Winn On a tiré ces roquettes pour soulager un petit peu le poids de l'appareil. On n'avait plus qu'un seul moteur, alors le deuxième tournait encore. Sauf que la température augmentait au-delà des 1000 degrés. Donc t'as les autres compresseurs qui commencent à fondre. Mais ils délivraient encore un petit peu de puissance, juste de quoi passer la montagne pour essayer de se poser sur une base intermédiaire avec des Français.
Loïc Bienvenue sur Les Frappés, le podcast sur le dépassement de soi et l'aventure. Je suis Loïc Blanchard, entrepreneur, coach et préparateur mental certifié. J'ai été pendant plusieurs années sportif de haut niveau en judo, avant de quitter les tatamis pour me consacrer à des sports de plein air comme le triathlon ou partir m'évader sur des treks engagés. Récemment, je suis devenu finisher de la PTL, un ultra trail de 340 km autour du Mont Blanc organisé par l'UTMB. Depuis la création des Frappés en 2020, j'ai deux objectifs. Le premier, c'est de vous faire découvrir des univers fascinants qui font rêver. Avec mes invités, on ira naviguer sur toutes les mers du monde. On participera à des expéditions dans les régions polaires ou en Himalaya. On découvrira l'envers du décor de l'entrepreneuriat et du sport de haut niveau et on partira en mission avec des membres des forces spéciales. Le deuxième, c'est de vous aider à croire en vos propres rêves et à passer à l'action grâce au partage de ses invités exceptionnels. On sous-estime largement ce dont on est capable, physiquement ou mentalement, et je suis convaincu qu'une petite conversation peut déboucher sur de grands changements. On a en moyenne 4000 semaines à vivre sur Terre, alors autant les vivre à fond. Ruin, c'est l'alias de mon invité, a connu la guerre et donné la mort. Pendant 18 ans, cet homme a fait partie des forces spéciales en tant que pilote d'hélicoptère d'attaque au sein du 4ème RHFS, le régiment d'hélicoptère des forces spéciales. De son entrée dans le cycle de formation pour devenir pilote jusqu'à son départ de l'institution en raison d'un trouble de stress post-traumatique, en passant par ses missions les plus marquantes, Wynn nous livre là un fabuleux témoignage. Le témoignage d'un homme que rien ne prédestinait à un parcours hors du commun, mais qui a su saisir sa chance et trouver le sens dans son engagement. Il est impossible de comprendre, quand on ne l'a pas vécu, ce que l'on peut ressentir lorsqu'on se fait tirer dessus Alors que toutes les alarmes du cockpit retentissent, que les informations fussent à la radio et qu'il faut prendre une décision de vie ou de mort dans la seconde Mais à travers ce récit, Wynn parvient en revanche à mettre en évidence l'exigence extrême à laquelle les hommes et les femmes des forces spéciales sont soumises Sans plus attendre, je vous propose d'embarquer à bord d'un hélicoptère d'attaque Tigre avec le pilote Wynn Check décollage
Winn Qu'est-ce que le 4e RHFS, 4e Régiment d'hélicoptères des forces spéciales ? Alors, tout d'abord, tu vois, j'ai bossé un petit peu le truc quand même. Tout d'abord, il faut savoir que la France, c'est une des rares nations dans le monde à avoir ces hélicoptères dédiés exclusivement aux forces spéciales. Donc, c'est important. Pour bien comprendre le régiment, ce qu'il est aujourd'hui, le format actuel, je pense que c'est important de revenir un petit peu dans l'histoire des forces spéciales françaises. Tout commence à l'aube du débarquement en Normandie durant la Deuxième Guerre mondiale avec un type, le capitaine de Corvette Philippe Kieffer, qui va se dresser un petit peu devant l'état-major et proposer des techniques et des stratégies un petit peu innovantes. alors il faut comprendre que fin de la deuxième guerre mondiale on est déjà entre 60 et 70 millions de morts donc c'est un fait la stratégie qui consiste à aligner de façon massive des troupes et les envoyer à l'abattoir c'est une technique qui est désuète et qui ne séduit plus donc le capitaine de Corvette Kieffer à la tête de son groupe d'hommes lui va s'inspirer des techniques SAS britanniques qui consistent à utiliser un tout petit volume d'hommes sur des objectifs bien particuliers et souvent en jeu stratégique. Alors ça va fonctionner tellement bien que finalement, pendant toute la campagne de Normandie et plus tard, dans la reconquête de l'Europe et la campagne d'Italie, il va participer à bon nombre d'opérations. Alors quand même sur les 177 héros du capitaine de Corvette Kiefer, ils seront seulement 24 à revenir vivant de la Deuxième Guerre mondiale. Les années après-guerre, la France s'inscrit plus dans des guerres qu'on a appelées entre guillemets des guerres de colonisation, tout d'abord en Indochine, puis en Algérie. Et là, encore une fois, finalement, ces techniques de guérilla, toujours un petit peu dans le même crédo, un petit groupe d'hommes habitués à bosser ensemble, mais sur des objectifs bien particuliers et à haute valeur ajoutée, ça va payer. ça va payer. Alors il faudra quand même être patient et attendre les années 90, fin de la première guerre du Golfe-Bersique, où finalement, pour répondre à une demande du président de la République française, qui lui veut avoir un interlocuteur pour ses forces spéciales. Donc par décret, 24 juin 1992, on crée le COS, le commandement des opérations spéciales, qui va regrouper toutes les unités particulières, comme les commandos marines bien sûr, le CPADIS et le premier pays main.
Loïc Donc les forces spéciales de toutes les armées en fait.
Winn Voilà exactement, les trois armées sont représentées. Alors l'année suivante, 1993, création de la première escadrille des opérations spéciales, où finalement c'est avec quatre Puma qu'un petit groupe de gars vont écrire les premières pages de l'histoire du 4e RHFS en travaillant directement avec les commandos des forces spéciales. Cette escadrille grossit en 1997, elle devient le détachement à l'attre des opérations spéciales, et en 1998 on rajoute un petit peu de peps à tout ça en intégrant Sigazel, qui était à l'époque l'hélicoptère d'attaque de l'armée française. Donc à titre personnel, c'est là que j'ai été sélectionné et que j'ai intégré les forces spéciales.
Loïc Quand tu parlais de ALAT, est-ce que tu peux préciser ce que c'est ?
Winn Alors l'ALAT, l'aviation légère de l'armée de terre qui représente, contrairement aux idées reçues, 90% du parc hélicoptère, on pourrait croire beaucoup d'armées du monde, tout ce qui vole appartient à l'armée de l'air, mais l'aviation légère de l'armée de terre regroupe à peu près 90% des moyens hélicoptères qui font partie de l'armée de terre. Tournant dans l'histoire, le 11 septembre 2001, avec l'effondrement du World Trade Center, ça a changé un petit peu la face du monde, ça a changé la donne pour toutes les armées du monde, pour l'armée française et bien sûr pour les forces spéciales. Alors moi je me souviens, j'étais dans mon appart en train de maroufler du plâtre pour refaire le plafond, quand j'ai reçu un coup de téléphone pour me dire qu'on partait en opération pour une durée indéterminée. Et là, il a fallu se poser les bonnes questions et force est de constater qu'on opérait sur du matériel qui était désuet, que ce soit l'armement, les hélicos. Ce n'était plus du tout adapté pour ces nouvelles menaces. Alors, par le biais de Crash Programme, dans un premier temps, on a intégré très rapidement des hélicoptères de nouvelle génération, comme le Caracal. et un petit peu plus tard l'hélicoptère d'attaque Le Tigre. Parallèlement à ça et dans un deuxième temps, on a créé deux escadrilles d'hélicoptères de manœuvre pour travailler directement au profit du RAID et du GIGN pour lutter contre le terrorisme sur le territoire national. En 2009, le détachement à la des opérations spéciales devient le quatrième régiment d'hélicoptères des forces spéciales, sous un format qui est en perpétuelle évolution. Le régiment évolue en permanence avec une menace qui est toujours plus diffuse et toujours plus compliquée. Pour finir, je dirais que le quatrième RHFS est intervenu dans toutes les opérations militaires de l'armée française durant ces 30 dernières années, d'où sa devise « nulle part sans nous ».
Loïc Question vraiment de non-initié, quand on parle d'escadrille, de régiment, ça correspond à combien ? C'est quoi ? C'est un nombre de pilotes, nombre de machines, ça correspond à quoi ?
Winn En principe, dans la latte, ça correspond à un nombre de machines, une dizaine d'appareils. Après, chaque escadrille a sa spécialité. Moi, j'ai fait partie de la deuxième escadrille des opérations spéciales. Au départ, on avait six gazelles et puis on est arrivé à un volume de 12-14 gazelles. Quand j'ai basculé sur les appareils un peu plus féroces comme le Tigre, on était à quatre hélicoptères Tigre pour une escadrille. Donc c'est variable. Mais en principe, on va dire que sur le papier, une escadrille représente un volume d'une trentaine, quarantaine de personnes, dix hélicos voilà
Loïc ok très bien alors j'ai découvert du coup en préparant l'interview moi j'avais je connaissais de nom le 4ème RHFS mais tu es le premier représentant de l'unité que je reçois enfin du régiment que je reçois
Winn je suis platé c'est cool
Loïc mais j'ai découvert en préparant enfin je l'avais déjà lu mais je l'avais un peu oublié qu'il y a d'autres d'autres unités d'autres régiments enfin des escadrons en l'occurrence d'hélicoptères dans les forces spéciales et tu me dis si je me trompe, mais j'ai découvert qu'il y avait un escadron d'hélicoptères 1.67 Pyrénées et un escadron de transport. Alors là, il me semble que c'est plutôt des avions, le 3.61 Poitou. C'est quoi la différence avec le 4e RHFS, notamment pour l'escadron d'hélicoptères Pyrénées ?
Winn Alors, l'escadron d'hélicoptères Pyrénées, donc il y a une partie de cet escadron qui fait partie des forces spéciales. On travaille régulièrement ensemble, ça m'est arrivé en détachement à l'étranger, d'avoir une grosse opération parallèle en cours. Les hélicoptères de manœuvre sont partis sur une autre opération et le COS a envoyé des hélicoptères de manœuvre de l'armée de l'air, de cet escadron. et on a le même manuel d'emploi, on va dire. On utilise les mêmes procédures, à telle enseigne d'ailleurs que des équipages de l'armée de l'air ont été intégrés dans les escadrilles de l'aviation légère de l'armée de terre. Donc on travaille vraiment main dans la main. Après, le Poitou, c'est plus des avions de transport, mais là encore une fois, on travaille main dans la main. Ça nous arrive pour des raisons par exemple d'élongation. de confier le transport des commandos aux avions, parce qu'avec deux avions, ils vont pouvoir transporter quatre groupes, tout le matériel, éventuellement des véhicules. Les hélicoptères, nous, on va partir, on va voyager entre guillemets léger, c'est-à-dire sans les commandos, avec le plein de carburant. On peut ainsi augmenter l'élongation de la patrouille d'hélicoptère et on se rejoint à un point. et à partir de là, on peut commencer à travailler.
