Les Frappés Les Frappés
Saison 4 EP·155 Parcours de vie #Ironman #escrime #CrossFit

12 mars 2024

Le sport de haut niveau comme école de la vie, avec l’athlète olympique Mathilde Andraud

Durée · 1h33 · Transcription disponible

l’athlète

Le récit

Le sport de haut niveau est une aventure incroyablement formatrice. C'est l'école de la vie par excellence.

Parce que c'est difficile.
Parce qu'on doit se dépasser, constamment, pour rester compétitif.
Parce que c'est ingrat, et qu'énormément de paramètres ne sont pas dans notre zone de contrôle.
Il faut apprendre à faire de son mieux et à accepter le reste.

Mathilde Andraud a été sportive de haut niveau en javelot pendant plus d'une décennie. Elle est 5x championne de France (2012, 2013, 2014, 2015, 2016) et détient encore à ce jour le record de France, avec un lancer à 63,54m, qu'elle a établit en 2016.

Elle a représenté la France 🇫🇷 aux Jeux Olympiques de Rio et avait comme objectif les Jeux de Tokyo en 2020.

Une blessure lourde à l'épaule et le COVID sont venus perturber ces plans et l'ont amené à prendre une lourde décision : mettre un terme à sa carrière sportive.

Aujourd'hui kinésithérapeute, elle est épanouie dans sa vie, mais le dit clairement, la blessure qu'ont laissé toutes les frustrations de sa vie de sportive de haut niveau n'est pas encore refermée.

Un échange passionnant qui met en lumière la dure réalité pour la majorité des athlètes qui représentent la France à l'international.

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Transcription

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Mathilde Et puis après, on commence à te parler de’ Jeux olympiques, et donc ça devient… le rêve de’ petite’ fille devient un objectif, et puis petit’ à’ petit’ il y a des’ étapes que’ t'arrives’ à franchir, et même s’ il y a’ beaucoup’ de’ petites’ déceptions’ en cours, au final, d’ accéder’ aux’ Jeux c'était’ c'était’ vraiment’ réaliser’ un rêve’ de’ petite’ fille, et puis’ j'y allais’ avec’ d’autres’ objectifs en’ plus’ parce’ que’ tu veux’ toujours’ aller’ plus’ loin’.

Loïc Vous écoutez Les Frappés, le podcast de celles et ceux qui se dépassent. Je suis votre hôte Loïc, ancien sportif de haut niveau en judo, coach préparateur mental et amoureux d'activités outdoor en tout genre. Ma conviction, c'est qu'on a tous un frappé au potentiel exceptionnel qui sommeille en nous. J'ai créé ce podcast pour vous faire découvrir des femmes et des hommes qui ont osé le réveiller. Mes invités sont des athlètes de tout niveau, des aventuriers professionnels, des voyageuses au long cours, des entrepreneuses ou encore des militaires, des forces spéciales. Toutes et tous partagent à mon micro des récits inspirants qui vont vous faire passer à l'action. Attention, une écoute régulière peut entraîner des changements positifs irrévocables dans vos vies. Mathilde Andro est une ancienne lanceuse de javelot qui a représenté la France au JO de Rio en 2016. Elle détient 5 titres de championne de France ainsi que le record actuel avec un lancé à 63,54 mètres réalisé en 2016. Dans cet épisode, on parle d'un pays qui ne se donne pas les moyens financiers de ses ambitions sportives, de jets d'engins, de pluie brésilienne et de l'importance d'apprendre la résilience. Excellente écoute à vous.

Mathilde Moi je suis née à Montpellier.

Loïc Athénée à Montpellier, ok. Oui. Oui parce que j'ai vu que dans ta carrière à un moment donné tu y es revenue il me semble dans ta carrière sportive.

Mathilde oui c'est à dire que il y avait un pôle d'entraînement assez spécialisé dans le mancet de javelot à Boulouris à côté de Saint-Raphaël c'est un lieu de Saint-Raphaël et du coup je m'entraînais avec une coach là-bas sur place pendant 4 ans j'ai quitté Montpellier en 2013 ok

Loïc le Kreps de Boulouris

Mathilde j'ai fait quelques stages

Loïc mémorables là-bas

Mathilde dans le dojo

Loïc en plein été il y a une série de marches quelque part je ne sais plus exactement où c'est

Mathilde il y a des marches partout c'est qu'on serait complètement en pente les logements pour aller dormir c'est tout en haut le réfectoire et les trucs d'entraînement sont tout en bas je ne me rappelle plus la disposition

Loïc mais je me rappelle de ces marches horribles qui ont généré quelques vomis le matin très tôt quand on faisait des séries de marches en courant enfin bon bref les bons souvenirs du sport c'est ça Mathilde je suis super content de te recevoir sur le podcast merci beaucoup d'avoir accepté mon invitation c'est génial

Mathilde merci à toi c'est un honneur franchement de pouvoir participer à un tel podcast moi je suis assez impressionnée donc ravie

Loïc je suis impatient je pense qu'il y a plein de sujets enfin c'est même sûr plein de sujets très très intéressants on va pouvoir parler d'autant plus que t'as une histoire moi qui me parle beaucoup, sport de haut niveau, transition, aujourd'hui tu fais autre chose mais tu restes quand même extrêmement active, sportive.

Mathilde Je ne pense pas qu'on puisse s'arrêter complètement.

Loïc On va en parler mais je pense que quand c'est ancré, ça devient un mode de vie, un mindset plus qu'une occupation. On va parler de tout ça et puis aussi il y a un aspect aussi qui m'intéresse énormément, c'est ta gestion de la blessure et puis tout l'aspect résilience mentale dans un sport que je connais assez peu mais en préparant l'épisode où finalement je me suis rendu compte qu'il semblait être méga exigeant mentalement. Donc hâte que tu nous parles de tout ça. Mathilde, du coup, la première question, c'est tout simplement qui est Mathilde ? Comment est-ce que tu te présentes aujourd'hui ?

Mathilde Je m'appelle Mathilde Andrault, je suis originaire de Montpellier. j'ai été lanceuse de Javelot à un niveau national et international pendant une bonne dizaine d'années je suis aujourd'hui encore recordman de France de la discipline et j'ai participé entre autres aux Jeux Olympiques de Rio en 2016 ça c'est pour la partie ex-sportive et aujourd'hui je suis kiné-thérapeute et depuis deux ans maintenant parce qu'avant j'ai fait un peu de libéral plutôt kiné du sport etc depuis deux ans maintenant je travaille dans un centre de rééducation qui est spécialisé sur la prise en charge des personnes amputées

Loïc ok d'accord qui est à Montpellier

Mathilde qui est juste à côté de Montpellier au Gros du Roi au bord de la mer

Loïc ok ah non mais alors attends ça c'est fou parce que j'avais vu que t'étais en CHU mais j'avais pas compris que c'était un centre spécialisé pour les amputés il y a de fortes chances que t'aies croisé certains de mes invités et un en particulier qui s'appelle alors attends parce que lui son asso est basé à Albi qui s'appelle Jérôme Bernard et qui a une asso qui s'appelle Osmove, je ne sais pas si ça te parle

Mathilde Ah on en a parlé, mais alors non pas encore moi ça fait que deux ans que je suis dans ce milieu là on va dire, mais ça me passionne donc je pense qu'il reste un bon moment donc je vais être amie certainement

Loïc Je pense qu'il y a des chances parce qu'il est pas mal actif dans la région et justement son asso l'objectif de l'asso c'est de faciliter l'accès aux lames aux prothèses etc. et à la reconstruction par le sport de personnes que lui appelle néo-amputées. Je ne sais pas si c'est un terme médical ou autre, mais lui, il dit néo-amputées.

Mathilde Oui, après, c'est... Oui, oui, c'est un terme qu'on utilise de temps en temps. Après, c'est... C'est vrai qu'il y a quand même une grosse majorité des personnes amputées qui sont en tout cas, nous, dans le centre où on les prend en charge, qui sont des personnes avec des pathologies vasculaires, des pathologies... Enfin, beaucoup de pathologies annexes qui ont entraîné en amputation. Ce n'est pas... Les cas d'amputation traumatique sont quand même vraiment pas les plus fréquents, on va dire. Ah ouais, ok. C'est pas ce qu'on a en plus. Ça représente...

Loïc J'aurais pas cru, tu vois.

Mathilde À l'échelle nationale, ça représente 30% des amputations, des amputations traumatiques. C'est des personnes plus jeunes, c'est souvent des personnes, du coup, plus sportives aussi, parce qu'il y a une grosse majorité où c'est des accidents de moto. Et après, les 70% restants, c'est des séquelles du diabète, notamment. Et c'est terrible. Et donc, c'est des personnes plutôt plus âgées avec des pathologies plus importantes autour comme le diabète, du surpoids, une artériopathie, des choses comme ça. Mais le sport est tout aussi important. Activité physique en tout cas est tout aussi importante.

Loïc D'accord. Intéressant, mais peut-être que vous croiserez un jour avec Jérôme et Ozmove. Ok, donc tu disais grosse carrière sportive, tu as été sportif de niveau pendant une dizaine d'années. Un peu plus. Un peu plus, oui. Justement, comment est-ce que tu as découvert le javelot et à quel moment est-ce que c'est devenu en activité principale ?

