Sélam Les frappés de la vie sont très bien et bien. Dans la vie, il y a beaucoup de choses qui arrivent, qui sont bien ou mal, mais il faut arrêter de voir la vie tout en noir. Je pense qu'ici, on est très bien, on a tout ce qu'il nous faut. Il faut être joyeux tout le temps.
Loïc Bienvenue sur Les Frappés. Je suis Loïc Blanchard, ancien sportif de haut niveau, coach et préparateur mental certifié et cofondateur de Papyrus, la solution de gestion et de développement des talents pour PME. Ma mission est de vous aider à prendre conscience que l'impossible est possible, de vous autoriser à rêver, à vous lancer dans vos projets et à vous dépasser, en vous faisant découvrir chaque semaine un parcours aussi authentique qu'inspirant. Mon invité de la semaine est Sélam. Sélam, c'est une jeune femme de 17 ans, sportive de haut niveau, qui est née paraplégique en Éthiopie avant d'être adoptée à l'âge de 5 ans. Aujourd'hui athlète de l'Académie Philippe Croison, elle s'entraîne tous les jours pour repousser ses limites. Ce que je retiens de cet échange, c'est qu'une fois de plus, la discipline paye plus que la motivation. Et qu'il est essentiel de faire en sorte de transformer les galères de la vie en véritable force. Un immense merci à Sélam pour son authenticité et je vous souhaite une excellente écoute. Bienvenue Sélam sur le podcast.
Sélam Salut, ça va ?
Loïc Ouais, super ! Et toi ?
Sélam Bah moi ça va tranquillement, j'aimerais entraîner l'entraînement.
Loïc Super ! Écoute Sélam, je suis très content qu'on puisse faire cet épisode. Déjà parce que moi je t'ai découvert dans un reportage à la télé, je regarde pas souvent la télé, mais voilà, là en l'occurrence c'était une émission de Thalassa. Je vous ai découvert. Voilà, où tu faisais un truc un peu complètement fou avec des collègues nageurs à toi, puisque c'est ce que tu fais de la natation. C'est ça. Donc très content que tu aies répondu aussi rapidement à mon message. Bah merci d'avoir invité surtout. Bah écoute, je t'en prie, avec grand plaisir. Et puis je crois, est-ce que tu peux me confirmer ton âge ?
Sélam Alors j'ai 17 ans, et dans quelques mois, 18 ans.
Loïc Ok, donc tu es officiellement la plus jeune invitée du podcast, donc c'est cool aussi.
Sélam Ah c'est cool ça !
Loïc Ouais ! Donc voilà, très très content que tu sois là. Merci beaucoup pour ton temps entre les entraînements et tout. Ça a été un peu compliqué côté tech à organiser tout ça pour avoir accès à mon wifi, mais vraiment merci. Merci. Donc ce que je te propose, c'est peut-être tout simplement de commencer par le commencement, et de nous expliquer qui est Selam en fait.
Sélam Ok, bah allez. Donc je m'appelle Selam Chapuis, j'ai 17 ans, et je suis née en Ethiopie, dans un orphelinat, et j'ai été adoptée à l'âge de 5 ans et demi. Donc mes parents sont venus me chercher en Ethiopie. Je suis venue en France en 2010, et j'avais 5 ans et demi comme j'ai dit. Et j'ai commencé à nager à partir de 6 ans, juste comme ça en vacances avec mes parents. Et j'ai beaucoup aimé l'eau. Et après, quelques années après, j'ai intégré le club de triathlon à Y-Saint-Jean. Et donc c'est un club de triathlon et qui sont valides pendant d'e-sport. Donc je faisais un peu de tout, mais surtout de la natation. Et vers la fin de l'année de ma deuxième année, j'en avais un peu marre. Parce que pour suivre les entraînements avec les valides et tout, tu comprends, c'est un peu compliqué. J'ai pas la même allure qu'eux, je peux pas faire les mêmes exercices qu'eux, pardon. Donc c'était un peu pénible à la fin. Et donc mon chirurgien, il m'a parlé d'un club en disport natation. Ça m'a beaucoup interpellée. Et ce club, donc, il se trouve à Saint-Etienne. Donc c'est un club en disport natation. Et donc j'ai commencé à faire quelques tests là-bas. Ensuite, j'ai pu avoir ma licence là-bas pour pouvoir nager. Donc j'avais deux séances par semaine, pas plus. Et donc j'ai commencé là-bas. Ensuite, j'ai commencé les compétitions en disport. C'était ma première compétition, c'était à Verdun, les championnats de France jeunes. C'était ma toute première compétition, enfin grosse compétition. Et ça m'avait beaucoup plu. Donc j'ai continué. Et quelques années plus tard, tu as habiché, tu sais, tu avais un pôle France natation au CREVS. Ok. Et du coup, le directeur, il a essayé de me recruter, etc. Pendant un bon moment. Sauf que je voulais pas trop au début, parce que j'étais super jeune. J'avais 12-13 ans, tu vois. Ouais. Donc j'ai refusé au début. Ensuite, j'ai commencé à faire des résultats dans mon club. Et du coup, je commençais à me pencher pour faire un peu plus de natation. Pour avoir plus d'entraînement, plus de résultats, etc. Et pour plus performer. Donc j'ai recontacté le directeur et je lui ai dit que la rentrée prochaine, je serais d'accord pour rentrer à l'académie.
Loïc Et donc là, tu avais quel âge au moment où tu lui as dit que tu étais ok ?
Sélam J'avais 14 ans quand je suis rentrée. J'avais 13 ans à peu près, fin de 13 ans.
Loïc Ouais. C'est super jeune.
