Rémi Écoute, j'y arrive pas, c'est trop problématique, je suis trop stressé. Je vais pas juste faire 25 mètres dans une piscine. Je vais traverser la Méditerranée à la nage en tractant une plateforme qui va faire 180-190 kg avec tout le matériel à bord, en totale autonomie et sans assistance. Donc j'aimerais mieux être dans les meilleures conditions pour le faire que d'être stressé et de me retrouver face au mur dans une situation où je sais pas si ça va bien se passer avec le voilier, avec l'équipage, etc.
Loïc Bienvenue sur Les Frappés, le podcast sur le dépassement de soi et l'aventure. Je suis Loïc Blanchard, entrepreneur, coach et préparateur mental certifié. J'ai été pendant plusieurs années sportif de haut niveau en judo avant de quitter les tatamis pour me consacrer à des sports de plein air comme le triathlon ou partir m'évader sur des treks engagés. Récemment, je suis devenu finisher de la PTL, un ultra trail de 340 km autour du Mont Blanc organisé par l'UTMB. Depuis la création des Frappés en 2020, j'ai deux objectifs. Le premier, c'est de vous faire découvrir des univers fascinants qui font rêver. Avec mes invités, on ira naviguer sur toutes les mers du monde. On participera à des expéditions dans les régions polaires ou en Himalaya. On découvrira l'envers du décor de l'entrepreneuriat et du sport de haut niveau et on partira en mission avec des membres des forces spéciales. Le deuxième, c'est de vous aider à croire en vos propres rêves et à passer à l'action grâce au partage de ces invités exceptionnels. On sous-estime largement ce dont on est capable physiquement ou mentalement et je suis convaincu qu'une petite conversation peut déboucher sur de grands changements. On a en moyenne 4000 semaines à vivre sur terre, alors autant les vivre à fond. Rémi Camus, aventurier et explorateur français, revient sur le podcast. Cette fois-ci, c'est pour nous parler de sa traversée à la nage en autonomie et presque sans assistance entre Calvi et Monaco réalisée en juin 2023. Sur le papier, ça représentait environ 180 km. Dans la réalité, les conditions météo ont donné du fil à retordre à l'ami Rémi qui a dû s'adapter pour finalement boucler son expédition en 13 jours. 13 jours passés dans l'eau, à dormir sur une plateforme inconfortable conçue sur mesure pour ce défi, à pomper à la main pendant des heures pour filtrer l'eau de mer et la rendre potable. Bref, 13 jours qui n'étaient pas de tout repos. En parlant d'adaptation d'ailleurs, la première partie de l'échange porte sur ce sujet justement puisque l'expédition avait été reportée au dernier moment en septembre 2022. Comment fait-on pour gérer une telle situation quand des dizaines de sponsors, partenaires et bénévoles sont impliqués dans un projet d'envergure ? Rémi nous partage sa vision des choses à coup sûr, riche d'enseignements pour celles et ceux qui l'écouteront. Une super conversation avec un frappé à la détermination qui n'a d'égal que la grande humilité. Merci Rémi, excellente écoute à vous les frappés. Moi je te dis ce que j'ai en tête par rapport à l'échange, c'est qu'on parle quand même évidemment de ce que tu as fait, de ce que tu as réalisé dans l'expédition en tant que tel, mais aussi et surtout, je pense que c'est ça qui sera intéressant, ce qu'il y a eu en amont. Parce que je sais que toi tu aimes bien, il y a ces trois phases, l'avant-projet, le projet et on va dire la digestion du projet. C'est ça. Mais là, la phase de rendu du projet, tu es dedans, donc c'est peut-être un peu tôt pour en parler. Par contre, la phase amont, celle-là, elle est vraiment intéressante parce qu'elle a été très longue, beaucoup plus longue qu'au prévu. Donc peut-être la première question, ce serait celle-ci. Qu'est-ce que ce défi représentait pour toi avant d'en prendre le départ, initialement quand tu l'as conçu pour la première fois, avant qu'il y ait ce premier décalage au dernier moment en septembre 2022 ?
Rémi Disons que ça reste plus ou moins la même chose que les autres projets. C'est le message qui prime devant le défi et le défi sportif reste un moyen d'alerter encore plus les gens, mais également les médias pour leur secouer le cocotier et espérer que certains politiciens prennent conscience d'un petit peu de ce qui se passe pour changer la donne. Donc ça, ça a été vraiment le message à travers cette aventure et c'est ce qu'on a voulu faire. Effectivement, ça a pris plus de temps parce qu'une aventure, quand on la construit, on tend à faire un 100% de réussite sur la préparation. Mais bon, comme tout projet et que ce soit un projet d'aventure, d'exploration, peu importe la finalité ou un projet entrepreneurial dans une entreprise, start-up, ce que l'on veut, ce qu'on pose sur le papier, c'est rarement ce qui va se passer dans la réalité parce qu'il y a des aléas, parce qu'on ne trouve pas forcément les bons interlocuteurs, les bons collègues, les bonnes personnes avec qui s'associer. Des fois, on fait des erreurs, etc. Donc on tend à faire un 100%, mais j'aime dire qu'on fait un 70% de réussite. Et puis les 30% restants, on va les appeler la phase de hasard. Et voilà, on oriente son mental de se dire j'ai 30% de chance d'y arriver ou j'ai 30% de poisse de me planter. Et c'est généralement le cas. Quand on sourit et on va vers les gens, on a beaucoup plus de chances d'être accueilli et d'avoir des grands bras ouverts devant soi que quand on arrive en faisant la gueule. Donc cette partie-là, elle a été dure. Et forcément, il y a tous ces petits ascenseurs émotionnels que l'on a qui ont duré quand même pas mal de temps. Et la préparation, on l'a vécu, en tout cas moi personnellement au début, comme un gros échec parce qu'on a dû reporter le départ. Et ça, ça a été un gros coup dur, tant sur la partie préparation physique, mentale, et puis de se dire bordel, on y arrive quoi. La fin du truc, elle est là par rapport à tout le monde. C'est ça la différence entre le mec qui va faire sa petite aventure et la personne qui décide de faire de l'exploration, une expédition et la professionnaliser. C'est que derrière, il faut rendre des comptes à des partenaires, à des partenaires financiers, à des partenaires en industrie qui t'offrent du matériel contre communication, médias, peu importe. Et là, tu te retrouves à 10 jours du départ et on te coupe l'herbe sous le pied et tout s'arrête. Et forcément, c'est très décevant pour soi, mais c'est très difficile également parce que derrière, tu as beaucoup de monde. Il y a des gens qui te font confiance. Tu as la famille, il y a quand même beaucoup de monde sur le projet. Tu as la famille, tu as les amis et puis tous les partenaires, que ce soit financiers, etc., qui sont là. Et tu te dis, quand je vais prendre le téléphone pour leur annoncer la nouvelle, je ne sais pas si c'est après comment on a... Oui, ça reste une nouvelle. Est-ce qu'ils vont bien le prendre ? Est-ce qu'ils vont accepter le fait que... Désolé les gars, on doit reporter. Et puis, ça ne sera pas un report de 2-3 jours. Ça va être un gros report. Et est-ce qu'ils vont l'accepter ? Et tu vois, ce qui est assez drôle, c'est qu'on est en train de faire ce petit podcast et je suis en vacances en Ardèche, dans exactement le même camping, le même endroit où on a séjourné l'année dernière, quand j'ai décidé et j'ai pris la décision d'annuler et de reporter l'aventure. Donc, je peux te dire que quand on est arrivé ici, j'ai un bon passif avec cette petite vacance-là. Je peux te dire qu'il y en a une qui me l'a bien fait remarquer. Ma compagne, elle m'a dit, c'est vrai qu'l'année dernière, tu étais bien chiant. Ça a été les pires vacances que j'ai passé. Parce qu'effectivement, tous ces moments difficiles, tu vas forcément les transmettre à quelqu'un. Et ce quelqu'un, c'est soit ton mari, ta femme, un proche. Et l'autre, il s'en prend plein la tête parce que tu as besoin d'ouvrir le petit bouchon, d'enlever la petite soupape sur la cocotte minute pour relâcher tout ça. Et ça a été un gros moment de solitude au début parce que tu te sens bien seul face à cette problématique. Et après, tu essaies…
Loïc Comment tu t'es remobilisé ? Parce que ce qui est super intéressant, c'est ça. Déjà, évidemment, quand tu prépares une aventure sur deux ans, puisque le premier départ, c'était ça. Il y avait déjà deux ans de travail en amont, si je me souviens bien. D'ailleurs, on n'a toujours pas précisé ce que c'était. Mais bon, je l'aurais fait en intro. Mais le défi, c'était de nager de Calvi en Corse jusqu'à Monaco, sur le continent. Donc, 180 bornes. En ligne droite. Oui, c'est ça, oui. En ligne droite. Sans assistance et en autonomie. Donc, en tractant un objet flottant non identifié sur lequel tu avais un dessalinisateur à manger, etc.
Rémi Exactement.
Loïc Donc, ça, c'était le défi initial. Septembre 2022, la date du départ. Après deux ans de prépa, ce qui s'est passé, c'est que même si tu le faisais en solo, sans assistance et en autonomie, tu avais quand même forcément un voilier qui devait te suivre pour des raisons de sécurité, ne serait-ce que pour alerter les autres bateaux qu'il y a un explorateur dans l'eau. Et ce voilier, tu as fait faux bon un peu au dernier moment.
