Jade Quelle est la valeur ajoutée ? Peut-être que je suis moins talentueuse naturellement que certains athlètes, mais je vais m'entraîner plus pour acquérir toujours le geste parfait et la technique parfaite. Et ça, ça me vient peut-être de mon papa, qui m'a toujours répété quand j'étais petite et encore aujourd'hui, c'est son mantra, il dit « je ne lâche rien ». Ma valeur ajoutée, c'est le travail, j'avons ne m'en reprend.
Loïc Hello, hello, c'est Loic Blanchard, le créateur et host du podcast indépendant Les Frappés. Je suis un ancien sportif de haut niveau, aujourd'hui reconverti en sportif aventureux, mais aussi entrepreneur, coach et préparateur mental certifié. Passionné d'outdoor et de défis en tout genre, j'ai voulu créer une communauté autour des valeurs de résilience, de dépassement de soi et de détermination, en vous offrant chaque semaine des conversations inspirantes avec des invités incroyables issus d'univers très variés. J'ai reçu aussi bien des athlètes olympiques que des entrepreneurs à succès, des aventurières professionnels ou encore des anciens des forces spéciales. Leur point commun, la passion pour leur projet et l'audace de se lancer. Alors fonçons ensemble découvrir mon invité de la semaine. Excellente écoute à vous les Frappés.
France Et bien écoute, bienvenue Jade sur le podcast.
Jade Merci.
France Je suis ravi de t'accueillir en direct de l'INSEP. Je crois, ouais, c'est la première fois que je fais un épisode avec une sportive qui réside à l'INSEP, donc c'est cool.
Jade C'est chouette, Gino Burr. Exactement. Exactement.
France Écoute, je suis vraiment ravi que tu aies pu te libérer de trouver un petit peu de temps dans ton agenda extrêmement chargé. Et puis, je suis surtout content, tu vois, pour la petite anecdote pour les gens qui écoutent. Enfin, je suis content de voir la façon dont tout ça s'est mis en place à travers, tu vois, une mission de coaching pour Kedge, où à aucun moment je m'étais dit bon bah tiens, je vais peut-être tomber sur une sportive de haut niveau ou, tu vois, un ou une invitée potentielle. Et au final, c'est ce qui s'est passé.
Jade Pareil pour moi, que mon tuteur soit ancien athlète de haut niveau, pareil.
France C'est trop bien. Comme quoi, voilà, ne sous-estimez pas les portes que certains projets peuvent vous ouvrir. Exactement. Trop bien. Eh bien écoute, Jade, ce que je te propose, c'est tout simplement de nous expliquer un petit peu ce que tu fais dans la vie.
Jade Alors, ma vie, elle est bien remplie. J'ai trois casquettes. Je suis avant tout sportive de haut niveau. Je suis athlète en équipe de France d'Escrim et je m'entraîne donc ici à l'INSEP en vue des Jeux Olympiques de 2024 et plus après. Parallèlement à cela, je suis toujours étudiante en école de commerce en marketing international à Kedge. Et enfin, dernière casquette et pas des moindres, je suis chef d'entreprise de ma propre entreprise. Je fais des conférences en entreprise pour la performance.
France Excellent. Excellent. Et tu as 21 ans, accessoirement.
Jade Voilà, j'ai 21 ans.
France Donc déjà bien occupée et super investie sur des projets qui prennent, je pense, énormément de temps. Et pour certains, je le sais, pour avoir tenté de le faire à un niveau moindre que le tien, mais qui demandent aussi énormément d'investissements. Donc, c'est juste fabuleux de voir que tu arrives à mener tout ça de front.
Jade J'en ai besoin aussi.
France Oui. Écoute, ce que je te propose, c'est peut-être qu'on commence par rentrer dans le détail. Qu'est-ce qui te semble la porte d'entrée de tout ça ? Ça a été quoi ? Ça a été d'abord l'escrime ?
Jade Complètement. En fait, l'escrime a été le détonateur de mon projet professionnel, puisque c'est en cherchant des partenaires et en cherchant un moyen de financer mes saisons très onéreuses à l'escrime, que j'ai dû me rapprocher d'entreprise. Et je me suis dit, en fait, comment tu peux rendre l'appareil à ces chefs d'entreprise qui t'aident financièrement ? Et j'ai commencé à intervenir dans leurs locaux pour parler tout simplement de mon quotidien d'athlète. Et j'ai pris goût et j'ai adoré cet exercice. Et c'est comme ça que j'en ai créé une réelle activité professionnelle. Donc, le détonateur, c'est vraiment le sport de haut niveau.
France Excellent. Et l'escrime, c'est un sport que tu as commencé à quel âge, du coup ?
Jade J'ai commencé l'escrime à 10 ans. C'est assez tard dans le sport de haut niveau, en tout cas dans ma pratique, dans ma discipline. Mais en réalité, j'ai suivi les pas de ma soeur. J'ai fait mes premiers pas sur les pistes d'escrime en la regardant tirer. Elle ne voulait pas trop qu'on fasse le même sport au début pour pas qu'on soit en compétition. Mais au final, voilà, j'ai appris les différents déplacements d'escrime, les règles dès mon plus jeune âge. Donc, à 10 ans, je savais déjà me mettre en garde et je connaissais les règles. Donc, j'ai gagné du temps par rapport à un débutant classique.
France Super. Super. Et la réalité du haut niveau, ça s'est confirmé à quel âge pour toi ?
Jade Disons que j'ai toujours été compétitrice. Je suis la cadette d'une famille de 6 enfants, 5 filles et 1 garçon. Donc, forcément, de nature, on a envie de surpasser ses prédécesseurs rapidement. J'ai toujours aimé être la première partout. Mais après, mes rêves de médailles olympiques, j'ai commencé à les avoir en équipe de France junior. Ça fait 5 ans que je fais du très haut niveau pour espérer aller décrocher une médaille aux Jeux Olympiques.
France Oh là là là là là, génial. Génial. Je pense que tu vois, je suis un peu biaisé parce que c'est quelque chose qui m'a longtemps fait rêver et que j'ai fait le choix. Je ne sais pas si j'aurais eu les capacités, j'en sais rien. Mais en tout cas, j'avais fait le choix d'arrêter le haut niveau pour mes études. Mais à chaque fois que j'entends, je rencontre des sportives qui arrivent à faire ce que moi, je n'ai pas réussi à faire, c'est-à-dire allier études supérieures et haut niveau exactement comme ce que tu es en train de faire et qui en plus préparent la plus grosse échéance, les JO. Je trouve ça absolument fascinant tout le temps.