Loïc L'escadron de transport Poitou, il me semble qu'on en avait parlé, si je ne dis pas de bêtises, avec Cyril Chaboun, qui est un ancien du CPA10 et qui m'expliquait, si je me souviens bien encore une fois, je fais attention, je ne veux pas dire de bêtises sur ce sujet, mais que le CPA10, c'est l'unité des forces spéciales qui est chargée de faire poser les avions. C'est les seuls qui sont habilités à préparer les pistes et à faire en sorte que ces avions de transport un peu spéciaux puissent se poser en toutes conditions, de nuit surtout, ce qui est expliqué. Donc voilà, s'il y en a qui veulent aller écouter l'épisode avec Cyril Chaboun, ancien du CPA10, qui a perdu ses jambes en opération, je mettrai le lien en description.
Winn Oui, historiquement, c'est vrai que le CPA10, c'était un petit peu sa spécialité au départ, de pouvoir poser des gros avions sur ce qui n'est pas forcément une piste, mais ils ont cette capacité de sonder le terrain, de tout sécuriser et de dire, ouais, là, ça pose. Et les pilotes, ils vont les yeux fermés. Donc, c'est assez impressionnant.
Loïc Impressionnant, oui. Super. Écoute, maintenant qu'on a le contexte bien défini, merci pour ça la question suivante pour moi c'est comment est-ce que tu en es arrivé toi à devenir dans un premier temps pilote d'hélicoptère et par la suite qu'est-ce qui fait que visiblement ça a accroché très fort et que au point que tu t'es dit je vais aller faire la même chose mais dans un environnement très spécial pour le coup
Winn alors la chance la chance le hasard je ne suis pas je ne suis pas issu d'une famine militaire je suis issu d'une famille plutôt modeste et voilà, j'avais jamais volé avant donc la première fois que je suis monté dans un avion j'étais déjà pilote c'est-à-dire que je n'avais pas volé dans un Airbus pour aller à Paris j'avais jamais volé j'avais absolument jamais volé j'étais un étudiant, tout ce qu'il y a de plus classique j'aimais les copains, la musique, les filles je ne savais pas du tout quoi faire dans la vie comme beaucoup d'ados je n'avais pas vraiment trouvé ma voie, je n'avais pas vraiment de but et je me souviens que le déclic pour l'armée dans un premier temps il s'opère je suis invité comme tous les étudiants de mon lycée à un salon de l'étudiant à Strasbourg et je tombe sur un type qui s'appelle le Major Perrault. J'ai retenu son nom. J'avais plutôt envie de ne pas faire le service militaire. Et ce type-là, quand on a parlé un petit peu, j'étais impressionné. C'était un type qui avait un charisme fou. Il était en uniforme, il avait un gros placard de médailles, il avait une gueule un peu carrée, bronzée, basanée. le cuir un peu tanné. Et il a raconté un petit peu ses trucs et j'étais vraiment passionné. Je suis rentré le soir, j'ai dit à mes parents, bon ben voilà, ça y est, j'ai trouvé ce que je veux faire. En gros, je veux faire Major Perrault, quoi. Et puis, donc mes parents ont éclaté de rire parce que quelques jours auparavant, je demandais à ma maman, qui est kinésithérapeute, de demander à un médecin qui travaillait avec elle pour me faire un certificat, pour éventuellement se cuiser et puis échapper au service militaire. Parce que je ne me voyais pas, j'avais un petit peu du mal avec l'autorité, surtout celle de mon père. Et donc, du coup, je savais à ce moment-là ce que je voulais faire. Et donc, j'ai commencé à faire mes trois jours. Au départ, ce major Perrault, qui était responsable d'un centre de recrutement. Il me pose un peu des questions, et puis je me suis dit, quitte à faire militaire, j'aimerais faire un truc un peu qui envoie un petit peu, comme conducteur de chars, par exemple. Alors, il me dit, très bon choix, très bon choix, on en manque. Et à l'époque, les chars de l'armée française, c'est des AMX 30, taille maximum 1,82 m, je faisais 1m85, donc ils m'ont quand même envoyé aux trois jours pour me dire qu'à la visite médicale, le type qui m'a mesuré il disait, ah ben non, il est trop grand donc j'ai commencé ce processus de recrutement par un bel échelle parce que le truc qu'il me disait un petit peu c'était non quoi, j'étais pas taillé pour faire ça et bien heureusement d'ailleurs et du coup il me dit mais par contre, voilà le test de la latte tu l'as vraiment bien réussi alors je dis à Lat, je ne sais pas ce que c'est, je ne connais pas, et il me dit tu peux faire mécanicien, contrôleur aérien, pilote, je dis ah bah non, je vous arrête, j'ai le bac, je ne peux pas faire pilote, le bac c'est très très bien, à l'époque il y avait même des promotions de pilote qui étaient non bacheliers, et donc j'ai commencé le recrutement un petit peu, vraiment par hasard, la chance, je suis passé au travers de toutes ces sélections et puis à chaque fois j'étais pris un peu à ma grande surprise et j'arrive à l'école militaire un peu compliquée l'école militaire au départ j'ai des cheveux longs, j'ai coupé des cheveux c'était assez physique et ensuite après l'école militaire je suis arrivé à l'école des pilotes à Dax et au départ vraiment très compliqué j'avais jamais volé, mon premier vol j'étais malade et j'étais plutôt nul, plutôt dans les derniers au départ j'avais vraiment du mal et à chaque fois qu'ils éliminaient un type c'était au départ on était 25 on a terminé en 18 je crois et je crois que quand ils ont éliminé le premier élève pilote je crois que moi je devais être le 24ème et à chaque fois je me disais bon je suis le prochain à passer à la trappe et puis je m'accrochais je réussissais un petit peu mieux et voilà et ainsi de suite à chaque fois quand ils ont viré le 24ème j'étais le 23ème, enfin voilà j'étais toujours un petit peu le dernier et finalement à la fin du stage pilote j'étais quand même plutôt pas mal et ça m'a permis de choisir un régiment d'hélicoptères de combat Ce qui a motivé mon choix à l'époque, c'était ma petite amie du moment, mes copains d'enfance avec lesquels je faisais de la musique, ma famille bien sûr. Donc j'ai choisi le premier régiment d'hélicoptère de combat à Falsbourg, près de l'Alsace, donc près de mes origines. Et comme quoi le hasard mène à tout, j'ai passé ces premières années, donc j'ai fait mes armes. passés mes qualifications, je suis venu là également plutôt bon dans mon domaine, mais voilà, standard, rien de vraiment particulier. Finalement, à 24 ans, j'avais une vie un peu de vieux, c'est-à-dire que j'avais une copine, on habitait dans un appartement, le week-end, on allait chez ses parents ou chez mes parents, une vie de vieux. Et quand ça s'est terminé, finalement, le vrai déclic s'est opéré, j'avais besoin de prendre de la distance par rapport à tout ça, et est arrivée cette sélection pour intégrer les forces spéciales. Moi j'étais jeune, j'avais 25 ans, il y avait des gros calibres, des légendes de la latte qui faisaient partie de ce recrutement et qui se demandaient un petit peu pourquoi j'étais là, moi j'étais maraîchier, de la salle de logis, je n'avais pas d'expérience, je n'avais pas participé à des opérations à l'étranger. Donc, voilà, les gens, je les faisais rigoler un petit peu par mon manque d'expérience, ma jeunesse, mon manque de maturité. Et contre toute attente, ils m'ont pris. Ils m'ont pris. Alors, bon, il y avait des tests de sélection sportive où là, j'étais quand même plutôt bien classés et ils m'ont choisi et j'étais parti des 13 premiers pilotes de cette escadrille deuxième escadrille d'opération spéciale à ma grande surprise encore une fois à ma grande surprise c'est fou de voir finalement quand tu dis
Loïc le hasard où ça mène c'est à dire que une rencontre qui débouche sur cette rencontre amène à un choix finalement hyper rapide puisque entre le moment c'est Perrault c'est ça ?
Winn Le Major Perrault
Loïc Le Major Perrault entre le moment où tu le rencontres et le moment où tu te dis je vais dans le CIRFA pour signer je ne sais pas comment ça se passe mais il se passe combien de temps ?
Winn Alors pour moi il s'est passé quelques je dirais quelques semaines le temps de le temps de passer toutes les sélections à chaque fois c'est pour chaque sélection, c'est un rendez-vous, il faut aller à Paris, c'est trois jours, donc tout ça prend un petit peu du temps, et après, il faut passer l'examen pour intégrer l'école militaire à Saint-Mexin, que j'ai loupé d'ailleurs la première fois, parce que j'aurais pu intégrer une promotion au mois d'avril, et finalement, j'avais fait le plus dur, et le truc qui semblait tellement simple sur le papier, ça a été encore un échec, mais c'est de ces échecs-là, on a la petite piqûre d'amour propre qui fait qu'on se dit que ça n'arrivera plus. Et effectivement, je pense qu'il y a une raison dans la vie de chacun, une raison pour laquelle les choses arrivent. et pour moi c'est une succession quand je suis arrivé au détachement des opérations spéciales c'est un petit peu je ne porte pas des talons mais j'imagine que c'est comme pour une femme qui mettrait des talons à aiguilles vraiment très inconfortables mais je me suis senti comme dans des chaussons et là j'ai su que c'était ça que je voulais faire c'est là que peut-être je serais bon et que je serais utile. Donc, j'ai essayé d'être utile.
Loïc Écoute, on va en parler. Pour revenir juste sur un point, le stage que tu évoquais où à chaque fois, tu arrivais à être, pas celui qui est éliminé, mais juste avant pour finalement faire partie de ceux qui ont réussi haut la main. C'est quoi comme compétence qu'on va chercher sur un stage pour des pilotes d'hélicoptère ? Est-ce que c'est des connaissances techniques où tu dois, je ne sais pas, apprendre par cœur des manuels de comment voler, quel bouton sert à quoi, etc. Ou est-ce que c'est déjà des capacités, pour le coup, de pilotage en simulateur ou ce genre de choses ?
Winn Non, les sélections, elles sont basées, enfin, à l'époque, en tous les cas, elles étaient basées sur des vieux simulateurs, mais qui permettent de déterminer si un candidat à des aptitudes particulières en dissociation d'attention, ce genre de choses. Donc, par exemple, moi, quand j'avais 18 ans, on me disait, si tu veux te préparer pour cette sélection, joue de la batterie. Comme ça, tu fais un truc avec la main gauche, différent de la main droite, des trucs comme ça, ça peut t'aider. Mais en règle générale, les qualités pour réussir une carrière de pilote et ça n'engage absolument que moi. Mais je pense qu'il y a trois grandes compétences, trois grands domaines. La connaissance, des capacités de coordination, dissociation d'attention qu'on a ou qu'on n'a pas. Et après, il y a aussi une attitude. C'est-à-dire que je pense qu'un stage pilote, c'est quelque chose qui est relativement long c'est une formation continue quasiment toute sa vie il y a peu d'années dans ma carrière militaire où finalement je ne me suis pas retrouvé à l'école à un moment donné ou à un autre pour faire un stage passer une qualification etc et je pense que sur ces trois grandes compétences si tu en as deux tu passeras, c'est à dire que tu as des mecs qui vont bûcher ils ont une connaissance de fou et ils auront une très bonne coordination et du coup, ils auront un petit peu ce truc avec les commandes, ils y arriveront très vite. Eh bien, ces types-là, même s'ils ont une attitude de merde, eh bien, ils seront dans les rangs. Après, un type qui n'est pas très bon avec les commandes, mais il bosse comme un malade, il a des connaissances de fou et il a une attitude vis-à-vis des autres, il a un esprit d'équipe, on lui pardonnera un petit peu ses faiblesses. Il n'y a pas que des bons pilotes, il y a surtout des vieux pilotes. C'est ça qui fait la différence. Et puis après, tu as le branleur. Tu as le branleur, le mec, il ne bosse pas les bouquins parce que ça l'emmerde, mais il a ce petit truc avec les commandes, il y arrive quand même assez facilement et surtout, c'est un mec super sympa et bien ce mec là on a envie de bosser avec lui et il fera partie des troupes je pense donc si t'en as deux sur les trois, si t'as les trois c'est mieux voilà et toi t'avais lesquels ? moi j'étais plutôt un mec sympa et finalement je me démerdais pas mal avec les commandes
Loïc excellent quelle différence d'aptitude enfin qu'est-ce qu'il faut avoir en plus selon toi en tant que pilote pour se lancer sur des opérations spéciales versus pilote, on va dire, entre guillemets, classique, pilote dans l'armée, mais pilote classique qui ne part pas avec les commandos ou ce genre de choses. Est-ce qu'il y a vraiment une différence évidente pour toi ?
