Les Frappés Les Frappés
Saison 5 EP·231 Montagne #escalade #secours en montagne #commando

05 mai 2026

Secours en montagne et grande voie, avec Olivier Bigini du PGHM Chamonix

Durée · 1h01 · Transcription disponible

Olivier

Le récit

Dans cet épisode, je reçois Olivier Bigini

Olivier est guide de haute montagne et secouriste au PGHM de Chamonix. Il a grandi à Laval, en Mayenne, il grimpait en salle depuis le collège, et son rêve c'était le GIGN. C'est en allant voir des potes dans les Alpes qu'il découvre les grandes voies, et à partir de là, tout s'enchaîne et va l'amener vers le PGHM.

On parle de son quotidien au secours en montagne à Chamonix : comment se passe une alerte, ce qui se joue dans l'hélico, les caravanes de nuit quand la météo empêche de voler ou que les conditions sont trop mauvaises... Et puis on parle aussi pas mal d'escalade, de grandes voies, et de nuits en portaledge.

🔎 Olivier est un ambassadeur de Cimalp, fabricant français de vêtement technique pour les sports de montagne.

🎙 Les épisodes de podcast auxquels nous avons fait référence sont :
👉 Épisode #188 - Immersion au cœur du PGHM avec Frédéric Souchon

👉 Épisode #102 - 30 ans de secourisme en montagne avec Pascal Sancho

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Transcription

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Olivier En plus, notre médecin nous avait bien préparé dans la machine, nous avait dit « bon, le gars, si vous le trouvez, il va être hypotherme, et en fait l'hypothermie peut le sauver, il va tomber en arrêt, le froid va conserver son cœur ». Et en fait, c'est exactement ce qui s'est passé. J'ai mis ma Gore-Tex, je suis descendu, je lui ai mis une sangle autour de lui, et puis ils m'ont remonté avec le treuil, et le gars sortait en arrêt cardiaque.

Loïc Vous écoutez Les Frappés, le podcast de celles et ceux qui se dépassent. Je suis votre hôte Loïc, ancien sportif de haut niveau en judo, coach préparateur mental et amoureux d'activités outdoor en tout genre. Ma conviction, c'est qu'on a tous un frappé au potentiel exceptionnel qui sommeille en nous. J'ai créé ce podcast pour vous faire découvrir des femmes et des hommes qui ont osé le réveiller. Réveillés, mes invités sont des athlètes de tous niveaux, des aventuriers professionnels, des voyageuses au long cours, des entrepreneuses ou encore des militaires, des forces spéciales. Toutes et tous partagent dans mon micro des récits inspirants qui vont vous faire passer à l'action. Attention, une écoute régulière peut entraîner des changements positifs irrévocables dans vos vies. Eh bien écoute, c'est parti. Bienvenue Olivier au micro des Frappés. Je suis super content de te recevoir sur le podcast pour parler de plein de choses, mais principalement de hautes montagnes, de secours, de secourisme, d'escalade et de très certainement plein d'autres choses. Mais voilà, ravi que tu sois parmi nous. Bienvenue Olivier. Merci, c'est une belle expérience. Ça va être cool. Une première. Une bonne première. Après enchaîner les premières en escalade, ça sera une première podcastique pour toi. Olivier, merci beaucoup de prendre du temps sur tes congés. J'imagine que vu ton activité, ça doit être assez compliqué en temps normal entre les astreintes, les urgences de dernière minute, etc. de trouver des créneaux. Donc vraiment, merci beaucoup pour ton temps une fois de plus. On avait déjà eu le plaisir sur le podcast de recevoir un collègue slash copain à toi, je crois, Frédéric Souchon. Du PGHM de Chamonix. La dernière fois qu'on avait fait une opération en com' avec Simalp. Donc on avait pas mal parlé de son parcours, mais aussi de manière générale du secours et secourisme en montagne des équipages du PGHM, des hélicos, etc. C'était absolument passionnant. Donc on va pouvoir rééchanger sur ces sujets-là avec toi. Mais avant ça, je serais assez cru que tu nous expliques un petit peu dans les grandes lignes, tu vois, quel a été ton parcours jusqu'à présent. Est-ce que tu as… Aujourd'hui, clairement, tu baignes dans un univers montagne. C'est ton taf, ta passion, ton plaisir. Est-ce que ça a toujours été le cas ? Est-ce que ça a été ton enfance aussi ? Comment tu es tombé là-dedans ? Enfin voilà, un petit peu dans les grandes lignes, comment tu en es arrivé à faire ce que tu fais aujourd'hui ?

Olivier Alors ouais, alors ce n'était pas du tout mon univers à la base. En fait, moi, pour remettre un peu mon historique, je suis originaire de la Mayenne. Du coup, la Mayenne, c'est proche de la Bretagne, à l'ouest de la France et plus précisément à Laval, entre Rennes et Le Mans. Du coup, j'ai passé toute mon enfance là-bas jusqu'à mes 18 ans. Et après avoir réussi le bac, je suis rentré directement en gendarmerie. Ça, c'était toujours mon rêve de rentrer en gendarmerie, mais pas du tout pour être au secours en montagne. À la base, c'était pour être au GIGN. Ok, excellent. Vraiment un rêve de gosse un peu classique, on va dire.

Loïc Avec de la famille. Et ce rêve de gosse, il venait d'où ? Tu avais des parents de la famille ?

Olivier Pas du tout. Non, je suis le premier gendarme de la famille. Donc non, à force de vouloir faire le policier et le brigand, tu vois, je voulais faire gendarme. Et voilà. Par contre, je grimpe depuis que je suis petit, depuis peut-être la sixième. Donc voilà, j'ai fait quelques compètes sans vraiment faire de bons résultats. En fait, j'avais du potentiel, mais en finale, je craquais tout le temps et du coup, je me retrouvais toujours aux derniers des finales. Si j'avais eu une prépa mentale, peut-être que ça aurait été mieux avant, tu vois. Mais du coup, je suis un pur grimpeur de salle, quoi. Et à 18 ans, quand je suis rentré en gendarmerie, je suis allé à l'école et je suis sorti et je suis allié au-dessus de Paris. Ma première mutation, elle était au-dessus de Paris. Du coup, j'ai arrêté les compétitions parce que j'avais le taf. Et par contre, je continuais à grimper en salle, du coup, dans les salles à Paris en faisant du bloc. Et pendant ces deux ans, je suis resté deux ans en gendarme adjoint volontaire. Et pendant ces deux ans, j'ai rejoint un été des amis qui étaient dans les Alpes, dans les Aravies. Ils m'ont fait découvrir la Grande Voix. Et là, c'était le déclic, quoi. Il y a vraiment eu un déclic. Je me suis dit, mais c'est génial. Je ne savais même pas que ça existait, les Grandes Voix, tu vois. Les Grandes Voix, c'est pour expliquer, c'est enchaîner les longueurs sur une falaise de 200 mètres, tu vois. Et c'était génial. J'ai découvert ça et je me suis dit, franchement, c'est ce que je veux faire. Et du coup, pour allier ma passion et la gendarmerie, il y avait le PGHM. Sauf que le souci, c'était que moi, j'avais un problème d'épaule. Je ne peux pas lever mon épaule gauche au maximum. J'ai un petit handicap, entre guillemets, mais ce qui ne m'handicap pas du tout dans la vie de tous les jours. Mais en gendarmerie, ils sont très pointilleux sur le CIGICOP. Le CIGICOP, c'est qu'il faut que tu sois un partout, les membres supérieurs, inférieurs, dans la tête et tout. Et du coup, il m'avait mis S2, supérieur 2. Sauf que pour le PGHM, pour toutes les unités élitroyables, il faut être S1. Et du coup, ça posait souci. Mais ça, je ne le savais pas encore. Et en fait, quand j'ai repassé le concours gendarmerie pour être sous-officier, gendarme de carrière, et bien là, j'ai eu la chance de tomber sur un médecin stagiaire. Et du coup, il m'a fait faire des tractions. Il a vu qu'il n'y avait pas de souci. Il allait voir son supérieur. Il est revenu. Il m'a dit, c'est bon, je te mets S1. Du coup, là, changement radical de carrière, en gros, même si il venait juste de commencer. Mais du coup, j'ai pu m'orienter vers la montagne. Et à partir de là, j'ai été affecté par chance à Ponchara, entre Grenoble et Chambéry. Dans une unité, un escadron montagne. C'est les gendarmes qui font les manifestations, les gendarmes mobiles, ceux qui sont dans les manifestations, grossièrement.

