Adrien Qu'est-ce que tu as fait pour la vie ? On part avec tout un tas de questionnements, etc. Puis c'est sûr qu'au fur et à mesure, le cheminement, apprendre à savoir comment trouver facilement à manger, à boire, subvenir à ses besoins, finalement, on revient à des besoins primaires. Donc forcément, on se reconnecte avec tout un tas de choses.
Loïc Bienvenue sur les frappés, le podcast sur le dépassement de soi et l'aventure. Je suis Loïc Blanchard, entrepreneur, coach et préparateur mental certifié. J'ai été pendant plusieurs années sportif de haut niveau en judo, avant de quitter les tatamis pour me consacrer à des sports de plein air comme le triathlon ou partir m'évader sur des treks engagés. Récemment, je suis devenu finisher de la PTL, un ultra trail de 340 km autour du Mont Blanc organisé par l'UTMB. Depuis la création des Frappés en 2020, j'ai deux objectifs. Le premier, c'est de vous faire découvrir des univers fascinants qui font rêver. Avec mes invités, on ira naviguer sur toutes les mers du monde. On participera à des expéditions dans les régions polaires ou en Himalaya. On découvrira l'envers du décor de l'entrepreneuriat et du sport de haut niveau et on partira en mission avec des membres des forces spéciales. Le deuxième, c'est de vous aider à croire en vos propres rêves et à passer à l'action grâce au partage de ces invités exceptionnels. On sous-estime largement ce dont on est capable, physiquement ou mentalement, et je suis convaincu qu'une petite conversation peut déboucher sur de grands changements. On a en moyenne 4000 semaines à vivre sur Terre, alors autant les vivre à fond. A trop réfléchir, on finit par ne pas se lancer. C'est ce que je retiens de mon échange avec mon invité de la semaine, Adrien Charles. Entre avril et octobre 2022, Adrien a parcouru 14 000 km à vélo en Europe, de Blois à la Grèce, puis jusqu'au Cap-Nord via les Balkans, avant de revenir en France par la Norvège. C'était son défi à lui, mais aussi un moyen de sensibiliser le public à l'autisme, un trouble qui touche en France 700 000 personnes, un enfant sur 50, dont son neveu Xavier. Pendant cet échange, on revient sur les grandes étapes de son périple, ses galères, mais aussi ses nombreuses belles découvertes, et comment certaines peurs qu'il avait au départ ont rapidement volé en éclats. S'il n'y a qu'une chose à retenir, c'est vraiment celle-ci. Foncez, ne réfléchissez pas trop, vous risqueriez de trouver des excuses pour ne jamais vous lancer. Merci Adrien, à bientôt j'espère sur les routes de France ou d'Europe et je vous souhaite une excellente écoute
Adrien à vous les frappés. Et bien salut Adrien. Salut Loïc, merci de m'accueillir. Avec très
Loïc très grand plaisir. Merci beaucoup de prendre le temps en direct d'Annecy. Tu m'as bien fait rêver en maintenant sans ça.
Adrien Le cadre n'est pas trop mal. Avec le soleil et 8 sur le lac, il y a pire.
Loïc J'imagine. Écoute Adrien, je suis ravi de te recevoir pour qu'on échange de plein de choses, mais très certainement principalement de ton projet que tu as mené pendant 7 mois jusqu'en octobre, c'est ça, 2022. de, donc tout frais. Fraîchement revenu des sentiers et des routes d'Europe à vélo. Mais écoute, je n'en dis pas plus, ce que je te propose, c'est de commencer par te
Adrien présenter, nous expliquer ce que tu fais. Oui, tout à fait. Donc moi, c'est Adrien, alors bientôt 39 ans, le temps passe vite aussi de ce côté-là. Et comme tu viens de le spoiler, je viens d'emménager à Annecy, donc voilà, hyper sympa le cadre de vie. et donc moi je bosse dans la vraie vie dans la tech chez Salesforce éditeur de logiciels et puis du coup en parallèle j'ai pu mener un projet qui s'appelle Cycling for Autism donc voilà j'ai toujours adoré faire du sport, l'outdoor aller dans la nature et donc ma boîte m'a permis de faire ce qu'on appelle un congé sabbatique et donc j'ai mené ce projet de tour d'Europe à vélo et j'ai associé une cause qui me tient à cœur et qui me touche personnellement, qui est la sensibilisation à l'autisme et une levée de fonds pour aider l'association des rêves pour Xavier. Une association qui a été créée par mon frère et ma belle-sœur pour améliorer le quotidien et venir en aide à Xavier, qui est mon neveu de 15 ans, qui est autiste sévère. On a levé des fonds pour payer et financer un tandem, un vélo électrique pour qu'ils puissent aller se balader autour de chez eux.
Loïc Waouh, génial. Ok, donc ce projet, tu l'as lancé. En tout cas, le départ était, au moment où on se parle, tu me le disais en off, il y a quasiment un an, jour pour jour, puisque c'était le 2 avril 2022. Aujourd'hui, on est le 3. peut-être pour commencer par tu vois un peu la genèse à quel moment est-ce que le projet a pris forme et pourquoi du vélo pourquoi l'Europe qu'est-ce qui t'a amené à ce format là en particulier
Adrien il y a eu pas mal de cheminement donc déjà moi je voulais faire pendant ces quelques mois off que je m'accordais dans ma vie professionnelle un voyage un peu sportif donc voilà un espèce de défi aussi personnel de prendre du temps pour moi et de faire un petit peu ce qu'on appelle du voyage lent, du slow travel en anglais pour les anglophones. Donc vraiment prendre le temps de découvrir, de voyager, de m'ouvrir un petit peu au monde extérieur, chose qu'on perd un petit peu le fil des fois quand on est dans la vie active. Et au départ, je voulais aller faire totalement autre chose. Je voulais aller faire le Pacific Crest Trail aux États-Unis. Donc c'était un peu le projet de base parce que j'ai beaucoup marché, fait pas mal de treks dans ma vie et c'est vrai que j'ai écouté pas mal de podcasts ces derniers temps, les quelques mois avant de partir, de gens qui racontaient leurs récits. Alors, il y avait le PCT, il y avait le Terraora Trail en Nouvelle-Zélande. Et puis, je ne sais pas, le PCT, c'était un peu une façon de découvrir les parcs américains, les grands espaces américains. Donc ça, ça me faisait pas mal réveiller et puis bon le co vide les frontières qui sont fermées j'ai eu un genou justement je suis allé faire le GR20 il ya deux ans pendant lequel je suis revenu un petit peu un petit peu bancal d'un genou et du coup voilà une blessure qui m'a tenu à quelques mois parce que j'avais un tendon qui était presque rompu au dessus du genou à quand même ouais ouais donc rééducation etc et Et du coup, j'avais fait pendant l'été il y a deux ans la vélo d'Issé. Donc c'était un peu mon premier voyage à vélo. Je venais de me mettre un peu au vélo pour diversifier un petit peu mon activité sportive. Et du coup, je me suis lancé sur la vélo d'Issé pendant des vacances d'été. Voilà, avec les sacoches. Alors plutôt en mode bikepacking, donc je n'avais pas la tente, je ne dormais pas dehors, etc. Donc c'était un peu une première expérience de voyage à vélo. et j'avais adoré le format, le concept, le fait de pouvoir faire 80, 100, même peut-être un peu plus kilomètres par jour. Ça reste du voyage lent, mais ça permet quand même en une journée de pouvoir changer un petit peu de paysage, de voir des choses différentes, etc. Et donc, mis bout à bout, j'ai décidé de partir faire comme ça un tour d'Europe à vélo. et pourquoi en Europe ? Parce que finalement j'ai beaucoup voyagé personnellement pour le travail aussi et je connais très peu finalement l'Europe donc voilà tous les pays de l'Europe de l'Est il y a plein d'endroits, la Scandinavie je ne connaissais pas trop non plus, où je me suis dit pourquoi aller prendre l'avion je suis en plus depuis quelques années je commence à me sensibiliser à l'écologie, à me poser pas mal de questions sur mon mode de vie etc donc ça me paraissait naturel finalement de partir d'ici et de revenir ici et d'aller visiter tous les pays d'Europe que je connaissais pas et donc symboliquement c'était aussi l'occasion de partir et de revenir de chez mon frère à Blois voilà de partir avec eux de revenir faire les quelques premiers derniers kilomètres avec ma famille avec mes proches donc voilà ça s'est goupillé finalement le cheminement s'est boupillé comme ça
Loïc génial génial le PCT, petit rappel pour s'il y en a encore qui ne connaissent pas je dis encore parce que j'ai eu plusieurs invités avec qui on en a parlé, certains qui l'ont fait même, c'est 4265 kilomètres, donc c'est quand même un gros gros gros morceau, ça part du Mexique jusqu'au Canada à travers la Californie, l'Oregon Washington Washington ouais Washington ouais ouais donc un gros gros morceau ok donc tu t'es dit bon bah 4002 à pied bof avec le genou donc on va faire 14 000 à vélo ouais alors du coup
Adrien après je me suis dit j'avais moi 6 mois de congé sabbatique donc après en prenant quelques largesses voilà je savais que j'avais 7 mois finalement devant moi je me suis dit bon alors en 7 mois c'est difficile d'imaginer combien on peut faire mais voilà j'ai commencé à tracer et puis je me suis dit au fur et à mesure bah tiens je vais essayer d'aller au bout de l'Europe un peu de tous les côtés alors bon j'ai pas forcément fait tous les côtés ce serait trop long mais je me suis dit tiens je vais aller jusqu'au bout de l'Europe vers Istanbul après je vais remonter tout en haut jusqu'au Cap Nord donc qui est l'extrême nord la pointe septentrionale d'Europe tout au nord de la Norvège et puis je vais revenir après donc j'ai pas eu le temps d'aller de l'autre côté en Espagne, au Portugal, boucler la boucle d'un vrai tour d'Europe. Quand j'ai commencé à tracer sur Komoot, une trace vraiment très approximative, ça faisait dans les 15 000 km à peu près. Je me suis dit, est-ce que c'est jouable ou pas ? Je me suis lancé sur cette trace-là avec cet objectif, sachant que je verrais. Je n'avais aucune prétention. L'idée, c'était de kiffer, de profiter. Et de faire un maximum, d'essayer de lever des fonds pour l'assaut en même temps. Donc, c'était pour moi aussi un objectif de me dire, tiens, si je pouvais réussir à lever un euro par kilomètre parcouru pour l'assaut, ce serait déjà un super objectif.
