Eva Les Frappés Les Frappés Les Frappés
Loïc Vous écoutez Les Frappés, le podcast de celles et ceux qui se dépassent. Je suis votre hôte Loïc, ancien sportif de haut niveau en judo, coach préparateur mental et amoureux d'activités outdoor en tout genre. Ma conviction, c'est qu'on a tous un frappé au potentiel exceptionnel qui sommeille en nous. J'ai créé ce podcast pour vous faire découvrir des femmes et des hommes qui ont osé le réveiller. Mes invités sont des athlètes de tous niveaux, des aventuriers professionnels, des voyageuses au long cours, des entrepreneuses ou encore des militaires, des forces spéciales. Toutes et tous partagent à mon micro des récits inspirants qui vont vous faire passer à l'action. Attention, une écoute régulière peut entraîner des changements positifs irrévocables dans vos vies. Cette semaine, je reçois Eva Dourthe qui est une combattante française en MMA. On parle de sa discipline, de son évolution, des challenges qui y sont associés et vous l'entendrez, ils sont nombreux et souvent méconnus. Mais aussi de ce qu'elle y trouve, de cette flamme qui s'est allumée dans la cage pour elle il y a maintenant plusieurs années et de son parcours jusqu'à présent. Alors enfilez vos gants, mettez vos protèges-dents et je vous donne rendez-vous dans la cage avec Eva. Et juste avant ça, je tiens à remercier toutes celles et ceux qui soutiennent financièrement le podcast sur Tipeee. Chaque contribution compte et permet aux frappés de maintenir son indépendance. Si vous souhaitez vous aussi rejoindre le mouvement, le lien est en description. Autrement, rendez-vous sur Tipeee, T-I-P-E-E-E.com slash les-frappés. Merci beaucoup, excellente écoute. Et bien écoute Eva, je suis super content de te recevoir sur le podcast. C'est d'ailleurs, tu es la toute première invitée que je reçois qui fait du MMA. J'ai eu assez peu de… enfin assez peu, pas du tout d'ailleurs je crois, de sport de combat. J'ai eu une judo 4 et je crois qu'autrement tu es la toute première. Donc super content de te recevoir. Et puis j'ai plein plein de questions. J'ai regardé une vidéo en particulier d'un de tes combats qui date je crois d'il y a à peu près un an. Stéphanie Yellow. J'ai vu… yes, que tu avais remporté. J'ai vu quelques mouvements de judo donc j'aurais des questions par rapport à ça aussi. Enfin bon bref, ça va être super intéressant. Mais pour commencer, je te propose de tout simplement nous expliquer quel a été ton parcours pour en arriver là où tu en es aujourd'hui. Globalement, qu'est-ce que tu fais dans la vie ?
Eva Alors ben globalement, j'ai commencé le judo à l'âge de 7 ans.
Loïc Ah voilà, je me disais bien qu'il y avait… Voilà.
Eva Oui, à l'âge de 7 ans. Et puis moi j'en ai fait 17 ans. Après je suis entrée dans l'armée à 17 ans et demi. Juste après je me suis mise au rugby. Donc je fais plusieurs années de rugby. Et en parallèle, je fais du jiu-jitsu brésilien, du combat au sol. Un peu de boxe ou ça, toujours dans les sports de combat. Et en fait, le MMA ça m'a toujours… Depuis enfant, je regardais à la télé, là je trouvais ça vraiment un sport… C'était les Goliaths qui faisaient ça quoi. C'était un truc de fou. Ça m'impressionnait énormément. Et donc j'ai voulu essayer. Je trouvais pas vraiment de club. Et après avec le travail, j'ai été mutée sur Paris. Et là j'ai recherché un club de MMA. Et puis donc j'ai essayé. Et puis j'ai vraiment eu un gros coup de cœur pour ce sport. Donc j'en ai fait. Et puis au bout de trois mois d'entraînement, mon coach m'a proposé un combat en Ukraine, professionnel. Et donc je suis passée comme ça à pro assez rapidement.
Loïc Excellent. Tu vois. Le judo, t'as commencé où par curiosité ?
Eva En chambre à ITM. C'est à côté de Sainte. C'est là-bas, oui.
Loïc Ok. Et t'arriverais à dire maintenant avec du recul ce qui fait que plus jeune, donc bah enfant… Tu disais que t'as commencé à 7 ans le judo. Ouais. C'était quoi ? Parce que le dénominateur commun à tous ces sports, tu l'as dit, c'est soit des sports de combat, des sports de contact, enfin des sports… Voilà, c'est pas de la danse classique. Il y a rien de péjoratif dans la danse classique, mais voilà, il y a quand même… Le fil rouge ça reste des sports où il y a du contact et de la confrontation. Et c'est quoi qui t'a attiré dans ces sports-là, en particulier finalement très jeune ?
Eva Alors en fait au départ j'ai commencé le judo parce que mon grand frère faisait du judo. Et c'est vrai que j'étais aussi assez bagarreuse, le contact, tout ça. Et après avec le recul, je pense que j'ai toujours été un peu… Comment dire ? Il y a eu des traumatismes d'enfant après, pas des gros trucs, mais un peu… Je me sentais toujours un peu en colère, un peu… Enfin fallait vraiment avoir un gros truc qui me défoule et je pense que c'était le… Voilà, les sports de combat, ça me permettait vraiment de me défouler. Ça a toujours été mon truc pour avoir un bon équilibre dans ma vie.
Loïc Ok. Et le MMA, t'es arrivé déjà il y a une quinzaine d'années ? Il y avait déjà des chaînes qui diffusaient en France ?
Eva Non, non, non, pas du tout. Je combattais que à l'étranger.
Loïc Mais tu disais que t'avais très jeune, t'avais découvert, que tu regardais des combats, etc.
Eva Ah oui, oui, exact, oui, oui. Oui, bah si, si, en fait, si, si. Je disais non, mais oui, il y avait l'UFC avec… Je sais pas si tu connais, c'est Randa Rousset. Oui. C'est elle qui m'a… Une judo-cat qui s'est mise au MMA. Et bah ouais, j'étais tombée sur ça. Il y avait 15 ans, 14-15 ans.
MMA Ok.
Eva Et j'ai « waouh ! »
MMA C'était… Excellent.
Loïc Mais à la base… Mais comment tu… Le MMA, c'est vraiment…
Eva A la base, au départ, c'était pas un sport, c'était plus un spectacle. C'est le seul sport qui est devenu… enfin, qui était un spectacle et qui est devenu sport. Sinon, maintenant, c'est un peu plus l'inverse. Les sports deviennent un peu plus spectacles. Parce que, par exemple, c'était confronter le meilleur… Quel est le meilleur sport de combat ? Donc, c'était… On allait confronter un judo-cat contre un boxeur. C'était très spectaculaire, en soi. Et après, à force, à force, à force, les gens se sont… On commençait à faire un peu tous les sports, justement, pour gagner. Et puis, c'est vraiment devenu un sport. Donc, voilà.
Loïc Et comment tu… Alors, je pense qu'en France, en tout cas, tu me diras ce que tu en penses. Mais moi, j'ai l'impression, sans être à fond, tu vois, sur la MMA et un spécialiste du milieu, mais j'ai quand même l'impression que ça devient de plus en plus connu. Comment tu présenterais, comment t'expliquerais en quoi ça consiste, le MMA, à quelqu'un qui en a entendu parler, mais qui ne saurait pas vraiment dire ce que c'est exactement ?
Eva Alors, le MMA, c'est un mélange de tous les sports de combat. Au premier abord, ça peut paraître violent parce que c'est vraiment le contexte, le fait que ce soit dans une cage. Mais c'est vraiment un sport qui est très, très complexe parce que ça peut mélanger du judo, de la boxe, de la lutte, du sol. Enfin, il y a vraiment tout qui est mélangé. Donc, c'est vraiment un sport, on va dire, mature. Parce qu'il faut quand même savoir assez de tout faire. Le but est que la personne en face s'abandonne, soit par un étranglement, soit par une clé, soit par un chaos. Donc, vraiment, à travers ce sport, on apprend énormément sur soi, même au niveau de la condition physique parce qu'il va falloir faire des contractions musculaires où on bloque, on va serrer, serrer, serrer, serrer fort et après derrière, il va falloir boxer et tout. Donc, ça demande aussi une très, très moins de conditions physiques. Donc, c'est un sport qui est extrêmement complet et il faut être assez perfectionniste, assez...
Loïc Et donc, tu as droit... Est-ce qu'il y a quelque chose auquel tu n'as pas droit pendant les combats ?
Eva Oui, oui, il y a des règles. Donc, ça reste un sport. Donc, il y a des règles. Ce n'est pas... On a le droit à tout. Il n'y a pas le droit de mettre les doigts dans les orifices. Pas le droit de mordre. Pas le droit de riffer. Pas le droit au cou, derrière la tête et sur la colonne vertébrale.
