Les Frappés Les Frappés
Saison 4 EP·159 Parcours de vie #Ironman #escrime #handicap

09 avril 2024

Handicap invisible et sport de haut niveau avec Simone Thiero

Durée · 1h01 · Transcription disponible

Simone

Le récit

Simone Thiero est une ancienne handballeuse professionnelle 🤾‍♀️

Elle a joué au plus haut niveau, en France et à l'étranger. Dans cet échange elle nous raconte ses débuts à 10 ans, sa progression et comment elle en est arrivé, 15 ans plus tard, à brutalement mettre un terme à sa carrière. Son parcours est celui d'une sportive de haut niveau : semé d'embuches, marqué par les sacrifices et un engagement total.

Mais Simone a un petit quelque chose en plus. Une complexité à gérer dont elle ne parlera ouvertement que 2 ans après la fin de sa carrière : elle est handicapée suite à une mauvaise manipulation médicale à sa naissance.

Comment devient-on sportive de haut niveau en handball quand on ne peut pas se servir de son bras droit ? Qu'est-ce qu'une carrière sportive aussi riche permet comme apprentissage ? Quelles sont les réalités du sport de haut niveau que les gens ne connaissaient pas ?

Autant de sujets sur lesquels Simone nous partage son point de vue !

Excellente écoute à vous !

🔎 Le livre de Simone étant auto-édité, il n'est accessible que sur Amazon ici.

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Transcription

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Simone Moi, il y a beaucoup de mouvements que je ne peux pas faire. Déjà, quand je suis très jeune, le bras, je peux très peu l'utiliser. Et ensuite, je n'ai pas de rotation externe. Par exemple, je ne peux pas tourner la paume de main vers le ciel. Donc, j'ai eu beaucoup de séances de kiné pour récupérer un peu, mais pas trop de changements. C'est vraiment quand je vais commencer le sport où je vais forcer sur le bras, je vais prendre de la force.

Loïc Vous écoutez Les Frappés, le podcast de celles et ceux qui se dépassent. Je suis votre hôte Loïc, ancien sportif de haut niveau en judo, coach préparateur mental et amoureux d'activités outdoor en tout genre. Ma conviction, c'est qu'on a tous un frappé au potentiel exceptionnel qui sommeille en nous. J'ai créé ce podcast pour vous faire découvrir des femmes et des hommes qui ont osé le réveiller. Mes invités sont des athlètes de tous niveaux, des aventuriers professionnels, des voyageuses au long cours, des entrepreneuses ou encore des militaires, des forces spéciales. Toutes et tous partagent dans mon micro des récits inspirants qui vont vous faire passer à l'action. Attention, une écoute régulière peut entraîner des changements positifs irrévocables dans vos vies. Simone Thierrot est une ancienne handballeuse professionnelle. Elle a joué au plus haut niveau en France et à l'étranger. Dans cet échange, elle nous raconte ses débuts à 10 ans, sa progression et comment elle en est arrivée 15 ans plus tard à brutalement mettre un terme à sa carrière. Son parcours, c'est celui d'une sportive de haut niveau classique, semée d'embûches, marquée par les sacrifices et un engagement total. Classique, oui, mais pas tout à fait parce que Simone a un petit quelque chose en plus, une complexité supplémentaire à gérer, dont elle ne parlera ouvertement que deux ans après la fin de sa carrière. Elle est handicapée suite à une mauvaise manipulation médicale à la naissance. Alors comment devient-on sportif de haut niveau en handball quand on ne peut pas se servir de son bras droit ? Qu'est-ce qu'une carrière sportive aussi riche permet comme apprentissage ? Et quelles sont les réalités du sport de haut niveau que les gens ne connaissent pas ? Autant de sujets sur lesquels Simone nous partage son point de vue. Excellente écoute à vous. Et juste avant ça, j'aimerais remercier toutes celles et ceux qui contribuent sur Tipeee au financement du podcast à partir de 1€ par mois. Vos contributions font une énorme différence. Merci à vous. Et pour celles et ceux qui voudraient les rejoindre, le lien est en description. Autrement, rendez-vous sur tipeee.com slash les-frappés. Allez, je vous laisse avec Simone. Avant qu'on se lance, j'avais une petite question. Est-ce que c'est toi qui as fait ta propre cover de ton livre ?

Simone Oui. C'est trop stylé. J'ai fait la couverture, la mise en page. Après, le petit dessin, c'est pas moi, c'est une amie. Ok. Et j'ai repris en fait son image et je l'ai intégré à ma couverture.

Loïc Génial. Mais on est d'accord que c'est toi de profil du coup ?

Simone Oui, c'est ça.

Loïc Franchement, elle est géniale ta cover. Et donc, tu es auto-édité.

Simone Oui, c'est ça.

Loïc Et c'est relativement simple en fait. C'est quoi les prérequis ? Tu dois envoyer le livre sous un certain format ? C'est quoi tout ça ?

Simone En fait, moi à la base, je comptais pas m'auto-éditer. D'ailleurs, au début, il y a eu le processus de recherche de maisons d'édition. J'étais en contact avec plusieurs maisons d'édition. Et après, j'étais bien avancée avec une maison d'édition. Et c'est vrai qu'arrivée à un moment, je me suis dit, bon, je vais me lancer seule. Donc, ça s'est fait très… En trois mois, j'ai dû tout faire. Tout ce qui était couverture, mise en page, tout ça. Et du coup, moi, j'ai décidé la facilité d'aller sur Amazon. Donc, je me suis mise sur la plateforme KDP. Et de là, j'ai lu en fait et j'ai suivi tout le process. Et non, c'est assez simple. Enfin, après moi, ça va. Enfin, je m'en sors bien. Tout ce qui est technologie et après, les mises en page, tout ça. Donc, voilà. J'ai fait tout le process qu'ils demandaient au final. Et c'est assez simple au final.

Loïc Donc, c'était en gros deux ans d'écriture, c'est ça ? J'ai lu quelques articles avant…

Simone Non, c'était plus six mois en gros pour l'écriture. Et en fait, là, ça faisait deux ans que j'avais fini d'écrire. Et là, en deux ans, j'ai eu le temps d'un peu peaufiner. Je recherchais une maison d'édition. Et aussi, je n'étais pas sûre de publier. Donc, j'étais en plein de réflexion. OK. Donc, voilà, deux ans pour savoir si je publiais ou pas. Et voilà.

Loïc Génial. Génial. Eh bien, écoute, Simone, en tout cas, je suis super content de t'accueillir sur le podcast. Ça va être un échange absolument génial. Merci beaucoup de t'être rendu dispo. Et écoute, ce que je te propose, c'est peut-être de commencer par le commencement. Donc, on va parler de plein de choses, mais quand même, je pense principalement de sport, de sport de haut niveau, de handicap, de la réalité. On évoquait ton livre juste avant, de la réalité de la vie des sportifs et sportives de haut niveau qui est peut-être bien loin de ce que la plupart des gens imaginent. C'est ça. Donc, voilà, on va parler de tout ça. Peut-être commençons par le commencement. Ton rapport au sport, l'entrée du sport dans ta vie, en tout cas, de manière un peu sérieuse, on va dire, ça remonte à quand ?

Simone Bah, moi, je vais m'inscrire en club à l'âge de 10 ans, donc dans un club d'handball à Massy. C'est là où je vais vraiment découvrir le sport en club, enfin, ce que j'avais jamais connu avant. Et par la suite, je vais m'inscrire aussi en rugby. Enfin, ça, c'est quand je vais rentrer au collège. Donc, je vais être en section sportive rugby à Massy aussi. Donc, je vais faire les deux, handball et rugby. Ok.

Loïc Et tout ça, c'était poussé par quoi ? Par un contexte familial où il fallait faire du sport ? Ou c'est toi qui étais très active et qui voulait te dépenser ? Ou tu as suivi des copines ? Ça s'est passé ?

Simone Non, pas du tout. En fait, ma grand-mère, en effet, enfin, ma famille, elle voulait que tous les enfants fassent du sport sur une année. Donc, moi, j'ai choisi le handball sans vraiment connaître. J'en avais jamais vu à la télé. J'en avais jamais fait à l'école. J'avais juste un oncle qui faisait du handball. Donc, c'est la seule chose que je connaissais du handball. Donc, on m'a inscrit et j'ai tout de suite accroché. Donc, je suis restée, ouais. Après, non, enfin, je suis arrivée dans un club. Ma 6, c'est un club de garçons. Donc, il n'y avait que des petits garçons. Donc, non, ce n'était pas qu'un groupe de copines. Je suis vraiment allée comme ça et j'ai bien aimé.

