Jean-Christophe Essayer de guérir à 6000 mètres, c'est vraiment une expérience des plus atroces que j'ai vécues. C'est très, très difficile, donc… Mais c'est ça. Finalement, j'ai réussi à faire le sommet. Tous les deux, on était emportés dans l'avalanche en même temps. Pour être honnête, moi, j'ai cru que j'allais y passer. Étrangement, tu sais, j'étais en paix quand même. Ma vie se terminerait dans le plus bel endroit du monde, avec la plus belle personne avec laquelle j'aurais aimé être. J'étais vraiment serein.
Loïc Salut, c'est Loïc. Bienvenue sur Les Frappés, le podcast de celles et ceux qui se dépassent. Chaque semaine, je vous fais découvrir des invités extraordinaires, des femmes et des hommes qui ont osé se lancer et qui se sont donné les moyens d'atteindre leurs objectifs les plus fous. À travers leurs actes, ils nous montrent par l'exemple que tout est possible et qu'on a tous un potentiel exceptionnel, en réalité, un frappé qui sommeille en nous. Eux se sont autorisés à nous libérer. Attention, une écoute régulière peut entraîner des changements positifs irrévocables dans vos vies. Pour ne rater aucun épisode, abonnez-vous sur Apple Podcasts, Spotify ou Deezer. Vous pouvez soutenir le podcast en devenant contributeur sur Tipeee, le lien est en description, ce qui vous permettra d'écouter les épisodes en avant-première, de rejoindre les visuels mensuels des Frappés ou encore d'accéder à du contenu exclusif. Cet épisode, c'est l'histoire de deux potes québécois, Jean-Christophe René et Éloi Larivée, qui se sont lancés dans une aventure hors du commun. Ensemble, ils ont décidé de gravir les cinq plus hauts sommets de chaque continent. En soi, c'est un challenge incroyable, mais ils y ont ajouté un paramètre non négligeable. Ils relient le départ de chaque ascension à la force des jambes. Ils ont ainsi pédalé plus de 7000 km en Amérique du Sud pour relier tous les camps de base de leurs ascensions, qui incluait forcément la Concagua à 6962 mètres. Depuis, ils ont également bouclé leur expédition sur le continent africain et ils se préparent maintenant à s'attaquer au sommet d'Amérique du Nord. On a échangé sur les challenges auxquels ils doivent faire face, et ils sont nombreux, sur leur préparation, sur l'impact de la très haute altitude, les dangers de la montagne et comment rebondir lorsqu'on y perd quelqu'un qu'on aime. Un récit fascinant avec deux hommes qui incarnent les notions de courage et de résilience. Il nous montre que tout est possible et qu'on peut réaliser ses rêves, même avec les moyens du bord. Un récit fascinant avec deux hommes qui incarnent les notions de courage et de résilience. Il nous montre que tout est possible et qu'on peut réaliser ses rêves, même avec peu de moyens. Excellente écoute à vous les frappés. Bienvenue à tous les deux sur Les frappés. Bienvenue Jean-Christophe, bienvenue Éloi. Je suis super content de vous recevoir aujourd'hui en direct du Québec. Fraîchement chez vous, si j'ai bien compris.
Éloi Oui, bon matin Loïc pour nous parce qu'il est 7h30. Ah oui, c'est vrai. Avec une température de moins de 10 degrés. Voilà. Et la même. Oui, oui, c'est parti. L'hiver est parti au Québec.
Loïc Donc 7h30 du matin. C'est vrai que j'avais oublié ce petit détail de décalage horaire. Donc franchement, merci beaucoup. C'est une heure à laquelle vous vous levez habituellement ou là c'était un réveil forcé pour les frapper ?
Éloi Moi, personnellement, je me suis levé un petit peu avant que d'habitude. Ça farait, mais je vais essayer d'être dynamique pour le reste de la conversation.
Loïc Et toi, Loïc, en étant militaire, t'es habitué au réveil un peu rude le matin, non ? C'est brutal, oui.
Jean-Christophe Mais tu sais, je me suis couché tard. Justement, je travaillais hier soir, donc j'ai fini la soirée au Metz. Donc, ça fait une courte nuit.
Loïc Ah oui, ok, bon. On va dire que ça fera partie de l'entraînement pour votre prochaine XP, la gestion du manque de sommeil. Oui. En tout cas, super content de vous recevoir une fois de plus. Merci d'ailleurs, j'en profite à Eric qui nous a mis en relation. Eric de l'épisode, c'était combien ? 138. Réseau Autonomie Santé, c'est un collectif qui crée ou qui participe à des défis sportifs inclusifs, c'est-à-dire avec des personnes qui sont en situation de handicap. Donc, merci encore Eric pour cette suggestion. Et moi, je vous le dis, je suis super content. Il y a une merde d'ailleurs. Oui, complètement. Complètement. Donc, il y aura le lien en description de l'épisode. Foncez l'écouter. Moi, je suis super content que vous soyez là tous les deux pour nous parler de ce que vous faites, parce que je ne vous cache pas que le projet, je le trouve super intéressant. La démarche, la manière dont vous le réalisez, je trouve ça génial. Mais je suis quand même très curieux de savoir comment tout ça est né, comment vous faites pour que ça fonctionne. Et bref, j'arrête avec mes questions teasing, mais je vous laisse peut-être commencer par nous expliquer en quoi consistent les trois mousquetons.
Éloi Oui, les trois mousquetons, en fait, c'est une équipe d'athlètes qu'on se considérait… Ben, athlètes. Bref, ça vient avec le temps, le terme athlètes, mais une équipe de sportifs qui avait envie, qui avait soif d'aventure. Puis là, on s'est lancé le projet un peu fou de tenter de graver les cinq plus hauts sommets de chaque continent en les reliant par la force humaine. Qu'est-ce que ça veut dire la force humaine, en fait? C'est qu'une fois qu'on atteint le premier sommet d'un continent, tous les sommets suivants, on doit les relier par la force de nos jambes. Ça fait que souvent, pour les deux continents qu'on a fait, ça a pris la forme du vélo. Mais quand on va penser aux continents comme l'Antarctique ou même l'Amérique du Nord, on va intégrer aussi le ski à l'intérieur des défis. En plus de l'alpinisme et de la complexité, la logistique de graver les cinq plus hauts sommets de chaque continent.
Loïc Excellent. Et comment l'idée de ce format-là est née, du coup?
Éloi Moi, j'ai regardé les records, là, puis là, tu sais, il y a le défi de graver les sept plus... le plus haut sommet de chaque continent pour un total de sept sommets. Puis là, j'ai regardé sur Internet, puis j'ai vu qu'il y avait quelqu'un qui en avait fait les deux plus hauts de chaque continent. Donc après ça, je me suis dit, bah, si on fait les trois plus hauts de chaque continent, c'est un peu proche de deux. Puis quatre, je trouve que c'était juste pas un beau chiffre. Donc ça a fini à cinq plus hauts sommets de chaque continent. C'est très arbitraire, mais ça fera un défi arbitraire pour se mettre en marche parfois, dans la ville.
Loïc C'est clair. OK, donc les cinq sommets les plus hauts de chaque continent, en reliant chacun des camps de base des sommets, en fait, à la force des jambes, en fait. Oui, c'est ça, c'est exactement ça.
Jean-Christophe C'est une forme très particulière d'alpinisme, parce que les alpinistes qui nous rencontrent, qui sont à connaissance de cause un peu du sport, ils se rendent compte de la complexité de ce qu'on fait. Parce que entre les camps de base, normalement, on prend un Jeep, on va à l'hôtel et on se repose. Mais nous, au contraire, on prend le vélo et puis on dépense encore plus d'énergie. Donc, c'est vraiment un voyage différent. Et vraiment plus…
Loïc En fait, c'est deux expéditions en une que vous devez gérer.
Jean-Christophe Oui, exactement. Et puis, tu sais, le ravitaillement, tout ça en vélo, c'est vraiment différent. Mais c'est ce qui nous différencie et c'est ce qui nous fait vibrer, justement, c'est la complexité ajoutée au voyage. Et puis, les expériences aussi que ça donne, qui sont complètement différentes.
Loïc Oui. Et donc, aujourd'hui, vous avez déjà réalisé deux continents, c'est ça, Amérique du Sud et Afrique ? Oui, c'est ça.
Éloi Notre premier défi a été en février 2022. On est partis pour un période de cinq mois en Amérique du Sud. Ça a été justement une expédition quand même assez compliquée en termes de distance puisqu'on atterrissait à Santiago, au Chili, qui est comme à peu près au milieu de l'Amérique du Sud. Puis, il fallait se rendre en vélo jusqu'au Pérou, un petit peu au nord de Lima pour la dernière montagne. Je crois que c'était environ 7000 kilomètres de vélo qu'on a fait en cinq mois en gravissant les cinq plus hauts sommets. Donc, ça a été vraiment sur une longue période. Puis là, ensuite, c'était le temps de faire la deuxième étape. Donc, en début septembre 2023, on est partis pour l'Afrique pour un périple de 37 jours pour relier les cinq plus hauts sommets puis les gravir. Waouh !
