Sébastien C'était ma sixième RAF et je pense que sur six RAF, on est passé quatre fois au Ventoux. Je n'ai jamais réussi à bien passer, mais jamais. J'ai toujours ou explosé dedans ou alors mis quatre heures et demie pour le monter. Je sais ce que ça fait de le monter correctement. Je sais aussi ce que ça fait de l'attaquer en n'étant pas bien. Ma plus grosse peur sur cette trace, c'était de dire que le Ventoux, si ça se passe mal, c'est là que tout va se jouer.
Loïc Sous-titrage Société Radio-Canada suivre leur propre chemin. Attention, une écoute régulière peut entraîner des changements positifs irréversibles dans ta vie. Tu es prévenu. Bienvenue Seb, super content de te retrouver au micro défrappé, quelques mois seulement après ton épisode, mais bon, quand même, c'était octobre 2025 la diffusion, donc je pense que ça doit faire 10 mois peut-être qu'on s'était vu. Comment tu vas depuis ?
Sébastien ça va bien on est un mois après le dit projet donc ça va super bien et puis l'effet de course et tout ce qui s'est passé ont quand même aidé à bien récupérer aussi mais voilà je me remets bien en selle là tu vois j'ai fait une semaine normale d'entraînement tout va bien
Loïc nickel nickel, bon s'il y en a qui n'ont pas écouté encore cet épisode, l'épisode d'octobre 2025 le 218 si je ne me trompe pas il est dispo partout sur toutes les plateformes le lien est en description également mais dans les grandes lignes on avait parlé de ton parcours en général d'abord la voile à haut niveau voile olympique sur Marseille ensuite on arrivait dans l'univers du triathlon et en particulier des longues distances type Ironman puis l'ultracyclisme et tu nous expliquais alors j'ai un doute sur combien d'années d'affilée tu as fait ça mais la Race Across France c'est une vraie histoire d'amour qui a commencé en 2020 si je me rappelle bien. Exactement,
Sébastien tu as tout le bon, c'était la sixième fois que je me présentais sur Aline des départs. Alors pas tout le temps sur le même format, il y a plusieurs formats qui vont de 300 kilomètres, maintenant il y a même un 200 de nuit qui se fait, mais de manière générale ça va de 300 à 2500 kilomètres et j'ai fait quasiment tous les formats, seul ou en duo avec ma chérie et c'était ma troisième fois sur le format course Rennes, on va dire, le 2500 km. Excellent.
Loïc Du coup, qu'est-ce qui s'était passé si on regarde un petit peu la fin de ta préparation, on va dire, enfin la fin de préparation, en tout cas, deuxième partie, j'imagine, entre octobre et le départ qui était le 18 juin à Handaï, à quoi elle a ressemblé ta fin d'année 2025 et ta première moitié de 2026 ?
Sébastien Oui, écoute, la fin d'année, c'est bien passé. J'avais encore une dernière petite course de prépa avec un gravelman qui était un format, une petite répétition, c'était un 500 kilomètres. Donc, c'est un format qui se fait bien parce qu'on rentre en 24 heures ou quasiment. Du coup, tu récupères, tu prends deux jours de repos après et tu arrives à refaire une semaine
Loïc classique. C'est lequel que tu as fait ?
Sébastien C'est le gravelman Marseille. C'était très pratique, c'est à côté. C'était à la maison, il passait par le vent, tout. voilà j'aime bien faire ce type de format ça se fait assez simplement il n'y a pas une densité incroyable il ya toujours du monde et du coup ça me permet de bien valider mes allures etc donc j'aimerais en bien et puis là c'était très pratique on était à la maison une trace calée jusqu'au ventoux en partant de marseille qui est calé au ventou et qui revenait avec une belle boucle, voilà, typiquement le genre de parcours que j'aime bien, en plus en plein hiver, donc on pouvait pas aller jusqu'au sommet, on a dû basculer un peu à Vuranche, à Lérenard c'était plein de neige donc voilà, c'est vraiment assez épique mais très sympa. Donc j'ai fini comme ça l'année et le début d'année, écoute, j'ai enchaîné assez vite, on a la chance, tu as été dans le sud comme moi, donc on a la chance de pouvoir profiter quand même des températures assez clémentes, donc on arrive quand même à garder du volume dehors j'ai assez peu fait de home trainer tu vois c'est un peu la chance qu'on a j'aime bien, je trouve que c'est très très efficace mais par contre quand on a la possibilité de rouler dehors je préfère toujours faire une séance dehors que sur le home trainer
Loïc même pour des séances spécifiques où tu as besoin de travailler des blocs
Sébastien ouais en fait tu as totalement raison il y a des séances que j'aurais dû faire je pense sur le home trainer pour plus de facilité parce que quand tu as des blocs typiquement au moment où je m'envoyais mes séances j'ai des blocs à respecter et en fait si à un moment tu as un bloc à 300 watts pendant 3 minutes et que tu es en pleine descente tu ne vas pas le faire donc du coup c'est vrai que par facilité ça serait mieux de le faire sur le home trainer mais je crois que j'en ai trop bouffé honnêtement depuis 6 ans j'en ai trop fait et maintenant tant pis s'il y a un petit bloc qui est décalé etc je m'adapte et j'essaye de faire en sorte de le passer un peu plus tard donc je ne suis pas à 100% rigoureux sur le truc mais franchement je préfère rouler dehors
Loïc et j'imagine quand tu te mets des charges d'entraînement comme ce que tu t'es mis avec comme objectif de gagner la raf la notion de plaisir elle est quand même ultra importante
Sébastien donc prendre en compte sur une fin de prépa donc tu vois j'avais quand même besoin d'enlever un peu de contraintes et de charge mentale sur cette partie-là.
Loïc Je me souviens que pendant l'épisode, je ne sais plus si c'était la première fois, en tout cas c'était vraiment une des premières fois que tu annonçais publiquement ton objectif qui était de gagner la RAF. Alors mon rêve. Ton rêve.
Sébastien La nuance est importante parce que du coup, à la suite de ça, j'ai reçu plein de messages. Tu vas gagner, alors non. attention juste pour rappeler du coup moi j'ai pas les moyens physiques de gagner il faut bien se rendre compte du niveau qu'ont les gars qui sont devant c'est juste lunaire je suis très très loin de ces gens là et donc du coup l'objet de ce projet c'était justement mon rêve c'est gagner la race de cross France donc la RAF je vais pas y arriver parce que C'est clair, je n'ai pas le niveau. Mais par contre, comment je fais pour m'en rapprocher le plus possible ? C'était vraiment ça la genèse du projet.
Loïc Et ça a changé quelque chose pour toi dans la préparation, dans ton approche de la course, une fois que tu l'as vraiment annoncé, que tu as mis des mots sur ce rêve et que tu l'as rendu public ?
Sébastien Oui, déjà, ça t'engage. C'est à partir du moment où tu l'as dit. C'était aussi pour ça que je le faisais. Alors, pas pour m'engager dans le sens où souvent tu dis, ça t'engage auprès des autres, du coup tu ne peux plus reculer. Ce n'était pas pour ça, parce que je n'allais pas reculer, et ça c'est clair. Par contre, je voulais bénéficier de toute la force que pouvaient m'envoyer les personnes de mon entourage et les gens qui me suivaient. Parce que je sais que c'est, en tout cas pour moi, ça compte vraiment. Donc je me suis dit, c'est un projet qui va me coûter vraiment physiquement dans l'engagement, etc. Et je me dis, si je peux récupérer de l'énergie à droite à gauche, tant mieux. Et donc, du coup, j'ai ressenti ce besoin d'en parler. Et donc, du coup, ça a suscité des réactions. Alors, tu vois, mon premier cercle, ils savent très bien, ils connaissent mon niveau, etc. Donc, ils me soutiennent, mais voilà, ils ont bien compris le truc. Et quand ça a dépassé un peu le premier cercle, un peu sur les réseaux, c'est « ouais, tu vas le faire, etc. » Alors du coup, j'ai dû réexpliquer que le vrai niveau, il était bien au-delà de ce que moi, je pouvais atteindre, mais que la démarche, c'était plus de me dire, pas je veux aller au départ avec la meilleure version de moi-même, mais je veux franchir la ligne d'arrivée en ayant eu la meilleure exécution possible de tout ce que j'ai appris, de tout ce que j'ai accumulé. Donc, c'était vraiment ça. Mon objectif, c'était ça.
