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Saison 2 EP·092 Parcours de vie #rugby #parachutisme #pompier

29 novembre 2022

Le récit d'un français devenu pompier parachutiste (smokejumper) au Canada avec Anthony Trojko

Durée · 1h24 · Transcription disponible

Anthony

Le récit

Anthony est pompier. Mais un pompier un peu spécial. Il est smokejumper plus exactement, ou pompier parachutiste, et il exerce ce métier en Colombie Britannique, au Canada.

Anthony, c'est l'histoire d'un jeune de 25 ans originaire du Sud de la France qui se rend vite compte que sa routine de vie ne lui convient plus. À l'époque, il travaille dans un garage automobile, joue au rugby et s'engage comme pompier volontaire.

Un jour il voit un film, Only the Brave, qui met en avant les Hotshots, des pompiers d'élite aux États-Unis. En faisant quelques recherches, il découvre une autre spécialité des pompiers en Amérique du Nord : les smokejumpers.

L'idée le séduit immédiatement, au point de devenir son seul objectif pendant plusieurs années : il veut rejoindre cette unité au Canada. Il apprend l'anglais, perd 12 kilos, se prépare physiquement, part travailler au Canada pour baigner dans la culture et être au plus prêt des centres de recrutement.

Les efforts paient, il est recruté, et c'est le début de l'aventure. Et quelle aventure... Imaginez une seule seconde être largué à 400m du sol avec tout son matériel pour aller combattre pendant plusieurs jours des feux qui couvrent déjà plusieurs hectares, au milieu d'un territoire grand comme 1,5x la France ! Hallucinant !

Un récit qui nous montre bien, une fois de plus, que rien n'est impossible pour celles et ceux qui s'en donnent les moyens. Un immense merci Anthony pour cette belle leçon d'humilité !

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Transcription

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Anthony Qu'est-ce que tu as fait pour toi ? S'écouter soi-même et surtout tenter les choses. Parce que moi, honnêtement, avant de lancer ce projet, je ne pensais pas être capable de faire ce genre de choses. Il suffit juste d'énormément de discipline et suivre ses rêves. Rien n'est impossible. C'est vraiment la leçon de vie de mon expérience. C'est que rien n'est impossible. Absolument rien. Il faut juste s'en donner les moyens, c'est tout.

Loïc Hello, hello ! C'est Loic Blanchard, le créateur et host du podcast indépendant Les Frappés. Je suis un ancien sportif de haut niveau, aujourd'hui reconverti en sportif aventureux, mais aussi entrepreneur, coach et préparateur mental certifié. Passionné d'outdoor et de défis en tout genre, j'ai voulu créer une communauté autour des valeurs de résilience, de dépassement de soi et de détermination en vous offrant chaque semaine des conversations inspirantes avec des invités incroyables issus d'univers très variés. J'ai reçu aussi bien des athlètes olympiques que des entrepreneurs à succès, des aventurières professionnels ou encore des anciens des forces spéciales. Leur point commun, la passion pour leur projet et l'audace de se lancer. Alors fonçons ensemble découvrir mon invité de la semaine. Excellente écoute à vous les Frappés ! Ben écoute, bienvenue Anthony sur le podcast !

Anthony Ben merci, merci Loic ! C'est un plaisir !

Loïc Je suis très content qu'on puisse prendre le temps aujourd'hui. Alors pour la petite histoire, c'est la troisième fois qu'on fait l'enregistrement, mais ce sera la bonne. Tu rentres dans l'histoire du podcast comme étant le deuxième invité. Je crois que Teddy, on a dû le faire trois fois aussi. Vanessa, ça a dû être deux ou trois fois. Deux fois, mais voilà. Bon, on a eu quelques problèmes techniques, mais l'essentiel c'est que là, ça y est, tout fonctionne. Je te vois très bien, je t'entends très bien. Pareil pour toi. Écoute Anthony, moi je suis impatient que tu nous racontes un petit peu ce que tu fais, que tu nous en dises plus sur ton parcours qui est très clairement atypique. Et ce que je te propose, c'est tout simplement de commencer par te présenter.

Anthony Allez, ça marche. Juste pour revenir, j'avais entendu le podcast avec Teddy et effectivement, il me semble bien qu'il y a eu ce petit incident aussi. Oui. Donc écoute, moi c'est Anthony, j'ai 30 ans, je suis originaire du sud de la France. Je vis très proche de l'Espagne, aux alentours de Perpignan. Et voilà, il y a quelques années, j'ai décidé de partir pour un projet un peu spécifique, c'est pour devenir smokejumper. Donc c'est pompier forestier parachuté, pour la traduction un peu vulgaire. Et donc j'ai monté ce projet qui m'a pris un peu de temps à monter. Et ensuite je suis parti et ça fait quelques années que je bosse là-bas. Voilà. Et là en ce moment, je suis en France, comme c'est, vous l'avez compris, c'est sur le feu de forêt et on bosse quasiment toute l'année. Donc on a quand même quelques mois de repos et pendant ces mois de repos, je suis en France, je retourne voir ma famille et je profite de la chaleur du sud, même en hiver, qui est incomparable avec celle du Canada en hiver.

Loïc Oui. Yes. Alors smokejumper, moi je connaissais un petit peu, parce que j'avais vu il y a longtemps un reportage sur ça au Canada justement. Peut-être si tu peux nous expliquer, pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas du tout, ça veut dire quoi pompier parachutiste ? Enfin, je sais tout bête, mais est-ce que tu es pompier dans une tenue normale et tu es envoyé au feu avec l'équipement que tu as en France ? Ça consiste en quoi le fait d'être smokejumper ?

Anthony Alors, déjà c'est spécifique aux pompiers forestiers. Là où je travaille, c'est en Colombie-Britannique, donc dans l'Ouest canadien, et le territoire qu'on couvre est une fois immigrant comme la France, donc c'est assez énorme. Il n'y a que 5 millions d'habitants, alors qu'en France il y en a quasiment 70 il me semble. Donc au niveau population, en fait il n'y a rien. Ils sont concentrés au sud à Vancouver, les 5 millions et dans le reste du pays il n'y a rien. Donc il y a beaucoup d'exploitations pétrolières, gazières, voilà, beaucoup d'industrie du bois. Et en fait nous on va couvrir tous ces territoires. Donc exclusivement pompiers forestiers. Alors on saute avec une tenue de seau. Dessous on a notre tenue de pompiers. C'est une tenue de pompiers immifugée qui est quand même assez légère comparée aux pompiers de France. On est beaucoup moins protégés que les pompiers français, même en termes de lutte contre les incendies feux de forêt. On va avoir un casque vraiment très léger. On va plus être apparenté à des bûcherons. Après, même si nos vêtements ne sont pas censés, enfin, sont homifugés, ça reste des vêtements très très légers. Donc dès qu'on est au contact, ça chauffe très très vite. Donc voilà. C'est pour ça qu'on va avoir, on en parlera peut-être après, plusieurs méthodes, des méthodes beaucoup plus indirectes que la lutte, par exemple, dans le sud de la France.

Loïc Ok. Ok. Donc pompiers forestiers, parachutés, smokejumper. Comment est-ce que l'idée t'est venue ? Comment est-ce que tu as découvert ce métier et qu'est-ce qui fait que tu t'es dit, c'est ça que je veux faire ?

Anthony Alors, donc tout d'abord, moi, je travaillais dans un garage. J'ai travaillé dans un garage pendant cinq ans. Je montais des pneus, je faisais de la petite mécanique, je gérais un peu l'accueil. Et en parallèle, j'étais pompier volontaire. Et dans le sud de la France, on a une chose qui… Voilà, c'est ça. Là, on est en France. Avant que je démarre le projet, même que j'y pense, voilà. Voilà, j'étais dans cette petite vie. Beaucoup de routines qui me convenaient… Je n'étais pas épanoui dans cette vie. Et un jour, j'ai eu besoin de renouveau. Je pense que ça m'a serré un peu en moi pendant quelques temps. Et moi, ce que j'adorais chez les pompiers volontaires, c'est le foot forêt. L'été, c'était partir en foot forêt ou… Voilà, ça, c'était chouette. C'était ma partie préférée. Et un jour, il y a un film sur les pompiers forestiers qui est sorti. Ça s'appelle Only the Brave. C'est un film américain. C'est une histoire vraie et malheureuse, d'ailleurs, sur les 19 pompiers forestiers qui sont décédés aux États-Unis en 2014, si je ne me trompe pas. Ils se sont fait prendre par un incendie malencontreusement. Et du coup, même si la fin du film est triste, le film en lui-même était juste incroyable. Je ne savais même pas qu'il y avait des gens qui faisaient ce métier-là parce que les pays ont des façons de combattre les incendies différentes de la nôtre. Certains pays comme l'Amérique du Nord, parce qu'ils ont des territoires beaucoup plus grands. Ils ont moins de pistes forestières, etc. Donc, c'est vraiment différent. Et j'ai commencé à me renseigner sur Internet. Mais bon, les États-Unis, c'était beaucoup trop compliqué au niveau de la carte verte. Enfin, plus compliqué, on va dire. Et je suis tombé par hasard sur encore autre chose, sur des pompiers forestiers. « Pompiers forestiers parachutés ». Parce que le film, ce sont des pompiers forestiers, mais qui ne sont pas parachutés. Donc, après, ça reste l'élite des pompiers aux États-Unis. Ils ont les deux types d'unités, parachutés et non parachutés. Mais que ce soit au sol ou dans les airs, c'est vraiment l'élite des pompiers forestiers. Et je tombe sur les pompiers forestiers parachutés canadiens. Et je ne savais même pas qu'il y avait une saison feu de forêt au Canada. Parce que l'image qu'on a du Canada, c'est les chemises à carreaux, la poutine, le sirop d'érable, les ours, les bûcherons, la neige. Voilà. C'est à peu près, moi, l'image que j'avais, toute basique, le cliché à l'époque. Et en fait, ils ont une énorme saison des feux de forêt. Il y a des... En 2019, il y a plus d'un million d'hectares qui a brûlé. Juste en Colombie-Britannique. Pas au Canada, parce qu'après, il y a les autres États, enfin, les autres provinces. Et donc, voilà. C'est un million d'hectares dans une fois et demie la France. Ça reste énorme. Et donc, il y a vraiment plusieurs mois de lutte. Et voilà. Donc, ensuite, j'ai commencé à... J'ai contacté la base. J'ai commencé par contacter la base. Comme ça, un peu par hasard, un peu au culot. Je n'avais pas parlé anglais. J'étais en surpoids, parce qu'il fallait faire moins de 90 kilos. J'en faisais 100 à cause du rugby. Enfin, à cause ou grâce au rugby. Et donc, je contacte cette base avec Wool Translate, parce que je suis incapable d'adminer trois mots en anglais. Parce que ma langue vivante numéro 2, c'était l'espagnol. Et que l'anglais, c'était le GDC dans le tiroir quand j'étais plus jeune. Voilà. C'est une petite erreur de jeunesse. Mais voilà. Ce n'est pas grave. J'envoie ce mail et ils m'ont répondu. Deux jours après, ils me répondent avec toutes les étapes. Vraiment incroyable. Le temps qu'a pris ce gars pour me répondre a complètement changé ma vie. Et j'ai suivi ce qu'ils m'ont dit plus ou moins dans les grandes lignes. Il fallait que je perde du poids, que j'apprenne l'anglais, ça c'était sûr. Et que je m'occupe du visa parce qu'eux, ils étaient dans l'incapacité de me proposer un visa. Donc, j'ai postulé pour avoir un visa. C'était une sorte de loterie et je ne l'ai eu qu'un an et demi après. Donc, ça paraît long, mais en fait, c'était vraiment très court dans le sens où il fallait que j'apprenne l'anglais et que je perde environ 12 kilos. Donc, tout est allé plutôt pas mal au niveau timing. J'ai perdu du poids tranquillement. Je me suis vraiment concentré sur un entraînement physique différent que celui du rugby. Donc, moins de force pure et plus de… Un mix en fait, un bon mix, un bon compromis entre du cardio et de la force. Le randonner avec charge, etc. C'était très important. Et voilà. Et deux ans après le lancement du projet, me voilà parti au Canada sans certitude puisque j'avais des tests de sélection à passer une fois sur place quelques mois après mon arrivée. J'ai choisi d'arriver quelques mois avant pour continuer mon apprentissage de l'anglais, me familiariser un peu avec la culture et essayer de trouver un petit boulot. J'ai trouvé dans la construction, j'étais charpentier et apprenti. Et c'était aussi une super expérience. On construisait les moules pour… J'ai mes mots en anglais, mais je n'ai pas mes mots en français des fois. Et on construisait les moules à béton et les coffres à béton. Et pour les grands buildings de… Enfin, pour notamment un grand building de Vancouver. Voilà. Donc, j'ai travaillé que quelques mois, quatre mois là-bas. Et j'ai été pris dans la foulée par les smokejumpers et l'aventure a commencé. Incroyable.

