Pierre Et je me souviens très clairement qu'est la stratégie du coach, c'est de rouvrir toutes les blessures passées. Il nous regarde chacun dans les yeux, chacun notre tour et il s'amuse, il prend un malin plaisir à rouvrir les blessures du passé et dire qu'aujourd'hui c'est le moment de se servir de tout ça. Une fois que ça, ça suffit plus, c'est à la tronche.
Loïc Salut Pierre, comment ça va ?
Pierre Salut Loïc, ça va plutôt bien, je te remercie de ton invitation sur ce podcast déjà.
Loïc Eh bien écoute, avec grand plaisir, bienvenue sur Les Frappés. Je suis très heureux de t'accueillir aujourd'hui. Tu n'es pas notre premier participant au jeu, mais tu es notre tout premier champion olympique. Pour ceux qui ne te connaîtraient pas, champion olympique à Rio en Aviron, tu vas nous en dire plus. Donc je suis très heureux de t'accueillir pour qu'on puisse échanger sur évidemment le parcours sportif, mais plus que le parcours sportif, qui est Pierre le bonhomme ? Il y a plus que ça, sur ton site t'en parles bien, j'ai trouvé ça intéressant, où tu associes sport mais aussi monde professionnel. Donc impatient de t'entendre nous en dire plus à ce sujet.
Pierre Oui tout à fait, merci déjà pour ton accueil et puis d'avoir l'honneur de faire partie du club des Frappés. C'est toujours hyper intéressant, je suis dans cette logique d'échange aussi pour apprendre à se construire. Et puis je suis persuadé qu'on a des tas de choses à s'apporter mutuellement. Donc écoute, ce sera un plaisir que d'échanger. Et puis écoute, c'est parti !
Loïc C'est parti ! Bah écoute, je te laisse peut-être te présenter. Oui. Qui est Pierre le parcours sportif, mais plus que sportif, qu'est-ce qu'il y avait avant les Jeux ? Et comment est-ce que tu te projettes ?
Pierre Tout à fait, oui. Alors donc Pierre Gouin, je suis rameur en équipe de France, donc d'Aviron. J'ai 26 ans. Alors donc, comme tu l'as déjà très bien introduit, je suis à la fois sportif de haut niveau, mais également avec un pied dans le monde professionnel, parce que je poursuis des études en parallèle. C'est là-dessus que je commencerai d'ailleurs. Donc j'ai commencé par un DUT en technique de commercialisation du côté de Nancy. J'y habite toujours d'ailleurs. J'ai enchaîné avec une licence en commerce international, actuellement, je suis en master 2 à Grenoble École de Management. Donc voilà, je prépare le DESMA. Voilà donc pour ce qui est du côté universitaire. Donc avec ça, je suis inscrit sur la structure fédérale du Pôle France de Nancy. Donc c'est là que je m'entraîne au quotidien quand je ne suis pas en stage. Pour ce qui est de mon CV sportif, donc je suis quadruple champion du monde, que ce soit en individuel à plusieurs ou en indoor, double champion d'Europe. Et surtout champion olympique d'aviron à Rio en 2016. Voilà donc c'est mes deux casquettes. Après à côté de ça, j'ai déjà un pied dans le monde de l'entreprise où je suis conférencier. Je travaille à la fois en indépendant et aussi au sein d'une structure à Nancy, une entreprise qui s'appelle NextUp. Et voilà avec laquelle je partage un carnet d'adresses et puis des formations, des interventions pour les particuliers et pour les entreprises. Voilà à côté de ça, beaucoup de hobbies, beaucoup de passions. J'essaie de vivre aussi le plus normalement possible avec le plus de bonheur simple de la vie. Donc voilà, j'essaie de mener tout ça de front et surtout d'en prendre le plus de plaisir possible.
Loïc Génial. Alors peut-être avant qu'on creuse un petit peu sur le parcours, est-ce que tu peux nous expliquer un petit peu plus en détail les différentes disciplines de l'aviron ? Parce que ça reste pour moi une nébuleuse. Je sais qu'il y a plein de formats différents, à quatre, à deux. Il y a des catégories de poids visiblement. Donc est-ce que tu peux peut-être nous dégrossir un petit peu le tableau ?
Pierre Absolument oui. C'est vrai que quand on ne connaît pas, c'est vite complexe. Après, quand on est dedans, c'est comme tout, ça paraît naturel. Mais alors, première chose à savoir, c'est qu'on parle d'aviron. Pour éclaircir ce point-là, on ne parle pas de kayak. Ce sont vraiment deux sports qui sont complètement différents, au même titre que le tennis de table et le tennis, par exemple. Ok. Voilà, parce que souvent, on confond quand même beaucoup. Donc nous, on est le seul unique sport qui ne pouvons pas voir la ligne d'arrivée avant de l'avoir franchie. Donc voilà, c'est un bon moyen de mémoriser. Disons qu'on avance à reculant. Et on est un sport qui travaille donc, à l'inverse du kayak, essentiellement les jambes. Donc voilà, déjà, différence est faite. Ok. Donc ensuite, pour ce qui est des catégories, c'est vrai qu'il y a, dans un premier temps, deux grandes catégories de poids, à savoir les poids légers qui font individuellement moins de 72,5 kg. Et ensuite, on a tout le reste. Donc les toutes catégories, ce qu'on appelle les TC. Donc on a les PL, les poids légers, et les TC, les toutes catégories, qui sont tout simplement soit au-dessus de 72,5 kg, soit même en dessous, mais qui en tout cas s'inscrivent dans la catégorie des toutes catégories qui, eux, n'ont pas de pesée à passer finalement.
Loïc Ok.
Pierre Donc voilà, deux grandes catégories. Les poids légers aussi, à la différence des sports de combat, sont traités différemment. C'est-à-dire qu'au niveau des pesées, par exemple, nous on est pesé le jour même de chaque course. Donc pas la veille ou l'avant-veille, voilà, on peut en différer à outrance. Disons qu'on est vraiment pesé le jour même, deux heures avant notre RR théorique de la course. Donc ce qui nous oblige à vraiment, vraiment bien être au poids le jour J, et surtout ce qui nous oblige à ne pas pouvoir jouer sur la déshydratation ou autre, parce que ça pourrait être assez dangereux. Donc voilà, c'est ce qui nous différencie un peu des autres catégories de poids. Petite chose en passant, parce que je vous le présente, mais bon, il convient de dire que cette catégorie de poids sera supprimée après les Jeux de Tokyo. Donc c'est désormais officiel, elle a fait son temps, je crois depuis 1986, quelque chose comme ça. Donc voilà, ça sera bientôt terminé de ma catégorie de poids. Il n'y aura plus que des toutes catégories. D'accord. Ouais. Donc ensuite, pour ce qui est des catégories d'embarcations, là ça va être assez simple. Pour les poils légers, sur le programme olympique, il n'existe que le double poils légers. Ce qu'on appelle le double, on l'appelle aussi le deux de couple. C'est deux personnes dans un bateau. Et quand on parle de couple, c'est avec deux pelles chacun. Donc voilà, en termes de catégorie d'embarcations, chez les poils légers, il n'y a que le deux de couple. Donc c'est la catégorie forcément dans laquelle je me spécialise pour participer au jeu. Et ensuite, donc plus largement, chez les toutes catégories, au programme des Jeux olympiques est inscrit le skiff. Donc ça, c'est l'individuel. Une personne tout seul dans un bateau. Ensuite, donc on a le deux de couple. Comme le deux de couple poils légers, mais chez les poils lourds. Donc deux personnes avec deux pelles chacun. Ensuite, on a le deux sans barreurs. Donc c'est deux personnes, mais cette fois avec une seule pelle chacun. Des pelles qui sont un peu plus grandes. Là, on rame cette fois pas en couple, mais ce qu'on appelle en pointe. Quand on est en pointe, on a une pelle chacun, une grande pelle chacun. Et quand on est en couple, on a deux plus petites pelles chacun. Ensuite, on a le quatre de couple. Donc quatre bonhommes avec deux pelles chacun. Le quatre de pointe. Donc quatre bonhommes avec une seule grande pelle chacun. Et enfin, le bateau roi, le huit. Donc le huit, il n'existe uniquement qu'en pointe. Donc c'est du huit de pointe. D'accord. Voilà, pour ce qui est des catégories olympiques actuellement en avion.
Loïc Ok. Et déjà, merci pour les précisions. C'est plus clair. J'espère. J'espère.
Pierre J'espère avoir été un peu clair parce que c'est pas évident à expliquer.
Loïc Non, non, c'est plus clair. En fait, il n'y en a pas tant que ça effectivement. Oui. C'est ce que tu disais. Une fois qu'on les connaît, ça simplifie. Et par curiosité, qu'est-ce qui a motivé le fait que ta catégorie disparaisse après Tokyo ?
Pierre Alors, ça a été des raisons multiples. C'est-à-dire que le CEO a décrété qu'en dehors des sports de combat, le critère du poids n'avait pas sa place. D'accord. Et ça a été renforcé par le fait que sur la scène internationale, les meilleurs poids légers se rapprochent en termes de performance des meilleurs toutes catégories. C'est-à-dire que par exemple, si on prend le double poids léger qui est champion du monde et qu'on confronte au double poids lourd, il n'y aura pas énormément de différence. Le double poids lourd l'emportera toujours. Mais voilà, disons que ça ne justifie plus de distribuer autant de médailles. En tout cas, c'est l'argument qui est avancé par le CEO alors qu'il est. Et ensuite, il y a la volonté de remanier un petit peu le schéma de discipline, le programme olympique pour laisser plus de place à des sports différents, donc qu'ils soient atypiques, qu'ils soient autres finalement. Donc, on supprime des catégories comme ça. Dans certains sports, on n'est pas les seuls. Il y a beaucoup d'autres disciplines qui subissent ça pour laisser la place à d'autres. Donc, voilà, nous, les poids légers laisseront leur place au programme olympique au beach rowing. Donc, ça restera toujours de l'aviron, mais c'est de l'aviron de mer.