Loïc OK.

Olivier Et du coup, pendant deux ans, j'ai fait ça. Et ça m'a permis de vraiment prendre toute l'expérience en montagne parce que j'ai passé tous les stages internes gendarmerie montagne. Et puis, tous les week-ends, tout mon temps libre, j'apprenais à faire de l'alpi, à skier. Parce que le ski, je n'ai pas vraiment à skier. Quand j'étais jeune, on avait une maison en Auvergne. Du coup, mes parents m'ont un peu fait skier à Noël, sur deux, trois Noëls. Mais sinon, je ne savais pas skier. Et du coup, j'ai tout appris sur le tas. Et en deux ans, j'ai réussi à me former. Et en plus, j'étais célibataire. Et du coup, c'était vraiment bénéfique parce qu'en fait, tout mon temps, je le consacrais à la montagne. Et la montagne, c'est vraiment une passion qui te demande beaucoup, beaucoup de temps. Et il faut s'investir vraiment. Du coup, en deux ans, après être rentré en gendarmerie officiellement sous carrière, je suis rentré... Comment dire ? J'ai passé les tests de PGHM que j'ai réussi. Et ensuite, je suis rentré en spécialité. Et une fois que je suis rentré en spécialité, je suis devenu guide d'Haute-Montagne en passant le probatoire.

Loïc Excellent. Parce que PGHM guide, tous les gendarmes du PGHM sont forcément guides ou...

Olivier Non, non, non. En fait, quand tu rentres en PGHM, c'est un peu un contrat moral de ensuite te présenter au guide d'Haute-Montagne. D'accord. Alors, ce n'est pas obligatoire, mais c'est bien vu. Et en fait, guide... Le fait... Ils ne veulent pas forcément que tu sois guide d'Haute-Montagne, mais ils veulent vraiment que tu fasses l'effort. Et en fait, le guide d'Haute-Montagne, c'est un gage de sécurité, d'expérience. Ça te montre que tu as vraiment de l'expérience en montagne. Et du coup, en secours, tu as une analyse meilleure du terrain, tu vois.

Loïc Oui. Alors, petite question sur ce point en particulier, parce que j'avais fait... J'ai eu une période de quelques années où j'étais entre deux jobs, je tentais des boîtes, etc. Et dans mes projets, il y avait de venir AMM, accompagnateur en moyenne montagne. Et du coup, j'avais fait quelques stages de prépa, notamment pour l'orientation. Et sur un de ces stages de prépa, avec une boîte qui s'appelle Arvi, qui est d'ailleurs géniale, et qui ont quelques personnes qui sont maintenant ambassadeurs Simal, enfin en tout cas Fleury qu'il est, pour info, voilà, fin de la parenthèse. Mais bon, bref. Et il y avait un gars qui était là, qui préparait des courses pour devenir guide de Haute-Montagne. Donc, vraiment absolument rien à voir en termes de niveau. Mais il était de mémoire argentin ou chilien, enfin je ne sais plus, il n'était pas français. Et il nous expliquait que, en fait, les courses guide de Haute-Montagne et même AMM, relativement à ce qui se fait dans d'autres pays, dans les deux cas, en fait, le niveau, l'exigence, la technicité, l'engagement, etc., sont largement supérieurs à ce qui se fait. Alors lui, il connaissait l'Amérique du Sud, mais aussi visiblement l'Espagne, le Royaume-Uni. Il avait l'air de dire que vraiment, le guide en particulier, les courses étaient ultra, ultra, ultra engagées. Et qu'une fois que tu es guide, en fait, c'est reconnu non seulement en France, comme tu viens de le dire, mais qu'en fait, c'est globalement reconnu mondialement et qu'il n'y a pas beaucoup de formations qui sont du niveau de ce qu'on attend pour guider Haute-Montagne. Alors, je ne sais pas si c'est ta vision des choses, en tout cas en France, hors de France, mais je serais assez sûr de savoir ce que tu en penses.

Olivier Engagés, peut-être qu'avant, c'était vraiment le cas. Après, maintenant, ils essaient vraiment de... Parce qu'il y a eu pas mal d'accidents quand même, que ce soit quand tu prépares ta course, il y a forcément des cartons, ou même pendant les formations, il y en a eu. Mortel, tu vois. Du coup, ils essaient vraiment d'arrêter cette notion d'engagement et ils sont vraiment plus dans la pédagogie et d'avoir vraiment... De faire un truc évolutif, on va dire. Mais par contre, ils sont quand même exigeants dans leur liste de courses. Elle est très... Il y a un gros panel, quoi. Tu vois, de l'escalade, de la glace, du ski. Là, ils l'ont modifié. Il y a des courses où ils incitent à aller faire des 4 000. Ah oui. Des courses qui terminent au-dessus de 4 000 m. Donc, elles sont très précises, mais pas forcément engagées.

Loïc OK.

Olivier Et après, l'AMM, je sais que l'AMM, c'est vraiment une formation très difficile à avoir parce que l'épreuve d'orientation est très pointue et il faut être vraiment calé dessus, quoi.

Loïc Oui, elle est devenue... Puis ils ont durci un peu le truc. Il y a différentes sections. En tout cas, l'année où je l'ai passée, il y a deux ans, tu as trois sections maintenant. Tu as une section orientation pure qui est un peu hardcore, une section vitesse, en fait, qui est plus du trail qu'autre chose. Donc, oui, il y a... En fait, tu as différents formats dans la partie orientation, mais c'est assez cool. Mais OK. Donc, peut-être moins la notion d'engagement qui a été revue, mais en tout cas, grosse variété dans le type de course qu'ils demandent. Oui.

Olivier Tu vois, parce que quand tu fais ta formation de guide, tu as la liste du probatoire. départ, déjà, ils ne veulent pas que tu... Il y a une première notion de non-engagement parce que pour moi, dans ma tête, je me dis, en fait, cette liste, tu dois la faire au moins en moins avec trois ans, en trois ans. Pas moins. Parce que tu sais, quand tu es jeune, on est tous... Quand tu te lances dans la liste, tu ne fais que de la montagne pour cocher ta liste. Tu vois ? Oui. À chaque fois que tu sors en montagne, c'est pour cocher ta liste. Et du coup, la plupart des gens, ils la font en un an, tu vois. Quand tu es à fond dedans, quand tu as que ça à faire, tu la fais très rapidement. Mais eux, si tu ne la fais pas avec au moins trois ans, le critère de trois ans, au moins, ça prouve qu'en trois ans, tu as eu le temps d'évoluer ta pratique et d'acquérir une bonne expérience, tu vois. Et du coup, normalement, de moins engager au fur et à mesure.

Loïc Alors, peut-être pour rentrer un tout petit peu dans l'état, s'il y a des gens qui ne sont pas familiers du processus et tu me dis si je dis n'importe quoi, Olivier, et puis après, tu compléteras. La probatoire, en fait, pour avoir le droit de présenter l'examen, pour commencer le cursus de guide, tu dois faire, tu dois réaliser ce qu'on appelle la liste du probatoire, c'est-à-dire une liste de, il y en a combien ? 30, 40 courses ? Oui, je ne sais plus exactement

Olivier le nombre.

Loïc Plusieurs dizaines.

Olivier Oui, au moins 30. Et voilà, comme je disais, c'est des courses, ce n'est pas des courses comme prendre des dossards et faire des courses en Alpi. Non, non, c'est des sorties en montagne, des sorties grande voie, des sorties course d'arête, voilà, des sorties ski de rando, des sorties cascade de glace, voilà, il y a tout ça.

Loïc Et donc, il y a des itinéraires, je suppose comme pour l'AMM, des itinéraires imposés où on vous donne une trace et il faut faire cette trace et puis d'autres, est-ce que c'est comme l'AMM où il y a d'autres, où tu peux avoir une partie des courses qui sont, tu dois avoir fait au moins, je ne sais pas, 8 heures de sortie,

Olivier 2000 de dénivelé ? Ce n'est pas en temps, ce n'est pas en temps. Il faut, alors en ski, oui, tu as les sorties où il faut faire au moins 1000 mètres de dénivelé, tu vois, voilà. Et par contre, tu as des difficultés en escalade, c'est, il faut que tu fais une voie de 250 mètres en TD+, la cotation TD+, et comme tu disais, tu as des voies qui sont imposées, donc tu as toute une liste en fait, il te propose une liste de courses avec des exemples et tu dois en faire deux imposés et après, le reste, c'est des critères, la course que tu fais, il faut qu'elle fasse tant de dénivelé avec une fourchette d'altitude, tu vois. Après, tu as le choix. En fait, c'est un peu des courses orientées mais en te laissant le choix.

