AlpsMan Il y a des épreuves sportives qui marquent les esprits. Elles offrent quelque chose d'unique que les autres n'ont pas. Elles deviennent des épreuves de légende reconnue de tous. C'est l'UTMB en ultra-trail, le rallye Dakar pour les sports automobiles, Roland Garros en tennis et le Tour de France en cyclisme. Dans le triathlon longue distance, il y a le Norseman. 3,8 km de natation dans les eaux glaciales de Norvège, 180 km de vélo et 42 km de course à pied, avec pour les premiers 160 athlètes arrivés au kilomètre 37, le droit de devenir top finisher, c'est-à-dire de terminer la course par une ascension du mont Gostathopen. Ceux-là recevront un tee-shirt noir, les autres devront se contenter de terminer au bord du lac et repartiront avec un tee-shirt blanc. Les paysages somptueux de Norvège et cette épreuve dans l'épreuve qui conclut une journée d'effort éprouvante ont fait la renommée du Norseman. Un triathlète français du nom de Ludovic Valentin a, comme beaucoup d'autres, rêvé d'en prendre un jour le départ. Et puis il a fait un constat, un peu chauvin mais tellement vrai. Est-ce qu'on a vraiment besoin de partir en Norvège pour vivre une expérience sportive d'une telle intensité ? La France, LE plus beau pays au monde sans aucun doute, devrait bien pouvoir permettre d'organiser une épreuve d'envergure internationale, à la fois très exigeante et offrant aux participants un cadre naturel d'exception. L'idée venait de naître, le projet allait se concrétiser peu de temps après. Ce triathlon 100% français, il allait avoir lieu pour la première fois en 2016 à Annecy. Comme le Norseman dont il s'inspire, le départ se fera dans la nuit, depuis un bateau et au milieu du lac. La section vélo inclura un maximum de dénivelés, avec notamment une ascension du Tour de France classé hors catégorie. Et pour la course à pied, il y aura une barrière horaire, symbolisée par une cloche que seuls les plus rapides auront le droit de faire sonner, avant d'entamer 16 km de trail et 1300 m de dénivelés pour terminer la course. Les autres poursuivront le long du lac. L'Alpsman était né.
Invité 1 L'Alpsman, c'est un projet qui est né d'une passion et d'une pratique, après avoir fait plusieurs extrêmes. L'île d'Elbe, le Baman et puis l'Inferno triathlon surtout. Une loterie, une tombola du Norseman sur lequel je participe depuis longtemps. Cette envie et cette passion qui s'est mêlée à mon travail, à mon côté pro d'organisateur d'événements. Et je me suis dit quand même, on a peut-être tout ce qu'il faut ici sur le lac d'Annecy et nos montagnes pour faire la même chose que ce que font les autres ailleurs et qui me font rêver moi. Alors pourquoi pas faire rêver d'autres pratiquants et participants avec cet événement qu'on pourrait faire ici chez nous. Donc c'est parti de là en fait d'une envie et d'une envie de partage, d'une passion et d'une envie de partage de ce lieu et dans l'idée de ces événements extrêmes. Première édition 2016 donc c'est un travail qui a été mis en place dès 2015 mais qui est arrivé assez vite sur le papier et puis concrètement 1er octobre 2016 avec cette première édition parce qu'on sentait qu'il fallait y aller. Et surtout que moi j'avais la ferme sensation que d'autres allaient le faire avant nous et j'avais pas forcément envie que quelqu'un d'autre le fasse ici chez nous. Donc je me suis dit si on veut être les premiers à lancer cet événement il faut y aller. Donc on est parti 1er octobre 2016, une conférence de presse de lancement en mai 2016 et l'événement a été là octobre 2016 donc c'est allé très vite, ça s'est enchaîné très très vite pour lancer cette première édition. Et 6 mois après il y avait déjà la deuxième puisque octobre 2016, juin 2017 donc on a enchaîné 2 éditions en 6 mois. On va dire une première et un lancement qui n'a pas été facile au début mais il fallait lancer et c'est vrai que c'était dès le début une belle aventure. Sur les deux premières éditions on était parti vraiment sur ce format extrême, format XXL donc avec 3,8 km de natation, nos 180 km, 183 km de vélo et un tournant avec la cloche montée ou pas au Semnos du coup où je finis en Lake Finisher ou en Top Finisher. Donc d'entrée le format était là, tout de suite on a eu cet ADN avec les bateaux parce qu'on a voulu créer, donc avec Stéphane à l'époque avec qui j'ai créé l'événement, l'idée c'était de créer un événement fort