Rémi Ce n'est pas le voilier, c'est le skipper qui pouvait m'atturer le voilier, qui malheureusement a fait une chute en vélo de montagne dix jours avant le départ. Donc, on se retrouve un peu le bec dans l'eau à dix jours de l'échéance. Et comme tu le soulignes, c'est vraiment une portion de la Méditerranée. On doit faire des autorisations pour pouvoir traverser la Méditerranée à la nage, en paddle, en waterbike, en tout ce que tu veux. Tu dois avoir des autorisations pour le faire. Et l'une des autorisations, enfin l'une des raisons pour qu'on accepte cette autorisation, c'est d'avoir un voilier, un bateau, peu importe ce que c'est, un navire d'assistance. Sinon, ils ne te laissent pas partir. Il y a tellement de trafics maritimes en pleine mer qu'ils ne prennent pas le risque de te laisser partir comme ça, tu n'aurais pas le droit. Donc, ça veut dire que la décision, je la prends de devoir ajourner ce projet. Et ça ne vient pas de moi. C'est indépendamment de ma volonté parce que je suis prêt physiquement, je suis prêt mentalement. Je me suis entraîné pendant des mois et des mois et des mois à prendre du poids, à nager, à nager, à nager, à tracter, à tirer, etc. J'ai pris presque 6 kilos. Je suis passé de 79, 80 kilos à 85, 86 kilos. Donc, j'ai du gras à brûler. Je suis prêt. Et puis, tu en rêves la nuit. Il y a une phase de cette préparation mentale qui est de... Tous les soirs, tu rêves de cette traversée. La traversée, je l'ai déjà fait des milliers de fois où j'ai imaginé tous les scénarios possibles. Tempête, orage, ouragan, tsunami, des trucs de ouf, tu vois. Donc, je l'avais déjà fait de cette traversée. Il y a 10 jours du départ, tu dois tout annuler. Ça, c'est vraiment difficile à accepter pour tourner la page.
Loïc Et comment tu la tournes, cette page, justement ? Comment est-ce que toi, tu l'as tournée, en tout cas, sur ce défi ?
Rémi Tu as cette phase, la courbe du comportement lorsqu'on a quelque chose de grave qui t'arrive, un deuil, peu importe. On a toutes ces étapes à respecter, l'acceptation, la colère, etc. Et puis, quand tu touches bien le fond de la vague, eh bien, tu rebondis, eh bien sûr, les étapes d'après pour pouvoir, j'allais dire, surfer la vague parce que ça va mieux. Donc, il m'a fallu pas mal de temps pour accepter le fait que que ça soit reporté. Au début, je n'ai pas pris ça pour un report, mais pour un échec. Donc, il a fallu, dans ma petite tête, que je modifie le mot échec ou plutôt que je le valorise. Et c'est ce que j'essaye d'enseigner aux enfants, à plein de personnes. Je leur dis, il n'y a pas l'échec, ça ne veut rien dire. Un échec, ça serait vraiment où tout s'arrête, où il n'y a pas de fin. Mais dans tous les cas, vous avez toujours un apprentissage de tout cet échec. Et moi, il a fallu que je change juste le mot échec par report pour mieux rebondir. Et une fois que je l'ai accepté, eh bien, j'ai pu me remettre dans une routine. Et en fait, c'est ce que je fais. Moi, c'est mes routines parce que c'est des choses que l'on a facilement, parce qu'ils sont ancrés dans notre tête. On se lève le matin, les étirements, tac, tac, on va à l'entraînement. Et en fait, le fait de reprendre une routine m'a permis de me remettre dans le projet. Report, septembre, un mois où je n'ai rien fait, pas de sport, rien du tout. Je suis passé de 85, 86 kilos à 80. J'ai perdu tout ce que j'avais emmagasiné en un mois, tellement que le stress, etc. Et puis, tout retombe. Et puis, tu n'as plus de tout envie. Tu ne veux plus le refaire. Tu en as vraiment marre. Donc, il faut reprendre cette routine. Et moi, c'est ce qui me permet de me relancer à chaque fois, c'est de me remettre dans des petites routines matinales pour se remettre sur le projet. Et puis après, il y a toujours cette obligation, j'allais dire, par rapport aux partenaires, aux sponsors, qui te font confiance. Eh bien, il faut relancer la machine. Il faut se remettre dedans. Et puis, il y a une petite part d'ego de se dire, merde, ce n'est pas de ma faute, ce n'est pas moi, et je vais le faire. Et je vais y arriver. Et donc, on a relancé la machine. Et puis, la première chose que j'ai faite, avant de trouver un skipper, avant de tout relancer correctement, etc., etc., j'ai calé une date. J'ai dit, ça sera… J'ai contacté le propriétaire du voilier, Richard. Je lui ai dit, Richard, 3 juin 2023, c'est bon ou pas ? Il me dit, oui, oui, comme ça, je lui ai dit, oui, oui, est-ce que c'est bon pour toi ? Il me dit, oui, c'est bon. OK. Donc, on bloque cette date-là et on partira cette date-là et après, on avisera, une fois sur place, arrivé à Calvi, en fonction des conditions météo, de mer, et ainsi de suite, la date du vrai départ à la neige. Mais on part du port d'attache du voilier, qui était à Port Grimaud, à côté de Saint-Tropez, on partira le 3 juin. Je lui ai dit, OK. Et quand j'ai eu la date de bloqué, dans ma tête, ça s'est déjà… Je ne veux pas dire que j'étais soulagé, mais j'avais un point de départ. J'avais une date à laquelle je pouvais me raccrocher et me dire, OK, maintenant, eh bien, tout le planning, tout ce qu'on doit mettre en place, tout le calendrier, ça doit coller avec cette date. Et maintenant, on y va. On reprend. On reprend les entraînements, on reprend la préparation, on reprend les démarchages et puis, je me dis toujours que il vaut mieux voir, comme on dit, le verre à moitié plein qu'à moitié vide. Donc, qu'est-ce qu'il peut faire pour améliorer ce projet et le rendre encore plus intéressant, non pas sur le défi en lui-même, mais plutôt sur le message apporté. Et ça a été, eh bien, plutôt gratifiant parce que j'ai eu la chance de rencontrer un laboratoire à proximité de la région lyonnaise et ils m'ont dit, eh bien, nous, ça nous intéresse. La plupart du temps, on fait du sponsoring sur des événements qui ne sont pas forcément en lien avec notre discipline. Alors que là, c'est un projet où on parle d'environnement et de pollution, etc., d'un défi sportif et nous, on est un laboratoire et on fait du contrôle de la qualité de l'air et la qualité de l'eau. Donc, ils étaient ravis de pouvoir participer et c'est ce qu'on a mis en place avec eux, eh bien, du prélèvement de l'eau à partir des boudins de cheveux, etc. Et ils sont en train d'être analysés à l'heure actuelle. Donc, ça a été plutôt intéressant de reporter au final et c'est comme ça que je le vois. Mais c'est vrai que sur l'instant T, sur le moment, c'est très rageant de devoir ajourner un projet quand on est dessus depuis plus de deux ans.
Loïc Surtout, comme tu dis, quand c'est un élément extérieur qui est complètement hors de ta zone de contrôle et que tu es impuissant face à ça et que la décision finalement s'impose. Finalement, tu n'avais pas trop le choix. Enfin, je me rappelle que tu avais essayé de trouver un autre skipper.