Winn Non, parce que déjà la première raison c'est qu'on vient tous des escadrilles standards de l'aviation légère de l'armée de terre, donc on a la même formation, on a fait les mêmes stages, on a les mêmes qualifications et les mêmes compétences. La différence, c'est peut-être le goût de l'aventure, peut-être le petit truc d'aller un petit peu plus loin, une attitude et un esprit d'équipe. c'est ce qui fera vraiment la différence parce qu'après on a besoin dans les opérations spéciales on a besoin des jeunes des jeunes fougueux qui sont à 25 ans en pleine possession de leurs capacités qui sont au top au niveau sportif et au niveau mentalité mais qui seront peut-être un peu plus battants en guerre après des types un peu plus âgés qui deviendront un peu moins performants mais qui sont qui ont un environnement familial stable ça apporte cette petite touche de stabilité à l'ensemble donc on a besoin un petit peu de de tous de tous les types de personnages on a besoin des gens conformes on a besoin des gens qui sont stables on a besoin de dominants on a besoin de gens influents on a besoin d'un petit peu de chaque et c'est ce qui fait la force finalement des membres des opérations spéciales
Loïc quand t'es arrivé du coup que t'as fait partie des tout premiers pilotes à rejoindre du coup le COS tu disais que tu t'es senti tout de suite très à l'aise un peu comme dans des pantoufles alors pour les autres c'était l'inconfort des talons c'est quoi que tu dirais que t'as retrouvé dans cet environnement qui fait que t'as tout de suite accroché est-ce que c'est justement ce goût de l'aventure dont tu parlais est-ce que c'est les gens autour de toi qui avaient même s'ils sont tous différents mais j'imagine qu'il y a quand même il y a peut-être un trait de caractère un peu commun aux gens qui se disent à un moment donné je vais aller pas juste risquer ma vie en tant que militaire mais le faire dans des opérations spéciales qu'est-ce que c'est que tu as découvert qui fait que tu as tout de suite accroché et que tu t'es dit c'est là que je vais passer les 18 prochaines années de ma vie
Winn alors je dirais que c'est la première fois que je me suis senti écouté où j'ai eu vraiment l'impression de compter. Et c'est ce que j'ai toujours aimé quand j'ai commencé en tant que pilote ou quand j'ai terminé ma carrière en tant que chef de patrouille, mission commander, avec beaucoup de monde à gérer. J'avais toujours à cœur quand on faisait un briefing ou un debriefing d'ailleurs, parce qu'il y a souvent beaucoup de choses. une autocritique qui est très importante à chaque entraînement et à chaque retour d'opération c'est d'écouter tout le monde c'est à dire qu'un chef de patrouille il a bien sûr son mot à dire mais le type qui est gunner sur un hélicoptère de manœuvre c'est peut-être il n'a peut-être pas un grade très élevé, il n'a peut-être pas une grande expérience mais c'est peut-être lui qui va trouver la petite idée dont on a besoin au moment pour cette situation. Donc, c'est le fait d'écouter tout le monde. Et l'écouter, c'est très important.
Loïc Et côté goût de l'aventure, est-ce que tu dirais que tu as été servi finalement ?
Winn Oui, j'étais servi. Je crois que les six, sept premières opérations auxquelles j'ai participé ou des exercices à l'étranger. C'était à chaque fois un pays différent. Je n'ai pas eu l'occasion au départ de faire les mêmes séjours redondants où finalement, tu vas aller au Tchad et tu connais la base, parce que tu as déjà été, tu sais dans quelle chambre tu vas aller. À chaque fois, c'était différent. J'étais vraiment servi au départ. dans les pays chauds, dans les pays froids. Donc, j'ai pu faire grandir mon expérience personnelle très rapidement. Et je dirais que ce n'est pas tant l'endroit où on va, c'est surtout les personnes avec qui on va travailler. Et j'ai eu cette chance de côtoyer des unités d'élite comme le 1er Pays-Val, le CPADIS, les commandos de Lorient, de Saint-Landrier, les équipages de l'armée de l'air, de grandes compétences. Et puis, ça donne juste envie d'être humble.
Loïc J'imagine que quand tu es entouré de profils comme ça exceptionnels, pour avoir échangé avec quelques-uns d'entre eux, il devait y avoir une sorte d'émulation, je pense, non ? Ça te pousse à tout temps, j'imagine, essayer d'améliorer tes compétences, à être encore un meilleur pilote, encore plus fiable, etc.
Winn Oui, et puis c'est une opération ou un exercice finalement très vite les pilotes ont tombé la combinaison de vols pour s'habiller en treillis comme les commandos donc le cuisinier, le commando le pilote le secrétaire le mec des trans, le type qui s'occupe du kérosène, tout le monde est habillé pareil tout le monde se tutoie on ne connait pas nos noms, on ne connait pas nos identités on ne connait pas nos parcours on s'habille tous pareil j'étais sur des opérations où pour le besoin de l'opération on travaillait en civil parce qu'il y avait des gens dont le métier faisait qu'ils travaillaient en civil, donc comme ça on ne sait pas trop qui est qui on travaille avec les gens tels qu'ils sont donc tout le monde est pareil, tout le monde est sur le même piédestal le pilote il n'est pas au dessus d'un soutier de carburant tout le monde est au même niveau et ça se fait une belle différence aussi et comme tu dis, il y a une émulation dans le fait de voir les performances des commandos, on se dit, bon, ok, demain, s'il m'arrive un truc, c'est ces mecs-là qui vont venir me chercher, je n'ai pas envie d'être un boulet, quoi. Donc, je vais faire plus de sport, je veux être compétent, quoi.
Loïc Comment tu décrirais le sentiment de, alors, je te pose des questions, mais dans toutes mes questions, il y a beaucoup de, je présuppose plein de choses, parce qu'évidemment, je connais très, enfin, cet univers, je le connais, je pense, comme le grand public, c'est-à-dire avec les reportages qu'on voit, bon, moi, j'ai eu la chance d'avoir fait quelques interviews en plus où j'ai pu avoir ces moments un peu privilégiés avec quelques anciens efforts spéciales, mais je pense que c'est impossible de vraiment comprendre ce que vous vivez en termes d'osmose dans le groupe, etc. C'est impossible de le comprendre quand on n'a pas baigné là-dedans. Il y a plein de choses que je présuppose. Je suppose, en tant que pilote, pour avoir lu quelques récits, d'ailleurs on va en parler, mais j'ai ton chapitre sous les yeux dans le dernier livre de Force spéciale et unité d'élite. Je suppose qu'il y a aussi un sentiment de responsabilité en tant que pilote parce que quand on t'appelle voilà c'est pas pour c'est pas pour je sais pas venir ramasser du matos c'est le livrer ailleurs quand on t'appelle généralement c'est qu'il y a du grabuge ou qu'il faut vite venir sortir des gars d'une situation délicate donc est-ce que ce sentiment de responsabilité tu dirais qu'effectivement il est vraiment omniprésent dans l'émission que tu as faite et comment est-ce que toi tu le gères parce qu'aux commandes autant les commandos c'est un groupe donc de l'extérieur j'aurais tendance à dire voilà évidemment que chacun est hyper important mais s'il y en a un qui a un souci qui est un pépin qui n'est pas à 12 sur 10 de sa forme le jour J potentiellement ça peut en partie être compensé par les autres toi il n'y a que toi quoi aux commandes
Winn alors il n'y a que moi mais alors déjà on est pour un hélico d'attaque on est deux donc cette cette complicité elle se fait déjà à deux c'est très rare que et pour un hélicoptère de manœuvre les types sont tu as deux pilotes, un mécanicien navigant un ou deux gunners donc là on est cinq déjà donc ça fait déjà un petit volume ça fait un demi groupe et après un hélico tout seul il ne fait rien donc généralement on est à deux hélicos donc tu as cette promiscuité à travers de la radio et au travers de la voix qui se crée. Et il y a également le lien affectif, c'est-à-dire que quand tu es en opération, tu vas manger avec des commandos et tu sympathises. Après, on a beaucoup de temps mort. Une opération, souvent, c'est des semaines de préparation pour quelques heures de mission. Donc, tu fraternises un petit peu et ça aussi, ça fait un petit peu la différence, c'est-à-dire que le type, au son de sa voix, tu sais que c'est le mec avec qui tu as mangé à la cantine. Et donc, quand dans le son de sa voix, tu sens de la détresse, ouais, tu as envie de te casser le bol pour y aller, comme eux se casseraient le bol pour aller récupérer un équipage qui se serait craché. Donc, il y a une espèce de fraternité d'armes qui se fait un petit peu dans tous azimuts, dans toutes les directions et avec tout le monde.
Loïc Est-ce que tu peux nous en dire un petit peu plus pour une petite parenthèse sur les différents types d'hélicoptères ? Tu parlais des hélicoptères d'attaque, de manœuvre, il y a quoi comme catégorie ?
Winn Voilà, c'est les deux grandes catégories, c'est les hélicoptères d'attaque pointus, c'est des systèmes d'armes avec un rotor, et puis on est deux à bord, et on emmène du kérosène et surtout des munitions. Après les hélicoptères de manœuvre, qui vont être plus axés sur le transport des commandos, mais avec de l'équipement quand même pour pouvoir amener ces commandos à leur destination et surtout pouvoir les récupérer dans les conditions les plus incroyables. J'ai toujours eu énormément d'admiration pour eux. Quand moi, je tournais à 1000 ou 2000 pieds autour de la zone de dépose ou de récup, et de voir dans quelles conditions ils se posaient en limite de puissance pour aller récupérer les mecs. C'était juste beau. Je suis rempli d'admiration. Et après, je dirais que maintenant, ça fait 8 ans maintenant que j'ai quitté l'institution. et on va dire qu'en intermédiaire maintenant on développe un hélicoptère un petit peu intermédiaire qui sera vraiment polyvalent qui peut emmener une équipe de quelques commandos, des snipers emmener également de l'armement peut-être plus de transmission pour être un petit peu polyvalent
Loïc Ok donc les gazelles c'est plutôt des hélicoptères d'attaque c'est ça ?