Loïc Ok, c'est marrant ça. Donc, vous savez déjà quelle catégorie va faire son entrée à la place de celle que vous occupez. Absolument. C'est cool. C'est intéressant parce que j'ai échangé avec Alexia Fonselli dans un épisode précédent et elle, c'est la seule femme en équipe de France de kite foil. D'accord. Et elle nous expliquait que justement, la discipline arrive. C'est maintenant une discipline olympique. Donc, elle ne nous a pas dit par contre quelle autre discipline elle allait remplacer. Mais c'est intéressant. Ouais. Et toi, en termes de poids, qu'est-ce que ça va changer pour toi ?
Pierre Alors, pour moi, sur le papier, ça va changer le fait que je vais pouvoir monter naturellement parce que c'est vrai que je fais un régime pour être au poids. Je fais partie de ces poils légers qui doivent faire un régime. Et malgré tout, je fais partie de ces poils légers qui ne vont pas prendre 10 kg. Donc, du coup, je serai un peu en balottage entre guillemets. Mais voilà, il y a des chances, disons que, je ne vais pas spoiler, mais il y a des chances que cette décision ne m'affecte pas particulièrement dans le sens où je réfléchis à l'orientation que je vais donner à ma carrière suite à ces jeux.
Loïc Ok. Ok. Cool. C'est intéressant de voir qu'il y a du remaniement en cours dans les différentes catégories. C'est marrant, cette histoire de remplacement. J'avais jamais... Ouais, voilà.
Pierre Disons qu'il y a un certain nombre de disciplines. Il y a des quotas à respecter. Donc, quand on en enlève une, c'est pour en rajouter une autre. Donc, voilà, il faut que ça rentre dans les cases. Il faut qu'en termes de nombre d'athlètes, de parité, de nombre de disciplines, il faut que tout soit nickel. Donc, voilà, c'est un parfait équilibre en permanence que le CIO essaie de conserver. Top.
Loïc Alors, si on revient peut-être sur ton parcours, avant la médaille olympique, qu'est-ce qu'il y avait ? Qu'est-ce qui t'a amené dans l'univers de l'aviron ? Et peut-être plus spécifiquement sur le haut niveau, comment est-ce que ça s'est passé toute cette évolution ?
Pierre Alors oui, si on remonte à ce qui m'a amené à l'aviron, c'est vrai qu'on remonte bien avant le titre olympique. Donc là, on remonte en 2005, quand le bonhomme, il a 11 ans. Je me mets à l'aviron tout simplement parce que j'ai fait pas mal de sports avant ça. Puis, je m'éclatais, mais je m'épanouissais pas des masses. Et puis, il y avait surtout un critère qui était assez embêtant pour mes parents. C'était le fait de toujours devoir se déplacer, venir me chercher. Tout ça, c'était assez compliqué en termes de timing, d'emploi du temps. Et c'était une charge. On était trois enfants, donc jamais très simple finalement en termes d'organisation. Et…
Loïc C'était quoi comme sport par lequel tu avais commencé ?
Pierre Moi, j'ai fait de la natation, j'ai fait du foot, j'ai fait de l'athlétisme et j'ai fait du ping-pong.
Loïc Ah oui, ok.
Pierre Donc voilà. Et… Donc voilà, ce qui fait qu'on était un peu embêtés par les déplacements. Et en fait, il y avait un club d'aviron tout simplement au bout de ma rue, à 300-400 mètres. Et mon frère, lui, s'y était mis parce qu'il avait besoin, il avait quelques difficultés entre guillemets de concentration, tout ça. Et puis, bon, on s'était dit que… Enfin, mes parents s'étaient dit que ça pouvait lui faire du bien. Et lui, il s'y était mis donc avant moi. Mon grand frère est né de quatre années. Et il s'y est mis avant moi et puis lui, ça a été top. C'est-à-dire qu'il s'est fait un groupe de potes qu'il a toujours aujourd'hui. Ok. Il a vécu des années formidables. Et surtout, en termes de performance, ça marchait plutôt bien pour lui aussi. Parce que chez les catégories jeunes, il remportait pas mal de courses. Et puis, cette fameuse année 2004 où il devient champion de France chez les minimes. Ce qui, pour moi, est un peu un déclic. Parce que, jusque maintenant, je l'enviais déjà d'avoir un bon groupe de potes. Et puis, d'aller s'éclater tous les mercredis, samedis, dimanches, au club d'aviron avec ses copains. Mais en plus de ça, il revenait avec des médailles, des coupes à la maison. Et puis, il rendait un peu fier les parents. Donc, ça me donnait envie. Et c'est aussi comme ça que mon frère est devenu mon modèle. Donc, dès que j'ai eu l'âge de mettre un pied au club, je m'y suis inscrit en fait en 2005. Parce qu'il faut attendre. Finalement, on peut pas commencer trop tôt parce qu'on dépend de certains réglages. On ramène dans des bateaux dans lesquels il y a des installations et on peut pas ramer tant qu'on n'est pas, entre guillemets, suffisamment développé au niveau des membres. Donc, on va dire que j'avais atteint la taille minimale.
Loïc Pardon, excuse-moi. Et les bateaux pour les catégories minimes sont les mêmes dimensions que ceux des JO, enfin celui que t'avais à Rio, par exemple ?
Pierre Bah voilà, dans l'idée, oui. Oui, oui, oui, ça a la même dimension. Alors après, ce qu'on fait, c'est qu'on peut régler le calepied. Donc, les chaussures qui sont à l'intérieur, on peut les rapprocher. Enfin, voilà, on peut vraiment faire ramer des petites personnes. Mais la coque reste… Voilà, il faut quand même attendre. J'ai dû attendre, je sais pas, de faire par exemple 1m50. D'accord, d'accord. Donc, c'est pas quelque chose qu'on peut commencer comme le tennis de table ou autre. Quoique pour le tennis de table, il faut attendre d'être plus haut que la table quand même. Mais voilà, tu vois, c'est exactement le même genre de contrainte. Donc voilà, j'ai commencé dès que j'ai pu, en 2005. Et puis, j'y ai trouvé tout de suite la même chose que mon frère, c'est-à-dire un groupe de potes. Et puis, cette espèce d'addiction finalement qui faisait que je me sentais bien, que c'était mon moment d'évasion, que j'étais pas loin de la maison. Donc, j'y allais tout seul, j'avais mon indépendance. Et puis, vite, assez rapidement, je me suis pris au jeu. Et puis voilà, les premières compétitions sont arrivées. Quelques années après seulement, parce que j'étais pas encore en âge d'enfer. C'est venu assez rapidement et ça a commencé par, si je peux me permettre, beaucoup de branler. J'ai vraiment pas gagné des courses tout de suite. Mais en revanche, j'ai toujours eu, dès le début, cette volonté de progresser pour un jour faire partie de ces jeunes que je voyais gagner. Donc voilà, ça a payé plutôt sur le tard. C'est assez paradoxal de dire ça parce que j'ai été performant au niveau olympique assez tôt. Enfin voilà, je suis le plus jeune champion olympique de l'histoire de l'aviron français. Mais en même temps, dans les catégories jeunes, jeunes, je faisais pas partie de ceux qui étaient sur les podiums nationaux non plus. Donc voilà, on va dire qu'à haut niveau, j'ai été précoce. Mais en revanche, sur les catégories jeunes, j'ai eu un peu plus de mal à éclore.
Loïc Mais alors, parce que si tu peux peut-être nous éclairer là-dessus, j'ai vu, à moins que je me suis pas trompé, tu étais champion du monde U23 à 17 ans, non ?
Pierre Non, pas à 17 ans, mais du coup en 2013 à 19 ans.
Loïc Oui. À 19, ok, ok. Et ça, c'est pas forcément un âge, remarque U23, oui. Donc ça arrive qu'il y ait des performances avant 19 ans à ce niveau-là déjà ?
Pierre Non, mais alors en fait, on est sur des catégories d'âge donc assez connues, minimes, cadets, juniors. Et en fait, l'équipe de France commence à partir de juniors, donc l'année de nos 17-18 ans. Donc moi, en rond, j'ai été en équipe de France dès la première année où ça a été possible de l'être. Donc ça, par contre, c'était assez précoce. On va dire que j'ai vraiment éclos à ce moment-là, à 16-17 ans. Et donc à 17 ans, j'intègre l'équipe de France. À 18 ans, dans ma deuxième année junior et ma dernière année junior, je suis toujours en équipe de France. Et c'est vraiment lors de ma première année senior. Donc dès qu'on a 18 ans, l'année de nos 19 ans, on passe chez les seniors. Mais on a d'abord quatre années chez les moins de 23 à faire. Donc où il y a, entre guillemets, un peu moins de niveau que chez les élites. Ça permet de... C'est un peu la catégorie espoir chez les seniors. Voilà, c'est les moins de 23, les espoirs, l'équipe de France B. Enfin voilà, il y a différentes nominations. Et donc oui, dès ma première année senior, par contre, je décrochais le titre de vice-champion du monde en double pour léger. Et ça, oui, voilà, c'était assez précoce pour le coup d'être dans une discipline olympique vice-champion du monde dès sa première année senior, même chez les moins de 23.
Loïc Et alors, si tu regardes, si tu reviens un petit peu en arrière, que tu regardes tout ce chemin, on va dire cette première étape, tu disais que tu n'as pas eu beaucoup forcément de succès en tout cas au début. La question que je me pose, parce que j'entends souvent ça, enfin, ça arrive régulièrement que des champions olympiques ou des athlètes de haut niveau expliquent qu'ils avaient un rêve. Deux fois, à huit ans, ils se voyaient déjà champion olympique. J'ai entendu un podcast une fois avec, je crois que c'était Sébastien Quinet, qui est champion du monde d'Ironman, de triathlon format Ironman. Et il disait à huit ans, il voulait être champion olympique. Et du coup, je me pose la question, qu'est-ce qui fait que ça, tu as gardé la motivation, tu disais que tu voulais continuer à progresser et devenir meilleur. Tu avais déjà un objectif clair d'être 11, 12, 13 ans ou c'est venu un peu plus tard ?