Rémi Je ne t'imagine même pas. J'ai eu le coup de fil 10 jours à peu près, 10-11 jours avant le départ et là, c'est le matin, on est en vacances ici en Ardèche, branle-bas de combat. j'ai quelques jours pour trouver un skipper. Et là, il a fallu, j'ai envoyé des messages partout sur les réseaux sociaux pour trouver quelqu'un sauf que c'était trop compliqué que ça puisse coller et il nous fallait, j'ai eu beaucoup de propositions mais j'ai eu beaucoup de personnes qui étaient skippers juste occasionnels. Ce sont des gens qui naviguent. Ça ne veut rien dire. Il y a des gens qui avaient 20-25 ans de navigation à la voile mais derrière, ils n'ont pas de diplôme, ils n'ont rien et en fait, il me fallait une assurance qui puisse couvrir parce qu'on laisse quand même le voilier d'une personne en pleine mer pendant 15-15 jours, 7 jours, 15 jours, peu importe, on ne savait pas du tout combien de temps on allait partir et surtout, on allait faire du mouillage au large avec une encre flottante en pleine mer et on ne savait pas du tout ce qui allait se passer. On serait parti avec un catamaran, ça aurait été peut-être plus simple au niveau de la stabilité. Là, on est sur une version monocoque donc avec du roulis, avec du tangage, etc. Forcément, le propriétaire, il avait besoin d'avoir une assurance et là, on a quelques jours du départ et trouver cette petite perle rare était très difficile. Donc, ça a été un gros remue-ménage pour trouver cette personne pendant 4-5 jours où j'y croyais, vraiment, j'en discutais avec l'équipe, avec Elodie de l'agence Bernascom qui s'occupait de tout ce qui était relations publiques, etc. On s'appelait tous les jours alors, alors, c'en est où ? Oui, non, on part, on part pas, j'ai besoin de savoir. Je ne sais pas, deux secondes, peut-être, attends, j'ai besoin d'avoir encore quelques coups de fil, on va peut-être y arriver et à un moment donné, tu dois prendre une décision parce que tu te retrouves face au mur et là, c'est plus demain, après-demain, c'est maintenant, on prend une décision et je me souviens, Laura, ma compagne, qui me dit, c'était le fin de matinée, je pétais les plombs, je n'en pouvais plus, j'étais odieux, etc., j'en avais les larmes aux yeux et elle me dit, écoute, pose ton téléphone, tu le mets en mode avion, tu mets tes baskets, tu prends ton short, ton t-shirt là et tu te casses, va marcher, va courir, là pendant une heure et tu parles à personne et tu ne t'appelles pas, tu ne fais rien, tu te barres et on ne veut pas te voir. Elle me dit, quand tu reviendras, tu prendras cette décision, que ça soit un oui ou que ça soit un non, sache que je serai toujours là pour te soutenir, je serai toujours là pour t'aider, pour t'épauler, ce n'est pas une catastrophe en soi, ce n'est pas la fin du monde, c'est juste un report parce que tu as une problématique, c'est comme ça, ça arrive dans tous les projets, des fois, il y a des situations qui ne sont pas dramatiques mais problématiques et il faut trouver des solutions. Donc, casse-toi et tu verras. Je suis parti courir et je suis revenu au bout d'une heure et je me suis posé autour de la table avec elle, on était en train de prendre un café et elle me dit, donc tu décides de faire quoi ? Je lui dis, écoute, je n'y arrive pas, c'est trop problématique et puis je ne suis plus dedans, je suis trop stressé, je ne vais pas juste faire 25 mètres dans une piscine, je vais traverser la Méditerranée à la nage en tractant une plateforme qui va faire à peu près 180, 190 kilos avec tout le matériel à bord. En totale autonomie et sans assistance. Donc, j'aimerais mieux être dans les meilleures conditions pour le faire que d'être stressé et de me retrouver face au mur dans une situation où je ne sais pas si ça va bien se passer avec le voilier, avec l'équipage, etc. je m'ai dit, ok, eh bien, tu ajournes, maintenant, tu prends ton téléphone, tu appelles Elodie, tu appelles Florian, tu appelles toute l'équipe avec qui tu bosses, tu appelles les partenaires un par un et tu leur expliques la situation. Elle me dit, s'ils ne sont pas cons, ils vont comprendre et ils vont accepter. Tout de même, ils n'ont pas le choix, premièrement, et puis après, il n'y a pas mort d'homme, tu vas leur faire, tu vas repartir, tu vas y arriver et puis ça serait une belle réussite. Accepte-le et tourne la page, même si je sais que ça va prendre du temps, mais tourne la page. Donc, j'ai pris le téléphone, je me suis éloigné et pendant deux heures, j'ai appelé tout le monde avec un nœud dans la gorge, je me disais, je vous appelle, voilà, malheureusement, suite à ce qui se passe, etc., on est obligé de la journée. Et j'avais juste peur de la réaction des partenaires, des sponsors, juste peur qu'ils soient déçus, énervés, par rapport à tout l'argent qui avait été investi, tu vois, et toutes leurs implications. Et tous, on dit, mais pas de souci, c'est pas grave, il vaut mieux que ce soit comme ça, qu'il se passe quelque chose et que ce soit pire que si tu étais parti. Donc, on accepte. Comme quoi,
Loïc c'est souvent une question de perception, tu vois, pardon, je te coupe, mais c'est exactement ce que tu disais un peu plus tôt que ta première réaction, c'était, je le vois comme un échec, tu vois. Exactement. Mais en fait, non, c'est vraiment la façon dont tu perçois un événement qui conditionne le reste puisqu'une fois que tu l'as vu comme pas un échec mais une expédition reportée, tu vois, décalée dans le temps, tout allait mieux. Et là, tes partenaires, tu t'expliques que tu avais peur de la réaction et au final, peur visiblement infondée. Tu avais très bien choisi tes partenaires puisque tous t'ont fait confiance. donc super intéressant, je trouve.
Rémi Il y a ça, il y a le fait de choisir les mots sur lesquels on veut faire passer le message. Ce n'est pas un échec, c'est un report. Et puis, je n'arrête pas de le dire même à mes stagiaires sur les stages de survie, je leur dis, la meilleure arme que vous pouvez avoir à l'heure actuelle, ça s'appelle la communication. et il suffit juste de prendre le téléphone, de dire les choses, de parler, de s'expliquer, de s'excuser des fois, mais un message, un coup de fil, eh bien, ça résout souvent beaucoup de problématiques. Et c'est ce que j'essaye à chaque fois de mettre en pratique, même si parfois c'est difficile, parce qu'il y a des situations qui sont plus ou moins compliquées, mais la communication, c'est vraiment quelque chose d'extrêmement important à l'heure actuelle pour faire passer des messages. Et puis, on ne communique pas tous sur les mêmes canaux. Certaines personnes sont plus axées sur de l'écrit, d'autres sur de la parole, d'autres ont juste besoin d'avoir de la présence, etc. Donc, on n'a pas la même fréquence radio de communication, mais ça m'a beaucoup aidé. pour moi, c'était de choisir et d'accepter les bons mots, que ce ne soit pas un échec, mais un report, et puis de comprendre ce que l'échec m'a appris, surtout, et ça, c'était très intéressant. Et puis, de pouvoir communiquer juste avec les bonnes personnes. Et comme tu dis, oui, d'avoir choisi, effectivement, les bons partenaires, c'est là où ça m'a permis de me rendre compte qu'on a fait du bon travail, c'est parce que les gens qu'on a choisis, eh bien, ce sont des gens qui étaient axés sur nos valeurs. Et je leur ai dit, d'ailleurs, ce n'est pas juste que vous êtes partenaire d'un projet, c'est que vous êtes partenaire, mais du partenariat avec de l'engagement, parce que c'est ça qui fera la différence. Si vous êtes engagé, si vous êtes convaincu d'eux et qu'on fait les choses sur du long terme, ça marchera. Si vous voulez faire ça sur du one shot, ça peut marcher, mais j'appelle ça du, on va dire, du greenwashing. C'est juste de la poudre aux yeux, je dirais, on fait ça. Exactement. Et derrière, on s'en fout. Et je suis le bon temps d'avoir, ça a pris du temps, mais on a choisi de belles personnes avec qui bosser. Génial.
Loïc Génial. Écoute, merci pour ce gros focus sur la manière dont tu as géré, le report dont tu t'es remobilisé, je vais y arriver. Je trouve que c'est super intéressant, il y a plein de leçons à retenir de ce que tu as vécu avec ce défi. Édition 2023 du coup, donc 3 juin, 3 juin 2023, vous avez réussi à partir à la date que tu avais arrêté du coup en septembre 2022, ça a été le 3 juin 2023, le début de l'XP ?
Rémi Non, on n'est pas parti le 3, on avait besoin de charger le voilier, etc. On est parti le 4, on est parti le 4 vers 16 heures, mais le but, c'était d'arriver à Calvi autour du 5 et on arrivait le 5 dans la matin, donc c'était parfait, ça nous a permis de pouvoir nous mettre en place. Encore une fois, beaucoup de craintes de partir avec l'équipage, la plupart ne se connaissaient pas, moi je connaissais les personnes parce que j'avais échangé avec elles certaines personnes comme Francisco ou Sébastien étaient des personnes avec qui j'avais déjà travaillé, Cisco et Sébastien, c'est des formateurs en survie, donc je savais leurs compétences, etc. Mais Anne, elle m'a été recommandée par Alexia Barrière qui est une grande navigatrice et le feeling est bien passé, on était trop content d'avoir Anne et de se dire attention les gars, la chef à bord c'est H-E-2-F-E, donc attention, ça va déménager, c'est Nana les gars. Donc j'étais trop, voilà c'était super et après on avait deux photographes vidéastes qui étaient avec nous et même si je ne les connaissais pas personnellement, eh bien ça s'est juste trop bien passé et j'avais cette petite crainte de partir moi en train de nager en totale autonomie et sans assistance et de me dire est-ce qu'ils vont bien s'entendre parce que vivre, j'allais dire, dans une petite maison ensemble sur un projet quand ça ne va pas, quand tu as besoin de souffler, tu ouvres la porte et tu mets tes baskets et puis tu pars marcher pendant une petite heure et ça va, quand tu te retrouves en pleine mer Méditerranée, même si on était sur un Dufour 530 qui fait 53 pieds, un petit peu plus de 16 mètres de long, ça ne reste qu'une petite embarcation de 16 mètres de long et donc quand ça ne va pas, eh bien tu ne peux pas dire les gars je me casse, je vais faire un tour à Calvi, bah si mon vieux, vas-y, il y a 50 kilomètres à faire, bon bah du coup je vais me mettre à la proue, reste à la proue, donc j'avais peur que ça se passe mal et franchement ça a été trop bien, ils ont été extraordinaires, ils ont fait des photos de ouf, ils ont fait des vidéos de dingue, je suis trop impatient de montrer le film avec ce message sur l'environnement, vraiment on a eu beaucoup de chance et ça a été une belle aventure, belle aventure humaine, c'est exactement le cas.
Loïc Alors là tu viens d'évoquer l'équipe, eux leur rôle, donc c'était, pardon, c'était la sécurité, est-ce que, est-ce qu'ils étaient aussi chargés de t'informer, tu vois, de te faire des points météo, etc., ou c'est déjà considéré comme de l'assistance ?
