Lucas Comment est-ce que tu as l'effet de la vie ? Moi, mon leitmotiv aujourd'hui, c'est de faire cet accident qui est quelque chose dommageable et c'est un échec. Une réussite et dire qu'on peut améliorer les choses et que ce n'est pas parce qu'on a un handicap qu'on va s'écraser. Au contraire, surtout à la proche des Jeux de Paris, si tu brases du noir, c'est sûr que tu vas t'enfoncer.
Loïc Bienvenue sur Les Frappés, le podcast sur le dépassement de soi et l'aventure. Je suis Loïc Blanchard, entrepreneur, coach et préparateur mental certifié. J'ai été pendant plusieurs années sportif de haut niveau en judo avant de quitter les tatamis pour me consacrer à des sports de plein air comme le triathlon ou partir m'évader sur des treks engagés. Récemment, je suis devenu finisher de la PTL, un ultra trail de 340 km autour du Mont Blanc organisé par l'UTMB. Depuis la création des Frappés en 2020, j'ai deux objectifs. Le premier, c'est de vous faire découvrir des univers fascinants qui font rêver. Avec mes invités, on ira naviguer sur toutes les mers du monde. On participera à des expéditions dans les régions polaires ou en Himalaya. On découvrira l'envers du décor de l'entrepreneuriat et du sport de haut niveau. Et on partira en mission avec des membres des forces spéciales. Le deuxième, c'est de vous aider à croire en vos propres rêves et à passer à l'action grâce au partage de ces invités exceptionnels. On sous-estime largement ce dont on est capable physiquement ou mentalement. Et je suis convaincu qu'une petite conversation peut déboucher sur de grands changements. On a en moyenne 4000 semaines à vivre sur Terre, alors autant les vivre à fond. On associe souvent à la notion de résilience le mythe du phénix qui renaît de ses cendres. Mon invité de la semaine, Lucas Canuel, est un phénix de la vraie vie. Le 10 août 2016, il est pris au piège par le feu qu'il est en train de combattre en tant que pompier volontaire avec trois de ses collègues. Le dispositif de sécurité du camion dans lequel il se trouve est défaillant. Ils n'ont pas d'autre choix que de sortir de la cabine alors qu'ils sont entourés par les flammes. La température extérieure, 1200 degrés. Le conducteur du camion, Jérémy Beyer, prend feu sous les yeux de Lucas, impuissant. Il décèdera un mois plus tard. Lucas quant à lui est gravement brûlé. Une heure et demie après avoir été avalé et recraché par l'incendie, on le plonge dans le coma. Il y restera trois mois à l'issue desquels il découvre qu'il a dû être amputé de ses dix doigts, qu'il est gravement brûlé sur 40% du corps et que ses poumons et son foie sont durement touchés. Les médecins sont clairs. Il devra passer le restant de séjour en fauteuil. Quasiment sept ans plus tard, Lucas est l'exemple vivant du pouvoir de la volonté. Amoureux de vélo, il se reconstruit par le sport et devient champion de France en poursuite début 2023. Il a repris ses études, fait du VTT, du trade, vient d'acheter son appartement et se bat avec succès pour faire changer les choses dans l'univers des pompiers. Un échange plein d'énergie et de rire qui ne vous laissera pas indifférent et qui vient nous rappeler que quelle que soit la situation à laquelle on fait face, c'est la manière dont on décide de l'aborder qui fait toute la différence. Merci Lucas, tu reviens quand tu veux sur le podcast. Excellente écoute à vous les frapper. Eh ben salut Lucas ! Salut ! Écoute, moi je suis très content qu'on refasse cet épisode. Je dis refasse parce qu'on avait un petit problème technique, donc il a fallu replanifier tout ça. Mais écoute, on y est. Merci beaucoup de Trente Dispo une deuxième fois pour qu'on puisse échanger sur ton parcours. Et écoute, ce que je te propose, c'est peut-être de commencer par te présenter, de nous expliquer qui est Lucas.
Lucas Alors moi, je m'appelle Lucas Canuel, j'ai 29 ans et à 22 ans, j'ai eu un grave accident de service en intervention. J'étais pompier volontaire. Et en fait, en mauvais positionnement par les chefs, mauvais état du camion, etc. On s'est retrouvé dans une position où on n'aurait jamais dû se retrouver. Et on avait comme consigne de rester dans le camion, sauf qu'il était en train de brûler et nous dedans. Et du coup, on n'a pas écouté les chefs, on est sortis du camion. Et on est sortis du camion, contrairement aux ordres du chef. Moi, je me suis dirigé à l'arrière du camion pour m'arroser parce qu'il était plein. C'était un vieux camion, il n'y avait pas d'électronique. Donc, juste en ouvrant les vannes, l'eau devait couler. Sauf que mon collègue, mon conducteur, il tombe. Je vais le chercher et en fait, il brûle devant moi. Et là, je reste 2-3 minutes à le voir piailler, brûler devant moi. En attendant qu'il repasse un peu plus froid. Puis après, ils ont ouvert la porte du frigo et du coup, on a pu s'en sortir comme ça. Mais on a passé 3-4 minutes à 1200 degrés. Très punaise. Tu vois, ça fait les bonnes chicken wings de KFC là.
Loïc Oui, parce que ce que... Alors, forcément, on en avait un peu parlé la dernière fois. Et puis, j'étais allé un peu lire ce que tu partageais sur cet incident. Mais en fait, normalement, quand tu as des pompiers qui sont malheureusement pris au piège par le feu, les camions avaient des dispositifs, des sortes de sprinklers, un peu comme dans les bâtiments pour faire un rideau d'eau autour du camion, c'est ça ?
Lucas Oui, c'est ça. Et en fait, nous, on était dans un camion qui avait 20 ans. Et il y avait tout le temps des problèmes et tout. On les remontait à l'hierarchie, il ne se passait rien. Et du coup, on a porté plainte. Là, le procès, c'est cette année. Et voilà, en fait, moi, mon leitmotiv aujourd'hui, c'est de faire cet accident qui est quelque chose dommageable. Et c'est un échec. Une réussite et dire qu'on peut améliorer les choses et que ce n'est pas parce qu'on a un handicap qu'on va s'écraser. Au contraire, surtout à l'approche des Jeux de Paris, il faut faire de l'intégration.
Loïc Ah ah ! Mais là, tu as attendu trop de perches. Tu fais trop de teasing. Mais on va carrément en parler. Et forcément, moi, quand j'ai découvert ton parcours, c'est ça qui m'a frappé. C'est la manière dont tu as rebondi et ce que tu fais aujourd'hui. Alors, tu évoquais le handicap pour celles et ceux qui ne te connaissent pas. Ça a été quoi les conséquences pour toi de passer quelques minutes à 1900 degrés ?
Lucas Alors, déjà, c'est trois mois de coma. Oui. Pendant les trois mois de coma, j'ai dû être amputé de la plupart des doigts. Il ne me restait que la première phalange au pouce et à l'index. On me les a mises dans le ventre pour que ça cicatrisse. Ça s'appelle un empochage. Genre, j'ai fait le tour du monde dans 24 heures. J'ai fait Séoul, Washington, tout ce que tu veux. Ah oui ? C'est pareil. Parce que ça se fait un empochage dans le ventre. Il doit y en avoir 10 par an.
Loïc Ok. Donc, les spécialistes, il n'y en a pas beaucoup.
Lucas Oui, ils ne sont pas spécialistes, les gens particulièrement. Mais à Montpellier, à l'hôpital de Montpellier, je suis tombé sur une très bonne équipe. Du coup, ils ont fait un boulot formidable. Je fais 9 mois de rééducation derrière, ensemble de rééducation. Il a fallu apprendre à marcher. Déjà, rien que se lever. Moi, je me souviens, l'ergothérapeute est rentrée dans ma chambre. Elle me disait, il faut se lever. Je l'ai envoyé bouler. J'étais comme un vieux. J'étais rouillé comme pas possible. Et puis, au final, je me suis mis debout. J'avais un autre collègue qui était avec moi en rééducation. Et du coup, on s'encourageait mutuellement. Lui, il allait beaucoup mieux que moi. Il marchait, il rentrait les week-ends chez lui et tout. Mais on s'encourageait toujours mutuellement. On se balançait des conneries, on se balançait des vannes. Et comme ça, en fait, on avançait. Rappelage.
Loïc La dernière fois, tu avais un peu détaillé la partie coma. En fait, au moment où vous sortez du camion, que tu t'arrêtes pour retourner chercher ton copain, etc. Là, tu es encore complètement conscient. Et le coma, il a été déclenché, en fait. C'est ça, si je me souviens.
Lucas Oui, c'est ça. En fait, chez les grands brûlés, on a tendance à gonfler. Et du coup, la priorité, c'est d'endormir et d'intuber très vite. Parce que sinon, la trachée, après, c'est terminé. Ah, c'est-à-dire que tu es avec un gonflement ? Oui, tu gonfles au niveau de la gorge. Et puis, la trachée, c'est terminé. Du coup, plus d'oxygénation arrêt cardiaque. Et voilà, quoi. Mais enfin, ce qui est ahurissant pour les médecins, c'est que j'ai réussi à tenir une heure et demie sans qu'on me sédate.
Loïc Punaise.
Lucas Et là, concrètement, en fait, tu étais en train de cuire encore pendant une heure et demie. Oui, j'étais en train de cuire et tout. Je disais, j'allais mourir. Pour moi, c'était le dernier jour de ma vie. Et puis, tu vois, dans le feu, j'ai toujours cette image où je me suis dit, j'ai toujours travaillé comme un connard à bloc où je comptais pas mes heures. Et puis, j'adorais les pompiers, tu vois. Mais je me serais jamais payé un beau vélo. Ah, bah, putain. C'est ça que tu disais ? Ah, ouais. Je pensais à ma mère et à mon frère. Je leur ai envoyé un message, tu vois, genre, juste avant que le feu nous tape, j'envoie un texto. Maman, je t'aime. Elle a compris qu'il se passait un truc, tu vois. Mais sinon, quand j'étais dans le feu, je me suis dit, putain, elle travaille toute ma vie comme un connard et je termine comme ça, quoi. Ah, putain, c'est dégueulasse.
Loïc C'est fou les réflexions qu'on peut avoir dans des moments. C'est un problème.
Lucas Moi, je pensais au vélo, c'était ma passion. Ok. Oh là là. C'était mon objectif de vie, d'avoir un beau vélo. Ce n'était pas d'avoir une belle voiture, c'était d'avoir un beau vélo.
Loïc Bon, on va en parler, mais des quelques photos que j'ai vues aujourd'hui, tu as rattrapé le tir. Ouais. Ok. Donc, punaise. Donc, cet événement, là, tu as 22 ans. Donc, coma déclenché. Alors, je suis désolé, je reviens sur des trucs. Ouais, trois mois de coma. On en avait déjà parlé avant.
Lucas Neuf mois en centre de rééducation.
Loïc Yes. Mais le coma, un truc que tu avais évoqué la dernière fois, qui m'avait vraiment interpellé. Ouais, je me suis réveillé à un moment. C'est ça, tu t'es réveillé et en fait, tu étais dans le coma, mais plus ou moins conscient de ce qui se disait, c'est ça ?
