Les Frappés Les Frappés
Saison 1 EP·003 Parcours de vie #jeux olympiques #handicap #Suisse

13 octobre 2020

Sofia Gonzalez - Athlète paralympique Suisse et fière de l'être !

Durée · 1h03 · Transcription disponible

Sofia Gonzalez

Le récit

À 19 ans, Sofia Gonzalez nous livre déjà une belle leçon de vie. Cette athlète Suisse amputée de la jambe droite est aujourd'hui membre de l'équipe paralympique Suisse d'athlétisme sur 100m et saut en longueur. Elle revient avec Les Frappés sur l'événement qui a changé sa vie et le chemin parcouru depuis. On parle des réalités du sport paralympique en Suisse, mais aussi de gestion d'image de soi ou encore de préparation aux JO. Un superbe échange avec une invitée pleine d'énergie, en route pour décrocher les étoiles !

🔎 Dans cet épisode, nous avons parlé des partenaires & sponsors de Sofia
PluSport, Ottoblock, Équipe Suisse Paralympique.

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Transcription

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Sofia Qu'est-ce que tu as fait pour toi ? Il faut faire confiance au temps, il faut croire en soi, il faut vraiment croire en soi et pas penser au regard des autres. Il faut vraiment foncer, aller droit devant, comme un 100m sprint, aller jusqu'à la règle finale et foncer en fait.

Loïc Hello, hello ! C'est Loïc Blanchard, le créateur et host du podcast indépendant Les Frappés. Je suis un ancien sportif de haut niveau, aujourd'hui reconverti en sportif aventureux, mais aussi entrepreneur, coach et préparateur mental certifié. Passionné d'outdoor et de défis en tout genre, j'ai voulu créer une communauté autour des valeurs de résilience, de dépassement de soi et de détermination, en vous offrant chaque semaine des conversations inspirantes avec des invités incroyables issus d'univers très variés. J'ai reçu aussi bien des athlètes olympiques que des entrepreneurs à succès, des aventurières professionnels ou encore des anciens des forces spéciales. Leur point commun, la passion pour leur projet et l'audace de se lancer. Alors fonçons ensemble découvrir mon invité de la semaine. Excellente écoute à vous les Frappés !

Invité 1 Bonjour Sophia, bienvenue sur le podcast des Frappés. Bonjour Loïc. Je suis très très heureux de t'accueillir avec nous aujourd'hui. Alors pour plusieurs raisons. La première c'est que j'ai adoré ton énergie pendant notre échange pour préparer l'interview. Donc j'ai hâte de voir tout ce que tu vas pouvoir nous partager aujourd'hui. Tu es notre plus jeune invitée pour le moment. Ah ok ! Voilà. Tu es également notre première Suisse et première athlète para. Donc ça fait… voilà c'est le podcast des premières en fait. C'est beaucoup plus. Donc écoute, ce que je te propose c'est peut-être de commencer par te présenter, nous dire qui tu es, quel est ton parcours.

Sofia Ouais ! Alors bah je m'appelle Sophia Gonzalez, j'ai 19 ans. Je suis étudiante et athlète para olympique suisse. Donc en fait je suis amputée au niveau de la jambe droite et je porte une prothèse depuis que je suis toute petite, depuis que j'ai 3 ans. Et ça fait je crois 5 ans maintenant que je fais de l'athlétisme et 4 ans au niveau international et para olympique et tout ça. Ok. Donc voilà.

Invité 1 Super ! Et tu es étudiante en quoi par curiosité ?

Sofia Là je finis… enfin je suis en dernière année, enfin il me reste quelques mois en IB. C'est un baccalauréat international. Ok. Voilà en anglais-français vu que justement j'ai vécu en fait dans ce… enfin ma famille est très internationale. Donc on parle beaucoup de langues. Et du coup on voulait ce mélange anglais-français pour que je garde ça. Et aussi au niveau du sport, le IB il est beaucoup plus flexible. Ce qui me permet justement des fois… par exemple pour les championnats du monde en novembre l'année dernière, j'ai pu partir une semaine et c'était beaucoup plus pratique qu'une maturité.

Invité 1 Ouais. Top ! Donc ça t'offre de la flexibilité en plus de l'environnement international. Ouais exactement.

Sofia Mais après la maturité suite c'est aussi un super diplôme, c'est juste que pour moi avec mon sport et tout ça, le IB il me correspondait mieux.

Invité 1 Comment ça a commencé cette aventure en athlétisme du coup ?

Sofia Alors en fait je m'en suis même pas rendu compte mais en regardant un peu en arrière ça fait… Depuis 2012 en fait ça a été un moment marquant dans ma vie donc j'avais 11 ans. on habitait en France à cette époque-là avec ma famille et en fait mes parents ont réussi à avoir des billets pour les Jeux Paralympiques de Londres en 2012. Et en fait à ce moment-là pour moi ça a été vraiment un choc parce que pour moi je me sentais… Je me sentais pas seule, j'avais quand même mes amis mais je me sentais seule au niveau… J'avais pas vraiment vu des gens comme moi amputés avec des prothèses ou alors j'en avais vu mais c'était que des vieux qui étaient en siège roulant, et mettaient des fois des prothèses et tout ça et qui faisait pas du sport, qui était pas active parce que moi j'étais toujours très active encore aujourd'hui, je suis même hyper active des fois. Et du coup on est allé justement aux Jeux Paralympiques de Tokyo en 2012, de Londres pardon, et ça a été vraiment un moment pour moi incroyable parce que justement j'ai vu des gens avec un handicap faire du sport de haut niveau. Et les deux sports qu'on a vus, ma mère ne s'est même pas rendue compte, enfin elle a pris juste des sports où il restait des places, elle a pris de l'athlétisme et la natation. Donc moi à cette époque-là je voulais pas du tout… enfin je me pensais pas du tout faire ça. Et ensuite j'ai grandi tout ça et en 2016 j'ai découvert justement cette lame en carbone en fait qui me permet de courir. J'ai découvert cette lame à une… ça s'appelle Run and Play Clinic avec Autoboc qui est la marque de cette lame, c'est une marque allemande. Et en fait ils nous prêtent pendant un week-end cette lame pour qu'on la teste, pour voir comment c'est et tout ça. Et on a justement un athlète paralympique allemand qui vient en fait nous montrer un peu comment… enfin c'est un peu notre coach quoi. Et à partir de ce week-end bah en fait ça a commencé. Sophia elle est devenue une nouvelle personne puisqu'avant bah bah j'ai jamais pu courir, j'ai jamais pu vraiment sauter et tout ça, même si je participais toujours au sport, à l'école ou que ça soit autre part. Et à partir de là j'ai dit à mes parents j'aimerais bien une lame. Sauf que problème, ces lames ne sont pas payées par les assurances invaliditées parce que c'est considéré comme un luxe et elles sont très chères. Du coup bah ce qu'on a fait c'est qu'on a essayé de chercher un sponsor en fait. Et donc moitié mes parents ont payé la lame et moitié un sponsor qui s'appelle Plushport. Et à partir de là bah… Plushport. Plushport ouais, c'est une association en fait pour en Suisse, pour les handicapés suisses en fait. D'accord. Et du coup, à partir de là, je me suis inscrite dans un club d'athletisme normal en fait. Dans ma tête c'était même pas « Oh j'ai envie de commencer, j'ai envie d'être athlète par olympique suisse, j'ai envie d'être célèbre ». Enfin pas du tout dans ma tête c'était vraiment « J'ai juste envie de faire du sport, j'ai juste envie de courir, j'ai juste envie d'utiliser cette lame en fait ». Parce que je me sentais libre, je me sentais bien et tout ça. Et du coup bah je me suis inscrite dans un club d'athletisme normal. Et aussi en fait ce qui m'a incitée c'est que ma meilleure amie fait aussi de l'athlétisme. Moi elle en fait depuis qu'elle est toute jeune et tout ça et elle est très très bonne. Enfin elle a même des médailles suisses et tout ça. Et du coup bah pour moi c'était aussi un… Quand on est adolescent on va dire c'était aussi un moment fun ou voilà certains font du foot, certains font du basket et tout ça. C'était plus un hobby quoi. Et ensuite j'ai commencé à faire mes premières compétitions, tout ça. Parce que justement Pouchport ou Suisse Paralympique on me dit « Pourquoi tu t'entrais pas ? » Et tout ça c'était que des tests. On ne s'était même pas dans l'idée « Voilà Sophia va devenir une ambassadrice, Sophia va devenir une Suisse, Sophia va peut-être faire les Jeux Paralympiques de Tokyo ». Enfin dans ma tête c'était… Il n'y avait rien de tout ça. Et ensuite ça s'est enchaîné, c'est allé très très vite. Et voilà. Et ensuite bah l'équipe Super Olympique a cru en moi. Ils ont décidé de me prendre pour ma première compétition internationale au championnat d'Europe. J'ai fait une quatrième place, j'étais hyper heureuse. J'ai fait un des meilleurs temps à cette époque-là. Ça c'était quand ?

