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Saison 4 EP·190 Parcours de vie #aviron #kayak #handicap

12 novembre 2024

Amputation et renaissance : explorer l’extrême avec Frank Bruno

Durée · 43 min · Transcription disponible

Frank

Le récit

Avec plus de 200 épisodes enregistrés à ce jour, des parcours de vie atypiques, j’en ai entendu sur le podcast. Pourtant celui de Frank Bruno m’a laissé sans voix. Amputé tibial suite à un accident sur le porte-avions Foch, celui qui a quitté l’école a 13 ans démarre une nouvelle vie.

Son handicap, il en fait une force, une source d’énergie intarissable et contagieuse. Il a atteint le Pôle Nord avec l’armée Russe, traversé l’Atlantique à la rame, il a relié le Groenland à la Corse du Sud en kayak et à vélo en 116 jours. Le Groenland, il en est d’ailleurs tombé amoureux au point d’y acheter une maison et d’y vivre une partie de l’année pendant 7 ans.

Un parcours de vie hors norme, dont cet épisode n’est finalement qu’une brève introduction qui, je l’espère, vous donnera envie de vous intéresser plus en détail au personnage.

Excellente écoute à vous.

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Transcription

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Frank Mon père, qui n'est pas un tendre, ex-mercenaire, le putsch d'Alger, etc., il est rentré dans ma piole. Sur le moment, je l'ai pris pour un enfoiré. Après, je me suis dit, ça, c'est un acte d'amour. Il m'a dit une chose incroyable. Il m'a dit, ou tu vis plus fort qu'avant, avec ta jambe en moins, ou tu te mets une bas dans la tête. Et si t'as pas les couilles, je te la mets moi. L'homme que je suis maintenant, ça a été dans la rigueur et la discipline. Et je rajouterai dans l'amour et le partage. Mais d'abord dans la rigueur et la discipline.

Loïc Sous-titrage ST' 501 athlètes de tous niveaux, des aventuriers professionnels, des voyages aux eaux longs cours, des entrepreneuses ou encore des militaires, des forces spéciales. Leurs témoignages au micro du podcast sont de puissantes invitations à passer à l'action. Attention, une écoute régulière peut entraîner des changements positifs irrévocables dans vos vies. Avec plus de 200 épisodes enregistrés à ce jour des parcours de vie atypiques, j'en ai entendu sur les frappés. Pourtant, celui de Franck Bruno m'a littéralement laissé sans voix. Amputé d'une jambe suite à un accident sur le porte-avions Foch, Celui qui a quitté l'école à 13 ans démarre alors une nouvelle vie. Son handicap, il en fait une force, une source d'énergie intarissable et contagieuse. Il atteint le pôle Nord avec l'armée russe, il a traversé l'Atlantique à la rame, il a relié le Groenland à la Corse du Sud en kayak et à vélo en 116 jours. Le Groenland, il en est d'ailleurs tombé amoureux au point d'y acheter une maison et d'y vivre une partie de l'année pendant 7 ans. Un parcours de vie hors normes, dans cet épisode n'est finalement qu'une brève introduction qui, je l'espère, vous donnera envie de vous intéresser plus en détail aux personnages. Excellent écoute à vous. Oh là là, je sens que cet épisode va être absolument fabuleux. Écoute, en tout cas, bienvenue Franck sur le podcast. Je suis ravi de te recevoir en direct de Corse. Je ne te cache pas que quand on a commencé à échanger par mail et que j'ai vu que tu m'écrivais depuis le Groenland, je me suis dit, ça s'annonce intéressant comme échange. Bref, bienvenue encore, Franck sur le podcast, ravi de te recevoir. Ce que je te propose, c'est tout simplement de commencer par nous expliquer dans les grandes lignes qui tu es.

