Loïc Hello, hello ! Vous écoutez Les Frappés, le podcast de celles et ceux qui se dépassent. Je suis votre hôte Loïc, ancien sportif de haut niveau en judo, coach, préparateur mental et amoureux d'activités outdoor en tout genre. Ma conviction, c'est qu'on a tous une petite étincelle de folie et d'audace, une version un peu frappée de nous-mêmes au potentiel exceptionnel qui sommeille en nous. J'ai créé ce podcast pour vous faire découvrir des femmes et des hommes qui ont osé le réveiller. Mes invités sont des athlètes de tous niveaux, des aventuriers professionnels, des voyages aux eaux longs cours, des entrepreneuses ou encore des militaires, des forces spéciales. Leurs témoignages au micro du podcast sont de puissantes invitations à passer à l'action. Attention, une écoute régulière peut entraîner des changements positifs irrévocables dans vos vies. Parfait, bienvenue, bon retour Émilie au micro défrappée. Merci, Loïc. Super content de te retrouver. Je te disais juste avant qu'on commence, un peu plus de quatre ans après notre premier enregistrement. C'était en septembre 2021 que j'avais diffusé ton épisode à l'époque où tu étais venu nous parler de plein de choses, de tes voyages, de tes activités de guide. Tu as ton rapport au backpacking, au backpacking et au bikepacking puisque tu venais de traverser à ce moment-là l'Afrique sur plus de six mois et 15 000 kilomètres. Et depuis, il s'est sans doute passé plein de choses. Mais avant de commencer, d'ailleurs, si il y en a qui n'ont pas écouté l'épisode, le lien est en description. Donc, allez-y, le premier. Je pense que je ne l'ai jamais dit parce qu'on n'échangeait pas régulièrement après cet épisode. Mais quand je présente le podcast, je tenais à te le dire, au moment où on démarre ce nouvel enregistrement, en fait, systématiquement, je parle de ton épisode. En fait, quand les gens m'expliquent ce que c'est les frappés, je dis que j'interview des gens qui ont des parcours, qui sortent un peu des sentiers battus, des anciens militaires, des aventuriers professionnels. Et systématiquement, je dis des femmes qui partent traverser l'Afrique à vélo en solitaire. Et du coup, ça parle tout de suite aux gens. Mais c'est la réflexion l'autre fois que je prends systématiquement ton exemple pour expliquer qui sont les frappés que j'interview. Donc voilà, maintenant tu sais.
Émilie Merci, ça me fait sourire.
Loïc Bref, après cette longue intro, Émilie, ce que je te propose, c'est peut-être de nous réexpliquer dans les grandes lignes, pour celles et ceux qui n'écoutaient pas le podcast il y a quatre ans, ce que tu fais aujourd'hui, ton activité professionnelle ou tes activités professionnelles. Et on va commencer par ça et ensuite on se dirigera doucement vers tes récentes aventures à vélo.
Émilie Oui, alors activité professionnelle, depuis une dizaine d'années, je suis devenue guide de voyage, d'aventure et plus particulièrement de safari pour une agence de voyage. Donc j'accompagne des groupes pour toute la durée de leur circuit en Afrique de l'Est. Donc principalement Ouganda, Kenya et Tanzanie. Donc voilà, et ce rythme de travail saisonnier me permet d'avoir quelques mois de libre par chaque année pour pouvoir poursuivre mes aventures en parallèle. Donc voilà.
Loïc Donc si on a besoin de conseils, de tips sur les bons safaris à faire, tu es la personne à qui il faut demander.
Émilie Oui, oui, oui, effectivement, vous pouvez me demander régulièrement. Les gens m'envoient des petits messages sur les réseaux pour organiser leurs vacances.
Loïc Trop bien. Parce que tu le fais aussi en direct ou systématiquement par...
Émilie Alors non, pas du tout. Non, non, pas du tout. Alors moi, je peux juste donner des conseils comme un ami, comme une amie, mais moi je n'organise pas de voyage moi-même. Je les guide et je suis salariée d'une agence de voyage qui les organise pour moi.
Loïc D'accord, ok, ok, super. Excellent. Ton rapport au voyage et au vélo, donc encore une fois, je vous l'en dis, vraiment foncez écouter cet épisode de 2021 qui durait un peu plus d'une heure. Moi, je m'étais régalé, ça m'avait vraiment marqué encore une fois, c'est la raison pour laquelle je mentionne souvent ton expérience de vie comme étant un peu la référence du type d'invité que je cherche pour les frapper. Mais en gros, ton rapport à l'aventure, au bikepacking et au backpacking en général, si tu devais le synthétiser pour ceux qui ne t'ont encore jamais écouté, tu l'expliquerais comment ?
Émilie Alors pour moi, c'est une aventure surtout en Afrique, parce que ce n'est pas n'importe où que je fais ces voyages, c'est mon amour pour le continent africain en particulier et mon goût de l'aventure et surtout de la recherche des imprévus et de la connaissance de l'autre en fait, de la curiosité de voir ce qui se passe ailleurs et en combinant un mode de voyage lent en fait qui me convient tout à fait.
Loïc Parce que tu fais encore du backpacking ou maintenant c'est plutôt exclusivement du vélo ?
Émilie Alors effectivement, c'est principalement vélo, sacoche. Oui, je n'ai pas réussi encore à partir vraiment trop légère sur des voyages plutôt longs. Donc c'est du voyage à vélo découverte, mais moins axé sur du sportif, comme le font certains, de l'ultra bike. Moi, c'est plutôt voyage découverte. Alors maintenant, plus ça va et plus je me mets dans le mood un peu petit défi sportif également, plus ça va et plus je cherche à tester ma résistance physique avec de nouveaux défis un peu plus durs et des voyages qui vont être, je pense, de plus en plus difficiles au niveau physique.
Loïc Ah, excellent. Excellent. C'est quoi qui motive du coup ce switch vers un peu plus de défis, d'aventures punchy physiquement ?
Émilie En fait, je pense que c'est l'avancée dans l'âge.
Loïc Oui.
Émilie Là, maintenant, j'ai 45 ans et c'est vrai que quand j'ai eu mes 40 ans, je me suis dit que la meilleure façon de vieillir, en fait, c'est d'entretenir son corps de plus en plus, d'être plus fort physiquement. Alors, je ne sais pas si j'ai raison, mais de rechercher un peu cette résistance physique, d'aller pour aussi me permettre de vivre des aventures un peu plus difficiles, aller dans des coins beaucoup plus reculés. Voilà, comme ce que j'avais fait en Afrique de l'Est, c'était bien, c'était déjà physiquement difficile. Mais là, je recherche encore des pistes un peu plus reculées, des climats un peu plus au niveau challenge, un peu plus difficiles aussi, alors des pistes en mauvais état, etc. Ce qui va me permettre d'arriver dans des coins beaucoup plus reculés. Et ça, ça attise vraiment ma curiosité, d'aller dans des coins, surtout en Afrique, des coins où ne passe pas, où passe beaucoup moins de monde, en fait. Voilà, donc je me dis, si je suis plus résistante physiquement, je pourrais aller plus loin, dans des endroits beaucoup plus authentiques et plus vite aussi. Enfin, pas forcément plus vite, mais faire plus de kilomètres en moins de temps, en fait. Voilà.