Jade C'est sûr. Après, c'est un staff aussi. Tu es une organisation, tu as vécu. C'est des entraînements qui sont bi-quotidiens. Entre ces deux entraînements, il faut trouver du temps pour caler ses cours. Si on a un projet pro, surtout dans les sports amateurs comme le mien, il faut avoir un double projet. Et puis, à ça, il faut quand même récupérer, dormir, boire, manger. Avoir une vie sociale. Avoir une vie sociale, c'est important. Donc, c'est clair que c'est rythmé. Après, moi, j'aime bien quand ma journée est bien remplie. Donc, j'ai besoin, au final, quelque part, d'avoir toutes ces activités-là pour performer. Dès que je sens que je ne fais que de l'escrime dans ma semaine, que je ne fais que de l'école, je ne me sens pas bien et j'ai besoin de cette stimulation.
France Oui. J'ai plein de questions qui me viennent, notamment sur… J'ai eu l'occasion de voir concrètement, pendant cet accompagnement que j'ai fait avec elle sur un mois, j'ai eu l'occasion de voir, du coup, l'impact de ta pratique sur ton rythme, ce qui est possible pour toi en termes de rythme auprès de l'école, pour tes études. Donc, j'ai pas mal de questions là-dessus, mais peut-être avant ça, parce que si je ne me trompe pas, et encore une fois, je te dis, Zerrov, je suis vraiment désolé si je raconte n'importe quoi, mais je découvre l'escrime avec toi. Si je ne me trompe pas, il y a trois disciplines. Enfin, il y a trois disciplines en une, c'est ça ? Ou trois types d'art, en tout cas.
Jade On aurait fait ce podcast il y a deux ans, ça aurait été bon. Mais, depuis 2020, ils ont ajouté le sabre laser. Donc, en fait, dans l'escrime, tu as quatre disciplines. Il y a donc le fleuret, que je pratique, l'épée, le sabre et le sabre laser. Et alors, en fait, la différence principale, c'est la zone de touche. Donc, moi, le fleuret, c'est la zone la plus restreinte. Je touche le ventre et le dos. C'est l'arme qu'on utilisait à l'époque pour s'entraîner à être précis avant de partir au combat. Au combat, on utilise l'épée. C'est une arme de duel pure et dure. C'est-à-dire qu'on touche de la tête aux pieds, parce qu'on pouvait toucher, on pouvait tuer son adversaire par n'importe quelle partie du corps. Et après, tu as le sabre. Le sabre, c'est une arme de cavalerie. Donc, pour ne pas sabrer son cheval, on touchait tout ce qu'il y avait au-dessus de la ceinture, corps, bras et tête comprise. D'accord. Voilà. Et à ça, donc, le sabre laser, plus récemment, ça, c'est plus pour attirer un nouveau public qui recherche un petit peu une arme historique en lien avec Star Wars.
France Ah, ce n'est pas une blague. Alors, c'est vraiment ça.
Jade Ah ouais, on est le 5 avril. Ce n'est pas une blague.
France Voilà, c'est ça. Je me disais, attends, mais sabre laser, est-ce que… Non, parce qu'il me semble que sur les dernières… Il me semble que j'ai vu des vidéos récemment de… Ah, comment est-ce qu'on appelle ça ? Où tu avais des pointeurs laser, en fait, un peu comme en tennis, tu sais, où tu as une vidéo qui te reproduit la trajectoire d'un balle au ralenti pour voir où est-ce qu'elle touche, etc. J'ai vu ça, j'ai vu des vidéos un peu comme ça en escribe où tu voyais, en fait, les points de… Comment expliquer ? Une courbe qui se dessinait dans l'espace, qui représentait la pointe, en fait, de l'arme, et qui te permettait de voir les mouvements, etc. Autrement, à l'œil nu, tu ne vois rien. Donc, je pensais que c'était un rapport avec ça. Mais en fait, non, c'est vraiment sabre laser.
Jade Ouais, ça, c'était un projet artistique qu'ils avaient fait. C'était vraiment somptueux parce que notre sport, c'est un sport qui est très esthétique. C'est beau à voir, de par déjà la tenue qu'on porte, mais aussi par les déplacements. C'est quelque chose… Tu vois, ce n'est pas comme à l'athlète où généralement, on voit 5-6 athlètes qui courent pareil. Là, les scrims, chacun son expression… Voilà, il a son jeu. Chacun s'exprime sur la piste comme il le souhaite. Et donc, ils avaient mis effectivement des petites lampes au bout des pointes pour regarder comme une peinture, un pinceau qui peignait dans l'espace avec un fleuret, quoi. Génial.
France Ok, donc toi, c'est le fleuret. Et pourquoi le fleuret plutôt que le sabre ou l'épée ?
Jade Alors en fait, on a gardé cette tradition de commencer par le fleuret dans les clubs pour apprendre à être précis déjà dans un premier temps. Et puis ensuite, en fonction des maîtres d'armes qui enseignent dans les clubs, chacun a sa spécificité. Et puis, chaque club a une arme de prédilection en compétition. Moi, j'ai commencé au club du Bec et Scrim à Bordeaux et le fleuret, c'était l'arme de compète. Donc, j'ai foncé là-dedans.
France D'accord. Ok. Et au niveau de la compétition, justement, comment est-ce que ça se passe ? C'est quoi les règles ? C'est quoi les différentes étapes d'un combat, si on parle de combat ?
Jade Oui, c'est bien. On parle d'un combat ou d'un assaut, voilà. Ok. Ou d'un match de manière plus traditionnelle. Mais alors, en fait, une compétition, ça va se dérouler sur deux jours. On a une épreuve individuelle le samedi, l'épreuve par équipe le dimanche. Ce qui est très étrange parce que parfois, par équipe, on rencontre les personnes... Enfin, on est avec nos coéquipières alors que la veille, on était adversaires. Donc, ça aussi, c'est un paramètre en plus à prendre en compte. Donc, en individuel, le samedi, eh bien, on commence par une phase de pool de six personnes. Donc, on a cinq ou six matchs à faire. En cinq touches pendant trois minutes. Pendant trois minutes, on a trois minutes pour mettre cinq touches. Si le temps arrive à la fin avant les cinq touches, eh bien, ce n'est pas grave. On prend le score qui est affiché, 4-3, par exemple. À l'issue de ces phases de tour de pool, il y a un classement qui est fait et on passe au tableau d'élimination directe, comme dans beaucoup de sports. Voilà, on élimine petit à petit. Cette fois-ci, c'est un match en quinze touches, trois fois trois minutes. Et si tu perds, tu as terminé ta compétition. Il n'y a pas de rattrapage ou de repêchage. Ah, ouais ! Ok. Voilà. Ça, c'est pour l'épreuve indive. Et en équipe, globalement, c'est la même chose, sauf qu'on n'a pas de phase de pool. On prend le classement des précédents résultats en Coupe du Monde, enfin, en compétition par équipe. Ça nous fait le classement du début de la compétition. Si tu es premier, tu vas rencontrer la dernière équipe. Et on fait un tableau d'élimination directe en quarante-cinq touches, relais à l'italienne. Donc, on est quatre dans l'équipe, trois personnes titulaires plus une remplaçante. Et chacun se rencontre une fois en cinq touches, ce qui fait donc quarante-cinq touches à l'arrivée.