Frank Alors, Franck Bruno, 59 ans encore, plus pour longtemps. Je suis né 31 décembre 1964 et j'ai eu la chance d'avoir des parents aventuriers. donc moi l'école je ne connaissais pas trop donc je les ai suivis dans des destinations incroyables pour la plongée sous-marine et faire des images sous-marine au Galapagos, aux Philippines, en Chine au Soudan, en Israël à Maurice l'arc Caraïbe, etc et puis son chemin a fait dans ma tête j'étais très pote avec l'équipe de la Calypso le commandant Cousteau et Albert Falco m'avait dit si tu veux embarquer avec nous, il faut que tu fasses ton service militaire. Donc je me suis... J'ai fait une prépa militaire dans la marine, je me suis engagé et je suis parti au Liban. Et là j'ai fait tilt. J'ai perdu une jambe, il y a un avion de chasse de 16 tonnes qui m'a roulé dessus, 10 jours pour être rapatrié en France. Et ce qui est extraordinaire, c'est que quand je suis venu rentrer en France en soins intensifs, les autres, et je crois que c'est Sartre qui disait l'enfer, c'est les autres, m'ont déclaré inapte à l'aventure, handicapé, ont voulu me mettre garde-barrière à Lyon, dans un hôpital, et je les ai cru, je ne sais pas, 7-8 minutes, et je me suis dit, je ferais quelque chose de plus fort dans ma vie, et mon père, qui n'est pas un tendre, ex-mercenaire, le putsch d'Alger, etc., il est rentré dans ma piole, sur le moment, je l'ai pris pour un enfoiré, et après, je me suis dit, ça, c'est un acte d'amour, il m'a dit une chose incroyable, il m'a dit, où tu vis plus fort qu'avant, avec ta jambe en moins, ou tu te mets une bas dans la tête, et si tu n'as pas les couilles, je te la mets moi. Donc il m'a bousculé, et qui fait qu'à 59 ans, je suis l'homme que je suis maintenant, aventurier, et donc j'ai repris à bosser avec lui, avec mon père, qui avait une école de plongée, une entreprise maçonnerie et des travaux sous-marins, ce n'était pas évident, de caractère fort, j'ai résisté 11 ans, et au bout d'11 ans, l'armée française finalement m'a rétribué, m'a donné une pension de guerre, décoration et tout. Et comme l'acalypso ne voulait pas parce que j'étais handicapé, j'ai pris mon cabochard, un bateau en bois, et je suis parti faire un très très très long voyage de plusieurs années, à la découverte d'épaves, à la découverte de trésors, à la découverte de cultures, de religions différentes. J'ai appris le turc, j'ai appris le grec, j'ai appris l'espagnol, j'ai découvert l'Afrique du Nord dans des endroits incroyables. Enfin voilà, donc un début de vie riche. et puis moi je dis toujours que les malheurs qui nous arrivent c'est pas des punitions, c'est des défis à relever sur ce voyage j'ai épousé une très très très jolie jeune femme qui était danseuse blonde, grande, aux yeux bleus et on s'est mariés et on s'est séparés parce que vivre sur un petit bateau de 6m2 habitable sans douche, etc je peux comprendre que ça a été compliqué pour elle donc quand les feux de l'amour se sont envolés elle est partie et ça a donné un divorce violent ça a donné à la naissance d'une petite fille qui a maintenant 25 ans, et grâce à ce divorce, j'ai rencontré un avocat fabuleux, Pierre Chamy, à Nice, qui m'a dit, « Ta vie est extraordinaire », encore un qui le dit, « Mais tu ne fais rien pour les autres parce que tu es un égoïste. » Créer une association, je lui ai rigolé au nez, je lui ai dit, « Moi, une association ? Jamais. » Et un jour, en signant mes papiers de divorce, où je devais tout vendre, je n'avais pas grand-chose, bref, il me dit, « Tu es le président de Bout de Vie. et bout de vie c'est quoi ça ? c'est une association pour aider les personnes amputées et bien j'ai mordu à l'hameçon et je me suis lancé après dans le milieu associatif et pour médiatiser mon association dans l'aventure l'aventure extrême voilà en quelques secondes un parcours de vie atypique

Loïc oh punaise ok ok donc tu le disais t'as grandi avec des parents aventuriers au delà des voyages toi qu'est-ce que tu gardes comme souvenir de cet enfant c'est comment est-ce que ça qu'est-ce qui fait que tu as décidé de t'engager sur un chemin de vie finalement assez similaire à celui de tes parents parce que parfois on peut grandir dans un environnement et au contraire le rejeter complètement, se dire non ça ne va plus jamais ça ne m'allait pas je ne veux surtout pas reproduire ce schéma

Frank alors je ne veux plus, ça fait presque 20 ans que je n'ai plus vu mes parents parce qu'on a eu des gros clash, quand je dis des gros clash, c'est pas une dispute pour un divorce, non, c'est vraiment des choses terribles que je souhaite à personne, je leur en veux pas, c'est comme ça, c'est un si, ça aussi c'est formateur, mais ce que j'ai gardé de leur éducation, une éducation très stricte, mais une éducation en même temps, le mot est peut-être pas le bon, libertine, dans le sens que l'école, on s'en fout, tu y vas pas à l'école, parce que mon père à l'époque, il savait pas lire, il savait pas écrire, mais putain, il savait gagner des sous le mec, très très fort. et bon, mais j'ai gardé ça, que la meilleure école, c'est l'école de la vie, et surtout, j'ai appris depuis que je suis petit, mon premier grand voyage, je ne sais pas, je dois avoir 9 ans, c'était aux Îles Saintes, au large de la Guadeloupe, et c'était la première fois que je voyais des blacks, et là, ça a été pour moi un truc incroyable, un petit méditerranéen, je n'avais jamais vu de personne à la peau noire, et je suis tombé sur un mec génial qui est venu m'expliquer, qui m'a dit, ben ouais, moi je suis noir parce que je suis d'origine africaine, on était des esclaves, on est arrivé là avec les colonisateurs, etc. Et je pense que je sais même pas qui il s'appelle, d'où il était, etc. Mais il m'a mis une claque dans la gueule, dans le sens waouh, la différence, on peut en faire une force. Ça c'est extraordinaire. Donc, de mon enfance, j'en garde ça, de ces rencontres incroyables. On a été en Chine, j'ai rencontré des jeunes qui étaient dans un monastère Shaolin. J'étais avec eux, je parlais pas anglais, je parlais encore moins mandarin, et on a échangé avec des regards, avec des signes, j'ai été opéré, d'ailleurs j'ai écrit un bouquin aux éditions Artaud, où je raconte tout ça, j'ai été opéré par une guérisseuse aux Philippines, parce que je m'étais pété la gueule sur le bateau, et je m'étais empalé la jambe dans un clou, et tout ça, ça a mis des petites graines qui ont germé, et j'aime bien ce proverbe mexicain, ils ne savaient pas qu'en me jetant à terre ils avaient semé des graines donc voilà une enfance incroyable avec des parents incroyables, je leur en veux pas tous les matins quand je me lève je leur envoie de l'amour mais c'est fini un champignon quand il est toxique, il est toxique et quoi que tu fasses il sera toujours toxique donc je les mets de côté et je vis ma vie et ma vie est magnifique

Loïc donc quand on a commencé à échanger par mail, t'étais au Groenland ? Non j'étais plus au Groenland

Frank j'ai vendu ma maison au Groenland j'étais au Finnmark à la frontière russe à 700 km au nord du cercle polaire

Loïc ok dans le Grand Nord on va dire c'est quoi justement ton histoire avec le Grand Nord parce que là tu nous as parlé de destination plutôt chaude plongée etc comment t'en es arrivé à posséder une maison au Groenland et ensuite à te retrouver au Finnmark

