Sissi Celle-ci, c'est une des années 30. J'ai ce caractère qui fait que je ne lâche pas. J'ai vraiment du mal à baisser les bras avant la ligne d'arrivée. Et puis c'est pour moi aussi la conception de l'ultra. Tu sais que de toute façon, tu vas passer par ces moments de douleur qu'il va falloir gérer. Je pense que quand tu es passé pas loin comme ça, derrière, c'est du bonus en fait. Voilà, j'ai de la chance. J'ai de la chance d'être là.
Loïc Hello, hello ! C'est Loic Blanchard, le créateur et host du podcast indépendant Les Frappés. Je suis un ancien sportif de haut niveau, aujourd'hui reconverti en sportif aventureux, mais aussi entrepreneur, coach et préparateur mental certifié. Passionné d'outdoor et de défis en tout genre, j'ai voulu créer une communauté autour des valeurs de résilience, de dépassement de soi et de détermination en vous offrant chaque semaine des conversations inspirantes avec des invités incroyables issus d'univers très variés. J'ai reçu aussi bien des athlètes olympiques que des entrepreneurs à succès, des aventurières professionnels ou encore des anciens des forces spéciales. Leur point commun, la passion pour leur projet et l'audace de se lancer. Alors fonçons ensemble découvrir mon invité de la semaine. Excellente écoute à vous les Frappés ! Bienvenue à Sissi sur le podcast !
Sissi Merci beaucoup de m'accueillir Loic !
Loïc Je suis ravi qu'on ait enfin réussi à caler cette date, donc merci beaucoup pour ta flexibilité, ta dispo. C'est vrai que ça tombait mal, j'étais en plein déménagement, toi tu avais des grosses échéances qui arrivaient. On va parler de ce que tu fais, mais je pense que les gens comprendront vite que tu es quelqu'un d'assez occupé. Donc c'est chouette qu'on ait réussi enfin à trouver une date et merci beaucoup pour ça !
Sissi Ben écoute, non, avec grand grand plaisir !
Loïc La première question que j'ai envie de te poser c'est comment est-ce que ça va et comment se passe la convalescence ?
Sissi Eh ben écoute, en ce moment même il fait plus de 30 degrés à la Réunion, donc on arrive dans l'été. Donc une convalescence sous les tropiques ça ne peut que aller bien. Non, j'ai de la chance d'être ici. C'est vrai que comme tous, quand on est hyperactif, se retrouver plus ou moins à l'arrêt, sachant que je ne suis pas complètement à l'arrêt, ce n'est pas évident. Mais c'est vrai qu'on est maintenant à plus de 17 jours de la course, donc ça a pas mal évolué. Je recommence à pouvoir reprendre une activité. Tu vois, j'ai repris tranquillement avec un peu de home trainer. J'ai pu aller nager avec un put-boy pour pas trop bouger les jambes. Donc je ne suis pas malheureuse, disons que si j'avais été immobilisée complètement, ça aurait été autre chose. Mais là, c'est vrai que le fait de pouvoir ne serait-ce que pour la tête reprendre une activité, puis même pour le corps, je pense que c'est indispensable. Nos corps sont habitués à être constamment en mouvement et de passer de tout à rien comme ça d'un coup, c'est compliqué. Donc ça va, je commence à voir que ça évolue dans le bon sens. Et puis c'est aussi bon pour le moral. Oui, j'imagine.
Loïc Alors pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas Sissi Kusso, je te laisserai te présenter après, nous expliquer ce que tu fais. Mais en très bref, par rapport à pourquoi est-ce que je t'ai posé cette question, c'est que tu as récemment participé. Tu as fait les grands titres sur une épreuve de trail mythique qui est la Diagonale des Fous, qui se déroule à La Réunion, là où tu vis depuis quelques années maintenant.
Sissi Non, depuis début d'année, depuis janvier, début d'année même. Début d'année.
Loïc Et donc tu étais favorite sur cette course et à mi-épreuve à peu près ?
Sissi À mi-épreuve, à 80 km de la fin ? Exactement, oui. Exactement avec la course au 80e kilomètre à peu près 75-80. Oui.
Loïc Mi-course, tu as fait une chute et tu t'es fait une fracture du perronné. Et tu as fini malgré ça avec un chrono et une place loin d'être dégueu, si on peut dire ça, vu les circonstances. Donc peut-être est-ce que tu peux nous en dire un tout petit peu plus sur ce qui s'est passé et comment t'as géré ça ?
Sissi Oui, alors effectivement, c'est vrai que je chute souvent, donc je m'attendais à faire quelques petites chutes et je m'étais préparée psychologiquement. Je savais que je ne pourrais pas terminer cette course sans un seul bobo, mais c'est vrai que je ne m'attendais pas à autant de souffrance. En fait, ce qui s'est passé effectivement, c'est que j'étais très bien en début de course jusqu'à à peu près Pleine-des-Mers, qui est à peu près 75-80 km. Où là, effectivement, j'ai fait une grosse chute. Alors j'en avais fait d'autres petites avant, mais pas sans gravité. C'est vrai que sur ce genre de course, c'est compliqué de... Alors il y en a qui me disent, je ne fais pas de chute franchement, chapeau, parce que moi, faire une course sur un terrain de jeu comme ça et pas chuter, j'en suis pas capable. Donc j'en avais fait des petites avant, mais sans gravité. Mais là, c'est vrai que j'ai vraiment lourdement chuté. En fait, comme j'avais une main encore un peu fragile, puisque je m'étais fracturée le quatrième métacarpien il y a un mois, tout juste en Corse, j'avais la main encore un petit peu... Avec une autre chute. Avec une autre chute. Donc j'ai pris le départ en me disant, il faut vraiment que je protège ma main et que je fasse attention, même si j'étais vraiment tout à fait en mesure de courir, parce que c'était plus ou moins consolidé et voilà, j'avais plus les douleurs que j'avais auparavant. C'est vrai que du coup, en chutant à pleine démerde, j'ai voulu protéger ma main et ce qui fait que je suis tombée sur tout mon corps de l'autre côté à droite. Donc j'avais très mal partout, mais surtout aux côtes. En fait, c'est vrai que la jambe au départ ne me faisait pas très mal. C'est surtout les côtes. J'ai tapé très fort sur les côtes à droite. Il s'avère que j'ai aussi une fracture de la côte, mais ça je l'ai su qu'il y a peu de temps. Sur le coup, j'étais plutôt perturbée par ça et par tous les genoux, les petites douleurs que j'avais à côté. J'avais tapé aussi la hanche, mais la jambe à ce moment-là ne me faisait pas plus mal que ça. Donc, si tu veux, quand je suis arrivée au ravitaillement d'après, j'ai mis du froid, j'ai essayé de faire ce qu'il fallait pour essayer de repartir en me disant, quand tu tombes comme ça, tu te dis toujours que c'est un choc, que ça va repartir, que ce n'est pas grand-chose. Tu ne t'arrêtes pas à la première chute parce que ce n'est pas le but d'un ultra non plus. Au premier bobo, tu serres un peu les dents pour commencer. Donc, quand je suis repartie, je me suis dit que ce n'est pas grave, c'est des hématomes, c'est des petits bobos, ça va passer. Sauf que plus j'avançais, plus la douleur était intense, plus je me rendais compte que ce n'était pas juste un petit coup et que j'avais dû me faire vraiment mal. Après, quand tu commences à rentrer dans ma fat, abandonner à ma fat, je ne sais pas si tu connais la réunion et comment sont les cirques, mais abandonner dans le cirque de ma fat, tu ne peux pas, à part faire venir un hélicoptère, c'est vraiment compliqué. Donc, c'est vrai qu'est arrivé à peu près le centième kilomètre au niveau de roches ancrées. La douleur était vraiment devenue insupportable au point de me demander ce qui ne serait pas plus raisonnable que j'abandonne maintenant parce que je n'arrivais plus tout à courir. Les descentes étaient devenues hyper