Loïc Ultra intéressant. Ultra intéressant. Je ne sais pas si en prête mentale, que ce soit en voile ou si tu en fais régulièrement aussi depuis, mais ça me fait penser à une notion de la distinction dans le type d'objectif que tu te fixes. Souvent les gens, on prend le départ d'une course, on pense à un chrono, à un classement, etc. Mais j'étais tombé pendant ma formation préparateur mentale sur des études qui ont été faites aux US. Je ne sais plus dans quel team national ça a été fait, mais où en gros ils se rendaient compte qu'en termes de durabilité et même de performance globale du sportif, en fait la meilleure approche c'est d'avoir un triptyque d'objectifs, un objectif de résultat un objectif de performance et un objectif en gros de processus et donc le résultat c'est le classement la performance c'est finalement vis-à-vis de toi est-ce que tu es plus rapide et l'objectif de processus c'est est-ce que tu as exécuté ton plan donc c'est ultra intéressant de t'entendre dire ça c'est pas souvent qu'on j'ai l'impression qu'on se projette de cette façon finalement ma victoire c'est d'arriver de franchir la ligne d'arrivée en ayant exécuté tout le plan que j'avais travaillé en amont
Sébastien ouais tu vois pour moi c'est vraiment comme ça que je me suis dit parce qu'en fait tu vois moi qui viens du monde de la voile et si tu prends en référence le Vendée Globe etc souvent on dit t'as gagné quand t'es au départ du Vendée Globe et tout ça c'est vrai parce que déjà toute l'énergie qu'il faut déployer et tout ce qu'il faut réussir à cocher comme casse pour être au départ c'est déjà incroyable mais après si tu demandes à chaque marin homme ou femme quand ils ont franchi à une dérivée comment eux ils se voyaient comment ils se seraient vus en tout cas satisfaits de leur projet c'est évidemment en ayant quand même exécuté toute la quintessence de leur art donc tu vois pour moi ça reste quand même important certes je voulais être au départ dans les meilleures conditions possibles mais il n'y avait pas que ça je voulais vraiment tu parlais de prépare mental mais justement c'est la première fois de ma vie vraiment la première fois de ma vie où j'ai fait appel à quelqu'un en l'occurrence Camille Sommier qui fait aussi de l'ultra vélo et qui s'est reconvertie en tant que prépare mental et je l'ai alors que je pensais ça je le dis plusieurs fois mais alors que je pensais que la force mentale entre guillemets ce qu'on appelle la force mentale on sait pas vraiment le définir mais c'était mon seul atout quoi, c'est vraiment le truc où je me suis toujours dit bah voilà ça c'est un peu ton pilier c'est le truc qui ne flanche jamais tu es sûr que c'est une force qui t'accompagne et pour le coup là je me suis dit ce projet il me dépasse un peu je commence à avoir des gens qui me disent vraiment des gens qui me disent ouais mais tu vas vraiment gagner c'est sûr et tout et alors moi j'étais bien conscient que ce n'était pas possible mais je me suis dit il va falloir faire attention parce qu'à force d'entendre ça régulièrement et même mes proches qui commençaient à dire ouais c'est génial ce que tu fais et tout ça je me suis dit je vais prendre une grosse claque quand même quand je vais passer la première base de vie alors le parcours est très long il y a trois bases de vie etc on y reviendra et que je vais me retrouver 70ème tu vois il va falloir quand même avoir des armes pour pouvoir toujours garder ma ligne de conduite, toujours exécuter le plan et c'est dans ce sens là que j'ai fait appel à Camille en lui disant concrètement voilà Camille j'ai ça comme rêve il est inatteignable mais je veux m'en rapprocher je sais que le début de course peut être assez compliqué parce que moi en plus je vais partir dans mes allures et donc je vais assez vite être derrière et je vais potentiellement revenir avec ma stratégie mais en tout cas les débuts vont être compliqués créez moi une boîte à outils pour que je puisse justement avoir une stabilité émotionnelle tout au long de la course et rester concentré, rester focus sur tout ça donc voilà on a vraiment travaillé là dessus
Loïc ultra intéressant je pense qu'on en reparlera qu'on va rentrer dans le détail de la course. Pour rappel, s'il y en a qui ne l'ont pas en tête avant qu'on parle du départ, tu me dis si les chiffres ne sont pas bons, mais ce que j'ai là, c'est 2487 km. C'est ça. Départ le 18 juin 1996, 43 000 m de dénivelé. Non, non, non.
Sébastien Cette année, c'était une des rafles les plus roulantes. On était aux alentours des 30 000. Ok, ah oui, gros diff. 30 000 de D+. du coup ce qui changeait pas mal de choses mais ouais ouais c'était assez roulant 2500 km pour 30 000 de députés
Loïc ça doit être l'année d'avant du coup et départ Handaï, arrivée Mandelieu départ le 18 juin jusqu'au 18 juin j'ai envie de te dire j'ai l'impression que tout allait à peu près normalement en tout cas dans ce que tu ne contrôles pas le contexte etc Mais par contre, à partir du 22, je crois, on est rentré en plan canicule, enfin, vigilance orange dans pas mal de coins de France. Est-ce qu'il y a eu un impact direct sur ta course ? Donc, on va parler de ça. Juste avant qu'on rentre dans le détail, toi, au départ, tu étais dans quel état d'esprit ? Serein par rapport à tout ce que tu avais mis en place ? Excité, impatient, un peu flippé quand même ?
Sébastien Oui, un peu tout ça. Un peu tout ça à la fois. j'avais quand même envie que ça parte parce que ça faisait deux ans que je préparais ça très très sérieusement il y a eu beaucoup de sacrifices même si j'aime pas trop ce mot mais effectivement beaucoup de temps dédié à ça en dehors de qui m'ont éloigné un peu de ma femme et mon fils qui elle-même a ses projets donc elle a mis un peu entre parenthèses ses projets sportifs pendant deux ans beaucoup de week-ends où j'étais pas là voilà donc Donc, quand même envie d'arriver au début de cette course. Et puis après, tout le stress d'avant-course. Alors, pour aller… Alors, moi, du coup, de faire un Marseille-Hendai, comme ça, ça ne paraît pas compliqué sur le papier. Mais il faut savoir que les lignes de train qu'on emprunte pour aller là-bas, ça fait partie des lignes les plus en retard de France. Je me rappelle de tes stories.
Loïc Maintenant que tu mentionnes ça, je me rappelle de tes galères.
Sébastien Voilà, donc un stress pas possible. parce que déjà quand on est seul dans un train et qu'il y a du retard et qu'on manque ses connexions, c'est compliqué, mais quand en plus tu as ton vélo, les gens ne font pas forcément super gaffe à ton vélo dans le train, on est plusieurs parce qu'évidemment, on avait beaucoup de raffeurs dans les trains, donc on essaye de prendre soin des uns des autres, mais il n'y avait pas du tout assez d'emplacements vélo. Pour réserver un emplacement, pour ceux qui connaissent un peu, il ne faut pas le faire directement quand on achète un billet de train, il faut aller sur Vélo à bord qui est un autre site, chaque région a son site, c'est une démarche, tu dois retrouver ton train, enfin c'est un bordel son nom, vraiment, c'est hyper compliqué. Donc ça a pas mal de stress, donc du coup quand tu rates une connexion, tu dis déjà je ne suis pas sûr d'avoir un nouveau train et je ne suis pas sûr en plus de pouvoir mettre mon vélo dedans. Donc il se trouve, je la fais courte, que tout s'est joué à une minute près sur les deux connexions, mais voilà, du coup quand je pose le pied en daïe la veille du départ de la course, je souffle quand même un petit peu. donc ça c'était la première chose première étape de passer et après il y avait aussi le climat qui était assez particulier parce qu'en fait le jour du départ de la course c'était le premier jour de la canicule donc on est vraiment tombé tu vois j'arrive à Rendaille il fait 40 et la semaine d'avant à Marseille pourtant on a quand même l'habitude d'avoir des chevaux de chaleur on était encore sur des journées faisait 20-25 degrés donc le gap entre rouler à 20-25 et à 40 il est important en gros tout le monde est arrivé pas acclimaté du tout sur cette course et on savait qu'on allait partir dans la fournaise jusqu'à la fin
Loïc à ce moment là du coup est-ce que vous aviez conscience que potentiellement ça allait avoir un impact sur le dérouler de la course ou pas ?
Sébastien Alors, on a eu un briefing d'avant-course, mais vraiment, en gros, le départ était… En tout cas, moi, je suis parti, donc c'est du départ en Rolling Star, donc on part toutes les 30 secondes et on était à peu près 250 au départ. Et moi, je partais dans les premiers et on a eu un briefing d'avant-course, peut-être deux ou trois heures avant. Et à ce moment-là, on demande à Nini, qui est l'organisateur, nous dit qu'il va faire très chaud, donc il nous donne des bonnes pratiques, etc. pour gérer la chaleur, mais je crois qu'à ce moment-là, il laisse plus ou moins entendre que si jamais il se passe quelque chose et c'est compliqué, il y aura des directives qui seront annoncées, mais pas encore, on n'en est pas au point de ce qui va arriver, donc une neutralisation, etc. Donc on part, on sait qu'il va faire très chaud, et on se dit plus qu'il va falloir composer avec ça, et donc on nous alerte sur le fait qu'il ne faut pas qu'on s'amuse à partir comme des tarés parce qu'on va se prendre un coup de bâton.
Loïc Et tout le monde a suivi les conseils ou c'est parti comme des tarés ?