Frank alors elle est très simple en 2005-2006 avec un autre taré qui s'appelle Dominique Benassi qui a amputé feu moral, amputé à la cuisse et qui a 15 titres de Ironman et de DK Ironman avec des valides, avec moi on ne parle pas d'handisport donc on a décidé de traverser l'Atlantique à la rame en course donc on a fait cette bricole, 54 jours on a fini 3ème, le 26ème le dernier est arrivé 30 jours après nous et on avait embarqué un seul livre d'un fou un autre fou furé qui s'appelle Gilles El-Kaïm, qui était ingénieur en fusion nucléaire à Moscou, français, mais qui avait épousé une moscovite, et qui a tout largué pour faire le tour du cercle polaire en quatre ans, sans assistance, sans spectaculaire. Je ne sais pas si vous voyez un petit peu ce que ça veut dire. Bref. Et ce bouquin m'a happé. Et j'avais un sponsor à l'époque extraordinaire, Bande 4 Sports, Jean-Christophe Chopin qui m'a dit arriver cette traversée, tu peux imaginer on était les premiers amputés sur une course valide à faire ça, on a été méga médiatisés, on s'est retrouvés chez les drucaires Dumas, Fogiel enfin bon bref, de partout il me dit, il y a une opération il y a l'armée russe qui monte à pied au pôle nord c'est que des blessés de guerre moi j'ai un contact, ils aimeraient bien t'embarquer, j'ai dit mais attends on a été malade, j'ai aucune connaissance de la glace. Moi, la glace, c'est les Alpes l'hiver ou la Corse l'hiver en ski et en pot de phoque, mais ça s'arrête là. J'ai déjà dormi dans des trous dans la neige parce que j'ai toujours été comme ça, mais bref, et je suis arrivé au Pôle Nord à pied avec l'Armérus. Et entre-temps, ça a été dur aussi, et entre-temps, il y a un guide polaire, Nicolas Dubreuil, pour ne pas le nommer, qui se pète la gueule au Bruinlande et c'est au printemps, donc mars-avril, donc il fait encore froid, et il est à une heure et quart d'un village, donc quand il tombe à l'eau, il sait que la seule solution pour lui, c'est de courir le plus rapidement jusqu'au village, parce qu'il va geler, et quand il est arrivé au village, il s'est sauvé la peau, mais il était vraiment gelé, donc il a dû être rapatrié en France, et on parlait d'amputation des doigts et des orteils, et l'infirmière lui met la télé, lui il est comme moi, on n'a pas de télé, les écrans ça nous gonfle, et il voit un fou furieux, qui traverse l'antique à la rame, qui monte à pied au pôle Nord. À l'époque, j'étais le gardien de but de l'équipe de la Star Team, avec le Prince Albert, avec Schumacher, avec Zidane, avec Deschamps. J'ai fait des trucs énormes. Quand j'y pense, des fois, je me dis, mais c'est une vie de mytho. Mais non, mais non, mais c'est comme ça. Bref. Et Nico m'appelle, il me dit, voilà, il se passe ça, ça et ça. La première chose, j'ai dit, est-ce que tu fumes, est-ce que tu bois ? Il me dit non. Je dis, bon, ça, c'est déjà pas mal. Je peux te le dire, moi, ça m'a sauvé la vie, d'avoir une vie stricte sans cigarette et sans la moindre goutte d'alcool, rien que d'avoir une bouteille de bière, je suis déjà bourré. Donc bref, j'ai dit ça peut te sauver et il s'est sauvé et quand il est sorti de l'hosto, il m'a dit, avec des séquelles, plus de sensibilité au bout des doigts, etc., mais avec ses doigts et ses orteils, il me dit, je te propose à traverser du Groenland d'ouest en est. 500 et quelques kilomètres, à tirer un traîneau de 120 kilos et au milieu, il y a 3000 mètres d'altitude. Comme je suis taré, j'ai dit, ok, on le fait. Et donc, sponsors, machin, on arrive au Groenland, dans un endroit immonde qui s'appelle Kanguer-le-Schwack, en traduit en français, ça veut dire le Longfjord, il n'y a que des Algécos, c'est un aéroport, point barre, il n'y a que dalle. Et là, Nico Montréal me fait, ça va ? J'ai l'impression d'être chez moi. Il me dit, pardon, je n'ai pas bien compris. J'ai dit, c'est une sensation très bizarre. J'ai l'impression d'être arrivé à la maison. Bref, on fait cette traversée en 34 jours, j'en chie, là aussi, Première Mondiale, j'ai encore un bouquin, Les Médias, machin, ci et là, et depuis cette date, régulièrement, je pars au Groenland, je partais au Groenland à mener des médias, donc des télés, des magazines, des journalistes, et aussi des gamins cancéreux, amputés, et un jour, en expédition, je suis arrivé en kayak à Orhatsut, qui veut dire le Cormoran, et j'ai rencontré Stine et sa famille, ils m'ont adopté, je te la fais bref, et j'ai acheté une maison au village de Roi-Tout de 18 habitants et j'y ai vécu pendant 7 ans.

Loïc Incroyable ! Alors attends, parce que tu nous as parlé très rapidement de l'accident, de l'avion avec l'avion, du coup ton amputation elle est à quel niveau ?