Lucas Ouais, en fait, j'entends une tondeuse derrière la tête. En fait, on m'a pris de la peau derrière la tête pour la mettre sur le visage, puisque j'ai la peau pière gauche brûlée. Et ça, ce n'est pas une greffe en peau pleine. On a pris la totalité de la peau et on l'a regreffée telle qu'elle sur le visage. Et là, je me souviens un peu de la tondeuse et tout. Je la raconte encore à l'infirmière qui m'a fait ça. On se connaît parce que son mari est pompier et du coup, on a rigole. Et surtout, le plus horrible pendant ce réveil, c'est que j'entends ma mère et mes chefs des pompiers, ils sont là. Ils me disent, je vais passer un examen du cerveau et que je dois bien rester éveillé, etc. Du coup, l'examen blackout, je n'entends plus rien. J'avais 18 pouces seringues, donc j'étais sédaté comme un cheval. Tu pouvais faire tout ce que tu voulais. Il ne se passait rien. Je ne réagissais pas. Du coup, l'examen a tracé plat au cerveau. Et là, les chirurgiens, ils disent à ma mère et même les médecins, ils disent, écoutez, votre fils, il a un tracé plat. L'activité cérébrale, il est morte. Qu'est-ce qu'on fait s'il y a un arrêt cardiaque ? Et là, ma mère m'annonce que le tracé plat est mort. Et en fait, elle me dit, Lucas, c'est simple. Si tu fais un arrêt cardiaque, c'est terminé. Et toi, pendant ce temps-là, tu as tes poumons qui se remplissent l'un après l'autre. Tu contrôles ta respiration pour remplir les poumons un après l'autre. En attendant que la fermière, elle t'aspire tout le liquide et tu deviens fou. Tu ne peux pas bouger. Tu ne peux pas bouger. Le petit doigt, il n'y en a plus. Donc, je ne peux pas le faire. Et puis, je n'arrive pas à bouger mon corps. En fait, je suis prisonnier de l'anesthésie. Et tu entends ça, tu deviens fou.
Loïc Oh, punaise.
Lucas Mais là, tu n'as même pas les yeux ouverts, du coup. Non, même pas les yeux ouverts. J'entends ce qui se passe. Mais en fait, je suis prisonnier de l'anesthésie. Je ne peux rien faire. Wow.
Loïc Tu vois tout ça. Tu parles de l'événement. C'était il y a quelques années. Donc, je pense que tu... Moi, ce qui me marque vraiment dans ton récit, c'est la deuxième fois que j'entends. Mais même, c'est ta capacité. Je trouve que tu as une capacité à le présenter. Tu vois, prendre beaucoup de recul. Et en parler de manière assez légère. Mais dans l'instant, comment... Enfin, tu l'as dit. Tu vois, quand tu entends un truc pareil, que tu es anesthésié, que tu te rends compte qu'il y a des graves séquelles pour toi. Intellectuellement, ça a été quoi, les grandes étapes un peu ? Est-ce que tu as tout de suite accepté le truc ? Est-ce que tu disais, je fais un cauchemar, je vais me réveiller ?
Lucas Ah, je ne sais pas le cauchemar. On peut en parler. La première fois que je me réveille, j'ouvre les yeux, il y a le départ du Vendée Globe. Bon, jusqu'à là, tout va bien. Et après, je vois un petit ministre de l'économie qui démissionne du gouvernement Hollande. Et j'étais à peine réveillé. Et quand on m'a donné la parole, je fais, tu vas voir, Macron va être président. Il va tous nous niquer. Bon, je crois que je ne me suis pas trompé. J'étais sédaté. Je ne sais pas si c'est les drogues ou quoi, mais je ne me suis pas trompé. Et non, en fait, dès que je suis sorti du coma, moi, j'ai demandé les étapes qu'il y avait. J'ai dit à quel moment je vais passer en soins intensifs, à quel moment je vais aller en centre de rééducation, à quel moment je vais être opéré, à quel moment je vais m'en sortir. Et en fait, dans ma tête, je me fixais tous ces objectifs avec des dates et je les cochais. Et à chaque fois que je les passais, je les cochais. Et puis, en fait, aujourd'hui, je fais encore ça et du coup, je fais des trucs incroyables.
Loïc Genèse. Ok. Ben écoute, bonne transition. Donc, 22 ans, 3 mois de coma, 9 mois de rééducation. Donc, en gros, un an et quelques plus tard, quand tu t'en as fini avec tout ce qui est soins, etc. Je reprends mes études directes. Ok. Dans quel domaine ?
Lucas Le droit.
Loïc Le droit. Ok. Et le sport, à quel moment tu as réintégré le sport dans ta vie, du coup ?
Lucas Il a fallu attendre 2 ans après l'accident. Du coup, pendant la première année où j'étais en droit, j'avais juste un semestre à rattraper parce que je n'étais pas très bon élève. Et du coup, j'ai rattrapé mon semestre. Après, je suis parti en centre de rééducation pour ma prothèse au niveau des mains. Et pour vérifier qu'elle fonctionnait, mon jeu favori, c'était de faire des fucks à tout le monde, tu vois. Tout le monde rigolait, mais au moins, j'avais la banane. Tu vois, quand j'arrivais dans une pièce, tu savais d'entrée que tu allais rigoler, quoi. Du coup, le centre de rééducation, il passait un peu plus facilement pour certains, quoi. Ouais. Et après, j'ai fait une L3. Et là, je commence à faire du vélo. Je fais ma première course en handisport. Je performe très vite. Et je décide d'arrêter la fac parce qu'il y avait les Jeux de Tokyo. Et j'étais dans la présélection.
Loïc Donc là, on était en quoi ? 2019, 2018 ?
Lucas Ouais, 2019, ouais. Et du coup, j'échoue pour la présélection. Je manquais de sérieux dans la prépa. Et puis, je menais un autre combat aussi qui était d'être panquier pro. Du coup, à force d'être à droite et à gauche, t'es pas bon sur le vélo. J'étais avec un G2R, la mondiale. En partenariat, grâce aux pompiers, du coup, j'ai pu partir en stage. J'étais avec Romain Bardet, Pierre Latour et tout. Enfin, j'étais comme un fou. Tu prends le café, là, t'as là, Philippe, t'as Pinault et tout. Tu pètes un câble. Enfin, toi, tu sors ton coma. Tu vois, tu te souviens, il y a deux ans, t'étais dans un lit d'hôpital et là, t'es avec les proies en Espagne. J'aurais jamais imaginé ça de ma vie. Et puis, le COVID est arrivé et là, il a fait mal. Ça, le COVID, ça m'a fait mal. En fait, pour faire simple, ça fait six ans et demi que j'ai eu mon accident de service. Je n'ai toujours pas été indemnisé de mes chefs de préjudice. Donc, ce qui veut dire que tout ce qui est le vélo, les adaptations, tout ça, c'est moi qui paye. Ah oui. Sauf qu'en six ans, il y en a pour 150 000 euros. Du coup, il a fallu cogiter dans la tête. Ok.
Loïc Parce que, donc, t'étais pompier, alors juste peut-être, parce que j'ai plein de questions, pardon, mais elles sont peut-être un peu bêtes. Donc, pompier volontaire, c'est quoi la différence avec pompier pro ? T'es rémunéré différemment ou t'as pas les mêmes...
Lucas Ah ouais, déjà, nous, on est payé en vacation et du coup, ça, c'est pas imposable. Et puis, on n'a pas le statut... Enfin, on n'a pas. On n'avait pas jusqu'à il y a peu le statut du fonctionnaire. Du coup, quand il nous arrivait quelque chose de grave, c'est là que je suis intervenu auprès de nos élus en leur disant, attention, n'oubliez pas. Quand il nous arrivait quelque chose de grave, on n'avait pas de promotion, on n'avait rien. On nous jetait à la poubelle comme un vulgaire déchet au lieu de nous remettre dans la boucle parce qu'on a quand même une expérience dans le domaine. Et du coup, je me suis battu pour ça. J'en ai toujours pas profité, faut pas rêver, mais ça va pas tarder, je pense.
Loïc Et donc, ton combat pour passer pompier pro, c'était pour pouvoir... Même si t'étais plus forcément en intervention et pour pouvoir réintégrer le corps des pompiers sur d'autres... Exactement.
Lucas Dans un premier temps, la réflexion que j'ai eue, c'est que j'ai fait l'état des lieux. J'ai dit, bon, à l'instant T, je peux pas faire grand-chose à pas répondre au téléphone. Et là, on m'a sorti la connerie du monde. Non, mais il faut avoir des doigts pour répondre à un téléphone. Et là, je regarde mon chef et je lui fais, ben, appelle-moi du con, tu vas voir, je vais te répondre. Je peux même t'envoyer un message, va te faire voir s'il y a des doigts, je peux écrire un SMS. Ah, c'était un truc de fou, mais c'est dans l'administration, en fait, on a... Même dans la France, aujourd'hui, on a trop de règles. Et en fait, les règles, au lieu d'organiser notre société, aujourd'hui, elle a des organismes complets. On veut faire un projet, on veut construire un immeuble ou quoi, il y a tellement de règles. Après, il faut un minimum de règles, mais on a tellement de règles qu'on ne peut plus rien faire.
Loïc Ok, donc ça, c'est la... du coup, ça clarifie un peu le pompier volontaire, pompier pro. Donc, aujourd'hui, tu es... En théorie,
Lucas la loi le permet. Ok. La loi le permet. En fait, il y a une directive, c'est là que je suis intervenu et que j'ai tapé du point sur la table, c'est qu'en fait, il y avait des chefs qui ne comprenaient pas le droit comme je le comprenais. Et comme j'ai fait des études de droit, moi, je suis allé farfouiller un peu, on m'a dit, il ne faut pas y aller. Moi, il ne faut pas me dire, il ne faut pas y aller, j'y vais. Et du coup, ce que j'ai découvert, il était effarant, c'est qu'en fait, il y avait une directive sur le volontariat qu'ils avaient compris complètement de travers. En fait, l'Europe, elle nous dit que le pompier volontaire, c'est un travailleur, c'est-à-dire qu'on doit protéger sa santé, sa sécurité. Très bien. Et en fait, il y avait un autre collapsus à côté qui était le temps de travail. Et en fait, moi, mon but, quand j'ai pris ce dossier en main, c'était de continuer à dire que le pompier volontaire, il devait rester volontaire tel qu'on l'a en France parce que 80% des pompiers, en fait, en France, c'est des volontaires. Sans les pompiers volontaires, on était un pas de foot forêt l'été. Ce n'est pas possible. Et du coup, moi, mon but, c'était de faire péter le temps de travail. Et chose que j'ai réussi. Et quand j'étais en stage à Roubaix, j'allais à Bruxelles au Parlement européen avec quelques conseillers de commissaire. Et j'aurais présenté le truc et ils m'ont dit mais tu as mis combien de temps pour faire ça ? Je fais 48 heures. Et ils m'ont dit tu sais que ça fait 15 ans qu'on paye des fonctionnaires à 10 000 euros par mois. Ils n'ont toujours pas trouvé la solution. Je fais ouais, la solution, elle est bonne, oui ou pas ? Et ils m'ont dit bah ouais. et là, du coup, bah, tu déranges un peu dans l'administration quand tu viens foutre ton grain de sable comme ça, surtout sur des dossiers aussi politiquement sensibles et tu viens de dire à l'Europe, coucou, c'est moi, je vais te dire comment on va faire. t'as 29 ans, souvent, tu as affaire à des gens qui ont 50, 60 ans, tu vois, ça passe un peu mal. Mais c'est pas grave. Il faut apprendre de ses échecs parce qu'apparemment, j'en suis un.