Loïc Donc, si j'ai bien compté, tu avais quoi ? Tu avais 24-25 ans quand tu es parti, c'est ça ? Là, j'en ai 30.

Anthony Non, j'avais… Là, ça fait trois ans et quelques que j'y suis. 27… Quand je suis parti, j'avais 27 ans, il me semble. 27, ok. Si je me trompe, quelque chose comme ça. Ok. 26-27. Quand j'ai lancé le projet, j'avais 25. Ok, voilà.

Loïc Donc, quand même assez jeune, c'est fou de voir que finalement assez jeune, tu t'es rendu compte que la routine que tu avais, tu n'allais pas et que tu as mis en place un projet. Tu vois, moi, je repense à 25 ans, je pense que j'étais quand même plus impatient que ça. Je ne sais pas si j'aurais été capable de me lancer dans un projet dont l'issue était deux, trois ans plus tard, comme ça a été le cas pour toi. En plus, en ne parlant pas la langue. Enfin, ouais, c'est fou de voir ce que tu as mis en place.

Anthony Ben, alors, mais c'est pareil pour moi parce que quand j'ai commencé à les… Enfin, quand j'ai envoyé ce mail et j'ai commencé mes recherches, j'ai tout de suite compris qu'il allait me falloir un peu de temps pour y arriver. Quand on est jeune, à cet âge-là, on veut tout de suite. Moi, je me voyais déjà. Quand je regardais leurs vidéos, les mecs qui sautaient dans les feux, je voulais y être l'été d'après. Et encore, l'été d'après, c'était trop long. Mais ça ne marche pas comme ça. Et je ne sais pas, j'ai réussi à me cadrer sur ce projet-là dans beaucoup de domaines. Et honnêtement, c'était la première fois de ma vie que j'arrivais à me cadrer dans quelque chose comme ça. Vraiment, c'est pour dire que ce projet a compté. Il a pris une place importante dans ma tête parce que vraiment, tout était axé sur ce projet. Et sans certitude aucune. Mais je pense que ce qui m'a beaucoup aidé, c'est aussi la négativité des gens autour de moi. C'est marrant. Mais moi, j'ai ma famille qui m'a soutenu sans même trop savoir ce que j'allais faire. Il n'y avait pas de soucis. J'avais pris mes amis proches. Mais je faisais partie des casernes et je faisais partie de l'équipe de rugby. Et aussi, je me poussais dans un garage à un moment donné. Quoique, j'ai très vite quitté le garage quand j'ai lancé le projet. Donc, dans le garage, on ne le compte pas. Mais bon, connaissant beaucoup de monde, il y a beaucoup de personnes qui m'ont dit « Mais qu'est-ce que tu fais ? Tu te rends compte ? Tu ne parles pas anglais ? Tu vas là-bas ? Les mecs, ils ne voulaient pas de toi. » Voilà. Énormément de négativité. Ou alors, des mecs qui, devant moi, me donnaient « Oui, super projet ! » Et on apprend après dans le dos que les gars étaient là. Bon, il fait n'importe quoi. Il ne se rend pas compte de ce qu'il fait. Voilà. Donc, ça, au final, ça aide beaucoup parce qu'au niveau de l'ego, ça permet d'avoir cette ligne de conduite et de ne pas… Voilà. Tu ne peux pas te permettre de faiblir, ne serait-ce que pour ces gens-là. Voilà. Voilà. C'est impossible. Voilà. Ça a été une force. Ça peut mettre des bâtons dans les roues, d'entendre des gens qui… Ça peut décourager. Mais en fait, dans ce genre de situation, si on peut s'en servir comme force, ça peut être très utile aussi. Ce n'était pas ma seule force. Il y avait un vrai projet derrière et une vraie envie, mais c'était un petit plus. Et quand je repars à certaines personnes maintenant, voilà, c'est… Sans dire quoi que ce soit, mais au fond de moi, c'est une petite… C'est personnel. Ouais. Voilà. C'est… Génial. À la confiance.

Loïc Tu t'en es nourri. C'est top, ça. C'est ça. Ok. Donc, tu découvres le métier de smokejumper un peu par hasard après avoir vu ce film. Tu te lances dans les démarches qui vont prendre deux ans. Tu apprends l'anglais en France, puis après sur l'OTA pour finir au Canada. Les épreuves de sélection, comment est-ce qu'on sélectionne des pompiers forestiers parachutistes ? Ça se passe comment ?

Anthony Alors, donc, juste pour revenir sur comment ça fonctionne au Canada, il y a environ… et surtout en Colombie-Britannique, parce que c'est là où je bosse et c'est ce que je connais vraiment. Il y a environ 1400 à 1600 pompiers forestiers chaque année, donc, qui luttent contre les feux de forêt. Et on est 70 environ à être parachutés. Et donc, généralement, les gars commencent par être pompiers forestiers au sol. Donc, soit par unité… C'est des unités d'attaque rapide où ils sont trois ou quatre personnes associées à un 4x4 ou alors un hélicoptère. Et ils vont sur tous les feux naissants. Soit ils font partie d'une équipe de 20 personnes. Et ceux-là, donc, ils ont généralement quatre ou cinq véhicules associés à eux. Et ils sont envoyés sur tous les plus gros feux, en fait. Ça s'appelle un unit crew. Et ça, c'est vraiment… C'est l'équivalent des hotshots aux États-Unis, dont ceux qui sont décédés en 2014. C'est le même principe. Voilà. Donc, ça, c'est la base. Et donc, comment la sélection se fait pour être pompier parachuté ? Généralement, il faut avoir quelques années dans soit l'une des… Enfin, l'attaque rapide, soit dans le pack de 20 personnes. Voilà. Plusieurs années là-dedans. Généralement, ils prennent en moyenne… Il faut avoir entre quatre et six ans d'expérience. Voilà. Donc, ça commence à faire. Ils font des exceptions. Et moi, j'en suis une parce que j'avais de l'expérience un petit peu… J'avais de l'expérience un petit peu en France, même si c'est complètement différent. J'avais une certaine expérience. Et… Mais moi, je suis vraiment une exception. C'est plus ma motivation et le fait que tous les six mois, je leur envoyais un email pour leur dire écoutez, voilà, je suis là. Je pense toujours à vous et je suis toujours le premier email que vous m'avez envoyé. Je suis toujours dedans et je continue les étapes et je franchis les étapes petit à petit. Et je suis bientôt au Canada. Et puis là, j'ai perdu du poids. Et puis là, je suis sur le territoire canadien. Et puis là, la semaine prochaine, j'ai les tests de sélection. Voilà. Je les ai… je pense tellement saoulés qu'ils se sont dit… Bon, ils n'arrivent pas de me dire. Ça a énormément pesé dans la balance parce que je n'avais pas l'expérience nécessaire au Canada. C'est deux mondes différents en France et au Canada parce que c'est deux mondes que je connais. Et même, je dirais même l'Europe et le Canada. Et l'Europe et l'Amérique du Nord sont deux mondes différents. Du coup, voilà, ces tests de sélection, ils sélectionnent sur dossier. Amérique du Nord, ils demandent énormément d'avis. Ils vont demander des références, une liste de cinq personnes. Donc, un officier pompier, un collègue pompier ou un ancien patron de travail dans un autre boulot. Voilà. Et ensuite, ils vont appeler ces personnes et ils vont voir si ces personnes leur recommandent le discours contre ces personnes envers l'éventuel recrut. Et ils se basent là-dessus. Et en fait, ça se fait naturellement. Généralement, quand les mecs veulent postuler, ils vont voir le chef de leur caserne et leur disent « Bon, je veux postuler pour ça. Est-ce que tu peux m'appuyer ? » Et le chef, si c'est un bon élément, généralement, il n'y a pas de souci. Il le fait. Et en fait, grâce à ça, il y a quand même déjà de base un bon moule. Et donc, il y a une présélection de sport avec un muc léger, quelque chose de très simple et un entretien en anglais, qui d'ailleurs était très compliqué au début pour moi. Mais je ne l'ai pas fait. Ça l'a fait. Voilà. Voilà. Et ça, c'est le pré-entretien. Et ensuite, il y a un autre entretien avec les pompiers parachutistes, cette fois-ci. Moi, je l'ai eu par téléphone. C'était en période de Covid. Et voilà. Comme je t'avais expliqué dans ces entres enregistrements, j'avais eu l'appel. Alors que je n'étais pas censé être pris, mais ils ont rajouté des personnes, 5 personnes à la liste à cause du Covid. Et enfin, à cause ou grâce pour moi, voilà. Parce que du coup, ça a un peu joué à ma faveur, qu'ils aient besoin d'un peu plus de monde. Et je faisais partie de ce deuxième groupe. Et voilà. Donc, quand ils m'ont envoyé un message la veille, je n'en ai pas dormi de la nuit. Je t'avais dit, j'avais des fiches partout sur mon bureau, sur mon lit, des fiches avec tout ce que je pouvais raconter, tout ce que je pouvais leur dire. J'ai essayé de devancer leurs questions. Au final, je n'ai pas du tout réussi. Mais voilà. C'est incroyable. Incroyable cette sensation. C'est pareil en tout cas. J'ai essayé du moins. J'ai essayé. Mais bon, ça a marché. Et puis, une semaine après, il fallait que je sois sur la base à 14 heures de route dans le Nord. Et voilà. C'était le début de l'aventure. Et pas pour de suite commencer le travail, mais pour participer aux vraies sélections. Donc, il y a eu cinq semaines de sélection qui ont suivi. OK.

