Aline Tant que je peux encore réfléchir, tant que je suis encore sur mon vélo ou debout, c'est que je peux encore avancer. Donc si je peux encore décider, c'est que je peux encore avancer. On avait effectivement 24 jours, donc on est un petit peu plus de 4900km parcourus.
Loïc Hello, hello ! C'est Loic Blanchard, le créateur et host du podcast indépendant Les Frappés. Je suis un ancien sportif de haut niveau, aujourd'hui reconverti en sportif aventureux, mais aussi entrepreneur, coach et préparateur mental certifié. Passionné d'outdoor et de défis en tout genre, j'ai voulu créer une communauté autour des valeurs de résilience, de dépassement de soi et de détermination, en vous offrant chaque semaine des conversations inspirantes avec des invités incroyables issus d'univers très variés. J'ai reçu aussi bien des athlètes olympiques que des entrepreneurs à succès, des aventurières professionnels ou encore des anciens des forces spéciales. Leur point commun, la passion pour leurs projets et l'audace de se lancer. Alors fonçons ensemble découvrir mon invité de la semaine. Excellente écoute à vous Les Frappés ! Super ! Eh bien écoute, bienvenue Aline sur le podcast ! Merci, merci pour cette invitation ! Avec grand plaisir ! Merci beaucoup à Sarah ! Alors Sarah qui a été une des toutes premières invitées du podcast et que j'ai contactée récemment en lui demandant si elle connaissait de potentiel frappé. Elle m'a dit il faut absolument que tu parles à Aline, c'est complètement fou ce qu'elle fait ! Donc fonce ! Donc merci beaucoup Sarah !
Aline Merci Sarah ! Mais c'est moins fou que ce qu'elle fait elle !
Loïc Ecoute, ce que je te propose Aline, c'est peut-être tout simplement de commencer par te présenter, de nous expliquer ce que tu fais et quelle est ta passion, j'allais dire dévorante je sais pas, mais en tout cas la passion qui t'anime depuis un moment déjà.
Aline Donc je m'appelle Aline Clément, je suis Vosgienne, je suis professeure d'EPS dans un collège, un petit collège dans les Vosges. Alors j'ai toujours été sportive et après deux opérations des ligaments croisés, j'ai laissé de côté le tennis et le foot pour m'orienter vers le cyclisme. Alors je vais même dire vers le vélo parce que j'ai jamais fait de compétition de cyclisme, voilà. Au début c'était vélo-transport, voilà, pour aller à la piscine, pour... Et puis de fil en aiguille, j'ai vraiment pris plaisir à monter sur un vélo, à aller rouler juste pour rouler, juste pour le plaisir de rouler. Donc je cours, je nage et je roule, mais je passe le plus de temps sur mon vélo, effectivement. Donc c'est... Ouais, c'est un vélo, c'est pour moi... Ça résume à un sentiment de liberté dont je ne pourrais plus me passer aujourd'hui.
Loïc Waouh ! Donc tu cours, tu nages, tu fais du vélo, t'es une triathlète en fait.
Aline Ouais, ouais, ouais. Alors après je fais une compétition par an, le triathlon de Gérard Mée, parce que c'est le triathlon de Gérard Mée. Donc voilà, je fais le XL depuis 2011. J'ai manqué deux années et une année Covid, où tout le monde l'a manqué, parce qu'il n'a pas eu lieu. Et puis l'année suivante, parce que j'avais été accidentée justement à vélo l'été précédent, et j'ai eu trois mois de convalescence. Donc voilà, pas de dossard cette année-là. Ouais, ok. Mais voilà, je crois qu'aujourd'hui, en tout cas pour 2023, ce sera mon seul dossard de l'année. Parce que je n'ai pas forcément l'âme, je n'ai plus forcément l'âme d'une compétitrice. Mais comme je le disais tout à l'heure, le triathlon de Gérard Mée, ça reste le triathlon de Gérard Mée. Et pour l'ambiance, rien que pour l'ambiance, je ne suis pas encore prête à m'en passer.
Loïc J'allais te poser la question, parce que c'est vrai que quand tu… Moi, je n'ai pas fait du triathlon très longtemps, mais ça fait partie de ces noms d'épreuves qui ressortent tout de suite quand tu rentres dans cet univers. Donc c'est quoi qui fait la magie de cette épreuve pour toi ?
Aline Alors bon déjà, c'est très bien organisé. Après, je n'en ai pas fait beaucoup d'autres. J'ai fait Belfort une ou deux années, donc je n'ai pas forcément d'autres repères. Mais Gérard Mée, on part à vélo. Alors déjà, le départ dans l'eau, on est 1600 sur le XL à partir sur une toute petite plage. Alors du coup, le départ, c'est quelque chose que j'appréhende, peut-être même presque que je déteste. Et pourtant, j'y retourne. Et je n'explique pas pourquoi j'y retourne, parce que c'est assez flippant. Je ne suis pas une grande nageuse, je n'aime pas être au milieu des autres. Et là, on part à 1600 en même temps sur une plage qui fait, je ne sais pas, elle fait peut-être 50 ou 60 mètres de large.
Loïc Attends, il n'y a pas de...
Aline Il n'y a pas de vague.
Loïc Ah ouais !
Aline On part tous en même temps. Alors bien sûr, pas tous en même temps. En tout cas, c'est un flot continu. Voilà, c'est un seul départ. On part dans une eau qui n'est pas toujours très chaude. Alors cette année, elle l'était, mais il y a toujours cette... Alors c'est début septembre, on a toujours les températures qui commencent à baisser un peu tôt le matin. On a la brume au-dessus du lac. On a des spectateurs déjà qui sont installés en nombre. Et voilà, ça part dans le lac, ça ressort. Il y a le speaker qui est génial. Enfin, il fait un boulot de dingue sur l'animation. On part en vélo. Au bout d'un kilomètre, c'est la montée du poly. C'est blindé de Belges avec les chapeaux, les instruments de musique. Ça fait un bruit de dingue. La route est toute étroite. Et puis elle est encore plus étroite parce que les spectateurs sont... Presse un peu sur la route. Et puis la route s'ouvre un petit peu comme dans les grands cols du Tour de France. La route s'ouvre quand les cyclistes arrivent. Et le parcours vélo, c'est trois boucles. Donc on repasse aux mêmes endroits. La course à pied, c'est pareil. C'est trois boucles. On est au cœur du... On tourne autour du lac de Jarmé. Non, c'est particulier. Et je pense que si on pose la question aux triathlètes français et étrangers, je pense que Jarmé, ça fait partie du top 5 des triathlons qui marquent les esprits.
Loïc Eh bien, ça fait envie.
Aline Oui, oui. Il faut y aller une fois. Alors, je ne parle pas du déo du distance olympique le lendemain où il y a la montée de l'arrière. Donc on est sur des passages à 20% avec ce même public. Peut-être encore plus nombreux le dimanche après-midi parce que c'est la dernière épreuve. Et c'est magique, quoi. C'est vraiment magique. Moi, je me suis déjà vu monter le poli, arriver en haut, avoir le cardio dans la gorge et puis regarder mon cardio et me dire, si je fais tout comme ça, mais je vais poser mon vélo, j'aurais pu rien. Et on se sent vraiment porté par les spectateurs. Et les jambes se trouvent toutes légères d'un coup. Et puis, quand on arrive en haut, on va se dire, merde, je ne vais peut-être pas faire ça. Parce que si je fais ça sur les trois boucles, je vais laisser des plumes quand même.
Loïc Oui, oui. Et les distances, c'est les distances Ironman ? C'est 3,8, 180 ?
Aline Non, non, c'est un half Ironman. Ah, c'est un half. OK, oui. Il est appelé XL, mais c'est un kilomètre neuf dans l'eau. Oui, 90. C'est un 13,5 à vélo et 21,5 à pied.
Loïc D'accord, OK.
Aline Les 93,5 à vélo, on a 1,800, 1,900 de dénivelé.
Loïc Oui, donc ça grimpe.
Aline Il y a plein de petites bosses. Il est assez exigeant comme parcours. OK. Il faut aimer grimper.
Loïc OK. Ah là là, bon. Ça fait envie, en tout cas, quand tu parles de l'ambiance, on sent que ça t'a marqué. Ah oui, oui, oui. C'est une épreuve particulière.
Aline Et d'ailleurs, un des signes, c'est que les dossards sont mis en vente au mois d'octobre et qu'en 10 minutes, les dossards sont mis en vente. Ah oui, c'est vrai. En fait, la première difficulté, c'est d'avoir son dossard.
Loïc OK. OK, bon. Très bien. Écoute, bon à savoir. Dépêchez-vous en octobre prochain pour choper votre dossard pour 2024. Super. Super. Écoute, donc là, on a un peu parlé de triathlon, mais tu t'expliquais que tu passes l'essentiel de ton temps quand même plutôt à vélo. Et j'ai cru comprendre que cet été, il y a eu quelques projets complètement fous. Alors, ce n'est pas les seuls, mais ils sont assez impressionnants. Donc, est-ce que tu pourrais peut-être nous expliquer ce que tu as mis sur place et voilà, cet été ?