Rémi Non, c'était vraiment uniquement sur la sécurité, ils naviguaient à côté de moi et puis ça n'allait pas plus loin, prendre des photos, prendre des photos de la vidéo, des fois ils venaient avec leur petite embarcation électrique, ils me filmaient, etc., mais aucune interaction, rien du tout. Et ça, il y avait vraiment ce truc très précis à respecter pour que ça soit, eh bien, comme ce qu'on avait imaginé sur le papier. Anne, grande navigatrice qui fait plein de compétitions, plein de régates, je lui ai demandé sa première motivation quand je l'ai eu au téléphone, presque 5-6 mois avant le départ, et je lui ai demandé, je lui ai dit, mais Anne, quel est l'objectif pour lequel tu souhaites venir ? Ce n'est pas commun, je peux t'assurer que de la régate, il n'y en aura pas, on va être très lent. Elle m'a dit, justement, moi qui ai l'habitude d'aller très très vite, là tu me demandes de faire tout l'inverse, c'est-à-dire d'aller très lentement avec un voilier, avec un équipage et de rester en pleine mer pour surveiller un nageur. Donc, c'est complètement en l'encontre de ce que j'ai l'habitude de faire et justement, ça va me permettre à moi de pouvoir sortir ou d'élargir ma zone de confort. Donc, ça a été sa motivation et puis forcément le message qu'il y avait derrière, etc. Donc, leur rôle, c'était vraiment de faire de la surveillance et rien d'autre et de filmer et de photographier. Et on a réussi à tenir ça pendant 4 jours, exactement. Et le cinquième jour, après, il faut que, je ne sais pas si on peut faire de l'intégration, tu vois, mais ce serait marrant de pouvoir l'intégrer sur le podcast, mais on ne peut pas le faire, tu vois. Mais ce serait drôle de montrer le chemin que j'ai parcouru parce qu'on parlait de ça au début, il y avait 180 kilomètres à vol d'oiseau entre les deux points. Je pense que j'ai dû faire au minimum 250 kilomètres et je ne parle pas des journées ou des heures de nage où je nageais à contre-courant ou sur une journée, eh bien, de 8 heures de nage, j'ai dû peut-être parcourir 3-4 kilomètres parce qu'on avait un courant. Je ne sais pas exactement vraiment, réellement, combien de kilomètres j'ai parcouru, mais quand on regarde le tracé GPS, on a l'impression que c'est un gamin de 3 ans qui a dessiné. Tu te dis, mais il est bourré ou quoi, Rémi, il ne peut pas naviguer tout droit ? Et encore, quand tu zooms et tu zooms vraiment aux centaines de mètres près, c'est encore pire que quand tu dézooms parce que tu vois vraiment que je fais des virages dans tous les sens. Mais qu'est-ce qu'il fout
Loïc celui-là ?
Rémi C'était très, très difficile de maintenir un cap et de pouvoir s'orienter. Même problématique, il y avait l'orientation. J'étais en totale autonomie et sans assistance, même sur l'orientation. j'avais un autre partenaire, Garmin, qui était sur la partie GPS pour pouvoir transmettre mes coordonnées et mes points que la plupart des gens ont suivis sur la carte. Mais il y avait également, j'avais donc deux mondes. J'avais mon partenaire, Horis, qui est mon partenaire depuis plus de trois ans maintenant sur la montre, mais j'avais un autre, j'avais un compas électronique donc à l'intérieur d'une Garmin et c'est ça qui me permettait de m'orienter. Mais c'est un enfer, un enfer fini. C'est-à-dire que quand tu te mets sur la terre ferme et qu'on est tous positionnés sur un point avec un groupe, c'est ce que je fais avec les stagiaires, je calcule un asie mutuelle brutale et je leur dis on va par là. Mais le mot par là, ça ne veut rien dire du tout. Donc je leur dis est-ce que tout le monde voit le grand sapin qui se distingue des autres ? Tout le monde dit oui, oui, je le vois. Eh bien, on va dans cette direction. Ça vous donne un axe mais le sapin, il ne va pas bouger. Il restera là et dans la logique, dans quelques années, il sera encore là. Si on prend les pylônes des lignes haute tension, j'en dis normalement dans dix ans, le pylône, il sera encore là. Donc c'est un repère qui est facile à évaluer et on le voit. Quand on est en pleine mer, que l'eau est bleue, le ciel est bleu, tout est bleu, tu es avec ta montre là, avec le compas, tu es en train de regarder et tu fais OK, cap 302, tu lèves la tête et moi, les seuls repères que j'arrivais à avoir, je prenais des nuages. Mais bon, un nuage, il ne reste pas au même endroit tout le temps. Et puis, tu sais, tu as ce petit truc que l'on fait quand on est jeune amoureux allongé dans l'herbe tranquillement en train de mâchouiller une petite brindille avec sa copine qu'on vient de choper il y a à peu près 15 jours. Tu as vu chéri, tu as vu ce nuage-là, on dirait un perroquet. Ah, moi, je ne dirais pas ça, on dirait une chèvre. Là, c'est exactement ce que je faisais, c'est-à-dire que je regardais et je fais alors ce nuage-là, je fais, ah, on dirait un bob. OK, allez, je garde celui-là en tête. Et là, tu nages et là, tout d'un coup, le bob, il se transforme, je ne sais pas, en visage d'astérix. Tu fais, merde, il est où mon bob et tout ? Et là, tu es complètement paumé. Donc, tu t'arrêtes, tu perds ta vitesse, tu repositionnes ton gros patte et là, tu fais, OK, ah oui, d'accord, le bob, il a changé de forme, il est vers là. OK, c'est reparti. Et comme ça, toutes les 15, 20 secondes. Donc, je perdais énormément de temps et quand tu zooms sur la position GPS, eh bien, tu le vois que ça part en sucette, que je me zigzague à droite et à gauche. D'ailleurs, quand on a fini l'explay, tu as l'équipage, je me disais, franchement, on était mort de rire. Il fait, on est en train de naviguer tout droit et là, on te voyait avancer tout droit. Donc, on se dit, il a trouvé son cap et là, tu tournes la tête et là, tu t'en vas à Strasbach, tu t'en vas complètement à droite. On ne sait pas pourquoi. Et je lui dis, ben ouais, en fait, tu as un mouvement de vague et puis, tu as forcément un bras plus fort que l'autre et puis, tu n'es pas juste une machine en train de nager. C'est que derrière, j'avais quand même une plateforme qui faisait 180 kilos qui, elle, se barrait un peu à droite et à gauche et puis, à un moment donné, eh bien, tu penses à quelque chose d'autre. Pendant 8 heures de nage, tu as le temps de penser à plein de trucs. Donc là, tout d'un coup, tu ne penses plus que tu nages et tu dévies un petit peu et puis, tu ne penses plus à ton cap, etc. Puis, tu lèves la tête un petit peu moins souvent. Et là, tout d'un coup, le Bob, il n'est plus du tout en face de toi. Il est complètement, il faut se mettre de l'autre côté, il faut retirer la plateforme pour la remettre en place. Donc ça, ça me prenait énormément de temps. Et le quatrième jour, on se chope un vent du sud monstrueux. Et dans ma tête, quand on était parti de Calvi, eh bien, on avait à chaque fois un vent du sud qui nous ramenait un petit peu vers le... un vent du nord qui nous ramenait un petit peu vers le bas. Donc pour moi, j'ai dit, ok, on va prendre ce vent du sud et puis forcément, pendant la nuit, eh bien, ça va nous permettre de redescendre et ça sera parfait. Mais bon, ça, j'avais oublié qu'en fait, on était protégé par les récifs de la Corse qui, en fait, généraient aucun vent et quand on était en pleine mer, eh bien, on choppait bien le vent du sud. Donc, on est remonté une fois. Anne apprend la VH, elle appelle, elle me dit, Rémi, je veux juste faire un point. Là, on a dévié complètement. Est-ce que... qu'est-ce que tu souhaites faire ? Je dis, ben, on continue, sans assistance. Et je coupe. Ok. Donc, je repars et là, je fais une journée entière, je nage 8 heures, je m'arrête, on met l'encre flottante avec l'équipage. Moi, je m'accroche au voilier à une cinquantaine de mètres pour être en sécurité, pour qu'on puisse dériver ensemble et ne pas avoir de problématiques avec les autres usagers de la mer. On se réveille le lendemain matin. Moi, la première chose que je fais, ce n'est pas tu te lèves et tu vas pisser, c'est je me levais, je prenais tout de suite mon téléphone et je regardais le nombre de kilomètres que j'avais dérivé. En négatif, pas forcément en positif. Et là, je regarde, en fait, la journée entière que j'avais faite la veille avait servi à rien. J'avais nagé, je crois, une vingtaine de kilomètres et j'avais tout perdu pendant la nuit. Donc, je me remets à nager, à nager et on fait un point vers midi avec Anne, elle me rappelle, elle me dit, Rémi, il faut qu'on fasse un point. et elle me dit, écoute, si on fait ça à chaque fois, tu ne vas faire que dérivé et on ne va jamais avancer. Il faut que tu prennes une décision. Et un projet, on l'a dit au début, il y a 70% de préparation et 100% de hasard, de malchance, de chance, ce que tu veux. Et il faut savoir rebondir et il faut savoir être à l'écoute des éléments et de se dire, ce n'est peut-être pas ce qu'on avait souhaité à un moment donné, si on veut que ça soit si on veut vraiment avancer et surtout comprendre ce qu'on veut mettre en avant, est-ce que c'est le défi sportif, est-ce que c'est le message, qu'est-ce qui est le plus important ? Et moi, effectivement, c'était le message qu'il y avait derrière ce défi écologique, environnemental, de la préservation de la mer Méditerranée, de cette fragilité mais de sa beauté également. Il me dit, ok, on te ramène au point de départ, je vais en faire comme ça. Donc, le projet, qui était initialement prévu de faire en totale autonomie et sans assistance, a été modifié, ça n'a pas été totalement sans assistance, parce que, eh bien, tous les soirs, on se laissait dériver et au petit matin, elle me repositionnait au point où j'avais terminé ma journée pour que je puisse poursuivre et avancer, sinon, on aurait fini fin septembre. Les courants, ils sont extrêmement violents, la houle, etc. Et en fait, la plateforme te fait dériver parce qu'elle est relativement imposante derrière et donc, le fait d'avoir, eh bien, autant d'heures de pause, parce que j'aurais pu nager plus longtemps, mais tu te retrouves confronté à une problématique qui est, eh bien, je dois me nourrir et en fait, si personne vient me donner à manger, eh bien, en fait, je ne mange pas, donc je dois me nourrir et je n'avais pas d'eau, j'avais juste mon déstinalisateur et quand tu regardes sur le papier, c'est écrit, il te faut 15 minutes pour faire un litre, effectivement, quand tu es assis tranquillement après avoir passé une bonne nuit sur un ponton et tu es avec les copains en train de dire, tu veux boire un petit verre ? Hop, et tu pompes, tu fais 15 minutes pour avoir un litre. Effectivement, quand tu te retrouves en pleine mer avec un mètre, deux mètres de vagues, la plateforme, pas de place dedans, tu as mal au dos, tu as mal aux épaules, tu as fait 8 heures de nage, tu es brassé, tu n'en peux plus, eh bien, tout d'un coup, les 15 minutes se transforment en 20-25 minutes. Donc, au début, tu fais 2 litres, 3 litres de flotte, après, tu fais 1 litre et demi, après, tu fais 1 litre, après, tu fais 800 millilitres, après, tu fais 700 millilitres, puis toi, tu grappilles à chaque fois parce que tu en as plein derrière, de pomper, de pomper pour avoir quelque chose à voir. Et ça, ça a été très difficile, tu vois, pour progresser. Et c'est avec tous ces éléments qu'on a pris la décision, eh bien, de revenir au point de départ, sinon, ça aurait été juste impossible.