compliquées. J'arrivais, tu sais, j'étais obligée de me mettre en travers pour descendre parce que la pose du pied me faisait vraiment très, très mal au niveau du tibia. Donc, à ce moment-là, je ne savais pas du tout ce que j'avais. Il y avait plusieurs hypothèses, peut-être périostite, peut-être le choc qui m'avait fait mal, peut-être frature de fatigue. Enfin, tu vois, j'avais tout en tête. Dans ma tête, ça faisait un petit peu des nœuds en me disant, bon, tu as quelque chose, mais tu ne sais pas ce que c'est. Et en même temps, je me disais, si ça se trouve, ce n'est pas très méchant, donc tu ne vas pas faire venir un hélico, peut-être que c'est que une petite tendinite. Après, tu sais, il y a aussi le fait qu'on n'ait pas de bâton, donc les releveurs au niveau du lavant du pied sont très sollicités. Donc, voilà, forcément, quand tu es dans cette situation, un peu la tête dans le guidon à être focalisée sur l'arrivée, te dire j'avance coûte que coûte, voilà, les douleurs, elles sont normales. Tu ne sais plus, je pense, au bout d'un moment, en ultra, ce qui est douleur normale et ce qui est douleur anormale, parce que de toute façon, tu sais, impossible de faire un ultra 160 km sans avoir une seule douleur. Et c'est vrai que, bon, moi, j'ai tendance à être un peu dure au mal et à préférer serrer les dents. J'ai beaucoup de mal avec l'abandon et c'est vrai que pour moi, tant que je peux mettre un pied devant l'autre et continuer à avancer, je me dis, eh bien, tu continues à avancer, tant pis, tu vas moins vite, mais tu vas aller au bout. Donc, voilà, il s'est quand même posé la question à Roche-Ancré, qu'est-ce que je fais ? Est-ce que je peux continuer ? J'ai contacté mon assistance pour leur en parler, parce que je n'en avais pas encore parlé auparavant. Et puis, voilà, je leur dis, je suis vraiment en souffrance d'une intensité telle que je me demande si je vais pouvoir continuer, quoi. Sauf qu'à Roche-Ancré, de toute façon, pour sortir de là, tu es obligé de te faire quand même tout le sentier Cayenne pour revenir à Debrard. Debrard, tu es encore un peu dans la cuvette, il faut reprendre, enfin, il faut quand même refaire pas mal de kilomètres pour sortir de ma fat. Donc, je me suis dit, ensuite, après, j'ai aussi reçu des messages de soutien de gens qui me sont proches et qui m'ont aussi fait relativiser. Et je me suis dit, tu ne peux pas abandonner maintenant, ce n'est pas possible, il faut que tu continues. De toute façon, dans tous les cas, il faut que tu avances, tu sors de ma fat. Et puis, après, tu sais comme c'est, tu avances d'étape en étape. Quand je suis sortie de ma fat, j'étais au kilomètre, donc Debrard, c'est 120e kilomètre. Ma fat, c'est quasiment 125 quand tu es en haut de Daudan. 125, tu te dis, il ne m'en reste plus beaucoup. Il en reste quand même pas mal au niveau de temps. Ça fait beaucoup. Mais si tu veux, j'étais déjà sortie, enfin, abandonnée pour moi, c'était déjà plus dans ma tête. Et je m'étais dit, tu as fait autant de kilomètres comme ça, tu as réussi à serrer les dents. La douleur était vraiment d'une forte intensité, mais ne sachant pas ce que j'avais, j'avais vraiment en tête de, tant pis pour le résultat. Parce que c'est vrai que là, j'étais sortie du classement, je me faisais doubler par pas mal de monde. Et je savais que je n'étais plus du tout en mesure de, enfin, en tout cas, moi, je ne pensais pas être en mesure de pouvoir même pas jouer un top 5 à ce moment-là, même si je ne connaissais pas trop les écarts. Donc, voilà, je me suis mis en mode automatique en essayant de gérer comme je pouvais cette douleur. Et puis, voilà, finalement, la tête a pris le relais. Et c'est là qu'on se rend compte qu'on est quand même incroyablement solide dans la tête. Et on se rend compte que, voilà, la tête, à un moment donné, peut faire avancer le corps. Alors, bien sûr, je précise que je n'avais pas la jambe coupée en deux, que je n'avais pas une fracture ouverte, que j'avais, ce sont des suppositions qu'on a faites aussi avec les médecins qui m'ont examiné et qui m'ont suivi. Probablement, en tombant, il y a dû y avoir une petite fissure à laquelle je n'ai pas trop prêté attention au départ parce que j'avais mal ailleurs. Et probablement, avec les chocs qui se sont accumulés, accumulés, en plus, la diagonale des faux, je ne sais pas si tu es au parcours, mais tu fais beaucoup de sauts. Donc, il y a beaucoup, beaucoup d'impact avec le fait qu'on n'ait pas les battants. Donc, il y a beaucoup d'escaliers. Et tu vois, tu retombes assez violemment. Et je pense que voilà, l'accumulation des chocs, on fait que la fissure, probablement, est devenue plus importante. On s'en met en petites fractures. C'est pour ça que, donc, effectivement, j'ai passé une radio dès l'arrivée de la course parce que je n'arrivais plus du tout à marcher. Donc, j'étais obligée de prendre les béquilles. Et la radio a montré qu'il y avait une petite fracture. Mais ce n'est pas la fracture que tu as quand tu as un accident de voiture. ou quand tu, voilà, je précise parce que c'est vrai qu'il y a eu énormément de médiatisation autour de ça. Et beaucoup de journalistes qui n'ont pas pris le temps de m'appeler pour avoir, justement, tu vois, les explications. Et je pense qu'il y a des gens, j'ai l'impression, qui ont cru que j'avais vraiment la grosse fracture et que j'ai continué de m'appeler tout. Et c'est pour ça que j'ai eu quelques réactions un peu démesurées, inconsciences, déraisonnables, etc. Sauf que, voilà, c'est pas... Et je ne me suis pas fait moi-même un... Comment dire ? Un bandage pour tenir les deux os. C'est pour qu'ils tiennent. Non, ça ne s'est pas du tout passé comme ça. Voilà. Mais malgré tout, c'est vrai que la fin de course a été douloureuse, qu'il a fallu... Voilà, j'ai ce caractère qui fait que je ne lâche pas. J'ai vraiment du mal à baisser les bras avant la ligne d'arrêtée. Et puis, c'est pour moi aussi la conception de l'ultra. Tu sais que de toute façon, tu vas passer par ces moments de douleur qu'il va falloir gérer. Alors, c'est pas... Il y a plusieurs types de douleurs. Il y a la douleur que tu as parce que tu vas au bout de toi-même au niveau fatigue. Il y a la douleur parce que tu as une blessure. Il y a la douleur musculaire parce qu'à un moment donné, le corps est fatigué. Alors, tu vois, je pense qu'il faut faire le tri un peu dans toutes ces typologies de douleurs qui se mélangent un petit peu aussi quand tu es rendu à plus de 100 km de course et puis des heures et des heures aussi passées sur les sentiers. Mais de toute façon, tu sais, quand tu prends le départ d'une course de 160 km sur toutes ces courses à La Réunion, on ne se rappelle pas qu'elle s'appelle la Dégona des Fous, tu sais qu'à un moment donné, tu vas serrer les dents. Voilà. Alors, moi, j'ai serré les dents pour d'autres raisons. Mais écoute, je n'ai aucun regret aujourd'hui. On est à plus de deux semaines et puis je vois que le corps est quand même une belle machine qui se répare quand on lui laisse le temps. Et j'y pensais aussi, tu vois, quand j'ai continué. Je savais que derrière, j'allais en payer les conséquences. Je savais que le risque de continuer n'était pas vital, que je n'allais pas en mourir. Je savais que derrière, il y aurait des conséquences de blessures, etc. Et qu'il faudrait du temps. Mais je savais aussi que le corps allait se réparer. Et qu'en soi, ce n'était pas si grave que ça. Et que voilà, j'avais envie quand même d'aller au bout parce que pour moi, ça en valait à peine.