Aline L'été 2022, effectivement, avec une copine, on est parti à l'assaut des, on va dire, des deux Tours de France, hommes et femmes. Alors, ce n'est pas tout à fait vrai parce qu'on n'est pas parti au départ du Tour de France hommes. On est parti de la planche des belles-filles. Donc, on est parti de la planche des belles-filles le 7 juillet. Et on est revenu à la planche des belles-filles le 30 juillet. Et entre-temps, on a fait toutes les étapes restantes des hommes. Donc, les hommes arrivés à la planche, ils étaient à leur 7e étape. Sachant qu'ils ont 21 étapes à boucler. Donc, il en restait 7 parce qu'on n'a pas fait la… Pardon, il en restait 13. Donc, nous, on a pris en cours à la 7e étape. On n'a pas fait leur 21e étape sur Paris parce que ça ne présentait aucun intérêt pour nous de rentrer vraiment en intramuros en termes de sécurité, d'intérêt. Enfin, on n'aurait pas pu tourner autour des arcs de triomphe. Donc, la 21e étape, on l'avait balayée dès le début du projet. Donc, de la fin de la 7e étape jusqu'à la fin de la 20e étape. Donc, on a suivi le parcours, donc le tracé exact du parcours du Tour de France hommes. Plus les transferts que l'on a fait à vélo puisqu'on n'était pas assistés. Donc, on avait des sacoches avec toute notre vie pour ce périple. Et puis, on a enchaîné avec le Tour de France femmes. Donc, c'est pareil. On a fait le choix de ne pas faire la première étape en Paris intramuros qui d'ailleurs se déroulait le même jour que la dernière étape des hommes. Donc, on a pris au départ, on a pris le parcours des femmes au départ de la 2e étape jusqu'à la fin de leur 8e étape. Donc, avec une arrivée à la planche des belles filles. Donc, pour nous, ça nous a fait 24 jours de vélo. Donc, de la planche des belles filles, arrivée de la 7e étape des hommes, jusqu'à la planche des belles filles, arrivée ultime du Tour de France femmes. Donc, voilà. Toutes les étapes. Donc, le tracé exact qu'on avait réussi à obtenir, rentré dans les GPS. Plus la copine en question avec qui je suis partie, elle travaillait sur les tracés des transitions. C'est-à-dire, on arrive à la ville d'arrivée officielle de l'étape. Il faut se rendre à la ville de départ du lendemain. Et donc, ça, on le faisait à vélo. Donc, sur un tracé qui était un tracé au plus court, mais au plus court et au moins dangereux. Donc, sans emprunter forcément les grands axes. Donc, parfois, on se reprenait quelques petits cols en plus des étapes officielles. Parce que les étapes officielles d'ASO présentaient 63 cols. Donc, voilà. Donc, c'est 63 cols plus les quelques-uns. Alors, sur les transitions, on n'a pas fait des grands cols. Mais voilà, on a pris un petit peu de dénivelé là. Donc, voilà. On est partis à deux avec nos sacoches. On s'était quand même bien organisés. On savait chaque soir où on dormait. On a dû dormir 12 ou 13 fois chez des connaissances, des amis, de la famille. Et puis, le reste à l'hôtel. Donc, tout était... Par contre, on voulait vraiment partir sur cette aventure-là avec une certitude d'un confort pour la nuit. Oui. Je ne suis pas assez aventurière pour accepter de partir sous la tente. Voilà. Je pense que je ne serais pas laissée tentée par l'expérience s'il avait fallu se charger du matériel de camping. Et puis, quelle que soit la météo, se dire on dort dehors. Là, voilà. On avait cette certitude-là qu'on allait bien manger le soir, qu'on allait pouvoir dormir dans de bonnes conditions.
Loïc Oui. OK. Donc, 24 jours. Oui, 20 jours. Est-ce que vous avez... Tu as quelques chiffres pour qu'on se rende compte un peu de l'ampleur du défi sur la distance, le dénivelé, les calories, par exemple ?
Aline Oui, justement, j'avais fait un petit... J'aime bien les chiffres, moi. Donc, j'avais fait un petit bilan. Donc, on avait effectivement 24 jours. Donc, on a un petit peu plus de 4 900 kilomètres parcourus. Un peu plus de 62 000 mètres de dénivelé positif. Donc, ce qui représentait... Donc, sur les 24 jours, on a passé 9 jours et 8 heures sur le vélo. Donc, ce qui représentait par jour 9h20, 9h20 de selle. Donc là, c'est vraiment 9h20, les fesses sur la selle à pédaler ou à pédaler ou à se laisser descendre, mais je veux dire sur le vélo. En mouvement, on était à 9h20 par jour en moyenne sur 24 jours. On n'a pas eu le loisir de se prendre des journées de repos parce qu'il fallait avancer. Alors, en calories, j'ai aussi ça. J'ai aussi... Alors, c'est pareil. C'est les calories qu'ont bien voulu me donner ma montre. Je ne sais pas ce que ça vaut, mais on est à 72 700 kilocalories. OK. Voilà. Alors, moi, j'ai roulé à 22 de moyenne, 22 km heure de moyenne sur l'ensemble de ces 24 jours. J'étais assez contente de voir que finalement, on ne s'était pas trop traînés parce que, non, rien. On était chargés. Moi, j'avais... Au départ, j'avais à peu près 7 kilos de bagagerie, bagagerie plus bidon, donc sans compter le poids du vélo, évidemment. J'avais environ 7 kilos de chargement. Alors, moi, j'en fais à peine 49. Donc, c'est un gros pourcentage, finalement. Et je craignais un petit peu que ça nous ralentisse quand même fortement de rouler chargé. Et puis, je me dis que 22 de moyenne sur 24 jours sans... C'est clair. C'était quand même plutôt pas mal. Donc, voilà. Alors, les 63 cols, j'ai dit ça tout à l'heure déjà, avec 7 cols hors catégorie, 14 de première catégorie. Alors, on a eu... Ouais, on a eu, allez, au moins 6 journées de canicule, je dirais.
Loïc Et oui, c'est ce que j'allais te demander, parce que c'était épique, quand même, cet été, les températures.
Aline Alors, moi, j'ai envie de dire que c'est peut-être ça qui nous a aidés à réussir, le fait que ça a été une météo sèche. Si ça avait été l'été d'avant, l'été d'avant, le mois de juillet, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus, il n'y a plus. Et ça, je sais que physiquement, ça n'aurait pas été la même chose. Alors, en ce qui me concerne, je supporte, je pense, un petit peu mieux la chaleur, même si je la supporte de moins en moins. Je supporte un petit peu mieux la chaleur que le froid. Et puis, quand il pleut, on finit toujours par avoir froid. Surtout à vélo. À vélo, voilà, on est mouillé, monter un col, redescendre. Quand il pleut, puis c'est dangereux, la route mouillée, etc. Je pense que s'il y avait plu, s'il y avait beaucoup plu, on n'aurait pas fait l'intégralité du parcours. Parce que là, on avait un programme de départ, on avait rentré tous nos tracés dans les GPS, on a tout suivi à la lettre. On s'était dit à l'avance, peut-être qu'un jour, on sera obligé de prendre le train, parce que, mine de rien, la course arrivait après nous. On les devançait. Donc, sur le parcours des hommes, on était généralement à deux, trois jours avant eux. parce qu'on est partis de la planche des belles-filles la veille de leur arrivée. Mais comme on ne prenait pas les journées de repos qu'eux prenaient, finalement, et puis nos tracés, alors on n'avait pas découpé notre aventure en journées qui… On n'avait pas dans une journée l'étape du jour plus le transfert du jour. Parce qu'on aurait eu des étapes très, très, très, très longues et très difficiles pour certains jours. Et pour d'autres jours, on aurait eu des toutes petites étapes, les jours de contre-la-monte, par exemple. Du coup, on a fait le choix de tracer la boucle complète et de diviser en 24 journées à peu près équilibrées. D'accord. Généralement, sur le parcours des hommes, on était à J-2, J-3 de leur passage. Mais bon, on a vite fait de perdre du temps, un pépin mécanique, un pépin physique, on n'avance plus. Et le but, c'était quand même de ne pas se faire rattraper par la course. Parce que si on se faisait rattraper par la course, on était bloqués. Et on était obligés de repartir derrière eux. Puisque la route n'est pas ouverte à la circulation quand le tour passe. Donc, il y a vraiment ce défi-là, d'arriver en fait… Donc, on a passé les Pyrénées et puis on remontait vers Meaux. Donc là, on avait 600 kilomètres de transfert en fait entre la fin de l'avant-dernière étape des hommes qui se trouvait loin de la région parisienne. La dernière étape, c'était en région parisienne. Mais l'avant-dernière, elle était bien, bien, bien au sud à 500, 500, 600 kilomètres. Donc, une fois qu'on est arrivés là, on s'est dit, bon, première mission accomplie, les hommes ne nous ont pas. Maintenant, on a trois jours pour aller chercher Meaux à J-1 des femmes. Parce que par contre, pour le parcours des femmes, on était toujours à J-1 du fait que les étapes étaient plus courtes. On pouvait chaque jour faire l'étape plus le transfert du jour. Donc, ce temps sec, déjà, éviter que les vélos prennent cher, comme on dit. Un vélo qui roule sous la pluie, c'est des roulements qui... Enfin, il y a plein de soucis mécaniques qui peuvent arriver quand on roule sous la pluie. Donc, on a dû rouler une fois ou deux sur route mouillée avec un vélo un peu sale. Mais c'est tout. Sur 24 jours, c'est arrivé. On a eu un orage. Un orage qu'on a réussi à éviter. Parce qu'au moment où on s'est dit, il faut qu'on se mette à l'abri, on avait un proxy qui était juste là avec une grande devanture. On s'est mis dessous. On est allé acheter des granolas pendant que l'orage passait. Et on a réussi à repartir. Donc, on ne s'est même pas fait mouiller. Alors, effectivement, entre les Alpes et les Pyrénées, et la fin des Pyrénées, là, il a fait très chaud. Il a fait 38, 40.
Loïc Ça, sur la route, ça doit être l'horreur.
Aline Alors, moi, j'ai un souvenir de notre arrivée à Carcassonne. Les dernières dizaines de kilomètres sur Carcassonne, c'est la fournaise. Et c'est en plus des étapes de transition qui sont longues, parce que c'est tout droit, c'est tout plat. Là, tout ça, c'était les moments un peu durs de l'aventure, parce que c'était monotone. Moi, j'avais besoin de colle, j'avais besoin que ça monte, que ça descende, que ce soit rythmé, qu'il y ait des objectifs à court terme, arriver en haut, hop, descendre. Et en fait, quand on passe des fois 100 kilomètres avec des lignes droites à perte de vue, là, mentalement, c'est vrai que ce n'est pas facile. Alors, quand en plus, on est dans la fournaise, c'est vraiment compliqué. Et alors, le coup de bambou, c'était sans doute la plus belle étape des Pyrénées, avec l'obisque, le sous-lors, il y avait le col de Spandelle, qui est un super col aussi. Et donc là, on sortait de ces six jours de canicule. Enfin, on était encore dedans, mais ça faisait déjà cinq, six jours que ça durait. Et là, on a eu un pic à 44 degrés. Et je pense que ce jour-là, je suis arrivé à saturation de mon capital de chaleur. Je ne sais pas. Je ne sais pas si ça marche comme ça. Mais jusque-là, je disais toujours, ça va, ça va, je préfère ça que la pluie. J'avais chaud, mais à vélo, il y avait quand même toujours un petit peu d'air. Et ce jour-là, la montée de l'obisque a été quand même dure. J'étais nauséeuse. J'avais des frissons. Des frissons,
Loïc alors qu'il faut que je ne le gris, c'est pas bon.