Loïc Waouh, quel récit ! Encore une fois, c'est une aventure, vraiment. Ouais, ouais, c'est ce que j'allais te dire. Et puis, même pour un, ce qui est intéressant, c'est que même pour quelqu'un d'aguerri comme toi, puisque tu n'en es clairement pas à ton premier défi, si jamais il y en a qui te découvrent, allez écouter l'épisode, le premier épisode qu'on avait fait avec Rémi, où on parle de la traversée de l'Australie en courant, de la descente du Mekong à la nage, du Tour de France à la nage, enfin, voilà, tu es quand même relativement aguerri, mais intéressant de voir que, voilà, même en étant aguerri, finalement, ce qui fait la différence, c'est, oui, tes expériences précédentes, mais c'est aussi ta capacité à t'adapter, à apprendre sur le terrain. Tu vois, l'exemple du déstalinisateur, je trouve que c'est génial. Effectivement, je pense que tu n'avais peut-être pas forcément anticipé ça avant qu'il allait te falloir presque deux fois plus de temps, que c'est galère avec la houle, que tout bouge, etc. Donc, méga, méga intéressant.
Rémi Et puis, tu as cette frustration avec le déstalinisateur. C'est très frustrant quand tu viens de finir de nager et tu as soif, tu as vraiment besoin de boire. Tu montes sur ta plateforme et là, il faut se mettre à pomper. Et tu regardes autour de toi et tu as des milliards de mètres cubes de flotte qui sont là. Et toi, tu as avec ton petit pompe, tu es là. Tu dis, putain, mais ce n'est pas possible, j'hallucine. Il y a de l'eau partout et tu ne peux pas la boire. Et ça, c'est très frustrant et de se dire, tu vois, quand tu es à la maison où tu ouvres le robinet et que ça coule, j'ai eu ça pendant quelques jours au retour. J'ouvrais le robinet et je restais bloqué. Tu sais, je mettais un pichet d'eau pour pouvoir boire. T'as Laura qui me disait, va mettre la table. Et je mettais le pichet d'eau sur le robinet et je regardais l'eau couler, tu sais. Et j'étais là, je fais un truc de ouf. Putain, c'est cool. Et puis, tu goûtes, tu fais, mais en plus, c'est que ce n'est pas salé. C'est vachement bon. Et ça, tu ne la passes en pleine mer. Tu dois transformer ta propre eau pour pouvoir la boire qui est d'ailleurs, il faut faire très attention, qui est vraiment déminéralisée. Ça veut dire que c'est vraiment uniquement de l'eau. Il n'y a pas de sel minéraux à l'intérieur. Donc, il peut être très problématique. Moi, j'avais des petites tablettes, je ne sais pas si tu connais la marque TA, TA avec un petit trait que je rajoutais dans ma flop. Un, pour avoir du goût, mais surtout, pour rajouter des sels minéraux parce que sinon, tu morfles au niveau des reins parce que tu as, effectivement, tu es hydraté, mais tu as tout le reste que tu n'as pas, tous les sels minéraux que tu perds énormément en faisant un effort physique et que tu n'as pas parce que tu les as complètement enlevés avec le dessinéalisateur.
Loïc Je pense que tu ne peux pas tenir 10-15 jours avec de l'eau complètement déminéralisée. c'est impossible, non ?
Rémi Non, ce n'est pas possible. Tu aurais trop de carences et ton organisme te le ferait payer. Un petit exemple sur la partie entraînement, tu vois, on a fait le lac Léman en août 2021 en entraînement et je me suis dit de manière, quitte à avoir de l'eau, on ne va pas s'emmerder, on va prendre une paille filtrante, on est dans un lac d'eau douce, je vais juste boire l'eau du lac et puis ça sera parfait. et j'étais tellement dans un élément où tu as la tête dans l'eau, avec une eau plus fraîche que ta température corporelle. Tu as les muqueuses au niveau de la bouche, au niveau de l'anus, tu vois, tout est humide. Tu es dans un environnement avec de l'eau que tu n'as pas cette envie de boire et que forcément, moi je faisais des étapes à la fin de la journée quand je sortais de l'eau, j'avais des douleurs au rein parce que je ne m'étais pas hydraté. Et ça, c'était pour moi un vrai repère, c'est-à-dire quand je nageais, eh bien j'avais vraiment un rythme qui était axé, il fallait que je trouve non pas un repère dans l'espace, comme jusqu'au prochain arbre, quand je faisais l'Australie en courant, jusqu'au prochain kangourou mort ou jusqu'au ce que tu veux. Là, c'était je vais me fixer, eh bien, non pas une contrainte, mais un indicateur mais qui sera temporel. Donc j'avais, voilà, toutes les heures, je m'arrêtais pour boire de l'eau, toutes les deux heures, je m'arrêtais pour boire et pour manger, etc. Et ça me permettait d'avoir, eh bien, une hydratation et laisser le minéraux pour pouvoir progresser parce que je savais que si j'étais contraint à juste nager sans me réhydrater, etc., ou même juste à consommer l'eau de mer, eh bien, je vais aller avoir des problématiques au niveau des reins.
Loïc Ça fait beaucoup de paramètres à gérer. Il y en a un autre. J'ai lu, j'ai lu ton récap que tu as fait, alors je crois que c'était sur LinkedIn, où tu parles du sommeil. Ça, pareil, je ne sais pas si tu l'avais anticipé en amont, mais dans ce retour d'expérience que j'ai lu, visiblement, c'était très, très compliqué. du fait du roulis, en fait, c'est ça, l'OFNI était hyper bruyant, la plateforme dans laquelle tu vivais, c'était à priori pas méga adapté pour un sommeil super réparateur, c'est ça ?