Loïc En tout cas, en tout cas, intéressant de voir que, enfin, tu vois, encore une fois, ça rejoint ce que je disais plus tôt, la façon dont tu t'es remobilisé et t'es reparti au combat, entre guillemets, sur des sujets différents que le combat contre le feu.
Lucas Ça, c'est l'éducation. Franchement, c'est ma mère. Ma mère, elle n'était pas très riche. Je viens d'une famille très, très pauvre. Elle nous a élevés à 1200 euros par mois. À 16 ans, j'étais obligé de travailler pour remplir le frigo parce que sinon, on n'allait pas manger, tu vois. Et elle m'a toujours transmis quelque chose et je pense que ce que je transmettrais de plus précieux à mes enfants, c'est la volonté. En fait, peu importe les difficultés que tu as, t'avances, t'avances, t'avances. Moi, j'ai connu une mère seule. Elle nous a élevés toutes seules. Elle a soumis tout, toutes seules et puis elle n'a jamais baissé les bras. Là, elle commence à revivre à 50, un peu plus de 50 ans parce que mon petit frère, il a grandi, il a 18, 19 ans. Du coup, quand j'étais adolescent, j'étais assez pénible. Elle me transmettait de la volonté mais moi, je lui mettais, je lui en mettais plein la figure. Je disais, mais bouge-toi là, réveille-toi et tout. Et puis maintenant, on en rigole et elle me dit merci mais au début, elle ne me disait pas merci et je prenais plutôt une main dans la figure.
Loïc Ok, donc si on en revient à ce que tu disais, donc 2018, 2019, présélection pour Rio, ça ne le fait pas parce que tu es sur pour Tokyo, pardon, Rio, 2016, Rio. T'es présélection pour Tokyo, ça ne le fait pas parce que tu es sur plusieurs fronts à la fois dont ce sujet de pompier pro, pompier volontaire. On est en 2023. Ah oui, Covid, exact.
Lucas Après le Covid, je continue encore un an. Je fais une Coupe du Monde où en fait, je me battais pour le pro et le volontaire. J'avais eu une interview, enfin une rencontre avec mon chef 15 jours avant où j'étais encore en pétard et tout mais je fais deux top 10 mondiales à la Coupe du Monde. Première Coupe du Monde, je fais deux top 10 mondiales. Je n'avais quasiment pas d'entraînement mais j'étais tellement énervé que j'appuyais plus fort que j'étais quand sur les pédales. Du coup, ça marchait bien mais bon, ça n'a pas suffi pour Tokyo et du coup, après les Jeux de Tokyo, je me suis dit quand même il y a le Covid, Lucas et tout, assure tes arrières, le vélo c'est bien cool mais ça te coûte 30-40 000 euros par an. Sois intelligent quoi parce que là, tu prends de l'argent, tu le jettes par les fenêtres, tu n'as toujours pas été indemnisé. Réfléchis. Du coup, je reprends des études comme j'avais une L2 de valider, je pouvais passer une licence pro, ce que j'ai fait et en fait, ça a changé complètement ma vision des choses et ça m'a rendu encore meilleur même si je n'aime pas l'école. C'est une licence en qualité, hygiène, santé, sécurité, environnement. En gros, moi, ma partie vraiment fétiche, ce n'était pas vraiment l'environnement, j'aimais bien, l'hygiène, je m'en foutais un peu, l'hygiène alimentaire, tout ça. Ce qui m'intéressait surtout, c'était la santé, la sécurité au travail parce que c'est ce qui avait fait défaut dans mon accident et comme l'affaire n'était toujours pas jugée, je me suis dit, mec, tu es un ambassadeur de la santé, de la sécurité au travail, tu as vu ce qu'on t'a fait. Apprends des erreurs qui ont été faites ce jour-là pour devenir meilleur. Du coup, j'ai passé ma licence, j'ai eu mention, je crois que c'est la première fois que sur un diplôme, j'ai eu mention de ma vie, je crois la dernière fois, c'était brevet. Et du coup, ça m'a permis de revoir les choses, de mieux planifier les choses et en fait, en parallèle de ça, il y a eu l'affaire dramatique, la Koh-Lanta où j'ai vu un des chefs qui a fait Koh-Lanta, il a fait ses choix et il a été mis en examen et il a fait Koh-Lanta, ce n'est pas grave, il l'a fait. Aujourd'hui, on se parle, on n'a pas de problème à se parler ensemble et ensuite, direct après, j'ai vu que je ne pouvais pas aller en master à cause de mon histoire et je n'ai pas fait et du coup, parce que ça me prenait trop à cœur tout ce qu'on voyait. Et du coup, ce que j'ai fait, c'est que dans le plus grand des secrets avec une championne paralympique, on m'a remis sur les rails pour retenter l'aventure paralympique, sauf que, ouais, j'ai eu des résultats, je fais champion de France en février, genre, ouais, six mois après avoir repris le vélo, je fais champion de France avec une des meilleures perfs dans ma catégorie en France depuis 15 ans, c'était cool, mais pour les jeux, enfin, ce n'est pas vraiment un objectif, c'en était un avant, mais ça ne l'est plus maintenant. Ok.
Loïc Ok. Et tu dirais que ce retournement, du coup, enfin, ce retournement, le fait que ce soit plus forcément un objectif, c'est dû à quoi ?
Lucas En fait, on juge les gens par rapport à la volonté.
Loïc Ouais.
Lucas Et les jeux paralympiques, en fait, on ne juge pas par rapport à ta volonté. On juge par rapport à ton handicap, c'est-à-dire qu'en temps normal, on court par catégorie au championnat du monde et tout. Et en fait, aux jeux paralympiques, on regroupe les catégories, c'est pour ça que personne ne comprend rien. Tu te retrouves avec de l'amputé, gros amputé avec un mec qui a trois fois rien, qui a ses bras, ses jambes. Peut-être une MIPJ, ça ne se voit pas toujours. Et du coup, les jeux pour moi, enfin, ça, c'est ma manière de penser et je ne suis pas le seul à le penser. Il y a beaucoup d'athlètes qui sont dans des catégories basses comme moi. Aujourd'hui, les jeux paralympiques, c'est fait pour les personnes qui ne sont pas trop handicapées, en fait. Les loups handicap, ils sont vraiment éjectés parce qu'ils ne peuvent pas faire de médailles, en fait. Moi, je cours contre des mecs d'habitude, je cours en C1, en vélo. Il y a cinq catégories en solo. Et là, je cours contre des C2 et des C3 qui ont des handicaps complètement différents que les miens. Moi, j'ai les poumons brûlés, j'ai le foie en sharpie, je suis amputé des 10 doigts, je suis brûlé aux jambes, je n'ai pas les releveurs qui marchent. Enfin, il y a plein de trucs qui ne marchent pas et j'ai un quadri qui ne marche pas. Et on me dit, le mec, il a ses bras, ses jambes, tu vas faire pareil. tout seul dans sa tête, il a eu un problème de déficience, je l'ai rétamé. J'ai un peu plus de volonté ce jour-là. Mais voilà, en fait, tu te bats tout le temps et de temps en temps, tu as besoin de trouver la paix. Mais c'est chiant de devoir tout le temps se battre tout le temps. Tu es toujours à fond, en fait, tes amis te le disent et tu ne te reposes jamais. Non, je veux ça, je veux ci. C'est relou.
Loïc Et février, parce que la dernière fois qu'on s'était parlé, donc tu n'avais pas encore eu ces championnats de France, c'était en décembre. Tu me préparais, tu te préparais, je me souviens. Est-ce que tu peux peut-être nous raconter un peu comment tu les as abordés, comment tu t'es préparé physiquement, mentalement, le vélo et puisque ça a donné le jour J du coup en termes d'émotion et de ressentir.
Lucas Déjà, mentalement, en fait, j'avais eu une grosse difficulté, c'est que j'étais dans la révision triennale de ma rente. En fait, une rente d'accident de travail, on te l'accorde pour trois ans. Après, elle est révisée pour l'accorder à vie et en fait, de août à décembre, je ne suis pas payé et j'ai mes frais liés à mon handicap qui tombent, comme tous les mois. J'ai mes frais d'avocat qui tombent et il faut vivre tous les jours et en plus de ça, il faut que je finance les vélos pour aller à la compète en février. Du coup, pas de panique, je me suis posé chez moi et j'ai fait, bon, on va se concentrer, on a quoi là, on ne sert pas de quoi. J'ai fait tout l'inventaire du stock chez moi et j'ai dit, bon, allez, tout ça, on revend. Et du coup, en revendant tout, j'ai réussi à refinancer du nouveau matos et mon vélo de piste et tout ça. Et après, en fait, j'ai vraiment fait abstraction des pompiers pendant longtemps. ce qui est drôle, c'est que je suis en colère contre les grands, grands chefs, tous les ministres, etc., parce qu'ils ne veulent pas comprendre. Et en même temps, il y a une solidarité entre nous qui fait que c'est incroyable. Du coup, j'ai passé deux semaines à Roubaix, je me suis entraîné sur piste, mais comme un salaud. Comme un salaud. Parce que Roubaix, pardon, je te coupe, mais il y a quoi à Roubaix ? Il y a un vélodrome. Ah, c'est le vélodrome. Et moi, j'avais été à Montpellier, tu vois. Et c'était en plein hiver. Et moi, je voulais rouler tous les jours. Donc, la seule solution, c'était le stab à Roubaix. Ils m'ont logé en caserne et tout. Et du coup, moi, j'adore ces moments d'échange en caserne. C'est trop... Enfin, la caserne, c'est ma vie, tu vois. C'est chez moi. Et du coup, je me suis entraîné dur, dur. Et là, on fait un chrono, là, avec Seb. Il me montre le chrono, il me fait... Oh, espèce de salaud. Il fait... Tu sais que sur 125 mètres, t'as gagné une seconde et demie. Et puis après, on s'amuse à se chronométrer sur un kilomètre et tout. Et en fait, en espace de six mois, j'avais gratté sept secondes sur un kilomètre. C'est un effort court et violent. J'avais gratté sept secondes. Et du coup, moi, mon effort favori, c'était le kilo. Parce que, en fait, quand je rentre dans le dur du troisième tour, je pense toujours à cette image de mon collègue qui brûle devant moi. Et là, dans ma tête, là, je vris. Mais genre, je ne sais pas ce qui se passe. J'ai appuyé vraiment très très fort. Et puis, je termine en morceaux. Sauf que, les championnats de France, j'ai fait deux poursuites avant et les kilos, je n'ai pas pu briller. Mais la poursuite, c'était un grand moment. Je vais te le raconter si tu veux.