Loïc D'accord, ok.

Olivier Voilà.

Loïc Ok, et donc, une fois que toi, tu es affecté au PGHM, donc déjà, s'il y en a qui n'auraient pas écouté l'épisode avec Fred Souchon qui ne sont pas trop familiers du PGHM, donc PGHM, peloton de gendarmerie de haute montagne, donc c'est l'armée, vous êtes des militaires, c'est des unités qu'on retrouve dans quasiment tous les massifs français ? Oui. Ouais. Et alors, la spécificité de celui de Chamonix, déjà bon, un, il est ultra connu, ultra réputé, ultra demandé, j'imagine, en interne, pour les gens qui sont amoureux de la montagne, gendarmes qui veulent travailler dans le secours et le secourisme, mais c'est aussi que je crois que c'est le seul massif français d'un point de vue secours qui est uniquement géré par le PGHM. Tous les autres, c'est un mix entre PGHM, pompier, CRS, ça varie un peu, il y a des systèmes de rotation,

Olivier il me semble. Ouais, alors, non, c'est pas le seul qui fonctionne en exclusivité. Par contre, oui, en fait, chaque département, chaque région qui a un PGHM, en fait, il y a un plan de secours, c'est un document qui dit comment fonctionne le secours en montagne dans la région. Voilà. Et du coup, nous, à Chamonix, vraiment dans le massif de Chamonix, et à l'entour, il n'y a que le PGHM de Chamonix qui fait le secours à cet endroit-là. Mais c'est vraiment compliqué parce que dans le reste du département, c'est partagé avec les pompiers et deux hélicos, tu vois, c'est assez compliqué.

Loïc OK, ouais. Bon, on ne va pas rentrer plus dans le détail sur l'organisation du secours en France, mais voilà, en tout cas, point important à retenir, c'est que, grosse réputation du PGHM de Chamonix, je suppose que ça vient en partie du fait historiquement que Chamonix, c'est Chamonix, pour la montagne, c'est quand même un peu la référence en France, en Europe, voire peut-être dans le monde. Et puis, je suppose aussi que c'est lié au volume de sorties, ça doit être un des massifs sur lesquels il y a le plus d'intervention, j'imagine ?

Olivier Alors, il me semble que le PGHM qui fait le plus d'intervention, c'est le PGHM de La Réunion. Ah oui ? Ah oui, ouais, OK. Non, alors nous, on fait énormément, on fait énormément, non, c'est pas ça, on fait énormément de secours en nombre, par contre, par personnel, c'est le PGHM de La Réunion qui fait le plus de secours.

Loïc OK, d'accord.

Olivier Voilà. Mais oui, on a un très grand nombre d'intervention.

Loïc Ouais, OK. En préparant l'épisode, je regardais, j'étais tombé sur un nombre qui me paraissait complètement fou, je ne sais pas si t'es pas plus de 1000 interventions par an, quelque chose comme ça. Ah si, si, oui. Ouais, ce qui me semblait complètement, c'est quand même, ouais, plus de 1200 interventions par an. Après,

Olivier toutes les interventions, ce n'est pas forcément à chaque fois des grosses interventions. Il faut, ça englobe vraiment tout, la randonnée, de l'alpinisme, du ski, des reconnaissances, voilà, il y a plein de choses, des bloqués techniques. Ce n'est pas toujours des grosses interventions.

Loïc Ouais, OK. OK, donc, si on résume, enfance, pas forcément dans un milieu militaire ou en tout cas, secourisme, etc. Ce qui t'amène vers le PGHM doucement mais sûrement, c'est d'abord l'escalade, puis, le fait d'allier escalade gendarmerie, la découverte de la grande voie, donc là, tu passes de l'indoor à l'outdoor, en gros. D'un coup, ouais. D'un coup, et pour concilier les deux, finalement, la voie royale qui est là devant toi, c'est le PGHM. Exactement. Tu y es affecté, donc tu réussis l'examen et tu es affecté quand ?

Olivier Alors, je suis affecté en… Là, ça va faire six ans que je suis à Chamonix et en fait, ma première affectation, c'était dans les Pyrénées, à Oloron-Sainte-Marie, à côté de Pau. Et j'ai fait un an, parce qu'après, j'ai fait une demande de rapprochement de conjoints vu que ma femme, elle était à Chamonix. Elle était acceptée et du coup, maintenant, ça fait six ans qu'on est à Chamonix.

Loïc Excellent. Ok. Très bien. Et donc, concrètement, si on rentre un peu dans le détail, ça se passe comment les équipages… On va parler aussi d'escalade, mais… Oui, bien sûr. Je suis ultra curieux de comment fonctionne le secours en montagne, même si, encore une fois, on avait pas mal échangé avec Fred et puis avec Pascal Sancho à l'époque, mais lui, c'était plutôt côté CRS. Quand tu rejoins un PGHM, c'est quoi tes premières missions ? Est-ce que ça change en fonction du grade, de tes stages, de tes affinités, un mix de tout ça ? Ça se passe comment ?

Olivier En fait, quand tu rentres, quand t'es affecté, t'as déjà les fondamentaux du secours en montagne, été, on va dire, et du coup, tu peux déjà faire énormément de choses. Du coup, tu prends vraiment les… Tu attaques direct, quoi. Tu prends l'hélico directement, ils te font ton premier vol et puis ensuite, tu prends tes permanences avec ton chef de caravane, ton supérieur. Donc, toi, t'es membre, en fait. Toi, t'es juste équipier. Quand on part dans la machine, on part avec le pilote, le mécano et forcément, en binôme, deux secouristes. Il y en a un qui est chef de caravane, le chef, et l'autre, il est équipier secouriste. Et si le médecin, il a besoin de venir pour la victime, on est cinq avec le médecin. Ok. Voilà. Et du coup, tu attaques les secours directement, quoi.

Loïc Ok. Et donc, le pilote et le mécano, eux, ce n'est pas forcément des gens du PGHM, c'est ça ?

Olivier Non, non, non. Ça, par contre, c'est une unité différente. C'est la SAG, la section aérienne gendarmerie. Eux, leur unité, en fait, c'est l'hélico, quoi. Nous, l'hélico, ce n'est pas PGHM. C'est vraiment deux unités différentes.

Loïc Ok.

Olivier Voilà, il y a le PGHM qui s'occupe du secours et il y a l'hélico qui a différentes missions. Ils n'ont pas que le secours en montagne. Ils font aussi des missions de police judiciaire. Ils ont plein de missions et, en fait, c'est notre transport, quoi.

Loïc Ok. Et le médecin, lui, par contre, il est PGHM ou pas nécessairement ?

Olivier Non plus. Non, c'est des médecins urgentistes qui sont qualifiés montagne. Du coup, ils viennent prendre, en plus de leur permanence à l'hôpital, ils viennent prendre, ils viennent prendre, pardon, des permanences à la DZ avec nous.

Loïc Ça, c'est vraiment fou parce que je… Pascal Sancho, justement, à l'époque, quand je l'avais reçu, j'avais lu son livre pour préparer l'épisode et en échangeant, tu vois ce que tu viens d'expliquer avec Fred, c'était pareil. Tu te rends vraiment compte quand tu ne baignes pas dans l'univers et que tu ne le connais pas trop. En fait, quand tu commences à le découvrir, tu réalises à quel point c'est un univers de passion. Ah bah, oui, oui. Qui consacre ta vie, quoi. C'est vraiment… Enfin, tu vois, des médecins qui prennent des permanences montagnes en plus de leur permanence ailleurs, c'est incroyable.