Rémi En fait, la problématique de notre plateforme, c'est qu'à un moment donné, il faut trouver un juste milieu. Il faut trouver un juste milieu entre je tire quelque chose qui soit facile à tracter et en même temps, j'ai tout le coup nécessaire à bord. Et là, la plateforme, je veux bien faire de l'entraînement, je veux bien prendre du poids, je veux bien être quelqu'un d'assez gaillard et solide, mais bon, je ne suis pas un bœuf, moi, tirer une tonne, je ne sais pas faire. Et à un moment donné, il faut avancer aussi. Si c'est juste pour rester, faire du surplace en pleine mer, à un moment donné, on est une encre et on coule. Donc, il fallait trouver le juste milieu entre les deux. Guillaume a vraiment fait quelque chose d'extraordinaire parce que la plateforme en elle-même, elle était en fibre de verre, fibre de carbone recyclé, super léger, etc. On avait tout imaginé à l'intérieur, mais ça reste quelque chose de très spartiate. Et au tout début, quand on l'a imaginé, il m'a dit, voilà, tu pourras mettre tes pieds à l'intérieur, tu dors comme ça, la tête proche de la sortie, ça va être trop bien et tu vas être bien. Moi, je me suis dit, bon, effectivement, ça va être bien. Donc, on s'est mis, et j'avais fait les tests, j'avais déjà dormi à l'intérieur plusieurs fois et c'était très agréable. Mais, je n'avais pas eu comme réflexion, eh bien, le fait de nager huit heures par jour, d'être fatigué, de devoir faire ma nourriture, transformer l'eau de mer, etc. Enfin, tout le processus qu'on allait avoir pendant une journée de nage. Et quand tu te retrouves sur la plateforme, quand c'est pétole et quand c'est une mer d'huile, eh bien, effectivement, tu dors pas trop mal, mais quand tu te retrouves avec un mètre, deux mètres de vagues, quand il y a du vent, etc., etc., eh bien, le fait d'avoir de la vague, eh bien, c'est que ça venait sous la partie, eh bien, de la base catamaran de la plateforme et ça venait claquer directement en dessous. Et vu que c'était de la fibre de verre et fibre de carbone, eh bien, je ne sais pas si les personnes qui écouteront ont déjà eu ou ont déjà visité un voilier, un Imoka, enfin, peu importe, un trimaran de course qui font des grosses traversées, quand on est en navigation, ça fait un bruit, on a l'impression que le bateau, il est en train de se disloquer, en train de se broyer avec les vagues. Eh bien, c'est exactement ça. Toutes les deux, trois secondes, j'avais un, ça me tapait en dessous et j'avais l'oreille qui était franchement à 20 centimètres de la surface de l'eau. Donc, j'avais le bruit et puis, de temps en temps, quand il y avait une vague un petit peu trop forte, ça montait sur l'arrière de la plateforme et ça gît et tu avais une petite giclée qui montait, tu vois, ça me tombait sur la tête. Une fois, deux fois, trois fois, bon, ça commence à me gonfler. Je voulais juste pouvoir dormir correctement donc on a dormi, j'ai dormi dans l'autre sens, la tête sur l'avant de la plateforme et donc les pieds vers l'extérieur. Je ne suis pas un géant, je ne suis pas très grand mais je fais 1m82 et la plateforme, elle n'avait pas été designée pour ça. Donc, je me suis retrouvé à dormir toujours les jambes pliées, recroquevillées sur moi-même. Quand je voulais dormir les jambes tendues, il fallait que je mette complètement les jambes à l'extérieur. Donc, c'était un enfant. Et là, quand tu te retrouves à avoir nagé 8 heures, avoir transformé l'eau, avoir fait tes tests salivaires, etc., manger, tu es complètement chahuté par les vagues, par là où le vent, etc., et bien je dormais 10 minutes sur l'épaule droite, je me tournais, je dormais 10 minutes sur le dos, je tournais, je dormais 10 minutes sur l'épaule gauche et je ne faisais que ça, que ça, que ça. Donc, ce n'était pas du tout des nuits très agréables et réparatrices et forcément, ça puise dans ton mental, ça puise dans ta façon d'évoluer, dans ta compréhension parce que tu es énervé, parce que, voilà, tu peux être de plus en plus irritable en fonction des éléments et c'est ce qui s'est passé, tu vois, presque à la fin où on avait des vents qui étaient relativement forts et qui poussaient complètement sur l'arrière et la plateforme allait plus vite que moi, donc pour éviter de me la prendre sur la tronche, eh bien je la poussais, on avait fait en sorte d'avoir des poignées derrière la plateforme pour pouvoir la pousser et là, d'énervement, tellement que des fois, elle ne voulait pas se positionner correctement parce qu'une fois qu'elle était positionnée sur un quart, elle restait dessus et ça, c'était très difficile de faire manœuvrer une plateforme qui faisait presque 200 kg pour la mettre correctement dans l'axe et qu'elle puisse, je vais dire, surfer la vaille que la poignée gauche d'énervement, je lui ai dit « Tourne, connasse ! » et bim, je l'ai cassé. Et il y avait tout l'équipage qui était sur le voilier, ils ont vu que ça commençait à monter et je me rappelle, il y a Sébastien qui est passé pas très loin et il m'a dit « Détends-toi Rémi, tu vas voir ça va aller » et je fais « Commence pas ! » Et là, ils m'ont dit et ils sont partis, ils se sont mis très très loin et ils ont vu que ça commençait à me courir sur le haricot et ça commençait à monter et voilà, c'est l'accumulation de tout ça qui fait qu'à un moment donné, il faut trouver un exutoire et malheureusement, ça a été la petite poignée.
Loïc Il vaut mieux que ce soit la poignée que ton système de désalinisation.
Rémi Mais complètement, un truc de ouf, ça c'est vraiment… Tu vois, si j'avais vraiment… J'ai souvent pensé quand je nageais à l'histoire d'Alain Bombard quand il avait traversé l'océan avec une petite embarcation, etc. Et c'est grâce à lui qu'on a mis en place tous les systèmes de sécurité pour les naufragés et dans ma tête, j'étais là, je fais mais carrément, mais le premier truc que je mets si je dois un jour partir avec un voilier, c'est un déstinalisateur portatif, une pompe parce que c'est l'une des pires choses. C'est-à-dire qu'au début, tu te dis oui, ça devrait passer, mais pour être formateur en survie, quand on sait qu'à peu près on tient trois jours sans boire, tu te retrouves rapidement déshydraté et en fait, c'est la base. Tu as besoin, à un moment donné, je ne vais pas dire qu'il te faut d'autre chose, mais vraiment, la base, c'est de pouvoir boire en quantité suffisante pour pouvoir te réhydrater parce que quand on est en pleine mer, on n'a pas cette sensation, on n'a pas l'impression d'être déshydraté parce qu'on est tout le temps dans un environnement qui est humide et c'est pesant, très pesant.
Loïc Qu'est-ce que tu dirais que tu es allé chercher en toi ? Je ne sais pas si chacune de tes aventures, tu arrives à mettre en avant une compétence ou un trait de personnalité, bref, quelque chose de singulier que tu as découvert sur toi ou que tu as développé, mais je serais curieux de savoir, sur celle-ci, sur ta traversée Calvi-Monaco, ce qu'il y a eu de particulier en termes de dépassement de soi, de repousser ses limites, est-ce que tu arrives déjà à le décrire ça ou c'est encore trop tôt ?
Rémi Je ne parlerai pas forcément sur la traversée parce que je m'étais bien préparé pour ça et je ne dis pas que je l'ai trouvé facile, mais ça a été plus simple que ce que je ne pensais parce que je m'étais vraiment préparé durement pour celle-là, vraiment à en bavé. Par contre, ce que j'ai appris, c'est la gestion de l'humain, la gestion de l'humain avant projet sur la phase préparation et c'est difficile. C'est une partie qui est très particulière parce qu'il faut trouver les mots justes, il faut être un bon communicant et c'est ce que cette aventure m'a permis de comprendre, vraiment, de pouvoir communiquer, communiquer, parler, expliquer, démontrer, etc. etc. Ça a été bien plus intense que les autres aventures qui ont été faites dans le passé. Et si j'avais un point à améliorer encore et encore, ça serait là-dessus. On n'est jamais parfait et de pouvoir, encore une fois, s'entourer des personnes, de bonnes personnes, même si on était bien entourant, on avait une belle équipe et franchement, c'était trop bien. Ça serait d'avoir encore plus de personnes sur qui s'appuyer. Et ça a été, pour moi, c'était la gestion de l'humain, tu vois, qui a été la plus énergivore sur cette aventure. Quand tu fais la traversée de l'Australie et que tu montes ta première aventure, tu es tout seul, tu n'as pas de compte à rendre. Moi, j'avais des partenaires, c'était le Bistrot du Coin, c'était le petit restaurant, c'était mon ex-beau-père qui avait une entreprise, c'est des trucs, rien de bien particulier. Ils ne demandaient rien en échange, ils s'en foutaient. Ils te donnaient du pognon, 200, 300, 500 balles, va t'acheter ton billet d'avion, ton visa et puis vas-y, fais-nous rêver, tu nous montreras quelques photos. Donc, tu n'as pas la même pression. Et quand tu commences à grossir et puis à en faire un métier et devenir professionnel dans ta démarche, tu lèves plus d'argent, il faut trouver plus de partenaires. Le message est toujours assez important mais tu creuses plus le message. Donc là, il y avait un impact et un intérêt scientifique également. Donc, tout ça, c'est à maîtriser et donc, il faut s'entourer de bonnes personnes. Même si j'ai des compétences dans quelques domaines, je ne suis pas bon en tout et même si j'étais bon dans d'autres domaines, mais je n'ai que deux mains, je n'ai que deux jambes et je n'ai qu'une tête. Donc, tu ne peux pas tout faire. Donc, il faut forcément s'entourer d'autres personnes et la gestion de l'humain est très énergivante, vraiment. C'est ce que je pense, c'est ce que je retiendrai de cette aventure. C'était chouette, franchement, je ne regrette rien. J'ai appris plein de choses, j'ai mûri aussi et c'est ce qui me permet de grandir et d'être une meilleure personne en 2023, tu vois, mais ça a été la gestion de l'humain. Un truc de dingue. Tu as des ascenseurs émotionnels, on te dit oui, après on te dit non ou alors on te dit non et puis après, on te dit un oui et quand tu vois l'enjeu qu'il y a derrière, tout ce que ça va véhiculer, le message, les partenaires, la partie scientifique, etc., etc., tu te dois que ça soit parfait parce que les gens ont mis de l'argent, de fonds de confiance, donc tu te dois de faire les choses correctement et ça, ça a été dur. Ça a été dur.