Aline C'est des signes que ça surchauffe et toute la montée. Alors quand on est sur des cols un petit peu longs, un petit peu pentus, on prend son mal aux patients. Mais c'est vrai que ce n'est pas des moments hyper agréables. Donc après, ça redescend un peu, ça remonte avec le col du sous-lors. Ça ne remonte presque rien. Et j'avais l'impression que c'était un col pire que hors catégorie. Je sentais que je n'avais plus rien dans le sac. Et donc, arrivé en haut, donc là, on avait des copines qui nous accompagnaient et on se dit, on va manger. Il y avait une petite auberge. Je sentais que j'avais faim aussi. Je me suis dit, c'est peut-être ça. Donc là, on mange que des conneries, évidemment, comme à chaque fois. Les trucs dont on a envie quand on a très faim, ce n'est pas forcément toujours ce qu'il faudrait manger. Donc là, ça va mieux sur le moment. Et après, une grande descente. Et puis, même dans la descente, je n'étais pas bien, pas dans mon assiette. Les copines qui étaient derrière moi, elles me disaient, mais qu'est-ce qui t'arrive ? Tu ne descends pas comme d'habitude. On arrive en bas, il y avait une fontaine, tout ça. Bon, j'étais... Et ce jour-là, et d'ailleurs, j'ai relu mes notes que j'avais, mon petit compte-rendu du soir ce jour-là. Et c'est vrai que je disais, ce jour-là, je pense que j'étais à... Je frôlais mes limites physiques. Et je ressentais quelque chose que je pense n'avoir jamais ressenti avant en termes de... D'inconfort, de... J'étais pas... J'étais... J'étais... J'étais... L'essivée, quoi. J'avais plus rien. Et il restait un col. Je crois qu'il est hors catégorie ou première catégorie, le col de Spandelle. Donc là, bon, je me dis, OK. Par contre, je me sentais quand même loin de mes limites psychologiques. C'est-à-dire qu'à aucun moment, je me suis dit, bon, OK, on est où ? Et où est notre point d'arrivée ? Si des fois, je pouvais y aller direct sans passer par le col. Ça, je ne me le suis pas dit une seule seconde. Ah,
Loïc c'est intéressant, ça. Je savais que... Tu avais le sentiment d'être chaophysiquement, mais psychologiquement, ça allait.
Aline Je n'avais pas envie de changer, de modifier mon cap, quoi. Je ne voulais pas manquer ce col. Je voulais aller au bout de... Parce que quand je dis que je frôlais mes limites, je pense que moi, quand je suis à ma limite, on me retrouve dans le fossé et quelqu'un me dit, stop, stop, je vous emmène, enfin, je vous emmène vous faire soigner. Voilà. Mais tant que je peux encore réfléchir, tant que je suis encore sur mon vélo ou debout, c'est que je peux encore avancer. Donc, si je peux encore décider, c'est que je peux encore avancer. Donc, voilà, à aucun moment, je me suis dit, j'ai essayé de voir si je pouvais couper au cours ou... Voilà. Donc, j'ai rempli mon bidon et puis la copine avec qui j'ai passé toute l'aventure, elle me dit, je vais te mettre un peu de menthe poivrée dans ton bidon. Alors, bon, je n'en avais jamais mis jusque-là, je ne savais pas trop, je n'avais jamais testé. Et donc, ça a des vertus anti-inauséeuses, apparemment. OK. Donc, normalement, c'est une goutte, donc elle me met une goutte, puis hop, il y en a une deuxième qui s'est faufilée avec. Donc, voilà, j'avais deux gouttes de menthe poivrée dans mon bidon. Je ne pensais pas à ce moment-là que ça allait me sauver la mise. Je me suis juste dit, bon, OK, j'ai ça en plus, peut-être ça peut m'aider. Et puis, nous, voilà, partie sur ce fameux col de Spandelle où je démarre le col et je me dis, je n'ai plus rien et pourtant, il faut arriver au-dessus. Donc, on va voir comment. J'étais vide, mais d'un autre côté, je me disais, j'aime encore bien me dire qu'est-ce qui va se passer, quoi, parce que je n'avais jamais été confrontée, finalement, à ce genre de sensation. Donc, voilà, je me dis, on verra, on verra. Donc, il y avait des copines, quelques copines devant, quelques copines derrière. Finalement, j'étais quand même à ma place dans le groupe. Je ne traînais pas derrière et puis, l'amande poivrée, vraiment, m'a sauvé la mise, quoi. C'est-à-dire que, une gorgée, ça vous fait, ça vous donne un état de fraîcheur, mais vraiment, c'est incroyable, un état de fraîcheur dans la bouche. Donc, il faisait toujours ces 43, 44 degrés et, en fait, la bouche devient froide, fraîche, enfin, je ne sais pas comment. Alors, le spandelle, c'est plein de petits virages. Donc, il y avait des portions au soleil qui m'assommaient un petit peu puis, il y avait des portions un petit peu ombragées et avec un vent de face. Donc là, c'était une gorgée et j'ouvrais grand ma bouche et, en fait, avec le vent qui rentrait, c'était une sensation, j'avais l'impression de ressusciter, quoi. Je n'avais plus mal au ventre, je n'avais plus de nausées, j'étais encore… Voilà, je n'avais pas récupéré toute mon énergie, mais… Et puis, je suis arrivée en haut, j'ai repris du poil de la bête en cours de route, en fait, en cours de montée, et je suis arrivée en haut et voilà, c'était… j'y étais arrivée, quoi. Mais c'est… C'est vraiment… Ce jour-là, je me suis vraiment dit là, je ne suis vraiment pas bien, je n'ai jamais été pas bien comme ça et quand on est sur quelque chose qu'on ne connaît pas, on est perturbé parce qu'on ne sait pas jusqu'où ça va aller, on ne sait pas comment le corps va réagir, mais je sais que la tête était là et que la tête, voilà, était assez loin de lâcher, quoi. Et c'est là que je me dis que le mental, quand on est prêt physiquement, le mental, il fait 80-90% du boulot.
Loïc Oui. Ben écoute, je suis assez d'accord. Je te parlais de cette course que j'ai faite cet été et moi, je l'ai un peu touchée du doigt à ce moment-là, mais c'est marrant, tu vois, parce que ça fait aussi… Avant ce projet, cet été, tu faisais quand même déjà du vélo depuis un moment, tu baignes dans le sport depuis toujours et moi, je fais aussi du sport depuis longtemps, mais en fait, je trouve ça assez intéressant de voir que même si tu as baigné dans l'univers du sport depuis un moment, que tu es quand même actif, etc., ça ne veut pas forcément dire que tu as touché du doigt, que tu as rapproché de certaines limites.
Aline Oui, parce que moi, je suis quelqu'un qui aime de plus en plus le sport d'endurance, c'est-à-dire à une intensité qui est moindre, mais par contre, ça peut durer des jours. Et si je faisais un sport plus intense, je pense que… Alors, je suis déjà allée assez loin dans de la fatigue ou des choses comme ça, mais là, ce jour-là, et puis ça faisait… C'était le douzième jour. Ça faisait douze jours qu'on était à la moitié, pile à la moitié. Et je ne sais pas, c'est sans doute tout un contexte, mais ce jour-là, je me suis dit que je ne suis jamais allée aussi près de mes limites. ça m'était déjà arrivé d'aller assez loin, mais pas aussi loin que ce jour-là, a priori.
Loïc Waouh ! En tout cas, je me le suis noté, menthe poivrée.
Aline Ah oui, mais c'est ce que…
Loïc La potion magique.
Aline C'est incroyable. Alors après, je dis à Lisa, mais pourquoi on ne met pas ça dans nos bidons tous les jours ? Et elle me dit, non, non, parce que ça attaque quand même un petit peu, ça reste de l'huile essentielle. c'est comme tout. Ce n'est pas quelque chose qu'on peut prendre au quotidien sans que ce soit un matin. Et d'ailleurs, je n'en ai plus jamais remis. Même le lendemain, le surlendemain. En fait, après ce jour-là, la canicule, on n'a plus eu de canicule. On a eu parfois encore un peu chaud. Enfin, encore pour moi, c'était largement acceptable. Donc, c'était vraiment le dernier jour de ces fortes chaleurs et le pic de ces fortes chaleurs qui arrivaient après 5-6 jours à 38-40. Et le lendemain, le lendemain, on a démarré avec la montée d'Otacam au kilomètre zéro presque. On avait à se faire Otacam. Et il y avait une petite pluie fine. Il y avait un peu de brouillard. Et je pense que c'est le col de ces 24 jours que j'ai... Donc, les copines étaient encore là. Et je pense que c'est le col que j'ai monté le mieux. Alors que la veille, j'étais au bout du rouleau. Et ce jour-là, à la fraîche, hop, le matin, voilà, requinquée, je me sentais en bonne forme. Donc, c'est... Incroyable. C'est aussi étrange comme le corps peut accuser le coup à un moment donné parce qu'il y a un trop. On arrive à une limite de chaleur, de fatigue, de tout ce qu'on veut. Et puis, une soirée, une nuit de repos. Et après, alors là, moi, en l'occurrence, c'était des limites liées à la chaleur. Je ne me sentais pas plus fatiguée. La preuve, le lendemain, j'avais des bonnes jambes pour monter au takam. Donc, ce n'était pas un problème de fatigue musculaire ou de sommeil. C'était vraiment lié à la chaleur. Et le lendemain, voilà, il faisait peut-être 17-18 degrés contre 44 la veille au pied d'Otakam. Il ne faisait pas chaud. Eh bien, c'était reparti.
Loïc Wow.
Aline Le corps a des ressources qu'on ne... Oui.