Winn Voilà les gazelles sont à l'origine plutôt des hélicoptères d'attaque parce que c'était le système d'armes choisi par l'armée française pour avoir un hélico qui est léger, quand même rapide pour l'époque, Gazelle c'est dans les années 70, c'est-à-dire que c'est quasiment mon âge ce qui n'est pas rien et voilà un petit peu avec la limite de l'hélicoptère léger, c'est-à-dire qu'on avait une version avec des missiles antichars, une version avec un canon, une version lisse avec des communications, mais globalement, pour pouvoir faire tout, il fallait 3-4 gazelles. Et donc, on a patienté jusqu'en 2005 pour voir arriver les premiers tigres qui avaient un système complet.
Loïc Ok. Ok. Donc, gazelles, tigres. Et il y a les pumas aussi, c'est ça ? Ou je me trompe ?
Winn Voilà, c'est ça. Puma, hélicoptère de manœuvre, toute la famille des Puma, Puma, Super Puma, Cougar, Caracal, c'est tout la même lignée avec l'évolution finalement de... Donc toujours un petit trait en commun, d'une petite ressemblance physique, mais avec beaucoup d'évolution, pâle, moteur, bien sûr, système d'armes, autoprotection, radio.
Loïc et j'avais jamais fait gaffe que les hélicoptères de combat ont cette forme plutôt pointue alors que les hélicoptères de manœuvre sont plutôt ronds on va dire, visuellement
Winn ouais, voilà
Loïc ça marche au fur et à mesure qu'on parle, ça me fait penser à un épisode que j'ai fait avec Pascal Sancho qui a passé 20 ans de mémoire avec les équipages de secourisme en montagne secourisme en hélico des CRS et il a écrit alors lui il n'était pas pilote il faisait partie des équipes donc il était secouriste à bord et il a écrit un livre où il parle justement de, il raconte plein d'anecdotes sur des vols extrêmement compliqués dont il a pu être témoin qu'il a vécu puisqu'il était à bord et c'était assez fascinant puisqu'il parlait aussi beaucoup de l'aérologie qui est très particulière en montagne par rapport à la plaine et c'était vraiment fascinant de l'écouter raconter que des pilotes très expérimentés de plaine entre guillemets arrivaient sur des stages de préparation pour du secourisme en montagne et qui en fait se faisaient surprendre un peu comme des débutants en fait alors qu'ils avaient des centaines voire des milliers d'heures de vol par de l'aérologie enfin voilà ça m'a fait me rendre compte en fait à quel point le métier de pilote d'hélicoptère c'est en fait vraiment un métier de sensation de connaissance d'un environnement et presque, tu vas me dire ce que tu en penses, mais d'intuition en fait, de capacité à lire le terrain, mais aussi d'intuition, de réflexe en fait dans le pilotage de sa machine. Tu dirais que c'est ça aussi plus que de la connaissance pure et dure ?
Winn Alors oui, c'est d'ailleurs la raison pour laquelle dans la formation de base pour tout jeune pilote d'hélicoptère, il y a une phase montagne pour appréhender les particularités du vol en montagne. Et malheureusement, parfois, même avec l'expérience, on arrive au drame parce qu'on peut toujours se faire surprendre. D'ailleurs, la plupart des pilotes d'hélicoptères de manœuvre issus des forces spéciales ou non, d'ailleurs, remplissent les cockpits de sécurité civile et de SAMU partout en France. Donc, voilà, ils continuent à faire leur expérience en montagne dans ces unités et d'ailleurs ils arrivent à retrouver un petit peu je pense pour en avoir parlé avec certains cette communion avec les secouristes qui vont aller récupérer parce que finalement c'est un petit peu la continuité du métier si tu veux le type qui se posait en Afghanistan à 12 000 pieds pour aller récupérer 4 commandos c'est ce mec là qui ira récupérer les sécuristes sur les flancs du Mont Blanc.
Loïc Oui. J'imagine qu'en termes de sensation, l'adrénaline, etc., il doit bien falloir ce type d'environnement une fois qu'on sort de l'institution pour revivre plus ou moins la même chose.
Winn Voilà. Alors moi, je serais bien... Voilà. Moi, mon domaine, c'était vraiment l'émission d'attaque. Donc, je serais bien incapable d'aller me poser pour récupérer des trucs en flanc de montagne etc je serais pas compétent pour faire ça
Loïc j'ai le livre donc je le disais je te le disais en off mais je le dis là dans l'épisode au moment où on enregistre il y a je sais pas si c'est vraiment le deuxième tome mais en tout cas un deuxième livre co-écrit par une quinzaine de co-auteurs dont toi d'ailleurs Ruin qui est sorti chez Solar qui s'appelle Force spéciale et unité d'élite au coeur de leurs émotions c'est sous la direction de Teddy Palacy que j'avais déjà eu sur le podcast précédemment plusieurs fois et dans ce livre le premier chapitre le premier témoignage en tout cas c'est le tien et si ça te va je vais lire un court paragraphe comme ça ça fera une transition sur la suite
Winn ok
Loïc on parlera plutôt avec évidemment ce qu'on peut partager c'est à dire peu de choses mais plutôt des opérations et cette transition en lecture de ton témoignage la voici après avoir épuisé toutes les munitions ainsi que les dernières réserves de kérosène, nous posons enfin sur une base intermédiaire, sain et sauf, mais avec un tigre très endommagé. Je reste assis dans mon cockpit, je tiens mon visage entre mes mains, je suis en sueur, je prends une grande respiration et dans un sursaut, je me réveille. C'était encore un cauchemar, je revis souvent cette mission dans mes rêves. Qu'est-ce que ça t'évoque d'entendre ça ? C'est toi qui l'as écrit bien sûr, mais quels souvenirs est-ce que ça réveille ?
Winn Alors, j'ai le cerveau humain est très bien fait il permet à un moment donné de se protéger un petit peu donc j'ai des souvenirs bien sûr mais cette opération dont tu parles en Afghanistan j'ai des bribes j'ai des moments on est resté plusieurs plusieurs heures à voler au-dessus des troupes françaises pour essayer de les dégager mais je dirais que le total de mes souvenirs doit représenter peut-être deux ou trois minutes parce que ça a été oui, ça a été assez intense c'était assez intense et puis voilà, pas forcément des bons souvenirs, voire pas de souvenirs du tout. Mais je me souviens bien en revanche de cette mise en alerte. Je me souviens quand on s'est posé, je me souviens de quelques éléments. D'ailleurs, la plupart du temps, on n'est pas forcément très bon. Pour cette opération-là, je me souviens qu'à un moment donné, moi j'étais pilote, mon copain était commandant de bord donc c'est lui que je vois dans mon petit rétroheaser quand je passe en mode ralenti parce que je pense qu'on est vraiment submergé par trop de trop d'informations donc on a cette sensation d'être un petit peu au ralenti et je le vois me parler, j'entends pas ce qu'il me dit je le vois bouger mais tout est au ralenti et à un moment donné il va même me dire ok prends le canon donc on a cette faculté avec l'hélicoptère Tigre de pouvoir s'imbloter le canon de 30 mm avec notre casque. Il me dit, couvre-nous, fais un tir sur la droite. Et donc, j'aligne mon casque sur la zone de départ de coup et je commence à ouvrir le feu, mais c'est quelque chose qu'on ne fait jamais en opération parce qu'en principe, le commandant de bord derrière a l'équipement et les optiques pour optimiser un petit peu plus le tir. Et là, encore une fois, c'était très, très mauvais. Très, très mauvais tir, pas du tout précis. Je me souviens plutôt, généralement, on reste plus focus sur les trucs qu'on n'a pas bien fait. Les trucs qu'on a bien fait, généralement, on dit, ça s'est passé bien, donc on va dire que c'est normal. et on reste plus accroché sur les trucs qui ne se sont pas bien passés.
Loïc Est-ce qu'il y aurait, encore une fois avec ce que tu peux partager, mais est-ce qu'il y aurait une mission pour le coup qui est représentative de l'exigence qu'il peut y avoir pour les pilotes du 4e MRHFS que toi tu as vécu et pour le coup dont tu as le souvenir, par rapport à ce que tu viens de dire, qui se serait a priori bien passé, que tu pourrais partager dans les grandes lignes ?
Winn Je dirais que peut-être quelque chose qui me vient à l'esprit, dont je ne parle pas dans le livre, et qui n'est pas commun aux pilotes du 4M HFS, mais aux pilotes d'attaque en général, ou aux pilotes en général, qui concernent toute la latte, c'est qu'on essaye dans les formations, dans l'entraînement, d'avoir des choses qui sont extrêmement procédurières pour essayer d'envisager tous les types de situations possibles. Et je me souviens d'une fois où, comme d'habitude, la mission principale, c'est qu'on nous appelle généralement sur alerte en nous disant, là on est accroché, venez nous aider. et très vite avec mon collègue on a à peine le temps de dire bonjour de faire les présentations et d'essayer de comprendre la situation tactique qu'on se fait tirer dessus le JITAC au sol, le commando nous annonce qu'on est pris à partie et surtout j'ai un hélié qui vole avec moi un autre hélicoptère, Gazelle qui nous annonce à la radio qu'il y a un gros nuage noir qui se dégage de notre hélico. Et au même moment où je reçois l'information sur le réseau radio, là je m'aperçois qu'on a une fuite d'huile, on perd de la pression sur un moteur, heureusement on en a deux, et les systèmes actuels sont bien faits, les systèmes avionnés, on va dire, pour les avions, les hélicos, te donne une douliste, c'est-à-dire qu'en cas de situation extrême, tu vas avoir des petits voyants qui s'allument, et surtout tu vas passer automatiquement une page qui s'appelle la douliste, qui te dit, étape numéro 1, couper le carburant, étape numéro 2, couper le moteur, faites ci, faites ça, etc. Donc c'est très procédurier, sauf que quand tu es en Afghanistan, tu volas 10 000 pieds, t'es plein de kéros, plein de mûnes, t'es trop lourd, et que si tu coupes le moteur, ce que préconise la procédure, avec un seul moteur, t'as juste pas assez de puissance pour continuer à voler. Et crois-moi bien que l'endroit à survoler, t'avais pas du tout envie de te poser, parce que je me souviens, moi j'ai eu la vision de ce film qui a un peu pas bercé mon enfance, mais dont j'avais le souvenir Platoon où tu vois un des héros du film à la fin qui court il a des des vietnamiens et qui lui courent après qui lui tirent dessus et puis tu le vois au ralenti se faire transverser avec plein de balles etc et je me suis bah moi j'ai pas du tout envie de courir pour essayer d'échapper aux talibans etc qui seront très contents d'ailleurs c'est tellement content d'avoir vu un hélicoptère en feu que j'ai à peine eu le temps de ramener mon tigre à la base intermédiaire et de retourner à Kaboul plus tard que les talibans avaient déjà fait un communiqué de presse en disant qu'ils avaient abattu un hélicoptère français alors que je me suis pas laissé abattre justement, comme on dit mais voilà, et en fait j'ai je me suis réfugié dans vraiment du bon sens en me disant si je fais la douliste, on tombe par terre donc on a tiré les quelques roquettes qu'on avait on a la possibilité de larguer les paniers mais le problème c'est que si tu largues ton panier en bas t'as quelqu'un qui va récupérer le panier, les munitions et après qui récupérera qui utilisera ses roquettes pour les envoyer sur les collègues français, américain, anglais avec des petits systèmes improvisés. Donc, on a tiré ces roquettes pour soulager un petit peu le poids de l'appareil. On n'avait plus qu'un seul moteur. Alors, le deuxième tournait encore. Sauf que la température augmentait au-delà des 1000 degrés. Donc, tu as les autres compresseurs qui commencent à fondre. Mais ils délivraient encore un petit peu de puissance, juste de quoi passer la montagne. et derrière on avait un petit vol en pente douce pour essayer de se poser sur une base intermédiaire avec des français. Et ce jour-là, on se réfugie dans les connaissances, alors que je te l'ai dit en préambule, je n'étais pas le roi de l'apprentissage des livres par cœur, mais je me suis réfugié dans un truc qui m'a vraiment conforté et dont on a pu rigoler après. c'est à dire que je dis à mon collègue de toute façon il n'y a pas de problème un moteur il peut tourner 30 minutes sans huile et quand je l'ai dit maintenant avec du recul je me rends compte à quel point c'est stupide, en fait non à l'école on te dit un moteur quand il n'y a plus d'huile le moteur va chauffer, il va serrer, il s'arrête et c'est la boîte de transmission principale qui permet de faire tourner les pales, qui elle est designée par les constructeurs pour en cas de grosse fuite, etc. de pouvoir tourner, continuer à faire tourner tes hélices pendant 30 minutes. Mais ça m'a conforté, c'est un petit truc, c'est une grosse erreur de connaissance, mais qui m'a conforté et j'étais assez confiant pendant les 14 minutes de vol que j'ai effectuées avec un moteur en feu.