dès le début avec un ADN fort, avec des éléments forts donc le bateau, un départ du lac, la nuit, une cloche, un tournant, un timing pour ce tournant donc 12 heures et un top finisher, un lake finisher donc deux arrivées en haut en bas de la montagne et enfin le dernier élément c'était le parcours vélo, 183 km entre 4005 et 5003 la première année de dénivelé positif en vélo donc en fonction des parcours. Donc voilà, un événement qui tout de suite se positionnait comme un événement dur et extrême. C'est l'ADN de l'Alpsman aujourd'hui mais derrière l'idée aussi c'est de le démocratiser entre guillemets donc assez rapidement derrière on a créé l'Alpskid pour les enfants, des petits formats pour animer aussi le matin et la durée du vélo parce qu'en fait une fois que tout le monde est parti en vélo à 8h30, il y avait un trou jusqu'à midi, midi et demi que les coureurs reviennent donc on a créé l'Alpskid assez rapidement derrière et puis est arrivé assez rapidement aussi l'expérience, c'est-à-dire là on voulait vraiment démocratiser cet événement le dimanche matin avec au début une décomposition du triathlon, c'est-à-dire qu'on a fait trois courses, une natation, ensuite une vélo et enfin on partait en course à pied en poursuite, en mode poursuite avec les deux temps accumulés des deux premières disciplines. Donc là l'idée était vraiment du triathlon mais décomposé sans le stress de l'enchaînement et de la zone de transition. Donc ça c'est ce qui a été lancé aussi rapidement pour démocratiser cet événement. Et puis dernièrement, là ça fait maintenant trois ans, le half qui est arrivé avec un half qui titille l'Alpsman, c'est-à-dire qui est une boucle sur le lac mais pas de départ bateau, donc on part de la plage, on revient à la plage avec une sortie à l'australienne. Un parcours vélo mais qu'une partie du parcours de l'extrême, on ne monte pas au Semnoz, on coupe directement dans les boches, donc 100 km de vélo un peu plus simple bien sûr que l'extrême. Et une partie course à pied où là par contre on ne pouvait pas, en termes de technique, faire courir tout le monde au bord du lac. Et du coup on voulait quand même leur faire titiller cet arrivée Semnoz. Donc le half lui monte au Semnoz directement, il pose le vélo, il monte au Semnoz, donc ils font la partie extrême jusqu'au Semnoz avec une arrivée différente, bien sûr pas l'arrivée de l'extrême mais l'arrivée du half. Voilà ce half qui est arrivé il y a trois ans pour aller toucher les étoiles de l'extrême. Donc on voit que beaucoup de gens commencent par l'expérience, passent sur le half et puis derrière l'objectif c'est d'aller sonner la cloche pour monter au sommet du Semnoz. On a vu une réelle évolution dans nos participants et surtout dans leur préparation en fait à cet événement. En 2016 on était un peu dans une période où c'était une période de défis, les gens se défiaient mais pas toujours avec une grande préparation, avec la préparation qui allait avec le défi. Donc c'était vraiment un défi entre potes, allez je vais le faire, j'y vais. Et on voyait que, en termes de pourcentage on va dire de top finisher était beaucoup moins élevé en 2016 qu'aujourd'hui. Aujourd'hui en post-Covid parce que le Covid est passé entre les deux. Après ce Covid on voit une évolution des pratiquants et des pratiques et surtout des préparations en fait. On voit que le nombre de participants et le nombre de personnes qui se lancent le défi sont toujours là, encore plus présentes même, parce que cette année on avait plus de 500 personnes dans les attentes de l'extrême. Donc le nombre de participants est toujours présent et revenu parce que pendant le Covid c'était plus compliqué, mais revenu sur l'événement. mais se prépare beaucoup mieux qu'avant, n'est pas forcément le même pratiquant qu'avant. Ou alors en tout cas il se prépare beaucoup mieux. On voit bien l'explosion des coachs particuliers, des séances coachées en club, etc. On voit cette ampleur qu'a pris la préparation physique et mentale sur ces événements. Et du coup nous on le ressent beaucoup sur l'événement. Les gens sont mieux préparés, arrivent plus près. Et du coup il y a un plus gros, fort taux de top finisher sur l'événement. Alors qu'avant certains venaient un peu la fleur au fusil pour découvrir. On vient voir ce qui se passe une première année, puis la deuxième année. Bon maintenant on sait où on va, soit on