Loïc Je trouve ça toujours fascinant d'en apprendre plus sur les tout débuts, tu vois, de parcours comme le tien, parce que tu as été sportive de haut niveau. On va parler un peu plus tard de ton palmarès, de tout ce que tu as fait. Mais finalement, c'est toujours marrant de comprendre comment tout ça a commencé. Parfois, c'est une rencontre, une conversation, une photo dans un magasin, tu vois. Et toi, une grand-mère qui vous pousse à faire du sport et ça débouche sur une carrière incroyable.

Simone Bah, c'est ça parce que même par rapport au rugby, je ne comptais pas faire du rugby. Et c'est vrai qu'en fait, l'entraîneur faisait des sensibilisations dans les écoles et il était passé dans mon école et son discours m'a vraiment plu. Et je me suis dit, ah non, mais l'année prochaine, je vais m'inscrire au rugby, alors que je faisais déjà du handball. Et juste par rapport à son discours, ça m'a fascinée et j'ai trop voulu faire du rugby. Donc voilà.

Loïc Comme quoi, ne jamais sous-estimer l'impact qu'on peut avoir sur les gens, même si on ne s'en rend pas compte, même si c'est inconscient. Mais c'est incroyable. Ok, donc le début du hand à 10 ans. Massy, c'est dans l'Essonne, c'est ça ?

Simone C'est ça, dans le 91, l'Essonne, Banlieue Sud.

Loïc Banlieue Sud, ok. Si on fait une espèce d'accéléré à 18 ans, donc tu deviens professionnelle. Ouais. Ça correspond à quoi le passage dans le monde pro ? Qu'est-ce qui change en fait dans ta pratique notamment ?

Simone Bah, avant d'arriver à 18 ans dans le monde pro, le plus grand cap, c'est à 14 ans quand je rentre en sport et études. Parce que là, je rentre en sport et études, je reste 4 ans en sport et études. C'est là où je vais rencontrer le haut niveau. Je vais rencontrer le haut niveau, donc c'est des entraînements tous les jours. Il faut associer tout ce qui est scolaire à cela. Donc, c'est vraiment un changement de vie. C'est là où je rencontre vraiment le haut niveau. Donc, ouais, pour moi, c'est vraiment un changement. Ça n'a plus rien à voir avec ma petite vie à Massy. Là, on rentre dans le vif du sujet parce que par la suite, il va y avoir des sélections pour l'équipe de France Jeunes. Je vais intégrer un club professionnel alors que j'ai 16 ans, même si je ne suis pas encore professionnelle. Donc, je vais faire mes premiers matchs à ici Paris Handball à 16 ans dans un club, enfin dans une équipe professionnelle. Donc là, ça change. Et c'est vrai qu'après, à 18 ans, sortie du sport et études, là, il faut trouver un centre de formation ou un contrat pour continuer.

Loïc 14 ans, donc l'entrée en sport et études. Est-ce que tu dirais que c'est là que peut-être l'aspect du sport de haut niveau que les gens connaissent moins est rentré dans ta vie ? C'est-à-dire le fait d'être loin de sa famille, le fait scolairement d'avoir un parcours qui est adapté, donc différent. Enfin, globalement, tu n'étais plus dans un cadre typique d'adolescent, d'adolescente de 14 ans.

Simone Non, plus du tout parce que la semaine, on est en internat, on est en sport études. Donc, ce n'est plus du tout comme quand j'étais au collège avec mes copines le mercredi après-midi. Là, c'est entraînement tous les jours. Et quand on rentre le week-end, c'est des déplacements pour les matchs. Donc, on n'a plus du tout la même vie que les autres adolescents.

Loïc Et ça, tu le savais avant d'entrer en sport études ? Enfin, tu en avais conscience, je veux dire ?

Simone Non, pas du tout. Moi, franchement, quand déjà on vient nous approcher, ma mère et moi, pour entrer en sport études, je ne savais même pas ce que c'était. Je ne comprenais rien. On allait aux détections, enfin, sur les journées de détection, tout ça, mais on ne comprenait pas trop ce qui se passait. On y allait, on découvrait, on me parlait du pôle, du pôle. Je ne comprenais même pas ce que c'était le pôle. Donc, non, c'est vraiment, c'était une découverte de A à Z, tout ce parcours.

Loïc Et comment tu l'as géré, ce choc ? Alors, je ne sais pas si toi, tu utiliserais ce terme, mais… Enfin, tu vois, moi, j'avais fait le choix de ne pas rentrer en sport études pour des raisons scolaires. Mais la chance que j'avais, c'est que j'avais des gens autour de moi qui avaient fait du sport au niveau et donc qui comprenaient un peu comment ça fonctionnait. Et donc, j'avais pu faire un choix en amont, tu vois, décider de ne pas y aller. Mais je pense que si je n'avais pas eu ces gens-là, en fait, j'aurais fait comme toi. On m'aurait dit le pôle France. « Ok, d'accord, il faut aller dans le lycée, quel collège, j'y serais allé, tu vois. » Donc, moi, je n'ai pas eu ce choc parce que c'était difficile, mais je restais dans un cadre familial. Tu vois, tous les soirs, je rentrais chez moi, machin. Mais toi, à quel moment est-ce que tu as compris tous les changements qui allaient arriver dans ta vie et comment tu les as digérés, on va dire ?

Simone À ce moment-là, moi, mon oncle, il fait du handball, il m'a dit « Ah, trop cool. Ça va être une école comme Undo Stres. » Enfin, Undo Stres, c'était la série à l'époque que les adolescents regardaient, voilà, des danseurs dans une école à l'internat et qui faisaient leurs études, la danse, tout ça. Donc, en fait, c'était le seul exemple que j'avais. Donc, moi, je me suis dit « Ah ouais, trop cool et tout, ça sera comme Undo Stres. » Donc, voilà, j'y vais, je suis trop contente. Et après, quand j'y arrive, tout de suite, j'accroche, moi, avec le sport étudiant. Je suis là, j'arrive dans un groupe de filles, on est 15, 15 filles. Après, moi, j'étais dans le Creps de Châtenay-Malabry. Il y a 200 athlètes, donc il y a plusieurs sports confondus. Donc, moi, ouais, quand j'arrive, j'adore cette ambiance, quoi.

Loïc Ok, donc, ok. C'est vrai que tu vois, là, c'est intéressant aussi, parce que ma question était, du coup, biaisée, je me rends compte. Toi, c'est quelque chose que tu as finalement très bien vécu, l'éloignement avec la famille, le fait d'être…

Simone Oui, après, nous, les pôles, il y en a plusieurs en France. Dans chaque région, il y a un pôle. Donc, moi, j'habite en Ile-de-France, donc j'étais en région Ile-de-France. Donc, je n'étais pas loin de chez ma famille, même si je ne les voyais pas plus que ça, mais je n'étais pas loin. Et ça dépend. Par exemple, il y a des pôles France dans d'autres sports. Et c'est vrai qu'il y a des gens qui venaient du sud. Et là, dès l'âge de 12 ans, 14 ans, il y a vraiment une longue distance avec leur famille. Et ils ne rentraient que pendant les vacances. Alors que moi, tous les week-ends, quand même, je rentrais chez moi.

Loïc Oui.

Simone Oui.

Loïc Oui, c'est sûr que tu étais au moins dans la même région. Je crois que d'ailleurs, je suis quasi sûr que le sport-études pour le judo à Marseille… Je suis quasi sûr que c'est les handballeurs qui sont avec les judokas. Quasi sûr.

Simone Ah oui ?

Loïc Il faudra vérifier. C'est vrai. Ok. Alors, on n'en a pas encore parlé jusqu'à présent. Mais en tant qu'handballeuse, enfin en tant que femme, tu avais une petite particularité, une différence. Est-ce que tu peux nous en dire plus ?

Simone Oui. Du coup, c'est vrai que moi, j'ai fait toute ma carrière dans le secret de mon handicap. Donc, je suis en situation de handicap que je n'ai jamais dit tout au long de ma carrière parce que je ne voulais pas que ma progression soit remise en cause. Et du coup, j'ai eu un arrachement du plexus bracal à la naissance. Donc, c'était un accident. Le médecin, il a trop tiré sur le bras. Donc, mon bras a cassé. En fait, c'est des nerfs du plexus bracal. Il y en a cinq. Moi, il y en a deux qui ont été touchés. Celui qui gère l'épaule et le coude. Donc, je garde une paralysie partielle sur le bras droit. Ensuite, pendant ma carrière, même dès que je rentre en sport-études, les gens, ils voyaient ma différence. Ils voyaient que j'avais mal au bras. Mais ils ne pouvaient pas se dire que c'est un handicap. Et moi aussi, de mon côté, je n'utilisais pas le mot handicap.

Loïc Et dans ta famille non plus ?