Loïc Comme quoi des fois, ça peut être un vrai avantage de ne pas connaître le manuel par cœur.
Winn voilà mais je peux te dire que à partir de ce moment là je n'ai plus jamais oublié que c'est bien la boîte de transmission qui tourne 30 000 sans huile et que le moteur voilà il faut qu'il y ait de l'huile dedans c'est important
Loïc ça c'est un c'est un un sujet qui m'a aussi interpellé donc à la lecture du livre parce que vous êtes deux anciens pilotes à témoigner dans dans ce bouquin donc il y a toi Wyn et Gaspard si je ne me trompe pas oui ce qui m'a frappé c'est finalement quand on connait pas trop l'univers des hélicoptères militaires etc ça donne l'impression tu vois c'est des grosses machines il y a énormément d'armement ça donne ça donne l'impression un peu d'un sentiment d'invulnérabilité et au final quand on lit vos témoignages on se rend compte qu'il suffit d'une balle d'un AK-47 malheureusement bien placé pour pour rendre complètement enfin presque inutile une machine qui a une puissance de feu monstrueuse et donc la question que je me posais c'est est-ce que c'est vraiment la faute à pas de chance qu'il y a quelques endroits qui sont pas ou peu protégés sur l'hélico ou est-ce que non c'est juste que pour qu'ils soient blindés entre guillemets ils seraient beaucoup trop lourds et donc ils n'auraient plus vocation à faire de l'attaque
Winn alors c'est une c'est une question constructeur et en ce qui concerne la France, on a choisi un hélicoptère d'attaque qui serait plus léger et plus véloce en utilisant la redondance des systèmes. C'est-à-dire qu'on a deux moteurs, deux circuits hydrauliques, deux batteries, deux centrales inertielles. Tout est multiplié par deux. Les circuits carburants sont multipliés par deux. Comme ça, quand tu en perds un, tu as toujours l'autre qui peut prendre le relais tu as un système de secours et c'est quand même plus ou moins bien fait c'est à dire que tu vas avoir une centrale inertielle à l'avant, l'autre à l'avant gauche l'autre sera à l'arrière droite par exemple bien sûr c'est pas le cas mais c'est un exemple de façon à ce que si tu as un système qui devient inopérant tu auras un système secours pour prendre le relais les américains ont fait l'inverse ils ont développé la H64 Apache en beaucoup de versions qui ont fait évoluer depuis les années 80 et c'est un hélicoptère qui est beaucoup plus lourd donc c'est en place plutôt 9 tonnes le Tigre c'est plutôt 6-7 tonnes donc ils ont 2000 kilos de plus avec beaucoup plus de blindage donc ça sera plus résistant maintenant dans le petit passage que tu décrivais sur l'Afghanistan, on a été touché sur plusieurs systèmes ça ne nous a pas empêché de continuer la mission quand je me suis posé, on avait des trous des impacts de balles dans les pales et j'ai eu on va dire quelques vibrations alors que tu avais un trou qui était gros comme mon point
Loïc waouh punaise, comment au-delà de multiplier l'expérience à travers des missions, comment est-ce que tu peux te préparer ? Un autre point qui m'a frappé, il y a vraiment sur les témoignages des pilotes délicaux, je pense que comme c'est un univers que je connais pas du tout, je trouve que c'est vraiment impressionnant, et en plus vous le décrivez très bien tous les deux dans vos témoignages respectifs c'est cette gestion de l'information dans l'urgence c'est-à-dire que t'as pas à te gérer que toi, tu dois gérer toi faire en sorte de rester lucide mais t'as la machine entre les mains qui t'envoient un certain nombre d'informations plus tu communiques avec le sol tu communiques j'imagine avec je sais pas si c'est le terme des contrôleurs aériens, des gens qui sont restés à la base donc t'as une quantité d'informations à gérer de ce que je comprends qui est phénoménale et en même temps une prise de décision qui doit être dans la seconde, peut-être encore plus quand t'es pilote d'hélicoptère d'attaque comment est-ce que ça tu peux t'entraîner pour arriver à le maîtriser de mieux en mieux et si du coup deuxième question dans la question est-ce que toi il y avait des tips des schémas des processus mentaux que tu faisais pour faire en sorte de rester un peu comme ton hélico une machine 100% opérationnelle une machine humaine mais 100% opérationnelle même quand ça pète de partout et que t'es sur sollicité
Winn alors d'une part il y a l'entraînement qui permet un petit peu de faire la différence, et notamment avec les hélicoptères de nouvelle génération, on a des simulateurs qui permettent vraiment d'aller très loin dans l'entraînement. Donc ça, c'est le premier point. Le deuxième point, c'est le choix de la bonne personne au bon endroit. C'est-à-dire que ça nous est arrivé de partir en opération, sur quelque chose de préparé. Et on a deux hélicoptères tigres, on est quatre pilotes, donc on est tous pilotes, on est tous commandants de bord, on est tous chefs de patrouille, mais en fonction de ton expérience globale, en fonction de ton expérience à court terme, on décide, on essaye de mettre l'ego de côté et voilà on choisit parmi nous quatre et c'est souvent un petit peu à la collégiale on dit pour cette opération toi tu seras devant, toi tu seras derrière toi tu seras dans l'hélicoptère 1 toi tu seras dans l'hélicoptère 2 et c'est du bon sens de mettre la bonne personne à la bonne place
Loïc ok parce que dans la gestion des donc tu disais un hélicoptère d'attaque donc vous êtes deux le pilote il y a le commandant de bord et l'autre terme c'est ?
Winn le pilote le pilote et commandant de bord
Loïc ok donc le pilote c'est celui qui est à l'avant qui pour le coup pilote l'hélico le commandant de bord son rôle c'est quoi ? c'est justement d'assurer la liaison et de prendre des décisions, par exemple, sur le ciblage, etc. Ou qu'est-ce qu'il fait, lui, derrière ?
Winn Alors, derrière, c'est une tâche assez compliquée parce que, bien évidemment, il est en mesure de reprendre les commandes et de faire voler l'hélicoptère également. Et en plus, il va y avoir d'autres commandes de vol qui permettent, elles, uniquement de faire fonctionner et de gérer les systèmes d'armes, systèmes d'observation, systèmes d'armes. Voilà, donc c'est une grosse responsabilité. Bien souvent, on a un peu dénoncé au départ le fait que la place du commandant de bord, du chef de patrouille qui est à l'arrière d'un tigre, il y a tellement de gestion de système d'armes que ce n'est peut-être pas la meilleure place pour être à la tête d'une patrouille ou d'une mission.
Loïc Ok. Super intéressant. Et enfin, super intéressant par rapport à cette notion de... Tu vois, je n'avais pas ça en tête, je te disais tout à l'heure, oui, tu es seul aux commandes de l'appareil, mais non, en fait, ce que tu expliquais, c'est que tu n'es jamais seul à bord d'un hélico ou alors c'est que ça va vraiment, vraiment, vraiment pas bien. Cette notion de binôme, vous le travaillez ça aussi ? C'est-à-dire, est-ce que vous faites les entraînements régulièrement avec la même personne pour qu'il y ait un lien qui se crée et que du coup en mission, il y ait une véritable symbiose que vous fonctionnez presque sans parler ?
Winn Alors, en Tigre en particulier, on a développé des procédures qui sont communes à tous les équipages d'hélicoptères d'attaque, que ce soit force spéciale ou pas, qui permet de minimiser ou en tous les cas d'optimiser la communication au sein de l'équipage parce que par moment on ne se voit pas on ne peut pas se toucher on ne peut pas se montrer va à gauche parce que je suis en train de parler en même temps donc il y a des petites techniques dans la fraise et logis à optimiser pour diminuer le temps de communication au sein de l'équipage et pour laisser un peu plus de temps de communication vers l'extérieur parce que il faut rester en communication avec les hélicos de manœuvre parce que c'est eux qu'on va protéger en premier lieu. Et à partir du moment où ils ont déposé les commandos au sol, on a une responsabilité de protection des aéronefs, mais aussi de nos copains qui sont en bas.
Loïc Est-ce qu'il y a une décision que tu as dû prendre en vol qui t'a marqué de par l'ampleur de la décision ou les conséquences possibles ou la manière dont ça s'est fait mais est-ce que tu as souvenir d'un acte que tu as pu réaliser aux commandes de ton tigre qui était vraiment marquant pour toi ?