Olivier Exactement. Moi, je trouve ça vraiment fou parce que déjà, quand un médecin à l'hôpital urgentiste, tu vois, ils ont un rythme vraiment très soutenu et en plus de ça, je ne dis pas qu'ils s'infligent ça, mais ils se rajoutent quand même de la montagne parce qu'ils doivent avoir… ils doivent sortir en montagne quand même. On leur demande qu'ils aient vraiment de l'expérience montagne pour ne pas qu'en secours, on doive les gérer tout le temps. Il faut qu'ils s'assoient, il faut qu'on soit une équipe et qu'on n'ait pas à les gérer non plus derrière, quoi. Il faut qu'ils aient un bon niveau, quoi. Et du coup, il faut qu'ils sortent en montagne plus leur permanence, c'est intense pour eux, quoi. Alors que nous, c'est quand même notre quotidien, la montagne, on est tout le temps… on s'entraîne sur notre temps de travail, tu vois. Eux, ils ne vont pas s'entraîner forcément sur leur temps de travail, ils s'entraînent sur leur temps de repos aussi, tu vois. Du coup, ça demande beaucoup de temps, quoi.

Loïc Oui, je trouve qu'on est ultra chanceux en France par rapport à ce point, enfin, tout ce qui touche au secours de manière générale. Tu vois, j'ai échangé avec des pompiers aussi. Quand on t'explique que 80% des pompiers en France sont des volontaires, tu dis punaise, enfin, c'est quand même heureusement qu'on a des gens qui sont intéressés, investis suffisamment et passionnés par ce qu'ils font pour avoir un système qui tourne parce que sinon, ça serait peut-être un peu plus compliqué. Oui, c'est vrai. Oui. OK, donc, les équipages d'hélicoptères finalement assez mixtes d'un point de vue unité, enfin, qui se retrouve dans la machine, ce n'est pas forcément que des gens du PGHM, donc ultra intéressant. Donc, tu disais, quand tu es affecté au début, tu arrives, tu as finalement toutes les connaissances, tout ce qu'il faut pour tout de suite partir en mission. Tu pars, alors tu disais, j'avais jamais entendu le terme, c'est un chef de caravane, c'est ça ? Oui. OK, caravane dans le sens parce qu'avant, on partait à pied en montagne et donc c'était une caravane de secouris, c'est ça ? Oui,

Olivier c'est ça. En fait, on ne part pas tout le temps déjà en hélico, il faut bien le souligner. Quand la météo ne le fait pas, on ne part pas en hélico, du coup, on part à pied et du coup, ça met plus de temps et on part avec beaucoup plus de monde.

Loïc Oui. Il y a combien de... parce que là, un hélico, tu disais, c'est globalement deux secouris du PGHM, une caravane à pied, vous partez à combien ? Non,

Olivier ça dépend du secours. On peut partir à deux parce que des fois, c'est juste quelqu'un qui s'est fait une cheville juste au-dessus, tu as juste une perche à prendre et du coup, tu la fais rouler avec la roue mais du coup, tu ne pars qu'à deux. mais généralement, si c'est vraiment en haute montagne, tu pars au moins à quatre personnes et puis après, il y a deux autres ou quatre autres personnes qui suivent derrière. Ah, wow. Attendez, je te dis ça, c'est à Chamonix parce que tu ne peux pas te permettre de faire ça dans toutes tes unités. Oui. Mais à Chamonix, on est à peu près 40 secouristes. Du coup, il y a forcément, on a forcément du monde derrière et on peut facilement alimenter du monde.

Loïc Excellent. Oui. Excellent. Quand tu arrives du coup, jeune membre, donc il y a cinq ans, non, six ans tu disais ? Six ans maintenant, oui. Ce que tu découvres, ça correspond à ce que tu avais imaginé un peu, tu vois, au projet un peu rêvé de pouvoir allier escalade, haute montagne, secourisme, gendarmerie ? Alors,

Olivier j'essayais d'y penser avant de faire l'enregistrement et c'est vrai que, en fait, quand tu te lances dans un tel projet, moi, j'avais un peu la tête dans le guidon et je ne me suis jamais vraiment projeté. Je me suis dit, bah ouais, c'est ce que je vais faire parce que je veux vraiment vivre de ma passion et voilà quoi. Et du coup, au fur et à mesure, tu te formes et tout mais je ne me suis jamais dit que j'allais vraiment faire ça et du coup, je n'étais pas mécontent quoi. Je n'étais pas surpris, j'ai juste apprécié. Tu déroules quoi. Voilà, ça déroule quoi. Non, voilà, c'est naturel quoi. C'est génial quoi. Tu ne peux pas faire mieux quoi. À Chamonix, c'est intense, les vols, ils sont magnifiques. Non, c'est génial quoi.

Loïc Tu t'enlaces au bout d'un moment de l'environnement dans lequel tu évolues ou pas ? Non. Non ?

Olivier Non, en vrai, on est tous des gosses. Franchement, non, non, non, tu ne peux pas t'enlacer. La beauté du massif, c'est incroyable. où que tu sois, il n'y a pas que Chamonix, il y a vraiment, dans toute la France, tous les massifs, survoler les montagnes, c'est incroyable. Il n'y a pas que les secouristes, les pilotes, c'est pareil. Ils sont amoureux de la montagne, ils adorent ça

Loïc et c'est génial. Trop bien. Tu parlais de l'intensité, par curiosité, il y a des saisons plus intenses que d'autres parce que l'été, il y a quand même vachement de monde aussi.

Olivier Oui, bien sûr. L'été, c'est vraiment la grosse saison où il se passe beaucoup de choses. Après, il y a aussi sur des petites saisons où c'est très calme, par exemple en automne, ça peut être très calme et puis d'un coup, tu as un gros secours et qui te demande vraiment beaucoup de temps. Tu vois, généralement, les grosses caravanes, c'est plutôt en automne que ça se passe.

Loïc Parce que mauvais temps pour l'hélico ?

Olivier Oui, des fois, c'est le mauvais temps et du coup, sur une seule journée de mauvais temps, il peut y avoir un petit truc et puis au final, ça fait un gros secours, un secours marquant de la saison, tu vois, alors que dans l'été, tu as pas mal d'accidents et mais tu fais, généralement, tu arrives à bien voler en hélico et du coup, les secours, tu les oublies un peu plus. Et sinon, c'est par période de fun aussi au Mont-Blanc, l'été avec le Mont-Blanc, il peut y avoir beaucoup de caravanes terrestres et tu vois, c'est ce que je te dis, à chaque fois, les secours marquants, c'est vraiment les caravanes terrestres, tu vois. Les caravanes, ça marque parce que ça prend beaucoup de temps, tu es en équipe, tu te poses plein de questions, comment tu vas faire pour évacuer la victime et tout, c'est super intense pour tout le monde, que ce soit au bureau qui prend l'alerte, qui gère l'emploi des moyens, et puis sur le terrain, c'est vraiment beaucoup de problématiques.

Loïc Alors, j'aurais des questions du coup sur peut-être une ou deux anecdotes de caravanes qui t'ont marqué, mais avant ça, si on fait un peu le déroulé, je suis en montagne, je me fais une cheville, je me fais, tu vois, un truc peut-être plus grave, fracture ouverte ou quoi, j'appelle, j'appelle quoi, j'appelle le 112 ? Alors, HM,

Olivier la plupart des gens ont le numéro direct du PGHM, c'est nous qui régulons les secours à notre bureau, du coup, on a un enregistreur et ce qui nous permet de prendre tous les appels et sinon, sinon, on t'appelle le 18, le codice, les pompiers et ensuite, nous, ils nous transfèrent l'appel et c'est nous qui régulons. Donc,

Loïc quand tu dis régulé, c'est quoi ? C'est que vous prenez les infos avant de décider qui vous affectait, etc.,

Olivier c'est ça ? Est-ce qu'on y va ? Est-ce qu'on n'y va pas ? Est-ce que c'est vraiment sur notre territoire ? Voilà, quels moyens utiliser si on va pas rapier, si on part en hélico ? Et voilà.

Loïc Et, ok, et généralement, par rapport à ce que les gens vous donnent comme info et ce que vous trouvez quand vous arrivez, peut-être par rapport à la gravité notamment, est-ce que les gens, quand, peut-être notamment les gens qui s'auto-diagnostiquent, tu vois, qui sont solos ou qui sont tous dans une galère en même temps, est-ce qu'ils arrivent à bien faire un état des lieux ou on a tendance à surévaluer la gravité ?

Olivier Après, c'est notre travail de poser les bonnes questions aussi.

Loïc Ouais.

Olivier Donc, si au bureau, on pose les bonnes questions, on arrive quand même à donner une bonne alerte aux secouristes qui vont intervenir sur place. Ok. mais c'est vrai que des fois, on est surpris, quoi. Des fois, on s'attend à un truc banal qui n'en est pas du tout.

