi qu'il en soit, la première nécessité, c'est de se remettre de ta blessure. Et du coup, j'ai trouvé ça finalement des périodes entre guillemets faciles dans le sens où, voilà, t'as un objectif clair et net à atteindre.
Loïc Et sur les... Pour rester sur la partie mentale, sur tes épreuves, est-ce que t'as une préparation spécifique sur ce point-là ? Est-ce que t'as, je sais pas, par exemple, des rituels, tu vois, sur la ligne de départ ou des points sur lesquels tu te concentres particulièrement ?
Estelle J'ai pas vraiment des rituels, mais oui, il y a des choses que je fais très régulièrement. Je me suis fait aider déjà en 2020 pendant la période Covid, profiter de ce temps-là pour... Donc, on n'avait plus de compétition, on ne pouvait plus sortir de chez toi, chez soi, pardon. Et j'en ai profité pour travailler avec Pierre David, je ne sais pas si tu connais.
Loïc non.
Estelle Donc, de l'Académie de la haute performance qui est un peu de la performance. Ouais. Et donc, j'ai fait le programme avec Pierre au tout début, je devais faire partir des premiers athlètes, je crois, en tout cas, dans les premiers. Et depuis ce programme-là, il y a des petites choses que j'ai mises dans mon quotidien et que je fais tout naturellement aujourd'hui. Et après, bien évidemment, ma routine d'échauffement que j'ai travaillée avec mon kiné. qui est aussi mon préparateur physique pour le coup. Et vraiment, voilà, ça fait, donc j'ai 28 ans, j'ai commencé la compétition à 14, 14, 15 ans. Et je dirais, donc à partir de 2018, vraiment à haut niveau. Et pendant toutes ces années, j'ai eu le temps de trouver ce qui me convient et ça évolue, ça varie. Ce n'est pas toujours pareil.
Loïc Ok. Et sur le plan physique, sur quoi est-ce que tu dois travailler en particulier ? pour résister à ces trois fois 20 minutes du coup, le max que tu enchaînes.
Estelle C'est trois fois 20 minutes dans le week-end et on s'entraîne quotidiennement pour ça mais ce n'est jamais assez. C'est tellement, tellement, tellement demandeur que de toute façon, j'ai l'impression que peu importe comment on s'entraîne, après c'est ça aussi la compétition. De toute façon, on se pousse de plus en plus fort. plus on va s'entraîner, plus l'adversaire en face va s'entraîner aussi. c'est vraiment un échelon à la compétition, je trouve. Et on vient tout travailler. l'entraînement cardio est très important. Donc, tu vois, pendant la phase off de la saison, on va plutôt être sur du travail foncier. Pendant la phase où la saison a repris, on va plutôt être sur du fractionné et du travail cardio proprement parlé. et après, toute la partie musculaire qui est hyper importante également, de renforcement, d'explosivité, de puissance. Et ça, c'est sur toutes les parties du corps parce qu'on pousse beaucoup sur les jambes. On a besoin des bras aussi. On a besoin d'être très gainé. Donc, c'est un entraînement qui est très complet. Et moi, depuis deux ans, je me suis blessée. J'avais un kiné, enfin, un préparateur physique qui était kiné. Donc, quand je me suis fait ma première blessure, c'est devenu plus mon kiné que mon préparateur physique. Et du coup, aujourd'hui, là, c'est deux rôles et c'est vraiment top parce qu'on arrive vraiment ensemble à savoir quel point on doit appuyer. Moi, j'arrive à lui exprimer les faiblesses que je ressens quand je navigue. Et lui, il base des entraînements pour essayer de progresser sur ces zones-là.
Loïc Tu peux peut-être nous donner un exemple. Le dernier point, par exemple, sur lequel tu t'es senti moins forte en nave, c'était quoi et comment vous l'avez travaillé ?
Estelle En ce moment, l'exemple, il est parfait avec la blessure, mais comme je me suis blessée à l'épaule, j'ai des grosses faiblesses à l'épaule. J'en avais déjà, c'est aussi pour ça que je me suis blessée. Donc, on axe beaucoup nos séances sur des renforcements d'épaule, tout ce qui est scapulaire, tout ce qui tient l'homoplate aussi, qui tient l'épaule. Et je le ressens dans mon sport parce que course après cours, je me sens de plus en plus forte sur une épaule qui a été blessée. Enfin, je me suis fait opérer en septembre 2023. Ça va faire un peu de temps maintenant, mais ça a été presque plus long qu'une fracture à se remettre.