Loïc Ah, génial, oui. Ok. Ok. Et peut-être avant qu'on parle de l'assaut, quand tu as tracé tout ça et que tu as vu que ça faisait 15 000 bornes, est-ce qu'à un moment donné, ton objectif, t'as un peu impressionné toi-même ou effrayé, est-ce que tu t'es dit t'avais relativement peu d'expérience à vélo ou au contraire t'es allé full gaz et tu t'es pas trop posé de questions
Adrien alors c'est un peu les deux j'ai tendance dans la vie à pas vouloir me poser forcément trop de questions trop de réfléchir par moment parce que sinon on y va pas donc après c'est sûr que c'était un boat challenge sportif je me sentais capable de le faire après, je n'avais pas une grosse expérience à vélo non plus, comme tu dis. Ça faisait un an et demi que je faisais du vélo. Du coup, je pensais pouvoir y arriver tout en me disant que c'est quand même une belle trace. Mais néanmoins, je me suis dit que c'était l'idée de base. Après, je verrais bien, surtout qu'en plus, jusqu'à un mois avant de partir, je ne pouvais quasiment pas reprendre full... Enfin, vraiment, parce que j'avais cette blessure qui traînait et ma rééducation s'est terminée peut-être un mois et demi, deux mois avant de partir. Donc, je partais avec cette idée et puis je me disais, bon, je prends jour après jour et puis je verrai bien jusqu'où ça m'amène. Excellent.
Loïc Ok. Ok, et donc le tracé, ça a été Blois-Istanbul, en ligne droite, plus ou moins ?
Adrien Ouais, en plus ou moins ligne droite, en passant par jusqu'à Genève, après l'Italie, la Croatie, tous les pays des Balkans, qui sont vraiment incroyables, jusqu'à la Grèce, Macédoine, Monténégro, Albanie, tous ces pays-là. Et après, je me suis arrêté finalement peut-être 50 kilomètres avant la frontière turque, et j'ai tracé vers la Bulgarie. Je suis remonté vers la Bulgarie. En fait, je connaissais déjà Istanbul et les quelques derniers centaines de kilomètres pour rentrer dans la ville et puis pour en ressortir parce qu'il fallait que je ressorte du même côté pour remonter. Ils sont assez passants, beaucoup de circulation, pas très safe à vélo. Donc, j'avais entendu deux, trois histoires sur la route et ça m'a un peu refroidi. Je me suis dit, autant que je commence à remonter, passer par plus de temps en Bulgarie que je ne connais pas, plus sauvage, plus authentique. donc je me suis arrêté un petit peu avant l'objectif du Bosphore et puis voilà après j'ai remonté les pays les pays de l'Est, la Roumanie, la Hongrie, les pays baltes la Finlande, gros morceau, remonter toute la Finlande et puis après arriver au Cap Nord et puis après c'est la redescente longue aussi de la Norvège on en parlera sûrement plus tard mais incroyable c'est un gros coup de coeur la Norvège alors condition assez extrême mais voilà très très sympa et puis après voilà retour vers par le Danemark, l'Allemagne le nord de la France jusqu'à le Nord
Loïc génial, oh la la punaise j'ai tellement de questions il va falloir que je me structure un petit peu pour qu'on organise ça mais tu l'évoquais juste avant associé au projet il y avait cette association ouais comment est-ce que t'as mené comment est-ce que t'as voulu déjà organiser les deux de France c'est-à-dire que est-ce que dès la préparation du projet tu communiquais déjà sur l'autisme par rapport à la levée que tu évoquais qu'est-ce que tu as réussi à faire bref est-ce que tu peux nous en dire un petit peu plus sur ce volet là de l'aventure
Adrien oui bien sûr c'est un volet qui est important et qui me tient à coeur aussi donc c'était d'associer une cause ou quelque chose qui me tient à coeur à ce voyage donner du sens parce que aller faire du vélo c'est bien le faire pour soi c'est hyper important mais y associer une cause ça donne encore plus de sens à tout ça et donc du coup assez rapidement dans la préparation j'en ai parlé à mon frère et du coup on a commencé à préparer la communication etc. donc j'ai eu la chance de trouver une agence à Toulon une agence de com qui m'a proposé de me faire le logo Cycling for Autism donc déjà moi en termes de branding et de nom, je voulais trouver un nom et puis un logo qui parle à tout le monde donc c'est comme ça qu'est né un petit peu le projet Cycling for Autism et après j'ai créé du coup moi un compte Instagram sur lequel j'ai planifié un petit peu la com alors j'ai commencé à communiquer peut-être deux mois avant de partir, je ne voulais pas que ce soit trop longtemps avant pour que ce soit frais dans la tête des gens et une fois que le logo que le branding et tout ça était prêt j'ai créé ce compte Instagram où j'ai parlé un petit peu du projet j'ai présenté la cause, l'association la trace un petit peu que je comptais faire en Europe parler un petit peu de tout ça et puis du coup mon frère avait un compte sur Alloasso que certains connaissent peut-être c'est un c'est là où ça permet de gérer un petit peu les comptes, les adhésions, faire des cagnottes pour les associations qui sont créées, référencées. On a créé une cagnotte participative associée à Cycling for Autism, à l'association, dans laquelle on a invité petit à petit les gens à participer avec l'idée de financer le vélo. C'était un petit peu le leitmotiv parce que c'est des investissements qui coûtent cher. donc voilà l'objectif c'était de récolter assez de fonds pour financer le vélo et puis si on en avait plus bien sûr c'était du bonus pour l'assaut pour le quotidien de la famille pour les aider pendant quelques mois génial
Loïc et donc en termes de montant tu parlais d'idéalement 1 euro par kilomètre
Adrien ouais alors on a réussi à avoir un petit peu plus parce que finalement j'ai fait 13 500 et quelques et on a réussi à avoir autour des 18 000 euros dans la cagnotte. Super content, on a réussi à financer le vélo. Mon frère, on a trouvé un en France pendant l'été dernier. On avait réussi à récolter assez de fonds pour qu'ils puissent l'acheter. Ils ont commencé à pouvoir aller se balader, mon frère Xavier, sur le tandem électrique. Il fallait que ce soit électrique parce que mon neveu a 15 ans, donc il a une taille adulte et un poids adulte. Mon frère, pour tracter les 150, 160 kilos, sûrement plus même avec le vélo. Il fallait qu'il y ait une petite assistance électrique. Donc, un tandem électrique comme ça, ça coûte assez cher. Ça coûte autour des 10 000 euros.
Loïc Parce que c'est du sur-mesure.
Adrien Alors, ce n'est pas forcément du sur-mesure, mais c'est des productions qui sont assez maigres. Ils ne font pas un très limité. Et du coup, forcément, qui dit limité, c'est des formats de vélo c'est des tandems donc c'est assez grand forcément ça coûte de l'argent
Loïc ouais ok punaise et bien bravo déjà construire un projet comme ça sacré défi mais en plus y associer une cause pour laquelle tu lèves de l'argent tu essaies de trouver des financements ouais gros morceau tu parlais de cette agence qui t'a aidé pour le logo mais est-ce que tu as été accompagné ? Est-ce qu'il y avait des bénévoles, d'autres personnes impliquées pour trouver ces financements autres que toi ?