Loïc Ah, dans ce sens, surpris, d'accord.

Olivier Ah ouais, ouais, ouais. Oui, donc, il n'y a pas de petits secours comme on a l'habitude de dire.

Loïc Ok, ouais.

Olivier Voilà.

Loïc sur les caravanes, tu disais que c'est clairement ce qui marque peut-être plus que les sorties en hélico. Tu as un ou deux exemples peut-être à nous partager de caravanes comme ça qui sont restées, gravées ?

Olivier Moi, personnellement, je n'ai pas fait de caravanes marquantes, marquantes, mais par contre, j'en ai régulé. La toute première, par exemple, c'est, comme je te disais, en automne, une cordée qui tombe en face sud des droites et c'était des Espagnols, il me semble. Et quand ils m'appellent, ils me disent, ouais, déjà, j'ai pu comprendre ça, c'était bien, qu'ils étaient en face sud des droites et ensuite, qu'il y avait quelqu'un qui était tombé de je ne sais combien de mètres et le gars, il était au relais et son pote, il ne le voyait pas, du coup, et il restait 2%. Et après, tu as coupé. Voilà. Ah ouais. Et là, tu te dis, attends, qu'est-ce qui se passe là ? Attends, est-ce que j'ai bien entendu ? Et le mauvais, ils étaient dans le mauvais temps, c'était, on ne pouvait pas voler, en tout cas, pas voler très très haut et du coup, là, il a fallu engager les gars, quoi. Et du coup, ils sont partis, ils ont réussi avec l'hélico à les déposer le plus haut possible mais ils ont fini à pied et ça a mis toute la nuit. Du coup, au final, au final, c'était un gars qui était tombé de peut-être 100 mètres sur le dernier relais. Du dernier relais, le relais, il a pété et du coup, le gars, il est tombé dans la pente de neige, fractureur des deux jambes, il ne pouvait pas bouger, il était mal en point et puis le dernier, il était sur son relais au-dessus, bloqué, impossible de descendre parce que la corde, elle était en bas. et du coup, les gars, ils ont dû gérer la victime en bas, aller chercher le gars au-dessus et puis impossible de se faire récupérer. Du coup, ils ont passé la nuit dans un shelter, c'est un petit, un abri de fortune quoi. Et voilà quoi, du coup, ça c'est marquant comme secours parce que tu passes la nuit dehors et ce n'est pas anodin et puis au bureau, toi tu te dis, putain, tu laisses du monde dans la montagne la nuit, ce n'est pas non plus agréable quoi. Voilà, donc ça, c'est marquant pour tout le monde.

Loïc J'avais posé la question à Fred de mémoire et à Pascal quasiment sûr, il y a des gens à qui vous portez assistance qui reviennent vous voir après pour vous remercier, pour vous débriefer un peu de où est-ce qu'ils en sont ?

Olivier Oui, bien sûr. Alors moi, j'ai fait un secours très marquant. Bon, ça sera le secours de ma vie, je pense. En six ans, j'ai déjà fait le secours de ma vie. Non, mais en fait, c'était un hiver, un CRS, un CRS maître de chien, tu vois, tous les ans, il y a les maîtres de chien qui viennent se recycler à Chamonix pour se recycler là avec leurs chiens et sur un week-end, il va skier avec un collègue et il tombe dans un ruisseau. En fait, il saute un ressaut de neige, mais en fait, sous l'eau, il y avait la houe qui coulait, tu vois. Et le pont, il a cédé, il s'est retrouvé dans l'eau. Et en fait, à l'alerte, nous, on était dans l'hélico, on revenait de l'hôpital, on venait déposer une victime et on nous passe l'alerte, on nous dit, ouais, il y a un skier qui est tombé dans un ruisseau, on ne le voit pas, le gars ne le voit pas, il faut aller sur place. Du coup, là, dans nos têtes, il y avait plusieurs hypothèses. Soit le gars, quand on arrive, il a réussi à ressortir, soit il est parti, il a été emporté par l'eau, on ne le retrouvera pas, ou soit ça va être très embêtant, c'est un trou et puis il va falloir y aller. Et du coup, en arrivant, c'était la dernière option, on a juste vu un petit trou au pied du ressaut et du coup, mon collègue, mon chef de caravane, il descend et puis il me dit, il est au fond, mais c'est la merde, il faut que tu descendes. Du coup, on descend et puis là, en fait, on se retrouve impuissant parce qu'on n'avait rien pour le sortir. En fait, il était vraiment la chute, l'eau, ça avait fait un puits de neige glace. Il faut s'imaginer, il était à 3 mètres au fond du trou dans une vasque d'eau et il se prenait toute l'eau, toute la cascade d'eau sur lui, tu vois. Et du coup, il était, je ne sais pas si tu t'imagines, mais en fait, il ne voyait rien, il n'entendait rien et en plus, il se faisait noyer par l'eau, tu vois.

Loïc Qui devait être à 2 degrés.

Olivier Ouais, super froide. Voilà, parce que c'était en plein hiver. Oh là là ! Du coup, tu perds tous tes repères et puis le gars, voilà quoi. C'était impressionnant. Et nous, on ne pouvait rien faire parce qu'on n'avait pas de travail pour le remonter ni rien. Du coup, on a appelé une seconde équipe et on leur a demandé venez avec les combis cagnotes pour qu'on puisse descendre. Et au final, ils arrivent, en fait, ils n'étaient pas encore équipés. Du coup, on s'est dit on va perdre trop de temps. Et alors, on a fixé la corde. Je suis descendu. J'ai mis ma Gore-Tex. Je suis descendu. Je lui ai mis une sangle autour de lui et puis ils m'ont remonté avec l'autre oeil. Et le gars, il sortait en arrêt cardiaque. Ah, il était en arrêt cardiaque déjà ? Il était en arrêt. Et en fait, du coup, on l'a massé directement, forcément. Et puis, on est parti directement à l'hôpital. Et en fait, tout a suivi. C'était vraiment un secours où tout a déroulé. Parce qu'en plus, notre médecin nous avait bien préparé dans la machine. Vous avez dit, bon, voilà, le gars, si vous le trouvez, il peut être, il peut, il va être hypotherme. Et en fait, l'hypothermie peut le sauver. Il va tomber en arrêt et ça va le conserver. En fait, le froid va conserver son cœur. Et en fait, c'est exactement ce qui s'est passé. En plus d'être hypotherme, il a été, il a été un peu noyé, mais ils ont réussi à enlever l'eau des poux. Mais du coup, l'hypothermie a conservé son cœur. Et du coup, en le massant et tout, ensuite, il a été amené à Annecy qui ont fait le, ils ont fait recirculer son sang et il a repris connaissance après.

Loïc Hallucinant !

Olivier Avec quelques séquelles, mais il a été sauvé, tu vois. Et du coup, là, tu te dis, le secours, si on revient sur le secours, on a fait un secours de dingue. On a sauvé vraiment une vie, quoi. Ouais. Voilà. Waouh ! Et ça, c'est, et du coup, pour revenir au début, donc, ce monsieur-là, tous les ans, je reçois un petit message, déjà, pour toujours me remercier et pour me donner des nouvelles. Bon, c'est extrême, comme secours, ça, c'est comme je te dis, c'est extrême. Mais il y a plein de petits secours où les gens, ils nous reviennent le lendemain en nous donnant des petits chocolats, des bières, pour nous remercier. mais là, c'est vraiment un sport qui m'a marqué et voilà, c'est sympa d'avoir des nouvelles tous les ans, quoi.

Loïc Ouais, c'est clair. Mais, waouh, ok. Finaise. Ouais, enfin, tu dis secours extrême, mais en même temps, oui, j'imagine que c'est pas sur les 1200 sorties qu'on évoquait un peu plus tôt, c'est pas ça tout le temps, mais il n'empêche que, vous, votre taf, je suppose, c'est d'être prêt, surtout pour les situations extrêmes, non ? Parce que la cheville à 200 mètres au-dessus de Chamonix, bon, ça, vous gérez, quoi.

Olivier Bah, oui, il faut être prêt et puis, c'est assez particulier parce que, en fait, c'est un métier d'attente, quand même, le PGHM. C'est comme les pompiers, tu vois, t'es dans ton canapé, tu regardes la télé et puis là, d'un clac de l'ombre de doigt, t'es envoyé à 3000, à 4000, en pleine montagne, il faut savoir switcher du mode tranquille à, faut que je sois présent, quoi.