Loïc Oui, c'était une décision mesurée. Puis bon, il faut quand même… C'est vrai qu'on a parlé de cet événement très spécifique. Mais quand on regarde ton parcours en général, on comprend très vite qu'en termes d'ultra distance et d'efforts dans la durée, gestion de blessures, tu as carrément l'expérience. Donc voilà, on se doute bien que quand tu prends cette décision dans ma fat de dire, finalement, je vois que ça tient. Je n'ai pas la jambe pliée en deux, comme tu dis. On se doute bien que tu prends cette décision, je vais dire en toute connaissance de cause. Pas vraiment puisque tu ne sais pas exactement ce que tu as, mais en tout cas, c'est une décision qui est mesurée.
Sissi Tout à fait. Tout à fait. Je ne te cache pas, ce n'est pas la première fois que je fais une course dans des conditions de souffrance parce que je suis blessée. C'est arrivé notamment au Championnat du Monde à Annecy en 2015. J'avais eu l'honneur de porter le maillot de l'équipe de France cette année-là. Et en fait, j'avais une fissure du tendon fibulaire. Le tendon fibulaire, c'est un petit tendon qui stabilisait le cheville. J'avais une petite fissure sur le tendon. C'est pareil, je ne savais pas sur le moment de la course, mais j'ai souffert de la même manière. Donc, je sais que je suis capable de serrer les dents et d'aller au bout. Après, il y a un côté très frustrant parce qu'effectivement, tu sais que tu n'es pas au max de tes capacités et qu'il y a un problème mécanique qui fait que, même si physiquement, tu es en mesure d'aller plus vite et que tu ne peux pas. Parce qu'à un moment donné, le corps, quand il n'est pas pleinement en bonne santé à ce moment-là, tu vois, j'ai essayé de me dire peut-être que c'est l'hématome, que ça va passer, mon corps va s'habituer, etc. Mais je voyais bien que ça allait en s'empirant. Mais écoute, non, aucun regret, aucun regret. Et puis encore une fois, ça fait partie de cette discipline de se dire, il y a des risques, il y a une prise de risque. C'est des parcours qui sont aussi exigeants, qui sont avec des endroits où tu sais que, voilà, si tu as un manque de vigilance, tu peux chuter. Moi, ce que je doutais le plus, c'était la chute beaucoup plus grave. Je sais qu'il y a parfois des accidents graves. Donc, tu vois, moi, je ne perds jamais à l'esprit qu'il peut y avoir des choses bien plus graves sur ce genre de parcours. Quand tu vois qu'on passe parfois à côté d'endroits où tu as le vide, c'est à ces moments-là. À ce moment-là, je pense, vous faites justement le plus vigilant possible. Et puis quand tu se dis que tu t'en sors, entre guillemets, qu'avec une blessure qui va se soigner, finalement, ce n'est pas si grave.
Loïc C'est clair, c'est clair. Mais alors justement, tu le disais en rigolant, mais c'est quelque chose que… Le fait que tu chutes souvent. Et en fait, la question que j'ai, c'est est-ce que tu chutes souvent ou est-ce que tu es peut-être la seule traileuse qui en parle aussi ouvertement ? Parce que c'est vrai que souvent, je te suis sur Instagram depuis un moment et tu mets des stories, on voit des petites chutes, des compilations, boum, tu trébuches. Est-ce que c'est quelque chose qui est vraiment… On va dire que c'est ta touche, la touche tu-ci ou je ne sais pas, tu penses à autre chose ou tu es en train de chantonner, etc. Ou est-ce que c'est quelque chose qui arrive du fait des terrains hyper techniques sur lesquels tu cours, quelque chose qui arrive en fait à tout le monde, sauf qu'on n'en parle pas généralement.
Sissi Alors, je pense qu'effectivement, c'est un sport qui fait qu'on peut être amené à faire des petites chutes. Après, je me suis posé la question, est-ce que ça vient de moi ? Est-ce que c'est tout le monde ? Est-ce que je fais un focus dessus ? Donc, tu vois, j'ai posé des questions pas plus tard qu'hier soir, tu vois. J'étais avec des amis très là. Mais comment vous faites pour ne pas tomber ? Et ils me disent, non, mais nous, on n'est pas tombés de la cour. Comment c'est possible de faire un diaque sans tomber une seule fois ? Donc, je pense que tu as deux typologies de coureurs. Oui, tu as les coureurs qui tombent rarement, même sur des portions techniques. Alors, il y a peut-être aussi ceux qui prennent un peu de moindre risque. Pour rigoler, ils me disaient, oui, mais en même temps, on n'a pas les mêmes allures. C'est vrai que quand tu vas un peu moins vite, tu fais peut-être un peu plus attention. Et puis, tu es peut-être un peu moins amené à tomber. Mais je pense que... Alors, il y a plusieurs choses. Oui, je suis un peu tête en l'air. Voilà, je sais que j'ai... Tu vois, quand j'étais jeune à l'école, j'avais vite les pensées qui divaguaient. Et parfois, je n'étais pas très attentive. J'ai eu des accidents de voiture. Parce que conduire des heures, au bout d'un moment, j'ai les pensées qui commencent à... Je le sais, tu vois. À un moment donné, c'est mon caractère qui est un peu comme ça. Donc, peut-être qu'effectivement, quand je suis sur les sentiers, il y a un moment donné où je relâche un peu la vigilance. Et puis, il y a aussi le fait, je pense, ma foulée est assez particulière, peut-être un peu trop rasante. Et je me suis rendu compte qu'il fallait peut-être que je travaille un peu ça aussi, peut-être un peu plus lever les pieds. Et puis, très souvent, quand je tombe, c'est sur des portions un peu assez, finalement, un peu moins techniques. Parce que forcément, quand le terrain se prête un peu plus à la course, on relâche un peu la vigilance. Et puis, tu vois, on allonge un peu la foulée et on fait un peu moins attention. Donc, voilà, il y a un peu tout ça. Ça fait que j'ai pas mal de cicatrices sur les jambes. Mais aujourd'hui, j'en rigole parce qu'il faut mieux en rire qu'en pleurer. Et puis, c'est pas des choses très graves, même si sur le coup, tu peux te faire des grosses frayères. Après, parfois, je vois en course des chutes qui... Ça me fait plus peur, des fois, de voir des gens à la prise de risque qu'ils peuvent prendre que moi quand je tombe. Mais voilà, après, c'est sûr qu'on fait un sport. On sait que... On sait que ça peut arriver. Mais tu sais, dans les descentes dans les descentes très engagées, moi, je suis pas du genre à prendre des risques. Je préfère perdre du temps. Même en compétition, je préfère perdre du temps et faire attention plutôt que... Je vois des fois certains coureurs... Je suis admirative de certains coureurs qui descendent comme des cabris dans des endroits. Je me dis, mais comment ils font, quoi ? Quand tu vois ces fins chronos... Ouais, c'est... Et ça, j'en suis pas capable. Mais je te dis, c'est ça qui est paradoxal. C'est qu'en fait, bien souvent, je tombe là où tu dis, mais en fait, pourquoi je tombe ici ?
Loïc Pourquoi là, quoi ?
Sissi Voilà. Il n'y a aucune difficulté. Mais ouais, justement, je pense, en en parlant avec d'autres, c'est vrai que c'est bien souvent là où tu relâches. Tu relâches et puis tu accélères un peu et puis voilà, quoi. Tu fais moins attention.