Loïc Alors, peut-être juste avant, parce que moi, je connais très peu les distances, etc., sur piste. Donc, le vélodrome, un tour, ça fait combien ?
Lucas Ça dépend des vélodromes à Bourges, ça fait 200 mètres. À Roubaix, ça fait 250, même à 50. D'accord.
Loïc OK. Donc, c'est 200, 250. OK. Et tu pars, c'est un départ lancé ou arrêté ? Arrêté. Arrêté à chaque fois. OK.
Lucas Pour devenir d'idée de braquer que je mets, je mets un gros plateau de 56. 56. Ah oui. Et je mets un 15 derrière. Ah oui. Et le mec, il n'a pas de doigts, il a les pieds qui ne marchent pas et ne t'inquiète pas, ça déménage. Genre, j'arrive en 9 secondes, 86 au 125 mètres. Et encore, je peux faire mieux. Je pense l'année prochaine, je vais essayer de descendre à 9,1 ou 9,2. Et du coup,
Loïc en kilomètre heure, pour les gens à qui ça ne parle pas trop, ça, tu as une idée ?
Lucas En gros, sur la poursuite, avec un départ arrêté, je fais 3 kilomètres à 45 de moyenne.
Loïc Ah ouais.
Lucas Oh la vache. OK. OK.
Loïc Solide. OK. Bon, OK. Du coup, on a le contexte, tu vois, ça place un peu le truc. Et donc, sur cette course
Lucas que tu allais raconter ? Ouais, du coup, là, vraiment, je me suis mis une barrière. Il y a du monde qui savait que j'allais au championnat et tout. Je ne mettais rien sur les réseaux depuis des mois et tout. Je me taisais. Je travaillais dur, dur, dur. Et là, écoute, je me déplace en véhicule électrique. Tu vois, j'ai une Tesla. Enfin, je suis un des rares sportifs en disport à se déplacer en véhicule électrique. Et du coup, je me dis, le trajet, il ne va pas coûter cher. Donc, tu as plus d'argent pour l'hôtel. Donc, tu vas te faire un putain d'hôtel. Et je me suis mis dans un hôtel quand les gens, ils m'ont dit, tu le joues ? Je fais, je suis à l'hôtel Bourbon à Bourges et tout. Les gens, ils ont fait, toi, t'es riche. Du coup, j'avais la recharge gratuite de l'électrique et tout. Mais j'étais dans un hôtel et j'étais dans des conditions où j'étais tout seul. Il n'y avait personne pour me perturber. Et j'y allais vraiment avec la rage en mode, vous voyez, là, vous m'avez refusé un poste de pompier pro en disant que je n'avais pas de conditions physiques. Je vais vous montrer le contraire. Vous m'avez coupé les salaires pendant 4 mois. Vous allez voir ce que je vais vous montrer. Et en parallèle, en fait, j'étais en train de chercher un appart à acheter en plus. Donc, j'avais plein d'objectifs en même temps parce que j'ai absolument tout réalisé dernièrement. et j'y suis allé avec une harne. Et en fait, les gens, quand ils nous ont vus, ils ont vu le collègue qui était avec moi, qui n'était pas physiquement, enfin extérieurement, n'était pas handicapé mis à part son déficit mental. Et ils me voyaient, moi, avec les deux pognes en main, des appareils sur les pieds pour aller plus vite et tout. Et là, ils ont vu le départ et je me souviens quand je pars, on me voit partir, mais genre, je lui mets 4-5 secondes au premier tour, tu vois. Ah ouais. Et quand je sors du bloc, les gens, ils font OUF ! Ils se disent Ah ouais, c'est un animal là. Ah, c'est un animal. Et en fait, je joue avec mon adversaire au premier tour parce qu'il disait comme vous êtes deux dans la catégorie, c'est comme une finale. Et en fait, après, j'apprends qu'on doit refaire une finale l'après-midi. Du coup, ça m'a flingué mon temps sur le kilomètre le lendemain, mais je fais quand même la course et en fait, je le laisse revenir vers moi. Il n'y a qu'à 5 tours de la fin, j'appuie et là, c'était terminé.
Loïc Énorme. Et du coup, tu te sens comment quand il y a ce premier titre de champion de France qui tombe ?
Lucas Beaucoup d'émotion parce que je me suis dit j'ai travaillé énormément, j'ai travaillé les pires moments de ma vie et en même temps, je n'ai jamais réussi à être champion de France en 3 ans et là, c'est la première fois que je le suis. Je me dis ah ouais, là quand même, là, il y a du mental.
Loïc C'est clair.
Lucas Après, c'est qu'un type de champion de France et champion de France en 10 sports, ça reste relativement accessible. Si on prend les chronos au niveau mondial, ouais, si, je fais encore un top 10 mondial mais je peux faire mieux et je ferai mieux à l'avenir.
Loïc Ah, donc il va y avoir un avenir alors même si les JO ne sont plus l'objectif.
Lucas Ouais, en fait, les jeux, ce n'est pas vraiment un objectif. Là, si tu préfères, j'ai acheté mon appartement et mon petit kiff, enfin, c'est mon kiff quand même, c'est qu'on m'a pas indemnisé de mon accident de service et je suis allé acheter mon appartement dans l'avenue la plus chère de l'Occitanie, tu vois, à Port-Marien et je me suis créé un T3, un T3, je vais faire une colloque avec mon frère au début mais après, c'est plus pour établir une famille et c'est une fierté, tu vois, de te dire, t'as jamais indemnisé et tout et en fait, en parallèle de l'IMO, là, j'achète ma résidence principale, du coup, je vais être indemnisé dans l'année ou l'année qui vient et du coup, je vais placer dans l'IMO pas mal comme ça, ça va me financer ma saison en disport en fait, j'aurais pu assortir de cash moi pour, en fait, ça se finance et puis en parallèle, en fait, pendant que j'étais dans mes études, j'avais investi dans une boîte, ça a fort bien marché et genre, je me suis calqué sur les stratégies de Pepsi et de Cola et du coup, j'ai fait un fois 10 la première année comment faire un fois 100 après et du coup, c'est trop cool et en fait, je me suis pris au jeu de l'investissement de l'entrepreneuriat, en fait, j'ai vu qu'il y avait des qualités qui se rejoignaient quoi.
Loïc Excellent, tu peux nous en dire un peu plus sur cette boîte, sur qu'est-ce qui fait que tu t'es, comment t'as mis dans la boîte,
Lucas je la gardais secret tant qu'elle n'est pas exposée, mais non, non, en fait, moi, ce qui m'a plu, c'est la volonté de la personne qui l'a fondée, elle a rencontré plein de difficultés et en fait, moi, j'aime les parcours très atypiques, là, cette année, là, je ne pense pas que je vais investir dans des boîtes parce qu'il y a le procès, il y a tout ça, il y a plein de choses, il faut savoir chasser un lièvre à la fois sinon, on fait tout mal mais je pense qu'à l'avenir, oui, avec l'indemnisation, il y a sûrement des boîtes que je vais aider, quoi, je vais faire du immo, de l'entrepreneuriat, de l'investissement et l'entrepreneuriat, je pense, ça va être une boîte de conférenciers mais c'est juste que j'attends le procès, en fait, il y a des, en fait, quand on est fonctionnaire, on a des devoirs de réserve et tout ça et là, pour l'instant, je dois me taire tant que la justice, elle n'est pas rendue mais après, je pense que avec le parcours que j'ai fait et puis même sur les conditions de travail, tu vois, aujourd'hui, le travail, on le voit là avec la réforme des retraites, les conditions de travail et tout, c'est horrible le monde du travail et pas cool pour tout le monde et moi, j'ai tellement appris à la caserne, je suis rentré à 18 ans, là, j'ai 29 ans et c'est un exemple pour moi, il y a une équipe en particulier à laquelle je pense, ils ont une ambiance de travail, on a des médecins qui travaillent à l'hôpital, quand ils viennent chez nous, ils ne veulent plus repartir, ils disent, mais c'est quoi cette ambiance de travail de fou et tout, ah mais c'est, enfin, moi, j'ai vraiment beaucoup appris chez les pompiers plus qu'à l'école, ça m'a appris la vie,
Loïc ouais, je ne suis pas trop surpris qu'un cadre comme ça, ce soit une expérience de vie de fou, moi, j'ai eu pas mal de copains aussi qui étaient pompiers volontaires quand on était plus jeunes et j'ai un peu l'impression que finalement, il y a pas mal de choses en commun avec des univers comme celui de l'armée ou la police ou des métiers qui sont un peu durs parfois, mais du coup, tu vis des choses fortes avec tes collègues. Ouais,
Lucas mais même sur toi, t'apprends, tu vois, tu apprends à être meilleur et puis même, tu représentes un service public, du coup, t'es là pour fournir un service public, t'as sur la continuité 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, tu vois, mais moi, si je suis éclopé, j'ai assez donné, je vais encore redonner, j'ai pas compris la leçon, non, je réponds de téléphone, je dirais pas, c'est bon, je suis un peu de soprano, je l'ai chanté dans la chambre d'hôpital, c'est terminé maintenant, mais ouais, ça t'apprend et puis tu représentes vraiment un service public et puis t'es, tu vois, t'es, je me souviens, il y avait une personne qui était SDF que j'avais fait plusieurs fois, je tairais son nom parce qu'on doit tair son nom et après mon accident, je la revois dans la rue et tout et puis je l'accoste, je me souviens très bien de son nom et de son prénom, je fais bon, comment ça va, vous allez rebondir et tout, ça fait plaisir de vous voir comme ça, elle fait, hé, je me souviens, toi, t'étais le petit jeune qui me descendait pas, t'étais des rares pompiers aller, faut arrêter de boire mais ça va aller, t'avais raison petit con et ça me fait plaisir en fait de voir des personnes qui allaient au plus mal et en fait qui s'en sortent, moi, j'adore les gens qui ont de la volonté, dès qu'il n'y a pas de volonté en fait, j'ai tendance à me barrer et à laisser tomber.
Loïc Tu, alors j'arrête pas de dire qu'il y a des choses qui me marquent dans ton récit mais un truc qui est évident, c'est tu vois, ton énergie, le fait que tu sois vachement, t'es plein d'humour, etc., c'était comme ça avant l'accident ou c'est quelque chose que t'as développé du coup après ?
Lucas Oh si, avant l'accident, j'étais con. T'étais déjà des conneurs. Ah ouais, déjà, pour être pompier en caserne, il faut être des conneurs et puis, moi, tu vois, je suis rentré chez les pompiers très jeune, j'avais 18 ans et je prenais les vieux de 50 ans, 40, 50 ans qui n'avaient jamais à la cuisine, tu vois, parce que c'était vraiment le truc machiste et tout, les petits jeunes, ils font tout, les femmes, c'est la bonniche et tout et moi, j'avais 18 ans, je me souviens, je prenais les vieux, je fais, oh, cave, va à la cuisine. J'avais 18 ans, trois jours de pompier, tu vois. J'avais une grande bouche mais je faisais tellement bien mon travail à côté qu'en fait, personne ne disait rien, quoi. Mais même si, avant de bien faire mon travail, j'ai fait beaucoup de bêtises, il faut le reconnaître. Yes,
Loïc excellent, excellent. Et tu disais, dans ta capacité à rebondir, ça a été déterminant, ça a été à l'esprit, tu vois, déconneur, a priori très positif, etc.