Loïc Oui, et puis, il faut quand même, enfin, c'est peut-être pas le bon terme, mais j'allais dire de la créativité, en tout cas, de la débrouillardise, tu vois, parce que je ne sais pas, par exemple, ton secours, le secours que tu viens d'évoquer, je suppose que ce cas de figure précis, on ne vous apprend pas forcément dans vos stages, etc., exactement ce scénario, tu vois, l'hiver, le gars qui finit 3 mètres sous la neige, bloqué dans de l'eau, en hypotherme, il n'y a jamais exactement ce qu'on vous apprend en cours, j'imagine, donc il y a aussi beaucoup d'improvisation.

Olivier Oui, voilà, c'est ça, mais chaque secours est différent, mais au final, tu as les… Les grands classiques. Non, ce ne sont pas les grands classiques, mais en fait, tu as des schémas et tu arrives à prendre plusieurs schémas et à les regrouper et ensuite, tu t'en sors.

Loïc Ok. Avant qu'on fasse l'épisode, tu as clarifié un point sur le secours, secourisme, c'est quoi la nuance ?

Olivier Le secours, c'est… Le secours, c'est un terme général, en fait, qui dit que tu vas porter secours à quelqu'un, tu vas aider quelqu'un qui est dans une situation en difficulté, qui est en difficulté.

Loïc Qui peut être perdu en montagne, par exemple,

Olivier qui revient physiquement, mais qui est perdu. Qui est perdu, qui est bloqué, voilà, mais qui n'est pas blessé. Par contre, une personne qui est blessée, tu vas lui apporter les premiers soins, tu vois. Et là, c'est du secourisme. D'accord. S'il saigne, tu vas lui mettre un bandage, tu vas stopper le saignement. S'il est blessé, s'il a une fracture de la cheville, tu vas lui immobiliser la cheville. Donc là, ça, c'est des actes de secourisme. Ok. Voilà. Et dans le secours, tu peux faire du secourisme.

Loïc D'un point de vue secourisme, est-ce qu'il y a des interventions qui sont ultra impressionnantes ? Enfin, je veux dire, est-ce que la notion de, tu vois, très impressionnant, ça saigne, c'est ouvert, etc. Est-ce que c'est forcément lié à la gravité de la chose ou pas ? Et ce n'est pas trop une question voyeuriste, c'est plus une question, tu vois, est-ce que, c'est un peu lié à la question que je te posais plus tôt, est-ce que les gens sont capables, quand ils sont eux-mêmes victimes, de se faire une sorte de self-check objectif ou pas ? Moi, j'ai souvent entendu dire, par exemple, que quand les gens crient, en fait, c'est que ce n'est pas très grave parce qu'ils sont encore en capacité de capter de la douleur, de s'exprimer, etc. Et qu'il faut plutôt s'inquiéter quand il y a un accident et que les gens ne parlent plus, ne disent plus rien, par exemple, tu vois.

Olivier Ouais, quand c'est cassé, c'est cassé, ça se voit, tu les entends, ce n'est pas forcément ça le plus impressionnant, le plus impressionnant, c'est vraiment quand les personnes sont, tu les sens, qui se dégradent ou qui sont faibles. Là, c'est là que tu te dis, bon, là, il faut être, là, il faut mettre du rythme, il faut qu'on soit vraiment, avec le médecin, il faut qu'on soit vraiment connecté et il faut qu'on fasse les bons gestes, tu vois. C'est là où il y a le plus d'adrénaline. Après, quand c'est cassé, c'est cassé, bon, ok, c'est simple, tu immobilises, le médecin, il met des des antalgies et ça va. Le plus impressionnant, c'est quand tu fais des intubations ou que tu vois que le gaz, dès que tu commences à masser, bon, là, l'adrénaline, elle vient là.

Loïc Ouais, ouais.

Olivier C'est ça le plus dur, je pense.

Loïc Comment tu arrives dans cette situation où tu as l'adrénaline qui monte, etc., et que tu réalises que ça devient potentiellement très sérieux, comment tu arrives, toi, à rester dans ta bulle, à ne pas faire en sorte, enfin, toi et tous les autres d'ailleurs, parce que c'est le cas pour tout le monde, mais comment vous gérez cette montée en pression, sachant que tu as potentiellement des vies humaines en jeu à l'autre bout, donc c'est compliqué de faire plus stressant, je suppose.

Olivier Je ne sais pas trop comment répondre à cette question, mais moi, pour moi, je me dis qu'on est une équipe et on a confiance dans les uns et les autres, tu vois, et on sait qu'on va, déjà, on connaît chacun la procédure et on sait là où on va, quoi. Donc, dans tous les cas, je sais que ça va bien se passer, je sais ce qu'il faut faire, mes collègues savent ce qu'il faut faire, donc, on avance ensemble et voilà. Et ça me rassure, ça me rassure d'être sur le schéma, tu vois.

Loïc Ouais.

Olivier Et ça,

Loïc t'arrivais à l'avoir, cette confiance, même au tout début sur tes premières missions ?

Olivier Ah bah, non, mais après, j'ai pas forcément été confronté à des trucs importants dès le début, donc, par chance. Ouais, non, c'est vrai que ça vient avec l'expérience, c'est sûr. Ouais,

Loïc ouais.

Olivier Ça vient avec l'expérience. Et puis, t'es tout le temps, t'es tout le temps, t'es tout le temps dérouté, c'est jamais la routine.

Loïc Ouais. C'est pour ça que je te posais la question, parce que, tu vois, c'est quand même, il y a cette notion de stage permanent, enfin, je suppose que vous êtes constamment en train d'apprendre les derniers gestes, le dernier matos, recycler vos connaissances, tu vois, apprendre des schémas et puis de l'autre, finalement, la routine, il n'y en a pas vraiment parce que personne, quand tu portes secours ou qu'il faut faire du secourisme, c'est jamais exactement les mêmes scénarios à chaque fois. c'est pour ça que je me pose cette question, tu vois, comment t'arrives à rester, tu vois, focus, concentré. Mais bon, de ce que je comprends, c'est que finalement, tu t'appuies sur le groupe, quoi. T'es jamais tout seul à gérer un truc compliqué.

Olivier T'es presque jamais tout seul mais c'est vrai qu'il faut toujours, tu ne peux pas te reposer sur tes lauriers, tu ne peux pas te cacher, il faut être présent. Et puis surtout, à Cham, c'est intense et puis, on attend que tu sois au top, tu n'as pas le droit de reposer non plus sur tes collègues, il va faire, ce soir, aujourd'hui, c'est lui qui fait tout. Non, ça ne se passe pas comme ça. Ça ne se passe pas comme ça.

Loïc Du coup, ça nous fait une super transition. L'escalade et le fait d'être guide, tout ça, finalement, c'est un super mariage aussi, non ? Parce que le fait, je suppose que tu grimpes dans le secteur de Chamonix aussi ? Ouais. Donc, d'un point de vue connaissance du massif, technique, etc., ça va être idéal pour rester, finalement, comme tu dis, au top.

Olivier Alors, Chamonix, c'est trop bien pour la montagne. C'est vraiment la mecque de l'alpinisme et tout. Par contre, pour être précis, pour l'escalade, ce n'est pas non plus le paradis. OK. Non, pour vraiment les amoureux de la falaise, la falaise, la Haute-Savoie, ce n'est pas non plus les plus beaux secteurs. Après, pour un passionné, c'est quand même très bien. Mais oui, le massif, c'est incroyable. Le granit et la montagne, c'est vraiment le paradis pour tout alpiniste.

Loïc Ouais. Ouais. Et du coup, sur ton temps libre, c'est quoi ? C'est principalement escalade, alpi, un mix des deux ou tu as une dominante ?

Olivier Alors, ma dominante, c'est quand même la grimpe. Ouais. J'adore, je grimpe toute l'année, je ne fais jamais de break, vraiment. Donc, voilà, je grimpe beaucoup, même l'hiver. L'hiver, je m'entraîne énormément et je fais un ou deux projets en falaise et ce qui me permet d'ensuite, au printemps, enquiller sur les grandes voies et ensuite l'été en montagne. En montagne.

