Maé-Bérénice La dimension artistique, c'est tellement de choses. C'est de la couleur dans laquelle tu vas peindre tes ongles pour que ça aille avec ton programme court et ton programme long. Coiffure que tu vas arborer, du maquillage que tu vas faire. Est-ce que ça va être dramatique ? Est-ce que ça va être subtil ? Est-ce que ça va être fantaisiste ? Des couleurs et des matières que tu vas utiliser pour créer ta tenue. Comment on va monter la musique ? Qu'est-ce qu'on veut comme ressenti ? Comment on va amener les gens dans cet univers ? Puis après, la chorégraphie.
Loïc Vous écoutez Les Frappés, le podcast de celles et ceux qui se dépassent. Je suis votre hôte Loïc, ancien sportif de haut niveau en judo, coach préparateur mental et amoureux d'activités outdoor en tout genre. Ma conviction, c'est qu'on a tous un frappé au potentiel exceptionnel qui sommeille en nous. J'ai créé ce podcast pour vous faire découvrir des femmes et des hommes qui ont osé le réveiller. Mes invités sont des athlètes de tous niveaux, des aventuriers professionnels, des voyageuses au long cours, des entrepreneuses ou encore des militaires, des forces spéciales. Toutes et tous partagent dans mon micro des récits inspirants qui vont vous faire passer à l'action. Attention, une écoute régulière peut entraîner des changements positifs irrévocables dans vos vies. Cette semaine, je reçois Maë Berenice Meite. Elle est 6 fois championne de France de patinage artistique et elle a participé à 10 championnats d'Europe, 6 championnats du monde et 2 JOs olympiques en 2014 à Sochi et en 2018 à Pyongyang. En bref, c'est une athlète de calibre international, l'une des toutes meilleures femmes au monde dans sa discipline. Et c'était donc un immense plaisir et un honneur de pouvoir échanger avec elle et de vous faire découvrir son parcours si vous ne la connaissez pas encore. On a parlé de sport de haut niveau dès l'enfance, de résilience à travers la gestion de la blessure, de programmes artistiques. Maë va même vous expliquer comment se fait le décompte des points en patinage. Ce sera l'occasion d'étaler notre science lors des prochains JO qu'on regardera en famille ou avec les copains à la télé. Un grand merci à Sébastien Brenaud-Durand du podcast Parlons de votre mental pour la mise en relation. Je vous souhaite une excellente écoute. Mais juste avant ça, je vous partage un feedback de la communauté. En l'occurrence, il s'agit de celui de Paul. Salut les frappés, merci pour tous ces podcasts. Moi personnellement, ça m'a bien aidé pour finir des journées de travail assez dures dehors, que ce soit sous la pluie ou que ce soit des journées rallonges d'une part et de deux. Vraiment, c'est très enrichissant. En tout cas, ça m'a vraiment aidé à pouvoir me poser certaines questions auxquelles je n'aurais pas pensé en randonnant tout seul dans mes montagnes. Et c'est bien de s'ouvrir à bout d'horizon. Écoute Maï, moi je suis trop content de te recevoir sur le podcast pour plein de raisons. Déjà, tu es sportif de haut niveau et ça a fait une manière très très courte partie de ma vie. Donc, je suis toujours très content de recevoir des sportifs et sportifs de haut niveau. Et ensuite, parce que tu es dans une discipline que je ne connais absolument pas, mais qui me fascine. Donc, je vais sans doute avoir plein de questions, peut-être des questions naïves, peut-être des questions maladroites. Je m'en excuse par avance, mais je ne connais pas du tout ton univers. Donc, impatient que tu nous en dises plus.
Maé-Bérénice Trop cool. J'ai hâte de partager tout ça.
Loïc Et peut-être pour commencer, le plus simple, le plus évident, c'est peut-être que tu te présentes dans les grandes lignes. Qui est Maï ?
Maé-Bérénice Allez, c'est parti. Eh bien, qui suis-je ? Je suis une patine artistique de 29 ans. Ça fait maintenant 13 ans que je suis en équipe de France senior. J'ai participé à deux Jeux Olympiques, Sochi 2014 et Pionchamp 2018. Six fois championne de France. J'ai participé au championnat du monde universitaire. Donc, je suis vie championne du monde universitaire. J'ai été la porte-drapeau de la délégation en 2019. Ah ouais ? Oui.
Loïc Énorme !
Maé-Bérénice De pouvoir porter notre équipe de France lors de cet événement. J'ai eu aussi l'occasion de participer à peut-être dix championnats d'Europe, cinq championnats du monde. Et en parallèle de ça, j'ai poursuivi mes études. Donc, j'ai obtenu un master en management et marketing avec une spécialité dans le développement d'entreprise en juin 2021. Et voilà en gros pour un résumé de qui je suis.
Loïc Waouh ! Ça en jette en tout cas. Six fois championne de France, dix championnats d'Europe, deux JO. Franchement, balèze. Impressionnant. Les JO d'ailleurs, donc deux JO, 2014. Alors, attends. T'avais quoi ? T'avais tout juste 20 ans en fait.
Maé-Bérénice J'avais 19 ans encore. 19 ans, ouais.
Loïc Waouh ! Ok. La moyenne d'âge du coup dans le patinage artistique, dans le haut niveau, elle est relativement faible. C'est courant d'être à 19 ans au JO ?
Maé-Bérénice Honnêtement, oui. Parce que c'est un sport où la maturité est assez jeune, si je puis dire. On commence très souvent à l'âge de 5 ans, 6 ans. Donc, très très jeune. Et puis pour les JO, oui, en général, c'est autour de... Entre 18 et 21 ans qu'on peut voir les patineuses y aller pour la première fois. Donc, c'est assez courant, oui.
Loïc Ok. Ok. C'est toujours tellement impressionnant de voir... Enfin, quand tu te projettes, je pense, pour la majorité des gens à 17, 18, 19 ans, t'es dans une autre réalité que celle des JO, généralement. Peut-être pour commencer depuis le commencement. Donc, tu viens de dire que dans le patinage artistique, on commence généralement très jeune. Toi, ça a été quoi tes débuts ? Comment est-ce que tu t'es retrouvée à chausser des patins pour la première fois ?
Maé-Bérénice En fait, c'est grâce à ma ville, à mon école. Parce que j'y suis allée après les cours. On a toujours ce moment où on peut aller... On nous emmenait soit découvrir d'autres sports ou utiliser les infrastructures sportives de la ville. Donc, on nous a emmenés à la piscine, à la patinoire. Et moi, il s'avère que j'ai vraiment accroché avec la patinoire. Et mes parents, comme j'étais une enfant très active, ils m'ont dit, « Choisis un sport et puis nous, on va t'inscrire. » Comme ça, j'allais bien me dépenser. Et puis, je leur ai dit, le patinage. Donc, ce n'est pas forcément le sport auquel tout enfant pense. Mais ils se sont dit, « Écoute, s'il y a envie de faire ça, pourquoi pas ? » On se dit, et puis on verra ce que ça donne. Ils m'ont enregistré à l'âge de 5 ans, en 99. Et depuis, je continue de patiner.
Loïc Tu arrives à te rappeler ce qui fait que tu as accroché ? Alors, tu étais vraiment petite, mais est-ce que tu as des souvenirs, peut-être des sensations ou une expérience en particulier qui t'ont fait dire à ce moment-là, « Je veux faire ça ? »
Maé-Bérénice Oui, cette sensation de liberté, de pouvoir tomber, se relever, de sauter. J'étais un peu casse-cou quand j'étais jeune. Donc, vraiment, la vitesse, ça me passionnait. Sauter partout, c'était vraiment trop cool. Et de pouvoir s'exprimer sur la glace, c'est une sensation de liberté que je ne peux pas exprimer. Il faut le vivre pour le comprendre.
Loïc Et ça, 25 ans plus tard, cette sensation de liberté, c'est toujours ça qui t'anime ?
Maé-Bérénice Toujours !
Loïc C'est vrai ? C'est beau, ça !
Maé-Bérénice En fait, c'est tellement unique quand on est sur la glace. On oublie tout. Et c'est juste le corps qui parle et les mouvements qui parlent. Et puis, quand on fait un saut, enfin, je ne sais pas, je ne sais pas comment l'expliquer. C'est vraiment… Oui, je me sens libre. Je vole.
Loïc Wow ! Ça donne envie d'essayer, mais… À plus de 30 ans, j'ai peut-être quelques années de retard. Mais en tout cas, quand on parle, ça donne envie.
Maé-Bérénice Ça se commence à tout âge. Il n'y a vraiment pas d'âge pour commencer. Par contre, à 30 ans, on a peut-être un peu plus d'appréhension. Mais moi, là, maintenant, je vois que j'ai beaucoup plus d'appréhension que j'en avais quand j'étais plus jeune. Ah oui ? J'en ai fait toute ma vie. Mais après avoir été blessée, quand j'ai dû revenir, il y a des peurs que j'ai maintenant que je n'avais pas quand j'étais jeune. Ce n'est pas une question que je me posais. Donc, ce que je te conseillerais, c'est un petit casque, des petits pads pour les fesses, et puis c'est bon.
Loïc Et ta ville, c'était laquelle par curiosité ? Tu as grandi où ?
Maé-Bérénice J'ai grandi à Vitry-sur-Seine dans le 94. Et c'est là où tout a commencé.
Loïc Génial. Génial. Et donc, entre le moment où tu dis à tes parents, à 5 ans, c'est du patinage artistique que je veux faire, et l'entrée dans le haut niveau, il s'est passé combien de temps ? Et ça a été quoi, le parcours ?