Pierre Alors, je vais peut-être casser un mythe, mais j'ai vraiment voulu devenir champion olympique que très tard. Et j'ai réalisé seulement que je pouvais le faire au dernier moment. Je n'ai pas commencé l'aviron en me disant, je veux être en équipe de France, je veux être champion olympique. Même si je l'ai regardé toujours à la télé, pour moi, je ne me posais même pas la question. C'est comme quand on regarde le président à la télé, ça ne nous viendra jamais à l'esprit de se dire, je vais être président un jour. Enfin, je ne sais pas, les choses sont comme ça. Il y a une équipe de France de toutes les disciplines possibles. J'adore les regarder à la télé, mais moi, dans mon petit monde, je fais ma vie. Et puis, voilà, disons que je n'avais pas cette prétention-là. Donc, je cherchais vraiment un groupe de potes. Et puis, au début, quand je disais que je voulais vraiment progresser et devenir performant, c'était surtout par rapport à mes rivaux locaux. On était vraiment dans quelque chose, on était loin des Jeux olympiques. Et puis, quand je dis ça, je te parle vraiment des championnats de Lorraine en cadet quand j'ai 14-15 piges. Et que mon rival de Comercy, il me tient tête et que je m'entraîne plus que lui parce que je veux devenir champion de Lorraine. Enfin, ça a vraiment été par étapes. C'est-à-dire que je me suis rendu compte des portes qui s'ouvraient au fur et à mesure que je les enfonçais, en fait. Donc, ouais, finalement, même au moment des sélections en 2017, rentrant en équipe de France, je me rappelle, la première fois que j'ai entendu le mot « championnat du monde », que c'était possible que j'y accède, c'est vraiment le sélectionneur de l'équipe de France qui est venu voir mon entraîneur pendant les sélections et qui lui a dit que je pouvais potentiellement faire partie du groupe pour les championnats du monde. Mais moi, je n'étais pas là pour ça. Quand il a dit ça, ça a pris une toute autre dimension. C'est même pas que je ne savais même pas que ça existait, mais je ne sais pas. J'essayais juste de mettre le plus de monde possible derrière. Et je n'avais pas cette prétention de faire partie du haut du panier, entre guillemets, même si je voulais se mater tout le monde. Mais je ne sais pas, ça a pris vraiment une autre dimension à ce moment-là. Et là, je me suis rendu compte que, bah oui, je pouvais rentrer en équipe de France. Mais même à ce moment-là, le fait juste de prononcer les Jeux Olympiques, les mots, ça ne me venait pas à l'esprit. Ce n'était pas du tout à l'heure du jour.
Loïc C'est génial. C'est hyper intéressant de voir qu'il y avait cette notion de dépassement, de détermination, mais pas forcément avec l'objectif des Jeux. Et tu dis que ça s'est concrétisé au fur et à mesure que tu enfonçais les portes. En termes de performance, les gens autour de toi, c'était quoi leur perception ? Est-ce que pour ton entraîneur, sans parler de celui de l'équipe de France, mais est-ce que pour ton entraîneur de l'époque, c'était une évidence qu'il y avait le potentiel ? Est-ce que lui te poussait ou même pas forcément non plus ? Pas du tout.
Pierre C'est-à-dire qu'il me poussait dans le sens où mon entraîneur de club est quelqu'un d'hyper… Il est réputé pour être hyper travailleur. On a travaillé à la dure, il nous a entraîné comme des chiens. Là-dessus, il voulait vraiment qu'on soit les meilleurs. Mais même au sein de mon club, je n'étais pas celui qui avait le potentiel. On va dire que moi, je m'entraînais avec mes potes qui étaient un peu plus jeunes que moi d'un an. Donc, on était un an sur deux de la même catégorie. Et c'est des mecs qui faisaient entre 1m90 et 2m05. Et du coup, en aviron, ça, pendant longtemps, c'était un critère de détermination du potentiel. Donc moi, j'étais juste le mec qui faisait 1m75 et qui ne ferait sans doute rien parce qu'il n'était pas très grand, mais qui avait le mérite de bien s'entraîner et qui ferait des performances correctes. Donc, on va dire que j'étais plutôt dans l'ombre de ces mecs-là, même si je faisais de bien meilleures performances qu'eux. Eux, c'était des mecs qui allaient forcément éclore un jour. Donc du coup, jusqu'à ce que j'arrive en senior, on ne m'a jamais dit que j'avais le potentiel pour faire ce que j'ai fait.
Loïc Tu dirais que c'est quoi qui a fait la différence pour toi aujourd'hui ?
Pierre Le travail. C'est vraiment à la fois le travail, l'inspiration et à un moment donné, cette forme de persévérance qui est née d'une envie justement de sortir de l'ombre de toutes ces personnes. De dire qu'à un moment donné, il faut arrêter de faire des plans sur la comète, sur des gens qui n'ont jamais rien fait. Et moi, je serais de ceux qui travaillent dans l'ombre, mais qui travaillent et qui un jour mettront les points sur les i. Et ça m'a énormément motivé, ça m'a énormément stimulé pendant toutes mes années, mais même l'année des Jeux. Je pensais encore à toutes ces années jeunes où j'ai été entre guillemets un peu éclipsé, où on ne comptait pas trop non plus sur moi. Et voilà, j'avais cette envie d'inverser la tendance et de prouver à tellement de gens, mais tellement de gens qui s'étaient trompés. Et que je serais celui qui aura bossé plus que les autres, qui aura été là où personne d'autre n'a été. Et voilà, cette forme de challenge un peu permanent, cette forme un peu indescriptible, ce sentiment de revanche un peu finalement sur des années vécues de cette façon-là.
Loïc Donc quelque part, j'ai l'impression d'entendre une sorte de revanche. Et quelque part, peut-être que tu peux leur dire merci à ces gens aujourd'hui. Parce que si c'est ça qui t'a drivé, c'est vachement intéressant, je pense. En tout cas pour moi, de t'entendre dire ça.
Pierre Oui et non, il y en a qui je dirais merci, il y en a qui je dirais pas merci. Mais clairement, celui qui a fait qu'il en est là, c'est juste le bonhomme. Donc je suis persuadé que si je n'avais pas eu ça, j'aurais trouvé autre chose pour me motiver. Mais voilà, c'est vrai que c'est ce qui a été mon moteur. Et puis après, au fur et à mesure, j'ai aussi trouvé d'autres motivations. Mais si tu veux, c'est quelque chose qui a été parsemé tout au long de nos chemins. C'est pas seulement pendant mon enfance. C'est-à-dire que même après, quand j'ai été senior, on m'a souvent dit qu'il y avait des choses qui n'étaient pas possibles de faire. Et ça, c'est quelque chose que j'ai du mal à concevoir. Et pour l'anecdote, la chose qui m'a le plus motivé un jour, et sincèrement, je pense que c'est ce qui fait que j'ai été champion olympique l'année qui a suivi, c'est qu'en 2015, pour la petite histoire, je dois rentrer dans le double poids léger français qui ira au jeu. Donc on est en 2015. Le double poids léger, on est sur un duo qui est champion du monde en titre et hyper fort. Et de par mes performances individuelles, dans les grandes lignes, je dois prendre la place de l'un des deux. Et suite à des tests, je suis évincé du double, alors qu'individuellement, je le méritais entre guillemets. Mais j'étais hyper jeune, eux, ils avaient de l'expérience, ils étaient champions du monde en titre. Et ils étaient promis à faire une médaille au jeu. Je suis évincé et le coach de club du rameur dont je devais prendre la place dans le double vient me voir suite à la décision fédérale de me sortir du bateau. Et me dit, mais tu sais, tu n'as pas à t'en vouloir, tu t'es attaqué à une montagne. Ce n'était juste pas possible. Cette association-là, elle ira au bout, c'est elle qui ira au jeu. Et tu ne peux rien y faire, c'est comme ça, personne ne peut rien y faire. Et ça, il ne fallait pas me dire ça, quoi. Parce que le lendemain, j'avais les dents qui iraient me parquer comme jamais. Et depuis ce jour-là, je me suis donné encore plus corps et un pour aller au jeu, pour prouver à tous ces gens-là qui pensaient que tout était tracé, que tout était fait, que c'était comme ça et à travers une analyse subjective qu'on pouvait décerner les médailles à l'avance. Non, ce n'était pas comme ça, quoi. Et du coup, l'année d'après, individuellement, j'explose complètement et je me place encore plus devant, je creuse l'écart de niveau avec celui que je devais remplacer. J'arrive à faire ma place et on est champion olympique l'année qui suit avec son collègue.
Loïc Qu'est-ce qui s'est passé intérieurement quand tu as eu cette conversation avec le coach de celui que tu as fini par remplacer ?
Pierre J'ai eu tout de suite envie de repartir à l'entraînement, de lui faire avaler ses paroles. Je me revois encore, j'étais en train de chialer en plus. On venait juste de me dire ça et il pensait bien faire. On venait vraiment venir me réconforter, je pense. Mais moi, ça a eu l'effet, je ne dirais pas inverse, parce que finalement, ça m'a réconforté. Ça m'a tout de suite reprojeté sur ce que je devais faire et j'ai arrêté de m'apitoyer sur mon sort. Donc, ça a fonctionné. Mais pas dans le sens que lui l'aurait voulu parce que derrière, je ne saurais même pas le décrire, mais intérieurement, ça m'a rendu invincible. En termes de motivation, j'étais devenu inébranlable. J'avais qu'une hâte, c'était de retourner à l'entraînement et de remettre les compteurs à zéro sur l'année qui a suivi. Vraiment, avec cette volonté de devenir indiscutable.
Loïc Justement, tu viens de nous parler de l'état d'esprit dans lequel ça t'a plongé, qui clairement, avec du recul aujourd'hui, a fait la différence. Mais est-ce que tu peux nous en dire plus sur concrètement, qu'est-ce que tu as changé ? Est-ce que tu as fait évoluer ta fréquence d'entraînement, l'intensité ? Ça a été quoi les gros changements que tu as opérés très rapidement ?