Lucas Bah, en fait, si tu brases du noir, c'est sûr, tu vas t'enfoncer. Moi, je n'avais pas trop le choix, c'était soit la 8-6 de Lidl au centre de rééducation le soir à 18h, avec tous les Mongols à boire et tout, moi, je ne faisais pas ça. Moi, après la rééducation, je me mettais debout, je travaillais plus dur que les autres et en fait, au bout d'un an, je m'en suis sorti et un an et demi après l'accident, les médecins, ils m'ont dit, ah, tu as problème au releveur, le vélo, ça va être compliqué et tout. Bah, en fait, je suis remonté sur un vélo et puis je suis allé au championnat, enfin, je suis allé à une Coupe du Monde, tu vois, j'en rigole. On m'avait dit, moi, à Montpellier, il y a une montagne qu'on adore, nous, les Montpellierains, c'est le Pic Saint-Loup, cette petite montagne des Montpellierains et là, tu vois, hier, j'y suis retourné, je me suis posé au sommet, bah, forcément, je n'avais pas les temps que je faisais quand j'étais valide, tu vois, je me suis posé et je me suis dit, ah, putain, il m'avait dit que ce n'était pas possible, là, j'y suis allé tout seul sans l'aide de personne, je suis en train de courir dans les montées et tout, elle n'est pas belle la vie, après tout ce que j'ai vécu, ah, j'ai rencontré plein de difficultés, on m'a dit que ce n'était pas possible, bah, j'ai fait des trucs, peut-être que je ne suis pas allé au jeu, peut-être que je n'irai jamais au jeu parce que je manque de discipline sur ce côté-là, mais après, à côté, enfin, on m'a dit que je ne marcherais plus, que j'étais en fauteuil roulant, que je vais en montagne, j'ai fait du VTT avec des potes au Salagou, alors imagine un manchot comme moi sur un VTT en 30 décembre, tu vois, c'est pas le clos, mais j'y suis arrivé, j'ai réussi, et puis dans les montées, mes copains, ils ont voulu jouer, mais les copains pompiers, ils ont vite compris que quand même, il y avait un champion qui avait des jambes, du coup, je les ai déposés sur une route, sur une route en montée, ils ont fait les marioles, il y en a, ils sont partis en vélo électrique, débridés, je les ai laissés, et puis deux autres sont partis, je leur ai laissé 100 m d'avance, et je regarde mes collègues, je fais, regarde ce qui va se passer, et là, j'appuie, et en fait, je passe, je monte la bosse, sans mentir, c'était sur le compteur Garmin, je passe à 39,8, c'était une bosse de 4,5%, donc c'est assez roulant, et je passe à 39, et en fait, quand je les double, ils me regardent en mode, putain, on avait l'impression de faire 10 sur place, quoi, et où, ils étaient en danseur sur leur vélo, tu sais, avec leurs bras, leurs jambes et tout, ils n'arrivaient pas à pousser plus fort que moi qui était assis sur le vélo, quoi, ils étaient fous,
Loïc comme quoi, la volonté, franchement, c'est une super histoire, moi, je suis méga friand, tu vois, de ces récits des gens qui ont des difficultés, alors souvent, c'est plutôt des sportifs qui ont des grosses blessures, tu vois, je pense à une invitée que j'ai eue, Cindy, qui s'est retrouvée sous plusieurs tonnes de neige, avec, enfin, forcément, de la casse un peu partout, et à qui les médecins, pareil, disaient qu'il faudrait très très longtemps pour s'en remettre, et en fait, elle a été tellement déterminée que dès le premier soir, le seul truc qu'elle pouvait faire, c'était serrer une balle dans sa main, et elle le faisait dès le premier soir, tu vois, non, c'est pas possible, je vais le faire, je vais le faire, et au final, elle a eu des résultats de fou, tu vois, et toi, c'est pareil, j'ai l'impression, tu avais des gens qui avaient une vision, juste on va dire, physiologique du truc, mais en fait, ils n'ont pas pris en compte le pouvoir du mental, et ce que tu allais être capable de faire à force de volonté, en fait.
Lucas Là, tu vois, par exemple, sur le vélo, là, là, on casse les pieds au niveau de l'équipe de France, on me dit, oh, t'es un peu lourd, c'est vrai que pour un cycliste, j'ai pas un gabarit de cycliste routier, quoi, je payais 1,76, 74 kilos, je suis pas gros, je suis pas gros, mais je suis un pompier, quoi, je suis quelqu'un de bien bâti, même si j'ai des moignons et tout, j'ai le six pack, enfin, j'ai tout ça, quoi, tu vois, j'ai pris mes doigts, je les ai greffés à la place des abdos, comme ça, je fais une estroquie en bordant organisé, après, j'irais faire des magazines de mode, non, mais sans rigoler, tu vois, mais c'est pareil, on me dit, ouais, t'es trop lourd pour faire du vélo, alors oui, sur la route, je suis trop lourd, c'est un déni, et puis, avec toutes les brûlures que j'ai sous le fessier, tout, faire 3-4 heures de route, c'est complètement débit, mais par contre, le contre-la-montre, ça passe bien, et la piste, oh, j'adore ça, oh, tu tires du gros braquet, tu vas vite, tu cours, il n'y a pas, tu passes pas 3-4 heures d'entraînement, en fait, la piste que j'adore, c'est que tu fais beaucoup de muscu, du coup, moi, dans le métier de pompier, que je vais sûrement réintégrer, une fois que le jugement sera passé, parce qu'il faut que j'attende que le jugement soit passé pour réintégrer les pompiers, ben, je suis opérationnel, j'ai fait un millimètre, la dernière fois, avec les deux rouleveurs qui ne marchent pas, donc, ça veut dire qu'à chaque fois que je cours, je mets le pied dans la vase, je cours à 15 à l'heure, j'ai fait 4 minutes, je crois, au millimètre,
Loïc ah ouais,
Lucas ouais, je fais 4 minutes,
Loïc ok, d'accord, ok, je suis allé courir il y a deux jours, tu vois, j'étais à 5-30 du kilomètre, en mode, je suis un peu au max, là, donc, ok, je fais 15, ok, d'accord, à la machine,
Lucas je fais 15 au millimètre, et je pense, l'année prochaine, l'objectif, c'est de descendre à 3-30, 3-15, ouah, parce qu'en fait, je me suis pointé à la compète, mais je cours jamais, moi, du coup, je suis allé en mode comme ça, à Watt Life, comme j'ai l'habitude, parce que j'ai des jeunes sapeurs-pompiers, tu vois, c'est des jeunes qui ont entre 13 et 14 ans, tu les formes en baissier de pompier, et je suis passé par là, avant d'être pompier volontaire, et ce que je trouve super important, c'est de leur montrer la volonté, et de leur montrer une direction, et surtout, une certaine discipline de vie, et enfin, à chaque fois, quand ils me voient courir, ou quand je désormais le courir, ils sont là en mode, ah ouais, j'ai mal, mais j'ai pas mal,
Loïc mais ouais, non mais c'est ça, c'est ça, tu sais, il n'y a pas longtemps, j'ai eu un invité, un ancien des forces spéciales, qui était au CPA 10, commando parachutiste de l'air numéro 10, et qui, pendant une mission, a sauté sur un drone piégé de Daesh, donc il a perdu, pour faire simple, il a fait plusieurs semaines ou mois de coma, il a été amputé des deux jambes, il ne fait pas du volet assis, comment, il ne fait pas du volet assis, le mystère, il fait du volet assis, exactement, oui, je vois très bien, Cyril, Cyril Chaboun, et j'ai un invité qui m'a envoyé un message, qui m'a dit, écoute, j'étais en train d'écouter l'épisode de Cyril, pendant un footing, j'ai tapé sur une souche, je pense que je me suis pété le doigt de pied, mais en fait, ça va, j'ai pas mal, je rentre à la maison, tout va bien, tu vois, il était à 3, 4 bornes de chez lui, en marchant dans la nuit, il a dit, mais ça va, c'est bon, j'ai Cyril dans les oreilles, j'ai pas de problème,
Lucas tu vois, tout ce qui est négatif, en fait, je l'enlève aujourd'hui de ma vie, et je me fais plaisir, et puis là, c'est surtout la rando que j'ai fait en VTT, j'ai mis 7 ans, pour monter sur un VTT après mon accident, et les deux chantiers les plus lourds que j'avais, c'était, je voulais refaire du trail, j'ai gagné une course en Andy l'année dernière par chez moi, c'était trop rigolo, je repensais à tous ces médecins qui me disaient, c'était pas possible, je fais, ouais, j'ai fait comme d'hab, c'est pas grave, retourne à lire ton vidéo, le reste dans tes livres, la vraie vie, c'est pas les livres, après un moment, la volonté fait la différence, et c'était le VTT, et là, je réussis, tu vois, et en fait, les sorties d'endurance, où je passais 3-4 heures sur route, et bien, je préfère passer 3-4 heures sur le VTT, en fait, même si je fais moins de distance, c'est tellement plus plaisant, et puis, c'est quelque chose de nouveau, tu vois, quand t'es privé de quelque chose, et que tu le refais des années après, tu le savoures, sur le Pixan, c'est pareil, hier, je suis monté, et il y a un passage, ou une zone d'Europe là, où on voit la mer au loin, et tout, et à chaque fois que je passais là, avant mon accident, je me dis, putain, tu te rends compte, t'as de la chance d'être là, t'es pas handicapé, et tout, et là, maintenant, je suis handicapé, et je me dis, bah tu vois, à force de travail, mon gars, la chance, ça se provoque en fait, fou, vous aussi,
Loïc ouais, c'est, franchement, c'est super inspirant, et ça, tu leur racontes, du coup, enfin, comment est-ce que tu l'expliques, ça à des jeunes de 13, 14 ans, ceux que tu formes, est-ce qu'ils ont conscience, tu vois, quand tu dis, la chance, ça se provoque, la volonté fait la différence, est-ce que t'as l'impression, que ça leur parle, quand tu leur expliques ton parcours,
Lucas quand ils me voient, ça parle direct, ouais, par exemple, pour me faire respecter, ça c'est très bien, j'ai jamais besoin de dosser la voix, tu vois, jamais, autorité naturelle, s'il y a un truc qui va pas, ils savent, je suis gentil, je suis un amour et tout, par contre, s'ils me prennent pour un con, oh, et là, c'est terminé, ça, là, on m'arrête plus, là, il faut me débrancher, et par contre, quand je vais passer le jeûne, un savon au jeûne, je lui fais bien comprendre, et après, je le mets au pied du mur, et je lui dis tout le temps, quelle direction tu veux prendre, tu veux prendre la direction que tu viens de prendre, là, où tu vas aller nulle part, et tu vas te retrouver, tu vas avoir plein de difficultés dans la vie, ou alors, t'as fait une bêtise, t'es conscient d'avoir fait la bêtise, et tu veux t'améliorer, et je laisse toujours cette porte de sortie, il y a, il y a par contre, ouais, je pense, c'est ce qui me manque, le dialogue avec les élus, ou quand je parle avec des ministres, ou des conseillers de ministre, c'est peut-être ça qui me manque dans la discussion, tu vois, je suis un peu plus frontal, mais bon, je vais y travailler,