Winn Alors les décisions, j'étais amené à en prendre beaucoup là quand tu me poses la question je dirais que j'ai deux situations qui me viennent en tête. La première que je décris dans mon témoignage qui fait que voilà, je suis un... On vient une nouvelle fois de se faire un peu abattre. On a un système hydraulique défaillant. Donc ça, c'est quand même un gros problème pour un hélicoptère de 6 tonnes parce que s'il n'y a plus d'hydraulique, tu ne peux plus bouger les commandes de vol. ça ne fonctionne plus donc là on était quand même particulièrement inquiets et on était face à des face à des gens qui voulaient vraiment découdre donc j'étais en colère j'avais peur j'étais en colère et j'ai juste au moment où il fallait vraiment impérativement qu'on taille la zone pour espérer pouvoir se poser il fallait écourter et partir le plus vite possible mais on ne pouvait pas le faire tant qu'il n'y avait pas un hélico en renfort et au moment de partir j'aperçois un type qui était bizarrement, il avait une tenue une tenue orange qui n'est pas spécialement géniale pour un combattant et je l'avais identifié parce qu'au départ quand on suivait ce pick-up dans le désert, c'est lui qui conduisait. Et souvent, par définition, le type qui conduit le pick-up, généralement, c'est le boss. Et je l'aperçois juste avant de partir. Je pense qu'il sera une menace pour l'hélico qui est en train d'arriver. Donc, je n'ai pas vraiment le choix. donc j'aligne mon viseur et le canon dans sa direction et le type il est armé il n'y a vraiment aucun problème et il sera une menace c'est clair et j'ai j'ai la haine et je tire parce qu'il faut que je le fasse peut-être pas pour les bonnes raisons parce que je suis en colère et cette décision a été dure à prendre. Je l'ai fait comme à l'entraînement. Elle n'a pas été dure à prendre, mais je l'ai fait peut-être pour les mauvaises raisons. Donc, celle-là, elle m'a un peu interpellé par la suite. J'y repensais souvent. La deuxième situation, c'est on est arrivé à un stade dans notre expérience où pareil, je me retrouve pour un autre séjour en Afghanistan, et j'escorte un groupe de deux hélicoptères de manœuvre qui sont là pour transporter du matériel et des militaires d'une base à une autre. Donc on arrive à la base, le vol se passe vraiment sans incident majeur, et au moment où les deux hélicos se posent, j'entame un espèce de 360 degrés autour de la base et puis je fais ce qu'on appelle des checks régulières sur les véhicules qui passent, etc. Et on a une telle automatisation dans le mouvement que cette nuit-là, j'étais peut-être un peu fatigué, je n'étais pas tellement concentré et on était habitué à intervenir régulièrement, utilisait les systèmes d'armes régulièrement, et on s'entraînait énormément au simulateur également, et donc tu avais un petit bouton pour aligner la visée, tu avais un petit bouton pour stabiliser la visée, après tu enlevais la sécurité et tu ouvrais le feu, et c'était une séquence qui était devenue vraiment très automatisée. et ce jour-là, cette nuit-là je me mets à observer une voiture qui arrive vers l'entrée de la base et donc je l'observe pour voir si ça peut être potentiellement une menace c'est pas une menace, la voiture continue à évoluer le long de la route et elle s'éloigne de la base et machinalement j'ai aligné, comme à l'entraînement et comme au simulateur, j'ai aligné la visée j'ai stabilisé la visée et machinalement sans y penser j'ai enlevé la sécurité et finalement au moment où j'ai le doigt qui appuie sur la détente parce que j'ai appuyé sur la détente finalement le pilote qui lui était devant il n'avait pas idée que j'étais encore en train d'observer cette voiture et il a continué tout droit et il a mis finalement l'appareil dans une condition où j'étais en limite de débattement du canon de 30 mm et finalement ça inhibait le tir. Et ça c'est pareil, tu vois, d'en reparler, ce n'est pas le moment le plus marquant de ma carrière de pilote, mais ça aurait pu être un tir fratricide pour un pauvre type qui rentrait chez lui en conduisant sa voiture. et ce jour-là je me suis rendu compte que j'avais quand même atteint une certaine limite mentalement
Loïc justement parce que t'en parles aussi dans le livre si j'ai bon humour c'est au retour de cette mission en Afghanistan où vous aviez eu un souci sur un des moteurs où tu disais qu'au retour t'avais eu des cercles de poils blanchis, c'est ça, qui étaient apparus ? Que tu as toujours aujourd'hui ?
Winn Oui. Maintenant, je suis plus... C'est tout blanc, maintenant ça ne se voit plus. Mais à cette époque, j'avais 37-38 ans, donc j'étais plutôt blond, pas du tout de cheveux gris. Et sur cette opération, j'étais changé entre le moment où j'ai décollé du pont d'envol et le moment où je suis rentré et je me suis regardé dans une glace j'avais des des séquelles physiques au delà de mental j'avais des séquelles physiques donc j'avais ces ronds qui sont apparus au niveau de mes joues et j'avais je sentais au niveau des coudes comme des comme des brûlures comme si on te brûle avec une cigarette au niveau des coudes. Et avec un petit peu de stress et avec un petit peu de fatigue, même encore aujourd'hui, c'est comme je les appelle mes amis que je transporte avec moi et qu'ils ne me quittent pas.
Loïc Alors avant qu'on va échanger là-dessus si tu veux bien, mais avant qu'on en arrive là, tu dirais que ce parcours de quasiment 20 ans dans l'effort spécial comment est-ce que toi ça t'a changé à titre personnel est-ce que t'arriverais à dire qu'il y a eu des phases où je sais pas tu vois quand tu parlais de ton arrivée dans l'univers d'effort spécial au tout début que tu t'es senti écouté pour la première fois j'imagine que d'un point de vue confiance en soi et épanouissement ça a été un sacré boost mais est-ce qu'il y a eu d'autres phases par la suite où tu dirais que voilà en tant que personne win voici comment t'as évolué grâce à cet univers ou en tout cas cet univers ?
Winn Alors, je dirais que ça a toujours été un choix, c'est-à-dire que au moment où j'ai opéré mon transfert entre pilote de gazelle et pilote de tigre, finalement, c'est pas un choix que j'ai fait, on me l'a proposé, bien sûr, mais pour moi, ma priorité, c'était au-delà d'aller sur Tigre où ma priorité ça a toujours été de rester dans cette unité qui m'a accueilli et qui m'a fait évoluer qui m'a fait grandir et je dois reconnaître que j'ai eu la chance de faire ce choix au départ d'intégrer des forces spéciales j'étais tout seul donc j'ai fait un choix très personnel et très égoïste et finalement quand j'ai rencontré ma future femme finalement ça a été assez simple pour moi de lui dire voilà qui je suis et ça restera toujours ma priorité et j'ai eu la chance d'avoir quelqu'un qui l'a accepté qui a vraiment joué un rôle très important pour moi, pour nos enfants. Donc, ça m'a permis de faire cette carrière et de rester jusqu'au bout, c'est-à-dire au bout, au moment où je n'ai pas choisi d'arrêter ou de prendre la retraite. C'est l'institution qui a pris cette décision pour moi.
Loïc suite à la mission dont tu parlais, celle où tu as eu des séquelles pour le coup physiques dès le retour
Winn alors c'était dans l'ordre suite à cette opération de libération d'otages je suis reparti en opération mais j'étais déjà j'avais déjà des problèmes j'étais déjà fatigué, j'avais perdu le sommeil et donc il y avait cette donc là on est dans les années 2010-2015 tu as besoin de récupérer entre deux opérations quand tu vis des choses vivre des choses c'est ce que tu es capable d'encaisser avec tout tes sens, que ce soit de ce que tu vois, de ce que tu entends, de ce que tu ressens, par moments même de ce que tu peux sentir, les odeurs, l'odeur de la mort, c'est quelque chose qui est pas agréable du tout. Et après avoir vécu des choses comme ça, il faut un temps de récupération. On n'a pas forcément le temps parce que les événements qui s'enchaînent ne nous laissent pas le temps de récupérer. Et à la fois, Tu n'as pas envie de, quand tu fais partie de ces unités, tu n'as pas envie de dire aux autres que tu n'es pas bien. Ce n'est pas quelque chose, même, je dirais que la première fois que je l'ai compris, c'est quand on m'a envoyé voir un premier, quand j'ai eu mon premier rendez-vous avec un psychiatre, je suis arrivé dans une salle d'attente, et là j'ai rencontré un type que je connaissais, et j'aurais jamais imaginé que ce type-là voyait un psychiatre. Parce que tu vois, tu ne pouvais pas en parler, tu n'as pas envie d'en parler, c'est quelque chose de très personnel. Et il m'a fait rigoler parce que quand il m'a vu, il a eu un petit sourire, alors je lui ai renvoyé son sourire et puis il m'a dit un truc assez drôle qui m'est resté, il m'a dit, ah bah toi aussi, tu es cinglé. Parce que c'est vraiment comme ça que tu peux le ressentir en tous les cas au départ. Et je me souviens aussi d'avoir partagé ça avec, alors pas ce qui s'était passé, mais le fait que je devais aller voir un psychiatre, je l'ai partagé bien sûr avec mon épouse. Elle savait que j'allais à Percy pour une raison bien particulière. Et une de mes filles, ma plus grande fille, à l'époque, elle avait 10 ans, et en fait, quand je suis allé la voir dans son lit pour lui faire le petit câlin de bonne nuit jusqu'à demain matin, elle m'a demandé si j'étais fou. Alors, je lui ai dit, ben non, chérie, je ne suis pas fou. Et elle m'a dit, alors j'ai posé la question, pourquoi ? Elle m'a dit, ben parce que j'ai entendu avec un moment, tu disais que tu allais voir un psychologue. et donc dans l'esprit commun quand t'as besoin d'un psychologue c'est que t'es givré alors que je pense que non
Loïc J'ai lu il n'y a pas longtemps le récit, le livre de Will Chenet alors c'est un ancien Navy SEAL qui était dans l'équipe la fameuse équipe SEAL donc personne ne connait le nom mais l'équipe qui a été envoyée sur l'opération avec Ben Laden et lui il était maître chien au moment de cette opération et donc j'ai l'impression qu'il y a une grosse différence quand même entre la culture nord-américaine en tout cas les Etats-Unis et en l'occurrence la France sur le sujet du PTSD le fameux syndrome de stress post-traumatique lui il en parle hyper ouvertement tu vois, il dit dans son livre qu'il a fait un PTSD, pourtant il a pas qu'est-ce qui lui est arrivé à lui il a une grenade qui a explosé à côté de lui et il a eu des éclats dans les jambes, le bas du dos et les fesses et lui était convaincu qu'il allait revenir très rapidement au sein de l'équipe et en fait ça a été la fin, complètement inattendue et un peu malheureuse pour lui de sa carrière militaire, ça s'est fini là-dessus sur une grenade qui a explosé à côté de lui et en fait qui a déclenché au-delà des séquelles physiques un gros PTSD ça a duré plus de 3 ans, dépression médicaments etc et il parle de son chien donc son ancien chien qui a été ils étaient deux chiens sur l'opération Ben Laden et son chien lui qui s'appelait Kero en fait est parti à la retraite à ce moment là pas longtemps après l'opération de Ben Laden et en fait son chien a développé ce que lui considère être un PTSD et un cancer dans la foulée son chien est mort d'un cancer et en fait quand tu lis ces deux histoires déjà je trouve ça intéressant que le sujet soit ouvertement abordé aux Etats-Unis parce que ça montre que ta boîte Navy Seal c'est un peu l'équivalent de nos commandos marines ou de toutes les forces spéciales des gens qui ont des capacités physiques, mentales, etc. un peu hors du commun t'es pas à l'abri de ce genre de sujet et en fait il dit exactement comme toi que la fréquence à laquelle t'es soumis à des environnements d'hyper stress et le peu de temps de repos le peu de sas de décompression qui existe ça mène à ce qu'il a eu lui et je vais arriver à ma conclusion je parle trop décidément mais c'est aussi tu vois la lecture du livre des témoignages de plusieurs personnes dans le livre Force Special Unité d'Edit l'impression que ça donne c'est ça en fait ce livre il est vraiment il se concentre sur vos émotions et en fait quand tu lis les témoignages de plusieurs personnes ça te fait te rendre compte de l'intensité en fait des vies que vous menez dans cet univers Force Special Unité d'Edit et en fait du de l'impact que ça c'est hyper exigeant et on n'est pas fait pour se faire tirer dessus tous les 6 mois et et voir la mort en face plusieurs fois par an et c'est un sujet dont j'ai l'impression en tout cas en France qu'on parle pas trop tu vois quand on lit les récits ou qu'on regarde les reportages c'est voilà l'aventure la camaraderie oui parfois c'est dur il y a des missions difficiles mais on parle pas de l'impact en fait à long terme d'être constamment soumis à ce type d'environnement et toi tu l'as été pendant 18 ans et donc voilà ma question donc ça c'est mon point ma question c'est est-ce que tu dirais qu'aujourd'hui parce que j'imagine que l'armée a de plus en plus de recul on ne parlait pas des pithésies dans les années 50 mais maintenant c'est quand même avéré qu'il y a un impact psychologique au fait de se faire tirer dessus est-ce que maintenant l'armée a utilisé ton expérience celle d'autre pour peut-être changer les choses changer la façon dont les pilotes sont préparés en l'occurrence ou en tout cas changer le suivi ou la fréquence des missions est-ce que ça s'est pris en compte ?