Loïc Et que parfois, on sous-estime, tu vois. Moi, je sais que chaque fois que je parle, d'ailleurs, c'est ce que tu m'as dit en off, mais quand je parle de cette course, et j'en parle souvent parce que je n'ai jamais fait un truc comme ça et puis que ça m'a fait découvrir... Enfin, ça m'a... C'est venu casser un certain nombre de croyances que je pouvais avoir sur ce dont j'étais capable. Mais en fait, tu vois, pour avoir côtoyé pas mal de gens sur cette course, donc c'était 340 kilomètres, en fait, moi, depuis, je suis absolument convaincu qu'on est tous capables physiquement, psychologiquement de faire des choses bien plus folles que ce qu'on pense.
Aline Oui, bien sûr. Vraiment,
Loïc tu vois.
Aline Mais à condition que le... d'être prêt et que la tête...
Loïc Oui, oui. Oui, non, clairement, oui.
Aline Si je pars sur 350 kilomètres et que je me dis j'arriverai pas au bout, j'arriverai pas au bout.
Loïc Non, clairement. On est d'accord.
Aline Si je suis au pied de ce pandèle, que je suis au bout de ma vie, que j'ai plus rien dans le sac et que je me dis il faut que j'arrive au sommet, j'arriverai au sommet.
Loïc Oui, non, clairement. Non, clairement, évidemment, il faut qu'il y ait le mental qui suive. D'ailleurs, ça me fait penser et je te l'enverrai si ça t'intéresse. Je suis en train de lire un livre que Lilian, qui est un ancien invité du podcast qui est devenu un copain, m'a envoyé qui s'appelle Endure. Je ne sais pas s'il a été traduit, mais qui parle de ça, justement, le lien entre la performance physique et le mental. Et en fait, tu as un certain nombre d'études mais qui sont complètement folles qui ont été faites avec des sportifs de tous niveaux. Et il y a plein d'exemples, tu vois, et avec le vélo notamment, il y en a, alors c'est du vélo sur piste. Donc, ils ont fait des tests avec des, je crois que c'était l'équipe australienne peut-être de vélo sur piste où en fait, ils demandaient aux gens en 10 minutes de couvrir le plus de distance. Et donc, ils observaient, tu vois, ils leur demandaient à chaque tour comment tu te sens en termes de douleur, où est-ce que tu te situes sur une échelle, etc. et une fois que les coureurs arrivaient à leur limite qui disaient stop, je m'arrête, ils leur disaient ok, avant d'arrêter, tu as 10 secondes à fond. Et en fait, ce qui est hallucinant, c'est de voir que, alors je ne sais plus ce qui sortait en watts, c'était, je ne sais plus, je crois que c'était avec les cyclistes, je ne suis plus sûr, ou c'était avec des rugby, enfin je ne sais plus, bref, en termes de mesure, tu vois, en watts, ils étaient à 240 watts à l'effort au moment où ils disaient là, je dois m'arrêter. Et en fait, sur les 10 secondes où on leur disait donne tout, ils montaient à 700, plus de 700, tu vois.
Aline Je ne suis pas surprise parce que c'est, là, sur des étapes de 210, 220, 230 kilomètres, on avait toujours l'impression que sur la fin, on n'en ferait pas 10 de plus. Ouais. Alors que si, alors qu'à un moment donné, si, enfin psychologiquement, si on sait que l'arrivée, elle est à tel endroit et imaginons, on arrive à cet endroit et on nous dit, non, finalement, l'hôtel n'est pas disponible, il faut aller à 15 kilomètres plus loin, si on n'y est pas prêt psychologiquement, on se dirait, mais non, je ne peux pas. C'est clair. J'ai fini, je m'arrête. Alors que si, programmé d'avance, que le matin, on sait qu'il n'y a pas 230, mais 245 kilomètres et qu'on passe cette ville, on la passe sans problème et on va au point suivant. Mais tout ça, tout est dans la tête. Et quand on sait que c'est les 10 dernières secondes, on a toujours de l'énergie pour faire les 10 dernières secondes. Et si après ces 700 watts, on leur avait dit, il reste 5 secondes en plus à faire, ils auraient fait ces 5 secondes.
Loïc Oui, mais comme quoi, tu vois, ça fait vraiment se poser la question sur, en fait, qu'est-ce qui nous fait croire qu'on a atteint nos limites ? Est-ce que c'est le cerveau qui se protège en disant, attention, il y a une surchauffe du système, donc je te fais penser que tu ne peux pas aller plus loin ? Tu vois, c'est hyper intéressant parce qu'en fait, casser plein de croyances. C'est-à-dire, quand on pense qu'on est au bout, il y en a encore. Il y en a encore. Du coup, qu'est-ce qui fait que cette réserve d'énergie qu'on a encore, qu'est-ce qui fait qu'elle s'est retrouvée bloquée à un moment donné ? Tu vois, je trouve ça passionnant comme sujet.
Aline Oui, alors je pense qu'il y a vraiment physiologiquement, alors pour avoir passé 2-3 fois des tests à l'effort sur un vélo, je pense qu'il y a vraiment physiologiquement les réserves pulmonaires et cardiaques qui se vident. Donc ça, c'est à un moment donné, si vraiment, il n'y a plus rien dans les réservoirs, j'imagine qu'il n'y a plus rien. Mais ce n'est pas pour ça qu'on meurt, c'est-à-dire qu'on peut quand même encore faire quelque chose. Et puis après, il y a la tête. Les réservoirs peuvent être encore à moitié plein que si la tête a décidé que non, que je ne peux plus, que je dois m'arrêter, je pense que le corps a du mal à suivre. Je pense que la commande la plus forte, je pense que c'est la tête qui a le pouvoir le plus fort. Alors après, c'est sûr, si on met quelqu'un qui ne fait jamais de sport au départ d'un 300 km en course à pied, cette personne, je pense, n'arrivera pas au bout parce qu'il y aura des ampoules, il y aura des maux de pied qui feront que la personne ne pourra pas aller au bout parce que physiquement, elle n'est pas du tout préparée parce qu'elle n'a jamais marché plus d'un quart d'heure. Mais quelqu'un qui est relativement bien préparé physiquement, je pense que si le mental est au rendez-vous, je pense que le corps a des ressources, même quand les réservoirs sont pas mal vidés, je pense qu'il y a des ressources qui font... Puis après, on s'alimente, ça se recharge aussi. Et souvent, on croit qu'on ne peut plus parce qu'on ne s'est pas alimenté de manière... Enfin, on ne s'est pas alimenté au bon moment, les fringales ou autres, c'est-à-dire qu'on a vidé les réservoirs. Et donc là, on a ce sentiment de ne plus avoir d'énergie et de ne plus pouvoir avancer. Et finalement, si on s'arrête un peu, on se pose un peu, on recharge, on boit, on s'alimente, ça repart. Je pense qu'après, la blessure, c'est un autre sujet. Évidemment, quand on est vraiment blessé, je pense qu'à un moment donné, la tête dit stop parce qu'on sent qu'on se fait mal et qu'on va le payer plus tard. Mais en dehors de la blessure, même les douleurs musculaires ou autres, je pense que si on s'alimente bien, qu'on s'hydrate bien, que la tête a décidé qu'on irait au bout, je ne vois pas ce qui peut empêcher une personne d'aller au bout de son objectif.
Loïc Oui. Mais tu vois, ça me fait penser à deux choses. La première, c'est un échange que j'avais eu avec un épisode que j'avais fait avec Olivier Couré qui est coach, préparateur mental, hypnothérapeute à Hong Kong, de mémoire. Hong Kong, je crois. Et on avait beaucoup discuté de l'impact du mental sur la performance de sportifs de haut niveau. Lui, il accompagne beaucoup de gens qui font soit du sport de haut niveau, soit des records d'apnée ou ce genre de choses, des défis assez extrêmes. Et en fait, le constat, il est tout bête, c'est qu'à haut niveau, physiologiquement, physiquement, tout le monde est à peu près au même endroit. C'est-à-dire que tu peux avoir marginalement des écarts, mais tu prends l'équipe de France de judo, tu l'as mis à côté de l'équipe de France d'Allemagne ou du Japon. Physiologiquement, physiquement, c'est pareil, mais à très haut niveau. Mais par contre, là où ça peut, clairement, il peut y avoir une grosse différence, c'est sur cette capacité à aller piocher, débloquer les ressources supplémentaires au niveau du mental. Donc, hyper intéressant. Et la deuxième chose, c'est, j'ai écouté un podcast de Joe Rogan il n'y a pas très longtemps avec Courtney de Walter, tu sais, l'ultra traileuse. Oui, oui, oui. Et ça m'a fait penser à ce que tu disais, m'a fait penser à ça. Elle parlait de la récupération. Alors, elle a fait un ultra qui est aux Etats-Unis, je crois que c'est un 240 miles. Donc, ça doit faire, attends, 240 miles, ça fait combien ? Ça fait quasiment, ça doit faire pas loin des 400 kilomètres, 380 kilomètres, un truc comme ça. Donc, très, très gros. Et elle a fini 10 heures devant le deuxième. Donc, énorme performance. Et elle expliquait, elle a mis 58 heures de mémoire et sur les 58 heures, elle a dormi 21 minutes, une fois 20 minutes et une fois une minute. Et elle disait que le sommeil le plus réparateur qu'elle ait jamais eu de sa vie, c'était la minute qu'elle a prise. Et donc ça, je trouve ça complètement, c'est fou, tu vois. elle s'est réveillée en pensant qu'elle avait dormi plus d'une heure.
Aline Ah ouais.
Loïc Elle avait un pacer avec elle, elle expliquait qu'elle l'a engueulée en lui disant mais pourquoi tu m'as laissé dormir aussi longtemps ? Et il lui a dit mais écoute, ça fait une minute là en fait. Donc vous, comment vous gériez la partie récup ? Tu disais que vous étiez, vous aviez un toit sur la tête tous les jours. Est-ce que vous aviez, vous faisiez attention, je ne sais pas, des massages, des rituels un peu pour maximiser la récupération ?