Loïc D'accord. Ah oui, oui. Donc, c'est-à-dire que le dépôt de ton dossier, c'est uniquement pour avoir le droit de participer aux vraies sélections, qui est un genre de stage co pendant cinq semaines.

Anthony D'abord, on postule pour le département des pompiers forestiers de base. Enfin, de base. C'est pas négatif, mais le pompier forestier. Et ensuite, on a éventuellement un entretien avec les smokejumpers. Et si cet entretien est concluant, il nous offre l'opportunité de se présenter aux sélections. Donc, c'est cinq semaines. Il y a deux semaines au sol, trois semaines de saut. Voilà. C'est deux semaines de saut. C'est un peu de temps. C'est un peu de temps.

Loïc Tu avais zéro expérience en saut avant ? Non, non.

Anthony J'avais fait un tandem en chute libre. Je me suis dit que ça allait peut-être faire quelque chose, alors que c'est deux mondes encore, une fois différents. Parce que chez les smokejumpers, on saute à 400 mètres en ouverture automatique. Et c'est pas comme l'armée parce qu'on a des parachutes qu'on peut manœuvrer. On a des suspentes et avec des panneaux sur les côtés qui s'ouvrent et qui se ferment. C'est pas aussi maniable qu'une voile carrée, une voile sportive. Mais par contre, on peut aller où on veut parce qu'on saute pas sur des terrains de football. On saute vraiment dans des petites zones de largage. Ça peut être un terrain de tennis avec des arbres de 20 mètres à chaque côté. Il faut atterrir dedans. Donc, j'avais jamais sauté à part ce tandem. Et quand on saute tout seul, c'est une sensation différente.

Loïc Il y a une anecdote que tu avais racontée sur un des autres enregistrements qu'on avait fait, que j'avais trouvé assez marrante. C'était les instructions au moment du saut. Puisque c'était encore le début. Donc, au niveau de l'anglais, tu n'avais pas la maîtrise que tu as aujourd'hui. Est-ce que tu peux nous expliquer un peu comment tu gérais les premiers sauts côté instructions ?

Anthony Avant les sauts, il y avait ces deux semaines de préparation au sol qui nous préparent. Donc, physiquement, ils nous mettent la misère. Et ensuite, entre ces moments de préparation physique, ils nous apprennent à atterrir, donc faire les roulades. On a un simulateur de sortie d'avion. On a tout un tas de choses, toutes les malfonctions, etc. Et donc, ça, c'est vraiment 15 jours. Et ensuite, on passe au saut. Et déjà, pendant les 15 jours, je comprenais... C'était très dur parce que ça allait très vite. Donc, j'ai baissé la tête. Je regardais énormément. J'observais énormément ce que faisaient les collègues, enfin, les autres recrues. Et je suivais parce que je ne pouvais pas me permettre de poser des questions parce que ça aurait été beaucoup trop de questions, en fait, à chaque fois. Parce qu'il y avait vraiment des termes techniques qui m'échappaient. J'avais un niveau d'anglais très faible. Et ils ont été juste incroyables de me laisser la chance d'y être déjà, même avec mon niveau d'anglais. C'est... Vraiment, là-dessus, j'ai été l'exception parce qu'il n'y en a pas d'autres qui... Il n'y a pas d'autres personnes avec mon niveau d'anglais, que je sache qui sont parvenus là. Donc, je suis très chanceux qu'ils m'aient laissé la porte ouverte. Et donc, du coup, ces 15 premiers jours, c'était très physique, très répétitif. Donc, ça allait. Ensuite, une fois au saut, on monte dans cet avion et c'est notre tour... Hop, pardon. Et c'est notre tour de sauter. Et donc, on est à la porte. Et là, il y a un briefing. Donc, le briefing, c'est... Ça, c'est la zone de saut. Il y a tant de yards, parce qu'ils parlent en yards aussi. On parle un peu en métrique, en yards et en... Et système anglophone. Je ne me rappelle plus. Pardon. Je perds mes mots en plus. Donc, on parle un peu en tout. Donc, il faut vraiment tout restituer. Là, je ne comprenais pas grand-chose. Et donc, du coup, la force du vent, l'endroit où on va sauter, l'endroit où ils vont nous larguer, les dangers au sol. Alors ça, ça dure 30 secondes où ils nous déblatèrent tout. Et moi, je ne comprenais strictement rien. Je regardais avec mes yeux comme ça, le mec sans comprendre. Parce qu'on est à 400 m du sol. La porte est ouverte. Il y a un boucan de malade. C'est un vieil avion. On refait un oeuf, mais c'est quand même un vieil avion. Donc, c'est... Voilà, c'est une atmosphère qui est particulière, qui est juste géniale. Je ne comprenais rien. J'avais le palpitant à 10 000. Et de toute façon, quand il faut y aller, il faut y aller. Voilà, il ne faut pas se planter. Parce qu'encore une fois, ce n'est pas dans un... C'est pas sur un... Enfin, ce n'est pas une zone de largage immense. C'est quelque chose... Voilà, il y a une cible. Il faut vraiment attaillir sur la cible. Donc, voilà. Et ils te posent une dernière question à la fin. Après le briefing, ils te disent, Êtes-vous clair ? La traduction grossière. Tu dois dire, je suis clair. Et donc là, il te fait le signe de te mettre à la porte. Tu te positionnes à la porte. Et bon, je ne savais pas où étaient les dangers. Je savais où était la drop zone. Oui, je savais. Parce que tu le vois quand même. Mais après le vent, etc. Même au début, c'était tellement compliqué de tout... Voilà. Donc, je sautais vraiment à l'aveugle. Et puis, les mecs le savaient. Parce qu'ils voyaient bien que j'avais des yeux... Ils voyaient bien dans mon regard que je ne comprenais rien. Voilà. Mais bon.

Loïc Je trouve que c'est assez représentatif peut-être, tu vois, des différences de mentalité et d'approche entre l'Amérique du Nord et la France. Enfin, je n'ai jamais été pompier volontaire en France. Mais il n'y a pas d'équivalent de toute façon. Mais je pense qu'un pompier volontaire étranger en France, si c'est possible, qui ne comprend pas les instructions avant de partir sur un feu, je ne pense pas qu'on le laisse partir, tu vois. C'est quand même fou. Et toi, tu n'es pas parti dans un camion pour aller combattre le feu. Tu as sauté d'un avion. C'est hallucinant.

Anthony Là où, en fait, là où il se couvre, en fait, entre guillemets, c'est que la procédure d'entraînement au sol est tellement millimétrée. On répète tellement les mêmes gestes. Voilà. Ils ne m'ont pas... Je ne serais pas passé au niveau d'après si je n'avais pas eu le strict minimum au niveau sécurité. Parce que la sécurité, c'est l'enjeu numéro un au niveau du saut. Parce que si on arrive et qu'on se blesse au niveau du feu, ça ne sert à rien. Donc, le but, c'est sécurité avant tout. Et si je n'avais pas... Voilà. Si je n'avais pas été dans ces critères-là, il ne m'aurait pas fait passer. Et j'avais quand même... Voilà. J'ai quand même compris les choses. C'est juste que mon anglais était très mauvais. Mais je bossais à la maison le soir après. Et j'essayais de comprendre le vocabulaire. Voilà. Je me démerdais. Je me suis démerdé pour ne pas passer trop pour une big non plus. Mais... Et puis, niveau physiquement, j'ai vraiment donné... Voilà. Il fallait que je compense énormément ce défaut d'anglais. Donc, j'ai donné dans tous les autres aspects. Le monde sérieux, le physique, etc. Donc, ça allait. Je n'étais pas... Malgré cet anglais, je n'étais pas dans le top 3. Mais je n'étais pas dans les derniers non plus. J'étais au milieu. Parce que voilà. J'arrivais à pas trop trop mal m'en sortir. C'est juste ces briefings qui... Voilà. Que je ne comprenais pas. Voilà. Donc... Au bout du 10e, 12e, j'ai commencé un peu à vraiment... Comprendre la totalité ou quasi-totalité. Mais je loupais toujours des parties. Dans les 10 premiers, j'ai loupé beaucoup de parties. Mais... Après, voilà. Après, voilà. Après, on a créé des automatismes. Parce qu'on sait de quoi il parle. Et on sait... En fait, des fois, on n'a même pas besoin de comprendre ce qu'il dit. On voit. Il pointe du doigt. Et voilà. C'est des automatismes qui se créent à force de sauter. Voilà. Là, j'ai 46 sauts. Donc, 12 opérationnels. Donc, il y a vraiment des... Des... Voilà. Il y a vraiment énormément d'automatismes qui arrivent tout le temps.

Loïc Eh bien, franchement, bravo. C'est impressionnant de voir ce par quoi t'es passé. Tu vois, enfin, à quel point tu t'es accroché. Je ne sais pas si je sauterais d'un avion. Même si, évidemment, on comprend bien. Tu vois, t'as eu toute la phase d'entraînement avant au sol et tout. Mais... Et quand même, je trouve ça assez hallucinant, le courage que t'as eu de te lancer dans cette aventure. Bien sûr. Et puis, c'est top de voir aussi la... Tu vois, la... L'état d'esprit dans lequel... Avec lequel t'as été accueilli. Et encore une fois, enfin, je ne suis pas trop surpris pour avoir vécu un peu au Canada et travailler aux Etats-Unis. C'est assez représentatif de ce que j'avais vu aussi. Cool. Ok. Donc, gros, gros projet pour arriver enfin au stage de sélection. Tu passes les sélections. Tu deviens donc smokejumper officiellement. Alors, peut-être qu'avant qu'on rentre dans le détail des missions, parce que t'as évoqué, t'as expliqué en introduction que la zone que vous couvrez... Donc, vous êtes 70, c'est ça, en Colombie-Britannique. 70 smokejumper. Que pour la Colombie-Britannique. Ok. Oui. Pour un territoire qui fait une fois et demie la France. Oui. Du coup, la question que je me pose, c'est sur quel type de feu vous intervenez ? T'as parlé de feu naissant. Est-ce que c'est exclusivement ça ? C'est-à-dire des feux qui viennent de prendre pour les éteindre avant qu'ils grossissent ? Parce qu'on pourrait se dire, tu vois, à 70, quel impact vous pouvez avoir sur un territoire aussi énorme ?