Mathilde Alors moi, j'ai été très sportive. Des petites, il a fallu me canaliser un peu. Alors, hyperactive, tout ça, on ne visait pas tellement de ma génération. J'ai 34 ans, en fait. et du coup j'ai fait sport et tube de gymnastique quand j'étais au collège quand j'ai commencé à l'école déjà je faisais une dizaine d'heures d'entraînement par semaine ensuite au collège je faisais une vingtaine d'heures d'entraînement par semaine gymnastique artistique, on les agrait bar poutre, sol saut et puis mes parents étaient un peu grands quand j'avais fait des tests pour entrer dans des centres d'entraînement où vraiment on parlait de grosses cantines d'entraînement parce que 20 heures par semaine en fait en gymnastique c'est pas beaucoup c'est plus 40 heures en général dans les grands centres comme dans notre région à nous, Marseille enfin dans notre région, pas ma région dans le sud et mon père fait presque 1m90 ma mère un petit mètre 70 donc on m'avait dit vous êtes mignonne mais changez de sport et du coup au lycée au collège j'étais pas très grande je faisais 1m55 en 3ème mais j'étais déjà un peu grande par rapport aux autres et j'ai commencé l'athlétisme par le saut à la perche parce que j'avais un de mes entraîneurs de gym qui m'a fait découvrir le saut à la perche avec un groupe d'entraînement génial à Montpellier. Et là, j'ai découvert le soleil, s'entraîner dehors, respirer l'air pur. J'ai fait ma première compétition d'athlétisme. Alors, à la gym, il fallait se ranger par ordre de taille. On changeait d'agré sur la musique. C'était quelque chose de très, très strict. Les heures d'échauffement, le nombre de minutes d'échauffement était compté. je suis arrivée sur ma première compétition d'athlée parce qu'évidemment avec un passif de gym j'avais un peu des facilités pour le sol à la paire, j'avais des bons repères dans l'espace donc on m'a proposé tout de suite de faire des petites compétitions en Benjamin, même à l'époque en ULIM, je sais plus j'avais un an d'avance alors je devais avoir le taux de 13-14 ans peut-être et j'ai adoré ça la liberté d'arriver quand on veut sur le stade, d'aller s'échauffer quand on veut on arrive, on nous dit à 9h30 t'as les haies, à 13h30 t'as la perche, à 15h t'as le lancer de javelot et entre temps tu fais ce que tu veux, t'es au soleil dehors donc voilà j'ai découvert l'athlée comme ça et il se trouve que j'ai été aussi assez douée pour le lancer de javelot au départ ce qui n'était pas du tout une vocation moi j'ai une famille de sportifs mais mon père a fait plutôt du rugby, mon frère du rugby mon grand-père du côté de ma maman a fait beaucoup de chasse sous-marine mais je connaissais pas du tout le lancer de javelot ça m'attirait pas honnêtement au départ j'avais un peu une image de truc de bourrin pour être honnête et puis en fait quand t'as des facilités tu lances un peu loin tu rencontres des coachs passionnés j'ai fait après petit à petit des stages nationaux là j'ai rencontré vraiment des coachs mordus de ça qui ont commencé à me parler un peu biomécanique et ça m'a plu parce que c'est un geste, comme tu l'as dit, qui est assez technique, assez gligeant. C'est de la puissance et de l'explosivité. C'est un mix entre la force et la vitesse. Et selon les techniques choisies, selon les qualités physiques aussi des lanceurs, on va plus opter sur la force ou plus opter sur la vitesse. Les lanceuses cubaines qui faisaient trois pas d'élan et une mine, ça ne me plaisait pas. Par contre, le côté élastique et explosif, notamment quand on a du monde qui est tchèque, où il y avait une russe à l'époque que j'aimais bien ramasser, mais elle était choupée pour dopage, donc je l'aime beaucoup moins du coup. Mais voilà, c'est vrai que ça a commencé à me plaire, parce que c'est quelque chose d'élastique, c'est assez impressionnant, et c'est très joli en fait, gestuellement, le lancer de Javelot. Ça a quelque chose d'esthétique, comme le soin à la perche, ça me plaît bien, ça me rappelait la gym, t'as envie de mettre les pointes de pied quand t'es en l'air. Et Javelot, c'est quelque chose de très élégant, tu remarqueras que souvent, sur les photos des affiches d'athlétisme, même quand c'est des épreuves combinées qu'on présente, etc. C'est souvent une photo pendant le lancer de javelot qui est mise, parce que c'est assez élégant comme geste. Donc voilà, et puis après, de rencontre en rencontre, tu as des coachs qui te disent, Mathilde, quand même, il y a des compétitions intéressantes à faire, alors tu fais les championnats d'Europe junior, les mondes junior, et puis les championnats d'Europe espoir, et puis après, on commence à te parler de Jeux Olympiques, et donc ça devient, le rêve de petite fille devient un objectif, et puis petit à petit il y a des étapes que tu arrives à franchir et même s'il y a beaucoup de petites déceptions en cours au final d'accéder au jeu c'était vraiment réaliser un rêve de petite fille et puis j'y allais avec d'autres objectifs en plus parce que tu veux toujours aller plus loin que juste participer donc ouais c'est une super expérience c'est vraiment une discipline que j'ai appris à aimer et que j'aime beaucoup et j'adore changer un peu les préjugés des gens à ce sujet-là parce que c'est énormément d'exposivité, énormément d'élasticité, donc c'est très complet en termes de préparation physique et c'est un peu de répétition où on lance des trucs contre un mur, mais c'est sympa.

Loïc Du coup, les spécificités du sport, est-ce que tu peux peut-être nous en parler sans trop rentrer dans les détails, mais les javelots, parce qu'en fait, j'ai découvert qu'à une époque...

Mathilde le déplacement du centre de gravité

Loïc exactement on arrivait à lancer des javelots à plus de 100 mètres et ça devenait trop compliqué pour l'organisation des compétitions parce qu'en gros il n'y avait pas de longueur suffisante

Mathilde ouais le record du monde historique c'est 104 mètres quelque chose c'est une performance je ne me rappelle plus le nom du gage c'est nul je ne me rappelle plus c'est un mec de l'Est du coup c'était dangereux parce qu'en fait, sur un stade l'atelier, la configuration, très souvent, le lancer de jablo, il est à l'autre bout du stade par rapport soit au son hauteur, soit au son à la perche. Donc, si le jablo, il commence à venir se planter dans le tapis de hauteur, ça craint. Du coup, c'était des jablots qu'on appelle, enfin, aujourd'hui, on les appelle des jablots planeurs. Le centre de gravité était vraiment en plein milieu. C'est des engins, il faut savoir, pour un homme, c'est 800 grammes, pour une femme, c'est 600 grammes. On dit engins, j'ai encore dit engins. Je dis engins, tout le monde rigole autour.

Loïc c'est le terme ?

Mathilde voilà c'est le terme et du coup ça fait 2m60 de long pour un javelot masculin et 2m40 de long pour un javelot féminin c'est environ ce que je te donne et du coup c'est vrai que quand ça prend bien le vent, ça plane un peu et comme le centre de gravité est en plein milieu ça avait tendance à dès qu'il y avait une petite rafale vraiment planer beaucoup et donc on a déplacé le centre de gravité un peu vers l'avant pour que les javelots soient devenus piqueurs mais bon le record du monde actuel encore aujourd'hui qui est détenu aussi par un chèque c'est 98-48 donc on est quand même pas loin des 100 mètres de l'autre bout du stade

Loïc wow ok et donc à partir du moment où c'est à dire les 800 grammes pour les hommes, 600 grammes pour les femmes c'est ce que le javelot doit faire absolument ou c'est le minimum il y a une petite fourchette

Mathilde il y a une toute petite fourchette mais qui est de c'est entre souvent entre 605 et 615 je crois ou 620 la fourchette est petite, la disposition du centre de gravité sur la longueur elle est à quelques millimètres près donc les jablots avant d'être officiellement acceptés dans un concours ils sont pesés, mesurés et on évalue la position du centre de gravité et ensuite ils sont acceptés dans le concours par les juges c'est très strict tu ne peux pas choisir ce que tu veux comme matière, tu ne peux pas choisir ce que tu veux même pour la poignée, c'est-à-dire l'endroit où tu tiens, il ne faut pas que ce soit mouillé, il ne faut pas que ce soit...

Loïc D'accord. Et le matériau, c'est quoi ? C'est du carbone ? C'est un alliage ?

Mathilde Oui, c'est carbone et aluminium, ça dépend. La dureté varie en fonction aussi des choix des athlètes par rapport aux conditions de vent, par rapport à leur manière de lancer aussi. Il y a des gens qui lancent très à plat, donc qui adore lancer avec un petit vent de face ou même un fort vent de face quand tu arrives à lancer très à plat avec un fort vent de face c'est comme quand un avion décolle il décolle plutôt face au vent pour avoir la portance et moi j'avais plutôt un défaut j'avais tendance à lancer un peu trop haut donc j'aimais bien plutôt le vent de dos parce que le vent de face ne me faisait pas trop de cadeaux mais après il y a des gens aussi qui arrivent à s'adapter à chaque vent pour gérer l'angulation de leur lancer du très très haut niveau mais en général plus le javelot est rigide moins il est déformable donc plus il peut subir des conditions de vent un peu difficiles donc en général c'est beaucoup de carbone et après plus il est souple et plus le centre de gravité est on va dire proche du milieu plus on arrive à lancer à plat et à profiter d'un vent de face mais ces javelots là du coup aussi qui sont hyper intéressants à lancer c'est difficile de le lancer techniquement parce que si pour le coup ton angle d'envol n'est pas bon, le javelot ne va pas se planter sur la pointe, il va se planter sur la queue on dit, donc plutôt à l'envers et ça abîme un javelot très vite et donc notamment dans les petites compétitions, c'est un peu rageant quand les filles veulent lancer les javelots et les massacres

Loïc voilà parce que du coup au niveau auquel t'étais, c'est à dire au plus haut niveau en équipe de France une lanceuse à combien t'as tes javelots à toi ou tu partages avec tout le monde ?

Mathilde alors t'as forcément un fourreau de javelots d'entraînement on va dire parce que à l'entraînement tu fais des séances entre on va dire une centaine de jets alors ça peut aller à beaucoup plus de 100 pour certaines phases de préparation à beaucoup moins de 100 pour d'autres ça dépend vraiment des profits des lanceurs donc il faut avoir 5 à 10 javelots de qualité, mais de qualité d'entraînement. Comme je te disais, il y a tellement de modèles différents que si tu veux t'entraîner à lancer des javelots où il faut vraiment être précis dans l'angle d'envol, évidemment qu'il faut des javelots de qualité à l'entraînement et ça coûte assez cher, c'est entre 800 et 1200 euros de javelots. Et il y a des javelots d'entraînement bien moins chers que ça, mais qui du coup ne te permettent pas forcément de travailler avec des javelots de cette qualité-là. Et ensuite, quand tu arrives en compétition, à partir du moment où le juge a pesé, mesuré, validé ton javelot, il est accessible à toutes les filles de la compétition. Ce n'est pas personnel. Ce qui est à la fois normal, mais ce qui est à la fois frustrant, parce que c'est vrai que, notamment dans les compétitions en France, le niveau n'est pas tellement homogène. Et dans des championnats départementaux, régionaux, interrégionaux, ça arrivait que les filles abîment un peu les javes. Mais elles ne s'y sont pas rien, personne ne fait exprès. Mais à 1 000 euros le javeau, c'est frustrant.

Loïc Mais attends, mais c'est énorme ça. Donc, tu arrives avec tes javelots. moi je pensais que tu allais me dire que finalement ils étaient sur mesure tu les connais au gramme pré et en fait une fois que tu l'as pesé une concurrente peut te le prendre

Mathilde et même dans les compétitions internationales c'est à dire par exemple les championnats d'Europe et les Jeux Olympiques il n'y a pas une liste exhaustive de Javelot s'il y en a une vingtaine qui sont présents dans les concours sur les listes internationales, c'est grand max il y a deux grosses marques qui se concurrencent sur la fabrication. C'est Nordic et Nemet. Il y a Polanik aussi, mais qui fait un peu moins de cette qualité-là, même s'ils sont en train de se développer là-dessus. Il y a certainement aussi des Polanik. Mais il y a une liste, et si ton javelot que tu amènes pour être pesé fait déjà partie des javelots engagés sur cette liste, ils ne te le prennent même pas. C'est-à-dire que si la compétition fournit... Moi, j'ai mis lancé avec un Nemet 75. Si la compétition fournit un Nemet 75, je vais même pas amener le mien pour le faire peser parce qu'ils vont pas me le prendre

Loïc d'accord

Mathilde mais sauf que c'est vrai qu'en France il y a très peu de compétitions qui fournissent des javelots donc c'était toujours à nous d'amener nos bons javelots et voilà

Loïc ok alors là du coup tu réponds c'était pas vraiment une question que j'avais parce que j'avais pas vraiment percuté mais sur Wikipédia en fait tu t'as lancé de javelot sur Wikipédia, il y a une photo d'une lanceuse danoise et elle a un javelot aux couleurs alors c'est Allemagne ou Belgique et j'étais pas celle-ci en me disant ok, chelou, bizarre qu'elle ait d'autres couleurs mais j'imagine que c'est la raison en fait du coup

Mathilde les couleurs des javelots elles sont standards, enfin les nemets bon après ça fait 3 ans que j'ai arrêté la compétition alors si ça se trouve il y a vraiment des choses qui évoluent là-dessus et que j'ai pas forcément entendu parler mais les nemets sont violets et la pointe, enfin la que l'extrémité, pas celle qui se plante dans la Terre. Elle est souvent bicolore. Mais c'est vraiment des modèles standards. Les millimètres 75 sont tous violets, jaunes, rouges. D'accord, ok.