Invité 1 T'étais le premier championnat avec l'équipe ?

Sofia En 2018. En 2018. En 2018, ouais. C'était à Berlin, c'était les championnats d'Europe. Et c'était un truc de ouf. Enfin juste l'expérience de… d'être… en fait de faire partie de quelque chose qui est plus grand que toi-même. Que ça soit de faire pour… enfin de courir pour la Suisse, pour ton pays, d'être avec des gens qui ont un handicap mais qui ne soient absolument pas comme handicapés. Parce que moi, je déteste le mot handicapé. J'aime pas du tout ça. Enfin je m'y réfère jamais en fait. Pour moi, j'ai juste une prothèse. Enfin voilà, c'est tout. Et ouais, c'était incroyable de aussi rencontrer d'autres personnes. Enfin des… aussi de courir avec des filles qui ont exactement la même amputation que moi. Et qui couraient à la même… enfin au même niveau que moi, à la même vélocité, tu vois. Parce que vu que je m'entraîne dans un club où il y a… bah c'est tous des valides. Ouais. Ils ont pas de prothèses. Ils ont pas de prothèses. Ou ils sont pas en siège roulant, tu vois. Je suis la seule. Bah… des fois c'est dur parce que… bah voilà, je sais… je fais pas les mêmes temps. Ou alors eux ils vont un peu plus vite. Et… et c'est frustrant des fois. C'est bien quand même parce que du coup ça te met dans une position d'inconfort. J'ai lu… j'ai lu… j'ai lu… au début c'était très dur pour moi parce que bah… je me sentais pas à l'aise, je me sentais pas à ma place, je me cachais. Et… et franchement maintenant en regardant un peu ma… ma progression, maintenant je m'en fiche. Genre c'est incroyable. C'était pas du tout moi au début. Enfin… j'arrivais sur le stade. J'ai… à te dire j'avais besoin de 30 minutes pour changer ma prothèse. Parce que justement je voulais pas qu'on me voie. Et maintenant je fais ça en deux secondes, je vais courir, je me dis je m'en fiche. Enfin les gens me regardent. Ok cool mais… ouais ouais c'était… c'est pas pareil. Mais je pense que le sport ça aussi… Je pense que c'est un thème qu'on va discuter. C'est… le sport c'est quelque chose qui… qui peut te changer, qui peut t'aider. Et moi ça m'a beaucoup aidé pour être la personne que je suis aujourd'hui. Et… et m'aider à grandir, à m'accepter, à être fière aussi de qui je suis. Et… et montrer que voilà je peux le faire. Je peux être comme tout le monde. Je peux faire du sport à un niveau.

Invité 1 Waouh ! C'est juste hyper… hyper inspirant tout ce que tu viens de nous dire. Merci. Avant qu'on continue peut-être sur le sport et les thématiques du dépassement, de la résilience, de la détermination qui sont celles du podcast. Par curiosité, ta prothèse, c'est… on parle de quel… de quel prix ? Pour avoir une idée parce que c'est intéressant de voir que ça a été quelque part… peut-être qu'il y a un peu une barrière aussi… Ouais, ben bien sûr. Est-ce que tu commences ?

Sofia Ouais, ouais. Ben moi justement, quand j'étais allée en 2012 aux Jeux Paralympiques de Londres, j'ai vu justement les gens courir avec des prothèses à l'athlétisme dans le stade. Et pour moi, c'était inimaginable d'avoir une lame en fait. À l'époque, c'était vraiment… c'était que pour les sportifs qui étaient déjà dans ça ou alors des gens justement qui avaient eu un accident mais qui étaient déjà sportifs avant. Et justement, ce qu'ils ont fait avec cette clinique, c'est qu'ils offrent la possibilité à des gens lambda, si tu veux, pour… je sais pas… Par exemple, il y avait de toutes sortes. Il y avait une maman qui voulait essayer ça parce que justement elle voulait courir avec ses enfants. Il y en avait un qui allait faire un peu de course, de jogging. Moi, ben j'étais jeune, j'avais envie de courir et tout ça. Et le prix justement d'une prothèse comme ça, c'est 15 000 francs. Ah oui, quand même. Donc en euros, ça ferait peut-être un petit peu moins.

Invité 1 Ouais, ouais. 13 000, 5 peut-être quelque chose. Enfin, c'est quand même un sacré budget, ouais.

Sofia Ouais, ouais, voilà. Donc c'est pas un truc où… voilà, enfin, même si on habite en Suisse et qu'on croit que les Suisses ont beaucoup d'argent avec nos banques et tout ça, ben c'est quand même un budget, quoi. Mes parents, ils ont quand même dû dépenser des trucs pour moi que justement d'autres parents ne devaient pas parce que… Ben pour des prothèses ou alors pour… Souvent, par exemple, je casse les pantalons assez souvent à cause de ma prothèse. Et du coup, ben ils ont acheté des pantalons, ce qui est un coût. Et 15 000 francs comme ça, c'était pas possible. Donc seule solution, trouver des sponsors. Mais ça, c'est un peu partout. J'ai aussi parlé avec d'autres athlètes, que ce soit en France, que ce soit en Allemagne, que ce soit en Espagne et tout ça. Et c'est sponsor ou alors la marque te sponsorise. Mais ouais, c'est très compliqué.

Invité 1 Et donc cette prothèse, aujourd'hui, t'en as toujours qu'une ? Ou ça a un intérêt d'en avoir plusieurs ?

Sofia Alors en fait, moi, mes deux disciplines que je fais, c'est le 100 mètres sprint et le 100 longueur. Du coup, il faut avoir en fait deux lames différentes pour chaque discipline. Enfin au début, vu que le coût était trop cher, ben j'utilisais qu'une. Mais ensuite, ben vu que, on va dire, je commençais à être assez forte et tout ça. Et tout ça, Autoboc, qui est la marque allemande de ses prothèses, elle m'a contactée. Ils ont un siège en Suisse et ils m'ont sponsorisé. Et du coup, je suis en France et tout ça. Ouais, je suis hyper contente. Et du coup, ben ils m'ont offert une lame pour le son longueur aussi, parce qu'elle est différente en fait. Vu que c'est des lames en carbone, si je peux un peu expliquer. Je ne sais pas si vous arriviez à visualiser. Mais sinon, vous allez sur Google et vous cherchez lame de sport prothèse. Donc déjà, c'est tout noir en fait. C'est tout fait en carbone. Et la différence entre celle du 100m sprint et du 100m longueur, c'est en fait la résistance. Parce que pour le 100m sprint, il faut qu'elle soit dure, mais pas trop quand même. Alors que pour le 100m longueur, vu qu'on met tout notre poids et qu'on saute dessus, il faut vraiment que ça nous expulse. Et du coup, ils arrivent à mettre en fait comme une dureté plus dure dans le carbone. D'accord.

Invité 1 Ah donc là, t'as l'âme... Pardon, t'as l'âme pour le 100m longueur, c'est ta lame. C'est ton côté d'appui au moment du saut en fait ?

Sofia Ouais, exactement. Ah ok ok. Mon pied droite, enfin ma lame du coup, je saute sur celle-là pour le 100m longueur.

Invité 1 D'accord. Ok, d'accord. D'accord, d'accord. Ah ouais, c'est intéressant ça. D'accord.

Sofia Mais tout le monde le fait, enfin il y a plein d'athlètes, enfin j'ai pas vu un athlète qui fait sur sa bonne jambe on va dire. D'accord. On fait tous sur la prothèse.

Invité 1 Ouais. Et combien ça pèse une lame à peu près, pour avoir une idée ? Euh...

Sofia Un ou deux kilos. Ah ouais, c'est hyper léger, ouais. Ouais, c'est pas... Enfin, ça... Ouais, ça dépend. Vu que c'est du carbone, c'est léger. Enfin moi par exemple, celle de 100m, elle est un peu plus lourde que celle du saut en longueur, parce que justement, j'ai parlé avec mon orthopédiste et vu que bah, faut que je saute. Et faut pas qu'elle soit trop lourde, tu vois, parce qu'après elle peut te faire descendre.

Invité 1 C'est intéressant du coup, il y a l'aspect un petit peu de technologie à gérer aussi selon les épreuves.