Loïc Hyper intéressant ce que tu partages sur ton rapport au physique, à la forme physique au fur et à mesure qu'on vieillit. Ça me fait penser à une invitée. Je te l'enverrai, je ne sais pas si tu écoutes des podcasts ou de la musique quand tu traverses l'Afrique de l'Est ou l'Afrique de l'Ouest, ou bref, tu es sur tes tripes à vélo. Mais j'ai eu une invitée qui s'appelle Christine Tailleb, qui est une retraitée qui, au moment de l'enregistrement de son podcast, avait plus de 70 ans. Et qui m'expliquait qu'elle s'était mise à courir à 60 ans et que pour son 70e anniversaire, elle s'était offerte le Marathon des Sables. Ah oui ! Tu vois, une course à étapes de 250 kilomètres.
Émilie Ah oui, le Marathon des Sables, oui. Voilà.
Loïc Elle a fini…
Émilie C'est fort musclé, oui.
Loïc Exactement, oui. Donc, elle est finisseur du Marathon des Sables. Elle a terminé… C'est la dernière à avoir terminé, mais voilà, 70 ans, elle a fini le Marathon des Sables. Et c'était méga intéressant parce qu'elle parlait justement de ce rapport au sport, au physique, la notion de performance versus la longévité. Enfin voilà, ça m'a tout de suite fait penser à cet échange que j'avais trouvé ultra intéressant.
Émilie Oui, oui. Chapeau, elle.
Loïc Ok, donc doucement une évolution vers des expériences un peu plus engagées. Alors moi, je t'avais proposé de refaire un épisode parce qu'il y a quelques mois maintenant, tu avais pas mal communiqué sur les réseaux. J'imagine que c'était une période de creux entre la période des safaris. Mais tu as fait une grosse traversée. Alors si je me souviens bien, c'était Afrique de l'Ouest à vélo. C'est ça, je ne dis pas de bêtises, c'était Afrique de l'Ouest ?
Émilie Oui, oui, oui. C'est ça. Après l'Afrique de l'Est qu'on avait commenté en 2021, je me suis lancée maintenant à traverser l'Afrique de l'Ouest seule à vélo.
Loïc Waouh. Alors à l'époque, quand tu m'avais parlé de ta traversée de l'Afrique de l'Est, je me souviens en particulier, tu nous avais parlé du Soudan où si j'ai bonné mort, tu avais eu des conditions météo abominables, vent de face, tu avais avancé à 10 km heure. Enfin, ça avait l'air vraiment quand même ultra engagé. l'Afrique de l'Ouest, le dernier trip sur lequel tu t'es lancée, c'était quoi le parcours ? Qu'est-ce que tu avais en tête initialement ?
Émilie Alors, je n'avais pas vraiment de parcours. Moi, j'aime bien aller un peu à la découverte et surtout laisser l'imprévu mener un peu mon voyage sans but fixe. Mais le but, c'était la traversée de l'Afrique de l'Ouest. Je suis arrivée cette année jusqu'à Abidjan, donc en Côte d'Ivoire. Et en gros, j'ai traversé, donc je suis partie de Savoie, de chez moi. et je suis arrivée en traversant le Maroc, le Maroc et ensuite tous les pays de l'Afrique de l'Ouest vraiment jusqu'à la jungle de Côte d'Ivoire.
Loïc Tu es partie de Savoie à vélo ?
Émilie Oui, oui, oui. Je suis partie de Savoie à vélo. D'accord.
Loïc Avant même le Maroc, tu as traversé la France, l'Espagne.
Émilie Je n'ai pas traversé l'Espagne parce que je me suis dit bon, je préfère laisser l'Espagne peut-être pour plus tard. J'avais vraiment envie d'arriver au plus vite en Afrique. Donc, j'ai pris le bateau de Barcelone à Tangier. D'accord. Avec mon vélo.
Loïc Très bien. Et alors, attends, du coup, question, donc tu traverses le Maroc. Comment tu as, j'ai une carte sous les yeux, je suis désolé pour ceux qui nous écoutent, mais s'il y en a qui ne sont pas trop familiers, donc on va dire le coin nord-ouest de l'Afrique, donc c'est évidemment le Maroc, la frontière, c'est à l'est, c'est l'Algérie, mais au sud du Maroc, il y a un territoire un peu compliqué politiquement qui est le Sahara de l'Ouest, si c'est la bonne traduction en français, donc qui est vraiment frontière sud du Maroc et en dessous de ça, c'est la Mauritanie.
Émilie En fait, oui, le Sahara occidental, c'est un petit peu compliqué au niveau politique, je ne veux pas parler, enfin, je veux dire, c'est un territoire qui est occupé par les Marocains, en fait.
Loïc Qui n'est pas un territoire, enfin, reconnu en tout cas, qui n'est pas un pays à part entière, mais qui n'appartient à personne non plus, enfin, c'est un peu... En fait,
Émilie c'est un... ils ont quand même un pays qui n'est pas reconnu, donc le Sahara occidental est un pays qui n'est pas reconnu au niveau international, et le sud du Maroc, donc, quand on voit la frontière effectivement en pointillée sur la carte, tout ce territoire-là est occupé par le Maroc, en fait. Donc, entre le Maroc et la Mauritanie, une ville qui s'appelle Gergerat, on passe la frontière entre le Maroc et la Mauritanie, et là, c'est un endroit où il y a des militaires vraiment tous les kilomètres qui surveillent tous vos faits et gestes, même j'ai été amenée à camper dans le désert au milieu de nulle part, et une voiture de gendarme de Marocains m'essayent d'arrêter pour me demander ce que je faisais là, où j'allais, etc., pour me demander mes papiers, parce que c'est un endroit qui est vraiment très, très surveillé au niveau militaire. Effectivement, le Sahara occidental, ils sont alliés des Algériens, et maintenant, ils sont plus dans les camps de réfugiés dans une ville qui s'appelle Tindouf, en Algérie. Ok,
Loïc mais donc, du coup, tu as dû rentrer quand même dans le Sahara occidental et ressortir dès que possible en Mauritanie, c'est ça ?
Émilie Oui, c'est ça, mais oui, vraiment, on ne rentre pas vraiment dans ce qui est Sahara occidental, c'est une région, enfin oui, c'est une région qui est encore en conflit, en fait. Oui, voilà.
Loïc Ok. C'est la question que je me posais quand je, du coup, par où tu étais passé exactement ?
Émilie Oui, et en 2020, d'ailleurs, il y a eu des conflits armés par rapport à cette occupation marocaine, et il y a une zone de la frontière, justement, entre le Sahara occidental, enfin, la partie occupée par le Maroc et la Mauritanie qui est minée. Donc là, il faut faire attention. Oui, oui, oui, oui. Après, c'est la zone vraiment frontière entre le Maroc et la Mauritanie à ce niveau-là.
Loïc Ok.
Émilie Oui.