Loïc Ça doit être du violet, alors la partie principale, jaune et rouge. Ok, d'accord. C'est moi qui... Ok, ok. C'est plus subtil que...

Mathilde Ça évite quand même pas mal de risques de tricherie. Tu vois ? Parce que quand tu arrives au jeu, souvent, le CNO a fourni à peu près tous les modèles de javelots les plus utilisés. Donc, personne n'arrive avec son javelot perso et lance son javelot perso. Donc, c'est plutôt bien. Ça équilibre les chances. Le règlement est plus strict. C'est juste dans des petites compétitions où c'est assez frustrant parce que ce n'est pas évident de s'acheter un javelot. Ce n'est pas évident d'avoir les moyens de le faire. c'est pas évident d'avoir des aides pour le faire si on peut avoir des aides et ça s'habille très vite

Loïc la durée de vie d'un javelot pour finir sur l'aspect technique c'est combien de lancés à peu près ?

Mathilde c'est assez difficile à dire ça dépend évidemment de s'il prend des chocs tu vois je te disais à l'entraînement on peut avoir des fourreaux d'une dizaine de javelots tu vas lancer plutôt en premier ceux que t'aimes le moins et en dernier ceux que t'aimes le plus parce que bon ça peut arriver qu'ils se tombent l'un sur l'autre et à ce moment-là, il y a des petites encoches qui se font sur le métal et ces petites encoches à terme avec les vibrations en l'air un javelot en l'air, ça tourne sur soi-même qu'est-ce que j'ai comme... souvent en fait, il y a des modèles de javelots qui sont torsadés le dessin est torsadé et quand tu les lances, tu vois que ça tourne c'est super joli mais du coup, ça crée aussi des vibrations des vibrations et des rotations qui font que la moindre petite encore, je ne sais pas, à terme, elle abîme et puis le javelot, il perd un peu de gramme et s'il perd un peu de gramme, il n'est plus accepté en compétition et ainsi de suite. Mais une durée de vie exacte, je ne saurais pas dire... Il y en a qui repeignent les javels, enfin qui repeignent, qui remettent un petit coup de spray sur la pointe pour recolorer de la même couleur, pour récupérer quelques grammes, c'est pas considéré comme la triche, à partir du moment où le centre de gravité et le poids est toujours bon, il n'y a aucun souci, mais quand t'aimes un jave t'as envie de continuer à le lancer c'est certainement psychologique après parce que après tu le prends pas avec toi au jeu mais il y a des attaches comme ça où ça arrive de garder les javelots plusieurs années mais d'y faire très attention, tu peux pas les lancer tous les jours à l'entraînement et espérer les garder plusieurs années

Loïc t'as gardé tes javelots des jeux ?

Mathilde alors au jeu du coup je te disais j'ai pas lancé mon jav à moi et puis j'ai très mal lancé au jeu donc j'avais surtout pas envie de garder le jeu le javelot avec lequel j'ai battu le record de France c'était un javelot qui était à moi je m'entraînais à Boulouris à l'époque et il faisait partie de mon four à Boulouris et quand j'ai quitté Boulouris il est resté là-bas donc ça a été un peu difficile à accepter Non, voilà, mais c'est un 1m75. Enfin, moi, mon javelot préféré, du coup, c'est celui-là, mais ce qui ne veut pas dire que ce soit le meilleur javelot. C'est mon javelot préféré à moi.

Loïc OK. Eh bien, écoute, merci pour ces précisions techniques. C'est quand même beaucoup plus clair, du coup, maintenant. Et comme plein de choses, en fait, quand tu ne connais pas un sujet, tu te dis, c'est juste lancer un javelot, quoi. Mais en fait, non, il y a plein de subtilités, des histoires de... de... mince.

Mathilde De conditions de vent, de gravité, etc.

Loïc techniquement c'est évidemment bien plus pointu que ce que ça en a l'air quand tu ne courses pas le sujet

Mathilde il faut s'imaginer il faut s'imaginer vraiment que on fait beaucoup de préparation physique on fait beaucoup de de musculation notamment mais parce que il faut réussir à transférer ta vitesse horizontale quand tu cours à ton bras quand tu lances et pour ça il faut que ton dernier appui, donc le moment où tu vas transférer cette vitesse de course à ton bras, enfin, tu vas y agiter aussi ta vitesse de bras, évidemment, il faut être le moins déformable possible. Et il faut s'arrêter avant la ligne. Donc, pour être indéformable et s'arrêter avant la ligne et avoir une transmission de force maximale avec le moins de pertes possibles, il faut que ton corps soit le moins déformable possible. Et pour ça, forcément, en termes de force musculaire dans le bas du corps et de gainage et d'élasticité dans le haut du corps pour te permettre un chemin d'accélération maximale à ton engin, tout ça, ça demande, voilà, ça fait beaucoup de paramètres à travailler. Mais au bout de ta main, après, t'as un engin qui fait 2m40 à 2m60 et 600 à 800 grammes. Donc, en fait, c'est comme si tu construis ton... T'es dans ton stade de rugby, tu construis ton avion en papier parfait et tu te dis, je vais le lancer sur la ligne médiale et tu mets un gros coup de bras et là, le truc, il te tombe à 2m devant toi parce que t'as pris la rafale devant au mauvais moment ou t'as pris le mauvais angle d'envol. En gros, c'est un peu ça, quoi. Il y a des moments où tu fais des lancers, tu te dis que si j'avais une balle de 600 grammes elle serait partie à Cuse mais l'espèce de truc il a fait un geste pourri en l'air et il s'est planté qu'à l'arrache

Loïc parce que la météo comment est-ce que la météo est prise en compte elle l'est pas elle l'est pas du tout, jamais

Mathilde il y a les deux seules disciplines en athlétisme où le vent a une très grosse influence sur les performances et n'est pas mesuré, c'est le lancer de jablo et le lancer de disque parce que pour le poids qui fait 7 kilos pour les mecs et 4 pour les filles et pour le marteau qui fait pareil 7 et 4 le vent n'a pas une grande influence mais pour toutes les disciplines de course et de saut l'anémomètre mesure et valide ou non les conditions de vent pour un record mais pour le javelot non la perche il n'y a pas d'anémomètre parce qu'en fait le vent n'aide pas à la perche quand je dis vraiment le vent a une influence positive sur la perche parce qu'à la perche quand tu cours avec ta perche qui fait 4 mètres de long et que tu as du vent c'est très très galère de courir donc là non plus le vent n'est pas mesuré officiellement dans les records mais par contre il n'a pas une influence très positive alors qu'au jav et au 10 il peut avoir une influence très positive et très négative

Loïc ok fascinant tout ça alors tu nous disais avec beaucoup d'humilité très modestement que tu as eu des débuts la façon dont tu l'expliquais j'ai l'impression que les choses se sont mises en place il n'y avait pas vraiment de plan initialement t'as touché à plein de sports différents puis le javelot a pris de plus en plus de place on t'a encouragé à monter les échelons des compétitions jusqu'à ce qu'à un moment donné on commence à te parler des jeux est-ce que dans un coin de ta tête finalement jeune femme ou encore adolescente peut-être même qui se met à faire 20-30 heures d'entraînement par semaine est-ce que tu l'avais dans un coin de ta tête est-ce que tu disais un jour aller au jeu en javelot ça serait incroyable ou est-ce que quand t'en as parlé la première fois t'as pas bien compris ce qu'on me disait tu disais non mais pourquoi il me fait parler ça ça s'est passé comment

Mathilde je peux pas dire que j'ai pensé au jeu très tôt évidemment je suivais les jeux olympiques à la télé j'ai des souvenirs j'ai souvenir d'avoir vu des performances notamment à Sydney ou des trucs où je me disais les Jeux Olympiques quand tu fais du sport c'est un événement qui met des étoiles dans les yeux et tout de suite tu te dis ça fait rêver quoi mais même en 2000 même à Athènes je me disais pas moi aussi je veux y aller parce que ça me paraissait très loin 60 mètres il y a eu très peu de françaises qualifiées en grand championnat la dernière française qualifiée en grand championnat c'est à dire championnat d'Europe du monde aux olympiques c'était en 2003 avant moi entre 2003 et 2016 je me suis identifiée à personne à la télé en me disant si elle a réussi pourquoi pas moi c'était plus apparemment en France on n'est pas très bon et donc après c'est devenu un objectif c'est vrai que j'ai rencontré notamment un entraîneur allemand qui entraînait une lanceuse allemande qui est devenue aujourd'hui une amie Christina Oberkfeld qui a un record à plus de 70 mètres au jableau en discutant avec lui en voyant en ayant son regard à lui sur ma manière de lancer et mes qualités physiques me dire bien sûr que tu peux faire plus de 60 mètres donc c'était des catégories un peu plus jeunes en ayant justement des coachs comme ça passionnés, donc moi mon entraîneur de Saint-Raphaël s'appelait Magali Brissot son mari David a fait les Jeux Olympiques d'Athènes en 2004 donc c'est palpable quand ça devient comme ça palpable ça devient des objectifs mais c'est devenu pour moi un objectif palpable en 2012 il y avait les Jeux de Londres ils avaient fait pour Londres des minima espoir c'est à dire qu'en athlétisme les catégories c'est un peu comme dans tous les sports Benjamin, Minim, Cadet, Junior, Espoir Espoir c'est entre 19 et 22 ans donc c'est moins de 23 ans c'est une catégorie qui dure 3 ans et c'est vrai que le lancer les disciplines de lancer en général font un peu partie des disciplines qu'on appelle la maturité tardive le marathon, les disciplines de long notamment aussi et du coup mon espoir les minimas internationaux seniors ils te paraissent un peu durs et donc ils avaient fait des minimas espoir bref c'était 59 mètres j'ai pas du tout fait 59 mètres j'ai fait 57 et quelques mais j'étais pas loin c'était 2012 où vraiment je m'étais dit ah ouais punaise se faire une expérience à Londres ce serait pas si inaccessible que ça. Après, j'ai eu mon diplôme de kiné à l'école de Nice. Je suis allée m'installer sur Saint-Raphaël pour m'entraîner. Là, vraiment, l'objectif, c'était les Jeux de 2016.

Loïc Donc, à partir de 2012, on va dire. Voilà, à partir de 2012. La première fois que tu es devenue championne de France ?

Mathilde Oui, en senior. En élite. J'étais pas senior, mais c'était en catégorie élite. Oui, c'est vrai que de 2012, c'est ma première année championne de France.

Loïc D'ailleurs, titre que tu as remporté tous les ans jusqu'au jeu de Rio. C'est ça ? Sans interruption. 2012, 13, 14, 15, 16. Boum.