Loïc Et tu as une, alors là, je te pose des questions. en étant pas du tout un connaisseur de l'univers de l'escalade mais tu as une, tu as un type d'escalade que tu préfères. ça fait plusieurs fois que tu évoques les grandes voies, c'est plutôt ce genre d'escalade, tu vois, beaucoup plus long, beaucoup plus, peut-être pas ultra technique mais de ce que je comprends beaucoup plus long et exigeant. C'est ça plutôt que tu préfères ?

Olivier Ouais, alors avant, je n'avais pas vraiment de préférence mais au final, ouais, ce que j'aime, c'est vraiment les grandes voies, l'effort long, j'ai fait quelques enchaînements et les gros, ouais, des gros journées d'enchaînement, c'est vraiment ce que j'aime. Il y a ça, il y a aussi le fait de dormir dans la paroi et faire des itinéraires durs sur plusieurs jours, ça, c'est vraiment le gros kiff, quoi. parce que tu perfs, tu fais vraiment de la performance, tu travailles des voies, en fait, tu fais de la falaise mais en hauteur, quoi. Donc, c'est génial, tu vis la performance et l'aventure et ça, j'adore. c'est vraiment super, quoi.

Loïc Grande voie, c'est à partir de, enfin, c'est très clair, la catégorisation, tu vois, en ultra trail, on dit, ouais, à moins de 80, 90 kilomètres, c'est pas un ultra, dans l'escalade grande voie, c'est pareil ? Non,

Olivier pas du tout. Non, grande voie, ça veut dire minimum de longueur. En fait, il n'y a pas de notion de hauteur, c'est surtout, c'est soit l'escalade d'une longueur, soit de plusieurs, donc à partir de deux, quoi. Ouais,

Loïc ok. Et, ok, et, ah et puis, dormir, ok, tu pars avec combien de matos quand tu es sur plusieurs jours comme ça, qu'il faut dormir, dormir au milieu de la voie, se ravitailler et compagnie, ça fait combien de poids, ça ?

Olivier Ah bah ça, à deux poids, alors là, c'est beaucoup, tu pars au moins, bah, déjà, ça dépend de l'itinéraire, déjà, d'où tu dors, parce que si tu dors, si t'as des vires, si t'as des zones de bivouac, bah, tu pars pas avec le parcours, un portal edge, et si c'est vraiment vertical, comme dans le Verdon, par exemple, et bah là, tu pars avec un portal edge, un portal edge, c'est une petite plateforme en tissu, avec des, avec des rails en fer, tu vois, qui te permettent de dormir à l'horizontale, en pleine paroi, quoi, verticale.

Loïc Bonheur.

Olivier et ça, c'est le bonheur, parce que t'es au-dessus du vide, et tu t'en prends plein la vue, au coucher de soleil, au lever du soleil, et la nuit, tu te réveilles, t'as les étoiles au-dessus de toi, t'es dans le vide, c'est génial.

Loïc En tout cas, pour un non-expert, c'est ultra impressionnant. j'avais fait un épisode avec Julia Vira, qui est guide de Haute-Montagne aussi, qui maintenant est navigatrice, accessoirement, et qui avait fait, on avait parlé de son ascension de El Capitan, et je crois qu'elle avait mis 13 jours de mémoire. Incroyable. Ouais, hallucinant. Et du coup, on parlait notamment de ça, tu vois, de comment elle se débrouillait avec le matos, parce que du coup, elle était complètement toute seule, donc monter tout le matos, installer le camp, le lendemain, rebelote. Ah bah oui,

Olivier parce que quand tu fais ce genre de projet, déjà, t'as pas que la grimpe qui compte, il faut savoir gérer ton matos, parce que tu dois grimper, tu dois hisser ton sac, tu dois savoir installer ton portaleche pour dormir, tu dois savoir faire ta bouffe, t'as tout plein de choses à gérer. Donc c'est pas que de la grimpe, c'est vraiment aussi la gestion de tout le reste.

Loïc Du coup, alors là, peut-être que c'est un poil trop technique ou précis, mais par rapport à ce qu'on voit, tu vois, des gens qui montent à, finalement, pas forcément que les gens qui font du free solo, mais qui montent relativement léger d'une traite, c'est quoi la différence de vitesse ? Parce que Julia, tu vois finalement, elle est capitaine, ça fait pas non plus des kilomètres de haut, mais elle a mis 13 jours.

Olivier quand tu pars. Capilane, ça fait quand même 1000 mètres au moins, il me semble. Ouais. 900 et 1000 mètres,

Loïc donc c'est énorme. C'est énorme, c'est absolument monstrueux, mais tu pourrais dire pour quelqu'un qui ne connaît pas, tu te dis, ah ouais, enfin, 13 jours, c'est pas, par rapport à des temps d'escalade, quand on n'est pas sur la grande voie, tu pourrais dire, la différence est monstrueuse, mais en fait, je suppose, c'est par rapport à ce que tu viens d'expliquer, qu'il y a énormément de gestion, de matériel, technique, etc., et que c'est pas juste, tu grimpes, et puis voilà, et ça se fait facilement.

Olivier Ouais, après, ça dépend aussi de, déjà, ça dépend du niveau, du niveau du grimpeur, ça dépend du niveau de la difficulté de la voie, parce que si tu grimpes, par exemple, une voie en 6A, de 500 mètres, tu la fais à la journée, mais par contre, si tu fais une voie de 500 mètres, avec plusieurs longueurs en 8A, et que tu veux la libérer, que tu veux enchaîner les longueurs, ça se travaille, et forcément, ça prend plus de temps. En fait, c'est une question de stratégie aussi, et de ta volonté. Est-ce que tu veux faire la voie en une journée, et tu traces, et si tu n'enchaînes pas, c'est pas grave, tu continues, ou est-ce que tu veux prendre le temps, d'enchaîner toutes les longueurs, et du coup, sortir après avoir enchaîné la longueur, après avoir enchaîné toute la voie ? En fait, ça dépend de ce que tu veux, c'est libre à chacun de faire ce qu'il veut,

Loïc c'est son ascension. C'est quoi toi, ton ascension à toi, dont tu gardes le meilleur souvenir pour le moment ?

Olivier Moi, ce que j'ai adoré, c'est ma première aventure en Porte-Aleige, du coup. Ça s'appelle, la voie, c'était Biographies, dans les Fises.

Loïc OK.

Olivier Et c'est une voie de 300 mètres, à peu près, avec une longueur en 8A, et 4 ou 5 longueurs en 7C, 7C+, et du coup, il a fallu faire ça, en fait. Ça s'appelle une ascension en one push. Moi, c'est ce que je voulais faire. En one push, ça veut dire, tu pars du bas, et tu montes au fur et à mesure, jusqu'à sortir, et enchaîner toute la longueur. Du coup, on faisait longueur par longueur, et puis on avançait à notre rythme, et on a mis 3 jours. Waouh ! Voilà. Mais c'est vraiment génial, parce que sinon, tu pouvais faire cette voie, par exemple, en plusieurs jours, mais tu montes dans la voie, tu travailles les longueurs, tu redescends, tu te reposes, et puis ensuite, une fois que tu as repéré toutes les longueurs, et que tu es bien calé, tu l'as fait d'une traite, mais après plusieurs jours de travail. Ouais. Tu vois ?

Loïc Ok.

Olivier C'est une autre façon de faire.

Loïc Et cette voie, elle est où ? Elle est du côté de... du lac d'Anterne, c'est ça ? De ce côté-là des Fises ?

Olivier Ouais, exactement.

Loïc Ok. Ok. C'est en face-est,

Olivier là, c'est une super paroi, où il y a plein de belles voies, vraiment incroyables, et pas très parcourues, parce qu'elles sont assez loin, il y a beaucoup d'approches, c'est un peu expo, le pied là, et puis c'est assez soutenu, comme niveau aussi.

Loïc Ouais. Ok. Ok. Je te demandais, parce qu'on a fait le tour des Fises avec ma fille, qui avait trois ans et demi à ce moment-là, en refuge et tout, c'était très sympa, et on était passés, et en passant de... du coup, le long, au niveau du lac d'Anterne et tout, c'est vrai qu'elles sont ultra... On était passés le matin, donc tout ce coin-là du massif était en plein soleil, et de loin, c'est... Ouais, je ne pensais pas qu'on grimpait là-dedans, c'est assez vertical quand même. C'est assez impressionnant à voir.