Sébastien Pas du tout. L'ultra-cycliste, c'est comme... En fait, ça devient comme l'Ultral Trail maintenant. C'est-à-dire que tu regardes le départ d'un UTMB, pour ceux qui ne connaissent pas, ça va de Chamonix au Zouche, c'est du faux plat descendant et tous les élites, ils partent comme si c'était un Z-Bord. Et là, maintenant, on va être devant en ultracyclise, c'est pareil. Tout le monde part à fond.
Loïc Tu te rappelles de la vitesse au départ, de ta moyenne au départ ? As-tu regardé ou pas du tout ?
Sébastien On part, on tracé vite dans le Pays-Bas, dans des belles cotes qui font du 15-20% de temps en temps, donc ça te calme un petit peu. Mais par contre, en termes de watts, en termes d'engagement, moi, à ce moment-là, je suis vraiment au seuil. Je suis au seuil, comme si j'allais faire une course de 5-6 heures. Maintenant, on va dire que je suis au début de mon seuil, je sais qu'il ne faut pas que j'aille plus haut, sinon je vais vraiment exploser. Et là, en fait, je me dis juste, de toute façon, maintenant, ça part vite. Les 24 premières heures, il faut quand même être capable de tenir un certain rythme pour te placer dans la course. Et après, tu reprends un peu, entre guillemets, un rythme de croisière que de toute façon, tu es obligé. Tu es en Z2, sur un ultra comme ça, tu fais de la Z2 tout le temps quoi et donc en gros moi en tout cas personnellement mon état des lieux du truc c'est que au bout de 24 heures de course que tu aies fait de la Z3 avec un peu de Z2 ou inversement que de la Z2 t'es défoncé pareil donc en fait il y a quand même un petit attrait à quand même vouloir partir vite parce que c'est ça de gagner et puis ça te met un peu dedans moi j'aime bien maintenant devant ça va encore encore beaucoup plus vite et là le risque vraiment des élites on va les appeler ceux qui jouent la gagne c'est que vraiment quand ils pètent ils perdent 10 km heure de moyenne c'est un vrai problème moi c'est encore autre chose je ne suis pas dans ces envergueurs là mais du coup c'est quand même parti vite moi en plus j'étais le numéro on a un numéro de Saravi sur la reste de France France moi c'est l'USS, donc UltraStreetSupported 63 parce que j'étais le 63ème de l'histoire à prendre le départ d'une REST Cross et donc il se trouve que du coup sur la ligne de départ je pars 7ème parce qu'il n'y avait que 6 gars devant moi qui avaient fait des éditions plus récentes et donc assez vite je me prends un peu au jeu de dire ça serait quand même sympa de se retrouver en tête de la RAF même quelques secondes et en fait j'étais pas parti du tout pour ça mais très vite je me retrouve deux troisièmes et je vois le premier qui est Régis Courteil qui est un habitué qui a fait la rave pareil tous les ans depuis je sais pas combien d'années et qui fait à chaque fois top 10 et je le vois deux trois virages plus loin et je me dis ah putain ça serait quand même sympa d'aller le chercher et tout juste pour faire la photo quoi tu vois et je le reprend et au moment où je le reprends je lui mets une demi-roue et de suite il reprend sa place j'ai même pas eu le temps de prendre deux photos donc j'ai fait une story juste après pour dire j'étais en tête de l'art ça a duré deux secondes mais voilà il a repris tout de suite sa place il a dû se dire qui c'est lui attends on va remettre les pognes on va remettre les glides au centre du village mais c'était assez rigolo et pour moi c'était assez grisant et ça participe au fait que pour moi c'était aussi une fête cette course il fallait que j'en profite que j'en profite à fond
Loïc excellent Est-ce que tu peux nous raconter du coup l'annonce de la neutralisation ? Ça arrive à quel moment de la course, en tout cas de ta course à toi ? Et comment tu la prends et comment tu réagis ?
Sébastien Ouais, alors du coup ça arrive finalement assez vite parce qu'on part à 20h, le soir on passe la nuit, donc là on passe le col de Hobbysque sous l'or dans les Pyrénées après avoir fait quelques bosses, on sort des Pyrénées, on remontait, en fait la trace c'était en Daï, on remontait, on passait à Créon, c'était à côté de Bordeaux, c'était la première base de vie, Orléans qui était la deuxième base de vie, et là on redescendait en longeant un peu la Loire pour passer en Savoie, Albertville et ensuite Le Ventoux et Mandelieu donc ça faisait un oméga en fait un gros oméga dans la France et donc assez vite tu vois, la première nuit se passe bien on fait toute la première journée donc la première vraie journée avec une chaleur terrible où là, en fait c'est là où ça a commencé à dérailler, il y a eu pas mal de gens qui ont fait des gros coups de chaud etc donc je pense qu'il y a eu les premières alertes de l'organisation à ce moment là en se disant il va peut-être falloir qu'on fasse quelque chose
Loïc T'as signé à des températures là ?
Sébastien Ouais avec le compteur tu sais on a les températures, c'est les températures au soleil donc ça va prendre vraiment avec des pincettes mais moi j'ai vu marquer du 47 sur le compteur donc 47 au soleil en train de rouler je sais pas ce que ça peut donner à l'ombre mais en tout cas c'est des choses que j'ai jamais vu écrites sur le compteur de vélo en 6 ans de vélo donc ouais c'était assez terrible et en plus de ça on avait pas énormément d'occasion de se ravitailler on traversait vraiment que des petits patelins t'avais pas de l'eau partout assez compliqué donc il fallait composer avec ça. J'allais te demander du coup sur le parce que tu
Loïc devais transpirer à mort, perte de sel minéraux et tout, si tu avais un plan pour ça avant le départ ou si tu as dû un peu ajuster, faire un détour, aller chercher du salé. Ouais alors de
Sébastien toute façon du salé, ton introduit est super tôt. Moi dès la première nuit tu vois au bout de 7-8 heures j'avais déjà des snacks salés. Je m'étais fait des sandwiches, une petite dédicace à à Nouchka Simi qui m'a fait ma nutrition. Pour ceux qui connaissent un peu sur les réseaux, j'avais des petits vrapes avec de la viande de grison et du comté. Magnifique. Ça passait super bien. Je suis toujours ça en début de course maintenant, depuis qu'elle me suit. Et donc oui, assez vite, tu vois, même la nutrition sportive, on en a pour tenir, on va dire 24 heures. Mais en soi, très vite, tu dois repasser sur la bouffe normale. surtout quand il y a des températures extrêmes comme ça, avaler des gels il y en a qui arrivent bien à le faire et moi j'en ai toujours un petit peu par-ci par-là dans la journée, dans la nuit surtout des gels caféinés la nuit etc mais par contre ton alimentation elle n'est pas faite exclusivement de ça, c'est pas possible donc l'adaptation elle s'est faite, elle était déjà un peu prévue et après j'ai fait de l'optimisation à un moment je me suis autorisé on a le droit de sortir de la trace mais il faut qu'on revienne exactement à l'endroit où on a quitté la trace. Je me suis autorisé un détour d'un kilomètre. Ça ne paraît rien, mais c'est beaucoup quand tu es en course, tu vois, de te dire que tu fais un kilomètre gratuit, etc. Il faut vraiment avoir besoin de quelque chose. J'ai fait un détour d'un kilomètre pour aller rejoindre un petit market qui n'était pas sur la trace parce que je sentais qu'il fallait que je bouffe du taboulé, quoi. Tu vois, un vrai truc qui soit à la fois frais, à la fois salé. J'ai fait des pauses, tu vois, sur les 24 premières heures. je crois que j'ai une heure de pause et j'avais prévu 20 minutes. Je m'étais dit, je m'autorise 20 minutes et finalement, je n'ai pas réussi. C'était impossible. Du coup, j'arrive à Créon, la première base de vie, donc kilomètre 540, vers 19 heures. Et j'avais prévu de pousser encore de 120 bornes pour aller dormir plus loin, donc au milieu de la nuit. Et en fait, à ce moment-là, j'ai une vraie prise de conscience. Je me dis, bon là, tu es complètement cramé. On n'a fait que 24 heures de course, mais tu as pris cher dans la journée. Je ne vais pas dormir à la base de vie parce qu'il est encore tôt. Il est 19 heures et puis il y a du bruit. Ce n'est pas idéal les bases de vie pour s'arrêter. Donc, je me dis, je vais pousser à Libourne, qui est 50 bandes plus loin. Et je vais dormir à Libourne. Bon, assez mauvaise idée. Il y avait un festival de musique. mais bon de rien, ça va, j'ai quand même dormi j'ai quand même réussi à dormir mais par contre j'étais cuit et là c'est ma première grosse erreur de la rap c'est qu'en fait à ce moment là, pendant que je suis en train de rouler on reçoit un message de l'orga on avait une application dédiée que j'ai pas ouverte et mon coach en plus qui m'appelait régulièrement je n'ai pas répondu parce que j'avais désactivé Bluetooth de mon téléphone, je me suis fait engueuler. Du coup, ça a changé par la suite. Mais en tout cas, c'est à ce moment-là que l'organisation décide de mettre en place d'abord des post-fraîcheurs. Donc, post-fraîcheurs, qu'est-ce que c'est ? En fait, on a eu l'interdiction de rouler de midi à 16h pour le jour qui allait suivre. Et pour les autres jours qui allaient suivre, c'était de midi à 18h parce que la température allait encore monter. Et sauf que moi, au moment où ils envoient l'information, je suis en train de dormir. Et donc, en gros, je me réveille, je fais une grosse nuit, je fais trois heures de nuit, je n'ai jamais dormi trois heures en ultra. C'est la première fois que je fais une nuit, que je dors autant, quoi. Et je me réveille en me disant, « T'as génial, je suis super bien récupéré. » Et là, je vois le message, « Ah putain, du coup, j'ai le droit de rouler que jusqu'à midi, quoi. » Donc, première erreur, parce que du coup, si j'avais pris l'info avant, j'aurais certainement adapté la stratégie et j'aurais fait autrement, quoi. Donc, voilà. Donc finalement, je roule jusqu'à midi, je me mets un peu minable pour choper. Parce qu'à midi, du coup, il y a encore de nouveau une décision très stratégique à prendre. Ça veut dire qu'à midi, tu dois trouver un endroit à manger, à boire et au frais. Et là où on se trouvait, tu vois, c'était quand même pas… Il n'y a pas énormément d'options. Il n'y a pas énormément d'options. On traversait que des hameaux, trois petites maisons qui se courent après, pas grand-chose. et donc moi je me retrouve dans un moment la situation où en gros je peux m'arrêter à midi moins 20 il y a un petit village avec une supérette et je me dis à 20 quelques kilomètres plus loin il y en a un autre avec normalement un bar et tout autant pousser il me reste 20 minutes, c'est dommage de perdre ces 20 minutes là donc je pousse, je pousse et je me mets un peu minable j'arrive à 11h58 dans le village tout fermé, rien rien du tout la boulangerie que j'avais checkée elle n'existait plus et par chance il y avait un bar restaurant qui avait l'air un peu en travaux qui n'avait pas vraiment l'air ouvert et je pousse la porte et il y avait le nouveau patron le repreneur du bar qui était là c'était pas ouvert mais il m'a accueilli et il m'a fait à manger et il m'a sauvé sur cette post-fraîcheur parce que sinon je me serais retrouvé dehors et c'était intenable. Ça m'a permis d'être, alors pas au frais, il n'y avait pas la clim, mais en tout cas de manger, de boire. Il m'a même autorisé à me vautrer sur le canapé du bar jusqu'à 16 heures. C'était sympa de sa part.