Frank Elle est tibiale, c'est-à-dire que je suis amputé en dessous du genou, j'ai un moignon long, ce qui me permet ce qu'on appelle d'avoir un bras un moignon avec un... un long moignon qui est greffé, qui est plein de cicatrices, mais qui me va bien. Moi, ce que je me suis mis en tête, c'est que je n'ai pas une prothèse, j'ai une jambe artificielle. Cette jambe, elle a un nom d'ailleurs, je l'appelle Maggie, Maggie Ball, et je la connais par cœur. Je sais où je peux aller. Je coach beaucoup de gars de sportifs de haut niveau, de tous bords, et là, en ce moment, je m'occupe d'un jeune qui veut faire les 14-8000. bon ok j'ai dit on va attaquer par déjà faire un truc bidon le Kilimanjaro et là il me propose, il me dit avec toi je voudrais faire la traversée du GR20 en courant on va mettre je sais pas 4 jours, 5 jours, je dis non mon moignant lui, il me dit non je dis par contre si tu veux on prend un vélo on fait une sortie de 500 bornes, non stop ça oui, mais ça donc je me connais par coeur moi je suis très endurant, l'endurance j'adore mon moignon lui c'est un témoin il me dit là tu peux y aller là tu peux pas y aller et c'est génial

Loïc dans des environnements de grand froid du coup comment tu le c'est un bordel ça ça crée des complications ou pas ?

Frank ouais à traverser du Groenland à un moment j'ai dû carrément me faire des injections de morphine dans le genou parce que ça voulait plus le froid c'est très simple à comprendre moi j'organise des stages de survie donc j'explique ça à tout le monde quand à un moment il commence à faire froid, le corps il dit hop là, danger, donc là j'alimente en sang les organes, le cœur, le cerveau, les reins, le foie, etc. Mais j'oublie les extrémités, donc j'oublie les mains, j'oublie le nez, j'oublie les oreilles et j'oublie les pieds. Et donc mon moignon c'est déjà quelque chose qui n'est pas très bien vascularisé parce que bon voilà, c'est pas normal d'être amputé. donc il retrécit et il peut faire très très mal mais quand t'as mal c'est une bonne information ça veut dire que t'es vivant donc ça c'est intéressant tu te dis bon je suis encore vivant donc tu serres les dents et t'avances

Loïc c'est quoi toi le fil rouge que tu vois qu'est-ce qui t'amène c'est quoi le lien entre le Groenland la traversée de l'Atlantique à la rame toutes tes expériences dans les pays plus chauds c'est quoi le lien entre tout ça

Frank il y a un seul lien la curiosité et l'amour de la vie être curieux c'est Joe Le Gouen un navigateur français que j'ai fait venir au premier stage de Bout de Vie, donc c'était que des jeunes amputés, il assiste à cette semaine où je les bousculais tout, lui il avait traversé la Tantique à la rame en solitaire, ensuite avec un détenu sur cette fameuse course 10 ans auparavant et il avait tenté la traversée entre la Nouvelle-Zélande et le Cap Horn à la rame et le bateau a été stocké à côté de bois exotiques et avant de partir il y a une mère d'un insecte qui était dans les bois exotiques qui est rentré dans son bateau et ça l'a piqué sur les pieds et ça s'est infecté au fil de cette traversée avec un opinel, il s'est amputé les orteils. Bref, donc il s'en est sorti vivant, mais il n'est pas arrivé au Cap Horn parce que c'est un breton, c'est une tafiole, donc voilà, il n'est pas arrivé au bout. J'ai dit quand même, tu t'amputes et puis tu continues, qu'est-ce que tu nous fais chier là. Et à la fin du stage, il se lève, il dit, vous voyez là, les deux tarés là, les deux Corses de Dung et Franck, dans 4 ans, ils vont traverser la Tantique à la rame. Ça aussi, c'est des rencontres qui font que ça change ta vie. Parce que moi, je n'avais jamais pensé une seule fois traverser un océan à la rame. Donc, les rencontres, il n'y a pas de hasard. Le hasard, c'est le nom que prend Dieu pour rester anonyme. Et donc, la vie, c'est un puzzle. Tu jettes toutes ces pièces sur la table et tu te dis mais c'est quoi ce bordel ? Jamais je vais arriver à faire quelque chose avec ça. et puis tu rencontres Pierre qui te fait mettre une pièce du puzzle et puis tu rencontres Paul et puis tu rencontres Jacqueline et puis tu rencontres Pierrette et puis à la fin, quand le puzzle est sur la table qu'il est monté, ben oui, c'était assez simple. Mais c'est ça aussi la beauté de la vie. Donc, ma vie d'aventure, elle a été de rencontres aussi, de rencontres extraordinaires. Donc, voilà. Donc, pour moi, grâce à Bout de Vie, j'ai découvert qu'aussi dans le milieu de handicap, en vérité, c'est une micro-société qui regroupe les mêmes personnes et on s'en branle si le type il est tétraplégique ou s'il lui manque juste un orteil tu vois ce que je veux dire ça aussi c'est hyper important et je comprends que dans le milieu valide quand on voit un gars comme Jérôme comme Philippe on se dit waouh non creuse va voir ce qu'il y a derrière et tu vas voir que le mec il a un putain d'ego surdimensionné et qu'il s'en branle des autres alors l'ego pour faire des trucs extrêmes il le faut mais si à un moment tu partages pas ça sert à rien et c'est Doumé qui dit dans le film l'iceberg Est-ce que tu as vu le film, l'iceberg ? Non, non, non. Il faut que je te l'envoie. C'est un film qui a été diffusé par TF1 et qui est incroyable. Et Doumé, dans ce film, il dit « Rien ne sert de briller si tu n'éclaires personne ». Tu vois, quand j'étais à la Star Team avec le prince Albert de Monaco, t'imagines, je joue avec des gars comme Schumacher, Deschamps, Zidane, tous les pilotes de Formule 1. Ça me gave à un moment. Je me dis « Mais ça ne sert à rien, ça. » Ouais, pour ton ego. Je vais voir le prince, je lui dis « Écoute, moi les prochains matchs je vais faire venir des gamins amputés de mon association dans les vestiaires je veux qu'ils discutent avec Choumi, je veux qu'ils discutent avec Didier je veux qu'ils discutent et le prince il me regarde et me fait putain ça c'est une super idée donc il y avait mon ego, t'es gardien de but tu rentres dans un stade, il y avait un mille bonhommes qui t'applaudissent, tu t'arrêtes tu te prends la tête avec Schumacher les gens sont un et puis tu partages et cela fait bref, il s'appelait je sais plus Benjamin, oui, Benjamin, qui, j'ai dit, ben Benjamin, toi, tu veux double amputé tibiale, il avait voulu faire, comme dans les films, il avait sauté d'un train, et en sautant du train, ben, il a loupé, donc elle a perdu les deux jambes, la mère, elle tapinait, le père était en tol, et donc, j'ai dit, tu veux faire quoi, moi, la mécanique, je veux faire mécanicien, mécanicien, et il n'y a pas de hasard, et Schumacher, qui était à côté de moi, il ne parle pas français, donc entre nous, on parlait italien, mais il dit, qu'est-ce qu'il a eu, le gamin, je lui explique, et son rêve c'est de faire la mécanique il me regarde il me dit mais est-ce qu'il peut avoir un week-end pour lui là samedi dimanche je sais pas c'est qui qui gère il me dit j'ai une tutrice, appelle là je l'appelle, je dis bonjour madame président Bouddhury, merci ce que vous faites pour Benjamin je dis sous week-end, est-ce que vous l'autorisez à partir ou à partir j'ai un copain qui voudrait l'inviter à la maison ah mais volontiers et tout je vous donnerai les coordonnées de son majordome, pas les siennes ah bon, pourquoi le majordome voilà, j'y vais partir un week-end chez Michael Schumacher, la femme elle m'a pris pour un mytho quoi et le gamin est parti et il a conduit des bagnoles de sport donc rien ne sert de briller si tu n'éclaires personne ça c'est vraiment ma devise donc il y a plein de mecs que je mets de côté parce qu'ils me gonflent et d'autres, extraordinaire si un jour tu veux faire l'interview d'un mec hors norme, il s'appelle Thierry Corbin ballon, personne ne le connaît, il est amputé des deux bras, et il nage, et il nage, et il nage. Je lui ai piqué le cul, je l'ai bousculé. La dernière traversée qu'il a faite, il a été électrocuté à Mandelieu-Lanapoule, et il a vécu quelques années en Corse. Il est parti d'Ajaccio jusqu'à Mandelieu-Lanapoule à la nage, parce qu'il avait envie. Tu vois ? Et lui, on n'en parle pas, et Thierry est dans la bienveillance, quand il y a un gamin amputé, il va le voir il discute il échange ça j'adore et après il y a son ego qui fait qu'il fait des choses extraordinaires ça oui