Pierre Disons que je suis quelqu'un qui est par nature et depuis toujours m'entraîne beaucoup. Donc, je n'ai pas pu rajouter non plus du volume à tirer la rigaud, parce que j'étais déjà à pied au pocher. Mais en revanche, à chaque fois que j'allais à l'entraînement, c'était avec cette ferme intention de progresser et de mettre cette personne très loin derrière. C'était surtout ça, on va dire, que j'étais animé pendant les séances d'entraînement, et aussi sur les différentes sélections, les différentes compétitions qui ont suivi. Mais en termes de volume d'entraînement, oui, je me suis entraîné un peu plus, comme je le faisais à l'époque, à ce moment-là, où je m'entraînais chaque fois un peu plus d'année en année, forcément. Mais voilà, c'était surtout l'état d'esprit qui a changé et la niaque qui a été encore plus prédominante tous les jours à l'entraînement.
Loïc Est-ce que tu as un chiffre à partager pour qu'on puisse un peu se rendre compte des progrès que tu as faits entre ces deux années ? Je ne sais pas, est-ce que vous mesurez la puissance sur les coûts de… Je ne sais plus du coup, est-ce qu'on peut dire pagaie ou c'est pour le kayak les pagaies ?
Pierre Coup d'aviron, non. Coup d'aviron.
Loïc Donc, comment est-ce que tu mesures la performance ? Est-ce que c'est juste le chrono ou il y a d'autres indicateurs que tu as vu ?
Pierre Alors, on a pas mal d'indicateurs. De manière bête et méchante, chaque année, par exemple, on passe un test VO2 max. Donc ça, c'est sur la machine avec le masque. On mesure donc à la fois la VO2, mais aussi la capacité de résistance au lactique. Et là, on passe des paliers de puissance. Donc, c'est un bon moyen de savoir, en fonction du moment où on s'arrête de savoir si on a bien progressé ou non par rapport à cet aspect au moins physiologique et mental même, parce qu'à la fin, on ne progresse plus physiologiquement, mais uniquement mentalement. Après, on a aussi, chaque année, nos sélections individuelles en bateau au mois d'avril, donc ce qu'on appelle nos championnats de France bateaux courts, où là, on est tous en individuel, en skiff, et où on se compare les uns aux autres. Donc ça, c'est un bon indicateur. Donc là, c'est ce qui a fait, d'une année sur l'autre, que j'ai bien progressé. Par exemple, en 2015, quand je m'immisce dans la hiérarchie et que je dois monter dans le double, c'est parce que les deux premiers sont associés, les deux premiers en skiff. Moi, je fais deuxième. Je suis, pour la petite histoire, cinq secondes derrière mon futur coéquipier, Jérémy Azou, et trois ou quatre secondes devant Stanley Deller, donc celui que j'allais remplacer par la suite. Et l'année d'après, je suis dans la même seconde que Jérémy Azou, donc je grappille entre quatre et cinq secondes. Et en revanche, j'en colle dix à Stanley Deller, ce qui devient un boulevard. Donc oui, voilà, ça peut donner une ordinateur de chiffres. Et enfin, ce qui permet aussi de mesurer, et on se fie surtout à ça, la progression des rameurs chaque année, c'est ce qu'on appelle le test à l'ergomètre. C'est des tests qu'on réalise à l'entrée de l'hiver et à la sortie de l'hiver sur la machine à ramer, le rameur, l'ergomètre, où on programme 2000 mètres fictifs et où on doit aller le plus vite possible tout en sachant que là, il n'y a plus vraiment d'aspects techniques qui rentrent en compte et que ça va être uniquement physiologique, physique et dans la tronche. Donc là, c'est une puissance développée maximale sur 2000 mètres, donc pendant environ six minutes. Donc oui, ça, c'est un bon facteur quand on parle de progression. On regarde chaque année la progression sur le test Ergo et là, ça cause.
Loïc Et la différence du coup entre les deux années pour ton test Ergo à toi, ça a été de combien ? Si tu t'en rappelles.
Pierre Là, oui, oui, bien sûr. Donc en 2015, je devais effectuer, je devais être en 6 minutes 08 et je dois faire mon nouveau record 6 minutes 05 en 2015, début 2016. Donc oui, c'est assez significatif parce que trois secondes à ce niveau-là, sachant que j'étais déjà le deuxième meilleur temps réalisé à l'ergomètre derrière Jeremy Azou, oui, c'était assez significatif pour le cours.
Loïc Waouh. Ok. Ok, donc super. Donc là, on a bien échangé sur… J'ai l'impression quelque part, tu me dis si je me trompe, mais ce qui a été le déclic pour toi, cette décision en 2015 qui finalement t'a mis dans un état d'esprit où t'as juste tout déchiré et t'es allé arracher ta place. Et comment est-ce que ça s'est passé avec… Je ne savais pas qu'on utilisait ce terme, mais en termes d'entente dans votre association avec Jérémy ?
Pierre C'est une question qui revient souvent, comment ça s'est passé avec Jérémy et Stany qui étaient les deux qui formaient le duo avant que j'ai brisé, entre guillemets. Et qui, par la même occasion, ont été les meilleurs amis du monde. Donc ça a été une relation à trois, finalement, avec Stany qui devenait remplaçant du double poids léger, alors qu'il avait été titulaire, champion du monde dans la catégorie, mais se retrouvait sur le banc des remplaçants, entre guillemets, mais pas à cause d'une contre-perf, mais à cause du simple fait que j'étais là, entre guillemets. Donc oui, ça a été une relation un peu particulière qui était différente, bien sûr, avec Jérémy et avec Stany, mais qui a quand même été, ma foi, je pense, plutôt très bien gérée. Et pour ça, on a été hyper bien cadré aussi par Alexis Besançon, notre coach en équipe de France, le coach double poids léger français, qui a établi des règles assez claires. Et à partir du moment où on signait, entre guillemets, pour ces règles-là, on n'avait pas à se plaindre. Donc les règles du jeu étaient assez claires dès le début, donc par tant de ce principe-là, il ne pouvait pas y avoir d'animonésité à outrance. Et après, c'est sûr qu'il y a eu des moments plus difficiles que d'autres, et des passages finalement très chargés émotionnellement, pour tout le monde, et de manière différente.
Loïc Ok.
Pierre Mais globalement, c'est quand même quelque chose qui s'est bien passé, parce que ça aboutit à un titre olympique, et sans, on va dire, sans dommage collatéraux, j'ai envie de dire.
Loïc Oui, c'est ce que j'allais te dire, c'est que je suppose que vous avez réussi à gérer cette collaboration. Enfin d'ailleurs, c'est peut-être une question que j'ai envie de te poser. Est-ce que ça aurait été possible de gagner ce titre olympique sans une parfaite entente et une excellente collaboration entre vous trois ?
Pierre Une chose est sûre, c'est que non. L'un des facteurs clés de succès en avion, c'est vraiment la synergie. Et je reste persuadé qu'on ne peut pas construire un bateau ultra performant. On peut construire un bateau performant avec des individualités fortes qui ne s'entendent pas, mais on ne peut pas construire un bateau ultra performant capable d'aller décrocher un titre olympique s'il n'y a pas un minimum de synergie, de symbiose entre les bonhommes qui font que quand il faut y aller, quand il faut se donner, il faut avoir une confiance aveugle en l'autre et il faut être capable de mettre notre vie entre ses mains. Clairement, on n'y est pas, mais c'est un champ de bataille sur lequel on est avec un mec à côté et on aimait clairement notre vie entre ses mains. Dans l'image, il faudrait faire une confiance semblable à cela. Je ne dis pas qu'on se retrouve dans ce contexte-là, mais pour essayer d'imaginer un peu quel genre de confiance on peut avoir en l'autre. Donc oui, c'est important.
Loïc Est-ce que tu pourrais revenir avec nous sur cette journée de la médaille olympique et nous faire un petit peu une sorte de visite de ce qu'il y avait derrière le rideau, comment ça s'est passé, les émotions, comment tu te sentais, jusqu'à la ligne de départ et l'épreuve elle-même jusqu'à la médaille et comment est-ce que tu as accueilli cette victoire ?