France D'accord. Ok. Est-ce que tu as des notions de catégories dans chacune des quatre disciplines ? Est-ce que le poids, par exemple, est pris en compte ou pas du tout ?
Jade Alors, c'est ce que j'allais dire. Peut-être que c'est notre chance. Contrairement à deux sports comme le judo, la lutte, tous les sports de combat, on n'a pas de poids à respecter. La chance ! Ouais, mais c'est clair. Ce qui fait qu'en fait, on a plein de gabarits différents. On a vraiment, les scrims, c'est de cinq ans à 99 ans pour tout type de corpulence. Donc, ça, c'est chouette. Par contre, on a des catégories d'âge très classique. Benjamin Minim qui a des juniors, seniors. Voilà. Donc, on se sépare en âge. Ce n'est pas mixte. On ne peut pas tirer en compétition contre des hommes, si on est des femmes. Mais voilà, moi, je suis en catégorie senior. Donc, senior, c'est quand on a passé la vingtaine. Et on le reste pendant de nombreuses années avant d'être vétérans. Généralement, les vétérans, ils ne sont plus dans le circuit international pour les
France Jeux. Ok. Génial. Ok. Donc, fleuré. Pas de notion de poids. C'est systématiquement au jeu. C'est aussi, j'imagine, mais il y a aussi cette notion d'épreuve sur deux jours individuels et par équipe ? Complètement.
Jade Oui, oui, voilà. Au jeu de l'Olympique. Au jeu de l'Olympique. Au jeu de l'Olympique. Sur tous les championnats et les compétitions. Sachant qu'à l'escrime, notre compétition phare, c'est évidemment les Jeux olympiques. Il y a d'autres compétitions, mais qui sont bien moins médiatisées. Donc déjà, c'est ce qui en fait son importance des Jeux. C'est-à-dire que pour nous, c'est notre moment où on est médiatisé, donc tout le monde en rêve.
France Et puis, si je ne me trompe pas, ces derniers temps, il y a eu quand même d'excellents résultats au niveau de l'escrime française.
Jade Oui. Alors, petite anecdote, l'escrime, c'est le sport qui rapporte à chaque Olympiade le plus de médailles à la France. Ah ouais ? Ouais. Parce que déjà, on a plein de disciplines. Tu vois, tu as déjà trois disciplines non mixtes. Donc, ça fait un esport de six médailles. En plus, tu rajoutes l'équipe. Donc, voilà, c'est un gros potentiel de médailles. Et voilà, historiquement, l'escrime est pourvoyeur de médailles pour la France.
France Ah, c'est dingue, tu vois, parce que vu le… Enfin, je ne sais pas si on peut dire que c'est peu médiatisé. Enfin, franchement, je n'ai pas de chiffres sous les yeux pour dire ça, mais…
Jade Si, si, tu peux le dire.
France Ouais. Toi, c'est ton sentiment, oui. Ah oui, c'est sûr, c'est sûr. Mais tu vois, ce qui est étonnant, parce que si c'est la discipline qui est la plus pourvoyeuse de médailles, c'est peut-être dommage qu'il n'y ait pas plus de médiatisation. Au-delà du fait que c'est des belles valeurs, je trouve, tu vois.
Jade Après, on a une grosse difficulté d'arbitrage. C'est pour ça que quand vous envoyez à la télé, c'est très souvent de l'épée, parce qu'à l'épée, il n'y a pas de règle de priorité. Tu touches, tu as un point. Tandis qu'au fleurail et au sabre, s'il y a deux touches en même temps, il y aura toujours une question de priorité. Est-ce que tu as allongé ton bras en premier ? Est-ce que tu as tapé la lame avant de toucher ? Et ça, pour le spectateur, c'est très, très compliqué. Donc, c'est un sport qui est compliqué à projeter sur une télévision, parce que niveau arbitrage, même pour nous, on a besoin de l'arbitrage vidéo parfois, parce que c'est compliqué. Ok.
France Oui. Bon. Excellent. Eh bien, écoute, merci pour ces explications sur les screens, en tout cas sur la partie fleurée, comment ça se passe. Du coup, en termes d'organisation, ta réalité, c'est quoi ? Tu joues entre trois casquettes, une semaine type pour Jade, s'il y en a. Elle ressemble à quoi ?
Jade J'ai cinq entraînements par semaine, enfin pardon, cinq jours d'entraînement par semaine. Ok. Je m'entraîne du lundi au vendredi, matin, après-midi. Donc, généralement, c'est deux entraînements par jour, mais ça peut monter à trois en fonction des échéances. Donc, normalement, le week-end, ce sont mes deux jours off, quand il n'y a pas de compétition. Ouais. Une journée type, ça commence vers huit heures, je me lève. J'ai entraînement à dix heures, généralement. Donc, de huit heures et demie à dix heures, je travaille. De dix heures à midi trente, j'ai un premier entraînement. Donc, les différents types d'entraînement, on va avoir de la musculation, de la préparation physique, des assauts et des leçons individuelles qu'avec un maître d'armes pour travailler la technique. Puis, je déjeune. J'ai une heure pour déjeuner, normalement. Je travaille de quatorze heures à quinze heures et puis ensuite, je retourne à l'entraînement de quinze heures trente à dix huit heures trente. Et le soir, j'en profite pour récupérer. Donc, on a une belle unité de récupération ici à l'INSEP avec des bains chauds, des bains froids, de la cryo, tout pour pouvoir enchaîner des entraînements. Et puis après, je retravaille une demi-heure si j'ai le temps et si j'ai le courage, sinon je dors.