Anthony Voilà. Alors, on travaille en parallèle avec ces 1 400 autres pompiers. On se couvre le territoire, donc il y a des unités de partout. Et nous, en fait, on vient de se rajouter en plus. Parce qu'on a vraiment une distance d'action qui est énorme. Parce qu'en 1 heure et demie, 2 heures, on peut être partout dans toute la Colombie-Britannique et sauter, et avoir le matériel au sol. Donc, on est très, très rapide. Vraiment, notre atout majeur, c'est le rapport qualité-prix. Parce qu'on est, malgré le coût d'un avion, on n'est pas excessivement cher comparé à des unités qui vont être héliportées. Parce que pour héliporter 12 mecs, il va falloir plusieurs navettes d'un hélico. Un hélico coûtait excessivement cher. Et il va falloir plus de temps. Alors que nous, en fait, on arrive avec l'avion, il y a 12 ou 13 mecs qui peuvent sauter. Le matos arrive au sol ensuite. C'est vraiment... C'est très, très efficace. Et donc, oui, notre but, nous, c'est d'arriver très vite sur zone. Et de traiter tous les feux naissants. Les feux naissants, après, généralement, notre zone de confort, c'est entre un arbre en feu jusqu'à... Je dirais, selon les conditions, plusieurs hectares, 10 hectares, 50 hectares. Mais le problème, c'est que 50 hectares, il faut qu'il y ait des conditions stables. S'il y a 50 hectares avec 80 km devant et de la topographie qui est accidentée, ça sera impossible. Ça sera impossible. On ne s'engagera pas là-dessus parce que c'est là où on peut y laisser des plumes. Ce n'est pas le but. Donc, généralement, honnêtement, on saute sur du zéro jusqu'à 5 hectares. Je pense que c'est vraiment notre quotidien, même si on saute sur beaucoup plus de vent. En sachant que le temps qu'on saute, des fois, ils ont joué de volume. Donc, voilà, ça peut aller très vite. Des fois, on est en 30 minutes. On a le départ. En 30 minutes, on est sur le feu à quelques centaines de kilomètres. On saute et quand on nous a appelé, il faisait un terrain de foot. Et on arrive, il fait 6 ou 7 hectares. Donc, voilà. C'est… Mais donc, le but ensuite, c'est d'arriver au sol. Si on peut les éteindre avant qu'ils se développent, c'est le but. Vraiment le but principal, enfin notre rôle principal. Et ensuite, sinon, on va essayer de créer un solide point d'ancrage au niveau de la queue du feu. Et ensuite, partir sur les flancs et sans forcément s'exposer sur la tête du feu s'il est trop virulent. Et ensuite, progresser doucement sur les flancs. Et pour éventuellement ensuite, soit à l'aide des moyens aériens, parce qu'on travaille beaucoup avec les hélicos et les aviations. Donc, les avions, les bombardiers d'eau, les bombardiers à retardant, etc. Et donc, créer un solide point d'ancrage pour ensuite faire intervenir des unités plus conventionnelles qui vont arriver en nombre et qui vont pouvoir, eux, mettre énormément de travail au sol, au niveau tuyaux ou alors coup de feu, etc. Parce que ces unités de 20 mecs là qui sont non parachutées, sont très efficaces sur des coups de feu parce que ces 20 bonhommes qui vont bosser 14 heures dans la journée, il va y avoir plusieurs tronçonneuses, il y a tout un système, il y a le tronçonneur, il y a celui qui va juste derrière enlever tous les éléments que le tronçonneur tronçonne, voilà, va couper. Et puis, tu as tout un système comme ça qui se crée. Et puis les mecs, c'est vraiment des machines. Donc, pendant toute la journée, ça coupe du bois et ça déforeste. Mais nous, c'est vraiment essentiellement attaque rapide. Et ensuite, renforce sur les plus grands feux, bien sûr, ça nous arrive aussi régulièrement. Mais voilà, rôle principal, attaque rapide.

Loïc Et donc, quand vous sautez, tu disais dans l'avion, il y a 12-13 bonhommes. Vous sautez les 12-13 d'un coup. Comment vous faites avec le matos ? Il est parachuté aussi ? Et surtout, quel type de matos vous avez ? Parce qu'au sol, ce que tu disais, c'est que là où vous allez, c'est généralement qu'il n'y a pas du tout de pistes, pas d'accès routier, ou alors c'est très très loin de tout.

Anthony Alors, déjà, on a deux bases avec deux avions, éloignés de 300 et quelques kilomètres chacune. Un avion, c'est un petit, c'est un twin-hauteur. Lui, il a six hauteurs, donc six pompiers forestiers. Et le nôtre, c'est un DC-3. Donc, comme je t'avais dit, c'est la version civile du Dakota. Le nôtre a été construit en 1944. Après, remasterisé, si je peux dire ça comme ça. Repet les nouveaux moteurs à hélice, voilà. Je n'ai plus les anciens moteurs, même si c'est dommage, parce qu'ils devaient faire un bruit très très sympa. Voilà, de recueil à neuf. Et voilà, c'est quand même un honneur, je l'avais dit, de pouvoir sauter à partir de cet avion de légende. Et donc...

Loïc Parce qu'en fait, la question pourquoi je te demande ça, c'est comme tu expliquais que vous faites des sauts de précision, où vous devez atterrir sur des surfaces très petites, je me demande comment ça se passe quand tu dois sauter à 12-13 et puis qu'il y a sans doute quelques kilos de matériel avec vous.

Anthony Alors, dans le DC-3 qu'on a, on est 13 sauteurs généralement, et on va avoir plusieurs tonnes de matériel avec nous. Donc, selon la taille du feu aussi, il y a des fois, ça va être qu'un seul arbre. Parce que l'éclair a tapé dans la nuit, il y a un hélicoptère qui est passé dans le coin, ou un avion parce qu'il y a beaucoup de... Il y a quand même pas mal de passages pour toutes les industries. Ils utilisent vachement les petits avions. Il y a des petits Cessnas qui font des explorations minières, etc. avec leurs méthodes, bien sûr. Donc, on peut intervenir sur un seul arbre. Si c'est un seul arbre qui brûle sans trop de... Sans une grosse propagation, il va y avoir une seule équipe de trois bonhommes. Et encore, ça sera beaucoup trop, mais bon, on saute que par trois minimum. Une seule équipe de trois bonhommes avec... J'ai déjà vu des gars sauter avec juste une tronçonneuse. Voilà. Une tronçonneuse qu'on largue par la suite. Et selon la taille du feu, on va larguer une équipe de trois, deux équipes, trois équipes, ainsi de suite, voir tout l'avion, voir notre avion en plus... Enfin, un autre... Enfin, l'avion va recharger en sauteur à la base et revient et relargue du monde. Ça va dépendre vraiment de ce que le feu menace. Voilà. On est souvent proche des industries du pétrole. Donc, souvent, ça menace des stations de compression de gaz ou de pétrole, etc. Là, des fois, on investit quand même pas mal de moyens. Et donc, nous, ils nous larguent à 400 mètres. Ils nous larguent... Si la drop zone est petite, ils nous larguent un par un. Donc, ils font des cercles d'environ une minute. Et ils larguent un par un. Voilà. Et soit, alors, on est largué deux par deux, quand la drop zone est un petit peu plus grande. Ça dépend vraiment des configurations. Et deux par deux, voilà. Donc, cercles d'une minute avec deux sauteurs qui sautent à chaque fois. Et si c'est vraiment plus large, c'est trois par trois. Mais c'est le maximum. On saute pas comme dans les avions militaires, les... Bah, je sais pas combien ils sautent. C'est le bonhomme de chaque côté qui saute de deux côtés. Non, ça se fait pas chez nous. On doit vraiment être très, très précis. Et vraiment, si on se plante à plusieurs centaines de mètres, déjà, on peut atterrir au milieu du feu. C'est pas bon. Et on peut se blesser. Et puis, ça sert à rien niveau efficacité. Le but, c'est d'être efficace. Donc, voilà. Ça prend les opérations de saut quand même. Ils ne prennent pas forcément de temps que ça. Malgré qu'on saute à un ou deux pompiers. Ça prend, vous voyez, 10-15 minutes. Juste l'opération de saut. Avant, on aura tourné quand même aussi un quart d'heure avant de... Pour vraiment analyser le feu. Analyser la direction. Est-ce que le feu va menacer ? Quel est son potentiel ? Qu'est-ce qui pourrait être susceptible de brûler ? Est-ce qu'il pourrait nous prendre à revers si on saute là ? Où sera la zone de largage ? Où sont les points d'eau ? Voilà. Hyper intéressant.

Loïc Parce que tu expliquais la dernière fois que le Canada... Alors, pour redonner un peu quelques... Tu me dis si je me trompe, mais en tout cas, c'est les chiffres que tu m'avais partagés, je crois, qui m'avaient marqué. C'est qu'au Canada, 60% des départs de feu se font à cause des éclairs. Donc, c'est des événements naturels. Mais qu'au Canada, en tout cas en Colombie-Britannique, je me souviens bien, c'est l'endroit où il y a le plus de lacs au monde, il me semble. Il y a des points d'eau absolument partout.

Anthony Je ne veux pas me tromper. Je suis quasiment sûr de ce que j'avance, mais j'aurais dû vérifier avant. Mais il me semble que c'est un des endroits sur Terre où il y a le plus d'eau au monde. On a des lacs absolument partout, à part dans le sud. Le sud, il y a carrément un endroit qui est immense aussi, qui est désertique. Mais quand je dis désertique, c'est du... Bon, ce n'est pas le désert du Sahara, ce n'est pas le même paysage, mais c'est désertique. C'est aussi désertique que la Californie. Donc, c'est assez marrant. Donc, on intervient aussi dans ce paysage-là. Et là, c'est encore différent. Mais sinon, dans tout le reste de la Colombie-Britannique, c'est des lacs à perte de vue. Et vraiment une végétation particulière. C'est des résineux qui sont extrêmement inflammables en surface. Et ils sont donc plantés, ces arbres, dans de la mousse. Pour une grande partie du territoire du Nord, ils sont plantés dans plusieurs centimètres, voire plusieurs dizaines de centimètres de mousse. Cette mousse qui va être humide, selon la profondeur, et selon la période, et selon s'il y a eu des précipitations ou pas. Et bien souvent, dans le Nord, on combat un feu et on patauge dans l'eau. Et moi, je ne connaissais pas ça. Vraiment, je ne pensais même pas que ça pouvait exister. Et des feux qui peuvent être extrêmement dangereux. J'ai des collègues, il y a un incident qui est survenu il y a un pas de saison, la saison d'avant, où, comme je t'avais dit, les mecs sautent à neuf sur ce genre de terrain. Ils sautent juste à côté d'une rivière. Sûrement, là où ils ont sauté, ils devaient même avoir les chaussures trempées. Je peux même avancer là-dessus parce que c'est quasiment sûr. Et il y a un feu d'un demi hectare. Quand le temps, les dix minutes d'opération de saut, en fait, le vent tourne et la colonne de fumée tourne complètement. Elle se dirige vers la zone de saut et ils sont déjà au sol. Et en fait, là, il explose sur eux. Et ce feu, il finira à 15 ou 20 mille hectares par la suite. Et eux, ils ont dû être évacués. Ils ont perdu tout leur équipement, toutes les pompes, toutes les parachutes, toutes les tenues de saut. Et eux, ils sont évacués in extremis. C'est la vidéo d'un collègue qui me montre, il y a un front de feu de 8 kilomètres, quelque chose comme ça. Pendant, mais ça a explosé. En une heure, c'était l'apocalypse. Il y a plusieurs kilomètres de feu, de front de feu. Il est dans l'hélico et on voit la vidéo avec ce front de feu immense. Et ils viennent juste d'être évacués. Voilà. Qui faisait un demi hectare.