Loïc sachant que ça peut arriver dans les départs quand vous faites des mass start que vous partez tout ensemble, ça peut arriver qu'il y ait du contact entre les jets ou pas vraiment ? Bien sûr,
Estelle ça peut arriver. Ça reste un sport à mécanique et un sport à risque puisqu'on va vite et que ce qui est dangereux, ce n'est pas de tomber tout seul, mais c'est effectivement de se percuter entre adversaires. Et ça arrive, ça peut arriver.
Loïc Et là, vous êtes protégé comment ? Tu as une combi un peu spéciale ?
Estelle On est en combinaison intégrale en néoprène, mais ça, ça protège sans protéger. C'est une combinaison néoprène bien plus fine que les surfers. C'est du 2 mm à peu près. Par contre, on a un gilet de sauvetage avec une dorsale à l'intérieur pour protéger toute la partie dos. Évidemment, un casque intégral.
Loïc Ok.
Estelle Un casque intégral, chaussures, gants. On est quand même couvert de la tête aux pieds.
Loïc Oui, ok. Oui, mais bon, j'imagine que si tu te prends un jet qui monte à l'équivalent de plus de 100 km heure en 4 secondes sur le côté, peut-être une plaque avec un gilet ou pas.
Estelle Déjà, même tout seul, quand on tombe à 115 km heure dans l'eau, on ricoche. L'eau est presque comme du béton. Donc, là aussi, il y a un certain réflexe à avoir pour ne pas se faire démembrer, entre guillemets. Donc, tu te mets en boule, c'est ça ? Tu te mets en boule, oui, tout à fait. tu essaies de te mettre en boule, du moins. Après, ça se passe tellement vite que... Mais c'est vrai que... Pareil, je repense à la MotoGP. Eux, ils glissent. Quand ils glissent, en tout cas, ils arrivent à se laisser glisser. Donc, dans l'eau, on ne peut pas vraiment faire ça. On se fait direct un peu malmené parce qu'il suffit qu'il y ait une main, un coude ou quoi que soit qui rentre dans l'eau, ça fait un effet de catapulte, en fait, assez intense. Et après, effectivement, le choc avec un concurrent, ce n'est jamais très bon, généralement. Mais il y a peu de... Ça n'arrive pas souvent. Les contacts arrivent régulièrement puisque deux machines qui se touchent pour se doubler ou sur les départs, ça arrive très régulièrement. Après, les accidents, à proprement parler, ça arrive rarement, mais on en est conscient, en tout cas, et ça peut arriver comme dans tout sport mécanique. Je pense que la peur m'a dérangé quand j'étais plus jeune. Enfin, dérangé m'a bloqué, à mon avis.
Loïc La peur du contact ?
Estelle Oui, la peur du contact, forcément. J'en ai vu des accidents. Il y a eu un ou deux décès dans ma carrière, dont un sur lequel j'étais proche qui m'a impacté directement. C'est quelque chose qu'on y pense forcément dans les sports qu'on pratique. C'est vrai que plus jeune, ça m'a bloqué et c'est des choses sur lesquelles j'ai travaillé notamment avec Pierre.
Loïc Tu disais que cette peur, c'est quelque chose sur lequel tu as travaillé avec Pierre-David. Est-ce que le fait d'avoir toute ta fratrie qui est aussi dans le sport, est-ce que finalement c'est un avantage ? Est-ce que vous avez l'occasion d'échanger, de faire des partages d'expériences et vous tirer les uns les autres vers le haut ?
Estelle Oui, on partage beaucoup, mais par contre, très peu sur ce sujet.
Loïc Ok.
Estelle Ça a été plutôt tabou ce sujet-là. C'est compliqué parce qu'en fait, on a tous peur les uns pour les autres. Je dirais plus pour les autres que pour nous-mêmes. Moi, je sais quand je regarde les courses de mes frères, j'ai souvent, j'ai presque plus peur que quand c'est moi-même qui fais la course. Du coup, je pense que ça a créé un peu ce tabou sur cette partie-là, sur la partie peur en tout cas. Mais par contre, sur tout le reste, on échange beaucoup.
Loïc Et par curiosité, qu'est-ce qui fait que vous n'avez pas les mêmes préparateurs et les mêmes coachs ? C'est purement une question d'affinité ou qu'est-ce qui fait que ce n'est pas harmonisé ? Que ce ne soit pas les mêmes pour tout le monde ?
Estelle Déjà, on est nombreux, on est quatre. On est quatre au plus haut niveau. Comme je te le disais tout à l'heure, on est tous les quatre à être sélectionnés. Donc, mes trois frères chez les garçons et moi chez les filles, mais au plus haut niveau au championnat du monde. Et à un moment donné, on a pris des chemins différents avec des marques différentes de machines, des préparateurs mécaniques différents. Et forcément, ça t'oblige à t'organiser un peu chacun de son côté. Donc, Michael et Morgane, mes deux autres frères, sont plutôt indépendants, chacun de leur côté. Et nous, avec Jérémy, on s'est rapprochés sous la même équipe parce qu'on travaille pour la même marque qui est Fast Power Sport qui nous a pris en tant que pilote officiel de leur équipe et avec le même mécanicien. ça s'est fait très naturellement comme ça en fait.