Sélam Ah ouais, c'est super jeune, ouais. Et puis, ça m'arrangeait d'y aller parce que à l'ancien collège où j'étais chez moi, ça se passait pas… Je me sentais pas très bien. Donc je me suis dit que c'était l'occasion de changer. Donc j'ai eu l'idée. Et donc j'ai contacté le monsieur. Et ensuite, j'ai fait des tests et j'étais prise. C'était le début de l'académie parce que le Pôle France, il a été décalé à Bordeaux. Et du coup, maintenant, c'est une académie privée qui est au Krebs. D'accord. Et donc voilà. Donc j'ai pu commencer à faire sport-études que je connaissais pas du tout avant. C'est top parce que du coup, je peux nager beaucoup et faire les études en même temps à côté. Tout est emménagé. Donc le lycée, les entraînements, etc. Et voilà. Et au début, ça me plaisait. Et là, ça fait 4 ans que j'y suis. Et là, j'entame ma cinquième année.
Loïc Waouh. Waouh. Ok. Punaise qui est parcours déjà. Non, non, mais écoute, c'est déjà une super, super, super, présentation, super intro. Tu nous expliquais que du coup, tu avais rejoint un club de triathlon où il y avait des valides, des invalides au début, que c'était pas forcément évident de suivre. Est-ce que tu peux peut-être pour celles et ceux qui auraient pas vu ce reportage que moi j'ai vu, nous en dire un tout petit peu plus sur ton handicap, sur ce que toi tu dois gérer ?
Sélam Oui. Alors moi, mon handicap, c'est de naissance. C'est pas un accident, c'est rien du tout, c'est de naissance. Donc je suis paraplégique. Donc en gros, c'est tous les, enfin des orteils jusqu'à la hanche. Je peux pas bouger pour nager, ni marcher, ni trottiner, rien du tout. Donc je suis paraplégique, je sens pas mes jambes. Et aussi, j'ai aussi la colonne qui est un peu touchée. Donc j'ai une scoliose classique, enfin une bonne grosse scoliose, pardon. Et donc t'as une colonne vertébrale normale et moi, en bas de la colonne vertébrale, elle est mal formée. Du coup, ça fait que la paraplégie, bah, rentre dedans et j'ai les hanches un peu fragiles et les jambes, bah, qui bougent pas du tout.
Loïc D'accord. Et donc pour nager, comment est-ce que tu fais, est-ce que t'as, comment est-ce que ça s'appelle ce truc là ? Parce que j'ai fait du triathlon à un moment donné. Le pool boy, non ? Comment est-ce qu'il s'appelle l'espèce de flotteur ?
Sélam Alors, excuse-moi, ouais.
Loïc Tu l'utilises du coup ou t'as appris à nager différemment ?
Sélam Alors au début, au triathlon, j'ai appris à le mettre un petit peu. Mais c'est bien, mais voilà, vu que j'ai commencé à faire les compétitions, en handisport, t'as pas droit au matériel. D'accord. Du coup, il fallait que j'apprenne à nager sans matériel. Mais même là, aujourd'hui, quand on fait, par exemple, à la fin des préparations des championnats de France et tout, la fin des séances, des fois, la coach met des pool boy pour relâcher tes bras et pour que ce soit plus facile.
Loïc D'accord.
Sélam Mais en soi, pool boy, non, t'as pas le droit de nager avec, par exemple, en compète. Ouais.
Loïc Ok.
Sélam Donc voilà.
Loïc Ok, super clair. Alors, si on en revient très rapidement au commencement du commencement, t'expliquais que donc tu es née en Éthiopie. C'est ça. Par curiosité, est-ce que tu as des souvenirs encore ? Parce que 5 ans, c'est quand même super jeune, mais en même temps, à 5 ans, tu avais eu un énorme événement, avec un changement de pays, une adoption.
Sélam Ouais.
Loïc Est-ce que tu as des souvenirs quand même de cette époque ?
Sélam Alors, j'ai… Enfin, moi, à l'orphelinat, comme je l'ai dit dans le reportage, j'ai pas eu une très, très bonne enfance. C'était même assez dur. Donc, j'ai des souvenirs, mais pas des très bons.
Loïc Est-ce que tu as expliqué qu'ils vous… Enfin, ces trucs, c'était assez chaud à entendre. Ils vous nourrissaient pas, c'est ça ?
Sélam C'est ça, en fait. C'était… Bah, moi, j'étais… Bah, déjà, l'handicap, en plus de l'handicap, moi, j'étais souvent malade. Et là-bas, quand t'es malade, on s'occupe pas trop de toi. Enfin, ils ont pas trop le moyen de te guérir, etc., tu vois. Et puis, t'avais beaucoup de maltraitance. Donc, enfin, moi, personnellement, j'en ai eu beaucoup. Ensuite, bah, on était très seul, en fait. Moi, j'étais très… Enfin, j'étais beaucoup toute seule. Je devais faire mon lâche toute seule. Pour manger, je devais me donner à manger, mais tu devais te débrouiller tout seul. Pour te déplacer, là-bas, j'avais pas de fauteuil, donc je devais me traîner par terre toute seule. Donc, tout, toute seule. Ah oui. Donc, non, j'ai pas eu un très, très bon souvenir. Mais le meilleur souvenir que j'ai eu qui bougera pas dans ma tête, c'est quand, du coup, mes parents adoptifs sont venus me chercher à l'arpholina et que mes autres collègues, entre guillemets, bah, ils étaient super contents que je parle, que j'ai trouvé une super bonne famille et tout. C'est le seul souvenir que je me rappelle de très bon.
Loïc Ok. Wow.
Sélam J'en avais un autre aussi, une anecdote que j'ai pas lée dans le reportage. C'est au moment où on prenait l'avion, tu sais, t'as des espèces de tourniquets pour voir si t'as rien sur toi et tout, tu vois ? Oui. Et mes parents, avant d'arriver en Ethiopie, parce qu'ils doivent venir plusieurs fois, tu sais, pour rencontrer l'enfant, pour avoir des informations et tout. Donc, mes parents, ils étaient déjà venus et ils m'avaient offert un album photo et des petits jouets. Parce que là-bas, j'avais pas de jouets, j'avais rien. Et donc, ils m'avaient offert une petite voiture, toute minuscule et tout. Et au moment où on allait prendre l'avion, on passe le truc de tourniquet et j'avais la petite voiture dans ma main. Et donc, lui qui a dû faire à l'intérieur, quand on passait le machin, ça bipait. Ouais. Et donc, le monsieur, il demande si je pouvais marcher, etc. On passe plusieurs fois et tout. Et ça bipait, ça bipait, ça bipait, ça n'arrêtait pas. Et au bout d'un moment, il nous laisse passer. Et donc, du coup, j'étais dans les bras de ma mère. Et à la fin, quand on passe, je lui montre, enfin, j'ouvre ma main et je lui montre que j'avais ma petite voiture. Et c'était la petite voiture, en fait, qui faisait bipé. Ok. J'ai un petit souvenir assez marrant.