Adrien Non, pas forcément. Alors, j'ai essayé de monter un petit peu un dossier de financement, notamment pour le matériel, etc., avant de partir. Parce que finalement, oui, fatalement, un projet comme ça, ça nécessite un petit peu de matériel spécial, des sacoches, des portes bagages, une tente, des choses qui sont quand même très spécifiques on a besoin d'un vélo, de sacoche, d'une tente d'une popote finalement mais bon tout le monde n'a pas ça chez soi de base du coup j'ai essayé de démarcher quelques entreprises comme ça mais c'est compliqué tu dois en savoir quelque chose et il y a beaucoup de gens qui font la même chose qui se lancent dans des projets sportifs et qui vont voir toutes les boîtes qui produisent des équipements sportifs donc c'est assez compliqué. Et le problème aussi de l'association, c'est que ce n'est pas une association loi 1901. Donc, ça ne permet pas derrière de faire de déduction fiscale, à la fois pour les entreprises et pour les particuliers qui font des dons. Donc, tout à chacun, si on va aller financer des restos du cœur, d'autres organismes comme ça, en contrepartie, on peut déclarer ça fiscalement et on a une déduction à hauteur de 60%. Alors, ça change, c'est entre les particuliers et les entreprises. Le pourcentage est différent, mais c'est dans ces eaux-là. Et du coup, pour aller démarcher des boîtes sans ça, c'est un petit peu plus compliqué. Donc, je n'ai pas réussi à trouver de sponsor ou de financement extérieur. Donc voilà, ça a été de la com, ça a été communiqué au quotidien sur le compte Insta. j'ai trouvé un mode de fonctionnement pour que je puisse faire vivre l'aventure de l'intérieur à la fois à mes amis à mes proches, à tous ceux qui s'intéressaient à l'aventure mais également à tous les gens qui ont été sensibles au projet à la cause, à l'autisme et qui ont commencé à suivre un petit peu le projet qui ont mis 10, 50, 100 parfois plus dans la cagnotte et qui du coup en contrepartie je leur montrais un petit peu l'envers du décor et du coup je communiquais en général je faisais quelques stories tous les jours sur un petit peu l'étape, qu'est-ce que j'avais vu les kilomètres que je faisais etc donc voilà quelques stories par jour ça prend pas trop de temps ça prend un quart d'heure le soir et puis c'est pas trop contraignant et puis ça permet de faire vivre le projet moi mon frère mes amis, il y a eu du bouche à oreille j'en ai pas mal j'ai fait pas mal de communication dans ma boîte avant de partir donc ce qui est sympa c'est qu'ils m'ont donné un petit peu la parole pour en parler dans l'entreprise donc ça a résonné et puis après par le bouche à oreille la famille, les amis le deuxième cercle, le troisième cercle etc. Finalement on se rend compte que quand il y a un projet comme ça qui a du sens et qui parle à chacun ils vont assez facilement mettre un petit peu d'argent dans la cagnotte pour participer au projet
Loïc génial génial franchement hyper impressionnant bravo encore bravo encore sur le côté aventure donc tu disais forcément il y a besoin d'un petit peu de matos quand même pour partir faire 15 000, 14 000 km autour d'Europe pour avoir échangé maintenant avec pas mal de gens qui font l'ultra-cyclisme, j'ai à chaque fois un peu l'impression que, tu vois, quand tu es sur ton vélo et que tu pars comme ça vraiment sur du long, en fait, tu te déplaces avec une sorte de bulle. Tu as toutes tes affaires avec toi. Ton vélo, c'est ton univers. C'est ta vie. C'est ça. Du coup, toi, pour parler peut-être de manière un peu plus spécifique, concrète, à quoi ça ressemblait, comment est-ce que tu étais organisé ? Tu avais des sacoches, mais par exemple, pour l'alimentation, tu avais quoi ? Tu avais une dynamo. pour l'eau tu transportais combien avec toi bref ça ressemblait à quoi cette aventure très concrètement d'un point de vue logistique
Adrien il y a plusieurs écoles sur la longue distance alors il y a ceux qui sont vraiment en mode by packing avec des petites sacoches de cadres de cadres de selles vraiment minimalistes et qui n'ont pas de réchaud par exemple qui font des choix qui trimballent quand même une tente souvent moi j'ai fait le choix d'avoir un gravel donc c'est un vélo un petit peu plus solide et qui passe plus partout parce que j'avais aussi envie d'aller en dehors des routes classiques plutôt dans des chemins des sentiers malheureusement parfois je me suis retrouvé même sur des GR à devoir porter mon vélo ça c'est une autre histoire mais voilà j'avais envie de sortir un petit peu des sentiers battus, d'être vraiment dans la nature le plus possible et du coup j'avais mis un Genesis croix de fer qui est vraiment pour le coup en acier hyper solide et très réputé pour le voyage au long cours avec des œillets qui permettent de fixer des portes bagages et du coup j'avais les sacoches assez classiques deux petites devant et deux grosses derrière alors moi j'avais un mix entre voyager léger et quand même un minimum de confort avec le matelas la tente, la popote. Mais voilà, au final, quand on prend le strict minimum, le problème, c'est que j'avais quand même pour but d'aller dans le nord, où même l'été, il fait 5-10 degrés maximum. Donc, il faut quand même des fringues pour le froid, pour la pluie, pour différentes saisons. Donc, mis bout à bout, ça fait quand même pas mal de matos. J'avais un drone, la GoPro. Pour répondre à une de tes questions, j'avais pas de dynamo, parce que finalement quand on voyage comme ça on a des vitesses qui sont un peu moindres et du coup l'efficacité d'une dynamo après coup je me dis que finalement j'ai fait à peu près 20 km de moyenne tout compris 20 km heure de moyenne donc ce qui est plutôt élevé pour des voyages à vélo les gens que je croisais ils étaient plutôt à 12-15 de moyenne tranquillement moi en étant un peu plus sportif et puis j'aime bien un peu me challenger tranquille donc j'étais plutôt à 20 puis ça a monté forcément au fur et à mesure des jours on augmente la vitesse sans s'en rendre compte les jambes commencent à être un peu affûtées mais voilà le vélo plus les sacoches plus tout le matos on arrive vite à 30-35 kilos et puis la nourriture et l'eau ça dépend des pays en fait c'est vraiment très dépendant de quel coin où tu es en Europe c'est assez simple finalement parce que tu as quand même dans la plupart des pays des boutiques des boulangeries alors même si ce n'est pas les boulangeries à la française comme on aime tu trouves quand même des petites viennoiseries, des petites choses alors moi je me nourrissais comme ça, souvent le midi je faisais un petit stop j'anticipais en me disant, tiens je pourrais m'arrêter à tel endroit et puis voilà je mangeais un peu sur le pouce pour ne pas m'arrêter trop longtemps et puis après j'avais en général 2, 3, 4 jours de nourriture dans mes sacoches histoire de pas forcément non plus m'arrêter tous les jours dans un supermarché pour acheter à manger etc donc voilà après dans le nord il faut prévoir un petit peu plus à l'avance parce que tu peux faire 100, 150 kilomètres parfois sans croiser trop de villes donc là il faut anticiper un peu plus donc il faut avoir un peu plus de réserve et du coup transporter un petit peu plus dans les sacoches ça m'est arrivé d'avoir au maximum peut-être 3-4 au nord des Lofoten sur Senja en Norvège je crois que j'ai fait 4 jours sans croiser Dravitos donc là je l'avais anticipé quand même avant et du coup j'avais pris assez de nourriture pour pouvoir me nourrir pendant ces 3-4 jours et puis l'eau ça dépend aussi des pays il y en a où c'est plus ou moins facile le classique c'est les cimetières ça ça marche dans tous les pays dans les cimetières il y a toujours un endroit où tu peux normalement prendre de l'eau donc ça c'est le système D et puis après sinon je demandais chez les gens souvent en passant ou alors j'anticipais maintenant sur les applications type Komoot ou autre, tu as quand même souvent l'option d'afficher les points d'eau, etc. Donc, tu peux quand même trouver et anticiper ce genre de choses. Effectivement, dans les pays de l'Est, dans le Sud, il faisait plus chaud. Donc là, je buvais forcément plus et donc il fallait des points d'eau un peu plus régulièrement. Et dans les pays du Nord, la contrainte était de trouver de l'eau. C'était moins fréquent. Mais ce qui est bien, c'est que dans tous les supermarchés dans les pays du Nord, tu vois un petit coin avec des toilettes, avec un robinet où tu peux recharger ton eau. Donc ça, au fur et à mesure, on apprend les tips. Et puis, au fur et à mesure, on se suit aussi entre voyageurs à vélo sur Instagram. On avait créé une petite communauté de Français où on s'échangeait régulièrement. On était tous les uns, les autres dans différents pays où on allait passer avant, après, on s'est croisés avec certains. Et donc, on se donnait un petit peu tous les bons plans au fur et à mesure sur tous les pays. Excellent.
Loïc Trop bien.
Adrien Donc, on apprend au fur et à mesure. On apprend et on se retrouve en galère quelques fois aussi. Et puis, on compte sur la sympathie des gens pour dépanner quand il faut.
Loïc Parce que côté logement, tu étais organisé comment ? C'était si tu finissais ton étape et qu'il y avait une ville, tu dormais avec un toit sur la tête ou c'était tente autant que possible ?