Loïc Mais parce que du coup, comment ça se passe ? S'il se passe quelque chose, vous avez quoi comme backup pour vous évacuer ? Il y a des hélicos, c'est ça, qui sont à disposition ?

Anthony Normalement, oui. Ça va vraiment dépendre du feu. Et avant de sauter, le sauteur en charge, donc le pompier en charge qui va sauter et se retrouver chef au sol, chef de cet incendie, va analyser la situation avec les… Comme je t'avais dit, il y a deux spotters. Ça, c'est des gens qui ne sautent pas, mais c'est des pompiers qui ont 15, 16 ans, 17 ans d'expérience en tant que smokejumper et qui nous font sauter. Après, des fois, ils sortent avec nous aussi, ça dépend, mais c'est que des mecs expérimentés qui sont à la porte et eux, ils sont juste attachés à l'avion et puis ils nous donnent des directives. Et en fait, avec le chef d'équipe, ils vont discuter de la manœuvre à suivre une fois au sol. Et du coup, est-ce qu'ils vont avoir besoin d'une machine au sol, c'est-à-dire une machine, un hélicoptère, deux hélicoptères de l'aviation, voilà, un largage retardant ou quelque chose comme ça, des bulldozers, parce qu'on travaille avec les bulldozers, des pelles mécaniques. On va travailler avec énormément de choses ou d'autres, après, d'autres unités pour venir en renfort. Donc, le plan est à peu près fait, enfin, façonné avant de sauter. Et du coup, les hélicos peuvent être notre, normalement, sont notre principal backup quand on est au sol. Notre principal backup, je voudrais dire, c'est nous, de ne pas se mettre en danger tout seul. Ça, c'est vraiment la base. Ils sont assez frileux là-bas aussi. Ils ne veulent vraiment pas qu'il y ait d'accidents. Et c'est moins cow-boy qu'aux États-Unis. Il y a moins d'habitations à perdre aussi. Donc, c'est une mentalité différente. Donc, on fait vachement attention quand on saute. Et de toute façon, on est tout seul. Après, même si on a un hélico en backup, si on vient de sauter et que le feu tourne et que malheureusement, on n'a pas de zone d'atterrissage pour l'hélico, parce que ce n'est pas parce que nous, on a atterri à un endroit que l'hélico, il peut se poser. Des fois, on doit débroussaller toute une zone nous-mêmes pour faire un accès pour l'hélico. Ça, c'est d'ailleurs une des premières missions qu'on fait à chaque fois quand on atterrit. Voilà. Donc, voilà, l'hélico.

Loïc L'hélico, c'est-à-dire qu'à partir du moment où tu as atterri, tu es sur la drop zone, il y a déjà des bonhommes sur les 12-13 qui préparent l'hélico au cas où.

Anthony C'est ça. Voilà. Alors, sur les petits feux, c'est encore différent parce que si on saute à 3 sur tout petit feu qui n'est pas virulent, ça, on le fera plus tard. On va attaquer le feu, on le termine. Ensuite, on revient. On prépare l'évacuation. Mais oui, effectivement, sur les plus gros feux, il y en a toujours 2 ou 3 qui sont assignés à cette tâche-là parce que s'il y a quelque chose qui se passe, il faut qu'on puisse être évacués. Et même sans que le feu nous déborde, s'il y a un blessé, parce qu'on travaille les tronçonneuses, tronçonneuses, c'est très, très dangereux. C'est des tronçonneuses avec des manches qui font 70 cm. Donc, voilà, c'est... C'est dangereux. Les arbres qui tombent, comme je te disais, il y a un collègue qui est en fin de saison, là, qui s'est pris un arbre sur la tête. Hanches disloquées, le nez pété, pommettes pétées. Voilà, fin de saison, il y a un largage d'hélico. Et comme c'est des arbres dans le nord qui, dans certaines parties du nord, ne tiennent qu'avec de la mousse, les racines sont vraiment plantées que dans la mousse. Et les racines ne sont pas larges parce qu'il y a tellement d'eau qu'ils n'ont pas besoin d'épuiser à 4 mètres pour aller chercher la flotte. Du coup, l'arbre est juste posé là. Et il y a un largage d'hélico. Il y a plusieurs arbres qui tombent. Et même, malheureusement, ils n'étaient pas loin. Et bon, c'est... Et le mec se prend un arbre, il a de la chance d'être encore là. Et voilà, et donc là, il a fallu que les collègues l'évacuent. Heureusement, ils avaient une zone de posée hélico qui était déjà prévue. C'est aussi pour ça. Il y a une collègue, il y a quelques années, je n'étais pas là, mais qui, elle, s'est cassé la hanche. Réception du seau. Elle fait un atterrissage difficile, elle se casse la hanche. Donc du coup, là, il va... Voilà, à peine au sol. Ça veut dire qu'il n'y avait pas eu le temps de créer cette zone d'évacuation, qu'il fallait déjà évacuer quelqu'un. Donc voilà. Donc nous, on a des kits aussi dans l'avion de premier secours pour l'évacuation de ce genre de... C'est une équipe de premier secours un peu plus évoluée. On va pouvoir conditionner les victimes et faire en sorte de les évacuer. Donc ça, ça se large aussi de l'avion.

Loïc OK. Alors justement, pour finir sur la partie logistique, comment ça se passe pour le matos ? Est-ce que l'avion, est-ce qu'ils arrivent à larguer ? Tu parlais de plusieurs tonnes de matériel, donc j'imagine que c'est conditionné sur des sortes de palettes. Est-ce que l'avion, ils arrivent à larguer et calculer la trajectoire pour que ça tombe pile sur la drop zone ? Ou ils envoient plus ou moins dans votre coin et vous devez aller après chercher vous le matériel et tout ramener au même endroit ?

Anthony Alors nous, on saute à 400 et on va sauter l'endroit qui semble le plus logique pour nous et le plus en sécurité. Le matériel, il le largue à une centaine de mètres, donc c'est différent. Avec des parachutes qui sont différents, ça va arriver au sol assez fort. Et en fait, ils ne sont pas sur des palettes. On ne largue pas de gros volumes. Nos cargos font entre 50 et 120 kg, je pense, chacun. C'est des parachutes qui peuvent au maximum être comme nous, les mêmes que nous. Parce qu'ils vont avoir quasiment les mêmes poids que nous. Et du coup, ils peuvent les larguer au même endroit que nous, ce qui se passe 80% du temps. Si jamais notre drop zone, elle se situe à... J'ai eu quelques feux où on était à une heure du feu parce qu'on ne pouvait pas sauter plus près. Donc, on saute juste avec notre matos de base, donc notre sac de feu qui est accroché à nous quand on saute. On arrive au sol, on plie notre parachute, on met notre tenue de saut, notre parachute sur le dos. On a nos sacs, ça fait déjà 30 et quelques kilos, 40 kilos. Voilà. Donc ensuite, les mecs, ils savent bien qu'on ne va pas s'encombrer d'une pompe qui fait en plus 30 kilos, sans compter tout le reste, parce qu'il y a des raccords, etc. On a des tonnes de matériel, on ne peut pas déplacer des tonnes sur un... Ça serait... On mettrait des heures ou des jours et ça ne serait pas efficace. Du coup, le matos, ils peuvent se permettre de le larguer dans un nid de rivière ou dans une zone où nous, on n'aurait pas forcément pu atterrir parce qu'il y aurait une zone où il n'y a que des arbres morts, où il y a plein de zones comme ça, dans lesquelles on n'atterrit pas. Ou alors, ça s'appelle des cut blocks. Il y a l'industrie forestière là-bas qui est omniprésente. Et des fois, il y a des zones déforestées. Ça s'appelle des cut blocks parce qu'il n'y a que les souches qui sont coupées à ras partout. Et nous, on ne saute pas dans ce genre d'endroit parce que ça peut être très dangereux. Il y a beaucoup trop de dangers au niveau de... S'il y a des arbres au sol partout, des arbres morts, des souches, et la proportion de danger est énorme. Du coup, nous, on ne saute pas. Par contre, ils peuvent larguer notre matériel là-dedans très facilement. Ils sont assez précis. Même s'ils larguent qu'à une centaine de mètres, c'est le pilote. Contrairement à nous, les sauteurs, c'est le spotter qui nous donne le top. En parlant du matériel, c'est le pilote. Comme ça va très, très vite, c'est le pilote qui donne l'ordre au spotter de balancer. Et bon, après, des fois, il y a des surprises. J'ai un de mes derniers flots de la saison. En plus, il était assez virulent. Pendant qu'on sautait, il y avait des... Il y avait des... Ça s'appelle l'Electra. C'est un avion qui largue du retardant, qui largue du retardant, donc qui largue avant qu'on saute. Ils se sont arrêtés quand on a sauté. Ils ont du suite repris. Il y en avait deux. Ils ont du suite repris quand on était au sol. C'était impressionnant. D'ailleurs, j'ai une super vidéo de cet avion qui largue qui est pas très loin de nous, à dizaines de mètres de nous. Et du coup, je me perds. Je suis encore là-bas. Quand je te parle, je suis encore là-bas et du coup, je me perds dans mes explications. Et oui, là, il y a le largage des cargos. Ce n'est pas fait de la meilleure des façons. Nous, l'opération de saut s'est très bien passée. J'ai une petite anecdote aussi concernant cette opération de saut. Bref, les cargos, ils les ont largués un peu partout dans les arbres, sauf là où vraiment on les voulait. La chance qu'on a eue, c'était que les kits tronçonneuses ont atterri au sol ou alors en partie au sol. Et on a pu récupérer les tronçonneuses pour ensuite abattre les arbres pour récupérer nos cargos parce qu'on avait des cargos et une pompe qui était à 20 mètres du sol ou 10 mètres du sol. Donc, on a passé un petit peu de temps sur ce fond. On a passé au moins une heure et demie à récupérer tout notre équipement qui était dans les arbres.

Loïc C'est l'aventure. Mais du coup, sur ces… Parce que la notion de temps, tu vois, je pense… Enfin, là, on comprend assez bien, tu vois, quand tu expliques que les bases, elles sont à 300 kilomètres les unes des autres, que le territoire fait une fois et demie la France. Même si vous intervenez rapidement, c'est quand même une sacrée logistique de vous larguer à 3 minimums, 12 ou plus max avec des tonnes de matériel qu'il faut récupérer plus tard. Donc, je suppose que quand vous partez, vous ne partez pas pour 2-3 heures. Donc, généralement, les missions, elles durent combien de temps ? En tout cas, tu en as fait 12, c'est ça, des sauts opérationnels, tu disais ?

Anthony Alors, 12 sauts opérationnels. Après, j'ai bossé en tout, j'ai, je ne sais pas combien de… Sur 3 ans, j'ai plusieurs mois de feu. Vraiment, 2 jours, ça se compte en mois, le nombre de jours que j'ai passé sur des feux. Mais donc, 12 missions larguées, mais après, j'ai eu des missions héliportées et j'ai eu des missions en 4x4. On a passé notamment 21 jours aux États-Unis en renfort dans l'Oregon. 15 jours au Québec en renfort. Après, dans le sud, en renfort, sans avoir été largué, on a passé un mois et quelques dans le sud de la Colombie-Britannique, dans cette région désertique. C'était l'année dernière. Donc, 12 sauts, mais après, des dizaines et des dizaines de feux.