Sofia Ouais, ouais. Ouais bah, justement, on va dire si je compare un peu les athlètes valides et les athlètes par olympique, c'est que eux bah, par exemple, ils ont qu'à changer de chaussures. Nous, il faut qu'on mange des chaussures gauches pour moi dans ce cas là, et de prothèses. Et c'est un très long processus. Enfin, au début, justement, tu perds du poids, tu prends du poids, tu prends du muscle. Ensuite, nous, on a des blessures aussi des fois. Par exemple, je sais pas si on se blesse un petit peu, bah, ça peut être... Enfin, ça peut être vraiment pas sympa quoi, parce que c'est des petites blessures dans les prothèses, c'est comme des cloques si tu veux. Ouais. Et à cause de ça, bah, on peut plus s'entraîner, ou alors on doit faire une pause. Et donc, c'est ça, c'est un peu cet aspect par rapport où il faut vraiment se dire que nous, on a un truc en plus à gérer quoi.

Invité 1 Ouais. Ouais. Et ouais, clairement, ça c'est sûr. Et alors, si on revient à ce que tu disais par rapport à le fait que, voilà, voir les Jeux paralympiques, ça a été en quelque sorte la révélation pour toi. Qu'est-ce qui s'est passé dans ta tête à ce moment-là ? Qu'est-ce que tu t'es dit ?

Sofia Bah, vraiment, dans la tête, là, je me sentais bien. Enfin, même mes parents m'ont dit, eux, ils se sentaient bizarres, tu vois. Ok. C'était eux qui étaient en minorité, tu vois. Alors que d'habitude, dans la société, c'est moi qui me sens bizarre, tu vois. C'est moi qui suis en minorité. Et à ce moment-là, dans cet environnement-là, bah, moi, j'étais à ma place, tu vois. Donc, c'était vraiment… D'accord. D'accord. Et tu vois, moi, à l'époque, j'étais un peu… Enfin, j'étais pas timide, mais j'étais là adolescente un peu. « Ah non, maman, arrête, arrête ». Enfin, un peu gênée, tu vois. Et à cette époque-là, je pense que c'était une révélation interne, mais que je me suis pas vraiment rendue compte. Parce que dans ma tête, quand j'étais là, je me suis pas dit « Je veux être athlète paralympique ». Tu vois ? C'était vraiment plus quelque chose, je pense, dans ma tête qui s'est débloquée, émotionnelle, qui s'est dit, ok, si eux peuvent le faire, je pourrais tenter aussi, tu vois.

Invité 1 Oui. Et à quel moment est-ce que c'est devenu une réalité, ça pour toi, le rêve paralympique ?

Sofia Je pense au championnat d'Europe.

Invité 1 Oui ?

Sofia Oui.

Invité 1 Tu te rappelles d'un moment en particulier ? Comme d'un déclic ou…

Sofia Je pense quand j'étais à la fin de ma course, où j'ai dit, ok, je l'ai faite, tu sais, genre, juste de se dire, tu as fait ta première course par olympique en tant qu'athlète suisse par olympique. Oui. Donc, je pense que c'était ça, oui. Parce qu'en fait, le truc, c'est que l'équipe suisse par olympique doit décider de te prendre, tu vois. Tu dois faire les temps et tout ça en tant qu'athlète. Mais c'est le comité qui décide. Et ça, c'est dans tous les comités. Enfin, le comité aussi suisse olympique, ils font ça, tu vois. Parce qu'il faut regarder le niveau budget, il faut regarder le niveau place. Il faut regarder aussi si tu as été une bonne athlète durant ta saison et tout ça. Et le fait qu'ils me prennent, tu vois, j'étais jeune, j'étais la plus jeune du groupe. Ben, j'étais hyper contente, quoi.

Invité 1 Aujourd'hui, tu es toujours la plus jeune ?

Sofia Dans l'athlétisme, oui.

Invité 1 Oui.

Sofia Et dans l'équipe par olympique, non. Il y a par exemple des mêleurs qui sont un peu plus jeunes que moi. Mais moi, je me considère toujours comme la jeune du groupe. Je suis un peu… Qui tatine et tout ça. Parce que voilà, j'ai beaucoup d'enthousiasme. Ça aussi, je pense qu'ils ont aimé. C'est même si je suis arrivé en quatrième place, pour moi, c'est comme si j'avais gagné, en fait. Oui. Et j'étais hyper contente. Enfin, moi, je suis très expressive. Sur les photos, ça se voit. Justement, ils prennent un photographe à chaque fois pour des photos officielles. Et sur toutes les photos, j'ai comme une gosse qui est là, genre, ouais.

Invité 1 La banane.

Sofia Ouais, exact. Donc, je pense que ça aussi, j'ai aimé. Même, je m'entends hyper bien avec le comité. Enfin, ils aiment ce que je fais. Ils disent que c'est super et tout ça. Que j'aide un peu, on va dire, le comité sujtement olympique. Parce qu'avant, ce n'était pas très connu, du tout. Enfin, même encore maintenant, presque personne ne connaît. Et c'est aussi, je pense, un but chez moi que plus tard, même si peut-être je ne travaille pas dans ça, alors que j'y ai pensé de peut-être travailler, je ne sais pas, dans des comités comme ça. Franchement, d'aider et de faire évoluer ça, parce que c'est hyper important, je trouve.

Invité 1 Alors justement, quelle évolution tu as pu voir en Suisse sur la connaissance du milieu paralympique et peut-être les différences même entre la France et la Suisse. Je ne sais pas si tu en as vu, mais ça m'intéresserait de savoir.

Sofia Oui, bien sûr. Alors, en France, j'ai vécu donc cinq ans à Lille, au nord de la France. C'était une super expérience. Là, je n'ai jamais vraiment fait du handisport, entre guillemets. Mais j'en ai entendu parler. Et c'est vrai qu'ils sont beaucoup plus avancés. Ils connaissent, en fait. Ils savent que ça existe. Ils savent que c'est un truc bien et tout ça. Et en Suisse, on va dire, déjà, le sport, ce n'est pas un truc hyper important. Ce n'est pas comme en France ou en Suisse, que la Coupe du Monde, un truc de malade, tu vois. Et du coup, c'est vrai que c'est dur de faire intégrer ça dans les médias et tout ça. Maintenant, ça commence à avancer. Et le parc olympique, c'est toujours en second plan. Maintenant, ça a été un peu plus parlé. Moi, par exemple, justement, je vois qu'on me contacte de plus en plus pour les radios, pour la télé et tout ça. Pour les podcasts. Voilà, les podcasts. Mais c'est vrai, moi, je suis plutôt côté Suisse romande. Donc là, on parle français. Oui, parce qu'en Suisse, on parle plusieurs langues. On est multilingues. Et côté allemande, il y a une autre fille, mais elle a deux prothèses. Et elle aussi, elle essaye justement de faire plus parler de ça et d'essayer de faire avancer un peu ça et de faire connaître, en fait. Les gens, ils savent juste la connaissance. C'est de la culture générale de savoir qu'il y a des athlètes paralympiques en Suisse. Parce que sinon, même si on est un petit pays en Suisse, il ne faut pas se dire, ah non, on n'en a pas.

Invité 1 Justement, tu peux nous dire à peu près combien il y a de l'équipe paralympique suisse et combien d'athlètes à peu près aujourd'hui ? Toutes disciplines, je ne sais pas si tu as ça ou peut-être en athlétisme.

Sofia Alors, en athlétisme, on est six. Ok. Voilà.

Invité 1 Pour toute la Suisse, pas pour la Suisse. Non, non, non.

Sofia Pardon, pardon. J'ai compté que les... Parce qu'en fait, en Suisse, pour l'athlétisme, tu as six personnes qui sont debout, entre guillemets. On a un aveugle, trois qui ont des prothèses où moi, je fais partie. Une qui a comme un spasme dans le bras. Ensuite, tu as tous les sièges roulants. Et ça, en Suisse, par contre, on est très, très fort pour l'athlétisme, pour les sièges roulants. Ok. Donc, ça, on est beaucoup. Donc, je ne saurais pas du tout te dire parce que maintenant, s'il y a des nouveaux et tout ça. Mais on est peu. Par exemple, pour Rio, ils ont été... Je ne sais pas, une centaine, deux cents. Je ne suis pas sûre. Mais ouais, on n'est pas beaucoup. On est un petit pays. Oui. Alors que la France, tu vois, genre... Je ne sais pas, je ne veux pas te dire de bêtises, mais 500, un truc comme ça, plus. Je ne sais pas.

Invité 1 Ouais.

Sofia Ouais.

Invité 1 Ouais. Après, c'est sûr que, bon, la population est un peu plus importante en France. Donc, j'imagine que la représentativité aussi des gens avec des prothèses ou en fauteuil n'est pas la même. Bien sûr. Ok. Alors, si on revient un petit peu... Tu parlais de mindset, de mental au tout début. Qu'est-ce qui a changé pour toi entre le moment où tu as fait tes premières entrées sur ce stade dans ton club d'athlétisme et où tu mettais une demi-heure à changer ta prothèse et maintenant où tu t'en fiches, tu y vas et puis tu fais tes courses et voilà, quoi.