Aline Non, la récup, elle était essentiellement, je dirais, alimentaire. Alors tous les soirs ou presque, on s'est bu une petite bière à l'apéro. Voilà, parce que ça faisait aussi partie de la convivialité du moment. On a mangé tout et n'importe quoi. Alors le soir, quand on était chez des gens, des amis, etc., souvent, ils avaient fait l'effort de nous concocter un bon petit dîner avec souvent des féculents. Mais voilà, en journée, on mangeait n'importe quoi. On s'arrêtait dans des boulangeries. Donc j'ai mangé des dizaines de tartes salées, de pain au chocolat ou de viennoiseries. on s'alimentait comme ça. On a fait quelques arrêts supérettes. Donc l'alimentation, on prenait ce qu'on avait besoin en calories. Après, en termes de qualité de la nutrition, on n'était pas bonnes du tout. Pour une fois, on n'était pas sur une idée de performance puisque, OK, il y avait quand même ce timing de tenir nos journées telles qu'elles étaient programmées pour ne pas prendre de retard et ne pas se faire rattraper par les pros. Nos journées, parfois, démarraient sur le vélo à 6h30 et pouvaient parfois se terminer pour les plus longues étapes ou notamment les étapes de montagne où forcément, il y a aussi un petit peu d'attente en haut du col. La première attend la deuxième. On remange un truc. Les pauses étaient un petit peu plus nombreuses. On pouvait arriver à l'hôtel à 20h. C'est arrivé. Notre arrivée la plus tautive, parce que Isa, la copine, m'a appris que ce mot existait. J'en pensais tardive, tardive et tautive, tautive. Je ne l'employais pas mais apparemment, ça s'emploie. Notre arrivée la plus tautive à un hôtel, c'était 16h50. 16h52, je crois, de même temps, exactement. Ce qui n'était pas
Loïc non plus super tôt.
Aline Non, mais là, on avait l'impression d'arriver au début d'après-midi parce qu'on s'est dit le temps qu'on va avoir pour se poser, faire plein de choses. Donc, non, la récup, alors moi, j'avais apporté une petite boule d'automassage. Donc, à la maison, j'ai un bâton de massage que j'avais acheté une année où je m'étais blessée musculairement et je m'étais dit que ça pouvait m'aider à récupérer un petit peu mieux. Je l'utilise de temps en temps. Et puis, une boule, alors c'est une petite boule avec des petits picots qui, voilà, quand on l'applique assez fortement sur les muscles, permettent de masser en profondeur. Mais encore faut-il avoir le courage de la passer parce que c'est quand même de l'automassage. les premiers jours, je ne l'ai pas utilisée. Je me suis même dit qu'elle m'empiquinait dans ma sacoche parce qu'il fallait la caler en plus du reste. Et puis, j'ai fini par l'utiliser et j'étais très contente de l'avoir prise parce que ça a été le seul outil pour... Alors après, il y a l'étirement évidemment aussi qui existe. Je pense que je crois me souvenir que je me suis étirée un peu. mais la boule de massage, voilà, au niveau des quadriceps, c'était... Je pense que ça m'a fait quand même du bien après des étapes où on appuyait un peu, des étapes avec des cols, des couches un peu raides. Donc, voilà, en récup, il y a eu ça. Mais évidemment, on n'a pas eu un massage, on ne s'en est pas fait mutuellement, on n'avait pas d'électro-stimulation, on n'avait rien de tout ça. Et puis, je te dis, l'alimentation, on ne s'est privé de rien, on a mangé ce qui nous faisait plaisir. Donc, rien qui soit d'une grande efficacité récupérative. La bière du soir, elle était quasi là tous les soirs. On a même fait un écart à la maison parce que trois jours avant notre arrivée, on est arrivés dans les Vosges. Donc, c'était sur le parcours des femmes. Avec une arrivée à Saint-Dié. Et donc, on a dormi chez mes parents. Mon papa est venu nous chercher. On a dormi chez mes parents. Nos conjoints étaient là. Donc, c'était vraiment une chouette soirée. Et là, en plus de la bière, on s'est autorisé en plus un verre de vin pendant le repas. Mais ça, il n'y a eu que cet écart là, ce jour-là. Mais non, on n'a vraiment pas fait attention, particulièrement attention à ce qu'on mange. est-ce qu'on… Alors, on s'est hydraté en eau avec ces chaleurs de toute façon. Voilà. Ça, on a fait ce qu'il fallait. Mais par contre, non, on récup, c'était de la récup active, quoi. Tous les lendemains, on remontait sur le vélo. et moi, les seuls mots que j'ai eus pendant ces 24 jours, c'était mal aux fesses, les 8 premiers jours. Pourtant, je pédale, je roule toute l'année. Mais voilà, 9-10 heures par jour, ce n'est pas dans mes habitudes quand même. En tout cas, pas sur plusieurs jours consécutifs. Et j'avais mal aux fesses. Les ischions, à un moment donné, là, qui chauffaient un peu. Alors, on avait deux cuissards, chacune. On avait deux cuissards différents, deux marques différentes. Et chacun me faisait mal à sa manière, mais pas au même endroit. Donc, finalement, de faire un jour sur deux, ce n'était pas mal parce qu'il y en a un, j'avais plus mal sur l'avant. Et puis, l'autre, c'était plus... L'autre avait une peau un peu moins épaisse et c'était plus les ischions sur la selle qui... Moi, je ne suis pas très épaisse. Et du coup, en alternant un jour sur deux, chaque jour, c'était un peu inconfortable. inconfortable, mais comme le lendemain, c'était inconfortable à un autre endroit, c'était... Ça tapait moins sur le système, quoi. Et ça, ça pour moi, ça a duré huit jours. Les huit premiers jours, j'avais mal aux fesses et à partir du neuvième jour, plus rien, plus rien jusqu'à la fin au niveau des fesses. Et j'ai eu mal à un pied. Alors, sous un pied, j'ai des petits corps, enfin, des petits durillons, je ne sais pas comment on appelle ça, qui sont des marques de... enfin, pas d'usure, mais des points d'appui qui font des petites cornes. Et j'ai ça sous un seul pied. Et je pense que c'était pile sous la cale de la chaussure. Alors, on a beau avoir une semelle, un dur, j'avais ce pied droit qui me chauffait, enfin, sous le pied, qui me chauffait. Ça, ça a duré, ça a été le cas quasiment tous les jours. Donc, c'est... Voilà, il y a des moments où, bon, c'est pas hyper confortable, c'est pas hyper agréable. Avec la chaleur, en plus, bon, ça... Eh oui. Ça a exacerbé un petit peu tout ça. Mais il n'y a eu que ça. J'ai pas eu mal aux genoux, j'ai pas eu mal au dos, j'ai pas eu mal à la nuque, enfin, au cervical. J'ai pas eu mal spécialement aux mains. Parfois, dans les très longues descentes, on a un petit peu les mains sur les freins, bon, sur la fin du col, voilà, les mains sont un petit peu... En appui sur les cocottes, c'est un petit peu douloureux. Mais musculairement, j'ai pas eu de... J'ai pas eu de douleur, ni tendineuse, ni... Pourtant, j'ai été opérée des croisés, des deux. Il y a très longtemps, mais voilà, c'est des choses qui pourraient laisser un petit peu des traces, en tout cas, sur un format tel que celui-là, où c'est 9h20 de vélo tous les jours pendant 24 jours, avec la répétition d'un mouvement cyclique. Je sais pas combien de coups de pédale on pouvait donner dans une journée, mais c'est énorme. Eh bien, rien. Juste ce pied qui chauffait et ce mal de fesse pendant 8 jours. Le reste, le reste, rien. Incroyable. Ce qui m'a aussi le plus gênée, moi, sur l'aventure, c'était les moments, les longues lignes droites, parce qu'on en a eu quand même une paire. De toute façon, tout ce qui n'était pas étape de montagne ou étape un peu accidentée, moi, je m'ennuyais. Voilà. les grandes traversées, souvent sous la chaleur, parfois sur des routes un petit peu fréquentées, sur des grandes nationales où on voyait, je sais pas, à des kilomètres. Là, c'est physiquement, il y a une forme d'impatience. On ne tient plus trop en place sur sa selle. Alors, si en plus, il y a un pied qui chauffe et puis qu'il reste 150 kilomètres et qu'on voit et qu'on sait, parce qu'on a regardé quand même un petit peu le profil le matin, on sait que ça va être comme ça, tout droit, tout droit, tout droit, jusqu'au bout. Moi, c'est ce qui a été le plus difficile pour moi. C'était...
Loïc La monotonie de gérer le...