Loïc Super enseignement, je suis sûr que tu travailleras là-dessus pour le prochain défi et je ne sais pas s'il y en a déjà un. Je ne sais pas si tu prépares le défi suivant pendant le défi que tu es en train de réaliser. J'ai déjà eu des invités qui me disaient ça, tu vois, qui ne sont même pas encore arrivés, qui n'ont pas franchi la ligne d'arrivée, qui sont déjà en train d'imaginer la prochaine course ou la prochaine XP. Alors, je ne fais pas que ça
Rémi parce que, encore une fois, je ne sais pas si c'est dans l'enregistrement de moi, mais voilà, pour moi, un projet, c'est trois phases, préparation, réalisation et restitution et la phase de restitution est très, très importante pour pouvoir rendre compte mais également faire passer ton message à travers un film, un récit écrit, peu importe, tu vois, et ces trois phases déterminent la suite parce que tu peux avoir des opportunités, etc. Donc, j'ai des envies, j'ai des choses que j'ai dans ma petite tête et puis des idées à la con, je peux te dire que j'en ai plein, il n'y a pas de soucis là-dessus, mais il faut que ça soit bien fait, il faut que ça soit logique, il faut que le message soit juste pour que justement, eh bien, ça puisse poursuivre sur la même démarche. Donc, voilà, avant, j'avais toujours cette idée de toujours rebondir, rebondir mais le fait de rebondir, c'est que tu te précipites, tu vas aller vite et du coup, tu bâcles la partie restitution et pour moi, elle est vraiment déterminante, elle est importante, tu vois, de rendre compte que ça soit pour toi, déjà, personnellement, parce que tu dois rendre compte pour toi de ce que tu as fait, ça te fait ton feedback, ça te fait ton retour d'expérience pour toi, personnellement et puis après, il y a pour tes amis, pour ta famille parce que c'est important aussi, même s'ils n'étaient pas engagés en train de nager à côté de toi, ils étaient quand même très, très engagés parce qu'ils ont accepté que tu partes et il faut les respecter aussi, donc il faut rendre compte pour eux, rendre compte pour les partenaires, pour toutes les personnes qui se sont engagées à tes côtés et qui t'ont fait confiance et puis après, eh bien, pour véhiculer le message, dans mon cas, sur la préservation du milieu marin, sur l'environnement, l'écologie, il y a un message à faire passer et pour le faire passer, eh bien, il faut communiquer avec de la photo, de la vidéo, etc. Donc, on est en train, en ce moment même, en train de tout dérocher pour réaliser le film documentaire et franchement, quand j'ai vu les images qu'ils ont réussi à faire dans des conditions parfois épouvantables, je suis impressionné et puis après, on va espérer avoir la possibilité de sortir un deuxième livre pour pouvoir raconter, eh bien, ce qu'on vient de faire là, la partie préparation, réalisation et restitution parce que la plupart des gens, quand ils regardent ou qu'ils suivent une aventure, ils suivent uniquement la phase de réalisation et tu vois, j'ai eu un message d'une femme qui me suit depuis pas mal de temps qui s'appelle Armel qui vit en Bretagne et je sais qu'elle écoutera le podcast, Armel, et merci de me suivre depuis tant d'années et elle m'a envoyé un petit message d'autre fois et elle m'a dit putain Rémi, tu te rappelles, ton projet il est terminé mais je me souviens quand tu étais dans le train et que tu me montrais cette petite maquette qui allait être une version, eh bien, 1-1 que tu allais tracter en mer Méditerranée et elle a été super assidue et elle a suivi toute la phase de préparation avec ce report etc. et elle m'a dit tu vois, t'as pas lâché et c'est ce qu'on apprécie chez toi c'est que tu nous montres toutes ces phases que c'est pas tout le temps rose, que c'est pas tout le temps facile et que, eh bien forcément il faut être capable de se réinventer, de se réadapter et c'est là-dessus où, voilà, je veux vraiment appuyer une aventure, c'est pas juste le temps de réalisation, c'est tout ce qui est avant et tout ce qui est après et c'est ça qui fait une belle aventure.
Loïc Excellent. L'arrivée sur la plage du Larvoto, du coup, symboliquement, émotionnellement, comment est-ce que tu l'as vécu ?
Rémi Il y a tout, tu sais, d'abord on n'est pas arrivé, on a fait une vraie fausse arrivée parce que la veille, on a, ils ont reçu un bulletin météo et là, donc, Anne me contacte et me dit Rémi, les vents durcissent et je fais, je vois de toute manière quand il y a 2, 3 mètres de creux, tu sais que ça commence à taper. Donc, je dis oui, je le vois bien et elle me dit ça va empirer, donc on fait quoi ? Et moi, je n'arrivais pas à passer, en fait, il y avait vraiment un courant très, très fort au large de Monaco, sur toute cette côte-là, il y a un courant très, très fort à environ une quinzaine de kilomètres de l'arrivée et je n'arrivais pas à passer. Donc, je lui dis, on va faire autrement et je vais foncer sur la côte italienne et à un moment donné, on va avoir ce vent qui va venir de l'Est et qui va me ramener tout doucement sur la côte monégasque et comme ça, on pourra être tranquille. Sauf qu'en faisant ça, on allait se retrouver à environ 5-6 kilomètres de l'arrivée et je lui dis, on va devoir se retrouver à faire quoi ? Un mouillage avec une encre flottante et donc forcément dériver pendant la nuit sur une zone où on a quand même beaucoup de plaisanciers, de personnes qui pratiquent la pêche, etc. Donc, pas forcément la meilleure chose à faire. Je lui dis, on va complètement couper et on va aller se positionner dans la baie de Roquebrune qui n'est pas très loin de Monaco, c'est entre Monaco et Menton et au moins, on est au mouillage avec une encre, une vraie encre et comme ça, on pourra rester là à cet endroit-là et on sera en totale sécurité. Donc, on bombarde, on bombarde, je me dirige vers l'Italie, le vent nous pousse et on arrive dans la baie de Roquebrune. On se met au mouillage impeccable et je me dis, le lendemain, on va pouvoir finir cette petite étape et ça sera relativement simple parce qu'il ne reste que trois kilomètres donc ça va être juste, on va dire, une arrivée pour les journalistes, pour les médias et ça s'arrêtera. Donc, je me retrouve le lendemain et puis ça monte, ça monte, ça monte, je me dis, c'est pas possible, on va quand même pas finir dans l'océan Atlantique, là on a l'impression qu'on se trouverait en plein océan Atlantique, tu sais. Et moi, je balance un message directement sur les réseaux sociaux et je dis, qui même me suive, s'il y en a qui sont intéressés pour faire du paddle, de la nage, du kayak, de l'hydrospeed, ce que vous voulez, venez finir avec moi. Merci pour ceux qui vont écouter, merci de ne pas être venus parce que c'était d'une grande importe. Je me mets à l'eau avec l'équipe de Pierre Frola qui est apnéiste, qui a plusieurs records du monde, qui est positionné sur la plage du Larvoteau, qui vient de nous récupérer en bateau, à bateau à moteur, pneumatique, deux de ses nageurs et tout et ils me disent, Rémi, c'est chaud, mais vraiment c'est chaud, il y a 4 mètres de creux au large. Je fais, ah bah oui, je vois, des fois je la vois plus, des fois je la vois plus, je sais. Donc, on se met à nager tout doucement et ils me disent, il faut que tu laisses ta plateforme sur une bouée d'entrée du chenal et puis on viendra la chercher après. Donc, je les regarde et je dis, écoutez-moi bien, je ne me suis pas tapé 15 jours de nage pour que ma plateforme arrête. Il est hors de question que l'autre arrête là et que je finisse l'arrivée comme ça, tranquille. Je dis, non, non, on finit l'arrivée avec la plateforme. On dit, t'es sûr ? Je dis, ouais. Donc là, on se met à nager, il n'y avait que 3 kilomètres, on a mis presque une heure et quart pour faire les 3 kilomètres, tellement qu'il y avait des creux monstrueux en pleine mer. Même Frédéric, l'assistante de Pierre Frola, me dit, franchement, c'est très, très, très rare d'avoir des conditions aussi violentes là, à cet endroit-là. Et donc, au lieu de fixer directement l'arrivée sur la plage du Larvoteau, je décide de foncer directement en direction, eh bien, j'allais dire, de l'Institut Océanographique de Monaco pour être parallèle à l'arrivée. Et au dernier moment, eh bien, je me suis tourné et j'ai fixé l'arrivée. Mais au lieu d'être devant la plateforme en train de la tirer en crawl, je me suis mis derrière en la poussant avec une poignée et l'autre poignée cassée pour surfer les vagues et éviter de me prendre la plateforme dans la tronche parce qu'il y avait des crues 4 mètres, donc c'était assez rock'n'roll. Et on est arrivé sur la plage du Larvoteau avec, en fait, c'est un petit crochet, un petit zigzag. Alors, quand c'est mer d'huile, c'est très facile à faire. Là, il fallait éviter les filets anti-méduse