Sofia Ben, la chose principale, c'est que je ne me cache plus. Enfin, au début, tu vois, je l'ai toujours... J'ai une prothèse, si tu veux, cachée où il y a de l'esthétique dessus avec une couleur de peau. Ok. Et maintenant, j'en ai une autre aussi où on voit plus, où c'est carbone, noir, on voit justement le genou. C'est très robotique, tu vois. Et du coup, ce mindset-là, il a changé, on va dire, où je n'aurais jamais pensé porter une prothèse comme ça. Enfin, pour moi, c'était à chaque fois que j'allais chez l'orthopédie, c'était esthétique, esthétique, esthétique. Genre, je ne veux pas s'en fêter sans esthétique. Et même au niveau vestimentaire, je ne mettais que des pantalons, jamais de shorts. Je n'avais même pas acheté un short, tu vois. Dans mon avant, il n'y avait pas un short. Et je pense que ça a beaucoup changé parce que du coup, maintenant, j'ai des shorts, j'ai des robes. Voilà, je m'en fiche. Mais je pense que ça a aussi été... Je pense que le mindset qui a changé le plus, c'est de m'accepter moi-même, d'en parler, de ne plus me cacher. Enfin, juste le fait de faire le podcast avec toi, tu vois, Loïc. Je n'aurais jamais imaginé faire ça il y a cinq ans, tu vois. Enfin, Sophia, la petite Sophia, voulait justement se cacher. Je ne voulais pas me cacher dans le fait que j'avais honte de moi et tout ça. Mais c'est juste, je pense, j'avais trop envie d'être comme tout le monde. De justement être... Avoir deux jambes et tout ça. Même si je savais, j'avais une prothèse et tout ça, ça ne me dérangeait pas du tout. Enfin, je changerais pour rien au monde d'avoir une prothèse parce que ça m'a donné tellement de possibilités justement de pouvoir faire du sport à haut niveau, de rencontrer plein de nouvelles personnes. Voilà, il y a plein d'avantages, même s'il y a des fois des petits inconvénients, mais il y en a tellement peu que les avantages prennent sur-dessus. Donc, je pense que c'est ça qui a changé.

Invité 1 Et ce mindset, en quoi est-ce que tu penses ? Enfin, quel a été l'impact du sport, à ton avis, sur ce changement de mindset et le fait qu'aujourd'hui, tu es fière d'avoir une prothèse ?

Sofia Le sport a tellement aidé. Je pense que c'est grâce au sport. Sans le sport, je ne suis pas qui je suis aujourd'hui. Je pense que le sport m'a ouvert tellement de possibilités, m'a ouvert ce que j'ai en moi, en fait, de me dire, OK, je peux être fière de moi, je fais du sport à haut niveau, malgré que j'ai une prothèse, je peux en parler. En fait, c'est un plus, quoi. Au lieu de dire, ah, je n'ai qu'une prothèse, ah, je fais aussi du sport à haut niveau et je fais ça et je fais ça et je fais ça, tu vois. Donc, c'est un truc que, ouais, le sport a tout changé en moi. Ça m'a donné ma confiance en moi que j'ai aujourd'hui. Ça m'a donné aussi l'occasion de montrer qui je suis. Enfin, par exemple, sur les photos aussi, sur les réseaux sociaux. Avant, je me cachais, je n'avais jamais une photo de moi où on montrait ma prothèse. Et maintenant, voilà, on me voit moi en train de pourrir avec ma lame et tout ça. On me voit moi avec une prothèse de couleur. On me voit moi avec... Enfin, tu vois, avant, je n'aurais jamais imaginé mettre un poste avec ma prothèse. Non, non, c'était hors d'épicerie.

Invité 1 Tu as vu le regard des gens évoluer autour de toi ?

Sofia Bah oui et non. On va dire que pendant mon adolescence, ça a été dur entre guillemets où je voulais être comme tout le monde. Je voulais avoir deux jambes, être jolie. Enfin, voilà, tout ça, quoi. Et du coup, on va dire que je n'ai pas eu de harcèlement parce que c'est trop fort pour le dire. Et c'est vrai que des fois, je me suis sentie un peu délaissée ou un peu mise de côté. Tu vois, ce qui est normal parce que je suis différente. Au final, je suis différente. Je n'entre pas, on va dire, dans les cadres de la société. Et je pense, ouais, le fait que moi, j'ai changé ou j'ose en parler, je l'accepte à 100%. Les personnes le ressentent et l'acceptent aussi, tu vois. Enfin, par exemple, justement, la semaine dernière, en cours, enfin, j'ai des cours de bio. Et on parlait, justement, des mines, en fait. On parlait que, justement, les gens étaient amputés à cause des mines parce que, tu sais, les mines impersonnelles et tout ça. Oui. Et du coup, mon prof, vu qu'il sait que j'ai une prothèse, il m'a dit, ah, tu n'aimerais pas nous en parler un petit peu, ton expérience un peu. Ce serait intéressant. Et moi, mes amis, enfin, je leur en parle, mais pas trop non plus. Enfin, ça dépend parce que des fois, il y a des choses aussi par rapport au sport. Voilà, ça fait beaucoup, tu vois. Moi, je suis très enthousiaste. Et j'ai vu que... Et un commentaire que j'ai eu, c'est... Ah, mais c'est trop bien que tu l'acceptes comme ça, que tu nous en parles. Et c'est vrai que c'est la première fois qu'on me dit, genre, justement, le fait que moi, j'en parle tellement ouvertement et que... Oui. En fiche que je dis, voilà, j'ai une prothèse et qu'est-ce qu'il y a, tu vois ? Ben, eux aussi, ils se disent, ben, cool, elle est... Enfin, voilà, c'est Sophia, basta. Il n'y a pas Sophia l'amputée, c'est juste Sophia. C'est tout.

Invité 1 Et ça, ça, tu... Cette espèce... Enfin, pas de prise de conscience, mais cette acceptation du fait que tu as une prothèse et que voilà, c'est comme ça, et qu'est-ce qu'il y a, comme tu dis ? Ça s'est fait petit à petit ou, je ne sais pas, tu as été coachée pour faciliter ça ou c'est tes parents qui t'ont accompagnée là-dessus ?

Sofia Je pense que ça s'est fait petit à petit. de base, je l'acceptais, tu vois, c'était... Enfin, mes parents m'ont toujours enseigné que je pouvais tout faire, que je n'avais pas de limites, que vraiment, ils m'ont inscrit à tous les sports que je voulais faire. Enfin, j'ai fait de l'équitation quand j'étais jeune, j'ai fait du tennis, je skie, enfin, vraiment, et jamais, jamais j'ai fait un de ces sports adaptés, tu vois, alors que maintenant, je fais un sport adapté.

Invité 1 D'accord.

Sofia Et du coup, ces sports, je les ai toujours faits avec ma prothèse normale, on n'a jamais dit, ah, parce qu'elle a une prothèse, il faut peut-être faire ça différemment, tu vois. Et maintenant aussi, grâce au sport, on va dire, j'ai une coach mentale qui m'a beaucoup aidée, enfin, c'est une psychologue slash coach mentale qui m'aide beaucoup parce que, enfin, même si, voilà, j'ai confiance en moi, des fois, il y a des petites choses que j'ai encore, on va dire, à surmonter, c'est des petits trucs, des fois, voilà, je pense, pas tout le monde, même si je dis que j'ai confiance en moi, pas tout le monde a toujours 100% confiance en soi, ce n'est pas possible. Oui, clairement. Il y a des moments où, voilà, tu te sens un peu moins bien ou tu as moins confiance en toi dans cette situation et elle m'a beaucoup aidée, c'est vrai que parce que, du coup, d'un point de vue un peu extérieur, elle m'aide à, on fait plein d'exercices et tout ça et, et ouais, non, c'est hyper intéressant, je suis contente parce que, c'est vrai que la vie, avant, en se cachant, c'est compliqué, ça te bouffe aussi de l'intérieur, ça m'aide, tu vois, de, enfin, des trucs bêtes, justement, à penser, ah non, je ne peux pas faire ça parce que, justement, les gens, ils vont me voir, enfin, là, je peux être moi-même, enfin, je me dis, je m'en fiche, c'est pas grave, enfin, de toute façon, on le voit, c'est vraiment, je me suis dit, de toute façon, on le voit, pourquoi tu veux encore plus le cacher, tu vois ? Et ce qui a été important pour moi aussi, je pense, c'est que, avant, dans les sens et tout ça, où, justement, tout le monde veut être pareil, enfin, les filles, elles veulent être toutes belles, minces, avec les cheveux lisses et tout ça, ben, j'essayais d'être comme ça, mais je me dis, au final, je suis différente et c'est ce qui fait ma force et, et ouais, enfin, pourquoi le cacher maintenant parce que, de toute façon, je suis différente, j'ai changé, le sport m'a apporté beaucoup de choses et, voilà, il faut l'accepter au final.