Loïc OK. quand vous débarquez toute la famille pourée sur un week-end, ça doit être quelque chose quand même.
Estelle Les quatre
Loïc au plus haut niveau.
Estelle On se fait remarquer, ouais.
Loïc Tu m'étonnes.
Estelle Surtout que sur les courses nationales, moi, je cours avec les garçons parce que le niveau féminin, il n'est pas... En fait, les catégories sont en fonction des puissances, des sexes aussi également et des âges. Et en France, en tout cas, le niveau féminin, il s'arrête à une puissance inférieure de machine. Donc, moi, je cours avec les garçons pour pouvoir m'entraîner pour aller mondial avec les filles sur les puissances d'élite quoi. Et du coup, on court les uns contre les autres. C'est marrant. C'est moins marrant pour ma mère, je crois, mais c'est marrant.
Loïc Excellent. Donc là, du coup, tu disais bientôt, pas encore au moment d'enregistre, mais bientôt un an que la blessure, la dernière blessure est derrière toi. Est-ce qu'il y a des... Est-ce que pour toi, la convalescence, elle est 100% finie ou tu attends encore certains signaux pour te dire OK, là, c'est bon, je suis revenu justement encore plus forte qu'avant et mon épaule, il n'y a plus aucun sujet ?
Estelle Quand j'ai commencé la saison au mois de mars, donc je me suis fait opérer en septembre, au mois de mars, j'étais à cinq mois. Clairement, ce n'était pas du tout fini. J'ai fait la première étape des championnats du monde avec encore pas mal de sujets sur l'épaule, mais en tout cas, je m'en suis plutôt bien sortie. J'ai fait d'autres compétitions derrière et j'ai surtout continué à travailler à bloc avec mon kiné sur l'épaule. Et là, tu vois, je reviens de la deuxième épreuve des mondiaux qui était en Italie. Je suis rentrée mardi et je pense que là, c'est fini. En tout cas, je n'ai plus de douleur, j'ai encore quelques difficultés à l'étirement et en mobilité, mais ça ne m'a pas du tout dérangé ce week-end et j'ai l'impression d'avoir retrouvé toute ma forme, voire même mieux.
Loïc Excellent. Je reviens juste sur ce que tu expliquais plus tôt, le fait que ça aille maintenant, tu sens que c'est le bon moment pour te consacrer à 200% au jet. Au-delà de l'aspect performance-compétition, est-ce qu'il y a d'autres aspects, est-ce qu'il y a quelque chose en particulier que tu veux aller chercher ? Est-ce que tu as un objectif autre que performance pour cette phase de ta vie où ça va être du jet, du jet et du jet ?
Estelle Oui, en fait, clairement, je dirais que c'est même l'objectif numéro un, il est plutôt de me rapprocher d'un projet qui m'inspire au moment où je te parle. Et ce qui m'inspire aujourd'hui, c'est d'aider les filles à évoluer dans leur sport, dans des milieux qui parfois ne sont pas forcément destinés aux femmes, mais à quand même s'impliquer et performer là-dedans. Et j'ai vraiment envie de prendre cet élan-là et d'en faire profiter plein de gens. Et voilà, dans les business que j'ai développés, c'était chouette, mais c'était dans le bâtiment et aujourd'hui, ce que j'aime avant tout, c'est le sport et le sport mécanique notamment. Et j'ai vraiment envie d'aider d'autres femmes à oser prendre cette voie-là.
Loïc Excellent. Qu'est-ce qui te ferait dire du coup que ces missions réussies, est-ce que tu as des indicateurs en tête, des missions que tu veux lancer absolument par rapport à ce que tu viens d'expliquer, qui te tiennent vraiment à cœur pour être un peu plus précise ?
Estelle Pas forcément, pas forcément, mais... Non, je n'ai pas forcément de... C'est dur d'avoir des indicateurs dans ces choses-là, mais déjà, à partir du moment où il s'est déjà arrivé où on a une personne qui nous dit merci, grâce à toi, je me suis lancée et jamais je n'aurais pu le faire, c'est déjà réussi. et je me dis qu'en le démultipliant, ça serait encore mieux. Ça serait encore mieux et je pars du principe que la vie, c'est une succession de choix, tu vois, il faut en prendre, il n'y a pas de bon, de moins bon et là, je pense que c'est pour moi le moment de faire ce choix-là et on verra où ça me mène, mais en tout cas, ça m'inspire à fond et autour, en tout cas, c'est en train de s'organiser. Alors, est-ce que c'est moi ou pas qui est, comment dire, inspiré à ça, mais tout est en train de se monter autour pour me permettre de le faire, donc c'est plutôt cool.