Loïc Alors, du coup, une question… Là, c'est vraiment… Je me suis rendu compte à force des interviews qu'il y avait des notions… Tu vois, la notion de plus haut sommet, elle diffère un peu selon les gens. C'est-à-dire qu'il y en a qui considèrent que c'est par rapport au niveau de la mer, d'autres, c'est par rapport à vraiment la base de la montagne, donc presque sous les océans. D'autres qui considèrent… Enfin, il y a des nuances visiblement. Vous, vous prenez… Vous les identifiez comment les cinq plus hauts sommets de chaque continent, du coup ?
Éloi Nous, on se prend à partir du niveau de la mer, là.
Loïc OK.
Éloi Pour être honnête, on se casse… Tu sais, on se casse pas le basic avec plein de définitions puis plein de façons de voir la montagne. Tu sais… Même en Afrique, par exemple, il y avait certains sommets… Il y en a des gens qui considéraient que c'était des sommets moins hauts, mais vu qu'ils étaient plus isolés, ben, ils considéraient comme un sommet à part entière comparativement à certains sommets qu'on a fait, que vu qu'ils sont dans la même chaîne de montagne, certains gens peuvent les considérer pas comme des sommets à part entière. D'accord. Mais bon, tu sais, nous, on se fie aussi là-bas… Quand on est arrivé au camp… Ben, pas au camp de bas… Ben, au village le plus près des trois premières montagnes en Afrique, on se fie à la population locale. Puis, un des guides nous a dit… Ben, ici, c'est la troisième, la quatrième et la cinquième plus hauts sommets d'Afrique. Donc, tu sais, que les locales appuient notre choix de montagne. Ça nous a rassurés intérieurement parce que, tu sais, dans la littérature, il y a plusieurs définitions, comme tu l'as dit, puis c'est facile de se perdre avec ça, là.
Jean-Christophe Oui, c'est clair. Il y a tellement de montagnes, oui.
Éloi Oui, c'est ça. Puis, d'un autre côté, on s'est dit, ben là, si on s'entend à ce défi-là, c'est nous qui le fais en premier, là. Fait que ça sera la liste des trois mousquetons. OK. S'il y en a qui veulent se plaindre, ben, ils iront les faire. Après ça, ils pourront nous rafler. Mais là, pour l'instant, tu sais, je veux dire, il faut faire des choix. Puis, on fait des choix éclairés, on s'entend, on fait vraiment les plus hauts. Mais c'est sûr que c'est à la discrétion des alpinistes en général, là. Ça devient compliqué, là.
Loïc Aujourd'hui, vous êtes deux, mon enregistre. Le projet s'appelle « Les trois mousquetons ». Qu'est-ce qui s'est passé ?
Jean-Christophe On est partis trois personnes initialement. En fait, on est partis cinq personnes en Amérique du Sud. Mais on se rend compte rapidement dans un genre de voyage, là, qu'on n'a pas tout à fait les mêmes buts. Donc, moi et Jean-Christophe, là, on est nés dans le même village, là. On se connaît depuis qu'on a quatre ans. On a été à l'école ensemble. Donc, on est des personnes très similaires qui se connaissaient depuis longtemps et qui avaient les mêmes objectifs un peu sportifs et de dépassement de soi. Puis, notre partenaire, notre troisième mousqueton, lui, avait peut-être plus des objectifs, là, de faire un voyage plus culturel, de découverte. Donc, on a pris chacun notre côté de l'aventure. Puis, on est resté quand même en bons termes, là. La séparation a été difficile, mais on est resté en bons termes, là. On comprend les objectifs de chacun. Ce n'est pas tout le monde qui voyage pour les mêmes raisons, là. Bien, voilà. Mais, on a décidé de garder les trois mousquetons, quand même, parce que c'était significatif pour nous. On trouve des explications un peu plus, je peux dire, philosophiques, là. C'est-à-dire, il y a moi, il y a Jean-Christophe, donc ça fait deux mousquetons. Puis, le troisième mousqueton, bien, c'est nos familles. C'est notre camp de base à la maison, là, qui nous donne le courage de traverser des grandes épreuves et puis d'avoir quelque chose à vers lequel revenir. C'est comme un peu notre troisième mousqueton. Voilà. Je ne sais pas si Jean-Christophe avait quelque chose de la réalité.
Loïc Je finis.
Éloi Non, non, c'est parfait. J'aime bien la philosophie des lois, là, qui a trouvé un nouveau sens à notre nom, là. Je trouvais ça parfait, là.
Loïc Est-ce que ça vous semble indispensable pour se lancer dans ce type d'aventure, d'avoir une relation déjà bien établie avec ses partenaires d'aventure?
Éloi Ah, c'est essentiel. Ce n'est même pas une condition. C'est ça qu'on a appris, justement, en Amérique du Sud, aussi, dans notre première créance. C'est que, tu sais, ma vie repose entre les mains de mon coéquipier. Si je n'ai pas une confiance absolue en mon coéquipier, je ne vois pas comment on pourrait réussir à faire ce genre de défi-là. Puis, en plus de ça, vu qu'on les relie en vélo, les sommets, mais tu n'as pas envie d'être toujours en train de t'occuper de ton coéquipier, d'y proposer de l'aide. Tu sais, tu as besoin de garder ta charge mentale, garder tes capacités sur ton propre défi, tu sais, de toi pédaler et avancer. Si je serais toujours en train de penser, est-ce qu'Éloi est correct? Est-ce qu'Éloi, ça va bien? Parce qu'on ne suit pas toujours à 10 mètres un en arrière de l'autre. Je veux dire, des fois, on peut prendre des journées de différence, même durant des trajets à vélo. Donc, d'avoir au moins juste, je me focus sur moi, ça me permet d'avancer puis de rester focus sur le défi. Puis ensuite, si j'ai besoin de support de mon coéquipier, je sais qu'il est présent pour moi.
Loïc L'Ouest, c'est quoi ta vision, toi?
Jean-Christophe C'est exactement la même vision que Jean-Christophe. Ce n'est pas pour rien qu'on est un bon bidon. Oui, j'ai l'impression qu'il touche un point. Parfois, surtout dans notre voyage en Amérique du Sud, où on a fait 5000 kilomètres vraiment une journée après l'autre sans arrêter, on a pris des fois quelques jours de retard, mais on a tellement confiance en les capacités l'un de l'autre. Moi, je me suis toujours dit, je calcule le risque comme ça. Je me dis, si moi, je suis capable, je sais que Jean-Christ est capable parce qu'on a tellement les mêmes capacités. Quand on voyage aussi longtemps, on développe la même condition physique aussi. Donc, on a souvent la même vitesse, mais on ne tombe pas toujours malade en même temps. Par exemple, des fois, il y en a un des deux qui est un peu plus malade, donc là, on se supporte. Mais c'est ça, c'est de ne pas avoir l'arrière-pensée justement, de toujours s'occuper de quelqu'un de plus faible ou au contraire, savoir qu'on est le plus faible dans une équipe. C'est très demandant mentalement. Tandis que là, dans notre binôme, moi et Jean-Christophe, c'est assez incroyable. On a la même vitesse. Ça va très, très bien à ce niveau-là, dans le fond.
Éloi On ne se parle pas trop souvent, ça fait que ça aide. On n'en a plus besoin. On lit dans nos pensées.
Loïc Mais malgré le fait que vous connaissiez très bien, c'est quoi les enjeux dans une aventure pareille, dans le fait d'être à deux ? En tout cas, les difficultés que vous avez pu rencontrer et que vous avez visiblement su surmonter très bien.
Éloi En fait, être deux, on considère ça comme notre plus grande force. C'est la force de notre équipe. Puis, on voit vraiment l'avantage d'être deux en montagne. Par exemple, on n'a pas la même tolérance au risque, moi et Éloi. Éloi, il est un petit peu plus fou que moi. Il aime ça prendre un petit peu plus de risques. Des fois qu'on arrive en montagne, dans des passages vraiment techniques, vraiment exposés, difficiles, ben moi, je lui dis, « Éloi, tu aimes ça le risque ? Vas-y, tu es capable, mon gars ! » C'est dans ce côté-là aussi qu'on peut compter l'un sur l'autre dans des moments qu'on est plus à l'aise. Moi, souvent, je suis plus à l'aise, je m'occupe plus de la logistique, en montant que je fais plus de l'orientation, ce genre de choses-là. Ben ça, c'est ma job. Éloi, il n'a même pas besoin de se penser, c'est moi qui a fait. Tandis que je sais que si on trouve un passage plus technique, qu'il y a des embûches, ben je sais qu'Éloi, il va être là aussi, il va être présent. Il va répondre présent.