Maé-Bérénice Il ne s'est pas passé tant de temps que ça. J'ai commencé à 5 ans, et puis à 11 ou 12 ans, j'ai fait ma première compétition internationale pour l'équipe de France. Et puis, entre 3 ans, la progression a été assez constante. Une belle progression, on peut dire. J'ai acquis des éléments techniques, ce qui m'a permis d'augmenter des niveaux. Après, on passe des médailles. Ce qui nous permet de gravir un peu les échelons en interne, d'abord, au sein du club. Et puis après, tu fais des compétitions à l'échelle locale, régionale. Puis tu te fais repérer. Donc, tu passes... En fait, ça s'est fait de manière graduelle, mais assez rapide quand même, parce que j'avais cette faculté à acquérir des éléments techniques assez compliqués. Et puis, à l'âge de 8 ou 9 ans, j'ai réussi à faire le double axel. Donc, c'est un peu le passage charnière pour beaucoup de filles, notamment. Parce que c'est le saut le plus compliqué dans le patinage. C'est le seul saut qui part en avant et qui atterrit en arrière. Donc, du coup, il y a une demi-rotation de plus. Donc, par exemple, quand on dit double axel, c'est qu'en l'air, je dois effectuer deux tours et demi au lieu de deux tours pour un double saut. Donc, du coup, j'ai acquis ce saut en 8 ou 9 ans, ce qui m'a permis de passer un autre échelon. Et à partir de là, j'ai commencé à m'illustrer au championnat de France. Et puis, en tant que récompense, en gros, une année, j'ai pu participer à une compétition internationale à la fin de ma saison. Et puis, à partir de là, c'est là que tout a commencé réellement, pour moi, à l'international.
Loïc Donc, à 11 ans.
Maé-Bérénice Oui.
Loïc Waouh. Alors, ce que tu disais sur les médailles, en fait, c'est quoi ? C'est un peu le même principe qu'au ski, avec les étoiles, les oursons, etc.
Maé-Bérénice Oui, c'est exactement ça. En gros, nous, on a les glaçons, ça s'appelle. C'est tout mignon. Je ne sais pas si on peut faire comme ça aujourd'hui, mais en tout cas, quand je les ai passés, on passe le premier glaçon. Donc, c'est vraiment pour acquérir les fondamentaux, en fait. Savoir patiner en avant, en arrière, savoir freiner, savoir se tenir sur un pied. Donc, c'est une bonne incentive, en gros, pour les enfants, de se dire, oh bon, cette année, j'ai réussi à avoir tant de glaçons. Ça veut dire que mon niveau, il a augmenté de temps. Maintenant, j'ai acquis ce skill. Et puis, ça leur permet aussi d'avoir un objectif sur l'année et de les garder motivés pour continuer de s'entraîner, tout simplement.
Loïc Et du coup, à tes 11 ans, quand le haut niveau, en tout cas, où tu passes à l'international, quand tout ça arrive, d'un point de vue scolaire, d'un point de vue familial, tu es une petite fille qui a une vie normale ou tu es déjà en structure ?
Maé-Bérénice Alors, ce qui est cool, c'est que j'ai gardé ma vie familiale normale. Je n'ai pas eu à me délocaliser pour le patinage. Je suis restée 10 ans à Vitry et j'étais en sport-études. Et là, l'autre chance que j'ai eue, c'est que j'ai évolué sur Paris, enfin, en région parisienne, et que du coup, on avait accès à une école à horaire aménagée. Donc, dès le CE2, je suis partie à Paris, à l'école des enfants du spectacle, pour effectuer ma scolarité. Donc, j'allais à l'école le matin et je m'entraînais l'après-midi. Et puis, au collège, j'étais toujours dans le même établissement, mais ça s'appelait le Collège Rognoni. Et là, je patinais le matin, donc de 7h30 à 11h. Et après, j'allais à l'école l'après-midi, de midi jusqu'à 5h20. Putain.
Loïc Et après, le lycée ?
Maé-Bérénice Le lycée, j'étais au lycée Georges Brassens dans Paris. Donc, j'ai fait de la seconde à la première. Là-bas. Et puis après, comme j'avais commencé à être en senior, avec les championnats d'Europe, championnats du monde, et tous les déplacements, ça devenait vraiment, vraiment compliqué. Donc, du coup, on a opté pour le CNED, pour la terminale. Et après, pour mes études supérieures, c'était tout au CNED. Enfin, tout par correspondance. Et j'étais affiliée à l'université de Montpellier 1, qui est devenue MOMA, Montpellier Management. Et j'avoue que c'était compliqué, les années université. Je pense que c'est un autre rythme à trouver. Il faut s'autoréguler, surtout si on est à distance. Enfin, ce n'est pas comme au lycée ou au collège, où j'avais la possibilité d'être en classe, d'écouter, d'acquérir des informations, et puis ensuite de les appliquer. Là, il fallait que je sois mon propre prof, limite, parce que du coup, tous les cours étaient sur la plateforme. Et qu'ensuite, je comprenne ce qui a été dit, que je fasse des recherches si jamais je ne comprends pas, que je fasse des exercices, puis que je rende les devoirs à temps, que je m'organise dans mon calendrier, tout en faisant des compétitions internationales, en voyageant aux quatre coins du monde, et en m'entraînant aux États-Unis. Donc, il y a un décalage horaire, donc il faut prendre ça en compte. Bref, c'était toute une logistique qui m'a pris pas mal de temps à comprendre. Mais éventuellement, avec un peu de volonté, on s'en sort.
Loïc J'aime bien poser la question sur le parcours scolaire pour les gens qui font du sport de haut niveau, parce que tu as tellement une vie qui est différente du coup d'ados, de jeunes adultes qui ne sont pas dans du haut niveau. Encore une fois, je te disais, moi je l'ai fait très, très, c'était très bref, ça a duré, en gros c'était mon lycée, seulement où j'étais vraiment à haut niveau, mais où j'avais fait le choix de ne pas être en sport-études. Et c'est tellement une expérience qui m'a forgé que je suis toujours curieux de savoir un peu, finalement, qu'est-ce que les gens que je reçois sur le podcast en retirent. Donc du coup, je te pose la question, même si tu n'es pas du tout sorti toi du haut niveau, tu es encore bien dedans, bien ancré, mais tu dirais que cette première phase de ta vie, jusqu'en gros tes 18 ans, le fait d'avoir le sport qui prend une place aussi importante, comment est-ce que ça t'a construit ?
Maé-Bérénice Ça m'a énormément construit, ça m'a apporté beaucoup, notamment en termes de discipline, de résilience, de capacité à me gérer, à repousser aussi un peu mes limites, parce que là, j'ai dit, oui, le matin je m'entraînais, l'après-midi j'allais à l'école, mais après, des fois, j'avais des activités aussi extra-scolaires. Donc je faisais de la danse classique, du violon, du solfège, de l'orchestre, de la GRS. Donc mes semaines, vraiment, elles étaient pas mal remplies jusqu'à une certaine période où après, on a fait un choix sur les activités que j'ai continuées, mais ça t'apprend à être disciplinée, ça t'apprend à gérer le stress, ça t'apprend à gérer la douleur dans le sens où des fois, tu vas être peut-être fatiguée, ça t'apprend à gérer un peu tes émotions aussi,
Loïc cette phase, j'ai l'impression que t'es quelqu'un qui a beaucoup d'énergie positive, je précise qu'on ne se voit pas pour pouvoir être un peu dans les mêmes conditions que les gens qui vont nous écouter, mais j'ai l'impression que tu parles de toute cette expérience avec un sourire aux lèvres. Pour autant, j'imagine qu'il y a eu des phases d'ajustement ou de challenge compliqués. Si tu devais en sélectionner quelques-unes, ça a été quoi celles qui ont été peut-être les plus formatrices pour la suite de ta carrière et même de ta vie de femme ?
Maé-Bérénice En fait, tout ce début de carrière dont j'ai parlé jusqu'au jeu de 2014, honnêtement, ce n'était pas assez compliqué dans le sens où je fais partie des chanceux ou chanceuses, si on peut dire, qui ont eu une croissance assez linéaire et je n'avais pas forcément de problème à gagner ou à être championne de France ou à évoluer dans des catégories. Si je me mettais un objectif en tête, top 5 aux Europe, je l'atteignais, top 10 au monde, top 10 aux Jeux Olympiques. J'étais dans cette phase où je me mets un objectif, c'est un jeu, il faut que j'arrive à atteindre mon objectif, je n'ai pas de pression et j'y vais. Par la suite, ça a été beaucoup plus compliqué et c'est pour moi les années qui ont été les plus formatrices dans le sens où j'ai commencé à comprendre ce que c'était que l'adversité réellement parce que jusque-là, ce n'est pas que je n'avais pas réellement d'adversaire mais j'avais toujours cet avantage concurrentiel qui était ma technique qui me permettait de me dire « bon, moi j'ai juste à faire ce que je sais faire, faire propre » et normalement, ça devrait être bon. Donc je m'entraînais pour ça. Et puis, quand j'ai vu que finalement, à un certain niveau, les gens commencent à te rattraper, donc techniquement, vous êtes au même niveau, qu'est-ce qui te différencie et qu'est-ce qui va faire que c'est toi qui vas gagner aujourd'hui ? Et ça m'a pris beaucoup de temps à comprendre qu'il fallait cultiver son avantage concurrentiel et je suis une personne qui travaille d'arrache-pied mais quelque part, je me suis aussi reposée sur mes acquis parce que je me suis dit « j'ai la technique, donc ça va ». Mais quand ta technique ne commence plus forcément à aller et que physiquement, tu commences à avoir des petits soucis que tu n'avais pas avant et que ça commence à devenir un peu plus dur et challengeant, c'est là où réellement, tu te remets en question finalement et puis, tu commences à voir le prisme de la compétition d'un œil différent et puis également, ce n'est pas le plus compliqué de devenir leader ou le premier. Par contre, conserver son titre, conserver sa place et continuer de contribuer à tirer vers le haut la catégorie, ça, c'est un vrai challenge et un vrai enjeu. Donc pareil, comment être un bon leader, comment gérer la pression d'être le leader ou la leader de l'équipe finalement, comment répondre aux attentes de toutes les personnes qui nous entourent, comment arriver à se protéger des attentes et de la pression de toutes les personnes et des institutions qui nous entourent, savoir faire des choix qui nous conviennent et non pas faire des choix parce qu'on sait que c'est ce qui va plaire à tout le monde. Donc des fois, ça va être conventionnel, des fois, ça ne va pas être ce que tout le monde attend de toi et c'est difficile d'avoir sa voix quand on est un people pleaser, quand on aime bien faire plaisir aux gens, quand on n'aime pas le conflit, quand on est une personne qui suit à la lettre ce qu'on lui dit. C'est compliqué de trouver sa voix et de fermement l'exprimer parce que des fois, on va essayer et puis quand on va avoir quelques avis autour, on va se dire finalement, tu as raison, je vais suivre comme toi, tu dis. Donc, arriver à trouver sa voix, qu'est-ce que j'ai appris encore ? Savoir s'arrêter aussi, savoir se reposer quand le corps commence à lâcher. enfin, il ne faut pas attendre que le corps commence à lâcher, mais apprendre à connaître mon corps pour lui donner les ressources nécessaires pour repartir de plus belle, pour éviter des grosses blessures et éviter du coup de perdre du temps parce qu'on n'a pas pris le temps de s'arrêter au bon moment. et puis, j'ai appris à devenir, à me détacher de ce sport dans le sens où j'ai grandi en me voyant au travers du prisme des médailles, des résultats et psychologiquement, j'en ai pris un coup quand il n'y avait plus de résultats, quand je n'avais plus forcément les médailles ou que je peinais à avoir des choses qu'avant, je faisais très facilement et ma valeur en tant que personne en a pris un grand coup parce que du coup, on s'identifie à toutes ces médailles, à tous ces résultats et c'est aussi ce qu'on nous fait ressentir un peu de l'extérieur, consciemment ou inconsciemment d'ailleurs. Donc, comment je me développe en tant que personne qui suis-je en tant que personne aussi parce qu'en tant qu'athlète, nous, notre vie, c'est être athlète mais on oublie qu'on est aussi des... et avant tout, des êtres humains. Donc, qui suis-je en tant que femme ? Quelles sont mes valeurs ? Pourquoi je me bats dans la vie de tous les jours ? Qu'est-ce que je veux défendre ? Voilà. Donc, j'ai appris tout ça de 2014, de après 2014 jusqu'à aujourd'hui.