Loïc Excellent. Première fois que tu prenais l'avion, j'imagine, à ce moment-là. C'est ça, ouais. Ouais, ok. Et aussi long. Aujourd'hui, est-ce que tu dirais que ces souvenirs que tu as, enfin, ce parcours de vie, enfin déjà, voilà, qui t'a, je pense, bien endurcie déjà très jeune ? Est-ce que tu t'en sers aujourd'hui ? Est-ce que tu t'arrives à le valoriser ? Tu penses que quelque part, ça te donne un avantage sur tes compétiteurs, par exemple ? Sur tes concurrents, pardon ?
Sélam Bah, en soi, enfin, dans la vie de tous les jours surtout, ce qui s'est passé durant mon enfance, ça m'a beaucoup aidée. Parce que quand j'étais plus petite, excuse-moi, il fallait, enfin, de ce que j'ai vécu, il fallait beaucoup de mental, beaucoup de patience. J'avais pas d'entourage, j'avais personne, tu vois. Donc, je, enfin, même le fait que je sois malade et tout, je me souciais beaucoup de choses, etc. Et aujourd'hui, enfin, moi, je suis quelqu'un de très, de très cool, qui voit tout, tout en rose. Et dès qu'il y a quelque chose qui va pas et tout, ou quelqu'un que je vois qui ne va pas et tout, bah, pour une petite connerie, pour moi, c'est, enfin, c'est pas grave, quoi, tu vois ? La pire et tout, et le fait que j'ai vécu ça quand j'étais petite, bah, je pense que maintenant, je vois plus les mauvaises choses ou je vois tout rose, tu vois ?
Loïc Oui, oui.
Sélam Et mentalement, oui, ça m'a forgé parce que, comment dire, par exemple, aux entraînements, quand on fait des grosses séances et tout, il faut du mental et tout, tu vois ? Et pour moi, c'est un peu plus facile parce que c'est pas trop dur, tu vois ce que je veux dire ?
Loïc Oui, oui. Tu as des références qui ont, c'est-à-dire que ton échelle à toi de la difficulté, de la résilience, etc., elle est tellement plus importante que, entre guillemets, juste un entraînement où tu te rentres un peu dedans, forcément, pour essayer de progresser, mais t'as pas la même échelle que des gens qui n'ont pas vécu ce que toi t'as vécu avec l'éthiopie, la maltraitance, etc. C'est ça. C'est super intéressant.
Sélam Même dans la vie de tous les jours, je me dis, il y a des choses qui arrivent, bon, c'est pas grave ou alors je passe à autre chose, tu vois ? Maintenant, aujourd'hui, tout est bien, tout est beau pour moi, tu vois ? Genre, ce qui m'est arrivé plus petite, je me dis, ça va plus m'arriver, voilà, quoi.
Loïc Oui. Oui, c'est un super message. Je trouve que c'est un chouette message aussi, tu vois, pour celles et ceux qui sont un peu dans des galères à un instant T pour quelque part te rappeler qu'il y a toujours une issue possible et que globalement, les choses finissent par passer ou, tu vois, s'améliorer.
Sélam Exactement.
Loïc C'est un beau message pour ça aussi. Très bien. Excellent. Et donc, tu disais qu'une fois que tu as rejoint cette structure, donc tu es au Crêpes à Saint-Etienne, c'est ça ?
Sélam Non, à Vichy.
Loïc À Vichy, pardon.
Sélam Je suis habillée à Saint-Etienne et je suis licenciée là-bas, mais je suis en sport-études à Vichy.
Loïc Ok, depuis… Ok, ok. Et que donc, depuis 4 ans ? C'est ça. Et donc, c'est là où tu as rejoint l'académie, alors tu ne l'as pas précisé, mais c'est l'académie Philippe Croison, si je ne me trompe pas. C'est ça. Oui, donc qui est quand même méga connu. S'il y en a qui nous écoutent qui ne connaissent pas Philippe Croison, c'est un nageur qui est quadri-amputé.
Sélam C'est ça.
Loïc De mémoire, il a été électrocuté, c'est ça ? Oui, oui. Ok, c'est ça. J'étais plus certain. Et donc, après cet accident, il est devenu, entre autres, nageur. Il fait des choses complètement incroyables. Et donc, il a fondé cette académie. Est-ce que tu peux nous expliquer en quelques mots, qu'est-ce que c'est la mission de cette académie ? Est-ce qu'elle est ouverte à tous ? Est-ce que c'est uniquement pour du handisport ? C'est quoi qu'ils veulent accomplir en ayant créé cette structure ?
Sélam Alors, ils accueillent, oui, des personnes en situation de handicap qui veulent progresser dans le sport ou qui aiment le sport et qui veulent concilier le sport-études. Et leur but, c'est de nous emmener le plus haut possible. en nous entraînant matin, midi, soir et nous aider aussi à progresser dans les études. Et puis, voilà, je pense que…
Loïc Ok, très clair, simple et précis. Et donc, toi, dans les études, tu te consacres à quoi en ce moment ?
Sélam Alors là, je vais passer le bac. Et ce qu'il faut savoir, c'est que en étant en sport-études, enfin en étant sportif de haut niveau, nous, on peut doubler nos années d'études, tu vois ? Oui. Donc là, par exemple, moi, je vais passer mon bac en deux ans. Donc, c'est-à-dire que je vais passer quelques matières cette année et le reste des matières l'année prochaine. Du coup, ça fait que ça me laisse beaucoup de temps pour nager et faire les études et nager encore plus l'année prochaine.