Invité 1 Et cette coach, tu parlais d'exercice, peut-être, avant qu'on revienne sur l'aspect un peu plus sportif, préparation et autres, tu aurais un exercice ou deux en particulier sans peut-être entrer trop dans les détails de ce que tu as partagé avec ta coach, mais un exercice, ou deux qui t'a vraiment marqué qui pourrait être utile ?

Sofia Ouais, bien sûr, bah, justement, le fait où je dis que je suis Sophia, juste Sophia, je ne suis pas Sophia qui a la prothèse, c'est vraiment, je pense, elle m'a aidée avec cet exercice où j'ai dû mettre sur un papier, en fait, tout ce que je suis. Par exemple, Sophia, la fille à ses parents, Sophia, l'amie de telle, Sophia, la sportive. Et ça m'a beaucoup aidée parce que, du coup, dans ma tête, c'était vraiment, les gens, ils ne vont pas m'apprécier parce que j'ai une prothèse, alors que ce n'est pas du tout ça, tu vois. Et je suis arrivée à un point vraiment où je me détestais parce que je me dis, cette personne ne m'aime pas parce que j'ai une prothèse. et c'est horrible de dire ça, c'est horrible de penser que j'ai un blocage alors que c'est moi-même qui me mets ce blocage alors que la personne peut-être se dit, elle s'en fiche, tu vois, elle a une prothèse et tout. Et elle m'a beaucoup aidée à justement me dire, en fait, je suis Sophia, la personne, même pour qui je suis et pas pour, est-ce que j'ai une prothèse ou pas ? C'est pas grave, on s'en fiche. Il y en a, ils ont des lunettes, il y en a, je ne sais pas, ils ont deux pieds gauches, des trucs comme ça, tu vois. Oui, oui, oui. Donc, oui, c'est un exercice et c'est franchement, je recommande à tout le monde de le faire, de juste citer tout ce qu'on est dans la vie, je ne sais pas, Sophia l'étudiante ou est-ce qu'on est, je ne sais pas, Loïc qui fait des podcasts ou Loïc le sportif, enfin, tu vois, des trucs comme ça. c'est intéressant et ça permet aussi de justement de se poser, de se dire, ok, je suis tout ça, mais tout ça fait que je suis qui je suis aujourd'hui, tu vois. Il n'y a pas que Sophia la porteuse de prothèse.

Invité 1 C'est un bon exercice, oui. Effectivement, comme tu dis, ça peut permettre de se détacher de peut-être certaines étiquettes qu'on croit qui prennent plus de place qu'est-ce qu'elles en prennent réellement. Donc, top, super, merci d'avoir partagé. On verra si on a des retours de gens qui ont fait l'exercice à leur tour. Ah ouais,

Sofia wow. Taguie-moi si vous le faites.

Invité 1 Ouais. Alors, si on revient sur l'aspect, la dimension sportive, c'est quoi tes prochaines grosses échéances ou à court ou moyen terme d'ailleurs ? Tu parlais des, tu as parlé de Tokyo, enfin, il y a eu une espèce de lapsus révélateur peut-être. Donc, est-ce que Tokyo est sur la liste ?

Sofia Ben, bien sûr. Enfin, Tokyo était supposé être sur la liste il y a quelques mois. Mais, ben voilà, je pense que tout le monde le sait, il y a eu le confinement et le virus. Oui. et tout ça aussi fait qu'un tel grand événement que sont les Jeux Olympiques et les Jeux Paralympiques ont dû être déplacés dans une année. Donc, ça, on va dire, c'est... Pardon ?

Invité 1 Non, non, vas-y, vas-y, pardon, je t'ai à te finir.

Sofia On a été déplacés dans une année, donc en 2021, alors qu'ils étaient supposés être en 2020. Et, et ouais, ben, c'est toujours sur ma liste. Ça a toujours été un rêve pour moi juste de participer à des Jeux Paralympiques. Ensuite, ben, de gagner et de faire ma meilleure performance, tu vois. Et ensuite, ben, maintenant, avec cette année un peu compliquée, j'ai pu quand même faire quelques compétitions. En Suisse, c'est une à l'international en Allemagne. Maintenant, on est entré dans la saison d'hiver. voilà, maintenant, on commence à se préparer justement les muscles, la force, tout ça. pour... Donc,

Invité 1 l'hiver, tu cours quand même, il y a quand même des événements où c'est... Alors,

Sofia je ne sais pas. Normalement, il y a des compétitions indoor, mais avec... Ben, maintenant, à partir de 50 personnes en Suisse, quand on est dans un espace restreint, il faut mettre des masques pour un événement. Enfin, je veux dire, dans les magasins, il faut déjà mettre des masques. Du coup, je ne sais pas si ça va être annulé. Mon coach me dit que oui, qui pense certainement. Et même moi, je me dis, ça va être compliqué. Enfin, je me dis même, enfin voilà, on va devoir mettre nos masques et juste pour courir, on va l'enlever, on va courir, on va arriver à la ligne d'arrivée, ils vont nous donner un autre masque. C'est au lieu de... Le trophée ou du bouquet de soeurs, ils vont nous donner un masque, tu vois. Donc... Ouais, voilà, exactement. Donc, je ne sais pas du tout. Enfin, on verra. En soi, ça n'impacte pas trop, on va dire, ma saison, parce que les compétitions indoor, c'est toujours des 60 mètres, tu vois. Et donc moi, je fais des 100 mètres. je les fais quand même parce que c'est justement pour garder un rythme, on va dire, de compétition, pour faire des compétitions quand même et tout ça. Mais on verra, je ne sais pas du tout. Sinon, on continue à s'entraîner comme on peut. C'est pas juste, on va dire, ça ne s'arrête pas. Et j'espère qu'en tout cas, après, en mars et tout ça, il y aura des compétitions extérieures justement pour, avant Tokyo justement, pour se qualifier et refaire les temps et tout ça parce que, pour l'instant, un peu personne n'a pu se qualifier. Enfin, il n'y a pas eu beaucoup de compétitions.

Invité 1 Ouais. Comment tu as réagi immédiatement quand tu as appris la nouvelle pour Tokyo et peut-être, qu'est-ce que tu as appris depuis ou comment est-ce que tu as fait évoluer ton mindset vu la situation avec le Covid ?

Sofia Alors moi, je n'y pensais pas du tout. Pour moi, ça allait avoir lieu. Enfin, vraiment.

Invité 1 Ok.

Sofia Je me suis dit, il y a trop d'enjeux, on va dire, financiers au niveau du pays. on va dire, jamais, enfin, à part dans la Deuxième Guerre mondiale, ils ont annulé les Jeux, tu vois. Donc moi, je me suis dit, on est en guerre, ça, tu vois. Ils ne vont pas annuler. Et je me suis vraiment dit, ils vont trouver une solution. Enfin, il va y avoir, voilà, des règles et tout ça, mais ils vont trouver une solution. Et ensuite, ils ont dit, c'est déplacé. Déjà, j'étais contente qu'ils n'aient pas annulé parce qu'ils auraient pu dire, c'est annulé, tu vois, parce que, du coup, on ne va avoir que trois ans pour les prochains, tu vois. Ça aussi, c'est un truc où il faut... Ah oui,

Invité 1 c'est vrai, bon point.

Sofia Voilà.

Invité 1 J'avais jamais pensé à ça. Ah oui, bah oui.

Sofia c'est bête à dire, mais il faut quand même penser à des trucs comme ça. Et après, bon, moi, j'étais contente quand même parce que, enfin, j'étais, enfin, oui, j'étais en forme, mais j'étais pas... Enfin, je pense que je serais allée et j'aurais donné le meilleur de moi-même, mais je savais que, bah, ma préparation n'était pas parfaite, tu vois. Alors qu'on avait prévu, enfin, on avait vraiment prévu un plan d'attaque, mais incroyable. enfin, en mode, j'avais fini les études, enfin, pas mes études compétentes, mais j'avais fini cette année les études. Ensuite, j'allais partir à Zurich m'entraîner avec, bah, l'équipe, on va dire, l'équipe nationale et tout ça, par olympique, le sport de l'athlétisme. Et ensuite, on allait être prêts et tout ça. Il y allait aussi y avoir les championnats d'Europe juste avant, tu vois. Oui. Pour, on va dire, nous préparer à avoir une compétition internationale. Mais, du coup, bah, tout ça a été annulé. Et, et franchement, je me dis, au final, moi, j'ai eu de la chance parce que, bah, chez moi, j'ai un jardin. En Suisse, ça n'était pas super, enfin, on pouvait quand même aller se balader, tu vois, aller en forêt et tout ça. Mais dans d'autres pays, enfin, j'imagine l'Espagne et la France, on ne pouvait pas sortir juste pour aller faire ses courses, tu vois.