Loïc t'as une anecdote peut-être à partager sur ce que t'évoquais le fait de... d'exprimer son opinion, en tout cas, de faire ses propres choix même quand ils peuvent paraître non conventionnels dans l'univers dans lequel tu te trouves ou qui ne correspondent pas à ce que les gens que t'apprécient voulaient que tu fasses ou te recommandent de faire ?
Maé-Bérénice J'en ai plusieurs, je pense. Celui qui me vient en tête, ça va être un truc tout bête, mais ça va être lié au poids. Le patinage, on sait que c'est un sport où on est jugé. Donc, forcément, la composante physique, l'apparence physique, elle joue un rôle, qu'on le veuille ou non. Et à partir de 15-16 ans, on a commencé à me dire, à me répéter un peu trop souvent, faut que tu perdes du poids, faut que tu perdes 5 kilos, faut que tu fasses ci, faut que tu fasses ça. Donc, on me dit une fois, deux fois, ok, ok. Et au bout d'un moment, je leur dis, écoutez, je pense que vous me l'avez assez répété, mais plus vous me le répétez, plus je vais grossir parce que plus vous me stressez. Donc, j'ai entendu ce que vous avez dit, donnez-moi le temps de le faire et je perdrai le poids comme il se doit, mais de manière progressive et pas juste en une semaine juste pour vous faire plaisir. Et ils m'ont fait confiance et ça s'est bien passé. Mais là, j'ai dû imposer ma façon de faire, ma façon de voir les choses et mon approche pour qu'on respecte mon intégrité, déjà. Et puis surtout, pour qu'on puisse voir des résultats sur le long terme. Donc, dans ce sens-là, j'ai dû m'imposer. Sinon, ça va être dans les choix musicaux. Il y a des musiques que j'ai pu prendre, par exemple, qui ne plaisaient pas forcément, des tuniques que j'ai pu faire qui ne plaisaient pas forcément, que ce soit au coach ou même peut-être à mes parents. Ils vont me dire « Ah, tu sais, ça, ce serait mieux ou ça serait mieux de travailler avec telle ou telle personne. » Et j'ai dit « En fait, oui, mais non. Là, j'ai envie de le faire pour moi. Pas pour vous, pas pour ce que les gens vont dire. Moi, ça me plaît. Et j'ai besoin de faire quelque chose qui me plaît là, tout de suite, maintenant. Donc, même si vous, vous n'aimez pas, moi, j'aime. Donc, je vais le faire. Donc, j'étais un peu en mode sassy, comme on dit. Tu vois, j'étais en mode « I don't care what you think. I'm gonna do it anyways. » Un peu ma phase rebelle, si je puis dire. Mais ouais, des petits moments comme ça. Ce n'était pas des grands, grands trucs, mais des petits moments, ouais, des petits moments comme ça.
Loïc Tu évoquais aussi un peu plus tôt le moment où ton corps commence à t'envoyer des signaux sur la fatigue physique, de l'usure. C'est quoi les contraintes si on reste vraiment sur du physiologique, dans du patinage artistique ? C'est vraiment musculaire ? C'est les articulations ? C'est un ensemble de tout ça ?
Maé-Bérénice Alors, c'est surtout les articulations parce qu'on doit être à la fois tonique, explosive, prendre beaucoup de chocs et faire beaucoup de répétitions tous les jours. on doit se tordre dans tous les sens, étirer la jambe au-dessus de la tête, faire des Y, des Bill Mann et tout ça. Et moi, à partir de... Après les Jeux de 2014, j'ai commencé à avoir des douleurs aux genoux. Et là où ça a été toxique, c'est que la seule raison qu'on m'a donnée, c'est tu es trop grosse, donc c'est pour ça que tu as mal aux genoux. Donc moi, ma seule obsession, c'était de perdre du poids, mais pas forcément de faire les soins qui n'étaient nécessaires pour me soigner. Donc ouais, c'est compliqué d'écouter son corps quand on est entouré ou on est dans un environnement où on va te mettre la pression sur un point... On sait que c'est ton point faible, un petit peu. Et aussi, quand tu vas avoir certaines pensées limitantes en te disant que si j'arrête, je ne vais plus avoir d'aide. et si je n'ai plus d'aide, je ne pourrai plus continuer de patiner, mais moi, je veux continuer de patiner. Donc on prend sur nous, des fois, à notre détriment, au détriment de notre santé. Mais dans le patinage, je dirais, les plus grandes causes de blessure, ça va être la répétition. Si des fois, on fait une chute qui est assez mauvaise, on peut penser à une fracture, de fatigue ou des trucs comme ça. Occasionnellement, on peut se faire une rupture du tendon d'Achille. Tu parles en connaissance de cause. Exactement. Mais les blessures les plus fréquentes, ça va être des inflammations chroniques, des tendinopathies et des élongations parce que si on s'est mal échauffé, ou si on s'est mal échauffé, ça peut arriver. Et puis, de l'arthrose aussi parce qu'avec les chocs et les répétitions, au bout d'un moment, le corps, il dit...
Loïc D'où la maturité assez jeune dans la discipline ?
Maé-Bérénice Exactement. Oui.
Loïc OK. Cette notion de poids dans le sport de haut niveau, c'est vraiment une plaie. Quand je t'entends, tu n'étais pas du tout la première à évoquer cette difficulté. Moi, je sais que j'en parle souvent aussi parce que ça a été un peu... Enfin, trauma, c'est peut-être un mot un peu fort, mais vous, vous êtes pesé ou c'est simplement pour l'aspect visuel ? Enfin, simplement. Ou c'est pour l'aspect visuel qu'on vous... qui est un sujet de poids ?
Maé-Bérénice Alors, normalement, c'est pour l'aspect visuel parce que techniquement, nous, il n'y a pas besoin de peser comme la bosse. Par contre, je me rappelle que quand j'ai intégré le Pôle France, on nous faisait des pesées surprises et moi, ça m'a traumatisée personnellement. Mais non ! Si, si. Donc, on pouvait arriver comme ça et puis, on voyait la porte ouverte avec la balance. Donc, on savait ce que ça voulait dire. Ouais, pas top. Pas top pour le développement, pour la confiance en soi. Surtout, non, ce qui n'est pas top, c'est surtout les remarques qu'on pouvait se prendre après ou... Enfin, des fois, ce n'était même pas forcément des remarques, juste des regards, tu vois. Et ils n'avaient pas besoin de parler. C'est ça le pire, en fait. Ils n'avaient pas forcément besoin de parler. C'est juste qu'on savait qu'on allait se faire scanner de haut en bas, de gauche à droite et que si tu avais le malheur de tomber à l'entraînement, on allait te dire ouais, ça, c'est parce que tu as pris des joues. Enfin, des joues en parlant de tes fesses, quoi, qui ont un peu gonflé. Tu as trop mangé, machin, il est de chouette, il faut que tu perdes 5 kilos. Mais pour moi, en fait, c'est une question d'ignorance parce que s'il y avait beaucoup plus de connaissances sur la morphologie, le morphotype, certaines maladies chroniques qui peuvent arriver, une meilleure gestion de la transition de la fille, de l'état de fille, enfin, du corps de fille au corps de femme, la prise en compte de faits scientifiques, donc prise de sang, taux d'hormones, essayer ça, s'il y avait un réel suivi qui était fait, je pense qu'il y aurait beaucoup moins de gens traumatisés, en fait. Si on avait une réelle connaissance de la nutrition, peut-être des allergies qu'on a, parce que des fois, on peut peut-être bien manger et pas forcément voir les résultats, mais c'est juste parce que t'es allergique, en fait, si ça crée des inflammations, forcément, ton corps, il va mal réagir. C'est même pas juste que la personne, elle mange mal, tu vois. Ou des fois, c'est parce que la personne, elle ne se nourrit pas assez, alors que, du coup, quand on lui dit tu ne perds pas assez de poids, donc elle va encore moins se nourrir. Et en fait, c'est un cercle vertueux, enfin vicieux, qui ne va jamais s'arrêter. et pour moi, s'il y avait plus de connaissances, de un, et si de deux aussi, le corps enseignant avait ses propres traumatismes qui étaient soignés, je pense qu'on aurait un moyen de casser un peu les cercles vicieux qu'on voit se répéter, parce que du coup, eux-mêmes ont été victimes des mêmes pratiques qu'ils mettent en place. Oui, oui. Et je me dis, si toi, tu as été traumatisé, ce qui serait cool, c'est que toi-même, tu te soignes et que tu comprennes d'où toi ton traumatisme vient et que tu essayes peut-être de mettre en place quelque chose de plus sain où tu comprends mieux tes athlètes pour qu'éventuellement, vous puissiez évoluer ensemble parce que si moi, j'évolue et que je gagne, c'est aussi le corps enseignant qui gagne, donc on est gagnant-gagnant. Alors que si on rentre dans un cercle assez toxique où on a du mal à gérer cette composante qui est quand même très importante parce qu'il y a des chocs tous les jours, donc oui, vraiment, le poids, c'est une composante importante, mais ça devrait être juste une composante genre technique. C'est comme dans la Formule 1, tu vois. On doit régler chaque petit détail, donc ça, c'est un détail parmi tant d'autres, mais ça ne devrait pas être une fixette. Or, aujourd'hui, pour l'instant, c'est encore trop une fixette.