Loïc Yes, super. Ouais, ce qui est pas mal, moi, j'avais fait le choix de ne pas être en sport-études quand j'étais sportif de niveau. Ah ouais ? Donc, je l'avais passé, mais bon, je l'avais passé de mon côté. Mais c'est vrai que c'était… Enfin, c'est quand même un énorme avantage quand tu t'entraînes beaucoup, beaucoup, beaucoup. Ouais. Enfin, c'est vraiment cool d'avoir une structure où tout est pensé, en fait, pour cette double vie que tu as, tu vois, ces deux casquettes. Exactement, ouais. Moi, j'étais dans un lycée normal. Je me rappelle, tu vois, arriver, j'avais une prof de français en seconde ou en première, je sais plus, seconde, je crois. C'était l'enfer. Chaque fois que j'arrivais avec une convocation de la fédération de judo, elle râlait, tu vois. C'était une dérâme et un… Ouais, c'est… Blanchard, vous me faites chier avec vos stages, etc. Tu sais, limite, je me sentais mal, quoi. J'avais raté. Je crois que j'avais raté deux mois et demi de cours en tout. Alors que c'est un peu bête parce que c'est juste génial de faire du sport aussi jeune.
Sélam Ouais, ouais, ouais. Oui, puis moi, je me dis que faire le bac en un an avec le sport et tout, c'est impossible.
Loïc Ouais.
Sélam C'est impossible. Ouais.
Loïc Parce que du coup, concrètement, si tu prends une semaine type, s'il y en a, comment elle s'organise pour toi ? Combien de temps est-ce que tu t'entraînes ? C'est quoi tes petits rituels ? À quoi elle ressemble la semaine de Célam ?
Sélam La semaine, carrément.
Loïc Oui, ou une journée, peut-être.
Sélam Une journée. Alors, lever à 5h55, très précise. Wow. Ensuite, on déjeune. Après, on part du crêpe, ça, 6h45. Donc, la piscine, elle n'est pas loin du crêpe, ça, c'est un avantage. Entraînement de 2h. Donc, 7h30 jusqu'à 9h. Ensuite, on a école à partir de 10h jusqu'à 15h. Donc, c'est un emploi du temps ménager.
Loïc OK.
Sélam Ensuite, les lundis, par exemple, les lundis et mercredis, on a une séance de kiné.
Loïc OK.
Sélam Ensuite, on a entraînement. Soit muscu, soit natation, ça dépend des jours. Et ensuite, on a les études au crêpes. Donc, il faut qu'on fasse tous les devoirs, révision, etc. Ensuite, les mercredis, j'ai des soutiens de français.
Loïc D'accord.
Sélam Pour approfondir mes cours, etc. Parce que vu qu'on rate quelques cours au lycée, on rattrape d'autres cours au crêpes. Et ensuite, on mange. Enfin, notre journée, elle finit vers 21h30 ou plus tard. On mange. On fait nos affaires. Et je dors. Et rebelote.
Loïc Wow. Punaise, 21h30, c'est hyper tard. Ouais.
Sélam Pour nous, c'est tôt, 21h30.
Loïc Ouais. Oh là là. Non, mais c'est surtout qu'à la fin de la journée… Déjà, tu vois, quand tu es au lycée, une journée de cours, c'est fatigant. Enfin, moi, mes souvenirs… Je te disais, comme je n'avais pas de structure particulière, je travaillais dans la voiture sur le retour de l'entraînement. Tu vois, mon père conduisait. Puis, j'avais acheté une espèce de lampe que tu branchais sur l'allume-cigare, là, pour lire les… Pour apprendre dans la voiture. Et je me rappelle, on rentrait… Ouais, on devait rentrer, je pense, vers 21h aussi. Mais j'étais, mais complètement défoncé. Et je ne faisais pas ça tous les jours, à l'inverse de toi, tu vois. Ouais, ouais, tu m'étonnes. Mais du coup, franchement, chapeau. Non, merci. Et en plus, le week-end, compétition, j'imagine.
Sélam Ouais, pas tout le temps, mais au moins une fois par mois.
Loïc Ok.
Sélam Ok, ok.
Loïc Waouh. Et est-ce que tu as des choses, des séances particulières, des choses particulières liées à ton handicap ? Est-ce que c'est un paramètre en plus que tu dois gérer ?
Sélam Non, pas du tout. À l'entraînement…
Loïc Pas de kiné ou, tu vois, de choses qui te prennent du temps en plus de tout le reste ?
Sélam Ah non, moi, c'est… Non, non, comme je te dis, c'est comme mon emploi du temps, comme je t'ai dit. Bah, après, tu vois, dans les entraînements, on n'a pas tous le même handicap. Donc, on n'a pas tous les mêmes difficultés, etc. Moi, du coup, je nage avec deux garçons qui ont le même âge que moi, plus une coach. Et on n'a pas… Enfin, les trois, on est paraplégiques, mais t'en as d'autres qui sont un peu plus prononcés que d'autres. T'en as un… Non, t'as les deux qui ont un peu les bras qui sont touchés, etc. Donc, on n'aura pas les mêmes exercices dans les entraînements, tu vois. Mais en soi, on fait exactement pareil. En entraînement, il n'y a pas de… Il n'y a pas de différence, tu vois.
Loïc D'accord, ok.
Sélam Donc, non, non, l'handicap, bon, bah, on est là pour nager. L'handicap, oui, bah, il est là, mais… Ok, quoi, tu vois.
Loïc Ouais, ouais, complètement. Ok, super. Très clair. Et dernière question par rapport à tout ce qui est préparation, entraînement. Puis après, si ça te va, on va partir du côté de Tahiti. Ouais. Est-ce que vous avez déjà… Enfin, déjà, j'allais dire si jeune, mais en même temps, enfin, pas si jeune que ça, 17 ans, enfin, vous êtes déjà depuis un moment dans le haut niveau. Est-ce que vous avez déjà des accompagnements sur tout ce qui est préparation mentale et ce genre de choses ?
