Éric L'aventure, elle est là, elle est au pas de ta porte. Tout est possible. Sauf qu'à moment, il faut y aller. Il n'y a pas de plus tard. Tu y vas ? Allez, bam, c'est parti. On y va, c'est parti. Et si tu comprends que c'est tout de suite ou jamais et que tout est à ta portée, alors, ma foi, le sport, c'est extraordinaire. La vie sans sport, c'est difficile quand même, je pense.
Loïc Hello, hello, c'est Loïc Blanchard, le créateur et host du podcast indépendant Les Frappés. Je suis un ancien sportif de haut niveau, aujourd'hui reconverti en sportif aventureux, mais aussi entrepreneur, coach et préparateur mental certifié. Passionné d'outdoor et de défis en tout genre, j'ai voulu créer une communauté autour des valeurs de résilience, de dépassement de soi et de détermination, en vous offrant chaque semaine des conversations inspirantes avec des invités incroyables issus d'univers très variés. J'ai reçu aussi bien des athlètes olympiques que des entrepreneurs à succès, des aventurières professionnels ou encore des anciens des forces spéciales. Leur point commun, la passion pour leur projet et l'audace de se lancer. Alors fonçons ensemble découvrir mon invité de la semaine. Excellente écoute à vous les frappés. Donc là, ça enregistre. Tu m'entends toujours correctement ? Ouais, c'est bon, parfait. Génial, bon, moi aussi. Est-ce que tu as des questions avant qu'on se lance ?
Éric Non, pas particulièrement. Non, non. Je maîtrise le... Non, non, je pense que ça devrait...
Loïc Ouais, t'es habitué.
Éric Enfin, habitué peut-être pas, mais en tout cas, non, non, ça va. T'as l'air, j'ai fait, oui.
Loïc De toute façon, je te dis que...
Éric Tu pars sur quoi ? Tu pars sur une heure ?
Loïc J'ai pas vraiment de chrono. D'accord. Toi, t'en es un, mais... Non, non, non. Non, écoute, pour moi, on verra. Tant qu'il y a des choses intéressantes à se raconter, je n'ai pas de chrono. D'accord. Juste pour te dire ce que j'avais en tête, le classique, si tu écoutes le podcast, je pense que je t'inviterai à te présenter. Et puis après, on échangera par rapport un peu à ton parcours et peut-être qu'on pourra faire un zoom sur certaines épreuves qui, toi, t'ont marquées.
Éric D'accord.
Loïc Peut-être la RAF, ton UTMB, qui est quand même, tu vois, première fois qu'un cycliste pro se lance sur l'ITMB. Donc, voilà, peut-être des expériences comme ça où on pourrait faire des zooms. D'accord. Et puis voilà, en gardant en tête les trois thématiques, résilience, détermination, dépassement de soi. Mais bon, ça, tu connais très bien. Oui, d'accord, pas de problème. Ça marche ?
Éric Pas de problème, ça marche, oui.
Loïc Trop bien. Eh bien, écoute, tu me dis quand tu es prêt. Attends, je mets mon téléphone dans mon avion. Tu me dis quand tu es prêt, que tu es bien installé, que tu as ton verre d'eau et puis on y va à fond. Je suis prêt. Tu es prêt. bienvenue Eric sur le podcast bonjour Eric, bonjour à tous je suis ravi qu'on ait enfin réussi à caler cet enregistrement on se le disait là en off, ça doit faire quasiment un an je pense que on a eu des messages, des allers-retours des tentatives pour fixer des dates qui n'ont pas été fructueuses etc donc là ça y est on y arrive enfin je suis trop content que tu puisses être là avec nous aujourd'hui
Éric c'est gentil ouais
Loïc pour nous partager ton parcours qui est quand même assez incroyable et puis qu'on échange un peu autour de ces thématiques que tu connais très bien puisque tu écoutes le podcast résilience, détermination, dépassement de soi mais ce que je te propose c'est peut-être tout simplement de commencer par nous expliquer qui est Eric
Éric je suis donc Eric Leblaché j'aurai 44 ans le 21 mars prochain j'ai été coureur cycliste professionnel durant 6 années après avoir été cycliste de haut niveau, j'ai participé au championnat du monde à Plouet en 2000 en catégorie espoir et donc je suis passé professionnel dans une équipe world tour, j'y suis resté 6 ans au total entre le Crédit Agricole et la Française des Jeux devenu depuis Groupama FDJ et puis j'ai volontairement arrêté ma carrière cycliste professionnel alors qu'on me proposait deux années de contrat et on doublait mon salaire. Pourquoi j'ai arrêté ? Parce que j'avais envie de donner un nouveau sens à ma vie. Il me semblait qu'une vie bien épanouie, j'ai toujours la conviction qu'une vie épanouie et réussie est une vie où on arrive à cocher toutes les cases et non pas où on creuse une seule case au plus loin qu'on peut. Donc, je m'étais dit qu'à l'aube de mon dernier jour, avoir été pro 5, 7, 9, 11 ou 13 ans, ça s'appelle avoir été pro, tout simplement. La DIF, c'est certainement une question financière, mais ce n'était pas mon cheminement, le moment présent en tout cas. Donc, j'ai déchiré mon contrat, en quelque sorte, quand Marc Madiot m'a proposé. Et puis, j'ai donc trouvé un emploi en lien avec le sport, toujours. Et puis, j'ai continué le sport parce qu'il n'était bien entendu pas question de parler de fin de carrière. je me suis lancé dans la course à pied dans le vélo toujours mais plutôt dans l'ultra j'ai vite fait les 24 heures du Mans vélo j'ai vite fait les 24 heures du Castelet vélo beaucoup de longues distances j'avais établi un record sur 24 heures monté de l'Alpe d'Oes pardon j'avais continué un peu les épreuves avec un dossard et puis je me suis rendu compte que de moins en moins ça me correspondait j'étais plus porté sur l'aventure l'aventure c'est un terme un peu vague au final chacun a défini ses propres barrières concernant une aventure, mais moi en tout cas je trouvais que c'était aventureux ce que je faisais, donc j'ai aimé me lancer sur des terrains aventureux et en course à pied pareil, et 15 ans plus tard, puisque ceci s'est passé début 2007, la fin de ma carrière professionnelle, j'ai eu aucun regret, j'ai quitté le milieu sans fâcherie, j'ai toujours gardé de très bons rapports avec des coureurs cyclistes, et avec des directeurs sportifs, avec des dirigeants, donc j'ai été ensuite consultant sur Canal Plus Sport, et sur Sport Plus à l'époque. Et voilà, donc maintenant, qu'est-ce que je fais ? Eh bien, je suis mi-cycliste, mi-coeur à pied, mais j'aime toujours dire que je suis un cycliste qui pratique la course à pied, et je ne serai jamais un coureur à pied, parce que ce n'est pas moi en fait, moi c'est sur un vélo en fait. Je rigole souvent parce que ma femme, Steph, me dit que quand je mets mon cuissard et mon maillot, c'est mon plus beau costume. Voilà, il me dit souvent ça. Mais c'est vrai que c'est un peu mon plus beau costume parce que je suis bien, je suis à l'aise. Mon vélo, c'est mon truc. Donc, la course à pied, beaucoup de courses à pied, beaucoup de vélo encore. Et puis, un métier maintenant, deux enfants. Et puis, beaucoup de projets, beaucoup d'envie. Et puis, un angle de vue concernant la vie qui s'est un peu élargi au fil des expériences, au fil aussi de ce que la vie vous offre, de bon et de moins bon. Et voilà, j'essaie de profiter de chaque jour, parce que hier, je repensais, je me disais, hier, j'avais 40 ans, et 21 mars, j'en ai 44. Mais en fait, il s'est passé 4 ans, c'est juste fou. Je me projette, je me dis 44 et 4, 48 et 4, 52, c'est fou en fait, la vitesse du truc. C'est fou. En fait, il n'y a pas le temps, si tu veux, tu vois ce que je veux dire ? Il n'y a pas le temps, il n'y a pas le temps, des fois on me dit mais toi tu te fous de tout ouais parce qu'en fait j'ai pas le temps si tu veux, j'ai pas le temps de m'attacher, on me dit aussi tu te fâches pas ça t'énerve pas ça si mais on a pas le temps en fait pour ça, on a pas le temps pour les conflits on a pas le temps de se fâcher on a pas le temps de faire la gueule et tout quoi c'est du temps de perdu honnêtement c'est parce qu'à chaque fois quand tu fais la gueule avec quelqu'un à chaque fois, ça se rabidoche. Tu es d'accord avec moi ? À chaque fois, ça se remet plus ou moins. Et tu te dis, en fait, on a perdu une semaine. On s'est fait chier pour rien. Donc, j'essaie de développer du mieux que je peux cette carte-là du pardon, de la résilience, comme tu dis, de faire d'une difficulté une force. Quand il m'arrive un problème, d'abord, je l'encaisse. Et après, je lui dis, écoute, comment tu peux faire en sorte que ça devienne un plus, que ce soit du positif ? Donc, j'essaie de transformer ça. Chaque problème, j'essaie qu'à un moment, ça puisse être plutôt un avantage, une forte. Pas facile ? 100%.
Loïc Oui, c'est clair, pas facile, mais 100% d'accord avec toi. Et je crois que c'est… Enfin, je ne crois pas, je sais que c'est Mike Horn qui disait ça, qui utilise cette petite image qui parle beaucoup. La vie, c'est 30 000 jours à vivre en moyenne. Donc, c'est clair que quand tu fais le bilan et que tu as passé une semaine, tu vois rien faire dans le canap ou que tu repousses année après année des projets qui te font rêver tu dis bon là il y a 300 et quelques jours de moins sur le calendrier donc qu'est-ce que je fais pour les prochains j'adore en tout cas cette approche super punaise quel parcours peut-être qu'on peut commencer par le cyclisme, moi je serais curieux de savoir c'est un univers que je connais pas du tout alors bon comme tu le sais je connais un peu Arnaud j'ai déjà eu quelques invités de l'univers du cyclisme sur le podcast Arnaud, Steven récemment Marjorie qui a aussi fait la RAF que tu avais peut-être croisé mais je serais curieux de savoir d'un point de vue pro déjà comment ça s'est fait parce que moi j'ai une certaine perception croyance autour de l'univers du cyclisme comme quelque chose de très très dur avec énormément de concurrence donc comment est-ce que tu en es arrivé à devenir pro et ensuite à quoi est-ce que ton quotidien ressemblait pendant ces 7 années que tu as passé d'abord au sein de l'équipe Crédit et Créole, puis FDJ ?