Loïc Mais donc là, dans ce coin-là, toi, avec ton vélo, bon déjà, j'imagine que tu dénotes un peu dans le paysage, on doit se demander ce que tu fabriques là, mais tu arrives à rester, c'est quand même, tu as des routes qui relient, tu vois, de manière discontinue, enfin, continue, pardon, le Maroc à la Mauritanie ou il faut que tu empruntes des pistes de 4x4, que tu galères un peu pour t'exprimer là ? Oui, oui, non,
Émilie ça, c'est une piste, c'est une route qui est goudronnée.
Loïc Ok.
Émilie En fait, c'est la route principale qui relie le Maroc. Donc, tous les échanges commerciaux se font à travers de cette route. D'accord, ok. On a beaucoup de camions, surtout marocains, qui descendent avec des denrées pour la Mauritanie. D'accord. Qui descendent même jusqu'au Sénégal, etc. Des camions avec des marchandises, de la marchandise, etc. qui font le trajet souvent jusqu'à Dakar, même. Donc, c'est une route goudronnée. C'est sûr qu'elle est très bonne jusqu'à une ville qui s'appelle Darla, qui est à peu près au milieu du Sahara occidental occupé par les Marocains. Et ensuite, la route devient un peu plus, un peu en moins bon état, on va dire, mais toujours goudronnée. Donc, à ce niveau-là, il n'y a pas trop de problèmes. Mais on est au milieu du désert. C'est vraiment une zone désertique, pas beaucoup de villes, pas beaucoup de ravitaillement, pas beaucoup de restaurants, etc. Donc, c'est vraiment la traversée du désert.
Loïc C'est exactement ce que j'allais te demander parce qu'encore une fois, désolé pour ceux qui nous écoutent qui n'ont pas une carte sous les yeux. Mais en gros, quand on dézoome sur l'Afrique de l'Ouest, très clairement, jusqu'au sud de la Mauritanie, les images satellites, c'est désert, désert. Et ensuite, on rentre dans des zones, tout ce qui est Guinée, Guinée-Bissau, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, où il y a beaucoup plus de verre. Toi, sur le terrain, c'est vraiment ce que, enfin, c'est ça aussi, tu as une cassure un peu, on va dire, quand tu sors de Mauritanie où tu rentres dans des coins où il y a de la végétation, où il y a de l'eau, des ravitaillements possibles ?
Émilie Oui, oui, alors la cassure, justement, comme tu dis, le contraste est quand même très intéressant. Quand on arrive au Sénégal, tout de suite, alors même si le nord du Sénégal est quand même semi-aride, ce n'est pas non plus la forêt tropicale encore au nord du Sénégal, mais on voit quand même un grand changement avec la végétation, des arbres, des oiseaux, beaucoup plus de vie, effectivement, qu'en Mauritanie. Mais moi, c'est vrai que j'ai quand même un penchant pour les zones désertiques et cette deuxième traversée du Sahara par la Mauritanie a été très intéressante. D'ailleurs, je me suis attardée un peu plus que prévu en Mauritanie parce que, justement, j'aime bien ces zones désertiques. On est tout seul, au milieu du désert, ces étendues, sans personne, avec quelques bédouins, parfois. Pour moi, c'est extraordinaire et si je devais le refaire, je le referais.
Loïc C'est quoi, du coup, parce que je ne peux pas m'empêcher de penser que, déjà, le voyage en solo, c'est un acte fort. Selon les destinations où on se rend, évidemment, ce n'est pas tout à fait la même chose. Quand on visite New York seul ou la Mauritanie, ce n'est peut-être pas tout à fait la même, mais le voyage à solo, à vélo, donc plutôt long, dans le temps, dans des coins, tu le disais, je ne suis pas sûr qu'il y ait énormément de touristes qui s'amusent à traverser le Sahara occidental depuis le Maroc pour aller ensuite au Sénégal via la Mauritanie. C'est quoi la réaction des gens, les gendarmes qui viennent te voir en 4x4, les gens que tu croises, les Bédouins, quand ils comprennent que tu es une femme toute seule qui fait ça par plaisir pour traverser un désert à vélo ?
Émilie L'incompréhension, je pense que... Je pense que... Déjà, ils ne comprennent pas pourquoi je suis à vélo, une blanche à vélo, pourquoi tu mets ton corps en souffrance, pourquoi tu fais ça, qui te paye pour faire ça, quel plaisir tu trouves à faire ça ? C'est une incompréhension totale. Et puis une femme surtout, où est ton mari ? Pourquoi... Enfin, où sont tes enfants ? Pourquoi tu... Alors, si je leur explique que je ne suis pas mariée, que je n'ai pas d'enfant, alors là, c'est encore plus l'incompréhension, c'est... Oui. Et en Mauritanie, j'ai envie de dire que j'étais presque transparente, en fait. C'était une incompréhension totale. C'était vraiment un rapport un peu plus... Enfin, compliqué à expliquer, en fait, parce que les gens ne comprennent pas du tout. Ce n'est pas du tout quelque chose qui est concevable pour eux de partir faire la traversée de l'Afrique à vélo. Pourquoi ? Enfin, il n'y a aucune nécessité, aucune envie, aucune curiosité. Et puis, surtout, une femme doit être auprès de son mari, avec des enfants. Voilà, c'est... Niveau culturel, il y a une grande barrière là-dessus, en fait, je pense. OK.
Loïc Et... Et... Tu as des interactions avec des femmes, justement, de ces pays-là, quand tu les traverses, ou culturellement ?
Émilie Oui, oui, beaucoup. Moi, je cherche surtout aussi l'interaction avec les femmes. Après, il y a quand même la barrière avec la langue. Les femmes, surtout dans ces pays-là, vont quand même beaucoup moins à l'école, donc ont beaucoup moins l'apprentissage du français ou d'une autre langue. Donc, il y a quand même une barrière assez importante de la langue. Mais c'est vrai que les femmes sont aussi dans l'encompréhension, ça, c'est sûr.
Loïc J'imagine, ça doit détonner, encore une fois, dans le paysage, mais assez incroyable. Parce que, dans ta manière de voyager à vélo, tu disais que tu... Bon, je pense que tu as une idée de par où tu veux passer, peut-être des points un peu clés, etc. Mais de ce que je comprends, tu laisses quand même beaucoup de place à l'impro, entre guillemets. Tu comptes sur, pour tout ce qui est logement, nourriture, avitaillement, tu essaies au maximum d'être autonome, indépendante, ou tu comptes aussi sur les gens que tu rencontres pour potentiellement t'héberger, partager un repas, etc.
Émilie Ah oui, moi je compte sur l'autonomie complète. Ok. C'est-à-dire que j'ai toujours avec moi de la nourriture, j'ai ma tente, j'ai vraiment tout le matériel pour être en autonomie, 100%. Ok. donc, il faut que je me sache débrouiller, me débrouiller toute seule, savoir réparer mon vélo, savoir, bon, trouver de la nourriture, de l'eau. Bon, après, on dépend toujours des populations locales en cas d'urgence, voilà, où trouver de l'eau. Parfois, on est obligé de prendre de l'eau du puits, d'un village, etc. Voilà. Après, en arrivant en vélo, les gens sont quand même très accueillants et très hospitaliers. L'hospitalité est offerte à chaque fois dans n'importe quel pays et n'importe quel âme. Ok.