Adrien Alors, c'était un peu un mix de tout finalement. je suis parti début avril comme tu le disais le 2 avril c'est la journée internationale de l'autisme donc j'ai choisi ce jour là pour partir et du coup dans les pays du sud le long de la côte croate notamment dans ces pays là je suis parti en finalement avant la en mi-saison donc il commençait à faire beau et chaud. Mais par contre, quand tu es vraiment sur la côte, ce n'est pas forcément hyper évident de trouver des spots de bivouac parce que tu n'as que la route le long de la côte. Ce n'est pas forcément grand-chose. Les campings sont fermés. Là, c'était un peu plus compliqué de dormir dehors. J'ai fait quelques bivouacs et puis je mixais ça quand je ne trouvais pas forcément à bivouaquer. Je pouvais trouver des petits appartements à 15 euros parce qu'on était hors saison. Donc, quand tu as un toit avec une douche et une cuisine pour te faire à manger à 15 euros la nuit, c'est simple finalement. Donc, on a assez vite fait de craquer après une journée de vélo. Et puis après, dans les pays de l'Est, j'ai vraiment beaucoup apprécié faire du bivouac sauvage en Bulgarie, en Roumanie, dans ces pays-là. C'était vraiment très sympa, très nature, très sauvage. Donc, vraiment pas compliqué de trouver des spots. Et après, dans les pays du Nord, ce qui est bien, c'est qu'il y a ce qu'on appelle des shelters. Alors ça, c'est typique des pays scandinaves, notamment en Finlande et au Danemark, c'est les pays où il y en a le plus. C'est des espèces d'abris en bois qui sont construits un petit peu partout et souvent référencés sur des applications mobiles ou sur des sites internet où ils construisent des abris semi-couverts en bois. donc ça fait un espèce de V où tu peux glisser ton matelas et ton sac de couchage donc ça te permet d'avoir un espèce de toit au-dessus de la tête tu peux dormir sans l'attente sans rien et ce qui est bien c'est que souvent tu as du bois, tu as de quoi faire du feu et même souvent tu as des toilettes sèches donc c'est vraiment la culture scandinave de vivre dehors quand ils le peuvent parce qu'ils passent 3 mois dans l'année à vivre dedans et dans le noir, pendant la nuit polaire l'hiver. Donc l'été, quand ils peuvent, ils sortent, ils vont beaucoup dehors. Puis c'est des pays où tu as très faible densité de population, beaucoup d'espace nature. Et c'est très culturel d'aller passer les vacances dans la maison au bord du lac où il n'y a rien. Il n'y a même pas de douche. C'est vraiment un peu à l'arrache. Et donc du coup, ces fameux shelters sont souvent très très propres. La personne, avant de partir le matin, nettoie, enlève les enlève les cendres, nettoie les toilettes s'ils sont allés aux toilettes. Faut en sorte que le lieu soit aussi propre que quand ils sont arrivés pour le suivant. Donc en général, quand j'arrivais là-bas, c'était super propre, hyper agréable. Donc voilà, j'ai vraiment fait un mix de tout. Alors tu ne trouves pas des shelters non plus toutes les nuits là-bas, mais bon, tu es dans les grands espaces, dans le Grand Nord, tu as de quoi bivouaquer, tu as des spots un peu partout. C'est génial.
Loïc incroyable ça donne presque envie de prendre son vélo et d'aller faire 14 000 km mais tu parlais de finalement qu'au fur et à mesure du voyage tu apprenais, tu récupérais des tips d'autres personnes, bref tu gagnais en expérience c'est un point sur lequel j'ai pas mal échangé avec un invité dont l'épisode sort demain d'ailleurs, Julien Brebian qui a passé 12 ans en Himalaya dont 8 au Népal, qui est photographe d'expédition D'accord. Et c'est un peu ce que j'ai retenu dans notre échange. Tu vois, c'est en gros le fameux adage, les voyages forment la jeunesse. Et donc, c'est ma question pour toi. Comment est-ce que tu dirais que ce voyage t'a impacté ? Tu vois, si tu réfléchis aux toutes premières étapes, peut-être les tout premiers jours où tu t'es mis à pédaler et le Adrien à son arrivée sept mois plus tard, il y a eu quoi comme évolution ?
Adrien Oui, c'est une bonne question. je pense qu'il y a un cheminement qui est assez incroyable dans ce genre de voyage et j'ai hâte d'ailleurs d'écouter le témoignage de Julien demain je pense qu'on part avec un bagage de peur ses propres peurs les peurs un peu aussi de l'entourage du coup on part avec un défi et forcément les premiers tours de roues sont pas forcément très assurés. Les premiers bivouacs, je pense qu'on se souvient tous de notre première nuit en bivouac. Alors bon, j'avais déjà fait pas mal de bivouacs avant, mais là, c'est avec le vélo. Tu as le vélo qui est à côté, donc tu te dis, si je laisse mon vélo à côté de la tente, qu'est-ce qui va se passer pendant la nuit ? On part avec tout un tas de questionnements, etc. Puis c'est sûr qu'au fur et à mesure, le cheminement, apprendre à savoir comment trouver facilement à manger, à boire, subvenir à ses besoins finalement. On revient à des besoins primaires. Donc forcément, on se reconnecte avec tout un tas de choses. Et c'est ce que j'étais parti chercher aussi. C'est une redécouverte un petit peu de soi. Je faisais, je ne sais pas, 4, 5, 6 heures de sel par jour. Donc bon, on passe un peu de temps à écouter des podcasts comme Les Frappés ou d'autres. Donc ça nous coupe un petit peu le cerveau et puis on écoute des récits, ça nous fait triper et finalement ça fait passer certains moments qui sont un peu plus longs que d'autres on a forcément des moments où on se retrouve avec ses pensées donc c'est un cheminement sur quelles sont les valeurs, quelles sont les choses importantes on se reconnecte avec avoir un toit sur la tête, avoir de l'électricité pouvoir prendre une douche avoir un lit c'est un luxe qui n'est finalement pas donné à tout le monde et nous on est bien contents et je pense qu'on ne se rend plus forcément compte de tous les privilèges et tous les luxes qu'on a au quotidien et un autre point important c'est je te parlais un petit peu tout à l'heure un peu de prise de conscience écologique depuis quelques temps c'est vrai que quand on voyage comme ça lentement nous on prend le temps on a la chance de pouvoir prendre ce temps là et du coup de voyager à notre rythme, faire son propre cheminement. Et on se rend compte finalement en allant dans des endroits un petit peu plus touristiques de la vraie nature de ce qu'on appelle le voyage. Aujourd'hui, il y a beaucoup de gens ou même moi, dans certains moments, quand je pars en week-end ou autre, en fait, on se déplace, on ne voyage pas vraiment. On va à un point A, un point B. Souvent, on prend même l'avion parce que c'est hyper facile. et deux heures après, on est, je ne sais pas dans quelle ville, à des milliers de kilomètres, on est très content, on passe le week-end, on revient, on a l'impression d'avoir visité un endroit parce qu'on a coché telle ou telle case, mais finalement, ce n'est pas ça voyager. Et du coup, on se reconnecte à travers ce genre de voyage et ça peut être la même chose en faisant un voyage de 3-4 jours à un long week-end où tu pars avec ton vélo, ta tente, Tu pars 3 jours, 4 jours, tu n'as pas de quoi te doucher, tu vas faire tes besoins dehors dans la nature. Et là, tu te reconnectes aux vraies choses. Je pense que ça m'a aussi fait grandir sur plein d'aspects comme ça. Il y a plein de choses. Je pense qu'on pourrait en parler pendant des heures.
Loïc C'est vraiment très intéressant parce que je te dis, j'ai l'impression d'entendre Julien qui faisait un peu le même constat. tu vois qu'aujourd'hui c'est vrai que quand on parle de voyage spontanément les gens pensent loin ou tu vois de destination dépaysante, alors il disait qu'il n'aime pas ce terme en l'occurrence, il faudra vraiment que je pense que tu écoutes l'épisode parce qu'il y a plein de choses en commun où pour lui ce que tu décris le fait de prendre l'avion, de partir quelque part dans des lieux mais très visités c'est pas du voyage, c'est des vacances en fait c'est ça, pour lui le voyage c'est effectivement ce que toi plutôt t'as vécu c'est comment appréhender une culture différente mais de manière de manière vraiment curieuse authentique de venir quelque part chercher quelque chose plutôt que de juste consommer entre guillemets donc ouais super intéressant
Adrien au delà de ça même le regard des gens alors il y a certains pays notamment dans les Balkans je garde certains visages un petit peu ancrés dans ma mémoire parce que dans ces pays-là, autant te dire que le pourcentage de population qui parle anglais, c'est très très faible. Donc c'est souvent compliqué de communiquer à part aller dans un restaurant ou dans quelque chose un petit peu plus touristique entre guillemets. Mais quand tu passes dans des villages à vélo ou autre, il n'y a pas de communication forcément verbale mais il y a des regards, il y a des gestes où tous les enfants, ils étaient là en train de m'applaudir, en train de me faire des grands signes. C'est souvent le regard sur le vélo. Tu as des gens qui passent devant et qui commencent à regarder le vélo, à me regarder moi avec un grand sourire, sans forcément communiquer de manière verbale et changer. Mais il y a plein de choses comme ça qui se font se connecter avec des populations locales. C'est hyper intéressant.