Olivier Ouais, ouais, ouais. Ah ouais, ils sont bien verticals, ouais.

Loïc Bah,

Olivier c'est exactement comme le Verdon, mais il n'y a pas l'eau au pied, quoi. Ouais, ouais. Non, mais sinon, la beauté de cette falaise, c'est vraiment exactement pareil que le Verdon. Ok. C'est exactement pareil.

Loïc Avec la vue en plus, non ? Parce que le Verdon, t'es tout de suite un peu encaissé, non ?

Olivier Ouais, avec la vue sur le Mont-Blanc tout le long, ouais.

Loïc Ouais. Oh là là. Ouais,

Olivier la vue sur le massif, la vue est vraiment très belle. Ouais, c'est vraiment un coin que j'adore.

Loïc Ouais. Et est-ce que tu as modifié un peu ta manière de grimper depuis que t'es au PGHM et que tu vois, peut-être que tu vois des erreurs, des accidents qui auraient pu être évités du fait de peut-être un choix de technique, un choix de matériel, un choix de fenêtres météo, etc. Est-ce que toi, ça a eu un impact sur la manière dont tu grimpes ?

Olivier Non, pas vraiment. Pas sur la grimpe. Après, sur l'alpinisme, peut-être, mais pas sur la grimpe, non. Non, par contre, je grimpe d'une intensité différente.

Loïc Ok, c'est-à-dire ?

Olivier C'est-à-dire que maintenant, j'ai passé le guide, du coup, j'ai plus d'obligation, pas d'obligation, mais d'aller autant en montagne. Du coup, je peux privilégier la grimpe et me consacrer davantage à la grimpe et de m'entraîner plus spécifiquement à la grimpe pour mes projets perso. Ok. Vu que le guide, je l'ai, c'est bon. Ouais,

Loïc c'est fait, tac, coché. Ouais, c'est ça. Excellent. Excellent. Et en parlant de projets perso, tu travailles déjà sur des grosses aventures à venir, là ? Ouais, je n'en parlerai pas parce que je n'ai pas envie de me porter d'ailleurs. C'est un choix. Il y a des gens qui disent, je préfère en parler comme ça, c'est ancré, je n'ai plus le choix, j'y vais. Non, non, non, non, non,

Olivier mais oui, j'ai des projets dans le massif. J'ai deux projets et j'espère en faire au moins un dans l'été, ça sera pas mal. Et ouais, j'ai un beau projet d'enchaînement dans l'été, là. Top,

Loïc trop bien. Excellent. Et côté PGHM, aujourd'hui, tu es toujours, alors je suis désolé, le terme, c'était équipier-membre, c'est ça ? Ouais, équipier-membre, ouais, c'est ça. Équipier-membre, ok. Et c'est quoi le parcours, entre guillemets, classique, même si je pense qu'il n'y a pas beaucoup de classiques dans ce type d'unité, mais les gens restent, tu passes rapidement chef de caravane, tu fais d'autres choses, ça se structure comment habituellement ? Tu demandes le parcours pour devenir équipier ? Non, pour une fois que tu es équipier, toi typiquement, c'est quoi la carrière, entre guillemets, classique, s'il y en a une, au PGHM, en termes d'évolution, etc.

Olivier En fait, ça dépend de, ça dépend de, c'est en fonction de, est-ce qu'il y a beaucoup de monde qui prétend aller au chef de caravane ou non ? Ok. Voilà, parce qu'avant, la fonction, elle est avec le grade, et du coup, tu ne pouvais pas prétendre aller au stage directement, mais c'est en train de changer. Mais en gros, au bout de 5 ans de membre, tu peux aller au chef de caravane. D'accord. Là, ce qu'il faut retenir, c'est qu'au bout de 5-6 ans, tu peux aller au chef de caravane.

Loïc Ok. Et donc, chef de caravane, c'est globalement la même chose qu'équipier et membre, simplement, tu as la responsabilité d'au moins un homme en plus, c'est ça ?

Olivier Ah non, ce n'est pas du tout pareil. Ce n'est pas du tout pareil. Ah oui. Si, tu fais le même métier, mais c'est intense, parce que là, tu es vraiment responsable du secours et c'est toi qui gères tout. Niveau intellectuel, ça s'accélère.

Loïc Ok. Parce que toutes les décisions, finalement, sont prises par toi ?

Olivier Oui, sur le terrain, c'est vraiment toi qui gères tout. Tu coordonnes tout avec le bureau, avec l'hélico, c'est toi qui prends toutes les décisions. C'est toi qui prends les décisions. Et voilà. Après, tu te concertes avec le membre. Je ne dis pas que le membre, il fait rien, pas du tout. Mais c'est quand même le chef de caravane qui prend les décisions et c'est lui qui a la responsabilité. Donc, ce n'est pas pareil quand même.

Loïc Ok. Oui. Du coup, pour prendre une analogie maritime, on va dire, le chef de caravane, en fait, dans la machine, dans l'hélico, enfin, on parle de l'hélico, mais même à pied, c'est le capitaine, c'est ça ? Toutes les décisions, c'est lui ? Non.

Olivier Non, non, c'est le chef de bord, c'est quand même le pilote parce que c'est lui qui… D'accord. Ok. C'est lui qui… Voilà. Mais par contre, il y a quand même une discussion à bord tous ensemble. Ok. C'est vraiment en communion qu'on prend la décision. Mais celui qui prend la décision en dernier, c'est quand même le pilote. Oui. Si le chef de caravane, il dit, moi, je vais te poser à cet endroit-là et que le pilote, il te dit non, c'est non parce qu'il ne peut pas. Ok.

Loïc Ouais, ouais, ouais. Ok. Voilà. Ça doit être une intensité. Je pense, pour des gens comme moi, tu vois, civils, qui ne sont pas du tout dans le milieu, même sans être dans le milieu, je trouve que ce qui ressort assez facilement compréhensible, c'est l'intensité de la chose. Et le fait que finalement, tu as des… J'ai l'impression quand on parle qu'il y a énormément de décisions avec potentiellement énormément de conséquences à prendre assez rapidement et en plus en concertation. c'est ultra impressionnant.

Olivier Ouais, rien n'est anodin au final. Ouais,

Loïc ouais.

Olivier Et puis moi, tu vois, je ne suis pas encore chef de caravane, j'y vais cet automne, c'est un stage de trois semaines. Et du coup, pour me préparer, je passe en chef de caravane, je demande à chaque fois à mes collègues si je peux faire le chef de caravane sur mes secours. là. Du coup, ce n'est pas du tout pareil. Non, non, c'est vraiment une gymnastique, c'est vraiment une grosse gymnastique. Et du coup, tu te dis, mais en fait, chaque petite décision, au final, ça demande une réflexion quand même. Et tu n'as pas cette notion-là quand tu es membre. Quand tu es membre, tu le vois prendre ses décisions, mais au final, tu ne vois pas tout le cheminement qu'il a fait avant pour te dire, il a pris ses décisions-là. Et maintenant que je suis à sa place, tu vois, là, je me rends compte. Voilà,

Loïc c'est ultra intéressant. Oui. Excellent. Écoute, Olivier, un grand merci pour ces partages. C'était vraiment passionnant que ce soit d'un point de vue secours et secourisme. Voilà, maintenant que j'ai bien intégré la différence, escalade, le mariage des deux. Vraiment, merci de nous en avoir dit un peu plus sur ton univers et ton parcours. Est-ce qu'il y a peut-être un mot de la fin, un dernier message que tu voudrais faire passer ?

Olivier Vivez de votre passion et voilà. Si vous avez l'opportunité de vivre vos passions, n'hésitez pas.

Loïc Très beau message. Écoute, t'en es clairement l'illustration. Merci une fois de plus. Et s'il y a des gens qui veulent te suivre, potentiellement échanger sur les réseaux, t'es présent, on peut te contacter ?

Olivier Oui, me contacter, il n'y a pas de problème sur Instagram ou Facebook. Oui,

Loïc nickel. Les liens sont en description de l'épisode. Foncez. Merci une fois de plus, Olivier. Merci à Simalp d'avoir permis cet échange. Et puis, écoute, très bonne prépa pour un, ton gros projet de l'été et deux, le stage chef de caravane en automne. Merci beaucoup. À bientôt, Olivier. Merci, saludonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsons

Transcription automatique relue · susceptible de contenir des imprécisions.

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