Invité 1 Oui. La Suisse était un peu plus

Sofia relax,

Invité 1 on va dire.

Sofia Voilà. Je me dis, c'est injuste, tu vois. Pas tout le monde a eu les mêmes règles, pas tout le monde a eu les mêmes restrictions. Donc, au niveau entraînement aussi, tu vois, moi, j'ai peut-être pu faire plus alors que quelqu'un en Espagne ou en France a pu faire moins parce que, justement, ils n'avaient pas le droit d'aller dehors courir, ils n'avaient plus accès à leur salle de musculation, plus accès au stade, plus accès à une piscine si ils étaient nageurs ou tout ça, tu vois. Donc, je me dis, franchement, c'est mieux. C'était une bonne décision. En plus, moi, j'habite à 30 000 de Leusanne, il y a le comité olympique, donc j'ai pu suivre ça de près. Et ouais, je pense que c'était la bonne décision. Maintenant, de toute façon, on ne peut pas faire recours, c'est eux qui ont pris la décision, tu vois. Ouais,

Invité 1 clairement.

Sofia De prendre ça et je pense qu'il faut prendre ça avec de la positivité, en fait. Juste se dire, tu as une année en plus, donc autant s'en servir et encore plus s'entraîner, être encore meilleur. Et je me dis, ouais, je peux être encore mieux que ce que j'avais planifié, en fait. Parce que j'ai plus de temps, je peux être, ouais, je ne sais pas.

Invité 1 Ça, c'est de la résilience, tu vois. Bon exemple de résilience et de détermination. Du coup, comment il a évolué, ton plan ? Parce que ton année supplémentaire avec ton coach, comment est-ce que vous l'avez restructuré ?

Sofia C'est toujours un peu flou. Enfin, on l'a restructuré en mode que, ouais, ouais, c'est compliqué. Enfin, si tu veux, c'est compliqué de faire un plan si on ne sait pas si les compétitions vont avoir lieu. Parce qu'en athlétisme, tu vois, on fait un plan où on va du plus bas au plus haut, entre guillemets, où justement, par exemple, là, on n'est pas au plus bas, mais je veux dire, on monte en puissance, tu vois. Et vu qu'on n'a pas de compétition, on ne peut pas mettre une date où on se dit, ok, à ce moment-là, il faut être à ta puissance maximale. On sait juste qu'en août, il faut que je sois à ma puissance maximale. Mais faire sur une année, c'est long, tu vois, il faut faire des compétitions entre deux. Donc, pour l'instant, c'est entraînement à fond. Quand tu dis

Invité 1 entraînement à fond, ça représente quoi comme charge par semaine ?

Sofia Ça représente six entraînements par semaine, sauf le dimanche, dimanche, c'est le mois. Où je fais, maintenant, en hiver, j'ai commencé à faire deux fois par semaine de la muscu. Donc, on monte en puissance, on met plus de poids sur les machines et tout ça pour justement augmenter. Et après, les autres entraînements, c'est sur stade. Donc, c'est de la vitesse, c'est de la technique, c'est des séries et tout ça. Donc, voilà. Maintenant, avant, c'était un peu, voilà, c'était un peu, on essaye de reprendre l'entraînement, de faire les compétitions quand même. Et maintenant, on va dire, on a pris comme une petite pause d'une semaine pour justement se dire, OK, maintenant, on commence la saison d'hiver et la saison d'hiver, ça va être entraînement à fond et on verra s'il y a des compétitions qui vont arriver.

Invité 1 OK. c'est un peu l'incertitude, j'ai l'impression. Oui,

Sofia c'est un peu, parce que justement, il y avait ces championnats d'Europe qui étaient importants parce que ça permet de faire une compétition internationale avant une grande compétition qui sont les Jeux, tu vois. Et ça, on ne sait pas si on va l'avoir avant les Jeux. On ne va peut-être qu'avoir des compétitions normales, lambda. Moi, en tout cas, j'espère que j'aurai des compétitions suisses parce que moi, je fais des compétitions suisses avec des valides où justement, je suis la seule avec une prothèse et des compétitions internationales dans ma catégorie où, parce que nous, en Paralympique, on est séparés par catégorie d'handicap. Donc, par exemple, je ne peux jamais courir avec quelqu'un qui est en sèche roulant, tu vois. Donc, eux, ils sont dans leur catégorie, sèche roulant. Nous, on est par catégorie de prothèse. Donc, moi, je cours avec gauche ou à droite. Après, il y a une autre catégorie, par exemple, quand tu as les deux prothèses.

Invité 1 D'accord.

Sofia Donc, c'est roulant,

Invité 1 une prothèse ou deux prothèses, les catégories.

Sofia Et prothèse, par exemple, une prothèse au-dessus du genou, une prothèse en dessous du genou, tu vois, ça dépend de ton rotation. Tu as les sièges roulants aussi qui sont en catégorie. Donc, par exemple, ça dépend où tu es paralysé, tu vois. Parce que, du coup, en siège roulant, on utilise les bras. Tu peux avoir plus de force si, par exemple, tu es paralysé plus bas. D'accord. Donc, ça aussi, c'est des différents. tu as les aveugles qui sont aussi, ça dépend comment tu vois. Tu as ceux qui ont aussi les bras, amputation du bras. Oui. Et, il y en a encore plein d'autres, mais je ne saurais pas tous te les dire.

Invité 1 Et donc, toi, tu fais en Suisse uniquement des compétitions avec des gens qui, enfin, des non-paralympiques, enfin, des non-paras. Oui. Comme tu as, d'ailleurs, petite question, parce que tu disais tout à l'heure que tu n'aimes pas le terme handicap et tu ne te considères pas comme quelqu'un en situation de handicap. Oui. Comment, tu dis quoi, du coup ? Oui, parce que du coup, tu vois, je... Non, non,

Sofia ça ne me dérange pas. ça ne me dérange pas qu'on me le dise, tu vois, mais moi, je ne vais jamais te dire je suis handicapée, tu vois.

Invité 1 Oui, oui, d'accord. C'est juste ça.

Sofia Après, bien sûr, il faut l'utiliser ce terme parce que c'est quand même le terme qui, on va dire, nous représente. Moi, je préfère un peu par olympique ou en disport, c'est un très bon mot. En France, ils l'utilisent très souvent alors qu'ici, on l'utilise un peu moins, tu vois.

Invité 1 Oui.

Sofia Mais oui, où je dis valide et invalide. Ok.

Invité 1 Ok.

Sofia T'inquiète, je ne serai pas. Non, mais je préfère demander

Invité 1 parce que,

Sofia tu vois,

Invité 1 quand on parle de prise de conscience, c'est typiquement le genre de, c'est le genre de détail qui, en fait, n'en est pas vraiment un, quoi. Tu vois, donc c'est toujours intéressant de poser la question. on va dire en disport, du coup. Donc, il n'y a qu'en Suisse où tu fais des compétitions avec des non-handisport, enfin, de non-handisport et à l'international, c'est forcément en disport.

Sofia Oui, dans ma catégorie,

Invité 1 dans ta catégorie. Ok, d'accord.

Sofia Oui, parce que, enfin, il n'y a pas, en fait, il n'y a pas assez de compétitions en disport à l'international. déjà, là, cette année, j'étais étonnée d'en pouvoir faire qu'une, tu vois, parce qu'habitude, on en fait moins 5 ou 6, on va à Paris, on va en Espagne, on va en Thalie, enfin, tu vois, des trucs comme ça. Et des fois, on va même à Dubaï, voilà quoi, comment te dire. Ah ! Et, ouais, ouais, c'est cool ça. Et en Suisse, ouais, il n'y a pas, enfin, il n'y en a qu'une où justement, les gens en disport viennent chez nous parce qu'on a quand même une compétition en disport en Suisse, mais c'est qu'une, donc, je ne peux pas, tu vois, je ne peux pas commencer, je ne peux pas préparer ma saison avec une compétition en disport en Suisse, enfin, je ne sais pas. Où est-ce qu'elle est ? Elle est à Notville, près de Lucerne.

Invité 1 Près de Lucerne, ok.

Sofia Ouais, c'est là où il y a le centre, en fait, paraplégique en Suisse.

Invité 1 D'accord, je ne savais pas. Au pied du Pilatus, du coup.

Sofia Ouais, exact.