Loïc ça doit être absolument incroyable pour les nouveaux amputés d'avoir des gens comme toi des associations comme la tienne un pour montrer l'exemple et puis surtout deux pour éviter de tout de suite se mettre dans une situation d'isolement parce que je ne suis pas amputé mais pour avoir discuté avec pas mal pas mal de gens qui sont dans cette situation apparemment ce qui est très difficile c'est surtout quand ça t'arrive pas très jeune c'est que socialement tout de suite t'as une distance des complications qui s'installent

Frank mais parce que c'est toi qui l'a créé les personnes qui disent ça c'est elles qui créent leur différence moi elle est très simple mon père avait une école de plongée l'école de plongée était en maillot quoi t'arrives pas avec la doudoune les baskets et moi je sors de mon accident j'arrive à bord j'étais en survête chaussette, basket quoi et l'associé de mon père un pied noir et une grande gueule il me regarde il faisait 40 degrés, l'eau de mer à 30 degrés, il me fait ça va là habillé comme ça, t'as pas chaud là ? J'ai dit ta gueule, laisse-moi tranquille. Il me rentre dedans, il me dit mais tu vois pas que tout le monde te regarde parce que t'es le seul en survête avec des baskets etc. Il me bouscule tellement que le lendemain je me mets en short, pieds nus. J'arrive sur le bateau et là il n'y a personne qui me regarde. Et là j'ai pris une claque, j'ai compris que c'était moi qui émettait le recul, qui émettait la crainte. moi quand je vais dans les écoles les gamins, ma guise je la prends, je l'enlève, je la pose sur la table j'ai dit bon s'il y en a qui veulent jouer avec ouais mais ils me la rendent alors t'as ceux qui parce qu'ils ont une éducation où ils sont fermés nationalistes religieux bref et puis t'as ceux qui sont ouverts qui vont la prendre, qui vont rigoler et puis au bout d'un quart d'heure ça y est et on voit plus la différence tu vois un mec en fauteuil ou une nana en fauteuil roulant qui tu as un mec qui s'est garé sur sa place handicap, il sort, il hurle mais la seule chose que tu as envie de faire c'est fuir tu n'as pas envie d'aller, tu sors et tu vois le mec il est mort de rire, il se garde devant il se dit bon ben on va attendre qu'il arrive, puis il arrive en fauteuil, il dit excusez-moi je vous ai bloqué parce que c'était ma place, voilà est-ce que c'est grave, et le mec ça fait un quart d'heure que j'attends et tout et moi ça fait 20 ans que je suis dans le fauteuil quand tu lui sors ça, tu lui sors avec de l'humour, de l'amour, de la bienveillance il va être différent c'est ma manière de voir, attention elle s'engage que moi, donc ceux qui te disent j'ai du mal, le regard des autres et tout, attention à ta vibration, on est des animaux et les animaux ils sentent, et donc la vibration c'est qu'est-ce que tu fais de ta différence, moi ma différence souvent les nanas quand me regardent un peu comme ça, ils fais beau gosse putain ça fait plus où se mettre c'est plus ce match dommage que bon là on a quand même 30-50 différents âges je suis pas sûr ça va le faire quoique et ça les fait rire et voilà il y a un personnage souvent c'est le loustique le mec ben oui mais oui

Loïc donc toi ton approche c'est hyper intéressant ce que tu dis ça fait plusieurs fois que tu utilises le terme de bousculer c'est tu penses que c'est quelque chose que tu as développé après l'accident du coup du fait de ton amputation ou c'est dans tes gènes, tu étais déjà quelqu'un du fait de ton éducation, de ta personnalité qui est un fonceur, tu vois ?