Éric Eh bien, je suis arrivé au vélo par l'intermédiaire de mon papa qui faisait du vélo, donc ça a été une source d'inspiration. Et donc, j'ai toujours essayé de faire ça un peu sérieusement. Je n'étais pas le plus fort, mais je pense que j'avais un peu le mental. J'essayais vraiment de développer mes capacités, en fait. Je n'avais pas un gros moteur, mais j'essayais de l'optimiser. et donc j'ai cheminé un peu avec cette conviction que j'allais pouvoir évoluer à haut niveau et puis je me suis retrouvé dans l'élite du cyclisme français amateur et je suis passé professionnel au Crédit Agricole après les championnats du monde que j'avais bien réussi parce que j'avais fait plus de la mi-course échappée il y en était 4 échappées c'était en France ça reste un super souvenir parce que les acclamations étaient un énorme souvenir pour moi et puis j'avais gagné 15 jours avant avec le mode équipe de France. Et donc, ça reste un grand souvenir.
Loïc Et donc, j'ai eu un peu de temps. Et tu as quel âge ?
Éric Là, j'avais 22 ans. Voilà. Donc, je suis passé pro après au Crédit Agricole Espoir. Là, j'ai gagné assez rapidement une course en Belgique. Je te la raconte, c'est là, parce qu'elle vaut quand même un peu son plus en dehors. Donc, moi, je pèse 65 kg, 1,84 m. Donc, je ne suis pas du tout taillé pour les courses en Belgique. Et le directeur sportif me dit, écoute, toute l'équipe va là-bas, il faut aller là-bas. OK. je vais là-bas, je me retrouve au départ de la course Bruxelles-Opouic, une course avec des pavés semi-classiques, que des belges, que des flautes à fond classiques et tout je me dis qu'est-ce que je fais là mais bon, je vois qu'il n'y a pas de vent quand même donc la course se fait, on est sur les pavés etc, je suis dans les derniers, je ne suis pas trop motivé entre guillemets je déconne un peu à l'oreillette avec les copains et tout, et à chaque fois il y a des chutes à chaque fois je ne suis pas dans les chutes donc je suis toujours vivant et puis pas de vent, donc ça ne casse pas Donc, je suis toujours vivant. Et puis, il reste 50 km. Et entre deux secteurs pavés, il y a un petit ralentissement. Et donc, moi, je suis à l'arrière. Et donc, j'arrive de l'arrière lancé dans une cuvette. Et je ne sais pas pourquoi, j'attaque. Voilà. Mais mon attaque, c'est la bonne échappée. On se retrouve à 8 devant. Et là, ça change tout, en fait. Parce qu'on se trouve à 8 devant. Donc, les pavés, c'est beaucoup plus simple. Ça change tout. On arrive au dernier kilomètre. On est toujours 8. Je suis toujours vivant. et là je rattaque, c'est ma deuxième attaque de la journée et là les gars me regardent il n'y a personne qui va et je gagne la course la photo d'arrivée elle illustre ma joie et aussi ma plus grande surprise parce que cette course là je la refais 99 fois le premier secteur pavé il est fatal et donc j'ai gagné une course en Belgique, ça veut dire quoi ? ça veut dire qu'en fait c'est quand même toujours possible c'est toujours possible, la preuve je suis l'illustration que c'est possible. J'ai gagné une course en Belgique alors que j'en ris encore. Et d'ailleurs, avec le directeur sportif, on en rit souvent parce qu'il me dit si toi, tu as gagné Bruxelles au Pouillic, alors moi, je peux gagner le Tour de France. C'est un petit peu ça. Donc, j'ai gagné Bruxelles au Pouillic. Ça a été un joli petit tournant dans ma carrière. Après, j'ai fait quatre ans au Crédéricole. Et en 2005, je n'ai pas été conservé par l'équipe Crédéricole. Il y a eu des choix un peu stratégiques. l'équipe se tournait vers des recrues qui venaient avec un petit staff et avec des équipiers, donc à partir de là il fallait faire un peu de place dans l'équipe et puis on a pris un peu les forces par niveau décroissant je dirais et moi j'avais eu deux fractures de clavicule dans l'année et donc je n'avais pas eu énormément de résultats, mais quand même j'avais fait deux, une étape autour d'Autriche, j'avais quand même pas mal de résultats, malgré tout je trouvais mais en fait ces deux fractures de clavicule là m'ont été très préjudiciables et puis à un moment il y a des choix politico-sportifs qui se font et donc j'ai sauté c'était un coup dur pour moi et c'était vraiment mal engagé parce que j'avais pas trop trop de contacts j'en avais un mais l'équipe finalement n'est pas partie, enfin c'était une nouvelle équipe ça devait se faire et puis ça s'est pas fait mais jusqu'à la fin de l'année j'ai continué à faire mon travail jusqu'au bout, jusqu'au bout, on avait Thor Huchoff le norvégien qui était leader de la coupe de France et donc on a fait la course Paris-Bourges c'était la finale de la Coupe de France et j'ai travaillé toute la journée pour lui donc au devant du peloton j'ai travaillé toute la journée pour lui et là la course était diffusée sur Canal Plus et apparemment le commentateur il a plusieurs fois dit c'est quand même dommage qu'un gars comme Eric Lebaché il n'est toujours pas d'équipe on voyait le travail qu'il abat etc et le lendemain ou le surlendemain le surlendemain je reçois un coup de téléphone assez tard le soir, je vais être 21h30 par là, de Marc Madiot, qui me dit, tu cherches toujours une équipe ? Donc déjà, très impressionné quand même, il me dit, tu cherches toujours une équipe ? Je lui dis oui. Il me dit, écoute, tu viens demain, tu signes. Alors, ça veut dire quoi encore une fois, Loïc ? Tu vois, ça veut dire que ce n'est pas perdu. Ce n'est pas perdu parce que je signe mon contrat fin octobre, alors que c'est vraiment mal engagé. Alors, j'aurais pu bouder, j'aurais pu boudiner, dire, j'abandonne toute la fin, toutes les autres cours, je n'y crois plus, tout le monde, c'est des cons, de toute façon, voilà. J'ai continué à faire mon travail en me disant, au pire, ça me fera des souvenirs, j'aurais fait un joli Paris-Bourg, et puis tout, il sera content. Et j'ai signé, et là, ça a été, bam, à nouveau, tournant dans ma carrière, un peu le coup de bol, quoi. Tu as le coup de bol où il est dans, je l'ai provoqué, mais en tout cas, je pense qu'on était plusieurs sur le carreau à cette époque-là, mais moi, ça s'est bien goupillé pour moi. Et j'avais dit à Roger Leger, le manager du Crédit Agricole, j'espère un jour pouvoir te donner tort par rapport à ça, par rapport au fait de m'avoir un peu mis sur la touche puis voilà ça s'est arrêté là et j'ai gagné une course début février, donc quelques mois après et là je t'en livre une autre anecdote parce qu'une semaine avant une semaine avant je vais à des vœux et il y a le speaker parce que c'était des vœux sportifs d'un monde sportif local et qui dit donc on accueille Eric Le Blachet dans la salle, et Eric Le Bâché, j'espère qu'il va gagner bientôt une course. Et il y en a un qui dit tout fort dans la salle, oui, il va gagner une course le 32 janvier. L'air de dire, jamais il ne va en gagner une. J'ai gagné le 2 février, il ne s'est pas trompé de beaucoup. Je lui ai envoyé un message, parce qu'à l'époque, on n'avait pas de mail, je lui ai envoyé un message le lendemain ou le surondemain en lui disant, écoute, tu vois, Jacqui, tu ne t'es pas trompé de beaucoup. J'ai gagné le 2 février, et tu m'avais dit que j'allais gagner le 32 janvier. Voilà, ça a été ma petite revanche, et donc j'ai gagné une étape de l'étoile de Bessège en solitaire avec plus de deux minutes d'avance. Je m'échappe à 50 km de l'arrivée. Dans l'oreillette, Marc Maggio dit, parce qu'il ne voit pas qui est échappé, enfin, il ne voit pas qui attaque. Il dit, je ne sais pas si c'est quelqu'un de la Française des Jeux qui est en train d'attaquer, mais surtout, vous n'attaquez pas. Surtout pas, vous n'attaquez pas, c'est bien trop loin. Je ne sais pas si c'est un de vous, parce qu'on était deux échappés dans le groupe, deux de l'équipe dans le groupe. Il dit, surtout, vous n'attaquez pas. et là qu'est-ce que j'ai fait ? J'ai retiré mon oreillette parce que j'avais cette intuition là j'avais cette intuition que c'était maintenant et je me suis dit au pire des cas, s'il m'engueule à l'arrivée je dirais écoute Marc, l'oreillette elle fonctionnait pas je suis désolé, j'ai pas entendu en bas de la descente donc j'attaque dans un col et en bas de la descente j'ai 20 mètres d'avance sur Sylvain Chavanel pas plus, je vois ses yeux mais je me retourne pas, toujours pas je continue, je continue et je gagne avec plus de 2 minutes d'avance parce que j'ai toujours cru ouais c'était une belle victoire J'ai toujours cru. Et tu vois, encore une fois, ça veut dire que ce n'est pas perdu. Ce n'était pas perdu. Un, et deux, il y a ton intuition, ton truc. Toi, tu n'y crois pas. Moi, je crois que c'est possible. Moi, j'y crois. Et donc, je suis allé au bout. J'ai gagné cette épreuve-là. J'ai fait une très belle année. Malheureusement, je me suis cassé le scaphoïde fin juin. Je n'ai pas pu faire le Tour de France. J'étais premier remplaçant. Ça a été une déception sur le coup. Mais après, le Tour de France, je n'ai jamais considéré que c'était forcément la plus grande course du monde. Je trouve qu'elle est l'alienne. elle fait un peu de mal au cyclisme, cette épreuve-là, tellement elle est grande, tellement elle étouffe. Donc, j'ai fait un autre programme à la place, tout s'est très bien passé, j'ai fait une belle vuelta aussi, en étant beaucoup à l'attaque, en faisant un classement final parmi les 30 meilleurs. Et puis là, la Française des Jeux me propose ce contrat-là, j'ai réfléchi, et donc ma femme forcément était décideuse parce qu'elle avait une réflexion un peu, elle était un peu en recul sur la situation donc elle avait un angle de vue, un angle de vie qui m'intéressait aussi et donc j'ai fait ce choix là et je ne regrette pas comme je t'ai dit 15 ans plus tard ça c'était la partie pro et puis après je me suis très vite lancé dans le cyclisme amateur avec succès même si j'ai eu un accident en 2008 qui a été un tournant dans ma vie un accident sportif
Loïc Ok on en parlera très certainement un tout petit peu plus tard mais peut-être sur la partie cette partie une fois que tu as été pro comment est-ce que ça se passe ? en fait je te dis pourquoi je te pose la question parce que j'ai cette croyance je pense que l'univers du cyclisme c'est un univers qui est particulièrement ingrat en fait c'est-à-dire qu'on connait peut-être quelques noms de quelques personnes sans être pratiquant celui que je connais c'est voilà Sagan tu vois par exemple qui gagne un certain nombre d'épreuves mais je ne sais pas combien il y en a de centaines derrière lui qui ont peut-être en termes de performance qui sont à 99% de ce que Sagan peut faire mais dont on n'entend jamais parler parce qu'il y a un gagnant sur des centaines de participants donc je serais curieux de savoir tu vois quelle ambiance est-ce qu'il y a dans ces équipes pro est-ce que ça ressemble plutôt à une famille est-ce que c'est un espèce de tu vois de de de de terrain miné parce qu'il faut faire super gaffe à comment est-ce que tu t'alignes, sur quelles courses, comment est-ce que tu vas t'interagir avec le personnel, avec le staff. Je serais un peu que de savoir à quoi ça ressemble la vie de cycliste pro.