Simone Dans ma famille, ils le savaient vu qu'ils m'ont vu naître. Donc, ils savaient le problème que j'avais. Ils savaient que mon bras était cassé. Ils m'ont vu aller au kiné depuis la naissance. Beaucoup de séances de kiné. J'ai eu deux opérations à l'âge de 7 et 8 ans.

Loïc Mais eux, ne qualifiaient pas ça de handicap ? Je veux dire, quand ils te parlaient, quand ils… Tu vois, tes plus petits souvenirs d'enfants, est-ce qu'ils te disaient que tu étais handicapé ?

Simone Non. En fait, dans ma famille, ça ne parlait pas plus que ça en français. En fait, ma famille est d'origine malienne. Donc, ça parlait beaucoup en Bambara. Et la traduction, on va dire, pour dire ça, enfin, ils disaient « mal au bras ». Donc, il n'y a pas de traduction pour dire « handicapé ». Donc, voilà. Donc, non, ils parlaient « mal au bras », « mal au bras ». Mais voilà. Mais après, moi, comme j'ai beaucoup grandi avec ma grand-mère et ma mère, donc oui, elle savait très bien mon problème, tout ça. Et d'ailleurs, quand le handball, ça commence à devenir sérieux, ma grand-mère, elle voulait toujours que j'arrête par rapport à mon bras, ouais.

Loïc Ok. Et donc, concrètement, qu'est-ce que ça implique, cet arrachement, enfin, ce que tu as eu à la naissance ?

Simone Moi, il y a beaucoup de mouvements que je ne veux pas faire. Bon, déjà, quand je suis très, très jeune, le bras, je peux très, très peu l'utiliser. Donc, j'ai eu beaucoup de séances de kiné pour récupérer un peu, mais bon, pas trop, trop de changements. C'est vraiment quand j'ai commencé le sport, où là, je vais forcer sur le bras, je vais prendre de la force, le bouger tous les jours. Là, je vais pas mal récupérer sur le bras droit. Et ensuite, les mouvements où il y a la paralysie, c'est que je n'ai pas de rotation externe. Par exemple, je ne vais pas tourner la paume de main vers le ciel. Après, je ne vais pas ramener la main dans le dos, enfin, plein de petites choses comme ça. Mais aujourd'hui, quand même, c'est à force d'avoir joué au hand, faire du sport en tout cas, comme tout le monde. Ça m'a bien bougé le bras et ça n'a plus rien à voir avec quand j'étais beaucoup plus jeune.

Loïc J'ai lu dans un article, une interview que tu as faite, que… En fait, c'est ce qu'a Jamel Debbouze, c'est ça ?

Simone Alors oui, Jamel, on a la même pathologie. Lui aussi, il a un arrachement du plexus bracal. Après, ce n'est pas le même accident et lui, c'est une paralysie totale, si je crois bien.

Loïc Ok.

Simone Je crois bien que c'est total, oui.

Loïc Ok. Du coup, tu es devenue gauchère dans la vie de tous les jours, pas que au hand, par obligation, en fait ?

Simone Oui, c'est ça, c'est ça. Gauchère, sachant que moi, dans ma famille, tout le monde est droitier. C'est très, très mal vu d'être gauchère par rapport à mes origines, par rapport à ma religion, tout ça. Donc, il n'y a pas de gauchère. Et c'est vrai que quand j'étais plus jeune, j'avais du mal à gérer tout ça. On me demandait tout le temps pourquoi j'étais gauchère, même quand je vais au Mali. Mais encore maintenant, on me demande toujours pourquoi je suis gauchère.

Loïc Ah oui ?

Simone Il faut que je me force à manger de la main droite. Et personne n'arrive à comprendre. Mon bras, il est là, en fait. C'est visible. Et ceux qui ne se voient pas, ne se comprennent pas. Donc, moi, les gens, ils n'arrivent pas à comprendre mon handicap.

Loïc Le handicap invisible. C'est ça, le handicap invisible. Oui. OK, c'est intéressant ce que tu dis sur le fait que tu le… Tu dirais, à quel âge est-ce que tu as vraiment compris que tu avais cette différence ? Et à quel âge est-ce que tu as décidé de le cacher, en tout cas dans le cadre du hand ?

Simone Alors, j'ai toujours pris conscience de ma différence parce que quand j'étais jeune, je n'arrivais pas à bouger le bras. Je voulais vraiment… En fait, je voulais qu'on m'enlève ce bras. J'avais tout le temps mal. J'ai tout le temps à l'hôpital. J'avais l'impression d'être tout le temps à l'hôpital. Après, ce n'est pas dans le sport que j'ai décidé de le cacher. En fait, ce n'est pas que j'ai décidé d'en cacher. Même dans ma vie de tous les jours, je ne disais pas, oui, je suis handicapée. C'est juste… Moi, je ne reparlais pas. Je vivais ma vie normalement. Même encore aujourd'hui. Je n'ai pas besoin de dire aux gens, je suis handicapée. Je vis ma vie normalement. Et si on me pose la question, là, je vais répondre en disant, oui, j'ai eu un arrachement du plexus oracal. Donc, je suis en situation de handicap. Mais c'est vrai qu'en fait, moi, dans la vie de tous les jours, que ce soit sport ou pas, je n'en parlais pas plus que ça. C'est plus les gens qui me posaient la question.

Loïc D'accord. Ok.

Simone Oui.

Loïc Mais si tu en avais parlé plus tôt, tu penses que ça a eu un impact sportivement là sur ta carrière ?

Simone Ah oui. Non, mais moi, je suis convaincue que ça allait remettre en cause ma progression. C'est pour ça. Enfin, dans mon livre, il y a deux témoignages de personnes en situation de handicap que j'ai connues dans le monde du handball très, très jeune, à 14 ans. À mes yeux, ils étaient très, très forts. Et eux, leur handicap se voyait beaucoup plus que moi. Et c'est vrai que je ne les ai plus jamais revus dans le monde du haut niveau. Je n'avais même plus de contact avec eux. Donc, je les ai recherchés. Oui, je les ai recherchés, ces personnes-là, pour avoir leurs témoignages dans mon livre. Et savoir si leur différence a remis leur progression en cause. Donc, ces personnes-là, elles répondent. Et je comprends que oui, clairement. Donc, moi, je me dis heureusement que je ne l'ai pas dit. Et même si je l'avais dit et que ça n'avait pas remis ma progression en cause, parce que quand je vais arriver en Allemagne sur la fin de ma carrière, je le dis assez facilement. Je parle assez facilement de mon accident. Mais en même temps, on me le demande aussi. C'était la première fois qu'on est dans un club professionnel. On me le demandait. Et non, et aussi dans le monde du sport, on a très, très vite des étiquettes. Donc, dans le monde du handball, tout le monde se connaît. J'allais être Sémantiero, celle qui a handicapé. Donc, non, moi, je ne voulais pas de ça. Je faisais ma petite vie. Même sans ça, même sans que moi, je le dise. En fait, ça parlait déjà sur moi. Ça parlait déjà derrière mon dos. Et ça parlait déjà de mon bras sans que je dise ça. Donc, voilà. Donc, je n'allais pas leur donner matière pour parler plus.

Loïc Oui. OK. Parce que, je veux dire, au sein d'une équipe sur un terrain, au-delà du fait que, du coup, tu jouais en tant que gauchère, il y avait vraiment une différence dans la manière dont tu jouais ?

Simone Je ne pense pas qu'il y ait une grosse différence. Mais ça se voyait, ma façon de courir, tout ça. Et après, quand on avait des séances de musculation, moi, je ne pouvais pas faire tout comme tout le monde. Il y a plein de choses que je ne pouvais pas faire. Donc, oui, les joueuses, les entraîneurs, ils voyaient mon problème. Et c'est vrai que ça m'arrivait d'être dans des équipes où j'avais beaucoup de réflexions, beaucoup de moqueries par rapport à ça. Parce que, voilà, les gens, dans leur tête, ils ne pouvaient pas savoir que c'était un handicap. Donc, voilà. Aujourd'hui, si je refais mon parcours et je dis que c'est un handicap, les gens, ils n'allaient pas se moquer de moi. Mais là, le fait que je ne dise pas clairement que c'est un handicap, les gens se permettaient de me faire des réflexions, se moquer, faire des blagues.