Aline La monotonie des étapes à profil plat. Et je sais que quand on a quitté les Pyrénées, donc je savais qu'il ne restait plus que la grande transition jusqu'au parcours des femmes. Alors, c'était la Corrèze, la Creuse. Alors là, on était seuls au monde et j'ai adoré cette remontée des 600 kilomètres parce qu'on était vraiment... Déjà, on avait accompli la première mission, c'était de boucler le tour des hommes en temps et en heure. Et là, on se sentait libre parce qu'on n'était plus sur aucun parcours. On n'était pas sur le parcours des hommes, on n'était pas encore sur le parcours des femmes. On était au milieu de nulle part, au milieu de la Corrèze, de la Creuse, au milieu de rien. On a fait des dizaines et des dizaines de kilomètres sans croiser une voiture, sans croiser personne. Et là, on se dit, voilà, ce moment-là, il est vraiment à nous. On est là, on est en transition entre deux et on profite. et on ne voyait personne. Enfin, cette sensation de liberté de pouvoir avancer à ton rythme, d'être dérangé par rien. Alors, pourtant, je vis dans les Vosges. Pour aller à mon travail, j'ai zéro feu. J'ai pourtant 23, 24 kilomètres. Je n'ai pas de feu rouge. J'ai un ou deux stops. Donc, je ne suis pas dans ce monde urbain que je ne supporterais pas, d'ailleurs. Mais là, ça a un petit peu exacerbé mon côté asocial, mon côté indépendant. On était bien, on était tellement bien sur cette transition-là. Et après, sur le parcours des femmes, il y a eu quelques étapes accidentées. Il n'y a pas eu trop de monotonie sur le parcours des femmes parce que c'était soit des étapes accidentées. Après, il y a eu la moyenne montagne avec les Vosges. Il y a eu quand même encore quelques kilomètres, quelques dizaines de kilomètres. Mais quand on se rapproche aussi de la fin de l'aventure, on est à la fois dans ce sentiment où on se dit je pense que quand on est arrivé à Maud, quand on a passé les Pyrénées, en fait, quand on est arrivé à Maud, on s'est dit bon là, normalement, on va y arriver. Il n'y a plus de grosses difficultés, de gros obstacles. à part une chute ou un gros problème mécanique. Donc là, on était déjà dans l'optique que normalement, on va réussir. Et on est sur la dernière étape qui est le parcours des femmes qui va durer huit jours. On est dans un autre état d'esprit. C'était moins... Je le disais, je relisais mes comptes rendus de journée. L'arrivée dans les Vosges, j'étais euphorique parce qu'on arrivait dans les Vosges, parce qu'il restait après trois jours. On en revient toujours à cet effet psychologique que je pense que physiquement, j'ai été aussi bien tout le temps pendant ces 24 jours. Alors, plus ou moins, évidemment, en haut d'un col, on appuise un petit peu plus, mais on récupère dans la descente. Mais je pense que mon état de forme a été assez régulier sur ces 24 jours. Et par contre, voilà, le psychologique. Alors, l'état de forme, j'enlève ce fameux jour dans les Pyrénées, 44 degrés, où là, j'ai pris un coup de massue, mais voilà, c'était ponctuel. Mais l'effet psychologique, ouais, entre le moment où on a le vent dans le nez, qu'on sait qu'il reste 30 kilomètres interminables, toujours dans le même sens, sans aucun virage, et qu'il est déjà 19 heures et que ça va être long, et qu'on arrive à l'hôtel, que personne nous attend le soir, et tout ça. Donc là, on est dans un état où c'est un peu plus… On trouve un peu plus le temps long. Et puis…
Loïc Comment tu les gères, ces moments, tu vois, où la monotonie s'installe, où psychologiquement, tu ne prends pas vraiment le plaisir, tu sais que ce n'est pas fini ? Comment est-ce que tu fais pour rester concentré et continuer à avancer dans ces moments-là ?
Aline Là, avec Isa, on était un peu pareil. On était… On était dans… On restait dans notre bulle. On se relayait. On se relayait souvent. On essayait vraiment, ouais, de prendre des relais assez fréquemment pour éviter qu'il y en ait une qui soit devant et puis qui tire l'autre des kilomètres et des kilomètres. Alors, on avait décidé aussi, dès le début, qu'on ne roulerait pas côte à côte. Quand on est sur la route, on sait que ça peut être dangereux. On sait que les cyclistes ont le droit de rouler à deux côte à côte sur la route. Mais on s'était dit, on va rouler… En tout cas, quand on est sur des routes où ça circule, on va rouler l'une derrière l'autre. Et puis comme ça, celle qui est derrière, elle profite un peu de la roue et puis on se relaye. Il n'y a vraiment que sur les petites routes où on arrivait à faire quelques kilomètres côte à côte ou on papotait, etc. Mais en fait, voilà ce qui peut paraître encore plus impressionnant, je ne sais pas si c'est le mot, mais c'est que même si c'était long, on restait quand même dans notre bulle l'une derrière l'autre. On avançait. Parfois, on passait des dizaines de kilomètres sans se dire un mot. Mais en fait, ça nous allait bien à toutes les deux. On a toutes les deux un tempérament comme ça. Et en fait, ce qui nous a sauvés, je pense, c'est nos pensées. C'est-à-dire que voilà, on partait dans... On réfléchissait à des choses, on pensait au soir... Enfin, moi, combien de fois je pensais au soir à l'arrivée à l'hôtel ou chez les amis où je me disais tiens, qu'est-ce qu'on va pouvoir manger, qu'est-ce qu'ils nous auront préparé ? Le premier hôtel qu'on a fait, c'était au bout de huit ou neuf jours. C'est-à-dire que les huit ou neuf premiers jours, on était chez les gens. Alors, c'est super parce que tous, ils nous ont servi comme des princesses. Enfin, on était vraiment... On a été chouchoutés. Mais par contre, il faut raconter sa journée. Enfin, il faut... Forcément, on partage, on raconte notre journée, on discute. Alors, on avait à cœur aussi chaque soir de faire un petit résumé de notre journée qu'on postait sur les réseaux pour que les gens puissent suivre d'un petit peu plus près notre aventure. Et parfois, on allait au lit, on n'avait encore rien écrit. Donc, il y avait encore ça à faire. Donc, ça retardait d'autant plus le moment du coucher. Et donc, ce neuvième jour-là, on arrivait à l'hôtel, en plus, un hôtel Campanile où on savait que c'était buffet à volonté au niveau du repas. En fait, c'était l'arrivée à Carcassonne qui était si chaude, si longue, c'était tout droit. On avait envie que ça s'arrête. Et pendant les dernières dizaines de kilomètres, on n'arrêtait pas de penser à ça. On s'est dit, ce soir, resto, on ne va pas être obligés de faire la conversation. On va être toutes les deux entre nous. On va même pouvoir écrire un peu notre petit compte-rendu en mangeant. on va avoir un buffet à volonté. Qu'est-ce qu'il va y avoir ? Qu'est-ce qu'on va... Et ça, ça nous a fait, ça nous a souvent fait une partie de notre journée. OK. Donc, il y avait ça. Alors, parfois, c'était ça. Et puis, parfois, c'était le silence. Et puis, on se perdait dans nos pensées. Alors, moi, il y a eu sur une étape, je crois que c'était le dixième jour. C'était le lendemain de ce jour-là. J'ai eu, pendant 50 kilomètres, je n'avais pas envie. J'avais envie que ça avance, mais je n'avais pas envie de pédaler. Alors, je l'ai fait quand même parce qu'il n'y avait pas le choix. Mais j'avais faim. Alors, on avait, c'était le Campanil, donc on avait réussi à faire quelques réserves au buffet du petit-déj. On s'était pris quelques petites choses dans la sacoche. Puis, on s'était mal compris avec Isa. Elle avait mangé en cours de route. Puis, moi, je pensais qu'on s'arrêterait à un moment donné en milieu de matinée pour manger. Puis, bon, le temps passait puis on ne s'arrêtait pas puis je commençais à avoir faim. Puis, Isa, elle me dit, moi, j'ai mangé sur mon vélo. Je dirais. Donc, il y a eu un petit moment de flottement où on a quand même continué à avancer un peu. On s'est arrêté quand même un peu plus loin et j'ai mangé. Mais, un petit moment où c'est pareil. Ce n'était pas le paysage. Il n'y avait rien. Enfin, il ne se passait rien. Il ne se passait rien et dans ma tête, il ne se passait rien non plus. Ouais. Et là, je regarde ma montre et je crois qu'il restait 170 kilomètres, quoi.
Loïc Oh, putain.
Aline Mais, je n'avais pas envie. Enfin, il y a des moments comme ça. Je pense que chez tout le monde, il y a des moments où on se lève, on n'a pas envie d'aller au travail ou on n'a pas envie de faire ci ou faire ça. Et là, je n'avais pas envie. Je n'avais pas envie. Il restait 170 bornes. Et là, j'ai commencé à me dire il reste 15 jours. Il reste, ouais, c'était ça, c'était le dixième jour. Donc, il restait 14 jours. Et dans ma tête, je commence à me dire ça. J'ai dit, putain, il reste 14 jours. Alors, je comptais. On en a fait 10, il en reste 14. Là, à cette heure-ci, je n'ai pas envie d'être là. J'aurais envie. Alors, je commençais à rêver au jour d'arrivée où j'allais rentrer chez moi. On partait en vacances le lendemain. Et je me disais, il reste 14 jours. Donc, j'ai vite fait d'arrêter de me dire ça. Je me suis dit, non, non, enfin, voilà, tu penses à ce soir. Alors, je ne sais plus où on était hébergés le soir. Mais si, ce soir-là, on était hébergés chez un copain de Bretagne qui a un camping-car. Et avec sa femme, ils ont organisé leurs vacances pour nous accueillir deux nuits de suite là où on était. Donc, en fait, ils nous avaient demandé qu'est-ce qui vous manque comme hébergement. Alors, on a déjà ça, ça, ça. Ils nous manquaient. Donc, c'était dans les coins de Mande. Ils ont dit, ben voilà, nous, on viendra là. Donc, ils ont fait un retour de ça. Et ils nous ont dit, on vous accueillera à ce camping-là le soir-là et l'autre le lendemain soir. Donc, voilà, ce soir-là, on savait qu'on allait chez eux. Donc, là aussi, je me suis dit, une nuit en camping-car, est-ce que dans le confort, tout ça, on va être quatre dans un camping-car. Bon, il faisait chaud, donc je savais qu'on mangerait dehors, qu'on n'aurait pas froid, qu'on n'allait pas prendre la pluie. Mais j'avais un petit peu d'inquiétude aussi là-dessus. Je me suis dit, comment ça va se passer ? Est-ce qu'on va réussir à bien récupérer ? Donc, il y avait tout ça qui se cumulait et qui faisait que j'ai passé 50 kilomètres. Donc, ça peut être long quand même, 50 kilomètres à me dire tout ça. Je n'ai pas envie et ce soir, est-ce qu'on va bien réussir à récupérer ? Et puis voilà, après, on s'est arrêté. Je me suis dit, arrête de penser qu'il reste 14 jours parce que de toute façon, on va falloir les faire. Donc, ça ira sûrement mieux dans quelques kilomètres. Et puis effectivement, on a mangé, on est reparti et de fil en aiguille, voilà, je me suis mise dedans et puis ça s'est super bien passé le soir dans le camping-car. Voilà, la soirée. Mais c'est sûr qu'il y a des moments où on se dit qu'on n'a pas envie d'être là, mais sur une aventure comme ça, je veux dire, il y a un point A, il y a un point B. On sait qu'on a un programme sur la journée, on a un programme sur 24 jours. Donc, il y a des moments d'inconfort psychologique ou physique, mais voilà, il faut que ça reste du passager parce que de toute façon, à aucun moment, moi, à aucun moment, je me suis dit bon allez, c'est stop, on prend le train, on rentre. Enfin, ça ne m'a pas traversé l'esprit parce que c'était inconcevable que si physiquement, tout allait bien, je m'arrête. Ce n'était pas envisageable.