Éric Alors, oui, le cycliste pro, il a beaucoup évolué ces dernières années. La notion de famille, elle est quand même moins présente et le cyclisme est devenu très international. et vous avez une équipe comme Israel Startup Nation, par exemple, l'équipe de Chris Froome, où vous avez 16 nationalités représentées au sein de l'équipe. Donc, tout ça, c'est très professionnalisé. Et puis, contrairement au football, vous n'habitez pas tous à proximité les uns des autres. Paris Saint-Germain, ils habitent quand même pas tous loin. tous proches de Paris. Nous, ce n'est pas le cas. Les avions font leur travail et donc, il y en a qui habitent en Espagne, sur Monaco, il y en a qui habitent un peu partout. Donc, en fait, on n'a pas souvent l'occasion de se retrouver tous ensemble. Donc, ça veut dire que c'est quand même assez impersonnel et chacun a des tâches bien définies au sein de l'équipe. Vous avez quand même des leaders, vous avez ensuite les tâches du dessous avec des concurrents, des coureurs capables d'évoluer sur des terrains bien précis, capables de remporter des épreuves dites plus mineures, en tout cas, des Coupes de France, des étapes, et après vous avez les équipiers. Mais dans une équipe, je prends l'exemple de l'équipe Groupama FDJ, où ils doivent être une trentaine en 2022, je dirais que vous avez à l'intérieur de cette équipe-là 7, 8 coureurs maximum qui sont payés pour gagner des courses. Vous avez 22 autres coureurs dont le métier, je dirais, est de ne pas gagner de course. Pourquoi je te dis ça ? Parce qu'un équipier, s'il attaque, il fait une erreur. Il ne doit pas attaquer. Mais s'il n'attaque pas, il ne va pas gagner de course. Mais en fait, son métier, c'est de ne pas gagner des courses. C'est de permettre à un tel ou un tel éventuellement d'en gagner ou bien de l'aider à évoluer le mieux possible au sein du peloton, au sein de l'épreuve, au sein de la course par étape mais son métier c'est pas de gagner des courses ça veut dire qu'en fait quand vous basculez quand tu bascules dans le rang professionnel c'est une autre approche du cyclisme que tu dois avoir à l'esprit c'est une autre approche, tes résultats la qualité du travail que tu rends n'est pas forcément équivalente au palmarès que tu auras à la fin de ta carrière, on te demande pas forcément d'avoir un palmarès en fait. Je tenais, je ne sais pas, Michael Delage, 17 ans de carrière au sein de la Française des Jeux. Il n'a jamais été payé pour gagner des courses. On ne lui a pas demandé d'en gagner. Et pourtant, il a fait 17 ans. Donc, je veux dire, c'est quelqu'un qui a donné entière satisfaction à l'équipe. Mais son métier, ce n'était pas de gagner des épreuves. Donc, ça veut dire que c'est une ambiance de travail. C'est un job en fait. C'est souvent ce que je dis. Tu as des coureurs qui sont très bons en roi amateurs et chez les pros, ils n'arrivent pas à performer. Ils n'arrivent pas à bien faire leur travail. Parce que c'est un job après. Ce n'est pas ta passion. Bien sûr, il faut être passionné parce que pour moi, c'est compliqué. Mais c'est un métier en fait. C'est la différence entre ton sport et ton métier. C'est qu'il faut évoluer avec les avions, les transports, les briefings, les comptes rendus d'entraînement qu'il faut envoyer très régulièrement avec le logiciel Adams qui doit te permettre d'être localisable tous les jours en cas de contrôle anti-dopage. Donc ça, il faut le renseigner tous les jours. Il faut que tu renseignes où tu vas. Tous les jours, tu as une plage horaire. En fait, tu dois déclarer une plage horaire où éventuellement, les inspecteurs peuvent venir te contrôler. Tu dois pouvoir dire… Tous les jours. Tous les jours, tu dois pouvoir assurer les inspecteurs d'un lieu où ils peuvent te trouver. Tous les jours. Donc, ce soir, je sais qu'entre 19h et 20h, je serai chez moi. Après, le reste, il ne te demande pas quand même tout le temps. Mais au moins, entre 19 et 20, tu peux dire, si vous voulez venir, entre 19 et 20, je vous promets, je serai là. Pourquoi je dis je vous promets ? Parce que si tu n'y es pas, c'est un constat de carence. C'est-à-dire, c'est un no-show. C'est-à-dire, on s'est présenté, vous n'étiez pas là, un avertissement. Au bout de trois avertissements, ça peut être deux ans de suspension. Donc, on ne rigole pas avec ça. Donc, tu peux changer, toujours jusqu'à la veille, tu peux changer. Mais tu ne peux pas changer un quart d'heure avant. C'est-à-dire, finalement, on va partir un peu plus tôt, je vais changer. Non, ça, c'est trop tard. C'est la veille pour le lendemain. Donc, c'est quand même toute une organisation. C'est un job, en fait. C'est un métier. Donc, ce qui fait que l'ambiance allait un peu, pour venir à ta question, ce n'est plus une ambiance de sport, forcément, mais c'est une ambiance de passionné, mais de passionné qui effectue un métier. Moi, je m'y sentais très bien. J'ai évolué dans des équipes où tout se passait bien, où l'onore c'était très bonne avec des gens, avec des directeurs sportifs qui étaient intellectuels mais qui étaient intelligents, ce qui parfois n'est pas compatible. Mais eux, en tout cas, ils étaient intellectuels et intelligents. Et donc voilà, moi j'ai de très très bons souvenirs de mes années pro. Un, si c'était à refaire, j'arrêterais toujours au bout de six ans, comme j'ai fait, mais je revivrais tout et peut-être encore avec plus d'intensité. Donc voilà, le cyclisme pro, pour celui qui veut, qui a les moyens d'essayer d'être course-cliste professionnel, bien sûr, il faut aller au bout, mais il faut savoir qu'il y a très, très peu de, comment tu as fait ça, combien, très, très peu d'élus à la fin, et que parfois, c'est le coup de pouce du destin qui fait que tu passes, ce n'est pas forcément le meilleur qui passe pro, c'est parfois un coup de pouce du destin et parfois, on décède des qualités en toi. J'avais des qualités un peu de puncher, des qualités d'attaquant, on a décelé ça en moi alors que je n'étais pas le meilleur amateur français quand je suis passé pro, mais j'ai réussi. Le cyclisme pro, c'est quand même un super sport. Je pense que pour moi, c'est le plus beau sport pour s'ouvrir à la vie. En tout cas, je pense encore plus que la course à vie.
Loïc Ça me fait une super transition sur ma question suivante. Puisque finalement, quand tu es devenu pro à 22 ans, c'est quand même encore relativement jeune en termes d'expérience non seulement sportive, mais aussi de vie tout simplement. Moi, je serais curieux de savoir, tu vois, ces six années, en quoi est-ce qu'elles t'ont fait grandir ? En quoi est-ce que tu es ressorti différent de ces six années pro ?
Éric J'ai d'abord appris l'humilité encore plus parce que les résultats, ils viennent moins souvent quand on est professionnel et j'ai expliqué pourquoi. J'ai aussi appris à vivre en communauté, encore plus, parce que là, tu fais chambre avec un Norvégien, et puis après, tu fais chambre avec un Suédois, et puis après, c'est un Australien. J'ai appris à charabier de l'anglais, de l'allemand. J'ai appris un peu à me débrouiller en langue étrangère. et puis j'ai grandi parce que ça m'a certainement ouvert l'esprit sur ce que je voulais vraiment faire dans la vie en fait. C'est-à-dire que parfois, on était au départ de... Je vous donne un exemple, on était à Milan-San Remo, au départ de Milan-San Remo, et il m'arrivait de regarder à travers les vitres du bus et de voir un petit chemin qui partait sur le côté avant le départ et des gens qui marchaient dans ce chemin-là. Et je me disais, j'aimerais bien être à leur place. Tiens, j'aimerais bien marcher là comme ça. Ça doit être sympa de marcher comme ça, samedi matin au soleil, dans le chemin. Et après, je me disais, Eric, franchement, le départ de l'Union Serevo, c'est génial. Et après, je me disais, ouais, mais en fait, j'aimerais bien courir là, dans ce chemin-là. Ça doit être sympa. Donc, j'avais l'impression parfois d'être un peu en décalage par rapport à mes autres équipiers, en fait. de ne pas rêver d'une vie faite d'autant de strass et de paillettes que, en fait. Moi, le simple me convenait souvent. Je me réjouissais plutôt que de me contenter, comme je dis souvent. Et donc, je ne sais pas si je rêvais de faire des sacrifices de dingue pour devenir un grand champion professionnel. Peut-être qu'il aurait fallu, par exemple, déménager sur la Côte d'Azur pour trouver des terrains d'entraînement et trouver des conditions climatiques qui soient plus opportunes que sur la région parisienne, vers Reims, par où j'habite. Mais en fait, je n'avais pas forcément envie de faire un peu comme tout le monde. Je n'avais pas envie de forcément tout casser, casser toute ma vie pour des années professionnelles, de séquence professionnelle. Donc, ça m'a beaucoup appris ça aussi. ça m'a permis peut-être de savoir ce que je voulais, ce que je ne voulais pas. Et à 28 ans, du coup, quand j'ai arrêté d'être un professionnel, il n'était pas trop tard pour pouvoir faire vraiment une deuxième vie. Ouvrir d'autres cases.
Loïc Excellent. Alors, ces autres cases, tu nous le disais, ça a été assez rapidement le trail. Enfin, en tout cas, la course à pied sous toutes ses formes, puisque je crois que tu ne fais pas du tout que des trails. Tu as aussi fait pas mal d'épreuves sur route. Oui. et le cyclisme amateur jusqu'à l'ultra récemment. Est-ce qu'au moment où tu as arrêté, c'était très clair pour toi que c'était dans ce type de discipline que tu avais envie d'évoluer en amateur ? Ou est-ce que ça a été une construction qui est venue petit à petit au fil des expériences ?