Pierre Bien sûr, c'est tout à fait possible. Au risque, encore une fois, de casser un mythe, mais bien sûr. Dans l'idée, ce qu'il faut savoir, c'est que les Jeux de Rio étaient assez particuliers pour l'Aviron parce que les épreuves ont été reportées une paire de fois à cause des conditions climatiques. Le bassin n'était pas praticable, il y avait vraiment beaucoup de vent. On était vraiment sur la façade qui donnait sur l'océan, donc forcément beaucoup de vent. Nous, on était sur un lac, sur un lago vraiment juste derrière. Donc, on avait le vent qui venait de l'océan, ce n'était vraiment pas praticable tous les jours. Donc, beaucoup d'attentes sur ces Jeux olympiques. Et donc, la finale a été reportée une ou deux fois. Je ne sais plus exactement parce que je sais qu'on a eu deux reports de course, mais je ne sais plus si ça avait été une fois sur la finale et une fois sur la finale ou deux fois la finale. Donc, c'était assez compliqué à gérer parce que finalement, on s'apprête, on se prépare pendant des années à être prêts le jour-ci. Et voilà, quand c'est décalé une fois, bon, voilà, on s'adapte. Deux fois, ça commence à être un peu long. Et puis, c'est-à-dire que la troisième fois, il faut y aller, il faut être prêt. Donc, difficile à gérer, d'autant plus qu'on a le facteur du poids aussi qui était dur à gérer parce qu'on ne fait pas grand-chose de nos journées. Si on faisait entre une heure et une heure et demie de cardio, c'était le bout du monde parce qu'on devait être en forme et récupérer. Donc, c'est dur aussi de perdre du poids quand on est sur des indices de masse grasse hyper basse en faisant uniquement ça tous les jours. Donc, même en ne mangeant pas, le poids remontait quand même. Donc, c'était assez stressant à l'approche du dernier jour. Mais voilà, si je dois me concentrer uniquement sur le jour de la finale, le vrai, le bon, on s'est levé. Donc, avec Jérémy, on a eu le premier réflexe. Le réflexe, c'est d'aller se peser, forcément, pour savoir si on allait pouvoir prendre un petit déjouage ou pas parce qu'il allait falloir qu'on se pèse avant la course. Donc, pour info et compléter ce que je disais tout à l'heure, c'est sous les 72,5 kg individuellement, mais le bateau, lui, doit faire en moyenne 70 kg. Donc, ça veut dire qu'on peut avoir un bonheur à 67,5 kg et un autre à 72,5 kg. La moyenne à 70, c'est bon. Mais souvent, on se répartit 70-70. Et on doit aussi se peser en tenue de compétition. Ça peut paraître ridicule, mais on a des combinaisons qui pèsent 200 grammes. Donc, ça fait 400 grammes à 2. Donc, ça veut dire qu'il faut qu'on soit en moyenne sous les 70 kg si on prend en compte le poids de la combinaison et le fait qu'on veuille prendre un petit déjouage quand même, qu'on puisse manger au moins quelque chose, ne serait-ce qu'un bout de pain, le jour de la compétition quand même. Donc, il y a tout ça à prendre en compte. Et donc, on se lève avec Jérémy et on va sur la balance et on s'aperçoit que sans la combinaison, on est tous les deux à 70-0. Donc, ça veut dire qu'en gros, il n'y a plus qu'à prier pour qu'on passe aux toilettes d'ici la pesée. Et puis surtout, on ne mangera pas. Donc, voilà. C'est une journée qui, en plus de s'être fait attendre, commence un peu pas de la meilleure des façons. Donc, voilà. Bon, ce n'est pas grave. Il faut faire avec. C'est le jour de la finale des Jeux. Bon, on ne va pas s'arrêter à ce détail-là. Et puis, de toute façon, ça fait deux mois qu'on ne mange plus rien. Donc, on n'a plus vraiment faim. On s'est habitués. Donc, voilà. Pas de souci. Moi, je me souviens avoir mangé juste une barre de céréales qui faisait 25 grammes. Donc, voilà. Après, on a pris le bus. On a pris le bus pour aller du village olympique au site de la compétition. C'était des voyages qui étaient assez longs. Nos sites étaient assez loin. On mettait en général trois quarts d'heure à y aller. Donc, je me souviens bien de ce trajet en bus où on longe l'océan où c'est des corps assez époustouflants. Et en même temps, là, il m'a paru vraiment interminable ce jour-là. Parce que je me disais, la prochaine fois que tu reprends ce bus-là dans l'autre sens, chose que tu fais tous les jours, tu sauras si tu es champion olympique ou pas. Donc, du coup, c'était une sensation un peu particulière. Tout en mêlant le fait qu'il allait falloir se mettre une race physiquement. On n'avait rien mangé, tout ça. Donc, c'était... Bon, voilà, assez lourd, mais j'ai écouté ma playlist. Donc, tout allait bien. Et donc, arrivé sur le bassin de la compétition, on s'aperçoit que les conditions sont correctes. Donc, ça va certainement courir. Ce ne serait pas annulé. Donc, du coup, on se dirige vers la pesée. Il est l'heure. À ce moment-là, donc, on se pèse. On passe de souvenirs tout juste au poids. Peut-être avec 100 ou 200 grammes de marge parce qu'il y en a un des deux qui est allé pisser. Donc, voilà, ça passe. Et donc, juste derrière, en fait, moi, je me souviens avoir mangé un peu de sport-déj. Donc, c'est la seule chose, une collation qu'on peut se permettre de manger parce que ça se digère hyper vite. Vu qu'on est deux heures avant la course, on s'échauffe une heure avant la course. Donc, ça veut dire qu'on est, au moment de la pesée, une heure avant de se mettre en route. Donc, ce n'est pas le moment de manger ne serait-ce qu'une banane. Donc, voilà, l'idée, c'est de manger un peu de poudre avec de l'eau. Donc, c'est ce que j'ai fait. Jérémy avait dû aussi emporter quelque chose, peut-être des biscottes ou quelque chose comme ça. Il n'était pas trop sport-déj, mais il avait dû manger des biscottes, quelque chose comme ça, histoire de se contenter quand même. Et donc, ensuite, on a attendu, souvent, on a un temps d'attente, donc entre la pesée et le début de l'échauffement, un temps d'une heure, où on se pose au bassin, on s'est pesé, on mange un petit bout et on attend l'échauffement. Et donc là, on était dans la salle où sont rediffusées les courses devant l'écran. Et puis, on regardait les courses qui avaient déjà commencé. Il y avait des courses avant nous, donc on se mettait un peu dans l'ambiance comme ça. Ambiance très silencieuse, très calme, parce que tous ceux qui sont autour de nous, forcément, ont une finale ce jour-là. Ce n'est plus les tours éliminatoires, donc c'était que des jours réservés au final A. Donc, tous les gens qui étaient autour de nous, finalement, étaient en train de vivre le meilleur jour de leur vie, en théorie. Donc, quelque chose d'assez pesant. Je me souviens, pour la petite anecdote, d'avoir des Chinois qui se sont pointés à côté de nous et qui ont mangé des nems
Loïc en sortant de la pesée.
Pierre Parce qu'eux, ils sortaient de la pesée et ils ne se sont pas fait chier, ils ont bouffé des nems. Tu vois, au niveau processus de digestion, on n'était pas tout à fait sur le même principe. Nous, on n'a pas mangé une banane, alors voilà. Mais bon, écoutez, c'est un choix. Donc, je me souviens très bien de ça. Ça m'avait choqué. Et ensuite, c'est assez vite arrivé lors de l'échauffement. Et là, je me souviens qu'il pleuvait jusque-là. Il y a eu une éclaircie qui m'a fait dire « Waouh, c'est nickel, quoi. Le bassin était franchement pas trop mal. Une petite risée de vent. » Mais bon, voilà, je me suis dit, ça va le faire. Et donc, on est parti à l'échauffement assez vaillant en termes de vêtements. Et je me souviens qu'au bout de 10 minutes d'échauffement, on est censé s'échauffer environ une demi-heure. À ce moment-là, il est tombé des halbards de mes trucs de ouf. Et je me suis retrouvé complètement trempé. Et je me rappelle qu'on a embarqué sur l'eau complètement trempé avec la visière et tout, obligé de s'être changé, tout ça. Donc, oui, je me souviens très bien de ça. Et en même temps, ça avait calmé le vent. Donc, du coup, on s'est retrouvé, comme on dit, une petite pluie à bas grand vent. Donc, on s'est retrouvé à devoir embarquer sur un billard, parce qu'on appelle nous un billard. Avant, vraiment, une flaque d'huile. Donc, ça, c'était cool. Mais donc, voilà, l'échauffement se déroule sans encombre, mis à part ça. Et puis, à vrai dire, je ne me souviens que des brides du discours de l'entraîneur juste avant de nous faire embarquer. Mais je me souviens de l'essentiel. Je me souviens qu'à ce moment-là, on a eu une demi-heure de la course. C'est le moment d'embarquer. Et je me souviens très clairement qu'à la stratégie du coach, c'est de rouvrir toutes les blessures passées. Donc, il nous connaît très bien. Il nous connaît sur le bout des doigts. Il sait qu'on a eu des parcours différents. Il nous regarde chacun dans les yeux, chacun à notre tour. Et il s'amuse, il prend un malin plaisir à rouvrir les blessures du passé et à dire qu'aujourd'hui, c'est le moment de se servir de tout ça. Et ça marche plutôt bien quand on embarque sur l'eau avec tout ça en tête. Mais en même temps, et c'est pour ça que je disais tout à l'heure que c'était au risque de casser un mythe, le sportif de haut niveau, il a beau... Je parle pour moi, mais je pense qu'on n'est pas loin de pouvoir faire une généralité. Il a beau se préparer toute sa vie pour un événement. Disons que le jour où il faut y aller, où il est dans le cadre de la compétition, tout est fait pour que ce soit aujourd'hui. Tu ne sais pas pourquoi, il a tout sauf envie d'être là. Donc c'est quelque chose, c'est assez indescriptible, c'est une pression qui paralyse, qui donne envie de vomir, qui donne envie de changer de vie, de se dire, mais putain, pourquoi, qu'est-ce que je fais là ? Pourquoi je m'inflèche ça ? Et c'est quelque chose d'assez indescriptible finalement, qui fait que, on est vraiment comme si notre corps nous faisait passer un message et comme si notre instinct de survie prenait le dessus et qu'on se retrouvait face à un danger, mais vraiment imminent pour nous. Et donc, il y avait à la fois les mots du coach qui résonnaient et en même temps, cette peur tétanisante qui faisait en fait me dire mais putain, je n'ai pas envie d'y aller. Et à ce moment-là, il se passe plein de choses dans notre tête, c'est-à-dire qu'on se dit, on monte au départ et moi en tout cas, je me dis personnellement, je sais que ce n'était pas le cas de Jérémy parce que lui, il savait clairement ce qu'il voulait, mais en tout cas, j'aime me dire qu'il ne pensait pas ça. Mais moi, j'en suis venu à me dire à un moment donné, putain, même si on fait deux ou troisième, enfin, je m'en fous quoi. Finalement, tu reviens à un point où tu revois tes ambitions un peu à la baisse juste avant le départ. Tu sais, tu te dis, en fait, j'en ai tellement marre de cette pression, tellement marre de ressentir ça. C'est bon, donnez-moi la médaille