Invité 1 Top. Ok, du coup, puisqu'on est sur les jeux, quel impact ça a eu sur peut-être tes cercles d'amis, le fait que toi, tu sois en train, tu vois, à 19 ans de préparer les jeux et peut-être que pour d'autres, ben voilà, c'est à peine, enfin, à peine la sortie de l'adolescence, je visage peut-être un peu, mais tu vois, c'est des projections complètement différentes. Ouais,

Sofia le regard, le regard, la jalousie. Le regard et,

Invité 1 je ne sais pas si c'est la jalousie, mais en tout cas, ouais, peut-être le regard, le fait que vous ne parliez pas vraiment des mêmes choses, tu vois, si toi, tu t'entraînes six jours par semaine, j'imagine que, voilà, tu as peut-être moins le temps de faire d'autres choses que des gens autour de toi de ton âge font, donc, comment est-ce que tu gères ça socialement parlant ?

Sofia Ben, on va dire, j'ai eu mon adolescence où, voilà, j'ai pu aller à des fêtes, j'ai fait des anniversaires et tout ça, c'est vrai que, maintenant, on va dire que ma vie est très planifiée. Enfin, moi, je suis très organisée, enfin, comme te dire, par exemple, vendredi, je suis sortie des cours, je suis, j'ai foncé à l'entraînement, je suis revenue chez moi, je me suis préparée et je suis allée à un anniversaire. Donc, c'est vraiment, tu vois, en mode, il faut balancer, on va dire, ta vie sociale, ta vie, voilà, avec tes amis, ta famille et ta vie de sportive où tu ne peux pas rater un entraînement pour aller à l'anniversaire, c'est hors de question, tu vois. Ouais. Donc, ouais, des fois, c'est compliqué aussi, enfin, le regard, tu vois, le fait, enfin, je parlais de jalousie parce que je l'ai eu, ça a été très dur pour moi de juste me dire qu'il y a de la jalousie parce que pour moi, c'est quelque chose, c'est pas que je le mérite, mais dans le sens où si tu veux la même chose, en plus de toi, une genre, enfin, je ne sais pas comment expliquer, mais c'était vraiment ça, pour moi, c'était vraiment, je me dis, oui, j'ai la chance de faire des Jeux, mais que d'autres personnes ne pourront peut-être jamais parce que justement, c'est beaucoup plus dur pour aller aux Jeux Olympiques parce qu'ils sont beaucoup plus, tu vois, les sportifs, il y en a beaucoup plus alors que aux Jeux Paralympiques, on est beaucoup moins parce que justement, il faut être handicapé, déjà pour participer et du coup, pour moi, je ne comprenais pas cette jalousie, je me disais, oui, j'ai la chance, je sais que c'est quelque chose d'incroyable, mais je ne comprends pas cette jalousie parce que je me dis, si tu veux faire ça, je ne sais pas, plutôt une jambe, mais vraiment, je ne comprenais pas et ouais, on n'a peut-être des fois pas les mêmes centres d'intérêt, des fois, c'est pour ça que je te dis que j'en parle pas, enfin, j'en parle, mais sans trop dire non plus si j'ai un nouveau sponsor, tu vois, ils vont peut-être le découvrir sur mes réseaux sociaux parce que c'est quand même des choses un peu délicates où je me dis, est-ce qu'elles vont, enfin, elles vont peut-être penser que voilà, je narque, tu vois, voilà, maintenant, j'ai une nouvelle vie sportive et tout ça alors que je suis quand même encore Sophia, tu vois, je suis encore votre amie, je suis encore la fille de mes parents et tout ça mais ouais, des fois, c'est dur, des fois, il faut faire des sacrifices comme par exemple, on peut pas aller à certaines fêtes, on peut pas aller à certains endroits ou des choses comme ça parce que moi, je veux aller à l'entraînement ou des choses comme ça mais au final, c'est mon choix, tu vois, c'est moi qui l'ai fait, je suis hyper heureuse de l'avoir fait parce que ça m'a appris tellement de choses, ça m'a donné plus que ça m'en a pris et voilà.

Invité 1 C'est un beau message là mais c'est vrai que c'est, tu vois, c'est exactement la raison pour laquelle, enfin, une des raisons principales pour laquelle je voulais démarrer ce podcast pour justement qu'on échange avec mes invités sur la partie cachée de l'iceberg. C'est-à-dire que bien souvent, tu vois les gens, voilà, tu vas aux Jeux paralympiques, tu fais des trucs fous, tu as des sponsors, tu as des lames dernier crise et ah bah ouais, mais bon, mais en fait, ils ne voient pas les six entraînements par semaine, ils ne voient pas le fait que, bah voilà, ce matin, on est dimanche, c'est ton seul jour libre, bah tu t'es levé, sans doute, peut-être un peu plus tôt pour faire un podcast, tu vois, c'est, c'est, c'est, ouais, c'est le revers de la médaille que bien souvent, on ne voit pas donc c'est intéressant, c'est intéressant de t'entendre le dire clairement.

Sofia Ouais, mais moi aussi, enfin au début, je me suis dit, ah ce monde, il va être tout rose, tout beau, mais pas du tout, il y a de la compétition, enfin entre athlètes aussi, il y a, bah tout ça au niveau, voilà, financé, même si on a des sponsors, c'est dur, c'est très cher de faire du sport, en plus, moi qui ai des lames, enfin, des fois, le sponsoring comme il donne, tout va vers les lames, tu vois, et du coup, comment je fais pour m'acheter une nouvelle paire de chaussures, comment je fais pour m'acheter des habits de sport, enfin, tu vois, j'ai aussi besoin de ça, parce que, le fait que, par exemple, un athlète, on va dire valide, a du sponsoring, lui, il pourra l'utiliser pour tout, tu vois, tout son programme, par exemple, que ce soit des entraînements, que ce soit des camps d'entraînement, et moi, bah, j'ai ce côté financier en plus, qui sont les lames, maintenant, bah, heureusement, j'ai été sponsorisée, tu vois, mais au début, ça a été compliqué, parce que, ouais, on ne voit pas tout ça, on ne le montre pas, sur les réseaux sociaux, sur les interviews, oui, tout va bien, nos entraînements se passent bien, alors que, voilà, des fois, on a tous des difficultés, que ce soit athlète paralympique, ou athlète olympique, je ne veux pas dire que, même si eux, ils ont du sponsoring, des fois, aussi, c'est dur, je pense que, chaque vie d'athlète, est faite de haut et de bas, et voilà.

Invité 1 Et aujourd'hui, financièrement, sans forcément rentrer dans les détails, mais, tu es dans une situation, où tu as suffisamment de sponsoring, ?

Sofia Oui et non, enfin, cette année, oui, parce que, les pensées, on va dire, dans les corps d'entraînement, et tout ça, mais, l'année prochaine, ça va être compliqué, parce que, il y a plein de nouvelles choses, qui vont arriver, tout ce qui est, corps d'entraînement, il faudra que je paye aussi, mon coach, les prothèses, il faudra que je renouvelle les prothèses, donc, oui, je suis quand même ambassadrice, mais, tu sais, ils ne te donnent pas non plus, cinq lames, par année, donc,

Invité 1 la durée de vie d'une prothèse, c'est de combien de temps ?

Sofia Alors, en fait, ça dépend, une prothèse, donc, tu as le, c'est fait en deux parties, c'est le socket, où, en fait, on met ta jambe, et là-dedans, et celle-là, en fait, il faut la changer, ça dépend, en fait, pour un adulte, c'est une fois par année, parce que, soit tu grossis, tu maigris, tu changes, tu prends du muscle, ou, ou, ton adaptation change, en fait, et le bas, qui est la lame, en fait, celle-là, ça dépend, en fait, si la dureté diminue, on va dire, avec, vu que tu l'utilises beaucoup, il faudrait la changer, mais je sais qu'il y a des athlètes de hyper haut niveau, par exemple, un athlète allemand que je connais hyper bien, lui, il n'aime pas du tout les changer, parce que, justement, il aime la sensation que ça soit très souple, en fait, celle-là. D'accord. Je pense que ça dépend de chacun, après, si elle est cassée, il faudrait la changer. Oui. Mais c'est très rare, qu'on les casse, à part si vraiment, on s'y va dessus, et bon, souvent, son longueur, des fois, elle se casse, donc, tu sais, on met tout notre poids dessus. Oui. Mais, je ne saurais pas te dire, il n'y a pas vraiment de date, de péremption. D'accord.

Invité 1 Mais toi, en tout cas, tu les changes tous les 3-4 ans, c'est ça, à peu près, si j'ai bien compris ?

Sofia Pour l'instant, non. Pour l'instant, ma première lame, je l'ai depuis 5 ans.

Invité 1 5 ans ? Ah ouais, ok.

Sofia Ouais, non, tu vois, c'est ce côté financier, encore une fois, de rêver, de changer, mais c'est ça le problème. ma lame là que j'ai reçue, c'est pour son longueur, donc celle-là, je ne vais pas la changer, elle me sera utile encore pour Tokyo. Ensuite, j'ai une autre lame pour courir aussi, et celle-là, je l'utilise encore et ça fait un an que je l'ai.