Loïc C'est ce que j'allais te demander, du coup. Ça va être ma question d'après, du coup, c'était est-ce que, en dépit de ces réactions initiales, tu vois, un peu, enfin, très étonnées et il y a beaucoup d'incompréhension, est-ce que les gens te proposent quand même, tu vois, de t'accueillir, de te tendre la main et finalement, après coup, peut-être, tu vois, une soirée passe ensemble, comprennent pourquoi tu fais ça ou peut-être même pour, je ne sais pas, certaines femmes te disent qu'elles aimeraient bien faire quelque chose comme ça un jour aussi. Ça allait être ma question d'après, tu vois, est-ce que tu as quand même des échanges ou est-ce que ça s'arrête à, on ne comprend pas ce que tu fais là.
Émilie Ah oui, bien sûr, j'aime les pays désertiques parce que je suis seule et j'aime bien la solitude mais je recherche aussi le contact avec les gens, les discussions, etc. Et c'est vrai que ça a été un peu plus facile au fur et à mesure que je descendais parce que au Sénégal, à partir du Sénégal, les gens parlent un petit peu plus français ou anglais et donc l'échange est un peu plus facilité pour ces choses-là et niveau culturel aussi, qu'on prenne un peu plus l'envie d'aventure chez certaines personnes, effectivement. avant de passer
Loïc sur des questions plus techniques et je ne veux pas du tout tomber dans les questions clichés qui font des clics, etc. Mais bon, je pense que c'est quand même, je ne sais plus si tu l'as en tête mais j'ai un épisode sur deux globalement. J'essaie de faire en sorte d'avoir des femmes représentées sur le podcast aussi. et je pense que la question pour beaucoup de gens qui n'ont jamais voyagé comme toi en solitaire dans des coins un peu moins touristiques habituellement, je pense, la question de la sécurité, elle viendrait tout de suite. Du coup, je te la pose. Est-ce que, comment tu réfléchis, c'est un point auquel tu réfléchis et du coup, tu fais des choses par rapport à ça, tu peux bien choisir ton emplacement de campement, tu vas jauger un peu les gens à qui tu t'adresses avant de les aborder ou est-ce que, toi qui es quand même beaucoup sur le terrain en Afrique, tu connais très bien le continent, est-ce qu'en fait, ce n'est pas tant un sujet que ça, l'insécurité quand on voyage seul en tant que femme ?
Émilie Alors la sécurité, de toute façon, oui, en tant que femme seule, elle se pose tout le temps.
Loïc Ok.
Émilie Mais, moi, à travers mes voyages, j'ai appris à vivre avec en fait et il se développe quand même un certain sens commun de pouvoir faire confiance à certaines personnes et certaines non. Enfin, voilà, on apprend vite à ne pas aller dormir chez un homme seul, par exemple, à ne pas demander l'hospitalité si c'est un homme seul, par exemple. Alors oui, ça fait cliché. Tous les hommes qui vivent seuls ne sont pas forcément des pervers qui vous veulent du mal. Mais, moi, j'observe toujours cette règle en fait de si je demande l'hospitalité, ça va toujours être dans une famille où il y a des femmes, des enfants, voilà. Moi, ça me rassure en fait et effectivement, quand je recherche un campement dans la nuit, que ce soit en forêt ou dans le désert, je cherche toujours un endroit qui est plus loin des zones habitées ou même juste loin d'un hameau où je peux me cacher et être sûre que personne ne va me voir en fait. Voilà. Parce que ça peut être quelqu'un qui vous veut du mal ou quelqu'un qui... Il y a beaucoup de gens aussi qui peuvent boire, etc. ne pas être conscients de ce qu'ils font, etc. Après, ça, j'ai envie de vous dire, ça peut arriver partout, même en Europe, quand une femme seule ou un groupe de femmes sort en discothèque le samedi soir ou au travail, un collègue de bureau qui peut être... qui peut vous draguer et devenir insistant. Voilà. Moi, ce que j'ai envie de dire, c'est que les femmes ne s'arrêtent pas de voyager justement à cause de ce motif-là en fait. Il faut juste être prudent dans sa manière de faire, avoir du sens commun mais pas plus que dans sa vie courante en fait.
Loïc Absolument. Alors, c'est très facile de dire pour moi qui ne suis pas une femme et qui fait 1m91, mais oui, je pense que c'est... c'est super intéressant que tu partages ce message-là parce que... parce que... parce que je pense qu'il y a... le premier filtre, c'est sans doute l'auto-censure et encore plus, tu vois, pour plein de raisons différentes, quand on est une femme, peut-être qu'on a peut-être plus tendance à ne pas s'autoriser ou à se dire que c'est plus... enfin, voilà, à se mettre des freins finalement.
Émilie Oui, ça c'est sûr.
Loïc Oui. Est-ce que tu as peut-être pour clôturer sur ce sujet un tips à partager ? Tu as un peu parlé de campement, etc., mais est-ce que tu as une situation, tu vois, un peu inconfortable, borderline, insécurité où tu t'en es tiré et tu as appris quelque chose sur la manière dont tu l'as fait ?
Émilie Alors oui, oui, oui, ça m'est arrivé plusieurs fois d'avoir des propositions indécentes, forcément. Bon, alors oui, ne pas se retrouver surtout avec un homme jeune, seul, dans un endroit fermé par exemple ou dans un endroit reculé, parce que ça m'est arrivé plusieurs fois de m'arrêter dans des restaurants au milieu du désert, restaurants pour gens de passage, etc., et effectivement de me retrouver dans des situations moins confortables avec des propositions indécentes et dans ce cas-là, j'ai réussi à partir, en fait, à dire non et partir aussitôt. Bon, les personnes n'ont pas été insistantes ni quoi que ce soit, mais c'est vrai qu'il faut toujours être vigilante, en fait, voilà. Mais ça peut arriver n'importe où, en fait, ne pas se bloquer que ça va arriver parce qu'on voyage seul dans un endroit, ça peut vraiment arriver partout.
Loïc OK. Sur la partie désertique, puisque tu disais que c'est une partie de ta traversée qui t'a particulièrement plu, d'un point de vue logistique, comment tu gères le réapprovisionnement en eau, par exemple ? Tu es dans le désert, surtout dans un coin, tu vois, comme le Sahara occidental où je me dis, bon, je ne suis pas sûr qu'il y ait des cartes méga à jour de où est-ce que tu as une station service avec de l'eau potable.
Émilie Alors, on a beaucoup déjà de... Moi, j'ai du matériel pour filtrer l'eau, donc je peux prendre basiquement n'importe quelle eau. Alors, évidemment, je n'ai pas vraiment envie de boire d'une flaque d'eau ou vraiment de l'eau qui soit résiduelle, donc il faut quand même faire attention, mais voilà. C'est des pompes à main ? C'est du matériel, oui, pour filtrer un bon filtre à eau, parce qu'effectivement, au Soudan, j'avais déjà été malade avec des problèmes d'eau qui étaient puisés directement du Nil, en fait, de la rivière qui était assez contaminée à certains endroits. Et donc là, j'ai appris à filtrer l'eau et en fait, on trouve quand même des endroits où prendre de l'eau, pas fréquemment, mais je charge, en fait, sur mon vélo. J'arrive à être chargée de plus de 10, 10 ou 15 litres d'eau. Donc, dans la plupart du temps, on retrouve quand même des petits villages où il y a un puits, en fait, un puits ou une station service où vous pouvez recharger de l'eau, etc. pas forcément de l'eau en bouteille, mais des puits où les gens vous laissent prendre de l'eau. Voilà, donc après, je charge sur mon vélo des réserves. Je fais des réserves, en fait, d'eau et de nourriture sur mon vélo pour être autonome et ne pas manquer surtout de choses de base.