de bronze et c'est bon, ça me va très bien. Et ça, c'est assez dur à gérer. Finalement, je pense que ça a été pour moi le plus gros défi parce qu'il y avait énormément de pression à gérer, notamment de par le fait que j'avais pris la place au dernier moment d'un bignôme qui fonctionnait très bien donc que je ne pouvais pas faire autre chose que gagner. Donc, il y avait une pression qui était vraiment supplémentaire. Et donc, voilà, je me dis vraiment ça jusqu'en montant au départ même si, heureusement, je me concentre aussi techniquement et ça fait passer les coups. Ça fait passer les coups, je me concentre techniquement à être avec Jérémy. Je fais aussi une espèce de scan corporel pour savoir si je suis en forme, si tout est vraiment optimisé, si je vais pouvoir donner le meilleur de moi-même. Donc, ça fait passer un peu le temps. Et puis, et puis donc après, voilà, on est assez rapidement dans les starts et là, c'est interminable. C'est clairement interminable. Ça a beau durer que deux ou trois minutes, c'est franchement, c'est les minutes les plus longues de ma vie. On a l'impression que ça dure deux heures. Le feu rouge est allumé et là, on met tout cela en poire-haut et on se dit mais est-ce qu'on va vraiment y aller ? Est-ce qu'on va vraiment le faire ? Et je me souviens avoir regardé, j'étais un petit coup d'œil en haut à gauche et en fait, on était au pied du Corcovado. Et donc, ouais, je voyais le Christ rédempteur et je me dis mais waouh, là, t'es à Rio de Janeiro, t'as toutes les caméras du monde entier qui sont braquées sur toi, t'es au pied du Corcovado, t'es en train de préparer à courir une finale olympique, c'est un truc de malade quoi. Et c'est ça qui m'a vraiment mis dedans entre guillemets quoi. Ça m'a fait réaliser sur les premiers coups de pelle de la course. J'ai réussi à me mettre dedans tout de suite physiquement mais j'ai eu quand même une sensation particulière tout au long de la course finalement où une fois arrivé à la mi-course au 1000 mètres, il y avait toujours une partie de moi un peu tétanisée et je me renvoie à me dire en fait on n'avait pas encore fait le trou sur nos concurrents, c'était hyper serré mais aussi parce que moi physiquement je m'étais pas investi, enfin j'avais eu du mal à m'investir encore jusque maintenant, j'étais encore un peu paralysé et je me vois passer la mi-course en me disant mais waouh, là faut y aller quoi. Enfin là c'est bon, c'est parti, on est à la mi-course, enfin c'est déjà presque fini, il y a force de bouger et pas être spectateur quoi. Et voilà, vraiment je me souviens vraiment d'avoir passé cette mi-course sans aucune douleur comme si j'avais été spectateur jusqu'à ce moment-là et après de se mettre en route. Mais bon voilà, c'est qu'une impression évidemment que j'étais quand même engagé à 100% mais il y avait cette sensation finalement, ces pensées un peu parasites qui me donnaient l'impression d'être en deçà de ce que je pouvais donner et d'être un peu spectateur quoi. C'est assez particulier à décrire, je ne sais pas si je le fais bien mais bon voilà. Et puis ensuite, le reste de la course passe très vite parce que Jérémy place une attaque gigantesque après la mi-course donc moi je m'accroche à mes pelles pour le suivre. Là on fait le trou et à partir du moment où on a plus d'un bateau d'avance sur tout le monde, je me dis juste que là maintenant il faut tenir et c'est qu'une question de une ou deux minutes à serrer les dents pour une gloire éternelle entre guillemets quoi. Donc là, il n'y a qu'à ce moment-là où on se met vraiment dedans et on se dit putain, on va vraiment le faire. Et donc du coup, là je m'accroche vraiment et quand Jérémy lui cale un petit peu parce qu'il avait tellement donné, nous avait tellement offert une avance considérable qu'à un tout petit peu sur les 200 derniers mètres, là moi je suis vraiment dedans, pour le coup je me suis vraiment mis dedans et sur les 200 derniers mètres je serre les pelles et je pousse aussi fort que ma connerie quoi. Et du coup, c'est assez inépuisable donc franchement j'arrive vraiment à m'employer à ce moment-là et c'est chaud parce que tous les bateaux nous remontent et bon pour les connaisseurs ils savent que quand ça se finit on gagne mais à la photo finish. Pour info, on gagne avec seulement 5 dixièmes d'avance sur les deuxièmes donc on s'est fait remonter de folie à la fin mais voilà, on arrive à conserver cette petite pointe de bateau d'avance qui nous permet d'être champion olympique et à partir de ce moment-là tout va beaucoup beaucoup beaucoup trop vite quoi. Je me souviens encore au moment de la cérémonie il y a un mec sur le côté avec qui je me suis entraîné toute l'année un ancien entre guillemets un certain Dorian Mortelette qui est lui médaillé de bronze au jeu de Pékin médaillé d'argent au jeu de Londres mon idole en fait le mec avec qui je me suis entraîné ces dernières années et qui était juste mon modèle jusque maintenant mon inspiration lui il n'était pas médaillé ils ont fait 5ème il avait fini sa course et il était là au côté du podium et je l'entends encore me dire putain profite Pierrot profite parce que c'est des moments de ouf et il me disait ça au loin il me gueulait ça de profiter ça ça m'a marqué je me dis putain ouais allez il faut profiter et malgré tout c'est passé en un éclair c'est passé hyper vite et puis et puis voilà on était vite redescendu du podium et en revanche le reste de la journée donc là on était peut-être vers midi 13h et le reste de la journée en revanche a été très très très très long parce qu'on a dû faire la tournée des médias au village au village France donc tous les plateaux télé en plus on tombait sur le bon créneau horaire pour faire du direct donc on les a tous enchaînés et jusqu'à 1h du matin on on a vraiment rien vu passer on a bouffé 2-3 petits fours par-ci par-là alors qu'on avait rien mangé de la journée on a mangé 2-3 petits fours entre 2 plateaux télé et ça allait super vite et je me souviens que là je casse aussi un mythe j'ai même pas fêté ma médaille j'étais champion olympique et le soir il y avait une méga tough au club France normal et c'est tous mes copains qui l'ont fêté pour moi parce que moi j'ai pris la dernière navette la première que je pouvais prendre après toutes les sollicitations et à 1h du mat 1h30 j'étais de retour au village olympique et et je dormais et donc du coup c'est plutôt une saveur qui s'est diluée dans le temps après mais c'est vrai que je l'ai pas je l'ai pas fêté sur le moment sur place
Loïc ok bah écoute franchement merci pour le récit c'est c'était fascinant de t'écouter revenir sur le dérouillé de la journée et tu disais que ça a été ça a été pour 5 millième de seconde c'est ça ?
Pierre 5 dixième 5 dixième de seconde ouais ouais une demi seconde
Loïc une demi seconde et ça du coup vous avez eu vous avez eu le enfin vous avez su directement sur l'eau immédiatement que vous étiez champion olympique ou il y a eu une espèce de décision un check des vidéos il a fallu attendre ?
Pierre non moi oui je le savais tout de suite parce que je suis derrière Jérémy en fait donc c'est moi qui suis le plus proche de la pointe qui compte entre guillemets celle de l'arrivée et donc j'ai une meilleure vue entre guillemets je suis un peu la tour radar donc non en arrivant je savais tout de suite que j'avais gagné Jérémy a quand même pris soin de checker le tableau d'arrivée quand même parce que pour 5 dixième c'est pas vraiment une photo finish c'est à dire que tout de suite ça s'affiche France, Irlande, Norvège tout de suite mais lui de sa position il ne pouvait pas le discerner donc il a quand même pris le temps de checker ça avant de s'effondrer
Loïc waouh et tu parlais tu faisais référence à des ressentis plutôt physiques avant la course tu disais que tu avais presque cette envie de vomir ou le ventre noué qu'est-ce qui s'est passé physiquement au moment où toi tu as vu que vous étiez médaille olympique enfin champion olympique pardon
Pierre là on a des ressentis complètement différents par exemple Jérémy lui j'aimerais vraiment pas être à sa place à ce moment-là il avait tellement cette capacité à aller au bout de lui-même mais vraiment comme personne et clairement lui c'est un cauchemar les minutes qui suivent même le podium tout ça souvent pour lui c'est un cauchemar parce qu'il est dans le brouillard complet il est oxy au bout de sa vie il ne tient plus debout moi je n'en étais pas encore là entre guillemets je n'avais pas cette capacité comme lui à me vider à 100% pile donc j'ai quand même cette montée d'acide lactique bon voilà il faut que je récupère et je suis au bout de ma vie aussi mais je savoure un peu plus que lui je pense malgré tout à ce moment-là même si ça brûle de partout qu'on est défoncé qu'on n'a rien dans le ventre et que là les 200 nanomètres en plus de la course entière ont été assez rudes donc on a la particularité en avion d'utiliser absolument tous les muscles du corps donc là il y a tout qui brûle sans exception
Loïc et à quel moment est-ce que tu as repensé à cette espèce de revanche ce que tu voulais prouver à toutes ces personnes que tu évoquais un peu plus tôt et je ne sais pas si c'est ça que l'entraîneur tu disais qu'il avait ouvert un peu tous les robinets les robinets des souffrances qu'il connaissait pour vous juste avant l'épreuve à quel moment est-ce que tu as repensé à ces personnes et que tu t'es dit voilà c'est fait je vous les montrer
Pierre c'est la deuxième chose à laquelle j'ai pensé en passant la ligne donc je dirais que j'y ai pensé peut-être 5 secondes après avoir passé la ligne donc j'ai pensé assez rapidement c'est vraiment la deuxième chose à laquelle j'ai pensé dans mon esprit
Loïc wow
Pierre et ouais j'ai lâché une phrase d'ailleurs on l'entend un petit peu instinctivement je dis qu'est-ce qu'il y a là voilà quoi enfin voilà ça voulait dire ce que ça voulait dire
Loïc il est là Pierre wow ok oui alors pour tu l'évoquais mais c'est quelque chose que j'ai découvert quand je regardais toutes tes vidéos toutes les vidéos que j'ai pu trouver sur toi les entraînements etc t'évoquais le fait que l'aviron c'est un de ces rares sports qui mobilisent tous les muscles et juste pour peut-être pour qu'on se rende compte un petit peu quand tu dis que Jérémy il était au bout de sa vie etc à quel point est-ce que c'est incapacitant parce que on pourrait se dire on pourrait se dire tu vois c'est juste 6 minutes je pense que je vois personnellement je vois à peu près parce que moi le judo c'était 3 minutes extrêmement long mais comment est-ce que tu pourrais décrire cette sensation quand t'as passé la ligne en termes de fatigue qui retombe ça ressemblait à quoi ?