Loïc Ouais. Ce qui est… Alors, je n'ai pas encore eu la chance de lire ton livre, qui est d'ailleurs, je ne sais pas si on l'a précisé, mais qui s'appelle, qui est intitulé « L'image du sportif français ». Non. « Du sportif français, du sportif parfait, pardon. » C'est ça. « Du sportif parfait ». C'est ça. Qui est sorti tout début d'année, le 4 janvier, c'est ça, 2024 ? Ouais, c'est ça. Donc, qui est auto-édité, ce qui veut dire que c'est uniquement sur Amazon qu'on peut l'acheter, c'est ça ? Oui, c'est ça. C'est le principe de l'auto-édition. C'est-à-dire que si j'ai bien compris le principe, tu me corriges, mais il est imprimé à chaque fois que quelqu'un le commande. Il est imprimé à la demande. Ouais, à la demande, c'est ça. Donc, allez regarder l'image du sportif parfait. Le lien est en description. Par contre, j'ai lu pas mal d'articles, d'interviews que tu as pu réaliser. Ce qui m'a surpris à chaque fois, c'est ce que tu expliquais. Et donc, on rentrera un peu dans le détail, mais en gros, tu as eu plusieurs sélections nationales avec plusieurs pays différents. Et tu as notamment joué en Allemagne. Et tu disais, tu l'as évoqué juste un peu plus tôt, que c'est la première fois qu'en gros, une équipe d'encadrement sportif t'asseyait et te posait clairement la question les yeux dans les yeux. Qu'est-ce qui se passe ? Tu as des gestes qui sont un peu différents, etc. Qu'est-ce que tu as ? En fait, ça paraît fou parce que autant, tu vois, tu es coéquipière. Tu peux dire, bon, à l'adolescence, tu vois, ou même jeune adulte, tout le monde n'est pas, voilà, ça n'excuse absolument rien. Évidemment, mais tu vois, tu peux dire, bon, tout le monde n'a pas la maturité. Il peut y avoir encore un peu des comportements stupides, des blagues, machin. Mais que le staff composé d'adultes, tu vois, enfin, j'imagine que tu voyais un max de kinés, de préparateurs physiques, que personne ne se soit dit. Simone, on va aller lui poser deux, trois questions parce que ça se... Enfin, si tu dis que ça se voit quand tu courais, je ne sais pas, ça me paraît aberrant, quoi. Comment tu l'expliques aujourd'hui, ça ?

Simone Surtout qu'en musculation, quand tu ne peux pas faire tel ou tel exercice, je ne comprends pas comment tu ne peux pas te demander à ta chose qu'est-ce que tu as, qu'est-ce que tu as eu, c'est quoi ton accident.

Loïc Surtout si c'est permanent et que ce n'est pas un truc, tu vois, on peut tous... Enfin, moi, j'ai fait du niveau moins lent autant que toi, mais tu vois, tu as toujours des phases où tu es un peu blessé, machin, mais tu me dis, quoi. Tu dis, ben non, mais là, je me suis fait ça à l'épaule, donc pendant deux semaines, je ne peux rien faire, tu vois. Mais là, c'était permanent, en fait.

Simone Par rapport à mes kinés, eux, ils ont toujours su, parce que quand j'allais, moi, j'étais tout le temps chez le kiné, j'étais tout le temps, tout le temps chez le kiné, donc c'est vrai que je me liais beaucoup d'amitié avec mes kinés. Eux, ils connaissaient ma vie, quoi. Enfin, chez le kiné, on a le temps de parler, on est posé. Donc voilà, mais c'est vrai que mes entraîneurs, non, ils ne se sont jamais assis avec moi pour savoir ce que j'avais. Donc peut-être, oui, ils assimilaient ça avec une personne, comme les gens qui se sont refaits les croiser, qui reviennent de croiser. Peut-être dans leur tête, c'était ça. Enfin, je lui ai fait quelque chose à l'épaule, je me suis fait opérer de l'épaule et voilà, ça s'arrête là. Donc comme tous les sportifs, on joue toujours blessé, on a toujours mal quelque part, peut-être eux, ils pensaient que c'était ça. Mais jusqu'à aujourd'hui, je ne sais pas, je n'ai pas vraiment de réponse. Et c'est vrai que d'une région à une autre, c'est différent. Quand j'étais en région centre, on parlait tout le temps de mon bras, j'avais tout le temps des moqueries, tout le temps des réflexions. Et quand je suis arrivée dans le sud, plus rien. Clairement, je me suis dit, ah, peut-être en grandissant, ma différence se voit de moins en moins. Donc, on ne me posait plus du tout de questions sur mon bras, plus rien, enfin, pas de réflexion, rien du tout. Jusqu'au jour où on me demande, une fille que je ne connaissais même pas, une adversaire, qui me dit, oui, mais apparemment, tu joues avec un bras mort. Donc, quand elle m'a dit ça, je me suis rendue compte, ah bah si, en fait, ça a continué à avoir des questionnements sur moi, mais derrière mon dos, enfin, on ne me posait pas la question clairement. Donc, je ne sais pas si les entraîneurs, c'était pareil, je ne sais pas, ils avaient peur de me demander. Mais bon, quand on est dans un sport de haut niveau comme ça, je pense qu'il faut demander les antécédents de ces jeux, aux gens handicapés ou pas. Et après, pour ma part, moi, franchement, je ne ressentais pas plus que ça le besoin d'en parler. mais c'est vrai qu'on est à ce rythme-là. Je pense que c'est important de savoir ce qu'à ta joueuse.

Loïc Oui. Oui. Ça paraît… Enfin bon.

Simone Pour bien travailler aussi, pour bien travailler.

Loïc Non, non, mais c'est ça, oui. Si ton objectif, c'est d'amener ton équipe au meilleur niveau, il faut prendre en compte les particularités de chacun et donc il faut s'intéresser à l'historique des Indes. Enfin, je ne sais pas, ça paraît…

Simone Oui, voilà, mais ça, c'est encore autre chose. Oui, oui, oui. Je pense que le handball, ce n'est pas encore assez structuré. Il y a plein de choses qui ne vont pas. C'est compliqué encore.

Loïc Oui. Tu sais, alors je ne sais pas si c'est rassurant ou pas. J'allais dire si ça peut te rassurer. Je ne sais pas si c'est vraiment rassurant ou pas. Mais en fait, je crois que c'est un peu dans tous les sports. Et j'ai eu pas mal d'invités sportifs ou sportifs de haut niveau dans plein de disciplines différentes. Tu vois, de la voile en passant par les scrims, lancers de javelots. Le judo et autres. Et en fait, c'est quand même un peu le même constat partout. J'ai l'impression. Donc, je ne sais pas si c'est que le sport français doit encore se structurer. Je n'en sais rien. Je ne sais pas.

Simone Si, je pense.

Loïc Je pense.

Simone Non, mais par exemple, je vais te dire, ils ne m'ont jamais posé la question par rapport à mon handicap, par rapport à mon bras. Mais clairement, parfois, par exemple, moi, j'ai toujours continué mes études en même temps que le handball. Et j'avais cours le matin. Entre midi et deux, j'avais entraînement. Et après, j'avais encore cours. Mes entraîneurs, ils ne se posaient pas la question. Est-ce qu'elle a mangé ? Est-ce que leurs joueurs, ils ont mangé ? Pourtant, ça fait des années quand même qu'on parle de l'alimentation. Ce n'est pas nouveau. Même en dehors du sport, on sait que c'est très important. Mais ils ne vont pas se dire, tiens, il faut leur laisser 45 minutes pour manger entre les deux. Là, je parle en pro, pas en sport-études. Moi, justement, je trouve en sport-études, quand on est en sport-études, tout est bien mis en place. Tout est carré. Les cours, ils sont aménagés. Et après, dès que tu rentres dans le monde pro, ça n'a plus rien à voir.

Loïc Ça, je t'avoue que c'est hyper intéressant parce que c'est une facette que je ne connais pas du tout. Les univers sportifs pro, en tout cas, dans le hand. Donc, curé que tu nous en dises plus. Mais avant ça, attends, qu'est-ce que j'allais te poser comme question ? Je ne sais plus. Ah oui. Oui, par rapport à ce que tu évoques. Je n'ose même pas te poser la question par rapport à la place de la préparation mentale ou de l'accompagnement sur pas juste le physique. Avec ce que tu me dis. J'imagine qu'il n'y en avait pas trop, non ?

Simone Il n'y en avait pas.

Loïc Oui.

Simone Il n'y en avait pas du tout. Maintenant, je vais dire que c'est nouveau. Ça commence à arriver. Tout ce qui est coach, les coachs mentaux, tout ça. Mais oui, moi, quand j'étais en pro, il n'y en avait pas du tout.

Loïc Oui.

Simone Ah non, non, non. Il n'y avait pas. Justement, en soirée étude, on avait une psychologue pour 200 athlètes.

Loïc Wow.