Loïc Excellent. Donc là, ça c'était le 20 ou le 19 déjà ?
Sébastien C'était le 20, c'est ça. donc on avait déjà passé deux nuits on avait déjà passé deux nuits sur le vélo et donc là c'était la on a attaqué la troisième journée même si la première journée elle a commencé le soir donc ça a commencé comme ça du coup à cette heure
Loïc mise en place des postes fraîcheurs midi 16 et c'est le lendemain où on vous dit ça va être midi 18
Sébastien ouais
Loïc et c'est le surlendemain où on vous dit on arrête
Sébastien ouais c'est même dès le lendemain du coup je repars à 16h donc je repars en me disant c'est simple tu fais nuit blanche et tu roules jusqu'à midi le lendemain il n'y a pas d'autre solution j'étais prêt pour ça et en plus ça me permettrait à ce moment là si on fait un point ranking un peu je dois être aux alentours de la 50ème place et je me dis maintenant le jump il va falloir le faire maintenant il va falloir sauter la prochaine nuit et je vais commencer à rattraper petit à petit les paquets de devant et donc je fais la nuit blanche qui se passe bien et en fait je me retrouve je crois à 35ème à ce moment là donc l'opération se passe bien en plus je me sentais vraiment en forme, mine de rien la poste fraîcheur elle est quand même à repartir en ayant grillé moins de cartouches donc c'était quand même pas mal joué de la part de l'organe même si ça a été beaucoup décrié, mais voilà, ça fonctionne bien. Et c'est à ce moment-là, le matin, alors parce que du coup, je viens de passer une mamie du blanche, je me suis quand même pas rentré dedans pour la passer, mais voilà, je suis content, je suis assez fier de moi. Et là, appel de l'organisation, j'ai quand même un doute, ah oui, il se passe ça d'abord, c'est qu'on a aussi une des règles de course qui est un temps de pause obligatoire au bout d'un certain nombre d'heures de sel, ce qui fait qu'en gros tous les 36 heures on doit avoir 4 heures de pause cumulées on les répartit comme on veut ça peut être du sommeil, pas du sommeil, tu fais ta vie mais en tout cas ça a pour objectif de faire en sorte que les coureurs ne s'amusent pas à faire que des nuits blanches donc c'est un parti pris de l'organisation mais du coup il faut quand même composer un peu avec ça surtout en début de course où tu peux avoir vite fait de ne pas avoir le temps d'arrêt nécessaire et donc moi j'avais un petit doute j'ai vu que j'avais fait ma nuit blanche qu'il y avait eu la neutralisation mais la neutralisation ne compte pas dans les temps d'arrêt donc ça vient se mettre en plus donc du coup j'étais assez en retard sur le temps d'arrêt que je devais avoir au bout de 36 heures donc j'appelle il y a une hotline on va dire qui s'appelle le PGO le poste de gestion opérationnelle qu'on peut appeler 24-24 qui est à la base un numéro d'assistance si jamais on a un problème mais qui nous permet aussi de répondre à des questions quand on a des doutes comme ça et donc je les appelle pour dire voilà je viens de faire la nuit blanche je vois sur l'application j'ai le décompte du temps de pause que j'ai réalisé je voulais savoir s'il était bon parce que j'avais l'impression qu'il y avait un gros écart par rapport à mon compteur enfin bref et à ce moment là il y a Arnaud qui prend le téléphone donc Arnaud Manzani organisateur qui me disait on va probablement neutraliser la course donc arrêter la course parce qu'en fait tous les départements qu'on va traverser sont passés en zone rouge et zone rouge ça veut dire interdiction pure et simple d'avoir des compétitions donc en fait tout est annulé donc il m'annonce ça je sors de ma nuit blanche il doit être 7h du mat et ça me coupe les jambes direct tu vois je me dis il y a tout qui s'écroule 2 ans de projet tu t'investis etc ça va s'arrêter là et en fait il me dit je vais appeler une quinzaine ou une vingtaine de personnes pour sonder un petit peu je vais vous proposer deux choses et où on a eu purement et simplement la course, pour vous, alors pour nous, il faut bien comprendre qu'il y avait une trentaine de gars qui avaient réussi à passer le département qui allait être en zone rouge et qui donc pouvaient continuer la course. Donc eux allaient pouvoir finir la boucle, même s'il y a eu encore des péripéties derrière, mais en tout cas, à ce moment-là, 30 personnes peuvent finir la boucle et tous les autres, donc moi j'étais 35e ou 32e, on va devoir s'arrêter. Donc, il me dit, c'est simple, ou on annule purement et simplement la course pour vous, et les autres finissent leur course, ou alors, vous vous démerdez, vous allez par vos propres moyens à Albertville. Donc, on est à Orléans, moi, j'étais proche d'Orléans à ce moment-là. Albertville, là-bas, en face, de l'autre côté. Vous vous démerdez pour aller à Albertville, parce qu'Albertville est en zone orange. Et donc, vu que c'est une des prochaines bases de vie qu'on devait passer, on peut imaginer refaire un départ d'Albertville, et vous finissez la trace. Donc moi, à ce moment-là, il me propose ça, entre faire du vélo et pas faire du vélo. Si tu veux, la question est vite répondue. Mais du coup, il y a quand même ce gros coup où j'accuse le coup. J'accuse la nouvelle. Je me dis, là, ça va être compliqué. Je sais que j'ai envie de rouler. Je n'ai pas envie de regarder les petits copains sur mon téléphone. Ça, c'est hors de question. Je vais y aller. mais combien il y a de personnes qui vont se présenter déjà là-bas, quelle motivation moi j'y trouve, est-ce que ça répond à mon pourquoi de je fais la course enfin tu vois il y a quand même un peu tout ça qui arrive
Loïc et là tu avais fait combien de kilomètres déjà à ce moment-là ?
Sébastien là du coup j'avais fait 1100 kilomètres
Loïc ah ouais quand même, et combien d'heures de course ?