Pierre c'est hyper compliqué à décrire parce qu'en fait pour prendre l'exemple de Jérémy enfin n'importe qui mais c'est l'idée de se dire c'est un mélange de tétanie de brûlure d'asphyxie on a l'impression d'être sur les courses où on s'en met vraiment une bonne où on a l'impression d'être finalement en plein milieu d'un incendie c'est-à-dire qu'on a du mal à respirer et le peu qu'on respire ça brûle chaque alvéole des poumons quand on essaie de solliciter n'importe quelle partie du corps soit elle répond pas soit elle répond au prix d'une forte douleur et par exemple l'exemple plus flagrant c'est juste le fait de ne pas pouvoir se mettre debout on s'aperçoit que le muscle si on le contracte ça part en crampe mais à la moindre demi-seconde de contraction et je me souviens qu'on n'est pas sorti du bateau debout on est sorti du bateau en rampant littéralement on n'a pas mis le pied sur le ponton on a mis les mains et on s'est roulé et j'ai cette image où on est tous les deux affalés sur le ponton et où Jérémy clairement on a dû le soulever on a dû le porter parce qu'il était encore à bout de souffle il était encore là c'est que 6 minutes mais ces 6 minutes on est un sport de résistance en fait et donc du coup on développe la notion de force-endurance et l'idée c'est de développer un maximum de puissance le plus longtemps possible donc si on appelle ça de la résistance c'est vraiment parce qu'on va atteindre notre pic de puissance très tôt dans la course et que l'idée si on veut gagner c'est de le maintenir voire de l'accélérer donc faites ça pendant 6 minutes en hyperventilation en hypertrophie en hyper tout ce que vous voulez et vous avez le résultat d'une course d'avion et là on s'aperçoit que 6 minutes c'est déjà beaucoup trop
Loïc déjà encore une fois merci pour ce témoignage sur le fait de partager cette journée cette journée olympique c'était vraiment j'ai bu tes paroles j'essayais de visualiser un petit peu c'était intense en tout cas la façon dont tu le partageais on sentait vraiment qu'il y avait une grosse dose émotionnelle associée à tout ça la question que je me pose parce que tu l'as dit toi-même tu t'es rendu compte à mi-course que physiquement les indicateurs étaient ouverts pour toi et que c'est vraiment en tout cas moi quand je t'ai écouté j'ai vraiment eu le sentiment que la course elle s'est vraiment jouée dans la tête pour toi je sais pas comment c'était pour Jérémy clairement
Pierre Jérémy lui ça s'est joué partout ça s'est joué à la fois dans la tête et dans le corps mais voilà je pense que si Jérémy c'était mon aîné mon modèle et beaucoup plus d'expérience et finalement heureusement que ça s'est fait comme ça heureusement que j'en avais sous le pied à la fin pour nous sauver et lui heureusement qu'il en a mis avant mais Jérémy avait beaucoup plus d'expérience avec cette capacité je pense à se dissocier des enjeux et aussi à s'investir quand il le fallait à la hauteur de ce qu'il fallait aussi donc lui je pense que physiquement déjà au mille à la mi-course il était déjà complètement cuit parce que finalement il explose quelque chose comme 600 mètres après donc ça veut dire qu'il était déjà bien entamé
Loïc ouais wow et quelle ressource est-ce que tu mobilises toi quand le physique est enfin voilà quand t'es déjà dans le rouge ou à la frontière de la ligne rouge et que tu sais que t'as encore 1000 mètres ou plus ou même enfin même si c'est que 500 mètres si t'es déjà en moitié asphyxié et que t'as plus tu vois t'as plus rien dans les bras dans les jambes comment c'est quoi comment tu fais pour te remobiliser ouais
Pierre moi je me je me réfugie vachement dans mes sensations
Loïc ok
Pierre c'est à dire que je me focalise sur une sensation en particulier de mon corps en termes de de ressenti ça peut être n'importe quoi ça peut être si c'est en bateau ça peut être à un moment donné la glisse du bateau à un moment du tempo qu'on met enfin ça peut être peut-être juste une bride mais quelque chose que j'essaie de retrouver coup après coup et qui m'occupe en fait finalement ok ça peut être la manière de mettre les pelles dans l'eau j'essaie de me de me réfugier dans quelque chose de trouver un espèce de confort dans la douleur et voilà ça peut être tout tout et n'importe quoi et après une fois que ça ça suffit plus bah c'est à la tronche c'est à dire que une fois qu'on peut plus se réfugier nulle part il faut juste lâcher les chevaux et penser à ce qu'il faut pour pour se remobiliser et rester dans le truc donc ça peut être ça peut être à n'importe quoi mais quelque chose qui nous motive de manière assez profonde parce qu'il faut que ça nous permette de tenir donc c'est sûr que si on pense juste à ce qu'on va manger après la course ça suffira pas par exemple donc dans l'idée tu as fait quelque chose non mais voilà on se rappelle pourquoi on fait tout ça et voilà on s'imagine je sais pas moi ça va être un truc tout con mais voilà je pense à ma famille derrière l'écran une connerie comme ça et juste t'as l'image de ta famille dans ta tête et tu l'imagines vivre le fait que tu sois champion olympique tu te dis bah ouais et je veux que dans une minute ça se passe comme ça et là tu te poses même plus de questions c'est parti
Loïc En quoi est-ce que tu dirais que cette expérience enfin cette médaille olympique évidemment mais toutes les expériences par lesquelles t'es passé sur cette journée qu'est-ce que t'en retires ? Parce que t'évoquais le fait que Jérémy lui il est tout donné physiquement et mentalement et que de ce que j'ai pu comprendre c'est l'expérience peut-être qui lui permet de déclencher un niveau supplémentaire par rapport à ce que toi t'as fait sur cette journée avec quoi est-ce que t'es reparti après cette journée olympique ?
Pierre Il y a forcément eu l'aventure humaine qui a laissé des traces c'est-à-dire que voilà on a réussi à aboutir au titre au titre olympique du double poids léger alors qu'on était trois bonhommes dans le projet enfin pour ce qui était des rameurs quatre avec le coach mais on était trois à pouvoir prétendre à monter dans ce bateau donc une aventure humaine quand même assez atypique mine de rien avec énormément de maturité gagnée par rapport à ça et donc aussi beaucoup de maturité sur ce type de problématique manageriale j'ai envie de dire parce qu'on était en pleinement donc voilà une grande source de maturité et puis aussi surtout beaucoup de de concret dans ma tête c'est-à-dire que en repartant des jeux avec ce titre je réalise seulement que c'est possible de le faire et donc je retourne à l'entraînement en me disant bah ouais maintenant je sais ce que c'est que d'être champion olympique je sais que j'ai été capable de le faire je sais ce que je veux mettre en place pour le redevenir et à partir de ce moment-là tout est devenu plus concret en fait j'avais l'impression de moins courir après une chimère parce que bah voilà même le jour de la finale voilà personnellement j'avais du mal à me dire j'y croyais pas ou alors je voulais pas y penser mais j'arrivais à dire j'avais du mal à croire que je serais champion olympique même si je faisais tout ce qu'il fallait même jusqu'au jour J ça restait presque une chimère moi je me contentais de faire ce que j'aimais faire ce que je savais faire de mieux mais j'avais du mal à me mettre sur ce piédestal entre guillemets voilà je sais pas c'est un peu comme comme si tu gagnes au loto tu gagnes sans pas d'oeuvre tu te dis bah putain t'as du mal à réaliser et puis t'y crois pas et puis tu gardes tes habitudes de tous les jours alors que enfin voilà c'est un peu pareil c'est se dire putain mais en fait ce que je fais d'habitude je le fais bien et t'as du mal à y croire et donc du coup une fois que tu repars des Jeux Olympiques en étant champion olympique tu te dis bon voilà je pensais de constater que j'ai la médaille autour du cou et que maintenant je sais que c'est possible de le faire et c'est plus une chimère c'est concret quoi
Loïc en quoi est-ce que ça va changer la façon dont tu te prépares pour Tokyo par rapport à la façon dont tu t'es préparé à Rio
Pierre pas grand chose finalement pas grand chose parce que juste le fait de se dire à l'entraînement voilà que j'étais plus dans l'optique finalement après les jeux de me dire fais du mieux que tu peux et tu verras où ça te mène j'étais plus dans l'optique de me dire ben voilà soit de nouveau champion olympique soit champion du monde et entraîne-toi pour ça donc c'était deux motivations différentes je ne dis pas qu'il y a une qui est mieux que l'autre même si j'ai une petite préférence pour la première quand même qui est de s'entraîner en se disant ben voilà je fais ce que je sais faire de mieux et je vois où ça me mène sans me poser de questions parce que ça a l'avantage de ne pas tourner autour d'un seul et unique objectif entre guillemets et de se permettre de se délester d'une certaine pression et de garder un peu de spontanéité mais voilà c'est l'optique quand même dans laquelle j'étais après le jeu
Loïc d'accord super ben écoute merci beaucoup Pierre on a fait un bon balayage sur la partie sportive la question qui m'intéresse maintenant c'est comment qu'est-ce que t'emmènes de cette tu vois de cette dimension sportive qu'est-ce que t'emmènes aujourd'hui ou t'emmèneras demain pour tes prochaines aventures pro en termes d'apprentissage tu disais que tu travaillais t'es conférencier tu travailles avec une société NextUp qui fait entre autres du coaching de mémoire oui absolument qu'est-ce que tu dirais que toute cette expérience sportive et ce titre olympique te permettent d'apporter