Loïc Parce qu'il y a 10, 15 litres d'eau, c'est quoi ? C'est une journée et demie, deux jours dans le désert ?
Émilie Deux jours, à peu près, en faisant attention à sa consommation.
Loïc Et la nourriture, vu les températures et tout, tu es obligé d'emmener, tu n'as rien de frais, je suppose, ou pas grand-chose ?
Émilie Ah oui, non, c'est toujours la nourriture plutôt du riz, des pâtes, du pain. Voilà, c'est une nourriture basique. C'est vraiment, il ne faut pas être, dans ces voyages-là, il ne faut pas être compliqué, il faut savoir s'adapter. Non, non, c'est vraiment nourriture de base. D'ailleurs, j'ai perdu beaucoup de poids à cause de ça parce qu'avec la chaleur, parfois, on n'a pas faim. Manger du riz tous les jours, c'est vrai qu'au bout d'un moment, ça calme et ça ne nourrit pas forcément, enfin, ça ne fait pas forcément plaisir et parfois, l'appétit est coupé par la chaleur parce qu'on n'a plus envie de manger du riz tous les jours. Voilà, donc après, c'est vrai que plus on descend et c'est vrai qu'à partir du Sénégal, on trouve quand même pas mal de fruits et légumes donc là, ça va mieux mais c'est vrai qu'en Mauritanie, c'était un peu compliqué surtout que c'était le ramadan quand j'y suis allée l'année dernière et par la période du ramadan, c'est encore pire parce qu'on trouve les magasins sont fermés, il faut se réapprovisionner plutôt le soir ou la nuit quand les gens mangent et là, c'était un peu plus compliqué au niveau logistique.
Loïc Sachant qu'il faisait quelle température là à cette période quand tu as traversé la montée ?
Émilie J'ai atteint les 40 degrés quand même, 40-45 degrés, oui, dans l'intérieur de la Mauritanie. Après, même si ce n'était pas dans des zones désertiques, il a commencé à faire très très chaud aussi en Guinée-Bissau, dans le nord de la Guinée aussi, il faisait des températures vraiment près de 40 degrés presque tous les jours.
Loïc Ok. Donc quand même, depuis tout à l'heure, je fais des zooms sur la Mauritanie, j'ai essayé de suivre la RN1, enfin les deux principales routes, j'ai l'impression, du pays. Effectivement, il n'y a quand même pas grand-chose entre deux gros patelins et c'est le désert.
Émilie Oui, après, on s'habitue et puis après, il y a quand même plus de vie que ce qu'on imagine en voyant la carte. Oui, des petits hameaux de gens qui ont des besoins qui vivent là avec leurs animaux parce qu'il y a quelques touffes d'herbes à brouter pour leurs dromadaires. On trouve des oasis aussi, j'ai trouvé des oasis. Ah oui ? Oui, oui, oui, des rivières, des sources d'eau. Oui, oui, c'est assez impressionnant. Oui, oui. Incroyable. Oui, j'ai pédalé jusqu'à une oasis qui s'appelle Tungad qui est un endroit fabuleux et là, on se retrouve avec une oasis avec une palmerée et c'est un village qui est plutôt endormi mais à la période de récolte des dates, le village s'anime et devient un village de 5000 habitants extraordinaire parce qu'il y a une source, il y a des sources d'eau, une oasis, c'est vraiment une oasis dans le désert et c'est vraiment impressionnant. Donc, c'est très, très surprenant mais oui, il y a quand même un petit peu de vie dans le désert aussi.
Loïc Et ça, typiquement, comment tu en entends parler ? Tu avais trouvé des infos avant et en chemin, tu as rencontré des gens qui t'ont dit il faut que tu ailles à Tungad, c'est ça ?
Émilie Oui, alors maintenant, c'est avec Internet, maintenant, ça change des voyages d'il y a 25 ans où on ne pouvait pas trouver des informations. On allait avec des cartes papier, des guides papier. Mon premier voyage, c'était ça, avec des guides papier et puis la carte qu'on déroulait. Là, vraiment, tous les endroits, j'ai envie de dire, il y a beaucoup d'endroits qui ont été explorés. Ce n'est plus l'exploration. Si on recherche, moi, je m'inspire beaucoup d'agences de voyages un peu comme la mienne qui a des voyages un peu d'aventure, des voyages d'aventure, des voyages qui sont un peu axés sur le trek. Je regarde un peu où ils vont, des voyages alternatifs, etc., d'aller rechercher un peu et puis d'adapter. Et puis après, je demande aux gens, en fait, aux locaux, où est-ce que je peux aller, est-ce qu'il y a une oasis pas trop loin, est-ce qu'il y a un village ? Et puis les locaux, ils savent toujours te renseigner, en fait. Ils te disent, ah ben oui, là, 30 kilomètres, la route n'est pas bonne, mais par contre, tu vas arriver, l'endroit, il est magnifique. Donc voilà, on renseigne aussi avec les gens, en fait. Donc je pense que c'est important de ne pas tout prévoir, de ne pas tout planifier et de ensuite, avec les locaux, parler. Et puis, eux savent forcément les endroits où il y a de l'eau, c'est forcément, c'est un endroit forcément où il y a des cultures, etc., où ils peuvent aussi aller se ressourcer, etc. Donc c'est vrai qu'en parlant aux gens du pays, forcément, ils vont vous donner des conseils.
Loïc Tu rencontres quoi comme faune si tu vois quelque chose dans toute cette première partie désertique ?
Émilie Alors faune, non, faune sauvage, il n'y a pas du tout. Non, non, il n'y a pas du tout de faune en descendant. Alors, il y a quelques parcs qui ont été réhabilités dans certains pays comme au Fénégal, etc., mais rien à voir avec ce que j'ai pu vivre en Afrique de l'Est. Parce qu'il y a beaucoup de pays qui ont été en guerre ou qui n'ont pas fait de la faune sauvage une priorité, comme ça a été fait tout au début du tourisme. Au Kenya, par exemple, ils ont tout de suite préservé la faune parce qu'ils ont vu que ça pouvait emmener du tourisme. Mais en Afrique de l'Ouest, il y a eu beaucoup de conflits armés et pas du tout de conscience de conservation. Donc, beaucoup d'animaux ont été tués pour la chasse, pour manger, pour gagner de l'argent, etc. Donc, non, la faune en Afrique de l'Ouest, ce n'est pas vraiment un problème quand on voyage à vélo.