Loïc OK.
Eva Et aussi, quand la personne a trois appuis au sol et que moi, j'en ai que deux, je n'ai pas le droit de lui mettre un coup de genou ou un coup de pied dans la tête.
Loïc OK. Alors, attends. Quand la personne a trois...
Eva OK. Voilà. Si, par exemple, elle a deux pieds et une main au sol, je n'ai pas le droit de lui mettre un gros coup de pied dans la tête, un coup de genou.
Loïc Et pourquoi ? Enfin, qu'est-ce que ça change qu'elle ait trois appuis plutôt que deux ?
Eva Bah, du coup, elle est dans une posture où elle peut difficilement se défendre. OK. Donc, voilà.
Loïc Donc, tu peux taper ailleurs, mais pas à la tête. Voilà.
Eva Ou avec les points. Avec les points, on peut taper dans la tête, mais pas avec le pied, vu que le pied, c'est quand même un peu plus puissant que les points. Donc, voilà. D'accord. OK.
Loïc Et sinon, elle va le droit à tout. Et t'as combien ? T'as trois rounds ? Alors, ça dépend.
Eva Si c'est un combat normal, il y a trois rounds de cinq minutes. Si c'est pour une ceinture ou un titre, c'est cinq fois cinq minutes.
Loïc Finais, cinq fois cinq minutes, c'est tellement long ! Ouais, ouais, ouais. Oh là là ! Pour des gens qui n'ont jamais fait des sports de combat, ça peut paraître hyper court, mais en judo, nous, c'était… Quand t'es jeune, c'est trois minutes, puis après, ça passe à cinq. C'est tellement long, cinq minutes ! Et on le faisait qu'une fois, nous. Tu vois, t'as ton combat, cinq minutes, et après, c'est fini.
Eva Et là, il y a une minute de récup, on a à peine le temps de récupérer, parce qu'on écoute les consignes, et il faut repartir. Non, c'est vraiment un sport qui est dur physiquement, ouais.
Loïc Et mentalement, du coup, non ?
Eva Ouais, ouais, ouais. On sort de sa zone de confort, immédiatement.
Loïc Ouais, parce qu'au final, en fait, il faut que tu sois hyper cardio, mais dans la durée.
Eva Dans la durée, tout en restant lucide.
Loïc Ouais.
Eva Parce que je pense que même les sports de cardio, comme le triathlon et tout, ben, je me dis, si t'es sur ton vélo, ben, tu débranches un peu, et voilà, que là, il faut que tu restes lucide tout le temps. Ouais.
Loïc Tout le temps, tout le temps. Ouais, je pense à l'Aviron, parce que j'ai eu comme invité un champion olympique à… alors attends, c'était où ? C'était à Rio. Ouais. Ouais. Et on avait un peu parlé de leurs entraînements, et apparemment, les entraînements des athlètes en Aviron, ils sont assez connus pour… en fait, c'est des entraînements qui se font en permanence au seuil lactique, tu vois. C'est-à-dire que les gars, ils sont en permanence, les muscles complètement chargés, mais il faut dire que ça dure un peu parce qu'en fait, c'est relativement… c'est un effort explosif, mais relativement long. Mais comme tu dis, il n'y a personne qui essaie de leur mettre un taquet dans la tête en même temps, donc…
Eva C'est ça, donc ils débranchent le cerveau et puis voilà. Ouais. Ouais. Mais… Mais dur, ouais. Ouais, c'est chaud. Ouais, c'est chaud.
Loïc Mais… alors attends, du coup, si on fait un… on fait un récap rapide, donc 7 ans, tu découvres le judo, tu fais d'autres sports… Ouais. type rugby, jujitsu, l'armée, tu es restée combien de temps ? Tu es rentrée à 17 ans et demi, tu disais ? Tu as fait carrière ou… Ouais, voilà, j'y suis encore. Ah, tu y es encore ?
Eva Ok.
Loïc Ouais, j'y suis encore, ouais.
Eva D'accord. Ouais, je suis encore dans l'armée et je suis prof de sport dans l'armée et spécialiste de sport de combat. Ok, énorme.
Loïc Ouais. D'accord, d'accord. Ok, et… ok, et donc l'armée, initialement, tu t'étais engagée, il y avait un objectif particulier, il y avait… là aussi, je ne sais pas, tu avais vu un reportage ou quelqu'un qui t'inspirait, dont le parcours t'inspirait dans l'armée et que tu voulais… pourquoi pas dupliquer
Eva pour toi ? Non, non, pas du tout, non, c'était… à la base, je voulais être prof de sport. Après, mes parents n'avaient pas assez d'argent pour me financer un peu… enfin, tout ça. Donc… et puis je voulais aussi partir de chez moi et je me suis dit, ben, le seul truc, c'est l'armée. Mais j'avoue que j'y suis allée un peu à l'aveuglette. Ok. Et puis ça m'a plu. Donc du coup, je suis restée puis je suis en train de faire carrière dedans aussi.
Loïc Excellent. Excellent. Et donc, dès le début, prof de sport dans les armées ?
Eva Au début, j'étais mécancienne d'armes, je m'occupais des canons sur les bateaux parce que je suis dans la marine nationale.
Loïc Ok.
Eva J'ai des canons, des armes en fait, tout ça, mais c'est vrai que ça ne m'a pas trop plu parce que ce qui m'intéresse, moi c'est le sport. Donc j'ai tout fait pour changer, pour être prof de sport dans l'armée. Donc j'ai passé un concours interne et puis voilà, je l'ai eu et voilà. Excellent.
Loïc Et parce que tu as des… il y a plein de sports où tu as des championnats de France, par exemple militaires, championnats du monde militaires. Dans le MMA, c'est le cas ? Tu as une division militaire ou pas encore ?
Eva Alors, elle a été créée, oui, il y a deux ans.
Loïc Ok.
Eva Et donc, je suis en équipe de France militaire de MMA. Pour l'instant là, ils sont… on devait faire une rencontre l'année dernière contre la Russie, mais bon, vu les événements, ça a été annulé. Et là, en juin, il y a aussi un rassemblement sur Paris. Je ne sais plus trop contre qui c'est. Mais c'est en train de se développer tout doucement en fait.
Loïc Ouais, ouais. Ok. Parce que de manière générale, en tout cas en France, tu as une idée de combien de licenciés il y a en MMA ? Et combien ça a représenté, tu vois, peut-être quand tu as commencé ?
Eva Bah alors… là non, je ne pourrais pas te dire, sachant qu'aujourd'hui, il y a beaucoup d'amateurs. C'est vraiment en train de… par contre, c'est en train d'exploser sincèrement, le MMA, c'est en train d'exploser, mais non, mais vraiment, je ne pourrais pas te dire.
Loïc Mais toi, tu le vois dans les salles, dans les clubs, etc. Il y a vraiment plus de monde qu'avant ?
Eva Ah oui, ah oui. Ouais. C'est vraiment… les salles sont pleines, mais il y en a plein, elles sont trop petites
Loïc les salles. Ok. C'est ça que tu l'expliques comment ? C'est quoi ? C'est le phénomène, je ne sais pas, McGregor ou…
Eva Oui, oui, ça est fait. Ouais, c'est ça ? Ouais, ouais, tout ça. On commençait plus en entendre parler aussi. Avant, on ne s'en est pas trop parlé. Donc, McGregor, je pense qu'il a fait du bien. Ensuite, il y a eu des Français aussi qui ont performé aussi à l'UFC. Il a eu une très, très grosse organisation mondiale. Et puis après, le fait que ce soit légalisé en France, ben voilà, enfin, tout a… ça prend un gros essor.
Loïc Ah oui, mais c'est vrai. Parce que… C'est depuis quand que c'est légalisé ?
Eva Ça fait… ça va faire deux ans et demi, là.
Loïc Ah ouais, ok. Ah oui, donc avant, tu avais… En fait, avant, tu pouvais t'entraîner en France, mais… Légalement, tu n'avais pas le droit de combattre.
Eva Ouais, c'est ça. Même s'entraîner, c'était pas très… C'était interdit en France. Il faut être entraîné, mais même les profs, ils n'étaient pas… Il n'y avait pas de diplôme. Donc, c'était dur parce qu'il y en a plein qui se disaient prof de MMA, mais ils n'étaient pas… Pas très… Pas très profs. Tout le monde pouvait se proclamer prof de MMA. Ouais. Aujourd'hui, c'est beaucoup plus grand.
Loïc C'est bien. Ouais. Et l'interdiction, elle était due à quoi, la violence associée… L'image de violence associée au sport ?