Loïc tu dirais que globalement le vélo est-ce que ça t'a permis de créer des liens en tout cas d'être accepté plus rapidement, plus facilement, de te fondre dans le paysage
Adrien ouais ça aide et je pense qu'il y a beaucoup de voyageurs à vélo qui te le diront quand j'arrive quelque part avec mon vélo, avec mes grosses sacoches, avec mes 30 kilos souvent complètement dégueulasse parce que ça fait deux ou trois jours que je me lave un peu toilette de chat ou dans une rivière ou je ne sais quoi, où je pose mon vélo pour aller acheter 3-4 trucs que je vais aller remettre dans mes sacoches à l'arrache, forcément, ça attire le regard, ça attire la curiosité des gens qui vont venir regarder s'ils ont envie d'entamer la discussion. Ça peut être pendant 30 secondes, 2 minutes, 5 minutes sur « mais qu'est-ce que tu fais ? Pourquoi ? » « Mais pourquoi tu fais ça ? C'est fou ! » Et finalement, ça crée une espèce de bienveillance instantanée. Je n'ai eu aucune mauvaise rencontre ou personne hostile qui m'a pris à partie ou quoi que ce soit pendant ces sept mois.
Loïc Ça fait écho à ce que tu disais sur les peurs du début de voyage ? C'est quoi peut-être les plus grosses peurs que tu avais qui ont complètement volé en éclats pendant ces sept mois ?
Adrien Ça, ça en fait partie justement, la crainte par rapport au vélo. Je pense que ma plus grosse crainte, et tu le disais tout à l'heure finalement, parce que le vélo, ça devient ta vie. C'est ton moyen de te déplacer. C'est là où il y a ton moyen de manger, de boire, de dormir. Sans mon vélo, si quelqu'un part avec mon vélo, je suis à poil en fait. donc je crois que ma plus grosse crainte avant c'était par rapport à ce vélo en me disant prendre des cadenas des trucs, des machins, avoir peur de le laisser à un endroit, d'aller faire mes courses parce que mon vélo sera toujours là quand je vais revenir en fait ça, ça vole assez vite en éclats finalement même assez vite parce que j'étais assez vite rendu en Croatie dans les Balkans et finalement le vélo je l'accrochais quasiment plus au bout d'un moment et encore moins dans les pays du nord ou alors pour le coup c'est une culture qui est tellement différente et à aucun moment il y a quelqu'un dans les pays du nord qui va avoir ne serait-ce que l'idée de peut-être te voler ton vélo donc je faisais mes courses des fois pendant 20 minutes je laissais le vélo dans l'entrée du supermarché ou de l'endroit je me posais même plus la question de l'attacher par moment ouais
Loïc donc il y a certaines choses comme ça ouais donc quand je suis arrivé en Suisse pourtant j'étais une ville vraiment très proche de la France tu vois à Bâle le premier truc qui m'avait marqué alors qu'à l'époque j'y vivais encore à Paris par rapport à à l'expérience avec le vélo que tu laisses c'était quand t'arrives à la gare de Bâle en fait tu sors et là il y a déjà il y a un parking souterrain pour les vélos un peu comme à Amsterdam tu vois bon beaucoup plus petit parce que la ville est minuscule mais par rapport à Amsterdam mais tu as un parking à vélo souterrain éclairé gardienné et en fait tu as beaucoup de vélos qui sont aussi dans la rue pas attachés tu vois mais tu en as des centaines et moi je à ce moment là quand j'ai la première fois que j'ai vu ça je venais repérer les apparts parce que j'allais déménager j'étais encore à paris et à paris bon voilà je fais un raccourci je grossis normalement le trait, etc. Mais à Paris, ça m'est arrivé une fois d'oublier sur mon vélo, quand j'allais travailler, un garde-boue. Et je m'en suis rendu compte. Donc, un garde-boue à, je ne sais pas, 12 euros. Et j'ai laissé le vélo moins de 20 minutes en plein jour. Et quand je suis revenu, il manquait un garde-boue. Sérieux, quoi ?
Adrien Finalement, c'était en France où j'avais le plus peur et j'attachais le plus mon vélo. Quand je suis revenu, après six mois, j'ai fait les, peut-être, la dernière semaine en France. Et instinctivement, j'ai passé la frontière, je suis allé faire des courses, c'était autour de l'île. Et là, j'ai fait « Ah, attends, il faut que j'attache mon vélo, là. »
Loïc Ah, c'est fou.
Adrien Et ouais, alors ça m'est revenu, ça m'est retombé dessus comme ça, instinctivement. Et là, j'ai réfléchi, je me suis dit « Ah ouais, quand même, c'est… »
Loïc Ouais. Ouais. Mais bon, en tout cas, super intéressant tu vois ce point de la peur et par rapport enfin de la peur par rapport au matériel mais humainement est-ce qu'il y a des choses auxquelles tu t'attendais par exemple que les gens soient peut-être tu vois spontanément moi je connais très peu les pays de l'Est mais c'est vrai quand tu connais peu justement que tu n'y es jamais trop allé je pense que par rapport aux pays du Nord par exemple là aujourd'hui tu me demandes je suis biaisé forcément parce que j'ai reçu plein d'invités comme toi qui sont allés et qui m'ont dit que c'était fabuleux mais sans ça je pense que spontanément je t'aurais dit par rapport à tout ce qu'on entend qu'on veut peut-être me faire croire c'est moins safe je serais pas particulièrement à l'aise de partir dans les Balkans en mode tente, sac à dos ou vélo est-ce que t'avais ce genre de peur toi aussi qui s'en avais complètement fausse ?
Adrien non j'avais pas forcément d'appréhension ou de crainte par rapport à ça j'avais finalement très peu d'appréhension de préjugés là-dessus. Donc, j'y suis allé en me disant je vais découvrir et puis je verrai au fur et à mesure, au fil de l'eau, ce qui se passe. Et finalement, les pays des Balkans et de l'Est de l'Europe, c'est les populations qui ont le plus le sourire, qui sont bienveillantes, ça passe par des gestes, par plein de choses, etc., qui viennent vers toi, qui sont curieuses. Dans les pays du Nord, il y a moins cette crainte forcément de sécurité ou autre. Par contre, dans les pays du Nord, il y a la densité de population qui est beaucoup moins forte. On croit forcément moins de monde et les gens ne sont pas forcément les plus accueillants ou les plus chaleureux, je dirais. Notamment en Norvège où je pense qu'il y a pas mal d'autres cyclos qui pourraient te dire la même chose. C'est compliqué d'avoir du dialogue avec les Norvégiens. Alors, quand tu casses la glace, quand tu brises la glace, ils sont très sympas. Il n'y a pas de débat là-dessus. Mais par contre, de prime abord, c'est plus compliqué. La Finlande, déjà, c'était un premier pas vers les pays du Nord. Alors, j'ai eu la chance d'avoir une amie là-bas qui m'avait accueilli à Helsinki, puis dans le Nord, chez sa famille. donc ça m'avait aidé un petit peu à connaître la culture finlandaise mais alors la Norvège c'est compliqué
Loïc c'est vraiment génial ce type d'expérience que tu as vécu parce que je trouve que c'est un tel enrichissement d'être confronté à tellement de cultures tellement de croyances, de peurs etc qui volent en éclats et tout ça en prenant le temps franchement c'est fabuleux ce que tu as fait c'est juste génial on a parlé là tu vois plutôt de le côté psychologique mental en tout cas comment est-ce que ça a évolué au cours du voyage mais d'un point de vue physique puisqu'on le disait en intro tu avais déjà fait du vélo tu avais fait du bivouac, tu es quelqu'un de sportif mais il y a peut-être une différence entre sportif et être capable d'enchaîner 14 000 bornes sur une selle donc comment est-ce que ça s'est passé en termes d'adaptation au cours des 7 mois