Loïc Donc Jean-Christophe, plutôt parti logistique, Éloi, plutôt parti « j'ouvre les voies là où ça craint ».
Éloi Oui, c'est ça.
Loïc Avec l'expérience, c'est vraiment un truc qu'on a. Génial. Comment vous gérez l'effort sur des durées ? Alors là, l'Afrique, c'était peut-être un peu plus court,
Éloi c'était un peu plus de 30 jours, c'est ça ? Oui, c'était 37 jours.
Loïc Mais l'Amérique du Sud, c'était un autre morceau, plus de cinq mois. Comment est-ce que vous gérez l'effort ? Parce qu'au final, ce qu'on disait un peu plus tôt, c'est deux expéditions en ligne. Il y a la partie déplacement à vélo, en tout cas pour le moment, c'était du vélo, et la partie ascension. Mais évidemment que l'enjeu, c'est que vous arriviez méga frais pour les ascensions, parce que c'est technique quand même, vous risquez vos vies. Donc l'effort sur le vélo, je suppose que vous avez une stratégie, une approche en tout cas, qui n'est pas de foncer à bloc et de faire des records pour boucler la partie vélo le plus vite possible. Donc vous le préparez comment, la gestion d'effort dans la durée ?
Jean-Christophe On peut le dire, Jean-Gry, je pense que tu serais étonné. Je pense qu'on se donne beaucoup pour la partie vélo. Ah oui ? Je ne pourrais pas dire qu'on arriverait en bas des montagnes. Souvent, on fait une bonne partie de l'approche en vélo. On arrive, on trouve le point de ravitoillement, le petit village ou la petite ville la plus proche. Puis on prend des réserves et puis on fonce. C'est un voyage assez fonceur. J'ai l'impression qu'on garde toujours un niveau d'effort assez élevé quand même. Tu sais, par exemple, en Amérique du Sud, sur nos, je pense, 111 jours, si on compte jour pour jour entre le premier sommet et le dernier. Et puis, je pense qu'on a pris une journée ou deux de repos en 111 jours. Puis c'était à cause que Jean-Christophe s'était blessé.
Éloi Oui, parce que j'ai rentré dans une auto. Il a fait du texto au volant et il est rentré dans une auto. Mais tu sais, c'est ça. Puis aussi, tu sais, mettons, en Amérique du Sud, les distances étaient vraiment grandes. Puis pour, mettons, entre le dernier village et pour atteindre le Monte Piscis, qui était notre troisième sommet qu'on a fait, il y avait, c'était trois jours de vélo, mais tu sais, c'était 200 kilomètres de vélo. Puis on partait une altitude de 1000 mètres au village, puis on se rendait jusqu'à 4700 en vélo. Tu sais, c'était une côte de 130 kilomètres. Tu sais, comment veux-tu arriver frais à la montagne quand tu viens de monter une côte de 130 kilomètres? Oui. C'est juste impossible. Puis c'est justement ça. Ça fait partie du défi. Puis au niveau logistique, ça rajoute une grosse complexité parce que la nourriture, puis de l'eau aussi, vu que c'était un désert, que tu traînes sur ton vélo, ben il faut que tu la planifies, oui, pour ta montagne, mais aussi pour te rendre. L'approche, oui. Ça rajoute beaucoup d'autonomie, puis beaucoup de difficulté. L'approche rend ça vraiment difficile.
Loïc Parce que les ascensions en moyenne, une ascension, ça représente combien de jours? Je suppose que c'est très différent selon les terrains, les sommets et tout, mais en gros?
Éloi Ben une fois climaté, mettons en Américain, c'était deux jours. Deux jours, ok. Ben tu sais, on partait du camp de base, puis on faisait le sommet, puis on redescendait. Ok. Mais pour la Concagua, par exemple, on a eu certaines problématiques, là, Eloua est tombé malade, ce genre de choses-là, mais ça a pris 14 jours. Allez, hop. Mais il fallait s'acclimater, tu sais, donc ça varie à chaque fois, mais c'est ça aussi l'avantage de notre projet, vu qu'on enchaîne, ben une fois acclimaté, ça va beaucoup, beaucoup plus rapide.
Loïc Ouais. Oh punaise. J'ai fait quelques temps en Amérique du Sud, j'ai fait six mois, et j'étais basé à Lima, mais j'ai bougé, j'ai fait Bolivie, Colombie et Pérou, mais je me déplaçais pas à vélo. Mais le souvenir ne serait-ce que déjà des trajets en bus, sans être acclimaté, au début en tout cas, les passages de col à plus de 4000, en fait le manque d'oxygène, il est évident, je me rappelle, première fois que j'ai fait un col à 4000, je suis sorti du juste pour prendre une photo, j'ai l'impression d'être sous quoi. Je titubais, je me disais mais qu'est-ce que c'est ça ? Je découvrais, donc j'ose même pas imaginer à vélo, en tout cas au début avant d'être acclimaté, ça doit être quand même vraiment intense, parce qu'une fois que vous arrivez en altitude, vous y restez un bon moment quoi. S'il y a un mal de montagne ou autre, vous pouvez pas descendre super rapidement non plus.
Éloi Non, effectivement, c'est sûr que sur les montagnes, on a quand même une bonne capacité à descendre rapidement, mettons on est à 6000 mètres sur la montagne, je me sens, je commence à moins me sentir, en général on est capable de descendre rapidement. Par contre, quand on arrive au bas de la montagne, si nos vélos sont à 4700 mètres, c'est sûr que c'est plus long, faire la logistique du vélo, repartir, puis souvent c'est des plateaux d'altitude, c'est des déserts d'altitude. Donc oui, avant de trouver, rejoindre la côte qui descend à 1000 mètres d'altitude, c'est sûr que c'est plusieurs jours, il fallait tout simplement éviter des problèmes de haute altitude.
Jean-Christophe Je pense qu'on monte moins rapidement aussi, en vélo, ça prend une journée, mettons ça rentre de 1000 mètres à 4000, donc c'est les différences d'altitude vraiment abruptes qui causent justement le plus de problèmes, j'ai l'impression. Donc nous, c'est un avantage d'être un peu plus lent, mais de laisser le temps à notre corps de s'adapter.
Loïc Oui, c'est vrai qu'il y a le côté régularité qu'il n'y a pas quand on se déplace en bus, en voiture ou autre, effectivement. Mais bon, quand même, vous diriez qu'il y a une altitude, même acclimatée, est-ce qu'il y a une altitude à partir de laquelle tout devient plus compliqué, que ce soit à vélo ou en ascension?
Éloi Oui, moi en ascension, c'est à 6500 mètres.
Loïc 6500 mètres.
Éloi J'ai l'impression qu'à cette hauteur-là, vraiment, le corps est tout simplement plus assez alimenté en accligeant, puis le rire ralentit. Puis justement, quand tu enchaînes les montagnes, mettons notre quatrième sommet à 6500, tu te dis non, non, je suis capable d'avancer, on est en forme, on est acclimaté, mais non, à 6500, moi c'est ma barrière qu'il faut que je prenne des pauses pour respirer, puis pour me permettre d'avancer finalement.
Loïc Et toi Eloha, tu as une altitude nette comme ça à partir de laquelle tu trouves que ça devient hardcore?
Jean-Christophe Oui, je suis d'accord avec Jean-Christophe, puis même un peu en bas, je dirais 6000 mètres, la vie commence à être difficile, il ne faut pas rester trop longtemps à ces altitudes-là. On a comme objectif un jour d'aller dans l'Himalaya, je n'imagine pas passer 7000 mètres ou dans la zone de la mort carrément à 8000 mètres, c'est vraiment quelque chose, pour avoir vécu un peu la, mettons en haut de 6500 mètres, c'est vraiment fou ce que ça fait au corps, c'est vraiment plus dur, puis il y a une chance qu'on était très en forme je pense pour notre défi, tout au long de notre défi, parce que ce n'est pas l'endroit pour tomber malade, ce n'est pas l'endroit pour avoir des embûches. On a vécu un peu une situation de sauvetage au sommet de la concagua, donc on sait vraiment c'est quoi, quand on se retrouve dans une situation plus épineuse, plus périlleuse, ça prend beaucoup de ressources mentales et physiques pour seulement mettre un pied devant l'autre à ces altitudes-là. c'est difficile à expliquer, mais c'est les meilleurs mots que je pourrais trouver.
Loïc L'anecdote que je partage toujours, je ne suis jamais monté à des altitudes comme vous, j'ai fait 5650 au Calapatard qui est en face, juste au-dessus du camp de base de l'Everest, et l'image que je donne à chaque fois, je ne sais pas ce que vous en pensez, vous me direz si vous en avez des comme ça, mais c'est en fait qu'une fois arrivé à 5650, je pense que j'ai dû arriver à 5630, bref, il me restait 20 mètres, et j'ai décidé de manger un oreo, un petit snack, et de continuer à avancer. Et en fait, j'étais incapable d'avancer et de manger en même temps. Tu vois, je m'étouffais, c'était absolument impossible de faire les deux. Donc voilà l'effet, et ça faisait 14 jours que j'étais à plus de 4000 mètres, donc j'étais clairement acclimaté. Donc voilà, moi c'est l'anecdote que je donne à ces altitudes, c'est compliqué de manger et de faire une activité physique minimale en simultané. Donc ouais, hardcore.