Loïc OK. OK. Donc, Mauritanie, c'est marrant parce que ça ne m'a jamais vraiment attiré, tu vois, les paysages désertiques. Mais là, de t'en entendre parler et d'avoir la carte sous les yeux, je me dis, attends, mais c'est incroyable, mais où elle va cette route ? OK, d'accord, mais là, qu'est-ce que c'est ces trois maisons ? Ça stimule les envies d'exploration un peu.
Émilie Oui, oui, oui. Oui, oui. oui.
Loïc C'est rigolo. Donc là, Mauritanie, enfin Maroc, Sahara occidental, Mauritanie, il t'a fallu combien de temps pour faire tout ça ? Et si t'as en tête les chiffres, combien de kilomètres ça représente pour qu'on se rende compte un peu ?
Émilie Alors, ça représente 9000 kilomètres à peu près jusqu'en Côte d'Ivoire. Donc, à peu près 5000 kilomètres jusqu'en Mauritanie parce que je suis passée par… Je ne suis pas passée en ligne droite. J'ai fait des détours surtout dans l'Atlas, au Maroc. OK. Voilà, j'ai décidé de passer par l'Atlas et pas passer par la côte. La côte, ça aurait été trop facile. Donc, j'ai décidé de faire des petits détours dans l'Atlas et c'est vraiment extraordinaire. le Maroc à vélo, c'est aussi très très joli. C'est le paysage superbe. Alors, ça monte beaucoup, ça monte et ça descend des petits villages berbères, etc. On est loin des sentiers touristiques. C'est ça qui est aussi extraordinaire. Le Maroc est un pays extrêmement touristique mais extrêmement sauvage aussi quand on décide de s'éloigner un peu des villes ou des sentiers battus. Donc, oui, à peu près, ça représente à peu près 4 500 kilomètres à peu près jusqu'au sud de la Mauritanie parce qu'en Mauritanie aussi, j'ai décidé de prendre le train jusqu'à l'intérieur et puis après de faire des petits détours dans certains villages ou asis et ensuite rejoindre la côte par la route de l'intérieur. Donc, effectivement, ça fait à peu près 4 500 kilomètres et puis après encore 4 000 ou 4 500 kilomètres jusqu'à la côte d'Ivoire à peu près.
Loïc Ok, et tu disais que t'as arrêté à Abidjan, c'est ça ?
Émilie Oui, cette année, oui, à Abidjan.
Loïc Et t'as fait ça en combien de temps ?
Émilie Alors, à peu près, au total, donc de France à Côte d'Ivoire, ça m'a pris à peu près 6 mois et demi.
Loïc Wow ! Ok, tout ça en tout.
Émilie J'ai fait beaucoup de détours aussi. Oui. J'ai fait beaucoup de détours, j'ai pris des pistes, je n'ai pas vraiment suivi la route en ligne droite, en Guinée-Bissau. j'ai décidé d'aller dans un archipel qui est magnifique, les Bijagos, un archipel qui est extraordinaire avec des plages sauvages, etc. Donc, voilà, des endroits un peu perdus. Et puis, après, au Liberia, j'ai décidé d'aller dans la jungle, pareil, de prendre des sentiers qui sont utilisés uniquement par les habitants, en fait, les motos, il n'y a pas du tout de voitures ni de camions qui peuvent passer par là-bas, ou des sentiers, un peu des pistes, je les appelais mes pistes cyclables parce que c'était vraiment des single tracks vraiment où les voitures ne passaient pas. voilà, ça peut se faire tranquillement en beaucoup moins. Donc, voilà, moi, c'est mon voyage et je l'adapte vraiment de la manière que j'aime moi. Mais après, c'est vrai que si vous avez envie de traverser beaucoup plus rapidement ou sans voir beaucoup plus de détails, ça peut se faire en beaucoup moins de temps. et beaucoup moins de kilomètres aussi.
Loïc Du coup, là, ce que tu mentionnes avec tes pistes cyclables à toi, j'ai en tête quelques stories que tu partageais, des photos, je me disais mais c'est impossible de rouler à vélo sur un truc comme ça où on voyait ton vélo avec de la boue mais je ne sais pas, tu devais avoir 10 kilos de boue sur chaque pneu avec des sacoches, etc. Enfin, vraiment hallucinant. Tu as traversé le Sierra Leone aussi ? Oui, oui,
Émilie Sierra Leone, Sierra Leone, c'était un gros coup de cœur, c'est un pays que personne, enfin, que peu connaissent, pas beaucoup de tourisme puisque ça vient de sortir d'une guerre civile assez terrible dans les années 90 jusque dans les années 2000, donc c'est vraiment, le tourisme est vraiment très très récent en Sierra Leone, mais par contre, il y a quand même un gros potentiel au niveau paysage, forêt, plage et les gens sont adorables. Les gens vraiment sont accueillants, bienveillants, oui, c'est d'une gentillesse incroyable. On ne s'imagine pas vraiment tout ce qu'ils ont vécu, on ne pense vraiment pas à ce qui s'est passé récemment, tant les gens sont agréables et gentils et bienveillants, surtout vraiment très bienveillants. Donc, j'ai vraiment, c'était un gros coup de cœur. J'ai notamment un agriculteur qui, je voulais camper dans son champ, alors je pensais que personne ne m'avait vue et je commence à mettre ma tente et je ne voulais pas lui dire que j'allais dormir là parce que je me suis dit bon, s'il vient après la nuit, il va peut-être me faire peur ou je ne sais pas, me chasser, enfin bref. Et il est revenu la nuit pour me trouver, pour m'emmener à manger et il m'a forcé à me ramener dans sa famille parce qu'il ne voulait pas que je dorme toute seule dans son champ au milieu des bois et on est allés ensemble. Il m'a présenté à toute sa famille, à tout le village, c'était une expérience extraordinaire.
Loïc Incroyable.
Émilie Oui, oui. Et donc oui, au Sierra Leone, j'ai décidé de prendre l'ancienne route du train en fait que les Anglais avaient construit et c'est vraiment un chemin, un single track, c'est un petit chemin qui traverse des villages oubliés parce qu'avant, c'est vrai que le train passait donc il y avait quand même pas mal de transit, de marchandises, etc. Mais vu que le train n'y passe plus, maintenant ces villages sont un peu plus abandonnés on va dire et passer par là-bas en vélo, c'était juste extraordinaire.
Loïc Mécaniquement, tu as eu des galères vu les conditions un peu hardes pour le vélo ?