Mathilde Ben ouais, mais tu vois, 2012, Londres. Londres, minima 59. J'étais assez loin. C'était une frustration, mais ça a été aussi une carotte, quoi. Vraiment de me dire « Tard, c'était pas si loin, ça devient palpable. » 2013, c'était les Mondiaux de Moscou. Bon, là, les minimas étaient un peu loin. C'était compliqué. C'était l'année où je devais avoir mon diplôme de kiné. Il y avait aussi les championnats d'Europe Espoir. Donc, mon objectif de la saison, c'était plutôt les championnats d'Europe Espoir. Mais je gagne les championnats de France. Je fais les championnats d'Europe Espoir. Après, 2014, championnat d'Europe à Zurich. Là, je me dis, en début de saison, enfin, je me dis, avec ma coach, on construisait les objectifs ensemble, évidemment. là c'était vraiment l'objectif, de dire ok, un premier pas en grand championnat senior, puisque j'avais fait des championnats senior, enfin des championnats avec l'équipe de France A, je veux dire, c'est les championnats d'Europe par équipe, les coupes d'Europe hivernales où on s'en sortait plutôt bien on avait une équipe de France plutôt homogène et c'était assez génial de faire des concours comme ça internationaux où tu te compares à vraiment des filles de niveau podium international mon premier championnat d'Europe c'était en 2010 et donc 2014 je gagne le championnat de France je fais 59,80 m pour durer que les minimas c'était 60 m enfin les minimas français et j'ai pas eu ma chance 2015 les championnats du monde les minimas c'est 61 m je gagne le championnat de France je fais 60,60,60,40 et j'ai pas eu ma chance et du coup oui j'ai été championne de France 5 fois de suite mais moi non plus pour toutes les filles derrière ou toutes les jeunes filles qui commencent le job moi non plus j'ai pas à représenter quoi que ce soit dans le fait que ce soit possible ça reste quand même très frustrant oui t'as été championne de France mais t'as aucune visibilité donc c'est très difficile de trouver des partenaires c'est très difficile de trouver des sponsors c'est très difficile d'avoir les moyens de te consacrer à ton sport pendant encore deux ans pour essayer de faire les jeux beaucoup de frustration là dessus

Loïc les championnats du monde de Pékin c'était quelle année tu disais ?

Mathilde les mondiaux de Pékin parce que les JO de Pékin c'était 2008, je ne suis pas sûre que les mondiaux de Pékin ce ne soit pas 2013 il me semble que c'était Moscou c'est 2015 tu crois Pékin, c'est peut-être 2015

Loïc d'accord, parce que j'avais vu que tu n'avais pas été qualifié pour 40 cm et en fait là avec les chiffres que tu as donné à chaque fois ça se jouait à ça en fait, 20 cm

Mathilde ce qui est frustrant c'est que c'est des choix fédéraux c'est à dire que les minima français ils sont toujours un peu plus hauts que les minima internationaux donc c'est pas parce que t'es invité par la fédération internationale que ta fédération elle te qualifie et je trouve personnellement et puis aujourd'hui je suis plus partie de la fédé j'ai plus besoin de dire que je suis pas d'accord avec ça je trouve que c'est très dommage de pas donner la chance à un athlète ou une athlète de représenter son pays et de se faire une expérience parce qu'une carrière ça se construit une expérience à l'international ça se construit et ça veut pas dire envoyer des touristes ça veut pas dire ça veut pas dire baisser le niveau d'exigence ça veut dire quand t'as des disciplines notamment comme la nôtre où c'est vrai que depuis 2003 y'a pas de sélectionnée internationale et que t'as quelqu'un qui est pas loin punaise donne-me sa chance quoi et je suis très contente de voir que enfin très contente et très et je sais pas si que contente mais très contente pour les Jeux de Paris cette année ils ont rajouté une clause dans les modes de sélection. Et cette clause, c'est que seront prioritaires à la sélection les athlètes qui sont champions de France, de leur discipline, et qui sont, avec leur performance, dans les 32 meilleurs mondiaux. D'accord. Et pour te donner une idée, être dans les 32 meilleurs mondiaux, c'est parce que la fédée internationale, systématiquement, pour les Jeux, invite 32 personnes. Il y a deux concours de qualifs à 16 personnes, quels que soient les concours. Donc les concours, c'est les sauts et les lancers. Les cours, c'est encore un peu différent. Il y aura encore plus de monde invité. Mais dans les 32, l'année dernière, dans les 32 il fallait faire un peu moins de 61 mètres au javelot donc c'est accessible quoi, ça veut dire que la française championne de France cette année potentiellement elle va aller représenter son pays aux Jeux Olympiques et je trouve que ça devrait être une clause qui reste pour tous les grands championnats parce que il faut qu'on ait des représentants il faut qu'on ait du coup des têtes d'affiches mais évidemment que si elle y va et si elle ne fait pas une grosse performance, elle ne sera pas tête d'affiche, mais elle sera soutenue dans sa ville, dans sa région, dans son département pour se préparer aux Jeux de Los Angeles en 2028. Tout ça, ça construit une carrière et c'est important.

Loïc Bien d'accord avec toi. On se forge à travers les expériences et c'est sûr que plus tu as la possibilité de vivre des épreuves, des compétitions, etc., où tu as la gestion d'enjeux, la gestion de la préparation, la confrontation avec les adversaires j'imagine que c'est là où t'engranges le plus c'est pas...

Mathilde c'est ça je pense qu'il y a des détracteurs qui vont dire on envoie des touristes on envoie des gens qui sont pas médaillés mais en fait un grand championnat moi je suis arrivé aux Jeux Olympiques à Rio déjà le stade de compétition était à presque 2h de bus du village olympique donc quand tu pars pour ta compétition tu restes pas mal assis de ton cul dans le bus ensuite tu arrives sur le stade le terrain d'entraînement et tu as une demi-heure de navette tu sais que tu vas t'échauffer ensuite tu vas faire une demi-heure de navette ensuite tu as 45 minutes de chambre d'appel sous les gradins donc cette 45 minutes plus 30 minutes ça veut dire que tu t'échauffes un peu plus de 2 heures avant ton épreuve

Loïc et plus du tout échauffé

Mathilde toute la difficulté c'est de trouver le protocole d'échauffement qui te convient à toi pour conserver un maximum d'influx nerveux tout en restant échauffé, tout en gérant le stress, le bruit, le fait qu'en plus il a plu, donc le concours d'avant nous a été interrompu pendant 30 minutes, donc à ses 45 minutes de chambre d'appel, tu rajoutes 30 minutes d'attente, tout ça, c'est des choses où je voyais des filles qui restaient assises, je voyais des filles qui faisaient de la visualisation, je voyais des filles qui faisaient du lancer de balle contre un mur, je voyais des filles avec un élastique, et moi, j'avoue je savais pas trop quoi faire je savais pas ce qui me correspondait et je pense que ça se construit de savoir ce qui te correspond pour rester chaud pour garder ton influx nerveux pour tout ça donc je suis arrivée sur le stade, j'avais 3G et j'ai fait 56m80 et c'était mon record en espoir c'était pas bien j'avais plus d'influx nerveux moi mon problème au jeu ça a été vraiment la gestion de ce temps d'attente énorme et ce manque d'expérience pour me connaître dans ce temps d'attente énorme

Loïc super intéressant j'avais vu tu le disais en intro je ne sais plus en quelle année tu as établi ce record c'est 2016 ah oui donc l'année des jeux en plus

Mathilde j'arrive alors ça faisait 2014 minima 60 m 59,80 championne de France tu restes à la maison 2015 minima 61 m 60 m 60 championne de France tu restes à la maison et j'arrive en 2016 et c'est au mois d'août je crois en plus au mois d'août 2015 qu'ils sortent les minima pour les jeux et là ils disent minima internationaux 62 m donc déjà 1 m de plus que pour les championnats du monde et minima français 62 m 50 record de France de l'époque 62 m 50 donc là je me dis ah ok bon, bah écoute c'est pas grave, là j'ai dit à ma coach écoute, voilà, ça fait deux ans que j'ai mon diplôme de kiné, deux ans que financièrement sans l'aide de mes parents sans les petits couvins de mon frère quand je l'appelais en SOS, sans... enfin je m'en sortais pas quoi, franchement c'était galère et heureusement que j'ai eu des parents qui croyaient en moi, qui ont pu m'aider aussi et puis une coach comme Magali qui était passionnée, qui était mordu et qui travaillait pour la FED que je ne payais pas ça a été énormément de petites choses qui ont fait que j'ai eu de la chance et que j'ai pu continuer à m'entraîner encore en 2016 mais quand je bats le record de France c'est vrai que ça a été aussi un espèce de bout du tunnel et je pense que c'est pareil nerveusement même si je m'aurais d'envie d'aller au jeu à la fin de la saison j'ai fait l'inima la troisième compète le 21 mai les jeux c'était du je sais plus, mi-août j'ai dû lancer le 16 et le 18 août c'était loin et nerveusement je pense que j'étais épuisée moi je l'interprète comme ça aujourd'hui, après la vérité je l'ai pas mais ça a été le bout d'une quête j'ai enfin fait les minimas alors que ça devrait être ça devrait être une passerelle ça devrait être une étape une étape facile ça devrait être bon maintenant que j'ai fait les championnats d'Europe maintenant que j'ai fait les championnats du monde maintenant que les partenaires locaux me suivent croient en moi pour les Jeux c'est plus facile tu t'enlèves une charge mentale de comment je vais payer mon loyer et payer mes courses

Loïc ça déclenche plein de questions ça fait quand même plusieurs fois que tu l'évoques et je pense que c'est de plus en plus clair en tout cas s'il y en a qui écoutent le podcast depuis un moment, j'ai régulièrement des sportifs de haut niveau mais aussi des gens qui ne sont pas nécessairement sur des listes ministérielles puisque c'est ça être sportif de haut niveau c'est avoir un numéro de sportif de haut niveau mais des gens qui sont sportifs professionnels on va dire en tout cas qui essaient de l'être et le sujet de l'accès au fond tout simplement de l'argent en France dans le sport ça revient quand même régulièrement j'ai des invités qui ont complètement arrêté qui étaient parmi les meilleurs dans leur discipline en triathlon notamment et qui ont arrêté alors que c'était des espoirs français parce qu'en fait juste ils ne pouvaient plus