Éloi Clairement, je suis d'accord, en attitude, on ne mange pas en même temps de marcher. Et moi c'était drôle justement, parce que pour me préparer à la mairie du sud, j'ai regardé des vidéos sur YouTube, et je n'avais jamais été à 6000 mètres. Puis là, je regardais les gens marcher, puis je me disais, ils ne sont donc pas en forme. Et finalement, quand j'étais là à 6000 mètres en train de marcher, je me disais, ah finalement, ils étaient quand même en forme les gens.
Loïc C'est clair, c'est pas le même rythme. Et du coup, là, Eloy, tu évoquais la Concagua, qu'est-ce qui s'est passé?
Jean-Christophe Oh mon Dieu, ben en 14 jours, il s'est passé beaucoup de choses. Je pense que la première anecdote qui a vraiment commencé le voyage, c'est notre approche qui était par la vallée des Vacaces, donc la vallée des Vaches, qui est une approche de 45 km en terrain complexe. Donc déjà là, on était encore cinq à l'époque dans ce voyage-là. Donc moi, Jean-Christophe, notre trinôme, et puis deux de nos copains un peu éloignés. Et puis déjà en partant, il y a un de nos copains qui ne suivait pas du tout l'allure, qui prenait le double du temps pour nous, pour faire la distance. Donc lui, il a fait le bon choix de ne pas nous suivre. Puis après ça, quand on est arrivés au premier camp de base, le camp Cholera à 6000 mètres, en fait, c'est le troisième camp de base. Au troisième camp de base à 6000 mètres, je suis tombé malade. Puis ben, j'ai vomi. Donc, on a pris la décision. Moi, j'ai pris la décision de rester et d'essayer de voir si je vomi ça encore. C'est sûr que j'aurais descendu le plus vite possible. Mais c'était comme un... C'était pas vraiment... J'ai quand même resté à 6000 mètres et puis j'ai réussi à guérir. Mais pendant que les autres ont fait un sommet de push, ils ont fait un sommet de push, ils ont réussi à toucher le sommet. Là, moi, j'étais encore au camp Cholera. Jean-Christophe est resté pour attendre, pour voir si j'allais faire moi aussi mon sommet de push. Et puis après deux jours, je me suis lancé et j'ai grimpé la Concagua. Mais c'était vraiment très difficile parce qu'après deux jours, être malade à 6000 mètres, essayer de guérir, mais c'est pas... Essayer de guérir à 6000 mètres, c'est vraiment une expérience des plus atroces que j'ai vécues. C'est très, très difficile. Donc, mais c'est ça. Finalement, j'ai réussi à faire le sommet. Entre temps, notre trinôme, je sais pas si Jean-Christophe, on s'embarque dans l'anecdote là, mais... Ben oui, on va essayer là. Notre trinôme, il est parti... En même temps que Jean-Christophe, notre trinôme est parti avec lui, un peu en décalé. Et puis, à ces altitudes-là, la Concagua, c'est une montagne un peu moins technique. Donc, on a pas besoin vraiment de s'encorder ensemble. Donc, il y a pas de cordes qui nous relient. Et puis, c'est vraiment, vraiment pas technique la Concagua. C'est plutôt un hike, du hiking que vraiment de la grimpe, comme on a pu faire en Afrique, tout ça. Donc, on reste pas nécessairement vraiment un à côté de l'autre. Si une des deux personnes peut aller plus vite, ben c'est même encouragé d'aller à son rythme. Tu sais, pour réussir à rallier le sommet dans les meilleurs temps possibles. Donc, Jean-Christophe a pris de l'avance. Et puis là, Denis a pris du retard. Et puis, il est arrivé... Malheureusement, il s'est blessé. Donc, ça l'a vraiment ralenti. Et puis là, Jean-Christophe est descendu, il m'a rejoint. Et puis, on a attendu notre trinôme. Mais il arrivait pas, il arrivait pas. On avait nos radios. Donc, on reçoit un appel radio nous indiquant qu'il s'est blessé. Et puis, potentiellement, il va falloir peut-être venir à sa rencontre, venir le chercher. Et puis, c'était, mettons, au coucher de soleil, vers 6 heures. Et puis, quelques heures plus tard, on a vraiment eu une confirmation, un appel d'aide. Et puis, on a pris notre matériel de secours. Et puis, on a monté. Mais moi, j'étais malade. Donc, Jean-Christophe, il venait de faire un sommet de push. Donc, on était très, très affaiblis. Mais c'était l'appel du devoir, là. Quand on reçoit un appel d'urgence, un appel d'aide, nous, on est le genre de personnes qui vont y aller. Donc, on est allés. Ça a été très, très difficile. On s'est rendus à 6700. Tu peux me corriger, Jean-Christophe, mais je pense que c'est moins… On est à 6 550, là. 6 550, mettons. Oui. Et puis, on a descendu notre trinôme, là, dans un traîneau d'urgence, là, en pleine nuit. Ça nous a pris, là, des heures et des heures, là. On avançait, là, à tâtons, là, dans le noir et dans le vent. Il ventait. C'était incroyable, là. C'était une tempête, là. Et puis, on a réussi à le sauver, malgré tout. Et puis, sa blessure s'est avérée, là, il a été capable, finalement, de descendre par lui-même. On n'a pas eu à appeler les secours, les hélicoptères, par exemple, là. Mais ça a bien passé proche, cette fois-là. Et puis, moi, ça m'a… Dans le fond, j'étais très épuisé, mais j'étais… Tu sais, j'avais un peu… J'étais dans un mode très résilient, là, parce que je voulais vraiment monter ce sommet-là, là. C'était… C'était… C'était un… C'était un peu… Un défi de vie, là, tu sais. C'était un objectif personnel. Donc, j'ai mis tous les efforts, là, puis je suis allé quasiment au plus loin que je ne suis jamais allé, là, dans mes réserves de résilience et d'énergie. Et puis, le lendemain, dans le fond, après un 24 heures, là, de repos après le sauvetage, bien, c'est ça, j'ai pu trouver la force, là, d'aller grimper le sommet. Ça fait que, oui, mais ça a été vraiment… Ça a vraiment passé proche cette fois-là, puis on a vécu c'était quoi une situation d'urgence en altitude, là. Ça rajoute vraiment un niveau de complexité incroyable, là, juste de… Juste de… Le processus mental est tellement ralenti parce qu'on manque d'oxygène au cerveau, là, pour… Carrément, on pense moins vite, là, c'est… C'est difficile à décrire, là, mais les 10 idées viennent moins rapidement, donc… On peut faire plus des… On fait des choix un peu plus discutables, là, souvent, aussi, donc… C'était vraiment une situation qui nous a fait voir comment la montagne était grande et des… Fallait respecter la montagne, dans le fond. Fallait vraiment respecter la montagne, oui.
Loïc C'est super impressionnant. Est-ce que tu expliques par rapport au fait qu'on réfléchisse moins vite, etc. Imagine, du coup, à 8800 mètres. Tu te rends compte ? C'est fou.
Jean-Christophe T'sais, on voit souvent les documentaires, là, sur l'Everest, puis, t'sais, il y a souvent le… Un moment dans le documentaire où ils disent, on passe à côté d'un alpiniste qui est décédé, là. Mais, on a tellement pas d'énergie, on a de la misère à faire notre propre locomotion, alors aider les autres, c'est un effort surhumain et probablement impossible à 8000 mètres. Ça doit être impossible de faire les efforts faramineux qu'il faudrait de plus pour traîner quelqu'un, là. Ouais, c'est vraiment… C'est vraiment un autre monde.
Loïc Wow. Est-ce que cette anecdote, elle a changé, du coup, la manière dont vous avez approché les ascensions suivantes ?
Éloi Pour être honnête, non, pas en tout. Mais, t'sais, d'un autre côté… Oui, j'ai dit, est-ce qu'il y a vraiment deux façons de faire une montagne ? Peut-être que oui, mais… D'un autre côté, t'sais, on rappelle, on arrive à la base de la montagne en vélo. Donc, t'sais, est-ce qu'il y a de la portée… C'est pour la question, est-ce qu'on devrait avoir plus d'équipement de sécurité, ce genre de choses-là. Mais, d'un autre côté, logistiquement, c'est compliqué de le faire. Puis… T'sais, comme Eloua l'a dit, les choix qu'on fait en montagne, des fois, quand on revient au sol, au niveau de la mer, c'est dur à justifier. Mais, c'est des choix qui te semblaient les plus logiques à ce moment-là. Donc, oui, on fait attention. Oui, on a une gestion de risques aussi différente. Puis, c'est pour ça aussi, je pense… Comment on a adapté nos défis, je pense, c'est justement d'être deux. En étant deux, au lieu d'être cinq sur une montagne, on diminue tout simplement la probabilité qu'une des personnes soit malade ou se blesse. Donc, d'avoir une cordée de deux, on trouvait ça plus efficace, puis plus sécuritaire, en quelque sorte, parce que les probabilités de se blesser sont tout simplement moindres.