Éric Oui, la course à pied, je trouvais que c'était un joli terrain d'expression. L'hiver, je pratiquais un peu la course à pied quand j'étais professionnel. Et puis, j'avais participé à une course locale et puis ça m'avait plu. Et puis après, ça s'est fait un peu de fil en aiguille. J'ai participé un peu à des épreuves locales. Je trouvais ça sympa. Et puis, j'ai participé à un trial. Et là, le côté nature, ça m'a vraiment beaucoup plu. Parce qu'en fait, c'est une autre vision que le cyclisme. Le cyclisme permet d'aller loin, mais on reste quand même toujours sur du bitume alors que la course à pied m'emmène à des endroits où je ne peux pas aller, en fait un cycliste ne peut pas aller où moi je vais à pied alors que le contraire, on peut toujours courir sur la route alors qu'un cycliste, il ne pourra pas aller sur cet chemin du coup c'est un joli complément je trouvais que c'était très sympa et donc j'ai mis un peu de temps quand même, j'ai un peu galéré pour devenir un vrai coureur à pied si tant est que j'en soins mais pour percer dans la course à pied parce que j'avais quand même beaucoup de traumatisme. Je trouvais que c'était très traumatisant. Le lendemain, je descendais les escaliers à l'envers. Vraiment, j'avais mal. J'avais des courbatures. Et donc, je m'étais dit, si c'est vraiment tout le temps ça, ce sera vraiment compliqué. Et en fait, je me suis aperçu que le corps, il s'est habitué. Le corps, il s'habitue à tout. Donc, il s'est habitué à la course à pied. Et puis maintenant, je n'ai pas plus de douleur qu'un vrai courant à pied. Et au début, j'avais un petit peu galéré. Ça m'avait un peu découragé, mais je me disais quand même je continuerais pas non plus comme ça très très longtemps si à chaque fois c'est difficile donc la course à pied elle est venue par l'envie de découvrir d'autres choses et puis par l'envie aussi de faire d'autres rencontres et puis de me lancer d'autres défis c'est toujours ce côté là, c'est le côté cap ou pas cap un peu voilà, c'est le côté cap ou pas cap moi c'est toujours ça, tu sais quand je m'inscris à des épreuves je regarde toujours la plus longue distance toujours toujours toujours. Et bien souvent, je m'inscris sur la plus longue distance. Parce que je me dis, si tu as 20, 40, et 200, par exemple, 20, je sais faire. 40, je sais faire. 100, par exemple, 100, c'est compliqué, mais je sais faire. 200 kilomètres, ça, je ne sais pas faire. J'y vais. C'est toujours comme ça. C'est toujours ça, ma réflexion. Je suis inscrit fin août, je suis inscrit à la Swiss Peak Strike. Je ne sais pas si tu connais.
Loïc Oh, punaise.
Éric c'est ça qui est complètement stupide parce que ma famille me dit pourquoi tu n'as pas pris une distance plus courte tu as compris sur laquelle je me suis inscrit il y a 20, 60 160 et puis je regarde 360 kilomètres je me dis c'est dingue ça je ne sais pas faire ça moi une heure après j'étais inscrit 360 jamais fait ça mais je me dis voilà ce qu'il faut faire C'est ça qu'il faut faire. Il faut que je fasse 360. Tu crois que je ne suis pas cap ? Je vais essayer. Je vais faire 360. Et donc, c'est souvent ça qui m'a porté, qui m'a donné envie d'aller plus loin, de découvrir des choses. Tout ce qui me paraît inaccessible, l'inconnu m'attire un peu. C'est le côté « je me demande comment c'est possible de faire ça », ça m'attire. Je crois que l'inconnu m'attire dans la vie en général d'ailleurs.
Loïc C'est super intéressant parce que spontanément, j'aurais peut-être dit que quand tu étais dans l'univers du cyclisme pro, l'inconnu et l'aventure, tu me dis si je me trompe, mais tu n'en avais pas vraiment, voire pas du tout, parce que tout est décidé par la direction sportive, par ton équipe. Et puis, encore une fois, sur les épreuves, tu as un circuit, tu as une stratégie que tu dois suivre. Là, j'ai l'impression qu'en fait, tu t'es un peu libéré, t'explores, tu passais sur des disciplines qui sont beaucoup moins encadrées.
Éric Oui, c'est vrai que l'aventure va souvent de pair avec un sentiment de liberté quand même. Et tu ne pars pas à l'aventure lorsque tu fais une course de vélo sur un circuit ou lorsque tu es encore plus cycliste professionnel, mais lorsque tu pratiques le sport cycliste sur route, sur un parcours bien défini, on n'appelle pas ça un terrain aventureux quand même. Donc oui, sans doute qu'à un moment, c'est c'est quelque chose qui m'a attiré et que j'ai creusé. C'est vrai, c'est très juste. À mon avis, ça se tient, ce que tu dis là. Je pense que l'aventure et la liberté vont de pair. Et une fois qu'on y goûte, c'est compliqué après quand même. On est d'accord, c'est compliqué de faire machine inverse parce qu'il y a des émotions personnelles, il y a une introspection, il y a un enrichissement de soi. et puis il y a la pression de vivre un truc de vivre un truc à soi c'est un peu égoïste en fait de vivre pour soi et ça après on a du mal à s'en défaire c'est pas une drogue mais en tout cas c'est très addictif très addictif
Loïc complètement alors tu nous parlais là on vient d'évoquer en termes de motivation ou ce qui te faisait vibrer, ce qui a changé entre l'univers du cyclisme un peu plus cadré et ce que tu fais aujourd'hui mais je serais quand même curieux de savoir ce que t'as emmené avec toi du cyclisme pro notamment en termes de mindset puisque tu disais que c'est là dessus que t'as essayé de faire la différence toi que physiquement, physiologiquement t'avais peut-être pas les meilleurs perfs avant de devenir pro mais que c'est sans doute cet état d'esprit qui a fait que t'as été sélectionné à un moment donné comment est-ce que tu l'as transféré cet état d'esprit ou certains aspects de cet état d'esprit dans ta pratique de ultra biking ou de la course
Éric apprendre à ne pas lâcher et puis apprendre apprendre à se dire que rien n'est jamais terminé tant qu'on n'a pas franchi la ligne en fait, dans un sens comme dans l'autre ça je tiens ça de mes années professionnelles aussi ou de mes années à haut niveau cyclisme et puis après je dirais aussi l'entraînement l'acharnement à l'entraînement parce qu'il n'y a quand même pas de secret il n'y a pas de mystère c'est quand même à l'entraînement que se jouent les réussites pas forcément les succès bien sûr mais les réussites et ça on oublie parfois c'est un petit peu ce qu'on constate c'est que maintenant les gens ils rêvent tous de faire l'UTMB de faire le marathon de Paris mais après il faut s'en donner les moyens et s'en donner les moyens c'est quoi c'est pas forcément acheter la paire de chaussures à 250 balles. Ce n'est pas ça, sans donner les moyens. Sans donner les moyens, c'est à un moment partir à l'entraînement, coucher, écrire les choses. Moi, j'aime bien écrire, écrire une colonne plus, une colonne moins, et puis sans donner les moyens. Sans donner les moyens même en termes de planification parce que parfois, on dit dans nos vies, je n'ai pas le temps. Non, il y a je n'ai pas le temps et je ne prends pas le temps. Parce qu'on prend le temps d'être sur les réseaux sociaux une demi-heure le matin, et puis une demi-heure le midi et puis une demi-heure le soir. Peut-être que ces demi-heures-là peuvent te permettre de faire 6 kilomètres, même si tu pars à 22 heures. Pourquoi pas de faire 6 kilomètres à pied ? Si tu fais ça tous les jours, on fait 42 kilomètres dans ta semaine quand même. Donc, ça m'a appris ça aussi. Ça m'a appris à… pas forcément bien à m'entraîner, mais à être quand même un passionné de l'entraînement et à réfléchir toujours à lier les choses, à essayer de construire un peu des plans d'entraînement. essayer que ça tienne debout et c'est sans doute ce qui me permet d'enchaîner des épreuves parce que j'enchaîne quand même pas mal d'épreuves je passe du vélo de la course à pied je reviens en vélo, je passe du 10 km au semi du semi je vais sur un ultra-trail et ça je le tiens peut-être aussi du fait que j'essaie que mon entraînement tienne un peu la route je peux me tromper, parfois je me gaufre mais en tout cas l'entraînement il est essentiel et à un moment il ne faut pas oublier que la réussite elle passe d'abord par l'entraînement et après par la paire de chaussures à 250 euros pas le contraire excellent
Loïc alors justement en termes d'entraînement comment est-ce que tu prépares une épreuve j'aime bien toujours poser cette question parce que l'ultra long franchement me fascine et m'impressionne énormément quand tu t'alignes sur une épreuve comme la RAF parce que je ne sais plus si tu l'as déjà précisé mais tu as déjà pris le départ de la race à Cross France ou des épreuves comme des épreuves en solitaire comme les 24 heures du Castelet ou la Swiss Peak Trail par exemple sachant que toi tu les enchaînes ces épreuves avec chacune à ses caractéristiques vraiment propres, comment est-ce que tu fais pour gérer un planning d'entraînement en prenant en compte chacune de ces courses et escalades uniques et en faisant en sorte du coup d'être prêt justement à les enchaîner
Éric attends tac euh vas-y je suis désolé mais du coup ça a sonné c'est encore un mec qui vient te démarcher pour te vendre des matelas ou des je sais pas voilà voilà parfait comment je fais pour enchaîner les épreuves c'est ça que tu me dis
Loïc en fait pour te pour gérer la préparation puisqu'on parlait d'entraînement d'accord sachant que ces épreuves elles sont toutes très différentes et elles ont peut-être des caractéristiques tu vois uniques comme la Swiss Peak Trail où il y a énormément de dénivelé comment tu fais pour adapter ton entraînement, pour à la fois avoir le foncier et avoir la spécificité pour chacune de ces épreuves ?