Loïc Et alors, tu parlais du fait que, à un moment donné, le fait de serrer les dents, justement, fait partie intégrante de l'Ultra. C'est vrai que quand je vois, bon, là, il y a eu... Tu as quand même enchaîné deux blessures. Il y a eu la main, là, il y a eu la fracture sur la diag, mais il y en a eu d'autres avant. Tu nous parlais de 2015. Qu'est-ce qui fait que tu arrives à garder cette flamme et cette énergie hyper positive ? Moi, j'encourage tout le monde à te suivre sur Instagram. Tes stories, à chaque fois, c'est des boosts d'énergie. Tu as tout le temps le smile, tu es tout le temps en train de rire. Bon, là, moi, j'ai la chance. Je te vois, il y a la vidéo, mais les gens ne le verront pas. Mais tu as le smile depuis le début. Qu'est-ce qui fait que tu arrives à garder cette patate au fil des ans et en dépit, tu vois, des galères qu'on ne peut pas, par définition, qu'on ne peut pas forcément toujours prévoir ?
Sissi Tu sais, je relativise beaucoup. C'est des petites galères. Finalement, il y a bien pire dans la vie quand tu penses à des maladies, quand tu penses à... Voilà, moi, je côtoie des gens qui sont amputés, qui arrivent à garder cette joie de vivre avec une jambe en main. Voilà, j'ai des connaissances qui sont passées par des cancers très graves ou qui ont perdu des proches qui ont des cancers très graves. Donc, tu vois, il suffit vraiment d'ouvrir les yeux autour de toi et te dire je ne suis pas malheureuse. Donc, voilà, et puis, je dis toujours, des fois, je vois, je croise des gens dans la rue qui ont l'air tristes et tu sais, tu dis, tu leur envoies un sourire et tu reçois un sourire et moi, de recevoir un sourire, juste ça, ça me rend de bonne humeur. Alors, je me dis, si toi, tu donnes un sourire à quelqu'un, peut-être que l'effet va être le même comme un effet miroir, en fait. Donc, voilà, c'est un cercle vertueux quand tu es positif avec les gens, les gens sont positifs avec toi et puis, voilà, c'est ma personnalité. J'ai toujours été plutôt d'un naturel, plutôt joyeuse et positive et voilà, il suffit, comme je te disais, il suffit de regarder autour de soi. J'ai aussi, tu sais, eu un petit déclic quand j'ai eu 19 ans, je t'en parlais tout à l'heure, j'ai eu un accident de voiture grave. Honnêtement, je ne sais pas comment aujourd'hui je suis encore de ce monde parce que j'ai eu ce jour-là vraiment une bonne étroite. j'ai eu une chance monstrueuse de m'en sortir et je pense que quand il t'arrive quelque chose comme ça, tu réalises qu'on n'est rien sur cette terre et que du jour au lendemain tout peut basculer et je pense que quand tu es passé pas loin comme ça, tu te dis derrière, c'est du bonus en fait. Tout ce que je vis là, voilà, j'ai de la chance, j'ai de la chance d'être là et je pense que quelque part, c'est dommage de passer près de la mort pour réaliser ça mais toutes les personnes qui sont passées par ce genre d'épreuve, je pense, vivent les choses un peu différemment par la suite. Que ce soit toi qui le vives ou quelqu'un de proche, voilà, ça te fait aussi un peu voir les choses différemment et puis on a la chance de faire un beau sport. Tu vois, je me rends compte encore, je m'en suis rendue compte encore sur la Diagonale des Fous, ce partage entre les gens, les coureurs, le partage avec les spectateurs, tu vois, c'est fort en fait et moi, quand on m'encourage sur les sentiers, j'ai juste envie de leur envoyer un grand sourire pour les remercier et c'est naturel, je ne me force jamais à le faire parce que, parce qu'aussi, ça me fait du bien en fait parce que tu vois les gens qui te remercient aussi de la même façon en te envoyant aussi un sourire et c'est chouette.
Loïc Tu dirais que c'est ça qui fait que tu continues de prendre le départ de course qu'elle soit hyper réputée, j'allais dire mythique, mais tu fais, j'ai l'impression d'ailleurs que tu n'as pas forcément de spécialité, tu ne fais pas que du très long ou du très technique parce qu'il me semble que tu étais à l'éco-trail à Paris, c'est ça ?
Sissi En juillet.
Loïc En juillet. Donc, c'est quoi ? Qu'est-ce qui fait que tu continues de prendre le départ de ce type de course et ce partage avec les spectateurs qui au final est assez sur un parcours comme la Diag ? Bon, je n'ai jamais eu la chance d'y aller mais je ne sais pas s'il y a des spectateurs tout le long mais est-ce que c'est pour ces petits moments de partage que tu as l'occasion d'avoir sur le parcours ? Est-ce qu'il y a autre chose ? Qu'est-ce qui fait
Sissi que ça continue ? Alors, comme tu le disais, c'est vrai que moi, j'aime bien varier les distances, j'aime bien varier les typologies de course. Je prends du plaisir simplement quand je cours. Alors, c'est pour ça que tu me fais courir sur le bitume, sur le sentier. C'est sûr qu'aujourd'hui, j'ai fait ce choix de courir en nature parce que c'est ce qui me plaît le plus mais à la base, c'est vrai que ce que j'aime, c'est l'effort et l'effort dans le sport et dans ce sport qui est la course à pied. Donc, voilà, je me régale autant sur du 30 km, du 50, du 80, du 100, de l'ultra. Après, c'est vrai que je pense que je vais être un peu plus, comment dire, mes distances de prédiction là où je vais un peu mieux m'exprimer par rapport à mes prédispositions. Ce sera plus le long parce que je ne suis pas du tout rapide. Tu me mets sur un 10 km à mettre, alors bon, je ne sais pas quelle est la définition de pas rapide, en tout cas, à mon sens, je ne m'estime pas super rapide mais j'aime ça. Mais c'est vrai que tu vois, je me sens limitée dans mes capacités de progression, en tout cas, sur des courses de 10 ou de semi-marathon. Après, c'est vrai que je me prépare plus spécifiquement pour ce genre de distance mais tu vois, j'adore les crosses, par exemple, les crosses, les distances courtes, valonnées où tu as le goût du sang dans la bouche, étalues lactiques dans les bras, j'adore ça mais c'est vrai que ce n'est pas là où je vais être la plus performante mais c'est des choses que j'adore aussi. l'Ecosse Rail de Paris, c'est un 80 km roulant qui est urbain pour le coup que j'aime beaucoup. La Santé Lyon, une course que j'affectionne aussi énormément. Après, c'est vrai que tu vois, avec les ultras, c'est un type d'épreuve vers lequel je m'oriente plus maintenant. j'ai trouvé dans l'ultra autre chose, c'est-à-dire qu'on est dans une gestion beaucoup plus avec plein de paramètres, autre chose que purement la capacité intrinsèque en fait et ce qui fait que tu ne peux jamais à l'avance faire de pronostics sur qui va gagner et tout peut, tu vois, la course, elle peut basculer jusqu'à l'arrivée, il peut tout se passer en fait et ça, j'adore. Tu ne vois rien écrire à l'avance. Tu peux très bien partir dixième et puis gagner la course. On a vu Ludo Pomeray sur l'année où il a gagné l'UTMB à un moment de la course, il devait être, je ne sais pas, 30, 30 ou 40e. Au final, il gagne la course. T'imagines le scénario et moi, c'est vrai que j'adore ce côté ne pas écrire à l'avance et surtout le fait qu'à l'arrivée, ce n'est pas forcément celui qui est le plus fort et le plus rapide parce qu'il y a d'autres composantes qui rentrent en ligne de compte. La gestion du sommeil, la gestion de l'alimentation, la gestion de l'effort sur la durée parce que celui qui passe premier au 30e kilomètre, bien souvent, ce n'est pas celui qui gagne à l'arrivée parce qu'il faut gérer son effort sur 20, 30 heures d'effort et tu vois, c'est tout ça que j'aime. Et puis après, tu as aussi la gestion de l'équipement. si tu prends un coup de froid et que tu ne prends pas le temps de te couvrir et que tu te retrouves à 3000 et après, tu as mal au ventre, tu es obligé de t'arrêter, tu n'arrives plus à t'alimenter. Tu vois, c'est tous ces trucs-là qui sont assez chouettes et qui font qu'on