Mathilde je trouve ça dur parce qu'on a une passion pour le sport on accueille les Jeux Olympiques les gens qui regardent, l'année dernière c'était les mondiaux d'athlètes et moi les gens autour de moi qui me disaient qu'est-ce que c'est c'est une règle ta merde, j'avais envie de leur dire mais les gars, ils n'ont pas les moyens même les mecs qu'on voit à la télé participer au Chambonade du Monde, il y en a quelques-uns, évidemment, qui sont médaillés, qui sont record-mêmes du Monde, qui gagnent leur vie très correctement, et heureusement, mais en athlétisme, en France notamment, je ne parle que de ce que je connais, et puis ce n'est pas pour juger, pour dire qu'on ne fait pas bien et qu'il faudrait faire autrement, mais je pense qu'il y a des choses à faire. En catégorie jeune, on est bon dans les bilans au Championnat du Monde Junior, KD, au championnat même d'Europe Espoir, franchement, on est bon, mais par contre, il se passe un truc entre la catégorie junior et la catégorie senior, parce qu'en espoir, oui, toutes les disciplines à maturité précoce, alors, je ne sais pas, à l'inverse de maturité tardive, quoi, toutes ces disciplines-là, on n'est pas mauvais, et les mecs, du coup, quand tu fais des perfs en championnat d'Europe Espoir, ça t'ouvre tout de suite des portes pour un peu de visibilité, un peu sponsor, c'est toujours pareil, quoi, pour pouvoir te libérer du temps pour t'entraîner, comme tu dis, le nerf de la guerre, c'est d'avoir les moyens de le faire. Mais pour les autres disciplines, on perd énormément d'athlètes parce que t'arrives à 20 ans, c'est le moment où il faut choisir ce que tu fais comme études. T'as plus le lycée, le truc, la cantine, le machin, il faut savoir comment tu manges, où tu dors, tu veux t'entraîner mais l'INSEP, peut-être que si t'as pas fait de performance en espoir ça devient très compliqué d'y rester il y a plein de choses qui font que ces athlètes là qui sont passionnés et qui croient en eux et ben pour réussir à le faire il faut qu'ils soient aidés et pour ça il faut qu'on mette les moyens moi je pense qu'il y a des choses à faire politiquement la réponse je l'ai pas mais quand on me dit qu'est-ce que tu proposes moi ce que je propose c'est que fédération, de chaque sport amateur. Alors évidemment, sport amateur, parce que à côté de ça, j'ai des potes qui sont en centre de formation de rugby, qui gagnent leur vie depuis qu'ils ont 16 piges, et qui n'ont jamais rien payé pour s'entraîner. Nous, chaque année, on paye notre licence, on paye nos fringues, on paye nos engins, on paye... Moi, j'étais défendue au club de Nice, j'avais droit à des aides du club annuel, mais ça représente, si ça représente 5 000 euros sur l'année, c'est le grand maximum. 5 000 euros sur l'année, tu ne le dis pas, puis tu ne payes pas ton voyer. Ce n'est pas du tout des aides avec lesquelles tu payes ton voyer et ta pouffe, parce que c'est des aides sur facture, c'est sur remboursement frais, etc. C'est comme les aides de la FED. Si tu n'es pas en Ligue Pro, et la Ligue Pro, ça concerne des athlètes qui sont soit médaillés en championnat d'Europe, soit dans les 8 meilleurs au classement des championnats du monde ou des Jeux Olympiques, et là encore, pour accéder à un tel niveau, il faut du temps, surtout en plus dans une discipline comme le lancé ou le niveau européen, c'est le même niveau que le niveau mondial, clairement. Mais, enfin, tout ça, c'est des petites choses où si chaque fédération, chaque discipline donne une liste de potentiels olympiques en disant, ok, dans 4 ans, il y a les Jeux de Paris. Enfin, je trouve qu'il aurait fallu le faire avant, mais voilà. Dans 4 ans, il y a les Jeux de Paris. Il y a cette liste-là. Il faut qu'on donne à ces jeunes-là je ne sais pas, moi, 500 balles par mois d'aide pour le loyer et la bouffe. Parce que les APL, elles te répondent que tu as ton diplôme de kiné, que ce n'est pas parce que tu es sportive de haut niveau, que tu ne peux pas travailler et que du coup, il n'y a pas de raison que tu aies droit aux APL. Non mais voilà, tu n'as ni le droit au RSA, ni le droit aux APL, ni le droit parce que madame, vous avez votre diplôme de kiné, pourquoi vous ne travaillez pas ? Je travaille en fait, mais je ne travaille pas assez.

Loïc Oh là là, ce sujet, ça me tente. ça me tend et à côté de ça

Mathilde on a des exigences énormes sur les performances après on les regarde à la télé on dit mais quelle merde celui-là

Loïc ça me merde même d'un point de vue politique tu vois on te dit que globalement alors je sais plus à quelle occasion c'était tu vois Macron qui annonce que les résultats de la France à Tokyo sont très insuffisants tu dis bah ouais en fait il faut juste se donner les moyens de ses ambitions quand t'entends des trucs attends moi j'ai reçu des athlètes d'équipes de France d'escrime qui m'expliquent que si elles sont pas alors je crois que c'est les je crois que c'est les deux meilleures françaises qui sont prises en charge pour leur déplacement autrement si tu veux participer donc t'es en équipe de France t'es sélectionné pour aller je sais pas faire un championnat au Canada tu payes ton billet d'avion non mais sans déconner quoi c'est hallucinant

Mathilde tu vois je me plains mais c'est encore pire

Loïc tu te rends compte c'est fou c'est aberrant tu te dis mais et à côté de ça t'as des pays comment ça se fait qu'ils ont autant de médailles parce qu'en fait ils ont bien compris que pour pouvoir être sportif de haut niveau, sportif de haut niveau, il faut avoir du temps il faut dégager de la charge mentale et qu'un des plus gros points de charge mentale pour le commun des mortels c'est l'argent

Mathilde mais le stress de se projeter tu vois t'arrives à un âge quand t'as entre 20 et 25 ans c'est le moment où se construit ton avenir t'as l'impression, c'est aussi la pression sociale c'est aussi tout ça moi tous mes collègues qui ont été diplômés en kiné en 2014 avec moi ils ont acheté un cabinet ils ont acheté un appartement ils ont j'étais là à calculer mes années à zéro genre il y aura ça de revenus alors il faut que j'arrive à faire ça de dépenses pour que ça fasse zéro à la fin de l'année que je dois avoir d'argent à personne mais épargner, acheter un appart investir dans un cabinet c'était des trucs inenvisageables et donc après quand on t'arrête et que tu fais le point sur le temps que ça t'a pris et les moyens et tout, tu te dis je peux pas dire que j'ai des regrets mais c'est frussant ça reste une frustration j'espère que pour les jeunes suivants il y a vraiment une partie de moi qui espère que les choses vont évoler dans le bon sens et qu'on va faire un pot commun, tu vois, parce que tu me parles de l'escrime le judo il y a des sports comme ça où on entend parler l'année des Jeux, pour le judo peut-être un peu plus, parce qu'il y a des mecs comme Teddy Riner qui donnent une clarté sur ce sport, et c'est génial. Mais on en entend parler très peu, finalement, en dehors des grands échéances. Et il y a d'autres sports, comme le handball, le basketball, le football, et tout ça, on pourrait faire un pot commun. J'en sais rien. On fait un pot de moyens commun et on redistribue pour que toutes les disciplines soient aidés, parce que des mecs qui jouent au hand en équipe de France qui sont multiples médailles mondiaux j'espère vraiment qu'ils gagnent très correctement leur vie, c'est pas ce que je veux dire mais ils gagnent aussi leur vie en club à l'année et eux ils ont peut-être pas besoin d'être aidés par le CNOSF au même titre que les extrimeuses qui vont faire un podium au jeu aussi mais qui le reste si après pendant 4 ans elles doivent se débrouiller enfin voilà, je trouve que il y a peut-être moyen de faire des trucs mais les réponses je ne les ai pas

Loïc non mais c'est sûr j'allais faire une réponse évidemment tout est plus complexe que ce que j'allais dire mais tu vois si on aurait alloué ne serait-ce que je sais pas 50% du budget jet privé de la FED de foot pour aider les autres FED à juste se déplacer ou acheter du matos peut-être que ça ferait déjà une grosse différence mais bon oui mais les revenus

Mathilde de la FED de foot ils ne sont pas ils ne sont pas démérités non plus tu vois non bien sûr mais par contre c'est vrai que les Jeux Olympiques c'est un état d'esprit c'est un c'est du sport amateur moi j'ai rien contre un Kylian Mbappé qui gagne des millions et qui rapporte des millions et qui paye ses impôts en France je trouve ça génial et je pense pas qu'il faille lui prendre de l'argent à lui pour le mettre ailleurs mais par exemple le football c'est du football masculin et du football féminin est-ce que la Fédé nationale de football quand elle rémunère ses joueurs pourquoi elle rémunérerait plus ses joueurs hommes que ses joueurs femmes après en club, que les clubs attirent plus de spectateurs etc c'est une chose, mais la FED qui est une structure publique enfin il me semble associative au moins un peu elle devrait équilibrer justement entre les besoins plus entre les besoins qu'entre finalement exactement ce que rapportent et ce que remplissent comme stade les mecs par rapport à ce que rapportent et ce que remplissent comme stade les filles parce que t'as envie de t'as envie de rayonner au niveau international que ce soit en masculin ou en féminin et les hommes en général ils gagnent des revenus suffisants dans leur clair t'as pas besoin de leur mettre des primes 10 fois supérieures à ce que tu mets à tes sportives et tous les sports olympiques faire un pot commun un pot commun comité national olympique et que quelles que soient les disciplines tout le monde puisse en sortir pas rémunérer tout le monde à la même échelle mais que tout le monde puisse en sortir correctement

Loïc les gens soient pas en mode survie dernier exemple et après closons ce chapitre qui est vraiment le temps j'ai eu un invité qui s'appelle Yannick Matéjisek qui est triathlète tu connais un peu les disciplines dans le triathlon

Mathilde le sprint ou l'aéronman je connais un peu le long

Loïc en gros en étant amateur il a fini dans les premiers amateurs à Hawaï au championnat du monde licence Ironman et le gars en fait il est policier la nuit

Mathilde tu vois

Loïc donc le mec s'entraîne la journée mais littéralement il se réveille à 8-9h il s'entraîne il dort un petit peu en fin d'après-midi et puis il attaque son service à 20h voilà et il fait ça depuis plusieurs années quoi et le mec est parmi les meilleurs mondes en triathlon longue distance tu vois mais bon bref en tout cas ce qui est sûr on n'a pas de pistes de solutions et évidemment tout est plus compliqué que juste une conversation sur un podcast mais en tout cas ce qui est sûr c'est que le constat le constat est là il y a quand même un gros souci de moyens dans le sport de haut niveau

Mathilde il y a des choses à faire il y a des choses à faire je ne dis pas qu'il faut qu'on gagne notre vie et encore attends il y a un truc génial qui s'est passé et c'est quand même c'est à dire qu'à partir de 2012 je crois ça a été un enfin en tout cas c'était rétroactif mais tu peux déclarer les années où tu as été sportif de haut niveau sur liste comme des trimestres travaillés donc moi comme ça j'ai gagné quand même quelques années retraite quelques trimestres retraite grâce à mon mec qui est très fort en administratif et qui m'a fait tout mon dossier mais déjà ça c'est pareil c'est un point qui s'enlève un peu parce que quand tu fais le point quand tu te remets à travailler à plein temps et que tu fais le point sur les années que tu n'as pas travaillé à temps plein, ça fait mal.

Loïc En tout cas, tu n'as pas travaillé en mode salariat, emploi, parce que tu travaillais en tant que sportif de niveau. C'était une occupation à temps plein, je veux dire.

Mathilde Moi, j'ai toujours travaillé comme kiné à côté. De toute façon, j'aurais été obligée de travailler à côté, mais pas à temps plein, ce qui fait que tu ne comptes pas des années complètes.

Loïc Bon. Ce sujet étant clos, Je te propose de passer sur quelque chose de bien plus positif et riche en émotions et je pense en grosse dose d'inspiration. J'aimerais bien qu'on revienne sur Rio, parce qu'on en a parlé un peu rapidement du format de l'épreuve, de l'attente, etc. Mais c'était quand même un rêve qui est devenu assez clair en 2012. Donc, quatre ans plus tard, tu t'y retrouves en faisant les minimas quelques mois avant seulement. c'est quoi le moment de ces jeux qui t'a vraiment le plus marqué positivement ? Est-ce que ça a été la cérémonie ? Est-ce que c'était l'avion pour y aller ? Il y en a un en particulier qui t'a vraiment chamboulé ?

Mathilde Ah là là, tu ne vas pas aimer ma réponse.

Loïc Aïe !