Sébastien tu te rappelles ? du coup on était parti le jeudi à 20h vendredi 20h on est samedi du coup samedi midi
Loïc 40 heures en fait 1100 kilomètres la vache punaise
Sébastien voilà quoi
Loïc Arnaud fait son petit sondage j'imagine que la conclusion du sondage c'est il y a une majorité qui est en mode nous on veut faire du vélo donc on go pour Alverville
Sébastien ouais en fait je sais pas à combien dans son sondage il appelle que 15 ou 20 personnes donc je pense que sur ces 20 personnes il y a quand même beaucoup qui disent qu'ils veulent repartir mais voilà déjà moi je me retrouve je suis à 30 km d'Orléans je m'abrite dans un hôtel qui n'a pas la clim je me mets face à un ventilateur et tu vois j'attends de voir ce qui va se passer et en fait à ce moment là il se trouve que donc il y avait mon coach Loïc Lepout qui faisait la course aussi qui a arrêté au 500ème kilomètre parce que finalement il n'était pas il n'était pas venu pour ça quoi enfin il n'était pas venu pour les bonnes raisons en tout cas et donc il se dit plutôt je vais m'occuper de mes athlètes donc il avait 5-6 personnes qui faisaient la course dont moi et donc en gros il s'occupait de nous enfin tu vois on faisait la stratégie etc et donc à ce moment là où tout s'arrête où on nous dit il faut rejoindre Albertville moi je commence à checker les trains c'est assez compliqué quand même pour passer par Paris en tout cas là où je me trouvais c'était compliqué et en fait il m'appelle il nous fait un appel Whatsapp avec tout son petit groupe et il me dit je remonte la trace et je passe tous vous chercher en voiture et je mets le porte-vélo derrière et on va tous à Aix-les-Bains chez mon beau-père qui est à côté d'Albertville et on dort là-bas et le lendemain vous prenez le départ excellent donc il y a tout ça qui se met en route donc finalement j'attends il y avait un athlète qui était 5ème à ce moment là, William qui lui continuait la course, il n'était pas embêté par la neutralisation et tous les autres étaient derrière, donc en fait il a récupéré tout le monde jusqu'à arriver à moi et après on a dormi à Orléans chez une copine, Caroline Van Damme et le lendemain on a pris la route donc tous ensemble pour aller jusqu'à Aix-les-Bains puis à Albertville
Loïc Ok, du coup Albertville vous vous retrouvez à combien pour cette deuxième course dans la course ?
Sébastien Ouais, du coup déjà pendant le trajet, il se passe pas mal de choses parce qu'on est tous dans la voiture on se raconte un peu tous nos péripéties etc, mais moi je ne sais pas trop ce que je fais là, je suis dans la voiture je me dis, je vais reprendre le départ d'une course qui va faire pour le coup la dernière partie faisait 640 bornes avec à peu près 10 000 de D+. Du coup, en gros, là, tout se remettait à zéro. Pour nous, en tout cas, tous ceux qui étaient neutralisés, tout se remettait à zéro et on allait repartir sur une nouvelle course, vraiment. D'Albert-Dil jusqu'à Mandelieu. Les autres continuaient la course. Et finalement, dans les 30 qui sont passés, il y en a encore 15, une quinzaine qui se font arrêter parce que pendant qu'ils passent le département de Saône-et-Loire, ça passe en rouge. Et donc, en gros, on les neutralise genre quelques heures après nous. moi j'avais quand même ce sentiment j'étais quand même à une heure de passer le cut à Orléans et en fait même si j'étais passé j'aurais été arrêté comme les autres juste plus tard donc finalement ils ne sont que 17 à être encore en course et à faire le grand tour et tous les autres et tous les autres se retrouvent déjà il y avait eu beaucoup d'abondons déjà mais en plus de ça tout le monde se dit est-ce qu'on va se retrouver à Albertville ou pas et moi je suis dans la voiture et je me dis qu'est-ce que je vais faire là-bas est-ce que j'ai vraiment envie de rouler est-ce que j'ai encore envie de me faire mal j'ai un peu tout ça qui se met en branle dans ma tête et à un moment je parlais à ma pote Caroline Van Damme qui est aussi voileuse comme moi on a eu exactement le même parcours on a fait la même carrière en voile sur les mêmes bateaux et on se retrouve tous les deux à faire l'ultra-cyclisme c'est assez rigolo et à un moment je ne sais plus on parle justement elle aussi remettait un peu en question la décision, elle ne savait pas si elle allait prendre le départ et au bout d'un moment elle me lance comme ça mais cette course si tu allais la gagner et en fait tout de suite ça me met dans un espèce de nouveau mood où je me dis c'est peut-être ça qu'il faut faire alors je savais que ça allait être Évidemment, encore très challenging parce qu'il y avait tous ceux qui étaient devant moi à ce moment-là. C'était encore un autre niveau. Et puis, ça restait quand même très difficile comme objectif. Mais en tout cas, j'ai trouvé un nouveau levier. Je me suis dit, j'y vais pour ça. J'y vais pour me dépasser. J'ai retrouvé le pourquoi j'allais me faire mal, entre guillemets, et qu'est-ce qui allait me pousser à me dépasser sur cette nouvelle course. Et donc, on arrive à Albertville et finalement il y avait aussi cette question là je me suis dit combien il y a de gens qui vont venir ça se trouve on va être 20 pelés tu vois au départ ça va être un peu bizarre de faire une course où on est 20 quoi et finalement il y a une centaine de personnes qui sont venues ce qui correspondait à vraiment un beau pourcentage des gens qui restaient en course si tu enlèves les abandons donc tu vois on est arrivé au départ Arnaud a pris la parole a fait un discours je pense que tous les gens qui étaient là étaient déjà hyper contents enfin on sentait qu'il y avait une atmosphère tu vois où tout le monde était là en mode tarné. On est vraiment content d'être là. C'est génial.
Loïc Excellent. Franchement, bravo, parce que ça ne doit pas être évident. Tu es dans ton effort, tu vois, psychologiquement, tu as ton objectif. Et là, on t'annonce, il y a un truc qui est complètement indépendant de ta volonté. Ce n'est pas une erreur de parcours. Tu ne t'es pas planté sur la trace. Tu n'as pas fait n'importe quoi sur l'alimentation, le sommeil. Et là, d'un coup, tout s'arrête. Oui, ça ne doit pas être, je pense que ça ne doit pas être évident à gérer. En tout cas, le fait de rester, de rapidement rebondir se trouver un nouvel objectif se recentrer, repartir ça doit être un bel exercice de résilience dans l'instant
Sébastien et tu vois d'où le travail de prépa mental je pense honnêtement que si je n'avais pas fait ça en amont si je n'avais pas anticipé tout ça et si je n'avais pas travaillé ça avec Camille je pense que j'aurais pu m'effondrer à ce moment-là tout aurait pu s'arrêter
Loïc c'est quoi les outils ? parce que tu parlais de boîte à outils c'est ça que tu cherchais dans l'accompagnement c'est quoi les outils que tu as utilisés à ce moment-là ?
Sébastien Ouais, c'est très propre à chacun mais tu vois, moi j'avais à chaque fois une posture qui est là pour répondre à une problématique avec un geste qui formalise un peu tout ça et une pensée tu vois, c'est une espèce de triptyque où il se passe ça, alors du coup tu fais ça sur ton vélo et tu penses à telle chose, tu vois, c'est vraiment je ne vais pas rentrer dans les détails mais système d'ancrage voilà c'est vraiment ça et du coup à chaque situation à chaque fois qu'il s'est passé ça et il y avait un truc très simple aussi je ne sais pas si on parle de prépa mental ou pas mais du coup quand tu as une prise de décision forte à avoir si tu n'as pas mangé, si tu n'as pas bu, si tu n'as pas dormi tu ne prends pas cette décision là et tu vois au moment où Arnaud m'appelle et me dit la course elle va s'arrêter là je raccroche le téléphone, je me jette sur le bas côté je dors 10 minutes parce qu'en fait je me suis dit tu viens de passer une nuit blanche Ce n'est pas maintenant que tu vas trouver la réponse à ce qu'il faut faire, comment tu vas le faire, etc. Donc, je me suis jeté sur le bas-côté. J'ai tombé un debi bidon juste avant de m'assoupir. J'ai mis un réveil dix minutes plus tard. Et quand je me suis réveillé, j'avais toujours ce sentiment. Je n'étais toujours pas super en forme, mais j'ai pu prendre une vraie décision. Et je pense que ça, c'est valable tout le temps. En ultra, c'est un peu la base.
Loïc ça tombe bien que tu parles de ça en tout cas belle coïncidence sur le site des frappés j'ai plus de 300 épisodes maintenant donc je commence à recouper ce que me disent les invités que j'ai reçus sur plus de 6 ans maintenant qui viennent tous d'univers très différents mais je recoupe un peu ce que j'entends au micro du podcast sur des sujets notamment l'abandon et quand j'ai fait l'exercice il n'y a pas très longtemps il y a quelques jours l'article est en ligne je suis allé regarder ce sujet de la peur de l'abandon en ultra alors c'est beaucoup d'ultra trail mais aussi vélo il me semble que je parle de Marjorie Marjorie de Goumouin c'est Macky Sifing on parle de sa gestion de l'abandon et un des conseils une des citations que j'ai reprise c'est exactement ce que tu viens de dire c'est que finalement c'est plus la tête que le physique qui lâche quand tous ces sujets un peu négatif, qu'est-ce que je fous là, est-ce que c'est le moment d'arrêter, etc., ressortent. Important de marquer un temps de pause, de se ressourcer et de prendre une décision, on va dire, pas forcément dans l'instant, quand il y a de l'émotion, de la fatigue accumulée, etc. Ce que tu me dis, c'est ultra intéressant, c'est ce que pas mal d'invités d'Univers assez variés disent aussi. Peut-être, pour celles et ceux qui nous écoutent, un bon conseil à garder, c'est pas que le conseil de Seb, c'est le conseil de pas mal de gens. C'est pas moi qui l'a inventé. Yes. Ok, donc Albertville, une centaine de participants, ça fait un bon ratio parce que si on avait initialement 30 devant toi, vous étiez 200 et quelques au départ, 100 au départ d'Albertville, c'est pas une partie.