Eva Non, bah après, les ondis, c'est… Vous savez, dans les sports de combat, donc il y a des fédérations qui sont plus importantes que d'autres, comme le judo, c'est la plus grosse fédération. Bon, après, c'est des ondis, mais apparemment, c'est plus le président qui bloquait la venue du MMA en France parce qu'il savait qu'il allait perdre des adhérents. Donc là, c'est une question un peu politique. Ah ouais, d'accord. Ensuite, la deuxième chose, c'était le fait qu'il y ait des frappes au sol. Les frappes au sol, ben, il y en a des voix assez violents, alors qu'on soit… Sincèrement, entre nous, les frappes au sol, ils font beaucoup moins mal que les frappes debout. Donc, il y a beaucoup moins de vitesse, d'amplitude. Donc, en ce moment, c'était une fausse excuse aussi, mais… Donc, voilà. Ouais.
Loïc Ok. C'est simple.
Eva Ok.
Loïc Ouais, parce que, enfin, moi, j'avais toujours eu en tête que l'interdiction, elle était due à la violence des chocs, etc. Mais en fait, quand tu regardes la boxe, le rugby… Enfin, franchement, même le judo, moi, j'ai vu des bras retourner, tu vois, le coude à l'envers.
Eva Ah bah oui, il y a toujours…
Loïc Voilà, ça n'arrive pas souvent. Ce n'est pas vraiment considéré comme un sport d'attaque. Le judo, c'est plus un… Enfin, tu le sais, un sport de défense. Mais tu as toujours, tu vois, enfin… Voilà, tu as de la casse quand même. Donc, ouais, je ne sais pas.
Eva Moi, chaque compétition de judo que j'ai pu faire, à chaque fois, il y a toujours quelqu'un qui part avec les pompiers. C'est inévitable. Ouais. Que là, en combat, je fais… Enfin, je suis pro, il n'y a pas. Et le sport de combat où il y a le plus de blessés, de séquelles, c'est à la boxe
Loïc anglaise.
Eva Ah ouais ? Un peu que dans la tête, oui, parce qu'il y a des gros traumatismes à la tête.
Loïc Ah oui, oui, oui. C'est vrai qu'il frappe qu'à la tête. Ouais, effectivement. Ouais. Effectivement. Ouais. Ok. Super intéressant. Bah écoute, merci. C'est plus clair, du coup, sur le MMA. Comment tu en es arrivé à ça et puis comment ça se développe ? Du coup, ton premier combat pro, tu as dit que c'était en Ukraine, c'est ça ? Oui, c'est ça, ouais. Est-ce que tu peux nous en parler ? Comment tu t'étais préparée ? En termes d'émotions, ce qui s'est passé au moment où tu es rentrée dans la cage ? Le premier coup, peut-être ? Parce que ça faisait trois mois que tu t'entraînais vraiment en MMA ? Ouais, c'est ça, oui.
Eva Alors, j'ai eu la chance d'être tombée parce que, évidemment, je ne connais ces personnes. Je ne connais ces personnes. J'ai pris le premier club de MMA à côté de chez moi et j'ai eu la chance de tomber vraiment sur une icône du MMA. Mais je ne savais pas du tout. Je l'ai su des mois après. Et du coup, il m'a bien bien entraînée. Et c'est vrai que je suis une compétitrice dans l'âme. Donc, quand il m'a proposé ce combat, je me disais, ouais, c'est chaud. Enfin, plus en Ukraine, je ne sais pas. Il m'a dit, t'inquiète, je viens avec toi. Donc, il m'a mis assez en confiance. Après, je m'étais dit, ouais, ça va être une expérience. Et puis, j'ai envie de me challenger aussi. Et puis, au final, si ça me plaît, je continue. Si ça ne me plaît pas, j'arrête. C'était vraiment une expérience que j'avais envie de vivre. Donc, on y va. Et là, ce qui m'a vraiment frappée, c'est tout l'engouement qu'il y a autour. La pesée, la pesée médiatique avec toutes les caméras, les trucs. C'est vraiment quelque chose que, je ne sais pas, par exemple, au judo, une compétition normale, on se pèse, on va combattre et puis point. Il n'y a pas tout un truc autour.
Loïc Il n'y a pas de caméras à la pesée, c'est clair.
Eva Voilà. Là, on fait tout un show. Après, il y a un shooting. Genre, c'est juste un combat, quoi. Je prenais ça vraiment comme ça. Donc, ça, j'ai mis du temps à gérer un peu la pression médiatique. Tout ça, ça me mettait vraiment mal à l'aise, en plus. Parce que moi, je ne suis pas là pour… Je suis plus… Je suis là pour combattre, en fait. Donc, voilà. Et j'arrive dans la cage. Oh ! C'était incroyable. Parce que… Parce que la fille en face… J'ai vraiment… Quand je suis rentrée, j'ai l'impression que je suis rentrée dans une arène. Vraiment. Et là, je me dis… Voilà, elle, soit c'est moi. Mais vraiment, c'était… C'était incroyable. Et d'émotions où je suis sortie de base… Enfin, oui… Du combat, je ne me rappelle pas du tout.
Loïc Ah ouais, c'est vrai ?
Eva Non. Mais tous mes combats, je ne me rappelle pas. Je ne sais pas. J'ai des flashs, mais… Parce qu'en fait, on est tellement dans un mode… L'instinct de survie… Ouais. Qu'en fait, je ne sais pas tout ce que je fais, les réflexes, tout ça. Je ne sais pas.
Loïc Ça me rassure tellement ce que tu dis. Parce que… Attends, mais je viens de… En fait, on n'en avait pas parlé. Je te dis, tu es la deuxième invitée que je reçois qui est dans les sports de combat. Mais je n'avais pas parlé de… Je n'avais pas posé cette question, par exemple, à la précédente, la judo-cat belge. Et en fait, là, ce que tu dis, ça me fait penser… Enfin, pendant longtemps, moi, c'était exactement la même chose au judo. Et je me disais, mais je ne sais pas, je dois être… Ce n'est pas normal de ne pas se rappeler ce qui se passe sur le tatami. Pareil, j'avais des flashs. Je me disais, mais c'est trop chelou. Enfin, je rentre, je suis parfaitement lucide. Et en fait, je sors trois ou cinq minutes plus tard. Je ne sais pas trop ce que j'ai fait. Tu vois, des espèces de réflexes. Ok. Donc, toi, c'est le cas. Bon. Ouais, c'est ça.
Eva C'est l'instinct de survie, en fait.
Loïc Ouais, ouais. Ben, peut-être encore plus dans le MMA, non ? Oui, oui, beaucoup plus. C'est-ce que tu n'as pas du premier coup que tu mets ou que tu prends sur ce combat ?
Eva Non, non.
Loïc Pas du tout. Et quand tu regardes les vidéos… Enfin, je ne sais pas si tu regardes d'ailleurs les enregistrements.
Eva Alors, en fait… Tu sais quoi, ça fait peut-être un an et demi que j'arrive à me regarder. J'arrivais pas à me regarder. Pour moi, je disais, mais ce n'est pas moi. Même le regard, tout, là… Je ne savais pas. Ce n'était pas moi. Et j'ai du mal à accepter. Ouais. C'est tellement… Mais au final, c'est justement le fait de sortir de sa zone, de confort, d'être dans cet état. Tu apprends sur toi, mais vraiment. De dire, ah là, mais en fait, je suis capable de faire ça.
Loïc Enfin…
Eva Et c'est pour ça que j'adore combattre.
Loïc Vraiment. Et donc, c'était en quelle année, ça, le premier ?
Eva Ça, c'était en 2000… C'était il y a 7 ans.
Loïc Il y a 7 ans, ok.
Eva 2017.
Loïc Ok, 2017. Et… Depuis, tu en as fait combien ?
Eva Là, je suis en effet 13. Ah ouais.
Loïc Ok. Et comment… Et du coup, qu'est-ce qui a évolué dans ta manière de combattre ? Et même au-delà du combat… Tu vois, tu disais qu'on en apprend plein sur soi en sortant de sa zone de confort. Comment est-ce que toi, en tant que femme, en tant que militaire… Enfin, qu'est-ce que globalement ces 13 combats, ils t'ont apporté ? Alors déjà, la confiance en moi.
Eva Ouais. J'ai pris beaucoup plus… J'étais très introvertie avant, enfin… Beaucoup plus timide, pas sûre de moi… Même de ma valeur en vrai. Et ça m'a vraiment… Plus confiance en moi, plus de… De sérénité… Plus sûre de moi en fait. C'est plus… C'est vraiment le plus… La plus grosse chose qui ressort. De… Ouais. Et de ma vraie valeur. Je m'accepte comme je suis. Mes défauts, mes qualités… Et… Ouais, j'aime… Aujourd'hui, je peux dire j'aime comme je suis. Comment je suis, ouais… Qu'avant… Ouais, non… Ouais, non… Ouais. Ouais.
Loïc Ouais. Super intéressant. Et… Et donc aujourd'hui… Donc attends… En gros, ça fait deux combats par an. C'est ça ? Globalement ?