Loïc je vais y travailler, maintenant que t'as validé le projet VTT, ce sera le prochain projet, communication,
Lucas ouais, ouais, de toute façon, il faut s'améliorer, c'est clair, il faut s'améliorer continuellement, il faut progresser, il faut, en fait, moi je supporte pas les gens qui me disent, ah c'est comme ça, tu vois, dans la fonction publique, la fatalité, il y a trop, il y a trop de, ah non, c'est trop compliqué, c'est comme ça, il faut pas faire, oh là là, bande d'handicapés, ah je deviens fou, tu vois, moi je dis, je dis des fois, et moi je suis handicapé, mais il y en a, il y a des autres là, c'est la cotereppe, ah, il faut arrêter les conneries, ah,
Loïc c'est bien qu'il y a, il y a des gens qui viennent, qui cassent un peu les codes, qui déménagent des milieux, peut-être pas, qui sont pas les petits d'amitié,
Lucas on obéit trop aux règles, on est trop aux règles, et en fait, moi on me dit, il y a des lois, qui normalement, devraient être appliquées, qui n'ont jamais été appliquées, mais du coup, je vais les faire appliquer cette année, ils vont apprendre un peu fort, à marche forcée, mais c'est bien, j'ai l'Europe à mes côtés, et tout ça, donc, monsieur Darmanet, il va comprendre, il va comprendre des choses, j'ai déjà vu une fois, il a pas trop rigolé, et je pense que, la deuxième fois, il va comprendre, surtout que les syndicats, ils lui ont dit, ils ont fait, écoutez, le jeune, c'est l'avenir des pompiers, en feu de forêt, vous pouvez lui demander n'importe quoi, il sort de toutes les merdes, vous pouvez lui demander n'importe quoi, le jeune, il va savoir s'adapter, vous lui donnez rien, vous lui donnez une bouteille d'eau, vous foutez dans la forêt, il va vous éteindre le feu, il va se démerder, et lui on dit, ne jouez pas avec le jeune, parce que c'est pas de votre niveau là, c'est pas votre niveau, ne jouez surtout pas avec lui, vous allez y laisser des plumes,
Loïc non,
Lucas après moi, vraiment le but, c'est de montrer qu'il n'y a rien qui est impossible, et tout est une question de volonté, et les jeux, je n'irai sûrement pas, parce que je suis trop handicapé, etc., même si je bosse plus dur que les autres, en fait, la France, ils ne vont pas me sélectionner, parce que je n'ai aucune chance de médaille, je ne vais faire que de la figuration, et moi, même en tant qu'athlète, tu vois, faire des jeux pour faire de la figuration, dans merci quoi, je préfère ne pas aller aux jeux, et performer en dehors, que de juste dire, ouais, j'ai fait les jeux paralympiques, et puis surtout, tu vois, ce que je reproche beaucoup, à beaucoup de champions, c'est qu'il y en a, ils sont juste champions de vélo, mais après, il se passe quoi, l'après est très très mal géré, et en fait, ouais, ils ont été champions, ils ont fait des trucs de ouf, et tout, mais quel impact ils ont eu, et c'est ça qui me motive, tu vois, enfin, moi, je préfère l'impact, si ma personne, en fait, c'est, quand t'es pompier, c'est comme ça, t'as une qualité, ça fait, on appelle ça l'altruisme, et moi, je préfère, bah, ouais, ma personne, c'est un moteur et tout, mais si je dois m'effacer pour une cause, pour faire briller encore plus, bah, je m'effacerai, c'est pas grave,
Loïc genre,
Lucas si mon accident, je le prends comme ça, en fait, si je suis dans cet état-là, par la faute de certains et tout, bah, c'est pas grave, on va rebâtir tout ça, et puis, on va le bâtir en mieux, on va faire mieux, et ça va aller, là, on a un problème avec les pompiers volontaires, et là, ça me fait plaisir, parce que j'ai pas mal de copains, là, qui sont à l'école des officiers, sapeurs-pompiers, qui est par chez toi, dans les bouches du Rhône, vers Aix, et qui me disent, putain, en fait, t'as ta vision des choses sur le volontariat, qu'il fallait plus d'humains, etc., t'as pété le game depuis longtemps, je fais, bah, je vous dis les choses, mais vous écoutez pas, et tu vois, c'est le problème, c'est le problème que j'avais même pendant mes études, c'est que souvent, j'arrivais à la conclusion, mais tout le processus qui m'amenait à la conclusion, j'avais beaucoup de mal à l'expliquer aux gens, et du coup, je fais un gros travail là-dessus, parce que ça amène des problèmes de communication, quoi.
Loïc Et, petite parenthèse, du coup, le problème que, alors là, c'est très précis, mais le problème que votre camion avait eu, ça a été réglé, ça, du coup ? Enfin, de manière générale, tu sais s'il y a eu un...
Lucas En fait, c'était une autre protection de première génération, il y en a une deuxième, il y a une troisième génération, et sur la troisième génération, ce qui déconne, c'est là que tu vois, il y a des mecs, ils sont ingénieurs, mais comme ils sont allés jamais, ils sont jamais allés dans un feu, forcément, ils font des erreurs, et c'est pas grave, en fait, on a le code du travail qui nous dit, on doit, on doit donner les instructions appropriées, donc nous, on doit rester dans notre camion, sauf que le problème, c'est qu'on a des joints de portière, qui sont inflammables, et qui sont pas comme les joints de portière pour feu, tu vois, qui permettent de faire l'étanchéité, là, en fait, les joints de portière, ils prennent feu, ça a déjà brûlé un mec, il y a, en 2019, dans l'autre, là, sur un feu, ça a brûlé un mec à la jambe, du coup, bah, maintenant, je donne les instructions, comme ça, en fait, la formation, elle est complètement bidon, et du coup, bah, moi, les pompiers pro et tout ça, ils m'invitent à passer dans les casernes, et à donner les vraies instructions qu'il faut donner, parce que la formation, elle est complètement nulle, et je le dis au chef, et il n'y a rien qui bouge, et du coup, bah, moi, j'écoute pas les chefs, là, cet été, je vais prendre des demi-gardes, et j'écoute pas les chefs, je vais aller prendre des gardes, parce qu'on va manquer de pompiers, j'écoute plus, j'écoute plus, en fait, je fais, je fais ma mission, et aujourd'hui, ce qui déconne, outre les joints de portière, c'est la batterie électrique de secours, en fait, nous, on l'avait pas, ça, c'était, nous, c'est, quand le moteur thermique du camion marchait, on avait l'autoprotection, mais nous, comme il a planté, il a planté pour, pour un problème d'ingénierie, et en fait, aujourd'hui, quand le moteur plante, il y a une pompe électrique de secours qui prend le relais, qui est souvent pas puissante, et qui est pas très efficace, mais surtout, en fait, la batterie électrique de secours qui est censée alimenter ce système, déplaçait à l'extérieur du camion, au contact des flammes, je me dis, non, mais là, on a des champions du monde, là, tu mets ton iPhone au soleil, là, tout l'été, là, il va pas marcher, ben là, c'est pareil, et en fait, tu te bats, et l'administration, c'est une grosse bertha, qu'il faut pas bouger, mais moi, je me régale à y aller, et puis, je mets des coups, à JV, et je les compte pas, mais je le fais, parce que j'ai tellement de respect pour mes collègues que j'ai pas envie qu'ils terminent comme moi à cause de la bêtise humaine, quoi, mais, il y en a beaucoup qui auraient beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup de haine, et qui auraient pas forcément cet esprit à dire, bon, il y a des bêtises qui sont faites, mais ça va aller, quoi, ouais, ça, c'est, enfin, tu le vois, dans le pays, aujourd'hui, la réforme des retraites, tu vois, plus de haine que de construction, on va plus casser du mobilier ou casser du flic bêtement, alors que le policier, il faut le respecter comme à l'inverse, il te respecte, mais, ouais, il manquait un peu de civisme, tu vois, je pense que c'est un civisme qui doit être la base, on m'a fait du mal, mais je fais du bien, ah, c'est, c'est important ça,
Loïc puisqu'on était sur des sujets techniques, le VTT, enfin, autant le vélo sur piste, moi, j'avais vu des photos et tout de tes montages, donc, c'est simple, il n'y a pas de fin, il n'y a pas de vitesse, ouais, voilà, mais du coup, sur le VTT, comment tu gères, parce qu'en descente et tout, l'équilibre ?
Lucas sur le VTT, en fait, ce que j'ai fait, bon déjà, il fallait que je fasse un one shot, il fallait voir si je pouvais faire du VTT, donc, j'ai pris un VTT semi-rigide en carbone, avec des roues alu, ça ne m'a pas coûté trop cher, mais ce qui m'a coûté le plus cher, c'était l'aménagement, j'ai dû usiner des pièces en alu, ça m'a coûté 700 euros, l'usinage, en fait, la matière première ne coûtait pas cher, il y avait tellement de travail à faire, sur faire la pièce, que ça m'a coûté une blinde, mais ce n'est pas grave, j'ai payé quand même, parce que je voulais faire du VTT, après, j'ai eu des coques, qui étaient déjà approuvées, sur mon vélo de route, du coup, d'Arphe et Ben, et après, pour les vitesses, en fait, j'ai utilisé des barrennes, de VTT, et j'ai utilisé l'inclinaison, j'ai utilisé l'inclinaison verticale et horizontale, pour positionner le levier de vitesse, qui est sans fil, puisque maintenant, avec la technologie, on fait des trucs de ouf, qui est sans fil, et en fait, avec l'avant bras gauche, je viens passer mes vitesses, et avec l'avant bras droit, en baissant, et ben, je viens freiner, en fait, j'ai un frein, qui regroupe le frein arrière, et le frein arrière, le frein avant et le frein arrière, c'est un couple heures de frein,
Loïc ok, ok, d'accord, ok, donc vitesse, bras gauche, et freinage bras droit, ouais, ok, waouh, finaise,
Lucas c'est une gymnastique à faire dans le cerveau, mais franchement, ça passe bien, je me régale, excellent, la dernière fois, je te dis, on était sur Salagou, on était sur la hauteur, on était sur une DFCI, donc c'était propre, et en plus, on voit les collègues du Grimpe là, ils faisaient un entraînement, ils étaient là, Lucas, t'es sur AVTT ? Ouais, ouais, et mes copains, ils étaient là, il est en train de nous pistacher, ce connard, et tu vois, on en rigole, et en fait, ce qui me fait tenir aujourd'hui, je pense, s'il n'y avait pas cette cohésion à la base, et ils appellent de leur vœu, que je sois réintégré, tu vois, s'il n'y avait pas cette cohésion, je ne sais pas comment j'aurais fini, mais j'aurais fini mal, et puis le vélo, ça m'a beaucoup aidé, en fait, toute la colère, je l'ai évacué sur le vélo, à chaque fois que je suis un peu énervé, je prends mon vélo, je vais faire un tour, ça va mieux quoi.