Simone Et encore, on faisait aller deux bilans dans l'année histoire de faire des bilans. Mais ça s'arrêtait là. Mais après ça, rien du tout. Et c'est pour ça, dans mon livre, il y a plusieurs témoignages de sportifs de haut niveau. Il y en a une qui parle de dépression et qui dit que du coup, elle qui joue à très haut niveau, elle fait du handball en équipe de France, championne du monde, championne olympique. Et elle, elle est suivie du coup par un psychologue. Elle le paye de sa poche. En gros, il n'y a pas grand-chose qui se sont mis en place dans ces clubs.

Loïc Oui. Je crois que c'est Teddy Riner qui est suivi par une psy. Alors, tu parlais un peu plus tôt des gens qui doivent quitter leur famille pour entrer en sport et études. Lui, ça avait été le cas. Je crois qu'il a intégré l'INSEP à 13 ou 14 ans.

Simone C'est super jeune.

Loïc Et au même âge, il a pris une psy qui le suit toujours, si je ne dis pas de bêtises. Mais pareil, c'est quelqu'un qui l'a pris en dehors de tout cadre de la fédée. Mais j'ai l'impression que ça se structure. Après, ce que tu dis quand tu dis à mon époque, tu as quand même arrêté en 2018. Ce n'était pas non plus il y a 25 ans. Mais oui, moi, des témoignages que j'entends, encore une fois, dans des disciplines un peu variées, j'ai l'impression qu'on en parle de plus en plus. Il y a des choses qui se mettent en place. Je crois qu'il y a un ancien nageur. Alors, je ne sais qui m'en a parlé récemment. Je ne sais pas si ce n'est pas Florent Manoudou qui a ouvertement parlé de sa dépression post-sport, enfin post-haut niveau. C'est bien. Et puis, des initiatives comme la tienne, de publier un livre.

Simone Oui, c'est surtout que les gens, ils nous posent énormément de questions. Moi, j'ai eu énormément de questions. Sinon, il y a des gens aussi, ils idéalisent les sportifs de haut niveau. Et moi, parfois, j'en ai marre. On pense que tous les sportifs en est riches.

Loïc Ah oui, il y a des gens qui te disaient ça, vraiment ?

Simone Ah oui, non, mais pour beaucoup de monde, c'est que je suis sportif de haut niveau, je passe à la télé, je suis sur Wikipédia, donc je suis riche. Mais ça, c'est fatiguant encore aujourd'hui. Et quand tout à l'heure, je parlais de l'alimentation, c'est parce que moi, on m'a dit, ah, mais encore, par rapport à l'alimentation, ça va, vous mangez tous ensemble après l'entraînement, vous avez des cantines. Et là, je me suis dit, bah non, bah oulala, il faut que j'en parle de ça aussi. Parce qu'il y a des gens qui pensent qu'on a des cantines et qu'on mange tous ensemble après l'entraînement quand on est professionnel. Alors que moi, entre l'entraînement et mon cours d'après, j'avais genre 10 minutes. Donc non, on n'a pas de cantine. Et en fait, voilà, les gens, ils idéalisent vraiment trop les sportifs. Soit ils nous comparent avec des tennismans, des golfeurs ou des footballeurs. Mais en tout cas, au handball, ce n'est pas ça.

Loïc C'est quoi, tu dirais, le top 3, tu vois, des croyances qu'on ressort systématiquement sur la vie de sportif de haut niveau en hand ?

Simone Alors, les sportifs, vous êtes des privilégiés. Les sportifs, vous êtes riches. Et le fait qu'on ait une belle vie aussi, alors qu'on a des problèmes comme tout le monde.

Loïc Ok, c'est incroyable, ça. Franchement, c'est vrai que quand j'entends ça, je me dis, waouh, il y a du chemin à faire pour faire comprendre la réalité du sport, en fait, de haut niveau. Comme tu dis, on...

Simone Ah oui, c'est vraiment ça.

Loïc Les sportifs de haut niveau, ce n'est pas avoir le train de vie de me bapper, quoi.

Simone Oui, voilà, les gens, ils font de l'amalgame. J'ai essayé d'expliquer que le handball, c'est comme des comédiens. Tu en as quelques-uns, voilà, qui s'en vont, qui touchent bien, on ne va pas se mentir. Mais après, tu as tous les autres derrière qui galèrent. Donc...

Loïc Mais quand tu dis qu'il touche bien, tu vois, c'est pareil, pour qu'on ait un peu une idée, parce que je suppose, je n'en ai aucune idée, je ne sais pas du tout les chiffres que tu vas me sortir, si tu en as en tête, mais j'imagine que bien gagner sa vie dans le handball, c'est quand même encore à des années-lumière de bien gagner sa vie dans le tennis.

Simone Dans le handball féminin, déjà, c'est très différent que dans le handball masculin, déjà. Une handballeuse, elle va être aux alentours du SMIC.

Loïc Oui. Et là, on parle de quel niveau ?

Simone En D1.

Loïc En D1, ok.

Simone Oui, en D1. Nous allons autour du SMIC, oui. Après, là, apparemment, les salaires, ça augmente un peu plus. Je ne pourrais pas dire les plus hauts, parce que moi, je n'étais pas dans les plus hauts. Mais voilà, en fait, quand ils font une moyenne, la moyenne, ça revient à 2000 euros de moyenne pour une handballeuse française. Donc, en fait, il y a des salaires qui sont très hauts. Quand je dis très hauts, c'est peut-être 6000 euros, voilà. Et après, il y en a qui sont à 1000 euros. Voilà.

Loïc Si on fait une sorte de résumé, tu vois, d'historique de tes différentes évolutions, parce que je l'évoquais un peu plus tôt, il y a eu plein de choses, tu as eu des sélections dans plusieurs pays. Ça a été quoi un peu les grands jalons de ta carrière en hand ?

Simone Oui, du coup, quand je suis jeune, je fais l'équipe de France. Je suis sélectionnée en équipe de France jeune.

Loïc La classe.

Simone Donc, voilà. Après, je vais poursuivre dans des clubs, dans des clubs pro, jusqu'à l'âge de 22 ans, où je suis approchée par l'équipe nationale du Congo pour aller au championnat du monde. Donc, trois semaines avant le championnat du monde, ils m'appellent pour venir renforcer leur équipe. Donc, championnat du monde, c'est vraiment quelque chose que je ne pensais vraiment pas faire un jour dans ma vie. Là, on m'appelle comme ça. On me dit de venir. Et en plus, j'étais dans la poule de la France. Donc, j'ai eu un peu. Et voilà, je me dis, allez, let's go, on y va. J'y suis allée. Et j'ai découvert le championnat du monde.

Loïc Et pourquoi le Congo ? Parce que ta famille d'origine, c'est le Mali, c'est ça, non ?

Simone Ouais. En fait, quatre mois avant, j'avais été approchée par le Mali, l'équipe nationale du Mali, pour aller aux JO, enfin, aux Jeux Africains. Donc, de là, mon entraîneur ne me laisse pas y aller parce qu'il y avait des compétitions. Donc, je n'ai pas pu aller avec le Mali. Et c'est vrai que quand le Congo va m'appeler, la RDC, donc pour me naturaliser, l'équipe du Mali disparaît. Donc, depuis 2015, il n'y avait plus d'équipe du Mali. Donc, en gros, le sélectionnaire du Mali me dit, en gros, tu peux partir avec la RDC. Parce qu'au Mali, il n'y a plus d'équipe nationale. Donc, voilà, ils m'ont approchée pour me naturaliser. Et c'est vrai que j'étais la deuxième Française, après un autre Français, Bertrand Rouanet, qui avait fait la même chose. Il était parti jouer avec le Qatar, qui était en équipe de France, et après, qui était parti jouer avec le Qatar. C'était un peu pareil, un peu pareil que moi. Et donc, juste avant un Mondial, se faire naturaliser.

Loïc Et du coup, ces championnats du monde, ça s'est passé comment, en termes d'émotions, en termes de performances, comment tu l'as vécu ?

Simone Non, franchement, là, c'était le très, très haut niveau. C'était vraiment des joueuses que je ne voyais qu'à la télé. Après, c'était cool, parce que, comme je disais, j'étais dans la poule de la France. Et en équipe de France, il y avait mes copines, et on s'est retrouvés à l'hôtel ensemble. Et du coup, moi, je n'avais pas trop communiqué comme quoi j'allais au championnat du monde. Donc, je les ai vus là-bas. Et tout. Enfin, voilà. On s'était connus en France jeunes. Enfin, on a grandi toutes ensemble. Et tout. Et là, se retrouver à l'âge adulte, les unes contre les autres, c'était une nouvelle sensation. Donc, franchement, c'était une grande compétition que je ne pensais pas faire un jour dans ma vie.

Loïc Excellent. Excellent. Donc, équipe de France, jeunes sélections, avec le Mali, qui finalement se transforme, enfin, contacté par le Mali, puis finalement, c'est pour la RDC que tu parles au championnat du monde. Et suite à ça, du coup, qu'est-ce qui se passe ?