Eva Après, ça dépend. Il y a des périodes là… Pour le Covid, bah du coup, j'ai pas combattu. Après, bah par exemple, j'ai eu beaucoup… J'ai eu 18 annulations et refus avant le combat de Yellow Page là. Celui qui était refus.
MMA Ah ouais.
Eva Ouais. Et j'ai me suis dit, bah j'ai arrêté. Je vais arrêter parce que je m'entraînais beaucoup… Pour rien. C'était… Ça devenait un peu… C'est épuisant. Et… Et… Et… Et on m'a proposé ce combat contre elle parce que… Elle avait… Personne ne voulait combattre contre elle. Donc j'ai dit, bah oui, va aller, allons-y. C'est mon dernier. J'ai dit vraiment ça. Et… Puis au final, je l'ai gagné et puis ça m'a ouvert les portes. Et donc je suis repartie. C'est bon.
Loïc C'est bon. Et qu'est-ce qui fait que… Le rythme… Enfin que le nombre de combats, tu vois, si tu le rapportes à l'année, je sais pas, entre mettons un et trois, quatre combats… Qu'est-ce qui fait que c'est pas plus ? Parce que par exemple, tu vois, le judo, tu pourrais très bien faire une compète tous les… Deux week-ends ou tu vois… Ou quasiment tous les week-ends ?
Eva Oui, c'est vrai, ouais. En fait là, ce qu'il y a, c'est que déjà, on analyse déjà notre adversaire. Donc ses qualités, ses défauts, etc. Donc on va aussi s'entraîner par rapport à ça. On a… Le but, c'est d'être au maximum de ses capacités au moment T, quand on rentre dans la cage. Donc il y a tout un planning sur la préparation physique, sur tout, pour qu'on soit vraiment au top. Et le plus haut point, c'est le régime. On fait un très gros cutting, c'est pas le régime comme au judo, où même avant la pesée, on a un kilo à perdre, on va courir avec le kawaii, puis après c'est bon. Là, c'est vraiment un gros cutting où on ne boit plus, on ne mange plus et on fait des saunas. Une semaine avant, moi je perds 5 kilos quoi.
Loïc Wow… Sachant que 5 kilos par rapport à un poids de combien ?
Eva 57 et je dois descendre à 52.
Loïc Ah ouais, punaise.
Eva Et vu que la pesée est 36 heures avant, après on a 36 heures pour se régénérer. Et donc voilà, mais c'est très mauvais pour le corps, mais tout le monde fait comme ça et tant que les règles ne changeront pas, on est obligé de faire comme ça.
Loïc Ça c'est quand même un peu chelou parce que du coup, le judo, les pesées, c'est le jour même du combat. Donc tu peux te dire, bon, tu ne reprends pas tant de poids que ça. Tu ne peux pas, ouais. En vrai, tu vois, quelqu'un qui a fait un régime, en fait il ne va pas tout reprendre, donc il n'a pas un énorme avantage par rapport à toi. Alors que là, 36 heures, tu reprends combien en 36 heures quand tu as que tes 5 kilos ? 6-7.
Eva Mais non ! Mais en fait, on est tellement déshydraté, déjà que…
Loïc Tu gonfles en fait, ça ? Tu retiens tout ?
Eva Dès que je bois, le corps est stock. Et pareil, on ne mange pas rien, donc dès qu'on mange, ça stocke direct. Et bon, on reprend 6-7 kilos. Après, ça dépend des personnes. Moi, c'est vrai que c'est un étang, je gère bien mes cuttings, du coup, je reprends bien le poids. Et après, c'est vrai qu'on peut me dire, mais pourquoi tu ne comprennes pas dans la catégorie au-dessus ? Mais je ne peux pas parce que ça veut dire que… Moi, là déjà, je reprends par exemple 6-7 kilos, ça veut dire que si je comprenne la catégorie au-dessus, la personne va reprendre 6-7 kilos et il y aura un trop gros décalage.
Loïc Donc, je ne peux pas. Ouais, elles font 63-64 kilos, quoi.
Eva Et oui, ça fait beaucoup trop.
Loïc Et là, il y a un désavantage, ouais.
Eva Ouais, donc nous sommes obligés de faire ça.
Loïc Ouah, 5 kilos de cutting quand tu fais…
Eva On fait la pesée longtemps avant parce qu'il y a les shootings photos, il y a les interviews, il y a la pesée médiatique avec toutes les caméras, il y a tout ça, qui fait que le jour même, on ne peut pas. Parce que le jour même, il faut se préparer, il faut se mettre dans sa bulle et tout. Pinaise. Il ne faut pas oublier que c'est… Comme je t'ai dit au départ, il ne faut pas oublier qu'à la base, c'est un spectacle.
Loïc Ouais, ouais. Ouais. C'est ça. Mais… Ok. Je suis en train de… Enfin, le… L'aspect cutting… Je l'évoque assez souvent avec des invités, tu vois, qui ont aussi des sujets de poids à gérer en vélo, etc. Et surtout, ou en trail, tu vois, on en parle assez peu, mais en fait, en trail, c'est un vrai sujet, la prise de poids, l'effet yo-yo, etc.
MMA Ouais.
Loïc Et… Enfin, moi, je sais que je suis convaincu que ça a eu un impact. Je n'ai pas fait du judo très longtemps, tu vois, j'en ai fait trois ans au niveau, mais il y avait… J'avais des régimes. Et aujourd'hui, je suis sûr que j'ai encore des séquelles, tu vois, de ces régimes un peu débiles que je faisais ou…
Eva Ouais. Après, on est amené à faire des crises de boulimie, entre guillemets, des trucs… Ouais.
Loïc À la nourriture, tu vois, on ne va pas finir une assiette, psychologiquement, c'est hardcore, tu vois. C'est clair. Donc, je me dis… Enfin, je ne sais pas si toi, c'est pareil, mais… Ouais, tu vois déjà des… Ah ouais, oui. Des déformations, on va dire, alimentaires… À cause de ça.
Eva Oui, mais enfin, en plus, j'ai commencé le judo très jeune, donc… Oui, oui, non, finir… Ne pas finir une assiette, c'est impossible. On a toujours… On a toujours une peur d'être en manque, peur de manquer ce truc. Ouais. Et puis, ouais, et puis… Moi, je sais que quand je fais les gros cuttings, il y a un dérèglement hormonal aussi. Après, on n'a plus de notion de faim ou de pas faim, on est complètement déréglé. Et puis, je pense que oui, ça a créé des micro-traumatismes psychologiques, en fait, de faire ça. Des régimes, se restreindre comme ça autant.
Loïc Ouais. Ouais. Ouais, je pense, ouais. Mais… Du coup, c'est quoi ton protocole, une fois que la pesée est derrière toi, comment tu te réalimentes et tu te réhydrates ?
Eva Alors là, ouais, ça, c'est très, très important parce qu'il faut bien se régénérer. Ouais. Donc, j'ai tout un protocole. Je sais que dès que la pesée se fait, je ne dois pas boire par heure plus de 750 ml parce que l'organisme, au-delà, il ne l'assimile pas.
Loïc D'accord.
Eva Donc ça, je prends des trucs de réhydratation pour bébé, de l'eau de coco, pas mal de sucre parce que j'ai pas eu de sucre pendant longtemps. Tout ça, et tout ça, c'est calculé. Dès que je me pèse, la pesée est faite, je bois. Une heure et demie après, je peux manger ça. Une heure après, je peux manger ça. Enfin, il y a vraiment tout. Tout est précis, tout est calculé. Oh, punaise. Alors que là, c'est dur parce qu'on a super soif, vraiment, on est déshydraté, on a la pâteuse vraiment. Et tu sais que tu peux boire que 750 ml en une heure, c'est vraiment pas beaucoup. Et donc là, se restreindre encore, c'est pas évident.
Loïc Ok. Et nourriture, du coup, tu étales tes repas sur 36 heures, sur la fenêtre de 36 heures, tu fais comment ? Tu manges un peu régulièrement, je suppose ?
Eva Oui, c'est ça. Parce que l'estomac, vu qu'il a pas mangé depuis un moment, oui, oui, j'étale, je mange un peu, un peu tout le temps. Mais par contre, c'est pareil, les aliments, je fais attention à ce que je mange, la quantité, la qualité, c'est très important.
Loïc Ouais. Ouais. Et du coup, en 36 heures, physiquement, mentalement, c'est suffisant comme durée pour arriver au top dans la cage ?
Eva Non, au top, non. Non, parce que quand t'es déshydraté, tu peux pas te réhydrater à 100% en 36 heures, c'est impossible.
Loïc D'accord.
Eva Donc forcément, tu vas arriver dans la cage, tu seras en dessous de tes capacités maximales. Il te faut au minimum pour te réhydrater 48 heures.
MMA D'accord.
Eva Donc forcément, tu vas être en dessous. Mais le but là, c'est d'être le mieux possible, on va dire. Ouais.