Sébastien La première journée, je crois qu'il y a une quarantaine d'abandons, pour dire, sur une première journée, autant d'abondons, ce n'est pas normal. En ultra, les abandons, tu le sais bien, ça arrive plutôt sur la deuxième partie de course avec les petits bobos. Là, pour qu'il y ait des DNF en 24, heure, c'est pas normal.
Loïc Juste avant qu'on passe sur la suite, quand tu montes dans la voiture, j'essaie de m'imaginer la scène, tu vois, tout le monde est en mode, on vient de se faire récupérer par le coach qui a lui-même abandonné la course et en mode neutralisation. Tu montes dans la voiture, c'est quoi l'ambiance quand tu es là ? Quand tu t'assois sur le village.
Sébastien C'est assez bizarre. Alors, ça avait quand même pas mal d'air de colonie de vacances. Parce que tu vois, on était tous là en tenue de vélo, on ne se sentait pas très bon. on était tous un peu déchirés et c'était assez bizarre mais en même temps très marrant franchement on a passé tu vois les 48 heures qui nous ont séparés de la coupure jusqu'au nouveau départ on était comme des ados c'était n'importe quoi, on a tous dormi sur les tapis de sol par terre et on faisait que manger bref c'était n'importe quoi mais du coup ça fait partie de ce souvenir là ça a vraiment pour tous tu vois on a un petit groupe WhatsApp ça s'appelle RAF 2026 c'est pas très original mais on continue de là un mois après de s'écrire quasiment quotidiennement sur ce qui nous arrive alors que c'est terminé donc ça a vraiment créé beaucoup de bien
Loïc excellent la course dans la course la deuxième course donc le départ se fait en soirée aussi
Sébastien on part à 22h parce qu'il fait encore très très chaud. Vraiment, Albertville, c'est un four. C'est irrespirable. On a l'impression d'être dans un sauna. Départ à 22h. Quand même dans une super ambiance parce que, encore une fois, tout le monde est content d'être là. Je me souviens prendre une photo avec Loïc, mon coach, au départ comme si on avait franchi la n d'arrivée alors qu'on est en train de partir. C'est n'importe quoi, mais vraiment content d'être là. J'étais vraiment dans ce mood je sais pourquoi je suis là et j'étais peut-être encore dans des meilleures dispositions que sur le premier départ parce qu'il y avait même plus ce stress qui était très fort sur un départ de course on l'avait déjà vécu donc voilà hyper content d'être là je pars là en deuxième position parce que tu vois en ayant encore encore moins de gens il y avait encore moins de numéros avant moi donc je pars en deuxième position je me retrouve assez vite devant et les 60 premiers kilomètres étaient très roulants, on rejoignait Grenoble c'était quasiment tout plat donc je m'éclate ça part très très vite et moi je reste volontairement très vite pareil parce que ça fait deux jours qu'on est comme ça on a envie d'y aller tout le monde est parti comme si c'était une course d'un jour alors qu'on est plutôt on a enlevé les 17 meilleures donc normalement ça devrait partir un peu moins vite mais non, ça part quand même fort tout le monde est à fond et très vite on arrive dans le Vercors et là on se voit tous, c'est assez particulier du coup on est comme sur un premier jour de course donc on est assez proche des uns des autres, on n'a toujours pas le droit de faire du drafting, donc on n'a pas le droit d'être roue dans roue ça fait partie des règles de l'Ultra à vélo, en tout cas pour la RAC Cross France donc on a le droit de rester l'un à côté de l'autre mais pas de se tracter donc moi je reste il commence à avoir un petit groupe quand même qui va un poil plus vite que moi je les vois en ligne de mire etc mais je me dis voilà moi je suis déjà quasiment au rupteur ça sert à rien d'aller encore plus vite la course elle fait quand même 640 bornes voilà enfin fais ce que tu sais faire quoi tu vois je me prends pas trop la tête avec ça
Loïc sachant que sur les 48 heures de coupure tu dirais que tu vois en termes de récup ta jauge d'énergie t'étais remonté jusqu'où à peu près
Sébastien on n'a pas super bien dormi par contre on a beaucoup mangé donc ça a quand même bien aidé à récupérer musculairement après on avait une fatigue générale qui était installée parce qu'on avait fait 3 jours de course un peu comme si tu finissais un ultrat de 3 jours et que toujours plus tard on disait tu repars pour un autre voilà c'est un peu cette ambiance là donc les joules ne sont pas revenus à 100% mais elles sont quand même bien remontées grâce notamment à la nutrition. Donc, on passe le Vercors. Il y avait une base de vie à Bolen, donc vraiment frontière de la Drôme et entrée dans Vaucluse, qui allait nous amener après au passage du Ventoux, qui était donc le point culminant, en tout cas de ce parcours-là. Et donc, dans les prévisions, on allait passer le Ventoux en plein après-midi. Donc, un peu l'horreur. Je me suis dit que le Ventoux, ça allait être vraiment le juge de paix. de ce parcours, parce que, pour l'avoir fait, tu vois, c'était ma sixième RAF, et je pense que sur six RAF, on est passé quatre fois au Ventoux, je n'ai jamais réussi à bien passer. Ah oui ? Jamais. J'ai toujours, ou explosé dedans, ou alors, mis quatre heures et demie pour le monter, enfin, toujours dans des conditions, déjà, je n'ai jamais passé de nuit, je l'ai toujours placé en pleine journée, donc, vraiment l'horreur. Donc, j'en ai vraiment à souvenir, putain, c'est quand même une montagne que je connais bien, tu vois, en étant à Marseille, j'y vais quand même assez souvent je sais ce que ça fait de le monter correctement et en fait je la connais tellement bien que je sais aussi ce que ça fait de l'attaquer en n'étant pas bien et donc vraiment j'avais cette peur là, c'était ma plus grosse peur sur cette trace, c'était de dire le ventou vraiment si ça se passe mal c'est là que tout va se jouer parce qu'en fait il y en a qui tu peux facilement mettre une heure de plus que quelqu'un si ça ne va pas et donc finalement on arrive à la base de vie à Bolen aux alentours de midi en tout cas moi j'arrive aux alentours de midi et il y avait une dizaine de personnes, une dizaine de gars qui étaient arrivés, le premier était passé il y a une heure déjà, donc il m'avait déjà mis une heure sauf que tout le monde était encore là au moment où j'arrive il y a encore tout le monde à la base de vie capot ouvert en croix on s'était refait la matinée par des chaleurs horribles, etc. La nuit, tout le monde roulait à bloc. Je ne te raconte pas l'état de tout le monde à midi le lendemain. Donc moi, je vois ça. Je ne suis pas forcément en meilleur état. Par contre, je l'ai tellement anticipé que j'arrive dans la base de vie, je rentre et je remplis mes bidons et je repars. Et là, il y a un peu tout le monde qui me regarde et qui me dit « Qu'est-ce que tu fais ? Si tu ne vas pas manger, te rafraîchir ? » Non, non, moi, ça va. Ça n'allait pas du tout. ça n'est pas du tout
Loïc alors là c'est fracture du mental garantie pour tout le monde
Sébastien donc au moment où je fais ça il y a un peu tout le monde qui me regarde ah ouais ok il y a un gars seulement qui repart avant moi c'est Thibaut Ralu qui est un copain en plus on se connait, il est sur l'organisation des gravelman, on se croise depuis de très nombreuses années et on se connait bien et lui il est en train de repartir, il a mangé il a bu, il est prêt il s'est rhabillé, il repart et donc il part, il doit partir une dizaine de minutes avant moi et moi je repars en deuxième position à ce moment là alors que je rentre dixième ou douzième dans ces eaux là, dans la base de vie et je repars direct et il y avait seulement 60 kilomètres qui nous séparaient de la base de vie de Bolen au pied du Ventoux et je me dis bon bah nickel, 60 bornes je referai le plein c'était la montée par Malocène pour ceux qui connaissent donc je me dis je referai le plein d'eau à Malocène et en fait ces 60 km ils sont juste horribles vraiment la chaleur est à son maximum je me fais rattraper par deux gars qui finalement 3 km plus loin se retrouvent dans un bar en Croix alors qu'on venait de quitter la base de vie c'était un massacre vraiment un cimetière à ciel ouvert donc on est là on combat d'infirme un peu pour aller rejoindre Malopet J'ai dû faire trois arrêts en 60 bornes. Et finalement, on arrive au pied du Ventoux. Et là, je refais plein comme prévu. Et on attaque la montée. Et là, vraiment, c'est écrasant. Et au moment où j'attaque la montée, on s'est de nouveau rassemblés. On est quatre ou cinq en tête à attaquer la montée en même temps. Et donc là, la chaleur est écrasante. Je me dis que ça va être un massacre. Il est 15 heures. plein cagnard 15h plein cagnard on est les seuls débiles à monter le ventou on va tous crever quoi c'est sûr donc là mon pote Thibaut qui lui est très bon grimpeur en plus juste avant on se lance un petit pari il me dit ouais moi je pense que le ventou je peux le monter en 2h je dis mais mec jamais de la vie tu montes en 2h le ventou déjà on a 1400 bornes dans les pattes il fait 45 degrés jamais quoi bon il a mis 2h07 en plus en rigolo je lui ai dit je t'offre un vélo si tu es réussi à le monter en deux heures j'aurais mieux fait de me taire donc ils montent super bien avant tout et en fait ce qu'ils nous savent c'est que 5 km avant le sommet il y a un gros orage qui arrive donc tout se couvre, on perd 5 degrés et en fait ça fait vachement bien de suite tu vois ça fait un espèce de reset, on est dans des meilleures conditions donc gros orage et donc je crois que j'arrive au sommet, je dois être 4ème dans ces eaux là 3ème ou 4ème et par contre au sommet au moment où ça bascule grêle à fond et c'est là où il fallait pas faire n'importe quoi sur le chargement des sacoches puisqu'on a un matériel obligatoire qui est assez conséquent qui nous permet d'affronter toutes les conditions mais là je pense qu'au vu des conditions de la chaleur etc il y en a pas mal qui sont assez délestés qui ont gardé du matos obligatoire mais au lieu de prendre un coup de vent Gore-Tex tu prends juste un coup de vent ce genre de trucs qui te font gagner quelques grammes mais si jamais ça se passe mal, tu peux le payer très cher. Et là, en l'occurrence, la descente du venteau, pour ceux qui connaissent, c'est une heure de descente. Il y a 30 bornes du sommet du venteau jusqu'à Sceaux, où on devait aller. 