et puis tout le ponton et toute la partie rocheuse qui permet de faire un brise-lame. Moi, je dis, je vais finir avec la plateforme en morceaux. Je vais arriver juste avec un petit drapeau à la main. Le reste, il a coulé juste à 100 mètres. Je suis arrivé, ça a été très mouvementé. J'ai bitché. Là, c'est cette sensation de toucher le fond et de se dire, putain, il est là et je le sens et je le vois. Pendant 15 jours, j'ai vu que du bleu, tu es dans des fosses à 2500 mètres de profondeur donc tu ne vois rien. Il n'y a rien du tout. Il n'y a que du bleu, du bleu, du bleu. Et là, tout d'un coup, tu vois du sable et tu peux mettre le pied sur la terre ferme. Et ça, c'était vraiment jouissif. Et puis, comme tu dis, une belle symbolique parce qu'en 2018, j'avais fait le Tour de France à la nage et j'ai terminé sur la plage du Larvoto. Et en 2018, il y avait mon papa qui était venu à l'arrivée en nous faisant la grande surprise. On se prend dans les bras, etc. Et là, mon papa n'est plus là. petite pensée pour lui qui m'a accompagné parce que j'avais quand même collé à l'intérieur de ma plateforme une photo de lui de l'arrivée. Il y avait une photo de ma fille, de ma compagne. Je me suis dit quitte à parler à quelqu'un autant que ça soit à des photos parce que je ne veux quand même pas me parler à moi-même dans ma plateforme toute la nuit. Donc, je leur parlais, je leur racontais les journées, mes galères, mes moments euphoriques, les moments drôles, etc., les coups de blouse. Et oui, un grand moment de se retrouver sur cette plage et de se dire une fois de plus, bordel, c'est fait. On a réussi, on y est. On a mis deux ans et neuf mois pour monter ce projet et là, on est de l'autre côté du projet. Quand tu es à Calvi, tu es euphorique parce que tu as cette sensation de se dire on va le faire, on va partir et peu importe le résultat. J'aurais même fait, c'est frustrant, j'aurais fait que dix mètres de nage, le projet était validé quand même. On avait tout mis en place, on est parti. Le reste, ça s'appelle de l'aventure. Je ne sais pas ce qui va se passer pendant l'aventure. On peut être dans une grande tempête, un ouragan comme il y a eu en août l'année dernière avec un ouragan catégorien en Méditerranée, chose qui est juste improbable. On aurait pu avoir des conditions vraiment, même si elles ont été pourries certaines fois, mais on aurait pu avoir des vraies conditions merdiques et ça s'appelle l'aventure. On ne sait pas ce qui va se passer. Ce n'est pas comme si tu veux battre un record dans un bassin, tu dois faire un 50 mètres nage libre, toutes les conditions sont réunies. Tu viens, tu es conditionné, tu as tout ton coaching, tu as tout le monde autour de toi, tu as bien dormi, tu es nourri, etc. Et là, on te demande de faire un chrono et tu t'arraches les tripes, tu dois nager juste 50 mètres et tu défonces tout sur 50 mètres. Là, je n'en savais rien du tout ce qui allait se passer. 180 kilomètres, je ne sais pas si ça allait être vraiment 180 ou plus, même si j'avais un petit doute quand même, mais je ne sais pas ce qui va se passer. Et là, on arrive sur la plage du Larvoto et en fait, on est de l'autre côté du projet, on l'a fait. Et maintenant, on passe déjà sur la phase de restitution. Tu sors de l'eau, tu quittes l'équipement, tu as les journalistes qui sont là et c'est déjà une phase de restitution. Tu racontes déjà ce que tu as vu, la fragilité, la beauté des choses, mais la fragilité, la quantité de plastique, tous les animaux marins qu'on a vus, etc. Et donc, tu es déjà sur une phase de restitution. Et là, franchement, tu as plein d'émotions, tu as la joie, tu as cette petite larme parce que je pensais à mon papa, tu as cette fierté par rapport à toi, à toi premièrement, mais également à ta famille, à tes proches, à ta compagne, ton compagnon, enfin peu importe l'aventure, tu vois, et à tous tes partenaires et te dire on l'a fait, on a été au bout et effectivement, je l'ai toujours dit, il y a un mec qui va nager et qui va traverser la Méditerranée en totale autonomie et presque sans assistance, mais on l'a fait ensemble, vous n'auriez pas été là, mais jamais j'aurais réussi, ce n'est pas possible. Et je l'ai dit il n'y a pas longtemps sur un poste, sur les réseaux sociaux, l'aventurier solitaire, celui qui part et qui fait tout tout seul, ça n'existe pas, c'est impossible, il y a forcément du monde derrière, on est en haut de la pyramide, on est ceux qui brillent, mais il y a tout le socle de la pyramide qui est là pour la faire tenir et c'est toutes ces personnes qu'il faut remercier. D'ailleurs, quand l'équipe qui est venue filmer de tout le sport nous ont redonné le like d'or, ils m'ont dit voilà Rémi, on te remet le like d'or de tout le sport et je dis, ce n'est pas pour moi, c'est pour l'équipe, donc ceux que vous voyez là qui étaient à bord du voilier, mais également toutes les personnes dans l'ombre qui ont travaillé pendant des mois et des années pour qu'on puisse réaliser cette aventure de dingue.
Loïc Tu dirais que c'est peut-être ça en guise de conclusion de l'échange, ce que tu as envie de faire passer, c'est un adage vu et revu, mais qu'ensemble on va plus loin finalement ?
Rémi Mais tellement, tellement, bien sûr que c'est revu et revu, mais dans n'importe quoi, dans n'importe quelle situation, seul on va vite, ensemble on va plus loin. Non, rien, j'avais une pensée très chelou, mais j'aurais pu dire titre. Mais dans n'importe quelle situation, effectivement, le fait d'être ensemble et de travailler dur pour un projet, sur le combat, sur l'environnement, sur la planète, à l'heure actuelle, ils sont en train de voter une loi pour la préservation du marin. Effectivement, ensemble, on y arrivera et on fera bouger les choses. Il y a un mec qui a traversé la Méditerranée en totale autonomie, mais il y a plein d'autres projets qui gravitent autour de l'environnement et l'écologie et c'est tous ces projets qui sont regroupés et qui mettent en avant cette problématique et bien qui permettent de faire avancer les choses. Donc, forcément, c'est quelque chose à mettre en avant et c'est ce que j'essaye d'enseigner souvent dans les écoles, dans les établissements scolaires pour embarquer les enfants et leur expliquer qu'on ne peut pas y arriver tout seul et vous n'y arriverez pas tout seul, mais on est très fort ensemble et il faut pouvoir se servir du collectif pour pouvoir faire bouger les choses.
Loïc Écoute, Rémi, un grand merci pour ce débrief quasiment à chaud de ta dernière expédition. Plein de messages très intéressants. Moi, je repars avec beaucoup d'enseignements sur la capacité à s'adapter, à accepter, à rebondir, à changer sa perception de certains événements. Merci pour ça. Tu parlais de film, tu parlais potentiellement d'un livre, le film, etc. Tu as une idée déjà de quand ça pourrait arriver ?
Rémi Je pense que ça sera fin septembre, octobre, un truc comme ça.
Loïc D'accord,
Rémi ok, ça marche. Il y a pas mal de boulot à faire dessus, mais ce sera à mon avis à ces dates-là.
Loïc Ok, ok, ok. De toute façon, je mettrai évidemment les liens en description de l'épisode vers ton site, chaîne YouTube, tout ce qui va bien. Un grand merci Rémi, une fois de plus. Et puis, écoute, bonne récup et je te dis à une prochaine pour le débrief de ce qui arrive ensuite.
Rémi Carrément. J'ai une dernière question, Loïc, avant de que tu raccroches.
Loïc Yes.
Rémi Il est où, ce tatouage ?
Loïc Ah, punaise. Aïe, aïe, aïe, aïe, aïe, aïe. Question qui se passe. Je me demande si ce n'était pas la conclusion du premier épisode qu'on avait fait ensemble. Il est où ? Oui, oui, oui. Bien vu, bien vu. Il est sur la... Il est sur la to-do liste. Il est sur la to-do liste. Là, le vrai sujet, c'est qu'il n'est pas encore sur le compte en banque.
Rémi Ok, je comprends. Oui, je comprends.
Loïc Mais ça ne saurait tarder.
Rémi Ça me va. C'est parfait. J'attendrai ça.
Loïc Avec impatience.
Rémi Nickel. Merci beaucoup Rémi. A bientôt. A plusieurs. Ciao. Merci Loïc.
Loïc Merci d'avoir écouté cet échange avec Rémi jusqu'au bout. Les Frappés est un podcast 100% gratuit. Tout ce que je vous demande en retour, c'est de m'aider à mettre en avant mes invités exceptionnels en laissant une note 5 étoiles et un commentaire sur votre plateforme d'écoute. Partagez également cet épisode à toutes les personnes de votre entourage qui aiment les sujets d'aventure et de déplacement. Vous pouvez m'envoyer vos feedbacks ou suggestions sur le compte Instagram du podcast lesfrappés.podcast ou par email à hello.lesfrappés.com Merci pour votre fidélité. A très vite pour un nouvel épisode. Sous-titrage ST' 501 Sous-titrage ST' 501 Sous-titrage ST' 501
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