Loïc Ok. Je savais qu'il y avait des notions de cutting. Encore une fois, je suis pas un pro du MMA, mais quand tu regardes certaines vidéos de l'époque de Conor McGregor, le gars, c'est un squelette sur la balance. Ouais, c'est ça. Les cuttings sont un peu violents, mais je savais pas du tout qu'en 36 heures, en fait, tu peux pas te réhydrater.
Eva Non, totalement, c'est impossible. C'est pour ça qu'il y a des grosses blessures. Conor McGregor, il s'est cassé le tibia, tibia perroine, un truc comme ça. Ouais. Mais parce que c'est dû aussi à la déshydratation. On se casse pas le tibia comme ça, c'est un des zones les plus solides, tu te casses pas comme ça, juste sur un coup de pied. C'est dur, il s'attache pas le tibia.
Loïc Ah ouais, parce que du coup, ça fragilise les os ou parce que t'as... C'est ça, ça fragilise les os.
Eva Ah ouais. Malnutrition un peu avant, puisqu'on mange pas, on boit pas. En plus, on fait des saunas, des trucs pour perdre l'eau. Donc, oui, le corps est ramassé. Oh la vache.
Loïc C'est un peu malsain quand même.
Eva Il y a plein de blessures, même les chaos. Les chaos aussi, c'est que... Souvent, le chaos, c'est quand le cerveau, il vient toucher la boîte crânienne.
MMA Ouais.
Eva Et pour ça, si le cerveau est pas bien irrigué ou hydraté, le cerveau flotte un peu plus. Enfin, il a moins de place, il est moins fixe. Je sais pas si tu vois ce que je veux dire dans la tête. Ouais, ouais, ça prend moins de place quoi.
Loïc Voilà.
Eva Il emplit moins le... Donc, il y a plus de chaos aussi. Plus du chaos, donc c'est... Ouais.
Loïc Et ben... Ok, donc... Ouais, donc en fait, il y a une énorme partie de... Ok, donc je comprends du coup pourquoi... Pourquoi... On peut pas faire ça trop souvent. Ouais, voilà. Pourquoi relativement peu de combat dans l'année du coup ? La phase avant...
Eva Ouais, parce qu'il faut vraiment bien récupérer, se régénérer après.
Loïc Ouais. Mais alors, tu vois, un combat, mettons, 3 ou 5 rounds, il te faut combien de temps pour récupérer après coup ?
Eva Alors après, j'ai envie de te dire, ça va dépendre des gens. Moi, je sais, je mets un peu de temps parce que même... Comment dire ? C'est pas juste physiquement, c'est mentalement. Le combat, imaginons, tu le sais, 2 mois avant. Donc, tu t'entraînes, mais en fait, pendant 2 mois, tu penses qu'à ça. Tu vis ça, tu manges ça, tu penses qu'à ça. Et en plus, quand tu rentres dans la cage, c'est pas un combat de judo où tu dis bon, moi, je me prends un éponge, c'est bon. Que là, tu sais que l'autre en fait, il m'arrive de te tuer, quoi. Ouais. Donc tu dis, je pars dans la guerre, mais pour de vrai. Et donc, tu t'entraînes, tu te mets la pression, et puis forcément, t'as tout le temps des blessures. Je connais personne qui est rentré dans la cage avec des... Pas de blessures, à s'entraîner tous les jours. Donc voilà, ça prend énormément. Et une fois que le combat est fait, mais c'est comme, je pense, les grands sportifs, dès que l'échéance est passée, tout retombe. Là, on est fatigué, on est épuisé. Donc déjà, là, il faut... Moi, personnellement, je mets trois semaines. Déjà juste ça. Ok. Et ensuite, physiquement, ça va dépendre du combat, comment il s'est passé, ça va dépendre de beaucoup de choses, mais... Un mois, quoi. Un bon mois. Et hormonalement, bah plus, trois mois. En temps de tout reprendre tout bien. C'est vraiment... Waouh.
Loïc Ouais, donc là, en termes de... Même mentalement, on se veut dire qu'à chaque fois, tu replonges dans le même processus en sachant que tu vas voir le bout de cette phase, tu vois, de combat, trois mois après être sorti de la cage, costaud quand même. Ouais.
Eva Ouais, après, en vrai, ce sport, faut pas le faire pour faire comme les autres. Faut le faire parce qu'on est vraiment ça, mais au plus profond de soi. La motivation est vraiment intrinsèque et pas extrinsèque. On fait pas ce sport pour montrer quelque chose à quelqu'un. Ah non.
Loïc Non, non, non. T'es accompagnée, d'ailleurs, en termes de prépa mental ? J'ai été accompagnée, oui.
Eva Oui, oui, beaucoup. Parce que moi, au début, c'était dur, en vrai, de me battre avec quelqu'un qui m'a rien fait en face. C'était dur, très dur. Il fallait... Souvent, j'attendais que la personne commence à me... Bah, mettre le premier coup pour que je me réveille. Sinon, j'arrivais pas avant. Il y a ça, il y a aussi gérer, bah, émotionnellement tout. Admettre que, bah, des fois, on peut pas être tous les jours au top. Et puis, c'est dur à gérer toute la pression. Moi, le plus que j'ai travaillé, c'est la pression avant combat. Bah, comme je t'ai dit, toutes les caméras, les... Le face-à-face, tout ça, pour moi, j'ai mal à gérer. J'étais vraiment très mal à l'aise devant les caméras, tout ça. Moi, pour moi, je venais combattre, puis point, je m'en fous après demi-maisse. Ouais. Et ça, ouais, maintenant, ça m'est mieux parce que, quand on est pas à l'aise, ça prend énormément d'énergie. Et oui. Et puis, bon, la veille d'un combat, on peut pas trop laisser la place à ça.
Loïc Et du coup, comment tu le gères aujourd'hui, toute cette phase, la média ? Aujourd'hui, ça va, en fait.
Eva J'ai vraiment tourné le truc différemment. Je me dis que quand je suis en phase de combat, quand je vais combattre, c'est une autre personne, c'est pas moi. C'est comme, par exemple, mon préparateur mental, ce qui m'a dit, c'est une pièce, puis il efface. Et donc, nous, on a un côté bon et un côté moins bon. C'est normal. C'est humain. Et donc, je me dis, quand je vais combattre, c'est mon côté moins bien. C'est mon côté, moi, je l'appelle mon côté dark. Et donc, je lui dis, ok, ben là, je laisse passer mon côté dark. Enfin, je le laisse ressortir. Je l'autorise à sortir. Et là, en fait, je gère mieux. Je vais plus, pas jouer, mais ça va beaucoup moins m'impacter. Et je me dis, ben oui, c'est comme ça. Et maintenant, dans la cage même, je me dis, ouais, ben, je suis méchante. Et alors ? Tu sais, dans la société, tu dis, toi, t'es méchant, c'est pas bien d'être méchant, tu vois. Ça, c'est mon côté bon. Ouais. Et le côté, ouais, d'être méchante, arrogante et tout, je me dis, ouais, ben là, t'as le droit, tu vois. Là, c'est mon autre côté. Et donc, voilà.
Loïc T'as déjà vu des vidéos de Mike Tyson où il parle justement de comment il se transforme entre les bestiaires et le ring ?
Eva Ouais, j'en ai vu un peu, ouais, ouais. J'adore. C'est fascinant.
Loïc Franchement, le gars, j'essaierai de la retrouver, de mettre un lien là dans la description de ton épisode. Ouais. Ouais. Mais en gros, enfin, moi, j'ai à travers, j'ai dû voir peut-être deux ou trois reportages ou cours d'interviews et en fait, tu te rends compte que le gars, enfin, c'est vraiment intéressant parce que c'est ce que tu disais que quand lui, il a commencé, enfin, c'était plutôt un introverti, gros manque de confiance en soi, plein de doutes et en fait, dans la cage, bah, il libérait, ouais, le côté pile ou face, du coup, je sais pas lequel des deux, mais… Ouais. Ouais. Et puis, ça devenait autre chose, quoi. Donc, ouais. C'est ça. Super intéressant. Et ce switch, voilà, j'entre vraiment dans le détail, hein, sur la partie prépa-mental, mais ce switch, comment tu l'as travaillé ? Est-ce que tu as utilisé des ancrages du genre, je sais pas, un mot, des gestes, un toucher, un objet ?