Émilie Oui, justement dans la boue, c'était ça, c'était en Sierra Leone, c'était au Liberia, donc c'était le début de la saison des pluies quand je suis arrivée en Sierra Leone, on ne peut pas vraiment choisir la période idéale, donc c'était au début de la saison des pluies, donc ces chemins-là qui n'étaient pas du tout goudronnés et dans la forêt, donc ça montait, ça descendait et puis il y avait de la boue, il commençait à y avoir des flaques d'eau permanentes. Je me demande d'ailleurs si ça sèche à une période de l'année et je pense qu'il y a de la boue en permanence tant le climat est humide et tropical. Et effectivement, avec autant de boue, c'était impossible que mon vélo ne casse pas et effectivement, il y a une pièce de mon dérailleur qui s'est tordue et là, j'étais partie pour une traversée entre une ville et une autre. Il y avait une semaine, j'avais une semaine de voyage à peu près puisqu'en vélo, je n'allais pas, c'était pas forcément beaucoup en distance mais dans ces conditions-là, on ne peut pas vraiment avancer de manière optimale donc effectivement, je ne faisais pas beaucoup de kilomètres par jour, je faisais 50, 40 ou 50 kilomètres tant la piste était en mauvais état et pleine de boue et donc, cette partie de mon dérailleur qui était complètement tordue et ma chaîne déraillait à chaque fois donc là, je ne pouvais plus du tout avancer donc j'ai marché jusqu'au prochain village j'ai décidé de marcher demander l'hospitalité au chef du village parce que je me suis dit bon, il va falloir que je sache réparer ça j'avais besoin d'être dans un endroit avec un peu d'eau de la nourriture et compter aussi sur l'hospitalité des gens pour pouvoir être tranquille et réparer mon vélo et j'ai trouvé une astuce avec un bout de chambre à air et quelques bouts des épingles des épingles à nourrice et un bout de chambre à air et j'ai pu réparer mon vélo comme ça et repartir le lendemain mais c'était vraiment par désespération j'ai trouvé ce système je lui ai dit bon ça fonctionne et ça fonctionnait pendant 800 kilomètres
Loïc ah ouais quand même
Émilie j'ai fait 800 kilomètres et après quand le réparateur de vélo quand je l'ai emmené au magasin de vélo il m'a dit ah oui d'accord oui vous avez fait le réparateur était un peu surpris de il ne croyait pas trop à mon invention mais oui ça ça fonctionnait alors parfois moi je suis une piètre mécanique de vélo j'apprends toujours pas c'est difficile pour moi c'est la partie où je pêche le plus mais parfois quand on n'a pas le choix en fait on invente des trucs voilà quand on est mise en fait à l'épreuve on arrive toujours à trouver en fait une solution voilà
Loïc tu as déjà envisagé un vélo à courroie pour tes tripes
Émilie un vélo à courroie
Loïc ouais
Émilie non pas du tout
Loïc alors je je t'en parle parce que je alors je le suis beaucoup maintenant mais à un moment donné je suivais un gars qui avait une chaîne YouTube j'essaierai de le retrouver de te l'envoyer et c'est un gars qui fait enfin qui a fait du voyage à vélo enfin plutôt du voyage à vélo documenté sur YouTube sans activité principale je crois que ça s'appelle Cycling About enfin je te l'enverrai et c'est un américain donc il fait principalement l'Amérique du Sud l'Amérique du Nord l'Amérique centrale et il a un vélo à courroie c'est à dire au lieu d'avoir une chaîne c'est une courroie donc c'est un gros morceau enfin comme une courroie de moto sauf que c'est en plastique et donc tout le système de passage de vitesse en fait est dans un boîtier hermétique fermé
Émilie ah oui d'accord
Loïc tu vois donc en fait qui est de la boue de la poussière du sel de la neige tu t'en fous parce que tout est parfaitement protégé d'un point de vue passage des vitesses tu passes tes vitesses à l'arrêt parce que oui t'as pas besoin de prédaler pour ça et lui ne jure que par ça tu vois donc parce que justement il dit que c'est méga durable que c'est je crois qu'une courroie c'est 20 000 km oui
Émilie oui oui effectivement j'en ai déjà entendu parler effectivement ça me parle voilà bon oui moi je suis assez traditionnelle t'es contente avec ta chaîne ouais ouais j'ai du mal je sais pas si c'est l'âge parce que je me pose pas trop de questions mais oui effectivement ouais c'est j'en avais déjà entendu parler et j'ai même rencontré des gens qui qui ont des vélos comme ça ok mais effectivement oui j'y ai pensé à un certain moment et puis effectivement parce que c'est niveau mécanique c'est beaucoup plus pratique ouais donc après c'est un peu plus coûteux et peut-être que niveau mécanique après il faut quand même savoir l'entretenir mais mais oui effectivement ouais j'y pense
Loïc je sais pas dans
Émilie la prochaine traversée ouais
Loïc mais il avait l'air de dire que l'entretien au quotidien c'était quand même ça avait rien à voir parce que tu mets un coup de dos sur ta courroie et les laver mais par contre j'avoue que s'il se passe un truc dans le pignon je sais pas trop comment ça se passe
Émilie ouais c'est ça moi je suis restée assez traditionnelle effectivement parce que je me dis bon au pire dans un magasin de vélo ils peuvent toujours m'aider si jamais je trouve pas ou les pièces de rechange aussi parfois quand on est au beau milieu de l'Afrique c'est vrai que d'avoir des pièces de rechange assez traditionnelles d'un vélo soi-disant un peu plus commun sera peut-être plus facile aussi à réparer ouais effectivement c'est un peu ce que je me dis aussi
Loïc voilà ok tu disais un peu plus tôt que t'avais t'avais perdu beaucoup de poids dans le désert il te faut combien de temps sur 6 mois et demi pour prendre le rythme tu vois du voyage prendre ton habitude enfin arriver à t'endormir facilement dans ta tente sur ton matelas qui n'est pas forcément le même confort qu'un matelas chez soi te mettre dans le rythme ça demande combien de temps
Émilie à chaque fois ? même pas une journée ah oui ? oui oui oui parce que moi dans mon mode de vie en fait même même dans les Alpes où je vis une partie de l'année même j'aime bien les petites aventures en fait j'étais habituée enfin même pendant le Covid je faisais des petites aventures en montagne où j'allais dormir dans ma tente une nuit sur la neige ou voilà ça fait partie de mon mode de vie en fait
Loïc ok
Émilie donc j'ai pas vraiment de mal à m'adapter j'ai peut-être plus de mal à m'adapter à dormir dans le confort dans un lit ou je sais pas non non j'ai vraiment pas de mal à m'adapter à l'aventure en fait et puis en voyage à vélo on dort facilement la nuit parce qu'on est fatigué de l'effort l'Afrique c'est vraiment alors ça change d'un pays à un autre faut pas généraliser l'Afrique c'est pas un pays c'est beaucoup de cultures différentes etc de paysages différents etc de climat etc mais je suis quand même à l'aise maintenant dans ces aventures et j'ai pas vraiment beaucoup de mal à m'adapter en fait ok ouais j'ai plus de mal à m'adapter aux endroits maintenant où il y a beaucoup de monde par exemple en France ou dans ma vie quotidienne où j'aime pas quand il y a beaucoup de bruit par exemple ça va vite me déranger en fait
Loïc j'allais te demander comment tu fais pour te et je sais plus si on en avait parlé je pense que ça peut être une question que je t'ai posée déjà à l'époque mais comment tu fais pour te j'allais dire te réintégrer t'as pas été exclu tu vois mais comment tu fais pour revenir à un mode de vie on va dire sédentaire dans une culture occidentale qui a un peu rien à voir avec tout ce que t'as vécu en solo pendant 6 mois et demi