Adrien alors j'ai fait un départ progressif alors de part la blessure qui était quand même assez récente et puis le le fait de vouloir du coup commencer un peu tranquillement j'ai eu la chance d'avoir mes parents qui m'ont accompagné la première semaine en France avec le camping-car donc ils me suivaient et puis on roulait alternativement avec mon papa et ma maman de temps en temps et donc du coup j'ai pu partir avec le vélo déchargé donc voilà je laissais les sacoches dans le camping-car et je les retrouvais le soir et du coup ça m'a permis de faire comme ça les premières centaines de kilomètres jusqu'au passage de la frontière suisse pour me faire un petit peu, pour que le corps ait le temps de s'habituer à rouler 70, 80, 100 bornes dans la journée donc ça a été une adaptation un peu progressive et puis après quand j'ai repris les sacoches et que j'ai vraiment commencé en Suisse et en Italie chargé à bloc j'ai essayé d'être un peu progressif aussi dans l'approche alors c'est marrant parce que j'ai fait les deux premières semaines à bloc jusqu'à Venise parce qu'en fait j'avais mon anniversaire qui était deux semaines après le départ et c'était à peu près jouable d'arriver à Venise où j'avais jamais été et j'avais un peu cette idée en tête de me dire allez je vais essayer d'arriver à Venise pour mon anniversaire et je trouve que c'est assez stylé d'arriver à vélo à Venise et donc du coup voilà j'ai fait les deux premières semaines un peu à bloc en roulant tous les jours et en fait c'est au bout de 3 semaines où j'ai commencé à ressentir où j'ai vraiment eu un premier gros coup de pompe je pense que j'ai ressenti l'après coup j'avais fait quelques belles étapes à faire ça en 120 km avec un peu de dénive où là mon corps a commencé à me dire ok t'es gentil mais laisse moi respire un petit peu donc là je me suis pris un premier jour off et alors là pour le coup le corps qui se relâche, tu as dû connaître ça je sais que tu as fait la PTL ou d'autres choses où ton corps te dit c'est bon, laisse-moi tranquille et j'ai passé une journée sur mon lit alors là j'avais pris un petit appart dans le bas de la Croatie de la Preskill de la petite pointe à Poula et ouais, 24h sans pouvoir bouger quasiment j'étais HS dead mon corps est première alerte et je me suis dit bon il va falloir que je sois un peu plus intelligent dans l'approche et que je m'accorde plus régulièrement peut-être une fois par semaine ou tous les 10 jours un vrai jour off pour que mon corps puisse quand même encaisser et prendre fin on n'est pas non plus des machines surhumaines pour qu'ils puissent s'adapter et prendre le rythme et du coup je me suis mis alors je suis reparti plus tranquillement j'ai repris en faisant 50-60 km de manière un peu plus intelligente surtout que la côte croate on a beau être au bord de l'Adriatique c'est pas plat du tout il y a pas mal de montées et donc du coup voilà j'ai laissé le temps à mon corps pour s'adapter, j'ai refait quelques jours off à Split, à Dubrovnik dans des coins un peu sympas que je connaissais pas non plus et donc du coup comme ça mon corps s'est fait et au final c'est une machine le score. Si tu lui laisses le temps et si tu lui apprends à s'adapter et à assimiler ce que tu es en train de lui faire faire, il a l'habitude. En fait, il prend l'habitude d'un point de vue alimentaire aussi. Alors, j'ai perdu, je crois, 7 kilos en deux semaines. Je n'avais pas beaucoup de réserve, mais le peu de gras que j'avais, je l'ai perdu en deux semaines. Parce que j'avais une balance à Venise où je me suis repesé. et j'avais perdu 7 kilos je crois c'est aussi une petite alerte dans ma tête en me disant peut-être que tu manges pas assez parce qu'il faut compenser les calories je sais pas combien je bruyais de calories par jour mais en effort peut-être 2000-2005 plus le bivouac plus tu vis dehors quasiment H24 donc il faut apprendre aussi à savoir comment alimenter ton corps quel régime et qu'est-ce qu'il faut que tu apportes comme calories. Une fois que tout ça s'est mis en place, après, je pouvais faire mes 80 sans bornes par jour en moyenne. Et de temps en temps, quand je sentais que ça commençait à tirer, après, j'avais des signaux un peu d'alerte où quand il y a une journée, alors moi, je ne suis pas d'humeur râleuse. Je suis d'humeur assez constante, toujours motivé, toujours partant, etc. Mais quand le matin, en repliant ma tente, mon bivouac, que je sentais que j'étais grincheux et que même s'il ne faisait pas trop mauvais, je commençais à ronchonner sur le vélo, c'était signe qu'il fallait que je me pose une journée. Donc voilà, j'avais comme ça appris à écouter mon corps tout simplement. Et puis comme ça, au fur et à mesure, je pense sur 195 ou 200 jours de voyage, j'ai dû faire une trentaine de jours off. on fait quasiment un jour par semaine ou tous les 10 jours je sais plus en moyenne
Loïc ok c'est quand même un bon rythme un bon rythme à tenir
Adrien ouais
Loïc ça faisait je sais pas
Adrien entre 2000 et 2500 km par mois
Loïc ouais
Adrien pour te donner une idée
Loïc chargé à 35 kg
Adrien avec 30-35 kg des fois t'as plus de nourriture t'as plus d'eau j'avais une petite poche à eau de 4 litres quand je savais que potentiellement j'allais faire un bivouac etc j'étais un peu plus chargé en eau pour pouvoir cuire mes pâtes, faire une petite toilette de chat boire la nuit tout ça
Loïc du coup la question que je me pose c'est quand tu vis, quand tu as une activité physique pas nécessairement intense mais en tout cas sur du long une période relativement longue dans la journée et en plus sur une période globale importante puisque 7 mois moins 30 jours en gros j'imagine que ton corps s'habitue aussi tout ce qui est endorphine il y a plein de choses qui sont il y a plein de conséquences à l'activité physique comment tu gères l'après c'est à dire qu'une fois que le projet s'est fini déjà est-ce que tu l'avais anticipé ça et comment est-ce que tu as géré la transition ?
Adrien Ouais, c'est pas évident parce que dans mon cas l'avantage c'est que je savais qu'il y avait une date de fin donc je savais j'avais anticipé forcément le fait qu'à un moment donné ça allait s'arrêter alors ce qui est cool c'est que pendant le voyage tu peux manger ce que tu veux ça c'est le paradis pour les cyclistes ils te diront tous si tu veux manger tout et n'importe quoi tu peux y aller donc après il ne faut pas faire non plus n'importe quoi il faut quand même que tu apportes l'énergie qu'il faut à ton corps pour pouvoir rouler mais les à côté tu peux y aller les pizzas, les bonbecs le chocolat les trucs un peu plaisir parce qu'il faut quand même avoir des trucs un petit peu plaisir pour l'esprit c'est important aussi donc ça c'est cool par contre effectivement quand tu rentres déjà moi j'ai eu tu vois, c'est un projet d'un an, même un an et demi qui se terminait. Donc ça déjà, il faut l'anticiper, puis il faut quand même l'encaisser. Donc j'avais prévu, je ne sais plus, j'avais prévu deux ou trois semaines de marge entre mon retour et le retour à la vraie vie, le travail, etc. Donc un petit sas de décompression. Et effectivement, après, il faut faire attention à ne pas continuer à avoir le même rythme, de nourriture, etc. pour le corps, parce que tu ne les dépenses plus. Effectivement, il faut anticiper ça. Moi, j'ai quand même forcément eu le coup de fatigue la semaine d'après, parce qu'il y a tout ça qui s'arrête. Les derniers jours ont été compliqués. Toute la traversée de l'Allemagne, je me suis ramassé du vent dans la tronche pendant des jours et des jours, 30, 40, 50 km heure, avec les sacoches et la prise au vent, tu rigoles pas trop. Et puis après, la pluie sur la fin, j'ai eu les 2-3 derniers jours d'enfer. Je pense que l'avant-dernière journée, c'était la pire de mon voyage. J'ai pris la pluie, alors j'en rigole, je dis aux gens que j'ai eu un temps norvégien, parce que j'ai pris de la grosse pluie toute la journée, sur une ligne droite de 70 kilomètres sans changement de direction, avec le vent dans la tronche je peux te dire que j'avais envie de lancer le vélo dans le fossé de faire du stop et d'arriver à terminer, laissez-moi tranquille mais du coup j'ai fait attention sur l'après donc forcément j'ai continué à rouler un petit peu j'avais ce besoin de continuer à mettre mon corps en mouvement pour pas qu'il se soit trop brutal comme tu disais je suis assez sportif de nature donc je n'allais pas arrêter comme ça tout du jour au lendemain j'ai repris un petit peu la course à pied progressivement parce que mon corps avait oublié comment on court donc il ne faut pas faire n'importe quoi non plus et je suis allé faire un petit tour en van avec mon vélo dans les Pyrénées 3-4 jours pour faire 2-3 cols ça c'était assez cool en vélo de route sans sacoche je peux te dire que je volais dans l'école
Loïc 35 de moyenne
Adrien j'étais pogachar dans l'école des pyrénes énorme mais du coup voilà j'ai continué à garder ce rythme un peu de faire du sport 4-5 fois par semaine pour continuer à entraîner le corps
Loïc ok avec quelques mois de recul tu dirais que par rapport aux différentes zones que tu as traversées, les Balkans, l'Europe du Nord, est-ce qu'il y a des... l'Europe plus proche de chez nous, du coup, Allemagne, Pays-Bas, etc. Est-ce qu'il y a des éléments en particulier qui t'ont marqué ? Est-ce que tu arriverais à découper ton voyage selon les aspects de ces régions qui sont vraiment ressortis ? A priori, plutôt les paysages en Norvège, est-ce que tu semblais dire, mais est-ce qu'il y a eu autre chose ?