Éric Alors, la régularité dans l'entraînement, elle est primordiale pour moi. Donc, je m'entraîne très régulièrement. Ça, oui. Après, j'essaie d'intégrer toujours de l'intensité parce que dans l'ultra et dans le très long, on a trop souvent tendance à parler que de foncier. On estime qu'il faut avoir du foncier, que c'est une épreuve d'endurance. Mais pas forcément parce que lorsque sur l'UTMB, vous montez le col du Grand Ferret, par exemple, tu es parti pour deux heures et tu es parti pour deux heures ou si tu as les capacités à faire monter un peu ton cœur, tu t'apercevras que tu monteras beaucoup plus vite quand même. Et ce n'est pas forcément une épreuve que d'endurance en fait. Si tu as la capacité à faire monter un peu le cœur sur des montées, tu vas être en capacité d'accélérer. Donc moi, je travaille aussi l'intensité, je travaille le foncier et j'essaie de ne pas négliger la récupération. Je m'aperçois que la récupération, elle est aussi à deux étages, la récupération dans nos vies et dans nos vies actives, parce qu'on n'est plus professionnel, on n'est plus payé pour le faire. Tu as la récupération physique, celle, bien sûr, qui te permet d'avoir de l'énergie, de récupérer musculairement d'un point de vue cardiaque, mais tu as aussi la récupération mentale, et ça, c'est important. C'est que ces épreuves-là, tu consommes, tu bouffes énormément d'énergie mentale. C'est même destructeur. Parfois, je dis que c'est même destructeur parce qu'il faut tellement être concentré que tu es vidé mentalement. Et parfois, si tu enchaînes trop ces épreuves-là, tu n'as plus l'énergie en fait, tu n'as plus la niaque, tu n'as plus l'envie. Et puis, ça se ressent aussi sur ta vie de tous les jours parce qu'encore une fois, on a tous un métier derrière, on a tous une famille, on a tous des occupations autres. et donc ces jours-là en off sont très importants aussi pour recharger les batteries d'un point de vue mental, c'est pour ça que je ne suis pas non plus toujours un acharné au niveau temps de sommeil par exemple, au niveau diététique parce que j'estime que c'est important aussi de pouvoir être comme le coma des mortels, de pouvoir être une personne lambda parfois afin de mieux repartir après et d'être disponibles en termes d'énergie mentale. Je pense que ça, dans l'ultra et dans l'aventure, c'est prépondérant. La disponibilité mentale, elle est prépondérante. Si tu la perds, si tu perds ce sens du discernement parfois, si tu perds cette énergie, cette disponibilité mentale, c'est compliqué. Même si tu as la force, même si tu es en forme, si tu n'es pas dedans, ça ne va pas le faire. Et donc, moi, j'essaie de faire en sorte de toujours garder cette disponibilité mentale-là pour pouvoir passer. Oui, c'est vrai que je passe assez facilement du vélo à la course à pied et puis j'intègre beaucoup de vélo dans mes préparations. Je ne suis pas lassé. Je ne suis pas quelqu'un qui va pendant une semaine faire que de la course à pied, par exemple. Dans ça, je ne fais pas. Il y a du vélo. Il y a de la marche aussi. Je marche beaucoup. Tu vois, avant-hier, j'étais marcher 25 kilomètres, par exemple. Ah oui ? Oui, je marche parce que tu sais, je m'aperçois déjà dans l'Ultra, il faut quand même un peu se regarder dans une glace. On ne court pas tout le temps quand même. On ne marche pas mal quand même. Sur un UTMB, on n'est pas tous qui ont une journée. Donc, on ne marche pas mal. Ça veut dire que savoir marcher, savoir marcher vite, c'est important dans l'outra. Et puis, je découvre des choses, des sensations, des odeurs, des bruits que je n'ai pas quand je fais du vélo et que je n'ai pas quand je cours. Donc, voilà. Je m'enrichis beaucoup de ça. Puis, il y a un côté un peu solitaire dans la marche. je pense que les on disait les aventureux sont comme ci comme ça mais je pense que les aventureux sont un peu solitaires aussi de nature on aime la solitude en fait on aime la solitude, on aime la nuit aussi ça c'est des caractéristiques qu'on retrouve chez tous les aventureux on a ce feeling là avec la solitude en tout cas et donc j'aime construire mes entraînements de telle façon que je suis toujours en capacité de vivre ces moments là à fond excellent
Loïc alors tu nous parlais tu nous parlais tu vois de fraîcheur mentale quelque part moi quand je vois ton palmarès et que je vois par exemple Race Across France que t'as fini en 6 jours c'est ça 6 jours, 6 heures, 24 minutes 53 secondes c'est précis en 2020 en terminant avec une superbe 6ème place franchement la première question qui me vient c'est comment tu fais pour garder de la fraîcheur mentale je te parle même pas de la fraîcheur physique sur six jours d'épreuve. Et si tu pouvais peut-être nous raconter un peu cette raf, au passage, ça serait génial.
Éric Donc, la Rêve Seu Cross France, c'est une épreuve d'ultra longue distance cycliste de cette année 2650 km. Donc, je vais parler plutôt de cette année. Cette année, l'épreuve part du Touquet, dans le Nord-Pas-de-Calais, pour arriver à Mont-de-Lieu. Donc, c'est une épreuve ultra longue distance et en autonomie totale. C'est-à-dire que vous devez faire avec ce que vous emportez sur vous, à part l'alimentation, où là, vous pouvez, bien sûr, vous arrêter des boulangeries, des choses comme ça, des boulangeries, supermarchés, etc. Mais tout le reste, vous devez être autonome. Donc, c'est une épreuve. Vous pouvez aussi faire du vélo jour et nuit. Enfin, vous faites comme vous voulez, en fait. Il n'y a pas plus libre que la race cross France. Vous avez une trace, trace GPX, et après, premier arrivé à Mont-de-Lieu. Vous avez 10 jours pour y arriver, ce qui représente une moyenne de 260 kilomètres à effectuer par jour. Donc, on parlait de disponibilité mentale. Voilà une épreuve où il en faut beaucoup, de disponibilité mentale. Et donc, j'ai terminé cinquième ou sixième, je ne sais même plus d'ailleurs. Je crois que je fais sixième. Sixième de l'arrêt SoCross France 2020. Et au terme d'une aventure, c'est extraordinaire parce qu'il vous arrive des tas de choses sur six jours, sur 2600 kilomètres, des problèmes mécaniques, des problèmes physiques, puis vous avez faim, puis vous êtes irrité, puis vous avez mal aux fesses parce que je n'ai pas échappé. Pourtant, j'ai quand même les fesses qui sont habituées à être reposées sur une selle. Mais le corps, il n'est pas fait pour ça, en fait. Le corps, il n'est pas fait pour ça. Donc, j'ai vécu une épreuve superbe. Je me suis découvert, voilà, à dormir n'importe où. En fait, c'est vivre de rien. Et ça nous correspond et ça me correspond bien, en fait. Je suis parti avec un vélo chargé, une sacoche, et puis je suis monté, parce que le parcours était dans l'autre sens, et puis je suis monté au touquet. Je suis parti de Mont-de-Lieu avec mon vélo, ma trace. Et j'ai trouvé ça génial, le principe minimaliste de vivre de rien. Cette épreuve-là, ça a été un peu un coup de foudre, hormis le fait aussi de rencontrer des gens, de voir des paysages, de traverser des départements. C'est une des plus grandes épreuves d'ultra-longue distance en France, et même en Europe. Et donc, en 2021, j'y suis retourné avec l'ambition de bien faire, mais je me suis cette fois trompé. J'ai échoué, je suis tombé malade et puis j'étais fatigué. Et donc, j'ai abandonné après 1200 kilomètres de course et cette année, j'y retourne en espérant revoir l'arrivée et boucler cette épreuve-là qui est un peu magique pour moi. Alors voilà, du coup, tu t'aperçois que dans la même année, je fais la Swiss Peaks Trail et la race-cross-franc, normalement, ça ne colle pas trop.
Loïc C'est à la même période en plus, non ?
Éric Oui, il y a deux mois d'écart. Oh, Fidel. Donc, il ne faudra pas se tromper dans la préparation. Mais j'adore ça. J'ai vraiment hâte de vivre ça, de vivre ces instants-là, ces émotions-là, de les partager aussi parce que j'aime partager ce que je fais, d'inspirer si tant est que ça inspire au moins une personne et c'est moi en fait c'est là que je m'aperçois que c'est moi ce côté ouais ces émotions et ce dépassement de soi qu'on vit dans les aventures comme ça c'est sans nul autre pareil quoi donc oui je refais la race cross France qui est une épreuve vraiment vraiment superbe et j'espère cette fois aller au bout, départ le 18 juin en fin de journée du Touquet et premier arrivé à Mont-de-Lieu entre 5 et 7 jours plus tard
Loïc Ah punaise, en plus vous allez plus vous descendez, plus les températures vont être chaudes, non seulement avec la géographie mais en plus l'été qui
Éric approche Oui c'est ça, ce sera aussi une autre gestion et puis l'avantage c'est que les journées sont longues donc du coup on pourra quand même davantage pédaler à la lumière du jour mais après les nuits il faut les gérer en ultra longue distance les nuits c'est quand même c'est tout à fait particulier de se retrouver à faire du vélo à 3h du matin c'est à part encore une fois ça vous forge ça vous forge un mental et ça vous fait prendre conscience que vous êtes d'une autre planète un peu d'une autre planète que les autres parce que lorsque tu rentres au bureau le lundi comment tu racontes ça en fait ? Comment tu expliques ça ? Quand on te dit, ça va, ça a été la Rése aux Croces France ? Tu dis, ouais, ouais, ça a été, c'était super. Parce que c'est tout en fait, c'est tout. Et je me surprends parfois à dire, tu ne parles pas beaucoup, mais tu veux que je parle comment ? Comment veux-tu que je raconte ça ? Je commence par quoi en fait ? Là, on en parle, parce que je sais que les auditeurs sont des habitants de notre planète, et je sais que tu es un habitant de ma planète. Mais lorsque je vais me retrouver au bureau, même parfois avec des gens de ma famille. Comment je fais pour raconter ça ? Je ne peux pas raconter ça. Donc, en fait, on garde ça pour soi. C'est là qu'on se dit qu'on est des privilégiés, en vérité. On est des privilégiés de la vie, de vivre des choses comme ça. C'est tellement à part qu'on n'est même pas en capacité de les raconter. Puis, il n'y a pas de caméra et puis, il n'y a rien. Donc, c'est à nous, que à nous. Ça, c'est beau, en fait. C'est ça, l'aventure. Et l'aventure, elle est apportée de tout le monde, à chacun son Everest. Moi, j'ai un copain, il est presque jamais monté sur un vélo et puis là il se lance dans le vélo donc il part de rien et puis il va faire un 150 km un 200 km, c'est son aventure en fait à chacun son défi, l'aventure elle est apportée de tout le monde, il n'y a pas de j'ai jamais le niveau, on ne te demande pas de faire Swiss Peak Strike 360 l'aventure ça peut être, moi ma femme elle a fait une course à pied une fois ça faisait 10 km, c'est une vraie aventure pour elle mais bien sûr, et il n'y avait pas de sourire à avoir par rapport à ça, c'était son aventure l'aventure est à porter tout le monde mais il faut faire il faut à un moment se lancer il faut sortir des sentiers battus il faut partir, il faut s'inspirer il faut imaginer il faut se lancer parce que tu vois, 40 ans hier 44 ans aujourd'hui et un jour c'est trop tard c'est comme ça, parce que c'est la vie qui veut ça tous les jours c'est trop tard pour tout tous les jours si tu regardes bien là en fin de matinée, il est déjà trop tard pour prendre un petit déjeuner. C'est trop tard. Toute la journée, tu ne fais que refermer des portes. Refermer, refermer, refermer des portes. Donc, il n'y a pas le temps pour réfléchir et pour dire on fera ça plus tard. Plus tard, ça veut dire quoi plus tard ? C'est bien souvent tout de suite ou jamais.