Sélam Alors, on a des séances de psychologues au CREPS.
Loïc D'accord.
Sélam Donc, on commence toujours par le début. Et le prépa mental, on n'en a pas encore, mais normalement, on devrait en avoir. On devrait en avoir. Et sinon, on n'a que ça comme accompagnement. Après, tu as aussi tous les mois des rendez-vous chez le médecin, tu vois, pour voir si tout se passe bien. Ouais. Enfin, les trucs basiques. Les rendez-vous diététiques.
Loïc D'accord.
Sélam Et plus les kinés, voilà.
Loïc Ok. Ok. Ouais, donc un vrai suivi, même si… Parce que du coup, tous ces suivis avec tous ces spécialistes, ils font partie de l'académie, ces gens-là ? Ou c'est des gens du CREPS ? Et vous, vous êtes membre de l'académie ?
Sélam Alors, tout ce qui est psychologue, diététique et médecin, c'est au CREPS.
Loïc Ok.
Sélam Et tout ce qui est kiné, c'est à l'extérieur.
Loïc D'accord. Ok. Ok.
Sélam Ce n'est pas très loin du CREPS, mais c'est à l'extérieur.
Loïc Ok. Ça marche. Hyper clair. Très bien. Bah franchement, encore une fois, bravo parce que ça fait… Pour avoir un peu touché du doigt, tu vois, le haut niveau pendant quelques temps au lycée, je sais que c'est hyper… Enfin, ça demande énormément d'investissement en temps, en énergie, mental, tout. Donc, franchement, bravo. C'est très cool.
Sélam Bah après, il faut se dire que… Parce que là, on a l'impression que c'est cool, cool. Au début, la première année que je suis rentrée à l'académie, comme je t'ai dit, bon, j'étais venue ici pour nager, mais pour me faire aussi un peu des copains, tu vois.
Loïc Oui.
Sélam Donc, la première année, c'était un peu plus cool, cool. Je m'en foutais un petit peu. Je suis là pour voir mes copains. Je nageais de temps en temps. Non, mais honnêtement. Et à partir de la deuxième année, c'est là où j'ai commencé à rentrer dedans, où il fallait faire… Voilà, qu'on était là pour le sport et les études, et les copains de temps en temps. Mais voilà. Mais au début, je t'avoue que c'était un peu… Ça va, c'était cool. Mais là, aujourd'hui, tu as des périodes où c'est facile. Enfin, facile, où c'est sympa. Tu as des périodes où c'est difficile. Donc, ce n'est pas non plus comme… Ce n'est pas non plus tout beau, tout rose.
Loïc Oui, oui. Non, ça, c'est clair. Mais c'est pour ça que tu vois, je suis très content qu'on fasse cet épisode parce que tu étais encore assez jeune. Et je pense que c'est aussi important pour les gens qui ne connaissent pas trop l'univers, du haut niveau, du sport de haut niveau en général. En fait, de comprendre… Tu sais, quand tu vois des athlètes qui ont, je ne sais pas, la trentaine, qui décrochent une médaille olympique, tu te dis « waouh, mais c'est génial ». Mais en fait, ce que souvent, les gens ne voient pas…
Sélam Ce qu'il y a derrière.
Loïc C'est que… C'est ça, c'est qu'il y a 15 ans de pratique… C'est ça. Tu vois, j'ai vu… Tiens, c'est marrant, je n'avais même pas fait le lien, mais j'ai vu une vidéo de Michael Phelps ce matin. Oui. Donc, pour rappel, toi, je pense que tu dois le savoir, mais pour les autres peut-être, 23 fois champion olympique, pas médaillé olympique, champion olympique 23 fois le gars, où il expliquait que pendant 5 à 6 ans, il s'entraînait 365 jours par an.
Sélam Ah oui, mais lui, c'est un fou. Franchement, c'est un fou. Tu vois ?
Loïc Quand tu entends ça, c'est un truc de fou. Tous les jours, pas de repos pendant 5 à 6 ans.
Sélam Mais au final, ça paye.
Loïc Oui, oui, mais exactement.
Sélam Mentalement, c'est très, très, très, très dur. Même nous, là, on n'est pas non plus champion olympique, mais pour que ce soit pour les championnats de France ou les autres compét, mentalement, c'est super dur.
Loïc Oui.
Sélam Mais oui, il faut avoir la rage.
Loïc C'est ça. C'est ça. L'objectif, du coup, pour toi, c'est quoi sportivement ? On vient d'évoquer les Jeux, là. Est-ce que c'est en ligne de mire ?
Sélam Alors, là, cette année, c'est les championnats de France, déjà.
Loïc Oui.
Sélam Des crochets de 3 titres. Les Jeux. Alors, pour Paris 2024, il faut savoir qu'en handisport, c'est super compliqué d'être sélectionné parce que tu as des handicaps qui sont moins forts que les nôtres. Enfin, c'est un peu compliqué. Donc, pour moi, ce n'est pas trop mon objectif premier. D'accord. Après, dans ma tête, j'essaie… Enfin, mon objectif, c'est d'essayer les sélections. Tu vois, comme ça, ça me laisse quand même un objectif en tête. Mais sinon, pour mon plus gros projet, ça serait Los Angeles.
Loïc 2028. 2028, oui. Wow. Oh là là.
Sélam Puis, pareil, c'est demain. Donc, je pense que… Oui, c'est ça. Je m'entraîne beaucoup, mais ce n'est pas assez pour être sélectionné pour ces Jeux.