Émilie après c'est vrai qu'avec mon travail en Afrique c'est vrai que je reste quand même dans un mode de vie bon assez atypique on va dire et après c'est vrai que si je suis amenée à travailler ailleurs ou vivre avec des gens c'est vrai que je suis quand même assez solitaire dans mon mode de vie aussi même si j'ai beaucoup d'amis mais après oui bon moi j'ai grandi dans ce milieu là donc on n'oublie jamais voilà c'est aussi la manière dont j'ai été éduquée etc voilà j'ai pas été éduquée non plus en Afrique dans un milieu désertique ou voilà donc on apprend vite et puis c'est vrai que j'ai aussi ça me fait aussi plaisir d'être dans ma vie avec des amis etc un temps et après c'est vrai que j'ai un mode de vie quand même assez solitaire tout le temps que ce soit au niveau professionnel ou au niveau personnel
Loïc ok quand tu témoignes comme ça je sais pas si tu fais beaucoup de podcasts ou d'articles ou si tu continues d'alimenter ton site internet mais est-ce que t'as l'impression que t'arrives à retranscrire ce que t'as vécu ce que tu tu vois émotionnellement les rencontres que tu fais etc à travers ces voyages est-ce que t'arrives à t'as le sentiment que t'arrives à faire à décrire ce par quoi tu passes ou c'est compliqué
Émilie non pas du tout ah oui c'est compliqué ah non non non non non j'y arrive pas du tout il y a beaucoup de gens qui me disent tu devrais écrire un livre sur tes aventures non parce que je suis pas bonne dans l'écriture en fait je sais j'ai l'impression que je sais pas transmettre en fait ça et puis c'est tellement difficile en fait parce que moi j'ai un ressentiment c'est tellement difficile de transmettre ça et puis alors il y a certaines personnes qui et puis c'est aussi le manque d'intérêt aussi des gens parfois je sais pas j'ai du mal à oui effectivement à transmettre mes émotions pour moi c'est une autre vie en fait avec notre mentalité avec la mentalité d'Européen on ouvre le robinet il y a de l'eau qui coule enfin l'Afrique c'est vraiment une vie totalement différente avec un mode de vie de pensée une vie beaucoup plus simple loin des réseaux etc et transcrire tout ce que je vis là-bas c'est oui c'est compliqué c'est compliqué pour moi
Loïc donc tu disais t'as fait Savoie à Bijan c'est une première étape c'était c'était l'aventure au total ou il va y avoir une suite
Émilie ah oui il va y avoir une suite oui oui oui il va y avoir une suite il va y avoir des suites de toute façon oui moi je veux descendre jusqu'à jusqu'à Windeuc donc en Amérique puisque la dernière fois donc j'avais fait du Caire au Cap et j'étais passée par donc le sud de la Namibie jusqu'en Afrique du Sud et là cette fois-ci j'aimerais bien descendre jusqu'à donc Windeuc en Namibie et passer du temps surtout alors il y a beaucoup de pays qui me font très envie mais oui oui j'ai envie de faire toute la traversée en fait de repartir d'Abidjan et refaire toute la traversée jusqu'à Windeuc surtout passer du temps au Congo Congo-Brasaville donc j'ai entendu beaucoup de bien de ce pays un pays assez peu connu peu touristique mais avec des richesses naturelles extraordinaires et l'Angola aussi ok c'est ouvert depuis peu au tourisme et j'ai vraiment envie de découvrir aussi beaucoup de pistes un peu en dehors des des circuits ou en dehors des villes aussi en Angola donc oui il y aura une suite ou des suites à ce voyage sûr alors quand je sais pas j'ai pas encore trop pensé ça va surtout dépendre de mon activité professionnelle ! mais oui après ça va être sûrement en plusieurs étapes voilà mais après les étapes pourquoi pas ça me permet de passer plus de temps peut-être dans un pays d'approfondir un peu plus que juste passer et traverser oui et et de le faire en étapes c'est aussi pas mal parce que ça ça me permet de pas me fatiguer au niveau mental de pas passer 6 ou 10 mois sur la route et de passer que 2 mois 2 ou 3 mois et de le faire par étapes c'est pas mal donc voilà il y aura des suites wow
Loïc excellent
Émilie oui oui
Loïc c'est quoi tu dirais si on a eu l'apprentissage les apprentissages de cette de cette étape récente de traverser de l'Afrique de l'Ouest que tu vas utiliser pour pour là ou les prochaines
Émilie la force physique la force physique je pense la connaissance de son corps de pouvoir adapter son corps aux circonstances en fait du terrain pour pouvoir justement aller plus loin repousser encore plus ses limites et aller dans des dans des coins encore plus reculés ce que je comptais un peu au début de de pouvoir être plus forte physiquement et d'être plus forte physiquement en fait on est forcément plus fort mentalement aussi ça ça va de pair de toute façon donc ouais ce que j'ai appris vraiment bien à me connaître et là en fait je me sens cette dernière étape m'a renforcée je me mets plus du tout de limite en fait
Loïc waouh
Émilie ouais
Loïc incroyable
Émilie dans mes limites quand même enfin je veux dire je suis pas tête brûlée non plus à faire n'importe quoi mais mais c'est vrai que ce ce dernier cette dernière traversée m'a donné encore plus de de force physique et mentale ouais donc ouais et plus de beaucoup de confiance en moi en fait ouais en général
Loïc et ben ça donne envie de quand on entend ça ça donne envie de prendre son vélo et d'aller explorer oui oui
Émilie j'invite tout le monde après le vélo c'est un c'est un exemple mais dans la vie si on a une oui une envie un rêve il faut il faut oser en fait rêver en grand moi je dis toujours aux gens mais il n'y a pas de rêve trop grand en fait dans la vie je pense
Loïc écoute j'ai envie de te dire qu'une fois de plus je suis plutôt d'accord avec toi et et vraiment merci parce que comme pour le premier épisode qui m'avait vraiment marqué à l'époque je trouve que tu partages avec beaucoup d'humilité et avec tes mots des messages qui sont ultra forts et franchement super inspirants donc merci beaucoup Emilie d'être venue à nouveau nous raconter un peu tes aventures plus récentes au micro du podcast s'il y a des gens qui veulent te suivre ou pourquoi pas échanger avec toi le mieux c'est c'est Instagram toujours
Émilie oui oui oui Instagram ouais ouais je suis assez active même si c'est vrai que parfois j'ai j'ai un peu la flemme de mettre des photos ou etc enfin je ne suis pas non plus connectée tous les jours 100% mais mais oui oui c'est la c'est le meilleur moyen de me suivre ok
Loïc puis du coup vous le verrez c'est ceux qui vont sur le profil d'Emilie qui est en description de l'épisode il y a aussi pas mal de photos de safari je pense des photos des algues ça fait bien
Émilie oui c'est assez varié ouais
Loïc très très chouette super écoute vraiment merci encore Emilie je te souhaite tout le meilleur pour la suite de tes explorations de tes aventures et puis pourquoi pas on se donne rendez-vous pour un épisode 3 ou 4 pour les prochaines étapes de cette traversée de l'Afrique de l'Ouest
Émilie ouais merci Loïc ça m'a fait plaisir d'échanger avec toi et merci à tous
Loïc merci Emilie salut
Émilie merci à très bientôt onsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsonsons
Loïc Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada
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