Loïc Oui, c'est ça.
Éric C'est pour ça que je me suis lancé sur la Swiss Peak Trail, sur la race cross-fonds, sur des tas d'épreuves où bien souvent, je n'ai pas la prépa et je n'ai pas du tout la clé quand je me lance. je découvre au fur et à mesure une fois que je suis inscrit, je me dis bon maintenant il faut imaginer la chose et quand je m'inscris, bien souvent je ne sais pas faire je ne m'inscris pas si je sais faire c'est comme ce que je dis tout à l'heure je ne sais pas faire, donc je m'inscris donc je vais réfléchir à comment je peux faire, voilà, c'est une démarche qui est inversée en fait
Loïc je la comprends tellement ça m'a beaucoup fait sourire quand tu parlais des planètes et du fait que c'est compliqué parfois d'expliquer ce que tu ressens ou ce que tu as vécu pour des personnes qui ne bannent pas du tout dans cet univers tu vois moi je l'ai vécu à moindre échelle que toi mais quand j'étais en haut niveau en judo c'est un peu pareil tu vois alors à l'époque je ne travaillais pas encore mais quand je rentrais quand j'arrivais au lycée ou quoi que j'avais le front complètement râpé parce que je m'étais éclaté par terre sur le tatami, un doigt cassé un de plus tu vois je me suis cassé toutes les phalanges des deux mains sauf les pouces et que tu as quelqu'un qui te demande bon ta compète c'était comment et que tu reviens dans le championnat de France le seul truc que tu peux dire c'est bah ouais ouais c'était cool parce que c'est indescriptible ce que tu as pu vivre et puis les gens, même si tu peux décrire l'événement les gens ne voient pas en fait les 8 mois de préparation que tu t'es bouffé avant donc c'est hyper compliqué parce que même si tu te dis c'était intense comment tu veux qu'ils comprennent les sacrifices que tu as dû mettre en place pendant 8 mois en tout cas cette histoire de planète ça me parle à 100% et c'est aussi ça que j'adore avec ce podcast c'est de rencontrer des gens comme toi comme toi, comme Arnaud que tu connais qui qui vivent des choses comme ça aussi intenses dans le monde du sport, de l'aventure parce qu'au final je trouve que c'est ça qui est hyper inspirant, ça fait se sentir un peu moins seul parce qu'on se dit ah bah ouais en fait galérer pendant des mois pour prendre le départ d'une épreuve, bah je suis pas le seul à le faire gérer les blessures on en a pas encore parlé mais j'ai l'impression que t'en as quand même enchaîné pas mal donc ça c'est aussi autre chose tu vois tant que t'as pas vécu d'événements compliqué d'un point de vue gestion de la blessure par exemple difficile d'imaginer les impacts sur ta vie en tout cas tout ce que tu me dis ça me parle 100% y compris le fait de s'inscrire sur des épreuves que tu ne maîtrises pas tout de suite ou qui font un peu peur à force de discuter avec des invités il y a l'équipe du RAID du Triathlex le club de Triathlon Dex que j'avais eu sur le podcast qui m'a envoyé un message il y a quelques temps avec un autre invité, Vivian, qui m'a dit il y a un 70 km en avril, ça te dit. La dernière fois que j'ai fait un 70 km, c'était à Saint-Élion en 2016 ou 2017 peut-être. Depuis, plus rien. Et en 10 secondes, c'était fait. Je dis, allez, c'est parti.
Éric Bien sûr. Et puis, surtout pas se dire je ne sais pas, on verra ça plus tard. Mais plus tard, c'est quoi plus tard ? C'est quand plus tard ? Plus tard, ça n'a pas de sens. tu peux, va, va, va et même si tu échoues à qui tu dois quelque chose ? tu dois rien et je parlais, c'est moi qui abordais d'habitants de la planète, mais bien sûr et ton podcast, comme les podcasts autres qu'on peut trouver sur la toile, servent aussi à ça et moi ça me rassure beaucoup ça parce que parfois je me sens en décalage on est tous parfois en décalage, quand on est aventureux on est en décalage de vie on est en décalage par rapport à nos besoins parce qu'on apprend à vivre de pas grand chose, à nous réjouir de pas grand chose, à nous extasier devant pas grand chose et on apprend parfois à ne pas avoir les mêmes combats. En fait, ton combat n'est pas mon combat. Et je me rends compte, sur des repas par exemple, je peux avoir des repas, les sujets de conversation ne sont pas mes combats. en fait, tu vois. Je suis en décalage, quoi. C'est pas que je m'en fous. Je m'en fous pas de l'actualité et tout ça. Bien sûr que je m'en fous pas, mais... Ça te fait pas vibrer. Non, non. Et puis, j'ai pas le temps de m'acharner à des tas de choses. Enfin, voilà, quoi. Non, la vie, c'est pas ça, quoi. La vie, c'est pas ça. La vie, il faut... Il faut y aller, il faut partir à l'aventure, il faut repousser ses limites, et puis il faut s'inventer des émotions. Enfin, les émotions et le frisson qu'on ressent dans son corps, mais personne ne ressent ça s'il ne se lance pas dans l'aventure. Personne, personne. C'est des émotions, l'émotion de la victoire, de sa victoire, parce que la victoire, ce n'est pas forcément le classement. Moi, je dis toujours, le classement, c'est qu'une donnée. C'est une donnée statistique, en vérité. C'est juste ça, c'est parce qu'il faut classer les gens par ordre qui franchissent la ligne d'arrivée. Mais c'est tout. Tu peux être huitième de la course et avoir fait un truc génial. Et tu peux avoir fait deux et être super déçu en vérité. Et donc, te dire, garder des mauvais souvenirs de ta place de deux. Et l'autre, il fait huitième, il va garder des super souvenirs. C'est une donnée. C'est une donnée à prendre en compte. Ça permet d'y hiérarchiser. Ça permet d'établir un ordre. Un ordre d'arrivée. Mais c'est tout. C'est pour ça que parfois, ce n'est pas parce que tu n'es pas bien positionné que c'est un problème. et c'est pas parce que tu n'es pas fort que c'est un problème. Encore une fois, des fois, tu as des nanas qui ne se lancent pas sur des épreuves en disant non, mais je suis nul, je n'arriverai pas, je suis toujours dans les derniers. Et donc, dans les derniers, mais ça, c'est la donnée classement, tu me parles là. Mais ça, c'est une donnée, c'est un indicateur. Est-ce que tu souris ? Est-ce que tu prends plaisir ? Est-ce que tu as l'impression d'être fier de toi ? Voilà, c'est ça. Est-ce que tu t'es dépassé ? Voilà, c'est ça. Après le classement, le classement, ben regarde pas le classement. moi j'ai fait l'UTMB en 2017 et en 2020 T1 l'année dernière, je connais même pas mon classement, je m'en rappelle même pas je sais même pas, je connais même pas mon temps je saurais même pas te le dire, parce qu'en fait c'est un truc que j'ai pas intégré dans mon esprit, parce que c'était pas un critère de réussite en fait le critère de réussite c'était l'arche d'arrivée c'était de revoir Chamonix et le classement je m'en fichais donc je sais même pas et puis on me le dirait que ça me ferait ni chaud ni froid, je ne serais pas capable de me dire « Ah, c'est pas mal » ou « Ah, c'est pas terrible » ou « Ah, j'ai fait mieux qu'il y a trois ans ». Je ne sais pas, ça n'a pas de sens en fait. Moi, ce n'était pas un critère de réussite en fait. Et il faut se fixer ces critères-là en fait. Quand tu te lances dans l'ultra, dans l'aventure, il faut te fixer des critères de réussite. Il faut que tu saches ton pourquoi. Pourquoi je suis là ? Pourquoi je fais ça ? Et ce que je veux atteindre ? Et si tu n'as pas fixé ça, tu n'y arriveras pas. Tu peux te fixer. Le critère, ça peut être parce que je veux une revanche sur la vie, parce que j'ai perdu du poids et maintenant je veux valider, parce que je veux impressionner ma famille, parce que je veux... Pas de problème, fais. Mais tu dois savoir pourquoi. On ne part pas sur un truc comme ça, aussi difficile, en se disant Inch'Allah, on verra bien, et puis... Non, non, non. Parce qu'à maman, ça lâche, c'est trop dur et c'est trop beau pour ne pas y mettre son cœur. Et lorsque tu as ton pourquoi, quand le réveil sonne à 5h du matin pour aller t'entraîner, même pas, il sonne deux fois en vérité. parce que tu sais ton pourquoi. Moi, comme mon réveil sonne, je sais pourquoi il sonne. Je me lève, je suis content que j'y vais. Mais si tu ne sais pas pourquoi, tu appuies. Et puis voilà, le réveil, il ne ressemblera pas et tu ne vas pas t'entraîner. Tu as des gens aussi qui disent « ça fait 15 jours que je ne fous rien, je ne m'entraîne pas » parce que tu n'as pas ton pourquoi. Tu ne sais pas pourquoi. Si tu ne sais pas pourquoi, moi, si je ne sais pas pourquoi, je pense que je ne m'entraîne pas. Voilà, surtout là, il fait 2 degrés chez moi. En ce moment, il fait gris. dire que tu prends plaisir à faire du vélo à 5h le matin par moins 3 degrés de nuit tu vois ce que je veux dire ? c'est subjectif quand même faut pas me la jouer à l'envers mais quand tu as ton pourquoi alors tu y vas et ça c'est important de savoir son pourquoi son pourquoi il est dans tout même quelqu'un qui veut perdre du poids un régime, ton pourquoi pourquoi tu veux perdre du poids ? tu sais pourquoi, tu y vas et après ça découle c'est facile en fait et qui décide du pourquoi, c'est toi et toi c'est quoi ? c'est ton mental on en revient toujours à ce truc là ton mental, ton mental, ton mental c'est ça, c'est ton mental complètement
Loïc on en parlait récemment avec un autre invité qui est coach qui est un ancien de l'équipe de l'équipe nationale en kayak de Grande-Bretagne qui aujourd'hui est coach business coach coach de vie etc et qui fait aussi beaucoup d'accompagnement pour des gens qui veulent justement de la perte de poids, revenir en forme physiquement, etc. Et en fait, quand on en parlait, on s'est dit tous les deux, mais en réalité, le secret, tu demandes à peu près à n'importe qui, quel que soit son background, comment est-ce qu'on fait pour perdre du poids ? En fait, la recette, tout le monde l'a. Tu manges mieux, tu manges moins, tu dors plus, tu fais plus de sport et puis basta. Et puis voilà, la recette est là. Par contre, quand tu regardes combien de personnes ont l'impression qu'il faut qu'ils prennent un coach pour y arriver ou qui te disent ah j'arrive pas à perdre de poids il y en a à foison et très souvent c'est ce que lui disait c'est qu'en fait ils ont pas identifié ce que t'as très bien décrit l'or pourquoi ils ont identifié l'objectif qui est la perte de poids mais il n'y a rien derrière en fait ils ne savent pas pourquoi ils veulent perdre du poids ou en tout cas ils n'arrivent pas à mettre le doigt dessus sur les vraies raisons ce qui fait qu'au bout de deux semaines quand ils voient qu'ils ont perdu 100 grammes alors que leur objectif c'est d'en perdre 20 kilos et ben perte de motivation frustration et puis tout s'arrête et en fait ils reprennent 2 kilos de plus donc ouais 100% d'accord avec toi sur ce besoin en fait sur cette nécessité bon là je vais un peu étaler ma culture parce que j'en ai pas beaucoup mais je trouve que sa la citation elle est géniale je crois que c'est Socrate qui disait il me semble que c'est Socrate qu'il n'y a pas de vent favorable pour celui qui ne sait pas où il veut aller et je trouve qu'elle est géniale parce que tu vois ça résume tout en fait