30 bornes avec les 5 premières bornes dans la grêle et tout le reste sous une pluie battante. Donc là, même moi, avec tout l'équipement, j'arrive en bas, je suis gros lotant, je suis vraiment à la limite. Il ne fallait pas que ça dure plus longtemps. et les trois ou quatre personnes qui étaient devant, sur les trois, quatre, il y en a trois, ils sont frigorifiés. Il est 19h là, du coup, quand on arrive à saut, il y en a déjà qui décident de dire, « Moi, je vais dormir là ou je vais dormir deux heures plus loin, etc. » Donc, tu vois, déjà, tout le monde se dit, il va falloir couper, il va falloir faire une vraie nuit. En tout cas, il va falloir dormir cette nuit, puisqu'on avait déjà une nuit blanche. Et tu vois, deux nuits blanches en vélo, ça commence à taper. Une nuit blanche, ça se fait quand tu as un peu d'expérience et quand tu es un peu à l'aise avec ça. Deux nuits blanches, ça commence à être compliqué. Et en plus de ça, on avait toujours cette fameuse règle de temps d'arrêt. C'est-à-dire que vu qu'on avait tous les 36 heures, on doit avoir 4 heures d'arrêt. En gros, même si tu choisissais de faire une deuxième nuit blanche, ça voulait dire que tu étais capable de boucler en 32 heures les 640 km et 10 000 de dé plus. Donc en gros, sur le papier, tout le monde se dit que c'est impossible, donc quoi qu'il arrive, il va falloir dormir. Sauf que moi, au moment où j'arrive au pied du Ventoux, je vois qu'il y en a qui ont froid, etc. Je vois mon copain Thibaut qui lui a envie de repartir, et on se regarde, on dit on y va, ouais ouais on y va. et donc on repart tous les deux donc on est 1 et 2 et là c'est un peu la partie où tu jauge l'autre c'est assez rigolo on en va reparler après mais toi tu vas dormir là ? ouais je sais pas tu vas dormir quoi ? donc on sait que la gagne elle risque de se jouer là sauf que lui là il a déjà 2h30 voire un peu plus d'arrêt et moi j'ai 40 minutes donc en gros moi je vais vraiment devoir m'arrêter en tout cas si j'arrive pas à boucler le parcours dans les temps je vais devoir m'arrêter donc il se peut qu'il y a un monde où même si je fais une nuit blanche et j'arrive devant la ligne d'arrivée je vais devoir m'arrêter pour avoir mes 4 heures d'arrêt complets et donc à ce moment là tout le monde va passer vu que je roule quand même un peu moins donc on arrive à un moment où je me dis que quand même le rentrer en 32 heures ça va pas le faire c'est pas possible et je me dis je vais essayer de finir peut-être deuxième cette course ou dans ces eaux-là. Et donc, à ce moment-là, j'appelle Loïc, j'appelle mon coach, je dis, voilà, je vais dormir à Manos que c'est dans 40 bornes. Et il me dit, OK. Juste ça, je raccroche. Et Thibaut, qui était à côté de moi, lui avait prévu de dormir quoi qu'il arrive à Manos parce qu'il m'a dit, la deuxième nuit, elle blanche, elle ne passera pas. Et de toute façon, il me reste une heure de pause à faire. Je dors une heure, je repars. Et comme ça, en plus, je suis nickel. Je vais pouvoir arriver. Je n'ai pas besoin de me prendre la tête avec la règle et je vais arriver et moi donc je me dis je vais dormir avec lui on va dormir ensemble et c'est juste que lui il va repartir avant moi et moi je devrais encore attendre et voilà quoi et je me dis bah ça fait un peu le chemin dans ma tête comment on continue d'avancer et là déjà dans chaque boss il me mettait un peu la pâtée parce qu'il grimpe mieux que moi donc en fait on s'était dit qu'on restait ensemble mais en fait il est trop rapide pour moi et donc je le laisse un peu filer et à ce moment là je rappelle Loïc, je rappelle mon coach je dis Loïc faut que je roule à combien pour arriver au bout de 32 heures donc c'est à dire à 6h du matin le lendemain à Mandelieu il me dit ah quand même j'ai cru que t'allais lâcher et donc du coup il me dit c'est simple il fait ma moyenne depuis le début de la course il regarde un peu tout ça il me dit c'est simple depuis le début tu roules à 22 là il faut que tu roules à 23 toute la nuit donc il faut que tu upgrades ta vitesse donc oui c'est pas gagné mais en même temps il me dit s'il y en a un qui peut le faire c'est toi il me dit vas-y de toute façon t'as rien à perdre c'est en gros où tu gagnes ou tu fais 10ème parce que tu vas devoir t'arrêter et donc les autres vont passer et donc c'est parti c'est parti pour un contrôle en plus il me dit regarde c'est un signe du destin il reste 180 bornes un Ironman il me dit tu sais parfaitement ce que c'est cette distance il me reste 180 bornes un peu plus de 2000 de D+, 2003, vas-y. Et donc, à ce moment-là, je raccroche. Et comme quoi, le mental, c'est quand même un truc de fou parce que au moment où je raccroche, j'ai l'impression de récupérer une énergie de dingue et je reprends Thibaut dans la bosse et je lui dis « Finalement, je vais aller jusqu'au bout » et je le dépose. Et il me regarde à l'air de dire « Attends, il y a deux minutes, il n'arrivait pas à me suivre et là il repart plein de balles et tu vois comme quoi il y a vraiment quelque chose qui se passe chimiquement c'est vraiment quelqu'un m'a fait y croire il m'a mis dans les meilleures conditions possibles et ça m'a reboosté je suis parti en mission je suis parti en mission et donc je fais toute la nuit à bloc à bloc à bloc à bloc je me dis voilà au bout d'un moment il va y avoir vraiment un coup de mousse et la deuxième nuit je sais que les hallucinations vont commencer à arriver et on a l'impression que tout était fait pour que j'y arrive tu vois tout mon corps s'est mis vraiment dans des conditions pour que j'y arrive c'est à dire que j'hallucinais sur les côtés c'est à dire que je voyais tous les bords de la route des trucs de fou n'importe quoi et par contre la route elle était claire et vraiment ça m'a jamais vu ça j'ai déjà vécu plusieurs fois des hallucinations sur des courses au bout de plusieurs jours mais ça m'est jamais arrivé comme ça vraiment c'était très clair c'est à dire que la route ne bougeait pas mais tout le tour je voyais les arbres faire des dingueries et comme si même ma tête elle faisait tout pour m'aider
Loïc hallucination sélective
Sébastien hallucination sélective je crois que même les médias dans la nuit qui me filment un peu et en fait j'étais sur un faux plat descendant à balle sur les prolongateurs et je leur dis de se pousser parce que je suis en train de mettre à la corde et d'où ils doivent se dire mais il est complètement taré le mec il se met à la corde sur un truc de 180 bords enfin bref voilà quoi donc du coup la nuit à fond comme ça
Loïc à quel moment tu captes que ça y est c'est dans la poche c'est toi qui vas gagner cette course là
Sébastien ouais bah alors c'est marrant ça vient très très tôt alors que je pensais pas que j'allais gagner c'est le fait de penser que je vais peut-être gagner qui m'a mis dans un état mais tu vois à 2h du mat pourtant il restait encore 4h quoi tu vois il me restait encore 4h à 2h du mat je me dis putain tu vas peut-être le faire t'imagines et là je me mets à chialer comme pas possible ah ouais je lâche sans pour autant lâcher physiquement mais j'avais besoin que ça parte quoi et donc là il y a vraiment une demi-heure où je me laisse mais vraiment envahir par l'émotion en disant putain tu m'as dit tu vas le faire l'histoire elle est quand même incroyable tu dis que tu rêves de gagner la raf alors oui tu ne gagnes pas la vraie raf mais tu gagnes cette seconde partie qui est un peu enfin voilà c'est juste fou c'est juste dingue je veux dire comment l'histoire l'a fait tout a été fait c'est ce que Camille m'a dit après elle me dit mais en fait le destin et la météo a tout fait pour que tu gagnes une course c'est quand même incroyable c'est quand même incroyable et donc du coup je me laisse envahir et ça se joue à pas grand chose tu vois j'arrive vraiment sur la ligne d'arrivée j'arrive à 5h57 à mon lieu et donc en fait sur le dernier call finalement j'apprends que j'avais plus de temps que prévu parce qu'en fait j'appelle le spécialiste du sommeil qui me dit mais non Seb t'as rien compris à la règle vu que t'as déjà 45 minutes d'arrêt, en fait, tu as jusqu'à 6h45 pour arriver, parce que c'est 4h d'arrêt toutes les 36h, d'où l'important de bien bien étudier les règles, mais donc en gros, je savais que j'avais de la marge, et au moment où j'attaque le dernier col, qui est le col du tanron, qui me permet de basculer sur mon deux lieux, je profite à fond, je me dis, je sais que je vais le faire, je profite, le soleil est en train de se lever, il y a les premières lueurs, et je vois même que je peux arriver sous les 6h, et donc je fais la descente, Et j'arrive à 5h57, tu vois, je me dis comme ça, il n'y a pas de débat, quoi. Tu vois, j'ai vraiment fait le truc à fond.