Loïc Qu'est-ce que tu as appris du coup de cette aventure par rapport à tout ce que vous avez vécu ? voilà, tu vois, ça avait l'air quand même assez intense. Il y avait des périodes un peu plus monotones, mais une soixantaine de cols, deux tours de France, vous avez cette contrainte de rester en avance par rapport à la vraie épreuve qui arrivait derrière vous. vous l'avez fait à deux. j'imagine qu'il y a plein de choses sur un défi de cette taille qui font que peut-être tu es revenu avec un peu plus d'expérience dans la besace.
Aline Oui, ce que je retiendrai, je pense, c'est que cette expression, elle n'est pas de moi, mais quand on veut, on peut. Et je pense que vraiment, tout est dit là-dedans parce que alors parfois, on veut et on ne pourra pas parce que l'année précédente, moi, j'étais sur le J-1 des hommes avec une association. Donc, on pédalait un jour avant les hommes sur les étapes uniquement et à la dixième étape, un cycliste qui était venu rouler avec nous, double le peloton dans une descente, se rabat sur moi, il me fout en l'air. Je me retrouve avec une fracture ouverte du coude et une double fracture au niveau du bassin. Donc là, j'aurais voulu aller jusqu'au champ d'Elysée et je n'ai pas pu. Donc voilà, ce on veut, si on veut, on peut, elle a ses limites, évidemment. Mais je veux dire que hors accident de la route, je pense que quand vraiment, on a, en fait, quand on s'est mis dans la tête d'une manière sans appel que il y a un objectif, que quoi qu'il arrive, on va arriver au bout, le corps, il est capable de suivre cet objectif-là. Et je pense qu'on est souvent, on manque souvent d'ambition sur, dans ce qu'on est capable de faire, d'entreprendre. Là, honnêtement, sur ce défi-là, quand on a commencé à en parler, j'aimerais bien que les gens me répondent vraiment, est-ce que vous y avez vraiment cru qu'on pourrait boucler, boucler la boucle dans ce qu'on avait prévu, quoi, c'est-à-dire presque 5000 kilomètres en 24 jours sans assistance, à part, à part l'assistance hôtelière, on va dire, mais qui, qui y a vraiment cru ? Et nous, moi, je pense que quand je suis partie, j'étais, j'étais conditionnée, mais j'étais pas certaine qu'on ferait tout sans, sans prendre un train ou un taxi ou sans couper, parce que ça, ça aurait été facile. On a fait plein, il y a eu pas mal d'arrivées sur le parcours des hommes, il y a eu plein d'arrivées en sommet de colle. Donc, nous, généralement, on était en cours de journée, on allait faire ce sommet de colle, donc c'était l'arrivée officielle d'une étape et on repartait, on redescendait par là où on était montés et on repartait chercher la ville de départ suivante. Et en fait, si il y avait fait un temps de chien, par exemple, au Takam, au Takam, on a démarré ça un matin à froid, on a monté au Takam, on est redescendu et on a pris notre petit-déj à la boulangerie à la descente. C'est-à-dire qu'on est retourné au point zéro après avoir fait monter-descendre. Oui, si il tombe des cordes ou qu'on a un peu mal aux genoux ou que machin, est-ce qu'on ne se dit pas c'est bon, vas-y si tu veux, moi je t'attends là. Oui. Et je pense que je m'étais imaginé que peut-être on aurait par moment besoin de faire ça. C'est-à-dire de se dire là on est ici, on est censé aller ici en deux jours, mais là on est un peu à la bourre, on est crevé, on n'a qu'à passer par là, on arrivera plus vite. Je m'étais dit que peut-être on aurait besoin de trouver ces petits subterfuges pour tenir notre timing. Et en fait, non. En fait, la météo, le temps sec, le fait qu'on ne se soit pas posé de questions, on était deux, mais on ne s'est pas posé plus de questions. Ça, on a suivi notre truc et comme tout s'est bien passé, on n'avait aucune raison de couper, de raccourcir,
Loïc de partir sur des plans B. C'est très intéressant d'entendre cette notion de quand on veut, on peut. Alors, je suis d'accord avec toi. tu vois, voilà.
Aline Tu te fais, mais…
Loïc Oui, mais non, mais je vois très bien ce que tu veux. On en revient à cette notion de détermination, c'est-à-dire même si on ne contrôle pas le résultat, tu ne contrôles pas le cycliste qui se rabat sur toi, mais si tu te lances dans un défi en mettant le curseur à bloc sur tous les paramètres que tu contrôles toi, y compris l'état d'esprit dans lequel tu l'abordes, je suis assez d'accord avec toi. Je pense qu'en fait, il y a beaucoup plus de choses qu'on peut faire que ce qu'on pense spontanément. Et là, tu viens de le partager, tu vois, spontanément, tu pensais que vous auriez besoin de prendre des raccourcis et puis dans la réalité, ça n'a pas du tout été le cas et vous êtes allé au bout de ces quasiment 5000 kilomètres en 24 jours, ce qui est complètement fou et ce qui m'amène du coup… Oui, pardon, vas-y.
Aline Oui, juste pour terminer là-dessus, c'est que sur le parcours des femmes, on a beaucoup jardiner. Alors, jardiner, dans le langage du cycliste, c'est faire plein de kilomètres dans un périmètre hyper restreint. C'est-à-dire que éperner, par exemple, je pense qu'on a fait toutes les entrées, toutes les sorties à l'endroit, à l'envers, on a pris tous les ronds-points dans les quatre sens, enfin, le parcours passait, repassait, repassait par épernée. Et à un moment donné, Isa, elle me dit, j'en peux plus là, d'épernée. Et on arrivait sur un moment du parcours où on allait repasser encore dans épernée pour refaire une petite boucle avec une côte, etc. Elle me dit, t'as vraiment envie ou on va tout droit là ? On pouvait reprendre. Et je lui dis, non, Isa, on va bien, on est en bonne forme, il fait beau, on y va, on suit notre parcours. Elle râlait un peu et puis finalement, après, on en a rigolé parce qu'on a fini par sortir d'épernée. Il y avait le café, je ne sais plus comment il s'appelait, le café des sports. On s'est payé une coupe glacée. Je lui dis, tiens, c'est pour te féliciter de ne pas avoir craqué dans épernée. Et moi, dans mon esprit, à partir du moment où il faisait beau et qu'il n'y avait pas de pépas et pas de problème, c'est voilà, le parcours, il nous dit d'aller là, on va là. On ne se pose pas de question de couper parce que c'est chiant ou parce que c'est à un moment donné, on s'est dit qu'on allait faire ce parcours-là, qu'on voulait faire la boucle, notre tracé, il est prêt. Je n'avais pas envie d'en sortir s'il n'y avait pas de besoins ou d'impératifs particuliers. Oui.
Loïc Ok. Quand on revient d'une aventure comme ça, c'est quoi du coup la suite ? Alors la suite, déjà quand on rentre, on est quand même
Aline content de rentrer. C'est-à-dire que c'était une aventure géniale qu'on a partagé à deux, enfin à plus que deux même parce qu'on a été un petit peu accompagnés. Mais quand même, j'étais contente de rentrer, de retrouver mon lit, de ne pas être obligée de mettre le réveil à 5h30, etc. je me suis forcée à prendre 5 jours de repos, c'est-à-dire où je n'ai rien fait. Et pour moi, qui ne suis pas trop dans les intensités mais plus dans l'endurance, je suis habituée à faire quelque chose quasi au quotidien. Donc pour moi, 5 jours de repos, c'était beaucoup. Mais j'ai tenu. C'est pareil. Là aussi, je m'étais conditionnée. Pendant 5 jours, tu ne fais rien et j'ai réussi. Et puis après, on redémarre tout doucement. j'avais le triathlon de Gérard, mais un mois, un peu plus d'un mois plus tard. Je n'ai pas été du tout performante, mais je m'y attendais, ce n'est pas grave. Et après, quand on se projette un petit peu plus loin, moi, je pense que j'ai fait, j'ai bouclé la boucle parce que les 4 années qui précédaient ce super projet qu'on a appelé Explore de Tours, j'étais sur les routes du Tour de France masculin avec cette association dont j'ai parlé tout à l'heure, à J-1 des Hommes avec un super staff et uniquement sur les étapes. On faisait les transferts en voiture. Et donc, ça faisait 4 ans que j'étais dans cette organisation-là à passer des mois à organiser. Donc là, pour cette année, avec Isabelle, on a passé du temps aussi dans notre organisation. Moins de temps que les 4 années passées parce que là, ce n'était pas un projet associatif, c'était vraiment un défi personnel. On l'a fait pour nous. On ne l'a pas fait pour prouver quoi que ce soit à qui que ce soit. On n'a pas sollicité les médias, on n'a pas sollicité les élus. On était attendus nulle part et on ne voulait surtout pas être attendus quelque part parce que le temps était précieux et surtout, on voulait vivre cette aventure libre. On ne voulait pas se mettre de contraintes, de contraintes horaires qu'on n'aurait pas forcément réussi à tenir ou que ça nous aurait agacé de vouloir les tenir parce qu'on se dépêche. Il y a une super boulangerie, une chocolaterie. On s'est arrêté un coup à une chocolaterie. On y a passé trois quarts d'heure parce qu'on était bien et voilà. Et on voulait se sentir libre. Donc, on a fait... L'organisation a été un petit peu plus simple parce qu'il a fallu faire le tracé et puis trouver les hébergements. mais c'était presque tout. Après, le reste, c'était s'équiper personnellement, acheter des sacoches. Moi, je n'avais rien du tout. Je n'avais jamais fait de voyage à vélo. donc, voilà, mais c'était une organisation qui était différente. Mais ça a fait quand même cinq années où j'ai passé beaucoup de temps sur mon projet de l'année où j'ai passé donc le J-1 des hommes. On partait trois semaines vraiment sur la veille des hommes. on partait sur 23 jours, 21 étapes et deux journées de repos. Là, on est parti 24 jours. Là, j'ai... Voilà, j'étais sur le J-1 des hommes pour mettre un coup de projecteur sur l'absence de Tour de France Femmes et puis inciter enfin inciter montrer que les femmes sont là et que ce serait bien qu'il y ait un Tour de France Femmes. Ce Tour de France Femmes est arrivé en 2022. Donc, avec Isabelle, on est parti sur le Tour de France Hommes et Femmes donc avec un point commun qui était la planche des belles-filles. Donc, voilà, moi, à titre personnel, j'ai bouclé la boucle. J'ai fait ce que j'avais à faire. J'ai pris beaucoup de plaisir sur ces cinq années. Je sais que je ne... revivrais sans doute pas un défi physique aussi grand.