Simone Par la suite, moi, j'ai continué trois ans avec la RDC jusqu'à arrêter ma carrière à 25 ans.

Loïc Assez soudainement, si j'ai bien compris.

Simone Oui, par rapport à toutes les blessures que j'ai eues. Quand je suis en Allemagne, à cette même période, je me casse la main. Après, je reviens de la compétition. Quelques mois après, je vois que j'ai un problème à l'épaule. Cette épaule-là, où j'ai une lésion. J'ai une lésion. Donc, après, mon épaule, elle passe en maladie professionnelle. Donc, voilà. Enfin, j'ai toujours compensé sur le côté gauche. Donc, aujourd'hui, beaucoup de soucis de la cheville à l'épaule sur le côté gauche.

Loïc Waouh. Oui, parce qu'elle a lésion à l'épaule. Donc, c'était à gauche, j'imagine. Oui.

Simone J'ai toujours compensé à gauche. Quand je faisais, par exemple, du gainage, des pompes, enfin, des trucs comme ça, je compensais beaucoup à gauche. Je mettais tout mon poids sur le côté gauche. Donc là, j'ai fait ça pendant 15 ans. on donnait l'épaule à 10 stops, quoi.

Loïc Oui. Et aujourd'hui, enfin, maintenant que tu as, donc, c'était 25 ans, c'était en 2018. Oui. Quand tu décides d'arrêter. Aujourd'hui, physiquement, comment tu vas, du coup ?

Simone Au début, c'était très, très dur parce que quand on arrête, j'ai l'impression qu'on a encore plus de douleurs. Du coup, moi, je fais des soins intensifs. Je cherche vraiment beaucoup de choses pour me soulager. Je fais de la mésothérapie, de l'acupuncture. Je fais pas mal de choses encore maintenant parce que j'ai beaucoup de douleurs par rapport à l'arrachement du plexus brachal qui me laisse beaucoup de douleurs sur le cou. Donc, voilà, beaucoup de soins. Aujourd'hui, ça va un peu mieux. L'épaule, j'étais censée me faire opérer, mais je n'ai pas voulu par rapport à mon bras droit déjà qui est paralysé. Donc, si j'ai l'épaule qui est opérée, je ne pourrais rien faire. Donc là, j'essaie de retarder le maximum. Je vais me faire opérer du coude aussi parce que j'ai un pincement sur le nerf. Donc là aussi, apparemment, je dois subir une petite opération.

Loïc Qui est due au hand aussi, à la pratique ?

Simone ce n'est pas due. Bon, peut-être, mais en tout cas, c'est venu après. C'est à force d'utiliser que le bras, que le même coude tout le temps sur l'ordinateur, sur le téléphone, sur ci, sur ça. j'utilise que le même bras, donc le coude s'use. Donc, voilà. là, je continue à me soigner, je continue à me soigner. J'avais repris un peu le handball aussi. J'étais partie jouer en Guadeloupe l'année dernière, donc, en fin de saison pour les aider. donc, je n'ai pas repris le handball pour jouer 12 mois, mais bon, là, c'était deux mois, donc ça allait. J'ai repris un peu des sensations. Mais voilà, je ne me reverrai plus faire du haut niveau ou jouer pendant une année complète.

Loïc Ouais. C'est super intéressant que tu aies repris. Donc, tu as repris quoi au final ? C'était là, c'était fin 2023. 2023. Ouais. Donc, tu as repris 5 ans après avoir arrêté. Ça s'est passé comment ? Parce que moi, j'ai vécu cette expérience aussi. C'était abominable en judo, la reprise et j'avais arrêté moins longtemps que toi.

Simone Je suis curie de savoir. Bah, entre temps, je faisais beaucoup de marches. J'ai fait un peu du crossfit, tout ça. quand j'ai repris, bon, après, ce n'était pas le même niveau en Guadeloupe. Ce n'était pas le niveau de la D1, c'était plus de la troisième division, donc N1. bah, ça va, c'était chaud au début, mais franchement, ça allait. Ça allait. J'ai pas trop, trop, trop souffert. Après, je me dis, à ce moment-là, je me suis dit, le corps a une très, très belle mémoire et je me dis, bah, heureusement, je fume pas et je bois pas. Peut-être, c'est pour ça aussi que j'ai réussi à revenir.

Loïc Et techniquement, je ne me rends pas compte à quel point le geste, enfin, le travail du geste, etc., est important en Ronde. Tu avais perdu ou pas tant que ça ?

Simone Techniquement, non. Non, non, c'est vraiment cardio. Après, oui, il y a des choses, il y a des choses où il fallait que ça revienne un peu, mais une fois qu'on a repris, ça revient assez facilement.

Loïc OK. Et ça ne t'a pas donné envie de te relancer dedans à fond ?

Simone En fait, justement, quand j'arrivais à faire certaines choses techniquement, je me disais, ouais, c'est dommage parce qu'il y a des restes, il y a des restes, mais après, voilà, quand j'ai mal au genou, j'ai mal au coude, j'ai mal à l'épaule, non, ça ne donne pas envie.

Loïc Dans un article de 2020 sur le site lesportifs.fr, je suis tombé sur, enfin, il y a une phrase en particulier qui m'a marquée, tu disais que tu savais depuis très longtemps que tu ne serais pas comme les autres et que tu ferais un arrêt brutal. Ouais. Physiquement, je ne pouvais pas tenir après l'âge de 30 ans en tant que professionnelle.

Simone Ouais, je me souviens, en sport études, je disais toujours à une amie, moi, je sais que je ne vais pas arriver jusqu'à 30 ans. Jusqu'à 30 ans. En fait, avant, les handballeuses, voilà, elles s'arrêtaient à l'âge de 30 ans. Enfin, maintenant, c'est un peu plus tard, enfin, beaucoup plus tard, on voit des choses s'arrêter à 37, 40 ans. Mais c'est vrai, je disais toujours, ouais, je sais que je vais arrêter avant mes 30 ans, je sais que je ne vais pas arriver jusqu'à 30 ans. C'est vrai que je me disais souvent ça et c'est pour ça, d'ailleurs, quand j'arrive dans le monde professionnel, je me dis, il faut que je sors de là avec un bagage. Donc, c'est pour ça, j'ai toujours continué mes études à côté parce que moi, j'avais conscience que ça peut s'arrêter à tout moment.

Loïc Et c'était quoi qui avait créé cette certitude que tu allais t'arrêter brutalement et avant 30 ans ?

Simone Je sentais ma différence quand même. Je sens mon bras, mon bras droit. Moi, j'ai une hypersensibilité sur le bras, j'ai beaucoup de douleur sur le bras. Quand je bouge le bras, j'ai tout le temps mal. je sais, j'avais conscience quand même que j'avais une différence.

Loïc Comment est-ce que tu t'organisais du coup pour en parallèle, tu disais là aussi c'est très intéressant, l'après haut niveau. Je ne sais pas comment ça se passe en hand, mais là aussi, c'est un sujet où j'ai l'impression que finalement, les sportifs de haut niveau sont assez peu accompagnés, préparés. En gros, vous êtes à fond pour le sport et puis pour la suite, advienne que pourra.

Simone C'est ça, c'est ça. Quand on sort de sport et études, en sport et études, on est très bien à l'accompagner. Après, quand on sort de sport et études, on est soit dans des centres de formation, soit dans des clubs. Quand tu es en centre de formation, tu es obligé d'être inscrit à l'école, mais bon, après, ça ne veut pas dire que tu vas forcément à l'école ou les clubs te facilitent pour aller à l'école, mais tu es obligé d'être inscrit. Franchement, ce n'est pas facile de suivre les deux parce que parfois, tu as des matchs en plein de semaine, tu as des déplacements en plein de semaine ou le week-end. Moi, pour ma part, quand je vais arriver dans le monde professionnel, au début, c'est vrai que je ne voulais que dans le monde du sport. Je ne pensais pas aux études, tout ça. Et quand je vais voir comment ça se passe réellement dans le monde du sport professionnel, c'est pour ça que de là, je me dis, ah là là, il faut que je... En gros, il faut que je sorte de là avec un bagage, il me faut quelque chose. Moi, je n'ai pas envie de rester dans le monde du sport. Il y a trop de choses que je vois qui ne me plaisent pas. Et par exemple, moi, quand je vais aller dans ce premier club où je signe, ils sont très axés sur le double projet. Non, mais nous, nos joueuses, on veut qu'elles le emballent, mais on veut qu'elles aient un projet à côté, soit de travail, soit d'études, tout ça. Donc ça, c'est le discours qui te sort au début. Moi, dans ce club-là, je suis passée mon bac. Du coup, quand je vois... Aujourd'hui, je pense à tout ça un choix qu'à l'intersaison, ils ne me demandent même pas est-ce que tu as eu le bac, comment elles sont passées tes épreuves, ils n'en ont rien à foutre. Et quand c'était pour me recruter, c'était vraiment un an, mais nous, c'est le double projet qui compte. Plein de petites choses comme ça. Ou après, quand je suis en BTS, par exemple, et que j'ai cinq jours de stage et qu'on me menace de ne plus me payer parce que je suis en stage alors que j'ai cinq jours de stage et que vous, vous prenez le double projet et que le président m'appelle « Oui, si tu n'es pas là, en gros, dans la seconde, genre, j'arrête de te payer. » Enfin, plein de petites choses comme ça. Wow. Et à la base, vous prenez le double projet. Ouais. Donc, alors que c'était cinq jours de stage et en plus, quand tu es en BTS, voilà, tu as 35 heures de cours, c'est très compliqué d'être sportif de haut niveau et faire un BTS et après, de l'autre côté, on a les enseignants, en fait, qui nous attendent au tournant aussi.