Éric oui c'est ça ça veut dire que très bien d'ailleurs parce que ça veut dire que si tu sais où tu veux aller déjà tu trouveras que du positif tu vas trouver que des alliés en fait ça aussi c'est le vent favorable et c'est vrai si tu regardes si tu as un objectif alors tu trouves que des avantages tu trouves plein de plein de d'aide, d'appui et de force et si tu n'as pas la motivation en fait tu vas avoir que du négatif que du négatif et tu vois je te disais tout à l'heure le temps d'entraînement disponible parfois on dit j'ai pas le temps et si tu trouves un objectif, en fait tu arrives à dégager le temps et là tu te dis en fait je l'avais le temps c'est juste que comme j'avais pas la motivation du coup j'avais l'impression que je n'y arrivais pas, j'arrivais pas à m'entraîner mais tu sais moi je suis surtout pas un modèle, je suis comme tout le monde parfois j'arrive plus à me lever pour m'entraîner ou parfois j'ai pas envie de m'entraîner et là je me dis c'est parce qu'en fait l'objectif il me convient pas soit il me convient pas soit j'ai pas décidé encore mais c'est très révélateur et dès que je sais pourquoi j'y vais alors il n'y a plus de problème mais dans la vie c'est comme ça aussi pour tout en fait finalement le mental dans nos vies il est présent dans tout dans tout, dans tout, dans tout parce que tout n'est qu'histoire d'interprétation tu es d'accord avec moi Loïc ? quand une nouvelle arrive c'est une nouvelle c'est toi qui la classe, c'est une mauvaise nouvelle ou c'est une bonne nouvelle ? Parfois, on me dit, mais en fait, toi, tu n'as pas de souci. Mais comment tu sais ça que je n'ai pas de souci ? Tu ne sais pas ça. Simplement, quand moi, la nouvelle arrive, je la classe. Et je ne la classe pas dans la même bannette que toi. Donc, moi, ce n'est pas un souci. Quand toi, ça en est un. Mais il n'y a pas de nouvelle qui arrive et qui est une mauvaise nouvelle. C'est une nouvelle. Elle arrive. Bam. Qu'est-ce que tu en fais maintenant ? Tu en fais quoi ? Tu la transformes en positif. Dans ces cas-là, bam, tu la changes de bannette. elle passe de mauvaise à bonne soit tu la mets dans mauvaise et alors à ce moment là, tu rentres la tête dans les épaules et tu dis j'ai pas de chance, ça n'arrive qu'à moi et tu dis alors lui il sourit tout le temps alors lui t'as l'impression que ou alors on dit, toi t'as vraiment la belle vie non je sais pas pourquoi tu dis ça, non mais simplement, faut y aller faut y aller voilà c'est tout il m'est arrivé des trucs où parfois on me dit 95% des personnes, ils n'auraient pas réagi comme toi. Et donc, ouais, en fait, c'est du positif. Tu vois ce que je veux dire, Luc ? C'est du simple. En fait, il faut simplifier la chose. Tout ce qui t'arrive dans la vie, plus c'est simple dans la vie, c'est obligatoire. Dans la vie, il faut que ce soit simple. Autrement, ça ne peut pas le faire. Ça ne peut pas être sur la durée. Ça veut dire que tout ce qui arrive et qui est compliqué, il faut que tu le simplifies. Parce que moi, la complexité, je la fuis. Je n'arrive pas à tout ce qui est compliqué, une relation qui est compliquée, tout ça, je n'arrive pas. donc quand la nouvelle arrive elle arrive ah ça c'est quand même compliqué bon comment je peux faire pour la simplifier comment je peux faire pour la transformer et dire ça c'est un avantage c'est de la résilience en quelque sorte finalement c'est un peu ça c'est de la résilience c'est bon bah on transforme le truc on s'engueule avec quelqu'un bon comment je vais pouvoir faire pour le moment lui renvoyer un message et voilà et puis après bah allez on va peut-être revenir copain ou peut-être ça va on va dire qu'on a grandi de cette histoire là allez ça devient une force et puis après, c'est bon, c'est transformé, c'est du positif. Et si tu fais ça dans ta vie, je dis toujours, je pense que l'une des plus belles cartes que tu as dans ta vie, c'est la résilience. Si tu es quelqu'un de résilient, si tu es capable de t'adapter aux situations, aux moyens dont tu disposes, et si tu es résilient, alors c'est simple, tu transformes les choses et tu es résilient. Alors là, c'est gagnant. C'est les plus belles cartes que tu as dans ton jeu.
Loïc Et ça, c'est quelque chose que tu as réussi à faire assez intuitivement par rapport à tes blessures ?
Éric Oui. Après, j'ai été aidé. J'ai un ami préparateur mental qui m'aide beaucoup. Parfois, je suis défaillant encore. Et ça, c'est parce que je suis un être humain. Mais ils m'aident beaucoup. Et puis après, je m'inspire, je lis beaucoup. Des podcasts m'inspirent aussi beaucoup sur ça. et puis ma propre expérience ma propre vie aussi ma vie personnelle aussi m'aide beaucoup à ces choses là, être un peu différent des autres et puis les blessures oui j'ai eu une blessure assez importante en juin 2008 je me suis fracturé tibia péronné donc ça a été une quintuple, fracture ouverte tibia péronné, donc c'était cassé en 5 endroits cassé en 5 endroits ouais et brisé c'était façon puzzle vraiment sur une course de vélo j'ai chuté forcément lourdement mais j'ai pas fait une grande cabriole parce que j'avais presque pas de trace de sang c'est vraiment tout a été tout l'impact a été concentré sur la jambe gauche et donc elle a volé en éclats mais tout le reste était j'ai le souvenir de mon maillot qui était presque pas déchiré mon cuissard pareil, le vélo rien vraiment bam tout sur la jambe et donc là c'était très très cassé et le médecin donc j'avais été mis sous morphine bon là c'est pour la petite anecdote mais j'étais mis sous morphine transporté à l'hôpital le plus proche rapatrié à l'hôpital le plus proche et là le médecin a convoqué ma femme dans ma chambre et moi j'étais sous morphine donc je comatais, je dormais, il pensait que je dormais mais je ne dormais pas, j'entendais en tout cas et donc là il l'a convoqué dans la chambre où j'étais et il lui a dit bon écoutez il faudra lui expliquer il arrivera à remarcher ça je pense qu'on va réussir à sauver sa jambe mais faire du sport, ça il faudra lui expliquer que ça ne sera pas possible, on n'a pas les techniques on n'a pas les moyens et ça n'y arrivera pas et ça, cette phrase-là ce type-là, il change ma vie à ce moment-là parce que je me dis c'est impossible, c'est impossible impossible, c'est comment c'est pas possible, le 2 juillet ça va, le 3, c'est impossible et toute ma rééducation a été guidée sur le fait de c'est pas possible, voyons, je peux pas il faut que je lui donne tort 3 mois après je remarchais 6 mois après je recourrais à pied 9 mois après je refaisais une course de vélo alors je te passe les détails j'ai eu un fixateur externe 9 broches donc c'est en fait une espèce d'antenne télé un râteau télé qui trente dans la jambe de part et d'autre donc c'est un métal qui rentre par le haut qui ressort par le bas et donc c'est un râteau une antenne télé donc c'était vraiment difficile ça j'ai vraiment galéré mais il fallait ressouder les bouts et donc j'avais la peau qui poussait autour de ces tubes-là, enfin ça a vraiment été la galère, mais j'étais déterminé, donc rien n'était un problème en fait, c'était pas un problème, c'est pas un problème, on coupait la peau, je me rappelle avec ma femme ce qu'elle poussait, enfin bref c'est glauque, mais rien ne m'effrayait, j'avais pas du tout de scrupules à ce qu'on me lave, parce que j'avais pas de scrupules, j'étais déterminé, de toute façon il fallait que je lui donne tort, donc neuf mois après, j'ai repris le départ d'une course de vélo. La première course de vélo que je faisais. Et la veille, on fait un peu d'intensité avec mon père, derrière sa voiture. Tu vois, comme ça, ça permet d'aller vite et donc de faire un peu d'intensité. Et je dis à mon père, tu vois, demain, j'attaque ici et je gagne. Voilà, il en rigole. Et je suis arrivé au Dossar. C'est la première course, donc à la prise du Dossar. C'est la première fois et l'unique fois de ma vie où j'étais sûr de gagner. J'ai regardé les adversaires qui étaient là et je me disais, je gagne. Je suis désolé, mais aujourd'hui, je gagne. Parce que l'histoire n'était belle que si je gagnais, en fait. Et que si j'étais capable, le lendemain, d'appeler le docteur et lui dire, vous avez perdu. Eh bien, l'échappé sort. Ils sont cinq échappés dès le premier tour. Je ne suis pas dedans. Et là, je vois le coup. Et donc, je sors tout seul, bien après. Et je rentre tout seul sur l'échappé. Je suis le dernier à rentrer. Donc là, encore une fois, la porte se referme derrière moi. On arrive au dernier tour et arrive le fameux endroit où j'avais dit, j'attaque ici et j'attaque. Et ça le fait, je suis tout seul. Et dans la descente, il y en a un qui rentre. Ça, je n'avais pas prévu ça. Du coup, je suis retrouvé à deux au sprint. Je ne suis vraiment pas bon au sprint. Voilà, ce n'est vraiment pas ma carte. Mais c'était impossible que ce gars-là gâche mon rêve. C'était impossible. Et j'ai gagné le sprint. J'ai gagné le sprint parce que ce n'était pas possible autrement. Et j'ai gagné la course. et à peine j'ai eu j'ai eu une j'ai explosé le jour en fait, à peine parce que j'étais en paix avec moi-même j'avais bouclé le truc j'avais gagné, j'ai gagné et j'ai appelé ma femme sitôt après et j'ai dit c'est bon, j'ai gagné et voilà, bien sûr tout le monde était étonné mais voilà, l'histoire elle était belle que comme ça parce que j'y ai cru jusqu'au bout parce que c'était pas perdu et il fallait y croire et donc la jambe j'ai toujours encore quelques séquelles j'ai perdu l'hyperextension j'ai quand même une cicatrice qui est encore très visible mais je l'aime, c'est un rapport d'amour qu'on a entre ma jambe et moi et parfois je dis que c'est une des plus belles choses dans la vie qui me souhaite arriver cet accident là parce que ça m'a permis de voir la vie différemment ça m'a permis de vivre des choses que les autres ne connaissent pas c'est une force de connaître savoir dans la vie c'est une force parler sans savoir, c'est pas beau ça moi je sais, je sais ce que c'est j'ai vécu, je sais ce que c'est que ça fait mal parce que ça fait mal la catufre fracture verte, franchement ça fait mal mais je suis persuadé que c'est une chance dans la vie et je dis souvent que dans la vie, si tu es capable à propos d'un événement de dire grâce et pas à cause alors tu as gagné alors tu as gagné prends un événement dans ta vie tout le temps que tu diras à cause alors continue à travailler le jour où tu dis grâce grâce à ça grâce à ça alors c'est bon et je dis grâce à mon accident j'ai fait ceci j'ai fait cela je suis devenu cela et donc je me dis que c'est une force en fait j'ai la chance d'avoir eu cet accident là ouais
Loïc waouh magnifique exemple de résilience et franchement super super mindset juste génial et tu disais donc ça c'était en 2008
Éric c'est ça ? 2008 ouais c'est ça 2008 juin 2008
Loïc au final quand je regarde tout ce que t'as fait derrière même si tu dis que t'as encore aujourd'hui un peu des séquelles je pense que c'est assez clair qu'en termes d'état d'esprit tu t'es pas laissé au contraire tu l'as accueilli comme tu dis cet événement parce que d'un point de vue performance la liste est très très longue des épreuves que t'as enchaînées par la suite après 2008, donc hyper inspirant.