Adrien Oui, le voyage, je le découperai en trois portions finalement. La première qui a été jusqu'à toute l'Europe du sud, de l'est, jusqu'à la Pologne, parce que finalement, c'est un peu l'Europe qu'on connaît, entre guillemets, avec des paysages un petit peu montagneux, alpin, tu as la Méditerranée, c'est des choses avec lesquelles on est quand même familier, même s'il y avait plein d'endroits que je découvrais avec des yeux d'enfant des endroits magnifiques la baie de Cotor notamment au Monténégro il y a des endroits comme ça qui marquent j'ai rencontré une maman ours avec ses petits en Roumanie sur la route dans un col qui était fermé au sommet parce qu'il restait de la neige ils étaient en train de débliller la neige ça a été un autre passage très marquant de mon voyage le deuxième grand moment fort c'est les pays du nord la Norvège parce que c'est un pays qui est incroyable alors déjà il y a l'arrivée au cap nord qui est un moment marquant parce que ben tu es tout au nord tu peux plus aller plus au nord finalement avec le vélo terminé puis je sais pas c'est un peu le graal d'arriver à cet endroit qui est assez mythique donc ça c'était C'était assez émouvant. Et puis après, c'était un peu ma porte d'entrée, moi, sur la Norvège, dans les fjords. Puis c'est un peu l'idée que je m'en faisais quelque chose de très sauvage, d'un peu inhospitalier. Ces deux endroits, tu n'as pas forcément envie de trop t'y attarder. Parce que quand le temps se gâte, je me souviens d'un bivouac la veille d'arriver au Cap-Nord, justement. Là, je voyageais avec un autre cyclo français qui s'appelle Franck depuis quelques semaines. Et on a pris une bonne tempête avec du vent, avec de la grosse pluie, tout un après-midi, toute une nuit, la veille d'arriver au Cap-Nord. Et puis là, tu n'as pas d'endroit de secours. Donc, c'est sous la tente, le long de la route. On avait vraiment la route qui était à 10 mètres de nous. Tu n'as pas d'échappatoire. Et moi, j'ai passé 17 heures sous ma tente, je crois. j'étais parti assez tôt ce jour là un peu plus tôt que Franck parce que je savais qu'il y a une dépression qui arrivait en début d'après mais je voulais essayer d'arriver un peu avant pour me mettre à l'abri au sec j'ai réussi à peu près et après il a plu vent jusqu'au lendemain 10h du mat et donc là on ne pouvait même pas sortir donc on a mangé sous la tente test un petit peu de la résistance à la pluie tu commences à avoir quelques gouttes qui tombent le vent qui se lève et puis la tente qui se plie en deux des fois t'as la paroi de la tente qui vient s'écraser contre ta tête et là tu fais la nuit elle va être longue le lendemain t'as l'étape vers le Cap Nord on a dormi trois nuits au Cap Nord pareil avec pas mal de vent donc ouais c'est des souvenirs et puis toute la redescente de la Norvège avec toute sa brutalité des paysages qui sont bruts et nature. C'est l'idée qu'on s'en fait. C'est ce que j'attendais le plus dans le voyage, c'était d'arriver là-bas. Et je n'ai pas été déçu. Alors, pareil, le temps a été apocalyptique pendant très longtemps. Tous les cyclos qui sont passés là-bas l'été dernier ont pris cher, on peut dire ça comme ça. Moi, j'ai eu trois semaines de flotte quasiment non-stop. parce que je ne sais pas si tu étais en France tout l'été dernier, mais vous avez eu un été relativement chaud, caniculaire, dérèglement climatique, tout ce qu'on veut, où vous n'avez pas vu la pluie, toute la pluie qui ne passait pas en Europe, ici, et toutes les dépressions qui ne pouvaient pas passer à cause de la barrière anticyclonique montait au nord, et puis c'était la cascade, il remontait toute la Norvège, qui était bloquée en plus par la chaîne de montagne entre la Norvège et la Suède. Il y a une espèce de barrière naturelle montagneuse. Et donc, en fait, les dépressions, elles s'amusaient bien. Elles remontaient toute la Norvège pendant trois mois. Et puis, nous, on a pris cher pendant ce temps-là. Avec des alertes météo, de la pluie violente toute la journée. Puis c'est tous les jours. Donc, tu ne peux pas dire, allez, je m'abrite pendant 24 heures, je repars dans deux jours. ça va être pareil donc là j'avance, j'avance et j'ai eu la chance aussi que mes parents me retrouvent encore une fois avec le camping-car à ce moment là ils sont remontés tout au nord vers les Lofoten pour m'accompagner quelques temps sur la redescente de la Norvège et donc je pouvais au moins me sécher le midi, le soir je me changeais aussi, me mettre au sec parce que voilà pendant deux semaines où j'étais en tente où on essayait de se prendre des petites cabanes dans les campings avec Franck avec qui je roulais encore à ce moment-là pour essayer de sécher parce que c'était non-stop non-stop
Loïc j'ai un futur invité qui était en Norvège en même temps que toi alors lui il a fait en gros il a fait la plus grande course d'orientation au monde la plus grande aventure en orientation au monde donc il est parti à pied carte boussole et avec son frère qui est en équipe de France de course d'orientation ils ont remonté toute la Norvège ça leur a pris 83 jours et il nous expliquait que sur les 83 jours donc il était en même temps que toi l'été dernier il a pris 44 jours de pluie
Adrien ah bah ça m'étonne pas après c'est connu il y a certains endroits en Norvège qui sont connus parce que voilà il pleut souvent après c'est la porte d'entrée sur la mer du nord, l'Atlantique c'est hostile comme endroit les paysages ne se sont pas faits comme ça donc c'est le vent, c'est la pluie, c'est l'érosion c'est tout ce qu'on veut et effectivement il y a Bergen notamment qui est la ville où il pleut le plus en Europe même peut-être au monde, alors peut-être pas au monde quand même mais en tout cas en Europe où je ne sais plus il y a combien de jours de pluie par an donc c'est très connu et ce qui est très marrant c'est que j'y suis passé deux fois et les deux fois il a fait grand soleil à Bergen donc en fait moi j'ai pris de la pluie sur les trois premières semaines donc vraiment toute la redescente à partir du Cap Nord jusqu'à Trondheim à peu près donc là vraiment les Lofoten toute cette côte qui est vraiment magnifique tu longes des fjords c'est incroyable donc là j'ai pris pas mal de flottes par contre après toute l'autre partie sud de la Norvège qui est peut-être un peu moins connue avec où tu alternes des fjords il y a des gens qui passent un peu de temps sur Instagram qui ont suivi des comptes un petit peu de paysages et de voyages ont sûrement vu des photos de certains endroits dans ces coins-là de Norvège avec les espèces de rochers suspendus au-dessus des fjords très photogénique. On parlait tout à l'heure de consommation et de voyage. Il y a des gens qui vont exprès pour faire des... alimenter leur Instagram. Et donc, ils passent une heure sur le rocher en question à se prendre dans tous les sens, à imaginer des scénarios pour leur compte Instagram. Donc, c'est un endroit aussi et une partie de la Norvège qui est hyper jolie. et pour le coup, j'ai plus ce beau temps alors que c'est là-bas normalement qu'il est censé faire le plus mauvais mais ouais vraiment la Norvège, je recommande gros coup de cœur
Loïc génial Bergen, tu me fais un peu peur parce que je suis censé y aller cet été avec d'anciens invités du podcast, les bâtards qui font un je ne sais pas si tu avais écouté l'épisode ils font un dracar, un énorme dracar
Adrien ça me dit quelque chose
Loïc ils vont partir de Toulouse jusqu'à New York donc l'objectif c'est de fabriquer le dracar le plus rapide du monde et je suis censé passer une semaine avec eux en Norvège et j'avais comme point d'arrivée Bergen mais effectivement je suis en train de voir qu'à Bergen il pleut en moyenne 240 jours par an écoute moi j'y suis allé
Adrien j'y suis passé deux fois à 15 jours d'intervalle et les deux fois j'ai eu grand soleil il n'y a pas de vérité
Loïc ouais c'est clair ok tu nous expliquais plutôt en début de conversation que tu avais associé ce n'était pas juste un défi sportif, il y avait cette association aussi pour ton neveu. Comment est-ce que tu l'as impliqué, si tu l'as impliqué au cours de l'aventure et qu'est-ce que tu dirais que ça a changé pour lui, que tu réalises cet exploit ?