n'y retourne pas parce qu'on a compris, soit on y retourne mais prêt, pas à moitié prêt. Moi j'ai toujours un peu à cœur de dire que tout le monde peut y arriver. Il faut juste le vouloir et le préparer en fait. C'est vraiment le maître mot, c'est le préparer en amont. Après ça j'ai vraiment à cœur de dire que c'est à la portée de tous. Si on se prépare bien, et l'objectif de bien se préparer, c'est pas que de la performance, c'est surtout du plaisir en fait. On sait que dans un extrême, à un moment donné, tout le monde va avoir un point dur, un côté dur, une fringale, une hypo, un coup de froid. Il y a quelque chose qui va, une crevaison, ça peut être mécanique, etc. Mais il va y avoir un moment plus dur à franchir. Et là si on est préparé aussi à ça, physiquement, mentalement et moralement, ça se passera déjà beaucoup mieux et puis on va profiter en fait de l'événement. On voit que certains participants ne sont pas forcément des fois préparés très bien physiquement, mais pas le reste. Et ça c'est quelque chose de vraiment important de se préparer complètement à un tel événement. C'est une journée entière de sport. Et si on veut l'apprécier pleinement, il faut être prêt. Il faut être prêt à l'aborder. Et il faut être assez serein, reposé et calme pour l'aborder. Parce que c'est, voilà, on ne l'aborde pas comme notre triathlon M ou S, on va dire, plus court. Mais on l'aborde un peu plus humble devant la montagne, on va dire, et prêt à en découdre. Et pour soi, il n'est pas à courir contre les autres, on est à courir contre la montre pour ceux qui veulent aller au sémnose. C'est la fameuse barrière des 12 heures. Et après, on voit plutôt les gens qui sont là pour aller au bout, en fait, au bout de leurs rêves et de leurs projets, de leurs défis. Et pour ça, vraiment, il faut être prêt pour en profiter. Parce qu'on le voit, on le voit beaucoup, ceux qui ne sont pas assez préparés vont souffrir. Et du coup, ils vont moins apprécier la qualité du parcours, la beauté du paysage, tout leur gars et les bénévoles qui sont autour, qui les encouragent. Et ça, c'est vrai que c'est quelque chose de manière générale, en fait. Sur un extrême, il faut être vraiment prêt pour pouvoir en profiter et passer une bonne journée, en fait. Oui, on a des moments, forcément, qui font vibrer sur cet événement. Premièrement, c'est le bateau, la préparation, la concentration, on va dire, des athlètes sur le bateau avant le départ. Ça dure une demi-heure entre le départ du quai et puis le moment où ils sautent à l'eau. Ça, c'est un moment important et vraiment enrichissant à partager avec eux. Le moment où ils sautent à l'eau également, c'est la dernière fois qu'on les voit, on leur parle et on les encourage. Et puis là, c'est le pas vers le départ, en fait. Une fois où on saute à l'eau, bon, mais ça y est, c'est parti. La sortie de l'eau est un moment aussi fort pour eux parce que ça y est, ils ont franchi, coché la première case, on va dire. Donc ça, c'est un moment fort. Le retour vélo où là, on voit vraiment les visages et ceux qui sont dans la difficulté. Et contrario, ceux qui sont vraiment dans la complaisance, qui sont bien, qui participent à leur journée, on va dire, qui ne la subissent pas. Et du coup, ça, c'est un moment fort aussi. Et puis après, bien sûr, c'est le moment de la cloche. Ça, c'est le moment redouté par tous, le 17h30 au moment où on va fermer ce tournant. Donc ça, c'est aussi important. Et puis tout ce qui s'est passé avant, tous les gens qui sonnent la cloche, on voit cette émotion parce qu'on voit que pour eux, limite, l'arrivée, c'est sonner la cloche, en fait. Après, c'est anecdotique de monter au semnoz. Ils ont affranchi le pas. Et ça, c'est vraiment un moment fort de l'événement, cette cloche et ce tournant. Tout ce qui se passe entre 16h et 17h30, pendant une heure et demie, les moments où passent les coureurs à cette cloche. Et puis après, l'arrivée, qui est souvent l'aboutissement. Moi, j'aime bien aussi l'arrivée des derniers, l'arrivée quand il est 23h, 23h à minuit, quand les derniers franchissent la ligne d'arrivée, où là aussi, on voit que c'est l'accomplissement d'un défi d'un an, deux ans, trois ans de préparation. Et pour eux, c'est vraiment un rêve qui aboutit. Et ça, c'est quelque chose de fort aussi. À partager surtout avec eux, et puis leur famille, leur encadrement et tous les bénévoles.