Loïc Ouais, ouais, la reconstruction par le sport, c'est à ça que ça me fait penser, j'ai découvert un truc d'ailleurs, après l'épisode de Cyril, là, dont on parlait, qui s'appelle le centre national, alors attends, c'est quoi, centre national des, ah voilà, cercle sportif de l'institution nationale des invalides, et bon, bref, leur mission, c'est ça en fait, c'est d'accompagner, d'accompagner des gens comme Cyril, comme toi, dans la reconstruction, la réinsertion, par le sport en fait. Ouais,
Lucas mais je pense que tu vois, quand t'as des parcours comme une autre, là, où t'as une telle résilience et tout, c'est là, je suis partagé, tu vois, j'attends le procès, je suis obligé d'attendre, parce que je sais pas ce que ma vie va être fait après, tu vois, là, il me reste trois mois à attendre, ça fait six ans et demi, c'est quoi trois mois, c'est rien. Ouais. Et là, du coup, je suis obligé d'attendre pour savoir, si je m'oriente vers une carrière de pompier pro, ce qui me plaît absolument, même si on m'a fait du mal, etc., en fait, l'idée de dire que, bah, maintenant, là, si je rentre, je vais être lieutenant ou capitaine, du coup, je vais avoir des postes à responsabilité, et en fait, les collègues, ils m'ont dit, oh, tu t'imagines, là, tu serais chef de la caserne et tout, je fais, ah ouais, il fait, eh, la caserne est en 3.0, le directeur, il reçoit plein de demandes de mutation, il y a tout le monde qui veut aller à la caserne, je fais, ouais, mais le but, c'est pas que les pompiers pro, enfin, si, les pompiers pro, faut pas qu'ils démissionnent, mais le but, c'est d'encourager pour avoir plus de volontaires, plus de frappes, et en fait, c'est mon but, et mon chef en est bien conscient, et du coup, bah, il a cette position où il est, bah, directeur, il a le devoir de loyauter, et en même temps, il dit, ouais, le gamin, là, quand même, avec tout ce qu'il a vécu, alors, respect, c'est une pépite, quand même, parce que, moi, je connais pas beaucoup de jeunes à qui on a fait tout ça, et qui viennent dans mon bureau et qui me disent, je veux quand même revenir, accessoirement, parce qu'il y en a plein, comme je dis, il y en a plein, ils pètent les plombs, 99% des gens, ils vivent ce que j'ai vécu, ils veulent se venger, c'est l'instinct primaire, mais j'en ai, de la vengeance et tout, mais je préfère le faire par la volonté, et pas la volonté d'écraser les autres, c'est en mode, vous m'avez mis dans cet état, bah, tu vas voir ce que je vais faire, je vais faire mieux que toi, toi, t'es validé et tout, mais t'es limité, c'est tout, c'est un peu provoquant, mais c'est la vérité,
Loïc ouais, ouais, non, mais c'est clairement ce qui fait que t'arrives à faire ce que tu fais, je pense, cette volonté dont tu parles là, dont on parle depuis un moment, qui est hyper impressionnante, ok,
Lucas ouais, c'est la volonté, ça fait toute la diff',
Loïc ouais, c'est clair, c'est clair, donc là, procédant trois mois, enfin, la conclusion de tout ça, c'est dans trois mois, les, même si tu viens de le dire, voilà, pour le moment, tu te projettes pas trop, parce que, bah, tu sais pas de quoi la suite va être faite, mais est-ce que, est-ce que tu peux nous en dire plus sur les grands projets, même si tu sais pas quand tu vas les démarrer, comment ils vont s'articuler, mais est-ce que t'as des grandes échéances, des grands projets sur lesquels tu travailles, pour la suite, comme t'as eu à un moment donné le VTT, par exemple ?
Lucas Alors là, pour, pour le moment, c'est, déjà, je signe l'appartement là, dans 15 jours, là, j'ai réussi à avoir un prêt immobilier et tout, surtout en ce moment, avec des taux très très forts, et tout ça, c'est très compliqué, et du coup, ça, c'était mon premier objectif, c'était d'avoir mon appart, après, le deuxième, ça va être d'aller au championnat de France, sapeur-pompier,
Loïc ok,
Lucas essayer de monter sur la boîte, parce que l'année dernière, je fais 8ème sur 60, là, je suis un peu plus costaud, donc, je vais essayer de monter sur la boîte, chez les valides, c'est un, ça, ça serait un pari de ouf, tu vois, mais, je peux le faire,
Loïc donc là, c'est le championnat de France, de quelle discipline, pardon ?
Lucas Je vais le faire en contre-la-montre, contre-la-montre, ok,
Loïc ok,
Lucas et après, il y a les championnats de France, je ne sais pas si je vais y aller, parce que c'est en juin, et en juin, je sais qu'il y a le procès, il y a tout ça, donc, je ne veux pas mettre trop d'objectifs en même temps, il y a les championnats de France en disque sport, peut-être que j'irai, mais je ne sais pas encore à l'heure actuelle, j'attends encore 15 jours, 3 semaines, pour savoir si j'y vais, et puis, après, on va voir après le procès, c'est vraiment ça que j'attends pour la fin de l'année, parce que quand tu es fonctionnaire, en fait, si tu es une société, c'est compliqué, et du coup, moi, mon rêve absolu, c'est d'être pompier pro, ce n'est pas la sécurité de l'emploi, comme les entrepreneurs, ils disent, ouais, tu as peur de machin, j'ai peur de personne, j'ai peur de dégain, si j'ai envie d'entreprendre, j'entreprends, c'est juste que, c'est juste que là, il y a un procès, ça fait 7 ans que j'attends, je trouve que c'est plus prudent, de ne pas agir sous le coup d'émotion, ou d'énervement, etc., et d'attendre 3 mois, c'est quoi 3 mois, ça fait 6 ans et demi que j'attends, en gros, pour s'imaginer, pour la faire simple, ça fait 7 ans, que je paye pour une faute, que je n'ai pas commise, et que les gens, qui ont fait cette faute, ils sont tous promus, ouais, là, tu deviens fou, du coup, il y a des journalistes, qui m'ont dit, vous attendez quoi du procès, je leur ai dit, une question simple, et comme je sais faire, tu vois, les mots bien pliquants, très concis, je fais, moi, je veux juste savoir, si dans la fonction publique, le fait de commettre un délit, c'est une promotion sociale, à l'avancement, et là, il y a tout le monde qui rigole, il se dit, oh, le scud, il est envoyé là, non, ouais, c'est, et tu vois, après le procès, je pense qu'il y a des choses à faire, déjà pour les pompiers, et puis même, pourquoi pas réformer le statut, de la fonction publique, parce que là, tu vois, moi, ce qui m'a fait vraiment délirer, c'est la réforme des retraites, bah ok, on va dire aux français, travailler deux ans de plus, et tout, bon, je comprends que le système, il n'est pas équilibré, et tout ça, je peux comprendre, mais l'État, l'État, c'est la passoire énergétique de la France, notre administration, elle ne marche plus, les services publics, ils ne marchent plus, en gros, pour donner un exemple, notre camion, qui n'a pas été changé, parce que s'il n'a pas été jugé opportun, de le changer, ou il y avait des problèmes de livraison, enfin, ils cherchent les excuses, les gens qui ne sont pas responsables, c'est classique, ils cherchent les excuses, il coûtait 250 000 euros, en coût direct de cet accident, entre les indemnisations, les salaires des uns et des autres, les protections fonctionnelles, les changements de camions, et tout, on est entre 15 et 30 millions d'euros, donc, de 250 000, tu passes à 30 millions d'euros, et après, tu vas dire aux Français, non, mais toi, petit Français, tu vas travailler deux ans de plus, parce que voilà, quoi, et à côté, il se passe ça, et en fait, moi, mon but, après, je pense, enfin, je pense, peut-être, à terme, ça sera ça, mon indemnisation, j'ai placé mes sous et tout ça, j'aimerais peut-être faire, un peu comme un bailleur social, au niveau de mes logements, parce que je considère, que l'argent de l'indemnisation, c'est de l'argent public, et du coup, c'est pas le mien, c'est pas moi qui l'ai gagné, j'en fais pas ce que je veux, il doit servir aux autres, et peut-être qu'un jour, je me présenterai aux élections, et je demanderai pas de salaire, pas de retraite, juste le plaisir de faire changer les choses, ça arrivera, ça arrivera, mais je pense qu'il y a tellement de jeunes, qu'on a marre du fonctionnement de l'État, et tout, qu'à un moment, il y a des personnages comme ça, un peu, qui vont sortir du chapeau, et qui vont dire, hé, maintenant on stoppe les conneries, on file droit, et on éteint l'incendie, quoi,
Loïc ouais, c'est clair,
Lucas moi ça me fait mal au coeur, ça me fait vraiment mal au coeur, il y a eu le feu dans les PO, et ils étaient à moins 4 à la garde, et sur les rangs, il y en a plusieurs qui disent, mais vous pouvez pas appeler Lucas, pour qu'il prenne le standard le matin, il peut prendre que ça, il emmerde personne, nous on est heureux de le voir, il nous dépanne de ouf, et vous l'emmerdez, parce qu'il a pas ses doigts, il faut cliquer sur une souris, il a nordi chez lui, vous êtes con ou quoi ? Et tu vois, il y a trop d'absurdité, et je pense que le plus gros chantier, le plus urgent, c'est la rénovation d'état, parce que l'état en fait, moi je le vois comme ça, en fait avec mon accident, il le recule, j'ai touché des aides sociales, comme la H, la PL et tout ça, la PL, quand je serai propriétaire, j'en aurais pu, et j'en suis très heureux, la H, j'ai vision à la supprimer, parce que, pour moi en fait, les aides sociales, elles sont là, pour aider à un moment donné, mais elles sont surtout pas là, pour laisser les gens, dans une situation, et que cette situation, elle devienne pérenne en fait, et pour moi, l'argent public, il doit être créateur de richesses, absolument, créateur de richesses, si avec l'argent public, on n'arrive pas à créer de la richesse, on ne va pas aller très loin, et aujourd'hui, on emprunte, mais on emprunte pour enflouer de la dette, pas pour créer de la richesse, c'est là la différence, entre l'entrepreneur, et le fonctionnaire, tu vois, le fonctionnaire, tu vois, dans la fonction publique, aujourd'hui, on a des manques de vocation, tu vois, on manque d'infirmières, on manque d'enseignants, on manque de pompiers volontaires, on manque de pompiers pros, enfin, on manque de tout, même dans les armées, je crois qu'il y a 20, j'ai pu, j'ai vu un chiffre sur TikTok, mais c'est ahurissant le nombre de militaires qui partent au bout de la première année, et en fait, on ne s'interroge pas, mais pourquoi ils partent en fait, il n'y a personne qui se dit, mais pourquoi ces gens-là partent, c'est trop hiérarchique, aujourd'hui, même tu vas dans le privé, on est sur des modèles plus américains, moins horizontaux, je comprends qu'il faut une hiérarchie avec des compétences, mais il faut que le chef, il soit capable de redescendre au niveau de ses hommes de temps en temps, c'est ça un vrai chef, un vrai chef, c'est ça, et en fait, dans la fonction publique, ce qu'on appelle crise des vocations, et bien dans le privé, ça fait faillite d'entreprise, combien d'entreprises font faillite aujourd'hui parce qu'ils ne trouvent pas d'employés, combien, on a plein, c'est ouf quand même, on en arrive là, on est en train de s'autodétruire nous-mêmes, c'est ouf,