Loïc Fabuleux. Fabuleux. Et en termes d'échéance sportive, là, sur 2024, qu'est-ce que tu vises ? Qu'est-ce qui arrive là ?
Estelle Là, on revient de la deuxième épreuve des mondiales et je suis deuxième à un point de la première place, donc la finale, c'est au mois de novembre en Indonésie et celle qui fait devant d'autres, elle est championne du monde donc c'est ça qu'on va aller chercher.
Loïc Excellent.
Estelle Et après, le challenge qui m'inspire pas mal aussi en ce moment, c'est, donc là, j'ai deux grosses compètes qui arrivent au niveau national du Jet Cross Tour où je courais avec les garçons et j'arrive de plus en plus à perfait au milieu des pros chez les hommes parce que du coup, nous, les filles, on a le droit d'aller courir chez les garçons mais les garçons, ils ne peuvent pas venir courir avec les filles et du coup, je me challenge là-dessus et j'ai bien envie de continuer à battre quelques gars, quoi.
Loïc Excellent. Ce qui serait bien cohérent avec ton projet d'inspirer les femmes à se lancer dans des sports. C'est ça.
Estelle C'est un peu comme ça. C'est ça qui m'est venu à l'idée. Au début, j'étais la seule à le faire et je vois que partout dans le monde, il y a de plus en plus de filles qui se mettent à le faire, à courir sur des machines plus puissantes et du coup, pour ça, elles courent avec les garçons et en plus, elles performent et du coup, je me dis, c'est trop cool. C'est trop cool.
Loïc Oui, carrément. Excellent. Écoute, Estelle, un grand merci. C'était passionnant d'en apprendre plus sur ton univers. Est-ce qu'il y a peut-être un dernier message que tu voudrais faire passer par rapport à tout ce qu'on a évoqué, quelque chose que tu veux souligner ou peut-être quelque chose qu'on n'a pas évoqué que tu voudrais...
Estelle Écoute, là comme ça, pas spécialement, merci à toi pour ces moments d'échange. C'était encore très sympathique. Non, qu'est-ce qu'ils pourraient en retenir ? Je ne sais pas, je suis un tournant un peu de ma vie en ce moment et ce serait marrant d'en reparler d'ici un an ou deux pour voir où je me trouve. Moi-même, je ne le sais pas encore mais en tout cas, c'était pour terminer là-dessus, c'est qu'on ne sait pas ce qu'on fera demain ni ce qu'on saura mais le chemin pour le prendre, je pense que c'est l'instinct qui nous guide.
Loïc Excellent. Écoute, pour une fois que la proposition à se faire un autre épisode vient de l'inviter et pas de moi, avec très grand plaisir, on se fera ça après l'Indonésie ou une fois qu'un an et demi, c'est peut-être pas mal comme ça. Tu auras certainement aussi avancé du côté de ton projet par rapport au sport féminin.
Estelle Il y aura pas mal de choses à dire. Oui, c'est clair.
Loïc Il n'y aura plus de secrets
Estelle ou il n'y en aura plus de moyens.
Loïc C'est ça. Écoute, Estelle, merci beaucoup. Rendez-vous pris et puis d'ici là, excellente préparation pour les championnats du monde.
Estelle Merci beaucoup.
Loïc Merci d'avoir écouté cet échange avec Estelle jusqu'au bout. J'espère que vous en aurez appris un peu plus sur l'univers du Jet à bras. Et de manière générale, que ce témoignage de parcours de frappés, à la fois entrepreneurs et sportifs de haut niveau, entre autres choses, vous aura particulièrement inspiré. N'hésitez pas à partager cet épisode autour de vous à un maximum de personnes. Et pour soutenir le podcast, de manière générale, vous le savez, le bouche à oreille est un excellent moyen de le faire. Donc, parlez des frappés, parlez-en, parlez-en un maximum de personnes. C'est comme ça qu'on pourra faire en sorte qu'encore plus de gens osent se lancer dans leur propre projet. Si vous souhaitez soutenir financièrement cette fois-ci le podcast, je vous le disais en introduction, ça se passe sur Tipeee, tipee.com slash les-frappés, autrement le lien est en description. C'est à partir de 1€ par mois et ça permet au podcast de maintenir son indépendance. Un grand merci pour votre fidélité. Je vous dis à la semaine prochaine pour un nouvel épisode dans lequel on va parler là aussi de sport mécanique, mais cette fois-ci sur Terre. Sous-titrage ST' 501 Sous-titrage ST' 501
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