Mathilde Bon, alors quand tu dis que quelques mois avant, pour le lancer de Javelot, pour Rio, l'anima, c'était à partir de la saison estivale. D'accord. Donc de toute façon, les performances que j'avais faites l'hiver, j'avais fait 61m, 72m l'hiver, cet hiver-là en 2016, ça ne me sélectionnait pas même si j'avais été dans les quotas. Donc c'était à partir du mois d'avril, il me semble. Donc je les ai fait en mai, je les ai fait plutôt très tôt, moi, les minima, cette année-là. Mais il faut savoir que quand c'est à l'étranger, donc peut-être parce que c'était loin, mais je pense que c'est tous les Jeux Olympiques pareil, tu n'es invitée sur le village olympique que trois jours avant ton épreuve. Donc l'athlétisme étant la deuxième semaine, il n'y avait aucun athlète dans le défilé de cérémonie d'ouverture. Il y avait beaucoup d'autres sports, mais nous n'étions pas invités à la cérémonie d'ouverture. Et ça, c'est vrai que moi, comme tout le monde, quand je regarde les Jeux, ça me faisait un peu rêver de rentrer derrière mon porte-drapeau dans le stade. Mais non, c'est pour ceux qui sont présents la première semaine. Donc je pense qu'à Paris, ce sera différent, parce que c'est Paris, et tant mieux. Mais moi, je n'ai pas fait la sémission d'ouverture. Et la sémission d'ouverture, il pleuvait des sauts d'eau. Et du coup, on s'est perdu. C'est-à-dire qu'on a été séparés en plusieurs petits groupes. Donc, on n'est pas tous rentrés derrière Teddy. Mais c'était très sympa parce que j'étais avec Ronald Avini et d'autres perchistes et qu'on a passé un très bon moment à la sémission d'ouverture. Mais il pleuvait des sauts d'eau et on devait s'asseoir dans le stade sous la pluie et il y a un paquet d'athlètes qui sont partis parce que c'était pas tenable donc j'ai pas un super souvenir de cérémonie mais c'est plutôt très drôle après du coup mon compagnon de l'époque faisait du lancer de poids on avait le même projet de se sélectionner ensemble au jeu et puis ils s'étaient pas qualifiés donc c'était un peu compliqué dans notre relation ça a été un moment un peu compliqué que je me qualifie de moi et pas lui, mais il est venu quand même à Rio avec mon entraîneur donc Magali, son mari et ses enfants ils avaient loin d'appartement à Copacabana donc je suis allée passer quelques jours avec eux à Copacabana et il y avait aussi mes parents donc ça fait partie de mes meilleurs souvenirs des jeux ces moments partagés avec eux et ensuite j'ai quand même été voir la finale du handball masculin qu'ils ont perdu mais c'était un très beau moment j'ai été voir la finale du javelot masculin avec le jeune allemand avec qui après je me suis entraînée pendant 4 ans qui a fait 4ème à ces Jeux Olympiques là et c'est Johannes Wetter qui là dernièrement va quand même un peu mieux mais surtout c'est le deuxième meilleur performeur mondial de tous les temps avec 97m77 donc c'est un très très très grand lanceur aujourd'hui donc c'était des premiers souvenirs d'amitié aussi avec Christina Oberkvold son mari qui est devenu après du coup mon coach pendant 4 ans donc ça a été mes souvenirs des jeux c'est un peu mitigé surtout que je me suis fait larguer en rentrant donc voilà j'ai pas beaucoup de très bons souvenirs de Rio je garde de cette expérience olympique surtout le fait de m'être qualifiée et cette journée où j'ai battu le record de France qui a été un super souvenir mais après c'est les premiers Jeux Olympiques dans un pays en voie de développement donc la qualité des installations notamment au village olympique était quand même c'était un peu difficile mais après quand tu vois les favelas autour forcément tu te dis c'est déjà une énorme chance et ça fait quand même très bizarre de faire ce trajet en bus et de voir ce qu'il y a autour. C'était moins le rêve ultime qu'on m'avait décrit de toutes mes copines qui étaient allées à Pékin et à Londres. Et du coup, tous les grands athlètes... J'ai croisé Usain Bolt, j'ai croisé quelques basketeurs, mais finalement très peu, parce que comme le village n'était pas tellement terminé, il y a beaucoup d'athlètes qui sont allés loger à l'hôtel.

Loïc Ah oui, carrément.

Mathilde Donc, ça ne fait pas partie des trucs dont on a beaucoup parlé, parce que tu vas pas dire que le village il est pas à la hauteur de ce que t'attends c'est très égoïste, c'est vraiment un truc moi je te donne juste la vision très égoïste d'une athlète qui se dit, je vais rêver des jeux je vais dire un truc ouf et là t'arrives au village c'est vrai que les gens te disent au bout d'une semaine un tel il est parti, un tel il est parti parce que c'est vrai que les chambres c'était compliqué c'était pas fini vraiment la cantine c'était pas terrible alors qu'on m'avait vendu le truc comme tu es à le restaurant des jeux c'est comme si tu mangeais au meilleur italien au meilleur japonais, au meilleur machin et en fait ouais mais bon j'ai partagé plein de moments géniaux avec les filles de ma chambre on a quand même beaucoup échangé de chacune nos disciplines nos expériences et tout ça restera des moments inoubliables mais il restera toujours cette frustration parce que moi je suis partie de Rio du coup avec cet entraîneur allemand je suis partie de Rio, je me suis fait larguer du coup j'ai quitté Boulogne-Ris parce que mon entraîneur et son mari ont plutôt pris partie pour mon ex donc je me suis retrouvée à Montpellier je me suis dit j'arrête et là les allemands avec qui j'avais créé une relation amicale, hyper cool m'ont dit tu viens t'entraîner quand tu veux donc j'ai continué à aller m'entraîner en Allemagne là-bas j'étais un peu kiné un peu sparring partner donc ça me permettait financièrement de m'en sortir et là il m'a dit le coach il m'a dit Mathilde le potentiel pour faire plus de 65 tu l'as, par contre je te parlais de puissance, toi t'as tendance à jouer plus sur l'élasticité et la vitesse moi je pense qu'il faut que tu te crées une base de force supplémentaire parce que ta régularité justement en grand championnat et dans ces temps d'attente là, elle va venir d'une base de force supplémentaire qui va faire que même si tu perds un peu d'un flux nerveux tu seras régulière au-delà de 60 mètres et tu feras déjà à plus de 65. Donc le deal, ça a été d'augmenter énormément ma recharge de travail en muscu, alors que je détestais la muscu, et d'augmenter assez... d'augmenter suffisamment ma force. Sauf que, ben, je pense qu'émotionnellement aussi, ça a été compliqué pour moi de quitter Bouloris, de quitter tous ces projets-là qui n'ont pas abouti. Et du coup, pendant deux ans, j'ai eu pas mal de pépins physiques, notamment des douleurs importantes au temps d'ondachie, donc je n'arrivais pas à me dépêtrer. donc pendant deux ans j'ai pas fait trop de perf j'arrivais pas à courir c'était hyper frustrant parce que en même temps j'apprenais plein de trucs en Allemagne et je progressais énormément sur le travail de l'épaule du corps et tout mais du coup quand tu peux pas courir et que tu t'entraînes beaucoup tu fais aussi une grosse charge d'entraînement en muscu sur du travail qui est peut-être moins explosif que tu devrais et quand j'ai commencé à pouvoir recourir je me suis pété l'épaule donc en 2018 je me suis pété la coiffe donc le projet c'était faire plus de 65 et viser un podium à Tokyo et franchement c'était vraiment le projet voilà moi j'ai vraiment la chance de m'être entraînée avec un mec que je considère vraiment comme le meilleur entraîneur du monde pour moi Boris Obergfell c'est Boris Henry qui a lancé plus de 90 mètres au Jalot c'est vraiment un des meilleurs entraîneurs du monde que ce soit humainement, techniquement tactiquement il est tout le temps en train de bouquiner pour se mettre à la page sur la préparation physique C'est vraiment quelqu'un d'hyper enrichissant. Et qu'un mec comme ça me dise « Tu vaux plus de 65 au Javre, on va construire ça. » Il a entraîné le seul gaucher qui a été champion du monde. Il a entraîné sa femme. C'est avec lui qu'elle a fait son titre de championne du monde. Il entraîne encore Johannes Wetter. Et c'est avec Boris qu'il est devenu champion du monde et qu'il a fait ses perfs incroyables. Vraiment, c'est quelqu'un... J'y croyais, ce qu'il me disait. Il y croyait aussi. et donc ça reste beaucoup de travail effectué pour une frustration de ne pas avoir exposé mon record de France parce que je ne pensais jamais que 63,50 ça reste mon record donc voilà, je ne considère pas que ce soit une très bonne perche je pense que ça va être vite battu parce que plus de 65 c'est accessible en fait voilà

Loïc Donc décision d'arrêter c'était en 2020, c'est ça ?

Mathilde Ouais

Loïc ça s'est passé comment du coup quel rapport avec cette blessure de 2018 s'il y en a un ?

Mathilde Je me suis pété la coiffe. Ah pardon, Valérie.

Loïc J'allais juste te dire comment est-ce que t'en es arrivé du coup alors que l'objectif pour Tokyo était là, bien installé. Comment est-ce que t'en arrives à prendre cette décision ?

Mathilde Je me pète la coiffe. La coiffe, t'as en gros 4 ou 5 si tu comptes le long bicep, muscles qui rattachent ton bras à ton épaule, enfin ton bras à ton corps, pardon, et qui constituent du coup un espèce de manchon de quatre muscles qui viennent fixer ton épaule, et j'en ai pété trois sur quatre, donc c'était un peu une grosse chirurgie, et d'espérer derrière relancer le jablo avec les amplitudes articulaires que ça te demande et tout, c'était déjà un gros challenge. Mon chirurgien qui m'a opéré à Montpellier, Yannick Roussan, a été juste génial, parce que même pendant l'opération, on discutait dans quelle position de rotation exactement ils me réinséraient les muscles pour essayer de ne pas perdre en rotation externe. Donc après, pendant deux ans, j'ai vraiment beaucoup travaillé pour essayer de récupérer mon physique à 100%, mais je n'ai jamais retrouvé cette même élasticité d'épaule. Et je pense que ça s'explique un peu physiquement. Quand tu coupes un tendon et que tu le rattaches, il est forcément plus court, donc aller retrouver ce même chemin d'accélération, c'est peut-être compliqué. le lancer de javlo, c'est le seul sport de lancer. Avec le baseball, ils n'ont pas de course d'élan. Quand tu fais ton geste, tu as un appui au sol, au hand, au volet. Quand tu smash, quand tu serres ou quand tu lances ta balle, il n'y a pas d'appui au sol. Ton étirement, il n'est pas dépendant de ce dernier appui au sol au javlo. En plus, tu as la course d'élan qui fait que la mise en tension est énorme sur ton épaule. Et donc, je n'ai jamais réussi à retrouver ces sensations-là. Donc, en 2020, il devait y avoir les championnats d'Europe à Paris. Les minima pour les championnats d'Europe à Paris, c'était 58,50 m. Je me disais, OK, bon, ce n'est pas grave, je ne retrouverai pas mes 65, mais 58,50 m et finir à Paris, ce serait trop cool. C'est une belle histoire qui s'arrête. Enfin, voilà, ce serait un beau point final. Et en fait, il y a eu le Covid, donc ils ont annulé Paris. Ils ont reporté Tokyo. Et du coup, j'ai arrêté. Voilà.