Frank J'ai été éduqué comme ça. À 13 ans et demi, je mets une rouste à un gamin à l'école. Je suis convoqué, donc je suis viré de l'école. C'est la troisième école où je suis viré. Mon père vient me voir, il me dit « Bon, tu vas partir en passionnage chez des moines. » « Quoi ? » Là, ils vont te mettre d'équerre. Ou alors, tu bosses avec moi. 13 ans et demi. je bosse avec toi et Moriane me fait au fait un métier ça s'apprend pas un métier ça se vole alors bouge toi le cul oh l'enfoiré ça a été un été il y avait une bergerie abandonnée qu'on devait restaurer et on devait enlever de la terre il n'y avait pas de moyens le seul truc c'était une lessiveuse sur le dos et à monter la terre il y avait 54 marches tu vois j'ai 13 ans et demi j'en ai 59 donc ça fait longtemps il y avait 54 marches et j'ai porté pendant 3 mois de la terre sur une lessiveuse, j'avais une croûte sur l'épaule, putain ça c'est l'école de la vie, il m'a bousculé il me donnait 5 francs par jour et à la fin de ces 3 mois il me dit alors tu veux continuer ou tu veux retourner à l'école je veux continuer, et là il m'a dit on va acheter un lingot d'or j'ai dit ça y est il a pété un câble il est devenu pété un câble, et on va chez un copain qui vendait des matériaux de maçonnerie, etc., et il m'a acheté un niveau, une truelle, une taloche, une gamate, et je ne sais plus quoi. Il m'a dit, voilà, là, je te donne de l'or. Putain, ça, c'est l'éducation. Donc, oui, ma manière de faire avec les gens, c'est ça. Tu vois, je m'occupe de sportifs de haut niveau. Quand je rentre dans les vestiaires, je me suis occupé, entre autres, le plus médiatique, ça a été les hockeyeurs du Genève Servette pour le championnat d'Europe. Je suis rentré dans les vestiaires, mais je les bouscule, les mecs. Ils m'ont détesté pendant une semaine. Et au bout d'une semaine, on commence à échanger. On finit vice-champion d'Europe. Maintenant, ça va faire un paquet d'années. Il y en a quelques-uns qui sont à la retraite. Entre autres, le français Laurent Meunier, qui était capitaine de l'équipe de France avec le plus de sélections jamais dans l'histoire du hockey sur glace, il m'a détesté. Si je passe en Suisse et que je ne vais pas le voir, il m'insulte. C'est génial. Donc oui, bousculer les gens. Je trouve qu'actuellement, on ne veut plus bousculer les gens. on ne veut plus de rigueur on ne veut plus de discipline on clique et on obtient non moi je suis désolé l'homme que je suis maintenant ça a été dans la rigueur la discipline et je rajouterai dans l'amour et le partage mais d'abord dans la rigueur et la discipline donc il faut bousculer les gens parce que la vie elle nous bouscule et quand on nous bouscule de nos jours on porte plainte on pleure on dénonce non putain non non

Loïc on assume c'est hyper intéressant j'en parlais avec un vieux copain du judo que j'ai retrouvé la semaine dernière malheureusement à l'occasion d'un enterrement d'un autre vieux copain du judo et on parlait de ça tu vois de l'évolution parce que moi j'ai 34 ans mais donc c'est pas non plus très très vieux mais on se disait qu'on voit déjà l'évolution des comportements des parents, des élèves dans le sport en général et en particulier dans le judo et nous on était moi j'ai fait du judo au niveau j'étais en équipe de France pendant quelques temps et j'avais des profs durs durs mais juste t'arrivais en retard et en gros c'était compliqué pour toi mon premier stage où je suis rentré en groupe France donc en présélection équipe de France c'était très très difficile je suis revenu, j'avais tous les vaisseaux sanguins des yeux éclatés parce qu'on se faisait étrangler au sol c'était un peu le le rig de passage de bienvenue mais pour autant moi qui étais plutôt timide, introverti c'est un truc qui m'a forgé et qui a c'est des piliers de confiance en moi que j'ai bâti à travers ces épreuves un peu difficiles dans le sport et donc on était plutôt en train de se dire que finalement c'est intéressant c'est important d'avoir ça quand t'es jeune de te confronter à des phases un peu difficiles pour pouvoir mieux grandir