Winn Alors pour Par rapport aux Américains, je dirais qu'ils ont des grosses compétences dans le domaine. Ils ont exploité, comme tu parlais, des chiens. Ils utilisent aussi les chiens pour soigner des PTSD. Ils ont un service en Californie, non pas en Californie, en Caroline du Sud, où ils sont spécialisés pour connecter des chiens avec des vétérans. mais je dois dire qu'en France on a des sommités en termes de PTSD moi j'ai été soigné par le professeur Marie-Dominique Collat qui est une légende et qui travaille avec les nations étrangères sur le sujet et à titre personnel d'ailleurs je le mets dans mes remerciements je trouve qu'on a un service de santé des armées qui est exceptionnel maintenant moi j'ai quitté l'institution en 2015 donc il y a 8 ans et il y a 8 ans c'était déjà vraiment un sujet d'actualité et je leur tire mon chapeau ils ont fait un job Marie-Dominique Collat elle m'a sauvé Alors après, par rapport aux Américains, effectivement, il y a pas mal de Navy SEAL, de l'opération Geronimo, qui ont écrit des bouquins, etc. Parce que c'était quelque chose qui a été énormément médiatisé. J'en ai côtoyé, d'ailleurs j'ai côtoyé sept équipes, dont on ne dira pas le nom. et d'ailleurs pour rebondir sur une question de tout à l'heure où je n'avais pas été vraiment exhaustif mais sur l'esprit d'équipe suite à une opération j'avais emmené le bouquin Le jour d'après de Mark Owen et parce que je suis parti un petit peu dans l'urgence et que j'ai pris un bouquin, je me suis dit quand j'aurai un petit peu de temps libre je lirai le livre et puis à ma grande surprise une fois que l'opération a commencé dans sa phase de préparation je me suis rendu compte que les types qui mangeaient à la table d'à côté c'était des types qui ont participé à cette opération donc un coup je vois le chef le chef de l'équipe, et puis je m'installe à sa table et puis je lui pose mon bouquin sur la table et je lui dis voilà, ce serait sympa c'est une petite délicace quoi et puis il m'a regardé avec un sourire niveau zéro et puis il m'a juste répondu en gros en traduisant simplement il m'a dit en gros, moi je suis force spéciale donc je ne vais pas mettre une dédicace, un trou de balle que je ne connais pas, etc. Et finalement, le petit truc sympa, c'est qu'après l'opération, c'est lui qui est venu me voir, pour nous dire merci, et puis pour me dire j'aimerais bien que tu me donnes tes coordonnées les coordonnées de tes mecs parce que nous on aimerait bien vous envoyer un cadeau et puis du coup j'ai pris son papier son stylo et puis je l'ai posé sur la table et je lui ai dit écoute mec moi je suis des forces spéciales donc je ne me choque pas mon nom c'est un bout de papier et puis il m'a regardé et là pour le coup il a souri un peu il m'a fait un petit clin d'œil et puis voilà on en est resté là et pour rebondir sur l'esprit de l'équipe finalement quelques temps après cette opération on a reçu un petit colis donc bien sûr il n'y avait pas nos noms mais il y avait un paquet de médailles des Navy SEAL qui nous ont envoyé et au départ ils s'en ont envoyé 4 en disant vous étiez avec 2 équipages tigre, 4 pilotes, 4 médailles, et finalement voilà, on les a remercés et puis on leur a dit nous, l'équipe, vous, le Menedicy, le groupe, c'est 10, nous, notre équipe, c'est 4 pilotes et 5 mécanos, et du coup ils nous ont envoyé le bon nombre de médailles pour tout le monde, parce que voilà, on a ces types, tu vois, Tout à l'heure, je parlais des simulateurs. On a ces types qui sont dans l'ombre, qui ne sont jamais remerciés. Et puis, autant nous, on va affûter nos trucs pour avoir le geste parfait dans l'exécution de la mission. Mais en amont, pour que nous, on puisse le faire, tu as ces mecs qui font un boulot de fou en simulation, en mécanique pour nous filer l'appareil au millimètre et voilà c'était un petit clin d'œil
Loïc super anecdote en introduction tu t'évoquais le 11 septembre 2001 et ce coup de fil que tu as reçu où on t'a dit que vous partiez en mission pour une durée indéterminée du coup ça m'amène à une question sur ce fameux équilibre vie pro vie perso alors je ne sais pas vraiment si c'est compatible avec une vie d'effort spéciale, mais dans ton cas, comment est-ce que tu gérais ça ? Et je pense notamment à un exemple que tu donnes dans ton témoignage dans le livre. Allez le lire, je ne vais pas en dire plus. Mais voilà, où tu vis un moment en famille et tu reçois un coup de fil et c'est plus fort que tout, tu repars.
Winn Alors, c'est vrai que c'est un petit peu particulier parce qu'on a ce sens du devoir qui nous oblige quelque part à répondre présent, en tout lieu et en tout temps. Et c'est vrai que l'épisode que j'évoque dans le livre, c'est vrai que j'arrive d'un long séjour en Afghanistan. Je pense pouvoir me reposer. Je sais que j'en ai vraiment besoin parce que je ne suis pas en forme. Et quand je reçois ce coup de téléphone pour partir sur une libération d'otages, et que j'ai un frère d'âme qui me dit « Je veux vraiment que tu viennes, c'est vraiment important. » Et donc, j'ai envie de dire non. Je sais que mentalement, il faudrait que je dise non. Mais j'ai ce petit truc qui me dit « Allez, une petite fois encore, une dernière fois, mais vraiment le besoin d'y aller. » Et après, avec la famille, on dit au revoir comme si c'était la dernière fois. Et ce que j'essaie de faire tout le temps avec mes enfants, même quand je partais au travail le matin, j'avais toujours envie de leur dire au revoir comme si c'était la dernière fois.
Loïc Ça ne doit pas être évident quand ça dure 18 ans, ce genre d'au revoir tous les jours ?
Winn Non, alors il y a des travers à ça. C'est vrai que mes filles, ma famille me donnaient aussi l'envie de me battre et de revenir en bon état. Ça m'a imposé, quelque part, assez naturellement, de vouloir compenser les absences par, finalement, être un papa à 200% quand j'étais là. Donc, à leur passer un petit peu tous leurs caprices, être vraiment très très présent et puis voilà force est de constater aujourd'hui que des fois elles sont un petit peu pourrilles, gâtées elles ont été habituées à avoir un papa à 200% donc voilà il ne faut jamais avoir il ne nous pardonne jamais aucune faiblesse
Loïc quand tu pars en mission donc j'imagine qu'il y a des moments il y a des moments aussi de repos où il ne se passe pas grand chose et des moments de très forte intensité quand tu décolles parce que vous êtes appelé en urgence d'un point de vue émotionnel qu'est-ce que tu ressens, est-ce qu'on peut vraiment parler de rush d'adrénaline chaque fois que tu décolles ou pas forcément, peut-être qu'à un moment donné il y a une routine qui s'installe et finalement le fait de décoller pour aller sécuriser une zone ou protéger des frères d'armes ça devient quelque chose d'habituel
Winn non ça devient jamais, on s'habitue jamais vraiment à l'adrénaline, on essaye, encore une fois pour sauver la face, on essaye d'avoir une attitude décontractée un petit peu pour l'environnement extérieur, comme je le décris dans le livre au travers de la radio, quand on communique avec les commandos qui eux sont directement sous le feu, qui ont des blessés, etc. en situation d'urgence extrême, on a le devoir d'apaiser un petit peu les tensions par le biais de la voie, même si on est en panique totale. Après, on se donne aussi un style par rapport à l'environnement, les autres pilotes, les autres équipages, pour pas montrer ses faiblesses. On se cache pour pleurer, on essaye de rester discret. Maintenant, les poussées d'adrénaline, c'est quelque chose qui est assez particulier dans les moments de stress extrême. On a cette sensation d'être un petit peu au ralenti. donc il n'y a plus trop de son il y a quelques images c'est un petit peu ralenti on ne s'y habitue jamais vraiment et moi je suis arrivé à un stade où c'était une sensation que j'aimais bien
Loïc c'est possible selon toi de retrouver ce niveau d'intensité, d'adrénaline en dehors des opérations spéciales maintenant que tu n'es plus là-dedans
Winn je dirais que probablement sous d'autres formes peut-être je sais que moi à partir du moment où j'ai pris ma retraite j'ai essayé de calmer un petit peu le jeu parce que j'avais vraiment besoin de me stabiliser mais je pense que si demain je devais sauter en parachute en chute libre En tout cas, je pense que je pourrais retrouver quelques sensations. Je ne l'ai pas fait.
Loïc Ben voilà, à tester.
Winn Peut-être, oui.
Loïc Génial. Du coup, aujourd'hui, si on fait un espèce de fast forward, donc l'armée, tu sors de l'institution après 18 ans. Aujourd'hui, tu dirais que... Alors, j'ai deux questions pour toi. Est-ce que tu voles toujours ? Est-ce que tu prends toujours autant de plaisir à voler en hélicoptère ? Et est-ce que tu dirais que ce PTSD, tu as réussi à en guérir et potentiellement, tu vois, les conseils que tu pourrais donner, il y a beaucoup de gens qui écoutent. Alors, je ne sais pas s'il y a des gens des forces spéciales qui écoutent le podcast, mais il y a de plus en plus de gens qui écoutent le podcast, de plus en plus de gens qui sont attirés par l'armée. Donc, peut-être qu'un conseil, si tu en as un, sur comment se préparer ou comment gérer ce genre de situation qui te tombe dessus, peut-être que ça pourrait être utile.