Loïc Oui. Ça, c'est un autre aspect. Oui, oui, complètement. Oui, non, c'est sûr. Mais c'est vrai que souvent dans le sport, j'aime bien demander, mais c'est vrai que dans la plupart des sports, les Jeux, ça reste quand même le Graal. Oui. Mais c'est un autre point intéressant. Tu vois, j'ai fait un épisode avec une jeune escrimeuse de l'équipe de France, alors qu'il est un petit peu plus âgée que toi, mais pas tellement. Et en fait, c'est intéressant aussi de voir le rapport au temps. Tu vois, parce qu'elle, elle disait pareil, qu'en fait, les Jeux 2024, on enregistrait, je pense, il y a six mois. Mais c'est quand même assez récent. Et elle disait qu'en fait, 2024, c'était déjà trop tôt pour elle aussi, tu vois. Donc, elle va tenter, mais comme toi, un peu la même approche, les sélections, etc. Mais que son vrai focus, ça va être les prochains.
Sélam C'est ça.
Loïc Je trouve que c'est intéressant, tu vois, par rapport à ce que tu évoquais un peu plus tôt, le fait que maintenant, tu es plutôt quelqu'un de positif et de patiente. Je trouve que, tu vois, d'entendre ça, d'entendre quelqu'un qui s'entraîne très dur, mais en fait, pour un objectif qui arrivera dans plusieurs années, c'est aussi hyper intéressant.
Sélam Après, il faut savoir aussi dans l'académie, je ne l'ai pas évoqué, c'est qu'on ne fait pas que de la natation en bassin. Donc, c'est ça aussi qui fait que mentalement, c'est un petit peu plus facile. Et eux, ils nous aident aussi à ne pas trop nous gaver de natation. Ils nous font, du coup, des compétitions en eau libre, des activités extérieures, des stages et tout. Tu vois, ce n'est pas toujours la même chose. Bon, on lâche tout le temps, mais ils essayent aussi de trouver des activités extérieures pour ne pas que ça nous gonfle, clairement.
Loïc J'avoue que quand on te propose de partir nager à Tahiti plutôt que dans ton bassin habituel, j'imagine que le boost sur la motivation est quand même pas mal.
Sélam Ah ben là, je peux dire que ce n'est pas la même.
Loïc Comment ça s'est présenté, du coup, avant que tu nous en dises un petit peu plus sur ce défi, mais comment est-ce que tout ça s'est mis en place ?
Sélam Alors, il faut savoir que pendant ma deuxième année à l'académie, Philippe, il voulait souhaiter, je ne sais plus quel âge avait, il voulait souhaiter, je ne sais plus l'âge, mais sa traversée qu'il a fait dans le nord, là. Là, j'ai un trou de mémoire. Cap Griné, Cap Blanc-Neil. La Manche.
Loïc Ah oui, la Manche. OK, OK.
Sélam Il l'avait fait plusieurs fois et là, il voulait faire un anniversaire. Et du coup, ils ont eu la bonne idée, parce que c'est la première fois qu'on a joué en nos livres, de nous emmener et faire la traversée Cap Griné, Cap Blanc-Neil. OK. Donc, voilà, ce n'était pas un petit truc, tu vois. Donc, nous, on avait un peu les chocottes. Donc, on a nagé avec lui. Franchement, en rigolant, mais c'était ma pire traversée.
Loïc Ah oui ?
Sélam Ah oui, c'était horrible. Franchement, l'eau froide et tout, c'était super long. Tu avais des vagues. Franchement, c'était horrible. Donc, on a fait une première traversée comme ça, en 7h15 en tout, il me semble, de nage. Et on le faisait en relais une demi-heure chacun et on nageait, on nageait. Donc, on a commencé l'olive comme ça. Ensuite, on a commencé à faire des toutes petites compètes pas loin de Vichy en lac. Donc, nous, on aimait bien et tout. Et Philippe et Arnaud, c'est son collègue où ils font tous les deux des traversées, des grosses traversées ensemble. Donc, ils ont eu la bonne idée de traverser Tahiti-Mauréa. Alors, il faut savoir que notre entraîneur, à la fin de l'entraînement, il nous dit, oui, les enfants, venez, on doit faire une vidéo. Bon, ben, faire une vidéo, pas de problème, quoi. Donc là, il nous dit, il faut dire ci, il faut dire ça, machin. Merci de nous accompagner pendant notre traversée Tahiti-Mauréa. Bon, ben, au début, moi, je ne tilte pas. Tu vois, je dis ce qu'il dit. Donc, je ne comprenais pas trop et tout. On fait la vidéo. Et à la fin, il nous dit, parce que personne n'avait compris. Donc, à la fin, il nous dit, bon, ben, ça vous fait plaisir. Je lui fais, de quoi ? Je ne comprends pas. Il me fait, ben, on va faire la traversée Tahiti-Mauréa. Au début, je croyais que c'était une blague. Et non, du coup, ce n'était pas une blague. Donc, ils ont eu beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup de préparation derrière parce que c'était super joli. On a traversé et tout, mais il y a eu beaucoup, beaucoup de travail de leur côté. Donc, on est partis 12 jours là-bas. On a nagé avec les nageurs tahitiens.
Loïc Ouais.
Sélam Donc, on a nagé et visité aussi Tahiti. Donc, franchement, c'était une expérience exceptionnelle. Franchement.
Loïc Tu m'étonnes avec un cadre comme ça. Ah ouais. Et le défi, c'était quand même un vrai défi parce que je ne me rappelle plus. Mais il y a combien de distance entre Tahiti et Mauréa ?
Sélam La distance, je ne sais plus trop combien il y avait.
Loïc Vous avez nagé un paquet d'heures, je crois.
Sélam Ouais, on a fait 7h30 en tout de nage. Wow.
Loïc OK.
Sélam Donc, ouais, ouais, c'était… Ça t'a… Tu as pris la journée, quoi.
Loïc Ouais.
Sélam Mais ouais, c'était ouf. Franchement, c'était ouf. En plus, c'était sympa parce que du coup, on a fait quelque chose en groupe. Donc, c'était vraiment solidarité avec les Tahitiens plus nous. Parce que nous, en temps normal, tu sais, la natation, c'est un sport individuel, c'est chacun pour sa tronche. C'est voilà. Alors que là, ce genre de défi, c'est super parce que nous, ça nous… Enfin, ça crée des liens, ça nous rapproche un peu plus et ça enrichit le groupe, quoi.