Loïc Oui. Et sur ces 12 sauts, du coup, les temps de déploiement en général, ça correspond à quoi ?

Anthony Alors, c'est variable. C'est variable. En moyenne, je pense que je voudrais dire, en moyenne, je pense que c'est 3 jours. Ok. 3 jours. Ça nous arrive en 24 heures de plier le feu. Même, ça m'est arrivé en 3 heures d'avoir plié le feu. Tout est terminé, tout est rangé. Nickel. On attend les déco. Et mon premier feu, d'ailleurs, je saute. C'était un tout petit feu. J'étais un peu déçu, d'ailleurs. Mais bon, c'est normal. On a envie de toujours plus. Mais c'était quand même génial. Et on a sauté à 4. Feu pas très grand. Au bout de 3-4 heures, on attendait déjà l'hélico pour qu'il vienne nous chercher. Donc, le jour même, l'hélico est venu nous chercher. Ça, c'est... Voilà. Ça arrive de temps en temps. Sinon, après, on saute avec un kit de 48 heures avec notre tente. De la nourriture pour 48 heures. De l'eau pour 48 heures. Voilà. Des vêtements de rechange. Enfin, des vêtements pour secourir, etc. Au cas où on se prenne la pluie ou il fasse poids la nuit. Peu importe. De la petite... Voilà. Des éléments de toilette. Voilà. Et tout ça pour vivre en forêt pendant plusieurs jours. Et donc, on va régulièrement, enfin, quasiment tout le temps utiliser ces 48 heures. Et en plus, on va être relargué. Donc, tous les 48 heures, l'avion, il revient et on nous relargue des kits. Voilà. Ils nous larguent des kits en parachute pour nous réapprovisionner. Et puis ça, jusqu'à ce que... Qu'on ait éteint le feu ou qu'on soit relayé ou qu'on doit repartir. Voilà. Ça peut durer. J'ai des collègues qui sont restés... Combien ? L'année dernière ? 12 jours sans se doucher. Moi, le montillon que j'ai fait, c'est 6 jours.

Loïc 6 jours, OK. J'allais te demander c'est quoi le plus long que tu es fait. OK. Ouais, ça fait déjà... Parce que les conditions ont l'air d'être quand même bien rustiques. J'imagine qu'il n'y a pas énormément de sommeil non plus. si vous devez combattre un feu, ce que tu expliquais, voilà, c'est que généralement quand on vous déploie vous, c'est qu'il y a quand même une notion d'urgence ou que c'est un feu qui doit vraiment être éteint. Donc, ouais, 6 jours, ça doit faire long quand même.

Anthony Oui, ça commence à être long. Après, la rusticité, c'est vraiment le maître mot là-dedans. Et c'est vrai que tous les collègues canadiens, je pense qu'ils sont nés dans cet environnement, ils sont rustiques de base. Moi, en tant qu'Européen et notamment Français, j'arrive, voilà, je t'avais expliqué les moustiques, par exemple. Soupe de la France, on a 2-3 moustiques et avant, j'étais toujours là, ponaise, t'es en train de manger et t'as 2-3 moustiques, c'est le bout du monde, voilà, c'est chiant. Alors que maintenant, quand il y a 3 moustiques, je suis plus heureux. Les moustiques, c'est insupportable, c'est des milliers et des milliers de moustiques sur toi en permanence et sur pas tous les feux, mais sur 70% des feux sur lesquels on intervient, il y a ces moustiques, même plus, 70 ou 80%. Et c'est des centaines de moustiques, voilà. Donc il y a ça, il y a la chaleur, il y a cet environnement des fois qui peut être humide alors qu'on est sur un feu, voilà. Marécageux, des fois, alors ça dépend, dans le sud, ça sera très chaud et sec et vraiment, la rusticité, c'est le maître mot et ça m'a vraiment appris beaucoup de choses. Au début, ça m'a fait bizarre, il a fallu que je m'adapte et que je me mette un peu au niveau des mecs parce que j'avais vraiment du retard là-dessus et voilà. Mais au final, après, on se rend compte qu'on se... Moi, au final, très très vite, j'ai vraiment apprécié ce mode de vie très très heureux, très rapidement avec rien. Tu te donnes d'antifrice, moi j'avais un savon, de temps en temps, quand tu peux, parce que t'es noir de suie, t'es noir de... Tu transpires, t'es noir de suie parce que t'es dans le... Tu combats le feu toute la journée, tu sens la fumée et donc, il y en a, ils se nettoient même pas. Il y en a, ils sont tellement rustiques que se nettoyer le visage pendant plusieurs jours, ça sert à rien pour eux. Se nettoyer les mains quand ils mangent... Moi, j'étais encore, j'avais encore, mais il reste français, de français. Je t'ai quand même les mains avant de manger et le visage avant de dormir, voilà. Parce que pendant 12 jours comme ça, les mecs, je me demande des fois, c'est très rustique.

Loïc C'est ce que j'avais te demandé.

Anthony Comment ? On a des filles aussi et elles sont même des fois pires que les mecs. C'est vrai. C'est aussi dur mentalement, c'est... Moi, ça m'a impressionné, vraiment.

Loïc C'est ce que j'avais te demandé, tu vois, vu ce que tu décris du métier, c'est assez évident qu'il faut avoir une certaine mentalité pour être attiré par ça déjà et puis pour continuer à le faire, pour être pris et continuer à le faire. C'est quoi les rencontres qui t'ont marqué s'il y en a eu depuis que tu es au Smokejumper ?

Anthony Alors, j'en ai eu tellement. C'est... Alors, ils ouvrent la porte un peu aux Européens, donc j'étais le deuxième Français, l'autre, c'était un... Ben, qui est un Français, mais avec la double nationalité, du coup, c'est un peu différent. Il parlait très, très bien anglais quand il est arrivé là-bas, etc. Mais il y a un Allemand, un Hollandais, que je surnomme Papy, parce qu'il a voulu faire Smokejumper à 42 ans. Il était pompier professionnel, plongeur, etc., en Hollande, donc, enfin, aux Pays-Bas. et il a décidé d'immigrer au Canada et plusieurs années après son immigration, il a voulu faire Smokejumper et il a réussi. On était dans la même... C'était mon contingent. On a été recrutés tous les deux la même année et comme on était Européens tous les deux, on s'entendait vraiment bien, le même humour, l'espèce de... un peu de... cet humour noir qu'on a en tant que pompier et en plus Européen, contrairement à cette culture nord-américaine qui est un peu plus soft au niveau vraiment de l'humour. C'était vraiment quelque chose qui m'a marqué et avec, bon, Papi, on s'est vraiment l'Européen de base, le cliché du Hollandais de 42 ans qui a vécu dans les rêves parties, etc., et qui écoute de la techno à 7h du matin en faisant son sport. Voilà, c'est ce genre de rencontre incroyable et on se retrouve en forêt ensemble. Voilà, juste génial, ça, après, il y a tellement d'autres personnes, des bûcherons, enfin, les mecs sont bûcherons, sont chasseurs, ça chasse l'ours, ça vit à moins de 40 degrés l'hiver, voilà, vraiment, ça, oui, après, je vais en rajouter quelqu'un, je vais rajouter David Gauguin dont je t'avais parlé, on n'en avait pas parlé dans l'enregistrement d'avant, David Gauguin, pour ceux qui ne connaissent pas, c'est... c'est... cette célébrité, entre guillemets, américaine, qui est rentrée dans toutes les forces spéciales et qui passe sa vie, voilà, à se dépasser, à dépasser toutes les limites, surtout mentales et physiques et, en fait, dans son cursus, dans son parcours, il avait envie de rentrer chez les smalljumper, donc, il est rentré chez nous chez les smalljumper cette année, on l'a eu en nouvelle recrue et voilà, très très bonne rencontre parce qu'il est... c'est quelqu'un de célèbre et je ne pense pas que ce soit quelqu'un qui vienne là-bas pour l'argent ou quoi que ce soit, bon, je ne connais pas sa situation dans l'état, mais je me permets de dire ça parce que je ne pense pas que ce soit le cas et donc, c'est quelqu'un qui est venu chercher encore un autre challenge à 50 ans et d'être au milieu des jeunes, accepter de devoir... d'accepter que des... beaucoup plus jeunes lui donnent des ordres et c'est quelqu'un qui a vraiment une très très bonne rencontre pour ça et il a apporté... il a apporté beaucoup... il a apporté sa pierre édifice dans ce qui est motivation sportive et dans ce qui est vraiment mentalité, cette mentalité de dépassement de soi qui est incroyable chez lui. À 50 ans, il fait 3... 3-4 fois des marathons le matin avant de venir au travail. Je ne savais même pas qu'on pouvait faire ça. Je ne savais même pas que ça existait. Nous, on court, on fait du sport tous les jours, mais de là à faire plusieurs marathons par semaine avant de venir au travail, c'est... Voilà, à 50 ans. Et pour dire que le mec est vraiment en canne et ça, c'était une bonne rencontre aussi. c'est quelque chose qui, par rapport au mythe, il y a une grosse cassure et c'est un mec qui est très accessible. Voilà. Après, nos patrons aussi, je dis une dernière, voilà, nos patrons, très très bonne rencontre, c'est des gens qui sont tout aussi accessibles. C'est... Je voudrais dire, contrairement à la hiérarchie en France qui est beaucoup moins accessible parce que c'est quelque chose qui est construit et façonné différemment, là, en fait, c'est des mecs qui sont partis de rien, qui sont devenus patrons, mais quand je dis patron, c'est le mec qui gère les feux de forêt sur peut-être la moitié, l'équivalent de la moitié de la France. Ça, c'est notre patron parce que les zones sont divisées quand même, même en Colombie-Britannique. On a plusieurs secteurs et lui, qui gère toute une partie comme la moitié de la France et Tom, d'ailleurs, est qui... qui saute avec nous, qui fait des brinques avec nous. Il a 50 et quelques années, il saute toujours, il est toujours opérationnel. J'ai fait un feu avec lui, on a sauté ensemble. C'est un mec, il va manger aussi son steak sur du carton à 12h du soir ou minuit après avoir fait la journée de boulot, avoir porté les mêmes charges que nous. et il aurait techniquement même pas besoin d'être là, mais il est là parce qu'il aime tellement ce métier, c'est tellement exceptionnel. Il est là avec nous et puis, il fait exactement la même chose. Et puis, c'était même pas lui sur ce feu-là, le chef d'équipe. Et puis, il n'y a pas un mot, il suit les ordres alors que c'est celui qui nous permet à tous de faire ce qu'on fait. C'est cette mentalité qui est juste... Pour moi, je ne pense pas retrouver ça ailleurs. C'est... Voilà, c'est... Un vrai chef. Très chanceux de pouvoir vivre ça.