Loïc et tu te rappelles du moment où tu as pris cette décision clairement ça a été

Mathilde c'était pendant le Covid j'étais du coup chez moi à Montpellier avec ma meilleure amie on était confinés ensemble ils ont annoncé que du coup les Jeux de Tokyo étaient reportés d'un an et les championnats d'Europe de Paris complètement annulés et du coup si tu veux ça voulait dire qu'en 2020, il y allait y avoir des championnats du monde et des Jeux Olympiques. Et en 2021, parce que du coup, c'est un an sur deux, en fait, championnat d'Europe, championnat d'Europe. Donc ça voulait dire qu'en 2021, ça allait être championnat du monde et des Jeux Olympiques. Donc les minima allaient être inaccessibles. Clairement, moi, j'avais bien compris que je ne relancerais pas à plus de 60. Enfin, ça aurait été vraiment très compliqué. Alors peut-être, je m'étais dit dans ma tête, peut-être je fais 58m50 pour me qualifier pour Paris et puis j'arrive et puis c'est Paris et puis avec l'euphorie du moment et le truc, bah là je sais pas, mon épaule se passe en truc et je bats mon record enfin voilà, je m'étais fait des films mais après ça voulait dire en 2021 refaire une année à fond pour essayer de se qualifier pour des championnats du monde ou des Jeux donc il fallait faire plus de 65m c'était devenu inaccessible donc là j'ai arrêté je pense que c'était au moins pendant un peu à la sortie peut-être du confinement mais je crois que c'était pendant le confinement

Loïc ok donc pas la fin que t'avais imaginé mais aujourd'hui avec un peu plus de recul ça te semble d'avoir été la meilleure décision que tu puisses prendre à ce moment là avec les infos que t'avais la situation dans laquelle t'étais etc

Mathilde oui j'avais pas tellement le choix franchement financièrement je commençais à plutôt avoir le choix et puis c'est tu le sens je pense physiquement tu le sens quand ça marche plus. J'étais revenue à mon meilleur niveau dans tous les... Le coach allemand, il m'avait présenté les choses comme une pyramide. T'as les bases, les fondations de la pyramide, c'est ta force. Il faut que tu sois un minimum forte en bas du corps. Je schématise, mais squat, soulevé de terre, il faut que tu sois hyper solide. Encore une fois, parce que tu dois être indéformable quand t'arrives sur ton dernier appui avec ton élan. En gainage, en coordination et dissociation haut du corps, bas du corps, il faut que tu sois indéformable et explosif et en altéro, donc nous c'est surtout le snatch ou le hang snatch c'est des mouvements, j'étais vraiment revenue à mon meilleur niveau après il y avait la force pure des épaules, c'est à dire que avant de pouvoir lancer et créer de la vitesse il faut que t'aies une force de base suffisante si tu peux pas juste jouer sur ton élasticité sinon clairement t'as quoi, tu l'exploses moi comme elle est déjà exposée en plus donc avant on les développait nuque il y a beaucoup de choses sur les fixateurs d'homoplate les abaisseurs, mais ce n'est pas des perfs qui sont chiffrés, c'est beaucoup de répétition de placement, de posture, etc et chiffrer développer nuque, jeter nuque ensuite il y a les jets à la balle parce qu'ils mesuraient la vitesse d'éjection et tout ça avait été revenu franchement bien, on construisait la pyramide étape par étape, et après il y a la course d'élan le travail de bondissement, le travail de coordination du bas du corps, parce que c'est une course d'élan où on court de face puis après de côté, donc c'est des impulsions successives mais voilà, la course d'élan est hyper cool en général et pareil, bas du corps super sensation, nickel mais par contre, retrouver ce moment où quand tu poses ton appui avec de la vitesse ça crée un étirement supplémentaire par rapport à l'étirement volontaire que toi t'as quand tu vas lancer ça, ça me faisait mal à l'époque et ça j'ai pas réussi enfin j'ai vraiment essayé mais ça j'ai pas réussi à l'éliminer c'est un peu toujours mal et du coup tu fais peut-être un ou deux G dans la séance où tu te dis ah c'est pas mal c'est élastique et puis après il y a un coup tu te fais mal et ton cerveau il est pas con cette sensation là il va chercher à l'éviter donc voilà donc là j'ai compris c'est vraiment un ressenti enfin moi je pense qu'on se connait suffisamment pour se dire ça marchera plus

Loïc parce que d'un point de vue et là je m'adresse à la kiné le javelot au niveau auquel tu l'as pratiqué à l'intensité à laquelle tu l'as pratiqué c'est évident que ça laisse des traces physiologiquement

Mathilde c'est à dire que j'ai arrêté 2020 je me suis pété le tendon d'Achille à gauche mon tendon d'Achille il m'a fait mal pendant deux ans ça m'a pourri franchement ça m'a pourri deux ans entre 2016 et 2018 c'était infernal et là je me suis pété mais bêtement voilà je me dis c'était sûr que ça devait arriver après j'ai été opérée du coude de l'épaule droite, du tendon d'achille gauche je m'étais fait les croisés au genou droit ça n'avait rien à voir avec le javelot mais voilà j'ai des soucis au niveau du dos parce que dès que je me démuscle un peu, je sens bien que ça va pas au niveau de mes lombaires et quand j'ai fait une IRM, on m'a dit ah oui en effet, vous démusclez pas donc oui, évidemment comme tout sport que tu fais à outrance il n'y a pas un trailer qui a pas des problèmes de genoux, de chevilles, de dos il n'y a pas un triathlète je pense qu'il n'y a pas des problèmes pareils de tendons à fil parce que, pardon, je parle de tendons à fil mais plein de choses, mais c'est vrai que le tendons à fil par rapport à la course à pied, tu cours sur le béton après avoir fait du vélo. C'est la pliométrie et après avoir fait un effort très long. C'est forcément des choses qui sont traumatisantes. Tous les sports à haut niveau, j'allais dire. De toute façon, tous les sports pratiqués en excès, ça laisse forcément des traces. On ne fera pas des beaux vieux, ce n'est pas grave.

Loïc C'est clair. Moi, j'ai les deux minutes que fissurés depuis que j'ai 11-12 ans, je pense. Tous les doigts des deux mains pétées, sauf le pouce. Ah, c'est bizarre le judo. Non, mais c'est comme tout. En fait, c'est ce que tu dis, c'est comme tout. Je pense passer à une certaine intensité.

Mathilde Tu sais, il y a des gens qui ne font aucune activité physique et qui vieilliront plus mal que des gens qui ont fait énormément de sport parce qu'on a aussi cette densité musculaire qui, et moi je l'explique à mes patients, la seule chose aujourd'hui qui peut soulager une articulation douloureuse parce qu'elle est soit arthrosique, soit parce qu'il n'y a carrément plus de cartilage, soit parce que il y a l'usure naturelle, même si elle n'est pas traumatique ou etc. La seule chose qui stabilise une articulation et qui protège vos cartilages, c'est les muscles. Il n'y a que en vous musclant que vous allez prévenir l'arthrose ou en tout cas soulager un peu les symptômes de l'arthrose mais on ne guérit pas d'une arthrose, on ne guérit pas un cartilage, mais par contre en stabilisant musculairement une articulation, on évite de solliciter le cartilage trop donc c'est très bien d'avoir fait du sport et de rester musclé

Loïc d'ailleurs c'est une question que je me suis souvent posée, est-ce que t'as, et là encore je m'adresse à la spécialiste à la kiné mais est-ce qu'on a une sorte de comment dire de mémoire de la force de mémoire musculaire c'est-à-dire est-ce que finalement tu as un capital musculaire voilà c'est plutôt le terme un capital musculaire que tu conserves c'est-à-dire aujourd'hui ben voilà tu vois typiquement tu fais plus tu fais plus 20-30 heures d'activité physique pour le javelot en tout cas comme tu le faisais avant mais est-ce que le capital que tu as développé à l'époque même si tu en as perdu une grosse partie tu en gardes quand même un petit peu tu vois ce que je veux dire ou pas ?

Mathilde oui oui je pense que oui parce qu'aujourd'hui je m'entraîne deux ou trois fois par semaine franchement deux fois deux fois je vais à la salle de crossfit avec mon copain mais avec des amis parce que j'aime bien cette discipline dans laquelle il y a beaucoup d'anciens sportifs de haut niveau qui se retrouvent parce que tu passes une heure tu poses ton cerveau et il y a un côté dépassement de soi, il y a un côté... Même s'il n'y a pas d'objectif autre, ça fait du bien de retrouver ce type de sensation où tu vas au bout de toi-même pendant une heure. Mais en faisant deux fois par semaine, j'ai toujours mes plaquettes de chocolat, j'ai toujours... Quand je me retrouve en débardeur quelque part, tout le monde me dit « Oh, vous avez des épaules ! » Oui, pourtant, ça fait vraiment un moment que j'ai plus envie d'avoir d'épaule et que du coup je fais plus grand chose sur mes bras mais oui en tout cas moi personnellement je garde une certaine densité musculaire je pense qu'aussi c'est génétique parce que j'ai toujours fait du muscle facilement mon grand-père qui avait toujours en physique à plus de 80 ans il disait je vais faire des squats il avait 85 ans c'est bien on a une bonne génétique il y a mon frère qui est naturellement musclé. Alors bon, il fait du rugby, il s'entraîne deux fois par semaine, il est gaulé comme s'il était à la salle de muscu tous les jours. Il y a une part de génétique, mais je pense en effet que quel que soit le sport que tu as fait, ça existe, la mémoire musculaire, je ne suis pas une bête de physio, mais je ne sais pas comment ça s'explique, mais oui, bien sûr. Et puis ton métabolisme de base, et puis le fait que du coup, l'appétit, et puis la qualité de ce que tu as appris à manger, tous ces mecs qui font, tu me parles de triathlon d'Irondman et tout, je trouve ça top parce que c'est des mecs qui ont une hygiène de vie à côté ils peuvent pas se permettre trop d'écart et forcément tu vieilles bien, tu vieilles mieux

Loïc le sport, le sport important bah ouais j'avais échangé j'en parle régulièrement de cet échange que j'ai eu avec Steven Leyaric c'est un ultra cycliste français qui part faire des défis du genre il traverse les Etats-Unis à vélo mais vélo en mode gravel donc pas sur de la route juste sur des sentiers et lui il était cycliste alors pas professionnel mais juste avant je ne me rappelle plus du terme je crois que c'est elite mais c'est vraiment aux portes du professionnel et il m'avait dit qu'il avait eu beaucoup de mal à faire ça à transitionner en fait et qu'apparemment il m'avait sorti un chiffre qui m'est resté que on considère que quand tu as été dans le sport de haut niveau pour tourner la page il faut compter 5 à 6 ans tu vois d'un point de vue émotionnel etc retrouver les mêmes sensations ailleurs c'est quoi ton point de vue là dessus et comment est-ce que toi cette transition elle s'est passée là vraiment tu vois vraiment plutôt d'un point de vue émotion ouais ouais

Mathilde je pense que l'intensité des émotions que tu vis c'est difficile de les retrouver où que ce soit alors bon j'ai pas encore d'enfant j'ai pas du coup ce repère là de ce que ça change dans ce que tu ressens et tout mais moi je sais que j'adore mon métier et que depuis que j'ai arrêté ma pratique mon métier il a pris une toute autre place dans ma vie et dans mon épanouissement personnel et je donne beaucoup dans mon travail et ça me fait beaucoup de bien parce que oui, j'imagine que quand tu fais une reconversion comme ça, quand tu arrêtes comme ça le sport et que tu n'as pas quelque chose tu ne trouves pas forcément quelque chose dans lequel tu t'épanouis c'est d'autant plus difficile je pense que je suis très chanceuse d'avoir choisi ce métier là et déjà de l'avoir pratiqué pendant que je m'entraînais et je pense que mon expérience de sportive m'a apporté beaucoup même par rapport à mes connaissances en kinothérapie et le fait d'avoir travaillé un peu en Allemagne un peu en Afrique du Sud d'avoir côtoyé des kines à l'international et d'avoir échangé c'est hyper enrichissant j'aime beaucoup ce que je fais mais je pense pas avoir complètement guéri de il y a encore beaucoup de frustration dans ce que je te raconte tu me dis ça m'énerve moi aussi il y a plein de choses qui m'énervent encore et je voudrais avoir suffisamment de recul sur les choses pour garder uniquement le positif et uniquement la chance j'ai eu énormément de chance, j'ai rencontré plein de gens qui m'ont consacré du temps, de l'énergie ma première entraîneur enfin mon premier entraîneur d'athlée quand je suis venue sur le stade faire du saut à la perche j'arrivais de la gym mon entraîneur de gym même qui m'amenait à l'athlée avec lui ensuite un mec que j'ai rencontré sur le stade qui était mordu de javelot qui a commencé à m'entraîner au javelot ensuite les entraîneurs nationaux qui m'ont donné envie de continuer ensuite le groupe de décathloniens à Montpellier avec notamment Romain Barras Nadir Elfassi qui m'ont accueillie dans leur groupe comme une petite soeur alors que c'était un groupe de mecs qui prenait pas de filles enfin voilà, Jean-Yves Cochon qui m'entraînait, du coup Tiziane Correa j'ai plein de noms comme ça à donner de succession de moments où j'ai eu tellement de chance de tomber sur ces gens là et c'est ça qui m'a amenée à participer aux Jeux Olympiques sinon j'aurais pas du tout vécu ce que j'ai vécu, donc après il y a aussi beaucoup de frustration à beaucoup de moments je me dis, punaise, j'ai quand même pas eu de chance mais j'aimerais garder que le positif et pour ça je pense qu'il va me falloir encore un peu de temps donc ouais, 6-6 ans je veux bien le croire