Frank mais la rigueur tu peux pas obtenir des choses sans rigueur et sans discipline c'est pas possible tu peux tourner l'or en large en travers ce n'est pas possible et si je pense que alors il y a beaucoup de choses positives dans la jeunesse actuelle mais il y a aussi beaucoup de choses négatives et dans le côté négatif ce que je vois c'est qu'on a enlevé la rigueur et tu sais moi j'adore l'histoire déjà le voyage que j'ai fait le tour de Méditerranée ça m'a permis d'aller sur les traces d'Ulysse des Grecs, des Égyptiens, des Perses, etc., c'est que toutes les grandes civilisations, à un moment, elles se sont pétées la gueule, parce que justement, le confort est arrivé. Tout, sans exception. Le plus flagrant, ça a été les Romains, qui avaient une vie incroyable, et ils ont eu l'eau courante à la maison, avec des tuyaux en plomb, le saturnisme. Et ça a décimé l'élite romaine. Les Égyptiens, avec la dernière pharaone, Cléopâtre, parce qu'elle voulait plus, elle voulait plus et puis ils se sont pété la gueule donc moi je pense qu'actuellement on est dans une phase stagnante on va aller dans la dans la descente parce que parce qu'il n'y a plus la rigueur il n'y a plus la discipline moi je peux en parler un petit peu maintenant j'ai fait beaucoup d'opérations obscures avec l'armée française parce que il paraît que mon discours est parlant remuant etc etc. Et ce que j'ai vu dans les nouveaux arrivants militaires, pour être des commandos d'élite, pas pour être plantons, pour être nageurs de combat, pour être etc. commando, etc. C'est qu'il y a de moins en moins de jeunes qui veulent être dans la rigueur. Ah ouais, mais putain, sois un peu souple. Ouais, mais si t'es souple, mec, à quoi tu vas arriver ? Moi, souvent, quand je rencontre des jeunes, ils me disent, moi, je vais faire comme toi, écrire des bouquins, faire des films, les interviews et tout je dis mais ça ça vient à la 152ème place si je suis arrivé à plein de choses c'est que dans la vie je me suis mis dans la difficulté parce que c'est Lao Tzu qui le dit quand deux chemins se présentent à toi prends le plus difficile c'est celui-ci qui va te faire grandir c'est pas le plus facile

Loïc tu me fais penser à une interview que j'ai vue je crois que c'était un ancien du premier RPMA qui racontait donc il s'est retrouvé avec son groupe dans une embuscade je sais plus dans quel pays du Moyen-Orient et il avait dans son il avait dans son groupe je crois que c'était son chef de groupe qui était un gars je veux pas mettre des mots je sais plus exactement le terme qu'il employait mais on pourrait dire un peu old school le vieux gars qui a des années de contrat dans l'armée, dans les forces spéciales et qui était le mec un peu relou qui leur faisait faire systématiquement un exercice je sais plus comment ça s'appelle mais en gros où tu portes ton collègue sur les épaules. Et il leur faisait faire constamment, constamment, constamment des parcours d'obstacles avec le gars sur les épaules. Et le jour où ils se sont fait prendre dans cette embuscade, ce gars qui témoignait là, il s'est pris une balle. Et il était en bas dans un espèce de ravin et tout son groupe était au-dessus et impossible pour lui de remonter en fait. Et donc, il entend à la radio un ordre qui est de se replier, en fait, de le laisser. parce que c'était impossible pour eux d'aller le chercher a priori sous le feu des balles et là en fait ce fameux gars de la vieille école instructeur qui les saoulait avec cet exercice de porter des bonhommes sur les épaules il descend il le prend sur ses épaules et il remonte le tout en se faisant tirer comme des lapins par les insurgés qui étaient en face et il lui sauve la vie en fait et en fait le gars expliquait mais jusqu'à ce jour là je ne comprenais pas l'intérêt de ces exercices de cette rigueur finalement je te parle de ça parce qu'on parle de rigueur et là j'ai compris le gars m'a sauvé la vie parce que cet exercice par sa rigueur parce que cet exercice ça faisait peut-être 15 ans qu'il le faisait non-stop 20 fois par semaine et là c'était la fois où il a pu le mettre en pratique et où ça a sauvé une vie

Frank moi je dis toujours ne donne pas l'exemple sois l'exemple tu ne peux pas dire à quelqu'un fais ça non toi tu le fais et tu te retournes et tu le regardes dans les yeux le mec va le faire quoi non mais tu vois j'organise des stages de survie pour gagner des ronds pour mon assos il y a toujours un module c'est traverser un torrent un peu costaud moi j'arrive j'y vois là il y a le torrent donc j'explique tout le protocole ça dure 10 minutes je dis maintenant vous vous organisez c'est votre histoire c'est plus la mienne vous organisez moi je la traverse à ma manière j'enlève le pantalon la chaussette etc je mets la prothèse sur le sac à dos et avec mes béquilles sur une jambe je traverse ce torrent et j'arrive de l'autre côté je le regarde j'ai fait ah sympa sympa comme exercice puis je remets ma prothèse et je ferme ma gueule je peux te dire en 15 ans que je fais ces stages de survie il n'y en a pas un qui n'a pas osé ne traverser tout ce qui dit ouais c'est bon lui il traverse son impact quoi donc ne donne pas l'exemple sois l'exemple tu es l'exemple tu fais quelque chose mais le mec il ne peut que suivre

Loïc tu vois par rapport à tout ce qu'on évoque tu vois sur le peut-être cette rigueur qui disparaît un peu dans nos sociétés. Tu vois une différence, comme tu disais que tu as vécu sept ans en Groenland entre des gens qui vivent dans un environnement quand même très rigoureux et nous, dans le confort de notre climat un peu plus tempéré, avec l'électricité, l'eau courante, etc. Ils nous prennent