Winn Alors, moi je suis parti un petit peu par la force des choses, après j'ai totalisé 27 ans de carrière militaire, dont 18 dans l'IFS, et j'ai moi-même pas voulu me rendre compte que j'étais pas bien. Finalement, c'est mon entourage, mes proches et au niveau du boulot, finalement les gens m'ont vu au fur et à mesure un petit peu péricliter jusqu'à organiser une rencontre avec un médecin militaire qui faisait aussi des piges au SAMU à Bayonne. et ce type me dit « j'ai un copain qui est urgentiste au SAMU de Bayonne, j'aimerais bien lui montrer un tigre », donc je leur explique un petit peu le truc. Il savait que je n'étais pas bien, et puis finalement c'était le moyen pour lui, en tous les cas le médecin militaire, d'établir un petit peu la connexion avec moi pour pouvoir à un moment donné me faire asseoir dans son bureau, et me dire que ça allait s'arrêter. Donc c'est un petit peu difficile, la transition est un petit peu compliquée parce que finalement, la dernière opération où j'ai volé en tant que militaire, c'était en Afrique pour aller récupérer ces gars qui avaient froidement assassiné les deux journalistes de France Info. Je me suis retrouvé, j'étais un mission commander, c'est moi qui prenais la responsabilité de l'ensemble du détachement, on était 5 hélicos, le temps qu'on traverse un petit peu les frontières, le patron du COS m'avait trouvé d'autres hélicos. Donc c'était vraiment des grosses, grosses opérations avec 10, 15 hélicoptères, avions. Et du jour au lendemain, tu passes de ça à rien. Et finalement, je me suis dit, bon, d'après les médecins, peut-être que je ne revolerai plus. en plus vraiment je n'ai pas eu de chance parce qu'au moment où on me retire ma licence de pilote momentanément je ne savais pas que c'était momentané sur le moment et le moment où j'essaye de la récupérer, finalement il y a ce type de pas de la Lufthansa mais de la German Wing qui s'est suicidée avec 155 passagers dans les Alpes voilà et moins 3 jours plus tard, je vais au centre médical en descendant d'afficher mon plus beau sourire pour récupérer ma truc et puis il m'a regardé en souriant, il m'a dit non, on va attendre un petit peu et on va voir un petit peu comment ça se déroule mais bon bon en mal en je récupère mon aptitude médicale d'abord pour un mois, puis ensuite pour deux mois donc c'est beaucoup de contraintes on a la sensation de ne pas servir à grand chose. On a la peur aussi de se dire, finalement, si je ne peux plus piloter un hélico, à part ça, je sais faire du saxophone. Et puis, c'est tout. C'est de la batterie. L'avenir, c'est... Je ne suis pas un batteur. J'ai joué trois trucs de tambour pendant deux jours, juste avant de faire mon évaluation au centre de sélection de Vincennes pour être pilote. Je ne suis pas un batteur. Mais voilà, on a un petit peu la peur de l'après, parce que quand on est dans une escadrille, dans une unité militaire, qui plus est, quand on est dans une petite unité de force spéciale, on était quelques équipages, on était huit pilotes au total. Donc c'est vraiment un micro-cosme. On a peur de sortir, de quitter ce truc où finalement, on est prêt à donner sa vie pour quelqu'un parce qu'on sait que l'autre est prêt à faire la même chose pour nous et finalement, plonger dans le grand bouillon prendre le grand virage c'est compliqué et je crois qu'avec du recul pour répondre à ta question comment guérir, c'est impossible on ne le guérit jamais c'est des capacités que tu as de récupérer quand tu tapes dans la réserve le niveau ne remonte jamais donc ils appellent ça en termes psychiatriques la consolidation c'est à dire qu'à un moment donné les psychiatres vont faire expertise sur expertise jusqu'à 3 ans après le moment où toi tu déclares que tu dis oui c'est vrai voilà ce qui m'arrive donc a priori j'ai un problème donc ça c'est la déclaration et au moment où tu peux espérer avoir le meilleur niveau, c'est ce qu'on appelle la consolidation. Quand tu es consolidé, ça veut dire qu'a priori, tu es arrivé à un niveau où tu n'iras pas plus bas. Tu ne vas pas récupérer, mais tu n'iras pas plus bas. Pour ma part, les effets physiques, c'est que, comme le titre de mon article l'indique, c'est que je me réveillais dès que je m'endormais, très vite je me réveillais parce que j'entendais mon téléphone Nokia, cette petite sonnerie pourrie des années 2000. Et je l'entendais, et du coup, un peu comme un somnambule, je commençais à m'habiller. Ça m'est arrivé en opération, en disant... Ok, on part en alerte, je réveille mon collègue, on part en alerte. Et puis, donc il me croit et une fois qu'on arrive à la salle opération, il n'y a personne, là je regarde mon téléphone, je me rends compte qu'il n'a pas vraiment sonné, que tout était dans ma tête. Et là, j'affiche un sourire, je dis « ah ah ah, je t'ai bien eu quoi, c'est une vanne ». Et donc, on essaye de le cacher. Comme ça, j'essaie de le cacher à mon épouse à l'époque en disant, elle me dit, qu'est-ce que tu fais ? Elle est en train de t'habiller à 4 heures du matin. Je lui dis, je vais sortir les poubelles. Tu essaies de le cacher comme tu peux. Mais au bout d'un temps, tu ne peux plus. Quand tu ne dors plus, tu ne peux plus le cacher. Donc, dès qu'on se sent mal, si je devais donner un conseil, c'est dès qu'on se sent mal, il faut en parler à ses proches. il ne faut pas hésiter à faire appel à un psychologue, juste pour parler, quelqu'un qui est en dehors de la sphère, et qui pourra vraiment donner un point de vue vraiment objectif, et par moments c'est bon de pouvoir l'écouter. Après, il faut du temps, le temps ça aide énormément, Alors moi, c'est Marie-Dominique Collat qui m'a sauvé, qui a trouvé le bon traitement pour que j'aille mieux, pour que je récupère mon sommeil. Et maintenant, je dois dire que je dors comme un bébé. Je suis plutôt bon en sommeil. Ils m'ont vraiment reseté mon truc. Et puis maintenant, je dors comme un bébé, donc pas de problème. Après, je sais qu'il y a des aspects de ma personnalité qui ont un petit peu changé et que je ne récupérerai plus vraiment. Des fois, c'est compliqué à accepter pour l'entourage, pour ses proches, ses enfants. C'est compliqué de comprendre.
Loïc Aujourd'hui, tu voles à nouveau ?
Winn Aujourd'hui, je continue de voler. et là encore une fois je remercie mon institution mes patrons ils m'ont tous épaulé le patron du COS la brigade des forces spéciales les chefs de corps du 4e RHFS les commandes unités mes copains chefs de patrouille, pilotes mes canaux j'ai vraiment été bien entouré le mieux que je pouvais je l'ai beaucoup caché donc il y a beaucoup d'amis qui m'ont reproché finalement quand j'ai commencé à en parler une fois que j'étais guéri bien sûr qui m'ont reproché, m'ont dit pourquoi tu ne nous l'as pas dit il se sentait un petit peu merdeux peut-être de ne pas m'avoir aidé mais parce que c'est un travail qu'on ne peut faire que soi-même avec un bon psychiatre et donc aujourd'hui je vole toujours c'est l'armée qui m'a mis en connexion avec la compagnie pour laquelle je travaille aujourd'hui qui m'a embauché comme instructeur ils m'ont vraiment offert une place de choix en me disant c'est pas un job de retraité du tout et aujourd'hui j'apprends à des jeunes à piloter un hélico voilà donc c'est ce qui me permet de transmettre finalement ces petites choses que j'ai appris de mon expérience et aujourd'hui même si j'ai des élèves qui sont par moment pas très assidus quand ils voient les slides du feu moteur ou de la panne moteur ça les éveille pas plus que ça mais si je leur raconte mes histoires de vécu de j'ai vécu du coup ils sont un petit peu plus ils sont un petit peu plus connectés du coup ils sont un peu plus attentifs aussi
Loïc tu m'étonnes tu m'étonnes Ben écoute Win en tout cas un immense merci pour tout ce que tu as bien voulu partager je trouve ça génial qu'il y ait des gens comme toi qui osent coucher par écrit, prendre un micro et venir témoigner et dire que on est dans l'effort spécial et donc ça vient avec son lot de trucs fantastiques la camaraderie, l'aventure etc mais aussi le risque et le fait que à force d'exiger beaucoup de son organisme ça peut avoir des conséquences après tout on est tous des êtres humains donc merci beaucoup pour ce super témoignage est-ce que toi il y aurait peut-être on a parlé de plein de choses mais est-ce qu'il y aurait peut-être un message ou quelque chose que tu voudrais partager pour conclure cette conversation
Winn non je dirais que je n'ai pas vraiment de message à faire passer si ce n'est que voilà ce que je dis à mes enfants régulièrement la vie est courte il faut en profiter il faut faire un maximum parce que ça ne dure jamais assez longtemps et surtout il ne faut jamais avoir de regrets on n'a pas le temps pour avoir des regrets et donc voilà et l'échec moi c'est les échecs qui m'ont rendu plus grand et c'est les échecs qui m'ont rendu plus fort c'est toujours très attirant sur le papier des forces spéciales etc mais voilà je tiens quand même à préciser que j'ai beaucoup de une immense fierté d'avoir fait partie de ces équipes, d'avoir travaillé, d'avoir côtoyé les gens que j'ai côtoyés dans les forces spéciales à tous les niveaux et après je ne veux juste pas qu'on oublie que un commando, avant d'être commando, il était probablement parachutiste dans un autre régiment, tout ça on vient tous d'unités classiques et il est là le vrai réservoir et puis on n'a pas beaucoup plus de légitimité je pense, en tous les cas, pas de leçons à donner aux armées conventionnelles. Je voulais le dire quand même et encore une fois, je suis extrêmement fier et extrêmement honoré d'avoir pu faire partie des forces spéciales pendant si longtemps. Mais voilà, j'ai vu des types super aussi en dehors. J'ai côtoyé des équipages de la latte et de l'armée de l'air qui étaient également exceptionnels. Tu parlais tout à l'heure des pelotons de CRS, secouristes en montagne, etc. Il y a des types, des copains à moi qui ont fait des carrières comme pilote d'hélicoptère de gendarmerie et qui sont purement aujourd'hui des légendes. et comme je l'ai vu d'ailleurs sur les différents podcasts que tu as pu faire jusqu'à présent des parcours remarquables il y en a énormément excellent je tiens à dire aussi que du coup je suis pas peu fier de faire partie de cette liste donc je te remercie infiniment d'avoir pris le temps et d'avoir souhaité connaître un petit peu plus sur moi, je te remercie beaucoup
Loïc un immense merci à toi c'était vraiment passionnant c'est vraiment un univers que je connaissais assez peu ça faisait longtemps que j'avais entendu parler du 4ème RHFS et que j'ai essayé tant bien que mal de trouver quelqu'un qui puisse nous en dire un petit peu plus et c'était juste merveilleux de t'avoir toi 18 ans 18 ans dans le régiment, forcément il y avait des choses à raconter puis tu le connais bien donc merci et merci une fois de plus pour ce que tu as bien voulu partager avec beaucoup d'humilité et de transparence c'était juste passionnant donc écoute Wynne je te souhaite une excellente continuation et bon vol sur tes futures missions
Winn merci beaucoup aujourd'hui la vie est quand même beaucoup plus calme beaucoup plus simple pour moi et Et par moment, l'adrénaline me manque un petit peu parce que c'est une drogue, quand on y a goûter, qui est compliqué de s'en passer.
Loïc Merci beaucoup, Wyn. A très bientôt.
Winn Avec plaisir, Loïc.
Loïc Quel épisode ! Vous me direz ce que vous en avez pensé, mais j'ai trouvé cet échange marquant. marquant parce qu'il m'a permis de mieux comprendre une autre facette des opérations spéciales marquant également parce que c'est la preuve par l'exemple qu'il n'y a pas de hasard et qu'il faut parfois faire confiance à la vie marquant enfin parce que profondément humain Wynne ne nous a pas parlé de ses victoires et de ses exploits militaires il nous livre un récit authentique de son parcours et des conséquences de faire le choix de rejoindre les forces spéciales s'exposer pendant près de deux décennies à des situations de stress extrême laisse des traces à jamais il n'y a pas de meilleure façon de remercier Wyn que de partager son épisode autour de vous et de laisser une note ainsi qu'un commentaire sur votre plateforme d'écoute comme d'habitude si vous voulez m'envoyer un feedback ou des suggestions d'invités vous pouvez le faire sur le compte instagram du podcast lesfrappés.podcast ou par email à hello.lesfrappés.com merci pour votre fidélité à bientôt pour un nouvel invité Sous-titrage ST' 501
Transcription automatique relue · susceptible de contenir des imprécisions.