France Ouais, j'imagine. Après des journées comme ça, punaise. Ok. Et justement, je crois que la question suivante qui me vient, c'est comment est-ce que tu arrives à tenir ce rythme dans la durée ? Parce qu'il y a la charge physique, mais il y a aussi, tu vois, émotionnellement, enfin mentalement, tout ce que ça exige, d'être tout le temps à fond. Cinq jours d'entraînement par semaine avec au moins deux entraînements par jour. Les études avec l'enjeu du diplôme à la clé. Tant d'entreprise. Enfin bon, bref, ça fait quand même beaucoup. À 21 ans, avec en ligne de mire la compétition la plus prestigieuse au monde des Jeux. À Paris cette fois. Bref, ça fait quand même beaucoup. Donc, comment est-ce que tu arrives à gérer, je ne sais pas si on peut parler de pression, mais en tout cas, toutes ces casquettes avec lesquelles tu jongles ? Qu'est-ce que tu as mis en place peut-être comme outil, tu vois, pour t'aider à tenir sur la durée ?
Jade Eh bien, tu as peut-être le vocabulaire d'athlète, mais j'allais te parler effectivement d'outils. J'ai plusieurs paramètres que j'ai appris à mettre en place durant ma carrière, depuis que j'ai commencé l'escrime. Mais avant toute chose, ça fait partie de mon caractère, mais moi, j'aime bien être très organisée. J'ai besoin de maîtriser les activités que j'entreprends durant ma semaine ou durant ma saison. Là, à l'heure où je te parle, j'ai des to-do list devant moi. J'ai besoin de cadrer ce que je fais, donc c'est aussi un défaut parce que lorsqu'il faut improviser, j'ai un peu plus de mal. Donc, c'est ce que je travaille en ce moment. Mais déjà, un cadrage par l'organisation, c'est ce qui me permet d'être rythmée sans que ça me mette trop de pression. J'ai un créneau pour le travail, donc je sais que j'ai une heure. Pendant cette heure-là, je coupe mon téléphone, je ne pense pas à mon sport. J'ai besoin d'être à la tâche que je suis en train de faire. Je suis focus sur ce que je suis en train de faire. Sinon, je suis très bien entourée. J'ai un coach mental depuis cinq ans et il m'a vraiment aidée à trouver ce qui était bon pour moi et à m'écouter et à me connaître. Donc, je sais quand je suis fatiguée, quand c'est le moment d'en faire plus ou au contraire qu'il faut que j'appuie sur le frein un petit peu. Et tu le disais, je trouve que c'est important de le dire aussi par rapport à la vie sociale. Souvent, elle est un peu mise à prix quand on est athlète. Moi, je suis en école de commerce, alors tu imagines que j'en loupe des soirées. Mais par contre, j'ai besoin de garder ce lien social que moi, j'entretiens avec ma famille. Beaucoup, mes parents, je les ai tous les jours au téléphone. Et c'est une manière pour moi de raconter ma vie, d'écouter ce qu'ils ont à me dire, leurs conseils et de me vider la tête. Donc, voilà, c'est trois outils que je mets beaucoup à profit pour pouvoir enchaîner les journées avec plaisir déjà et sans trop de pression.
France Super. C'est génial d'entendre un témoignage de plus, en tout cas sur le podcast, qu'un des outils que tu utilises, en tout cas un des supports que tu utilises, c'est un préparateur mental. Je ne sais plus avec quels invités on en parlait. C'est revenu plusieurs fois ce sujet-là. Ah oui, c'était avec Marie-Laure Brunet qui a été médaillée olympique en biathlon. Bien sûr. Et qui expliquait que quand elle, elle avait pris… Alors, c'est une autre génération, c'est plutôt la génération de tes parents, je pense. Mais elle expliquait que quand elle avait, elle, pris la décision de prendre un préparateur mental, ça n'avait pas forcément été super bien compris, en tout cas par sa fédée. Et que c'était un peu vu comme, bon, limite prendre un psy, quoi. Tu vois ? C'est-à-dire que c'était… Enfin, j'avais trouvé ça assez étonnant dans… Ce n'est pas du tout une critique, tu vois, de ce que pense la fédée de biathlon, mais j'avais trouvé ça étonnant de voir que… En fait, ce n'était pas un aspect qui était de facto pris en compte par toutes les fédées françaises, quelque part, tu vois, quelles que soient les disciplines.
Jade Je pense que c'est aussi générationnel. Maintenant, nous, tu vois, je suis en train d'INSEP. L'une des premières questions, ça a été « Est-ce que tu as un préparateur mental ? » Donc, je pense que ça a bien changé. Et puis, on s'est rendu compte de par observer les autres fédérations aussi que c'était super important. Donc, je pense que ça a changé et ça, c'est super positif.
France Oui, c'est clair. C'est clair. Alors, tu parlais de vie sociale. Moi, c'est une question que j'aurais bien te poser. C'est comment est-ce que… On en parle souvent avec des invités, tu vois, sur la construction identitaire du sportif ou de la sportive de haut niveau, surtout quand on est jeunes adultes. Et donc, je serais curieux de savoir comment est-ce que tu gères, tu vois, cette casquette sportive de haut niveau avec… Tu vois, dans un contexte où ce n'est pas la norme, typiquement l'école. Et je te pose la question parce que là, dans le groupe, tu vois, pour tout expliquer, j'ai encadré plusieurs groupes d'étudiants pendant un mois pour Catch Business School. Et donc, il y avait un de ces groupes dans lequel Jade était impliquée sur un travail pour une entreprise. Et je ne sais pas, tu as eu la possibilité d'assister à quoi, peut-être deux ou trois meetings sur le mois ? Exactement, deux ou trois, oui. Et du coup, la question que je me pose, c'est comment tu gères cette perception de personnes qui ne sont pas du tout dans le haut niveau, qui très certainement, et c'est normal, je pense, ne comprennent pas les sacrifices que ça implique. Mais pour autant, tu dois travailler avec eux parce que, quelque part, tu suis la même formation.