Loïc Intéressant comme approche. Super. Super. Donc là, vous arrivez, si on fait une espèce de fast-forward, vous arrivez au bout des cinq plus au sommet de l'Amérique du Sud. Les émotions, une fois que vous bouclez le cinquième, il se passe quoi ? Est-ce que ça a une saveur un peu particulière ou vous êtes déjà sur la planification du continent suivant ?
Éloi Ben là, c'est un peu… Moi, je m'en rappelle quand on est arrivé au sommet du US-40, qui était notre dernier sommet au Pérou. C'était vraiment une émotion intense, là. Parce que quand on a commencé ce projet-là, est-ce que c'était possible de faire cinq plus au sommet, puis de les relier par la force humaine ? On ne le savait pas, tu sais. Puis d'avoir fait tous ces efforts-là pendant deux ans de planification, d'entraînement, pour finalement, pendant cinq mois, donner tout ce qu'on a à chaque jour pour avancer, puis finalement réussir le défi, c'était vraiment un grand accomplissement pour nous. Puis ça nous prouvait que notre défi était possible. Et puis, plus loin que ça encore, que peu importe le projet qu'on a en tête, peu importe le rêve qu'on veut réaliser, c'est possible de le faire. Ça fait que ça avait une signification beaucoup plus grande que seulement atteindre cinq sommets, tu sais. Ça nous prouvait que tout était possible. Oui. Oui. Oui. Oui. Oui. Oui.
Loïc Sur l'aspect réalisation, justement, pour avoir une petite parenthèse, comment vous vous organisez pour avoir autant de temps pour l'équipement, pour les finances ? C'est quoi un peu ce qui se passe en backstage derrière la rideau ?
Éloi Je crois qu'ici au Québec, on vit des vies vraiment minimalistes, là. Je veux dire, on fait attention à nos dépenses, puis on travaille très fort quand on est au Québec pour ramasser de l'argent pour pouvoir se payer ces types d'expéditions-là. C'est sûr que aussi, quand on est en expédition, on est très minimaliste aussi. On dort pratiquement toutes les nuits en camping sauvage, donc on évite des coups, tu sais, des hôtels, des auberges de la nette. On évite ces coups-là. Puis, c'est sûr aussi, là, on a réussi à avoir quelques commanditaires. Merci à nos commanditaires, tu sais, on apprécie leur aide, puis tout, mais c'est sûr qu'il faut quand même travailler, économiser pour pouvoir partir à l'aventure, là.
Jean-Christophe Oui, puis on a trouvé des emplois aussi, là, qui sont compatibles avec ce genre de mode de vie, là. Donc, tu sais, moi, je ne suis pas dans la régulière, dans la force armée régulière, je suis comme dans la réserve, donc je suis comme un peu à contrat, souvent. Je me trouve des contrats. Jean-Christophe est dans le monde de l'enseignement aussi, mais plus à contrat. Donc, on termine des contrats et puis là, on a vraiment plus de temps libre, là. Tu sais, c'est vraiment un mode de vie, un choix de vie, là. Oui. OK.
Éloi Bien, c'est sûr que la sécurité n'est pas dans nos valeurs premières, donc ça s'applique à l'aventure, mais ça s'applique aussi ici au Québec, là. Oui, on n'a pas de sécurité d'emploi, tu sais, comme quelqu'un qui pourrait rechercher, mais de l'autre côté, on s'en fout pas mal, là, nous. C'est pas ça qu'on veut, de la sécurité, là. On veut de l'aventure, là.
Loïc Yes. Donc, arrivé au bout de ces cinq mois, bon, j'imagine de ce que vous expliquez, en termes d'aventure, vous avez été servi. Vous saviez déjà à ce moment-là quand vous alliez, quand est-ce que vous alliez partir en Afrique?
Éloi Non, en fait, on savait même pas du tout ça serait quel le prochain continent.
Loïc Ah oui, carrément. OK.
Éloi Bien, tu sais, parce que quand on fait des recherches pour un continent, il arrive un point où il faut se concentrer sur ce continent-là, tu sais. Donc, de dire après ça, je vais faire des recherches pour les autres continents, ça devient compliqué. Donc, on se concentre un continent à la fois, puis quand on revient, après ça, on regarde nos options, puis on en choisit un autre. Puis, c'est quand même justement des expéditions logistiquement très compliquées. Donc, c'est pour ça qu'en été revenus d'Amérique du Sud, on a comme regardé les autres continents, puis on s'est dit, lequel est le plus accessible, tu sais, en fonction de nos compétences qu'on a à la suite de notre expédition en Amérique du Sud? Puis, c'est là que l'Afrique faisait le plus de sens, ça.
Loïc OK. Oui, j'imagine que typiquement, l'Antarctique, il y a une raison pour laquelle ça n'a pas été le premier continent.
Éloi Effectivement, il va plus être d'un dernier, lui. Oui, oui.
Loïc Excellent. À ce moment-là, Jean-Christophe, toi, tu retournes au Québec. Eloy, tu es rejoint par Rebecca, ta petite amie de l'époque, pour vous faire un trip en amoureux de deux semaines. Il s'est passé un drame. On en a échangé avant. Tu m'as dit que toi, l'objectif, c'était d'en parler un maximum. Donc, est-ce que tu peux nous raconter cette histoire?
Jean-Christophe Oui. Dans le fond, on fait un long voyage, moi et Jean-Christophe, de cinq mois. Et puis, on a chacun une copine ici au Québec. Et puis, on s'ennuie beaucoup. Donc, Jean-Christophe, lui, il décide de retourner au Québec immédiatement. Et puis, de faire un voyage plus au Québec avec sa copine. Et puis, moi, je décide, je demande à Rebecca, est-ce que ça te tenterait de faire un petit voyage après le mien? Tu sais, pour une espèce d'entre-deux entre notre voyage d'aventure, d'exploit sportif à moi et Jean-Christophe, puis la vie plus normale au Québec. Tu sais, un petit entre-deux, une espèce de petite vacance. Et puis, un projet est né un peu dans notre tête à nous deux. Moi et Rebecca, elle, c'était une fille de vélo montagne. Et puis, une fille d'aventure aussi. Et puis, elle a dit qu'elle aimerait bien me rejoindre en Amérique du Sud. Puis qu'on fasse deux semaines ensemble. Tu sais, juste un entre-deux, un petit voyage en amoureux. Et puis, on est venu à désirer ensemble d'aller, de se rejoindre en Équateur, qui est un pays merveilleux de l'Amérique du Sud. Et puis, tout au long de mon voyage à moi et Jean-Christophe, on se parlait souvent, moi et Rebecca, à chaque jour. Et puis, un désir est né un peu dans notre tête. Puis, c'était d'essayer une montagne ensemble. Et puis, quelle montagne pourrions-nous essayer en Équateur, autre que le Chimborazo, qui est la montagne mythique de l'Équateur. C'est la plus haute d'abord, pour un. Mais pour deux, c'est la montagne sur la Terre qui est le plus proche du Soleil. Comment on peut expliquer ça? C'est que la montagne est à l'Équateur, puis elle est très haute, 6200 et quelques mètres. Et mathématiquement, dans le fond, par rapport à l'Équateur, c'est le sommet sur Terre, l'endroit sur Terre où, quand on se tient debout, on est le plus proche du Soleil par rapport au rayon de la Terre et tout ça. Donc, c'était comme un... on appelait ça la montagne du Soleil. Et là, c'était comme une espèce de défi d'amoureux qu'on ferait ensemble et qu'on atteindrait ensemble. Donc, voilà comment l'idée de faire voyage avec Rebecca est née. Et puis là, finalement, c'est arrivé. Ça s'est avéré. Donc, en juin, elle est venue me rejoindre. Et puis, il s'est passé plein de choses en Équateur. Tout d'abord, il y avait une espèce de manifestation dans le pays en entier, exactement aux dates où ils étaient supposés atterrir. Donc, les indigènes là-bas, les aborigènes, ils manifestaient pour le coût de la vie qui est trop élevé pour eux, dans le fond, par rapport au gouvernement. Donc, c'était une manifestation, je peux dire, c'était pas une manifestation pacifique. Donc, c'était carrément, ils ont pris la rue, ils ont bloqué les rues avec des arbres, des pneus de voiture. Ils ont fait des barricades dans les rues. Donc, la première journée qu'elle est atterrie à Quito, ça a été, Quito qui est la capitale de l'Équateur, ça a été toute une journée, puisqu'on devait se rendre de l'aéroport jusqu'à l'hôtel. Et puis, la ville était complètement