Loïc Oui, ça fait rêver. Oui, c'est vrai que tu m'en avais parlé de... Alors, moi, je disais David Goggins, alors peut-être que je prononçais mal depuis des années. Mince. Mais... Oui, c'est ça, oui. Mais en tout cas, oui, c'est impressionnant. Enfin, ça va être juste génial, tu vois, de faire ce genre de rencontre dans un métier où forcément, tes conditions de travail font que tu... t'as besoin des autres et que je pense que ça crée des liens très forts, très vite. Parce que quand tu passes 2, 4, 6, 12 jours en forêt à te battre contre le même ennemi, tu vois, le feu, je suppose, tu vois, que ça fait naître des choses très sympas. Alors, t'as parlé du steak. La dernière fois, tu nous avais raconté une petite anecdote. Je voudrais bien que tu nous la partages à nouveau parce que je l'ai trouvé assez rigolote.

Anthony Alors, c'était sur les kits de nourriture, c'est ça ? Et les steaks ? Non,

Loïc le congélateur dans la caserne.

Anthony Du coup, pour remettre dans le contexte, on a ces kits de 48 heures et donc, ce ne sont pas des kits tout faits justement comme dans l'armée, c'est nous qui mettons ce qu'on veut. On a un budget, on va au supermarché et chacun s'achète sa nourriture. Ça fait partie du processus et par contre, normalement, on est censé ne pas mettre de frais parce que il y a des fois, le kit, il va rester là un jour, deux jours, plusieurs jours, une semaine si jamais il y a des périodes creuses. Mais voilà, du coup, on met tout ce genre de sauce, des boîtes de conserve ou de la nourriture déshydratée ou du riz cuisson rapide, enfin, tout un tas de choses. Voilà, des barres de céréales, des flocons d'abondance. Et comme on sait que quand on part, on va sauter, on va 90% du temps rester la nuit, on a un congélateur qui est à côté de l'établi où on a nos affaires de saut et dans ce congélateur, chacun va mettre donc sa nourriture, la nourriture qu'il souhaite est congelée et juste quand on a le départ, juste avant qu'on s'habille pour partir, donc on a une grosse cloche qui sonne, c'est d'ailleurs un symbole là-bas, dès qu'il y a un départ, c'est la cloche qui sonne et là, tout le monde commence à crier partout, à gueuler, à courir dans tous les sens parce qu'il y a un départ, il y a l'euphorie qui monte, c'est à l'américaine, du coup, on met la musique, on met, voilà, c'est juste génial et donc, tout le monde se prépare, tout le monde récupère son petit paquet, chacun a confectionné un petit paquet dans une poche qu'on a mis au congélateur et généralement, moi, ce que je fais, c'est que je prends des côtes de bœuf, je prends une grosse côte de bœuf, après, je mets, je ne sais pas, un smoothie dedans, un petit burrito congelé pour le matin d'après ou peu importe, des bonnes choses, mais ce steak, voilà, ce steak, c'est une côte de bœuf, le bœuf est très bon là-bas, j'ai trouvé en Colombie-Britannique et pas très, très cher, donc tout le monde a sa côte de bœuf, je n'en sais rien, il y en a qui prennent de l'agneau, il y en a qui prennent du porc, peu importe, congelé, on se met dans la poche de notre tenue de saut et on saute avec ça, voilà, ça c'est, et les premiers soirs, c'est côte de bœuf, parce qu'on peut faire, on peut se permettre de faire des feux de camp le soir, après le feu, alors ça dépend, des fois c'est à 21h, des fois c'est à minuit, une heure du matin, mais on se fait toujours notre petit feu de camp et on se fait cuire notre côte de bœuf avec, je ne sais pas, du riz ou peu importe ce qu'on a à côté et voilà, ça, ça n'a pas de prix, être au milieu de nulle part, vraiment se sentir au milieu de nulle part parce qu'il n'y a pas de route à côté, si j'arrive quoi que ce soit de nuit, ce n'est pas bon du tout, voilà, on est vraiment seul au monde, il y a vraiment ce sentiment-là et donc ce côte de bœuf entre copains, voilà, c'est quelque chose de royal, c'est des moments qui sont gravés à jamais et on mange comme on peut, il y en a qui vont se couper avant à la tronçonneuse des assiettes dans du bois et on mangeait ça sur l'assiette, il y en a qui mangeaient avec les doigts, il y en a qui mangent sur le carton, il y en a qui, voilà, il y en a qui ont prévu, moi j'ai toujours un petit plat, une petite assiette, il y en a qui prévoient un peu plus que les uns mais les autres, c'est pas qu'ils ne pourraient voir pas, c'est qu'ils s'en foutent complètement, c'est, voilà, j'ai eu des mecs rustiques, voilà, c'est dans cette société un peu aseptisée ben, voilà, ça, on peut vivre comme ça, ça forcément, c'est des plumes, quoi.

Loïc Ouais, hyper intéressant. Bon alors, on a beaucoup parlé de comment tu en étais arrivé à faire ce métier, tes motivations, ce qui te plaît là-dedans, la logistique avec le matos, les rencontres que tu as faites mais concrètement, est-ce que tu pourrais peut-être nous parler, j'aurais dû te poser la question plus tôt, tu vois, parce que ça fait une heure que je t'écoute, je bois tes paroles là mais en fait, on n'a pas encore parlé de qu'est-ce que exactement, quelle technique est-ce que vous avez face à des feux sur lesquels vous êtes déployé, sur lesquels on vous fait sauter, qu'est-ce que vous pouvez faire, en fait, vous avez, donc tu as parlé de pompe plusieurs fois, de tronçonneuse, tu parlais d'attaquer les feux quand ils sont un peu plus gros, plutôt par l'arrière puis par les flancs mais en fait, ça ressemble à quoi concrètement à la mission d'un smokejumper quand tu es sur le terrain, qu'est-ce que tu fais ?

Anthony Alors, déjà l'équipement avec lequel on est largué, on est largué avec des tronçonneuses, on est largué avec des pompes, des kilomètres de tuyaux et des torches, ça dépend où on saute, parce qu'il y a certains endroits où ça ne sert à rien qu'on utilise ce genre de matériel, mais des torches pour allumer des contrefeux. Voilà, donc ça, c'est notre équipement de base et donc, comme ce sont des feux naissants pour la plupart qu'on va traiter et si on les traite dans le nord, il va forcément y avoir de l'eau. C'est très rare quand on n'a pas d'eau ou alors s'il y a de l'eau, elle est à plusieurs kilomètres et on va quand même aller la chercher parce que ça sera le plus efficace sur ce genre de terrain-là parce qu'on ne peut pas, c'est trop humide pour allumer des contrefeux efficaces, etc. et des fois, on est trop peu nombreux pour déboiser. Donc, les techniques, c'est la lutte avec l'eau, donc installation de pompe. Des fois, on a de la chance, le lac est à côté ou la rivière est à côté. On établit nos tuyaux très rapidement, on est rodé vraiment là-dessus, on arrive au sol, on range notre matériel, notre tenue de saut, etc. On récupère les cargos qu'on vient de nous larguer. Il y en a un qui installe la pompe, un qui installe les tuyaux, l'autre qui va reconnaître le feu avec le chef d'équipe, l'autre qui commence à couper des arbres pour créer un passage pour que les mecs avec les tuyaux arrivent par derrière et commencent à attaquer le feu. Ça, c'est à peu près la base de tous les feux qu'on peut faire dans le Nord. Après, ça nous arrive de ne pas avoir d'eau, donc ce qu'on va faire, c'est des méthodes un peu plus indirectes parce qu'on ne va pas pouvoir, tu te dis bien qu'on ne peut pas attaquer directement si on n'a pas d'eau, donc les méthodes indirectes, on prend un peu plus de recul, on va créer des coupes feu, on va essayer d'orienter le feu là où on veut ou on va essayer du coup, de l'entourer. Des fois, on va avoir un bulldozer, un bulldozer, ça va nous simplifier la tâche, un bulldozer et des peines mécaniques, on va demander à l'opérateur de nous faire une... donc de nous débroussager toute une zone, de nous faire une tranchée sur l'essence qu'il faudra et soit, si le feu n'est pas trop virulent, il vient se poser dessus, si le feu est trop virulent, à ça, on va ajouter un contre-feu. On va partir de cette tranchée qui va nous creuser et puis on va allumer un contre-feu qui va progressivement, enfin, qui va doucement gratter du terrain et brûler toute une région pour qu'ensuite, le feu principal, quand il va arriver dessus, il n'y ait plus rien à brûler parce que le feu principal va s'appuyer sur une zone qui est déjà brûlée et là, on aura un solide point d'ancrage et donc, il y a plein de techniques, on peut allier toutes les techniques ensemble, on peut allier des lignes de bulldozer avec un contre-feu soutenu par des kilomètres de tuyaux qui vont contrôler ce contre-feu parce que le contre-feu peut nous échapper aussi. Vraiment, ça dépend vraiment de l'échelle du feu. Voilà, donc, tronçonneuse, ça va être pour le, tout ce qui est trail autour des feux pour ensuite poser les tuyaux au sol, abattage d'arbres dangereux pour protéger les gars parce que c'est vraiment un danger, les arbres, c'est vraiment, je crois, un des plus grands dangers sur place. On en a qui tombent tout le temps en permanence, donc on est extrêmement vigilant par rapport à ça et ensuite, faire du plus gros travail, donc vraiment des coups de feu plus gros, ça c'est le travail de la tronçonneuse. La pompe, voilà, tu auras compris, on peut, soit sur du plat, soit sur de l'établissement longue distance, en montée avec du dénivelé pas possible, on va mettre plusieurs pompons relais, voilà, un des feux très très intéressant sur lequel on a sauté deux hectares en bord de falaise, il fallait qu'on aille le chercher, on a sauté dans une clairière, la clairière où il y avait des ours dont je t'avais parlé, enfin, un collègue qui voit un ours s'engouffrer dans la forêt juste avant qu'on saute et quand on arrive au sol, il y avait des excréments d'ours tout le monde partout et c'était une terre de grizzlies à côté de Rivalstock, voilà, donc là, je ne faisais pas le fier quand je marchais tout seul dans la forêt pour aller remettre de l'essence à la pompe, je ne faisais pas du tout le fier et donc là, on a dû aller chercher le feu, on avait, on a posé un kilomètre et quelques tuyaux avec je ne sais pas combien de dénivelé, on était à 1700 mètres d'altitude et voilà, plusieurs pompes en relais pour pousser l'eau qu'on avait dans ce creek jusqu'au feu, voilà. Ce genre de mission, c'est typiquement des missions smokejumper parce que c'est terrain accidenté, on ne peut pas faire intervenir de bulldozer, on ne peut pas faire intervenir, il n'y a pas la nécessité de faire intervenir l'aviation parce qu'il y a pour l'instant, au moment, à l'instant T, il y a, il n'y a pas le besoin, il n'y a pas, le feu ne menace rien mais il faut quand même le prendre en compte parce que, il faut quand même le traiter pour ne pas qu'il se développe. Donc ça, c'est vraiment typique mission smokejumper, dénivelé, T1, inaccessible et voilà. Et ce jour-là, d'ailleurs, anecdote, on est resté bloqué, on devait être évacué le cinquième jour le matin et l'hélico, donc il y a de très forts, très très forts orages là-bas et donc, on demande à l'hélico de venir nous chercher à 8h et un quart d'heure avant, 8h moins le quart, à vide de tempête et d'orage très sévère, juste là où on était, couverture nuageuse, on y voyait, il y avait du brouillard partout, on n'y voyait rien du tout, l'hélico, il est passé au loin, on a entendu à la radio, il dit, je ne peux pas venir vous récupérer, il faut vous évacuer tout seul. du coup, on a laissé tout notre matos à part notre tenue de saut et notre tenue de feu et là, on s'est évacué, le mec, enfin, le coordinateur de l'évacuation nous dit, bon, vous êtes à, je vois une route forestière à 1,5 km, on était à 1700 mètres d'altitude, la route forestière était très très bas en altitude, donc on s'est dit, bon, 1,5 km, ça va le faire, en fait, il n'avait pas pris en compte la pente et il nous avait donné une ancienne route forestière qu'on a marché 8 ou 9 km, on se prenait la grêle, les éclairs, c'était un enfer, c'était un enfer, mais je crois qu'il n'y a jamais autant rigolé dans une situation difficile comme ça parce que c'était des grandes forêts avec la grêle et toute cette eau qui nous tombait dessus, ce tonnerre, ce brouillard, on se grêle dans Jurassic Park, c'était des grands arbres immenses et voilà, des pentues, on tombait, tous les 30 mètres, on glissait, on avait entre 40 et 50 kilos sur le dos, c'était vraiment, on a mis plusieurs heures, on a mis 5 heures pour rejoindre les véhicules qui nous attendaient et c'était une expédition mais c'est encore une fois des souvenirs incroyables.