Loïc Ouais.
Sélam Donc, franchement, c'est top, c'est top.
Loïc Qu'est-ce que tu en as… Attends, j'allais te poser une question déjà sur le après Tahiti, mais en fait, il faut qu'on rentre un peu dans l'état de Tahiti, c'est tellement ouf. Ouais. Du coup, une fois que vous étiez sur place, donc toi, tu avais déjà fait, tu disais, cette traversée qui avait été horrible pour fêter l'anniversaire d'une des traversées de Philippe.
Sélam C'est ça.
Loïc Mais quand tu te prépares pour une traversée aussi longue,
Sélam ouais.
Loïc Comment est-ce que tu ajustes ton entraînement ? Est-ce que là aussi, vous faisiez des relais d'une demi-heure ou vous étiez dans l'eau vraiment plusieurs heures ?
Sélam Alors ouais, non, là aussi, j'ai oublié aussi ça. Les entraînements, pour ça, c'était horrible. Franchement, c'était autant pour le Cap Griné, Cap Blanc-Neil, on ne s'est pas trop entraînés, mais un petit peu. Mais alors là, pour Tahiti, les chances qu'on a bouffées, ah ouais, je te jure, c'était horrible. Franchement, c'était horrible. Vraiment, c'était... En plus, moi, je n'aime pas faire des longueurs sans t'arrêter, sans discuter de temps en temps, c'est chiant. Et là, non, les kilomètres, on en a bouffé. Donc, ouais, plusieurs séances sur du long, du très très très long. Et pour voir à peu près combien, enfin, comment on gérait la longue distance, comment on pouvait faire ça et tout, tu vois, la préparation, quoi. Donc, notre coach, tu vois, elle nous faisait des séances de très long et on s'est préparé comme ça.
Loïc Waouh. Parce que donc là, vous étiez dans l'eau combien de temps à chaque fois pour la traversée ?
Sélam Une demi-heure aussi, chacun.
Loïc Une demi-heure, ok, ouais. Il y en avait,
Sélam ils ont fait un peu plus parce que vu qu'ils fatiguent moins que nous, ils pouvaient faire plus.
Loïc Ok. Oh là là, finesse, incroyable. Ah ouais. Ah ouais. Et du coup, qu'est-ce que ça t'a apporté, tu dirais, cette expérience à Tahiti au-delà du voyage ? Voilà, il fait que c'était quand même, je pense, super cool de vivre ça aussi jeune. Mais t'en as retenu quoi de ce défi ?
Sélam qu'est-ce que j'ai retenu ? Ben, c'est pareil, tous les défis qu'on fait en nos livres, vu que c'est la longue distance, sans s'arrêter, etc. Ben, à chaque fois, en fait, sur ce genre de distance, moi, il y a au moins un moment donné où j'ai envie d'arrêter, j'ai envie d'abandonner parce que ça me saoule, tu vois. C'est chiant. Et au final, je me dis, à chaque fois que je nage, ouais, mais imagine, si tout le monde fait ça, c'est pas cool et tout, tu vois. Et ce genre de défi, en fait, ça me permet de dépasser mes limites, tu vois. Genre, enfin, sur le coup, je me dis, bon, ben, j'abandonne, je suis une fragile, c'est chiant, c'est bon, je dis à la coach. Et au final, je continue, je continue et une fois que ça me, une fois que l'idée est passée, ben, ça passe et, et quand je l'ai fait, ben, je suis super contente parce que je me dis, ben, j'ai pas arrêté et j'ai continué, quoi. Donc, mentalement, ben, ça forge encore un peu plus parce que c'est pas, c'est pas de, enfin, c'est pas des trucs qu'on fait tous les jours, quoi, tu vois.
Loïc Ouais, clairement. Clairement. Ah, c'est un super, super message. Tu vois, ça me fait penser, sur le podcast, j'ai reçu plusieurs fois des anciens, des forces spéciales et, ben, j'aime bien à chaque fois échanger avec ces gens parce qu'ils ont souvent des, tu vois, des phrases qui résument très courtes, impactantes, qui résument un peu la philosophie du podcast et, entre autres, t'as un, mince, qu'on appelle ça, un formateur.
Sélam Ouais.
Loïc Un formateur de, un ancien commande marine qui avait l'habitude de dire, tu vois, que quand t'as abandonné un jour, ben, en fait, tu t'en rappelles toute ta vie. Ouais. et qu'en gros, t'abandonnes toujours, tu vois. Donc, je trouve ça intéressant, ce schéma mental que t'as, de te dire, ben non, j'abandonne pas parce que si tout le monde fait ça, où on va ? Et puis, en fait, c'est intéressant de voir qu'au bout d'un moment, ça passe, cette espèce de réflexion négative.
Sélam Ouais. Et puis, même à ce moment-là, à Tahiti, je me disais, quand je me posais la question, bon, j'arrêtais tout, je me disais, ouais, enfin, dans ma tête, je me disais, oui, dis-toi quand même que tous les encadrants qui nous encadraient, ils ont quand même fait beaucoup de choses pour nous, pour qu'on soit là. Enfin, je repensais à beaucoup de choses pour pas que, pour pas que j'arrête, quoi, tu vois. Ouais. Donc, ouais, mentalement, à chaque fois, moi, je m'étonne moi-même parce que je me dis, il y a toujours un moment donné où je me dis, bon, allez, c'est bon, ça me gonfle, j'arrête tout, je sors. Et après, je redescends un peu de mon nuage et je me pose deux, trois petites questions et c'est reparti. Et une fois que je suis partie, c'est bon, je pense plus à rien, je pense à l'arrivée et puis voilà.