Loïc Ouais.

Simone De l'autre côté, donc en fait, tu as la pression dans ton club et après, quand tu arrives à l'école, tu as une autre pression.

Loïc Tu es prise entre le marteau et l'enclume, quoi.

Simone Voilà, et les gens, ils ne se rendent pas compte. C'est comme quand, tout à l'heure, j'expliquais, je sors de l'entraînement, hors de cours, mais ça, l'enseignant, il s'en fiche, en fait.

Loïc Ouais.

Simone Donc, il y a tout cet aspect-là que les gens, ils ne voient pas. Après, c'est vrai, oui. Moi, par exemple, dans mon cas, j'ai été privilégiée, par exemple, pour rentrer en BTS, je n'avais pas besoin de passer par post-bac. Donc, on va mettre mon dossier au-dessus des autres dossiers et ça aussi, les professeurs, ça ne leur plaît pas quand tu es sportif de haut niveau. déjà, dès que tu arrives, voilà, les enseignants, ils tendent dans le collimateur. C'est le style, elle, elle s'est fait puissonner, genre.

Loïc Oh, je te jure, chaque fois que j'ai des invités dans le sport de haut niveau, ça me rend fou d'entendre des trucs comme ça. Mais bon, c'est comme si ce n'était pas déjà assez difficile de t'entraîner, de progresser, de devenir, enfin, tu vois, de faire sortir le meilleur de ton potentiel. En plus, il faut que tu deales avec les entraîneurs, voilà, genre ceux que tu décris. Heureusement, tout le monde n'est pas comme ça. Et les profs,

Simone bref. Ben, eux, ils ne comprennent pas, enfin, ils s'en fichent. Ouais, mais bon, tu vois. En fait, t'es un métier ou quoi, enfin, il y a des profs, en tout cas, ils s'en fichent que tu es sportif de haut niveau. Au moins, mes profs, pour eux, c'était style, non, mais le BTS, ça ne va pas avec le sport de haut niveau. ou 5 heures de cours, tu n'y arriveras pas, tu n'y arriveras jamais. C'est ça dans leur tête.

Loïc Mais ça, c'est grave, tu vois. Pour moi, c'est un truc culturel. Moi, je me faisais engueuler quand j'arrivais avec les convocations de l'équipe de France pour les stages à l'étranger, tu vois, par les profs parce que ça les saoulait, parce qu'il fallait qu'ils décalent les contrôles. Au début, ils le faisaient et au normalement, ils ne le faisaient plus, tu vois. en fait, je ratais des trucs, quoi. Bref, et enfin bon, voilà, à chaque fois, je râle sur ce sujet.

Simone Non, mais oui, non, mais les gens, ils ne se rendent pas compte que faire des études aussi avec le sport de haut niveau, ce n'est pas facile parce que même moi, quand j'étais à la fac et que après, j'ai passé une licence en audiovisuel, il fallait faire des groupes et voilà, enfin, quand tu dois travailler avec des groupes, il y a des gens, ils ne te veulent pas dans leur groupe parce que tu n'es jamais là. Il y a tout ça et les gens, ils ne s'en rendent pas compte et ça peut blesser aussi.

Loïc Tu sais quoi, j'ai une anecdote là-dessus. Moi, j'ai travaillé pendant longtemps chez Apple et quand j'étais chez Apple sur la fin, ils avaient participé à me payer une formation en coaching, pas en coaching sportif, un coaching accompagnement, prépa mental, machin. Et du coup, j'accompagne des étudiants dans mon ancienne école de commerce que j'avais faite pour des travaux de groupe et sur un des travaux de groupe, je ne sais plus qui m'avait prévenu, je crois, un des étudiants, ils étaient cinq et je crois qu'il y a un des étudiants qui me dit oui, bon, on est cinq mais en fait, on sera quatre parce qu'en fait, on est une sportive de haut niveau et en fait, c'était, tu vois, c'était effectivement, elle n'était pas là souvent parce qu'elle était en équipe de France, enfin, elle est en équipe de France des screens mais c'était chouette parce que ça a débouché sur un épisode et puis, du coup, on a pu échanger notamment sur ça, comment tu fais pour être sportif de niveau et elle, dans son cas, c'était une école super de commerce, tu vois, comment tu gères ça, quoi, le regard des uns, des autres, quand il n'y a rien qui est aménagé, les gens ne comprennent pas parce que… Ah ben oui,

Simone c'est ça, il n'y a rien qu'aménagé. En fait, quand on est en sport études, c'est aménagé et après, ensuite, quand on est dans des clubs pro, ils disent aménagé, aménagé, mais en fait, ce n'est pas ça, c'est juste, tu as le droit de rater les cours et voilà,

Loïc tu peux,

Simone on ne va pas t'engueuler si tu rates les cours et après, voilà, c'est ça et quand tu as des examens, ben ouais, on te les fait rattraper un peu après mais après, c'est vraiment pas aménagé donc voilà, enfin moi, en étant au plus haut niveau, j'ai réussi à arriver jusqu'à la licence et après, quand je suis revenu d'Allemagne, de là, j'ai passé un master en marketing et communication mais voilà, enfin moi-même, je me demande comment j'ai fait, enfin voilà, j'y allais, j'y allais et puis voilà.

Loïc Ben franchement, bravo, impressionnant. Si on revient sur la fin de ta carrière avant de passer à la suite à ce que tu fais aujourd'hui, donc la décision, tu dis, était assez brutale, est-ce que tu te souviens, est-ce que tu peux nous raconter le moment où dans ta tête, ça a cliqué ou tu t'es dit la stop ?

Simone Ben, en fait, quand, en fait, ça c'était quand j'étais en Allemagne, du coup, je me dis, bon, j'avais un contrat de deux ans, je n'ai pas fait la deuxième année et du coup, je rentre mais je ne me dis pas, c'est fini, fini ou je ne me dis rien, en fait, il y a mon agent, il se pétait la tête avec moi parce qu'il me proposait des trucs en Suisse, en Allemagne, en Roumanie, il me proposait plein de trucs et moi, j'y disais juste non, non, non, non, mais je ne savais pas si c'était fini, si je voulais reprendre, je ne savais pas en fait mais je sais que, enfin, je suis rentrée en France et je n'avais même pas préparé mon après-carrière, quoi, je suis, voilà, je suis juste partie, je n'ai pas pensé à tout ça.

Loïc ok, mais c'était, c'était un soulagement quand même de, au moment où tu t'es arrêté, est-ce qu'il y avait de la tristesse, est-ce que c'était plutôt un soulagement de te dire, enfin, c'est fini ?

Simone Non, il n'y avait pas de tristesse, c'est là où j'ai commencé à connaître la vraie vie, j'ai l'impression. C'est vrai que plus jeune, souvent avec des copines, on se disait, non, mais on va faire quoi les samedis quand on n'aura pas match, les week-ends et tout, ça va être bizarre ce handball quand on sera plus vieille et tout, mais en fait, non, tu rencontres la vraie vie, tu passes des soirs avec tes amis, tu vois ta famille, tu peux aller en vacances quand tu veux, il n'y a personne qui va t'appeler pour dire que l'entraînement est déplacé à telle ou telle heure, tu n'as plus de contraintes de finir un match et arriver à 2h du matin, ça y est, tu vois que c'est fini tout ça et en fait, la vraie vie, c'est bien aussi.

Loïc Oh là là, ça avait des souvenirs sur la bouffe, tu avais un régime alimentaire strict toi ou pas ?

Simone Non, pas du tout, comme je t'ai dit, on ne nous demandait même pas si on avait mangé de la journée.

Loïc Ouais, ouais, ok.