est dans une course assez ludique parce qu'on n'est pas là à courir, ce n'est pas péjoratif, mais à courir bêtement et à penser que à son chrono et à un départ, une arrivée. Il faut penser à plein d'autres choses, s'hydrater, manger, s'habiller, ralentir parce que tu te dis je vais trop vite, je suis en train de me mettre dans le rouge et puis lever les pieds pour ne pas tomber. Ça, c'est quelque chose qu'il faut que je travaille encore. Mais c'est vrai que dans l'ultra, tu vois, tu as tous ces choses qui peuvent aussi bien sûr valoir sur du 70-80 kilomètres, mais c'est vrai que sur du très long, il se passe aussi beaucoup de choses dans la tête de chacun. C'est un voyage intérieur quelque part. Tu passes par tous les états, ton corps te surprend constamment, tu passes du pire comme le meilleur, tu vis des émotions que tu vis, que tu ressens nulle part ailleurs. Enfin, il y a des moments où tu es euphorique, il y a des moments où tu as envie de pleurer. Voilà, souvent on me demande à quoi tu penses quand tu cours pendant 24 heures, ce qui est un peu contradictoire, c'est qu'à la fois, parfois, tu penses à plein de trucs. Tu fais du tri dans ta tête, tu prévois des choses, tu as presque envie d'avoir un bloc-notes pour prendre des notes parce que tu penses à plein de trucs. Et à la fois, parfois, tu ne penses à rien du tout. Et quand tu te refais la course, tu te dis, non, mais attends, là, il y a un trou, tu as un trou dans ta course parce qu'à ce moment-là, je pense que tu étais juste concentrée sur tes appuis, sur ta foulée. Et c'est comme une petite déconnexion, en fait. Et c'est vrai que 34 heures, ça peut paraître long. Il y a des gens qui me prennent pour des fous, dire, tu vas courir pendant 34 heures, deux nuits blanches. Mais quand tu es dedans, ça passe très vite. Franchement, quand tu es dedans, sauf si vraiment, tu n'es pas bien comme les 80 derniers kilomètres que j'ai fait à la Diac, ce n'est pas passé vite du tout. Mais c'est vrai qu'en temps normal, parfois, tu sais, je suis des amis sur Lifetrial, je suis le petit point et puis, tu te dis que toi, dans ta vie de tous les jours, tu as le temps de faire un petit déj, enfin une nuit, un petit déj, le repas du midi, ta journée, le soir, tu te recouches, tu te dis, mais il est encore en train de courir. Tu te refais une nuit, tu te réveilles le matin, tu te dis, il est encore en train de courir. Et c'est là que tu te rends compte tout ce que tu fais dans une journée, pendant que ces gens-là qui font des ultras comme moi, j'ai fait à la Diac, sont encore en train de courir. Donc, quand tu vois ça de l'extérieur, ça peut paraître complètement dingue, mais je t'assure que quand tu es dedans, ce n'est pas du tout la même vision des choses.
Loïc C'est super intéressant que tu parles de la notion de temps parce que, justement, j'allais te poser la question. Moi, je n'ai pas encore eu le courage de m'aligner sur des ultra-ultra, mais j'ai fait une Saint-Élion. La plupart des gens m'avaient dit, tu verras, si une course, ce sera long, donc tu auras le temps de faire de l'introspection, ce sera un super moment. Et en fait, une fois que j'ai eu passé l'arrivée, j'ai mis un peu plus de 9 heures. Donc là, ça, c'est pas vrai. Bravo, très bien. Mais bref, tout ça pour dire qu'à l'arrivée, je n'ai pas eu le sentiment d'avoir vécu un truc fou de m'être retrouvé avec moi-même il y a quelques années. Et souvent, je me pose la question quand j'écoute des podcasts d'ultra-trailer où je lis des récits de femmes comme toi qui font vraiment du très très long. Je me pose la question si c'est dû à la distance, enfin, à la distance durée. Est-ce que c'était entre guillemets trop court ou est-ce qu'il n'y a pas peut-être le facteur, le fait de ne pas avoir été isolé ? Parce que forcément, moi, je courais un peu, enfin, j'avais tout le temps du monde autour du moi. Tu vois, je n'étais jamais vraiment seul. Donc, je ne sais pas toi quelle est ton expérience. Est-ce que cet état que tu décris, tu vois, d'introspection, de pensée qui divague, est-ce que c'est quelque chose que tu retrouves à partir d'une certaine distance durée ou alors il faut que tu sois seul ou pas forcément. C'est quand tu mets tes baskets et boum.
Sissi Alors, je pense qu'il y a une question de typologie de course parce que moi, par exemple, voilà, Saint-Élion, comme tu le décris, moi, je l'ai couru, j'ai pu la faire sept fois, sept courses et je n'ai jamais ressenti la même chose que sur un ultra en montagne. Donc, je pense qu'il y a, en fait, déjà, c'est une course de nuit donc ce n'est pas pareil. Tu n'as pas la vision. C'est vrai. Et tu sais que quand tu as les yeux et l'évasion et des paysages avec des lignes d'horizon, tu as un côté qui, ces paysages, ça fait un peu rêver, je pense que tu vois, tu as les pensées qui divagent beaucoup plus de jours et dans ce type de paysages montagneux que de nuit où là, tu es beaucoup plus concentré sur tes appuis. La Saint-Élion, c'est une course, tu n'as pas, voilà, j'entends dire, elle est belle cette course. Elle n'est pas belle, on court de nuit. donc, on ne peut pas vraiment dire qu'elle est belle au niveau des paysages. L'affaire de jour, peut-être, mais elle a ceci de particulier que tu es, tu es, tu es, tu es, tu es, tu es dans, seul avec ta, avec, entre guillemets, ta souffrance quand tu souffres. À un moment donné, c'est sûr que sur, sur 80 kilomètres, tu as quelques bouleurs normales de courbatures, mais, mais tu dois quand même toujours être hyper concentré parce que c'est de nuit, parce que, voilà, et je pense que le fait qu'il n'y ait pas, c'est pas forcément tant au niveau de la durée de la course, je pense que c'est plus par rapport au type de course. Ok. Tu sais, quand tu fais des ultras ou tu fais des ascensions qui durent deux heures parce que la diagonale, parfois, tu as des montées qui sont tellement raides et tellement longues que, bien sûr, tu ne cours pas dans toutes les montées, ce n'est pas possible, donc, tu es en mode, en mode marche dynamique, tu as beaucoup plus le temps, ton cerveau, il a beaucoup plus le temps de réfléchir parce que tu es moins, voilà, tu es moins concentré sur tes appuis, sur ce genre d'effort quand tu es en montée, donc, je pense que ça te le fera plus, voilà, si tu es sur des, ce type d'ultra montagneux où tu vas faire des ascensions de une heure, une heure et demie, deux heures et, tu vois, ça me le fait beaucoup plus en montée qu'en descente parce qu'en descente, encore une fois, ton cerveau, il est plus concentré dessus. Ouais, voilà, sur une vigilance et tu es moins, tu divales moins, tu es moins rêveur et ce qui est tout à fait normal. Donc, voilà, et après, c'est vrai que c'est aussi quand tu es sur des allures un peu plus réduites, quand tu es un peu plus dans le rouge parce que, du coup, le fait d'utiliser tes pensées t'aide pour positiver et je pense que quand tu es amené aussi à te focaliser sur des choses positives, c'est que tu en as besoin parce que ton corps, il en a besoin pour aller chercher l'énergie et les ressources pour continuer à avancer et c'est vrai que, voilà, quand tu es, je pense que tu es, quand tu es un peu dans le dur, c'est là où tu vas te retrouver un peu plus avec toi-même, où tu vas essayer d'aller chercher du positif, des choses qui nous appartiennent à chacun, c'est vrai qu'on est tous un peu différents quand on est dans le mal, on a tous nos petites méthodes et nos ressources pour essayer d'aller mieux, mais c'est vrai qu'il faut persévérer, il ne faut pas s'arrêter à ces moments difficiles parce qu'en ultra, il y a toujours un moment donné où la roue tourne et tu passes du pire au mieux et il faut juste, voilà, patienter, serrer les dents et essayer de trouver ces petites ressources pour que la roue tourne.