congestionnée. Il y avait des combats entre les manifestants et la police. Donc, c'est un voyage qui a vraiment commencé un peu dans le chaos. Et puis, on a trouvé notre petite bulle de confort à deux. On s'est rendu compte que c'était quand même, c'était spécial de faire un peu du tourisme, pas de guerre, mais presque. C'est-à-dire que le pays est complètement à l'arrêt. Puis, tu as deux petits touristes qui n'ont pas vraiment rapport au combat ambiant, mais qui font leur petite voix. Et puis, tranquillement, on avait deux semaines. Donc, dans la première semaine, c'est sûr qu'il y avait ce gros enjeu-là qui nous empêchait de voyager. On a quand même loué une moto, puis on a réussi à quand même voyager un peu dans le pays. Et puis, la deuxième semaine, heureusement, ça s'est calmé. Donc, on a pu se rendre aux montagnes. On a tenté l'ascension du Kayambe, qui est une montagne de 6 000 mètres aussi, mais qui avait des conditions absolument exécrables. Les pires conditions que j'avais jamais connues de ma vie. Donc, on a décidé de simplement redescendre. Mais ça nous a acclimatés. Et puis, on s'est lancés dans l'aventure du Chimborazo. On a grimpé ensemble. Et puis, ça semblait être une belle fenêtre météo. Ça faisait cinq jours qu'il faisait soleil et tout ça. Il n'y avait pas de signe précurseur. Tu sais, moi, j'ai mon cours de prévention des avalanches, mais il n'y avait pas de signe précurseur. Et malheureusement, la journée du sommet de push, il y a une avalanche vraiment de profondeur, une plaque vraiment profonde qui a cédé. Et puis, tous les deux, on a été emportés dans l'avalanche en même temps. Pour être honnête, moi, j'ai cru que j'allais y passer. Mais étrangement, tu sais, j'étais en paix quand même parce que ça se terminerait, ma vie se terminerait dans le plus bel endroit du monde avec la plus belle personne avec laquelle j'aurais aimé être. Donc, j'étais vraiment serein pendant l'avalanche. Mais voilà, grâce à un miracle, c'est un espèce de miracle à double tranchant. On est tombé dans une falaise à la fin de l'avalanche. On doit s'avoir fait emporter sur 200 mètres. À la fin de l'avalanche, on est tombé dans une espèce de falaise. Mais la corde qu'il y avait entre moi et Rebecca s'est accrochée à une roche. Donc, pour ma part, je suis tombé dans le vide. Tu sais, là, j'avais perdu conscience dans l'avalanche, là, vers la fin. Mais quand je me suis réveillé, je pendais dans le vide, là, à ma corde. Mais malheureusement, tu sais, pour que moi, je puisse pendre dans le vide, il y avait un contrepoids. Et puis, le contrepoids, bien, c'était Rebecca qui s'était fait ensevelir. Donc, moi, j'ai tout de suite ouvert les yeux. C'est une vision vraiment d'horreur, là. J'ouvre les yeux, puis je sais ce qu'il y a à l'autre bout de la corde, là. C'est mon amoureuse, c'est mon cœur qui est là, là. Donc, je ne pourrais pas dire comment je me suis... Comment je suis sorti du vide, là. J'ai grimpé la corde comme ce n'est pas possible, là. Ça semble impossible, mais quand on est dans une situation extrême de même, puis qu'on veut sauver la femme de sa vie, la force qu'on trouve, là, c'est incroyable. J'avais des ligaments déchirés, tout ça, mais je ne les sentais même pas, là. Donc, j'ai comme monté la corde directement. Je l'ai déterré, mais malheureusement, il était trop tard. On a fait les calculs, là, un peu pour comprendre ce qui s'était passé, là, avec les points GPS. J'avais une balise GPS, dans le fond, qui suivait tous mes mouvements, là. Et puis, je serais comme resté, là, inconscient une quarantaine de minutes dans le vide avant de me réveiller. Donc, pour ceux qui comprennent un peu les notions d'avalanche, tu sais, on dit que pour une chance de survie, il faut déterrer une personne d'un avalanche en 15 minutes. Donc, tu sais, malheureusement, le temps a été déjà écoulé. Et puis, pour un et pour deux, durant l'autopsie, tu sais, ils ont vraiment déterminé que c'était plutôt une... C'était une asphyxie plus mécanique, là. Donc, ce que ça veut dire, c'est que la neige a vraiment... C'était vraiment une neige de printemps, là, très lourde. C'est pas une avalanche de belles poudreuses comme qu'on voit dans les Alpes ou dans l'ouest, ici, du Canada. Là, c'était vraiment une avalanche de gros sel, de grains de sel et de petits blocs de glace. Donc, c'était une neige pesante qui a vraiment juste... Qui lui a empêché de prendre sa prochaine respiration. Donc, c'est intense à dire, mais j'ai l'impression, tu sais, qu'elle a moins souffert longtemps, là. Tu sais, qu'il y a 15 minutes en-dessus d'une avalanche de poudreuses, là. Tu sais, c'était vraiment... Ça a été rapide. Et moi, bien sûr, j'étais complètement dans le déni, là. J'étais dans... J'étais... Dans un moment comme ça, pour se protéger... Pour se protéger, notre esprit tombe dans le déni. Donc, j'ai tout tenté, là. J'ai fait du... Puis, j'ai fait les... Du RCR. J'ai fait les premiers secours pendant une heure et demie. Donc, là, c'est vraiment atroce. Puis, à un moment donné... Tu sais, je suis comme... Tu sais, j'avais perdu mes gants. Donc, mes doigts étaient vraiment sur le bord des engelures. Mon visage aussi. Donc, à un moment donné, j'ai comme... Eu un pressentiment. J'ai comme senti sa présence. Elle m'a comme un peu soufflé à l'oreille. C'est l'heure que tu y ailles. Tu sais, tu as tout essayé. Faut que tu sauves ta peau aussi, là. Parce que l'avalanche, elle nous a... Tu sais, elle nous a bloqués. On était proche du sommet, là. Du Chimborazo. On était à 5500 mètres et quelques. 5300 mètres, si je me rappelle bien, là. Donc, à cette altitude-là, là. J'aurais pu y passer, moi aussi, si j'aurais tombé. Oui. J'aurais continué, finalement. C'est une espèce de... C'est une espèce de folie de déni, là. Tu sais, tu veux sauver la personne, mais... C'est déjà trop tard, là. Et puis, je suis descendu. Puis, heureusement, en Équateur, j'ai été vraiment supporté, là. Puis, il y a la personne qui m'avait loué la moto, qui s'appelle Pancho, là. Ils sont venus, carrément... Ils ont tout arrêté leur vie. Ils ont mis leur vie sur pause. Ils sont venus m'appuyer. Ils ont pris soin de mon matériel. Puis, les autorités, là-bas, c'est très bien organisé, là. C'est un peu comme dans les Alpes, là. Il y avait des équipes de secours déjà prêtes à aller faire une récupération, là. Tu sais, parce que moi, j'ai pas pu descendre. J'ai pas pu la descendre, là. J'étais épuisé. J'avais des ligaments déchirés dans le genou. Donc, j'ai dû sauver ma peau à un moment. Et puis, j'étais content d'être appuyé de même. Parce qu'il y a des... Il y a une culture de montagne en Équateur. Ce qui n'est pas le cas partout au monde. Mais il y a une culture de montagne en Équateur. Et puis, ils ont mis en place avec le temps, là, des... Des programmes de secours, là, qui sont très bien. Oui.
Loïc Eh ben, voilà. Fouf. Inès, quelle histoire. Merci de la partager avec nous. Oui. Je crois que, pour la petite parenthèse, par rapport à ce que tu expliquais sur la culture du secourisme en Équateur, il me semble que... Entre autres, c'est pas les seuls, mais il me semble que le PGHM fait partie des... Donc, le PGHM, c'est le peloton de gendarmerie de haute montagne qu'on a en France, qui s'occupe du secourisme en montagne avec les CRS. PGHM, c'est la gendarmerie, CRS, c'est la police. Et il me semble que, parmi les pays qui contribuent à la formation des secours en montagne en Équateur, il me semble qu'il y a le PGHM. Je suis quasi sûr qu'on en a parlé. Avec Pascal Sancho, un invité qui a passé 30 ans. Je mettrai le lien en épisode. En tout cas, Eloa, franchement, merci beaucoup pour ce partage. J'imagine que la seule question, en tout cas la seule question qui me vient en tête, c'est comment on se remet d'une tragédie pareille et surtout comment est-ce qu'on retrouve l'envie, le désir de repartir en montagne et de continuer à grimper.