Jade C'est hyper intéressant. Cette question, on ne me la pose pas souvent. Et pourtant, c'est un enjeu dans notre quotidien parce que tu te rends compte que quand tu discutes avec des personnes qui ne connaissent pas le sport, il y en a qui me disent, bon, tu fais quoi ? T'es où là dans la vie ? T'habites où ? Je dis, j'habite à l'INSEP. Il y en a vraiment très peu qui savent déjà ce que c'est et qui sont à des années lumières de ce que c'est le sport de haut niveau, en fait. Et notamment, à l'école, il y a certains profs qui ne comprennent pas qu'on mette le sport en priorité. Mes camarades, il y en a qui ne comprennent pas que tu es aussi un emploi du temps à concilier avec ton emploi du temps scolaire et tu effaces tout le temps à une non-compréhension ou du moins à des gens qui ne se rendent pas compte de ce que ça représente, en fait. Je pense qu'ils voient ce qu'on montre un peu sur les réseaux. Ça aussi, c'est aussi... On a notre part de responsabilité. Parfois, on montre que les bons côtés, on a invité à telle réception parce qu'on est athlète, on a tel bénéfice, tel avantage. Mais on ne manque pas quand c'est dur, on ne manque pas quand on a super mal, quand on souffre. Du coup, les gens, je pense qu'ils ne réalisent pas assez. Donc, comment je fais pour faire face à ça ? Déjà, j'ai la chance de baigner dans un monde d'athlètes. Mon copain, il est également à l'INSEP, il s'appelle Raphaël Savin, il est aussi escrimeur en équipe de France. Donc déjà, je baigne dans un milieu, je suis globalement entourée d'athlètes qui comprennent ma vie. Et ça, j'ai vraiment besoin d'être comprise dans mon quotidien. Mais dès que je suis confrontée à ce monde extérieur, j'essaye du mieux que je peux de me mettre à leur place. C'est-à-dire que je ne peux pas m'empêcher de faire mon maximum pour être une étudiante lambda quand je suis à Kedge. C'est-à-dire que mon groupe que tu as vu quand j'ai travaillé pour Kedge, je leur ai dit, OK, les gars, je ne serai pas là de telle heure à telle heure, mais ne vous inquiétez pas, je ferai le job après. En fait, je balance le fait que je ne peux pas être là en présentiel avec eux par beaucoup plus de travail écrit. Je me rattrape en dehors des prestations en présentiel avec eux. Mais voilà, c'est ma manière à moi de leur montrer que je n'ai pas la même vie qu'eux. C'est-à-dire que je leur montre que je ne peux pas être en présentiel. Mais tout de suite, je me dis, ne vous inquiétez pas, je serai là, je ferai le maximum pour rattraper mon retard.
France OK. Donc, tu donnes encore plus de ta personne quelque part pour compenser ce temps que tu n'as pas forcément avec eux.
Jade Oui, c'est tout à fait ça. Je me dis que c'est la seule manière de balancer en fait parce que sinon, ils ne comprennent pas et ça engendre beaucoup de conflits, ça engendre une mauvaise impression aussi de l'athlète parce que dès qu'on a un athlète dans la classe, on se dit, ça y est, lui, il va compter sur les autres du groupe pour faire le travail. Parce qu'ils ne réalisent pas qu'on n'a pas le temps en fait. Donc, je me dis, tu vas balancer, tu vas beaucoup travailler pour que le boulot soit fait quand même.
France Ça, c'est quand même dommage. J'ai discuté avec des anciens sportifs, en l'occurrence des basketeurs. Alors, je ne sais pas si c'est du haut niveau, mais en tout cas aux États-Unis, il y a une approche très différente du sport en université. Ah oui. Très, très différente. Et en fait, si tu es sportif, disons que c'est du haut niveau, si tu es sportif de haut niveau, aux États-Unis, tu es un peu une star en fait sur les campus. C'est ça. Alors qu'en France, même avant, tu vois, moi, je n'étais pas en école, j'étais encore au lycée quand je faisais du judo. Je n'avais absolument pas le sentiment d'être une star, tu vois. Je me rappelle de commentaires de profs devant toute la classe. À la fin du cours, j'attendais la fin du cours parce que je savais que sinon certains réagissaient un peu chaudement, tu vois. Quand j'amenais mes convocations de l'équipe de France pour partir faire un stage à l'autre bout du monde, je me faisais pourrir, quoi. C'était, mais encore, mais qu'est-ce qu'on va faire de vous ? Moi, je ne peux pas décaler DS. Tant pis, vous allez la rater. Tu sais, limite, tu te sens mal, quoi. Tu te dis, mais mince, je suis désolé, tu vois, de vous embêter avec ça.
Jade Alors que... Après tout, c'est une contrainte d'être athlète. Non, mais c'est ça. Et en fait, comme tu es vu comme un sportif qui fait juste des compètes et qui, justement, aurait le temps de faire autant que les autres, il pense que c'est une excuse que tu te donnes. Et moi, ce que tu dis, je l'ai vécu. Et moi, j'ai eu des profs en post-bac. Donc, évidemment, j'ai eu ça pendant toute ma scolarité, dès que je suis coupée de compète. Mais même en post-bac, ça m'a un peu plus étonnée. Des profs qui m'ont dit, en fait, tu veux faire passer l'escrime avant ta scolarité, mais tu as pensé à ce que tu vas devenir après, si tu ne te présentes pas à l'examen là, tu as pensé à ce qui pourrait arriver si tu ne peux pas avoir ton diplôme. Et c'est ça, c'est constamment, en fait. Parce qu'il n'y a pas, comme tu dis, cette culture du sport qui existe bien largement aux États-Unis et aussi dans d'autres pays, où, en fait, ils ont bien compris que pour être performants, c'est le corps et l'esprit. Et en France, ce n'est encore pas trop, trop ça, quoi. Alors, parfois, tu as de la chance de tomber sur les tuteurs qui font du sport et qui comprennent. Mais ce n'est pas du tout le cas.
France Ce qui est quand même un peu l'ironie parce que la France, c'est quand même le pays de Pierre de Coubertin, tu vois. Par rapport à l'histoire des Jeux, c'est quand même un peu fou quand on est un pays de sport, tu vois. Il y a quand même plein de disciplines où on est parmi les meilleures nations, tu vois, en cyclisme, en foot, en rugby, en judo, en l'occurrence, en escrime, comme tu le disais. Donc bon, c'est quand même un peu dommage.
Jade Mais pour positiver quand même ça, il y a vraiment de belles avancées. Et surtout, et ça, c'est ce que je vois dans mon côté professionnel, je vois que de plus en plus, le sportif intéresse le monde de l'entreprise parce qu'on commence à comprendre que, mine de rien, on a une autre manière de penser. On a appris des valeurs beaucoup plus tôt que certaines personnes qui iront dans le monde de l'entreprise et qui comprendront ce que c'est que l'efficacité un peu plus tard ou la résilience, la confiance en soi, et comprennent en fait que nous, par nos compètes, nos entraînements quotidiens, on a acquéris ces valeurs beaucoup plus facilement et rapidement qu'un non sportif. Et donc, on commence à s'intéresser aux sportifs. Et donc, il y a de plus en plus de choses qui sont mises en place dans les écoles, des aménagements, du mécénat, du sponsoring qui nous aident.