Loïc Oui. Puis, à t'entendre, j'ai l'impression que l'approche, c'est plus du shaming que de l'accompagnement où on va t'aider à mettre en place un truc pour perdre du poids. Non, tiens, allez, peser surprise, t'as pris des joues.
Maé-Bérénice C'est ça.
Loïc Il y avait un peu de ça aussi.
Maé-Bérénice Oui, ça a été ça, en tout cas. Et j'ai réussi à constituer une équipe aujourd'hui, ce n'est pas du tout ça. Donc, heureusement. Mais j'ai quand même vécu ça comme, je pense, beaucoup trop d'athlètes.
Loïc Oui, oui. Non, mais c'est clair. Franchement, quand tu regardes, j'ai l'impression que le sujet, alors je ne sais pas c'est parce que depuis que j'ai le podcast, je fais plus attention à ça, mais j'ai quand même l'impression qu'il y a de plus en plus de gens dans des disciplines même très variées qui s'expriment sur le sujet. Tu vois, des triathlètes, des ultra trailers sur les prises de poids yo-yo, la perte de poids, etc. Enfin, toute cette relation à la nourriture qui est parfois un peu malsaine. C'est ça. Donc, et puis surtout, enfin, je ne suis pas un expert sur le sujet et puis je ne suis pas concerné, mais dans le patinage artistique, enfin, pour les femmes, vous avez, enfin, j'imagine que les cycles ont un impact aussi sur ton poids, tu vois, tes tissus, enfin, tout ce qui est tissu adipeux, etc. Tout ça est vachement impacté physiologiquement par les cycles. Donc, c'est un peu une évidence que tu vas avoir des variations de poids, en fait.
Maé-Bérénice En fait, oui, mais le seul problème, c'est que j'ai l'impression que dans les mondes un peu artistiques comme ça, patinage, GRS, gym, les gens ont peur des règles. Parce que là encore, il y a une grande méconnaissance de comment ça fonctionne, etc. Oui, forcément, quand tu vois tes règles, tu passes d'un corps de fille à un corps de femme. Et le problème dans nos sports, c'est qu'on commence, on est des filles. Oui. Et donc, les gens, ils s'habituent à voir des personnes longilignes, sans forme, sans rien. Et puis, quand tu reviens en tant que femme, ils se disent, mais qui est là ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Il suffit que tu aies eu, ben, ouais, tu as ton corps de femme qui s'est formé. Le temps que tu comprennes ta morphologie, que tu t'ajustes aussi à ces changements, parce qu'on est toutes différentes, forcément, il y aura une phase d'adaptation. Mais si, là encore, il y avait les connaissances nécessaires, je pense que ça serait beaucoup mieux géré et par les athlètes et par leur cadre enseignant. Après, ça vient aussi du fait que les gens, s'ils pouvaient être un peu plus cléments, ça aiderait énormément. Mais ça, bon, j'ai espoir, mais on verra ça. On verra ça. Mais par exemple, moi, je sais que je prends deux kilos faciles la semaine avant mes règles et ce n'est pas quelque chose que je peux faire, mais c'est de l'eau. Je ne peux pas contrôler ça. Mais du coup, je sais que ça se voit. Donc, il suffit que j'ai une compétition qui soit la semaine d'avant ou la semaine de mes règles, je vais avoir l'air beaucoup plus grosse alors que non, mais c'est juste que je ne peux pas contrôler ça. C'est mon corps qui est naturellement comme ça. Par contre, ce que je peux faire, c'est comprendre comment mon corps est et comment il agit dans ces phases-là pour adapter mes entraînements, mais aussi pour savoir les choses que moi, je peux mettre en place en amont si jamais je vois qu'il y a une compétition dans cette période-là. OK, je saurais que, par exemple, hors glace et sur glace, il faut que je fasse ça et ça et ça pour être sûr que le rendu final soit le rendu escompté pour qu'en termes de poids, ça ne change pas par rapport à mon poids de forme. Après, c'est de l'anticipation, c'est de la préparation, c'est de la connaissance de soi. c'est un travail de recherche assez détaillé, mais en vrai, ce n'est pas impossible.
Loïc Parce que, si je ne me trompe pas, je suis sur ta page Wiki, tu n'es pas un grand gabarit, enfin, 1m68, donc j'imagine que 2 kg, tu le sens, toi, à ton niveau, sur l'explosivité, la tonicité, les figures que tu réalises, c'est vraiment un paramètre qui, au-delà de l'aspect physiologiquement, enfin, visuel, tu vois, qui se voit, est-ce que tu dois ajuster aussi la manière dont tu réalises tes figures ?
Maé-Bérénice Oui, totalement. Après, pour le patinage, moi, je fais partie des personnes assez grandes, même si, c'est que, pour la vie de tous les jours, non, je ne suis pas si grande, mais 2 kg, ça fait toute une différence, enfin, même, je n'ai même pas besoin de dire 2 kg, 500 grammes, ça fait une différence dans le sens où, quand tu arrives à la fin du programme, tu dois réaliser des sauts, sauf que, si tu as 500 grammes en plus, la fatigue, déjà, elle ne va pas être la même, ton exclusivité, elle ne va pas être la même, et puis, 500 grammes ou 1 kg, ça peut être, au lieu de faire un saut propre en arrière, tu vas avoir des sauts qui ne vont pas être complètement, enfin, la rotation ne va pas être complètement finie, donc, du coup, tu vas avoir cette petite virgule sur la glace, et ça, ça enlève des points, par exemple, du coup, parce que ton saut, il n'est pas complet. Tu vas peut-être être, enfin, moi, en tout cas, je sais que je suis plus lente dans mes pas, dans la façon dont j'avance, la façon dont je glisse sur la glace, c'est des détails, tu vois, mais je sais que si j'ai ça en moins, forcément, je suis plus vive, plus réactive, j'ai moins de difficultés à finir le programme, donc, oui, ça fait une différence, et ça, il faut en être conscient aussi, ça fait une différence.
Loïc Alors, tu viens d'évoquer le système des points, et, alors là, je ne sais pas à quel point c'est technique si tu nous expliques en détail comment ça se passe, mais, en gros, les compétitions, d'un point de vue technique, enfin, la partie art du patinage artistique, comment est-ce que tu le prépares ? Est-ce qu'il y a des obligations ? Est-ce qu'on vous dit, ça doit être telle durée, tel tempo ? C'est une question super naïve, mais comment tout ça se prépare en amont, et lors de l'exécution, le calcul des points, il se fait comment, par qui, et sur la base de quoi ?
Maé-Bérénice Alors, déjà, Asseyez-vous,
Loïc prenez vos cahiers.
Maé-Bérénice Asseyez-vous, prenez vos cahiers, je vais simplifier le patinage pour vous. Donc, en gros, dans le patinage artistique, il y a quatre disciplines, il y a les individuels hommes et femmes, il y a la danse sur glace, donc, c'est l'équivalent de la danse de salon, mais sur la glace, et le couple, c'est les filles et garçons qui patinent ensemble, et c'est ceux qui font notamment des sauts lancés, etc. Donc, pour faire simple, je vais juste prendre l'exemple de la catégorie femmes. Donc, quand on va en compétition, on doit réaliser deux programmes, le programme court et le programme long. Le programme court fait deux minutes cinquante, et le programme long fait quatre minutes, avec plus ou moins dix secondes. Et dans ces programmes-là, on a des éléments qui sont imposés, donc par exemple, dans le programme court, on doit faire trois pirouettes, trois sauts, et une suite de pas, donc c'est un enchaînement de glisses, de patinage. Et parmi les sauts, on a des sauts spécifiques à faire, donc par exemple, tu dois faire un double axel ou un triple axel, tu dois faire un saut en combinaison, et tu dois faire un saut tout seul. Et pour les pirouettes, tu dois faire une pirouette combinée, donc ça veut dire que tu fais un enchaînement de plusieurs positions. Tu dois faire une pirouette solo, donc ça peut être une pirouette cambrée, en général, vous nous voyez la tête en arrière, et une pirouette où l'entrée de la pirouette doit être sautée, donc on peut faire une sautée assise, ou une sautée allongée. Et après, chaque élément, pour chaque élément, il y a un nombre de points, donc ça s'appelle la base value, la valeur de base. Et après, quand on est en compétition, il y a un panel technique, donc tu as les juges qui sont là, et puis tu as le contrôleur technique. Le contrôleur technique, son rôle, c'est de contrôler que techniquement, tes éléments, ils sont valides, et de contrôler les niveaux de tes éléments. Donc, les éléments qui peuvent avoir des niveaux, c'est les pirouettes, donc ça va du niveau 1 au niveau 4, la suite de pas, pareil, niveau 1, niveau 4, et après, les sauts, il n'y a pas de niveau, mais par contre, c'est par rapport au nombre de rotations. Donc, tu as les simples, les doubles, les triples, et les quadruples. Et après, tu as la valeur de base, et les juges, leur rôle, c'est de mettre des points positifs ou des points négatifs en fonction de l'exécution de ton saut. Donc, si tu l'as bien exécuté et que par exemple, tu as fait une très belle entrée, une très belle sortie, ben là, tu auras des chances d'avoir peut-être plus 5. C'est la valeur maximale que les juges peuvent allouer à un élément fait, ou moins 5, là, c'est en cas de chute ou de vraiment ton élément, tu l'as fait, mais il y a eu quelques accrochages. D'accord. Donc après, pour calculer les points totaux, ils vont prendre la valeur de base,
Loïc plus... De combien d'ailleurs ?