Loïc Ouais. Franchement, ça fait rêver, ce côté aventure, tu vois rusticité, te retrouver au beau milieu de nulle part dans la nature, est-ce que tu as le sentiment, parce que j'allais dire peut-être le sentiment d'utilité aussi à lutter contre l'incendie, c'est un des aspects qui te motive aussi ça dans le métier ?

Anthony Alors, oui, certes, après, il y a l'adrénaline, bien sûr, c'est pas le principal, l'adrénaline fait vraiment partie du métier, ce qu'on en dise ou non, je pense que les primo-répondants, je crois que c'est le terme, en français, les primo-répondants sont vraiment drivés par cette adrénaline, cette adrénaline de l'intervention, etc., donc il y a ça et puis il y a vraiment cette cause et la nobesse de la cause, on travaille donc pour les populations, après on travaille aussi pour des, entre guillemets, pas un client, mais on travaille pour l'industrie du bois, on va vachement protéger l'industrie du bois, on va protéger les industries pétrolières, minières, gazières, etc., mais dans la majorité des cas, c'est vraiment protection des communautés, protection de l'environnement, et ça fait toujours mal au cœur de voir des milliers et des milliers d'hectares partir en fumée, donc voilà, il y a quand même du sens dans ce qu'on fait, vraiment, c'est vraiment un métier pour lequel je ne me posais pas de questions sur le, enfin, il n'y avait pas de questions d'éthique, j'avais vraiment, je savais pourquoi j'y allais, c'était même pas questionnable, quoi, c'était, ça coulait de source, voilà.

Loïc Oui, génial, génial, du coup, c'est quoi la suite pour toi, parce que tu l'expliquais au début, c'est un système de saison, donc si je me souviens bien, en fait, tu pourrais y être toute l'année, simplement intervenir par moins 40, c'est un peu moins ton délire, mais comment tu te projettes pour la suite ?

Anthony Alors, du coup, voilà, comment ça se passe là-bas, on pourrait y être quasiment toute l'année, je pourrais même faire 10 mois ou 8 ou 10 mois, rentrer 2 mois en vacances, etc., sachant qu'il n'y a pas de feu, après, vraiment, il y a une saison de feu qui varie entre, si elle est vraiment très courte, ça peut être 2 mois, vraiment, et ça peut aller jusqu'à 6 mois, là, j'ai encore des collègues qui sont sur des feux, parce que la saison s'est prolongée et nous, elle a commencé en mai, du coup, ça peut vraiment durer dans le temps, le reste du temps, à la base, on a énormément de choses à faire, on doit plier les parachutes, on doit réparer les parachutes, on a un atelier de couture professionnel, donc on coud, on va fabriquer nos tenues de saut, on va fabriquer des parachutes cargo, on ne fabrique pas nos parachutes principaux parce que c'est trop technique et ça nous prend un trop de temps, mais on va les réparer par exemple, parce que des fois, quand on est intérior dans les arbres, les parachutes vont se déchirer, du coup, on les répare, après, on plie les parachutes, on plie les parachutes de réserve, on plie les parachutes de cargo, on va vraiment confectionner, on va réparer les sacs de saut, on répare vraiment tout, on fabrique beaucoup de choses, on est assez autonome sur beaucoup de choses, donc t'imagines la quantité de boulot qu'il peut y avoir, ça, c'est vraiment du travail, donc d'un point, l'été, quand il y a des choses à réparer, on les fait rapidement, mais après, tout ce qui est, toute la confection, du reste, ça se fait essentiellement l'hiver, réparation des parachutes qu'on a bousillées l'été, ça se fait l'hiver, donc il y a énormément de boulots et de projets comme ça, et en plus de ça, il y a des projets d'entretien des forêts ou des projets, voilà, beaucoup de projets forestiers qui viennent s'ajouter à ça, où on va passer du temps dans les forêts et voilà, pour bosser, soit pour le, enfin souvent pour le gouvernement, qui, enfin nous balance certains projets comme l'entretien des trails ou alors, enfin, entretien de forêts ou des forêts malades qu'il faut aller abattre, etc., voilà, ce genre de choses, ça vient s'ajouter à tout ça, donc il y a du boulot, pour nous, il y a du boulot vraiment quasiment toute l'année, enfin toute l'année pour plusieurs personnes, voilà, donc la plupart, il y a beaucoup de mecs qui choisissent d'y rester entre 6 et 8 mois, ils aiment bien avoir leur petit temps mort l'hiver pour profiter parce que c'est assez intense, ça permet d'aller voir la famille, il y en a qui voyagent, etc., voilà, et du coup, moi c'est ce que j'ai fait les deux premiers hivers, j'ai pris 4 mois de repos, mais j'ai travaillé sur Vancouver, j'étais cordiste, j'étais cordiste, je bossais sur les buildings à Vancouver, on changeait des fenêtres, on faisait de la réparation, etc., c'était très chouette d'ailleurs, très très chouette, et là, c'est hiver, j'ai décidé de rentrer en France et j'ai travaillé, voilà, avec des personnes en situation de handicap tout l'hiver, là, je suis rentré du Canada il y a un mois et quelques, je viens de m'y remettre, voilà, et je vais voir, normalement, je repars saison prochaine, mais je pense qu'à un moment donné, je vais me reconvertir dans quelque chose parce que c'est quand même très très loin, c'est très très loin et je ne veux pas faire de comparaison, mais c'est vrai que comme tous les mecs qui partent en OPEX, tous les militaires qui partent entre 4 et 6 mois, je pense qu'ils savent ce que c'est d'être loin et loin de la famille, etc., c'est un peu le même principe pour moi, moi, je ne suis pas canadien, je suis français, j'habite ici dans le sud de la France et voilà, ma compagne ou ma famille, à chaque fois, c'est long, c'est long de partir autant de temps et donc, je pense que je ne sais pas encore mais d'ici quelques temps, quelques années, je me reconvertirai en France. Voilà, j'y réfléchis. J'y réfléchis, je ne sais pas encore dans quelle branche.

Loïc Ok, bon, épisode à suivre.

Anthony Voilà, c'est ça.

Loïc Génial. Écoute, Anthony, franchement, un grand merci, c'était juste génial, tu vois, j'ai appris encore des choses alors que c'était la troisième fois qu'on enregistrait, enfin, il y a eu un vrai premier épisode et le deuxième, on n'a pas vraiment pu commencer mais c'était hyper intéressant, je me suis régalé. Donc, merci beaucoup, je suis sûr que ça donnera, en tout cas, que ça va éveiller la curiosité d'un paquet de gens sur le métier de smokejumper, peut-être même qu'il y aura des vocations qui vont naître, qui sait ? Donc, vraiment, merci, merci beaucoup. Est-ce que toi, il y a une dernière chose que tu voudrais partager pour conclure cet épisode ?

Anthony Oui, oui, certes, c'est, voilà, c'est comme toi, tes valeurs, dépassement de soi, résilience, c'est quelque chose qui, c'est vraiment, c'est vraiment des valeurs qui m'ont aidé dans ce projet. Je n'ai jamais lâché les bras, comme je t'ai expliqué un peu plus tôt, il y a beaucoup de gens négatifs qui vont se placer sur la route, des gens qui lancent des projets, même des amis plus ou moins proches, ce qui fait bizarre au début, parce qu'on aurait tendance presque à écouter ces personnes-là, qui peuvent être des personnes de confiance, s'écouter soi-même et surtout tenter les choses, parce que, moi honnêtement, avant de lancer ce projet, je ne pensais pas être capable de faire ce genre de choses et en fait, quand on s'en donne les moyens, que ce soit physiquement, au niveau du sport ou même après, au niveau, moi je n'ai pas fait de grandes études, mais quand je me suis lancé dans ce projet, je me suis tellement renseigné sur le cœur du métier, j'en suis devenu passionné, j'ai vraiment tout tourné autour de ça, ma nutrition tourne autour de ça, mon sport tourne autour de ça, les reportages que je regardais, tout vraiment, donc c'était, si on s'en donne les moyens, voilà, les jeunes, ou les moins jeunes, bien sûr, qui voudraient rentrer dans des unités un peu spéciales, que ce soit dans l'armée, les forces de l'ordre, les pompiers, peu importe, partir à l'étranger dans des unités spéciales ou même faire soudeur sur une plateforme pétrolière à l'autre bout du monde, il suffit juste de s'en donner les moyens et même si on n'aligne pas quatre pompes et une traction à l'heure actuelle, c'est quelque chose qu'on peut travailler et il suffit juste d'énormément de discipline et suivre ses rêves, quoi, il ne faut pas, rien n'est impossible, c'est vraiment la leçon de vie de mon expérience et que rien n'est impossible, absolument rien, qu'il faut juste s'en donner les moyens, c'est tout.

Loïc C'est un super message, écoute, je n'aurais pas mieux résumé que ça, cet échange, donc franchement, merci beaucoup Anthony, s'il y a des gens qui veulent te contacter pour en apprendre plus, en apprendre plus, aller plus loin, le mieux c'est quoi, Instagram ? Ouais, Instagram, oui, ok, ça marche, je mettrai tout ça en description de l'épisode. Merci beaucoup Anthony, très bonne saison hivernale en France et excellente saison du feu l'an prochain, 2023 au Canada.

Anthony Allez, écoute, je te remercie en tout cas de m'avoir accueilli, c'est un plaisir de pouvoir partager cette histoire avec toi.

Loïc Merci Anthony.

Anthony Allez, ciao. – Sous-titrage Société Radio – – ...

Transcription automatique relue · susceptible de contenir des imprécisions.

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