France Oui, c'est super ça parce que tu vois, moi quand je suis rentré à Quête, j'étais en 2009 après mes deux années de classe prépa. Et avant de partir en prépa, j'avais regardé s'il y avait des conditions d'admission spéciales pour les sportifs de haut niveau en école de commerce. Et de mémoire, je ne veux pas dire de bêtises, mais il n'y avait que deux écoles qui proposaient des accès sur dossier. C'était l'EM Lyon et l'ESC Montpellier. Et l'EM Lyon, je me rappelle, c'était… Il y avait Stéphane Diagana qui avait fait l'EM Lyon. Et c'était un peu les seules options en France. Alors qu'aujourd'hui, Quête, je ne me rappelle pas du tout que Quête ait eu des parcours aménagés pour les sportifs de haut niveau il y a dix ans. Donc ça, c'est génial.
Jade Oui, c'était la seule à Bordeaux il y a trois ans. Je suis passée à Paris maintenant, mais ça commence. C'est bien, tant mieux.
France C'est génial. Excellent. Ça nous fait une super transition sur ta troisième casquette. Celle d'entrepreneuse. Comment est-ce que… Alors, tu nous expliquais comment ça s'est mis en place, mais sur… Typiquement, la semaine type que tu nous expliquais, ça te prend combien de temps à peu près cette activité de conférence ?
Jade La conférence en tant que telle, donc la prestation, j'essaie de ne pas en mettre plus de quatre par mois.
France Ok. Ah, quand même.
Jade Ouais. Mais c'est… Il y a de la préparation, bien sûr, avant. Ouais. Tu connais, dès que tu es entrepreneur, il y a du démarchage, de la relance, beaucoup de coups de téléphone. Enfin, ça prend du temps en amont. On va dire que j'y consacre quotidiennement. J'essaye une heure, 30 minutes à une heure. Et voilà. Et à ça, tu rajoutes mes deux à quatre conférences par mois. Donc, en soi, c'est encore assez minime, mais c'est quand même quelque chose à ajouter dans mes journées.
France Ouais, clairement, ouais. Clairement. Et tu t'expliquais que tu as vraiment le sentiment que la perception par rapport aux sportifs de haut niveau évolue en entreprise notamment. Toi, qu'est-ce que c'est les messages qui ont le plus d'impact quand tu fais ces conférences ? À quoi est-ce que les gens réagissent le plus ? Ou tu as le sentiment qu'ils sont le plus inspirés par ce que tu racontes ?
Jade Dans mon quotidien, je mets l'athlète au service du collaborateur. Ça, c'est le slogan un peu de mon entreprise. Et je fais un parallèle tout le temps en disant, en plus, ça se prête bien à l'escrime. Tu vas voir pourquoi. En fait, à l'escrime, on tire contre un adversaire, donc le collaborateur contre des concurrents. On veut toucher son adversaire. Eux, ils veulent toucher leur cible client. Et on évolue sur une piste, eux, un marché. Et il y a des règles à respecter, tout comme dans le monde de l'entreprise. Et puis, on fait tous deux, le collaborateur et moi, face à la pression. On doit gérer l'échec, rebondir. On doit être organisé, avoir une bonne hygiène de vie et atteindre des objectifs. Et ça, c'est tout le temps un parallèle que je fais. Et en fait, ça coûte de source. C'est-à-dire que quand je fais des conférences, ce qui me plaît beaucoup, c'est quand je parle d'atteinte d'objectifs. Ils savent très bien ce que c'est les Jeux Olympiques. Et ils se disent, OK, waouh, c'est une grande marche. Comment tu fais pour te pencher vers cette direction ? Au même titre qu'un entrepreneur pourrait dire, OK, moi, qu'un salarié veut atteindre plus de chiffre d'affaires ou bien atteindre une plus grande cible client. Chacun a son objectif. Et en fait, pour l'atteindre, on met en place des outils qui sont assez similaires. On va faire appel à de la communication, à de l'organisation. Et ça, c'est ma valeur ajoutée. C'est-à-dire que moi, j'ai 21 ans. Quand je suis interne dans une entreprise, ils ont 40, 50 ans. Et les premières fois, je me suis dit, mais bon, OK, tu es là. Tu as quelque chose à dire. Mais c'est vrai qu'eux, ils ont beaucoup plus d'expérience professionnelle. Par contre, dans mon domaine, c'est-à-dire le sport de niveau, je suis compétente et experte de mon domaine. Et de parler de ce que je fais au quotidien, ça les inspire. Et ils me disent, OK, en tout cas, ça me donne envie. Ça me motive plus pour atteindre mon objectif. Et on utilise des outils très concrets. Par exemple, si je peux t'en citer un, c'est la méthode de l'escalier. C'est-à-dire que pour atteindre un grand objectif, moi, au début de ma saison, je vais mettre des paliers à atteindre allant de, OK, je veux faire plus de yoga pour être plus souple parce que j'ai repéré que c'était un besoin pour faire des fentes plus explosives. Premier palier, je me donne un mois pour être plus souple. Comment je fais ? Je veux faire du yoga une fois par jour pendant trois semaines. OK, premier palier atteint. Et ensuite, je passe au deuxième palier. Je veux atteindre une nouvelle technique. Par exemple, je veux faire ce type de parade, ce type de riposte. Eh bien, je vais reposser trois mois. Je vais communiquer avec mon staff. Voilà, j'explique tout ce que je mets en place et au final, qui est super facilement transposable dans leur monde à eux.
France Génial. Génial. Ouais, la méthode de l'escalier. J'avais déjà lu quelque part, il y en a qui utilisent l'analogie avec de l'éléphant. En gros, si tu dois t'attaquer à un éléphant, forcément, c'est un peu trop gros. Donc, comment est-ce que tu commences par le découper en plus petits blocs ? Mais bon, c'est peut-être un peu plus gore. Excellent. Et alors, tu t'évoquais cette grosse échéance qui est les jeux et les outils que tu as mis en place pour gravir cette grosse grosse marche. 2024, c'est dans deux ans, mais finalement, c'est aussi demain. Donc, où est-ce que tu en es, toi, dans ta préparation ? Comment est-ce que tu l'abordes et quelles sont les prochaines grandes étapes, justement, les prochaines petites marches, on va dire, qui t'aideront à gravir la grande ?