AlpsMan Samedi 8 juin 2024, 4h10 du matin. Il fait 16 degrés, l'eau du lac d'Annecy est à 18. Dans la nuit noire, je monte à bord du premier des trois navires, le Libellule, opéré par la compagnie des bateaux d'Annecy et qui peut embarquer jusqu'à 300 personnes. Pour son 40e anniversaire, il a été converti à l'électrique et embarque désormais 104 batteries qui lui offrent 4 heures d'autonomie. Aucun bruit de moteur donc, la navigation jusqu'au point de mise à l'eau se fait dans le silence le plus total. À bord, il y a des gens en combinaison de natation partout autour de moi. Allongés ou assis dans la salle avant qui sert habituellement de restaurant, dans les coursives, dans les escaliers et même sur le pont supérieur en plein air. On entend quelques rires et des blagues lancées pour détendre l'atmosphère, mais les visages sont concentrés. L'ambiance tendue et l'odeur du néoprène est partout. Je suis entouré de plus d'une centaine de personnes qui savent qu'une longue et difficile épreuve les attend. 5h00, annonce des organisateurs, mise à l'eau imminente. Une porte latérale est ouverte, l'air frais s'engouffre à l'intérieur du libellule et on entend le clapotis de l'eau contre la coque. Ça y est, la nuit commence à peine à reculer, on distingue les sommets environnants et le château de Duin en face duquel a lieu le départ. Des lumières blanches s'activent partout autour des bateaux. Il s'agit des Zodiacs, des Paddles et des 25 Kayaks dans lesquels se trouve une partie des 450 personnes mobilisées pour encadrer cette course. Leur rôle ? Guider les nageurs et les secourir si nécessaire. 5h15, je me positionne à 1 mètre de l'endroit où les athlètes vont se jeter à l'eau. Je veux pouvoir regarder les visages de ces femmes et de ces hommes dans les ultimes instants avant le départ. Il y a quelque chose d'émouvant à aller voir plonger dans l'eau encore noire du lac pour aller affronter cette épreuve de la démesure en sachant que toutes et tous devront se battre contre leur plus grand adversaire, eux-mêmes. Le premier n'hésite pas et bondit hors du bateau, bonnet jaune et lunettes de natation déjà en place. Les autres suivent. En réalité, ce n'est pas encore le départ de la course. Ils doivent nager jusqu'à une ligne représentée par des bouées à une centaine de mètres du bateau. Les minutes s'égraînent et les centaines de taches jaunes couvrent maintenant la surface du lac en convergent vers le point de départ. Et puis, à 5h30 précisément, dans la seconde, le vacarme de 500 paires de bras qui battent la surface du lac fait vibrer l'air. La course est lancée. Bon, vous l'aurez bien compris, j'ai voulu donner une dimension épique à la première partie de cet épisode, mais c'est bien parce que c'est ce que j'ai ressenti ce matin-là. L'expérience était vraiment incroyable, mais l'Alpsman, ça reste une épreuve d'ultra-endurance, donc on va ralentir un peu le rythme. Alors que le bateau fait route toujours sans bruit vers l'embarcadère de Saint-Jorio pour nous y ramener, j'aperçois déjà un groupe de têtes se détacher, puis un bonnet s'échapper seul, loin devant tout le monde. Une fois hacké, je débarque et je file me positionner au niveau de l'arche de sortie de l'eau. Il y a déjà pas mal de spectateurs qui s'y trouvent avec banderoles, trompettes, sifflées, bref tout ce qu'il faut pour donner un maximum d'énergie à nos athlètes. Il faudra d'ailleurs moins de 53 minutes au premier pour venir à bout des 3,8 km de natation. Franchement, une sacrée performance. Pendant plus d'une heure, les nageurs s'extraient du lac, filent se sécher ou se changer intégralement d'ailleurs avant d'enfourcher leur vélo pour partir directement à l'assaut du Semnose, une terrible montée que la plupart n'arriveront pas à boucler avant que la pluie ne les rattrape. J'en retrouve quelques-uns au sommet alors que le vent menace d'emporter l'attente des bénévoles du ravitaillement et je leur tends un micro. Bon, c'était comment le vélo ? Ça a