Eva Alors, en fait, je me suis aperçue que ce truc, je l'avais tout le temps, quand au judo, quand, bah, par exemple, mes premiers combats que je faisais, bah, j'étais hyper hargneuse, hyper mince, donc au quotidien, je suis douce, enfin, j'ai aperçu que je l'avais tout le temps, et, euh, là, bon, là, le MMA, c'est plus violent, ça va un peu plus dans l'extrême, mais, euh, je l'avais toujours, et justement, quand je l'activais, enfin, quand ça se passait, avant, j'avais toujours, je faisais toujours quelque chose, et donc, j'appelle ça, c'est le signe signal, le d'ajustement réflexe, c'est lui qui va dire, ok, top, c'est maintenant, là, tu te transformes, tu vois, et, euh, voilà. Enfin, et maintenant, c'est ça, avant, c'est un geste, après, euh, faut pas trop en abuser, parce qu'après, il fait plus effet, donc, après, faut réadapter, ça peut être une musique, ça peut être plein de choses, donc, souvent, je le réadapte, je fais un nouveau truc, enfin, un nouveau truc, il va être, il va être, il va être efficace trois, quatre fois, et après, faut que j'en retrouve un autre, ouais.
Loïc Et du coup, même, toi, en termes de sensation, il y a des choses, des choses qui changent tout de suite sur, je sais pas, quand tu te mets dans ce mode, est-ce que tu le ressens, c'est-à-dire, est-ce que, je sais pas, tu sens, tu sens plus d'énergie, t'as l'essence un peu plus en éveil, t'es plus légère sur tes pieds ?
Eva Ouais, ouais, ouais, oui, oui, alors, plus légère sur mes pieds, non, mais je me sens vraiment mieux, et j'ai l'impression que rien ne peut m'atteindre, j'ai l'impression de, je suis, et genre, même, je me prends une patate, là, au quotidien, je me balade, dans l'eau, on me met une patate, je fais, euh, je vais être, voilà, mais sinon, si je suis dans la cage, je m'emmène une patate, je vais prendre du plaisir, et là, je sens la colère, la satisfaction, tout mélangé qui ressort, je me dis, ah ouais, ok, d'accord, allez, enfin, je suis trop, ah, ça m'excite, en fait, ça me, comme un chien, tu vois, un chien qui est, qui voit du sang, et puis, ben là, ça, ça fait ça, hum, hum, ouais, c'est...
Loïc Tes proches, comment ils ont, j'en parle, parce que là, quand je t'entends parler, moi, ça me parle, tu vois, par rapport à mon passif en judo, etc., et je pense que ça parlera à plein de gens, mais pour des gens, peut-être, qui n'ont jamais, qui n'ont jamais eu cette confrontation à quelqu'un d'autre dans le cadre d'un sport, peut-être que ça peut paraître un peu étonnant, tu vois, d'entendre ça, dans ta famille, les gens faisaient, enfin, comment, globalement, est-ce qu'ils ont réagi, déjà, quand tu t'es mis au MMA, et est-ce qu'ils comprennent, là, ce que tu viens d'expliquer, par exemple ?
Eva Non, ben, au début, ils n'ont pas compris, ils n'ont pas compris, ils savent que moi, je suis très, je suis très compétitrice, j'aime les sports combat, et il me faut ça, mais là, le MMA, il me fait, non, il va, là, non, tu ne peux pas, ok, le rugby, ok, le judo, ok, le judo, pas de problème, mais là, là, non, et jusqu'au jour, donc, ils m'ont, voilà, ils ont essayé, non, il va, fais pas, bref, bon, après, moi, je sais ce que je veux, je sais ce que je veux pas, donc, je vais continuer, et jusqu'au jour, ils sont venus me voir, et là, ils ont vu autre chose que ce qu'on voit à la télé,
Loïc sur une compétition, ils sont venus sur une compétition, ouais,
Eva parce qu'à la télé, en fait, ils mettent les ralentis, ils mettent des, ils font, ils zoomenent, tout ça, et en fait, ça fait, c'est vraiment hyper impressionnant, j'avoue, à la télé, en vrai, beaucoup moins, en plus, il y a l'ambiance, en plus, il y a, ouais, c'est vraiment différent, et ils ont compris que c'était pas juste un sport, enfin, de la bagarre, ils ont compris que derrière, il y avait un travail, qu'il y avait de la stratégie, que c'était, et tout ça, et maintenant, ils adorent, maintenant, ils comprennent le, quoi.
Loïc C'est vrai que la partie, par rapport à ce qu'on voit et la réalité, tu vois là, tout de suite, une chose qui m'a surpris, c'est que, c'est que tu m'expliques que le délai entre les combats, il est aussi dû au temps de préparation, et en vrai, il n'y a quand même pas beaucoup de sport, où tu passes autant de temps, enfin, là, j'en ai pas qui me vient en tête, tu vois, où tu passes autant de temps à étudier un adversaire et te préparer spécifiquement pour une personne en particulier.
Eva Ouais.
Loïc Tu vois, en judo, tu prends qui vient, et voilà, enfin,
Eva c'est vrai.
Loïc Éventuellement, tu peux un peu regarder des vidéos YouTube, etc., mais c'est quand même pas commun de se préparer pendant plusieurs semaines, voire mois, à un adversaire en particulier.
Eva En fait, c'est parce que, comme je disais tout à l'heure, on rentre dans notre zone de... non, on sort de nos zones de confort, on rentre dans l'instinct de survie, et quand on est dans l'instinct de survie, ce sont les réflexes qui reviennent. On fait ce qu'on sait faire pour nous protéger et pour nous défendre. Et donc, le but d'analyser notre adversaire longtemps avant, on va drier, répéter, répéter, répéter, par exemple, des combinaisons, qui fait que, lorsqu'on sera fatigué, dans la cage, ça va ressortir. Et en fait, c'est sa but. Ouais. Dans un état de fatigue, ce qu'on a travaillé contre l'adversaire, ça va ressortir.
Loïc Les gars d'efforts spéciales que j'ai reçus diraient entraînement difficile, guerre facile. Ouais, voilà. Exactement. Est-ce qu'il y a un combat en particulier qui t'a vraiment challengé, qui t'a vraiment fait progresser par rapport à tout ce que tu viens d'expliquer sur cette phase de préparation, les réflexes que tu développes, etc.
Eva Ouais. Ouais, ouais. Combat qui était très dur pour moi. Et il m'a fait passer un cap, ouais. C'était en... D'ailleurs, il n'y a pas aussi longtemps que ça, c'était juin l'année dernière contre une Brésilienne.
Loïc Ok.
Eva Et il était dur et... Et ouais, il m'a fait passer un cap, je sens... Déjà, émotionnellement, encore plus confiance en moi, les réflexes où j'avais travaillé, là, c'est revenu. Ouais, c'était un très, très beau combat. Puis elle était vraiment... Elle était très tenace.
Loïc Romero, c'est ça ? C'est elle ?
Eva Ouais, c'est ça, oui. Exactement.
Loïc Ok.
Eva Il était très dur ce combat, mais bon, quelle satisfaction après. Quand on gagne, c'est incroyable.
Loïc Et là, celui-là, tu l'as gagné par décision ? Ouais, décision, ouais. Décision.
Eva Décision, ouais. Ok. Bah ouais. Surtout qu'en plus, quand tu regardes ton adversaire, moi, tu te renseignes sur lui. Donc, oui, c'est quoi son palmarès ? Il vient de quel sport ? Parce que souvent, on a une prédiction de sport. Moi, je sais que c'est... Le judo, les gens le savent. Donc, ils vont chercher peut-être un peu plus à boxer. Et donc, on analyse tout ça. Et par exemple, elle, elle a le profil d'être ceinture noire de jujitsu brésilien, donc au bas au sol. Moi, c'est un peu mon domaine, mais pas si haut. La lutte aussi, elle était très forte. je dis, là, là. Et puis, en plus, elle était bien, bien tanquée par rapport à moi. Parce que physiquement, pareil, le physique, il y fait.
Loïc Eh oui.
Eva Quand quelqu'un en face est tout, scullet, tout ça, c'est impressionnant, tout ça. Donc, ouais, il faut vraiment... C'est là, et la part de confiance en soi, si on n'a pas... On n'a pas confiance en soi. Et c'est coach, parce que les coachs, ils y font énormément. Et du coup,
Loïc tu dirais que tu as changé quoi ? Qu'est-ce qui t'a apporté ce combat spécifiquement ?
Eva Je me suis dit que... Je pouvais aller... Je pouvais combattre n'importe qui.
MMA Avec ce genre.
Eva Ouais. Même si je perds, je sais, je peux combattre demain, je peux combattre n'importe qui. Je n'ai pas peur et je pense que je pourrais avoir les capacités... Enfin, même si je perds, comment dire ? J'ai les ressources pour...
MMA Ouais.
Eva Les ressources pour aller très, très loin. Si je le veux vraiment. Si je me donne les moyens, je peux.
Loïc Ça fait plaisir quand tu as un pilier comme ça de ta confiance en soi qui... Enfin, tu te construis un pilier comme ça, c'est juste ouf.
Eva Ouais. Ouais. Après, en plus, j'étais hyper timide dans l'humilité. enfin, ouais, être un tout le temps et tout le temps dans les doutes et tout. Et là, ça m'a fait vraiment passer un cap sur ça.