Pierre ben finalement j'ai envie de compléter ta question en disant il y a eu l'expérience sportive le titre olympique et à côté il y a eu l'expérience humaine et les déboires aussi c'est-à-dire que ce qui m'a le plus apporté et que je pourrais amener dans le monde professionnel aussi c'est cette expérience humaine finalement comme je le disais cette problématique managériale jusqu'au titre et la problématique managériale aussi qui s'est posée derrière parce que Jérémy a pris sa retraite assez tôt en 2017 après un ultime titre de champion du monde ensemble et que depuis 2017 c'est tout l'inverse quoi c'est-à-dire qu'on est passé de champion olympique à 13ème au championnat du monde plus récemment là on sort la tête de l'eau 7ème au championnat d'Europe mais l'idée de reconstruire un binôme est assez compliquée selon lui donc du coup voilà c'est tout ça qui est mon formel bagage que je compte apporter aussi en entreprise et finalement ce bagage il est constitué de de de maintes et maintes expériences qui sont transposables finalement que ce soit l'assiduité la performance l'expertise la recherche du haut niveau l'exigence le fait de ne laisser aucun détail au hasard d'optimiser absolument tous les paramètres qui sont à notre disposition tout en faisant en preuve d'un certain relâchement et d'un certain recul malgré tout sans être tête dans le guidon donc ça c'est quelque chose qui est propre au sport de très haut niveau le fait de pouvoir mettre en place un programme de s'y tenir voilà de poursuivre des objectifs qui nous demandent de nous pousser forcément à un moment donné dans nos retranchements donc ça ça développe forcément des qualités qui sont intéressantes dans un milieu professionnel où la concurrence est exacerbée et puis à côté de ça il y a aussi donc ce que je te disais toutes les aventures humaines que j'ai pu vivre et le fait de savoir qu'en termes d'intelligence émotionnelle je vais me situer plutôt pas trop mal c'est à dire que je vais avoir suffisamment de recul pour aborder tel ou tel type de personnes de personnalité ou de situation avec des personnes de management de poursuite d'objectifs disons que c'est tellement large et varié que ça ne peut pas ne pas être utile et donc donc ouais je suis persuadé que et c'est ce que je fais aussi aujourd'hui en conférence c'est à dire que je fais le lien justement entre ce monde du haut niveau et ce monde de l'entreprise en tout cas pardon je rectifie pas le monde du haut niveau mais le monde de l'aviron à haut niveau et le monde de l'entreprise parce que tous les sports de haut niveau ne requièrent pas les mêmes qualités ne requièrent pas aussi la même exigence entre guillemets dans les mêmes domaines donc tous ne sont pas transposables au même titre à l'entreprise mais en tout cas pour ce qui est de l'aviron à haut niveau je pense sincèrement que c'est difficilement possible de faire plus transposable
Loïc et par curiosité qu'est-ce qui t'a poussé à rejoindre les rangs de Grenoble École de Management
Pierre en fait ça a été au début du bouche à oreille parce qu'il y a des rameurs qui l'avaient intégré des rameurs à la fois du club de Grenoble et du Pôle France de Lyon donc je n'avais déjà entendu parler comme ça parce que je voulais continuer mes études et puis c'est vrai que les coachs nous conseillent entre guillemets ils savent ce qu'ils peuvent se faire donc par le bouche à oreille certains coachs m'avaient parlé de cette école en me disant que certains rameurs y étaient déjà et puis et puis en fait c'est eux finalement aussi qui ont eu un intérêt à ce que je vienne donc il y a eu une démarche réciproque j'ai envie de dire et qui a fait que ça a fait pencher la balance et puis surtout j'ai rencontré l'équipe pédagogique qui m'a vraiment donné aussi envie de m'inscrire dans cette aventure là parce que ça me plaisait beaucoup on était sur la même longueur d'onde il y avait entre guillemets une ambiance qui me plaisait beaucoup des valeurs aussi qui me semblaient être les bonnes en tout cas qui me correspondaient donc voilà je me suis dit à ce moment là pourquoi pas et puis surtout il m'offrait la chance d'être diplômé d'une des plus grandes écoles entre guillemets de commerce dans le classement alors que c'est quelque chose qui finalement ne m'aurait jamais effleuré l'esprit en tant que mal enfin j'aurais jamais pensé sortir d'une telle école un jour et c'est assez marrant parce que souvent les gens me demandent comment est-ce que t'arrives à rendre le sport compatible avec les études les études finalement moi je dis c'est pas que c'est compatible c'est que dans mon cas ça a été complémentaire et c'est que c'est le sport de haut niveau qui m'a permis d'intégrer ce genre d'établissement et c'est assez paradoxal quand on se dit mais c'est dur de lier les deux mais moi en fait les deux sont non seulement liés mais s'alimentent mutuellement et c'est ce qui est particulièrement intéressant dans nos parcours
Loïc super et si tu devais faire l'analyse sur ce que tu trouvais dans le sport alors dans l'aviron plus spécifiquement mais dans le sport de haut niveau ce qui quelque part t'a animé pendant toutes ces années et continue de t'animer au moins jusqu'à Tokyo et ce que tu cherches demain dans le cadre pro tu dirais qu'il y a quoi en commun ?
Pierre le challenge
Loïc le challenge
Pierre le challenge et cette recherche de je ne saurais pas comment le décrire je pense qu'il n'y a pas de mots qui existent encore mais cette espèce tu sais cette sensation de vouloir performer dans un milieu où tu sais que tu peux avoir un impact sur absolument tout et justement prendre plaisir à optimiser tous ces facteurs c'est vraiment quelque chose qui m'anime et j'aimerais me retrouver dans une situation professionnelle où il y a du challenge où il y a de la compétition où il y a de la concurrence où il y a de l'enjeu et quelque chose qui m'anime finalement et qui fait aussi à un moment donné me faire me retrouver face à moi-même et devoir tirer mon épingle du jeu en fait c'est vraiment cette idée-là de me retrouver face à des défis à relever et vraiment c'est de tirer son épingle du jeu qui m'intéresse énormément
Loïc on en revient j'ai l'impression à cette notion de dépassement de soi encore une fois
Pierre oui il y a de ça oui bien sûr ok
Loïc super écoute Pierre c'était absolument fascinant de t'écouter nous partager tes expériences en aviron et ce qui se profile pour la suite peut-être pour le mot de la fin qu'est-ce que t'aurais envie de partager par rapport à tout ce par quoi t'es passé que ce soit les moments que à peu près tout le monde connaît en tout cas pour ceux qui ont regardé les jeux c'est-à-dire ta victoire mais aussi par ceux que t'as bien voulu nous partager que j'imagine moins de monde connaissent comme cette décision en 2015 qu'est-ce que tu retires de tout ça quels conseils peut-être s'il y en a un est-ce que t'aurais envie de partager que ce soit des sportifs des non-sportifs mais le message inspirant que tu retires de tout ça ce serait lequel
Pierre finalement ce que je retire de tout ça et ce que j'aimerais que les gens puissent appliquer entre guillemets après l'écoute c'est vraiment juste de se dire qu'on aura tous des parcours qui sont différents dans les domaines qui sont complètement différents on a tous aussi des ambitions qui sont différentes mais ce que j'en retire c'est juste le conseil que je donnerais c'est simplement de se dire mais apprenez à vous connaître apprenez à savoir ce qui vous anime ce qui vous prend aux tripes et quand on court après ça quand on apprend à se connaître et qu'on sait ce qui réellement nous anime au plus profond de nous là on peut seulement s'y engager et il y a une chose que je ne regrette pas d'avoir ressenti dans ma vie c'est cette sensation de pouvoir soulever des montagnes en étant persuadé de pouvoir le faire comme je l'ai décrit en 2015 mais ça n'a pas été le seul moment et c'est vraiment cette sensation d'à un moment donné de mettre le doigt sur quelque chose qui nous fait nous sentir invincible et ça on peut tous le ressentir dans des dans des domaines complètement différents sans même vouloir performer mais juste trouver ce qui vous anime trouver ce qui vous fait plaisir et ce qui vous permettra de vous y investir et ce qui fait que vous ne verrez pas le temps passer aussi et finalement et ce sera le mot de la fin ce qui vous donne envie de vous lever le matin il y a une chose que je ne regrette pas ces dernières années c'est qu'il y a eu de longues années bon là ça commence à être un peu plus long mais il y a eu de longues années où je ne regrette pas c'est vraiment même si je savais que la journée allait être super dure physiquement mentalement j'avais envie de me lever le matin je savais ce que j'allais faire et j'étais inscrit dans un projet et j'avais envie de tout donner pour ça donc voilà je pense que tout à chacun on a intérêt à trouver une raison pour laquelle on veut se lever le matin et trouver ce qui nous anime vraiment je pense que rien que si on arrive à mettre le doigt là dessus et qu'on arrive à s'y investir et bien notre vie vaudra la peine d'être vécue et on pourra être fier de ce qu'on a accompli quoi que ce soit finalement quel que soit le résultat
Loïc merci merci Pierre pour ce super message encore une fois merci pour ton temps je sais que on a réussi tu as bien voulu organiser ça entre un entraînement un événement demain donc un grand grand merci pour ta disponibilité pour tout ce que tu as bien voulu partager avec nous aujourd'hui c'était hyper inspirant vraiment passionnant encore une fois de t'écouter partager toutes ces expériences avec nous peut-être avant qu'on finisse je sais que sur ton site on peut suivre tout ce qui se passe d'ici Tokyo est-ce qu'il y a d'autres canaux de communication par lesquels tu t'adresses aux personnes qui seraient intéressées pour suivre ton évolution
Pierre bien sûr le site est intéressant mais il a pris un peu de retard c'est-à-dire que j'ai arrêté de l'alimenter en termes d'articles depuis le premier confinement ok mais c'est pas mal pour connaître lire les articles jusqu'à ce moment-là pour connaître un peu le contexte mais sinon j'invite surtout les gens à me suivre sur les réseaux sociaux notamment sur Instagram c'est là où je suis je ne suis pas hyper actif mais c'est là où vraiment j'essaie d'être actif c'est là où je partage mon actualité mon quotidien ok et voilà c'est là où j'ai le plus de visibilité
Loïc super et bien écoute je mettrai tout ça en description de l'épisode encore une fois merci Pierre bon courage pour demain
Pierre ouais merci merci à toi aussi de donner aussi l'opportunité de partager un parcours ça fait plaisir de le faire et puis vraiment c'est toujours cool de mettre rien que pour moi de le dire juste de partager ça permet un peu de se voir de l'extérieur et c'est aussi intéressant pour moi donc merci
Loïc avec plaisir et puis j'espère
Pierre que ça pourra servir
Loïc super un grand merci Pierre tout le meilleur pour la suite
Pierre merci merci Loïc au revoir
Loïc merci d'avoir écouté cet épisode du podcast Les Frappés jusqu'au bout j'espère qu'il vous aura intéressé même inspiré pour vos différents projets qu'ils soient pro ou perso je vous invite à nous faire parvenir vos commentaires vos feedbacks vos suggestions d'invités également directement par email et la contact lesfrappés.com et enfin si vous souhaitez nous soutenir dans cette aventure n'hésitez pas à nous laisser une note sur les différentes plateformes d'écoute que vous utilisez ainsi qu'un commentaire je vous dis à la semaine prochaine pour un nouvel épisode ciao
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