Loïc Les émotions à l'arrivée ? Ah, ben, à l'arrivée, rien du tout.
Sébastien Ah, mais sérieux ? Ouais, c'est ça le paradoxe vraiment de l'Ultra, c'est que vraiment, j'ai eu le surcroît d'émotions vraiment quatre heures avant. Et à l'arrivée, comme si j'avais fait la sortie du dimanche, tu vois, rien du tout, quoi. Rien du tout. Mais en fait, ce n'est pas ça. Enfin, tu vois, à l'Ultra, tu es tellement décalé. tellement que ça va se faire ou pas alors là en l'occurrence je ne savais pas mais en tout cas quand finir tu sais que tu vas le faire quand même bien avant de passer la ligne sauf accident mais donc finalement les émotions les plus fortes c'est pas forcément à l'arrivée ça peut arriver bien plus tôt en décalé
Loïc c'est marrant parce que tu me fais penser à ma PTL qui est un peu ma seule expérience très longue comme ça et moi c'était la même chose ça devait être au moins deux heures avant l'arrivée ou une heure et demie et la ligne d'arrivée très content d'être avec les copains mais ma petite larme c'était une heure et demie deux heures avant tout seul dans mon coin sur un chemin
Sébastien en plus la ligne d'arrivée encore à la PTL vous êtes accueillis comme des héros ça dépend quel moment de la journée où ça arrive mais en tout cas il y a moyen d'être accueilli comme un héros moi j'arrive à 6h du mat il y a Rémi Hurdiel le responsable du sommeil il y a une autre personne de l'orga et c'est tout en gros j'en ai beaucoup vécu des arrivées d'ultra et je sais qu'il ne faut pas s'en faire des montagnes parce que ça peut ne pas du tout être comme dans ton imaginaire et de toute façon tu ne viens pas vraiment pour ça, tu viens pour tout ce que tu as fait avant et tout ce que tu vis pendant la course mais du coup je pense que c'est peut-être pour ça que mon corps il s'est dit vas-y profite, lâche à ce moment-là au milieu de la nuit parce qu'en gros c'est le bon moment
Loïc sur une édition aussi spéciale donc c'était ta sixième t'es clairement largement aguerri dans l'univers de l'ultracyclisme mais vu le format qu'elle a pris cette édition là est-ce qu'il y a des choses est-ce que t'as eu des apprentissages que t'avais pas eu sur des éditions précédentes qui te serviront sur d'autres épreuves que ce soit vis-à-vis du matos la gestion de l'effort toi, les émotions
Sébastien surtout sur la gestion des émotions en fait la stabilité émotionnelle c'est quand même la clé je pense en ultra tu peux avoir tendance à avoir les très hautes, tu peux avoir tendance à vouloir les prendre parce que c'est hyper galvanisant, l'état de flow etc mais mine de rien si tu arrives quand même à rester sur une courbe un peu légèrement sinusoidale mais sans trop monter trop haut et sans trop descendre trop bas je pense que c'est quand même la clé pour faire une belle course parce qu'en fait il faut être capable il peut arriver tellement de choses il y a tellement de choses que tu ne maîtrises pas qu'en fait tu ne peux pas te permettre à chaque fois de péter un plomb alors j'ai crié une fois sur mon vélo, il ne faut pas s'interdire il ne faut pas se museler non plus mais en tout cas il faut être capable très vite de se remettre dans le bon sens de la marche parce qu'en fait pour moi sur la longévité c'est ça qui va payer
Loïc c'est par rapport au rêve initial tu dirais que tu l'as réalisé en partie complètement, c'était un rêve que tu n'avais pas forcément en tête mais au final tu prends quand même ?
Sébastien Alors je prends quand même, ça c'est clair ça c'est clair je le prends maintenant il y a quelque chose que Loïc Perron un grand marin a dit dans un podcast et qui me parle assez bien, en fait il a dit à un moment on lui a posé la question de savoir quels étaient ses rêves après une carrière immense comme il a eu et en fait il a donné 2-3 exemples, il a dit mais en fait, un rêve, ce n'est pas fait pour être réalisé. Un rêve, ça doit rester un rêve. Et moi, c'était clairement ça. Je me retrouve beaucoup là-dedans parce qu'en fait, pour moi, la RAF, c'était un rêve et c'est un rêve de la gagner. Maintenant, j'ai gagné une course, mais je n'ai pas gagné la RAF, mais je me suis rapproché de ce rêve et rien que le fait de m'en être rapproché, pour moi, c'est vraiment ça la satisfaction. Donc, j'aime bien ce truc de les rêves, ça doit rester des rêves.
Loïc Il y en a d'autres, du coup, sur la liste. Maintenant que tu as fini ta sixième RAF, un peu spécial en termes de format, mais c'est quoi la suite ? Tu as d'autres épreuves déjà planifiées ?
Sébastien Oui, alors là, je me laisse vraiment… Ça a pris tellement de place pendant deux ans, ce projet, que là, je me laisse un peu le temps de respirer. Je fais du vélo plaisir. Le fait de partir là comme ça, entre midi et deux, sans avoir de séance, etc., c'est quand même assez plaisant. Maintenant, il y a quand même cette petite frustration de dire voilà, là j'ai fait une rave par étape, entre guillemets, ça serait bien de réussir à exécuter de A à Z, alors, parce que, malheureusement, ça dépend pas que de moi, parce que maintenant on voit que la météo, etc., malheureusement, il va falloir, on voit tout ce qui s'est passé avec les annulations d'Ironman, tout le monde a subi un peu cette vague de canicules, ça va nous arriver de plus en plus, on le sait, comment on compose avec ça, on verra, en tout cas, j'aimerais bien dans l'idéal réussir à faire une exécution complète est-ce que ça sera sur la rap, est-ce que ça sera sur une autre course je ne sais pas mais en tout cas j'ai bien envie de voir ce que ça peut donner sur une course complète
Loïc Donc rendez-vous l'année prochaine potentiellement ou pas tout de suite ?
Sébastien Potentiellement l'année prochaine maintenant, où, comment, sur quel format, seul, pas seul, on verra Excellent
Loïc excellent écoute Seb un immense merci c'était un plaisir une fois de plus de te recevoir sur le podcast ultra intéressant enfin même passionnant d'en apprendre un peu plus sur l'envers du décor ce qui s'est passé pendant cette course comment tu l'as vécu comment tu as rebondi comment tu es allé décrocher la victoire sur les 650 km de la course dans la course donc écoute je te souhaite bonne bon la récup tu avais l'air de dire que c'est bon mais en tout cas bonne saison vélo plaisir et puis peut-être peut-être qu'on se donne rendez-vous pour discuter du prochain rêve, ou en tout cas du prochain défi sur lequel tu te lances.
Sébastien Écoute, merci beaucoup Loïc. C'est toujours un grand plaisir d'échanger avec toi.
Loïc À bientôt Seb.
Sébastien À très vite.
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