Jade Alors oui, comme tu dis, les jeux, c'est beaucoup plus proche. Ça n'a jamais été aussi proche, en fait. Et la spécificité, c'est que cette fois-ci, on n'a eu que trois ans pour s'y préparer à cause du report des Jeux de Tokyo. Donc, il y a beaucoup de paramètres qui sont nouveaux par rapport à d'autres Olympiades. Déjà, il y a beaucoup d'athlètes qui n'ont pas arrêté après Tokyo parce qu'ils se sont dit, il n'y a que trois ans et c'est à la maison. Donc déjà, il y a des places qui ne se sont pas libérées, comme elles auraient pu se libérer si ça n'avait pas été à Paris et si ça avait été quatre ans après. Donc déjà, les places sont plus chères. Là, tu vois, sur les trois filles qui sont parties au jeu, il n'y en a qu'une seule qui a arrêté. Alors que normalement, il y en aurait peut-être plus eu une deuxième. Donc ça ne fait qu'une place à prendre ou plus, mais je veux dire, il y a vraiment une place qui s'est libérée. Moi, j'ai 21 ans. Là, je dors pour faire une médaille. On va dire que c'est entre 28 et 32 ans. Mais à Tokyo, on nous a prouvé qu'il y avait un Romain Cannon, je ne sais pas si ça te parle, champion olympique à l'épée, qui est parti sur le gong au dernier moment et qui a remporté la médaille d'or et il n'avait que 24 ans. Donc ça nous prouve le contraire. En tout cas, voilà. Moi, durant les deux prochaines années, je vais devoir répondre à de bons résultats en Coupes du Monde. Donc chaque saison, tu as cinq Coupes du Monde. Et à l'issue de ces cinq Coupes du Monde, il y a un classement sélectif qui est érigé. Et on va prendre les quatre premières pour partir aux Jeux Olympiques à Paris. Donc moi, je dois faire le boulot en tout cas pendant ces deux prochaines années, de continuer à grandir dans cette grande fosse au lion qui est le haut niveau senior. Il y a vraiment une différence entre les juniors et les seniors, notamment en termes d'année d'expérience. Parce que quand tu arrives en senior, tu as des filles qui ont 30 ans, donc qui ont dix ans de plus d'expérience que toi. Et ça fait de l'effet en tout cas sur la piste. Donc le job, c'est de rêver 2024, de tout faire pour être à 2024, avec un objectif en ligne de mire de médaille d'or en 2028.
France Génial ! Génial !
Jade Voilà, le plan d'action.
France Toi, tu dirais que c'est quoi ta différence, ta touche spéciale Jade sur la piste ?
Jade Bah ça, je pense que peut-être que tu pourrais demander à mon entourage et tout le monde serait d'accord. Je bosse énormément parce que j'adore ça, j'adore les scrims, donc j'adore travailler. Donc je ne vais jamais rien lâcher. Ça, c'est vraiment mon point. Peut-être que je suis moins talentueuse naturellement que certains athlètes, mais je vais m'entraîner plus pour acquérir toujours le geste parfait et la technique parfaite. Et ça, ça me vient peut-être de mon papa qui m'a toujours répété quand j'étais petite et encore aujourd'hui. C'est son mantra. Il dit je ne lâche rien. Et ça, c'est vraiment un truc que je me répète quand c'est un peu dur, que tu dois soulever toujours plus lourd à la muscu. Tu dis ok, je ne lâche rien. Je n'y ai rien. Et ça, c'est vraiment un truc qui m'est rentré dans la tête et que je mets en place dans mon quotidien. Et voilà. Donc, ma valeur ajoutée, c'est le travail. Je n'abandonnerai pas quoi.
France Ouais. Super message ça. Excellent. Super. Et alors, petite question. Tu nous as parlé de trois casquettes, mais il me semblait, peut-être que je me suis trompé, mais il me semblait avoir vu sur Instagram que tu fais du mannequinat en plus, non ?
Jade Ouais. Oui.
France Ok. Donc, est-ce que c'est vraiment une quatrième casquette ou est-ce que c'est un hobby un peu accessoire qui ne prend pas tellement de temps au final ?
Jade Alors ça, la petite histoire, c'est que je suis entrée dans ce monde-là. J'avais 18 ans. J'ai fait le concours de Miss Odironde. Donc, c'est la première étape de Miss France. Tu as d'abord le département, la région et la France. Et je me suis inscrite, je sais vraiment, je ne saurais même pas te dire comment. Je ne me souviens plus. Je me suis inscrite à ce concours. Et évidemment, tu as une semaine de répétition avant la soirée de l'élection. Et j'étais à l'entraînement. Je n'ai pas pu aller à une seule soirée de répétition. Donc, je suis arrivée le samedi soir. J'ai demandé à une fille qui était aux répétitions de m'apprendre les chorés. Entre parenthèses, il y en a une qui m'a appris vraiment un truc qui n'avait rien à voir. Il faut savoir que c'est vraiment, il y en a beaucoup qui se battent pendant des années pour avoir cette couronne. Donc, tous les moyens sont bons pour gagner. Et ce soir-là, j'ai eu, j'étais troisième dauphine. Donc, j'ai eu une écharpe. Mais j'ai surtout appris à faire abstraction du regard des autres ce soir-là. Tu vois, j'ai défilé en maillot de bain devant. Il y avait 300, 400 personnes. Et ça m'a appris une petite compétence. Et c'est ça que je vais retirer de ma première expérience de mannequinat. Puis après, j'ai pris goût, mais plus dans la photo. Donc maintenant, dès que je peux représenter une marque qui m'accompagne, dans ma pratique sportive, je leur propose toujours de faire des photos, de la vidéo. Je suis dans des agences parce que voilà, c'est plus une petite passion. Mais ce n'est pas une casquette parce que ça ne prend pas assez de temps pour porter le long casquette. Mais voilà, c'est une petite activité annexe. Excellent.
France Ok. Alors, tu parlais de marque qui t'accompagne dans ta pratique sportive. Aujourd'hui, c'est une nécessité dans les screens d'avoir des sponsors ? Complètement.