Frank pour des rigolos. Ils ne le disent pas, mais ils nous prennent. Déjà, eux, ils ne parlent pas. c'est fou tu vas à un anniversaire il n'y a personne qui parle c'est complètement dingue tu es d'accord avec moi ils sont assis côte à côte par contre les gâteaux il y en a du phoque, de la baleine, du narval, des oiseaux il y en a sur la table et ça ne parle pas, déjà d'une ensuite ces gens là ils vont à l'essentiel il y a leur priorité et leur priorité ce n'est pas les nôtres leur priorité c'est manger Leur priorité, c'est abriter du froid. Le reste, c'est la littérature. Et donc, quand tu vis des années avec des gens comme ça, que tu reviens ici, moi, je ne comprends plus. Et je suis de moins en moins à ma place ici. Parce qu'ici, il n'y a pas de rigueur. Et ma déduction, là, j'ai fait un truc pour RTL, et j'ai dit ça au bonhomme. Tu vois, plus tu descends dans le sud, plus la vie, elle est facile. Dans le sens que quand tu es dans le sud, en Corse, t'as pas de bois pour l'hiver, t'as une cheminée t'as pas de bois pour l'hiver, tu prends la tronçonneuse tu trouves un arbre mort en plein hiver c'est bon t'es pas organisé dans le grand nord en été tu fais pas tout le boulot, t'es mort t'es dans le sud des fruits, des légumes ça pousse dans la forêt dans le maquis, dans la garigue où tu veux ça n'existe pas ça donc ça fait que plus tu vas aller dans le nord plus t'es obligé d'être rude plus tu es obligé d'être rustique plus tu es obligé d'être dans la rigueur et plus c'est vendre dans le sud, plus c'est le bordel et pour ça que les pays du sud moi me gonflent rigueur et discipline et si tu l'appliques au quotidien rigueur et discipline, mais putain que la vie elle est facile c'est ma manière de voir je suis rustique, je suis rugueux mais si tu veux allumer un feu il faut frapper des pierres pour faire des étincelles sinon tu ne le fais pas je vais te demander 5 euros de coaching

Loïc hyper intéressant bah écoute Franck c'était absolument génial, est-ce que toi il y aurait peut-être un mot de la fin, tu as déjà partagé énormément de choses mais s'il y avait un message à retenir pour toutes celles et ceux qui t'ont écouté là ce serait lequel pour toi, celui qui est à tes yeux le plus important

Frank je crois que dans la vie quand on veut obtenir des choses il faut que les rêves soient grands si les rêves sont pas assez grands et qu'ils te font pas trembler, c'est qu'ils sont pas assez grands donc avoir des rêves très très grands et s'en donner les moyens et la base lui l'essentiel de tout ça c'est pas pour le paraître c'est pour le message qui va suivre ce que l'on veut dans la vie être chef d'entreprise changer de bord c'est à dire avouer qu'on est homosexuel changer de religion, démissionner divorcer Tout ça, ça a un sens qu'on va chercher au fond de soi. L'essentiel de tout ça, c'est la rigueur, la discipline, l'amour et le partage. Et tout est possible. Au lendemain de mon accident, le 9 juin 1983, dix jours après, on m'a annoncé qu'on m'avait amputé la jambe droite et que la jambe gauche était vraiment en morceaux aussi. J'ai cru que la vie était finie. En vérité, c'était une renaissance. Donc ça, c'est ce qu'il faut voir dans la vie. Tout est renaissance.

Loïc Est-ce qu'il y a un rêve, toi, là, qui te fait trembler que tu peux partager ?

Frank Ouais, un rêve de fou. J'ai 59 ans, j'ai honte. J'ai jamais vécu avec une femme. Jamais. J'ai eu des femmes prestigieuses, connues, archi-connues, aventurières, navigatrices, de tout en commun, journalistes, etc. Chaque fois je suis parti, chaque fois qu'elles m'ont dit « Maintenant on se marie, je me suis cassé, j'ai eu peur. Fais-moi un enfant, je suis parti. » Mon rêve le plus fou, ce serait acheter une paire de pantoufles et avoir une femme et partager plein de beaux moments avec elles. je ne sais pas si ça existe

Loïc un immense merci Franck pour cet échange, c'était passionnant et puis bah écoute, je vais suivre donc là il y a quoi qui arrive, il y a des livres, des documentaires

Frank alors j'ai un livre, j'en sais rien parce que c'est stock et comment ça me stock et plomb, enfin c'est pas moi qui m'en occupe il y a une personne qui s'occupe de moi pour ça mais il me gonfle, ouais mais ça c'est un peu dur j'ai dit ouais ouais on va faire la belle photo quand Michael est venu me rejoindre et puis voilà ça me gonfle, moi ce que je veux faire voir c'est ça, donc il y a ce livre là il y a France Télévisions qui voudrait encore un doc sur ma vie dans le Grand Nord ah ouais tiens je vais t'envoyer l'iceberg, tu me diras ce que tu en penses fais gaffe, assis toi on est claque dans la gueule je l'ai présenté dans plein de festivals, putain à la fin Besançon presque 1000 personnes dans la salle je monte avec mon équipe sur scène 6 minutes impossible de dire les gens debout qui pleuraient qui applaudissaient ça a duré 6 minutes je dis putain le réalisateur c'est David Thiago Ribeiro et il a travaillé 10 ans avec Mike Horn et il a fait la série frère de sport avec Lisa Razou et c'est Bichent qui me l'a présenté parce qu'on est un frère de sport aussi avec Lisa Razou sur notre fraternité et c'est Bichent qui me l'a présenté et je travaille plus qu'avec lui donc j'ai t'envoyé tout ça excellent

Loïc merci énormément Franck à très bientôt à très bientôt bonne journée, au revoir merci d'avoir écouté cet échange exceptionnel avec Franck jusqu'au bout, n'hésitez pas à le partager autour de vous, pensez à parler des frappés si vous appréciez le podcast parlez-en, parlez-en là aussi à un maximum de personnes c'est une excellente manière de remercier toutes celles et ceux qui viennent témoigner au micro du podcast, je vous rappelle que si vous souhaitez soutenir financièrement cette fois-ci les frappés c'est possible, c'est à partir de 1 euro par mois un immense merci d'ailleurs à toutes celles et ceux qui sont déjà passés à l'acte. Si vous souhaitez les rejoindre, c'est sur tipeee.com slash les-frappés. C'est à partir d'un euro par mois ou bien donations libres. Merci à toutes et à tous pour votre fidélité. Je vous dis à la semaine prochaine pour un nouvel épisode. Ciao les frappés ! Sous-titrage ST' 501 Sous-titrage ST' 501

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