Adrien Alors, l'impliqué, malheureusement, c'est compliqué parce qu'il ne parle pas et qu'il n'est pas forcément conscient ou en tout cas, on ne sait pas vraiment la conscience qu'il a de ce qui l'entoure. donc je ne pense pas qu'il se soit rendu compte de ce qui se passait et de ce que j'ai fait même j'en suis sûr qu'il n'en a pas du tout conscience maintenant la grosse satisfaction c'est d'avoir pu améliorer son quotidien avec ce vélo parce qu'il adore ça depuis qu'il est tout petit et aujourd'hui il est capable de faire 90 km de vélo avec son papa et de partir 3-4 heures. Ils sont venus me retrouver le jour où je suis arrivé à 45 kilomètres de Blois. Avec mes parents, avec une partie de ma famille, avec mon autre frère. Du coup, on a pu faire les 45 derniers kilomètres ensemble. Ils ont fait presque 100 kilomètres aller-retour pour aller chez eux après. Ils ne bronchaient pas, ils étaient contents avec le sourire sur son vélo. Rien que de voir ça, je peux te dire que ça matérialise et ça remplit de joie et un peu de fierté aussi de me dire que grâce à ça, ça a permis d'améliorer son quotidien. Et puis au-delà de ça, c'est aussi la sensibilisation que j'ai pu faire avant, pendant, que je peux faire après grâce à toi, aux deux, trois podcasts que j'ai pu faire et puis en essayant de faire vivre un petit peu le compte Instagram. Là, je vais faire deux, trois aventures dans l'année, un petit peu sous le nom Secycling for Autism. Je cherche des leviers de sensibilisation parce que finalement, c'est ça qui est le plus important derrière. Qu'est-ce que c'est l'autisme ? C'est 700 000 personnes en France. C'est une naissance sur 50 aujourd'hui en France d'un enfant qui a ce qu'on appelle un TSA, un trouble du spectre de l'autisme. Parce que l'autisme, ce n'est pas je suis un peu autiste ou je suis beaucoup autiste. C'est un spectre. C'est très complexe. tu as plein de facteurs et de troubles, tu as une multitude de troubles derrière, ça va être des troubles du langage, des troubles du comportement, de l'attention, il y a plein de choses, et donc il y a certains troubles qu'un enfant autiste développe plus ou moins que d'autres, donc c'est essayer d'expliquer aux gens qu'est-ce que c'est l'autisme, et essayer de sensibiliser au fait que comment on détecte ça, alors aujourd'hui malheureusement, c'est principalement, ça repose principalement sur les familles qui se rendent compte qu'il y a un retard au développement de l'enfant, mais qu'ils ne savent pas parce qu'on n'est pas sensibilisés, on ne sait pas comment ça marche. La société française est une société normée, où les enfants vont être dans des cases, scolarisés dans des cases. Et si on en sort, malheureusement, pour plein de types de handicaps, on arrive vite en situation de déscolarisation. Mon neveu n'a jamais pu être scolarisé, malheureusement. Et c'est le cas pour plein d'enfants autistes ou d'enfants handicapés au sens large. C'est aussi sensibiliser sur l'inclusion, sur la détection, le parcours de diagnostic qui est très long. Mon frère a un de ses autres fils autistes également. Ils ont fait un parcours qui a duré un an pour avoir un diagnostic qu'ils vont avoir cette semaine. donc c'est autant de retard qu'on prend dans l'aide qu'on peut amener à l'enfant parce que si on le détecte tôt, on peut l'aider le plus tôt possible et l'aider à se développer de la manière la plus normale possible, entre guillemets donc voilà, il y a plein de choses tout autour de ça et finalement le projet ne s'arrête pas qu'à aller faire ce tour de rap à vélo, maintenant j'essaie de le prolonger et d'en parler un petit peu toujours autour de moi.
Loïc Super. Si les gens veulent se renseigner un peu plus sur le sujet, c'est quoi la meilleure plateforme ? C'est ton Insta ? Ou en tout cas pour suivre tes aventures ?
Adrien Pour me suivre, c'est effectivement l'Instagram Cycling for Autism. Et puis après, j'invite tout le monde à se renseigner, à aller comprendre ce que c'est que un TSA, les différents facteurs de l'autisme. Plus il y aura de sensibilisation et d'ouverture, d'inclusion dans la société, plus ça deviendra normal. Parce qu'aujourd'hui, c'est un fait, il y a un enfant sur 50 qui naît avec un trouble autistique. Donc, ça fait partie de la société. Ça ne veut pas dire que ce sont des gens ou des enfants qui sont différents. C'est juste que ce sont des personnes qui ont un mode de fonctionnement différent. et plus on sera sensibilisés et plus ça deviendra normal dans la société. On parle vraiment d'inclusion. Plus on pourra... Ça passe aussi par des comportements qui ne sont pas compris. Quand tu as un enfant de 4-5 ans qui a un trouble et qui se comporte différemment d'un autre enfant qui peut avoir une crise, qui peut avoir un moment de panique ou on ne sait quoi en étant entouré d'autres personnes, il va y avoir un regard, un jugement automatiquement parce que ça va être comment tu élèves ton enfant ou pourquoi ton enfant fait ça, etc. Pas du tout de bienveillance, il n'y a pas du tout de prise de conscience. Au final, il y a plein de gens qui vivent avec ça et il faut l'accepter, il faut les intégrer dans la société d'aujourd'hui.
Loïc Excellent. J'espère que tes prochaines aventures seront aussi visibles que la précédente et que tu pourras porter ce message de sensibilisation, que les gens prennent le temps d'aller se renseigner. Est-ce qu'il y a un site ou une ressource en particulier sur les TSA qui peut être une bonne porte d'entrée ?
Adrien Vous pouvez trouver assez facilement. Moi, je n'ai pas vraiment de référence où je vais me renseigner parce que, comme tout un chacun, moi, je connaissais très peu, même en étant parent proche, on vit finalement en parallèle de tout ça parce que les familles, les aidants, c'est une vie qui change du jour au lendemain aussi pour ce qu'on appelle les aidants, les familles proches. Et on ne se rend pas compte de l'extérieur. Donc, moi, c'est pareil. Je suis passé par Allez me renseigner. Il y a plein d'articles, plein de sites qui sont très bien faits pour expliquer ce que c'est qu'un TSA, qu'est-ce que ça implique, etc. La détection, pour aider peut-être qu'il y a certains parents qui se posent des questions. Mais il ne faut pas hésiter à aller poser des questions dans l'entourage médical, même si c'est pareil. Eux, ils sont très peu formés non plus. donc c'est compliqué comme je te le disais à part un diagnostic ça prend du temps mais en tout cas voilà il y a des choses et des ressources qui existent qui permettent au moins de se sensibiliser et d'apprendre là-dessus
Loïc excellent super bah écoute Adrien c'était passionnant comme échange est-ce que toi il y aurait un message que tu aurais envie de partager en guise de conclusion
Adrien un message bon il y en aurait plein j'en ai déjà passé je pense pas mal pendant l'épisode je pense que certains ont déjà du le dire mais il ne faut pas hésiter à se lancer dans ce genre de défi parce que c'est accessible finalement à tout le monde et puis chacun peut le faire de la manière dont il le souhaite moi je l'ai fait de manière assez sportive en enchaînant finalement pas mal les jours, les kilomètres mais voilà j'ai rencontré plein de gens d'univers différents plus ou moins sportifs, mais qui se lancent, qui n'ont pas peur et qui partent sur des voyages plus ou moins longs. Ça peut être un week-end. Vous avez envie de changer d'air, de couper un petit peu avec le train de vie qu'on a tous. On n'a pas le temps. Aujourd'hui, on n'a plus le temps pour rien. C'est assez dramatique. Donc, il faut s'accorder du temps, il faut prendre du temps pour soi et aller au coin de chez soi ou dans sa région, dans son département pendant deux, trois jours en bivouac où il y a plein d'idées, plein de choses qui existent. Il n'y a pas forcément besoin d'aller prendre un avion pour aller à Lisbonne, à Porto, à je ne sais pas où, pour se dépayser finalement. Ça revient à ce qu'on se disait tout à l'heure. Il y a plein d'endroits en France accessible en train, en Europe. Voilà, n'hésitez pas à franchir le pas. On n'a pas besoin de beaucoup de choses. Une tente, un sac de couchage et puis c'est parti. Donc voilà, dépasser ses peurs et se rendre compte qu'en fait, tout le monde est capable de faire ça et puis ça permet de se recentrer, de se rappeler quelles sont les choses importantes dans la vie, de dédramatiser, on aime bien se plaindre pour plein de choses en France. On se rend compte aussi, en allant voir nos voisins, que la porte d'à côté, c'est pas forcément plus facile, c'est même souvent plus compliqué. Donc voilà, ce sera un peu le message.
Loïc Super.
Adrien Et puis, n'hésitez pas à y associer une cause, quelle qu'elle soit, ça donne encore plus de sens à tout ça. Et voilà.
Loïc Génial. merci beaucoup Adrien pour ce message de conclusion échange super inspirant, je me suis régalé et écoute, moi en tout cas ça m'a donné envie de me lancer dans une aventure un rythme un peu plus slow comme tu l'as fait et de partir peut-être essayer de casser certaines croyances que je peux encore avoir et je pense qu'on m'en a tous biaisés mais voilà, ce que t'as fait je trouve que c'est particulièrement inspirant donc merci encore d'avoir bien voulu venir le partager sur le podcast. Et puis, écoute, je te souhaite tout le meilleur pour tes prochains défis, alors.
Adrien Merci beaucoup, Loïc. Et merci de m'avoir donné un petit peu de temps pour parler de projets sympas et puis de sensibiliser un petit peu à une cause qui me tient à cœur.
Loïc Merci, Adrien. Merci d'avoir écouté l'épisode dans son intégralité. J'espère que vous avez pris autant de plaisir que ce que j'en ai eu à l'enregistré. Si vous avez des feedbacks, vous pouvez me contacter sur le compte Instagram du podcast lesfrappés.podcast ou par email à hello.lesfrappés.com Je fais mon maximum pour que vous viviez de super expériences audio avec mes invités. Chaque épisode demande beaucoup de temps et d'énergie. Si vous appréciez mon travail, la meilleure façon de me soutenir, c'est de partager cet épisode à au moins 3 personnes qui aiment se dépasser. si vous écoutez le podcast sur Apple Podcast ou Spotify, prenez quelques secondes de votre temps maintenant pour m'y laisser une note 5 étoiles et un commentaire merci beaucoup pour votre fidélité à la semaine prochaine pour un nouvel invité Sous-titrage ST' 501 Merci.
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