piqué, ça a piqué très fort. 2h13 pour monter jusqu'ici depuis le lac. Ça n'a pas été de tour pot. Et avec le vent là sur la fin, c'était terrible. La pluie aussi ? Ça a été la pluie, ça a été, ça a été. Là, on va profiter un petit peu de la descente et puis essayer de continuer à profiter du spectacle, des paysages parce que c'est vraiment magnifique. Et puis la vitesse à laquelle j'avance, j'ai le temps de regarder. Eh bien, profite. Merci. Un dernier message bienveillant des bénévoles avant que ce concurrent reparte. Il lui conseille d'être vigilant dans la descente. Effectivement, ça a l'air assez glissant. Quelques chutes sont à déplorer. Et au ravitaillement de l'Echeren au kilomètre 103, les écarts se sont creusés, sans doute du fait de la météo. Sacré ravitaillement d'ailleurs. Les spectateurs sont présents en masse. L'ambiance est électrique. Et les bénévoles travaillent en équipe pour répondre aux besoins des athlètes le plus rapidement possible. Les athlètes, puisqu'on parle d'eux, eh bien, ils sont tous trempés à ce stade. Et déjà, certains ont les visages creusés. On voit que pour quelques-uns d'entre eux, c'est déjà la souffrance. Une femme d'ailleurs s'effondre devant moi en larmes. Je pars chercher la médecin que j'ai aperçue un peu plus tôt. Et ce sera sans doute la fin de la course pour elle. C'est assez étonnant d'ailleurs de voir les différences énormes qu'il y a entre les participants en termes de fatigue, en termes d'approche de la course. Alors que clairement, certains sont déjà en train de se battre contre l'épuisement. On font tout pour ne pas perdre une seconde au ravitaillement. D'autres ont l'air beaucoup plus détendus, trouvent les ressources pour lâcher quelques blagues, prennent le temps de s'alimenter correctement avant de repartir tranquillement. Des heures plus tard d'ailleurs, je reconnaîtrai beaucoup parmi celles et ceux qui sonneront la cloche. Et c'est le cas notamment de Chariel de Coq, une athlète belge à qui j'ai tendu le micro et qui terminera deuxième féminine de l'épreuve. Ça va ?
Loïc Oui, ça va, ça va. C'est très chouette. Ça dure.
AlpsMan Alors, je vous le confirme, tout le monde n'était pas capable de rire comme elle à ce stade de l'épreuve. Mais comme quoi, il vaut parfois mieux ralentir afin d'aller plus vite, surtout quand on doit avaler 180 km et 4000 m de dénivelé à vélo. Allez, il est temps pour moi de quitter le ravitaillement de l'Echeren et de retourner à l'esplanade de Saint-Joriot, là où le village Alpsman est installé. Les premiers vont bientôt y déposer leur vélo pour s'attaquer à la course à pied. Et oui, c'est le retour de l'ambiance épique parce que la course à pied, c'est là que le sort des finishers se décide. Au kilomètre 26, ils sauront s'ils pourront devenir Lake Finisher, ce qui est une exceptionnelle performance, ou bien s'ils auront le droit d'aller toucher les nuages au sommet du Semnose pour devenir Top Finisher. Un exploit phénoménal symbolisé par le fait de sonner la mythique cloche de l'Alpsman. Fondue à quelques pas de Saint-Joriot, elle trône au milieu d'une rampe visible de tous. Le parc à vélo se remplit alors que les nuages se dispersent et que le thermomètre grimpe. Il fait chaud et lourd. J'aperçois Ludovic, que vous avez entendu un peu plus tôt, installer un bac noir qu'il vient de remplir dans le lac sur le parcours des coureurs afin qu'ils puissent s'asperger d'eau. Les premiers sonnent la cloche et filent en direction du Semnose. C'est impressionnant d'un point de vue sportif. Les chronos qu'ils réalisent sont dingues, mais pour être honnête, c'est pas vraiment émouvant. On ne lit pas encore l'immense soulagement sur les visages à ce stade de la course. Et puis doucement, c'est le cas, au fur et à mesure que le chrono avance. Les émotions deviennent plus intenses, les spectateurs sont enflammés, l'ambiance explosive. Celles et ceux qui arrivent maintenant à la cloche sont marqués après plus de 10, 11, voire 12 heures d'effort.