Éric Oui, je suis vite reparti, puis après c'est reparti. Voilà l'accident, j'en parle d'ailleurs pas très souvent, parce que c'est aussi à moi, je dirais que c'est un peu mon secret. Ça aussi, parfois je dis ça, c'est un peu mon arme secrète. Moi, j'ai la chance, j'ai une arme supplémentaire, c'est que j'ai cette jambe-là, que les autres n'ont pas. Et donc c'est une chance, je pense que, sans elle, parfois, j'aurais fait demi-tour. Mais là, je me dis, il faut aussi que je lui fasse plaisir. C'est un truc, il y a un rapport d'amour entre elle et moi parce que vraiment, elle n'aurait pas dû être là, elle ne devrait plus être là. Donc, si elle n'était plus là, moi, j'étais foutu. Donc, elle a choisi de rester là et moi aussi. Moi, c'est une personne. Ma jambe, c'est une personne. Ma jambe gauche, c'est une personne. Et tu sais, parfois, les gens regardent, par exemple, quand je cours, parce que je garde quelques séquelles dans la foulée, ça peut arriver que j'ai le pied qui rentre un peu. Et je vois bien le regard des gens. Le regard des gens se tourne sur ma jambe. On me regarde un peu en disant, il court bizarre lui. Mais en fait, ça, c'est un truc qui blesse un peu parce que voilà, c'est parce que j'ai galéré pour en arriver là. Ça ne fait pas toujours très plaisir. Le jugement, tu sais, il n'est pas toujours très beau dans la vie. Il faut bien se garder de ça d'ailleurs. Le jugement, ce n'est pas beau ça. voilà
Loïc excellent wow punaise bah écoute Eric j'ai l'impression qu'on a on a balayé quand même tout ton parcours qu'on a pas mal parlé enfin moi j'ai trouvé ça juste j'ai buté par rôle sur tout ce qui tu vois tout ce que t'as pu nous partager sur l'état d'esprit la préparation la façon dont t'abordes tes épreuves qui sont quelque part un peu plus grandes que toi quand tu t'y inscris mais à chaque fois dont t'arrives à aller au bout peut-être tu vois le mot de la fin pour toi qu'est-ce que tu aurais envie de partager en guise de conclusion ?
Éric Bien qu'il faut... C'est ce que je disais tout à l'heure, je pense qu'il faut prendre conscience que sauf erreur de ma part, on n'a qu'une vie. Et donc, il faut la construire et il faut imaginer chaque jour. Il faut se lancer des défis, il faut partir à l'aventure, il faut se mettre en difficulté, il ne faut pas hésiter à se mettre en difficulté dans le sens aller au-delà peut-être de ce qu'on pense être capable de faire et puis il faut essayer de partager et d'être dans la joie en fait accueillir toujours la joie et être toujours dans le dynamisme et dans la joie parce que il y a peu de place en fait pour les faibles dans la vie, il y a peu de place pour la tristesse et pour le... On verra ça plus tard. On n'a pas le temps pour ça. Donc, à chacun d'être acteur, on est tous acteurs en fait dans sa vie. C'est ça aussi, c'est qu'à un moment, tu attends quoi des autres ? Tu attends quoi des autres ? Tu attends une aide, tu attends... Mais c'est toi qui décides. Tu es acteur. On ne mesure même pas combien on est acteur de tout dans une journée. Tu es acteur de tout dans une journée, Louis. Tu peux décider ce matin de faire la gueule. Tu es acteur. Mais tu peux décider aussi de ne plus faire la gueule. Tu peux être fâché avec ton voisin depuis deux ans, mais tu peux décider ce matin que tu vas aller lui dire bonjour. Tu es acteur de ça. Tu es acteur de tout, de tout, de tout. De mettre ton réveil à deux heures du matin si tu veux aller t'entraîner. Et pourquoi pas, après tout ? Et pourquoi pas ? Et pourquoi il faudrait faire comme les autres ? C'est quoi cette norme-là ? Et pourquoi pas ? On est acteur de tout. Si tu prends conscience que tu es acteur de tout, alors tu y vas. Et puis, tu fais du toi aussi, parce qu'attention à ça, à se dire « Oui, mais les autres, les autres, ils font pas, mais les autres, en fait, tu vois ce que je veux dire, les autres, les autres, quoi. À l'autre de ton dernier jour, il reste quoi, les autres ? Il reste rien, il reste ton cheminement à toi. Donc, tu n'as pas le temps de… Parce que les autres ne font pas, tu ne fais pas, parce que les autres pensent ça, tu fais ça, parce que… Mais la norme, moi, j'ai un souci avec la norme, d'ailleurs, je suis un peu fâché avec elle, parce que la norme, bien souvent, je suis fâché dans le bon sens du terme parce qu'elle et moi, on n'est pas copains et dans des sujets qui sont parfois très personnels d'ailleurs. Mais j'ai un problème avec ça parce qu'en fait, la norme, elle ne me correspond pas. Si elle ne me correspond pas, alors je ne suis pas dans la norme. Dites-le comme ça, si vous voulez. Je ne suis pas dans la norme. Mais moi, ça me va. Avoir arrêté une carrière professionnelle alors qu'on te propose deux ans de plus et un doublement de salaire, ce n'est pas normal. Ce n'est pas dans la norme. Oui, mais c'était comme ça en fait. ce n'est pas la norme. Et donc, attention à ça, détournez-vous de la norme. Ce n'est pas grave la norme, on s'en fiche en fait. Fais du toit, du toit, du toit, du toit. Si tu penses que c'est ton truc, alors vas-y. Et puis, la dernière chose que je voulais dire aux gens et je le dis souvent, c'est à chacun son Everest en fait. Ton podcast, qui est un podcast d'aventureux, n'ayez pas peur, vous auditeurs, de dire, mais attendez, ces gens-là, c'est bien trop dur ce qu'ils font. Moi, je ne suis pas capable de faire ça. Donc, je ne suis pas un aventureux, donc je ne peux pas faire. L'aventure, elle est au pas de ta porte. L'aventure, elle est de décider ce soir de partir courir avec une frontale et de dire je rentre demain à 6h du matin. Tu vois le projet, Louis ? Tu vas courir toute la nuit. Ce n'est pas beau ça ? Ce n'est pas joli ça ? C'est génial. Pars. Ce n'est pas une belle aventure ça ? Je te propose. Va. L'aventure, elle est là, elle est au pas de ta porte. Tout est possible sauf qu'à moment, il faut y aller et il n'y a pas de plus tard. Tu y vas ? Allez, bam, c'est parti. et qu'il faut faire du toit, alors, ma foi, le sport, c'est extraordinaire. La vie sans sport, c'est difficile quand même, je pense. Et à chacun son Everest, à chacun son niveau. On s'en fout de ça. La vitesse, c'est pas grave. Tout ça, c'est pas grave du tout. C'est pas grave. De ne pas être un vainqueur, c'est pas grave. Les plus belles aventures ne se racontent pas toujours avec une coupe et sur la plus haute marche du podium, d'ailleurs. Je ne suis pas sûr que François Dahaine te décrivent aussi bien son UTMB que le dernier est capable de te le raconter. Je pense. C'est clair. Tu auras plus de frissons à écouter le dernier te raconter son UTMB. Je pense.
Loïc Oui. Super message. Écoute, je te dirai combien d'auditeurs et d'auditrices m'ont contacté pour me dire qu'ils sont partis courir à minuit et rentrer à 6h du mat après t'avoir écouté.
Éric J'espère. Vraiment, je le souhaite. Écoute, je le souhaite. En tout cas, c'est possible. C'est possible.
Loïc Clairement. Voilà. Écoute, franchement, Eric, un immense merci c'était juste génial hyper inspirant super énergisant donc encore une fois merci merci vraiment d'avoir pris le temps de venir nous raconter un petit peu ton parcours ce que je te propose c'est que évidemment on reste en contact et puis pourquoi pas venir nous raconter dans une capsule comment s'est passé la Swiss Peak Trail alors
Éric bien sûr avec plaisir parce que je pense que je vais en vivre des verts et des pas murs je ne vais pas me laisser faire voilà ça je vous le promets à tous
Loïc excellent merci Eric et à très bientôt
Éric merci à tous à bientôt
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