Maé-Bérénice Ça dépend des sauts. Ça dépend des éléments. Chaque élément a sa valeur de base précise. Ce n'est pas tout la même chose. Donc, mettons, il y a un saut qui va faire 4 points, et puis les juges ont décidé de te mettre plus 2. Donc, ils font un ratio de tous les points positifs ou négatifs que les juges ont mis, et puis ils vont ajouter ça à la valeur de base. au final, on va dire que tu as eu 5.20 pour cet élément. Ils font l'addition de tous les éléments techniques et le total, ça va être ta note technique. Sachant que pour chaque programme, on a une note technique et une note artistique. Et dans la note artistique, là, ils vont juger ta qualité de patinage, ton expression, ta fluidité de patinage, la façon dont tu couvres tout l'espace sur la glace. Oui, je crois que c'est ça. Enfin, il y a 3 éléments qui prennent en compte. Et ça va te donner une note artistique et elle est sur 10 maximum. Et en fonction de ton niveau, du groupe dans lequel tu passes, etc., ça peut fluctuer. Donc, ils font la moyenne de ce que tous les juges ont mis et ça te donne la note artistique. Et après, tu fais le total de la note technique plus le total de la note artistique. Donc, ça te fait le total pour le programme court, par exemple. Rebelote, on fait la même chose pour le programme long. Donc, ça, ça va donner un classement pour le programme court, un classement pour le programme long. Et après, ils prennent le combiné des deux épreuves et ça, c'est ce qui va te donner le classement final.
Loïc D'accord.
Maé-Bérénice Très compliqué. J'essaie de simplifier au maximum. Non,
Loïc mais c'est clair. Ouais, c'est clair. C'est super clair. Du coup, toi, en épreuve, est-ce que tu, enfin, tu es dans quel mindset est-ce que tu réfléchis potentiellement au nombre de points que tu viens de récupérer à l'exécution d'un élément ou tu regardes le score qu'à la fin ?
Maé-Bérénice Honnêtement, je ne, enfin, je, quand je fais un programme, je compartimente, c'est-à-dire que je ne m'occupe pas du tout des points. Je suis plus dans l'objectif, je m'occupe de mes transitions, je veux vivre mon programme. Que le saut ou l'élément soit réussi ou raté, j'ai une de mes anciennes coachs qui me disait toujours, tu fermes le tiroir et tu passes à la suite. Tu occuperas plus tard des points de machins, de bidules, de chouettes. Le seul truc auquel je peux penser, c'est par exemple, si je devais faire une combinaison de saut sur un saut et qu'il arrivait que j'ai raté ce saut, il faut que j'ai la présence d'esprit de me dire, ah ok, il faudrait que je replace cette combinaison sur un autre saut parce que du coup, c'est des points que je laisse à la concurrence gratuitement. C'est la seule chose à laquelle je pense. Sinon, si je commence à penser au point ou à ce que j'ai raté ou réussi, il y a de fortes chances que ça déraille et que du coup, pour le coup, je fasse une catastrophe.
Loïc Le jury, tu les vois quand tu es sur la classe ?
Maé-Bérénice Ah oui, ils sont en face de nous.
Loïc Ok, je veux dire, tu vois leur visage, tu peux potentiellement lire leur body language quand tu passes devant eux.
Maé-Bérénice Après, on n'a pas trop le temps. Après, je ne sais pas pour les autres mais moi personnellement, je n'ai pas trop le temps. Mais tu peux les voir. Il y en a même qui s'amusent à commencer proche de la barrière, le high contact avec les juges. Donc oui, accessoirement, on peut lire et voir leur body language.
Loïc D'accord, super intéressant. Bon, et sur la partie artistique, alors ça, je ne te cache pas que c'est, je te le disais en intro, j'ai assez peu d'invités qui évoluent dans des disciplines où il y a une forte dimension artistique et puis ce n'est pas, enfin, j'ai fait un art martial mais bon, la dimension artistique, elle est quand même assez, ce n'est pas forcément ce qu'on met le plus en avant. Mais comment, j'ai réfléchi à la question d'intro sur ce sujet mais peut-être globalement, comment est-ce que toi, tu l'approches cette phase artistique ? C'est-à-dire quand tu sais que tu vas prendre, tu vois, tu te prépares pour une échéance en particulier, alors que ce soit les Champagne-France, d'Europe, les JO, peu importe, mais est-ce que tu as un travail de réflexion sur ce que tu as envie de faire passer comme émotion ou alors est-ce qu'il y a, je ne sais pas, tu vois un peu comme la couleur de l'année, il y a le tempo de l'année en patinerie artistique où globalement, c'est, tu vois, toutes les filles font des choses un peu, je ne sais pas, super dynamiques ou au contraire, beaucoup moins. Comment tu abordes cette phase artistique ?
Maé-Bérénice Alors, pour le thème imposé, ça, c'est plus en danse sur glace ou pour la danse rythmique, ils ont un thème pour l'année. Donc, chaque année, ça va changer. Une année, ça peut être latin, l'autre année, ça va être jive, blues, enfin, eux, ils ont vraiment des thèmes spécifiques à suivre, donc eux, c'est plus régulé. Tandis que toutes les autres catégories ont choisi réellement ce qu'on veut faire. Ce n'est pas imposer que ce soit sur le programme court ou le programme long. Donc, personnellement, la façon dont moi, j'aime bien l'approcher, c'est que déjà, j'aime bien avoir des thèmes, savoir ce sur quoi je veux patiner, quel message je veux transmettre, six messages il y a à transmettre, quelle histoire je veux raconter. Et puis ensuite, c'est un réel travail de recherche avec les chorégraphes, la personne qui fait mes costumes. Déjà, ça commence par la dimension, enfin, la dimension artistique, c'est tellement de choses, mais c'est des détails aussi pour nous. Ça va être de la couleur dans laquelle tu vas peindre tes ongles pour que ça aille avec ton programme court et ton programme long, de la coiffure que tu vas arborer, du maquillage que tu vas faire, est-ce que ça va être dramatique, est-ce que ça va être subtil, est-ce que ça va être fantaisiste, des couleurs et des matières que tu vas utiliser pour créer ta tenue, qu'est-ce que ta tenue va dire par rapport au programme que tu veux faire, le monteur musical, comment on va monter la musique, qu'est-ce qu'on veut comme ressenti, comment on va amener les gens dans cet univers, puis après la chorégraphie. Donc, on commence à travailler ça en général au mois de mars, non, avril, mai, et puis tout au long de l'année, moi, c'est pour ça aussi que je suis partie m'entraîne aux Etats-Unis, j'ai trouvé une équipe où vraiment, il y a un gros accent sur ce travail artistique, c'est-à-dire que, tous les jours, en fait, on fait les mêmes programmes, on ne change pas, sauf s'il y a vraiment eu un problème avec le programme ou qu'il n'a vraiment pas plu, mais en général, on garde le programme au moins pour une saison, si ce n'est plus, et après, au quotidien, c'est travailler sur les détails, peaufiner, c'est au regard près, c'est au mouvement de tête près, c'est à l'ondulation du haut du corps près, après, c'est propre à chacun, tu vois, mais moi, j'aime bien l'aborder dans cette dimension créative globale, ce n'est pas juste un programme, enfin, une musique et un programme, pour moi, c'est beaucoup plus, c'est quelle histoire je peux raconter ou quel message je peux transférer au travers de ce programme.
Loïc C'est quoi, du coup, le programme d'un point de vue artistique dont tu es le plus fier et justement, quel était le message que tu voulais faire passer ?
Maé-Bérénice Il y en a deux. Celui que j'ai fait en 2019, c'était mon programme court, c'était une samba, une salsa samba et en fait, ce programme, je l'ai adoré et les gens l'ont adoré aussi parce que c'était moi. C'était la fête sur glace, c'était de la danse, en fait, je voulais faire une samba, une salsa qui, non, une samba, pardon, qui bougeait énormément mais qui ressemblait à la danse de salon. Je ne voulais pas faire de la samba sur glace, je voulais faire de la samba danse de salon et Paris réussit ça, les gens ont vraiment pris et ont adoré le programme et le deuxième programme avec un message beaucoup plus fort que j'ai pu faire, c'est celui, le programme court que j'ai eu cette année et l'année dernière, c'est sur Michael Jackson et ça, enfin, c'est sur le titre They Don't Really Care About Us et pour le coup, là, il y a vraiment eu un travail artistique avec chorégraphe, monteur musical, on est vraiment allé all in et sur ce programme, on entend au tout début de mon programme une personne qui présente le journal et qui parle de la mort de George Floyd parce que pour moi, c'est un événement qui a été comme beaucoup de gens dans le monde, très marquant mais particulièrement parce que je suis une personne noire qui vit aux Etats-Unis et je voulais parler de ce sujet, je voulais parler de ce moment qui a pour moi été une prise de conscience réelle dans le sens où je peux être un exemple, je peux mettre en avant des causes qui me tiennent à cœur en utilisant mon art. Donc, je ne savais pas forcément comment le dire lorsque ça s'est passé mais j'ai toujours utilisé mon art, danser, parler en musique parce que je trouve que c'est un moyen fort de transmettre des messages, de mettre en lumière des cas qui, des causes qui me tiennent à cœur et en employant un moyen assez pacifiste finalement parce que je n'utilise pas la violence, je n'utilise pas des mots qui pourraient être utilisés à tort contre moi mais j'utilise juste mon art pour transmettre un message qui va au-delà de juste un programme de compétition.