Jean-Christophe Moi, je pense qu'il n'y a pas de réponse toute faite. Chaque tragédie est très, très unique. Dans mon cas, c'était vraiment... Rebecca m'appuyait vraiment dans mon projet avec Jean-Christophe. Et puis, c'était un projet commun dans lequel l'accident s'est passé. Donc, je n'ai pas pu rester. Je n'ai pas pu m'habitoyer sur mon sort. Je n'ai pas pu entretenir les remords parce que c'est tellement... Malgré la tragédie, tu sais, une tragédie, il y a un côté beau là-dedans. Il y a un côté qui est beau, c'est que Rebecca, tu sais, est venue vivre son rêve et puis elle a laissé la vie. Mais ça fait partie de vivre sa vie pleinement, de vivre ses rêves. C'est qu'à un moment donné, ça se termine. Donc, elle croyait à mon rêve d'alpinisme. Donc, je n'ai pas pu rester vraiment... Je n'ai pas été capable de me dire que je n'irai plus jamais en montagne. Et au contraire, ça m'a donné une espèce de désir de l'honorer. De me dire, moi, je continue à vivre, je continue à mordre pleinement dans la vie, dans les opportunités. En son honneur, tu sais. Mais tu sais, c'est difficile. Là, j'ai des gens qui m'ont écrit et qui ont vécu des histoires, tu sais, sans dire similaires, mais des histoires de deuil et tout ça. Et puis, chaque deuil est tellement unique. Je ne peux pas... Le seul moyen, c'est d'en parler, je crois, pour passer au travers d'un deuil. Peu importe le deuil, c'est la seule réponse que je pourrais... Réponse toute faite que je pourrais donner à quelqu'un qui vit un deuil. C'est qu'il ne faut pas garder ça en dedans. Il faut en parler. Puis même quand on a l'impression de radoter, d'ennuyer les autres par nos... En parlant toujours de la personne qui n'est plus là, mais c'est correct aussi. Il faut le faire. Il ne faut vraiment pas garder ça en dedans. Et puis, dans mon cas bien spécifique, c'est de continuer aussi à vivre mes rêves. C'est beau, hein, Loïc?
Loïc En fait, j'allais te demander, Jean-Christophe, vous connaissez depuis tout petit. Vous avez ce projet ensemble. Quand il s'est passé cette tragédie et que tu as vu comment Éloi a géré tout ça, qu'est-ce que toi, ça t'a inspiré?
Éloi Le courage, je pense. De voir quelqu'un qui est quand même de se remonter d'un défi tel. Je veux dire, c'est tellement... De mon côté, c'est le cauchemar. C'est ce qu'on redoute de plus en faisant la montagne. Puis de voir mon frère se remonter d'un défi tel. Puis d'avoir le courage de trouver encore la vie belle. Puis de poursuivre le défi avec moi. C'est incroyable. Je suis émotif à entendre ces histoires-là. On va être là, Éloi, pour t'écouter. Tu peux radoter comme tu veux. On va être là. C'est impressionnant. Je suis fier de toi, Éloi. Je le sais.
Loïc Oui. Clairement impressionnant et super émouvant. Franchement, encore merci, Éloi, pour ce très beau partage. Et impressionnant aussi de voir finalement, cet hommage dont tu parlais, en poursuivant l'aventure, en continuant à vivre ton rêve. C'est ta manière aussi d'honorer la mémoire de Rebecca. Donc, très, très beau message. Aujourd'hui, si on revient du coup au futur, qu'on revient dans le mouvement, du coup, dans l'action, comme tu disais, c'est peut-être la meilleure manière de tourner la page. Aujourd'hui, vous en êtes où dans la préparation de la suite?
Éloi Oui, là, ça se complexifie un petit peu. On a commencé à regarder les autres sommets, puis le continent qui nous tentait, c'était l'Europe. OK. Le problème avec l'Europe, c'est que les sommets sont, il y en a 4 sur 5 qui sont en Russie. Puis, en fait, les sommets sont situés très près de la frontière entre la Russie et l'Ukraine. Donc, logistiquement, j'imagine que vous en doutez, là, ça semble très compliqué d'avoir les permis, puis de toute façon, tu sais, de rentrer dans une zone de guerre, tu sais, je veux dire, que certains, tu sais, il y avait, l'Ukraine envoie des drones en territoire russe, tu sais, en bref, on a étudié le scénario, puis on est venu à la conclusion que ça serait vraiment à se mettre dans le pétrin nous-mêmes, là, avant même d'être en montagne, avant même de faire nos premiers coups de pédale, on se mettrait dans le pétrin. Donc, on a finalement repoussé cette option-là.
Loïc Et le, pardon, je te coupe, Jean-Christophe, mais le fait d'opter pour les 5 plus hauts sommets, alors, je ne sais pas, c'est peut-être, c'est peut-être un peu du cheat pour vous, mais les 5 plus hauts sommets de l'Europe, tu vois, politiques, c'était une option?
Éloi Euh, non. Mais non, mais je veux dire, on fait les 5 plus hauts sommets géographiques, là. Non, non, il n'y a pas de... Oui, pas d'option. Non, parce que si on... il faut faire attention dans ces expéditions-là, parce que c'est nous qui met nos propres rails, tu sais. Puis, oui. Tu sais, il y a certains, des fois, ça peut être tentant, justement, quand on revenait des approches en Amérique du Sud, puis là, on se fait proposer par un 4x4 avec des touristes, hey, veux-tu embarquer, tu sais, ça va aller plus vite. Mais t'es comme, j'aimerais vraiment ça embarquer, mais je peux pas, je peux pas. Puis, il faut rester vraiment, vraiment très rigide sur nos règles. Pourquoi? Parce que c'est ça qui donne le sens au projet. Oui. Si on se met à être flexible sur les règlements qu'on s'impose, bien, moi, je trouve le projet perd de son sens. Donc, non, il y a pas d'avenue, tu sais, on fait vraiment les 5 plus hauts, puis on les relie par la force humaine, puis si c'est pas possible, bien, on aura échoué entre parenthèses, puis on rassayera, tout simplement, là, mais soit on réussit en respectant nos règles, ou on échoue, tout simplement, là.
Loïc Hum. Du coup, le continent alternatif, ça serait lequel, si c'est pas... Ben là,
Éloi moi, non, non, mais c'est probablement déjà fixé, là, ça serait l'Amérique du Nord.
Loïc Génial.
Éloi Oui, la maison, quoi. Oui, la maison, oui, effectivement, mais plus ou moins la maison, parce qu'il y a le Denali qui est en Alaska, ensuite, il y a le Mont Logan et Elias qui est au Yukon, donc oui, oui, la maison, mais après ça, les deux autres semets sont au Mexique. Donc, ça fait une très, très, très longue traversée, non pas d'Alaska en vélo, puis il faut descendre jusqu'au Mexique, c'est à peu près 9000 km de vélo, Donc, ça serait notre plus grand continent, là, à ce jour,
Loïc là. Mais du coup, ce serait forcément, peut-être que je pose des questions bêtes, là, mais c'est forcément que des ascensions que vous réalisez en été, au milieu du Nord.
Éloi Oui, c'est ça, en fait, le Denali, probablement qu'on... La date officielle, là, il n'y a rien d'officiel, mais d'un autre côté, qu'est-ce qui nous mijette en tête, là, c'est mai 2025. D'accord. Donc, en mai 2025, on est au Denali, mais la grosse problématique qu'on va avoir en Alaska pour le Yukon, c'est l'approche.
Loïc Eh oui, c'est ça, c'est à ça que je pensais quand je vous posais la question, parce que traverser le Yukon ou se rendre au Denali à vélo autrement que l'été, et encore même l'été, c'est pas une zone avec des milliers de lacs, le Yukon?
Éloi Oui, effectivement, mais tu sais, moi, j'ai commencé à regarder, il y a une route, tu sais, moi, je regarde toujours le village le plus près de la montagne, fait que j'ai trouvé ce village-là. La problématique, c'est l'approche, justement, parce que le glacier ne descend pas nécessairement jusqu'en bas, jusqu'au village le plus près, donc de porter l'équipement de ce village-là jusqu'au glacier pour ensuite utiliser des skis et des traîneaux pour transporter notre matériel, ça va être ultra, ultra compliqué, en fait, puis pour être honnête, je n'ai pas encore de réponse à cette question-là, il faut toujours que je fasse des recherches.
Loïc OK. Sinon, en canot, approche en canot?
Éloi J'y ai pensé, en plus, ou en kayak de mer, tu sais, les liasses, il y en a beaucoup qui arrivent à envoyer tout en bateau, j'ai commencé à regarder, le problème, c'est que le Logan et les liasses sont des montagnes relativement assez près, on peut les rejoindre sur un glacier, donc pour pouvoir faire les deux, il faut arriver du côté est et non du côté ouest dans le fond de l'océan, donc on n'a comme pas le choix d'arriver par la route, mais comme je l'ai dit, notre préparation n'est pas encore faite, puis en fait, on n'est jamais prêts, même quand on part, on ne se repart pas, donc on verra, je ne vais pas finir mes recherches dans les prochaines semaines.