Loïc Cool, bon, du coup, je sais ce qu'il me reste à faire, trouver un ultra montagne pour essayer de vivre ce genre de sensation.
Sissi Viens à La Réunion, viens faire une petite mascarine.
Loïc Il faudrait que j'ai une étape intermédiaire avant, mais est-ce que tu connais d'ailleurs Nayuel Passrat ?
Sissi Oui, j'ai vu que tu as fait un podcast avec lui.
Loïc Oui, justement, parce que quand tu parlais d'ultra montagne, tout de suite, ça m'a fait penser à lui, je ne sais pas si tu as déjà pu échanger avec lui ou lire certaines de ses interviews, mais lui, pour le coup, il ne se définit pas comme ultra trailer, il se définit comme ultra de montagne, tu vois. Il ne fait pas d'ultra trail, il fait d'ultra montagne. Pour lui, le Thor des géants, visiblement, c'est trop plat, tu vois. D'accord, d'accord. Donc, voilà, mais le dernier parcours, je crois qu'il a conçu, qui s'appelle la Pika Pika, c'est 105 kilomètres pour 15 000 mètres de dénivelé, peut-être, quelque chose comme ça. Donc, tu vois, vraiment, vraiment gros, gros dénivelé.
Sissi Impressionnant.
Loïc Voilà, ça me fait penser à ça. Bref.
Sissi Ouais, après, tu parlais tout à l'heure, tu sais, des courses à ambiance, etc. Moi, je ne connaissais pas la Diagonale des Fous, je n'avais jamais couru cette course, j'en avais beaucoup entendu parler. Et effectivement, je t'assure, quand tu as un public en furie comme il y a ici, ça te porte, mais d'une force, j'en profite pour, encore une fois, remercier tous les réunionnais et puis tous ceux qui étaient là sur le bord de la course. C'est vraiment à vivre une fois. Tu sais, on me l'avait beaucoup dit, tu verras, c'est une ambiance comme nulle part ailleurs. Le plus impressionnant, c'est le départ à Saint-Pierre, qui est…
Loïc Ouais, j'ai vu les vidéos, c'est fou.
Sissi C'est dingue, non, mais vraiment, pendant 6-7 kilomètres, les gens sont à fond et je suis certaine que dans ces gens, il n'y a pas, que des coureurs. Il y a des gens qui viennent nous supporter parce qu'ils sont admiratifs, parce que… Voilà, et puis je me suis rendue compte aussi que les femmes, pour les femmes très coureuses, sont aussi très solidaires. Tu vois, il y a énormément de soutien des femmes pour les femmes et c'est hyper touchant et c'est sûr que quand tu fais une course comme ça avec un public qui porte et une course où tu ne veux avoir personne, tu ne vis pas du tout les choses de la même manière. Ouais. Alors, c'est… Tu ne choisis pas forcément tes courses en fonction de ça, bien sûr, mais en tout cas, je pense que quand tu vis une course comme la Diagonale des Fouts, tu as envie d'y revenir pour regoûter à ça, quoi. Tu as envie de revivre ce truc qui est incroyable, vraiment incroyable. c'est vraiment chouette de pouvoir l'avoir, de l'avoir vécu une fois, je suis contente. Et pour ça aussi, je suis contente d'être allé au bout parce que ça aurait été dommage de ne pas aussi vivre l'arrivée à la redoute, tu vois, cette dernière descente et les speakers que tu entends quand tu es en train de démarrer la descente et quand tu penses que tu as des proches qui t'attendent en bas, c'est assez magique.
Loïc Ouais, on le voit quand on parle en tout cas, tu as des étoiles dans les yeux. Ça fait envie. Et tu as réussi du coup à garder ton rythme au départ ou parce que 6-7 kilomètres avec une foule des deux côtés en folie, ça ne doit pas être évident de rester, entre guillemets, de garder les pieds sur terre, quoi. Est-ce que tu n'es pas un peu enflammée, partie trop fort ?
Sissi Alors, on est tous partis vite. il y a aussi le fait que tu sais, il y avait des vagues cette année et moi, je suis partie dans la première vague donc j'étais vraiment juste devant. Il y avait Benoît Girondelle à côté de moi et j'avais vraiment peur de me faire piétiner. On ne se rend pas compte mais derrière, ça pousse, ça pousse et les coureurs, ils ont tellement des fourmis dans les jambes que ça part très vite et quand tu pars devant, si tu ne gardes pas un rythme rapide, tu risques quand même de te faire un peu marcher dessus. Donc, je m'étais mise un peu la pression en me disant garde un rythme pour ne pas tomber au départ et puis en fait, je t'avoue qu'à ce moment-là, tu ne te poses pas la question, tu profites en fait. Tu te dis, bon, c'est tous ces trois, alors oui, on les a fait vite les trois premiers kilomètres mais ce n'est pas ça qui te met dans le rouge. Ce n'est pas déterminant. Non, non, j'ai vite ralenti. D'ailleurs, tu vois, je passe troisième au premier avito, il y avait déjà deux féminines qui étaient passées devant. Là, pour le coup, on a fait un petit bout de course ensemble et moi, je me suis dit, je les ai laissées partir en me disant attention, ce n'est pas maintenant qu'il faut se mettre dans le rouge et Émilie, qui a gagné après la course, m'a dit, je suis partie beaucoup trop vite, je l'ai regretté parce que je l'ai redoublé dans la nuit, je suis passée en tête au niveau du volcan jusqu'à Marla, tu vois, j'étais en tête et quand elle m'a redoublé, je lui ai dit, ça va mieux, elle m'a dit, ouais, je me suis refait la cerise, je n'étais pas bien, je suis partie trop vite. donc oui, l'euphorie fait que de toute façon, tu as envie de profiter. Tu dis, je m'en fiche, je savoure, ça va être 3-4 kilomètres et puis après, une fois que tu arrives dans les champs de cannes, là, ça se calme un peu, il y a un peu moins de monde et puis tu te remets dans ton rythme et puis de toute façon, quand les premières bosses et les dénivelers arrivent, là, de toute façon, tu es obligé de réventir un petit peu. mais au début, tu as envie de profiter et je pense que tout le monde est un peu dans le même état d'esprit. Tu tapes dans les mains de tout le monde, tu fais des sourires à tout le monde et c'est rigolé.
Loïc Génial. Génial. Quand on parle, cette diagonale, c'est un super mix, j'ai l'impression, à la fois d'éléments hyper positifs, tu vois, le public au départ, les émotions à l'arrivée, le plaisir de courir dans des paysages complètement fous, même si je n'y suis jamais allé. C'est vrai que c'est ce que tout le monde dit et quand on voit les photos, les vidéos, la diag, ça a l'air d'être complètement incroyable. Et à côté de ça, l'autre partie du mix, la douleur, dans ton cas, la blessure, et c'est un petit peu le fil rouge, j'ai l'impression, depuis le début de cette conversation quand tu nous parles de l'ultra, il y a à la fois cette notion plaisir-douleur, plaisir-douleur, ou en tout cas plaisir-obstacle. est-ce que tu dirais que cette dernière diag, ou en tout cas la première pour toi, mais cette dernière édition, c'est la plus représentative des ultras que tu as pu faire à ce jour, du fait justement de ce mélange ?