Loïc Et c'est trop bien. Ouais. Bah ouais, tu m'étonnes.
Eva Ouais, il y a des choses différentes.
Loïc L'armée, il t'accompagne ? Alors, tu disais que tu étais en équipe de France militaire, mais est-ce qu'avant ça, il y avait déjà un accompagnement ? Est-ce qu'ils savaient ce que tu faisais ?
Eva Oui, oui, ils savaient. Après, je sais qu'à chaque fois, vu que ce n'est pas un sport olympique, mais ils ne peuvent pas vraiment me soutenir. Et nous, voilà, aujourd'hui, je suis professionnelle, mais quand on est professionnel dans l'armée, enfin, en sport professionnel, on a des aménagements d'horaire, tout ça. Mais vu que moi, ce n'est pas un sport olympique, ils ne peuvent pas me le faire, tout ça.
Loïc D'accord.
Eva Donc, je n'ai pas vraiment de reconnaissance, même quand je vais aller combattre, je pose des jours de vacances et je vais combattre. Donc, après, je sais que des fois, ils font des petites interviews sur moi, des trucs comme ça, mais rien de très concret, on va dire.
Loïc Oui, OK. Est-ce que tu t'es déjà servi du MMA en dehors de la cage ? Tu disais tout à l'heure, dans la cage, je me prends un taquet, je ne mange pas, mais dans la rue, ça pourrait faire bizarre. Est-ce que du coup, tu as déjà dû t'en servir ?
Eva Non, non, non, rarement. Rarement. Si, c'est déjà arrivé. Si, si, ça arrive, mais très rarement. En fait, le problème, c'est que il suffit que je sorte un peu en soirée. Ça, c'est toujours que je fais du MMA et et donc, il y en a toujours qui viennent tester.
Loïc Ah ouais, sérieux ?
Eva Ouais, tout le temps, surtout les mecs. Les mecs, ah tiens, et là, si je te touche là, là, tu fais quoi ? Là, tu fais quoi ? En fait, au bout d'un moment, c'est bon, au bout d'un moment, je vous, ça part. Ça arrive. Ça arrive, ouais.
Loïc OK, donc, il y a des gens en toute connaissance de cause qui viennent... Ouais, ce qu'ils veulent tester,
Eva ils cherchent et c'est... Mais en fait, ce n'est pas que dans la rue c'est même dans l'armée quand je donne des cours de sport de combat et tout le temps et ils veulent tester les gens. Ça, si... Puis le fait que je sois une femme, puis je ne fais pas 1m80 ou quoi, je fais 1m61, donc je suis assez petite. Donc ouais, ils veulent tester et c'est vrai que c'est chiant de toujours devoir prouver, de voir... Alors qu'aujourd'hui, je pense que je... moi, je fais mon truc, je n'ai un approuvé à personne.
Loïc Ouais. Une autre question qui n'a un peu rien à voir avec tout ce dont on vient de parler, mais j'ai regardé plusieurs de tes vidéos et donc du coup, elle m'est... Enfin, elle est ressortie très vite cette question. C'est quoi ton histoire et ton rapport avec les tatouages ? Parce que bon, je mettrai les liens vers les vidéos, donc si il y en a qui veulent regarder des combats, allez-y. Mais tu es globalement tatouée sur... Tu as beaucoup de tatouages, surtout dans le dos et les jambes.
Eva Ouais, ouais. Là, j'ai fait la moitié du ventre aussi, là. Oui. Alors, en fait, les tatouages, j'ai commencé très tôt. Enfin, à l'âge de, ouais, 20 ans, je commençais par faire le dos et puis voilà, en fait, pour moi, c'était un moyen de... Tous mes tatouages, pour moi, signifient quelque chose et c'était des moments de ma vie, en fait. Des moments de ma vie et... pour moi, c'est le seul... Même quand ça n'allait pas, je n'ai pu me faire tatouer. Ça me faisait du bien.
Loïc Ok.
Eva Ça m'a fait du bien. Peut-être parce que, vu que d'un côté, je pouvais souffrir, peut-être, par exemple, je pense à des moments où c'était vraiment pas facile, le fait de me faire tatouer, c'est comme si je déplaçais un peu la douleur et ça évitait que je... Ouais, je souffre, je pense à autre chose. Donc, il y a eu ça ou après, dans des voyages, quand j'ai voyagé, pour marquer le cou, dire, tiens, là, je vais me faire tatouer. C'est pour marquer un peu, voilà, le cou. Ou après, des fois, souvent aussi, pendant... Je crois que ça fait deux fois, là, je ne l'ai pas fait. mais sinon, après un combat, je me faisais tatouer toujours parce que pour moi, ça signifiait que... Ben, j'avais encore passé un cap, je m'avais encore appris sur moi. Et donc, ok, ben, l'ancienne Eva, c'est plus l'ancienne Eva, maintenant, c'est une nouvelle Eva. Donc, il fallait que je fasse un nouveau truc. Ouais. Pour dire, vas-y, une page se tourne et voilà, une nouvelle. Donc, un nouveau tatouage. C'est un peu mon truc à moi.
Loïc Donc, en fait, tes tattoos, c'est un peu ton histoire perso, quoi, l'évolution de...
Eva C'est exactement ça. Ouais,
Loïc ton cheminement.
Eva Et donc, il y en a, ils me disent, mais tu vas pas, tu vas regretter tout. Mais en fait, non, je regretterai jamais mes tatouages puisqu'ils font partie de mon histoire. Ouais. C'est pas un tatouage comme ça sur un coup de tête.
Loïc Excellent. Excellent. Et donc là, aujourd'hui, tu te prépares pour un combat bientôt ou t'en es où, côté compète ?
Eva Alors, en fait, je devais combattre là en mois de mars, mais j'ai annulé parce que je suis blessée et du coup, je me fasse opérer lundi prochain de l'épaule et dans un mois du genou.
MMA Ah oui.
Eva Et puis, je pense qu'en fin d'année, je vais combattre. Je vais combattre pour une ceinture mondiale en France là et après aussi des combats prévus dans les... dans les pays de l'Est aussi.
Loïc D'accord.
Eva Des échéances encore, mais après, j'ai pas les dates précises, mais ça arrive.
Loïc Est-ce qu'en MMA, un peu comme dans le judo, t'as des typologies de combattantes selon les régions ? Tu sais qu'en judo, les pays de l'Est, c'est des gros arracheurs un peu bourrins. C'est le cas aussi dans le MMA ? T'as des différents styles ?
Eva Ouais, un petit peu. Après, maintenant, dans le MMA, les gens sont très polyvalents. Bon, toujours des dominantes. Mais par exemple, les pays de l'Est, c'est plus la lutte. un peu plus. Voilà, un truc comme ça. Brésil, peut-être plus le Jiu-Tiu. Voilà, le Jiu-Tiu-Brasil, voilà, c'est un peu un truc comme ça. Mais, j'arrive à un niveau où on ne sent plus trop, enfin, tout le monde est bon partout. Ouais. Ouais. Tout le monde est bon partout. Et du coup,
Loïc tu continues le judo,
Eva toi ? Non, non, non, non, j'ai arrêté. Bon, déjà, après, je n'aimais pas trop ça. Je n'aimais pas trop. Ouais, ouais, je ne sais pas, au bout de huit ans que je suis d'eau, j'ai dit à mon père, je ne veux plus. Il dit, si, tu vois, j'ai sauté sa ceinture noire. Je me dis, ok, je suis allée, j'ai eu ma ceinture noire et après, je ne veux plus faire ça. Et après, j'ai 15 ans et je ne sais rien faire d'autre. Donc, en fait, j'ai continué. Mais vraiment, voilà, c'est pas... Mais c'est bien, ça m'a pris des choses que, mentalement, que... Ben, la discipline, même, je n'aimais pas. Une fois que j'étais sur le tatami, ça allait, mais y allait, j'y allais toujours à reculons. Mais bon, j'y allais. Donc, ça m'a vraiment forgée sur ma discipline en même. Quand je suis fatiguée, j'y allais quand même. Donc, moi, aujourd'hui, non, je ne pratique plus.
Loïc Excellent. OK, donc, des combats à venir. Et l'opération, c'est quoi, si ce n'est pas indiscret ? Est-ce que tu as l'épaule et au genou ?
Eva L'épaule, elle se déboît tout le temps, là. Je ne fais rien. Après, c'est des blessures qui datent depuis quelques années, mais bon, voilà, je ne peux plus attendre, quoi. Donc, à chaque fois, je faisais des infiltrations pour tenir, des trucs, mais là, ça ne peut plus tenir, donc il faut... Bon, on n'aimait, tranquille. On rénove un peu la machine et puis c'est reparti après.
Loïc Et genou, c'est ménisque, ligament ?