Loïc Génial ! Et les réactions du coup sur ce programme, ça a été quoi ?
Maé-Bérénice Totalement positif, les gens ont adoré et ils m'ont salué pour ce programme et ça fait plaisir, tu vois, tu te dis que au moins on peut utiliser cette plateforme qui est le patinage et le côté créatif du sport pour aller au-delà de juste bon ben c'est un autre programme que je vais vous présenter.
Loïc Super intéressant. Et sur, t'expliquez que là, quand est-ce que t'es partie aux Etats-Unis ? Parce que j'allais rebondir là-dessus mais...
Maé-Bérénice j'ai commencé à faire des allers-retours en 2015
Loïc et puis
Maé-Bérénice 2015, je faisais beaucoup d'allers-retours quand même mais après, à partir de 2018, c'est là où je me suis vraiment posée là-bas.
Loïc Ok, en Floride, c'est ça ?
Maé-Bérénice Exactement.
Loïc Ok, et donc c'est toujours la Floride aujourd'hui ?
Maé-Bérénice C'est toujours la Floride. En fait, j'ai commencé en 2015, c'était plus Chicago. Après, j'ai fait des stages pardon, j'ai fait des stages à Los Angeles et puis ensuite, depuis 2018, c'est la Floride.
Loïc Ok. Ok, et donc là, qu'est-ce qui a motivé le move ? Donc, tu disais qu'aujourd'hui, t'as une équipe qui a une approche qui intègre vraiment la partie justement artistique, une équipe de ce que j'ai compris qui a le niveau de bienveillance en tout cas que toi, tu attendais dans ta pratique du sport au niveau. Comment est-ce que tu l'as constitué, cette équipe ? Ça a été des rencontres au fil des compétitions, au fil des ans où ils ont là-bas des structures où tout le monde fonctionne comme ça finalement et ça a été une opportunité d'intégrer un collectif beaucoup plus proche, enfin, qui correspondait à tes attentes en tout cas.
Maé-Bérénice pour moi, ça a été plus de l'observation des rencontres aussi parce que ma meilleure amie, elle est également patineuse et j'ai vu la progression qu'elle a pu faire. Donc, elle, c'est pareil, on a patiné ensemble au Pôle France et puis éventuellement, elle a fait du couple, éventuellement, elle s'est délocalisée aux Etats-Unis et j'ai vu la progression, notamment au niveau artistique et je me suis dit oh waouh, ça c'est quelque chose que j'aimerais vraiment pouvoir développer également et du coup, tout bonnement, j'ai suivi où elle était. Je me suis dit j'aimerais bien comprendre l'univers dans lequel elle évolue et voir si moi, ça me convient et s'ils peuvent m'apporter ce qui me manque pour vraiment atteindre cette sphère de haute performance où tu vas au-delà de juste le côté athlétique mais c'est genre vraiment, tu racontes une histoire, tu emportes des gens dans un univers et du coup, c'est ça un peu qui a motivé mon changement pour la Floride. Bon, j'ai de la chance, ils étaient en Floride donc il y a pire et il s'avère que ça a matché, qu'on partage des valeurs communes parce qu'après 2018, c'était aussi une priorité pour moi de constituer une équipe qui me suivrait sur un cycle olympique, pas juste pour quelques années et une équipe avec qui je me sentirais à l'aise de discuter d'absolument tous les sujets et qui saurait me dire quand c'est bien et quand c'est pas forcément bien mais de manière bienveillante.
Loïc Excellent. Parce que 2018, année charnière, c'est ça, dans ta carrière ?
Maé-Bérénice Oui, c'est là où j'ai participé à mes deuxièmes JO et ça a été une grande bataille pour moi déjà pour arriver à ces JO parce que je n'étais pas du tout prête, enfin, ce n'était pas moi qui avais en tête d'envoyer comme représentante française mais il s'avère que ce n'est pas moi qui ai ramené le quota non plus pour la France parce que la façon dont ça fonctionne c'est que l'année d'avant nos JO, on a donc les championnats du monde et c'est durant ces championnats du monde qu'on arrive à avoir le quota olympique donc c'était l'autre patineuse française qu'il a eu et après c'est la France qui décide qu'ils envoient et ça, ils prennent les résultats sur les deux saisons d'avant en général pour décider qui vont envoyer et j'étais déterminée et j'ai dit c'est peut-être pas moi qui ai ramené le quota mais je veux retourner aux JO parce que ça faisait depuis 2016 que je n'avais plus été sur la scène mondiale donc ça a été un réel combat physique et psychologique et puis après 2018 j'ai pris le temps de soigner ce genou droit qui me faisait souffrir et puis j'ai réévalué ma carrière ce que je voulais faire où je voulais où je voulais m'entraîner tout simplement et à partir de là c'est là où j'ai quand même pris le temps de commencer à évoluer pardon non évaluer mon environnement les choses qui allaient qui allaient pas forcément les choses que je voulais améliorer la direction que je voulais prendre et puis c'est ça qui a enclenché les premiers changements de ma carrière sportive
Loïc et la blessure au tendon d'Achille du coup j'arrive plus à retrouver c'était quand ça ?
Maé-Bérénice alors ça s'est passé le 24 mars 2021 ah oui précis ah oui oui je me souviens comme si c'était au championnat du monde de Stockholm donc c'était en 2021 et c'était donc pour la qualification olympique de Pékin 2022
Loïc ok et tu peux nous raconter peut-être tu vois les 30 secondes avant et ce qui s'est passé juste après la blessure tu faisais quoi ? t'as ressenti quoi ?
Maé-Bérénice ben les 30 secondes d'avant moi j'étais prête pour aller chercher cette qualification olympique donc douleur ou pas douleur moi la question ne se posait pas j'étais là pour remplir j'avais I got one job j'avais juste un un objectif aller chercher la qualification olympique donc je me place les entraînements sont bien passés je suis prête il n'y a pas de raison j'y vais je fais le premier saut ça va et puis je prends mon élan pour le deuxième saut je pique et là moi la sensation que j'ai c'est comme si mes lacets étaient sortis des crochets et que du coup mon patin n'avait plus la résistance nécessaire pour que l'impulsion que l'on prend sur le piqué me serve à m'élever donc là quand j'ai piqué en fait c'est comme si je m'affaissais sur ma jambe gauche donc je n'ai pas pu prendre l'élévation nécessaire j'ai fait une toupie sur moi-même et je suis tombée donc il y a beaucoup de gens qui se sont dit c'est quand elle est tombée qu'elle s'est fait mal et en fait c'est quand j'ai piqué que ça a lâché mais ça ne m'a pas fait mal et dans ma tête à moi c'était quand j'ai piqué je me suis dit donc ça ne m'est pas arrivé de la semaine et il fallait que ça arrive au moment le plus important et je me suis dit c'est pas grave continue de te battre et le programme n'est pas fini on va aller chercher tous les points possibles et imaginables cette qualification olympique on ne va pas la lâcher et je connais les règlements quand même par coeur je me suis dit de toutes les façons tu ne peux pas t'arrêter donc ne t'arrête pas continue parce que si tu t'arrêtes tu as moins 5 points moins 5 points sur un programme court c'est énormissime à moins que voilà tu fasses une prouesse technique 5 mois c'est énorme donc je me suis dit bah vas-y continue dépêche-toi et là je vais poser je vais pour poser mon pied gauche et la sensation que j'ai c'est comme si je portais des talons aiguilles et je me suis dit ok là il y a quelque chose qui cloche enfin il y a tellement de pensées qui sont venues dans ma tête je me suis dit mais en fait si je m'arrête ça veut dire qu'il n'y a plus de qualification olympique pour la France je ne peux pas m'arrêter on m'a envoyé j'ai une mission il faut que je la finisse mais en même temps je ne peux pas continuer de patiner si je m'arrête je vais avoir moins 5 points c'est pas possible enfin c'est plus l'athlète en moi qui parlait que l'humain une personne raisonnable qui se serait dit bah vas-y je m'arrête donc je vais patiner vers le juge arbitre qui me demande ce qu'il se passe donc je lui explique et il me demande si je veux une minute ou deux pour reprendre mes esprits et repartir je lui dis bah monsieur non je ne peux pas patiner et du coup il me dit est-ce que tu peux patiner vers la sortie parce que moi du coup j'aime pas déranger donc je me suis dit bah si je ne peux pas patiner autant que la patineuse d'après elle puisse directement entrer sur la glace tu vois au lieu de retarder toute la compétition donc je lui ai dit bah je vais sortir et je suis sortie et voilà comment ça s'est passé pour cette belle rupture du tendon d'Achille on m'a enlevé le patin puis le docteur il a touché il a dit bon bah rupture complète donc pas de pas de Jeux Olympiques pour toi waouh
Loïc comment tu l'as géré du coup cette blessure comment est-ce qu'on s'en relève et qu'on revient au plus haut niveau puisque c'est ce que tu as réussi à faire avec brio
Maé-Bérénice bah honnêtement moi j'étais pas plus chamboulée que ça quand je l'ai eu
Loïc ah ouais ok
Maé-Bérénice je me rendais pas compte de ce que c'était qu'une rupture de tendon d'Achille j'ai dit moi je reviendrai j'ai pas fini donc je suis pas triste ouais
Loïc déterminé
Maé-Bérénice ouais j'ai dit je reviendrai
Loïc ouais
Maé-Bérénice je sais que ça blague
Loïc à part c'est un il faudrait que je retrouve cette étude je la mettrai en description si je remets les mains dessus mais je crois que j'étais tombé il me semble que c'était une étude faite avec Harvard ou Stanford je sais plus sur l'impact psychologique en fait de la pensée positive dans les phases de récupération des sportifs de haut niveau ah oui et en fait ils expliquaient que c'est c'est monstrueux c'est à dire sur des phases de récup je dis peut-être des bêtises mais ce que j'ai en tête c'est des mois d'écart tu vois c'est à dire que si la phase de récup post-opération par exemple on te dit bon bah là t'en as pour 6 mois ou 8 mois de rééducation bah en fait ils se rendent compte que les athlètes qui sont en mode pensée positive il n'y a aucun doute je remets mes patins je vais revenir sur la glace ils cutent un mois deux mois trois mois tu vois sur cette période là donc 30-40 voire 50% du temps de récup qu'on leur avait annoncé initialement donc vraiment monstrueux quoi