Sissi Alors, ça a été différent dans le sens où les douleurs étaient dues à une blessure, mais je prends par exemple l'exemple de l'UTMB que j'ai vécu en 2019, il a été très très très douloureux aussi, tu pourras visiter le film, tu me verras dans le dur, mais vraiment dans le dur dans la montée du grand col ferré, je suis limite lucide, tu vois, tellement je ne suis pas bien dans la montée, et je n'ai jamais trop réussi à retrouver des sensations, des bonnes sensations sur la fin de course, donc elle est représentative dans le sens où de toute façon tu sais que tu ne pourras pas terminer un ultra sans douleur, après comme je disais tout à l'heure, tu as différents types de douleurs, tu as celles qui sont normales, parce que tu as mal aux jambes, tu as celles qui sont dues à des petits bobos comme des ampoules, comme un genou qui tiraille, comme voilà, des choses comme ça, tu as celles qui sont dues à une fatigue parce que tu as sommeil, parce que tu t'es mal alimenté, parce que tu ne t'es pas bien hydraté, parce que tu n'es pas assez préparé aussi, et du coup, ton corps est en train de subir et qu'il y a plus de contraintes que ce que toi, tu es capable d'encaisser, et puis, il y a ce que là, moi j'ai vécu malheureusement sur cette diag, et ce qui est frustrant parce que le reste, elle est très bien, tu vois, je suis arrivée à la hausse super fraîche, super lucide, en forme, j'avais passé la nuit, tout était bien, pas de douleur de ventre, c'est la première fois que je fais un ultra de 34 heures sans mettre une seule fois ma veste, j'ai fait toute la course en manche courte, j'ai pas eu froid du tout, alors que j'appréhendais beaucoup le froid, voilà, enfin, tout allait bien, mais voilà, il y a eu cette souffrance de blessure, donc, voilà, ouais, j'en viens à me dire que c'est hyper rare, je pense, de faire une course aussi longue sans passer par cet état de douleur que tu dois être amené à gérer, maintenant, voilà, elle est plus ou moins importante, elle est plus ou moins intense, elle est plus ou moins grave, tu arrives plus ou moins à la gérer, mais j'ai vécu, voilà, des courses douloureuses, mais c'est vrai que celle-ci, elle était, je pense que, tu vois, en arrivant, la première chose que j'ai dit à mon assistant, c'est, j'ai encore poussé le curseur de l'acceptation de la douleur encore un cran au-dessus de ce que j'avais encore jamais fait, tu vois, mais après, tu ne sais pas, le problème, c'est qu'à un moment donné, tu ne sais pas où ça peut s'arrêter, la seule chose que tu dis, c'est, ça s'arrête quand je vais à l'hôpital, là, au moment où ton corps, il dit complètement stop, bien sûr, je ne souhaite à personne de pousser la machine, jusque-là, et puis, ce n'est pas du tout l'exemple que je veux donner, à ce moment-là, je n'étais pas du tout en train de me dire, tu vas aller à l'hôpital, parce que c'était une vouleur de blessure, et ce n'était pas, voilà, je n'allais pas m'évanouir, je n'étais pas en train de faire une hypo, je n'étais pas, mais, mais tu vois, quand même, tu te dis, mais jusqu'où, en fait, on est capable d'aller et de serrer les dents, c'est, et en même temps, tu sais aussi qu'on n'est pas tous fait pareil, on n'a pas tous la même capacité d'accepter la douleur, voilà, il faut juste se respecter les uns les autres et comprendre que certains auraient peut-être mis clignotants avant, parce que, parce que, accepter d'avoir mal aussi longtemps, il y en a qui n'aiment pas ça, et ça, je le comprends pas tout à fait, enfin, moi, c'est moi qui suis conçue comme ça, et c'est vrai que, moi, jusqu'à maintenant, j'ai toujours réussi à repousser encore un peu le seuil de la douleur, et puis, j'ai ce caractère un peu entêté parce que, je vais jusqu'au bout des choses, et il faut pas voir là-dedans de l'ego ou quoi que ce soit, parce que, justement, je l'ai lu à certains endroits, pour moi, l'ego, c'est justement de mettre le clignotant parce qu'on n'est plus capable de rentrer dans la course, justement, il faut mettre son ego de côté dans ces moments-là et se dire, eh ben, c'est pas grave, mon objectif, c'est change, je ne suis plus dans une course, je ne suis plus dans une performance de place, mais je reste dans une performance personnelle qui est ce que je me suis fixée, c'est-à-dire franchir la ligne d'arrivée et après, on a tous nos raisons d'avoir envie d'aller jusqu'au bout ou pas, moi, j'avais mes raisons d'avoir envie d'aller au bout parce que c'était un accomplissement de pas mal de choses personnelles, voilà, des mois ici passés sur l'île, du partage d'entraînement avec des copains, des raisons aussi de changement de vie qui ont fait que, voilà, j'avais besoin d'aller au bout de ce défi et puis en plus, cette année, je courais aussi pour une petite fille qui est passée par une maladie grave, j'avais son nom sur mon sac avec son dossard et voilà, c'était important pour moi d'aller au bout pour ça mais voilà, c'est vrai que c'est passé aussi par beaucoup de souffrance mais comme je disais aussi beaucoup et comme je l'entends, la souffrance, tu te dis toujours qu'elle est temporaire alors qu'abandonner, c'est un truc qui te suit toute ta vie donc maintenant avec du recul, je me dis t'aurais abandonné, là, tu t'en voudrais complètement et tu te serais dit mais pourquoi, pourquoi le corps aujourd'hui, c'est réparé, il va bien et ces questions, je me les ai supposées quand je me suis arrêtée à Roche-Ancré, je me suis arrêtée peut-être une demi-heure quand je me suis dit mais tu ne peux plus là, ce n'est pas possible, je souffrais trop, je n'avançais plus, je me suis arrêtée, j'ai mis les jambes dans la rivière et puis, ouais, j'ai dû m'arrêter 20 minutes et dans ces moments-là, tu te poses ces questions avant de rentrer dans tout ça, il faut se poser toutes les questions parce que des fois, tu prends des décisions un peu trop hâtives et une fois que c'est fait, tu ne peux pas faire marche arrière donc, voilà, c'est vrai que j'ai croisé quelques coureurs qui parfois regrettaient d'avoir pris cette décision donc, surtout, si c'est un conseil que je peux donner, c'est dans ces cas-là, posez-vous, posez-vous les bonnes questions et c'est sûr qu'il ne faut pas se mettre en manger, il faut se dire qu'on n'a qu'un corps, on n'a qu'une vie, il faut se demander est-ce que c'est vital, est-ce que je prends les risques pour ma santé ou pas et si ce n'est pas le cas, est-ce que je suis capable de serrer les dents et d'aller jusqu'au bout juste en sachant que derrière, il y aura des conséquences mais voilà, je pense que c'est important de se poser ces questions pour soi-même.
Loïc C'est un super message, si, si, c'est vraiment, c'est étonnant parce que depuis le début de la conversation, il y a plusieurs moments où tu m'as fait penser en fait à d'autres invités que j'ai déjà eus, alors certains dans le trail mais en fait, la plupart dans un univers qui n'a absolument rien à voir, c'est des anciens des forces spéciales qui disaient quasiment mot pour mot ce que tu as dit plusieurs fois sur le mental, le physique, le fait que le physique peut avoir ses limites, le mental en a moins ou en tout cas, elles sont beaucoup, beaucoup, beaucoup plus loin et sur le fait, le fait de, je crois même que c'est un des, alors pas un adage mais c'est quelque chose qu'on leur rabâche assez souvent notamment au commando marine pendant le stage de sélection, le fait d'abandonner, que tu abandonnes la période douloureuse, en tout cas les souffrances sont temporaires, l'abandon il est à vie. Donc c'est assez marrant de voir, tu vois peut-être que tu aurais fait une bonne commando, qui sait ?