Loïc grand sujet là, mais je suis assez d'accord avec toi, en tout cas, c'est une illustration de plus, de comment tu as réussi à transformer cet accident, en driver pour la suite, plus sur le plan politique, comment faire changer les choses, mais je suis assez d'accord avec toi sur les aberrations, l'exemple de ton camion, j'avoue que c'est fou, mais en même temps, quand tu penses que les nouveaux qu'ils ont construits, ils prennent feu en fait, au niveau du seul truc qui doit assurer l'étanchéité de la cabine, tu te dis bon, on est mal barré quoi,
Lucas en fait, la plupart des collègues, ils me disaient, non mais tu racontes des conneries et tout, je fais, ben oui, là tu le testes dans la cour intérieure de la caserne, il n'y a pas de feu du con, mets-le dans le feu, on rentre dans le feu toi avec, et vas-y, mets-le, et après je suis allé à me dire, ah putain, t'avais raison, ah ben oui couillon, moi je l'ai vécu couillon, je m'amuse pas à faire des essais dans la cour, à tourner en rond comme un poisson rouge, ah c'est fou, ah je te jure, je deviens fou des fois, il y a des réflexions là, même quand je réponds au téléphone chez les pompiers des fois là, je me dis, mais il y a des gens, mais comment ils peuvent être aussi bêtes en fait, en fait, aujourd'hui dans la société, tout doit être donné, on vit en fait, on nous met à l'école, etc, et tout nous doit être donné, on s'en sort jamais par nous-mêmes en fait, et ça c'est le problème en fait, il faut que les gens, ils se prennent un peu en main, et moi tu vois, on m'a jamais indemnisé d'accident, j'ai investi, j'avais des assurances privées, qui m'ont rapporté gros, faut pas se mentir, mais voilà, 22 ans, quel jeune de 22 ans aujourd'hui, prend une assurance privée, s'il lui arrive un accident, pas beaucoup hein, c'est clair, et bah ouais, aujourd'hui j'ai une belle vie, ah ok, je roule dans une belle Tesla, qui va 3,7, 0 à 100, le carburant, ça me coûte 3 fois rien, tout, ouais, je me rigole, mais en fait, à chaque moment de crise, quand il y a eu la guerre en Ukraine, c'est là que j'ai acheté de la Tesla, tu vois, à chaque moment de crise, je me réinvente, la crise, elle est faite pour se réinventer, et si tu te réinventes pas, bah l'échec, l'échec, et puis les coups bas, ils arrivent vite,
Loïc j'allais te demander, tu vois, en guise de conclusion, quel message tu aurais envie de faire passer, mais j'ai un peu l'impression que c'est, moi en tout cas, de ce que je retiens, pour le moment, tu vois, j'en retiens deux, et après tu me diras comment tu veux conclure, mais c'est vraiment, un, la volonté, enfin même, il y en a tellement, mais c'est la différence que peut faire, la détermination, la volonté, puis ça tombe bien, t'es sur le podcast de la résilience, tu vois, donc si ton parcours, c'est pas l'histoire de la résilience, je sais pas ce que c'est, et puis après, un autre sujet qui me semble vachement important, c'est ça, tu vois, c'est finalement provoquer sa chance, et être capable de transformer l'adversité, en, ouais, en moteur.
Lucas c'était Churchill qui disait ça, il avait une citation, il disait, les pessimistes, voient, en fait, quand il y a une difficulté, tu vois, il s'arrête, stop, tandis que l'optimiste, à chaque difficulté, lui, il voit une putain d'opportunité, tu vois, et moi je me dis ça, là par exemple, sur la formation chez les pompiers, je me dis, ouais, peut-être un jour, au lieu que ce soit les disques qui forment, et tout, il faudrait peut-être faire une grosse entreprise nationale, reprendre la formation, embaucher des mecs qui sont pompiers pro, et leur faire créer des boîtes et tout, qu'on facture, etc., des prestataires, qui payent leurs cotisations sociales, et qu'ils soient protégés, que, en tant que fonctionnaire, ça leur met du beurre dans les épinards, et, en fait, même, je pense, ma profonde réflexion sur la fonction publique, ça serait que, il y a certains fonctionnaires, il faudrait les foutre à mi-temps, et, en parallèle, il faut qu'ils créent leur entreprise. Pourquoi je dis ça ? Parce que, quand j'étais à Roubaix, il y avait un mec qui était pompier pro, et on lui cassait les pieds, enfin, le ZIS lui cassait les pieds, parce qu'il y avait une entreprise dans le BTP. Et, en fait, ils font beaucoup de feux d'habitation là-bas. Et, quand ce mec, il arrive sur un feu d'habitation, il est chef d'agré au fourgon, tous les mecs, ils sont rassurés, parce qu'il fait de la construction, il connaît toute la solidité des structures, tu pars avec un mec comme ça, t'es sur un... Et, en fait, le problème de la fonction publique, c'est qu'on raisonne que par case, et il faut rester comme ça, il ne faut pas bouger. Et, en fait, ouvrir ça, ça permettrait d'avoir plus de richesse. Et, en fait, le message que j'ai, à chaque fois que je commence une conférence, ou que j'interviens dans un cours, ou quoi, je dis, selon vous, la différence est-elle une richesse ? Tu vois, je pose des bases comme ça. Et, après, je leur raconte l'histoire et tout, et puis, à la fin, ils disent, en fait, voici. Et, pourtant, à l'école, on ne t'apprend pas trop la différence. À l'école, on ne t'apprend pas à penser dans un moule. Il faut penser comme ça. Il faut penser comme le prof, il a dit. Il faut ouvrir comme le prof, il a dit. Moi, je n'écoutais pas. Moi, je n'étais pas bon élève. J'étais respectueux des professeurs, sauf quand ils me titillaient. Par contre, là, ils étaient bien reçus. Je lui disais souvent, arrête, je vais péter un plomb, on se calme, je vais sortir. Mais, tu vois, je ne supporte pas ce cloisonnement. Moi, j'aurais dû être handicapé, j'aurais dû rester dans mon fauteuil roulant jusqu'à la fin de mes jours et j'aurais dû rien faire et attendre que le temps passe. Ouais, c'est ça. C'est ça. C'est mort. Excellent. Je ne supporte pas ce déterministme. Tu vois, c'est ça que j'adore chez les entrepreneurs. C'est quand ils parlent de déterministe, déterministe social, ils ne restent pas dans leurs conditions, surtout ceux qui ont récits en partant de rien. Ils ne restent pas dans leurs conditions. Et moi, quand je vois aujourd'hui, là où j'en suis, et enfin, moi, mon objectif que je m'étais fixé, là, cette année, c'était de devenir millionnaire avant 30 ans. Bon objectif que je pense que je vais réaliser, mais voilà, tu vois, pour la plupart des gens, ça s'en fout. Et là, tu vois, je suis encore en logement social. J'ai placé mes sous et tout. Et là, j'ai acheté dans le neuf parce que j'estime qu'à un moment donné, j'ai suffisamment d'argent pour me supporter moi-même et qu'il faut que j'arrête de profiter du système. Et c'est surtout que, là, en ce moment, il y a des gens qui souffrent et il y a peut-être quelqu'un qui a plus besoin d'un appartement que moi. Et il faut que je me prenne en main. Il faut être responsable, quoi.
Loïc Yes. Excellent.
Lucas Je me vois bien à 35, à 35, 40 ans avec 10 millions. Ouais, je me vois bien.
Loïc Bah écoute, on refera un épisode à ce moment-là pour que tu nous racontes comment t'as fait.
Lucas Et puis, dis-toi que le mec, il veut quand même faire pompier pro. Le mec, il veut quand même se casser les pieds à bouffer de la fumée et à se faire gueuler dessus par des chefs. Il veut quand même être pompier pro. Je serai le seul fonctionnaire qui ira au travail. Ça ne sera pas pour l'alimentaire. Au moins, t'es sûr que les choses vont changer. Là, tu mises sur le bon cheval. C'est énorme.
Loïc Écoute, Lucas, un grand, grand merci. On arrive au bout. Franchement, c'était, même si c'était la deuxième fois qu'on échangeait sur ton parcours. Super inspirant. Franchement, c'était un plaisir d'écouter à nouveau ton histoire. On est rentré un peu plus dans le détail que la dernière fois. top. Et puis, je croise les doigts pour toi pendant trois mois. De toute façon, on reste en contact. Ça va aller.
Lucas Ça va aller. Mais franchement, je n'y pense pas trop. Je pense à moi-même. En fait, cette année, j'ai commencé l'année en pensant à moi. Et ça, je l'ai vraiment laissé de côté. Et c'est comme ça que je suis devenu champion de France. Alors, je me dis, ça m'a réussi une fois, ça peut me réussir deux fois. C'est clair. Parce qu'avant, ça n'avait pas trop marché. Donc, je me dis, il ne faut pas réessayer toujours la même chose. Si ça ne marche pas, ça ne marche pas. Il faut s'adapter. Tu prends le mur dans la figure, tu ne vas pas te le reprendre 500 fois quand même. À part si tu es con. Oui.
Loïc Écoute, en tout cas, c'était un plaisir. Puis, j'allais te dire, si tu viens rouler du côté d'Aix, tu me dis. Oui, je te dirais. Du coup, j'achèterai un électrique pour essayer de te suivre. Non, non, t'inquiète.
Lucas Je peux faire du social, il paraît. écoute, merci, Lucas. Je te rappelle, je suis gros.
Loïc Ouais, enfin bon, tu ne m'as pas vu encore. Mais ouais. Écoute, merci, Lucas, c'était un plaisir et puis bonne continuation et on reste en contact. Ouais. Allez, ciao. Ciao.
Lucas Merci à toi.
Loïc Merci d'avoir écouté l'épisode dans son intégralité. J'espère que vous avez pris autant de plaisir que ce que j'en ai eu à l'enregistrer. Si vous avez des feedbacks, vous pouvez me contacter sur le compte Instagram du podcast lesfrappés.podcast ou par email à hello.lesfrappés.com Je fais mon maximum pour que vous viviez de super expériences audio avec mes invités. Chaque épisode demande beaucoup de temps et d'énergie. Si vous appréciez mon travail, la meilleure façon de me soutenir, c'est de partager cet épisode à au moins trois personnes qui aiment se dépasser. Si vous écoutez le podcast sur Apple Podcast ou Spotify, prenez quelques secondes de votre temps maintenant pour m'y laisser une note 5 étoiles et un commentaire. Merci beaucoup pour votre fidélité. A la semaine prochaine pour un nouvel invité. Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada
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