Loïc Ouais. En compétition, t'as quoi comme outil, tu vois, manteau comme ça ? Parce que, je te demande, parce que, bon, là, tu viens nous expliquer que c'est, tu vois, c'est ce qui t'est arrivé notamment à Haïti où t'avais ces pensées où tu te disais, bon, vas-y, j'arrête et puis au final, t'as continué. Mais en fait, la natation, ce qui m'impressionne toujours, c'est qu'un, t'es seul, mais deux, en plus, enfin, tu peux pas communiquer avec ton coach pendant la compétition. T'es dans l'eau, t'entends rien, tu vois rien, tu vois, nous en judo, tu peux voir la réaction de ton coach. Même s'il y a du bruit et que tu l'entends pas, il peut te faire des gestes, tu comprends des choses, t'as le public autour qui peut applaudir, enfin, tu vois, t'as plein d'infos, en fait, de ton environnement.
Sélam Ouais, ouais, ouais, je vois ce que tu veux dire. Mais tu sais qu'en natation, en compète, tu vois quand même ta coach, soit qui crie, soit qui te fait des signes.
Loïc Ah ouais ?
Sélam Ah oui, oui, oui.
Loïc Parce que, mais quand, du coup, quand tu respires à chaque fois que tu sors la tête sur le côté ? Quand on respire,
Sélam ouais, si elle est calée dans un endroit, je sais où elle est. Quand il y a une petite, une petite merde, entre guillemets, ou quand je me sens pas bien, je la regarde, je me dis ce que je dois faire ou pas. Donc, non, non, il y a toujours un...
Loïc Ok. Je la vois.
Sélam T'inquiète pas, je peux pas la louper.
Loïc Ok.
Sélam Et niveau mental, ben en compétition, ben en fait, c'est différent. Parce que, parce qu'en fait, moi, quand j'ai, par exemple, les après-midi pour les finales et tout, j'ai, je sais pas, je suis moins motivée que le matin. Je sais pas pourquoi, il y a un truc que je n'arrive pas trop à débloquer. Enfin, j'arrive petit à petit. C'est que, ouais, les après-midi, quand je fais les finales, j'arrive pas à tout donner, tu vois.
Loïc Ouais.
Sélam Et le seul truc que je me dis, c'est que, ben, c'est que je me suis quand même entraînée toute l'année, je me lève tout le temps super tôt pour aller nager parce que, honnêtement, te lever tôt pour aller dans l'eau et tout, franchement, sur le coup, c'est vraiment chiant, honnêtement. Moi, ça me saoule. Mais une fois que j'y suis, ben, j'y suis. Donc, je me dis que, ouais, si je fais de la merde, ben, c'est chiant parce que, du coup, j'aurais fait tout ce que j'ai fait avant pour rien, enfin, entre guillemets, pour rien et, enfin, il faut que ce soit bénéfique ce que je fais le soir, quoi.
Loïc Ouais.
Sélam Donc, ouais, non, j'ai pas le même mental, mais j'essaie quand même de me... Après, moi, j'ai une super coach, donc, elle, mentalement aussi, elle m'aide, donc, ça fait 50-50. Et l'année dernière, j'avais fait une très belle année en tant que compétition, donc, je pense que cette année, ça vaut le coup aussi.
Loïc Ouais. Yes. Voilà. Excellent. Excellent, excellent, Selam. Qu'est-ce que toi, t'aimerais partager, tu vois, alors, pas forcément des conseils, mais s'il y avait un message, une chose que tu voudrais que les gens retiennent de ton parcours, de cet échange, ce serait quoi ?
Sélam Moi, j'aurais deux messages à faire passer. Alors, la première, c'est la plus importante à mes yeux, c'est que, en fait, dans la vie, enfin, il y a beaucoup de choses qui arrivent et qui sont bien ou mal, mais il faut arrêter de voir la vie tout en noir ou tout en, enfin, je pense qu'ici, on est très bien, on a tout ce qu'il nous faut, on est, enfin, il faut être joyeux tout le temps. Moi, je n'aime pas voir les gens malheureux où il faut être tout le temps joyeux. et l'autre, c'est pour les personnes qui sont en situation de handicap ou même pas forcément, c'est que, ce n'est pas parce que nous sommes en situation de handicap que tu ne peux rien faire du tout, au contraire, il faut que tu apprennes à dépasser tes limites et en dépassant tes limites, je pense que tu apprends aussi à, tu apprends à connaître tes limites, je pense, et voilà, il ne faut jamais se laisser des barrières et quand tu as une idée, il faut aller jusqu'au bout et une fois que tu l'as fait, tu seras très, très, très content.
Loïc Oui, super message.
Sélam Voilà.
Loïc Excellent. Écoute, un grand merci, Selam.
Sélam Merci à toi, c'était super cool, franchement.
Loïc Oui, c'était top. J'ai la peur
Sélam de faire un podcast en plus.
Loïc C'est vrai ? Écoute, trop bien, quel honneur. C'est génial. S'il y a des gens qui veulent en savoir plus, tu vois, te suivre, pourquoi pas même, je ne sais pas, si tu es ouverte à ça, échanger avec toi sur tes entraînements, etc. Le mieux, c'est quoi ? C'est Instagram ?
Sélam Oui, Instagram où je suis plus actif et je réponds très, très vite.
Loïc Ok, ça marche. Donc, je mettrai ça en description de l'épisode.
Sélam C'est parfait.
Loïc Écoute, merci encore. Bon entraînement du coup, cet après-midi puisque j'imagine
Sélam que tu es retournée. Il y a d'abord la sieste avant. J'ai le temps. Ok,
Loïc bon, c'est important, c'est important. Ah bah oui. Est-ce que tu as des écouteurs qui vont dans l'eau ou pas toi ?
Sélam J'en avais à une époque, ouais, mais je ne les utilise plus.
Loïc Ok, bon, sinon j'allais te dire quand je t'enverrai l'épisode, tu pourras l'écouter à l'entraînement. Ah non,
Sélam je ne pourrai pas, mais je l'écouterai quand je rentre les week-ends chez moi.
Loïc Parfait, excellent. En la voiture.
Sélam Je t'en aurai le temps, t'inquiète pas, je n'oublierai pas.
Loïc Yes. Merci beaucoup, Célam. Bah, merci à toi. Merci, j'espère la prochaine. Salut, merci. Sous-titres par Juanfrance
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