Loïc Par rapport à la durée, tu veux dire ?
Aline Par rapport à la durée, à la distance, au timing, parce que ce n'est pas comme si on aurait pu prendre 24 ou 34 jours. Là, on ne pouvait pas prendre plus que 24 jours parce que sinon, on se faisait rattraper. et je sais que ce cadre-là, il ne se représentera pas puisque les tracés des hommes et des femmes n'auront pas l'année prochaine, par exemple, de points communs. Là, on avait vraiment une boucle de la planche des belles-filles à la planche des belles-filles où on pouvait en une boucle faire les deux tiers du parcours des hommes et le parcours des femmes, en plus sur notre massif des Vosges. Donc, ce cadre-là, je sais qu'il ne se représentera pas, c'était l'année du premier, de la renaissance du Tour de France Femmes. Maintenant qu'il est là, il est là, l'année prochaine, ce ne sera plus une première fois pour le Tour de France Femmes. Donc, il y a tous ces paramètres qui me laissent penser que ce qu'on a fait là, c'était l'année ou jamais pour le faire. on ne le refera pas parce que ça n'aurait pas de sens. Là, ça avait un sens parce qu'on était à J-1 des hommes pour voir revenir le Tour de France Femmes et que maintenant qu'il était là, on partait sur la boucle des deux tours. Enfin, on faisait en fait des deux tours un seul tour, notre grand tour. Donc, voilà, je n'aurais pas un intérêt, enfin, ça n'aurait pas de sens pour moi de repartir sur un, de rebricoler un projet ça n'aurait pas de sens. Ce serait sans doute moins, comment dirais-je ? Enfin, là, je pense que tout était réuni pour qu'on fasse un truc mine de rien assez énorme quand même parce que, voilà, comme je l'ai dit tout à l'heure, on n'était pas sûr de boucler la boucle avant le départ et puis on l'a bouclé parce que tous les paramètres étaient avec nous. donc, moi, je pense que je vais me recentrer sur, un petit peu sur mon cocon aussi, mon couple, voilà, le quotidien parce que je pense que dans ces cinq années, j'ai un petit peu oublié le quotidien et que, ah, mais ma priorité, mon temps était, a beaucoup été, j'ai donné beaucoup de temps sur ces projets-là et finalement, ce qui fait la vie, c'est aussi le quotidien, ce qu'on vit au quotidien avec les gens qui nous entourent et je pense que je l'ai un petit peu oublié ces quatre dernières années parce que j'étais à fond dans ces projets-là et je ne regrette pas parce que j'ai vécu vraiment des bons moments. Donc là, je ne crois pas, en tout cas dans un avenir proche, me relancer dans l'organisation de tels projets. En fait, je pense être arrivé à saturation de toute la logistique et l'administratif que ça implique de telles organisations. Alors, je parle surtout du J-1 où il fallait contacter les élus, les partenaires. Enfin, c'était, c'était beaucoup de travail administratif et je n'ai plus envie de passer du temps sur du travail administratif. Donc, voilà, là, je me suis lancée dans l'objectif de faire un maximum de trajets domicile, boulot, à vélo. Donc, oui, pour les années à venir, en tout cas, à court et moyen terme, je n'envisage pas de me relancer dans l'organisation de gros projets, en tout cas, de projets de cette ampleur parce que je, là, je me suis rendue compte au bout de cinq ans que je commençais à saturer en termes de temps passé à l'organisation administrative de ces projets-là. Et je ne suis pas quelqu'un qui paiera pour intégrer un projet déjà tout ficelé et juste participer. Quand je participe à quelque chose, j'aime bien quand même être active dès le départ et participer au montage de ce projet. Je pense qu'on est plus investi dans un projet quand on a aidé à le construire. Et voilà, solliciter des élus, des partenaires, demander des subventions, des choses comme ça, je n'ai plus envie de ça, en tout cas, parce que pendant cinq ans, je l'ai fait et que ça m'a pris beaucoup de temps. Quand on était sur le J-1, c'était quasiment de octobre à juillet où on était là-dedans. Donc voilà, ce n'est pas mon métier d'organiser des événements. et je sens que c'est quelque chose qui ne me correspond plus. Je n'ai plus envie de passer ce temps à ça. Par contre, j'ai envie de continuer à partager de belles aventures. Donc avec Sarah, on a plein d'idées en tête sur des petits projets sur deux, trois jours. Alors, ce ne sera pas des projets aussi fous que ce que j'ai fait cet été. Mais voilà, aller se faire des petites aventures à vélo avec les sacoches sur un week-end. Voilà, ça, on s'est déjà échangé pas mal d'idées là-dessus. Donc il y aura ce genre de choses. Mais voilà, c'est des choses qu'on peut, qu'on organise, on n'a rien de temps. Il n'y a pas besoin de passer des semaines et des mois à peaufiner les détails, etc. Si deux jours avant de partir, ils annoncent un temps pourri, on reporte au week-end d'après. enfin, voilà. Et puis, voilà, j'ai envie aussi de passer mon été aussi à la maison, de pouvoir partir en vacances, de ne pas imposer à mon conjoint le moment des vacances parce qu'en juillet, je ne suis pas là. Je pense qu'il faut savoir à certains moments se consacrer un petit peu à ce qui se passe concrètement autour de soi, profiter de ce qu'on a. J'habite dans les Vosges, il y a tout ce qu'il faut pour faire du sport. Donc là, je suis devenue une adepte du vélo-taf. Là, j'ai fait, il y a deux jours, mon 120e aller-retour de l'année à vélo. Donc, j'ai deux cols à franchir pour aller au travail, donc deux cols à franchir pour rentrer du travail également. et ça me fait une petite heure à l'aller, une petite heure au retour. Et je trouve ça vraiment super parce que c'est économique, écologique, ça maintient en forme. Les élèves qui vous voient arriver en vélo, ils vous questionnent un petit peu et vous venez d'où et vous faites tout ça autant de kilomètres, mais vous vous levez à quelle heure et comment vous faites la nuit. Et voilà, je pense que si ça peut un petit peu donner envie aux collègues, même aux gamins, de faire un maximum de choses à pied ou à vélo. Aujourd'hui, on prend sa voiture, enfin aujourd'hui, moins, mais hier, on prenait sa voiture pour un oui ou pour un non, alors qu'il y a plein de choses qu'on peut faire à pied, qu'on peut faire à vélo. Et je suis plus partie dans cette optique-là d'utiliser le sport comme moyen de faire des choses. Il y a le sport en soi puis il y a le sport comme moyen de se sentir bien et puis comme moyen d'aller au travail, d'aller faire ses courses, pourquoi pas, maintenant que j'ai des sacoches. Et voilà, j'ai un petit peu changé mon cap. Je n'ai plus d'idées trop farfelues en tête.
Loïc Pour le moment. Profitez.
Aline Voilà, je pense que ça reviendra, mais pour le moment, profitez du quotidien, profitez de ce qu'on a sous la main, se garder en forme, des petits plaisirs simples.
Loïc Excellent. Super. Écoute, Aline, c'était génial que tu nous fasses découvrir ce projet complètement fou que tu as fait. Je sais que ce n'est pas le seul. Je pense qu'on aurait de quoi faire 10 épisodes avec tout ce sur quoi tu t'es impliqué. Mais en tout cas, c'était passionnant que tu nous expliques un peu les différentes étapes, les galères de ce gros défi de quasi 5000 kilomètres. Mais aussi les moments, j'ai l'impression que ce que tu en as attiré de très positif. Et moi, en tout cas, ce que je retiens, c'est que vraiment, c'est un appel pour les gens à se lancer dans leur projet, même s'ils leur paraissent complètement fous. Juste à se faire confiance, se préparer, évidemment. Mais oser se lancer à un moment donné. Et je pense, enfin, je suis même sûr que tu vois, celles et ceux qui écouteront ton épisode, ça donnera sans doute des idées. Donc, j'espère.
Aline En tout cas, j'étais ravie de partager ce moment avec toi. Ça m'a fait très plaisir de me replonger quelques mois plus tard dans cette lecture du mois de juillet. Et voilà, je suis très honorée. J'espère que cette aventure, ouais, donnera des idées sans forcément aller si loin dans l'aventure. mais je pense qu'on se sous-estime beaucoup et que le corps a des ressources qu'on n'imagine pas mais qui sont là. Et chez tout le monde, moi, je ne suis pas arrivée là. Après, ça se travaille, c'est sûr, mais ça se travaille au quotidien en allant chercher son pain à vélo, en allant un petit peu plus loin à vélo. Enfin, je veux dire, c'est des petites choses mises bout à bout qui font qu'à un moment donné, on est prêt à partir en vacances à vélo, à partir en week-end à vélo, à sacoche. Et ce sentiment de liberté d'être avec son vélo, ses affaires sur soi, il pleut, ben, ce n'est pas grave, j'ai mon kawai dans ma sacoche, je le mets sur moi, je vais m'abriter, je vais m'acheter des granolas. Cette liberté d'être à vélo et de faire ce qu'on veut, en fait, c'est franchement, je vous le conseille parce que c'est une philosophie, je pense qu'on peut appeler ça une philosophie, qui vaut vraiment le coup de s'y pencher.
Loïc En tout cas, on sent la passion quand tu en parles. C'est génial. Écoute, merci beaucoup Aline, tout le meilleur pour la suite et puis peut-être à une prochaine sur les routes des Vosges, qui sait ?
Aline Un grand merci à toi, j'espère au plaisir de se revoir sur le triathlon de Gérard. Oui,
Loïc ou ça, oui. Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada
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