Sissi En tout cas,
Loïc je suis complètement d'accord avec toi sur le fait que ben c'est, c'est pas évident cette notion d'abandon parce que, j'en ai aussi pas mal, enfin pour en avoir discuté dans un autre univers, dans l'univers du judo, où tu peux aussi, je sais pas si t'es familière, mais tu peux aussi, l'abandon existe, c'est-à-dire que si tu te retrouves étranglé ou qu'on te fait une clé de bras, tu peux, voilà, il y a un moment donné où tu peux abandonner les mêmes choses si t'es blessé, tu peux décider d'abandonner un combat. Et j'en faisais, comme j'en faisais au niveau, forcément, c'est un sujet qui à un moment donné arrive sur la table, tu vois, comment est-ce qu'on gère ça ? Et moi, le conseil que j'avais trouvé juste génial, c'est que, quelle que soit la situation, c'est nous sur le tapis qui sommes maîtres de la décision. Mais ça veut dire aussi que c'est à nous d'endosser l'entière responsabilité, tu vois, et d'être complètement ok avec ça. Et je trouve que c'est juste génial ce que tu dis parce que oui, quelle que soit la décision que tu prends, il y aura toujours des gens qui retrouveront des choses à dire. D'ailleurs, je serais surpris que ces gens-là, ce soit les mêmes que tu es croisés sur les sentiers de la Diagne. Ce ne sont pas les mêmes à mon avis. Mais je trouve que c'est important le message que tu renvoies. L'idée, ce n'est pas de dire si vous avez mal, continuez à avancer. Mais c'est bien de dire, voilà, prenez une décision en toute connaissance de cause, une décision qui soit mesurée par rapport à vous, pas par rapport à un chrono, à l'image que ça va renvoyer ou autre. Ça, on s'en fout un peu. C'est plus par rapport à soi.
Sissi Exactement. Et puis, on se connaît, on est seuls à se connaître bien. Et tu vois, des fois, tu peux écouter les conseils des gens. Et puis, c'est important aussi de prendre les avis des autres. Mais nous seuls, c'est nous qui gérons notre corps. C'est nous qui ressentons les choses. Et voilà. Moi, j'arrive à concevoir qu'à un moment donné, tu dises, je suis allée au bout. là, c'est bon, je ne peux plus, je ne peux pas faire plus. J'arrête là. Mais voilà, il faut aussi accepter que des fois, on peut se dire, je peux continuer et on en est tous capables. Et c'est vrai que c'est facile, c'est facile de mettre le clignotant, d'abréger ses souffrances et de se dire, voilà, j'arrête. Pour moi, c'est la facilité. Voilà. Et je n'aime pas les choses trop faciles. après, j'aime bien quand même quand les courses, elles se passent bien, sans accro et que tu te dis, ah, j'ai fait la course parfaite, j'ai pris le départ, je fais jusqu'à l'arrivée, je n'ai pas eu de problème. Mais sur du très long, c'est quand même super rare. Il faut y croire, on s'entraîne pour ça, on s'entraîne pour justement vivre ces moments beaux, d'euphorie où tu te dis, tout va bien, je vole, j'ai la foulée légère. C'est aussi pour vivre ça qu'on s'entraîne dur, on ne s'entraîne pas dur pour vivre des moments de souffrance. Mais voilà, il faut garder à l'esprit que ça peut arriver et qu'on est aussi capable de les gérer et la tête, c'est le gérer, c'est ça qui est beau.
Loïc Yes, génial, excellent. Eh bien, écoute, peut-être pour finir là-dessus, comme je pense que c'est assez clair pour tout le monde, tu as un paquet d'années d'expérience derrière toi dans la gestion de ce qui va bien en course mais aussi de ce qui se passe moins bien. Quel conseil est-ce que tu donnes à la Sissi de l'année prochaine qui va reprendre le départ de la Diag ? Je fais plein de suppositions mais j'imagine que ça va être le cas.
Sissi Oui, c'est sûr, je vais faire le départ. J'ai trop de frustration et du coup, je n'ai pas, tu vois, les 80 kilomètres où j'ai beaucoup souffert, je n'ai pas pris assez de plaisir à mon goût donc en plus, ma fat, je m'étais dit, j'attendais vraiment avec impatience ce passage parce que j'adore et je m'étais dit tu vas te régaler, ça va être génial. Le sentier des Anglais, j'adore et je n'ai rien savouré parce que j'étais vraiment focus sur ma jambe tellement j'avais mal donc bien sûr que si tout va bien après, il reste un an donc d'ici là, il peut se passer beaucoup de choses mais voilà, c'est dans les projets de l'année prochaine. Je vais continuer à travailler pour ne pas tomber déjà. Je vais essayer de réfléchir à ma foulée peut-être qu'il y a des choses à modifier je ne sais pas, voilà, réfléchir à essayer de modifier un peu puis être un peu plus vigilante peut-être puis peut-être qu'en même temps je suis faite comme ça et puis il faut peut-être que j'apprende à bien tomber et que j'apprenne à bien tomber aussi parce que du coup je me suis rendu compte que maintenant j'arrivais aussi bien à me rattraper parce que le fait de tomber il y a aussi bien tombé donc Oui, c'est clair. Voilà et après non, je pense que je ne changerais pas tant de choses au niveau préparation parce que je pense que j'ai fait les choses à peu près comme il fallait et après en même temps tu ne sais jamais si tu en as fait trop si tu en as pas fait assez mais j'ai eu quand même la chance d'être sur place pour me préparer ça c'est c'est un avantage incroyable de pouvoir s'entraîner dans la chaleur du coup je n'ai pas du tout subi la chaleur j'étais bien je pense que pour ça c'est un avantage après voilà moi j'ai juste envie de faire une course pleine en me disant tu as été tu as été tu avais toutes tes capacités tu n'as pas de regrets à avoir c'est ce que c'est ce que j'aurais aimé c'est comme ça que j'aurais aimé que ça se passe cette année franchir la ligne en me disant même si j'avais été à la même place ou même 5ème ou même 10ème mais me dire voilà tu as fait ce résultat mais en fait tu n'as pas de regrets à avoir tu as fait une course pleine tu as fait ce que tu as pu tu as fait ton maximum et puis tu t'es préparée en conséquence donc tu n'aurais pas pu faire mieux bon là malheureusement je ne peux pas dire ça parce que pour moi pour moi j'étais amoindrie à cause de cette jambe donc voilà ce que j'aimerais c'est me dire franchir la ligne en me disant tu as fait ce que tu as pu au niveau préparation tu es arrivé en forme et puis tu ne t'es pas fait gros bobo donc ton résultat c'est celui que tu fais quand tu es au max donc pas de regrets et voilà c'est ce que c'est ce que j'espère et puis du coup j'espère aller au maïdo quand même parce qu'on n'a pas eu le maïdo et depuis tant qu'on me parle du maïdo il va falloir que j'aille la faire cette montée quand même
Loïc génial bah écoute c'est tout ce que je te souhaite on arrive au bout un immense merci pour ton temps pour tout ce que tu as bien voulu partager avec nous avec grand plaisir je suis sûr qu'il y aura plein de plein de tips plein d'enseignements que les gens pourront retirer de de ce bon moment de partage et écoute je te dis bah l'année prochaine pour le débrief de la diag en mode course complète allez
Sissi allez ça marche on fait ça rendez-vous l'année prochaine merci beaucoup bonne compétence merci à bientôt unhealthy Sous-titrage ST' 501
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