Invité 1 Ok. C'est intéressant que ta coach soit pas, je pensais, enfin, tu ne l'as pas dit du tout, mais je supposais que ta coach faisait partie de la fédération, en fait, Paralympique suisse.

Sofia Ouais, moi, c'est très compliqué parce que vu que j'habite en Suisse romande, tout est, en fait, que ce soit Suisse olympique ou Suisse paralympique, tout est vraiment en Suisse allemande. enfin, en Suisse, le sport est beaucoup plus en Suisse allemande, enfin, en tout cas pour l'athlétisme. Ouais. Donc, tous les comités sont, voilà, Berbe, Zurich, tu vois, donc, C'est marrant parce que le comité,

Invité 1 le comité international, pardon, est à Lausanne. C'est bizarre, du coup.

Sofia Oui, mais ça, c'est le comité olympique, tu vois. Ah oui, exact,

Invité 1 d'accord, ouais, ouais, c'est marrant que la fédération suisse, ce soit pas. Ouais,

Sofia ouais, c'est marrant, mais non, tout est en Suisse allemande. Parce que, enfin, de base, tu vois, la Suisse, elle est suisse allemande, on parle suisse allemande. Ensuite, il y a le côté français, le côté italien, et voilà. Mais ouais, donc, tout est de cette partie-là, même si, enfin, moi, je viens de Zurich, en fait, ma maman est zuricoise, donc je parle suisse allemande. Là, ça a été un truc de plus, parce que, au niveau du coach, enfin, il parle un petit peu français, mais, tu vois, au niveau de la communication, c'est dur, tu vois, ça aussi, ça a été quelque chose que j'ai dû surmonter, parce que, bah, moi, je suis la petite Suisse romande qui habite, voilà, près de Lausanne, au lac Lémane, et tout ça, et j'arrive, ils sont tous suisse allemand, tu vois, donc, si tu m'intégrer, enfin, je connais, tu vois, mais si j'aurais pas parlé suisse allemand, je pense que ça aurait été compliqué, ouais.

Invité 1 Ouais, c'est vrai que les mentalités, on voit, il y a des différences, parfois.

Sofia Ouais, il y a des différences.

Invité 1 Ouais, ouais, ouais.

Sofia Mais, du coup, je te disais pour les coachs, bah, il y a le coach national qui habite, justement, vers Zurich, que je m'entends super bien avec, on communique, bah, par WhatsApp et tout ça, email, et lui, avant le confinement, je le voyais une fois par semaine, les samedis, où j'allais à Zurich, m'entraîner. C'était comme un entraînement collectif, avec tous ceux qui faisaient de l'athlétisme, en para, sauf que maintenant, bah, ça a été un peu annulé, comme tu verras, c'est tout ça, et les restrictions. Et lui, je le vois, bah, pour les compétitions internationales, parce que du coup, c'est le coach qui nous accompagne, et, et voilà, en fait, c'est pour les compétitions internationales.

Invité 1 Donc lui, c'est le coach physique, en fait, ça, c'est pour la préparation physique, les plans d'entraînement, mais il n'a pas un rôle de coach, d'accompagnateur mental, ou de préparation mentale.

Sofia Exactement. Après, mon coach mental, c'est une psychologue, enfin, la coach mentale, elle, je la vois à part. Ensuite, j'ai mon coach, de mon club, en fait, d'athlétisme, donc c'est un club valide, et avec lui, j'ai commencé, du coup, et lui, bah, c'est lui qui me fait des plans d'entraînement, et lui, bah, je le vois, du coup, 6 fois par semaine. Ah non, du coup, les 2 fois de muscu, c'est encore un autre coach.

Loïc D'accord. Ouais, ouais,

Sofia c'est très compliqué. En fait, le problème, c'est qu'en Suisse, t'as pas de, t'as pas vraiment de centre, tu vois, alors qu'en France, t'en as. T'as des vrais centres sportifs, ou c'est écrit centre olympique, ou centre paralympique.

Invité 1 Ouais, en France, on a l'ISEP, on a les... Voilà, exactement,

Sofia tu vois. Et ici, il y en a un, qui est un mâcollant, mais c'est un peu perdu. Et le problème, c'est qu'il y a des coachs, mais c'est plutôt pour les jeunes. Il n'y a pas vraiment pour les pros. Les pros, ils sont à Zurich, ils sont à Berne. Et il y en a même qui sont à l'étranger parce que leur coach, il est parti. Donc, ils vont à l'étranger s'entraîner, mais ils sont quand même des athlètes suisses. Donc, ouais, c'est compliqué. En Suisse, je te dis, le sport, c'est important, mais en même temps, ça ne prend pas autant de place qu'en France ou en Espagne.

Invité 1 Bon, j'ai l'impression qu'il y a une opportunité de business pour toi. Un peu plus tard, un centre para à Lausanne, sur le lac.

Sofia Peut-être, on verra. Je ne sais pas.

Invité 1 Ok, écoute, Sophie, on arrive déjà à la fin. Si tu regardes tout ton parcours depuis ces années, enfin, depuis les Jeux de Parade de Londres où tu as eu cette espèce de déclic, de révélation, jusqu'à aujourd'hui, si tu regardes ce qui a fait la différence pour toi, qu'est-ce que ce serait ?

Sofia Ce qui a fait la différence ? Je pense que c'est moi et en même temps, ceux qui me soutiennent. Ma famille, mes amis qui ont été toujours derrière moi et je pense qu'ils sont eux aussi. Enfin, même si au final, c'est tout moi qui l'ai fait, entre guillemets, parce que c'est moi qui ai décidé d'aller faire du sport. Tu vois, c'est moi qui ai décidé de sortir, de me montrer, de me dire, voilà, je fais du sport avec les prothèses. Quand même, je pense que le soutien, qu'il y ait des gens qui croient en toi, que ce soit ma famille ou même le comité Swiss Paralimpique, tu vois, le fait qu'ils fassent confiance à une jeune, enfin, Suisse romande, tu vois, qui n'avait encore fait aucune compétition internationale, qui n'avait encore fait aucun bon temps. Enfin, j'avais fait des temps, mais c'était pas, voilà. Ouais, ils ont cru en moi et je pense que le soutien est que les gens croient en toi et même que sur les réseaux sociaux, les gens, ils trouvent ça incroyable, que j'aurais jamais pensé. Pour moi, vraiment, au début, je me suis dit, c'est un coup de poker, soit les gens, ils aiment, soit ils n'aiment pas. En fait, je me rends compte que les gens, ils apprécient beaucoup, que ça les inspire. Alors que pour moi, j'ai vraiment pas l'impression que j'inspire quelqu'un. Pour moi, c'est normal, tu vois. Alors que, ouais, c'est inspirant ce que je fais. Donc, je me dis tant mieux. Et si je peux faire ça, franchement, je suis hyper contente.

Invité 1 Quel conseil tu pourrais donner ? Quel dernier conseil tu pourrais donner, du coup, à des jeunes, pas ras ou pas d'ailleurs, mais qui réfléchiraient à se lancer, peut-être plus sérieusement dans le sport ?

Sofia Je leur dirais vraiment d'y aller. Même s'ils disent au début, ou ils ont plein de craintes et tout ça, qu'ils ne veulent pas trop, il faut juste, en fait, faire le premier pas et se lancer. Et même si au début, c'est dur, parce que, voilà, on n'est pas aussi bon que les autres, on a de la concurrence, ou on a le regard des autres et tout ça, il faut faire confiance au temps, il faut croire en soi, en fait, vraiment, il faut vraiment croire en soi et pas penser au regard des autres. Vraiment, foncer, aller droit devant, comme un 100 mètres sprint, aller jusqu'à la règle finale et foncer, en fait, juste y aller et se lancer.

Invité 1 Génial. Écoute, super conseil. Merci beaucoup, encore une fois, Sophia, pour tous ces partages, très personnels, d'ailleurs. On n'a pas juste parlé sport, on a aussi parlé de mindset et d'image de soi, quelque part. Donc, vraiment, merci, merci beaucoup de t'être ouverte comme ça sur le podcast.

Sofia Merci beaucoup, Loïc.

Invité 1 Et on te souhaite tout le meilleur pour la suite et on suivra de près tes performances d'ici Tokyo et puis pour les prochains.

Sofia Exactement, ouais, parce que je ne compte pas m'arrêter là. Moi, je voudrais faire encore Paris 2024, du coup, venir en France, Loïc, et s'il y arrive, Los Angeles, 2028.

Invité 1 Excellent, super, bah écoute, Sophia, on te souhaite tout le meilleur et avec ton esprit, je suis sûre que ça donnera de grandes choses. Merci beaucoup. Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada

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