Eva Oui, il y a les ménisques et j'ai beaucoup d'arthrose déjà. Ah oui ? Donc, on va essayer d'atténuer de tout ça, oui, beaucoup, beaucoup. Donc, le genou...
Loïc C'est dû à quoi ?
Eva Je me suis déjà fait trois fois les croisés au genou. Ah ouais ! Ouais, ouais, ouais. Et ça, j'ai beaucoup d'excroissances osseuses, les ménisques, je n'en ai plus, donc... Donc, voilà. C'est pas... C'est pas... C'est pas grave. C'est pas grave. Il faut juste un peu de patience et essayer de réparer ça comme on peut, quoi.
Loïc Le revers de la médaille du sport à haute intensité.
Eva Ouais, trop de sport, tu le crois.
Loïc Ouais, ouais.
Eva Mais, voilà.
Loïc J'allais te demander, t'as évoqué plusieurs fois l'UFC, en fait, l'état du MMA aujourd'hui, c'est quoi ? C'est-à-dire que t'as des fédés qui commencent à se mettre en place, mais pas vraiment partout. Et donc, t'as pas vraiment un championnat du monde. T'as plusieurs divisions. Ouais,
Eva ce sont des organisations, en fait.
Loïc Plusieurs organisations qui ont chacune, par exemple, leur championnat du monde. C'est ça.
Eva Ouais. Donc, il n'y a pas de fédération. Par exemple, s'il y a une fédé en judo, en judo, pardon, en France, une fédération de MMA, mais les fédés, c'est en amateur.
MMA OK.
Eva Voilà. Et toutes les organisations, pour y rentrer, c'est la mafia. C'est pas parce que, par exemple, j'ai 20 combats gagnés que je vais avoir accès à l'UFC. Autant, à l'UFC, il y en a qui ont 4 combats, ils en ont perdu 2 et ils sont à l'UFC. Donc, c'est vraiment la mafia. Il faut avoir un bon manager, il faut être dans les bons... Il faut que le responsable, par exemple, de l'organisation, que ton profil lui plaît. Voilà, il y a tout ça. Aussi, il regarde aussi beaucoup le nombre de followers sur Insta, par exemple.
Loïc Mais non.
Eva Comme ça, ils disent, OK, la personne a du monde, elle va tirer du monde et vous regardez. Et puis, voilà. Il y a énormément d'argent, quand même, dans Saint-Sport, l'argent. Donc, il y a tout. Ce n'est pas forcément les meilleurs qui sont à l'UFC ou... Donc, c'est la mafia. Il faut avoir des bons contacts, un bon manager.
Loïc Et toi, à ton niveau, tu arrives déjà... Potentiellement, tu pourrais en vivre financièrement ?
Eva Non. Parce que quand on combat, on est payé sur le combat. On n'est pas payé tous les mois. Et puis, il suffit, comme là, je me blesse, je ne vais pas combattre pendant quelques mois. c'est trop aléatoire. Et puis, nous, on n'est pas payé... Les femmes, on est beaucoup moins payé que les hommes. C'est comme un gros un peu fléau. Et puis, puisqu'il regarde le nombre de followers sur Insta, des fois, la personne, je ne sais pas, par exemple, elle a deux combats, elle va toucher quatre fois plus qu'un mec qui a dix combats mais qui a que 500 followers sur Insta. Oh, putain,
Loïc sérieux ?
Eva Ouais.
Loïc Et l'écart homme-femme, du coup, tu disais que c'est moindre, c'est vraiment significatif ?
Eva Oui, oui, ah oui. Après, ça dépend. C'est très aléatoire aussi, ça dépend. Je sais qu'en France, ils ne payent pas du tout. Moi, ils ne payent pas, enfin, quasiment pas, par rapport, par exemple, si je vais dans les pays de l'Est.
Loïc OK.
Eva Ouais. Mais oui, les filles, c'est moins payé parce que... Après, il faut dire, moi, dans ma catégorie, je suis une petite catégorie, enfin, je ne suis pas 50 des kilos, donc voilà. Et nous, dans notre catégorie, il n'y a pas beaucoup de chaos parce que ce n'est pas quelqu'un... On a moins de force. Pour mettre un chaos, il faut vraiment plus. Il n'y a pas beaucoup. Donc, il y a un peu moins de spectacle. Donc, il y en a, ils aiment moins les combats de filles. Les combats de filles, aussi, c'est beaucoup plus stratégique parce que vu qu'on n'a pas la puissance et la force d'un mec, nous, on va être beaucoup plus dans la technique. Et ceux qui regardent le MMA, il y en a beaucoup qui ne sont pas... Enfin, ils sont là pour le spectacle, pour le sang, pour tout ça. Et donc, les combats de filles attirent beaucoup moins de personnes, on va dire, malheureusement. Alors qu'on est beaucoup plus techniques que les garçons, en fait.
Loïc Intéressant. Je ne savais pas du tout tous ces détails.
Eva Non, c'est pour ça, il faut vraiment aimer ce sport.
Loïc Oui.
Eva Et pour... Oui,
Loïc c'est un sport passion, c'est pas...
Eva Ah oui, parce qu'en plus, il y a tellement de sacrifices dans un peu beaucoup de choses que... Ouais.
Loïc Toi, aujourd'hui, si c'était à refaire, alors c'est un peu la question que je trouve intéressante en même temps, qui ne sert à rien parce qu'on ne peut pas refaire l'histoire, mais si c'était à refaire, qu'est-ce que... Enfin, tu referais la même chose, il y a des ajustements que tu opérais ?
Eva Ouais, je pense qu'au niveau de mes choix de manager, j'aurais changé.
Loïc Ok.
Eva Ouais, là c'est bon, j'en ai un bon maintenant, mais à un moment donné, je pense que je n'aurais pas fait comme ça, quoi. J'aurais peut-être changé... Parce que le manager, il fait... Il fait tout. Enfin, c'est lui qui a... S'il a des bons contacts, on peut avoir une très bonne carrière et des belles opportunités. Ça, et puis je me serais mise un peu plus tôt sur Instagram.
Loïc Voilà. D'ailleurs, Insta, donc s'il y en a... Bon, il y a le lien en description, mais autrement, c'est hyper simple. Eva Dourthe, tout simplement. Ok, donc allez lâcher un follow. Ouais, c'est très bien. Ouais. Mais écoute, Eva, en tout cas, merci beaucoup, c'était super intéressant d'en apprendre plus sur ton parcours et puis sur le MMA, sur ce que tu trouves, sur l'évolution de la discipline récente et puis globalement sur les enjeux, tu vois, c'est quand même hyper impressionnant. Ouais, un combat, c'est bien plus que 3 fois 5, 5 fois 5 rounds. Ouais, je découvre vraiment avec toi là que c'est des mois, quoi, c'est des mois et des mois de préparation.
Eva Un investissement incroyable et même souvent après un combat qu'on gagne ou qu'on perde, on a un petit moment de dépression en vrai. Ah oui ? Ouais. Ah, tout ça, mais que pour ça ? Ouais. Ouais. Ouais. Ouais.
MMA Ouais.
Eva Ouais. Ouais. Ouais. Ouais,
Loïc en tout cas, en tout cas, enfin voilà, en tout cas, je pense que ce sera plus clair pour plein de gens. Merci. Bah écoute, je t'en prie. Bonne, je te souhaite une excellente préparation pour la suite, pour les prochains combats et puis d'abord pour les deux opérations.
Eva Oui, ça va aller. Merci un moment pour l'intérêt.
Loïc Eh bah, écoute, avec grand plaisir et puis on sera au programme un épisode une fois que t'as la ceinture autour de la taille.
Eva Ah oui. Pas de problème. Merci beaucoup,
Loïc Eva.
Eva C'est vrai.
Loïc Merci d'avoir écouté cet épisode avec Eva jusqu'au bout. J'espère que vous en aurez appris un peu plus sur le MMA et notamment sur les coulisses de cette discipline qui est en train d'exploser en France et ailleurs dans le monde. Si vous avez apprécié l'épisode, n'hésitez pas, comme d'habitude, à le partager autour de vous et de manière générale, si vous appréciez le contenu que vous consommez sur le podcast des frappés, eh bien, parlez-en autour de vous. Tout simplement, le bouche à oreille est un excellent moyen de faire grossir la communauté. Pour celles et ceux qui souhaiteraient s'engager un peu plus et soutenir financièrement le podcast, eh bien, ça se passe sur tipeee.com slash les-frappés. Merci une fois de plus à toutes celles et ceux qui ont déjà franchi le pas. Merci d'ailleurs, tant qu'on est dans les remerciements, à Sébastien du podcast Parlons de votre mental. C'est lui qui m'a mis en relation avec Eva. Je vous conseille fortement d'aller écouter son podcast. Je vous dis à la semaine prochaine pour un épisode dans lequel on va partir à l'aventure avec un artiste. Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada
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