Loïc Je pose la question à chaque fois parce que je trouve que c'est aussi intéressant d'en parler, souvent on a l'image, tu vois ma question elle était très certainement biaisée par rapport à ça on a l'image des jeux tu vois les paillettes c'est magnifique les grands sourires partout le sport de haut niveau tu vois un esprit sain dans un corps sain et on parle moins de en fait de tout ce qui est à côté quoi et la partie la partie qu'on voit qu'on voit pas de l'iceberg les entraînements les galères la charge mentale financière les choix des fédés sur lesquels t'as absolument pas la main et qui impacte ta vie, parce que ta vie, c'est le sport, et puis la transition, les gestions de blessures, etc. Donc, toujours intéressant de voir comment tout ça est géré.

Mathilde Par chacun. Par chacun, exactement. Je pense que chacun le vit différemment, mais il y a forcément une trame commune. J'aime bien écouter des témoignages où des mecs justement en parlent et partagent leur expérience et partagent leurs difficultés parce que je trouve que c'est plein d'humilité et souvent en plus ceux qui le font c'est vraiment des très grands sportifs qui ont eu une très très grosse carrière dernièrement c'est Camille Lacour qui a partagé un peu ses déboires et cet état de petite dépression c'est dur de mettre des mots comme ça parce que les gens s'imaginent que forcément des mecs qui ont vécu ça, ils peuvent pas se plindre ils peuvent pas être tristes quand ça s'arrête c'est une petite mort après moi j'ai pas du tout vécu j'ai pas du tout de notoriété j'ai pas l'impression d'avoir eu une petite mort c'est plus je faisais de la gym et mon entraîneur était polonaise et elle nous disait toujours tel travail tel résultat et j'estime que pendant les 4 ans entre 2016 et 2020 j'ai énormément travaillé et c'est des résultats qui me manquent pour mettre un point final à cette histoire pour être sereine c'est vraiment le côté de ne pas avoir concrétisé tout ce que j'ai appris tout ce que j'ai compris tout ce que j'ai fait comme effort et la chance qu'on m'a donné d'aller m'entraîner avec Boris c'est cette frustration là mais moi jamais personne ne m'a regardé à la télé enfin tu vois je suis pas c'est incomparable avec ce que fait certaines personnes mais quoi qu'il arrive cette sensation d'aller au bout de toi-même comme tu peux avoir certainement quand tu book ton premier Iron Man comme quand tu fais ton record à l'Iron Man comme quand tu fais ton ta Diagonale des Fous enfin il y a des challenges comme ça envers toi-même qui sont tellement épanouissants que retrouver ça après quand t'arrêtes c'est pas facile mais c'est une autre dimension encore de ces sportifs qui parlent de petites morts parce que derrière ils avaient aussi la notoriété, le financier le machin, le truc

Loïc le sport c'est une bonne école de la vie c'est ce qu'on nous répétait souvent en judo alors c'est souvent j'ai l'impression que tous les sports se considèrent comme les plus les plus difficiles, les plus ingrats le judo on nous disait souvent c'est ingrat parce que finalement comme tous les sports, tu peux battre quelqu'un dix fois dans l'année et puis la onzième fois, ce jour-là tu es en forme, quelque chose ne va pas et c'était la seule fois de l'année où il ne fallait pas perdre et tu perds. Mais j'ai l'impression que le sport c'est un peu ça, c'est apprendre c'est une école de résilience.

Mathilde Et c'est en ça que c'est une école de la vie. Aujourd'hui, quand je me retrouve face à des patients, alors je te disais, pathologie vasculaire j'ai aussi eu un des premiers patients que j'ai eu dans le centre c'est un jeune qui avait un accident de moto et qui a perdu ses deux jambes c'est un traumatisme énorme et il s'est battu de ouf aujourd'hui il prépare les jeux paralympiques de kayak c'est un mec qui a un parcours exceptionnel et qui a une famille exceptionnelle sa femme, ses trois enfants elle a été exceptionnelle avec lui d'accompagnement et puis c'est quelqu'un qui est très croyant aussi ça l'a aidé, il y a plein de choses comme ça qui te font te dire toi ma fille et ton petit problème de ne pas avoir concrétisé tes efforts tu vas bien faire mes trégeules voilà et là quand je discute avec mes papys qui perdent une jambe puis on leur dit que le sang ne circule pas bien dans l'autre et qu'ils risquent de perdre l'autre et puis qu'ils se disent qu'ils ne vont plus jamais se mettre debout et de réussir à trouver les mots trouver l'énergie pour leur donner confiance et le jour où ils se mettent debout et le jour où ils descendent des escaliers pour la première fois avec leur prothèse, tout ça c'est des moments franchement c'est génial je pense que oui mon expérience dans le sport m'a aidée à vivre mon métier aujourd'hui avec ce rôle là et cette impression dans ces moments de servir à quelque chose et de trouver les bons mots au bon moment je pense que ça vient de ce que j'ai appris je trouve ça trop

Loïc pour finir sur une note positive même si tu l'as déjà bien évoqué j'ai l'impression que là tu as réussi tu t'es trouvé un peu un métier passion je pense que comme tu le disais très bien c'est compliqué d'arriver à vivre les mêmes émotions que ce qu'on a pu vivre quand on a fait un sport au niveau auquel tu l'as fait mais aujourd'hui qu'est-ce qui te comble dans ton métier de kiné, si on considère que la flamme du javelot, tu l'as éteinte, qu'est-ce qui fait brûler la flamme de ce qui prend le plus de place dans ta vie aujourd'hui ?

Mathilde Alors, toujours pas mon salaire, parce que je suis kiné à l'hôpital, mais j'ai une demi-heure par patient, c'est un luxe par rapport à être kiné en libéral aujourd'hui et au tarif sécu, qui ne te permettent pas d'avoir du temps avec tes patients. Mais donc, voilà, pas mon salaire. Mais ouais, dans les gens. Moi, j'aime les gens. Je me suis rendue compte que, oui, la kiné du sport, ça me passionnait. Oui, quand j'ai bossé sur des épaules de lanceurs de jambes l'eau internationaux, enfin, en Allemagne, surtout. Mais du coup, évidemment, que tu as l'impression de bosser avec une Ferrari, que c'est juste génial de te dire que, là, tu l'as fait du pire, il y a eu des super sensations. Derrière, il fait une compète, il te dit c'est trop bien mais aujourd'hui j'ai monsieur et madame tout le monde et dans le regard des gens dans cette cette cette reconnaissance qui n'est pas du tout de la notoriété mais qui est de les gens qui te remercient d'avoir vraiment égayé ne serait-ce que leur journée d'avoir l'impression de vraiment servir à quelque chose ça me fait beaucoup de bien voilà, ma petite flamme

Loïc trop bien génial, et bien écoute Mathilde, un immense merci c'était passionnant de découvrir l'univers du lancé de Javelot ton parcours à toi en particulier tous ces échanges sur la place du sport de haut niveau en France et en tout cas la place qu'on espère que ça prendra un jour et puis cette transition que tu as opérée si toi il y avait un message peut-être que tu voudrais faire passer en conclusion, on a échangé sur plein de sujets différents mais un message qui toi te tient à coeur, que tu voudrais passer à cette audience des frappés que je te le disais en off et qui est en plein entraînement et qui nous écoute très certainement pendant l'entraînement

Mathilde déjà merci beaucoup à toi Loïc parce que je trouve ça cool de pouvoir partager mon histoire, mon expérience ce que j'en pense avec un peu plus de gens que juste mes proches et c'est une chance de pouvoir le partager et je suis ravie et j'espère que ça apportera quelque chose à quelqu'un quelque part mais après je pense que j'ai dit beaucoup de choses avec un peu de frustration, un peu de négativité un peu de tout sur le système et je pense que chaque expérience est différente et que c'est pas pour l'argent qu'on le fait c'est pas le dépassement de soi et atteindre ses objectifs c'est ce qui rend la vie intéressante donc quelles que soient les galères on n'a pas de regrets donc je pense qu'il faut vraiment essayer d'aller chercher ce qui nous fait vibrer et d'aller au bout de ses rêves même si on arrive jamais au bout parce qu'après il y a d'autres rêves c'est ça qui laisse une frustration à un moment mais ouais juste du positif et le fait que le sport ça fait du bien et même si c'est sans objectif, même si c'est sans grand challenge etc, juste comprendre que s'occuper de soi et se faire du bien c'est capital pour après pouvoir s'occuper des autres

Loïc exactement, s'occuper de soi pour mieux s'occuper des autres, j'adore parfait, et bien écoute un grand merci Mathilde une fois de plus, très bonne on est vendredi donc très bon week-end le bonjour à Hugo puisqu'on l'a pas encore précisé mais ton copain c'est Hugo que j'avais reçu sur le podcast Hugo de Innuts Weak Trust allez regarder je mettrai des liens Hugo qui est je sais pas faut aller écouter l'épisode il est crossfitter violoniste gestionnaire de forêt apiculteur à 16h perdu enfin bon c'est voilà on s'y perd

Mathilde passionné par la nature

Loïc passionné ouais en tout cas passionnant

Mathilde passionné par la voilà passionné par la nutrition et très sensible à l'éthique et il a planète est très opposée à la désinformation et au marketing de la nutrition sportive aujourd'hui et avec son associé Benjamin Barra ils sont vraiment hyper intéressants et ils font ça complètement bénévolement et ça lui prend beaucoup de temps et du coup il ne faut pas hésiter à les voir

Loïc allez regarder le lien sera en description de cet épisode merci une fois de plus Mathilde merci à toi le week et bon week-end et à toi aussi, merci salut sur votre plateforme d'écoute. Vous pouvez également rejoindre le groupe des Tippers, les auditrices et auditeurs qui soutiennent financièrement le podcast à partir de 1 euro par mois. Le lien est en description. C'est sur tipeee.com. Vous cherchez les frappés. Et enfin, vous pouvez tout simplement parler du podcast à fond autour de vous pour qu'encore plus de personnes osent se lancer. Merci pour votre fidélité. Je vous dis à la semaine prochaine pour un nouvel épisode dans lequel on embarque à bord d'un Imoca, ces mythiques bateaux qui prennent le départ du Vendée Globe. Sous-titrage ST' 501

Transcription automatique relue · susceptible de contenir des imprécisions.

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