Loïc J'ai eu les larmes aux yeux
AlpsMan en voyant des enfants sauter dans les bras de leurs parents, en criant pour courir jusqu'à la cloche avec eux dans un tonnerre d'applaudissements et de trompettes, avec en fond les commentaires de speakers déchaînés.
Loïc Ok, les enfants !
AlpsMan Certains prennent dans leurs bras des bébés qui ouvrent de grands yeux lorsqu'ils se retrouvent soulevés au-dessus d'une foule en délire. Des larmes coulent lorsque des couples se retrouvent et s'embrassent en se tenant la tête l'un l'autre. D'autres sont encouragés par leurs accompagnants sur les derniers mètres. Dans tous les cas, ça a été une énorme décharge d'énergie qui attendait les athlètes au niveau de cette cloche. Quel spectacle ! J'assiste même au passage du dernier athlète qui s'engage en sprintant à 17h29,55 secondes dans un couloir de moins de 2 mètres de large entre les rangs serrés de spectateurs qui hurlent leur soutien. La fouille est en délire, il sonne la cloche sur le gong à la toute dernière seconde. Voilà, c'est ça l'Alpsman ! Ceux qui montent au sommet ont maintenant le droit d'être accompagnés dans les derniers kilomètres. Ça doit être une sacrée expérience de partager la fin d'une telle course avec un proche. Pour tous les autres, et ils sont majoritaires, la fin se jouera au bord du lac. Ils devront enchaîner des boucles jusqu'à atteindre la distance des 42 km. Alors ce n'est pas forcément plus facile que de monter au semnoze parce qu'en théorie, ils n'ont pas le droit d'être soutenus et ils doivent gérer la monotonie du parcours. Pour beaucoup, c'est clair, il y a de la déception de ne pas avoir réussi à sonner la cloche. Le vainqueur de l'épreuve signe un chrono de 11h03min59s, une performance absolument lunaire. Les derniers mettront plus de 18h et une centaine auront abandonné. Il n'y avait que 34 femmes au départ de cette édition et pourtant 12 sont montées au sommet, 13 sont devenus lake finisher, dont 2 sur le podium du classement général. 9 ont abandonné. Ça fait quand même un ratio de finisher de plus de 70% et 35% de top finisher. Alors à toutes les femmes qui nous écoutent, c'est possible. Vous en êtes capables. Alors que je quitte le village de l'Alpsman, j'ai des images et des sons plein la tête. De la beauté du parcours en passant par le dévouement de chaque instant des bénévoles, l'énergie débordante des spectateurs et l'engagement total des athlètes, ça a été une journée d'une rare intensité. J'ai croisé des regards vides de gens qui pourtant continuaient à avancer. J'ai vu des larmes de joie, mais aussi de douleur. J'ai entendu des cris, de rage et de célébrations. J'ai eu froid pour ces femmes et ces hommes sous la pluie au sommet du Semnose. J'ai eu chaud pour eux alors qu'ils couraient sous un soleil de plomb au bord du lac. Mais j'ai surtout été inspiré par leur courage, par cette détermination exceptionnelle dont toutes et tous ont fait preuve. Au-delà des médailles et des chronos, ces 500 athlètes dont quasiment aucun n'était professionnel, m'ont montré par l'exemple que tout est possible. Le corps est une fabuleuse machine, mais c'est bien le mental qui la sublime. A vous toutes et tous, finisseurs de l'Alpsman, je vous dis merci et surtout, bravo. Vous êtes des athlètes de l'extrême. Et à vous qui venez d'écouter cet épisode, si vous hésitez à vous lancer dans ce type de défi, n'attendez plus. Prenez votre dossard maintenant, je vous garantis que l'aventure sera belle. La vie est courte, ce ne sera jamais le moment idéal pour se lancer, donc faites-le maintenant et battez-vous avec vos armes. Longue vie à l'Alpsman. Le bilan carbone des déplacements liés à l'enregistrement de cet épisode s'élève à 11,42 kg de CO2 émis. Pour mon trajet aller-retour entre Aix-en-Provence et Annecy, j'ai parcouru 562 km en train et 350 km à vélo, soit 3,15 kg de CO2 émis. Sur place, j'ai parcouru 50 km à vélo et 72 km en voiture entre Saint-Joriot et le sommet du Semnoz avec une autre personne, salut Noah, soit 8,27 kg d'émissions de CO2. Pour calculer votre empreinte carbone, rendez-vous sur le site agirpourlatransition.adem.fr, le lien est en description.
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