Maé-Bérénice ouais totalement je suis d'accord parce que normalement pour se remettre d'une rupture de temps d'Achille c'est un an moi au bout de 6 mois j'étais sur la glace
Loïc et bah voilà
Maé-Bérénice mais après aussi il y a des facteurs qui font pas vu qu'on est sportif de niveau forcément notre corps il a aussi la capacité à se régénérer plus vite mais il y a aussi le fait que j'étais déterminé donc j'ai dit j'étais déterminé mais intelligemment dans le sens où j'écoutais mon corps si je voyais que là ce jour là mon corps ne pouvait pas c'est plus la jeune insouciante Maë qui allait forcer parce qu'il faut faire il faut montrer et prouver que j'arrête s'il faut que je prenne une semaine d'arrêt parce que ça a gonflé un peu on arrête il n'y a pas de soucis il n'y a pas le feu au lac ça va bien se passer et ça s'est bien passé d'ailleurs et aussi je ne voulais pas que mon tendon se rebrise donc le docteur m'a dit tant que tu as pas mal et que tu peux supporter il n'y a pas de soucis mais par contre tant que tu n'as pas passé la barre des un an reste tranquille quand même sur la façon dont tu l'utilises parce qu'on vous connait vous êtes un peu foufou puis tu vas repartir puis tu vas te dire c'est bon et au final ce ne sera pas bon bon c'est avéré c'était bon après remettre les pieds sur glace et retrouver le niveau ok il y a eu quand même un gap parce que j'avais perdu toute ma tonicité sur la jambe gauche du coup faire des choses de base comme une pirouette debout c'était devenu compliqué et c'est là où tu te rends compte que ah en fait on utilise ces muscles là mais maintenant je ne les ai plus donc il fallait quand même reconstruire tous les muscles etc et ça m'a pris bien un an pour me ressentir à l'aise après avoir remis dans les patins et mais cette phase elle a été on apprend l'humilité j'ai appris l'humilité dans tout ce processus mais c'était une belle chose je trouve
Loïc c'est intéressant que tu le vois comme tu le vois de manière positive aujourd'hui cette blessure finalement
Maé-Bérénice totalement totalement parce que du coup ça m'a fait repartir de zéro ça m'a aussi permis d'avoir une approche un peu plus pédagogique de comprendre enfin de sentir du coup ce que ça fait lorsque tu as eu cette blessure quels sont les les points forts les points faibles quelles sont les choses sur lesquelles tu dois continuer de travailler de manière constante pour réellement voir une progression et une évolution parce que oui une fois que tu as fini ta rééducation et ta réathlétisation en général les gens s'arrêtent mais ça continue en fait moi j'ai continué j'ai intégré dans ma routine des exercices pour pouvoir continuer de muscler mes mollets pour retrouver la force dans mon pied gauche parce que j'ai dit je ne veux pas juste faire le minimum syndical je veux revenir à un niveau si ce n'est même mieux que ce que j'étais avant donc du coup pour faire ça il faut vraiment que je comprenne mes points faibles et c'est un processus où tu apprends l'humilité dans le sens où quand j'ai remis les pieds sur la glace je tombais sur des choses très simples des choses qui ont toujours été faciles pour moi et j'étais entourée d'enfants de 9 ans 10 ans 11 ans qui volaient sur des triples qui faisaient ça de manière facile et ça peut être déprimant des fois parce que tu dis mais là en fait je suis bloquée à faire des simples parce que même le truc que je maîtrisais genre les yeux fermés dans le noir malade ce que tu veux je pouvais le faire facilement et aujourd'hui c'est limite impossible mais tu apprends la patience tu apprends l'humilité tu apprends j'ai appris à observer et c'est toujours quelque chose que j'ai fait mais là je l'observais encore plus j'apprenais de tout le monde que la personne elle est 20 ans de moins que moi ou qu'elle en est 5 de moins je regardais j'apprenais le travail visuel aussi ça a beaucoup aidé j'ai fait beaucoup de visualisation donc ça pareil ça je pense contribuer à l'accélération de mon comeback sur la scène compétitive et puis savoir se donner la grâce nécessaire pour faire des erreurs pour accepter les erreurs pour accepter que c'est pas parfait mais que c'est en cours et que ça progresse
Loïc t'as un prépa mental dans ton équipe ?
Maé-Bérénice oui oui oui j'ai prépa mental prépa physique nutritionniste et j'ai la chance d'avoir un prépa mental qui est également hypnotiseur sophrologue et qui a eu une expérience internationale et qui a étudié en Amérique du Nord ok du coup son approche elle est différente diversifiée et variée ce qui fait que il peut répondre à plusieurs problématiques que je peux rencontrer et ça c'est vraiment un atout un atout de taille
Loïc excellent c'est super impressionnant de voir ce que t'as mis en place bon alors déjà pour clôturer quand même sur le sujet de la blessure impressionnant de t'entendre expliquer comment finalement tu t'en es servi pour mieux rebondir mieux repartir et impressionnant aussi de t'entendre parler finalement de ce que t'as réussi à créer autour de toi pour mettre toutes les conditions toutes les chances de ton côté pour performer à ton meilleur niveau tu vois partir aux Etats-Unis enfin dès 2015 donc t'avais quoi t'avais quel âge t'avais en 2015
Maé-Bérénice 2015 très bonne question j'avais 20
Loïc 20 ans quand même assez jeune 23 ans installation installation là-bas aujourd'hui avoir une équipe avec nutritionniste coach préparementale chorégraphe etc c'est vraiment c'est intéressant finalement de voir un peu l'envers du décor de mieux comprendre comment on se prépare des échéances du niveau auquel tu pratiques donc JO en l'occurrence quand il y a une dimension sportive mais aussi artistique c'est quand même ça finalement un peu la complexité c'est que c'est pas juste de la performance sportive
Maé-Bérénice c'est ça c'est aussi la composante artistique et technique parce que techniquement c'est très particulier en fait je sais pas comment comment exprimer mais par exemple je me dis l'athlétisme bien sûr il y a de la technique dans les sports comme l'athlétisme etc et que force de répétition non si je pense que c'est un peu pareil en fait il y a de la technique tu dois répéter énormément de fois les mouvements pour être sûr que le jour J tu vas faire ce mouvement au millimètre près de cette façon là que tu vas agripper ou que tu vas mettre tu vas placer ton bras de cette manière là à tel rythme et ce qui est fascinant dans le patinage c'est que des fois tu peux te sentir genre comme la reine du monde sur la glace et le lendemain t'as l'impression que tu ne sais pas patiner tu sais pas où est passée ta technique tu es complètement off tu fais un saut toi tu te sens droit mais tu es complètement à droite enfin ça n'a pas de sens donc des fois vraiment c'est perturbant mais c'est aussi ce qui fait la beauté du sport parce que du coup dans les moments comme ça c'est là où tu dois c'est là où le réel entraînement commence je me souviens de ce que Usain Bolt avait dit il a dit quand c'est facile pour moi tu t'entraînes pas c'est juste du maintien à la limite mais le jour où c'est difficile le jour où t'as pas envie le jour où ça brûle c'est là où ton entraînement il commence réellement parce que du coup tu t'entraînes sur la fatigue tu t'entraînes dans des conditions qui ne sont pas optimales et du coup tu dois trouver une solution lorsque ça va pas parce que ça veut dire que quand tout ira du coup et en général tu fais en sorte que plus ou moins tout taille pour le mieux autour de la compétition ça roule tu vois mais ouais c'est un challenge un petit peu et puis il faut s'entraîner des bonnes personnes moi c'est vrai que je me suis délocalisée aux Etats-Unis mais j'avais aussi trouvé un mon coach technique il se trouve en Europe pour deux raisons une quand je viens pour faire des compétitions en Europe du coup je voulais avoir une base d'entraînement qui soit située ici et je voulais être avec quelqu'un qui techniquement s'y connaisse et qui puisse adapter la technique à ma morphologie parce que j'ai pas une morphologie comme tout le monde et c'est pas tout le monde qui je pense peut me coacher et m'aider à corriger ce que j'ai à corriger et il s'avère que j'ai trouvé une perle incroyable donc ouais c'est savoir se connaître aussi que de s'entourer des bonnes personnes et ça prend du temps enfin j'ai pas fait en j'ai pas fait en un jour quoi
Loïc tu m'étonnes c'est intéressant ce que tu dis sur l'entraînement ça me fait penser à une alors je sais pas si c'est vrai mais je crois que il me semble que c'est Mohamed Ali qui disait ça qui commençait à compter les sit-ups les abdos qu'il faisait uniquement quand ça commençait à faire mal tu vois c'est un peu ça en fait
Maé-Bérénice en vrai oui parce que quand c'est dans la zone facile bon tu réfléchis pas forcément ou c'est pas là où tes faiblesses vont ressortir alors que quand tu es dans le jus c'est là où on va voir réellement la mémoire du corps parce que du coup c'est tes réflexes primitifs qui vont primer sur ta technique sur ton ta conscience ton intellect donc c'est là où le réel travail commence enfin on comprend pas forcément ça quand on est jeune mais avec du recul tu dis ah effectivement oui
Loïc je rebondis hyper rapidement sur ce que tu disais le parallèle avec l'athlétisme je pense que oui forcément quand tu pratiques un sport à haut niveau le geste il est méga important évidemment mais à l'inverse du patinage artistique l'athlétisme le judo tu vois j'en sais rien la voile etc t'es pas jugé en fait sur l'exécution du geste non tu vois en judo évidemment qu'il y a des répétitions on considère que tu maîtrises une prise quand tu l'as répétée des milliers de fois mais pour autant si le jour J ça passe que tu l'as pas fait exactement comme il faut comme dans le livre mais que ça passe et que finalement bah tu marques y pont tu mets l'adversaire sur le dos bah en fait on s'en fout t'as gagné tu vois c'est quand même pas la même chose quand quand tu dois en plus gérer l'exécution absolument parfaitement c'est ça