Simone Donc, non.

Loïc Ok, moi je crois que le truc qui m'aille le plus, genre le méga soulagement, c'était la fin des régimes quoi, pourtant je n'en faisais pas énormément. Ah ouais,

Simone l'espoir de combat, ouais, vous,

Loïc c'était une autre chose. Dernière année, régime non-stop pendant 10 mois, c'était un peu l'enfer, mais bon, ok. Donc, quand même le soulagement, tu découvres la vraie vie comme tu dis. Oui. Maintenant, avec du recul, qu'est-ce que tu dirais que cette carrière dans le sport de haut niveau t'a apporté ? Que ce soit, tu vois, d'un point de vue des opportunités, alors tu en as évoqué plusieurs sportives, participer à un championnat du monde notamment, mais aussi en tant que, tu vois, la manière dont tu t'es construite en tant que femme et de qui tu es aujourd'hui.

Simone Ouais, ça apporte beaucoup. Bah déjà, enfin, dans mon livre, je parle beaucoup de l'amitié parce que c'est ce qui nous fait tenir et nous, on comprend ce que l'on vit. Donc, c'est vrai que mes meilleurs amis sont sportifs de haut niveau aussi. Le fait aussi de pas mal bouger, beaucoup voyager, j'ai connu des cultures différentes, je suis allée jouer en Allemagne, j'ai été dans le sud, j'étais en Guadeloupe, j'étais au Congo, j'ai découvert pas mal de monde. Et aujourd'hui, bah ouais, le sport, ça ouvre des portes du sens où on rencontre beaucoup de monde, on se fait beaucoup de contacts. donc, il y a tous ces aspects-là qui restent positifs, ouais.

Loïc Et aujourd'hui, qu'est-ce que tu fais du coup ?

Simone Alors, aujourd'hui, du coup, moi, quand j'étais revenue d'Allemagne, j'avais passé un titre d'infographiste et m'est-à-rempage, donc je suis infographiste et, bah, j'ai appris par la suite, bah, chercher du travail en tant qu'infographiste et de là, le Covid est arrivé. donc, je trouvais pas trop de travail dans le graphisme et du coup, bah, je me suis lancée dans un master en marketing et communication et là, finalement, bah, après ce master-là, bah, je me suis lancée en tant que graphiste, enfin, je fais tout ce qui est de la communication visuelle à mon compte et là, plus le livre que je viens de sortir donc, cette année, c'est à fond sur le livre.

Loïc trop bien, trop bien. Du coup, comment ça se passe quand t'es auto-édité comme ça ? Est-ce que tu contactes des librairies, des endroits où tu peux rencontrer le public potentiellement ?

Simone Ouais, bah, ouais, là, c'est vrai que je fais le rôle de maison d'édition, d'attaché de presse, donc, mais ça va, avec les réseaux sociaux, ça marche super bien. donc, ouais, je contacte des médias, il y a des médias qui me contactent directement, après, bah, je fais des séances de dédicaces dans mes anciens clubs sur des événements Swordschiff, comme ça, donc, voilà, j'ai pas mal de contacts, donc, ça se fait par le bouche-à-oreille.

Loïc Ok, génial. Et la suite, est-ce que t'as des projets, du coup, là, il y a eu les quelques mois en Guadeloupe, mais le hand, il y a des choses de prévues ? Est-ce que c'est complètement sorti de ta vie ou ça reste une porte entreouverte ?

Simone Non, franchement, pour l'instant, en tout cas, c'est sorti de ma vie. Là, j'étais retournée en Guadeloupe en novembre parce qu'en fait, l'année dernière, on a gagné la coupe de la Guadeloupe et donc, il y avait la super coupe à jouer aux Antilles, donc, j'étais retournée, mais là, pour l'instant, le handball, en fait, je cherche un nouveau sport à pratiquer, un sport qui me fera pas mal au corps, tout simplement. Je sais pas, je suis en pleine réflexion. Je cherche toujours. Après, c'est vrai qu'il y a pas mal de clubs à chaque fois qui m'appellent, des clubs pour venir les aider, tout ça, mais franchement, en tout cas, si c'est trois semaines ou des trucs comme ça, pourquoi pas ? Enfin, on verra plus tard, je sais pas. ça va dépendre des pays aussi, aller découvrir un nouveau pays peut-être, mais reprendre réellement le handball pour toute une saison, tout ça, non, pas du tout.

Loïc OK.

Simone Non, pas prévu.

Loïc OK.

Simone Non, non.

Loïc Excellent. Eh bien, écoute, merci Simone, c'était absolument passionnant d'en apprendre plus sur ton parcours, que tu nous décrives un petit peu plus en détail l'univers du haut niveau, en tout cas dans le hand. Et puis surtout, hyper inspirant de voir comment t'as géré ta différence et finalement, parce qu'en fait, en somme, t'as un handicap qui t'as, malgré ton handicap, t'as performé au plus haut niveau avec des valides à côté de toi, partout, enfin, je veux dire, absolument normalement.

Simone Ouais, non, mais moi, je pense que c'est grâce à ma différence que je suis arrivée jusque-là. Déjà, être gauchière, c'est un plus au handball et c'est vrai qu'aujourd'hui, enfin, mon message, ce serait vraiment pour le handicap invisible. C'est vrai que maintenant, il y a le handball adapté qui existe, donc pour les personnes, il y a le hand fauteuil ou le handball sourd, mais il n'y a toujours rien pour le handicap invisible, sachant que c'est 80% des situations de handicap qui sont invisibles. Je pense que tout le monde peut être concerné par le handicap invisible, tout le monde peut être malade ou avoir un accident du jour au lendemain. et il y a plein de maladies qui rentrent dans les critères du handicap, la sclérose en plaques, enfin, plein, plein, plein, plein de maladies. Donc, voilà, moi, j'aimerais qu'il y ait des équipes pour le handicap invisible comme ça. Par exemple, si moi, je reviens à mes 10 ans et qu'il y a ce style d'équipe, peut-être intégrer cette équipe-là et au lieu d'arrêter à 25 ans, arrêter à 30, 35 ans parce que ma pathologie, ma différence sera prise en compte.

Loïc Mais écoute, tu penses qu'il y a des choses qui se mettent en place petit à petit ? En tout cas,

Simone pour le handicap invisible, rien pour l'instant parce que là, ça fait trois mois que je sensibilise dessus. j'espère un jour être reçu par la Fédération Française de Handball pour pouvoir en parler et que les gens prennent conscience sachant que je ne suis pas la seule handballeuse à avoir arrêté sa carrière par rapport à sa différence ou à une maladie ou à un handicap. Donc, voilà.

Loïc Écoute, je touche du bois. C'est tout ce que je te souhaite que ton livre, ton témoignage permettent de déclencher ces changements positifs dans le hand et même de manière générale. En fait, j'ai envie de le dire. C'est toujours super inspirant d'avoir des témoignages comme le tien au-delà de la discipline juste du hand. Donc, merci beaucoup une fois de plus, Simone. S'il y a des gens qui veulent te suivre, potentiellement te contacter, c'est quoi le mieux ?

Simone Alors, sur Instagram, c'est si-t-h-i-e-ro donc si-t-h-i-e-ro ou Instagram, c'est simone-t-h-ro. Non, non, linkedin, simone-t-h-ro. Yes,

Loïc ok, parfait. Écoute, il y aura les liens en description. Merci beaucoup, Simone. Bonne continuation, bon, j'allais dire démarchage, non, pas démarchage, t'as plus besoin de le faire. Bonne promotion de ton livre et puis, je t'ai dit, à une prochaine.

Simone Merci.

Loïc Merci d'avoir écouté cet échange avec Simone jusqu'au bout. J'espère que vous en aurez appris un peu sur la réalité du sport de haut niveau en France et surtout, surtout que son témoignage vous aura inspiré, réussir à atteindre le haut niveau en ayant un handicap, c'est quand même pas commun. Donc, n'hésitez pas à le partager autour de vous. Si vous souhaitez soutenir le podcast, vous pouvez le faire de plusieurs manières. La première, c'est tout simplement de vous abonner et de laisser une note ainsi qu'un commentaire sur votre plateforme d'écoute, celle que vous utilisez là tout de suite. Vous pouvez également rejoindre le groupe des tipeurs. Ce sont les auditrices et auditeurs qui ont décidé de soutenir financièrement le podcast de se mobiliser à partir de 1 euro par mois. Le lien est en description. Et enfin, vous pouvez tout simplement parler à fond du podcast autour de vous pour qu'encore plus de gens osent se lancer. Je vous dis merci pour votre fidélité et je vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour un épisode spécial avec le tout premier invité du podcast qui revient au micro défrappé. A bientôt ! Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada

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