Jade C'est un sport qui est amateur. J'ai dit un petit peu plus tôt, mais déjà, c'est un sport qui coûte cher. Tu vois, pour te donner un ordre d'idée, un fleuret, ça coûte 120 euros. On encaisse plusieurs par mois. Les tenues, il faut les changer tous les ans. Les déplacements ne sont pas nécessairement pris en charge. Donc, très vite, j'ai dû faire appel à des sponsors. Et puis récemment, j'ai changé de club. Je suis passée dans un club parisien parce que les clubs de province n'ont pas accès aux mêmes ressources financières que les clubs parisiens. Donc, j'ai pu être mieux encadré dans le club de Bourg-la-Rennes, dans lequel je suis aujourd'hui, qui m'accompagne financièrement et aussi au niveau du staff et de l'accompagnement, bien évidemment. Mais oui, j'ai besoin de partenaires pour financer mes saisons. Donc, aujourd'hui, j'ai la BPCE qui m'accompagne dans le cadre du pacte de performance. Et puis, d'autres partenaires plus privés, le groupe d'humains, d'autres entreprises locales. Mais aujourd'hui, si tu veux espérer t'entraîner dans un confort, oui, c'est nécessaire d'avoir un partenaire. Ok. La fédération prend en charge, tu vois, par exemple, ne prend pas en charge la totalité de l'INSEP, par exemple. Ça, à toi de dépasser une petite partie. Ah ouais ? Oui. Les déplacements ne sont pris en charge que lorsque tu es en équipe de France dans les quatre premières. Donc, pour y accéder déjà, tu as plusieurs années où tu dois financer toi-même les déplacements en Coupe du Monde qui sont partout dans le monde. Voilà.
France D'accord. C'est étonnant, ça. J'aurais pas cru. Ah ouais, d'accord. Donc, si tu es en équipe de France, mais pas dans les quatre premières sur les listes, c'est à tes frais, quoi. Voilà, complètement.
Jade D'accord.
France D'accord. Ok. Bon. Intéressant. Mais faites de l'escrime, hein.
Jade C'est génial. Ouais. Ouais.
France Ouais. Quand on aime, on ne compte pas, mais...
Jade Mais disons que voilà, c'est-à-dire que quand un escrimeur te dit qu'il fait de l'escrime, tu sais que c'est vraiment par passion, quoi. Ouais.
France Ouais. Ouais, je comprends mieux, là, du coup. Ok. Waouh. Intéressant. Super. Bah écoute, Jade, on arrive, je regarde l'heure, mais on arrive doucement au bout. Moi, je serais curieux de savoir peut-être qu'est-ce que... En plus, ça va être, ça va être, tu vas nous faire une réponse incroyable parce que tu es habitué à ce genre de choses, mais qu'est-ce que tu conseillerais, tu vois, à celles et ceux qui nous écoutent, fort de toutes ces expériences, de tes multiples casquettes et tout ce que tu as pu apprendre dans le sport de haut niveau, notamment, jusqu'à présent ?
Jade D'habitude, à cette question, je réponds en disant, il ne faut jamais relâcher, tu vois, mais comme j'en ai parlé, comme j'en ai parlé juste avant, là, j'avais envie de faire passer un autre message qui est celui de prendre du recul, parce que c'est ce que je fais en ce moment un peu plus que les autres fois. Parfois, il faut savoir regarder sa situation d'un peu plus haut et de réaliser où tu es, où j'en suis, où nous en sommes et te dire que tu as déjà réalisé certaines choses et de mettre dans ta valise que tu portes tous les jours des compétences que tu as déjà su valider sans vouloir tout le temps aller en chercher toujours plus. Moi, parfois, je prends le temps de me poser et de me dire, OK, je sais, demain, tu vas à l'entraînement, cet après-midi, ça va être dur, tu veux la médaille, tu veux la médaille. Mais je me dis, attends, regarde déjà tout ce que tu as validé, regarde toutes les compétences que tu as déjà, tu sais faire ça, tu sais faire ci, tu as telle technique, tu as tel résultat. Et bien déjà, ça te fait sourire et ça te donne un peu plus de motifs pour la suite. Mais je pense que c'est important de prendre du recul un peu plus souvent sur ce que tu as déjà réalisé dans ta vie pour aller accéder à de plus hauts sommets.
France C'est un super message, je suis 100% d'accord avec toi. Quelque part, cette notion de, tu vois, de, quand je travaillais chez Apple, c'est quelque chose qu'on utilisait beaucoup en interne, qui va un peu dans ce sens-là, c'est slow down to go fast. C'est un peu à ça que ça me fait penser, tu vois, cette capacité à ralentir, en fait, faire une pause un peu, regarder dans le rétro, te rendre compte de tout ce que tu as déjà réalisé pour pouvoir mieux repartir après avoir tiré des enseignements. Donc, super message.
Jade C'est un moyen de faire un point aussi. On parle énormément de feedback dans le monde de l'entreprise. Nous, à l'entraînement, tu vois, on a une application. Tous les matins, on dit quel niveau de forme on a. Et tous les soirs, on remplit notre bilan de séance. Et dans le bilan de séance, on te demande qu'est-ce qui n'a pas été, qu'est-ce qui a été. Donc, c'est toujours cette idée de faire un point pour avoir des axes de travail, mais aussi pour valider certaines compétences que tu as mis longtemps à essayer d'acquérir.
France Excellent. Super. Ben, écoute, franchement, un grand, grand merci, Jade, d'avoir fait découvrir ton univers. En tout cas, pour moi, c'est beaucoup plus clair. Donc, je pense que maintenant, quand on me parlera des scrims, voilà, j'aurai des règles en tête, je serai calé. Donc, franchement, vraiment, merci beaucoup. C'était juste passionnant de découvrir comment est-ce que tu arrives à jongler avec toutes ces activités. Hyper inspirant de voir à 21 ans tout ce que tu as déjà, tous les apprentissages que tu es déjà capable de restituer. Et la clarté que tu as sur la suite de tes aventures et ce que tu vises. Donc, écoute, franchement, bravo. Si les gens veulent te suivre d'ici les Jeux et après, surtout pour 2028, puisque tu disais que c'est quand même ça, si j'ai bien compris, la vraie grosse efférence avec l'or en ligne de mire.
Jade Voilà.
France C'est quoi ? C'est Instagram le bio le plus adapté ?
Jade Ah ouais, là, j'avoue que je fais ma djens. C'est clairement Instagram sur lequel il y aura plus d'infos. J'ai Facebook, mais voilà, Insta, Insta.
France Insta, Insta, ça marche.
Jade Merci infiniment. C'était un super moment et vraiment merci pour ce podcast.
France Avec grand plaisir, Jade. Tout le meilleur pour la suite.
Jade Yes, merci.
France Salut.
Jade Salut. Salut. Salut.
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