Loïc Excellent. Finalement, ça doit être une complexité à gérer, c'est vraiment, c'est la plupart fois qu'on le dit, mais c'est vraiment deux expéditions en une, c'est dingue, ce que vous faites.
Éloi Oui, Clamaze, c'est tellement différent de dire, j'arrive en avion sur un glacier, on dépose le matériel, puis après ça, on part par le sommet, cette partie-là, pour être honnête, c'est la partie qui m'inquiète le moins dans tout le projet, c'est vraiment de se rendre sur ce glacier-là, ça va être le gros enjeu.
Loïc Incroyable. Du coup, où est-ce que vous partagez vos aventures, est-ce qu'on peut vous suivre, est-ce que vous avez, je ne sais pas, des balises GPS pour les ascensions, un compte Instagram où vous publiez du contenu?
Éloi Oui, ça c'est plus la job à Édouard, je laisse en parler. Oui,
Jean-Christophe on a un petit compte Instagram, les trois mousquetons, notre page Facebook aussi qu'on est assez actifs, et puis un petit site internet, lestroismousquetons.ca, qui nous permet de nous suivre, on a une balise GPS justement avec la compagnie Spot, donc une compagnie québécoise qui nous permet justement de pouvoir nous suivre directement pendant nos aventures, c'est ça, c'est pas mal les trois façons de nous suivre.
Éloi OK. Moi, on n'est pas encore des aventuriers professionnels connus mondialement, je veux dire, on fait de notre mieux pour partager notre expérience, simplement. Nous, on le voit vraiment comme ça, on ne fait pas ces aventures-là pour faire de l'argent. Oui, si on pourrait en faire notre métier, tant mieux, mais je veux dire, c'est vraiment pas l'objectif initial, puis on publie vraiment pour partager notre expérience, puis moi, pour être honnête, c'est une facette que j'apprécie plus ou moins, j'aime mieux le contact humain, un podcast, une conférence, que tu es vraiment prêt avec l'auditoire que tu peux partager. Oui. Partager sur les réseaux sociaux, je laisse ça à Éloi, là. C'est ça, tu as l'air.
Loïc Excellent. Je mettrai les liens en description. Dernière petite question, alors peut-être plus pour toi, Jean-Christophe, tu vas devenir papa pour la première fois. Oui. Est-ce que ça a changé, du coup, ta vision du projet ? Et deuxième question, là, du coup, pour tous les deux, la notion, alors tu viens un peu de l'évoquer, Jean-Christophe, mais finalement, cette notion de partage, d'inspiration, à quel point est-ce qu'elle vous anime dans ce que vous faites ?
Éloi Oui. Pour la première question, voilà, je ne pourrais pas, c'est sûr, ça m'influence dans mon projet, je veux dire. Maintenant, je vais avoir des vraies responsabilités, là, à la vie. Non, mais sans farce, ça influence beaucoup ma gestion de risque, je crois, là. Mettons, en Afrique, dans les sommets qu'on a faits, des fois, on s'est perdu, tu sais, on s'est mis dans des situations précaires qu'on n'aurait pas nécessairement, qu'on n'aurait pas dû nécessairement affronter. Ça, c'est des situations qui m'ont mis un peu en colère, là-bas, parce que je me dis, pourquoi je me mets à risque en ce moment-là, tant qu'en fait, je devrais être dans une voie plus sécuritaire. C'est le genre de pensée que j'ai maintenant que je n'aurais probablement pas eu avant, tu sais. Puis, je pense, ça va m'influencer justement dans, à minimiser le risque au maximum encore plus qu'on le faisait déjà. Mais, d'un autre côté, le défi est le défi, tu sais, puis c'est, tu sais, on ne trichera pas, on ne changera pas les conditions. Puis, le défi m'allume autant, tu sais, ce n'est pas parce que je vais être papa que d'un coup, mes rêves disparaissent. Donc, je garde la même, la même, le même éclat dans les yeux, tu sais, la même ambition, le même désir de poursuivre ce rêve-là. Mais, peut-être, essayer de minimiser au maximum le risque quand c'est possible. là.
Loïc Oui. OK. Et Loa, par rapport à cette question sur l'inspiration, le partage et comment ça vous anime, du coup?
Jean-Christophe Oui. Je crois que c'est un devoir un peu pour les aventuriers. Je pense qu'on est, ce n'est pas tout le monde qui est aventurier puis c'est correct aussi, là, chacun a, c'est les choses qui l'allument dans la vie, mais quand on a vraiment l'aventure qui nous brûle au cœur, il faut vraiment aussi, une fois qu'on a complété une aventure, il faut aussi la partager puis je pense que c'est important, là. C'est pour ça qu'on fait le podcast en ce moment, c'est pour ça que, en ce moment, j'essaie d'écrire aussi nos livres parce que là, on s'est parlé pendant une heure, mais, tu sais, je suis en train de lire mes journaux de bord et puis je peux écrire un livre de mille pages, là, tellement il y a des aventures, il y a des anecdotes, il y a des trucs intéressants à dire, tu sais, notre voyage est tellement unique, autant qu'il y a le côté, de l'alpinisme qui intéresse beaucoup les gens, autant il y a le côté vélo, même les populations locales, la rencontre avec vraiment l'habitant, tu sais, qu'on ne voit pas souvent dans les voyages, dans les trucs qu'on nous présente, donc je pense que c'est important pour moi et Jean-Christophe, quand on revient au Québec, on veut partager nos aventures et puis, moi, ça me fait, pour changer un peu de sujet, ça me fait, je suis tellement heureux pour Jean-Christophe, pour son bébé, donc je sais que ça va changer les choses, mais ça va changer les choses pour le mieux, c'est tellement la plus belle, la plus belle aventure d'une vie, d'avoir des enfants, j'en ai pas moi-même, mais je le crois profondément, donc je suis tellement, je suis tellement heureux pour lui, voilà.
Éloi Merci, puis justement, mettons, comment ça peut influencer, tu sais, on commence à regarder l'Amérique du Nord, mais c'est un long trajet en vélo, fait que là, je me disais, après les trois premières, tu sais, en Alaska ou Yukon, est-ce que ma conjointe et notre petit enfant, ils peuvent venir nous rejoindre, tu sais, puis faire un bout en vélo ensemble, tu sais, fait que c'est comme ça qu'on va commencer à adapter les projets, puis essayer de jumeler, par exemple, cette étape-là qui peut prendre cinq mois, en ayant leur compagnie pendant un mois, tu sais, au milieu, c'est comme ça qu'on va jouer un peu sur les défis aussi.
Loïc Génial, punaise, vraiment hâte de voir ce que ça va donner, en tout cas, un grand, grand merci à tous les deux pour ces partages super inspirants, je suis sûr que ça donnera la petite impulsion nécessaire à beaucoup de gens qui vous écouteront pour se lancer dans leur propre projet à eux. S'il y avait peut-être un mot de la fin, vous avez partagé beaucoup de choses déjà, mais est-ce qu'il y aurait peut-être un message en particulier par lequel vous voudriez conclure ?
Éloi Je crois que j'aimerais dire que toutes vos idées folles, tous vos projets que vous dites, c'est impossible, je ne peux pas le faire, mais en fait, non. Oui, ça va être des sacrifices, ça va être des efforts, mais quand on y croit vraiment, tout est possible. Excellent.
Loïc Élo, il y a quelque chose à ajouter, là encore, tu es parfaitement d'accord avec Jean-Christophe ? Oui, j'approuve.
Jean-Christophe Je suis tellement d'accord avec ce qu'il dit, il faut continuer de rêver grand, on est dans une époque où les gens sont un peu moroses, donc c'est important de garder des beaux projets comme ça en vie, pour sa vie, puis, oui, je crois complètement à ce que Jean-Cré a dit. génial.
Loïc Eh bien, un grand merci à tous les deux, excellente préparation pour la suite et à une prochaine. Oui, merci beaucoup, Leïc. Merci, salut. Quel épisode, quel épisode, aussi inspirant qu'émouvant. J'espère que vous avez apprécié cet échange avec Jean-Christophe et Eloha. Très certainement, vous connaissez des gens qui pourraient être intéressés par leur récit, donc allez-y, prenez votre smartphone, copiez le lien de l'épisode depuis votre plateforme d'écoute et envoyez-le maintenant. Ça prend quelques secondes et c'est un excellent moyen de remercier mes deux invités pour tout ce qu'ils ont bien voulu partager avec nous. Si vous voulez m'envoyer des feedbacks ou des suggestions d'invités, vous pouvez le faire sur le compte Instagram du podcast lesfrappés.podcast. Abonnez-vous d'ailleurs au passage ou bien par email à hello.lesfrappés.com Je vous souhaite une excellente semaine et je vous dis à très bientôt pour un nouvel épisode. on peut se rappeler on peut se rappeler on peut se rappeler on peut se rappeler on peut se rappeler Sous-titrage ST' 501 Sous-titrage ST' 501
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