Maé-Bérénice je pense que c'est pas le pire
Loïc ouais ouais
Maé-Bérénice le pire de notre discipline c'est que des fois quand tu sais que t'es un peu fébrile techniquement ou que pour une raison ou pour une autre ton saut ne passe pas comme tu le souhaites euh moi je sais qu'à un moment j'étais vraiment fixé sur je sais que si je rate ou si je fais une petite erreur je vais avoir des moins mais quand t'as des moins ça veut dire que tu perds énormément de points euh et tu peux pas te permettre de faire un saut approximatif ton saut doit être clean du début à la fin tu dois ça doit être sans effort les gens doivent te regarder et se dire oh c'est facile comme les danseuses par exemple quand on regarde des danseuses classiques on se dit oh c'est facile oui mais va passer deux heures sur pointe euh enfin c'est horrible j'ai déjà fait pour avoir déjà fait des pointes je faisais une heure de pointe et pas continue j'étais en souffrance extrême et elle elles doivent être là et puis ça doit paraître léger et puis je vole et puis je te fais des mouvements non seulement t'as le cardio tu dois pas montrer que t'es en PLS parce que t'as plus d'oxygène dans tes poumons en plus prendre tes lignes etc et faire les mouvements jusqu'au bout et puis tu dois tu dois faire des pirouettes et les pirouettes on a pas l'impression mais ça demande tellement d'énergie parce que si tu dois tourner vite ça veut dire que tu dois contracter tous les muscles possibles et imaginables de manière assez smart pour que ça te fatigue pas trop mais tu dois créer la vitesse quand on fait nos enchaînements de petits pas il faut bouger de haut en bas parce que ça c'est un niveau qui est requis donc tu bouges dans tous les sens machin bidule chouette sur la musique si jamais t'as une musique qui est assez rapide bon je te laisse imaginer ton cardio et puis après tu dois faire ton saut et puis atterrir comme si de rien n'était tu dois finir ton programme et pas montrer que t'es fatigué et voilà et c'est beaucoup de beaucoup de composantes à prendre en compte finalement alors que en vrai en athlétisme si je suis là je sais que j'ai mon mouvement après j'ai juste à courir je cours je suis moche c'est pas grave tu vois enfin genre si la souffrance elle se voit sur mon visage c'est pas trop grave genre on va se dire ouais c'est l'effort elle a tout donné tu vois en patinage si on voit que t'es en train de souffrir bon ils vont dire ouais elle est ma peau petite
Loïc tu disais que ton approche c'était d'avoir un coach technique qui s'y connaisse et qui puisse te coacher en prenant en compte tes spécificités morphologiques ouais qu'est-ce que t'as de spécial c'est quoi ces spécificités en fait morphologiques
Maé-Bérénice bah du coup je suis une personne je suis assez grande pour le coup pour le monde du patinage j'entends et surtout je suis très athlétique et en général la technique telle qu'elle est apprise c'est apprise pour des personnes qui sont peut-être elles sont athlétiques mais pas de la même façon elles sont beaucoup plus longilignes elles sont pas aussi lourdes que moi aussi et puis surtout il a dû déconstruire des années de mauvaise technique que j'ai accumulé à cause de mes blessures pour reconstruire une technique beaucoup plus solide fiable et saine et ça c'est pas donné à tout le monde parce que des fois il y a des coachs qui ont une vision très précise de ce qu'ils veulent te coach de ce qu'ils veulent t'apprendre mais ils prennent pas forcément en compte genre toi comment ton corps réagit comment ton corps est placé et comment ton corps va naturellement se mettre et du coup c'est là où il peut y avoir de la frustration où tu peux ne pas avoir de l'évolution parce qu'ils prennent pas en compte tous les facteurs globaux ils vont juste se focaliser sur ce que eux ils connaissent ils vont dire bon bah voilà maintenant tu fais comme ça alors que lui c'est pas du tout cette approche c'est il va me donner un exercice puis il va me dire comment tu te sens et puis il va aussi observer comment mon corps réagit et il va ajuster en fonction si besoin
Loïc un programme à la carte plutôt qu'un programme je sais plus ce que c'est le terme mais fit for all tu vois
Maé-Bérénice exactement exactement il va prendre les connaissances de base mais il va les les customiser pour que ça corresponde au maximum
Loïc super intéressant fascinant cet univers franchement merci beaucoup Maët de me l'avoir fait découvrir peut-être en guise de conclusion que tu nous en dises plus sur où tu en es aujourd'hui et surtout la suite qu'est-ce que tu prépares et quelles sont les échéances sur lesquelles tu te concentres
Maé-Bérénice et bien déjà merci beaucoup de m'avoir accueilli Loïc c'était un réel plaisir de partager un peu plus sur le patinage où j'en suis aujourd'hui alors je vais faire un petit saut en arrière après être revenu à mon meilleur niveau après ma blessure au tendon d'Achille je me suis fait un oedème osseux en décembre 2022 et après j'ai eu une période assez compliquée plus psychologique qu'autre chose dans le sens où j'étais vraiment en mode il faut que je prouve il faut que je prouve il faut que je prouve ce qui était cool ça m'a permis de revenir mais après mon corps il a shut down et puis pendant une longue période j'ai pas patiné j'ai repris que en août ça a été difficile et le démoceux n'était pas vraiment parti ou du moins j'avais encore quelques séquelles donc j'ai essayé de faire le début de la saison à 29 ans je suis plus là pour forcer sur mon corps donc là je prends le temps de le soigner je suis en Ile-de-France dans un centre de rééducation donc je fais ce qu'il faut pour me réathlétiser de la bonne manière on reset tout le corps et l'objectif c'est de repartir pour la fin de la saison sportive donc peut-être en mois d'avril mais voir si je peux faire une compétition et sinon repartir dès le mois de septembre pour une nouvelle saison sportive en forme et les objectifs restent les mêmes Milan 2026 objectif ultime et puis entre temps il y a des qualifications championnats d'Europe championnats du monde des qualifications à des grands prix participation à plusieurs compétitions internationales pour me remettre dans le rythme gagner des points dans le classement mondial et puis et puis juste profiter profiter kiffer et créer des programmes mémorables ils vont plaire aux gens voilà c'est mon objectif pour la suite
Loïc génial si les gens veulent aller regarder un de tes programmes tu conseillerais lequel et déjà est-ce qu'ils sont accessibles sur Youtube ou c'est compliqué
Maé-Bérénice le programme que j'aurais conseillé je ne le retrouve plus sur Youtube donc je suis vraiment désolé c'est mon tour de Europe 2019 c'est le programme court il était exceptionnel je ne le retrouve plus mais sinon il y a pas mal de vidéos sur Youtube en vrai je suis fière de tous les programmes même s'il y en a qui sont un peu moins bien techniquement parlant mais vous pouvez retrouver la plupart de mes programmes s'il y en a un que je peux vous conseiller ça va être les universiats 2019 parce que c'était plutôt cool mais ouais voilà
Loïc génial génial un immense merci Maé c'était super intéressant j'en ai appris beaucoup j'espère que enfin je pense que les auditeurs les auditrices aussi je crois pas je dis peut-être des bêtises mais je crois pas qu'il y ait beaucoup de patineurs ou patineuses artistiques qui écoutent les frappés en tout cas quand j'ai fait la dernière enquête c'était plutôt des trailers des randonneurs des triathlètes des bêtétistes que des patineurs artistiques mais je suis sûr que du coup ça aurait été un épisode super intéressant beaucoup de gens et et ben merci pour le temps que t'as bien voulu nous consacrer et je te souhaite du coup une très bonne période de pause ralentir pour mieux repartir c'est souvent une bonne stratégie oui et puis on se fera on se donne rendez-vous c'est quoi on se donne rendez-vous donc tu disais septembre on a qu'à se dire qu'on se donne rendez-vous dans un an et puis on se fait un épisode débrief
Maé-Bérénice allez avec grand plaisir merci beaucoup Loïc pour ce bel épisode et puis bon courage pour la suite
Loïc merci beaucoup à bientôt à bientôt merci d'avoir écouté cet échange avec Maë jusqu'au bout pensez à partager l'épisode autour de vous c'est un excellent moyen de la remercier pour tout ce qu'elle a bien voulu partager avec nous aujourd'hui si vous appréciez les frappés et que vous voulez soutenir le podcast il y a plein de manières de le faire la première c'est tout simplement de vous abonner et de laisser une note ainsi qu'un commentaire sur votre plateforme d'écoute c'est celle que vous utilisez en ce moment là tout de suite vous pouvez également rejoindre le groupe des tipeurs ce sont des auditrices et auditeurs qui soutiennent financièrement le podcast à partir de 1€ par mois le lien est en description oui cette aventure me coûte cher donc c'est toujours sympa de voir qu'il y en a qui décident d'y contribuer vous pouvez également vous abonner à la newsletter là aussi le lien est en description et enfin vous pouvez tout simplement parler du podcast à fond autour de vous pour qu'encore plus de gens osent se lancer merci pour votre soutien je vous dis à la semaine prochaine pour un nouvel épisode dans lequel on va parler d'aventure et de première mondiale et de premièreaved et de premièreaved Sous-titrage ST' 501
Transcription automatique relue · susceptible de contenir des imprécisions.